SURDOUÉ OU ZÈBRE?

L’intellect et l’émotion se mêlent dans une population particulière de surdoués appelés les zèbres.

 

Qui n’a pas été tenté sur les réseaux sociaux de remplir ces tests gratuits et ludiques évaluant l’intelligence? Ils sont plus ou moins fiables et s’adressent au plus grand nombre!
 
L’intelligence est incontestablement au sommet du modèle hiérarchique des capacités cognitives qui comprend un niveau moyen de facteurs de groupe tels que les domaines cognitifs, des aptitudes verbales, spatiales et de la mémoire. Le noyau de l’intelligence est cette capacité à raisonner, à planifier, à résoudre des problèmes, à appréhender des idées complexes, à apprendre rapidement et être capable de tirer les leçons de l’expérience.
Il peut y avoir des adultes à haut potentiel, et avec des intelligences spécifiques incapables de répondre à ce genre de test ou plutôt de quizz vite fait que l’on peut charger sur son smartphone ou sa tablette, histoire de faire passer le temps dans une rame de métro bondé!
 
Et passer des tests d’intelligence n’est-il pas quelque part un dispositif de servitude volontaire comme le soulignait La Boétie? Inutile de rappeler, que seuls les tests agréés chez un psychologue permettent d’obtenir un résultat fiable. Le psychologue a un diplôme universitaire et a suivi une formation sur les tests s’il veut se spécialiser en psychométrie.

Le premier vrai test de QI ou échelle métrique d’intelligence a été mis au point en 1904 par Alfred Binet (1857-1911) et Théodore Simon (1873-1961) à l’instigation du ministère français de l’éducation. La mission de ces deux psychologues était de développer un test pour différencier les enfants qui présente une insuffisance intellectuelle de ceux qui était simplement paresseux. Évidemment, c’était une autre époque avec une autre conception de l’enfant et de son éducation. Le test Binet a été traduit en plusieurs langues, et dans les années 70, on  a utilisé le Stanford Binet mis au point en 1916 par le psychologue américain Lewis Terman qui s’est inspiré amplement de l’échelle de Binet. Il existe aujourd’hui de nombreux tests aux acronymes comprenant des épreuves verbales et des épreuves cognitives, s’adressant soit à l’enfant soit à l’adulte (le WAIS, le WAIS-R, la NEMI, le  test de Cattel, etc… ). Mais il ne faut pas aussi se focaliser sur les mesures du QI. Le QI ne fait pas tout.

Et aujourd’hui, d’aucuns affirment qu’il y aurai un recul du Quotient intellectuel via l’effet Flynn. Les causes les plus vulgarisées de la baisse du QI sont le déclin de l’éducation, la possibilité que les gens les plus intelligents fassent moins d’enfants ou encore l’accélération de nos modes de vie. À partir des années 90, les médias vont s’intéresser au quotient émotionnel développé dans le best-seller de Daniel Goleman « Emotional Intelligence « . Ce concept flou au départ  va devenir une piste prometteuse pour de nombreux chercheurs et pour la psychologie. Jusque là, on estimait que le Q.I était le garant d’une réussite sociale pour celui qui avait explosé les scores des échelles métriques de QI. L’intelligence émotionnelle attire de nombreuses critiques de la part des scientifiques; ils estiment que pour un grand nombre, elle représente une qualité qui ne peut être mesurée par un test de Q.I, par exemple la motivation, la confiance, l’optimisme ou le bon caractère. Il y a manifestement aujourd’hui  une prise en compte des émotions dans la préhension de la psychologie de l’individu.

De plus en plus, on se situe dans une perspective cognitiviste avec un ancrage neurobiologique. Même s’il n’existe pas au sans strict senso un gène de l’intelligence, l’on sait, à l’âge adulte, 60 à 80% serait liée à la génétique. Une récente découverte parle de 40 gènes identifiés mais l’environnement serait bien plus fort que la génétique. 

L’intellect et l’émotion se mêlent dans une population particulière de surdoués appelés les zèbres. Le mythe du surdoué hyper-performant et sur-avantagés est décrit avec brio par la psychologue clinicienne Jeanne Siaud-Facchin dans son livre « Trop  intelligent pour être heureux? « .
Il y a une polémique autour du terme zèbre quand il s’agit d’une comparaison subjective entre les caractéristiques des membres de la Mensa (club élitiste qui regroupe les personnes au fort QI), et les membres du forum Zebra Crossing.
Les membres de la Mensa sont sélectionnés par un test de Q.I démontrant que leur intelligence se situe dans les 2 %  au sommet de la courbe ; les membres du zebra crossing sont a priori des personnes qui se reconnaissent dans la définition de la psychologue Jeanne Siaud-Facchin dans son livre Trop intelligent pour être heureux? 

Pourquoi ne reprendre quelques extraits du blog d’un zèbre pour lire entre les lignes son état d’esprit?  Certains de ses propos recoupent ceux qui ont été dits précédemment.
« Le terme de zèbre est un mot poétique et imagé visant tout simplement à remplacer les usuels :

– surdoué (néologisme employé pour la première fois en 1946 par le neuropsychiatre espagnol Julian de Ajuriaguerra)

– doué(souvent préféré à « surdoué », le « sur » véhiculant de fait une notion de supériorité dérangeante)
– EIP (Enfant Intellectuellement Précoce, terme très trompeur, mais qui a la faveur des autorités françaises, sans aucun doute car très politiquement correct. C’est donc celui retenu pour les rapports & notes de l’Education Nationale, les textes de loi)
– précoce
– intellectuellement précoce
– HP(à Haut Potentiel)
– HPI(à Haut Potentiel Intellectuel)
– HQI(Haut Quotient Intellectuel)
– THQI(Très Haut Quotient Intellectuel, se rapporte généralement aux gens ayant un QI à partir de 145)
– sentinelle(terme inventé par Olivier REVOL)
– APIE(Atypique Personne dans l’Intelligence et l’Emotion, selon le terme inventé par Jean-François LAURENT)
– HN(Hors Norme)
– surefficient intellectuel (ou également surefficient mental)
 
Autant de mots pour ne décrire qu’un seul état, tous convergeant vers une même notion : la désignation d’un personne surdouée (qu’elle soit enfant ou adulte). Mais ces mots sont souvent pesants tant ils sont lourds d’idées reçues
 
Ils mettent d’autant plus mal à l’aise qu’ils ne contribuent pas à comprendre de quoi il est question en réalité, bien au contraire. Chacun de ces mot renvoie en effet inévitablement, dans l’esprit commun, à de faux-semblants & des préjugés dont il est par la suite très difficile de s’extirper.
Par ailleurs, mots que les surdoués eux mêmes, n’aiment généralement pas employer pour parler de leur propre condition. Car teintés d’une présomption de sentiment supériorité, de réussite acquise mise en avant, d’élitisme. Ils sont généralement synonymes de grande prétention, & si souvent à l’origine d’énormes malentendus
Ce mot, « zèbre », a été trouvé au début des années 2000 par la psychologue française Jeanne SIAUD-FACCHIN, spécialiste du surdouement, qui s’est beaucoup investie dans ce domaine depuis plusieurs années.
Elle est notamment l’auteure de deux excellents ouvrages de vulgarisation sur ce thème.
 
Il s’agit ainsi d’un terme de substitution ayant pour objectif d’adoucir la manière d’envisager ces personnes présentant une différence par rapport à la majorité de la population. En tentant de remplacer (& donc, d’éviter d’emblée) les mots équivoques, le but était de réduire, voire d’anéantir (  ), les incompréhensions habituelles liées aux termes classiques de « surdoué » ou « précoce ».
 
J. Siaud-Facchin écrit à ce propos dans son 1er ouvrage (« L’enfant surdoué : l’aider à grandir, l’aider à réussir« , réédité & réactualisé en 2012) :
 Et dans celui qu’elle consacre aux adultes surdoués (« Trop intelligent pour être heureux ? L’adulte surdoué« ) :
 
Le zèbre, cet animal différent, cet équidé qui est le seul que l’homme ne peut apprivoiser, qui se distingue nettement des autres dans la savane tout en utilisant ses rayures pour se dissimuler, qui a besoin des autres pour vivre et prend un soin très important de ses petits, qui est tellement différent tout en étant pareil. Et puis, comme nos empreintes digitales, les rayures des zèbres sont uniques et leur permettre de se reconnaître entre eux. Chaque zèbre est différent.
Je continuerai à défendre tous ces gens « rayés » comme si ces rayures évoquaient aussi des coups de griffe que la vie peut leur donner. Je continuerai à leur expliquer que leurs rayures sont aussi de formidables particularités qui peuvent les sauver d’un grand nombre de pièges et de dangers. Qu’elles sont magnifiques et qu’ils peuvent en être fiers. Sereinement.
 
Un zèbre est donc un surdoué, tout simplement. Ce n’est rien de plus, rien d’autre, rien « au dessus » ou « au delà » du surdoué tel qu’il est défini classiquement en psychologie 
A savoir :
– un QI généralement supérieur à 130 sur l’échelle de Weschler – mais pas toujours
– une personnalité atypique
– un mode de pensée singulier (avec par exemple, une pensée dite « en arborescence »… mais pas que !)
 
Le tout, bien sûr, validé par un bilan psychométrique réalisé par un psychologue spécialisé & maitrisant les outils & l’analyse des différentes tests !
 
Il est important de redire combien seul un bilan & l’avis d’un spécialiste peuvent attester ou non d’un surdouement. Se penser zèbre n’est pas toujours être zèbre ! De même (chose très fréquente…), se sentir nul n’est pas toujours être idiot »

Sources:

http://les-tribulations-dun-petit-zebre.com/2009/07/11/pourquoi-le-nom-de-zebre/

http://www.zebras-crossing.org/doku.php?id=articles:zebre

 









	

LE BONHEUR, SI JE VEUX!

il faut accepter que le bonheur n’aille pas en crescendo. Penser le contraire est une pure chimère!

Le bonheur, c’est vraiment le Graal de la psyché. Si vous voulez être heureux, allez vivre au Bhoutan réputé comme le « pays du bonheur immédiat »avec son indicateur de richesse: le bonheur national brut.

