LA ROBOT-THÉRAPIE, UN AVENIR PROMETTEUR!

Grâce au bot Tree Hole, l’équipe de psychologues a évité plus de 1000 suicides de jeunes Chinois. Selon l’OMS, le suicide est la deuxième cause de décès parmi les 15-29 ans.

L’Intelligence Artificielle a fait son entrée dans le domaine de la santé! L’une des questions qui se pose est de savoir si l’IA remplacera à temps plein les soignants ou en sera un simple auxiliaire? L’avenir nous le dira! Ne rejetons pas l’IA en pensant aux films cauchemardesques de SF hollywoodiens, ce serait vraiment dommage!

Certains programmes de deep-learning surpassent incontestablement les capacités humaines; les plus connus du grand public sont la reconnaissance d’image, la voiture autonome, le diagnostic médical et les robots intelligents. Concernant le diagnostic médical, une approche basée sur le machine-learning (une technologie d’IA explicitement liée au Big Data) assiste les médecins pour diagnostiquer les tumeurs cérébrales. Un exemple parmi d’autres. Derrière tous ces programmes qui peuvent faire douter de nos capacités cognitives, il y a d’abord l’intelligence humaine et les compétences scientifiques qui les ont créés.

Incontestablement, l’IA dépasse certaines capacités cognitives. Mais ce n’est pas le QI! Kai-Fu-Lee dans son livre « IA, La plus grande mutation de l’histoire » raconte qu’il a mis au point, en 1986, le logiciel qui a gagné contre un Américain le championnat du monde d’Othello (version simplifiée du jeu de go). En 1997, l’ordinateur Deep Blue d’IBM a vaincu le fameux champion du monde d’échecs Garry Kasparov lors d’une partie appelée « Le baroud d’honneur du cerveau ». De quoi inquiéter l’opinion publique qui pense que dans un avenir proche les robots vont prendre le contrôle de l’humanité et l’asservir! Nous en sommes loin! Il y a derrière le succès de Deep Blue la main et l’intelligence de l’homme. Le matériel informatique avait été programmé pour générer et évaluer rapidement les positions de chaque coup, et la conception du logiciel avait requis la contribution de champions d’échecs en chair et en os! L’histoire du Chinois Ke Jie, superstar professionnelle du jeu de go, est éloquente. Il se vantait à qui voulait l’entendre de gagner contre Alphago, un programme de Deepmind. Il fut battu à plates coutures dans des conditions psychologiques éprouvantes durant les deux premiers matchs; épuisé, il déclara forfait pour le troisième. Qu’à cela ne tienne, il fut applaudi et soutenu par le public chinois, montrant ainsi que c’est la psyché humaine qui compte avant la machine, et que le discernement humain face aux performances de l’IA l’emporte!

Parmi les branches de l’IA, il y a la robotique! La robotique humanoïde conçu comme le plus ressemblant à l’homme semble être son alter ego, et il a fortement inspiré la SF! La robotique humanoïde est un ensemble de machines destinées à aider l’être humain ou le remplacer dans des tâches complexes ou dangereuses. La robotique s’appuie sur d’autres disciplines (la résolution de problèmes, la compréhension du langage, la vision, l’ouïe, l’apprentissage, etc.) et aussi sur l’ingénierie mécanique, électrique, hydraulique. La conception des robots humanoïdes se base également sur l’informatique affective (Affective computing) et sur la robotique cognitive (Cognitive Robotics). En quelques points, la robotique affective est capable de reconnaitre les émotions humaines, c’est à dire l’interaction entre la technologie numérique et les sentiments. Les principales capacités de la robotique cognitive sont de percevoir, représenter, apprendre l’espace, les situations le plus possible proches d’un fonctionnement cognitif induisant des réactions comportementales basiques!

Dans la catégorie des robots humanoïdes et de la robotique cognitive, il y a la robot-thérapie! La robot-thérapie en est à ses prémices mais déjà appliquée en thérapie relationnelle individuelle. D’ailleurs, pour être rigoureux, plus que le terme de robot-thérapie, les articles scientifiques sur le sujet emploient le terme de « robots sociaux ». Ces robots sociaux ont souvent une apparence enfantine, de type jouet ou animaloïde, ce qui va mettre en confiance la personne et en les rendant inoffensifs aux yeux des personnes avec qui ils doivent interagir. Darwin Op, L’un de ces robots sociaux, mis au point en 2014, rend ainsi d’immenses services en psychothérapie.

Darwin-Op aide à socialiser les enfants atteints de troubles psychiques comme l’autisme. Des chercheurs de l’industrie de Georgia Tech ont mis au point ce programme. Cette interface Enfant/Robot est originale car elle place l’enfant dans une dynamique active et non passive; le principe repose sur l’utilisation d’une tablette Android par l’enfant, qui lui va agir en enseignant au robot humanoïde les règles du jeu Angry Birds! Le robot va apprendre les règles du jeu en mimant le comportement des enfants. « Selon la programmation de Darwin-Op, il est possible d’agir sur plusieurs troubles en rééduquant par exemple la coordination entre l’oeil et la main ou la préhension.

Encore une application positive des robots sociaux! Une étude pilote, publiée en juillet 2018, du département de gériatrie de l’hôpital Broca à Paris, a montré une amélioration du bien-être émotionnel et subjectif de patients atteints de troubles neuro-dégénératifs grâce à l’interaction même brève (15 minutes) avec le robot social ©Paro, appelé aussi Blanchon. Paro est une peluche robotisée à la forme d’un bébé phoque à destination des personnes âgées souffrant de a maladie d’Alzheimer. Le petit phoque est capable de communiquer des émotions comme la joie, la surprise ou le mécontentement suivant le contexte. Une étude scientifique, a été réalisée dans onze EPHAD, et elle a montré que la présence de Paro améliorait la prise en charge de la douleur, le comportement, le bien-être et le lien social des résidents.

Les sympathiques robots sociaux ne remplacent évidemment pas le lien social et humain, mais aident les équipes soignantes! Il faut les concevoir comme des co-thérapeutes! Je reconnais que la prudence s’impose au regard de leurs capacités relevant du registre des émotions humaines! L’un des risques majeurs n’est-il pas de s’interroger sur la banalisation de « l’empathie artificielle » au détriment de l’ empathie naturelle? L’homme ne risque-t-il pas de devenir petit à petit asocial, formaté sur un réflexe pavlovien, se contentant de mimer le programme émotionnel d’un robot anthropomorphique, la psyché n’étant plus confrontée à un alter humain? Court-on vers le risque d’un émoussement affectif et émotionnel si les robots sont détournés de leur vocation première de co-thérapeute? Points d’éthique qu’il faut approfondir!

Pour compléter ma galerie de portraits des robots sociaux, citons Matilda qui a été conçue pour tenir compagnie aux personnes âgées et handicapées dans des centres hospitaliers. Matilda mémorise les visages, rappelle les horaires de prise de médicaments et capable d’animer des séance de bingo. Il y a aussi Pepper, qui analyse lui aussi comme ses « congénères » les sentiments comme mais aussi capable de danser, de plaisanter et de mener une conversation. Avec lui, on a presque envie de mener une vie de bâton de chaise!

Avec les robots sociaux, il y a manifestement un fort potentiel thérapeutique comme chez les personnes atteintes de la Maladie d’Alzheimer et dans certaines formes d’autisme. Le robot social joue le rôle d’un objet d’attachement voire d’objet transitionnel à l’instar de celui évoqué par Donal Winnicot pour les jeunes enfants, et transposable aux adultes. Manifestement, objet aussi de projections des émotions et sentiments.

La chercheuse en psychologie libanaise Ritta Baddoura dans son excellent article « Le potentiel thérapeutique de l’interaction homme-robot »reconnait que l’usage thérapeutique des robots sociaux n’en est qu’aux prémices. Elle souligne, avec éthique, les failles méthodologiques des études dont la brièveté de leur durée, les populations hétérogènes et l’absence de groupes contrôle en vigueur dans toute recherche scientifique académique. Si l’usage des robots sociaux est prometteur, il faut rechercher l’impact, à moyen et long terme, les éventuels effets indésirables comme d’éventuels le risque de générer des troubles psychiatriques qui leur sont liés (ou d’aggraver certains états) qui restent à ce jour inconnus, et qui devront pourtant être étudiés.

« L’écrasante majorité des ces études se concentre sur le développement robotique plutôt que que sur la mesure et l’analyse de son impact psychologique et mental. »

Personnellement, j’envisage l’avenir des robots sociaux dans une triade patient/thérapeute/robot où le robot est un co-thérapeute! Il semblerait que sur le plan de la recherche, cette interaction soit plus fréquente que celle de la dyade où le thérapeute contrôle à distance le robot.


La technologie moderne, l’IA et les robots sociaux peuvent soulever d’immenses interrogations au sujet de la liberté individuelle et du libre-arbitre. Même si ça ne colle pas stricto sensu à l’IA, je l’illustre par un fait relaté dans le Wall Street Journal: en Chine, dans certaines classes, les élèves sont équipés d’une camera et de capteurs oculaires pour analyser leur cerveau quand ils lisent et écrivent. Les professeurs et les parents y voient des gadgets « boostant » la réussite scolaire d’enfants ainsi « épiés « constamment »! Ne serait-ce pas, ni plus ni moins, que de la persuasion coercitive aux fins de modification du comportement, de la surveillance violant l’intimité psychique d’autrui? Un dévoiement de la technologie moderne, risque majeur applicable à l’IA en général mais aussi de cette discipline passionnante que sont les neurosciences. On freine et on contraint par la force toute forme de spontanéité de l’élève. Pour ces enfants, c’est un cauchemar. Chers lecteurs, êtes vous étonnés?

Malgré un fort risque de mésusage de l’IA en général, encore un apport positif des robots avec Tree Hole! C’est un bot, logiciel automatique ou semi-automatique qui interagit avec des serveurs informatiques. Ce bot est capable de détecter des messages suicidaires sur Weibo ( web chinois )! Il permet ainsi d’aider des psychologues à sauver des vies. Par ses algorithmes conçus pour détecter des messages contenant des idées suicidaires, le bot Tree Hole alerte un groupe de près de 600 spécialistes de la santé mentale, consultants et bénévoles qui vont alors contacter ces personnes à fort risque suicidaire en évitant leur passage à l’acte. Grâce à ce bot, l’équipe a évité plus de 1000 suicides de jeunes Chinois. Selon l’OMS, le suicide est la deuxième cause de décès parmi les 15-29 ans. Alors bravo à l’équipe qui a conçu Tree Hole pour assister les psychologues à être plus efficaces dans leur profession!

