PRINCIPE DU « PRIMUM NON NOCERE »DANS LES PSEUDO-SCIENCES!

Le » Primum non Nocere » est la règle de base pour tout soignant.

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Un récent sondage IFOP indique que 34% des Français estiment avoir une culture scientifique lacunaire, contrairement aux allemands et aux anglais. Toujours dans ce sondage, 56 % des Français estiment que la science ne tient pas suffisamment de place dans les débats de société. Gaston Bachelard disait que « la culture scientifique demande un effort de la pensée». C’est incontestable mais faut-il aussi que le grand public puisse accéder à des articles de vulgarisation de qualité. Les connaissances scientifiques lacunaires montrent qu’il ne s’agit pas d’une ignorance totale de la science, mais d’une capacité globale à s’informer, trier les messages (parfois contradictoires), afin de se forger une conscience et une opinion sur les interrogations de la science. La science évolue constamment, elle n’est pas figée.

L’un des principaux dangers qui guette les personnes qui ont une culture scientifique lacunaire est d’ouvrir la porte à la désinformation scientifique. Force est de constater que le discours pseudo-scientifique est parfois plus convaincant et ludique que l’information scientifique taxée parfois de rigide et inhumaine. Ne vous rétorque-t-on pas alors comme un mantra (ces propos de Michel Montaigne) « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme» !

Très souvent, la frontière entre la science et la pseudo-science est ténue pour le grand public. La médecine, la psychologie avec ses théories et méthodes sont les grands terrains de prédilection du pseudo-scientisme. Souvent la marque de fabrique des charlatans qui ont l’art de pratiquer un jeu de dupes envers autrui, en déformant la réalité par des biais cognitifs, des falsifications afin d’obtenir la confiance d’autrui, en vue de lui soutirer de l’argent ou de le mettre sous influence à des fins de manipulation.
De reconnaître que la définition du charlatan est souvent imprécise, et un professionnel peut toujours être le charlatan de quelqu’un s’il pratique une méthode peu consensuelle. Très souvent, lorsqu’on parle de charlatanisme, il s’agit du rejet de toute autre méthode que celle dite conventionnelle.

 

Le charlatanisme et les pseudo-thérapeutes sont souvent présentes dans les médecines parallèles (dites douces ou bien encore alternatives). Le tout regroupé sous une novlangue séduisante comme le bien-être, le développement personnel et la psychothérapie. Mais cela ne veut pas dire qu’il faille rejeter toutes ces médecines. L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a lancé un deuxième plan stratégique en 2014 pour assurer le développement de ces formes de médecine.  L’OMS comptabilise pas moins de 400 médecines complémentaires. Comme il l’est écrit noir sur blanc sur le site de l’OMS: « Dans ce large panel, en France par exemple, l’ordre des médecins reconnaît quatre pratiques: l’homéopathie, l’acupuncture, la mésothérapie et l’ostéopathie. Le code de la santé publique précise que « les médecins ne peuvent proposer aux malades ou à leur entourage comme salutaire ou sans danger un remède ou un procédé illusoire ou insuffisamment éprouvé ».

Hors ces disciplines listées par l’OMS si elles sont encadrées correctement, force est de constater que le champ de la santé est frappé de plein fouet par les pseudo sciences et ses pratiques douteuses. Aujourd’hui, il y a actuellement une intrusion de disciplines pseudo scientifiques regroupées sous le label consacré de « médecines complémentaires ». De nombreuses formations proposent des cursus aux noms exotiques qui contribuent à cette dilution de la médecine scientifique et favorisent le charlatanisme.

Le professeur Loïc Capron interviewé dans un média mainstream, il y a quelques années ne mâche pas ses mots : « il existe une forme de laisser-aller intellectuel qui ne résiste plus aux assauts de la charlatanerie.»

