CHOISIR LES CADEAUX DE NOËL, RITUEL OU CORVÉE?

Ce fameux esprit de Noël serait visible dans l’activation de certaines zones du cerveau par résonance magnétique fonctionnelle (IRM).

Les fêtes de fin d’année sont l’occasion d’échanger des cadeaux à mettre sous le sacro-saint sapin aux décorations et aux lumières étincelantes. L’usage d’offrir des cadeaux ne s’est pourtant développé qu’à partir du XIXe siècle. On peut toujours arguer que les fêtes de fin d’année illustrent, comme le dit Émile Cioran, « le cauchemar de l’opulence », la culture de consommation exacerbée, mais mine de rien, Noël est un rituel collectif par sa référence mythique sacrée. Et c’est aussi une période où la générosité s’exprime avec les cadeaux, les visites et les voeux de fin d’année.

L’esprit de Noël est un mélange de profane et de sacré auquel nous nous prêtons de bonne grâce ou en rechignant, mais nous nous y plions en tant que norme collective. Le sociologue Émile Durkheim pense l’expérience du sacré comme celle d’une communion avec le groupe, et il ne voit « dans la divinité que la société transfigurée et pensée symboliquement ». La démonstration du sacré se fait à travers l’échange de cadeau, la simultané. Faire des cadeaux est un geste ancestral qui est une forme du gaspillage cérémoniel lié à toute fête, comme le souligne l’historienne Nadine Cretin.

Dans notre société contemporaine, l’échange de cadeaux sous le sapin est la fois don et marchandise. L’enfant, même s’il croit au Père Noël, mémorisera cette valeur symbolique du cadeau, et il reproduira une fois devenu adulte ce don. Le cadeau de Noël correspond à cette forme d’échange qualifiée par l’anthropologue Marcel Mauss, au sujet du don, comme une triple obligation qui consiste « à donner, recevoir et rendre ».Derrière l’échange de cadeaux sous le sapin, il y a la notion de potlach évoquée par l’ethnologue Marcel Mauss dans son ouvrage, Essai sur le don. Forme et raison de l’échange dans les sociétés archaïques. Le potlach c’est l’essence du don, et il explique ( toujours en partie) l’esprit de l’échange de cadeaux à Noël. L

Avant de le mettre sous le sapin, le rituel collectif du cadeau est contraignant : cette fièvre acheteuse de l’esprit de Noël vide le porte-monnaie et demande de l’imagination pour trouver le cadeau qui fera plaisir.

Plus on arrive à la date fatidique de Noël, plus la frénésie consommatrice est perceptible. Les fêtes de fin d’année sont gravées dans le marbre, et on serait tenté de penser que cela va avec une certaine logique de comportement : celui qui consiste à acheter le plus tôt possible ses cadeaux dès que le top départ commercial est donné en novembre.

L’idéal serait d’acheter dans les meilleures conditions les cadeaux à faire, sans se précipiter au dernier moment dans les magasins bondés;  courir le risque que les articles convoités soient en rupture de stock ou qu’ils ne correspondent pas aux critères souhaités (taille, couleur et forme). Ce serait un comportement rationnel.

Et bien, Noël ou pas, cadeau ou pas, le consommateur rationnel n’existe pas. Nos actes d’achats sont d’abord déterminés par des facteurs affectifs et cognitifs. Et quand il s’agit des cadeaux de fin d’année, vient s’y ajouter une autre dimension propre à ce rituel collectif.

Les fêtes de fin d’année sont une occasion pour toute la famille de se réunir au grand complet. L’échange de cadeaux est là pour renforcer les liens, mais aussi réévaluer la place de chacun dans son réseau familial et relationnel, et même si c’est inconscient, cela peut être chez certaines personnes générateur d’anxiété et de stress.

Les cadeaux sont révélateurs des relations avec notre entourage, et ils ont une vie après avoir été offerts. Et si c’est trop anxiogène, on essaye d’y échapper, selon certains spécialistes de la psychologie, en remettant les achats de cadeaux au dernier moment.

