OSER ÊTRE QUELQU’UN DE BIEN! ÉLOGE DE LA GENTILLESSE!

Juste quelqu’un de bien
Quelqu’un de bien
Le cœur à portée de main (Enzo)

Malheureusement, l’actualité heurte trop souvent notre sensibilité et nous sommes souvent bousculés dans nos certitudes et nos croyances! Qui n’a pas éprouvé cette sensation admirablement décrite par Irvin Yalom, professeur émérite en psychiatrie de l’université Stanford, dans son livre « La Malédiction du chat hongrois »: « Nous sommes des créatures en quête de sens, qui doivent s’accommoder de l’inconvénient d’être lancées dans un univers qui n’a intrinsèquement aucun sens.»

Sans aller jusqu’au mal-être ou la rupture psychique, comment résister au bruit et la fureur ambiante sans renoncer à notre personnalité? Devons nous forcément nous laisser submerger par la violence autour de nous, celle qui fait l’actualité et qui se répand autour de nous dans une sorte de compétition darwinienne (mal digérée et donc dévoyée) où le plus fort doit gagner en étant méchant? Devons nous perdre notre identité et nous transformer en une sorte de loup-garou derrière nos écrans et réserver certaines de nos qualités intrinsèques à la vie réelle dans toutes les sphères (familiale, amoureuse, amicale et professionnelle)?

Et si nous parlions de certaines qualités comme la gentillesse, souvent assimilée à bêtise ou du moins à la faiblesse d’esprit? L’étiquette la plus péjorative étant celle du bisounours pour disqualifier celui qui est gentil! Et pourtant la psychologie s’intéresse à cette forme de communication que Carl Rogers qualifiait de non violente! La gentillesse est étroitement liée à l’empathie, liée elle-même dans le cercle vertueux de la morale. Et ça commence dès le berceau! C’est ce qu’a démontré le psychologue Martin Hoffman dans Empathy. Les nourrissons sont sensibles à la détresse d’autrui. Lorsqu’un bébé pleure, il peut lui aussi se mettre à l’unisson de son chagrin en se mettant à pleurer lui aussi. Ce serait génétique! Plus précisément, certaines hormones comme l’ocytocine favorisent le comportement maternel, le lien conjugal et la confiance en soi.

Du côté des neurosciences, des images réalisées sous IRM ont montré que le cortex cingulaire antérieur subgenual pourrait être le siège de l’empathie et de la gentillesse. Juste une piste d’après une expérience réalisée par une équipe universitaire d’Oxford sur des joueurs, et donc prudence car rien n’est confirmé.

Alors comment la gentillesse se manifeste-t-elle au niveau des actes? Et pourquoi pas justement l’illustrer avec les paroles de la chanson de Enzo, « Juste quelqu’un de bien »

Juste quelqu’un de bien
Quelqu’un de bien
Le cœur à portée de main

J’dis bonjour à la boulangère
Je tiens la porte à la vieille dame
Des fleurs pour la fête des mères

Sans tomber dans la soupe du développement personnel et la moraline, on vous démontre par A+B que l’excès de gentillesse peut vous nuire, et on va vous apprendre à être dans le camp des méchants ! Vraiment? Les attaches de la psychologie sont celles de la philosophie, et cela malgré l’apport des neurosciences, de la génétique ou de la science. La philosophie doit être intégrée à la pratique professionnelle, et pour moi elle est la cousine germaine de l’éthique professionnelle.

Récemment, j’ai lu une excellente interview de Laurence Devillairs qui va vous décomplexer d’être gentil! Cette philosophe est l’auteure d’« Être quelqu’un de bien »(ou devenir une bonne personne ne peut-être qu’une vocation de femmes ou d’hommes libres). Je n’ai pas lu le livre, mais les propos recueillis par Clément Pétreault (du journal Le Point) sont séduisants, et j’avais vraiment envie de vous le faire partager. Alors, vous e découvrirez ci-dessous. Bonne lecture, et comme j’ai cité Enzo, j’ai également partagé sa chanson « Juste quelqu’un de bien » !

Le Point : Pourquoi s’intéresser aux gentils ? Au fond, ce sont un peu les perdants de l’époque ? 

Laurence Devillairs : Cette fascination pour les méchants et les cyniques me paraît convenue et démodée ! Il y a certes une banalité du bien, mais cette banalité ne demande pas de coup d’éclat, elle réclame modestement de suspendre la fatalité du « c’est comme ça » pour faire advenir le bien, faire changer le cours des choses malgré les contingences, les envies, les intérêts, les détestations ou les sympathies. La gentillesse est tout sauf une facilité : c’est un talent. Prenez les exemples dans le cinéma : le méchant est un obsessionnel monolithique, égoïste et calculateur. Il est perçu comme plus intelligent, plus manipulateur et donc plus stratège. Mais le gentil est souple, capable de faire la bonne action au bon moment. Il saisit l’instant. Le cinéma fait porter le poids narratif aux méchants, alors que c’est sans grand intérêt ! Le gentil découvre le devoir qu’il se doit à lui-même, les actes que le bien lui réclame d’accomplir, c’est ça qui fait l’histoire ! Dans les « James Bond », les méchants sont obsédés par le plaisir du mal, ils sont robotiques et bardés de technique. Le méchant de « James Bond » révèle la pauvreté du méchant. Alors que James Bond, lui, est hyper-humain, il y va à mains nues. 