Et lors d’une audition récente au sénat sur les dérives thérapeutiques et sectaires: la santé en danger, Loïc Capron met en garde contre le charlatanisme:
Ce que j’ai lu du témoignage de mon confrère Serge Blisko (président de la MIVILUDES) n’a fait que me conforter un peu plus dans mon doute! Il cite des situations extrêmes mais parle aussi de l’hôpital, réservant un long développement aux dérives qui y sont possibles. Pour moi, le dérapage qui peut exister entre médecines complémentaires, charlatanisme, voire sorcellerie – Serge Blisko donne des exemples qui en relèvent – est le même que celui qu’il peut y avoir entre religion et pratiques sectaires. Nous abordons là des domaines de foi qui gênent beaucoup un esprit scientifique et rationnel…

Et plus loin, il poursuit:

Il existe deux manières de dévier en médecine… On peut tout d’abord inventer des systèmes abracadabrants, avec des thérapies parfaitement imaginaires et parfois toxiques. Ceci est assez facile à dépister. Une autre lubie de certains praticiens consiste à employer de manière non conventionnelle des médecines conventionnelles, à l’encontre de l’avis de la HAS et des préconisations internationales. Comment sérieusement contrôler ces pratiques ? Je ne suis pas sûr que nous en ayons les moyens mais elles existent bel et bien !

S’i y a des médecines complémentaires tolérées par l’OMS, on ne peut que s’étonner par du nombre faramineux de diplômes universitaires de « thérapies complémentaires ». Ils seraient plus de 90, et il est difficile de faire le distinguo entre une médecine complémentaire et une médecine alternative. Certaines comme l’hypnose, la sophrologie peuvent s’avérer intéressantes dans nombre d’indications. Ces  méthodes, altérant momentanément la conscience, sont propices à l’émergence de faux souvenirs qui peuvent faire prendre des vessies pour des lanternes aux patients, voire aux thérapeutes s’ils n’ont aucun pré-requis scientifique.

La pensée magique ou irrationnelle domine dans les pseudo sciences au détriment de la pensée analytique fondée sur des connaissances scientifiques, en perpétuelle évolution. Le charlatanisme se fait toujours au détriment de la santé des patients, à un moment donné ou à un autre. Les charlatans enfument leurs clients avec un langage ou des cautions scientifiques, alors qu’en fait la théorie est bidon et la pratique à risque.

Il n’y a pas que des personnes insuffisamment formées à l’esprit scientifique, il y a aussi le profil très particulier des alterscientifiques que Alfred Moatti décrit dans son livre « Alterscience, Postures, dogmes et idéologies. Les alterscientifiques sont des hommes de science à forte notoriété, qui à un âge avancé développent une théorie alternative.

La médecine tolère ces médecines complémentaires quand elles sont envisagées conjointement avec les traitements de la médecine conventionnelle, et n’empiètent pas sur un traitement qui a fait ses preuves. La règle pour toute thérapie, qu’elle soit conventionnelle, complémentaire ou alternative devrait être celle du « primum non nocere ». « Ne pas nuire à autrui », ce principal dogme abstentionniste appris aux étudiants médecine de premier année est à appliquer à tout soignant.

Malheureusement, ce n’est pas toujours le cas, et de nombreuses thérapies peuvent s’avérer nuisibles et mettre la santé du patient en danger. Ce sont les cancers qui remportent la palme des traitements douteux.
Ryke Geer Hamer, l’inventeur de la nouvelle médecine germanique, a été condamné à pour escroquerie et complicité illégale de la médecine et a été emprisonné à Cologne et en France.  Selon sa conception et celle de ses émules, le cancer est une forme de survie inconsciente  du cerveau à un choc psycho émotionnel. Tout cancer est déclenché par un choc psychologique, un conflit aigu et dramatique vécu dans l’isolement. ce syndrome porte le nom d son fils décédé: le syndrome Dirk Hamer (DHS) Des patients qui auraient pu être soignés à temps par la médecine scientifique sont morts. Concernant le cancer du sein, il a développé toute une théorie sur le « conflit du nid » reprise plus tard dans le Décodage Biologique .