Évidemment, il y a les procrastinateurs chroniques, ceux qui ont cette manie de retarder volontairement jusqu’au dernier moment une action qu’ils ont l’intention de réaliser, et peu importe si ce retard a des conséquences négatives. En s’y prendre à la dernière minute serait une façon de conjurer le stress et l’angoisse. Finalement, est-ce que ça vaut vraiment le coup de culpabiliser si on achète les cadeaux au dernier moment? Et si c’était simplement un signe de notre société tourmentée ? Une forme de pollution sociale? La profusion des marchandises dans les étals, en cette période, peut être vécue comme agressif; ce qui amène une tension psychique et l’épuisement des ressources cognitives.

L’étendue du choix, surtout lors des fêtes de fin d’année, n’est pas synonyme de bien-être. La course aux cadeaux peut vite se transformer en cauchemar. Des études ont montré que la recherche systématique du meilleur choix est plus coûteuse sur le plan des émotions que l’attitude qui consiste à s’arrêter au premier article venu. Choisir dans un magasin entre mille et un cadeaux entraîne de la tension psychique et l’épuisement des ressources émotionnelles. La profusion ne devient plus un plaisir, mais anxiogène.

Alors il semblerait que ceux qui s’y prennent au dernier moment pour les achats s’économisent émotionnellement en s’arrêtant au premier article pour faire les cadeaux. Après tout, c’est l’intention qui compte !

Acheter les cadeaux à l’avance ou au dernier moment, est-ce si important? Le principal ne réside-il pas dans l’esprit de Noël ?

Ce fameux esprit de Noël serait visible dans l’activation de certaines zones du cerveau par résonance magnétique fonctionnelle (IRM). C’est ce qu’ont trouvé des chercheurs danois, qui ont publié leurs résultats dans l’édition de Noël du « British Medical Journal » en 2017. Si le sujet est farfelu et fait penser à un poisson d’avril, les neurologues se sont tout de même pliés à une méthodologie rigoureuse en précisant que la psyché ne se résume pas à une cartographie cérébrale.

Selon des neurologues danois, l’esprit de Noël se voit lorsqu’on stimule les aires du cerveau liées aux aires du toucher, de la spiritualité, l’analyse de l’expression faciale des émotions et la capacité de se tourner vers le monde extérieur.

Alors  gardons cette capacité de l’imagination à croire à la magie de Noël et au plaisir des cadeaux sans modération.
©NBT

À LA RECHERCHE DE SANTA-CLAUS, ALIAS LE PÈRE NOËL!

Si on s’intéresse à l’approche anthropologique de Noël, il y a l’incontournable texte de Claude Levi-Strauss, Le Père Noël supplicié.

©Norman Rockwell

Croyez vous au Père Noël? Aujourd’hui non! Enfant, vous y avez peut-être cru et avez été émerveillé de trouver les cadeaux sous le sapin de Noël, parfois déçu de ne pas trouver les jouets commandés sur la lettre envoyée au Père Noël en Laponie. Vous perpétuez certainement la tradition avec vos enfants, vous ingéniant ainsi à leur fabriquer des rêves, quitte à ce qu’ils soient aussi déçus que vous en apprenant qu’il n’existe pas! La croyance est une fonction mentale comme une autre, alors ne culpabilisez pas de faire croire à vos enfants à ce mythe propre à l’enfance. Certes, la croyance ne fait pas bon ménage avec la science, c’est indéniable; elle est génératrice de fakenews et de pseudo-science qu’il faut combattre sans relâche. Ainsi que l’a écrit Serge Goldman, médecin spécialiste en neurologie et médecine nucléaire, « La science chasse les croyances; les croyances dénient à la science le pouvoir de traiter ce sur quoi elles portent, que ce soient l’existence de Dieu ou l’immortalité de l’âme. » Mais les mythes et le légendaire ont une fonction sociale qui renforcent la cohésion des groupes, et on les trouve dans toutes les cultures. La croyance à ce barbu débonnaire habillé en rouge en fait partie. Alors au diable les moralistes qui traquent le consumérisme à tout-va durant cette période de fin d’année!

