ET SI NOUS PARLIONS DES ÉPIDÉMIES PSYCHOLOGIQUES?

À partir des années 1990, les États-Unis vont devenir le foyer privilégié de maladies psychogènes et de ces mutations de l’hystérie, amplifiées par les médias modernes et les peurs millénaristes de la fin du XX siècle.

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©Hulya Özdemir
De nombreux débats sur la planète virtuelle -les réseaux sociaux, les forums et les médias mainstream- obéissent à des lois qui favorisent les épidémies psychologiques qu’on peut aussi nommer hystérie collective. Ces épidémies psychologiques organisent le fonctionnement de la psyché sur un mode manichéen où tout est soit blanc ou bien tout noir, et ainsi favorise un comportement grégaire. La demie-mesure avec des arguments nuancés disparaît au profit de généralités ou de sophismes.
Les épidémies mentales, la contagion mentale ou les folies collectives (on peut les appeler comme on veut) ont toujours existé. Le médecin et psychologue Georges Dumas avait déjà décrypté, en son temps, le phénomène de la contagion mentale et des épidémies psychologiques à travers les émotions. Écrit en 1911, sa définition est toujours actuelle même si le vocable est différent, changeant ainsi la forme sans changer celui du fond qui correspond aux mêmes mécanismes. Ainsi, sous l’angle des sciences humaines -psychologie, sociologie voire de la psychiatrie-Georges Dumas définit  la contagion mentale comme un mécanisme par lequel les états moteurs, affectifs, représentatifs se propagent d’un individu à un autre et ils ne diffèrent d’opinion que lorsqu’il s’agit de caractériser avec précision ce mécanisme.

 

Et pourquoi ne pas inclure dans ces épidémies psychologiques et leur contagion mentale  la psychologie des foules avec leur unité mentale spécifique? L’ouvrage de Gustave Lebon, « La Psychologie des foules » (datant de 1895) reste encore la meilleure grille d’analyse. Les caractères spéciaux  de la foule sont qu’elle est toujours dominée par l’inconscient, l’occultation de la personnalité individuelle, la disparition de la vie cérébrale au profit de l’émotionnel et l’abaissement de l’intelligence. La foule ainsi constituée, la contagion va s’effectuer par la suggestibilité.

Après avoir cité ces deux auteurs incontournables, où en sommes nous aujourd’hui? Il y a aujourd’hui l’apport de Freud dans ces folies collectives. Des auteurs contemporains ont formulé l’hypothèse que certains troubles psychiatriques ou psychosomatiques seraient des formes contemporaines de l’hystérie de conversion décrite par Charcot et Freud à la fin du XIX siècle. Ils fonctionnent sur le mode opératoire d’une épidémie virale. Ces épidémies psychologiques sont liées aux mouvements sociaux et leur impact collectif est favorisé par les médias, le net et les réseaux sociaux.

En 1977, le ton fut donné par la féministe et critique littéraire américaine Elaine Showalter qui élabore finement cette notion d’épidémie psychologique avec le néologisme « d’hystoire ». Il peut faire sursauter les puristes mais il est pertinent à bien d’égards. « Hystoire » comme on s’en doute est la contraction du mot histoire et de celui d’hystérie. Le livre où elle développe cette thèse est  « Hystories: Epidemics Hysterical and Modern medias » ( livre non traduit en français), et il figure en bonne place dans un article du journal The Lancet, une revue de bonne facture, publié le 30 mai 1998. Cette grille contentd’analyse est pertinente sur de nombreux points, mais vivement critiquée par les associations de patients et de médecins pour ce néologisme et cette explication audacieuse sur certaines de ces épidémies psychologiques. En fait, Elaine Showalter est une féministe de la première heure, celle où l’on parle d’émancipation féminine et non d’un rejet de tout ce qui est masculin et d’un patriarcat forcené où l’homme a oppressé la femme pendant des millénaires. La critique littéraire Elaine Showalter attribue la propagation de ces nouvelles épidémies psychologiques à  la troisième vague des féministes, celle que l’on appelle le féminisme victimaire. Le néo-féminisme.

 

Comment se manifestent ces nouvelles formes d’hystéries individuelles qui se propagent comme des épidémies infectieuses? Elaine Showalter étaye son concept « d’hystoire » à l’aide d’anecdotes:

-Dans le Midwest, une infirmière, atteinte du syndrome de fatigue chronique, se suicide avec l’aide du Dr Jack Kevorkian, encore appelé Dr Death, pionnier de l’euthanasie  qui aidait à mourir les cas médicaux les plus graves.

-Dans le Yorkshire, un jeune vétéran atteint du syndrome de la guerre du Golf voit sa carrière et son mariage détruits.

-Et le cas de Ramona, cadre dans une grande entreprise licencié de son entreprise car il est accusé d’inceste par sa fille Holly, victime de faux souvenirs après une thérapie sous Amythal (sérum de vérité). Le tribunal accordera à M. Ramona des dommages et intérêts en réparation du préjudice subi. Cette histoire est évoquée dans mon post L’affaire Ramona, une sombre histoire de sérum de vérité.

-Dans le Massachusetts, un professeur de Harvard, lauréat du prix Pulitzer, prétend que les Petits Gris (des aliens) en visitant les États-Unis enlèvent et se livrent à des expérimentations sexuelles sur des milliers d’Américains.

-Dans l’Oklahoma, un militaire traduit en cour martiale, Timothy McVeigh raconte à ses avocats que le gouvernement , lui a implanté une puce dans le corps durant  la guerre du Golfe pour le contrôler.
-Dans le Montana, des adeptes de la théorie du complot prétendent que le gouvernement fédéral, armé de bombes et d’hélicoptères noirs, modifient chimiquement le sang des citoyens des États-Unis pour créer un nouvel ordre mondial.

Pour elle, ces cas disparates illustrent ces hystéries individuelles qui produisent des épidémies psychologiques. En prônant cette thèse du grand retour de l’hystérie, Elaine Showalter prend le contre-pied des spécialistes qui parlaient de sa disparition.

Certains médecins ont affirmé que la médecine moderne identifiait l’hystérie comme une maladie organique méconnue, ont eu raison d’elle. Des historiens et des sociologues l’ont reléguée comme un trouble  de l’ère victorienne, et qui grâce à l’émancipation féminine a diminué. Les psychiatres des années 70 expliquèrent que les hystéries de conversion n’étaient en somme que des expressions de l’anxiété, et que le développement de la psychanalyse avait éradiqué ces formes extrêmes. Selon l’analyste britannique Harold Merskey, les hystéries de conversion ne se produisent plus que dans les zones non psychanalytiques (Afrique du Sud, Corée du Sud, Sri Lanka ou Nigeria). Rappelons que nous sommes en 1978, et l’ethnopsychiatrie n’était pas encore très développée pour expliquer des manifestations culturelles perçues comme des troubles de la psyché pour des Occidentaux mais tolérées dans d’autres sociétés.

 

Elaine Sholwater ne fait que reprendre les théories freudiennes psychanalytiques, fort peu appréciées outre Atlantique, et même si l’auteure de ce post n’est pas branchée psychanalyse, il fat admettre une certaine pertinence dans le concept qui explique des troubles de la psyché qui se retrouvent répertoriées dans le DSM au fur et à mesure de ses révisions.  L’hystérie n’a pas disparu mais a simplement emprunté d’autres formes que celle du temps de Freud. À partir des années 1990, les États-Unis vont devenir le foyer privilégié de maladies psychogènes, et de ces mutations de l’hystérie, amplifiées par les médias modernes et les peurs millénaristes de la fin du XX siècle. Les hystériques modernes trouvent toujours des sources externes à leurs problèmes psychiques: un virus, une atteinte à la pudeur qui se traduit par un abus, une guerre chimique, un complot satanique ou encore l’infiltration étrangère. Un siècle après Freud, de nombreuses personnes refusent toujours des explications psychologiques à leurs symptômes. La cause serait extérieure et non névrotique.

Les psychothérapies new-age, le fondamentalisme religieux, la paranoïa politique forment, entre autres, le creuset de ces nouvelles hystéries virulentes et contagieuses en ce siècle. On pourrait y inclure la sensibilité électromagnétique. La panique atteint des proportions épidémiques, et  l’hystérie se manifestant par la suprématie de la pensée magique cherche des boucs émissaires et des ennemis sous les traits de médecins antipathiques, de pères incestueux, de commerce avec  le diable, d’extraterrestres et de complots gouvernementaux. Les hystoires sont plus contagieuses que par le passé avec la technologie high-tech qui diffuse à flots continus toutes sortes d’informations (des vraies et des fakenews). Les bouleversements écologiques, l’urbanisation intense, les voyages low-cost, ajoutés à l’interaction humaine favorisent ces mutations de l’hystérie. Elles se répandent par des histoires qui circulent et s’auto-entretiennent avec les livres de développement personnel, des articles de journaux, des talk-shows télévisés, des séries cultes, des films, l’Internet et même la critique littéraire avide de populisme. Ces hystéries se multiplient rapidement et de façon incontrôlée à travers les médias populaires, les e –mail et les réseaux sociaux.

