IVRES PARADIS, BONHEURS HÉROÏQUES!

Le test du marshmallow est une étude de gratification conduite par le psychologue Walter Mischel en 1972. Un bonbon est offert à chaque enfant. S’il résiste à la tentation de le manger tout de suite, il en recevra deux plus tard.

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Dans son essai « Ivres Paradis, Bonheurs héroïques », Boris Cyrulnik théorise la fonction du héros, sa face obscure séduisante, qui peut aussi parfois le transformer en meneur  de groupe totalitaire, « planteur de haine et pourvoyeur du pire. » C’est avec des anecdotes empruntées à l’histoire que Boris Cyrulnik parle de l’héroïsation de ces hommes et de ces femmes tout à fait ordinaires, qui dans certaines circonstances ont une conduite héroïque.  Ce sont les héros de la vie quotidienne. On ne choisit pas d’être un héros, ce sont les circonstances qui s’en chargent, et c’est le récit, le fait d’en parler qui leur donne vie. Sans narration, pas de héros.

Le besoin de s’identifier à des figures héroïques s’explique d’abord par la condition humaine, elle même! La vie est un champ de bataille: « pas d’existence sans épreuves, pas d’affections sans abandon, pas de lien sans déchirure, pas de société sans solitude. » D’où cette tendance dès l’enfance à s’identifier au héros. Une partie du livre évoque la genèse de la figure du héros. Qu’elle soit positive ou obscure, elle se constitue dès l’enfance avec la mémoire et l’anticipation qui définissent le modèle opérateur interne (MIO), concept développé par John Bolwby.

Le MIO est un processus qui définit la représentation du temps. Il permet d’attribuer au présent une connotation de bonheur passé et à venir. Mais il y a son contraire qui est la maltraitance. Si le MIO est basé sur la maltraitance, il sera en attente d’une autre maltraitance. Dans ce cas là, tout n’est pas perdu pour l’avenir. Boris Cyrulnik reste optimiste. Pour ne pas être prisonnier de son passé, il faut du temps pour effacer cette mémoire des évènements douloureux  qui lui ont appris à se conditionner pour le malheur. Pour s’en libérer, il devra apprendre à devenir autonome, inhiber les  réponses réflexes et s’entrainer à juger par lui-même afin d’échapper aux pressions du groupe, qui inhibent le libre-arbitre.

L’auteur cite le test du marshmallow qui montre qu’un enfant peut acquérir très tôt cette forme de liberté qui constitue à freiner ses impulsions. Le test du marshmallow est une étude de gratification conduite par le psychologue Walter Mischel en 1972. Un bonbon est offert à chaque enfant. S’il résiste à la tentation de le manger tout de suite, il en recevra deux plus tard. Apprendre  à ne pas répondre à une stimulation immédiate est le premier degré du libre-arbitre. Cette observation expérimentale démonte que le cerveau est sculpté par le milieu, et est entraîné à fonctionner sur des modes différents. On peut dépasser le fatum. Mais la vulnérabilité acquise est résiliable.

Avec Boris Cyrulnik, le vulgarisateur de la résilience, l’espoir est toujours présent pour changer le cours de la vie. Il y a un processus culturel qui mène à l’altéricide. Le besoin du héros est un indicateur de la défaillance de l’individu dans le groupe. Il faut apprendre à résister aux épidémies de croyances ou émotionnelles. L’un des exemples cité par l’auteur est le Maccarthisme. Plus l’émotion est intense, plus elle obscurcit la raison et plus l’individu se soumet à des représentations  coupées de la réalité. La soumission a des avantages: « quand on suit le courant, on n’a que des amis, on éprouve la vertueuse colère des indignés au nom de la moralité, on élimine les dissidents, et quant au blasphème, on met à mort les mécréants. Mais qui sont ces Héros ou d’ailleurs ces Héroïnes qui peuvent servir d’exemple? Identifier des personnalités, des actes comme héroïques permet-il la résilience?

Tout simplement, ces héros sont des hommes ou des femmes qui ont su dire « Non ». Boris Cyrulnik évoque l’histoire de Germaine Tillion download. Elle n’a pas agi pour être héroïne, ce sont les récits qui l’ont lui ont attribué le statut d’héroïne. La mort du héros est une promotion, une offrande au groupe, une conséquence presque divine. Boris Cyrulnik réfute le terme d’attentat-suicide, pour lui, c’est une mort consacrée, un hymne après la mort.Vivre en société implique de renoncer à une part de soi. Des coutumes jugées barbares peuvent être morales dans certaines civilisations. Comme dans le cas de l’immolation aztèque où des enfants étaient offerts en sacrifice aux dieux. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, ces enfants étaient aimés et non détestés. L’auteur fait un parallèle entre l’immolation des Aztèques et la bataille de Verdun. Les deux sacrifices possèdent la même fonction psychologique qui est celle d’accepter la mise à mort des quelques éléments afin que le groupe aille mieux.

Boris Cyrulnik évoque les conflits modernes où les civils et les enfants meurent plus que les soldats contrairement aux guerres précédentes. D’où ce sentiment d’impuissance. Il parle aussi de la contagion des idées à travers l’exemple du suicide. La contagion des idées est nette pour le suicide. Quand une personnalité se suicide, on note un pic de suicide dans les jours qui suivent. À fortiori, lorsqu’il s’agit d’une femme. Si l’héroïsation est possible, c’est que le réel est si atroce qu’il devient nécessaire que toute représentation soit métamorphosée, autrement, il serait insupportable.

L’idéal ne se conduit plus au fond de soi pour réparer une blessure et reconquérir une place dans la société comme le ferait un processus de résilience. L’idéal est hors de soi, dans la doxa qui gouverne les masses.Le héros peut devenir l’étendard des idéologies extrêmes. Dans toute population, il y a un contingent d’individus peu émotifs dont l’attachement est évitant.  L’obéissance cesse d’être un facteur d’adaptation.

Le recrutement d’un terroriste est chose aisée! Une simple campagne publicitaire sur les réseaux sociaux! De même qu’il y a des épidémies de suicide, il y a des épidémies d’assassinats mystiques et idéologiques. L’individu flottant sans liberté intérieure est susceptible de succomber dans des idéologies extrêmes. Que le cerveau soit altéré par une maladie ou par un appauvrissement du milieu culturel, les effets relationnels sont les mêmes. Le marketing politique emporte la conviction en inscrivant dans la mémoire une image et quelques mots qui pétrifient la pensée.

En guise de conclusion, quelques extraits de « Ivres paradis, bonheurs héroïques »:

« Quand les représentations sociales apportent de tels bénéfices tragiques, les adaptations sont claires.-Si vous voulez être heureux, sans vous poser de questions, chantez avec le chœur, soumettez vous.-Si vous préférez devenir vous-même, rebellez vous, vous paierez plus tard»

Et si notre société avait tout simplement besoin de faire un acte de résilience collective?

https://www.youtube.com/watch?v=cwyAYplxLng&w=560&h=315%5DSource: http://bibliobs.nouvelobs.com/idees/20160413.OBS8458/boris-cyrulnik-et-c-est-ainsi-qu-on-fabrique-des-gogos-armes.htmlhttps://books.google.fr/booksid=BZUoDAAAQBAJ&pg=PT410&lpg=PT410&dq=MIO+neurosciences&source=bl&ots=oKeebhTzor&sig=mXwTSM6GzomLtOJUxjZhojBa8PA&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwiqsd229cfNAhVB1BoKHWZQBbwQ6AEILDAC#v=onepage&q=MIO%20neurosciences&f=falseTest du Marshmallow

 Test du Marshmallow

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