Comment fonctionne ce bot anti-suicide? Tree Hole analyse automatiquement Weibo toutes les quatre heures, sélectionnant vers le haut les messages contenant des mots et des phrases inquiétantes comme « mort », « libération de la vie » ou « fin du monde ». Le bot s’appuie sur un graphe de connaissances des notions et concepts de suicide, en appliquant une programmation d’analyse sémantique afin qu’il comprenne que « ne pas vouloir» et « vivre » dans une phrase sont des indices indiquant une tendance suicidaire.

L’IA est manifestement un défi à l’épreuve du feu. Ne nous leurrons pas, il y aura des dérives. Rien ne remplacera la chaleur humaine, mais l’IA offre de vastes possibilités dont il serait dommage de se priver dans le champ de la santé! Apprivoisons la avant de la rejeter, sans nous y soumettre.

Allons nous perdre notre libre arbitre avec la généralisation de l’IA? Les avis sont partagés! On peut appliquer à l’IA cette citation empruntée à Étienne de la Boétie: Pour que les hommes, tant qu’ils sont des hommes, se laissent assujettir, il faut de deux choses l’une: ou qu’ils y soient contraints, ou qu’ils soient trompés.

Je reste résolument positive sur l’apport positif de l’IA! C’est une merveilleuse avancée scientifique et technologique. Le philosophe Luc Ferry reste confiant sur notre capacité à garder notre libre arbitre face à la généralisation de l’IA:

Du reste, que je décide de faire confiance à un humain ou à un logiciel ne change rien à l’affaire, c’est toujours in fine moi qui décide de m’en remettre à un avis que je juge meilleur que le mien. Il est clair que le monde de l’IA nous impose de la vigilance, parler pour autant de «fin de l’individu» est en complet décalage avec la réalité d’un monde où la sacralisation narcissique du moi véhiculée par les théories du développement personnel venues des États-Unis est à l’évidence en progression géométrique.

Vidéo sur Paro, le sympathique robot-phoque.

https://www.google.com/search?rlz=1C5CHFA_enFR800FR800&sxsrf=ACYBGNRrz6cCFFpRB2pZdouaRKYzxbo8QQ%3A1574273349501&ei=RYHVXZufHsmBjLsP6ZCq8AE&q=les+enjeux+de+l%27IA+dans+la+sant%C3%A9+mentale&oq=les+enjeux+de+l%27IA+dans+la+sant%C3%A9+mentale&gs_l=psy-ab.3..33i22i29i30.8561.18225..18815…3.2..0.354.2997.8j15j1j1……0….1..gws-wiz…….0i71j0i22i30j0i22i10i30j33i160j33i21.wtoB14Lw7ZQ&ved=0ahUKEwjb1ZqesfnlAhXJAGMBHWmICh4Q4dUDCAs&uact=5

FRED ET MARIE: UNE HISTOIRE D’EMPRISE MENTALE!

« La violence psychologique, c’est de la violence tout court ».

©Carine Bouvard

Comment lutter contre le fléau des violences à l’encontre des femmes? Le Grenelle des violences conjugales vient de s’achever, sans que l’on puisse dire si les mesures gouvernementales annoncées seront efficaces pour l’enrayer. Les chiffres sont implacables: en moyenne, une femme meurt tous les trois jours sous les coups de son compagnon ou de son ex. Toutes les classes d’âge et les milieux sociaux sont concernés. « Les victimes sont âgées de 15 à 93 ans. En 2019, 116 femmes ont perdu la vie tuées par leur (ex)-compagnon».

Le sujet des violences conjugales est parfois nié voire « glosé »; ce ne serait pas un vrai sujet car le pourcentage des hommes violents est minime! Pas faux car effectivement, les 32, 4 millions d’hommes en France ne battent pas comme plâtre leur ex-compagne et ne la tuent pas! Doit-on s’extasier? Évidemment, il est complètement idiot d’affirmer que tous les hommes sont violents! Allez, pour respecter la fameuse parité, on va parler des hommes morts sous les coups de leur compagne. Tout comme il existe des aides aux femmes victimes de violences conjugales, il existe également des associations pour des hommes, eux, victimes de violences au sein du couple. Soit, il faut aussi évoquer cette question mais comparer le ratio entre les deux sexes! Les violences conjugales ont fait 149 morts en 2018 qui se décomptent comme suit: 121 femmes contre 28 hommes et parmi ces 28 hommes, 25 avaient commis des violences antérieures envers leur partenaire! Si vous contestez ces chiffres et trouvez que c’est le contraire ou égal, je prends! Que l’on soit un homme ou une femme, rien n’absout un meurtre pour telle ou telle raison y compris pour des drames conjugaux! C’est à la justice de trancher et de chercher les circonstances atténuantes, s’il y en a! Incontestablement, il faut améliorer le dispositif pluridisciplinaire de la prise en charge des victimes, en s’attachant à celle des agresseurs.

La violence à l’encontre des femmes est validée par l’Organisation Mondiale de la Santé qui la définit comme suit: « tous actes de violence dirigés contre le sexe féminin, et causant ou pouvant causer aux femmes un préjudice ou des souffrances physiques, sexuelles ou psychologiques, y compris la menace de tels actes, la contrainte ou la privation arbitraire de liberté, que ce soit dans la vie publique ou dans la vie privée.» Et le système de santé est évidemment concerné en premier lieu les ripostes multifactorielles pour lutter contre ce fléau.

Détecter la spirale de la violence conjugale commence déjà par déterminer le degré d’emprise mentale qui lie la femme à son compagnon. C’est un ensemble de faits anodins et quotidiens, qui mis bout à bout forment une violence protéiforme et en fait une Violence avec V en lettre majuscule. La psychiatre et psychanalyste Marie-France Hirigoyen a fort bien décrypté l’emprise mentale que peut subir les victimes à travers ses deux livres incontournables « Le harcèlement moral, la violence au quotidien » et Abus de faiblesse et autre manipulation. Car cette violence est perverse et sourde! Des mots, des regards, des sous-entendus peuvent détruire une personne à coup sur, la pousser à la dépression et inciter au suicide, tout comme évidemment les sévices physiques qui représentent la partie immergée de la violence au sain du couple.

Alors, comment illustrer ces « petits riens » qui constituent la violence au sein du couple, qui détruisent la personnalité? Je vous propose de le faire avec deux vidéos exemplaires de la Fédération Wallonie-Bruxelles; elles donnent un aperçu éloquent de cet engrenage mortifère qui peut exister au sein de certains couples. Elles ont été publiées sur You Tube en 2012 et 2013, et elles sont toujours malheureusement d’actualité!

« La violence psychologique, c’est de la violence tout court ». Campagne de sensibilisation à la violence psychologique dans le couple.

FRED et marie. Pour un couple sur huit, ceci n’est pas une fiction.

3 614 994 vues•20 avr. 2012

IDÉES FORTES DE LA PREMIÈRE VIDÉO:

Fred et Marie, un joli couple en apparence.

Fred manie le chaud et le froid, brandit leur amour pour mieux le glacer juste après, il brandit leur amour pour mieux le nier, le souiller par la suite. Fred éloigne les amies de Marie, qui pourraient lui permettre d’avoir un regard distancié sur ce qu’elle vit et use du mensonge sans vergogne pour cela ou même d’autorité. Fred ne veut pas que Marie partage son tissu amical. Le tissu amical de Fred est choisi pour le mettre en valeur et lui être exclusivement attaché.
Marie ne travaille pas et est cantonnée aux taches ménages et a peu de tissu social. Marie méconnait le couple normal, c’est ce qu’elle vit depuis 5 ans et elle pense qu’elle est fautive, d’ailleurs Fred ne manque pas de lui rappeler ses énormes manques. Fred pratique la culpabilisation par séries de petites phrases apparemment anodines. Mais, il pratique aussi le compliment, derrière lequel repose toujours un reproche dévalorisant sous-jacent. Marie pense qu’elle est peut être trop sensible et trop susceptible. Marie pense que peut être que ce n’est pas si important que cela. Marie pense qu’elle a de la chance d’être avec Fred. Elle a si peu d’assurance et lui tellement. Marie est l’objet de Fred. Fred l’habille selon ses propres gouts. Marie n’a pas le droit d’exister en soirée, entièrement consacrée au maitre des lieux. La tablée est composée d’ailleurs des amis de Fred uniquement. L’absence d’une alliée lui a été enlevée sciemment. Pourquoi Fred a fait cela ?Fred lui a menti en plus. Marie se sentait mal avant le repas.
Marie peine pour trouver sa place dans cette nécessité de ne pas exister, qui n’est pas dite clairement mais qui est implicite, et celle d’être présente à la fois.
Mais, ce soir, elle préférerait en sus de ne pas exister, ne pas être présente.
Marie se sent terriblement seule. Elle peine à exister. Elle est écrasée par Fred ainsi que par ses amis, qui valident son attitude à son égard et ne lui accordent aucun intérêt.

Marie pense qu’il est normal qu’on ne s’intéresse pas à elle!
Marie appréhende chaque moment de cette soirée où elle pourrait être sollicitée par Fred. Fred peut dire de telles choses parfois !. Elle ne le quitte d’ailleurs pas des yeux.
Marie est en situation d’extrême vulnérabilité, en état de tension permanent. Quel contraste par rapport à l’ambiance générale ! Marie pense qu’elle n’est pas sociable.

Les convives se bidonnent lorsque Fred raconte des histoires drôles……mais également lorsqu’il humilie Marie. Marie est coincée, elle doit assister au spectacle. Marie est « un faire valoir’, sujet à rire nécessaire et obligée.
Marie encaisse. Marie ne se défend pas. Marie baisse la tête. Tout le monde se rallie aux blagues et aux propos de Fred.