Comment définir le bonheur? Pour Le Petit Robert, le bonheur est un état de la conscience pleinement satisfait avec comme synonymes le bien-être, le plaisir, le contentement, l’euphorie et l’extase.

Les sciences humaines listent certains facteurs qui déterminent cette sensation de bien-être, et elle n’est pas exhaustive:
-La santé car il n’y a pas de bien-être psychologique sans bien-être physique. L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) décrit la santé comme un état complet de bien-être physique et social, et  qui n’est pas seulement une absence de maladie ou d’infirmité.

-La qualité des relations nouées avec les autres est essentielle. Nous sommes des animaux sociaux, et nous avons  besoin de nourritures affectives.
-L’activité professionnelle est aussi un gage d’épanouissement  personnel, et ce malgré tout ce qui se dit sur la souffrance au travail. On constate qu’à l’heure actuelle où le taux de chômage est très élevé, le nombre de dépressions et de suicides est en nette augmentation. Le travail est un facteur de lien social.
-L’argent est une condition propice au bien-être. Il y a de nombreuses études sur les relations entre le niveau de revenus (la richesse) et le bien-être. Elles démontrent que la la précarité (se référer au chômage et sa perte de revenus) ne prédispose pas au bonheur. Par contre, le bonheur n’augmente pas en fonction d’un certain niveau de revenus.
– L’âge entrerait en ligne de compte sans qu’on puisse l’expliquer. On est heureux en général à 20 ans, moins à 40 ans pour finalement se sentir heureux à partir de 60 ans. Alors, n’ayons pas peur de vieillir avec sérénité!
La revue Sciences Humaines dans son article « Les leçons de la science du bonheur, » cite la  religion comme une source de bonheur. Le sujet de la religion est délicat car mal compris, on serait tenté de penser que les non croyants et les non pratiquants ne seront pas heureux. Vraiment? Peut-être est-il plus judicieux d’évoquer certaines valeurs morales encouragées dans la spiritualité (au sens large) comme l’altruisme, la gratitude et la compassion à l’instar  des émotions positives qui renforcent cet état de bonheur. Sous réserve que l’environnement et les relations aux autres soit propices au développement des ces qualités sans moraline.
 

Le  bonheur ou l’état de bien-être ( ou ses équivalents) est étudié dans certains courants de la psychologie. Comme dans l’approche humaniste fondée sur une vision positive de l’être humain. Elle propose aux patients de relancer sa tendance auto-innée à s’auto-actualiser (résilience), rechercher une croissance psychologique et à développer son potentiel. Elle est appelée la troisième force comparée à la psychanalyse et au comportementalisme. Elle est apparue, à partir des années 40, avec Abraham Maslow rendu célèbre par sa pyramide des besoins, devenue un grand classique des sciences humaines. Sa pensée mérite d’être étudiée même si certains des ses héritiers ont dévoyé sa pensée.

 
Le courant humaniste est lié au mouvement du potentiel humain. Ce mouvement part du principe que les problèmes individuels sont liés à la société  ou à l’environnement; une société qui fait des individus des victimes. Et les maladies étant causées par la société.
Cette démarche est intéressante. Malheureusement, ce courant est souvent dévoyé. Car pour remédier à cette victimisation sociétale, il incombe à l’individu de développer le potentiel qui est en lui, comme par magie, en développant tout simplement la pensée magique au détriment de la pensée rationnelle. Sur un ton caustique, deux psychologues sceptiques, Margaret Singer et Lalich  dans la première version de l’ouvrage Science and ¨Pseudo Science en psychologie clinique ont résumé l’esprit des aberrations de ce courant: « aussi longtemps que nous pouvons trouver quelqu’un à blâmer, nous pouvons changer ».
 
Un autre courant, très voisin du courant humaniste, est la psychologie positiviste lancée en 1998. Elle se construit par des recherches  scientifiques évaluées par des pairs. C’est dans ce courant que l’on trouve la science du bonheur. La psychologie positiviste a comme point commun avec le courant humaniste de centrer son intérêt sur l’équilibre mental, les forces, le développement optimal et l’épanouissement humain. La psychologie positiviste a tenté de se démarquer en ignorant les travaux humanistes, en s’appuyant sur l’épistémologie et en recourant aux méthodes  qualitatives.
 
Malgré ces différences très difficiles à cerner, la psychologie positiviste et le courant humaniste ont souvent une connotation New Age dans leurs dérives. Il y a notamment cette volonté avec certains charlatans de changer la personnalité de base, d’inculquer chez leurs patients de nouvelles croyances psycho-spirituelles; axées sur le développement de l’âme, afin de faire accéder au bien être. Elles zappent les troubles de la psyché de l’ordre de la psychopathologie (ou de la névrose). Modification radicale de la personnalité d’origine, sans anamnèse, avec promesse illusoire d’accéder au bonheur, en s’appuyant uniquement sur la pensée positive et l’emprise mentale.
 
Loin du charlatanisme, la psychologie positiviste et le courant humaniste sont des approches intéressantes. Elles intègrent la psychologie clinique. Comme leader du courant humaniste, on trouve Carl Rogers (1902/1987). Concernant la psychologie positiviste, on trouve Christophe André. Il est psychiatre à l’hôpital Saint-Anne et dirige une unité spécialisée dans le traitement de l’anxiété et des phobies. Sa pratique de la psychologie positiviste inclut les TCC (Thérapies Cognitives et Comportementales). Même s’il est connu du grand public comme le « spécialiste du bonheur » ( entre guillemets), sa pratique se centre principalement autour de la prévention de l’anxiété et de la dépression. Troubles de la psyché qui n’engendrent pas la sérénité et le bonheur; les causes en sont multifactorielles.

La psychologie humaniste et positiviste sont souvent confondues dans l’esprit du grand public avec la pensée positive. Celle-ci repose sur des ouvrages populaires qui ne sont pas écrits par des spécialistes de la santé mentale-psychologues, psychiatres ou médecin- qui s’ils ne sont pas des gourous deviennent des maîtres à penser qui influencent leurs lecteurs en leur faisant croire, que le bonheur le bien-être, le succès et toutes les bonnes choses de la vie arrivent d’un coup de baguette magique. La pensée irrationnelle dans toute sa splendeur! L’un des best-sellers de la pensée positive est le livre d’un pasteur protestant, Norman Vincent Peale, La Puissance de la pensée positive (1952). La pensée positive, c’est aussi la méthode Coué, une prophétie auto réalisatrice fondée sur la suggestion et l’auto-hypnose.

L’état de bonheur permanent n’existe pas. Il faut avant tout arrêter de se gâcher la vie, et ne pas « laisser trop d’espace au malheur, faire face aux soucis quotidiens…Le bonheur c’est le bien-être + la conscience.» (Christophe André).
La tyrannie de l’attitude positive est destructrice. Si l’optimisme est à encourager, il faut aussi une pincée de pessimisme modéré. C’est nécessaire car le pessimisme, est « un facteur potentiel de préparation à l’action qui participe également au bien-être psychologique lorsque les personnes ont mis en œuvre les moyens d’action utiles pour éviter l’apparition d’un événement négatif.» (Jacques Lecomte).
 
L’état de bien-être recherché dans la « science du bonheur » n’est pas le sentiment océanique.  Expression utilisée par Romain Rolland et repris par Freud, dans Malaise dans la civilisation. Freud le  décrit comme une sensation d’éternité ou un sentiment de quelque chose d’illimité et d’infini. Il s’interrogeait sur l’émotion religieuse, et contrairement àRomain Rolland, il l’a décrite comme une vue intellectuelle associée un élément affectif. Le sentiment océanique est un vague souvenir de la fusion symbiotique avec la mère. On trouve un aspect négatif du sentiment océanique dans un contexte sectaire. Le sujet a l’impression d’être englobé dans un grand tout cosmique, après avoir perdu tout esprit critique et son libre arbitre, s’identifiant massivement au gourou  et au groupe et régressant vers des vécus archaïques.
 
Mais comment le bonheur se manifeste-t-il ? La théorie du flow de Mihalyi Csikszentmihaly postule que l’on est le plus heureux lorsqu’on est absorbé dans une activité, qui procure à la fois maîtrise et plaisir.

il faut accepter que le bonheur n’aille pas en crescendo,  et le penser serait une pure illusion! Une pure chimère et un déni de la réalité rattrapé par les soucis de la vie quotidienne!

 

L’idéaliser sous forme de croyance serait une pure illusion et un déni de la réalité.

Peut-on imaginer son bonheur futur à partir de ce qui nous fait plaisir aujourd’hui? Ce ne serait pas le cas selon Daniel Todd Gilbert (Université de Harvard)! Le cerveau ferait de graves erreurs de perception lorsqu’il tente d’imaginer son futur bonheur. L’une des illusions d’optique dans l’approche du bonheur est que rien ne garantit que ce qui nous fait plaisir aujourd’hui nous rendra heureux demain. Alors, il faut accepter l’imprévu et le changement, et vivre l’instant présent du bonheur.

Certains neuro-scientifiques affirment que le bonheur est dans les gènes. On naîtrait avec « un niveau de bonheur de base » vers lequel on revient toujours, comme après un échec et comme après un succès.

Même si l’on a hérité d’un faible niveau d’aptitude au bonheur, il est toujours possible d’élaborer des stratégies pour l’augmenter. Il convient d’être circonspect vis  à vis de cette forme de déterminisme génétique appliquée aux neurosciences. Une étude américano-britannique publiée en avril 2013 par Nature Reviews Neuroscience émet des doutes sur les protocoles et études neuro-scientifiques. Elle observe des négligences méthodologiques sur la taille des échantillons. La tentation du cherry picking, cette pratique qui consiste à sélectionner les résultats pour les arranger est grande. Alors pour le bonheur, il faut être circonspect même si on sait qu’il y quatre neuromédiateurs du bonheur qui interagissent dans notre cerveau: la sérotonine (un antidépresseur), les endorphines (hormones du bonheur),  les endomorphines (les sensations agréables) et la dopamine (neuromédiateur du plaisir).

Le bonheur est finalement une philosophie et une alchimie personnelle. C’est trouver les clés en soi. Selon Sénèque, « la vie heureuse est, celle qui est en accord avec sa propre nature. » C’est tout simplement  apprécier les moments agréables, les partager avec autrui pour renforcer cet état de bien-être.