Je vous propose un modeste tour d’horizon « païen et anthropologique » de cette période de fêtes de fin d’année. La date du 25 décembre est pour les Chrétiens la naissance du Christ. Cette date n’est pas un simple hasard. Elle correspond (à quelques jours près) au solstice d’hiver, au symbolisme si particulier.

C’est le solstice d’hiver qui ouvre la phase ascendante du cycle annuel tandis que le solstice d’été inaugure la phase descendante du cycle des saisons; d’où le symbolisme gréco-latin des portes solsticiales représenté par les deux faces de Janus. Saint Jean d’hiver versus Saint Jean d’été. Les solstices sont des périodes de l’année où l’on retrouve dans la plupart des sociétés des rites cultuels. En Normandie, en pays d’Auge, des feux étaient allumés à l’extérieur où la bûche était l’élément principal. Résurgence des feux de la Saint Jean d’hiver, probablement!

Derrière l’échange de cadeaux sous le sapin, il y a la notion de potlach évoquée par l’ethnologue Marcel Mauss dans son ouvrage, Essai sur le don. Forme et raison de l’échange dans les sociétés archaïques. Le potlach c’est l’essence du don, et il explique ( toujours en partie) l’esprit de l’échange de cadeaux à Noël. Le potlatch est une fête qui rassemble une ou plusieurs tribus pour des échanges de cadeaux qui vont jusqu’à la destruction de richesses dans les potlachs des sociétés premières. C’est une « lutte de générosité » qui hiérarchise les membres de la tribu. On peut considérer que les cadeaux offerts aux enfants expriment cette forme de lutte, et que le Père Noël (du moins les parents) est au sommet de la hiérarchie. De préciser que cette notion de potlach est succincte, et que la conception de Marcel Mauss est plus complexe.

Si on s’intéresse à l’approche anthropologique de Noël, il y a l’incontournable texte de Claude Levi-Strauss,  » Le Père Noël supplicié ». Il fut publié dans les Temps Modernes en 1952 et il exprime le droit d’être païen et de fêter Noël à sa guise. En voici l’objet qui figure en préambule du texte (en accès libre sur le net):

« Les fêtes de Noël 1951 auront été marquées, en France, par une polémique à laquelle la presse et l’opinion semblent s’être montrées fort sensibles et qui a introduit dans l’atmosphère joyeuse habituelle à cette période de l’année une note d’aigreur inusitée. Depuis plusieurs mois déjà, les autorités ecclésiastiques, par la bouche de certains prélats, avaient exprimé leur désapprobation de l’importance croissante accordée par les familles et les commerçants au personnage du Père Noël. Elles dénonçaient une « paganisation » inquiétante de la Fête de la Nativité, détournant l’esprit public du sens proprement chrétien de cette commémoration, au profit d’un mythe sans valeur religieuse. Ces attaques se sont développées à la veille de Noël; avec plus de discrétion sans doute, mais autant de fermeté, l’Église protestante a joint sa voix à celle de l’Église catholique. Déjà, des lettres de lecteurs et des articles apparaissaient dans les journaux et témoignaient, dans des sens divers mais généralement hostiles à la position ecclésiastique, de l’intérêt éveillé par cette affaire. Enfin, le point culminant fut atteint le 24 décembre, à l’occasion d’une manifestation dont le correspondant du journal France-Soir a rendu compte en ces termes : Devant les enfants des Patronages, le Père Noël a été brûlé sur le parvis de la cathédrale de Dijon.



Extraits de ce texte intemporel d’une érudition extraordinaire!

« Le Père Noël a été pendu hier après-midi aux grilles de la cathédrale de Dijon et brûlé publiquement sur le [p. 1573] parvis. Cette exécution spectaculaire s’est déroulée en présence de plusieurs centaines d’enfants des patronages. Elle avait été décidée avec l’accord du clergé qui avait condamné le Père Noël comme usurpateur et hérétique. Il avait été accusé de paganiser la fête de Noël et de s’y être installé comme un coucou en prenant une place de plus en plus grande. On lui reproche surtout de s’être introduit dans toutes les écoles publiques d’où la crèche est scrupuleusement bannie.