L’intimité douloureuse de Marie est montrée au grand jour. Marie mise à nue devant tout le monde.
Marie ne sait plus vraiment affronter Fred, mais là face à un auditoire qui lui est conquis et auprès duquel un phénomène de groupe se lie à son encontre!…
Marie se sent meurtrie.

Marie est en apnée, elle est en état de trouble intense. Marie est désarmée.
Qu’elle essaie de s’y soustraite, il ui est reproché de casser l’ambiance.

Marie ne peut se réfugier que dans sa cuisine pour fuir cette ambiance mortifère.
Fred est tellement drôle en société, il est génial. Marie est décalée, c’est pour cela qu’elle vit mal cette soirée. Marie n’est apparemment pas comme tout le monde. Marie est persuadé qu’elle a un problème personnel.
Marie a honte. Trop honte pour demander de l’aide.
Marie essaie d’exister. Marie a trop peur. MARIE CAPITULE.

En 2013, la suite du feuilleton du couple Fred et Marie où la violence domestique monte en crescendo

En guise de conclusion, une citation éloquente de Marie-France Hirigoyen témoigne de la difficulté pour les professionnels de démasquer le type de personnalité incarnée par Fred:

Psychiatres, juges, éducateurs, nous nous sommes tous fait piéger par des pervers qui se faisaient passer pour victimes. Ils nous avaient donné à voir ce que nous attendions d’eux, pour mieux nous séduire, et nous leur avions attribué des sentiments névrotiques. Quand ils se sont ensuite montrés sous leur vrai jour en affichant leurs objectifs de pouvoir, nous nous sommes sentis trompés, bafoués, parfois même humiliés. Cela explique la prudence des professionnels à les démasquer.

PETITE ENFANCE: AU SUJET DU PARCOURS DES 1000 JOURS

Les enfants ne sont pas des vases que l’on remplit, mais des feux que l’on allume (Michel Montaigne)

©Norman Rockwell (1894-1978)

Pendant tout l’automne se déroulent les travaux de la commission des 1000 premiers jours présidée par le pédopsychiatre Boris Cyrulnik. Elle se compose de dix sept membres praticiens et spécialistes de l’enfant; elle est destinée à préparer un rapport pour le début de l’année prochaine.

Présentée récemment par le gouvernement, cette commission a provoqué la colère de nombre d’internautes sur les réseaux sociaux. Cette commission a été perçue par l’opinion publique comme une ingérence de l’état dans l’éducation des enfants, se substituant aux parents comme dans les pires dictatures où les enfants sont endoctrinés dès leur plus jeune âge pour servir un régime politique.

Ce post se présente simplement comme un vade-mecum pour décrypter le parcours des 1000 premiers jours uniquement sur le plan psychologique et médical, en délaissant l’aspect des solutions politiques même s’il est question d’appliquer des plans de santé publique à destination de la petite enfance; cette précision s’impose du fait que beaucoup de sujets de société sont politisés y compris dans le domaine de la psychologie. Ce qu’il faut retenir c’est que la petite enfance est une période de grande vulnérabilité, et qu’une erreur ou un trauma peuvent être réparés du fait de la grande plasticité du cerveau du jeune enfant.

Les 1000 premiers jours désignent la période qui va du quatrième mois de la grossesse aux deux ans de l’enfant. Cette notion a été validée par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) et s’inscrit dans le cadre d’une prévention précoce.

Quelle est l’origine de ces 1000 jours entérinés par l’OMS? Cela remonterait à une trentaine d’années avec la naissance du DOHaD, dans les années 80 grâce à l’épidémiologiste David James Purslove Baker . Il a établi le premier lien « entre une adversité dès les premières phases de la vie et un cercle vicieux de propagation d’un risque à l’age adulte, voire, comme on le sait maintenant, d’une transmission aux générations suivantes.»

Les facteurs environnementaux impactent notre santé ainsi que celle des générations futures. Les choix individuels ont des répercussions sur les générations futures dont la mère sur son enfant. Cette constatation reposent sur de nombreuses observations scientifiques est connue aujourd’hui sous le terme des origines développementales de la santé et des maladies ».  Developmental Origins of Health and Diseases ou DOHaD.

Alors justement, nous revoilà au coeur des 1000 jours qui constituent une étape importante où l’environnement (nutritionnel, écologique, socio-économique et le mode de vie) créent des marques sur le génome en programmant la santé future d’une personne. Car les chiffres sont implacables concernant l’explosion des maladies chroniques (hypertension artérielle, obésité, diabète, cancers et allergies) qui frappent aujourd’hui les adultes.

Fort de ces constations, la prévention reste le meilleur outil afin de rompre ce cercle vicieux. Selon un article des professeurs Pr Claudine Junien et Pr Umberto Simeoni, Présidente et vice-président de la SF-DOHaD, l’objectif serait d’agir sur les marqueurs épigénétiques très malléables, et donc agir sur ces marqueurs le plus tôt possible pour préserver la santé future de l’enfant. D’où l’intérêt des 1000 premiers jours! Il est possible d’agir sur la croissance et sur le développement cognitif et socio-émotionnel pour améliorer la santé, le bien-être et les compétences à long terme. C’est séduisant, n’est-ce pas?

Sur le site de l’OMS, le rapport mondial du suivi de l’éducation pour tous en 2007, préconisait de meilleurs soins dans la petite enfance pour permettre d’améliorer les performances scolaires! On pourrait toujours argumenter que le QI entre en ligne de compte par son facteur génétique à plus de 60%; sans qu’il existe un gène spécifique de l’intelligence mais plutôt des aptitudes assorties d’un ancrage neurobiologique et cérébral selon la perspective cognitiviste aujourd’hui qui étudie l’intelligence sous toutes ses formes. Le but est de réduire les inégalités dans l’apprentissage du langage pour que l’enfant structure son univers à partir de l’adultes. Tout ne se joue pas en 1000 jours, bien évidemment. Il faut réorganiser l’offre de soins pour les parents en difficulté.

En 2015, les pédiatres de l’AFPA, dans un communiqué de presse insistaient sur cette période importante des 1000 jours, et ont élaboré 5 recommandations médicales, qui faute d’informations sont très mal connues du grand public. Elles vont de l’alimentation, à l’activité physique en passant par l’alimentation variée de l’enfant. Et cela inclut aussi la période avant la conception et la grossesse, l’importance accordée à l’alimentation du père et de la mère comme le montre les items du tableau ci-dessous

Communiqué de presse, octobre 2015
« Sensibiliser les parents aux 1 000 premiers jours de l’enfant,
période importante pour une meilleure santé tout au long de sa vie »(AFPA, https://afpa.org/content/uploads/2017/06/cp_1000jours_2015-10.pdf

En 2016, Le Lancet a publié une série sur le développement de la petite enfance. Elle met l’accent sur les nourrissons et sur les enfants de moins de trois ans, et les interventions multifactoriels à partir de la santé. Au sujet de la période de l’allaitement maternel, en 2016, une étude montre ses bienfaits. Il y a bien sur les avantages sur le plan nutritionnel mais l’allaitement au sein permet sans aucun doute la consolidation de la « niche sensorielle » décrite par Boris Cyrulnik dans son livre, « La nuit, j’écrirai des soleils ». L’allaitement est aussi encouragé par le contact peau contre peau (SSC). « SSC consiste à placer le bébé nu et sec sur le ventre nu de la mère, souvent recouvert d’une couverture chaude. Selon les neurosciences des mammifères, le contact intime inhérent à cet endroit (habitat) évoque des comportements neurologiques garantissant la satisfaction des besoins biologiques fondamentaux. Ce délai immédiatement après la naissance peut représenter une «période sensible» pour la programmation de la physiologie et du comportement futurs.» Les études montrent les avantages du SCC mais n’en font pas une règle impérative.

Les interactions maternelles destinées à stimuler le tout-petit comme les câlins doivent être sollicitées! Cela semble frapper du bon sens mais ça ne coule pas de source pour tous les parents! Et il faut aussi insister sur le mésusage des technologies modernes! Selon une étude canadienne, laisser un enfant trop longtemps devant les écrans à l’âge de deux ans pourrait retarder l’acquisition du langage et la sociabilité, tout en reconnaissant qu’il faut des études plus approfondies pour aller jusqu’au fond du problème.

L’OMS a listé « dix faits et chiffres sur le développement dans la petite enfance en tant que déterminant social de la santé». J’insiste sur les deux premiers faits, même si les autres ont leur importance:

Fait 1 :Dans les premières années de la vie, le développement cérébral et biologique dépend de la qualité des stimulations dans l’environnement du nourrisson – au niveau de la famille, de la communauté et de la société. Le développement dans la petite enfance est à son tour un déterminant de la santé, du bien-être et des capacités d’apprentissage pour tout le reste de la vie. Ces notions font du développement dans la petite enfance un déterminant social de la santé.

Fait 2: S’occuper du développement dans la petite enfance implique de créer du stade prénatal à l’âge de huit ans les conditions pour que l’enfant se développe harmonieusement du point de vue physique, social/émotionnel, linguistique et cognitif.

Voilà les grandes lignes des 1000 premiers jours que j’ai voulu souligner, sans que ce ne soit exhaustif! Il y en a d’autres, bien évidemment! De quoi noircir des pages…

Le parcours des 1000 jours s’inscrit dans une démarche positive! Mon post « Tout se joue avant l’âge de six ans! Vraiment? » évoquait la période très riche de la petite enfance. Dont la période qui précède l’acquisition du langage où l’enfant se façonne, se  » tricote  » avec la propre avec l’histoire de ses parents et d’autre part, la période qui sur l’acquisition du langage, où l’enfant acquiert la possibilité de se représenter son passé et son avenir et donc de donner un sens à sa vie et ainsi d’agir en la métamorphosant. En plein dans le mille avec les 1000 jours!

Pour en revenir à la France et à son parcours des 1000 premiers jours, le comité devra s’inspirer de ce qui se fait dans d’autres pays comme la Finlande, la Norvège ou du Québec, tout en respectant la singularité de la France. Comme l’a souligné Boris Cyrulnik , « il ne s’agira pas de faire du copié/collé mais au moins d’étudier ce qui se passe dans ces pays et de voir ce qui peut-être adapté à la France.»