Et accepter que « nous sommes des intermittents du bonheur, et ce dernier ne fera tout au long de notre vie, qu’apparaître et disparaître. « (Christophe André)

Vidéo

ÉLISABETH KUBLER-ROSS, UNE PIONNIÈRE DE LA THANATOLOGIE!

Elle a brisé l’omerta autour de la mort en développant les soins palliatifs et cette nouvelle philosophie qui fait le fondement de la thanatologie moderne.

image003.jpg
Élisabeth Kubler-Ross et ses soeurs

La naissance et la mort sont les deux extrêmes de la vie, et avec l’allongement de l’espérance de vie grâce aux progrès de la médecine, la grande faucheuse a disparu de notre imaginaire collectif. Nous vivons dans un esprit d’immortalité tant que notre santé est excellente! Ce n’était pas le cas au Moyen Age où la mort était omniprésente, et rappelée par des représentations sur les murs des églises et dans les cimetières de la danse macabre, une sarabande qui mêle morts et vivants indistinctement du statut social, pour leur rappeler qu’ils ne sont pas immortels. Et dans la mythologie grecque, Thanatos personnifiait la mo rt, et il était également le frère jumeau d’Hypnos, la personnification du sommeil, et de Moros, la fatalité.

Aujourd’hui, le symbolisme qui entourait la mort a disparu au profit de la médicalisation de la fin de vie que les lois encadrent. Il existe une discipline méconnue qui est celle de la thanatologie. En 1994, Louis-Vincent Thomas, professeur d’anthropologie à la Sorbonne avait souligné que la thanatologie était d’abord et avant tout une réflexion anthropologique approfondie qui concerne la totalité de la vie, la totalité du fait humain, la totalité même de la culture.
L’une des pionnières de la thanatologie est Élisabeth Kubler-Ross. Ses nombreux ouvrages sur l’acte de mourir ont tous connu un succès planétaire, jusqu’à parfois être aujourd’hui dévoyés par l’idéologie new age. En 1999, le Times Magazine a consacré Elisabeth Kubler-Ross comme l’une des cent personnalités qui a influencé le vingtième siècle. Son best-seller « Les Derniers instants de la vie » (publié en 1969) a bouleversé les mentalités sur la mort. Elle décrypte dans cet ouvrage les cinq stades qui précèdent l’acte de mourir et qui présentent des similarités avec ceux de la phase de deuil.

Cette femme d’exception, née à Zurich le 8 juillet 1926, est la dernière d’une fratrie de triplettes. Elle quitta son pays natal pour les États-Unis en 1958 pour y suivre son mari, Robert Ross, surnommé Manny, qu’elle avait rencontré en Suisse au cours de ses études de médecine. Pendant les années 1960, elle devient médecin-résident de l’hôpital Glen au Community Hospital de Glenn Cove à Baltimore (Maryland) sous la direction de Francis X. Moore. Le Dr Moore par son humanisme a marqué l’esprit des résidents de l’époque et Élisabeth Kubler-Ross.

La vocation d’Elisabeth Kubler-Ross pour l’accompagnement prise des « personnes en fin de vie » est émaillée de faits marquants. En 1945, elle devient membre du Service International pour la Paix et dans ce cadre, elle  va visiter le camp de concentration de Majdanek.  Elle va découvrir sur les murs les dessins des prisonniers qui y ont passé leurs dernières heures. Ce sont des papillons noirs. Elle va les interpréter comme le symbole de la transformation que l’être humain vit au moment de la mort, et qui doit être perçue comme une étape de croissance de l’être humain que l’on ne connaît que lorsqu’on meurt.

thanatos
Thanatos, dieu grec de la mort

Dans les années 1970, le Dr. Kubler-Ross est considérée comme le chef de file de la thanatologie. Elle va animer des ateliers un peu partout dans le monde sur l’accompagnement aux mourants. C’est la pleine époque de la contre-culture où la science côtoie le New Age, et cette époque charnière a probablement favorisé la popularité d’Elisabeth Kubler-Ross. Cette femme d’exception a toujours été animée par le souffle de révolutionner l’aide aux autres. En 1981, elle achète une ferme de 300 acres en Virginie, le Head Waters pour y créer un centre de médecine alternative, le Healing Waters.

Elle va prendre en charge les nouveau-nés atteints du SIDA qu’aucune équipe médicale ne voulait assister. Avec l’apparition du virus HIV, la mort était omniprésente plus qu’avec d’autres maladies, et assimilé à l’incurabilité comme le cancer. C’était en l’état des connaissances scientifiques de l’époque, et d’aujourd’hui, le regard de la société et les traitements du Sida ont changé.

Personnalité hors du commun, Elisabeth Kubler-Ross a délibérément tourné le dos à la pratique médicale qu’on lui avait enseigné au cours des ses études afin de soigner différemment. Elle a brisé l’omerta autour de la mort en développant les soins palliatifs et cette nouvelle philosophie qui fait le fondement de la thanatologie moderne. Outre-Atlantique, elle est pour de nombreux médecins l’une des instigatrices du mouvement des hospices modernes qui démarra après la deuxième guerre mondiale. 
Elisabeth Kubler-Ross a contribué à l’instauration des « intentions de fin de vie » (living will). Elles se présentent sous la forme d’un document légal qui permet à chacun de ceux qui le souhaite de faire connaître ses volontés en matière de prise en charge thérapeutique, et notamment lors de la phase terminale et faire part de ses volontés si jamais il était plongé dans un état végétatif. Ce document requiert un certificat du médecin référent et l’avis d’un autre médecin sur l’état du patient en fin de vie. Les intentions de fin de vie sont seulement consultées lorsque le patient n’est plus en état de faire connaître ses dernières volontés.
Après un incendie qui détruisit sa ferme et de sérieux ennuis de santé, Elisabeth Kubler-Ross déménagera à Scottsdale (Arizona) en 1995 près de son fils Kenneth et elle y prendra sa retraite. Elle décédera le 24 août 2004. Sur son monument funéraire est inscrite cette superbe épitaphe : « Diplômée pour danser avec les Galaxies.»
Que reste-t-il aujourd’hui de l’héritage d’Elisabeth Kubler Ross?
Lorsqu’on consulte les sites qui parlent d’elle, on est en droit de s’interroger. Il y a un fossé entre les sites certifiés Hon et HAS sur le soins palliatifs et ceux voués à la mémoire d’Elisabeth Kubler-Ross. Chez ces derniers, la nouvelle spiritualité et la biographie légendaire l’emportent nettement sur le nouveau regard porté sur l’accompagnement des mourants qu’elle a su transmettre et qui fait le fondement de la thanatologie moderne, et correspond au concept de soins palliatifs formalisé par l’O.M.S (Organisation Mondiale de la Santé).
La vocation d’Elisabeth Kubler-Ross d’accompagner les personnes en fin de vie lui serait venue après une EMI ( État de Mort Imminent). Peu importe qu’elle l’ait vécu ou que ce soit une légende, que cela ait bouleversé son regard sur la mort, et ensuite orienté son choix de vie, c’est une affaire personnelle qui n’entre pas en ligne de compte pour pouvoir accompagner les personnes en fin de vie.

Si la pensée d’Elisabeth Kubler-Ross est dévoyée par le New Age,  son héritage est celui d’un médecin qui a levé le tabou de la mort. Elle a su se détourner détourné de la médecine scientiste de ses confrères pour innover dans la prise en charge des personnes en fin de vie.
Note :Au début de l’année prochaine, la révision de la loi en bioéthique rouvrira le dossier sensible qui oppose les partisans de l’euthanasie et ceux favorables au « laisser-mourir »sans acharnement thérapeutique inscrit dans la loi Léonetti. En juillet 2013, le Centre national d’éthique publie son rapport contre la légalisation de l’euthanasie. « Le Comité souhaite que les « directives anticipées » de fin de vie émises par un patient atteint d’une maladie grave, rédigées en présence d’un médecin traitant, deviennent « contraignantes pour les soignants sauf exception dûment justifiée par écrit ». A l’heure actuelle, malgré leur nom de « directives », la loi ne les considère que comme des « souhaits », les décisions étant prises par les médecins.» Cette sémantique fait abstraction des croyances des patients et des soignants. Le terme croyance correspond à des réalités distinctes, et il existe plusieurs types de réalités distinctes qui vont de la simple opinion à l’irrationalité en passant par l’émotionnel. La fin de vie n’échappe pas aux croyances, et il y a toujours une part d’irrationalité car nous avons du mal à conceptualiser notre propre inexistance psychologique, en dehors de la spiritualité et des croyances religieuses d’une vie après la mort.

PRINCIPE DU « PRIMUM NON NOCERE »DANS LES PSEUDO-SCIENCES!

Le » Primum non Nocere » est la règle de base pour tout soignant.

d38fc5d7a9cb2cbaa6bff9dbaa559432
Un récent sondage IFOP indique que 34% des Français estiment avoir une culture scientifique lacunaire, contrairement aux allemands et aux anglais. Toujours dans ce sondage, 56 % des Français estiment que la science ne tient pas suffisamment de place dans les débats de société. Gaston Bachelard disait que « la culture scientifique demande un effort de la pensée». C’est incontestable mais faut-il aussi que le grand public puisse accéder à des articles de vulgarisation de qualité. Les connaissances scientifiques lacunaires montrent qu’il ne s’agit pas d’une ignorance totale de la science, mais d’une capacité globale à s’informer, trier les messages (parfois contradictoires), afin de se forger une conscience et une opinion sur les interrogations de la science. La science évolue constamment, elle n’est pas figée.

L’un des principaux dangers qui guette les personnes qui ont une culture scientifique lacunaire est d’ouvrir la porte à la désinformation scientifique. Force est de constater que le discours pseudo-scientifique est parfois plus convaincant et ludique que l’information scientifique taxée parfois de rigide et inhumaine. Ne vous rétorque-t-on pas alors comme un mantra (ces propos de Michel Montaigne) « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme» !