S’il n’y avait jamais eu, dans les temps préhistoriques, un culte des arbres qui s’est continué dans divers usages folkloriques, l’Europe moderne n’aurait sans doute pas « inventé » l’arbre de Noël. Mais – comme on l’a montré plus haut – il s’agit bien d’une invention récente. Et cependant, cette invention n’est pas née à partir de rien. Car d’autres usages médiévaux sont parfaitement attestés : la bûche de Noël (devenue pâtisserie à Paris) faite d’un tronc assez gros pour brûler toute la nuit; les cierges de Noël, d’une taille propre à assurer le même résultat; la décoration des édifices (depuis les Saturnalia romaines sur lesquelles nous reviendrons) avec des rameaux verdoyants : lierre, houx, sapin; enfin, et sans relation aucune avec Noël, les Romans de la Table Ronde font état d’un arbre surnaturel tout couvert de lumières. Dans ce contexte, l’arbre de Noël apparaît comme une solution syncré- [p. 1579] tique, c’est-à-dire concentrant dans un seul objet des exigences jusqu’alors données à l’état disjoint : arbre magique, feu, lumière durable, verdure persistante. Inversement, le Père Noël est, sous sa forme actuelle, une création moderne; et plus récente encore la croyance (qui oblige le Danemark à tenir un bureau postal spécial pour répondre à la correspondance de tous les enfants du monde) qui le domicilie au Groenland, possession danoise, et qui le veut voyageant dans un traîneau attelé de rennes. On dit même que cet aspect de la légende s’est surtout développé au cours de la dernière guerre, en raison du stationnement de certaines forces américaines en Islande et au Groenland. Et pourtant les rennes ne sont pas là par hasard, puisque des documents anglais de la Renaissance mentionnent des trophées de rennes promenés à l’occasion des danses de Noël, cela antérieurement à toute croyance au Père Noël et plus encore à la formation de sa légende.

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Il n’est pas étonnant que les aspects non chrétiens de la fête de Noël ressemblent aux Saturnales, puisqu’on a de bonnes raisons de supposer que l’Église a fixé la date de la Nativité au 25 décembre (au lieu de mars ou de janvier) pour substituer sa commémoration aux fêtes païennes qui se déroulaient [p. 1585] primitivement le 17 décembre, mais qui, à la fin de l’Empire, s’étendaient sur sept jours, c’est-à-dire jusqu’au 24. En fait, depuis l’Antiquité jusqu’au moyen âge, les « fêtes de décembre » offrent les mêmes caractères. D’abord la décoration des édifices avec des plantes vertes; ensuite les cadeaux échangés, ou donnés aux enfants; la gaîté et les festins; enfin la fraternisation entre les riches et les pauvres, les maîtres et les serviteurs.

Les légendes sont les archives de nos coutumes et de nos croyances d’autrefois. Alors ne les négligeons pas et le folklore lié à Noël est l’occasion de s’y replonger.

LA ROBOT-THÉRAPIE, UN AVENIR PROMETTEUR!

Grâce au bot Tree Hole, l’équipe de psychologues a évité plus de 1000 suicides de jeunes Chinois. Selon l’OMS, le suicide est la deuxième cause de décès parmi les 15-29 ans.

L’Intelligence Artificielle a fait son entrée dans le domaine de la santé! L’une des questions qui se pose est de savoir si l’IA remplacera à temps plein les soignants ou en sera un simple auxiliaire? L’avenir nous le dira! Ne rejetons pas l’IA en pensant aux films cauchemardesques de SF hollywoodiens, ce serait vraiment dommage!

Certains programmes de deep-learning surpassent incontestablement les capacités humaines; les plus connus du grand public sont la reconnaissance d’image, la voiture autonome, le diagnostic médical et les robots intelligents. Concernant le diagnostic médical, une approche basée sur le machine-learning (une technologie d’IA explicitement liée au Big Data) assiste les médecins pour diagnostiquer les tumeurs cérébrales. Un exemple parmi d’autres. Derrière tous ces programmes qui peuvent faire douter de nos capacités cognitives, il y a d’abord l’intelligence humaine et les compétences scientifiques qui les ont créés.