 

Selon le point de vue d’Elaine Showalter, l’hystérie n’est qu’un symptôme culturel de l’anxiété et du stress. Les conflits qui produisent les symptômes hystériques sont authentiques et universels. Les  hystériques ne sont pas des tricheur(se)s, et les thérapeutes qui diagnostiquent les hystoires  sont (la plupart du temps) sincères dans leur diagnostic.Et il y a dans tous les cas une réelle souffrance psychologique à prendre en charge. Les épidémies psychologiques sont construites sur la souffrance des patients, les soins pseudo-scientifiques de la psyché, les membres du clergé, les parents dévoués, la police, le féminisme victimaire et le communautarisme.

Si Elaine Showalter dénonce les techniques de thérapies à base de drogues ou pseudo-scientifiques, supposées faire remémorer des souvenirs oubliés depuis des lustres, les livres de développement personnel, elle croit au rôle essentiel du professionnel  de la psychothérapie et de la psychopharmacologie pour aider les gens dans la vie quotidienne à lutter contre ces épidémies d’hystéries.
Est-il possible de les arrêter ces épidémies psychologiques? Difficile à l’ère du virtuel mais on peut déjà les endiguer avec de la persévérance pour contrer  cette contagion mentale entretenue par la presse, les rumeurs, les peurs collectives te les théories du complot. Accepter l’interdépendance entre l’esprit et le corps, et reconnaître les syndromes hystériques comme une psychopathologie universelle de la vie quotidienne avant de démanteler les mythologies stigmatisant. Il faut défendre certaines idées de Freud compatibles avec les avancées de la science, et rétablir la confiance dans la psychothérapie avec des professionnels aguerris et avec une bonne formation scientifique de base.
Il faut dénoncer la nocivité des talk-shows TV et des livres de développement personnel qui sont parole d’évangile pour le grand public, et notamment les femmes qui n’ont souvent pas accès à d’autres sources d’information. Autrement dit, éduquer à l’esprit critique.

Le livre  développant la notion d’hystoire a provoqué la colère de certains professionnels de la santé et des patients qui souffrent des troubles évoqués par Elaine Showalter. La controverse a essentiellement porté sur le SFC (syndrome de fatigue physique).  On a reproché à Elaine de ne pas être médecin et de ne pas être assez scientifique. Mais elle n’a peut-être pas tout à fait tort! Le SFC est encore un mystère pour la science! La cause de cette fatigue extrême n’est pas connue. Ainsi que le fait remarquer le Pr de Korwin«Cela est très déroutant car, malgré de très nombreux travaux réalisés, sa physiopathologie n’est toujours pas élucidée» . Les médecins n’ont pas de solution et la prise en charge repose sur un soutien  psychologique.

Concernant le syndrome de la guerre du Golfe, les scientifiques soulignent le fait qu’il n’est pas forcément lié au stress psychologique du combat, mais peut-être aussi à l’exposition à certains agents chimiques sur le théâtre des opérations, et qui  pourrait être corrélé à l’augmentation des cancers du cerveau. D’autres troubles évoqués par Elaine Showalter comme celui du syndrome des faux souvenirs s’est propagé en France par le biais de pseudo-thérapies. Grâce aux avancées neuroscientifiques sur le fonctionnement de la mémoire, il est plus facile aujourd’hui, de dénoncer le côté pseudo-scientifique de ces techniques douteuses qui ont fait le lit des faux souvenirs. Si son néologisme d’hystoire est controversé, l’analyse d’Elaine Showalter sur les nouvelles formes des épidémies psychologiques reste pertinente sur de nombreux points.

 

Sources:

LES PERSONNALITÉS MULTIPLES FONT LEUR CINÉMA

Les trois visages d’Eve évoque le sulfureux trouble mental de la Personnalités Multiple qui va défrayer la chronique et favoriser des pratiques douteuses de psychothérapie.

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En 1957, le film les Trois visages d’Eve remporte plusieurs oscars, et l’héroïne du film Eve est interprétée par Jane Woodward. Ce film évoque par anticipation le sulfureux trouble mental de la Personnalité Multiple répertorié qui sera répertorié dans le DSM III en 1980. Le DSM I et II de 1952 et 1968 n’en faisaient pas mention.

Le synopsis du film les Trois visages d’Eve s’inspire de la véritable histoire de Chris Costner-Sizemore, une femme souffrant du trouble de la Personnalité multiples. Son cas est relaté dans le livre Les Trois Visages d’Eve écrit par son psychiatre H.Thigpen qui vendit ses droits à Hollywood. Alors revenons à ce film inspiré d’une histoire vraie. Mère et épouse attentive, Eve, femme est une timide et effacée, et elle souffre de maux de tête et de trous de mémoire gênants. Elle est totalement amnésique de ses faits et gestes pendant plusieurs heures voire plusieurs jours. Elle consulte un psychiatre renommé, le Dr Luther, qui pratique l’hypnose. Lors d’une séance, le Dr Luther découvre en elle une autre personnalité, avec laquelle il dialogue. C’est Eve l’obscure qui ne songe qu’à s’amuser. Elle sait tout des faits et gestes d’Eve la discrète alors que cette dernière ignore tout de ce  peut faire son double obscur. Le Dr Luther veut comprendre les deux facettes de sa patiente et il  les prend en thérapie alternativement toutes les deux.

Excédé par les multiples facettes de la personnalité d’Eve, son  mari la quitte en leur laissant leur fille Bonnie. Le Dr Luther fait interner Eve à la suite d’une tentative de meurtre par son double obscur sur sa fille Bonnie. Le médecin est convaincu que la double personnalité de sa patiente n’est pas son véritable Soi et que son trouble remonte à l’enfance après un trauma dont elle serait amnésique. Elle doit absolument s’en souvenir pour guérir. Sous hypnose, elle se souvient qu’on l’avait obligée à embrasser dans son cercueil sa grand-mère morte lorsqu’elle avait six ans. Le chagrin aidant ajouté à la terreur d’être confrontée physiquement à la mort, avait amené Eve à se fractionner en deux personnalités distinctes.

Ô surprise, lors des séances d’hypnose, va émerger Jane, une nouvelle personnalité nettement plus posée et équilibrée. Jane ne comprend rien à la situation mais peu à peu elle arrive  à réunifier sa mémoire en se souvenant des faits et gestes des deux visages d’Eve incluant cette nouvelle facette d’elle. Le Dr Luther continue de dialoguer avec les trois visages de sa patiente et il s’aperçoit, au cours d’une séance, qu’Eve la discrète et Eve la rebelle ont cessé d’exister. Les trois personnalités sont enfin unifiées en Jane. Guérie, Jane va se remarier avec Earl, un homme qu’elle a rencontré lorsqu’elle était Jane et retrouve sa fille Bonnie.

Les trois visages d’Eve évoque le sulfureux trouble mental de la Personnalités Multiple qui va défrayer la chronique et favoriser des pratiques douteuses de psychothérapie. Mais quelles sont les différences entre l’héroïne du film Eve et Chris Costner-Sizemore?

Chris avait développé des personnalités multiples après avoir été témoin de deux accidents en l’espace de trois mois, lorsqu’elle était enfant. D’abord sa mère gravement blessé et un homme scié dans une entreprise de bois. Selon les psychiatres qui l’ont suivie, Chris n’aurait pas seulement eu trois identités mais une bonne vingtaine. Ses personnalités se présentaient par groupe de trois lorsque la personnalité consciente de Chris s’effaçait. Le livre les Trois visages d’Eve a été écrit son psychiatre H.Thigpen, avec peu de contribution de Chris., et n’a concerné que deux de ses personnalités.

Par la suite, Chris a écrit deux livres non traduits en Français  respectivement I’m Eve et Mind of My Own, The Woman Who Was Known As Eve Tells the Story  of Her Triumph Over Multiple Personality Disorder qui fourmillent de détails que n’ont pas donné ses md15783318666psychiatres. Pour elle, elle ne s’est pas sentie dissociée par ses personnalités contrairement à ce qu’ils pensaient mais a toujours affirmé que ces personnalités existaient à l’intérieur d’elle. Après avoir eu ses personnalités réunifiées avec ses différents psychiatres, elle a affirmé qu’à chaque étape de sa vie a correspondu un alter ego. Selon elle, c’était Eve White qui s’était marié avec son premier mari et qui était la mère de la fille née de leur union, et pas celle qui avait réunifié sa personnalité. À la sortie du livre Les Trois Visages d’Eve et ensuite le livre, Chris Costner-Sizemore a très mal vécu cet engouement médiatique autour de son cas, et elle a réussi après une procédure judiciaire à faire annuler le contrat qu’avait passé le psychiatre Thigpen avec la 20th Century Fox.