Très souvent, la frontière entre la science et la pseudo-science est ténue pour le grand public. La médecine, la psychologie avec ses théories et méthodes sont les grands terrains de prédilection du pseudo-scientisme. Souvent la marque de fabrique des charlatans qui ont l’art de pratiquer un jeu de dupes envers autrui, en déformant la réalité par des biais cognitifs, des falsifications afin d’obtenir la confiance d’autrui, en vue de lui soutirer de l’argent ou de le mettre sous influence à des fins de manipulation.
De reconnaître que la définition du charlatan est souvent imprécise, et un professionnel peut toujours être le charlatan de quelqu’un s’il pratique une méthode peu consensuelle. Très souvent, lorsqu’on parle de charlatanisme, il s’agit du rejet de toute autre méthode que celle dite conventionnelle.

 

Le charlatanisme et les pseudo-thérapeutes sont souvent présentes dans les médecines parallèles (dites douces ou bien encore alternatives). Le tout regroupé sous une novlangue séduisante comme le bien-être, le développement personnel et la psychothérapie. Mais cela ne veut pas dire qu’il faille rejeter toutes ces médecines. L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a lancé un deuxième plan stratégique en 2014 pour assurer le développement de ces formes de médecine.  L’OMS comptabilise pas moins de 400 médecines complémentaires. Comme il l’est écrit noir sur blanc sur le site de l’OMS: « Dans ce large panel, en France par exemple, l’ordre des médecins reconnaît quatre pratiques: l’homéopathie, l’acupuncture, la mésothérapie et l’ostéopathie. Le code de la santé publique précise que « les médecins ne peuvent proposer aux malades ou à leur entourage comme salutaire ou sans danger un remède ou un procédé illusoire ou insuffisamment éprouvé ».

Hors ces disciplines listées par l’OMS si elles sont encadrées correctement, force est de constater que le champ de la santé est frappé de plein fouet par les pseudo sciences et ses pratiques douteuses. Aujourd’hui, il y a actuellement une intrusion de disciplines pseudo scientifiques regroupées sous le label consacré de « médecines complémentaires ». De nombreuses formations proposent des cursus aux noms exotiques qui contribuent à cette dilution de la médecine scientifique et favorisent le charlatanisme.

Le professeur Loïc Capron interviewé dans un média mainstream, il y a quelques années ne mâche pas ses mots : « il existe une forme de laisser-aller intellectuel qui ne résiste plus aux assauts de la charlatanerie.»

Et lors d’une audition récente au sénat sur les dérives thérapeutiques et sectaires: la santé en danger, Loïc Capron met en garde contre le charlatanisme:
Ce que j’ai lu du témoignage de mon confrère Serge Blisko (président de la MIVILUDES) n’a fait que me conforter un peu plus dans mon doute! Il cite des situations extrêmes mais parle aussi de l’hôpital, réservant un long développement aux dérives qui y sont possibles. Pour moi, le dérapage qui peut exister entre médecines complémentaires, charlatanisme, voire sorcellerie – Serge Blisko donne des exemples qui en relèvent – est le même que celui qu’il peut y avoir entre religion et pratiques sectaires. Nous abordons là des domaines de foi qui gênent beaucoup un esprit scientifique et rationnel…

Et plus loin, il poursuit:

Il existe deux manières de dévier en médecine… On peut tout d’abord inventer des systèmes abracadabrants, avec des thérapies parfaitement imaginaires et parfois toxiques. Ceci est assez facile à dépister. Une autre lubie de certains praticiens consiste à employer de manière non conventionnelle des médecines conventionnelles, à l’encontre de l’avis de la HAS et des préconisations internationales. Comment sérieusement contrôler ces pratiques ? Je ne suis pas sûr que nous en ayons les moyens mais elles existent bel et bien !

S’i y a des médecines complémentaires tolérées par l’OMS, on ne peut que s’étonner par du nombre faramineux de diplômes universitaires de « thérapies complémentaires ». Ils seraient plus de 90, et il est difficile de faire le distinguo entre une médecine complémentaire et une médecine alternative. Certaines comme l’hypnose, la sophrologie peuvent s’avérer intéressantes dans nombre d’indications. Ces  méthodes, altérant momentanément la conscience, sont propices à l’émergence de faux souvenirs qui peuvent faire prendre des vessies pour des lanternes aux patients, voire aux thérapeutes s’ils n’ont aucun pré-requis scientifique.

La pensée magique ou irrationnelle domine dans les pseudo sciences au détriment de la pensée analytique fondée sur des connaissances scientifiques, en perpétuelle évolution. Le charlatanisme se fait toujours au détriment de la santé des patients, à un moment donné ou à un autre. Les charlatans enfument leurs clients avec un langage ou des cautions scientifiques, alors qu’en fait la théorie est bidon et la pratique à risque.

Il n’y a pas que des personnes insuffisamment formées à l’esprit scientifique, il y a aussi le profil très particulier des alterscientifiques que Alfred Moatti décrit dans son livre « Alterscience, Postures, dogmes et idéologies. Les alterscientifiques sont des hommes de science à forte notoriété, qui à un âge avancé développent une théorie alternative.

La médecine tolère ces médecines complémentaires quand elles sont envisagées conjointement avec les traitements de la médecine conventionnelle, et n’empiètent pas sur un traitement qui a fait ses preuves. La règle pour toute thérapie, qu’elle soit conventionnelle, complémentaire ou alternative devrait être celle du « primum non nocere ». « Ne pas nuire à autrui », ce principal dogme abstentionniste appris aux étudiants médecine de premier année est à appliquer à tout soignant.

Malheureusement, ce n’est pas toujours le cas, et de nombreuses thérapies peuvent s’avérer nuisibles et mettre la santé du patient en danger. Ce sont les cancers qui remportent la palme des traitements douteux.
Ryke Geer Hamer, l’inventeur de la nouvelle médecine germanique, a été condamné à pour escroquerie et complicité illégale de la médecine et a été emprisonné à Cologne et en France.  Selon sa conception et celle de ses émules, le cancer est une forme de survie inconsciente  du cerveau à un choc psycho émotionnel. Tout cancer est déclenché par un choc psychologique, un conflit aigu et dramatique vécu dans l’isolement. ce syndrome porte le nom d son fils décédé: le syndrome Dirk Hamer (DHS) Des patients qui auraient pu être soignés à temps par la médecine scientifique sont morts. Concernant le cancer du sein, il a développé toute une théorie sur le « conflit du nid » reprise plus tard dans le Décodage Biologique .

Hormis ces deux théories redoutables qui défraient régulièrement les chroniques judiciaires, des remèdes qualifiés de naturel pour lutter contre le cancer sont aussi diffusés et désinforment le grand public.
La liste des méthodes douteuses contre le cancer est longue. On trouve pêle-mêle le cartilage de requin (compléments alimentaires vendus en diététique), le laetrile  (extrait du noyau d’abricot), l’essiac (une herbe médicinale), l’appareillage (courant électrique). Et tant d’autres…

Certaines de ces méthodes à risque se pratiquent dans des cliniques. Ce qui  induit auprès des patients une caution scientifique qui rivalise avec la médecine scientifique. Comme pour la méthode Linvingston-Wheeler préconisée par Virginia Wheeler qui pensait que les cancers étaient causés par une bactérie  trouvée (ou inventée) par elle, le Progenitor Cryptocide. Prescrite dans la clinique privée Linvingston-Wheeler (San Diego, Californie), cette méthode consiste à renforcer le système immunitaire par une détoxification, grâce à un régime végétarien strict, des lavements au café et par l’administration de vaccins spéciaux comme celui du BCG et un autre préparé à partir de l’urine d’un individu spécifique. On rapporte que les patients eurent une qualité de vie significativement plus mauvaise suivant les critères du Functional Living Index-Cancer. La clinique prétendait obtenir 82% de résultats de rémission; ce qui était faux.

Lorsqu’on constate l’engouement des salons de bien-être ou de médecines douces,  on se demande pourquoi est-il si difficile d’informer le public sur les pseudo-sciences et les méthodes douteuses? Les médecines alternatives ou complémentaires bénéficient de la confiance acquise quasiment au même titre que la médecine scientifique. Pourquoi?
Ces thérapies complémentaires remplacent la médecine populaire d’autrefois, et il est judicieux de s’interroger sur les systèmes médicaux. Faut-il forcément critiquer le système de la médecine chinoise, aryuvédique et même homéopathique sous l’angle de la médecine scientifique occidentale? De parler d’effet placebo ou de l’impact de la suggestibilité sans tomber dans le militantisme qui braque. Voir l’appel des 124 professionnels de la santé contre les médecines alternatives qui a déclenché la colère de leurs confrères les pratiquant. Certaines personnes ont recours à l’homéopathie, et elles en sont satisfaites même si l’on parle de placebo. Les pharmaciens recommandent eux-mêmes des spécialités homéopathiques en « bobologie ».
N’est-il pas plus pertinent de parler du « primum non nocere» ? Ni bénéfice, ni nuisance. Peu importe l’impact de la suggestion et l’effet placebo s’il ne nuit pas et n’aggrave pas la maladie.

L’Australie a fait réaliser, il y a quelques années, une analyse complète des produits et thérapies complémentaires à travers leur méthodologie (absence ou manque d’études randomisées, pas de double aveugle). 17 thérapies se retrouvent sur le banc de touche car elles ne présentent aucun avantage. Parmi elles, la phytothérapie, la méthode Feldenkrais, l’iridologie, la kinésiologie, le shiatsu. Ce n’est pas demain que ces thérapies cesseront d’avoir du succès, peut-être plus que la médecine conventionnelle. La méthode Pilates est aussi critiquée dans cette étude, et pourtant, de nombreux de coachs sportifs font des cours performants avec cette méthode.

Face au charlatanisme et au pseudo-scientisme, il y a également la difficulté pour le grand public de cerner une controverse scientifique qui peut animer les scientifiques entre eux. Dans une controverse scientifique, c’est la pensée analytique qui domine; chacun avance ses arguments en l’état des connaissances scientifiques. La lecture des publications scientifiques n’est pas toujours consensuelle, et chaque médecin a lui aussi sont propre système de croyances en matière de soins.