Incontestablement, l’IA dépasse certaines capacités cognitives. Mais ce n’est pas le QI! Kai-Fu-Lee dans son livre « IA, La plus grande mutation de l’histoire » raconte qu’il a mis au point, en 1986, le logiciel qui a gagné contre un Américain le championnat du monde d’Othello (version simplifiée du jeu de go). En 1997, l’ordinateur Deep Blue d’IBM a vaincu le fameux champion du monde d’échecs Garry Kasparov lors d’une partie appelée « Le baroud d’honneur du cerveau ». De quoi inquiéter l’opinion publique qui pense que dans un avenir proche les robots vont prendre le contrôle de l’humanité et l’asservir! Nous en sommes loin! Il y a derrière le succès de Deep Blue la main et l’intelligence de l’homme. Le matériel informatique avait été programmé pour générer et évaluer rapidement les positions de chaque coup, et la conception du logiciel avait requis la contribution de champions d’échecs en chair et en os! L’histoire du Chinois Ke Jie, superstar professionnelle du jeu de go, est éloquente. Il se vantait à qui voulait l’entendre de gagner contre Alphago, un programme de Deepmind. Il fut battu à plates coutures dans des conditions psychologiques éprouvantes durant les deux premiers matchs; épuisé, il déclara forfait pour le troisième. Qu’à cela ne tienne, il fut applaudi et soutenu par le public chinois, montrant ainsi que c’est la psyché humaine qui compte avant la machine, et que le discernement humain face aux performances de l’IA l’emporte!

Parmi les branches de l’IA, il y a la robotique! La robotique humanoïde conçu comme le plus ressemblant à l’homme semble être son alter ego, et il a fortement inspiré la SF! La robotique humanoïde est un ensemble de machines destinées à aider l’être humain ou le remplacer dans des tâches complexes ou dangereuses. La robotique s’appuie sur d’autres disciplines (la résolution de problèmes, la compréhension du langage, la vision, l’ouïe, l’apprentissage, etc.) et aussi sur l’ingénierie mécanique, électrique, hydraulique. La conception des robots humanoïdes se base également sur l’informatique affective (Affective computing) et sur la robotique cognitive (Cognitive Robotics). En quelques points, la robotique affective est capable de reconnaitre les émotions humaines, c’est à dire l’interaction entre la technologie numérique et les sentiments. Les principales capacités de la robotique cognitive sont de percevoir, représenter, apprendre l’espace, les situations le plus possible proches d’un fonctionnement cognitif induisant des réactions comportementales basiques!

Dans la catégorie des robots humanoïdes et de la robotique cognitive, il y a la robot-thérapie! La robot-thérapie en est à ses prémices mais déjà appliquée en thérapie relationnelle individuelle. D’ailleurs, pour être rigoureux, plus que le terme de robot-thérapie, les articles scientifiques sur le sujet emploient le terme de « robots sociaux ». Ces robots sociaux ont souvent une apparence enfantine, de type jouet ou animaloïde, ce qui va mettre en confiance la personne et en les rendant inoffensifs aux yeux des personnes avec qui ils doivent interagir. Darwin Op, L’un de ces robots sociaux, mis au point en 2014, rend ainsi d’immenses services en psychothérapie.

Darwin-Op aide à socialiser les enfants atteints de troubles psychiques comme l’autisme. Des chercheurs de l’industrie de Georgia Tech ont mis au point ce programme. Cette interface Enfant/Robot est originale car elle place l’enfant dans une dynamique active et non passive; le principe repose sur l’utilisation d’une tablette Android par l’enfant, qui lui va agir en enseignant au robot humanoïde les règles du jeu Angry Birds! Le robot va apprendre les règles du jeu en mimant le comportement des enfants. « Selon la programmation de Darwin-Op, il est possible d’agir sur plusieurs troubles en rééduquant par exemple la coordination entre l’oeil et la main ou la préhension.