Vous invitez à être quelqu’un de bien et pourtant vous fustigez la bienveillance… Pourquoi ? 

Il y a une confusion entre la gentillesse et la bienveillance. La bienveillance est une attitude plus qu’une conduite, c’est une morale de proximité, qui consiste à vouloir consoler ou aplanir le malheur de l’autre, si possible de l’autre qui me ressemble le plus. Mais il y a des chagrins qu’on ne doit pas consoler. La morale de proximité ne suffit pas à faire la gentillesse, car la morale exige beaucoup plus que la compassion. La gentillesse, c’est se mettre à la place de l’autre au sens strict. Le bon samaritain n’est pas bienveillant et Dieu merci ! S’il l’était, il se contenterait de regarder ou de consoler, mais là, non ! Le bon samaritain doit voir le voyageur, le toucher et se mettre à sa place, il se démène, il remue ciel et terre… Il a suspendu le cours normal des choses pour faire advenir quelque chose d’autre. En fait, qu’on le veuille ou non, la morale nous gêne et nous contraint à l’action. Ce qui compte, c’est ce qui se passe ici et maintenant. 

Etre quelqu’un de bien, est-ce la promesse de devenir quelqu’un d’ennuyeux ? 

Non ! Etre quelqu’un de bien, ce n’est pas simplement obéir aux règles, aux convenances et aux conventions, c’est accomplir avant tout des actes de liberté. En morale, il n’y a que deux catégories : le lâche et le courageux. Quelqu’un de bien n’est pas un surhomme, il n’a pas d’aide divine, c’est « seulement » un héros, mais un héros ordinaire, qui aurait pu ne pas faire le bien, qui est comme tout le monde menacé par la possibilité de faire le mal, mais qui a le courage, la liberté, de faire le choix du bien. Exister, c’est en effet savoir que tout ne se vaut pas, c’est refuser une forme d’athéisme moral, c’est-à-dire la croyance qui voudrait qu’exister suffit, indépendamment de toute idée de bien ou de mal. L’athée moral, celui qui « ne voit pas le problème », est beaucoup plus dangereux que le tueur en série. 


TOUT SE JOUE AVANT L’ÂGE DE SIX ANS! VRAIMENT?

Un mauvais départ se répercute tout au long de la vie d’adulte, et il y a les traumatismes de l’enfance comme la maltraitance (sous toutes ses formes) qui laissent des empreintes post-traumatiques.

J’ai emprunté le titre de ce post au fameux best-seller écrit par le Dr Fitzhurgh Dodson « Tout se joue avant l’âge de 6 ans »! La première édition de ce livre date de 1970, et il a ensuite été régulièrement réédité . Cela ne signifie que j’agrée totalement au point de vue de l’auteur, même si certains de ses propos sont pertinents! Avouez que l’idée que tout se joue  avant six ans est tout de même sacrément fataliste! Ors, elle s’est imposée comme une évidence psychologique auprès de nombreux parents, y compris de certains professionnels de la santé.  Tout est-il déterminé avant l’âge de 6 ans ? Et même avant?  Cette affirmation vous rappelle-t-elle quelque chose

Mais qu’entend-on par cette expression? La personnalité de l’adulte se construit-elle vraiment durant les cinq premières années de sa vie, et parfois avant l’âge de trois ans?

Le livre de Dodson est devenu un manuel pour de nombreux parents et des mères obnubilées par les progrès de leur enfant, dans cette étape du rôle maternel que Winnicott appelait « la préoccupation maternelle primaire !

La vision du « tout se joue avant six ans est très pessimiste, et s’inscrit dans la lignée du déterminisme psychologique suivant laquelle la vie psychique est totalement déterminée. Elle serait  dépendante de ses antécédents, et ne comporterait aucune liberté. Pour F.Dodson, durant les cinq premières années de sa vie, chaque enfant passe par les stades des acquisitions fondamentales –marche, langage, propreté, socialisation, estime de soi-. Les stimulations intellectuelles reçue au cours du développement de ces acquisitions durant ces cinq premières années sont importantes pour son intelligence adulte. Sur le point de la stimulation intellectuelle, passage obligé par les écrans!  La psychanalyste Sophie Maripoulos, sans citer Dodson, évoque dans un rapport sur les enfants et les écrans, la malnutrition  culturelle due au manque d’attention et d’accompagnement des parents dans l’éveil des tout-petits.

À la sortie du livre « Tout se joue avant six ans » en 1970, les connaissances en  neurosciences n’étaient pas aussi avancées qu’aujourd’hui. Certes le développement cérébral est influencé par la génétique, notamment l’intelligence et ses 40 gènes, mais il  ne faut pas sous estimer les facteurs relationnels, affectifs et environnementaux. Les certitudes, mal interprétées selon certains spécialistes, sont agaçantes !
La petite enfance est une période très riche dans la vie, mais rien n’est jamais joué. Certains apprentissages se font toute la vie, l’environnement, les expériences de la vie, les événements (heureux ou malheureux), les crises, et les rencontres influencent la personnalité de l’adulte. Bref, dans le fatum, il y a une part de hasard qui fait que la vie réserve aussi des bonnes surprises.
 

Toutes les théories psychologiques sont d’accord pour dire que des relations affectives de qualité nouées dès l’enfance avec les parents, ou des figures de substitution laissent une empreinte indélébile et essentielle, qui influenceront les relations adultes. Évidemment! Un mauvais départ se répercute tout au long de la vie d’adulte, et il y a les traumatismes de l’enfance comme la maltraitance (sous toutes ses formes) qui laissent des empreintes post-traumatiques. 