À partir des années des années 70,  le trouble de la personnalité multiple va devenir une maladie mentale populaire, et pour de nombreux thérapeutes un créneau de thérapie par hypnose ou sérum de vérité (Amytal). Il se caractérise par la présence de deux personnalités (voire plus) nommées les alter ego qui tour à tour prennent le contrôle de la personne appelée hôte. Les alter ego se conduisent à l’opposé de la personnalité et ils émergent curieusement toujours sous hypnose ou sous sérum de vérité (Amytal). C’est à dire lorsque la personne est en état modifié de conscience. L’identité des alter ego était parfois surprenante: changement de sexe, tortues Ninja, vies antérieures, cochons, tigres, singes, etc. Ce syndrome s’était tellement banalisé que lors des procès d’assises, les avocats et les jurés débattaient de savoir si l’accusé n’avait pas tué sous l’emprise d’un alter. Ce qui permettait de le déclarer irresponsable pénalement et de l’interner.

L’origine du trouble de la Personnalités Multiple va être au fil du temps imputée à un trauma subi dans l’enfance, et corrélé à l’abus sexuel (inceste, pédophilie). Il sera  intégré au modèle post-traumatique de l’abus sexuel chez l’enfant, générant des mauvaises pratiques thérapeutiques et des procès pour abus sexuels entraînant en cascade des erreurs judiciaires.

La popularité des multiples personnalités véhiculée par les livres, le cinéma et les médias va faire exploser le nombre de cas chez les femmes.  Les chiffres qui suivent sont extraits du livre Science and Pseudo Science in Clinical Pyschology: avant 1960, on en recensait deux cas par décennie. 14 cas de 1944 à 1965, en 1986, 6000 et en 1998 40000 jusqu’à ce que la communauté scientifique remplace l’appellation du trouble de la Personnalité Multiples par celle du Trouble Dissociatif de l’Identité. Freud était plus que sceptique sur l’existence des personnalités multiples, et il pensait que c’était induit par les suggestions du thérapeute, et n’oublions pas qu’il avait été formé à l’école de Charcot où l’on soignait l’hystérie.

Le psychologue Nicholas Spanos, en 1994, décrypte le Trouble de la Personnalité Multiples comme étant le produit de constructions sociales établies par le corpus médical, légitimées et entretenues par l’interaction sociale entre les patients conditionnés à faire surgir des alter ego, le grand public et les médias. Cet élément socio-culturel est de la même nature que les rites de possession ou la sorcellerie au Moyen-Age. N. Spanos dénonce cette usine à gaz à fabriquer des faux souvenirs, des entités à gogo et la thèse des souvenirs refoulés sous le concept pseudo-scientifique de l’amnésie dissociative (battue en brèche aujourd’hui par les dernières découvertes des neurosciences).

La sociologue et critique féministe américaine Elaine Showwalter place les personnalités multiples dans le groupe des syndromes ayant un fondement hystérique à l’instar du syndrome de la guerre du golf, des rites sataniques et du syndrome des faux souvenirs. Elle a créé, à cet effet, le néologisme d’hystoire qui est la contraction du mot histoire et de celui  d’hystérie. Ces mini-épidémies sont une forme contemporaine de l’hystérie de conversion décrite par Charcot et Freud à la fin du XIX siècle.

Chris Costner-Sizemore est l’une des patientes les plus célèbres diagnostiquées du Trouble dissociatif de l’identité, et son cas figure parmi  les dix les plus fascinants de l’histoire de la psychologie dont ceux de Phineas Gage et le garçon sauvage de l’Aveyron.

 Notes: Après bien des controverses et des dérives de la psychothérapie, le Trouble de la Personnalité Multiple va être remplacé par celui du Trouble Dissociatif de l’Identité (TDI) dans le DSM IV. L’une des particularités du DID est l’amnésie dissociative qui se décrit par des trous de mémoire portant sur des tranches de vie allant de quelques heures à plusieurs jours.Cette amnésie concerne uniquement les faits et gestes des alter ego. Elle est définie comme asymétrique parce que l’hôte n’a pas conscience des faits et gestes de ses alter ego et pas le contraire.  Il y a toute une controverse scientifique sur ce sujet qui égare le grand public sur les conséquences d’un trauma psychologique qui altère la mémoire.

Le film les Trois Visages d’Eve

AUTOUR DU FILM « SANS LIMITES »: LE DOPAGE CÉRÉBRAL!

La découverte de cette molécule de fiction, le NZT, repose sur le mythe pseudo-scientifique où nous n’utiliserions que 10 % de notre cerveau.

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Le dopage cognitif est en plein essor. Connaissez vous ces molécules censées doper les fonctions cérébrales, les smart-drugs encore appelées nootropes ou bien encore nootropiques?
Les smart-drugs »sont des médicaments qui améliorent les capacités cognitives et dont  la réputation  est de doper les capacités cérébrales. Aux fins de stimulation cérébrale, ces nootropiques sont souvent des médicaments détournés de leur usage. Beaucoup de  lycéens américains développent une addiction à la Ritaline, des traders de Wall Street se gavent d’amphétanimes.

Ces molécules licites,  aux  indications précises, comme pour les troubles du sommeil (narcolepsie, hypersomnie) ne sont délivrées que sur prescription médicale. Or, sur le web certains sites peu scrupuleux proposent à la vente ces produits pour censés stimuler l’intelligence. Leur marketing les détourne de leur principale indication et leur utilisation relève du mésusage médicamenteux avec le risque d’effets secondaires. Et pourtant le nombre de leurs utilisateurs ne cesse de croître. Les smart-drugs inspirent les auteurs de film et de série TV.

Alors pourquoi ne pas parler de ces nootropiques à travers le film « Sans Limites » -sorti en 2011 et interprété par Bradley Cooper et Robert De Niro- ?

Eddie Mora, le personnage principal du film (joué par le sexy Bradley Cooper), est un écrivain paralysé par l’angoisse de la page blanche. Lorsque sa petite amie le quitte, il sombre dans la dépression. Son ex beau-frère, ancien dealer, va lui faire découvrir un produit révolutionnaire de l’industrie pharmaceutique, le NZT-48, qui permet d’exploiter le potentiel du cerveau au maximum. Cette pilule jamais été testée. Rappelons que le NZT-48, est une smart-drug de fiction pour ceux qui seraient tentés de croire que le NZT existe réellement. Grâce à cette drogue, la mémoire d’Eddie est surhumaine. Il peut désormais se souvenir de tout ce qu’il a lu, vu ou entendu. Il devient capable d’apprendre n’importe quelle langue en une journée, de résoudre des équations complexes et ainsi fasciner tout ceux qu’il rencontre.

Mais toutes ces merveilleuses capacités ne sont possibles que s’il est sous l’influence du NZT, et une seule pilule a suffi à le rendre accro. Notre héros va écrire son livre en trois jours et enthousiasmer son éditrice. Il va ajouter d’autres cordes à son arc en devenant l’un des plus grands traders de Wall Street. Malheureusement, cette montée en puissance des facultés cognitives de notre héros s’accompagne des terribles effets secondaires du NZT qui sont ceux du sevrage d’une drogue puissante, et notre héros apprendra que tous ceux qui ont pris cette pilule sont décédés d’overdose.

Le film « Sans Limites » a le mérite de montrer l’envers du décor avec ce héros qui sombre dans les affres de la dépendance. Cette fiction développe avec pertinence ce que sont les smart-drugs, ces psychostimulants capables d’amplifier les capacités cognitives. Mais est ce vraiment possible et est-ce  sans danger ?

Voyons quelles sont les ressemblances entre le NZT du film et certaines « vraies » molécules  qui sont des psychostimulants. Manifestement, il y a de fortes ressemblances du NZT avec le LSD, la Ritaline et le Modafinil.

La découverte de cette molécule de fiction, le NZT, repose sur le mythe pseudo scientifique où nous n’utiliserions que 10 % de notre cerveau. Et que prendre le NZT permettrait de faire fonctionner son cerveau à 100 % de son potentiel. Et certains des effets du NZT sont proches des psychédéliques comme l’Ectasy, voire le LSD comme cette abolition du temps et de l’espace où les couleurs sont plus vives et les contours des objets plus précis.

Rappelons que malgré ces aspects séduisants, dits récréatifs se cache la dure réalité des effets secondaires. Toutes les drogues psychédéliques sont prohibées dans tous les pays au vu de leurs redoutables effets secondaires au long terme. Comme des suicides au long terme dus à un effet flash-back du produit des années après son absorption.

Les smart-drugs comme le NZT-48 agissent directement sur les neurones, en augmentant la quantité de monoamines au niveau des connexions synaptiques, en particulier la dopamine et la noradrénaline. Il en résulte en effet réel sur l’activité cérébrale: accélération de la perception, surexcitation, amélioration de la vigilance, de la clairvoyance et des performances cognitives (amélioration de la mémoire). Ils augmentent la concentration et l’attention.