Hormis ces deux théories redoutables qui défraient régulièrement les chroniques judiciaires, des remèdes qualifiés de naturel pour lutter contre le cancer sont aussi diffusés et désinforment le grand public.
La liste des méthodes douteuses contre le cancer est longue. On trouve pêle-mêle le cartilage de requin (compléments alimentaires vendus en diététique), le laetrile  (extrait du noyau d’abricot), l’essiac (une herbe médicinale), l’appareillage (courant électrique). Et tant d’autres…

Certaines de ces méthodes à risque se pratiquent dans des cliniques. Ce qui  induit auprès des patients une caution scientifique qui rivalise avec la médecine scientifique. Comme pour la méthode Linvingston-Wheeler préconisée par Virginia Wheeler qui pensait que les cancers étaient causés par une bactérie  trouvée (ou inventée) par elle, le Progenitor Cryptocide. Prescrite dans la clinique privée Linvingston-Wheeler (San Diego, Californie), cette méthode consiste à renforcer le système immunitaire par une détoxification, grâce à un régime végétarien strict, des lavements au café et par l’administration de vaccins spéciaux comme celui du BCG et un autre préparé à partir de l’urine d’un individu spécifique. On rapporte que les patients eurent une qualité de vie significativement plus mauvaise suivant les critères du Functional Living Index-Cancer. La clinique prétendait obtenir 82% de résultats de rémission; ce qui était faux.

Lorsqu’on constate l’engouement des salons de bien-être ou de médecines douces,  on se demande pourquoi est-il si difficile d’informer le public sur les pseudo-sciences et les méthodes douteuses? Les médecines alternatives ou complémentaires bénéficient de la confiance acquise quasiment au même titre que la médecine scientifique. Pourquoi?
Ces thérapies complémentaires remplacent la médecine populaire d’autrefois, et il est judicieux de s’interroger sur les systèmes médicaux. Faut-il forcément critiquer le système de la médecine chinoise, aryuvédique et même homéopathique sous l’angle de la médecine scientifique occidentale? De parler d’effet placebo ou de l’impact de la suggestibilité sans tomber dans le militantisme qui braque. Voir l’appel des 124 professionnels de la santé contre les médecines alternatives qui a déclenché la colère de leurs confrères les pratiquant. Certaines personnes ont recours à l’homéopathie, et elles en sont satisfaites même si l’on parle de placebo. Les pharmaciens recommandent eux-mêmes des spécialités homéopathiques en « bobologie ».
N’est-il pas plus pertinent de parler du « primum non nocere» ? Ni bénéfice, ni nuisance. Peu importe l’impact de la suggestion et l’effet placebo s’il ne nuit pas et n’aggrave pas la maladie.

L’Australie a fait réaliser, il y a quelques années, une analyse complète des produits et thérapies complémentaires à travers leur méthodologie (absence ou manque d’études randomisées, pas de double aveugle). 17 thérapies se retrouvent sur le banc de touche car elles ne présentent aucun avantage. Parmi elles, la phytothérapie, la méthode Feldenkrais, l’iridologie, la kinésiologie, le shiatsu. Ce n’est pas demain que ces thérapies cesseront d’avoir du succès, peut-être plus que la médecine conventionnelle. La méthode Pilates est aussi critiquée dans cette étude, et pourtant, de nombreux de coachs sportifs font des cours performants avec cette méthode.

Face au charlatanisme et au pseudo-scientisme, il y a également la difficulté pour le grand public de cerner une controverse scientifique qui peut animer les scientifiques entre eux. Dans une controverse scientifique, c’est la pensée analytique qui domine; chacun avance ses arguments en l’état des connaissances scientifiques. La lecture des publications scientifiques n’est pas toujours consensuelle, et chaque médecin a lui aussi sont propre système de croyances en matière de soins.

Comme il est délicat d’évoquer une controverse scientifique actuelle sans provoquer une levée de bouclier, retour vers le passé avec l’histoire de l’encéphalopathie traumatique qui est le thème du film de Peter Landesman « Seul contre tous ». C’est  l’histoire du Dr Bennet Omalu, médecin légiste et originaire du Nigeria. En autopsiant les corps de joueurs de football américain, il constate que la répétition abusive de chocs crâniens au cours des matchs provoquaient des maladies neuro dégénératives chez les sportifs de haut niveau. Pendant de longues années, il a été traité de charlatan par ses confrères et il s’était mis à dos la NFL (Ligue Nationale de Football Américain). En 2005, Bennett Omalu publie une étude sur cette maladie diagnostiquée post-mortem, et sera enfin reconnu par ses pairs.

Le  » Primum non Nocere » doit  rester la règle de base pour tout soignant.
«Inventez une charlatanerie, n’importe laquelle, vous trouverez toujours des hommes qui diront que ça marche, tant notre besoin d’illusion est intense.»(Boris Cyrulnick)

Sources:

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