Des chercheurs suisses de l’École polytechnique fédérale de Lausanne sous la houlette de Carmen Sandi ont constaté que les blessures invisibles de l’enfance laissent une empreinte biologique qui perdure dans le cerveau adulte.  L’équipe suisse a montré (chez des rats) que les traumatismes chez l’enfant conduisaient à des comportements agressifs visibles  sur certaines zones du cerveau. Comme l’altération du cortex orbitofrontal identiques à celles retrouvées chez les humains violents. Cette connaissance sur les conséquences des traumatismes a des implications médicales, mais également thérapeutiques et sociales.
« Cette recherche montre que les personnes exposées aux traumatismes dans l’enfance ne souffrent pas seulement sur le plan psychologique mais elles subissent une réelle altération dans leur cerveau» (Carmen Sandi).
 

La plupart des chercheurs en psychologie s’accordent pour dire que les traumatismes de la petite enfance (ceux qui surviennent avant l’âge de six ans) sont à l’origine de beaucoup de dépressions et de troubles anxieux, et d’autres troubles. Une autre étude, celle de l’université de McGill de Montréal montre également que les abus et maltraitance laissent une empreinte chimique dans le cerveau. Il s’agit d’une modification de gènes dont l’enfant a besoin a besoin pour se construire un système de défense contre le stress. Une fois modifiée par l’expérience de l’abus sexuel, ces gènes restent altérés toute la vie, rendant les victimes plus vulnérables aux aléas de la vie. 

 
Sans s’arrêter à des événements traumatisants extrêmes (violence, abus sexuels abandon), les interactions destructrices et répétées avec les adultes sont néfastes dans la construction de la personnalité. C’est du désamour et de l’atteinte à l’estime de soi, ni plus ni moins. On entend par désamour les humiliations répétées, le manque d’affection et de compassion d’autrui, les négligences envers la santé mentale et physique. Les inactions des parents sont également destructrices;  elles font douter de la valeur de l’enfant et entachent son estime de soi. Les encouragements prodigués par les adultes sont essentiels à la sécurité affective et l’absence de retroaction positive est extrêmement dommageable à l’estime de soi. Les parents ou  les adultes ne sont pas les seuls acteurs des actions de démolition mentale. Les enfants sont parfois cruels entre eux. L’ostracisme, l’exclusion, l’intimidation par les autres enfants sont extrêmement traumatisantes pour un jeune enfant.
 
Même si le futur adulte est marqué au fer rouge par ses traumatismes, la vision déterministe où tout est  joué durant l’enfance est catastrophique. Elle risque d’enfermer l’autre prisonnier de son passé, et de ne pas l’encourager à dépasser ses problèmes !
 
Freud, en son temps, avait souligné l’inégalité des réactions des patients à la névrose face à un même événement. Jung a parlé de cette notion du « Soi », ce noyau subtil de la personnalité qui peut aider à surmonter les épreuves. Le très médiatique et contesté pédopsychiatre Marcel Rufo prend le contre-pied de F.Dodson de cette fausse croyance que « tout se joue avant six ans ».
 
La notion de résilience, développée par Boris Cyrulnick, démonte ce déterminisme, et est est une formidable leçon d’optimisme où tout est possible à tout âge! La résilience, c’est cette capacité à rebondir, et à reprendre le développement positif de sa vie après l’adversité.
Il n’y a pas de fatalité au malheur. « Les enfants qui ont connu la violence, l’abandon, l’orphelinat, la misère ou encore la guerre seront des enfants blessés et des adultes blessés tout au long de leur vie. Mais ces enfants ne sont ni foutus, ni sans valeurs (Boris Cyrulnick).» 
Les deux périodes pendant lesquelles se mettent en place les processus de résilience sont d’une part, la période qui précède l’acquisition du langage où l’enfant se façonne, se  » tricote  » avec la propre histoire de ses parents. D’autre part, la période qui sur l’acquisition du langage, où l’enfant acquiert la possibilité de se représenter son passé et son avenir et donc de donner un sens à sa vie et ainsi d’agir en la métamorphosant.
 
Conclusion : tout ne se passe pas avant six ans, ni même à trois ans ! On peut à tout âge revivre, et la résilience marche toute la vie, et jusqu’à 120 ans! 
 
 

Vidéo/conférence du Pr Marcel Rufo

 

 

 

 

Sources:
http://www.radio-canada.ca/nouvelles/science/2013/01/17/003-traumatisme-enfance-violence.shtml
Boris-Cyrulnik Les-vilains petits canards

PRÉFÉREZ VOUS LIRE SUR UN ÉCRAN OU SUR UN LIVRE PAPIER?

Le principal n’est-il pas de lire et d’y trouver du plaisir? Laisser à chacun le choix de son support!