Comme il est délicat d’évoquer une controverse scientifique actuelle sans provoquer une levée de bouclier, retour vers le passé avec l’histoire de l’encéphalopathie traumatique qui est le thème du film de Peter Landesman « Seul contre tous ». C’est  l’histoire du Dr Bennet Omalu, médecin légiste et originaire du Nigeria. En autopsiant les corps de joueurs de football américain, il constate que la répétition abusive de chocs crâniens au cours des matchs provoquaient des maladies neuro dégénératives chez les sportifs de haut niveau. Pendant de longues années, il a été traité de charlatan par ses confrères et il s’était mis à dos la NFL (Ligue Nationale de Football Américain). En 2005, Bennett Omalu publie une étude sur cette maladie diagnostiquée post-mortem, et sera enfin reconnu par ses pairs.

Le  » Primum non Nocere » doit  rester la règle de base pour tout soignant.
«Inventez une charlatanerie, n’importe laquelle, vous trouverez toujours des hommes qui diront que ça marche, tant notre besoin d’illusion est intense.»(Boris Cyrulnick)

Sources:

LE TOURISME PROCRÉATIF DES BÉBÉS-ÉPROUVETTE !

Le tourisme procréatif a de beaux jours devant lui car il se trouve facilité par la législation en bioéthique plus ou moins permissive d’un pays à un autre.

35-ans-de-bebes-eprouvettes_exact1900x908_l.jpgLa loi sur la Procréation Médicalement Assistée (PMA) sera révisée au semestre 2019. La  définition stricto sensu est celle-ci: la procréation médicalement assistée (PMA), également appelée Assistance Médicale à la Procréation (AMP) est un ensemble de pratiques cliniques et biologiques où la médecine intervient dans la procréation.

La bioéthique suit l’évolution des mentalités d’une société donnée, et certains projets de modification de la loi en bioéthique sur la PMA font déjà l’objet de débats houleux sur les réseaux sociaux, les médias mainstream et les talk-shows télévisés. Dans ce post,  je traite de la Fécondation in Vitro (FIV) et la Gestation pour Autrui (GPA) fera l’objet d’un autre post. Il y a dix ans, la bioéthique de la PMA était un sujet confidentiel restreint au cercle des soignants et des juristes, et qui laissait  indifférent le grand public. Et pourtant, les professionnels de la santé avaient déjà pointé les dérives, et aujourd’hui, elles n’ont fait qu’empirer à cause de l’absence de législation internationale. Ces dérives qui existent depuis une bonne dizaine d’années sont aujourd’hui relayées dans les médias main-stream et les réseaux sociaux, non pas à des fins de réflexion éthique sur la parentalité, le devenir et les droits de l’enfant mais instrumentalisées pour servir les intérêts de lobbies.

Certains politiques souhaiteraient que la PMA  sorte du champ de la bioéthique au motif que c’est d’abord une question éthique et philosophique avant d’être médicale. Vraiment? Et le suivi de la grossesse qui s’en charge? Les députés ou les sénateurs? C’est oublier toute l’histoire de la PMA où la science médicale est omniprésente. Le centre  de gravité est l’évolution de la science médicale. Louise Brown est le premier bébé-éprouvette  née le 25 juillet 1975 et les médecins à l’origine de sa naissance sont Patrick Steptoe et Bob Edwards. Quatre ans après, avec l’aide du gynécologue René Frydman et du biologiste Jacques Testard, Amandine va naître. La Procréation Assistée est une véritable révolution médicale qui a permis, permet et permettra aux couples infertiles en mal d’enfant de devenir parents.  Selon une étude de l’Ined publiée en juin 2018, en France, un enfant sur trente est conçu par FIV.

La bioéthique ne peut pas tout encadrer. La difficulté majeure réside à ne pas se montrer trop libertaire ou trop coercitif et solliciter la liberté de conscience, la faculté de discernement de chacun. Comment trouver un juste milieu à partir de la seule notion de bien et de mal qui sont des notions subjectives et influencées par le modèle de civilisation? Malheureusement, aujourd’hui, le débat sur la PMA s’est politisé et il est devenu impossible de s’affranchir de la réflexion en dehors de l’hystérie collective voire des « hystoires » pour reprendre l’excellent néologisme de la féministe et critique littéraire Élaine Showalter. Toute réflexion de fond est absente et la règle du jeu est le lynchage en règle et le « name and shame » pour les célébrités affichant publiquement leur recours à la PMA!  On est sommé de choisir son camp, chacun étant sur de son bon droit et de maitriser cette question de bioéthique. Quelle chance d’avoir des certitudes! Et l’enfant dans tout ça? Bref…

Qui est concerné en France par la PMA? Actuellement, elle est réservée aux couples hétérosexuels, uniquement si l’un des deux futurs parents souffre d’une infertilité constatée médicalement. Les couples séparés n’y ont pas droit. La limite d’âge pour les femmes est de 43 ans, et cette année, la justice administrative ayant statué, les hommes de 60 ans sont officiellement trop âgés pour procréer, limitant leur accès à la PMA.  Les gamètes de l’un et l’autre sont totalement gratuits ; mais il en est autrement dans d’autres pays. Chez nous, il est notoire qu’il y a une carence en dons d’ovules et que la technique de FIV diffère sur certains points de celle d’autres pays comme l’Espagne et la technique de vitrification. Aujourd’hui, la technique de vitrification qui attirait les couples français en Espagne est pratiquée en France depuis peu, mais elle est réservée à un nombre limité de cas; lorsque les précédentes techniques autorisées ont échoué. Les futurs parents ont de quoi être perdus quand on sait que les avis scientifiques sont partagés sur l’efficacité d’une technique particulière.Les protocoles des FIV ( fécondation in vitro) sont différents suivants les causes de l’infertilité à traiter: le don de sperme, don de gamètes, don d’ovocytes avec technique de vitrification ou non.

Lorsqu’on commence à évoquer ce sujet sensible, la suspension du jugement sur le désir d’enfant s’impose. Tout projet parental mérite qu’on s’y attarde.  Si on a l’occasion de lire ou d’entendre des témoignages de ces personnes qui recourent à la PMA, nos certitudes, nos croyances et notre éthique personnelle en prennent un coup et l’on a tendance à évaluer la situation à partir de nos propres certitudes. La moraline, le néologisme de Friedrich Nietszche, ne fera pas avancer la réflexion sur la PMA et aura l’effet inverse attendu. La parade pour contourner la loi française est rodée! Le consensus peut déjà se faire autour des dérives de la PMA et des FIV, récurrentes en l’absence de législation internationale. Et c’est déjà pas mal!

Les dérives éthiques sont grandement facilitées par la disparité des techniques et la législation qui est différente d’un pays à un autre. La législation internationale est le point névralgique des dérives de la PMA. L’un des grands paradoxes de la bioéthique est que si la la PMA est le bébé de la science médicale, elle n’est plus entre les mains des médecins. D’autres acteurs de la société sont rentrés dans la danse. De ce fait, l’éthique est instable car elle échappe totalement à la relation médecin/malade telle qu’elle est décryptée en systémique à partir du modèle hérité d’Hippocrate.

Si d’aventure la législation sur les FIV était ouverte à toutes pour toutes, très vite la France serait à cours de dons de sperme et serait obligée d’aller en piocher à l’étranger dans une banque de sperme qui a pignon sur rue. Ce risque de pénurie est déjà pointé par  l’agence de la biomédecine. Ou bien alors il faudra rémunérer le don de gamètes. C’est mathématique. Ou bien alors ouvrir une banque de sperme comme celle de la société Cryos, une banque européenne de sperme. Cryos International est la première banque de sperme qui pratique à l’échelle industrielle la vente de gamètes, et notamment par correspondance. Elle fournit à la France un fort contingent de gamètes puisque la France en manque déjà. C’est écrit sur le site de Cryos noir sur blanc…

Le malheur des couples souffrant d’infertilité est exploité à des fins peu humanistes dignes du Meilleur des Mondes, le fameux roman publié en 1934 par Aldous Huxley. Ce livre décrit une société où les pays ont disparu au profit d’un seul état mondialisé à la gouvernance totalitaire. Dans ce Nouveau Monde, les êtres humains sont répartis sur une hiérarchie pyramidale à trois niveaux. Si la sexualité demeure pour l’équilibre de l’individu, la reproduction sexuée n’a plus court et la procréation est assistée en laboratoire ressemblant en cela à la FIV d’aujourd’hui. Les embryons ne grandissent plus dans le ventre de leur mère mais en laboratoire dans des bocaux. Déjà, à cette étape pré-berceau, l’embryon est psychologiquement conditionné à son futur rôle d’adulte. Son utilitarisme réside dans le fait que le petit d’homme en grandissant va trouver normal sa position sur la pyramide sociale. Aldous Huxley -au passage frère du biologiste Julian Huxley, théoricien de l’eugénisme- avait pressenti en son temps le risque du progrès médical ainsi que ses possibles répercussions sur l’organisation de la société humaine.

Si on ne veille pas au grain, les couples stériles sont susceptibles de se comporter à leur insu en consommateurs de science médicale, et les médecins de ne devenir que des scientifiques purs et durs, complices du dévoiement d’une avancée majeure de la science qui donne envie de croire à l’existence de miracles, attribués d’ordinaire à quelque divinité supérieure. Les dérives de la bioéthique se développent toujours dans un cadre législatif et profitent des failles de la législation internationale ou existante de pays à pays.

La morale est une notion subjective mais lorsqu’il y a une transaction financière qui prévaut sur les services médicaux rendus, on est en droit de s’interroger sur la motivation de la démarche initiale. On veut faire un enfant pour soi, pour son couple, pour la société ou…pour l’enfant à vivre lui-même.

Lorsque, pour diverses raisons, les FIV ne marchent pas pour les personnes qui désirent être parents, beaucoup n’hésitent pas à se tourner vers le tourisme procréatif. Et comment les blâmer lorsque la liste d’attente pour le don d’ovocytes est saturée en France ou que leur profilne rentre pas dans la législation française? Elles n’ont d’autres ressources que d’aller voir si l’herbe est plus verte ailleurs. Ainsi, en Espagne, en Grèce, République tchèque et Roumanie, il n’y a pas de pénurie de don d’ovocytes car il est rémunéré. Faut-il s’en indigner ?