Encore une application positive des robots sociaux! Une étude pilote, publiée en juillet 2018, du département de gériatrie de l’hôpital Broca à Paris, a montré une amélioration du bien-être émotionnel et subjectif de patients atteints de troubles neuro-dégénératifs grâce à l’interaction même brève (15 minutes) avec le robot social ©Paro, appelé aussi Blanchon. Paro est une peluche robotisée à la forme d’un bébé phoque à destination des personnes âgées souffrant de a maladie d’Alzheimer. Le petit phoque est capable de communiquer des émotions comme la joie, la surprise ou le mécontentement suivant le contexte. Une étude scientifique, a été réalisée dans onze EPHAD, et elle a montré que la présence de Paro améliorait la prise en charge de la douleur, le comportement, le bien-être et le lien social des résidents.

Les sympathiques robots sociaux ne remplacent évidemment pas le lien social et humain, mais aident les équipes soignantes! Il faut les concevoir comme des co-thérapeutes! Je reconnais que la prudence s’impose au regard de leurs capacités relevant du registre des émotions humaines! L’un des risques majeurs n’est-il pas de s’interroger sur la banalisation de « l’empathie artificielle » au détriment de l’ empathie naturelle? L’homme ne risque-t-il pas de devenir petit à petit asocial, formaté sur un réflexe pavlovien, se contentant de mimer le programme émotionnel d’un robot anthropomorphique, la psyché n’étant plus confrontée à un alter humain? Court-on vers le risque d’un émoussement affectif et émotionnel si les robots sont détournés de leur vocation première de co-thérapeute? Points d’éthique qu’il faut approfondir!

Pour compléter ma galerie de portraits des robots sociaux, citons Matilda qui a été conçue pour tenir compagnie aux personnes âgées et handicapées dans des centres hospitaliers. Matilda mémorise les visages, rappelle les horaires de prise de médicaments et capable d’animer des séance de bingo. Il y a aussi Pepper, qui analyse lui aussi comme ses « congénères » les sentiments comme mais aussi capable de danser, de plaisanter et de mener une conversation. Avec lui, on a presque envie de mener une vie de bâton de chaise!

Avec les robots sociaux, il y a manifestement un fort potentiel thérapeutique comme chez les personnes atteintes de la Maladie d’Alzheimer et dans certaines formes d’autisme. Le robot social joue le rôle d’un objet d’attachement voire d’objet transitionnel à l’instar de celui évoqué par Donal Winnicot pour les jeunes enfants, et transposable aux adultes. Manifestement, objet aussi de projections des émotions et sentiments.

La chercheuse en psychologie libanaise Ritta Baddoura dans son excellent article « Le potentiel thérapeutique de l’interaction homme-robot »reconnait que l’usage thérapeutique des robots sociaux n’en est qu’aux prémices. Elle souligne, avec éthique, les failles méthodologiques des études dont la brièveté de leur durée, les populations hétérogènes et l’absence de groupes contrôle en vigueur dans toute recherche scientifique académique. Si l’usage des robots sociaux est prometteur, il faut rechercher l’impact, à moyen et long terme, les éventuels effets indésirables comme d’éventuels le risque de générer des troubles psychiatriques qui leur sont liés (ou d’aggraver certains états) qui restent à ce jour inconnus, et qui devront pourtant être étudiés.

« L’écrasante majorité des ces études se concentre sur le développement robotique plutôt que que sur la mesure et l’analyse de son impact psychologique et mental. »

Personnellement, j’envisage l’avenir des robots sociaux dans une triade patient/thérapeute/robot où le robot est un co-thérapeute! Il semblerait que sur le plan de la recherche, cette interaction soit plus fréquente que celle de la dyade où le thérapeute contrôle à distance le robot.


La technologie moderne, l’IA et les robots sociaux peuvent soulever d’immenses interrogations au sujet de la liberté individuelle et du libre-arbitre. Même si ça ne colle pas stricto sensu à l’IA, je l’illustre par un fait relaté dans le Wall Street Journal: en Chine, dans certaines classes, les élèves sont équipés d’une camera et de capteurs oculaires pour analyser leur cerveau quand ils lisent et écrivent. Les professeurs et les parents y voient des gadgets « boostant » la réussite scolaire d’enfants ainsi « épiés « constamment »! Ne serait-ce pas, ni plus ni moins, que de la persuasion coercitive aux fins de modification du comportement, de la surveillance violant l’intimité psychique d’autrui? Un dévoiement de la technologie moderne, risque majeur applicable à l’IA en général mais aussi de cette discipline passionnante que sont les neurosciences. On freine et on contraint par la force toute forme de spontanéité de l’élève. Pour ces enfants, c’est un cauchemar. Chers lecteurs, êtes vous étonnés?