Pendant très longtemps, on pensait que les enfants, les bébés pré-verbaux n’avaient pas de vie psychique et que s’ils étaient mal partis dans l’existence, tant pis, c’était le destin”…. “Or maintenant on se rend compte que la plasticité cérébrale, psychologique, est très facile à rattraper. Un bébé est très facile à blesser. Un bébé est très facile à rattraper. On rattrape le bébé en réorganisant le milieu (…) On pense que la plasticité est telle que si on répare l’environnement du bébé, la plupart des bébés reprendront un bon développement.”

Malgré les critiques sur l’absence de représentativité d’une certaine catégorie de participants à cette commission, l’avenir nous dira si ce rapport ne fera pas double emploi avec les recommandations des pédiatres évoquées précédemment, et aussi quelles seront les mesures concrètes pour accompagner les enfants en difficulté, ceux qui sont handicapés et bien d’autres points qui laissent perplexes. En dehors du choix des dix sept intervenants de cette commission, le parcours des 1000 premiers jours est-il une bonne initiative? Pourquoi pas s’il réduit les inégalités d’apprentissage? L’avenir nous le dira!

Et de conclure par cette citation empruntée à Montaigne: Les enfants ne sont pas des vases que l’on remplit, mais des feux que l’on allume.

Pour en savoir plus:

https://www.c

https://www.who.int/fr/news-room/detail/05-10-2016-investing-in-early-childhood-development-essential-to-helping-more-children-and-communities-thrive-new-lancet-series-finds

https://afpa.org/content/uploads/2017/06/cp_1000jours_2015-10.pdf

https://www.psychologies.com/Actualites/Education/Boris-Cyrulnik-Les-1000-premiers-jours-de-la-vie-sont-determinants

https://www.who.int/maternal_child_adolescent/topics/child/development/fr/

http://www.sf-dohad.fr/index.php/publications-en-francais/136-l-initiative-des-1000-jours-de-l-oms

AU SUJET DU LIVRE « LA NUIT, J’ÉCRIRAI DES SOLEILS »

«En écrivant, j’ai racommodé mon moi déchiré; dans la nuit, j’ai écrit des soleils.»

La publication d’un livre de Boris Cyrulnik est toujours pour moi l’occasion d’un agréable moment de lecture. Faut-il encore présenter ce neuropsychiatre, aux propos consensuels et qui respirent l’humanisme? Boris Cyrulnik a l’art de réconcilier tous les courants de la médecine, de la psychiatrie, de la psychanalyse et des neurosciences! Je viens de terminer la lecture son dernier ouvrage « La nuit, j’écrirais des soleils », et je m’empresse de vous livrer quelques notes qui vous donneront peut-être envie de le lire! C’est parfois décousu tant est immense la richesse intellectuelle de ce livre qui rebondit de page en page au fur et à mesure de son avancée.

Comme tous ses livres, La nuit, j’écrirais des soleils, s’adresse aussi bien aux professionnels de la santé mentale qu’au grand public! J’ose écrire que c’est aussi un ouvrage de philosophie générale où l’écriture fluide reflète la maturité et l’expérience de la psyché non seulement celle du professionnel mais aussi celle du « Soi » ( imparfaitement résumé au « Moi Intime »), concept jungien! Les professionnels de la santé peuvent approfondir les aspects les plus pointus sur le plan scientifique et des neurosciences de son ouvrage en se référant aux notes de bas de page ou à des des sites spécialisés au fur et à mesure de la lecture du livre si l’envie leur en prend. Boris Cyrulnik donne de nombreuses conférences et participent à différents séminaires et propose des formations continues sur la petite enfance dans le cadre de l’IPE (Institut de la petite enfance). Il a été choisi par l’Élysée avec une vingtaine d’experts pour diriger un comité sur la petite enfance correspondant à un concept médical développé par l’OMS en 2011, celui le « parcours 1000 jours ». Ce concept désigne la période entre le quatrième mois de la grossesse et les deux ans de l’enfant. Cette décision gouvernementale a été considérée par beaucoup de personnes comme une ingérence dans la vie privée des parents dans l’éducation des enfants. À tort ou à raison, mais le choix de Boris Cyrlnik est un gage d’éthique!

Le thème de son dernier ouvrage est celui de l’orphelinage et de la créativité littéraire qui participe à la résilience, mais peut-être pas pour tous les écrivains quand leur enfance fut chaotique. Et à travers l’exemple de nombreux auteurs majeurs et lui-même, Boris Cyrulnik parle de leur petite enfance qui a façonné ces auteurs et il n’hésite pas à parler de lui pour explique son irrépressible besoin d’écrire. Je suggère aux lecteur de consulter son impressionnante bibliographie.

Boris Cyrulnik accorde une grande importance aux mots, certainement comme nous tous, mais il insiste sur la dimension de leur halo affectif qui noue le lien verbal. « Quand un mot parlé est une interaction réelle, un mot écrit modifie l’imaginaire. »

Tout dessin d’un enfant reflète sa créativité pour activer l’attachement à sa mère. La création d’un mot permet d’échapper à l’horreur du réel. Le corps de la mère est une première niche sensorielle qui tutorise les développements de l’enfant. Les développements biologiques et affectifs des tout-petits sont soumis à l’organisation sociale qui va disposer autour de lui des tuteurs comportementaux. Cette niche sensorielle peut-être altérée par des facteurs dont les violences conjugales, la maladie de la mère. Quand cette niche sensorielle est altérée, l’enfant prend un mauvais départ.

Si l’enfant est placé en privation sensorielle pendant les trois premiers mois de sa vie, s’il n’y a aucune stimulation sensorielle, cette carence va induire le vide au fond de lui, comme on le constate chez les nouveaux-nés isolés. Le psychiatre et psychologue René Spitz avait ainsi fait le diagnostic d’hospitalisme en observant les enfants dans un orphelinat. Boris Cyrulnik parle de l’écrivain Jean Genêt, orphelin et élevé dans une famille d’accueil qui lui prodiguera de l’amour mais en vain! Jean ne voyait en elle que le facteur rémunérateur de cette famille d’accueil qui était payée pour s’occuper de lui. À cette époque, les orphelins étaient considérés comme des délinquants en herbe par le fait qu’ils n’avaient pas de famille. Ces enfants étaient soit craintifs ou alors violents. Si en plus, ils versaient dans la délinquance, les préjugés sur leur avenir se renforçaient. Outre René Spitz, Boris Cyrulnik se réfère à la théorie de l’attachement de John Bowlby. Ce qu’il faut retenir de cette théorie de l’attachement de J. Bowlby « est certainement que le lien n’implique pas un état de dépendance, mais au contraire qu’il peut constituer un facteur d’ouverture, de socialisation [1]

L’isolement précoce de l’enfant, la privation de la niche sensorielle altère d’abord le fonctionnement des neurones préfrontaux qui ne sont pas stimulés et s’atrophient en quelque sorte. Le socle neurologique des émotions insupportables via l’amygdale rhinencéphalique n’est plus opérationnel. Ainsi, l’enfant va acquérir une vulnérabilité émotionnelle. Ce qui protège le petit enfant (en référant à J.Bolwby), « c’est un système familial à multiples attachements ».

Ce que note Boris Cyrulnik, c’est l’engouement du public pour les voyous littéraires. Qui se souvient que Rimbaud était un trafiquant d’armes? « Curieux destin que celui des poètes voués à la misère et aux grandes souffrances?» Si Sade a pu écrire sur certains sujets sulfureux, il faut se pencher sur son enfance. Son père avait chassé sa mère pour vivre avec des prostituées, et il fut confié à son oncle, un prêtre à la sexualité libertine. Dans cet exemple, « peut-on parler de relations sexuelles quand il s’agit plutôt d’interactions de génitoires?» Là, on peut affirmer que la femme devient un objet, et sans levée de bouclier néoféministe ou victimaire.

Le développement de l’empathie, cette aptitude à se décentrer de soi pour se représenter le monde des autres dépend des pressions du milieu. L’empreinte du passé, titre de l’un des chapitres, donne un goût et il s’imprègne au cours du développement de l’organisme en empreinte mnésique qui va agir comme un sentiment de familiarité qui le sécurise. À partir de là, une fois le sentiment de sécurité installé, il est possible d’établir de nouvelles relations avec des inconnus. Si la niche sensorielle de l’enfant est altérée, l’organisme n’acquiert pas d’empreinte sécurisante, il s’imprimera dans la mémoire une trace insécurisante. Comme chez les enfants maltraités qui évitent tout contact car ils évitent le stress de la rencontre; leur style relationnel est non socialisant.

L’imagerie cérébrale est capable de voir un cerveau qui a été traumatisé. Les couleurs de l’agonie psychique sont bleues, vertes ou grises. Mais ce n’est pas irréversible, il faut le savoir, et lorsque la vie psychique revient, l’IRM montre que les couleurs deviennent incandescentes, rouges, oranges et jaunes. Magnifique, quand la vie psychique revient, non?

Plus que la force physique, la force mentale organise la résistance à l’épreuve et permet la reprise d’un développement résiliant. Chaque catastrophe sociale et culturelle est une occasion d’évolution. Les épidémies psychiques sont faciles à déclencher. Après un deuil, pour ne pas souffrir de l’angoisse du néant et de l’immobilité du temps, c’est-à-dire de mélancolie, nous sommes contraints à la créativité. Quand l’un des parents meurt, lors des premiers mois de la vie de son enfant, le petit ne peut pas comprendre que son parent est mort, et c’est toute sa niche sensorielle qui s’en trouve altérée. Les endorphines opioïdes euphorisants sécrétés par l’intestin et le cerveau ne sont plus stimulés par les rencontres. Le monde devient hostile à l’enfant, et il invente des réactions pour décrire le Monde ou plutôt une impression, interprétée par son dysfonctionnement neurone émotionnel. Après 6-8 ans, l’enfant souffre intensément de la perte, mais il peut faire son deuil, c’est différent de la privation de la niche sensorielle durant les premiers mois de la vie.

Il y tout un passage sur Alice Miller, ultra connue pour ses travaux sur la maltraitance. Personnellement, je n’ai jamais été enthousiaste envers ses théories que je trouve manichéennes. Son ton m’a toujours dérangée tout en reconnaissant que la maltraitance de l’enfant est insupportable. Et je saisis l’occasion de citer Boris Cyrulnik à son sujet. Alice Miller avait été négligée affectivement dans sa famille. Quand son fils Martin naît, bien que suivant une formation psychanalytique, elle est absolument incapable de voir que son petit garçon est en plein appauvrissement affectif. Martin va d’aillers toujours garder en mémoire la trace de cet isolement affectif.

