ÉLOGE DE LA SIESTE: 1, 2, 3 DORMEZ !

En l’absence de troubles du sommeil sévère, une courte sieste de moins d’une demi-heure en début d’après-midi augmente la vigilance et maintient les performances cognitives.

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C’est le temps des vacances, et pourquoi ne pas en profiter pour faire la sieste? Incitation à la paresse? Pas forcément Faire une courte pause de sommeil dans la journée est l’occasion de remettre les pendules à l’heure avec le « manque de sommeil chronique » (souvent nommé improprement  « dette de sommeil) qui serait l’un des maux du monde moderne.

 

Bien dormir est fondamental.  Durant notre sommeil, notre cerveau se nettoie de ses déchets et toxines grâce au système glymphatique, selon une étude américaine publiée en 2013. Le sommeil servirait, selon l’hypothèse des chercheurs de l’Université de Rochester (New-York), à nettoyer notre cerveau encrassé lors de l’état d’éveil. Durant le sommeil, déchets et toxines accumulés pendant la phase d’éveil seraient emportés dans un flux du liquide orchestré par des cellules spécialisées, dites « cellules gliales ». Cette forme d’auto nettoyage serait indispensable pour la survie de neurones.Le manque de sommeil est responsable de fatigue chronique, de manque de concentration, de somnolence diurne et a de nombreux effets sur la santé, notamment cardiovasculaire, le diabète, etc. Comme le souligne le Docteur Najib Ayas, spécialiste des troubles du sommeil au Women’s Hospital de Boston « les gens devraient considérer qu’un sommeil adapté à leurs besoins n’est pas un luxe mais fait partie de l’hygiène de vie ».

23 aires d’autoroutes auraient dédié depuis 2013 des espaces PHO35e52c0a-f3a9-11e2-af92-034b0987c419-805x453sieste pour  lutter contre la somnolence. Des coussins géants et des kits de sieste sont proposés aux automobilistes.
Et en dehors des vacances, pourquoi ne pas faire de la sieste une habitude de vie quotidienne? Nous consacrons, en moyenne, un tiers de notre existence à dormir. L’impact des troubles du sommeil sur la santé mentale est  régulièrement étudié chez l’adulte, l’enfant ou l’adolescent n’est plus à démontrer.

Bien dormir est bénéfique pour notre cerveau. Un bon sommeil influence la créativité; l’idéal serait de dormir huit heures par nuit afin que notre cerveau ait le temps de restructurer les souvenirs avant de les stocker. Les déficits cognitifs et mémoriels engendrés par la privation de sommeil sont étudiés, sous toutes les coutures, par les chercheurs en neurosciences. Une bonne nuit de sommeil permet de mieux assimiler ce que l’on a appris dans la journée. Chez les enfants, le sommeil paradoxal est excessivement important pour faciliter le processus de mémorisation et d’apprentissage.

Ors, le déficit de sommeil est important chez les jeunes. Près de 30 % des 15/19 ans sont en dette de sommeil, et à 15 ans, 25 % des adolescents dorment moins de sept heures par nuit. Alors que leur durée de sommeil devrait se situer entre huit et  neuf heures par nuit, avec un coucher qui n’excède pas 22:00. On connaît aujourd’hui le rôle délétère des écrans qui  réduisent la durée de sommeil de 30 à 45  minutes. La lumière vive des tablettes ont un impact sur la sécrétion de mélatonine (l’hormone du sommeil).

En 2012, une étude INSV/MGEN un tiers des Français dorment mal, au point de devenir de gros consommateurs de psychotropes (hypnotiques), loin devant les Belges. 1/4 des Français se plaignent de manque de sommeil. Ce serait les 55/67 ans les plus concernés par le manque de sommeil.  En 50 ans, les Français (toutes générations confondues) auraient perdu environ une heure de sommeil. Alors la sieste pourrait remédier à ces nuits trop courtes? Des hommes politiques tels que Winston Churchill ou Napoléon s’y adonnaient. Einstein et Édison aussi.

De nombreux chercheurs soutiennent que la sieste est issue d’un rythme biologique inné chez les mammifères, dont nous! Entre 14 et 15 H, notre vigilance diminue. 10 minutes de sieste suffiraient à nous remettre en forme. La sieste n’est pas réservée qu’aux tout-petits. En l’absence de troubles du sommeil sévère, une courte sieste de moins d’une demi-heure en début d’après-midi augmente la vigilance et maintient les performances cognitives. Si chez nous, cette proposition est associée à la fainéantise ou aux vacances, ce n’est pas le cas dans d’autres pays. Les Asiatiques sont les plus décomplexés vis à vis du sommeil, et pour eux dormir est une activité naturelle au même titre que se nourrir. En Chine, sous l’impulsion de Mao, l’article 49 de la constitution stipule que « tout travailleur a droit à la sieste », et au Japon, la plupart des grandes entreprises mettent à la disposition de leurs employés des « salons de sieste ».

 

Les variations sont nombreuses autour de la sieste, mais le mode opératoire reste inchangé: on s’allonge, on ferme les yeux, on se détend et on laisse l’attention flotter. On est là pour se détendre et oser ce droit salvateur à la paresse.

Si on n’a pas le temps de piquer son petit roupillon chez soi, il y a des propositions de sieste fort sympathiques, parfois insolites, et qui n’ont rien de crapuleuses.

Le monde de l’entreprise est directement concerné par cet éloge de la sieste, aux fins de réduire les risques psychosociaux. Si un salarié fait une sieste, il sera reposé, détendu et travaillera mieux. Sans affirmer que la sieste est le remède miracle pour éviter les risques psychosociaux.
Orange (anciennement France Télécom), tristement célèbre pour ses risques psychosociaux élevés parmi ses salariés, expérimente  à Lyon  des calm-chairs dans des calm-spaces. Un espace est aménagé avec des lumières et des musiques relaxantes où sont mis à la disposition des salariés des fauteuils-caissons. Des séquences sonores et lumineuses scientifiquement approuvées qui stimulent la mélatonine ont été spécialement développées pour des siestes de 10, 15 et 20 minutes…
Depuis 2017,  le sud-ouest Parisien de Renault,  a créé un espace de sieste permet mis à la disposition des 1.200 employés de la structure pour se ressourcer efficacement. En un an, la fréquentation est passée de 40 personnes par jour en moyenne à 60 et ce sans que l’entreprise ait besoin de communiquer dessus.

À la Banque Postale, tous les salariés de l’entreprise ont accès librement à la salle zen dédiée à la sieste. Les employés peuvent y rester le temps qu’ils veulent. En général, la moyenne est de l’ordre de 10 à 30 minutes. Un fond musical est diffusé en continu et changé tous les jours. Des activités sont régulièrement organisées dans la salle, comme par exemple des séances « micro détente ».

« Faire la sieste pour mieux travailler » s’avère un métier à part entière. La sieste, ça ne zen-bar--sieste-pas-chers’improvise pas, ça se gère comme n’importe quel business. Des entreprises se sont spécialisées dans la sieste au travail et l’aménagement de calm-spaces. Les boîtes à sieste se louent environ 900 €uros par mois. En France, en Belgique, au Japon et aux Etats-Unis se créent des bars à sieste (yellow spas).

Alors la sieste, pour bien se porter, un remède à consommer sans modération. Pourquoi pas? Et si la sieste était aussi un éloge à la lenteur qui s’oppose à la culture de la performance? Comme la écrit l’écrivain Grégoire Lacroix, « La plus belle heure de la vie est la sieste.»

 

Sources:

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