Malgré un fort risque de mésusage de l’IA en général, encore un apport positif des robots avec Tree Hole! C’est un bot, logiciel automatique ou semi-automatique qui interagit avec des serveurs informatiques. Ce bot est capable de détecter des messages suicidaires sur Weibo ( web chinois )! Il permet ainsi d’aider des psychologues à sauver des vies. Par ses algorithmes conçus pour détecter des messages contenant des idées suicidaires, le bot Tree Hole alerte un groupe de près de 600 spécialistes de la santé mentale, consultants et bénévoles qui vont alors contacter ces personnes à fort risque suicidaire en évitant leur passage à l’acte. Grâce à ce bot, l’équipe a évité plus de 1000 suicides de jeunes Chinois. Selon l’OMS, le suicide est la deuxième cause de décès parmi les 15-29 ans. Alors bravo à l’équipe qui a conçu Tree Hole pour assister les psychologues à être plus efficaces dans leur profession!

Comment fonctionne ce bot anti-suicide? Tree Hole analyse automatiquement Weibo toutes les quatre heures, sélectionnant vers le haut les messages contenant des mots et des phrases inquiétantes comme « mort », « libération de la vie » ou « fin du monde ». Le bot s’appuie sur un graphe de connaissances des notions et concepts de suicide, en appliquant une programmation d’analyse sémantique afin qu’il comprenne que « ne pas vouloir» et « vivre » dans une phrase sont des indices indiquant une tendance suicidaire.

L’IA est manifestement un défi à l’épreuve du feu. Ne nous leurrons pas, il y aura des dérives. Rien ne remplacera la chaleur humaine, mais l’IA offre de vastes possibilités dont il serait dommage de se priver dans le champ de la santé! Apprivoisons la avant de la rejeter, sans nous y soumettre.

Allons nous perdre notre libre arbitre avec la généralisation de l’IA? Les avis sont partagés! On peut appliquer à l’IA cette citation empruntée à Étienne de la Boétie: Pour que les hommes, tant qu’ils sont des hommes, se laissent assujettir, il faut de deux choses l’une: ou qu’ils y soient contraints, ou qu’ils soient trompés.

Je reste résolument positive sur l’apport positif de l’IA! C’est une merveilleuse avancée scientifique et technologique. Le philosophe Luc Ferry reste confiant sur notre capacité à garder notre libre arbitre face à la généralisation de l’IA:

Du reste, que je décide de faire confiance à un humain ou à un logiciel ne change rien à l’affaire, c’est toujours in fine moi qui décide de m’en remettre à un avis que je juge meilleur que le mien. Il est clair que le monde de l’IA nous impose de la vigilance, parler pour autant de «fin de l’individu» est en complet décalage avec la réalité d’un monde où la sacralisation narcissique du moi véhiculée par les théories du développement personnel venues des États-Unis est à l’évidence en progression géométrique.

Vidéo sur Paro, le sympathique robot-phoque.

https://www.google.com/search?rlz=1C5CHFA_enFR800FR800&sxsrf=ACYBGNRrz6cCFFpRB2pZdouaRKYzxbo8QQ%3A1574273349501&ei=RYHVXZufHsmBjLsP6ZCq8AE&q=les+enjeux+de+l%27IA+dans+la+sant%C3%A9+mentale&oq=les+enjeux+de+l%27IA+dans+la+sant%C3%A9+mentale&gs_l=psy-ab.3..33i22i29i30.8561.18225..18815…3.2..0.354.2997.8j15j1j1……0….1..gws-wiz…….0i71j0i22i30j0i22i10i30j33i160j33i21.wtoB14Lw7ZQ&ved=0ahUKEwjb1ZqesfnlAhXJAGMBHWmICh4Q4dUDCAs&uact=5