Alice Miller s’était rendue un congrès sur la résilience organisé par Boris Cyrulnik, et elle n’avait de cesse de dénoncer ce concept! Elle pensait que si les traumatisé s’en sortaient, cela risquait de relativiser le crime de l’agresseur. Tout son travail s’est inspiré de sa propre enfance et des patients qui venaient la consulter pour des histoires de maltraitance. Elle a exacerbé sa mémoire traumatique et a toujours été prisonnière de son passé. C’est allé si loin qu’elle croyait que toutes les causes des souffrances individuelles et sociales étaient dues à la maltraitance des enfants. Il a fallu attendre les années 70 pour que la maltraitance éducative cesse d’être une fonction paternelle.

Un enfant ne débarque pas dans le monde des mots, il est d’abord soumis aux stimulations du contexte. Boris Cyrulnik écrit quelque chose de très intéressant sur la fiction et le slogan que je vous livre: …« l’antonyme de fiction serai le slogan, c’est à dire quand une formule pétrifie la pensée sous forme de certitude. La récitation de slogans nous unit pour mieux nous soumettre. Alors que la fiction, en nous décentrant de nous-mêmes, nous invite à visiter d’autres mondes mentaux. Le travail de la fiction est une sorte de manipulation expérimentale du réel.»

Derrière de nombreuses digressions littéraires avec l’enfance des auteurs majeurs, de Jean-Paul Sartre, Jean Genêt et d’autres, Boris Cyrulnik, revient souvent aux fondamentaux des neurosciences et de la génétique. Page 168, il dénonce cette fâcheuse habitude de dire que l’on ne peut pas faire autrement car c’est dans son ADN. C’est totalement faux. Il n’y a pas de soumission un destin biologique puisque les travaux en épigénétique démontrent que les modifications de l’information héréditaire sont réversibles quand on modifie le milieu. Il s’appuie sur l’exemple du gène de la criminalité qui a fait croire à des millions de gens que la délinquance était génétiquement déterminée, donc inexorable. Il est fréquent de lire ou d’entendre qu’un gène définit un comportement, qu’un programme génétique se déroule inexorablement sans tenir compte du milieu. C’est un raisonnement linéaire!

Au chapitre 24, intitulé « Implicite idéologique des mots scientifiques », il y a une excellente envolée sur Trophim Lyssenko, proche de Staline. Les communistes pensaient que leur bonne organisation sociale suffisait à supprimer les troubles psychiques et s’opposaient ainsi à ceux qui acceptaient l’idée d’une soumission à destin biologique. Il peut y avoir un implicite idéologique dans des mots scientifiques. Le langage totalitaire est fait de complicité entre l’écriture de quelques affirmations martelées une lecture de slogans récités avec conviction. La violence est une valeur adaptative à une société désorganisée. Toute découverte scientifique modifie l’imaginaire collectif.

Boris Cyrulnik évoque brièvement le concept de parité, et se demande s’il ne serait pas obtenu à travers le droit à la violence quand on regarde les héroïnes de films aux profils de guerrière! Quand le pouvoir social devient totalitaire, tous les esprits doivent être conformes.

Tout processus scientifique entraîne une hypothèse imaginaire. La science participe la culture sous forme de récit et crée des croyances collectives. La pensée de la fiction romanesque ne s’oppose pas à la pensée scientifique. La puissance du mot écrit est telle qu’elle explique pourquoi on croit plus facilement à ce qui est écrit qu’à ce qui est dit. La mémoire fait surgir non la réalité elle-même, qui est définitivement passée; les mots qui l’exprime ne sont que la représentation de la réalité.

« Notre société serait-elle en train de se cliver, entre ceux qui découvrent le monde en lisant et ceux, qui ne lisant pas, se rendent prisonniers de l’immédiat? Lire ou ne pas lire témoigne de deux styles existentiels différents: la littérature ouvre sur l’exploration, le rêve, les utopies heureuses et parfois dangereuses. Alors que les non lecteurs se contentent du bien-être immédiat dans la jouissance brève empêche de donner sens à la vie. ».

Au sujet du trauma, penser le trauma est radicalement différent de penser au trauma. Un souvenir conscient résulte de la convergence de diverses sources de mémoire. Par l’écriture, il y a un effet créatifs. Ce n’est pas l’acte d’écrire qui a un effet créatif, c’est l’élaboration permise à l’occasion de l’écriture. Pour déclencher un processus de résilience, l’écriture ne dois pas être un rapport de police, mais doit faire appel à la créativité et à l’imagination.

Boris Cyrulnik revient fréquemment dans son livre sur les grands écrivains qui étaient orphelins. Encore l’occasion de parler de la niche sensorielle appauvrie lors de la perte d’un parent qui stimule mal le développement de l’enfant. S’il n’y a pas de substitut affectif, la fragilité des tuteurs de développement induit une croissance altérée.

Voilà quelques points forts du livre, et en guise de conclusion la dernière phrase de livre sur la résilience que je trouve magnifique: « En écrivant, j’ai racommodé mon moi déchiré; dans la nuit, j’ai écrit des soleils. »

Vidéo « Mémoires et traumatismes  »

OSER ÊTRE QUELQU’UN DE BIEN! ÉLOGE DE LA GENTILLESSE!

Juste quelqu’un de bien
Quelqu’un de bien
Le cœur à portée de main (Enzo)

Malheureusement, l’actualité heurte trop souvent notre sensibilité et nous sommes souvent bousculés dans nos certitudes et nos croyances! Qui n’a pas éprouvé cette sensation admirablement décrite par Irvin Yalom, professeur émérite en psychiatrie de l’université Stanford, dans son livre « La Malédiction du chat hongrois »: « Nous sommes des créatures en quête de sens, qui doivent s’accommoder de l’inconvénient d’être lancées dans un univers qui n’a intrinsèquement aucun sens.»

Sans aller jusqu’au mal-être ou la rupture psychique, comment résister au bruit et la fureur ambiante sans renoncer à notre personnalité? Devons nous forcément nous laisser submerger par la violence autour de nous, celle qui fait l’actualité et qui se répand autour de nous dans une sorte de compétition darwinienne (mal digérée et donc dévoyée) où le plus fort doit gagner en étant méchant? Devons nous perdre notre identité et nous transformer en une sorte de loup-garou derrière nos écrans et réserver certaines de nos qualités intrinsèques à la vie réelle dans toutes les sphères (familiale, amoureuse, amicale et professionnelle)?

Et si nous parlions de certaines qualités comme la gentillesse, souvent assimilée à bêtise ou du moins à la faiblesse d’esprit? L’étiquette la plus péjorative étant celle du bisounours pour disqualifier celui qui est gentil! Et pourtant la psychologie s’intéresse à cette forme de communication que Carl Rogers qualifiait de non violente! La gentillesse est étroitement liée à l’empathie, liée elle-même dans le cercle vertueux de la morale. Et ça commence dès le berceau! C’est ce qu’a démontré le psychologue Martin Hoffman dans Empathy. Les nourrissons sont sensibles à la détresse d’autrui. Lorsqu’un bébé pleure, il peut lui aussi se mettre à l’unisson de son chagrin en se mettant à pleurer lui aussi. Ce serait génétique! Plus précisément, certaines hormones comme l’ocytocine favorisent le comportement maternel, le lien conjugal et la confiance en soi.

Du côté des neurosciences, des images réalisées sous IRM ont montré que le cortex cingulaire antérieur subgenual pourrait être le siège de l’empathie et de la gentillesse. Juste une piste d’après une expérience réalisée par une équipe universitaire d’Oxford sur des joueurs, et donc prudence car rien n’est confirmé.

Alors comment la gentillesse se manifeste-t-elle au niveau des actes? Et pourquoi pas justement l’illustrer avec les paroles de la chanson de Enzo, « Juste quelqu’un de bien »

Juste quelqu’un de bien
Quelqu’un de bien
Le cœur à portée de main

J’dis bonjour à la boulangère
Je tiens la porte à la vieille dame
Des fleurs pour la fête des mères

Sans tomber dans la soupe du développement personnel et la moraline, on vous démontre par A+B que l’excès de gentillesse peut vous nuire, et on va vous apprendre à être dans le camp des méchants ! Vraiment? Les attaches de la psychologie sont celles de la philosophie, et cela malgré l’apport des neurosciences, de la génétique ou de la science. La philosophie doit être intégrée à la pratique professionnelle, et pour moi elle est la cousine germaine de l’éthique professionnelle.

Récemment, j’ai lu une excellente interview de Laurence Devillairs qui va vous décomplexer d’être gentil! Cette philosophe est l’auteure d’« Être quelqu’un de bien »(ou devenir une bonne personne ne peut-être qu’une vocation de femmes ou d’hommes libres). Je n’ai pas lu le livre, mais les propos recueillis par Clément Pétreault (du journal Le Point) sont séduisants, et j’avais vraiment envie de vous le faire partager. Alors, vous e découvrirez ci-dessous. Bonne lecture, et comme j’ai cité Enzo, j’ai également partagé sa chanson « Juste quelqu’un de bien » !

Le Point : Pourquoi s’intéresser aux gentils ? Au fond, ce sont un peu les perdants de l’époque ? 

Laurence Devillairs : Cette fascination pour les méchants et les cyniques me paraît convenue et démodée ! Il y a certes une banalité du bien, mais cette banalité ne demande pas de coup d’éclat, elle réclame modestement de suspendre la fatalité du « c’est comme ça » pour faire advenir le bien, faire changer le cours des choses malgré les contingences, les envies, les intérêts, les détestations ou les sympathies. La gentillesse est tout sauf une facilité : c’est un talent. Prenez les exemples dans le cinéma : le méchant est un obsessionnel monolithique, égoïste et calculateur. Il est perçu comme plus intelligent, plus manipulateur et donc plus stratège. Mais le gentil est souple, capable de faire la bonne action au bon moment. Il saisit l’instant. Le cinéma fait porter le poids narratif aux méchants, alors que c’est sans grand intérêt ! Le gentil découvre le devoir qu’il se doit à lui-même, les actes que le bien lui réclame d’accomplir, c’est ça qui fait l’histoire ! Dans les « James Bond », les méchants sont obsédés par le plaisir du mal, ils sont robotiques et bardés de technique. Le méchant de « James Bond » révèle la pauvreté du méchant. Alors que James Bond, lui, est hyper-humain, il y va à mains nues. 