Bibliothèque Sainte-Geneviève (Paris)

Aujourd’hui, avec internet et les moteurs de recherche, nous accédons à la connaissance d’une manière différente des générations précédentes. Illimitée, et c’est un véritable bouleversement culturel! Nos méthodes de travail intellectuelles s’en trouvent profondément bouleversées. En quelques clics, on accède en quelques secondes à une quasi infinité de documents sans se déplacer physiquement! De bonne ou de mauvaise facture et avec parfois en prime des fakenews, surtout dans le domaine scientifique! Pour mes deux premiers livres, j’ai du passer de longues heures à la Bibliothèque Sainte-Geneviève pour consulter de nombreuses sources! Et pendant ce temps-là, mon éditeur trépignait car je prenais du retard pour rendre mon manuscrit! Certes, temps béni qui m’a permis de contempler ce haut-lieu historique, mais j’avoue que c’est bien pratique de faire des recherches pour mon blog avec le net! Bref, manifestement, la lecture sur le net et sur écran modifient profondément nos capacités cognitives. Faut-il être forcément être nostalgique du livre papier? Les avis divergent sur la modification des processus cognitifs suivant le support de lecture.

Thierry Baccino, professeur de psychologie cognitive et ergonomique, liste les aspects négatifs mais aussi les bienfaits de la lecture sur écran

La lecture sur écran peut entraîner une désorientation cognitive
Enrichissement incontestable de l’information mais sans boulimie afin de ne pas tomber dans cette désorientation cognitive!

On lit plus vite sur un support papier que sur un écran à cause de la luminosité des écrans, et la compréhension du texte lu n’est pas la même.

Et Thierry Baccino souligne la détérioration de la mémoire spatiale du texte! Qui ne l’a pas expérimenté!

 Avec un texte sur papier, il arrive parfois que l’on se souvienne de l’endroit du texte où l’on avait trouvé une information. Parfois même on ne souvient plus de l’information mais seulement de sa localisation (dans le texte ou dans le livre). […]

« Lire sur un ordinateur ou sur papier active les mêmes zones cérébrales, selon Thierry Baccino. Sauf que lorsque nous lisons sur écran, c’est essentiellement pour rechercher des informations. Or cette activité, souvent liée à la prise de décision, mobilise quant à elle les aires frontales du cerveau. »

Nous ne lirions que 20 % du texte que nous trouvons sur le Web. Il est Indiscutable que les mouvements des yeux sont différents suivant que nous lisions sur un écran ou sur un livre. La lecture s’avère plus lente que sur la page d’un livre. Pour compenser cette perte de vitesse, nous aurions tendance à pratiquer une lecture rapide en sautant des mots et des phrases. Mea culpa! Ce qui parfois gêne la compréhension du texte. Manifestement, en modifiant notre manière de lire, Internet agit sur notre appareil neuronal, et est susceptible d’affaiblir notre capacité à comprendre les textes alambiqués. Mais nous sommes en 2019, et la conception d’une « bonne et mauvaise lecture » varie d’une époque à une autre.

Que l’on se montre sceptique ou pas, sur la lecture sur écran est aujourd’hui incontournable; la culture passe aujourd’hui par les canaux numériques. En leur temps, les livres papier furent vivement critiqués dont la prose. Au XVIII siècle, l’on reprochait à la littérature libertine de trop échauffer l’imagination. Que dirait-on aujourd’hui face à l’envahissement de la pornographie sur les écrans? C’était de la gnognotte!

Connaître les travers de la lecture sur le net ne signifie pas la diaboliser, mais l’aménager, et ne pas se priver des autres supports de lecture traditionnels. Les uns ne sont pas incompatibles avec les autres. Mais enlevons nous de l’esprit qu’un texte sur le net « se lit d’une seule traite » lorsqu’il dépasse plus d’une phrase avec un verbe, un sujet et un complément.

L’étude des mécanismes psychologiques de la lecture, et tout ce qui a trait à la plasticité neuronale lors de cette activité est un immense champ de recherche. Même si notre cerveau est plastique, les connaissances permettant de lire ne sont pas précablées pour cette activité (tout d’ailleurs comme pour les autres), et l’enfant doit se soumettre à un apprentissage de plusieurs années pour maîtriser la lecture.

Andrew Dillon de l’université du Texas , « nous sommes dans une nouvelle ère du comportement, face à l’information, et nous commençons à en voir les conséquences ». 

D’abord, il y a l’apprentissage du décodage visuel des signes écrits, et c’est l’aire occipitale qui est sollicitée. Et ensuite, il y a un ensemble de processus cognitifs résumé par Jean Dortier dans son article La plasticité, une adaptation permanente, s’appuyant sur les travaux de Stanislas Dehaenne: La lecture est un processus comportant plusieurs phases et mettant en lien la reconnaissance des formes et l’accès au sens, via toute une série d’étapes où sont impliquées les aires visuelles, les aires auditives (voie phonologique) et les aires du langage (qui donnent sens aux mots).


Lecture sur support papier ou sur écran, le principe d’acquisition de base reste le même. Pour Olivier Houdé, le cerveau reste le même mais ce sont les circuits qui changent. C’est le cortex préfrontal qui d’abord agit notamment chez l’enfant, au détriment de la « résistance cognitive », théorie révolutionnaire d’Olivier Houdé qui est la capacité du cerveau à inhiber les automatismes de pensée pour nous permettre de réfléchir
. Et il préconise un changement des apprentissages de la lecture qui repose sur la théorie des intelligences multiples.

Le sujet des bénéfices ou des désagréments de la lecture sur les écrans par à rapport aux livres papier est inépuisable! Le principal n’est-il pas de lire et d’y trouver du plaisir? Laisser à chacun le choix de son support! Faites à votre guise, le principal est de lire! Lisez, écrivez pour stimuler votre réserve cognitive! Et il y a aussi la bibliothérapie! À suivre !