Il y a toutefois un revers de la médaille qui doit attirer l’attention de celui qui serait tenté d’en prendre.L’une des smart-drugs le plus connu est le Methylphénidate (Ritaline) prescrit dans l’hyperactivité de l’enfant et la narcolepsie. Son mécanisme d’action est décrit comme celui de la cocaïne. Compte tenu de l’importance des mésusages de cette molécule, le Méthylphénidate fait partie de la liste des médicaments surveillés de près par l’Afssaps. Ses effets secondaires sont ceux de la Cocaïne. Détourné de sa prescription initiale, en 10 ans, la Ritaline aurait tué aux Etats-Unis plus de 186 personnes (les chiffres doivent être sous estimés).

Pour continuer sur l’aspect nootrope, le NZT ressemble également au Modafinil (Provigil, Modiadal).  Et l’effet du Modafinil ressemble à celui des amphétamines. C’est un stimulant utilisé dans le traitement la narcolepsie et de l’hypersomnie idiopathique. Il permet à quelqu’un qui souffre de fatigue inhabituelle de rester éveillé sans effet secondaire et de rester performant intellectuellement. Le Modafinil bloque la recapture de la noradrenaline; celle-ci, suivant un processus complexe agit sur les neurones, provoquant le sommeil des noyaux ventrolatéral préoptique. Il est présenté sur de nombreux sites de vulgarisations comme une molécule agissant comme la cocaïne sans ses effets secondaires et sans addiction.

Le Modafinil serait pris par un quart des étudiants britanniques, et en France, il est en passe de supplanter le Guronson (caféine pharmaceutique) chez les étudiants.Le Modafinil, outre son usage dans les troubles du déficit de l’attention serait utilisé par certains médecins comme traitement d’appoint de la baisse des facultés cérébrales pouvant faire suite une chimiothérapie, comme aide au sevrage de l’addiction la cocaïne. Toujours sur prescription médicale et sans le mésusage de booster des facultés intellectuelles.

Le Modafinil, est-il vraiment sans danger? Le Modafinil a été développé en France dans les années 70. Cette molécule aurait été utilisée par les soldats français lors de la guerre du Golfe il est par les soldats américains en Irak et en Afghanistan, dans leur permettre de rester opérationnel pendant 35 heures sans dormir. Même si les indications du Modafinil sont assez larges, l’EMA (l’Agence Européenne des Médicaments) recommande désormais son usage dans la narcolepsie. Il est parfois détourné avec la bénédiction de la FDA par les personnes ayant un emploi avec des horaires décalés (pompiers, personnel d’hôpital, etc), il peut être un produit de dopage pour des sportifs de haut niveau.

Au niveau de l’amélioration des performances cognitives, une étude contradictoire  à la méthodologie peu fiable affirme que les effets bénéfiques  du Modafinil marcheraient sur des personnes avec un petit QI (100-112). Évaluer l’intelligence uniquement avec le Q.I fait débat, et on peut envisager une dérive de type transhumaniste. L’augmentation du QI pour certaines parties de la population grâce à une pilule a de quoi faire frémir, et l’idée de sujétion mentale est digne du Meilleur des Mondes de Huxley. Le « neuroenhancement » est un concept anglo-saxon qui concerne la prise de psychostimulants par des sujets sains en dehors d’une indication médicale ou d’un contexte festif, afin d’améliorer les capacités cognitives, mentales et cérébrales. En 2009, devant l’augmentation aux États-Unis des demandes de ces nootropes, l’Académie de neurologie a publié des recommandations sur « une l’éthique responsable » de ces prescriptions.

Le but des smart-drugs est d’améliorer les performances cognitives. Depuis une dizaine d’année, tout un pan de la recherche explore les effets des stimulants cognitfs chez la malades et les bien-portants. Effets de substances naturelles (caféine, ginseng, gingko-biloba) et de substances médicamenteuses. C’est le Modafinil qui retient plus l’attention. Des chercheurs d’Oxford ont déclaré le Modafinil cet été comme une smart-drug « sûre », dépourvue d’effets secondaires à court terme chez les sujets sains. Le Modafinil serait capable d’améliorer la flexibilité mentale, la planification, la mémoire de travail; tout ce qui permet d’être fluide au niveau cognitif. Selon le psychiatre Raphaël Gaillard: « le Modafinil augmente la libération de la noradrénaline et de la dopamine, deux des principaux neurotransmetteurs qui stimulent les processus cognitifs.» Affaire à suivre…

Prendre des smart-drugs n’est pas anodin et dénué d’effets secondaires. Laurent Lecardeur, psychologue au CHU de Caen et chercheur sur le dopage cognitif constate cette banalisation inquiétante des smart drugs dans l’article Le marché de l’amélioration humaine, Vers un dopage généralisé de la cognition? et s’en inquiète: « …la consommation d’amphétamines (méthylphénidate, modafinil, bupropion) détournées de leur indication et sans prescription, sont utilisées par un nombre croissant d’étudiants (jusqu’à 20%), qui veulent diminuer le stress en période de révision, acquérir des facultés de concentration plus importantes ou tout simplement réussir , quels que soient les risques d’effets secondaires et de dépendance.»   Le chiffre de 20 pour cent est énorme et laisse présager un retour de bâton pour les usagers au niveau de leur santé physique et mentale. Laurent Lecardeur dénonce également des  technologies « plus ou moins validées » en vente libre. À l’instar des battements binauraux (fichiers qui permettraient de réduire les troubles de l’attention. Et d’autres comme la stimulation cérébrale, qui tout en renforçant certaines fonctions pourraient s’avérer délétères.

Dans la catégorie des nootropes, il faut évoquer ce marché pseudo-médicamenteux en Hand writing Placebo with markerpleine expansion. C’est celui des compléments alimentaires qui n’ont absolument aucune  utilité médicale. Des cocktails de molécules sont vendus prétendant stimuler les facultés intellectuelles. Belle illusion!

Les laboratoire spécialisés dans les compléments alimentaires utilisent  les techniques les charlatans de toujours comme des pseudo-études cliniques et un pseudo-jargon scientifique. En ce qui concerne les compléments alimentaires, supposés agir sur le cerveau et améliorer les performances intellectuelles, c’est mission impossible.

L’effet réel du pseudo-nootrope est celui de l’effet placebo: « autrement dit, le seul effet de ce traitement est de faire croire qu’ils en ont un.» Et pour conclure ce post, revenons à la fiction du film « Sans Limites »! Quant aux qualités attribuées au NZT-48, il y a une certaine morale. Happy End pour notre héros Eddie Morra! Après des rebondissements spectaculaires, il va réussir à se sevrer de cette pilule magique, tout en gardant une grande partie de son potentiel. Alors il serait plus raisonnable d’envisager un effet de la suggestion ou placebo du NZT fictif plutôt que d’envisager un effet réel sur la cognition?  La morale scientifique serait sauvegardée si vous regardez ce film très sympathique. Mais attention, c’est une fiction…

Je remercie chaleureisement Laurent Lecardeur, psychologue au CHU de Caen, centre Esquirol CNRS de m’avoir envoyé son article « Le marché de l’amélioration humaine, vers  un dopage généralisé de la cognition? » publié dans le Quotidien du médecin le jeudi 17 décembre 2015. 

Pour en savoir plus, une vidéo sur les limites des Smart-Drugs:

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FAUT-IL VRAIMENT NORMALISER NOS ÉMOTIONS?

Face à la médicalisation de certaines émotions, dans le même registre, on trouve la « dictature du bonheur.»

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Flower Girl – Helen M. Turner 1920

Au sujet des émotions, le psychanalyste Carl Gustav Jung a écrit que « sans émotion, il est impossible de transformer les ténèbres en lumière et l’apathie en mouvement ». Il serait  bien surpris de voir que la plupart de  nos émotions sont aujourd’hui médicalisées.

C’est ce que constate Christopher Laine dans son livre « Comment la psychiatrie et l’industrie pharmaceutique ont médicalisé nos émotions », publié en 2007, et toujours d’actualité sur le fond. L’auteur dénonce les conflits d’intérêts entre la psychiatrie et l’industrie pharmaceutique. Ces conflits d’intérêts auraient impacté la nosographie des manuels de diagnostic des maladies mentales comme celui du DSM. Création de troubles psychiatriques pour répondre au marché du médicament et aux profits de l’industrie pharmaceutique, au détriment de  l’éthique des besoins du malade. Comment a-t-on pu en arriver là? C’est tout un poème!

Le DSM ne se base pas sur des observations cliniques mais sur le recueil d’opinion des spécialistes. Le 18 mai 2013, le DSM V remplace l’édition précédente datant de 2000. La version française est sortie le 17 juin 2015. Lors de sa sortie, c’est une levée de boucliers de la part de nombreux professionnels de la santé mentale.  Dont Allen Frances qui avait  dirigé l’édition du DSM IV en 1994, l’un plus virulents contradicteurs. Le NIMH (National Institute of Mental Heath)-le plus gros financier de la recherche en santé mentale- se désolidarise également et pointe du doigt les défaillances scientifiques de cette nouvelle version. Cette fronde est beaucoup plus consensuelle que les deux précédentes révisions de 1980 et 1994. Le DSM est une bible pour les scientifiques et les chercheurs, et jouit d’une influence considérable à l’échelle mondiale. Dès sa création en 1952, le DSM est la référence de l’OMS.

Car l’histoire du DSM est une saga. Elle remonte à 1927 et ses prémices à 1917. Dans ce temps là, compte tenu de la pléthore de diagnostics suivant les institutions locales étasuniennes, il était impossible de faire des statistiques médicales à l’échelle du pays. En 1927, l’Académie de médecine de New York décide de classifier les maladies mentales. Sa volonté est de simplifier les maladies pour débarrasser la psychiatrie de toute théorie. Les références de nature symbolique empruntées à la mythologie grecque et à la psychanalyse (Freud était honni) qui faisaient partie du jargon de la psychiatrie sont délaissées.

En 1928, a lieu la première conférence pour cette simplification. Ses participants sont des spécialistes mais aussi des politiciens. Après diverses classifications, la première version du Medical va voir le jour en 1932, et sera testée sur des hôpitaux soigneusement sélectionnés. Jusqu’en 1952, date d’apparition du DSM, il y aura deux versions du Medical, respectivement en 1933 et en 1942. Au début de la deuxième guerre mondiale, les psychiatres civils et militaires jouent le jeu en classifiant les troubles. Seulement, les médecins militaires sont confrontés aux troubles psychiques spécifiques à la guerre qui ne rentrent pas dans cette classification commune. La névrose de guerre évoquée par Freud! La Medical 203 intègre les pathologies de guerre et les questions liées au traumatisme.

En 1944, la Marine fera sa propre classification, et ce ne sera que plus tard que la psychiatrie militaire fera entrer dans le DSM le Stress Post-traumatique avec ses Vétérans du Viet-Nam. Le DSM, dès 1952 s’est complètement fermé aux concepts freudiens. Parallèlement s’est développé son homologue le CIM, et la dernière version étant le CIM-10 publiée par l’OMS, plus proche des subtilités de la psychiatrie européenne et plus ouvert à la psychanalyse. Mais c’est le même état esprit qui marque ces deux manuels de  diagnostic.

En 1952, le DSM recensait 6 pathologies contre aujourd’hui 410 troubles, et en rajouter 10 de plus dans les dernières versions. Selon certains, les troubles recensés sont des termes fourre-tout qui serviraient de prétexte à la prescription à tout-va de médicaments. Les conflits d’intérêts entre ceux qui participent aux travaux du DSM et l’industrie pharmaceutique sont notoires. Si l’année 52 vit la sortie du DSM, elle vit aussi l’arrivée des premiers médicaments anti-psychotiques comme la chlorpromazine. 1955 voit aussi le jour du « Mental Health Study Act «  voté par le congrès américain , qui fournit le cadre juridique autorisant les donations attribuées à la recherche psycho-pharmacologique. Et faire, au fil des ans de l’industrie pharmaceutique, un lobby.

 

Il y a eu dans certaines versions notamment celle du DSM III des troubles inénarrables. Celui qui a fait couler le plus d’encre est celui du Trouble de la Personnalité Multiple emprunté au cinéma (mais si, mais si!).  Grâce au film « Les trois Visages d’Eve » qui a inauguré un afflux massif de patientes chez les thérapeutes. À la suite d’un trauma, des patient(e)s étaient censé(e)s posséder plusieurs personnalités appelées les hôtes, indépendantes les unes des autres, et qui empoisonnaient mentalement la vie du patient. Certains patients pouvaient  avoir plus de quarante hôtes qui s’exprimaient tour à tour lorsqu’un thérapeute les interpellaient! On a trouvé des gens qui prétendaient être Spock, le héros de la série Star Strek, des animaux ou des personnages de l’histoire. La liste est ébouriffante et on peut en trouver des exemples dans l’excellent livre « Science and Pseudoscience in clinical psychological ». Devant les dégâts délirants causés par cette pathologie controversée, le Trouble  de la Personnalités Multiple sera remplacé par celui du Trouble Dissociatif de l’identité. Là, plus d’hôtes mais juste deux personnalités  du style Mr Hyde et Dr Jeykill (c’est déjà pas mal). Il s’observerait rarement en Europe (sauf  en Espagne) et resterait cantonné aux pays anglo-saxons.

Parmi les autres maladies mentales inscrites au registre du DSM, il y a eu l’homosexualité qui fût retirée en 1987. Dans les années 70, sous l’impulsion de certains psychologues comme Margaret Thaler Singer, il fût tenté la volonté d’inclure le Syndrome des Faux Souvenirs) dans le DSM. De faux souvenirs d’abus sexuels oubliés pendant des décennies causés par des méthodes douteuses avaient envoyé des gens innocents en prison, et ils étaient liés au trouble de la personnalité multiple et au Trouble Dissociatif de l’Identité (ou et à d’autres troubles répertoriés dans le DSM) . Ce ne fût pas suivi car le syndrome des faux souvenirs était à l’origine un terme inventé par des avocats, et qui ne fût pas repris par la psychiatrie même si des spécialistes se penchent sur la question. Aujourd’hui, les neurosciences prouvent l’existence des faux souvenirs et confortent les expériences de psychologie sur la manipulation de la mémoire. Dont les travaux de la psychologue cognitiviste Élisabeth Loftus.

 

Les experts dénoncent les simplifications dangereuses du DSM car elles enferment des patients dans ces catégories. Or, toute maladie est évolutive et c’est aussi valable pour les troubles de la psyché; le diagnostic ne vaut qu’à l’instant où il est posé. Concernant les troubles du comportement, l’hyperactivité et la dépression, l’adolescent atypique risque de prendre une bonne dose de neuroleptiques sous prétexte qu’il présente un risque de syndrome psychotique (s’il n’est pas schizophrène ou autre). On a de la peine à croire. Alors pourquoi un tel engouement pour le DSM? Il a été imposé par les compagnies d’assurance et l’industrie pharmaceutique a trouvé le bon filon pour s’en servir de grille  de référence pour une prescription intensive de psychotropes. Cela ne pourrait pas être grave si l’on se contentait de prendre le DSM comme un étiquetage superficiel de manifestations comportementales incluant l’environnement du patient, et était juste un guide-line. Mais c’est rarement le cas.

Les critiques envers le DSM sont salutaires. Déjà, le regretté Édouard Zarifian, auteur d’un rapport concernant la prescription et l’utilisation des médicaments psychotropes en France datant de 1995 (et toujours d’actualité sur le fond) avait pointé une utilisation abusive du DSM en pratique médicale. Originellement, le DSM était à l’origine un répertoire de critères de diagnostics destinés à la recherche.  S’il faut être critique certes, il faut aussi évoquer le risque de rejeter tous les psychotropes qui peuvent soulager des patients lorsqu’ils sont prescrits à bon escient. Ils ont sorti de l’internement un grand nombre de malades souffrant de troubles psychiatriques sévères et invalidants, en  atténuant leurs souffrances psychiques et leur permettre de vivre normalement . Très souvent, dans de nombreux troubles, une prise en charge psychothérapeutique donne d’excellents résultats sans médicaments ou s’il y a prescription, c’est conjointement avec une psychothérapie. Quand on prend l’exemple d’un épisode majeur de la dépression, une cure d’antidépresseur est souvent nécessaire un laps de temps mais est toujours recommandé avec une psychothérapie.
À côté de certains troubles répertoriés et justifiés, il y a certains comportements comme la41xbZZL5RFL._SX295_BO1,204,203,200_ timidité, considérée autrefois comme étrangère au domaine de la psychiatrie, qui se retrouve aujourd’hui dans le DSM. Les émotions  exacerbées deviennent des pathologies. La timidité, la tristesse liées à un deuil ou aux ennuis de la condition humaine, et des émotions naturelles à priori peuvent se retrouver classées dans les répertoires des maladies mentales si le diagnostic est anarchique.

Prenons l’exemple de la timidité. Pour Christophe André, spécialiste des phobies, la vraie différence se fait sur l’importance du handicap: « La vie du timide est faite d’occasions ratées, explique-t-il. La question consiste à évaluer la part de ratages acceptable dans une existence. De plus, les timides, légers ou graves, sont plutôt des personnes qui s’adaptent…Le phobique social, lui, peut voir la même personne régulièrement sans que son angoisse décline. Bien au contraire, il a de plus en plus peur d’être démasqué puisqu’il lui manque l’estime de soi, qu’il se sent inintéressant ou ridicule.»

Face à la médicalisation de certaines émotions, dans le même registre, on retrouve la « dictature du bonheur »impliquant la course acharnée au bien-être. Et qu’est-il proposé pour réguler ses émotions? Et bien tout le créneau des médecines douces ou les thérapies alternatives. De  l’homéopathie, de la phytothérapie, des compléments alimentaires et des thérapies diverses et farfelues avec le risque de charlatanisme ou de mauvaises pratiques qui peuvent aggraver le mal-être et de passer à côté d’un véritable trouble de la psyché qui nécessite une prise en charge par un professionnel de la santé malade (psychiatre, médecin généraliste et psychologue clinicien). Le développement personnel va prendre le relais de la psychiatrie avec le risque de mettre le patient sous emprise mentale dans un circuit  qui annihile la personnalité et le libre-arbitre par des psychothérapeutes formés n’importe comment et sans culture scientifique de base, notamment sur le cerveau et la mémoire.