Le tourisme procréatif a de beaux jours devant lui car il se trouve facilité par la législation en bioéthique plus ou moins permissive d’un pays à un autre. Ainsi, contrairement à la France, dans d’autres pays européens, le recours au FIV est toléré pour les femmes de plus de 43 ans, les célibataires et les couples homosexuels. De plus  en plus de femmes célibataires en âge de procréer font appel aux cliniques de fertilité installées à l’étranger, notamment en Espagne. Il n’est plus rare que la génération Y ait de plus en plus de femmes autour d’elle qui se sont tournées vers le tourisme procréatif car l’horloge biologique tourne et il est difficile de faire des rencontres si on a job prenant ou qu’on n’a pas envie de s’inscrire sur les sites de rencontre où le pire côtoie le meilleur! Doit-on dire à ces jeunes femmes de faire un enfant dans le dos d’un homme d’un soir et de se déclarer ensuite mère célibataire? Sans commentaires sur la notion implicite de bien et de mal! Si le tourisme procréatif marche si bien, c’est qu’il y a des disparités législatives d’un pays à un autre, et démontrent qu’il y a une hypocrisie manifeste au niveau de la législation française et européenne. Il y aurait une nécessité urgente à harmoniser la législation pour que les dérives mercantiles cessent.

Et il avant de brailler, il serait urgent de réviser les lois sur l’adoption pour diminuer le nombre de PMA. Autour de la PMA, il y a tout un commerce douteux qui s’est développé. Lorsque vous tapez sur le moteur de recherche Google, l’aspirant/parent peut faire son marché virtuel à partir des nombreux sites racoleurs, et comparer les prix. De nombreuses cliniques étrangères se sont spécialisées dans les FIV et est ouverte sans restriction à tous les couples. Les tarifs varient d’un pays à un autre. Ils peuvent aller de 2 500 €uros en Grèce  et à 12 000 €uros en Espagne. Le moins que l’on puisse dire, c’est que la Procréation Assistée est un véritable Business. Ces cliniques étrangères affichent un super bilan financier (malgré la crise), et l’une des plus prisées est celle du Dr Rumpick à Prague. On veut bien laisser à ce dernier le bénéfice du doute sur son engagement humaniste lié à son serment d’Hippocrate, mais on est en droit de s’interroger sur la façon dont il procède pour que sa clinique soit rentable. J’admets volontiers faire preuve de mauvaise foi en sortant de son contexte cet extrait qui date de 2009, mais j’émets l’hypothèse que c’est toujours d’actualité! Je trouve que la recette (économique) du bon docteur pour remplir sa clinique est surprenante: « Ici, la main d’oeuvre est toujours très bon marché comparé aux pays de l’Ouest, ce qui nous permet de pratiquer ces tarifs. Les médicaments et la préparation coûtent la même chose partout dans le monde, mais le travail des docteurs et des chercheurs est moins cher ici, ce qui entraîne un prix total inférieur.» Le désir d’enfant est-il quantifiable et a-t-il un coût low-cost ?

L’Espagne est devenue l’Eldorado des FIV. Ce pays ne connait pas la pénurie de dons d’ovocytes car ils sont rémunérés à hauteur de 900 euros. et les femmes de plus de 43 ans peuvent y avoir accès.  Et sur le site Co-parents, on peut lire ceci: Elles peuvent bénéficier d’une prise en charge des soins par la Caisse Primaire d’Assurance Maladie (CPAM) à hauteur de 1550 €, sous certaines conditions uniquement

Dans ce registre, certains pays de l’union européenne comme la république tchèque, les futurs parents peuvent choisir la couleur des cheveux, des yeux de l’enfant à naître, et il est possible de repousser l’âge de la maternité. La Grèce autorise les FIV jusqu’à 50 ans et en République tchèque, il est possible pour des femmes âgées de presque 60 ans de donner naissance. Ce sont des données factuelles. Après, on a des cas particuliers qui laissent songeur. En 2016, dans l’état de l’Haryana (Inde), une femme de 70 ans a accouché d’un petit garçon en bonne santé après avoir bénéficié d’une FIV. Les ovules proviennent de la mère et le sperme de l’époux âgé de 79 ans, le couple étant stérile après 46 ans de mariage. En 2008, toujours en Inde, c’était une femme de 72 ans. On a l’impression que c’est plus de la médecine expérimentale que de l’aide à la procréation pour satisfaire un désir d’enfant.

Le tourisme procréatif est un moyen simple de contourner la loi française depuis belle lurette. Et si les femmes femmes n’ont pas les moyens de se rendre dans une clinique de fertilité en Espagne, elles peuvent toujours commander « un bébé en un seul clic » sur le net! La société Cryos, une banque européenne de sperme, propose la vente de gamètes par correspondance après avoir choisi par catalogue les caractéristiques génétiques du donneur.

Comment se passe la vente en ligne d’une FIV avec Cryos? Et bien comme sur votre d’achat préféré en ligne! La future mère après l’avoir choisi sur catalogue clique sur le géniteur choisi « , et le met dans l’icône « landeau » qui remplace l’icône panier des sites commerciaux. L’étape suivante est celle que nous connaissons tous quand nous achetons sur le net « mode de paiement par carte bancaire ». Le paiement dûment enregistré, quelques jours plus tard, la future maman se voit livrer sa dose de sperme à domicile dans une bonbonne étanche. Il est joint au colis un mode d’emploi pour qu’elle puisse faire sa FIV chez elle. D’abord, elle doit faire décongeler les paillettes, et ensuite s’installer dans une position confortable pour les introduire avec une canule. (Nicole Bétrencourt, Un Bébé en un seul clic! )

Le tourisme procréatif reste sujet à des dérives, et de réécrire à nouveau que c’est au niveau de la législation internationale qu’il faudrait agir. La PMA est devenu un enjeu politique où l’enfant conçu par FIV est devenu otage. Pas uniquement de la part des parents qui y ont eu recours mais aussi du regard de la société sur sa conception. Ces enfants conçus par PMA seront-ils ostracisés tout au long de leur enfance un de ces quatre ? Cela dépasse l’orientation sexuelle des parents. Et il y aussi la question de la filiation et des origines biologiques. Tant d’inconnues en bioéthique…

Et puisque le Meilleur des Mondes risque d’être en marche avec la PMA, de citer Aldous Huxley:

« Je suis terrifié de voir mes prophéties réalisées»

À suivre dans un prochain post d’autres réflexions sur la PMA…

©NBT

Depuis une dizaine d’années,  je me passionne pour ce sujet qui touche aux droits del’enfant et à l’évolution de notre société. En dehors des lobbies divers et politiques. C’est une démarche personnelle après avoir suivi les séminaires en bioéthique organisés par le Centre d’éthique de Cochin.  La première version de cet article sur la PMA (Procréation Médicalement Assistée) a été rédigé en 2009 et publiée sur le site EXMED. Encore d’actualité sur de nombreux points, cet article est  complété et enrichi. Ce post est factuel, et est un état des lieux de ce qui se passe en France et à l’étranger pour la PMA.  Le lecteur est libre de l’interpréter à sa guise.

amandine-le-jour-de-sa-naissance-le-24-fevrier-1984-a-l-hopital-antoine-beclere-de-clamart-dans-les-hauts-de-seine-photo-d-archive-1433506900
Amandine

FEUD, LA NÉVROSE DE GUERRE ET LE TRAITEMENT BARBARE DE LA FARADISATION!

La palme de la barbarie revient à la méthode de torpillage mise au point par le Dr Clovis Vincent.

01.gif
La guerre de 14/18 bouleversa la psychiatrie. Devant l’afflux de blessés psychiatriques, le service de santé des armées dut se réorganiser. La durée et l’ampleur de la Grande Guerre engendrèrent des troubles de la psyché inconnus jusqu’à alors du corps médical. Les médecin ignoraient comment les prendre en charge.
Ces troubles étaient les manifestations du Stress-Post-Traumatique, répertorié aujourd’hui dans le DSM et le CIM.  Les médecins de l’époque de la Grande Guerre parlaient de l’hypnose des batailles, de  La fatigue de guerre et de cafard.

Le principal trouble psychiatrique auquel devait faire les médecins était celui de l’Obusite. Comment se manifestait-il?  On trouve des témoignages sur les Poilus souffrant d’obusite rapportés dans La Gazette de Souain:  « Des soldats étaient trouvés accroupis ou pliés en deux, ne se relevaient pas, les yeux écarquillés. certains sont devenus muets, sourds et même aveugles sans blessure apparente organique.»

Lorsque les soldats présentaient des symptômes de paralysie, des tremblements, une surdité, des convulsions ou de mutisme, c’était pour la médecine la manifestation d’un désir de fuite. Et c’était aussi une forme d’hystérie, différente de l’hystérie féminine et propre à la guerre. On était vraiment loin du concept de Stress post-traumatique moderne.

Les psychonévroses de guerre bouleversèrent le milieu des aliénistes. Pour les uns, c’était un syndrome post-commotionnel, pour les autres « émotion-choc » ou rôle de la prédisposition des constitutions. Le neuropsychiatre toulousain Voivenel parla des troubles de l’émotivité  (on dirait aujourd’hui états anxieux) qui sera finalisée dans son concept de « peur morbide acquise ». La peur morbide acquise par hémorragie de sensibilité. Cet état intervient soit immédiatement après une bataille, soit plus progressivement au fil des mois. Les observations du Dr Voivenel préfigurent déjà certaines caractéristiques de stress post-traumatique figurant dans le DSM et le CIM 10.

Comme les médecins pensaient que ces psychonévrose étaient une forme d’hystérie, ils ne prenaient pas de gant pour les traiter. Le malheureux poilu souffrant d’un État de Stress post-traumatique pouvait être soigné par la flagellation pour briser sa personnalité. On frappait le soldat de plus en plus fort avec des paroles aimables et en lui faisant ingurgiter de l’eau de vie! De la gnôle, quoi!

Le traitement de choc le plus coton de l’époque pour traiter la névrose de guerre était celui de la faradisation ou de la galvanisation à grande échelle. Les médecins de l’époque partaient de l’idée que les soldats étaient des simulateurs, et qu’il fallait trouver une solution pour les mettre en face de leur propre couardise avant de les renvoyer au front. Les soldats ne pouvaient pas refuser le traitement, et la coercition physique était employée. On n’hésitait pas à enfermer les patients dans des carcans redresseurs.