Conférence sur la résistance cognitive par Olivier Houdé

Sources:

http://www.actualitte.com/societe/les-ecrans-et-la-lecture-en-profondeur-le-cerveau-s-adapte-49407.htm
http://www.washingtonpost.com/local/serious-reading-takes-a-hit-from-online-scanning-and-skimming-researchers-say/2014/04/06/088028d2-b5d2-11e3-b899-20667de76985_story.html
http://www.journaldunet.com/ebusiness/expert/53569/l-illetrisme-numerique-est-un-vrai-probleme-de-societe.shtml  

LISEZ, ÉCRIVEZ POUR STIMULER VOTRE RÉSERVE COGNITIVE!

La revue Neurology a publié une étude montrant que l’écriture et la lecture ont une incidence significative sur les facultés cognitives. C’est à la portée de tout le monde en thérapie préventive.

© Niels Frederik Schiøttz-Jensen
La maladie d’Alzheimer, une maladie neurodégénérative qui affecte les fonctions cérébrales, en particulier la mémoire est la nouvelle épée de Damoclès de ces prochaines décennies. En France, 800 000 personnes seraient concernées. Les causes de la maladie d’Alzheimer sont multifactorielles, et évoluent en fonction des observations,  souvent faites sur le rat et aussi au gré des publications régulières dans des revues scientifiques.
 
 La détection de cette maladie est devenue un enjeu de recherche.  Faisons un rapide tour d’horizon des dernières avancées. Ainsi, un nouveau test détecte une signature protéique spécifique à la maladie d’Alzheimer: le  taux du biomarqueur bêta-amyloïde. C’est une belle avancée mais la  ponction lombaire reste privilégiée car elle permet de mesurer non seulement la protéine bêta-amyloïde mais aussi la protéine tau, et ainsi que le rappelle le Dr Panchal, la signature d’Alzheimer est composée du taux des deux protéines.
 
Les connaissances sur la composante génétique ne cessent de progresser. Publiée dans la revue Nature Genetics, dans une toute fraîche communication de l’INSERM,  l’analyse de génomes de 94000 individus a permis de révéler cinq variantes génétiques associées à la maladie  d’Alzheimer. Cette découverte peut permettre d’élaborer des stratégies thérapeutiques plus efficaces. Ces nouvelles scientifiques permettent de pallier de plus en plus à la subjectivité des tests cognitifs.
 
Après de nombreux articles comme celui de F Onen dans Science Direct traitent des perturbations du rythme veille-sommeil. Un sommeil réparateur s’avère également protecteur pour prévenir les risques de démence en protégeant la mémoire, et le cerveau. Observé par Brendan Lucey du Washington University Sleep Medecine Center, la qualité du sommeil -le sommeil à ondes lentes- a un impact sur le score de tau (l’un des deux biomarqueurs de la maladie d’Alzheimer évoqué plus haut).
 
À côté de ces considérations purement scientifiques et prometteuses, de nombreuses études sont menées pour prévenir et retarder cette maladie à travers des comportements qui stimulent les fonctions cognitives. Des chercheurs se sont demandés si la stimulation intellectuelle, l’exercice mental ne pourraient pas avoir un effet protecteur contre la démence. Et aussi le départ à la retraite. Partir à la retraite à 65 ans, ce serait  15 % de risque en moins. Si on considère que cette étude est biaisée sur le plan méthodologique parce qu’elle n’a pris en compte que les dossiers de travailleurs indépendants et on a aussi l’impression d’un discours très orienté idéologiquement sur les « bienfaits supposés » de la retraite tardive, cette hypothèse mérite d’être élargie à d’autres professions. Et pourquoi pas mais en allant plus loin dans la méthodologie. Pour Carole Dufouil, directrice de recherche à l’ISERM« l’hypothèse principale est que le travail contribuerait à préserver la réserve cognitive.» Est-il possible d’en dire autant pour les professions requérant des efforts physiques intenses? Ceci est probablement une autre histoire. Mais la piste de la réserve cognitive reste à privilégier. « La réserve cognitive est dépendante du niveau d’éducation, de l’activité professionnelle, des activités de loisirs et des interactions sociales tout au long de la vie», et l’entretenir est à la portée de tout le monde. Son rôle doit donc être pris très au sérieux dans la prévention de la maladie d’Alzheimer. De nombreuses études montrent qu’il est possible en stimulant son cerveau avec des exercices mentaux de ralentir le déclin cognitif. La revue Neurology a publié une étude montrant que l’écriture et la lecture ont une incidence significative sur les facultés cognitives. C’est à la portée de tout le monde en thérapie préventive.
 
Afin de se faire une idée sur les bienfaits de l’écriture et de la lecture, voici la retranscription des résultats de cette étude dans l’article « Lecture et écriture ralentissent le développement de la démence sénile » publié » sur le site Actualittés.« Leur étude porte sur 294 personnes, dont l’activité intellectuelle a été passée en revue. Prashanthi Vemuri, et Elizabeth C. Mormino, tous deux docteurs en philosophie travaillent à la clinique Mayo de Rochester, dans le Minnesota. Ils rappellent que la démence sénile, qui affecte une très grande proportion de personnes dans nos sociétés, a par ailleurs un coût très important, en termes de soins. D’autant que, s’il n’existe pas de traitement permettant d’enrayer la dégénérescence, le mode de vie exerce une très forte influence sur les risques de démence. « Un facteur, dans le mode de vie, qui a démontré une capacité à retarder l’apparition de démence sénile passe par la pratique d’une activité cognitive stimulante, comme la lecture, l’écriture et le jeu. Cependant, les mécanismes par lesquels ces activités ont des effets protecteurs sur l’organisme sont encore peu clairs », expliquent les scientifiques.
 