Si le vocabulaire est différent de celui de la psychiatrie, sans dire que les émotions négatives sont des maladies,,  on va vous promettre d’être toujours de bonne humeur si vous les éradiquez. C’est la méthode Coué déclinée sur tous les tons. Les coachs du développement personnel sont là pour vous encadrer et vous guider dans votre vie. Reconnaissons que ce sont sans les effets secondaires des psychotropes , accusés de tous les maux! L’équilibre, le Bonheur avec un B majuscule, la confiance en vos ressources cachées, bref une nouvelle votre vie vous attend, mais sous réserve que vous fassiez le nécessaire. Les livres, les publicités des stages de développement personnel vous promettant une évolution psycho-spirituelle ont pris le relais des anciennes publicités des psychotropes. Quelle est la différence avec celle du Paxil en 1999 où l’on voit une jeune femme rayonnante témoignant d’une nouvelle renaissance :« je peux voir mon futur… je peux goûter au succès… je peux toucher ma vie…»?  L’attitude Coué-positiviste gomme vos insatisfactions ordinaires. Que ce soit l’industrie pharmaceutique ou le développement personnel, on vous propose une orientation, un style de vie et de pensée. « Osez changer » est le maître mot!

 

Notre société est tourné vers le culte de la performance et toutes les émotions qui composent notre personnalité doivent être en permanence positives. Aucune baisse de l’humeur n’est tolérée, et devient vite pathologique si elle dépasse un certain laps de temps! Nous devons baigner en permanence dans un océan de béatitude!  Même si c’est exagéré, on nous le promet. Il faut entretenir des pensées positives, profiter du bonheur d’être en vie et pour être heureux et il y  a des recettes que l’on aurait qualifié il y a une vingtaine d’années de « psychologisme ». Que faut-il dire à un patient qui va suivre des séances de Reiki entre deux séances dans un CMP pu en cabinet libéral? Si vous n’accédez pas à la zénitude, culpabilisez car vous n’avez pas fait ce qu’il fallait pour accéder au « Bonheur », la nouvelle philosophie du troisième millénaire. Et finalement comme l’a écrit l’écrivain Yukio Mishima: “Les émotions n’ont aucun goût pour l’ordre établi.”

PSYCHOTHÉRAPIE D’UNE PRINCESSE SATANIQUE!

Patricia Burgus, surnommée la « Princesse Satanique, obtint lors d’un procès 10,6 millions de dollars de dommages et intérêts pour le préjudice causé par un diagnostic lié à des rituels sataniques.

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L’histoire de Patricia Burgus figure dans le livre « Science and Pseudoscience in clinical psychology ». En 1995, Frontline, une chaîne nationale TV de documentaire diffuse l’émission « A la recherche de Satan ». Un reportage montre Patricia Burgus suivant une thérapie avec le psychiatre Dr Bennet Braun.

Patricia est une mère au foyer qui souffre de dépression post-partum. Elle consulte alors le psychiatre Bennet Braun. Jusque là, rien d’extraordinaire car de nombreuses femmes soufrent de dépression post-partum, et une prise en charge médicale adéquate permet de les traiter. Seulement, voilà Patricia Burgus va être hospitalisée trois ans à l’hôpital presbytérien de Chicago. Pourquoi si longtemps même si la dépression post-partum nécessite une attention particulière? À cause du diagnostic du Dr Bennet qui la suit! Patricia souffrirait du « Trouble des Multiples Personnalités » (TMP), l’une des manifestations de l’étrange diagnostic du Rituel satanique d’Abus Sexuels (Satanic Ritual Abuse, SRA)».

Le diagnostic du rituel satanique d’abus sexuel n’est pas le fruit de l’imagination d’un auteur de thriller ou d’un cinéaste, il a réellement existé! Il faut le replacer, en quelques mots, dans le contexte de l’époque. L’Amérique des années 90 est obsédée par la violence des cultes sataniques, réels ou imaginaires. Au cours de cette période, les rumeurs sur les adorateurs du Diable vont bon train, se multiplier jusqu’à l’hystérie collective. Les médias, avides de sensationnalisme, font circuler des vidéos dites tournées par les adorateurs de Satan. Elles montrent des messes noires où des adolescentes seraient soi-disant violées et des sacrifices rituels des bébés. 

Le contexte dans lequel s’est développé cette hystérie collective est particulier. Outre Atlantique, les adorateurs de Satan ont pignon sur rue à l’instar de ceux de l’Église sataniste d’Anton Sanzdor LaVay. Surnommé « le pape noir », il fonde son église en 1966.

Dès les années 80, des télévangélistes, des Pentecôtistes, fondamentalistes et encore plus surprenant des thérapeutes qui dénoncent sur de simples rumeurs les activités criminelles des satanistes. Même si les cultes étaient glauques et déroutants, les allégations sur les sacrifices humains étaient infondées; ce qui sera confirmé par le FBI. Cette vague d’allégations mensongères sera connue sous le nom de « Satanic Panic » ( littéralement panique satanique). Une dénomination culturelle anglo-saxonne de l’hystérie collective liée au satanisme.

Et un trouble mental, celui du « Rituel Satanique d’abus sexuel » (RSA) fut circonscrit au satanisme! Cet étrange diagnostic « étiquetait » des personnes supposées avoir été violées au cours de messes noires, dont elles seraient totalement amnésiques, et se manifestant par le Trouble dissociatif de l’identité (TDI) – anciennement  TPM Trouble des Personnalités Multiples) suivant les critères du DSM. Ce trouble se caractérise par la présence de deux ou plusieurs personnalités distinctes, les alters qui prennent le contrôle de la personnalité principale, l’hôte. Ce dernier ignore l’existence de ses alters et n’en garde aucun souvenir. Le TDI figure parmi les troubles dissociatifs les plus controversés du DSM (sous toutes ses versions), et ce qu’il faut retenir, et c’est important pour comprendre l’affaire Patricia Burgus, c’est que certains auteurs pointent le fait que le TDI est causé par  les thérapeutes eux-mêmes! Ce sont eux  qui créent des symptômes de TDI via des méthodes à base États Modifiés de conscience (EMC) et de suggestion. Cette croyance implique également que les personnes atteintes de TDI sont plus susceptibles d’être manipulées par les suggestions que d’autres.

Pour poser un diagnostic de SRA, le patient devait répondre à plusieurs critères dont celui d’avoir été violenté par ses parents, membres d’une secte sataniste. Sous la contrainte, avoir participé à des rites sataniques cannibales où l’on sacrifiait des bébés. L’une des particularités du SRA est l’oubli total par la victime de ces viols, l’amnésie traumatique. Et pour faire remonter les souvenirs enfouis des rites sataniques, les médecins et psychothérapeutes utilisaient des méthodes particulières, dont les thérapies de la régression utilisant la suggestion et les EMC.  Sous la conduite du thérapeute qui le met en EMC, le sujet va avoir des flashs, des images ou des bribes de scènes du trauma originel qui sont interprétés comme les souvenirs du trauma.

C’est ce type de prise en charge qui fût proposé à Patricia Burgus par le Dr Bennet Braun! Le bon Dr Braun fit également hospitaliser avec Patricia, ses deux fils, âgés respectivement de quatre et cinq ans. Ses fils, eux aussi, souffraient du Trouble des Multiples Personnalités, et ils alléguèrent que leur mère pratiquait bien un culte 3YoMGf7G46QYyecWT7RyravjozQ-185x278satanique, qu’ils avaient avec elle participé à des rites cannibales où l’on dévorait des bébés encore vivants. Au fil de la thérapie, l’équipe médicale les amena à intégrer le fait qu’ils étaient des « tueurs nés ». Mieux que le film de Roman Polansky, Rosemary’s Baby, non?

Au cours de cette diabolique thérapie, Patricia Burgus fût aussi persuadée par l’équipe médicale d’avoir été une mère incestueuse envers ses fils, d’être l’hôte de trois cent alters, de porter le titre de « princesse satanique » en charge de neuf états et d’avoir pratiqué le cannibalisme sur plus de deux mille cadavres. Le délirant Dr Braun soutint mordicus à la « Princesse Satanique que la viande du hamburger apporté par son mari lors d’une réunion familiale, était en fait d’origine humaine. Au bout de trois ans d’internement, comme l’assurance-santé de Patricia arrivait à son terme et refusait de casquer encore plus, elle fût  enfin autorisée à sortir de l’hôpital. L’assurance avait déboursé pour elle et ses trois fils la coquette somme de 3 millions de dollars.

Est-on surpris d’apprendre que le Dr Braun était un chaud partisan du « Mouvement pour la mémoire retrouvée par la régression». D’autres patients, pour des faits similaires, poursuivirent en justice également le praticien.

C’est d’ailleurs l’affaire la plus célèbre de SRA et Patricia Burgus fut surnommée la « Princesse Satanique ». Patricia Burges obtint 10,6 millions de dollars de dommages et intérêts pour le préjudice causé pour le diagnostic délirant lié aux rituels sataniques. Après l’affaire Patricia Burgus, l’ordre professionnel de l’Illinois raya le Dr Braun du conseil de l’ordre pendant deux ans suivi d’une période de probation de cinq ans.

Si ce genre d’affaires (en plus de la panique satanique) a pu avoir lieu, c’est parce que certains thérapeutes inculquaient à leurs patients la croyance que leur mal-être psychologique avait été causé par un abus sexuel lors d’un enlèvement par des extra-terrestres ou lors de rites sataniques, que cela était du à des vies passées, etc. Dans les années 70/90, la panique satanique, forme d’hystérie collective a aboli le pragmatisme et le bon sens de certains thérapeutes. Ils ont déstabilisé psychologiquement des patients qui se seraient bien passés de les consulter. Des cas judiciaires de SRA ont été répertoriés, démontrant qu’il était possible de falsifier la mémoire des patients et de leur faire croire qu’ils avaient fait des actes innommables en pratiquant avec eux «une thérapie fondée sur la régression».

Les thérapies fondées sur la régression, les plus fréquentes sont l’imagerie guidée, l’hypnose (non médicale), et sont censées faire remémorer les souvenirs d’abus sexuels au cours de messes noires mais aussi d’enlèvements par des extra-terrestres. Ces méthodes utilisant la suggestion via les états modifiés de conscience comme dans  le channeling permettent de contacter les entités invisibles ou de retrouver ses traumas de vies antérieures.

Ces thérapies du New Age basées sur les « expériences subjectives passées » prises pour des vérités ont pu se propager grâce à la lame de fond du New Age. L’un de ses chantres  est la journaliste américaine Marilyn Ferguson, qui avec son best-seller « La Révolution du Verseau » diffusa les principes de base de cette révolution spirituelle. Une nouvelle approche des psychothérapies fut proposée par l’institut d’Esalen en Californie, et les scientifiques du New Age fondèrent le mouvement de la «Gnose de Princeton». Bien loin des règles de « l’Evidence Based Medecine», et en créant d’innombrables dégâts dans la psyché de clients qui leur firent confiance, et en propageant des théories pseudo-scientifiques qui perdurent encore dans le développement personnel.

Ci-dessous la vidéo de l’émission « À la recherche de Satan »

https://youtu.be/qlW9GNb70Xg


Notes: Le mode opératoire lors d’un diagnostic de SRA était le suivant : Dans la plupart des cas répertoriés, les clients suivaient une thérapie (soit individuelle ou de groupe) avec un thérapeute adepte du New Age, et en rupture avec la pratique traditionnelle de la psychiatrie. Le thérapeute adhérait aux croyances spirituelles et  pseudo-scientifiques du New Age. La plupart du temps, ces thérapeutes du New Age n’obtenaient pas l’aval des ordres des professionnels car les méthodes étaient considérées comme expérimentales, et peu fiables.

Certains praticiens étaient diplômés en médecine, et appartenaient à des ordres professionnels qui encadraient tant bien que mal leurs pratiques lorsqu’elles dérapaient. Ainsi pour le Dr Fredrickson, qui pratiquait l’hypnose sur les personnes supposées souffrir de SRA, l’Ordre n’avait pas réussi à faire comprendre aux patients que «l’hypnose peut donner l’impression d’avoir des souvenirs vivaces, qui en fait sont faux mais contribue à renforcer des convictions (d’avoir été abusé) ». (Walter-Singleton, 1999).

https://prezi.com/eaql-z0wy30y/patricia-burgus/

AU SUJET DU LIVRE « SCIENCE ET PSEUDO SCIENCE EN PSYCHOLOGIE CLINIQUE ».

C’est un livre fondamental pour toute personne soucieuse de s’informer judicieusement sur les psychothérapies pseudo scientifiques à partir de la littérature scientifique.

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La pseudo science avance masquée. Nous ne sommes pas toujours critiques face à la multiplication des études qualifiées de scientifiques sur des thèmes à forte connotation idéologique, et publiées dans la presse grand public. Nous les prenons comme des vérités. Ors, beaucoup de ces publications sont de la « Junk Science ».

Depuis plus de trente ans, certaines théories et techniques de psychothérapie prétendent traiter les troubles de la psyché, et ce sans avoir fait la preuve de leur efficacité, de la rigueur scientifique voire de l’éthique. Certaines d’entre-elles ont même aggravé ou déstabilisé psychologiquement des patients qui ont fait confiance à des thérapeutes incompétents. Ces derniers mal formés, parfois malhonnêtes, bref douteux.

Les chapelles ou les courant de psychothérapie, diagnostics basés sur des grilles de lecture ou des théories pseudo scientifiques sont légion. Et comment s’y retrouver dans cette jungle?

L’image mise en avant dans  ce post est celle de la couverture du livre Science and Pseudoscience in Clinical Psychology de Scott O. Lilienfeld, Steven Jay Lynn et Jeffrey M.Lohr. Uniquement disponible en langue anglaise. Fort dommage qu’il ne soit pas traduit en français mais le seul titre est éloquent sur son contenu: la science versus pseudo science en psychologie clinique. C’est un livre fondamental pour les étudiants en médecine,  les étudiants en psychologie, des juristes, des chercheurs et toute personne soucieuse de s’informer judicieusement sur les dérives des psychothérapies à partir de la littérature scientifique.

L’une des particularités de cet ouvrage est d’avoir été répertorié un temps dans la base de données Pubmed/Medline.

Dans cet ouvrage, les rédacteurs et les auteurs-contributeurs représentent divers milieux cliniques et universitaires. Le texte et divisé en 5 sections. Il fait état des controverses dans l’évaluation et le diagnostic les controverses générales en psychothérapie. Aussi dans le traitement des troubles spécifiques chez l’adulte et chez l’enfant également. De nombreux sujets sont abordés, tel que l’autisme, le stress post-traumatique, celui de l’identité dissociative et les antidépresseurs (y compris ceux à base de plantes). Chaque sujet cite la littérature scientifique qui soit confirme, soit réfute chaque méthode de traitement proposé à partir de la littérature scientifique.

Il y a eu deux versions de ce livre. La première date de 2003 (celle répertoriée surdownload-1 Pubmed). Et la seconde de 2013. Je suggère de disposer des deux éditions car certains chapitres de La première version sont différents de la seconde version même si l’esprit est le même. La direction collégiale comme Scott O. Lilienfeld, Steven Jay Lynn et Jeffrey M.Lohr n’a pas changé, mais certains auteurs ne figurent plus dans la deuxième version. Dont l’excellente psychiatre Margaret Thaler Singer, Phd, department of psychologie, state University of New York at Binghammon (NY).

Margaret est l’auteure du livre « Crazy Therapies » qui dénonce les thérapies du New Age qui particpent joyeusement à diffuser la pseudo science en psychiatrie et en psychologie. Livre non plus traduit en français. Elle a voulu introduire dans le DSM (le manuel si honni en France des troubles psychiatriques), le False Memory Syndrome, traduisible en français par les « faux souvenirs induits » causés par des thérapies pseudo scientifiques à base de suggestion et de manipulation de la mémoire. Fausses accusation d’inceste, notamment qui ont amené des pères devant les tribunaux et en prison, tout ceci à cause d’experts-thérapeutes qui avaient falsifié la mémoire de leurs filles.  Dans la première version du livre Science and Pseudoscience, Margaret Thaler Singer a contribué au chapitre 7 intitulé « New Age thérapie ». Malheureusement, malgré sa pugnacité, sa proposition d’inclure le syndrome des faux souvenirs dans le DSM fut rejetée. Elle est décédée en 2003, mais son regard acéré sur les dérives des psychothérapies est toujours d’actualité.

Dans la deuxième version, il y a de nouveaux auteurs qui évoquent également les faux souvenirs est la malléabilité de la mémoire. Dont la psychologue cognitiviste  Élisabeth Loftus, auteure du livre incontournable « Le Syndrome des faux souvenirs, ces psys qui manipulent la mémoire ». Dans cette deuxième version du livre Science and Pseudo science, elle a participé à la co-écriture du chapitre 8 intitulé « Constructing The Past , problematic memory Recovery Techniques in psychothérapy ». Tout un programme!

L’ouvrage « Science and Peudoscience » a reçu l’aval de nombreux professionnels de la santé mentale.

« Il représente une tentative très bienvenue de séparer le blé de l’ivraie dans les pratiques de santé mentale. Cette livre incisif et éclairant doit être amplement lu par les professionnels de la santé mentale, les stagiaires et les médecins qui ont besoin de savoir de quoi il retourne sur les pratiques de santé mentale pour orienter leurs patients.» (Journal de l’Association médicale américaine (la première édition), l’une des revues scientifiques majeures.)

Ou encore « Un livre important. L’accent est mis de plus en plus sur l’évaluation et la thérapie « fondées sur des preuves », mais la science peut être utilisée de manière substantielle ou rhétorique. Ce livre fait un excellent travail en distinguant les deux d’une manière cliniquement pertinente. Ceux qui vendent des thérapies pseudo scientifiques illégitimes à des personnes en détresse violent l’impératif moral de « ne pas faire de mal ». La deuxième édition mise à jour met à jour les principales controverses actuelles et sa liste d’auteurs est impressionnante. Une lecture obligatoire pour les professionnels de la santé comportementale. » (William O’Donohue, Ph.D., Département de psychologie et directeur, Centre de traitement des victimes d’actes criminels, Université du Nevada, Reno)

« Face à des mythes et à des interprétations erronées des pratiques de psychologie clinique, cette deuxième édition transmet des connaissances importantes dans un format accessible. En plus des mises à jour d’experts sur les chapitres existants, il y a plusieurs nouveaux chapitres que je trouve particulièrement précieux. Le chapitre sur la thérapie d’attachement apporte des corrections indispensables aux incompréhensions dangereuses et le chapitre sur la science de la psychothérapie a été largement réécrit, apportant de nouveaux points puissants ( Sherryl H. Goodman, Ph.D., Samuel Candler Dobbs Professeur de psychologie, Université Emory; Éditeur, Journal of Abnormal Psychology )

Ce livre constitue une base de données sérieuses pour toute personne voulant s’informer suivant les règles de « l’Evidence Based Science ».

https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC353046/

 

Vidéo sur les Faux souvenirs:

 

 

 

IVRES PARADIS, BONHEURS HÉROÏQUES!

Le test du marshmallow est une étude de gratification conduite par le psychologue Walter Mischel en 1972. Un bonbon est offert à chaque enfant. S’il résiste à la tentation de le manger tout de suite, il en recevra deux plus tard.

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Dans son essai « Ivres Paradis, Bonheurs héroïques », Boris Cyrulnik théorise la fonction du héros, sa face obscure séduisante, qui peut aussi parfois le transformer en meneur  de groupe totalitaire, « planteur de haine et pourvoyeur du pire. » C’est avec des anecdotes empruntées à l’histoire que Boris Cyrulnik parle de l’héroïsation de ces hommes et de ces femmes tout à fait ordinaires, qui dans certaines circonstances ont une conduite héroïque.  Ce sont les héros de la vie quotidienne. On ne choisit pas d’être un héros, ce sont les circonstances qui s’en chargent, et c’est le récit, le fait d’en parler qui leur donne vie. Sans narration, pas de héros.

Le besoin de s’identifier à des figures héroïques s’explique d’abord par la condition humaine, elle même! La vie est un champ de bataille: « pas d’existence sans épreuves, pas d’affections sans abandon, pas de lien sans déchirure, pas de société sans solitude. » D’où cette tendance dès l’enfance à s’identifier au héros. Une partie du livre évoque la genèse de la figure du héros. Qu’elle soit positive ou obscure, elle se constitue dès l’enfance avec la mémoire et l’anticipation qui définissent le modèle opérateur interne (MIO), concept développé par John Bolwby.

Le MIO est un processus qui définit la représentation du temps. Il permet d’attribuer au présent une connotation de bonheur passé et à venir. Mais il y a son contraire qui est la maltraitance. Si le MIO est basé sur la maltraitance, il sera en attente d’une autre maltraitance. Dans ce cas là, tout n’est pas perdu pour l’avenir. Boris Cyrulnik reste optimiste. Pour ne pas être prisonnier de son passé, il faut du temps pour effacer cette mémoire des évènements douloureux  qui lui ont appris à se conditionner pour le malheur. Pour s’en libérer, il devra apprendre à devenir autonome, inhiber les  réponses réflexes et s’entrainer à juger par lui-même afin d’échapper aux pressions du groupe, qui inhibent le libre-arbitre.

L’auteur cite le test du marshmallow qui montre qu’un enfant peut acquérir très tôt cette forme de liberté qui constitue à freiner ses impulsions. Le test du marshmallow est une étude de gratification conduite par le psychologue Walter Mischel en 1972. Un bonbon est offert à chaque enfant. S’il résiste à la tentation de le manger tout de suite, il en recevra deux plus tard. Apprendre  à ne pas répondre à une stimulation immédiate est le premier degré du libre-arbitre. Cette observation expérimentale démonte que le cerveau est sculpté par le milieu, et est entraîné à fonctionner sur des modes différents. On peut dépasser le fatum. Mais la vulnérabilité acquise est résiliable.

Avec Boris Cyrulnik, le vulgarisateur de la résilience, l’espoir est toujours présent pour changer le cours de la vie. Il y a un processus culturel qui mène à l’altéricide. Le besoin du héros est un indicateur de la défaillance de l’individu dans le groupe. Il faut apprendre à résister aux épidémies de croyances ou émotionnelles. L’un des exemples cité par l’auteur est le Maccarthisme. Plus l’émotion est intense, plus elle obscurcit la raison et plus l’individu se soumet à des représentations  coupées de la réalité. La soumission a des avantages: « quand on suit le courant, on n’a que des amis, on éprouve la vertueuse colère des indignés au nom de la moralité, on élimine les dissidents, et quant au blasphème, on met à mort les mécréants. Mais qui sont ces Héros ou d’ailleurs ces Héroïnes qui peuvent servir d’exemple? Identifier des personnalités, des actes comme héroïques permet-il la résilience?

Tout simplement, ces héros sont des hommes ou des femmes qui ont su dire « Non ». Boris Cyrulnik évoque l’histoire de Germaine Tillion download. Elle n’a pas agi pour être héroïne, ce sont les récits qui l’ont lui ont attribué le statut d’héroïne. La mort du héros est une promotion, une offrande au groupe, une conséquence presque divine. Boris Cyrulnik réfute le terme d’attentat-suicide, pour lui, c’est une mort consacrée, un hymne après la mort.Vivre en société implique de renoncer à une part de soi. Des coutumes jugées barbares peuvent être morales dans certaines civilisations. Comme dans le cas de l’immolation aztèque où des enfants étaient offerts en sacrifice aux dieux. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, ces enfants étaient aimés et non détestés. L’auteur fait un parallèle entre l’immolation des Aztèques et la bataille de Verdun. Les deux sacrifices possèdent la même fonction psychologique qui est celle d’accepter la mise à mort des quelques éléments afin que le groupe aille mieux.

Boris Cyrulnik évoque les conflits modernes où les civils et les enfants meurent plus que les soldats contrairement aux guerres précédentes. D’où ce sentiment d’impuissance. Il parle aussi de la contagion des idées à travers l’exemple du suicide. La contagion des idées est nette pour le suicide. Quand une personnalité se suicide, on note un pic de suicide dans les jours qui suivent. À fortiori, lorsqu’il s’agit d’une femme. Si l’héroïsation est possible, c’est que le réel est si atroce qu’il devient nécessaire que toute représentation soit métamorphosée, autrement, il serait insupportable.

L’idéal ne se conduit plus au fond de soi pour réparer une blessure et reconquérir une place dans la société comme le ferait un processus de résilience. L’idéal est hors de soi, dans la doxa qui gouverne les masses.Le héros peut devenir l’étendard des idéologies extrêmes. Dans toute population, il y a un contingent d’individus peu émotifs dont l’attachement est évitant.  L’obéissance cesse d’être un facteur d’adaptation.

Le recrutement d’un terroriste est chose aisée! Une simple campagne publicitaire sur les réseaux sociaux! De même qu’il y a des épidémies de suicide, il y a des épidémies d’assassinats mystiques et idéologiques. L’individu flottant sans liberté intérieure est susceptible de succomber dans des idéologies extrêmes. Que le cerveau soit altéré par une maladie ou par un appauvrissement du milieu culturel, les effets relationnels sont les mêmes. Le marketing politique emporte la conviction en inscrivant dans la mémoire une image et quelques mots qui pétrifient la pensée.

En guise de conclusion, quelques extraits de « Ivres paradis, bonheurs héroïques »:

« Quand les représentations sociales apportent de tels bénéfices tragiques, les adaptations sont claires.-Si vous voulez être heureux, sans vous poser de questions, chantez avec le chœur, soumettez vous.-Si vous préférez devenir vous-même, rebellez vous, vous paierez plus tard»

Et si notre société avait tout simplement besoin de faire un acte de résilience collective?

https://www.youtube.com/watch?v=cwyAYplxLng&w=560&h=315%5DSource: http://bibliobs.nouvelobs.com/idees/20160413.OBS8458/boris-cyrulnik-et-c-est-ainsi-qu-on-fabrique-des-gogos-armes.htmlhttps://books.google.fr/booksid=BZUoDAAAQBAJ&pg=PT410&lpg=PT410&dq=MIO+neurosciences&source=bl&ots=oKeebhTzor&sig=mXwTSM6GzomLtOJUxjZhojBa8PA&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwiqsd229cfNAhVB1BoKHWZQBbwQ6AEILDAC#v=onepage&q=MIO%20neurosciences&f=falseTest du Marshmallow

 Test du Marshmallow