Alors comment se pratiquait une séance de faradisation? Un courant galvanique de 35 milliampères sous 75 volts, Et en secousses brèves (de 10 à 20 secondes) est administré à l’aide de conducteurs sur les zones sensibles du soldat. Cette méthode psycho électrique downloadcomme celle de Roussy et de Lhermitte comportait plusieurs phases. D’abord la préparation suggestive du patient, et puis le « choc psychique » provoqué par l’application douloureuse du courant  faradique; le tout dans une atmosphère de discipline militaire. La toute puissance du médecin -le pouvoir de la blouse blanche et du savoir-, la suggestion et le choc électrique constituaient les trois fondamentaux de ce traitement barbare. Car c’était de la torture. Des infirmiers ont confirmé qu’un certain Dr Kolowsky faradisait les parties génitales ainsi que les bouts des seins. Les séances se faisaient en présence d’autres patients afin que leurs hurlements de douleur effrayent les autres victimes. Cela renforçait l’efficacité de la cure, soi-disant…

Il y aurait des différences subtiles entre les méthodes électriques des psychonévroses de guerre. La palme de la barbarie revient à la méthode de torpillage mise au point par le Dr Clovis Vincent, et . Elle repose sur le principe de la galvanisation, un courant plus intense que le faradique envoyé avec des tampons sur les zones sensibles de la surface cutanée. La fin de la guerre sonna le glas du traitement électrique des psychonévroses.

Tous les médecins n’étaient pas d’accord sur la faradisation ou la galvanisation. Dont Sigmund Freud. L’œuvre de Freud n’est plus à présenter. Le fondateur de la psychanalyse s’est trouvé confronté lors du conflit de 14/18 à ses confrères qui pratiquaient la psychiatrie classique pour traiter la névrose de guerre. Il va être amené à faire des expertises sur la névrose de guerre suivant l’approche psychanalytique. Il va proposer une autre approche de la névrose de guerre. C’est même une attitude politique qui bouscule les mentalités de la médecine militaire. La nature psychique de ces névrosés de guerre est la même comme pour toute névrose. Les névroses de guerre et de paix sont des troubles de la vie  affective où l’inconscient est omniprésent.

Voici ce qu’il écrit à ce sujet dans un rapport d’expertise :
«… la cause première de toutes les névroses de guerre était la tendance, inconsciente chez le soldat, à se soustraire aux exigences du service de guerre, pleines de dangers et révoltante pour le sentiment. L’angoisse pour sa propre vie, le hérissement contre l’ordre de tuer les autres, la révolte contre la répression brutale de sa propre personnalité pour le supérieurs, étaient les sources d’affects les plus importants à partir desquelles s’est alimenté la tendance à fuir la guerre. Un soldat chez lequel ces motifs affectifs auraient été clairement et puissamment conscients aurait dû, en tant que sujet en bonne santé, déserter ou se porter malade. Mais les névrosés de guerre n’étaient que pour une très petite part des simulateurs ; les sollicitations d’affects qui se hérissaient en eux contre le service de guerre et les poussaient dans la maladie agissaient sans qu’ils en soient conscients. Elles restaient inconscientes parce que d’autres motifs, l’ambition, l’estime de soi même, l’amour de la patrie, l’habitude de l’obéissance, l’exemple des autres étaient d’abord les plus forts, jusqu’à ce qu’ils soient surmontés lors d’une occasion propice par d’autres motifs actifs inconscients. A cette vision de la  cause des névroses de guerre se rattache à une thérapie qui parut bien fondée et, au début, s’avéra aussi très efficace. Il semble  opportun de traiter le névrosé comme un simulateur, et de ne pas tenir compte de la différence psychologique en intention consciente et inconsciente, tout en sachant qu’il n’était pas un simulateur.»
Si dans une partie de son rapport, Freud ménage la chèvre et le chou envers ses confrères, il se montre sans concession envers la faradisation:
« Après coup, les médecins ont embelli la réalité en affirmant que la force de ces courant électrique  était la même que celle utilisée depuis toujours dans les troubles fonctionnels. Cela n’aurait pu agir que dans les cas les plus légers, et ne correspondait pas du tout non plus au raisonnement de base selon lequel le névrosé de guerre devait être dégoûté de son état de malade, de sorte que ses motifs dussent basculer en faveur de la guérison. Ce traitement douloureux est né dans l’armée allemande avec une intention thérapeutique, pouvait certainement être appliqué de façon plus modérée…»
« Toutefois, ce procédé thérapeutique était atteint d’une tare dès le départ. Il ne visait pas au rétablissement du malade, ou pas en premier lieu, mais avant tout  au rétablissement de son attitude à faire la guerre. La médecine s’est trouvée, dans ce cas présent, au service d’intentions qui lui sont par essence étrangères… les succès, brillant au début, du traitement par courant fort ne se sont pas non plus avérés durables. Le malade qui, rétabli par le traitement, avait été renvoyé au front, pouvait répéter le jeu nouveau et récidiver…»
Et Freud va vraiment s’opposer au traitement électrique de la névrose de guerre:
« Dans cette conjoncture, une partie des médecins militaires cédèrent la tendance caractéristique des Allemands à faire passer leurs intentions sans ménagement, ce qui n’aurait jamais dû arriver ; la force des courant ainsi que la dureté du traitement habituel furent augmentés jusqu’à l’insupportable pour soustraire aux névrosés de guerre le gain qu’ils retiraient de leur état de malade. Il reste non contredit qu’il survint, à cette époque dans les hôpitaux allemands, des cas mortel pendant le traitement et des suicides à la suite de celui-ci.…»
Et le psychanalyste va répondre au président de la commission sur les propos de l’un de ses confrères, farouche partisan de la faradisation :
«… Toute névrose a un but, Elle est dirigée vers des personnes déterminées et disparaîtrait  immédiatement sur une île déserte ou dans une situation semblable car elle n’aurait plus de sens… la majorité de ces états provenaient d’intentions inconscientes et, parmi elles, on a oublié de mentionner l’indépendance personnelle. Pour beaucoup d’hommes cultivés, devoir se soumettre au traitement militaire À du être quelque chose d’affreux, et chez nous comme dans l’armée allemande, le mauvais traitement infligé par les supérieurs en  a influencé beaucoup. En essayant de soigner les névroses par la psychanalyse, nous avons appris que la colère contre les supérieurs étaient souvent le motif principal de la maladie, de nombreux cas qui n’avaient pas pris naissance au front, des cas nés à l’arrière dans des hôpitaux en fournissaient l’explication.»
Dans Introduction à La Psychanalyse des névroses de guerre, Freud développera les mêmes arguments que dans ses expertises :
 « Les névroses de guerres […] sont à concevoir comme des névroses traumatiques qui ont été rendues possibles ou ont été favorisées par un conflit du moi. […] [Celui-ci] se joue entre l’ancien moi pacifique et le nouveau moi guerrier du soldat, et devient aigu dès que le moi de paix découvre à quel point il court le risque que la vie lui soit retirée à cause des entreprises aventureuses de son double parasite nouvellement formé. On peut tout aussi bien dire que l’ancien moi se protège par la fuite dans la névrose traumatique du danger menaçant sa vie, ou qu’il se défend du nouveau moi reconnu comme mettant sa vie en péril »
Le mécanisme de la névrose de guerre analysé par Freud était radicalement différent de ce que proposait la médecine de l’époque, et a amené une bouffée d’humanité avec sa méthode. Il préfigurait déjà le mécanisme du stress post-traumatique du à un conflit où la victime revit le trauma en boucle.
« Dans les névroses de guerre, ce qui fait peur, c’est bel et bien un ennemi intérieur».

ET SI NOUS PARLIONS DES ÉPIDÉMIES PSYCHOLOGIQUES?

À partir des années 1990, les États-Unis vont devenir le foyer privilégié de maladies psychogènes et de ces mutations de l’hystérie, amplifiées par les médias modernes et les peurs millénaristes de la fin du XX siècle.

76ce96d617babab3446ae5bc43d1653c.jpg
©Hulya Özdemir

De nombreux débats sur la planète virtuelle -les réseaux sociaux, les forums et les médias mainstream- obéissent à des lois qui favorisent les épidémies psychologiques qu’on peut aussi nommer hystérie collective. Ces épidémies psychologiques organisent le fonctionnement de la psyché sur un mode manichéen où tout est soit blanc ou bien tout noir, et ainsi favorise un comportement grégaire. La demie-mesure avec des arguments nuancés disparaît au profit de généralités ou de sophismes.
Les épidémies mentales, la contagion mentale ou les folies collectives (on peut les appeler comme on veut) ont toujours existé. Le médecin et psychologue Georges Dumas avait déjà décrypté, en son temps, le phénomène de la contagion mentale et des épidémies psychologiques à travers les émotions. Écrit en 1911, sa définition est toujours actuelle même si le vocable est différent, changeant ainsi la forme sans changer celui du fond qui correspond aux mêmes mécanismes. Ainsi, sous l’angle des sciences humaines -psychologie, sociologie voire de la psychiatrie-Georges Dumas définit  la contagion mentale comme un mécanisme par lequel les états moteurs, affectifs, représentatifs se propagent d’un individu à un autre et ils ne diffèrent d’opinion que lorsqu’il s’agit de caractériser avec précision ce mécanisme.

 

Et pourquoi ne pas inclure dans ces épidémies psychologiques et leur contagion mentale  la psychologie des foules avec leur unité mentale spécifique? L’ouvrage de Gustave Lebon, « La Psychologie des foules » (datant de 1895) reste encore la meilleure grille d’analyse. Les caractères spéciaux  de la foule sont qu’elle est toujours dominée par l’inconscient, l’occultation de la personnalité individuelle, la disparition de la vie cérébrale au profit de l’émotionnel et l’abaissement de l’intelligence. La foule ainsi constituée, la contagion va s’effectuer par la suggestibilité.