Vous invitez à être quelqu’un de bien et pourtant vous fustigez la bienveillance… Pourquoi ? 

Il y a une confusion entre la gentillesse et la bienveillance. La bienveillance est une attitude plus qu’une conduite, c’est une morale de proximité, qui consiste à vouloir consoler ou aplanir le malheur de l’autre, si possible de l’autre qui me ressemble le plus. Mais il y a des chagrins qu’on ne doit pas consoler. La morale de proximité ne suffit pas à faire la gentillesse, car la morale exige beaucoup plus que la compassion. La gentillesse, c’est se mettre à la place de l’autre au sens strict. Le bon samaritain n’est pas bienveillant et Dieu merci ! S’il l’était, il se contenterait de regarder ou de consoler, mais là, non ! Le bon samaritain doit voir le voyageur, le toucher et se mettre à sa place, il se démène, il remue ciel et terre… Il a suspendu le cours normal des choses pour faire advenir quelque chose d’autre. En fait, qu’on le veuille ou non, la morale nous gêne et nous contraint à l’action. Ce qui compte, c’est ce qui se passe ici et maintenant. 

Etre quelqu’un de bien, est-ce la promesse de devenir quelqu’un d’ennuyeux ? 

Non ! Etre quelqu’un de bien, ce n’est pas simplement obéir aux règles, aux convenances et aux conventions, c’est accomplir avant tout des actes de liberté. En morale, il n’y a que deux catégories : le lâche et le courageux. Quelqu’un de bien n’est pas un surhomme, il n’a pas d’aide divine, c’est « seulement » un héros, mais un héros ordinaire, qui aurait pu ne pas faire le bien, qui est comme tout le monde menacé par la possibilité de faire le mal, mais qui a le courage, la liberté, de faire le choix du bien. Exister, c’est en effet savoir que tout ne se vaut pas, c’est refuser une forme d’athéisme moral, c’est-à-dire la croyance qui voudrait qu’exister suffit, indépendamment de toute idée de bien ou de mal. L’athée moral, celui qui « ne voit pas le problème », est beaucoup plus dangereux que le tueur en série. 


L’ORTHOREXIE OU L’OBSESSION DE SE NOURRIR SAINEMENT COÛTE QUE COÛTE!

C’est le Dr Steve Bratman qui créa, en 1996, le néologisme d’othorexie, pour désigner l’obsession de se nourrir exclusivement avec des aliments sains.

Une alimentation équilibrée s’avère nécessaire pour notre capital santé; nous sommes tous d’accord malgré nos nombreux écarts alimentaires!

Faut-il encore que nos efforts pour manger sainement ne se transforme pas en obsession, une forme de trouble du comportement alimentaire, l’orthorexie.

Diable, que signifie ce néologisme?
C’est le Dr Steve Bratman qui le créa en 1996 pour désigner l’obsession de se nourrir exclusivement avec des aliments sains. Ce n’est pas la quantité qui compte, mais une forme d’obsession qui pousse à rechercher une alimentation parfaite. Orthorexie vient du grec «orthos», qui signifie «droit» ou «correct», et est à mettre en parallèle avec l’anorexie mentale. C’est une attitude vis à vis du choix de la nourriture.  « À l’origine», dit-il, « j’ai inventé ce mot pour taquiner mes patients trop obnubilés par les régimes alimentaires. Au fil du temps, cependant, j’en suis arrivé à constater que ce terme  désigne un authentique trouble de l’alimentation ».

Il faut tout de suite préciser que l’orthorexie est un concept que certains considèrent comme pseudo-scientifique. Il ne figure pas au DSM-5 ou le CIM 11 parmi les troubles du comportement alimentaire comme l’anorexie ou l’hyperphagie alimentaire. Mais..mais en allant voir sur PUBMED, la base de données des articles scientifiques publiés, on trouve des articles sur le sujet de l’orthorexie qui en font un problème de dysfonctionnement de comportement alimentaire au goût du jour. Dans la littérature anglo-saxonne on parle d’orthorexie nerveuse pour les formes les plus sévères de ce trouble. Elle nécessite une psychothérapie souvent une TCC pour réapprendre à s’alimenter.

Sur son site, Steve Bratman défend son concept sans dénoncer un régime alimentaire particulier. Il n’a jamais prétendu que le végétarisme, le végétalisme ou toute autre approche nutritionnelle qui sort des sentiers battus, incitant à manger des aliments sains relevait du pathologique.

De même que les personnes qui font attention aux ingrédients inscrits  sur les étiquettes des aliments, avant de les acheter, ne veut pas dire qu’elles ont un problème psychologique. Comme certains articles sur l’orthorexie via le web semblent l’affirmer. Et Steve Bratman est le premier à dire que la dépendance à la malbouffe est immensément plus répandue que l’obsession d’une nourriture saine. Il est toujours possible de changer ses habitudes alimentaires sans être obnubilé, presque pathologiquement par une nourriture saine!

L’anorexie en est le parallèle. L’obésité est de loin le plus gros problème de santé lié au mode de vie d’aujourd’hui, et chaque personne doit veiller à maintenir un poids et un IMC normaux. De même, on doit minimiser l’apport des conservateurs, pesticides, antibiotiques et tous les autres composants nocifs qui polluent l’alimentation. Cependant, certaines personnes qui font une fixation sur une alimentation absolument dénuée de nocivité peuvent développer un trouble de l’alimentation par rapport à ça, à l’instar de certaines personnes, qui pour éviter l’obésité deviennent anorexiques.Pour les personnes souffrant d’orthorexie, manger sainement est devenu un trouble extrême, obsessionnel, les enfermant psychologiquement et parfois physiquement dangereux, tout à fait distinct de l’anorexie. Souvent, l’orthorexie semble avoir des éléments de TOC, tout comme l’anorexie. Mais l’orthorexie ne se présente pas comme un Trouble Obsessionnel Compulsif typique ou comme de l’anorexie.

Il y a une autre composante idéologique, ambitieuse voire de nature spirituelle qui s’enracine dans la personnalité. Il est le plus souvent seulement un problème psychologique dans lequel les préoccupations alimentaires deviennent dominantes au détriment des autres dimensions de la vie, qui elles sont négligées. Dans de rares cas, cela peut être grave, entraîner la mort via la malnutrition. « La tolérance zéro du point de vue alimentaire peut, dans ces extrêmes, affecter chacun des actes et susciter une perte de l’appétit de vivre (anonyme, Wikipedia)». On parle même de risque de dépression. L’une des caractéristiques distinguant l’orthorexie de l’anorexie est que l’anorexique se concentre sur son poids, alors qu’une personne souffrant d’orthorexie est obsédée par la pureté de son alimentation. Les personnes souffrant d’anorexie possèdent une image déformée de leur corps, de dysmorphisme (même si elles n’ont pas de problèmes médicaux de poids). Les personnes qui souffrent d’orthorexie luttent constamment contre le sentiment d’être empoisonnées par ce qu’ils ont mangé, peu importe le soin avec lequel ils surveillent leur alimentation.

Certains régimes alimentaires poussent aux excès. L’un d’eux, très tendance est celui du « régime détox ».
Une britannique de 47 ans, à la suite d’une cure « Detox » après la période festive du Nouvel An a été hospitalisée dans une unité de soins intensifs pour un cortège de troubles sérieux (période de confusion mentale, évanouissements, grincement de dents, etc) dus à l’excès de racine de valériane. Cette patiente était une grande consommatrice de plantes médicinales. Son histoire est relatée dans le British Médical Journal. Elle n’avait aucun antécédent psychiatrique, et elle a pu être rapidement traitée sans séquelles neurologiques.

Au sujet des régimes Detox, Jean-Michel Lecerf, directeur du service nutrition de l’Institut Pasteur de Lille, en dit le plus grand mal:

D’un point de vue scientifique, le terme « détox » n’a aucun sens. Il relève plutôt de l’attrape-nigaud marketing. Il fait croire que nous serions intoxiqués par notre alimentation et que notre organisme contiendrait des déchets qu’il nous faudrait éliminer. Deux erreurs. D’abord, parce qu’il n’y a pas de poison dans ce que nous mangeons ; ensuite, parce que nous sommes naturellement équipés pour éliminer ce qui a vocation à l’être. Les reins et le foie sont là pour cela. Si les régimes détox visent simplement à nous inciter à mieux nous nourrir et à limiter les excès, ils peuvent avoir une utilité. S’ils s’appuient sur des arguments ésotériques ou ambitionnent une purification des organismes, ils n’ont aucune légitimité.

Deux conditions impliquent le contrôle de ce que l’on mange. Si l’anorexique cherche continuellement à réduire le poids, un orthorexique se sent toujours dans l’obligation d’atteindre l’alimentation idéale, afin de se sentir bien avec lui-même. Parfois, les gens passent de l’anorexie à l’orthorexie, en gardant le principe d’habitudes alimentaires désordonnées, et changent simplement le curseur de la perte de poids vers la perfection alimentaire.

Le psychiatre Gérard Apfeldolfer, spécialiste des troubles alimentaires, compare l’orthorexie à une forme de religion: « Le corps de l’orthorexique est un temple le lieu de toutes les adorations. Il est persuadé que tout ira bien s’il parvient à se nourrir idéalement en préservant sa pureté corporelle sans jamais déroger. »

Bien que largement débattue, l’orthorexie n’est pas diagnostiquée comme une maladie mentale, et Steve Bratman ne souhaite pas qu’il figure dans le DSM, la bible américaine controversée des maladies mentales, dit-il :

«Il y a une tendance dans le monde moderne à pathologiser un nombre croissant de comportements et je n’ai pas envie d’y contribuer… J’ai entendu des gens dire: « Je veux à manger sainement, mais je ne veux pas souffrir d’orthorexie.»

Sur le site http://www.orthorexia de Steve Bratman, le lecteur curieux trouvera un petit test Steve Bratman pose quelques questions pour savoir si on souffre d’orthorexie:
-Vous tournez vous vers des aliments sains comme principale source de bonheur et de sens, menant à la spiritualité?
-Est-ce que suivre ce régime alimentaire vous fait sentir mieux que les autres?
-Est-ce qu’il interfère avec les relations ou de travail, amis ou en famille?
-Utilisez-vous des aliments sains comme une épée et un bouclier pour parer à l’anxiété, et pas seulement pour éviter les problèmes de santé, mais de tout ce qui vous rend  provoque en vous un sentiment d’insécurité?
-Certains aliments vous donnent-ils la sensation de contrôler votre vie?
-Avez-vous envie d’avoir une alimentation de plus en plus extrême pour éviter l’angoisse?
-Si vous dérogez des règles de votre alimentation choisie, éprouvez vous le besoin compulsif de faire une diète pour compenser?
-Votre intérêt pour la nourriture saine a-telle des limites raisonnables et n’est pas devenue le centre de vos préoccupations?


Ce sont les quelques questions du test de Bratman qu’il établi pour identifier l’orthorexie. Il suffirait de répondre oui à 4 ou 5 questions des 10 questions sur les habitudes alimentaires pour être diagnostiqué de ce trouble alimentaire. Ce test est controversé pour son manque de rigueur. L’orthorexique passe du temps à réfléchir au régime idéal. Entre écarter les additifs, la farine trop blanche car elle perd ses sels minéraux, la saccharose, etc. C’est sans fin…


L’orthorexique va se tourner vers des dogmes alimentaires rigides établis par des « diétogourous » comme les appelle le Dr Gérard Apfeldolfer, et être tenté de se faire végétalien, granivore, crudivore, macrobiotiste, hygiéniste. Ce sont des régimes à risque pour être orthorexique. Mais pas forcément.

Toutefois, il a été constaté que ceux qui souffrent d’orthorexie consomment plus de céréales complètes, plus de fruits et légumes, se ravitaillent dans des boutiques bio et s’habillent uniquement de matières naturelles. On rappelle que c’est l’excès menant à une alimentation déséquilibrée nuisible pour la santé qui détermine l’orthorexie et non pas des choix des aliments.
Il est très difficile de séparer la frontière de l’alimentation saine de l’orthorexie; toutes les deux on en commun la notion d’alimentation équilibrée.

Qu’il reçoive l’aval ou non des scientifiques, plus un régime alimentaire est restrictif, plus il est susceptible de conduire à des troubles alimentaires, et il ne s’agit pas de dénoncer particulièrement les aliments bio, sans OGM, sans antibiotiques, etc. Ou certains régimes comme le régime paléolithique, préconisé par le Dr Eaton, pour qui l’alimentation idéale correspond à celle de nos ancêtres de l’âge de pierre, sans aliments transformés. Ce qui compte c’est qu’il ne soit pas un danger pour la santé et n’engendre pas la malnutrition dans ses excès.


Si on prend l’exemple du régime macrobiotique, son concept et ses excès ont été décriés, en 2001, par l’American Dietetic Association et l’Association Américaine du cancer car son efficacité sur la prévention du cancer est pseudo-scientifique, et serait même contre-indiqué chez les cancéreux puisqu’il n’apporte pas les éléments nutritionnels nécessaires. Chez les enfants et les adolescents, le régime macrobiotique peut induire plusieurs carences nutritionnelles qui peuvent causer un retard de croissance, un ralentissement du développement psychomoteur, une diminution des performances cognitives, du rachitisme, etc. Dans La plupart des témoignages en faveur du régime macrobiotique dans le cancer émanent de patients suivant un traitement conventionnel.

Jaime A.Heidel dans son livre « Are you TOO obsessed with health eating? » (non traduit en français) témoigne de cette obsession alimentaire qui gérait sa vie: « Mon régime alimentaire est devenu de plus en plus strict, et je sentais envahie par l’angoisse, et je devenais agitée chaque fois que je ne pouvais pas me procurer des aliments biologiques et naturels.»

Ce sont les populations des pays industrialisés qui sont le plus touchés par l’orthorexie. Par l’abondance de produits alimentaires, l’omniprésence de conseils alimentaires et de théories hygiénistes.
Il est difficile de discerner si ce sont les hommes ou les femmes qui sont le plus concernés par l’orthorexie. Juste deux études. L’une menée en Italie a montré que l’orthorexie touchait les hommes, et une autre en Turquie, les femmes. Pas de prévalence, donc.
Une étude menée par Segura Garcia « Orthorexia nervosa: a frequent eating disordered behaviour in athletes » publiée dans la revue Eat Weight Disord, en 2012, montre que les athlètes ou les sportifs sont une population à risque pour l’orthorexie.

Bien qu’il ne s’agisse pas encore d’un trouble du comportement alimentaire répertorié, l’orthorexie nerveuse commence à faire l’objet d’études scientifiques. Le Dr Camille Adamiec, dont la thèse a été primée par la fondation Danone, considère que le concept de Bratman est trop rigide. Elle prend son contrepied, et affirme que l’orthorexie ne mène pas à l’isolement social, et est plutôt un choix de mode de vie. De plus, elle considère que l’orthorexie est devenue un terme galvaudé, et qu’il faudrait renommer ce supposé trouble alimentaire.

En 2017, une étude du département de psychologie clinique de Londres a montré un lien entre l’augmentation de symptômes d’orthorexie liée à l’utilisation d’Instagram. Cette prévalence est liée à l’anorexie mentale.

Sans tomber dans les excès de l’orthorexie, et comme l’a souligné Anthelme Brillat-Savarin, « la table est le seul endroit où ne l’on s’ennuie jamais la première heure.»

Sources:

http://www.trouble-nutritionnel.wikibis.com/orthorexie.php
http://www.orthorexia.com/original-orthorexia-essay/http://www.psychologies.com/Moi/Problemes-psy/Anorexie-Boulimie/Articles-et-Dossiers/Manger-trop-sain-n-est-pas-sain
http://www.passeportsante.net/fr/Maux/Problemes/Fiche.aspx?doc=orthorexie_pm
http://www.unboundmedicine.com/medline/citation/25602930/Orthorexia_Nervosa_in_Turkish_Dietitians_
http://www.unboundmedicine.com/medline/citation/24581288/When_eating_healthy_is_not_healthy:_orthorexia_nervosa_and_its_measurement_with_the_ORTO_15_in_Hungary_
http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/?term=orthorexia
http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/22361450
http://content.time.com/time/health/article/0,8599,1963297,00.html
https://fr.wikipedia.org/wiki/Orthorexie

EST-IL POSSIBLE DE CHANGER SES HABITUDES ALIMENTAIRES?

Kurt Lewin démontra qu’il était possible de changer de comportement alimentaire en s’appuyant sur une expérience de groupe.

©Giuseppe Muscio, peintre hyperréaliste

La malbouffe serait-elle un problème de société? Elle s’est généralisée à partir des années 60 avec l’arrivée des fast-food et les repas préparés industriellement qui défient les règles nutritionnelles qui permettent de préserver son capital santé.

Aujourd’hui, beaucoup d’aliments sont transformés, passés par le processus industriel de l’agro-alimentaire.  Leur fréquente consommation se fait au détriment de celle des fruits et légumes frais. Cette nourriture industrielle est souvent trop grasse, trop sucrée, trop salée et bourrée d’additifs divers dont l’innocuité de certains sur la santé n’est pas prouvée. Quoi qu’il en soit, on sait aujourd’hui que les conséquences sur la santé sont néfastes: recrudescence de maladies cardio-vasculaires, excès de cholestérol, hypertension sans oublier le diabète. Le diabète de type 2 représenterait 90% des cas de cette maladie où l’alimentation joue un rôle clé. Sans verser dans le catastrophisme dans l’air du temps, les dommages peuvent être extrêmes. C’est ce que nous raconte Marc Gozlan, journaliste médico-scientifique et médecin de formation,  avec le cas extraordinaire d’un adolescent britannique qui devient aveugle après des années de malbouffe. Les diverses carences en vitamines B12 et nutriments divers ont entrainé une neuropathie oculaire irréversible. Évidemment, il ne mangeait que des frites, des chips kellogs, pain blanc, jambon industriel et des saucisses.

La malbouffe agit sur notre cerveau. Elle sollicite indument le circuit de récompense de notre cerveau en sécrétant la dopamine, la  molécule du plaisir,  libérée dans le noyau accumbens (avec d’autres neurotransmetteurs comme le Gaba, la Noradrénaline et la Sérotonine), la molécule du plaisir; ce qui incite à consommer encore plus cette junk-food qui procure un sentiment de plaisir. Bref, une forme d’addiction et si le terme gêne, une véritable appétence! 

« Pour votre santé, éviter de manger trop gras, trop sucré, trop salé», « pour votre santé, mangez au moins cinq fruits et légumes », « Manger, bouger»! Inutile de présenter ces messages sanitaires apposés au bas des publicités des produits de la grande distribution alimentaire. Et les étiquettes de Nutri-Score seraient chargées de nous éviter la malbouffe. Pas si évident, car in fine, ce matraquage modifie-t-il nos habitudes alimentaires?

C’est à douter du bien-fondé de ces messages-santé,  formulés sous forme d’injonctions. En 2015,  un rapport de l’OCDE, avance les chiffres de 15,3 % d’adultes obèses. Comme l’on peut s’en douter ce sont les  Etats-Unis qui remportent la palme de l’obésité. Le Japon fait figure de pays exemplaire  avec seulement 3,7 % de taux d’obésité. Derrière le Japon, la France est en dixième position. En France, la situation est la suivante: « chez les adultes de 18 à 74 ans, en 2015, 54 % des hommes et 44 % des femmes étaient en surpoids ou obèses (IMC ≥ 25). Cette prévalence augmentait avec l’âge. La prévalence de l’obésité (IMC ≥ 30) était estimée à 17 %, sans distinction entre hommes et femmes.»  

Alors, face à ce constat alarmant,  est-il possible de modifier ses habitudes alimentaires? La modification des opinions sur le comportement alimentaire est une vieille question de la psychologie sociale. Et si les expériences décrites dans ce post semblent aujourd’hui des aberrations nutritionnelles, il faut prendre en considération l’évolution de la nutrition susceptible de maintenir votre capital santé. 

Remontons dans les années 40, aux Etats-Unis. Le pays est en plein effort de guerre, et les denrées alimentaires sont rares. Le gouvernement américain demande à Kurt Lewin, psychologue spécialisé dans le comportementalisme et la psychologie sociale, de trouver une méthode  pour changer les habitudes alimentaires. Les ménagères, devant serrer les cordons de la bourse, ne cuisinaient plus aussi souvent des bonnes pièces de viande et boudaient les abats, pourtant moins chers.

Kurt Lewin va alors réunir des femmes au foyer qu’il va scinder en deux groupes.
-Le premier groupe va suivre un cycle de conférences vantant les bienfaits nutritionnels des abats, proposer des recettes pour les cuisiner, et leur offrir en fin de ce cycle, un livre de recettes.
-Le second groupe de ménagères suit, lui aussi, les mêmes conférences sur les abats. Mais après elles, une discussion est entamée pour savoir pourquoi elles sont réticentes à les consommer. À la fin, les ménagères prêtes à cuisiner de abats, doivent lever la main et s’engager publiquement à en cuisiner.Une semaine plus tard, seules 10 % les ménagères ayant uniquement suivi le cycle de conférences ont cuisiné cuisiné des abats. Et dans le second groupe incluant une discussion, elles étaient 52%. Pas mal!

Une autre expérience de Kurt Lewin concerne l’introduction du jus d’orange dans l’alimentation des nourrissons. Les pédiatres avaient beau organiser  des conférences dans les maternités en vantant les bienfaits du jus d’orange, mais sans grand succès. Ces recommandations venaient de la découverte de la vitamine C par le prix Nobel 1938 Albert Szent-Gyorgyi qui l’isola; il la nomma « antiscorbutique », ou acide ascorbique. Le scorbut infantile faisait des ravages à l’époque, et les recommandations des pédiatres étaient fondées.Une fois rentrées chez elle, les jeunes mères alimentaient toujours  leur bébé traditionnellement sans apport de vitamine C. Elles subissaient l’influence de leurs mères ou de femmes de leur entourage qui n’avaient de cesse de dénigrer le jus d’orange. Kurt Lewin eût alors l’idée de mettre en place des réunions par petits groupes réunissant un pédiatre, et à la fois des jeunes mères et d’autres femmes incluant le jus d’orange dans l’alimentation de leur enfant. Après plusieurs expériences de groupe, les jeunes mères étaient mieux armées pour résister aux critiques de leur entourage ur l’apport du jus d’orange chez l’enfant. Lewin fit d’autres expériences sur ce principe du groupe avec le lait frais et en poudre, et l’huile de foie de morue. 

Kurt Lewin explique ces changements d’habitudes alimentaires par le fait que ces femmes au foyer en ont discuté en groupe, et qu’ils ont été induits par les facteurs suivants: la liberté de pouvoir décider d’elles-mêmes comme des grandes, et cela pousse à agir en annulant ou réduisant ainsi le choix de l’autre ou d’autres alternatives comportementales dues aux opinions.

Ces femmes deviennent plus sûres d’elles car cette expérience de groupe les a encouragées subtilement à s’exprimer en public, et c’est tout bénéfice pour modifier le comportement souhaité. N’oublions pas qu’à l’époque, l’émancipation féminine n’était pas au goût du jour; la femme au foyer était le modèle normatif. 

Au niveau de la psyché, comment cette modification comportementale se passe? Il y a un processus d’internalisation interne sur le plan cognitif ou pour faire plus simple, un dialogue intérieur qui permet le changement de comportement alimentaire:
« c’est à dire que ce que j’ai promis, devant le groupe, je me l’approprie, et donc d’une certaines manière, ce que j’ai promis dans le groupe devient ma promesse puisque j’ai internalisé cette promesse» (Fabien Girandola, psycho-sociologue)

Kurt Lewin démontra qu’il était possible de changer de comportement alimentaire en s’appuyant sur une expérience de groupe pour renforcer les convictions personnelles et modifier les croyances. Outre ces célèbres expériences, encore citées aujourd’hui, qui sont les BA BA de la psychologie sociale et des colloques sur l’éducation alimentaire et nutritionnelle, Kurt Lewin est le chef de file de la dynamique de groupe, terme qu’il utilisa pour la première fois en 1944. Le comportement individuel alimentaire est également étudié en psychologie chez l’enfant, notamment. L’enfant sait mieux que l’adulte réguler son appétit. 

Dans les années 40, des nourrissons  anglais recueillis en orphelinat, ont été observés depuis leur sevrage jusqu’à l’âge de 1 an. À chaque repas, ils étaient libres de choisir entre plusieurs entrées, plats et desserts. On a constaté que les enfants, libres de choisir les aliments, présentaient un poids normal. Les enfants réguleraient mieux que les adultes les signes biologiques de la faim et de la satiété.

L’enfant et l’adolescent sont attirés par la saveur sucrée car elle provoque une sensation de plaisir. Les récentes découvertes en génétique ont révélé que ce sont les gènes TAS1R2 et TAS1R3 regroupées sur le chromosome 1

Au niveau neurophysiologique, l’information gustative passe notamment par le système de récompense, puis par l’hypothalamus latéral. Dès la naissance, la stimulation sucrée provoque une réaction de plaisir. Elle peut aussi engendrer une diminution de la douleur chez le nouveau-né. Le sens du goût joue alors un rôle déterminant dans le pouvoir analgésique du sucre. Chez l’enfant, la sensibilité au sucre tend à augmenter avec l’âge alors que les préférences pour cette saveur diminuent globalement. À l’inverse, le plaisir pour l’amertume apparaît tardivement, et augmente progressivement puis se stabilise à l’âge adulte.

Les adultes ne perçoivent pas le seuil de satiété comme les enfants car ils subissent l’impact d’une multitude de normes et de codes sociaux qui modifient leur perception subjective la faim. La convivialité, entre autres facteurs et goût, peuvent les inciter à manger sans avoir faim.Il aurait plusieurs types de tempéraments plus au moins réceptifs aux codes sociaux:

Et il y a la notion de faim, et là, encore, ce n’est pas si simple. Il y a d’abord la notion de faim homéostatique qui permet de recevoir les signaux de son corps pour manger. Ors, les dernières techniques d’imagerie cérébrale ont mis en évidence un autre mécanisme de la faim qui est celui de la « faim hédoniste ». Même rassasié, notre cerveau nous pousse encore à manger, tout ceci sous l’action de certains neurones (les neurones Pnoc CeA , les neurones Pnoc CeA Les projections neuronales Pnoc CeA). La consommation alimentaire est de plus  en plus motivée par le plaisir.

Nos habitudes alimentaires sont également impactées par le neuromarketing qui permet de décortiquer les réflexes cognitifs des consommateurs pour manipuler leurs choix.
Les perceptions gustatives sont remplacées par des croyances en des pseudo qualités, renforcées par la publicité omniprésente. Le neuromarketing appliqué à l’industrie agroalimentaire est redoutable pour le surpoids et l’obésité par son apport en sucre

En 2012, deux psychologues allemands ont réalisé une expérience sur les sodas. Leur recherche a été publiée dans la revue Plos One. L’étude s’est intéressée à l’effet grande marque dans la perception du goût.

Cinq cobayes volontaires ont accepté de noter quatre sodas différents à base de cola en fonction de leurs goûts. Allongés dans un appareil IRM, ils voyaient apparaître un flash de ¼ de secondes indiquant la marque du soda à noter.

Sans grande surprise, c’est le Coca et le Pepsi qui ont eu les meilleures notes. Les aires du cerveau connues pour être celles du plaisir se sont activées sous I.R.M.

Ces résultats suggèrent que le cerveau s’attendait à ce que les sodas comme le Pepsi et le Coca soient les meilleurs. La référence à la marque suffit à supplanter le goût, et c’est visible sous IRM.

Nos choix alimentaires peuvent également relever de l’effet placebo  marketing. Il existe réellement au niveau du prix et de la qualité du produit.  On peut avoir tendance à préférer au niveau gustatif un aliment plus cher qu’un autre, et ce avec une composition identique. En 2012, suivant une enquête réalisée par Ipsos-Logico Business, on s’est aperçu que l’obésité dans la tranches d’âge de 18/24 ans avait progressé de 35 % par rapport aux dernières années. Certaines habitudes de vie sont mises en cause. Ces jeunes mangent au moins une fois sur deux devant un écran. Un jeune sur trois ne fait pas de sport et un quart boit souvent des sodas au cours des repas.

Les écrans sont aussi pointés du doigt pour favoriser l’obésité et le surpoids des jeunes. La cohorte EDEN composée de 883 enfants a été étudiée par l’INSERM et les résultats sont sans appel. À deux ans plus les garçons passent du temps devant les écrans, plus ils ont un pourcentage de masse corporelle élevé à cinq ans. Et pour les petites filles, ce sont celles qui passent le moins de temps à jouer en plein air. Même s’il faut confirmer ces premières observations avec d’autres études, il faut aussi corréler avec d’autres facteurs que l’alimentation et au fil du temps, étudier l’impact de la sédentarité chez le jeune enfant.

Ces résultats suggèrent l’importance de promouvoir et d’encourager les jeux en plein air dès le plus jeune âge, et de limiter l’exposition aux écrans : « 

Il y a bien évidemment un lien entre la nourriture et l’affect. Les repas riches en sucres augmenteraient la concentration de sérotonine, surtout présente dans les régions cérébrales qui interviennent dans la régulation des émotions. Et certains aliments comme le chocolat qui contient du tryptophane, un précurseur de la sérotonine.

Alors, ne désespérons pas, nous pouvons modifier nos habitudes alimentaires néfastes. Parlez en à votre médecin généraliste ou à un diététicien. Ne vous laissez pas tenter par des publicités alléchantes et mensongères. L’une des dernières qui fait le buzz et décriée par les professionnels de la santé est celle de « Comme J’aime ». Les forfaits vont de 300 à 500 euros et on vous propose un coaching par téléphone. Une consultation chez un nutritionniste vous coûtera moins cher, et préparer des plats frais c’est nettement plus appétissant et gustatif et moins onéraux d’acheter des produits frais et de qualité.

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