Les résultats de leurs recherches semblent bien indiquer qu’en fonction de l’activité cérébrale que l’on a pu avoir durant ses plus vertes années, on assiste à un ralentissement du déclin cognitif. Cependant, une activité cérébrale qui diminue avec le temps, peut justement être provoquée par la maladie d’Alzheimer, soulignent les chercheurs. « Nous avons prouvé pour la première fois que l’augmentation de l’activité cognitive va de pair avec une réduction du déclin mental, liée à une pathologie de type démence », assure le docteur Wilson. Leurs observations doivent encore être prises avec des pincettes, avant tout parce qu’il est impossible d’effectuer un essai clinique réellement significatif, et que l’activité professionnelle doit également être prise en compte. « Nos résultats suggèrent qu’il est tout de même une bonne idée de faire en sorte d’exercer son cerveau avec une activité cognitive quotidienne, si ce n’est pas déjà le cas. » Si la pathologie ne peut pas être soignée, il serait possible de rendre les gens plus résistants en leur faisant pratiquer une activité cérébrale régulière.
 

Les 294 personnes sondées pour cette étude avaient une moyenne d’âge de 80 ans. Certains avaient depuis longtemps une activité intellectuelle régulière, d’autres ne s’y étaient mis que récemment. En outre, la moitié avait développé une démence ou des troubles cognitifs légers, au cours des six dernières années. Tout a été passé en revue : écriture, lecture, jeux de puzzles ou de cartes, visite de musée. Et jusqu’à leur mort, en moyenne 5,8 ans après le début de l’étude, chacun a pris part à un test annuel. S’en est suivi une autopsie de leur cerveau. Celles-ci ont permis aux scientifiques de constater que 14 % des différences dans le déclin mental pourrait être attribué à l’exercice intellectuel et de la quantité d’activités auxquelles les gens ont pris part. Un taux de déclin mental de 32 % a été constaté chez ceux qui avaient une activité régulière, contre un taux de 48 % de croissance de leur démence pour les autres. Le taux de déclin cognitif était plus élevé dès lors que les personnes avaient une activité cognitive récente. « Je dirais que l’engagement dans des activités cérébrales est important à tous les stades de la vie », souligne le Dr Robert Wilson. Finalement, leur étude démontre que, si la pathologie ne peut pas être soignée, il serait possible de rendre les gens plus résistants de par ce type d’activité. La perte de connaissance qu’une maladie comme Alzheimer entraîne pourrait alors être retardée, si elle ne peut pas être évitée. »

Sources :
 

LA REMÉDIATION COGNITIVE, UNE PRATIQUE INNOVANTE!

La base de données Pubmed fait état de nombreux articles scientifiques sur la Remédiation Cognitive.

Les patients dépressifs se plaignent souvent d’altérations cognitives comme des difficultés attentionnelles, de concentration et de troubles de la mémoire. Durant un épisode dépressif majeur, le cerveau fonctionne au ralenti, et il faut beaucoup d’efforts pour retrouver ses capacités cognitives.
Une méthode peut leur être proposée pour restaurer en partie les capacités cognitives: il s’agit de la remédiation cognitive (RC). On peut la définir succinctement comme une approche clinique visant à provoquer un accroissement de l’efficacité cognitive généralisée dans le but d’améliorer durablement l’adaptation globale, l’autonomie, le bien-être de l’enfant et de l’adolescent. Cette méthode s’est développée dans le champ de la psychologie du développement. C’est une forme d’accompagnement thérapeutique autonome et cohérente.  Cette méthode cible d’autres troubles et toutes les difficultés cognitives.

Ainsi sur le site web Remédiation Cognitive composé de professionnels rigoureux (psychiatres, neuropsychologues), on peut lire qu’elle « est proposée lorsqu’une évaluation neuropsychologique a objectivé des troubles cognitifs (difficulté à mémoriser une information, à planifier des tâches, etc), que ces troubles cognitifs ont des répercussions sur la vie de tous les jours et que la réduction de ces répercussions favorisera la mise en œuvre d’un projet concret.»

Comment se pratique-t-elle? 
La Remédiation Cognitive se fait sous forme d’exercices de logique et de mémoire sur un logiciel d’entraînement cérébral grand public. Le choix des exercices est adapté aux difficultés des dépressifs. L’idée de proposer des exercices aux dépressifs est venue aux soignants qui ont observé que les dépressifs hospitalisés faisaient des sudoku, des jeux fléchés ou des mots croisés. 

Ces exercices se font dans un cadre thérapeutique et ils comportent plusieurs niveaux où les patients peuvent se trouver en situation d’échec. Chaque exercice contient 10 niveaux de difficultés pré-définis. 


Les exercices entrainent les fonctions cognitives altérées comme l’attention, la mémoire de travail (la capacité de retenir de retenir des informations à court terme, quelques secondes à quelques minutes pour réaliser de informations cognitives comme retenir un numéro de téléphone), des fonctions exécutives (rendant les patients incapables de structurer comportement et langage).


La base de données Medline/Pubmed fait état de nombreux articles scientifiques sur la RC. Outre son indication dans la dépression d’autres pathologies peuvent bénéficier de la RC comme les séquelles de lésions cérébrales, démences séniles de type Alzheimer, psychoses infantiles, hyperactivité de l’enfant et schizophrénie (avec d’autres formes de psychothérapie).

D’ailleurs dans la schizophrénie, deux méta-analyses attestent de son efficacité.

La Remédiation Cognitive est pratiquée par des professionnels de la santé: psychologues, neuropsychologues, orthophonistes, médecins ou infirmiers spécialement formés.
Une précision s’impose: la RC ressemble par certains de ses exercices à ceux de l’entraînement cognitif destinés à des sujets sans déficit cognitif et qui souhaitent maintenir leurs capacités cognitives. L’entraînement cérébral regroupe des techniques employées en prévention du vieillissement en dehors de toute indication médicale. Comme le programme d’entraînement cérébral du Dr Kawashima, Happy Neuron,Coach Cerebral, etc.

La Remédiation Cognitive, à visée thérapeutique, est un véritable traitement rééducatif destiné à améliorer la vie professionnelle et sociale des patients atteints d’altérations cognitives. L’article du Dr Isabelle Amado, psychiatre à Sainte Anne et du Dr Llyod l. Sederer, directeur médical du centre de santé mentale de New York  publié dans le Huffington Post en 2013 et reproduit ci-dessous dans son intégralité évoque les enjeux  et les applications de la Remédiation Cognitive en psychiatrie.

« Jean a 23 ans. Il souffre depuis ses 17 ans d’une schizophrénie, une pathologie mentale sévère et invalidante entraînant des difficultés de fonctionnement à l’école, au travail et dans sa famille. Au début, ses symptômes étaient au premier plan et des idées de persécution envahissaient l’ensemble de ses activités. Souffrant d’hallucinations auditives, il se sentait isolé socialement, et souffrait des troubles du comportement. Avec le traitement  et un soutien psychologique ses symptômes se sont améliorés. Cependant ses problèmes de mémoire, d’attention, d’organisation et de traitement de l’information le freinait pour construire une vie satisfaisante.

Amélie a 42 ans et a souffert d’une pathologie mentale durant 10 ans, qualifiée pour certains de trouble bipolaire, pour d’autres de troubles schizo-affectifs (coexistence de symptômes psychotiques et troubles de l’humeur). Son humeur a été considérablement améliorée par des traitements et une psychothérapie, mais elle est dans l’impossibilité de retourner à son métier dans la restauration ou d’assumer ses responsabilités familiales et affective auprès de son mari et de ses deux enfants. Il est difficile de maintenir des relations sociales lorsqu’on ne peut prêter attention aux personnes qui nous entourent ou de se souvenir de ce que ces personnes nous disent. Le travail et les responsabilités quotidiennes d’une personne qui souhaite rester autonome peuvent devenir insurmontables lorsqu’on a des difficultés pour traiter, mémoriser ou organiser l’information. Il existe actuellement des traitements, des programmes thérapeutiques d’entraînement qui réduisent les déficits cognitifs associés à certaines pathologies mentales. La Remédiation Cognitive (CR) est un thérapeutique innovante en psychiatrie, et si vous ou l’un de vos proches peut en bénéficier alors vous aimeriez certainement en savoir plus, afin de voir si ce traitement peut l’aider.

La RC est un thérapeutique qui a pour but de réduire les difficultés cognitives, à différentier des symptômes psychotiques ou des troubles de l’humeur. L’ensemble des thérapies, y compris le traitement et certaines formes de psychothérapies, réduisent partiellement certains symptômes comme les difficultés de concentration. La RC est centrée sur l’incapacité que peuvent entraîner des troubles de l’attention, de la mémoire ou de la planification.

La RC se pratique avec différents programmes -qui sont maintenant disponibles- avec des sessions d’entraînement et des exercices qui peuvent même être ludiques (Medalia and Saperstein, 2013). Les sujets qui s’y engagent sont souvent très motivés, ce qui diffère parfois de l’attitude que les patients peuvent avoir face à certains traitements ou certaines prises en charge. La RC fournit aussi des stratégies pour résoudre des problèmes complexes : planifier une matinée de courses, se rendre d’un lieu à un autre, répondre à des responsabilités professionnelles, scolaires ou universitaires. Elle apporte au patient plus de confiance en soi et en ses capacités cognitives.


L’un des principe fondamentaux de ce traitement, est que l’amélioration cognitive constatée à la fin des sessions puisse être transférée sur des tâches de la vie quotidienne. De fait, les gains acquis durant la remédiation permettent à la personne de mieux appliquer les programmes de réhabilitation pour se maintenir ou reprendre ses études, pour obtenir un emploi ou garder son emploi (Killackey et al. 2008, Bell et al. 2005).
Un bénéfice important de la RC, c’est aussi d’améliorer les aptitudes à interagir dans des situations sociales, dans une conversation, à apprécier les intentions et les émotions d’autres personnes; ce que d’aucuns appellent « intelligence émotionnelle » – ces aptitudes qui vont de pair avec un épanouissement pour chacun d’entre nous, pas seulement pour les patients qui souffrent d’une pathologie mentale sévère-. Plus encore, La RC peut aider les patients qui souffrent de pathologie mentale, qui souvent sous estiment leur gêne au quotidien, à mieux prendre conscience de leurs difficultés et des retentissements que celles-ci ont sur leur vie personnelle et professionnelle.

La RC se définit comme une pratique interventionnelle d’entraînement intellectuel qui cible les difficultés cognitives par l’utilisation de techniques d’apprentissage. Elle se fonde sur l’apprentissage massif, la répétition d’exercices, l’apprentissage de stratégies pour résoudre des problèmes complexes, et le développement de moyens de résoudre les difficultés au niveau du travail ou qui limitent l’efficience au quotidien.

Ces programmes sont proposés à un patient, ou via son entourage familial et après un bilan approfondi. Ils sont recommandés lorsque les patients sont stabilisés cliniquement, loin d’un épisode aigu, et compliant pour s’y engager. Les cliniciens spécialistes de ces programmes peuvent accroitre la motivation des patients en leur proposant des programmes qui répondent aux souhaits des patients traités – à avoir plus d’amis, gagner sa vie, ou avoir une vie sociale (Choi et al. 2010).

La RC est surtout préconisée pour des pathologies de type schizophrénique, ou psychose associée; mais également pour des troubles bipolaires. En Europe, des programmes se développent pour des sujets ayant une pathologie métabolique ou génétique rare avec symptômes psychiatriques (ex syndrome vélocardiofacial), ou pour les problèmes cognitifs associés à l’anorexie mentale de l’adolescente (Tchanturia et al. 2013). Chez l’enfant, des programmes existent pour des problèmes « dysexecutifs » (semblables aux difficultés de fonctionnement décrites plus haut pour l’adulte) : hyperactivité déficit de l’attention (THADA), jeunes ayant des troubles du spectre autistique avec un bon fonctionnement cognitif, ou des difficultés d’apprentissage sévères.

La RC a d’autant plus de chance de réussir si elle s’intègre à un projet ou à des perspectives de réhabilitation (Amado et al. 2011), Lehman, A: American Journal of Psychiatry, Editorial, 2012, « Making a Difference »). Du fait qu’il s’agisse de programmes de trois à six mois, se pratiquant avec un thérapeute, c’est un investissement autant pour le patient que pour l’équipe soignante. L’investissement devient alors nettement supérieur au coût lorsque la RC sert de tremplin pour un meilleur fonctionnement. Idéalement, tout programme doit être inclus dans un programme de réhabilitation qui offre des aides pratiques pour retourner au travail ou à l’école, ou pour vivre de manière autonome (McGurk and Wykes, 2008). Cela signifie qu’avec une programme de RC et de réhabilitation, une personne a plus de chances d’accroître son autonomie, de terminer ses études ou de parachever l’objectif auquel elle s’est astreinte à travailler, avoir une vie sociale ou assumer ses responsabilités quotidiennes.


Les bénéfices de cette thérapie sont cliniques, cognitif et fonctionnels. Elle améliore la composante dépressive existante chez certains patients, possiblement du fait d’une meilleure confiance en soi et de la dynamique de succès qui s’amorce. Bien que l’amélioration cognitive soit modeste, elle est irréfutable et régulièrement retrouvée (Wykes et al. 2011). En imagerie cérébrale, des structures cruciales pour le fonctionnement cérébral, localisées dans le lobe frontal, hypoactives avant programme, se réactivent après le programme parallèlement à une amélioration de la mémoire de travail (Penades et al. 2013); en outre un arrêt de la perte de matière grise (au niveau des cellules cérébrales) a été observé, deux ans après une thérapie comportementale incluant de la RC (Eyck et al. 2010).


La RC est relativement récente en psychiatrie et en santé mentale. Cependant ses bases scientifiques, elles, ne sont pas récentes : elles reposent sur les fantastiques avancées des neurosciences cognitives.

Le temps est venu d’inclure cette thérapie dans l’apanage de soins psychiatriques comme standard de prise en charge en soins courant proposé aux patients et aux familles de patients avec pathologie mentale sévère, en particulier pour la schizophrénie et les troubles schizo-affectifs.

Cela implique que ces techniques soient d’abord introduites dans des centres cliniques de références, à la pointe de l’innovation.

Ensuite ces pratiques vont être implantées à plus large échelle à travers des programmes de soins sur la base de standards de bonne pratique pour les patients (et les familles) avec la nécessité de former les équipes soignantes à ces programmes dans tous les centres de santé mentale.

La RC va, de manière évidente, changer la vie de nos patients freinés par la maladie mentale. Nous nous devons d’offrir ce nouveau traitement pour nos patients et leurs proches.»© Isabelle Amado, Llyod Sederer

Sources:
http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/?term=cognitive+remediation+therapyhttp://www.psychomedia.qc.ca/lexique/definition/memoire-de-travailhttp://www.huffingtonpost.fr/isabelle-amado-md-phd/quest-ce-que-la-remediation-cognitive_b_3728095.html
http://eclat-graa.org/wp-content/uploads/2013/11/Atelier_malletteRMS_CRT.pdf
http://www.allodocteurs.fr/actualite-sante-la-remediation-cognitive-une-therapie-innovante-dans-le-traitement-de-la-depression-12024.asp?1=1
https://www.cairn.info/revue-developpements-2009-3-page-5.htm

VIDÉO SUR LA REMÉDIATION COGNITIVE AVEC LE DR ISABELLE AMADO