Après avoir cité ces deux auteurs incontournables, où en sommes nous aujourd’hui? Il y a aujourd’hui l’apport de Freud dans ces folies collectives. Des auteurs contemporains ont formulé l’hypothèse que certains troubles psychiatriques ou psychosomatiques seraient des formes contemporaines de l’hystérie de conversion décrite par Charcot et Freud à la fin du XIX siècle. Ils fonctionnent sur le mode opératoire d’une épidémie virale. Ces épidémies psychologiques sont liées aux mouvements sociaux et leur impact collectif est favorisé par les médias, le net et les réseaux sociaux.

En 1977, le ton fut donné par la féministe et critique littéraire américaine Elaine Showalter qui élabore finement cette notion d’épidémie psychologique avec le néologisme « d’hystoire ». Il peut faire sursauter les puristes mais il est pertinent à bien d’égards. « Hystoire » comme on s’en doute est la contraction du mot histoire et de celui d’hystérie. Le livre où elle développe cette thèse est  « Hystories: Epidemics Hysterical and Modern medias » ( livre non traduit en français), et il figure en bonne place dans un article du journal The Lancet, une revue de bonne facture, publié le 30 mai 1998. Cette grille contentd’analyse est pertinente sur de nombreux points, mais vivement critiquée par les associations de patients et de médecins pour ce néologisme et cette explication audacieuse sur certaines de ces épidémies psychologiques. En fait, Elaine Showalter est une féministe de la première heure, celle où l’on parle d’émancipation féminine et non d’un rejet de tout ce qui est masculin et d’un patriarcat forcené où l’homme a oppressé la femme pendant des millénaires. La critique littéraire Elaine Showalter attribue la propagation de ces nouvelles épidémies psychologiques à  la troisième vague des féministes, celle que l’on appelle le féminisme victimaire. Le néo-féminisme.

 

Comment se manifestent ces nouvelles formes d’hystéries individuelles qui se propagent comme des épidémies infectieuses? Elaine Showalter étaye son concept « d’hystoire » à l’aide d’anecdotes:

-Dans le Midwest, une infirmière, atteinte du syndrome de fatigue chronique, se suicide avec l’aide du Dr Jack Kevorkian, encore appelé Dr Death, pionnier de l’euthanasie  qui aidait à mourir les cas médicaux les plus graves.

-Dans le Yorkshire, un jeune vétéran atteint du syndrome de la guerre du Golf voit sa carrière et son mariage détruits.

-Et le cas de Ramona, cadre dans une grande entreprise licencié de son entreprise car il est accusé d’inceste par sa fille Holly, victime de faux souvenirs après une thérapie sous Amythal (sérum de vérité). Le tribunal accordera à M. Ramona des dommages et intérêts en réparation du préjudice subi. Cette histoire est évoquée dans mon post L’affaire Ramona, une sombre histoire de sérum de vérité.

-Dans le Massachusetts, un professeur de Harvard, lauréat du prix Pulitzer, prétend que les Petits Gris (des aliens) en visitant les États-Unis enlèvent et se livrent à des expérimentations sexuelles sur des milliers d’Américains.

-Dans l’Oklahoma, un militaire traduit en cour martiale, Timothy McVeigh raconte à ses avocats que le gouvernement , lui a implanté une puce dans le corps durant  la guerre du Golfe pour le contrôler.
-Dans le Montana, des adeptes de la théorie du complot prétendent que le gouvernement fédéral, armé de bombes et d’hélicoptères noirs, modifient chimiquement le sang des citoyens des États-Unis pour créer un nouvel ordre mondial.

Pour elle, ces cas disparates illustrent ces hystéries individuelles qui produisent des épidémies psychologiques. En prônant cette thèse du grand retour de l’hystérie, Elaine Showalter prend le contre-pied des spécialistes qui parlaient de sa disparition.

Certains médecins ont affirmé que la médecine moderne identifiait l’hystérie comme une maladie organique méconnue, ont eu raison d’elle. Des historiens et des sociologues l’ont reléguée comme un trouble  de l’ère victorienne, et qui grâce à l’émancipation féminine a diminué. Les psychiatres des années 70 expliquèrent que les hystéries de conversion n’étaient en somme que des expressions de l’anxiété, et que le développement de la psychanalyse avait éradiqué ces formes extrêmes. Selon l’analyste britannique Harold Merskey, les hystéries de conversion ne se produisent plus que dans les zones non psychanalytiques (Afrique du Sud, Corée du Sud, Sri Lanka ou Nigeria). Rappelons que nous sommes en 1978, et l’ethnopsychiatrie n’était pas encore très développée pour expliquer des manifestations culturelles perçues comme des troubles de la psyché pour des Occidentaux mais tolérées dans d’autres sociétés.

 

Elaine Sholwater ne fait que reprendre les théories freudiennes psychanalytiques, fort peu appréciées outre Atlantique, et même si l’auteure de ce post n’est pas branchée psychanalyse, il fat admettre une certaine pertinence dans le concept qui explique des troubles de la psyché qui se retrouvent répertoriées dans le DSM au fur et à mesure de ses révisions.  L’hystérie n’a pas disparu mais a simplement emprunté d’autres formes que celle du temps de Freud. À partir des années 1990, les États-Unis vont devenir le foyer privilégié de maladies psychogènes, et de ces mutations de l’hystérie, amplifiées par les médias modernes et les peurs millénaristes de la fin du XX siècle. Les hystériques modernes trouvent toujours des sources externes à leurs problèmes psychiques: un virus, une atteinte à la pudeur qui se traduit par un abus, une guerre chimique, un complot satanique ou encore l’infiltration étrangère. Un siècle après Freud, de nombreuses personnes refusent toujours des explications psychologiques à leurs symptômes. La cause serait extérieure et non névrotique.

Les psychothérapies new-age, le fondamentalisme religieux, la paranoïa politique forment, entre autres, le creuset de ces nouvelles hystéries virulentes et contagieuses en ce siècle. On pourrait y inclure la sensibilité électromagnétique. La panique atteint des proportions épidémiques, et  l’hystérie se manifestant par la suprématie de la pensée magique cherche des boucs émissaires et des ennemis sous les traits de médecins antipathiques, de pères incestueux, de commerce avec  le diable, d’extraterrestres et de complots gouvernementaux. Les hystoires sont plus contagieuses que par le passé avec la technologie high-tech qui diffuse à flots continus toutes sortes d’informations (des vraies et des fakenews). Les bouleversements écologiques, l’urbanisation intense, les voyages low-cost, ajoutés à l’interaction humaine favorisent ces mutations de l’hystérie. Elles se répandent par des histoires qui circulent et s’auto-entretiennent avec les livres de développement personnel, des articles de journaux, des talk-shows télévisés, des séries cultes, des films, l’Internet et même la critique littéraire avide de populisme. Ces hystéries se multiplient rapidement et de façon incontrôlée à travers les médias populaires, les e –mail et les réseaux sociaux.

 

Selon le point de vue d’Elaine Showalter, l’hystérie n’est qu’un symptôme culturel de l’anxiété et du stress. Les conflits qui produisent les symptômes hystériques sont authentiques et universels. Les  hystériques ne sont pas des tricheur(se)s, et les thérapeutes qui diagnostiquent les hystoires  sont (la plupart du temps) sincères dans leur diagnostic.Et il y a dans tous les cas une réelle souffrance psychologique à prendre en charge. Les épidémies psychologiques sont construites sur la souffrance des patients, les soins pseudo-scientifiques de la psyché, les membres du clergé, les parents dévoués, la police, le féminisme victimaire et le communautarisme.

Si Elaine Showalter dénonce les techniques de thérapies à base de drogues ou pseudo-scientifiques, supposées faire remémorer des souvenirs oubliés depuis des lustres, les livres de développement personnel, elle croit au rôle essentiel du professionnel  de la psychothérapie et de la psychopharmacologie pour aider les gens dans la vie quotidienne à lutter contre ces épidémies d’hystéries.
Est-il possible de les arrêter ces épidémies psychologiques? Difficile à l’ère du virtuel mais on peut déjà les endiguer avec de la persévérance pour contrer  cette contagion mentale entretenue par la presse, les rumeurs, les peurs collectives te les théories du complot. Accepter l’interdépendance entre l’esprit et le corps, et reconnaître les syndromes hystériques comme une psychopathologie universelle de la vie quotidienne avant de démanteler les mythologies stigmatisant. Il faut défendre certaines idées de Freud compatibles avec les avancées de la science, et rétablir la confiance dans la psychothérapie avec des professionnels aguerris et avec une bonne formation scientifique de base.
Il faut dénoncer la nocivité des talk-shows TV et des livres de développement personnel qui sont parole d’évangile pour le grand public, et notamment les femmes qui n’ont souvent pas accès à d’autres sources d’information. Autrement dit, éduquer à l’esprit critique.

Le livre  développant la notion d’hystoire a provoqué la colère de certains professionnels de la santé et des patients qui souffrent des troubles évoqués par Elaine Showalter. La controverse a essentiellement porté sur le SFC (syndrome de fatigue physique).  On a reproché à Elaine de ne pas être médecin et de ne pas être assez scientifique. Mais elle n’a peut-être pas tout à fait tort! Le SFC est encore un mystère pour la science! La cause de cette fatigue extrême n’est pas connue. Ainsi que le fait remarquer le Pr de Korwin«Cela est très déroutant car, malgré de très nombreux travaux réalisés, sa physiopathologie n’est toujours pas élucidée» . Les médecins n’ont pas de solution et la prise en charge repose sur un soutien  psychologique.

Concernant le syndrome de la guerre du Golfe, les scientifiques soulignent le fait qu’il n’est pas forcément lié au stress psychologique du combat, mais peut-être aussi à l’exposition à certains agents chimiques sur le théâtre des opérations, et qui  pourrait être corrélé à l’augmentation des cancers du cerveau. D’autres troubles évoqués par Elaine Showalter comme celui du syndrome des faux souvenirs s’est propagé en France par le biais de pseudo-thérapies. Grâce aux avancées neuroscientifiques sur le fonctionnement de la mémoire, il est plus facile aujourd’hui, de dénoncer le côté pseudo-scientifique de ces techniques douteuses qui ont fait le lit des faux souvenirs. Si son néologisme d’hystoire est controversé, l’analyse d’Elaine Showalter sur les nouvelles formes des épidémies psychologiques reste pertinente sur de nombreux points.

 

Sources: