PRÉFÉREZ VOUS LIRE SUR UN ÉCRAN OU SUR UN LIVRE PAPIER?

Le principal n’est-il pas de lire et d’y trouver du plaisir? Laisser à chacun le choix de son support!

Bibliothèque Sainte-Geneviève (Paris)

Aujourd’hui, avec internet et les moteurs de recherche, nous accédons à la connaissance d’une manière différente des générations précédentes. Illimitée, et c’est un véritable bouleversement culturel! Nos méthodes de travail intellectuelles s’en trouvent profondément bouleversées. En quelques clics, on accède en quelques secondes à une quasi infinité de documents sans se déplacer physiquement! De bonne ou de mauvaise facture et avec parfois en prime des fakenews, surtout dans le domaine scientifique! Pour mes deux premiers livres, j’ai du passer de longues heures à la Bibliothèque Sainte-Geneviève pour consulter de nombreuses sources! Et pendant ce temps-là, mon éditeur trépignait car je prenais du retard pour rendre mon manuscrit! Certes, temps béni qui m’a permis de contempler ce haut-lieu historique, mais j’avoue que c’est bien pratique de faire des recherches pour mon blog avec le net! Bref, manifestement, la lecture sur le net et sur écran modifient profondément nos capacités cognitives. Faut-il être forcément être nostalgique du livre papier? Les avis divergent sur la modification des processus cognitifs suivant le support de lecture.

Thierry Baccino, professeur de psychologie cognitive et ergonomique, liste les aspects négatifs mais aussi les bienfaits de la lecture sur écran

La lecture sur écran peut entraîner une désorientation cognitive
Enrichissement incontestable de l’information mais sans boulimie afin de ne pas tomber dans cette désorientation cognitive!

On lit plus vite sur un support papier que sur un écran à cause de la luminosité des écrans, et la compréhension du texte lu n’est pas la même.

Et Thierry Baccino souligne la détérioration de la mémoire spatiale du texte! Qui ne l’a pas expérimenté!

 Avec un texte sur papier, il arrive parfois que l’on se souvienne de l’endroit du texte où l’on avait trouvé une information. Parfois même on ne souvient plus de l’information mais seulement de sa localisation (dans le texte ou dans le livre). […]

« Lire sur un ordinateur ou sur papier active les mêmes zones cérébrales, selon Thierry Baccino. Sauf que lorsque nous lisons sur écran, c’est essentiellement pour rechercher des informations. Or cette activité, souvent liée à la prise de décision, mobilise quant à elle les aires frontales du cerveau. »

Nous ne lirions que 20 % du texte que nous trouvons sur le Web. Il est Indiscutable que les mouvements des yeux sont différents suivant que nous lisions sur un écran ou sur un livre. La lecture s’avère plus lente que sur la page d’un livre. Pour compenser cette perte de vitesse, nous aurions tendance à pratiquer une lecture rapide en sautant des mots et des phrases. Mea culpa! Ce qui parfois gêne la compréhension du texte. Manifestement, en modifiant notre manière de lire, Internet agit sur notre appareil neuronal, et est susceptible d’affaiblir notre capacité à comprendre les textes alambiqués. Mais nous sommes en 2019, et la conception d’une « bonne et mauvaise lecture » varie d’une époque à une autre.

Que l’on se montre sceptique ou pas, sur la lecture sur écran est aujourd’hui incontournable; la culture passe aujourd’hui par les canaux numériques. En leur temps, les livres papier furent vivement critiqués dont la prose. Au XVIII siècle, l’on reprochait à la littérature libertine de trop échauffer l’imagination. Que dirait-on aujourd’hui face à l’envahissement de la pornographie sur les écrans? C’était de la gnognotte!

Connaître les travers de la lecture sur le net ne signifie pas la diaboliser, mais l’aménager, et ne pas se priver des autres supports de lecture traditionnels. Les uns ne sont pas incompatibles avec les autres. Mais enlevons nous de l’esprit qu’un texte sur le net « se lit d’une seule traite » lorsqu’il dépasse plus d’une phrase avec un verbe, un sujet et un complément.

L’étude des mécanismes psychologiques de la lecture, et tout ce qui a trait à la plasticité neuronale lors de cette activité est un immense champ de recherche. Même si notre cerveau est plastique, les connaissances permettant de lire ne sont pas précablées pour cette activité (tout d’ailleurs comme pour les autres), et l’enfant doit se soumettre à un apprentissage de plusieurs années pour maîtriser la lecture.

Andrew Dillon de l’université du Texas , « nous sommes dans une nouvelle ère du comportement, face à l’information, et nous commençons à en voir les conséquences ». 

D’abord, il y a l’apprentissage du décodage visuel des signes écrits, et c’est l’aire occipitale qui est sollicitée. Et ensuite, il y a un ensemble de processus cognitifs résumé par Jean Dortier dans son article La plasticité, une adaptation permanente, s’appuyant sur les travaux de Stanislas Dehaenne: La lecture est un processus comportant plusieurs phases et mettant en lien la reconnaissance des formes et l’accès au sens, via toute une série d’étapes où sont impliquées les aires visuelles, les aires auditives (voie phonologique) et les aires du langage (qui donnent sens aux mots).


Lecture sur support papier ou sur écran, le principe d’acquisition de base reste le même. Pour Olivier Houdé, le cerveau reste le même mais ce sont les circuits qui changent. C’est le cortex préfrontal qui d’abord agit notamment chez l’enfant, au détriment de la « résistance cognitive », théorie révolutionnaire d’Olivier Houdé qui est la capacité du cerveau à inhiber les automatismes de pensée pour nous permettre de réfléchir
. Et il préconise un changement des apprentissages de la lecture qui repose sur la théorie des intelligences multiples.

Le sujet des bénéfices ou des désagréments de la lecture sur les écrans par à rapport aux livres papier est inépuisable! Le principal n’est-il pas de lire et d’y trouver du plaisir? Laisser à chacun le choix de son support! Faites à votre guise, le principal est de lire! Lisez, écrivez pour stimuler votre réserve cognitive! Et il y a aussi la bibliothérapie! À suivre !

Conférence sur la résistance cognitive par Olivier Houdé

Sources:

http://www.actualitte.com/societe/les-ecrans-et-la-lecture-en-profondeur-le-cerveau-s-adapte-49407.htm
http://www.washingtonpost.com/local/serious-reading-takes-a-hit-from-online-scanning-and-skimming-researchers-say/2014/04/06/088028d2-b5d2-11e3-b899-20667de76985_story.html
http://www.journaldunet.com/ebusiness/expert/53569/l-illetrisme-numerique-est-un-vrai-probleme-de-societe.shtml  

HORS LES MURS DE LA PRISON AVEC LA LECTURE!

Le personnel pénitentiaire a évalué le livre de Mathilda Matten comme pornographique et incitant à la violence. Ce serait une mauvaise lecture pour Andrès Martinez qui n’est pas un ange!





L’impact positif de la lecture sur l’humeur n’est plus à démontrer. Sans parler de bibliothérapie stricto sensu, il nous semble également naturel de lire les livres de notre choix! 

Pourtant cet acte aussi simple peut s’avérer parfois compliqué pour un détenu anglo-saxon. En novembre 2013, un article m’avait fait sursauter! Sous l’ère Cameron, les prisonniers ne devaient plus recevoir de livres, des magazines, papeterie et timbres. Le but étant selon le gouvernement de Cameron  de soumettre les prisonniers à «des conditions plus spartiates», afin d’accélérer leur «réhabilitation ».

Alors comment un détenu peut-il tenir le coup moralement s’il ne peut plus lire à sa guise? On sait que les épisodes dépressifs majeurs sont fréquents en prison et difficiles à traiter. L’écrivain nigérian Kunle  Ajibade, enfermé trois ans et demi dans les années 30 dans les geôles britanniques de l’époque, estime que, « malgré les odeurs d’excréments, d’urine de rat et de pourriture », recevoir des livres l’a aidé à garder le moral.  Notamment la copie de The View The Ground de Martha Gelhom (correspondante de guerre du XXe siècle) s’est avérée salvatrice pour son moral : « Je témoigne du pouvoir thérapeutique de la lecture et de la littérature, surtout dans les moments sombres. On ne peut se dire humain et nier à un prisonnier la possibilité de s’en sortir par l’esprit », écrit-il.

Outre ce droit fondamental de s’évader par l’esprit, il se pose parfois aux détenus anglo-saxons des restrictions sur le choix de leurs livres. Il y a la bonne et mauvaise littérature, celle qui a une bonne ou une mauvaise influence sur le comportement du détenu. S’il est prouvé que la bibliothérapie agit positivement, certains livres auraient l’effet inverse, allant jusqu’à des incitations à la violence. Ce dernier point est surtout cité pour les jeux vidéo violents, le cinéma et la télévision. La violence imaginaire, évoquée dans les médias, impacterait la violence réelle. Tout ceci au conditionnel, les études scientifiques étant souvent contradictoires.

Cette notion d’incitation à la violence va jusqu’à faire interdire certains livres dans les prisons américaines. Cette censure est souvent laissée à la discrétion du personnel pénitentiaire.

En 2013, Andres Martinez, incarcéré dans le pénitentiaire de Pelican Bay en a fait les frais. Il s’est vu interdire de lire The Silver Crown (non traduit en français) de Mathilde Matten, auteure populaire d’une trilogie de Fantasy. Le thème du livre est la lycanthropie: l’héroïne, à la nuit tombée, tue des loups garous et va un beau jour follement tomber amoureuse de l’un d’eux. Des passages contiennent des scènes d’un érotisme torride entre la Belle et la Bête.

Le personnel pénitentiaire a évalué le livre de Mathilda Matten comme pornographique et incitant à la violence. Ce serait une mauvaise lecture pour Andrès Martinez qui n’est pas un ange! Il est incarcéré pour tentative de meurtre et soupçonné, au sein de la prison, d’appartenir à un  gang mexicain. Les surveillants ont invoqué le fameux amendement des « livres douteux ». Surprenant quand on sait que le magazine Playboy circule librement dans cette prison. Mais Andrès Martinez n’avait vraiment pas envie de feuilleter Play Boy; il voulait absolument lire le livre de Mathilde Matten.

Il a alors saisi la cour d’Appel de San Francisco pour faire lever cette mesure restrictive. Le tribunal a donné raison au prisonnier, estimant que les gardiens n’avaient pas évalué correctement le contenu du livre, qui présentait une réelle qualité littéraire sans être pour autant de la littérature majeure. Selon le tribunal, les grands thèmes développés dans Silver Crown comme l’amour, la loyauté, le destin, la vengeance, la trahison ou encore la métamorphose des lycanthropes, ne constituaient nullement des incitations à la violence.

Si le fait divers d’Andrès Martinez paraît surprenant, il faut le replacer dans le contexte de  l’état de  Californie très pointilleuse sur les livres à mettre entre les mains des détenus.Très à cheval sur tout ce qui touche à la pornographie, notamment. Le personnel pénitentiaire n’a fait qu’appliquer le principe de précaution et respecter la loi californienne. Happy End pour Andrès Martinez qui a du dévorer le livre de Mathilde Madden…

Ce n’est pas la première fois qu’un livre est interdit dans les prisons américaines. L’Attrapes Cœur, roman de J.D Salinger l’a été aussi bien longtemps. Il faut dire que ce livre a été source de scandale outre Atlantique. Écrit après la seconde guerre mondiale, l’Attrapes Coeur a été placé sur la «banned book list» (liste des livres bannis et censurés) aux États Unis.

Dans les années 50, la notion d’antihéros débute aux États-Unis et choquera pendant longtemps les Américains. Les thèmes du livre (prostitution, décrochage scolaire, obsession de la sexualité), le langage familier, relâché et obscène de Salinger ont été jugés sulfureux et susceptibles d’exercer une mauvaise influence sur les adolescents. La rumeur affirme que L’Attrape Coeurs pourrait avoir amené, dans une moindre mesure, Mark David Chapman à tuer le chanteur John Lennon. Lors de son arrestation, on a trouvé un exemplaire du bouquin sur lui. .

Au Texas, 10 000 livres seraient interdits dont Freaknomics, un ouvrage de d’économie décalé! A l’inverse, rapporte le site ActuaLitté, Mein Kampf d’Adolf Hitler ou des livres signés par un ex-leader du Ku Klux Klan sont autorisés ». Diable!

Et encore, le site ActuaLLité rapporte que l’administration de Pennsylvanie prévoit d’interdire l’envoi d’ouvrages, au motif qu’ils alimentent le trafic de drogues. Mais la vente d’ebooks pourrait être autorisée.

Par contre, au Brésil, un article lu vaut quatre jours de prison en moins! Pour bénéficier de la réduction maximale de 48 jours chaque année en lisant jusqu’à 12 ouvrages de littérature générale, philosophie ou sciences, les conditions sont draconiennes! Le détenu a quatre semaines pour lire un livre et ensuite rédiger une dissertation sur le sujet. Un ancien détenu Erwan Janes soutient cette initiative pour les raisons suivantes:

Les livres que j’ai lus en prison ne m’ont pas permis de gagner du temps, mais m’ont aidé à devenir ce que j’aurais dû être…

Contrairement aux prisonniers brésiliens, je n’ai pas bénéficié d’une réduction de peine pour lire des livres – mais ils m’ont énormément aidé. 
Dites-moi quels livres vous recommanderiez aux détenus

Les détenus sont sujets à la dépression. Dans une dépression, il ya de nombreux troubles cognitifs dont celui de l’attention, d’une focalisation sur les émotions négatives et d’une baisse de l’humeur. La bibliothérapie permet de détourner l’attention du dépressif, et de lui redonner le gout de l’effort cognitif, et de stimuler son imagination. 

Sources:

http://www.actualitte.com/societe/erotisme-et-loups-garous-ne-font-pas-bon-menage-en-prison-42998.htm

http://fr.wikipedia.org/wiki/L’Attrape-cœurs

http://www.marianne.net/Prisons-britanniques%C2%A0-defense-de-lire_a239326.html

UN COLLOQUE SI SINGULIER EN FIN DE VIE!

Le colloque si singulier entre le médecin et son malade concerne aussi la fin de vie.

Aux origines.©NBT

Qu’est-ce qui fonde la relation Médecin/malade? Il y a d’un côté l’objectivité scientifique qui caractérise la médecine actuelle représentée par le médecin, et de l’autre une personne, le patient qui le consulte lorsqu’il y a souffrance, du corps et de la psyché.

Il a été beaucoup écrit sur cette relation si particulière entre le médecin et son malade, son éthique. Il s’agit bien d’un colloque singulier entre deux personnes. Du côté du médecin, cette relation ne peut se réduire au simple corps, même si l’objectif commun entre ces deux personnes est la préservation et l’amélioration de la santé du patient. Il ne faut pas négliger l’impact des facteurs émotionnels et affectifs. Même si le médecin est dans l’empathie, ce colloque singulier révèle une situation d’inégalité.

La naissance et la mort sont les deux extrêmes de la vie. Le colloque si singulier entre le médecin et son malade concerne aussi la fin de vie. L’actualité de ces derniers jours montre que ce n’est pas toujours si simple. Ce post n’a pas pas pour but de ressasser les rebondissements d’une sordide affaire d’arrêt des soins ou non, de se prononcer pour ou contre ou de relancer une nouvelle législation sur la fin de vie. Pour ou contre l’euthanasie.

Mais simplement de rappeler un aspect essentiel de la loi actuelle relative aux droits des malades et à la fin de vie. Celui des directives anticipées trop souvent négligées lorsqu’on est en bonne santé.

Quelques sites dont vous pouvez inspirer:

« Chacun peut écrire ses directives anticipées : elle sont surtout utiles en cas de fin de vie mais pas uniquement. C’est un droit depuis la loi du 22 avril 2005 relative aux droits des malades et à la fin de vie, renforcé par la loi du 2 février 2016 créant de nouveaux droits en faveur des malades et des personnes en fin de vie.»

https://www.has-sante.fr/portail/jcms/c_2722363/fr/rediger-ses-directives-anticipees

https://www.pour-les-personnes-agees.gouv.fr/actualites/directives-anticipees-un-modele-votre-disposition

https://solidarites-sante.gouv.fr/IMG/pdf/fichedirectivesanticipe_es_10p_exev2.pdf

Évidemment, la liste des sites n’est pas exhaustive, vous pouvez en consulter d’autres, et en parler avec votre médecin référent car la relation entre le médecin et le malade est essentielle en fin de vie.

Je termine ce post par ces propos du Dr Véronique Fournier, cardiologue, Présidente du Centre national des soins palliatifs et de la fin de vie. Elle rappelle le rôle du médecin lors de la fin de vie.

Qu’on le veuille ou non, in fine, c’est la médecine qui accompagne les hommes dans leur fin de vie, et non les juges, les avocats, les médias, ou la société. Certes, les médecins ne doivent pas être au-dessus des lois. Ils ont à respecter comme tout citoyen les règles de la République. 

UNE ÉTIOLOGIE PSEUDO-SCIENTIFIQUE DE LA BOULIMIE

Comme prise en charge, il leur est proposé une méthode douteuse permettant aux supposés souvenirs d’abus de ressurgir.

©Giuseppe Muscio

C’est archi connu du grand public, les troubles de la conduite alimentaire ont une origine psychique. C’est l’item 69 du DSM V. Ces troubles ont en commun, sous-jacent aux perturbations alimentaires, des désordres dans la perception de l’image du corps. Succinctement résumé, les prédispositions font état de la fréquence de l’anxiété, de la dépression, d’une fragilité psychologique, d’un sentiment d’insécurité, d’envie, d’ambition, d’une mauvaise estime de soi, de besoins affectifs, etc…Toutes ces causes, bien évidemment  ne prédisposent pas à la survenue d’un trouble alimentaire (boulimie ou anorexie) à l’adolescence mais soulignent une fragilité de la psyché. Quant aux évènements déclenchants, ils ne sont pas spécifiques et la liste est longue. Et pourtant, cette approche étiologique des troubles du comportement alimentaire n’a pas toujours été de règle.

Nous allons donc revenir  aux années 90 comme le montre  l’affaire Ramona, une sombre histoire de sérum de vérité: deux thérapeutes  et un hôpital furent condamnés à verser des dommages et intérêts conséquents pour avoir implanté des faux souvenirs à Holly Ramona, traitée pour une boulimie et une dépression par Amytal (sérum de vérité). L’affaire Ramona est exemplaire au sens où elle démontre la dangerosité de certaines méthodes de psychothérapies non validées et une étiologie de la boulimie non validées par la science. Elles ne respectent pas le principe du « primum non nocere » qui se traduit par « d’abord ne pas nuire ».

Une certaine étiologie de la boulimie remonte à Judith Lewis Herman qui théorisa sur les victimes de violences domestiques et de viols. La psychologue faisait le parallèle entre le stress post-traumatique des vétérans du Vietnam et des femmes victimes de viol. Pour elle, l’impact sur la psyché du trauma des violences domestiques et du viol était pareil à celui des vétérans du Vietnam. Dont l’altération de la mémoire. Mais à l’époque, les neurosciences sur le fonctionnement de la mémoire n’étaient pas aussi pointues qu’aujourd’hui. Pour prendre en charge ces victimes, Judith pensait qu’une thérapie verbale était insuffisante, et qu’il fallait trouver une autre méthode susceptible de faire se souvenir ces victimes de ces violences sexuelles pour que leur état psychique s’améliore.

Or, il est impossible de se souvenir avant l’âge de 7 ans. Des chercheurs de la faculté Emery, ont démontré que les souvenirs de la petite enfance s’effaçaient à partir de 7 ans. Dans la construction de la mémoire autobiographique d’un adulte, la faculté d’oubli est un processus aussi important et normal que le processus de mémorisation; ceci permettant ainsi la mise en place d’une mémoire autobiographique plus concrète et plus complexe. Ce qui n’est pas le cas dans l’approche théorique des thérapeutes qui partent à la pêche chez leurs patients des souvenirs traumatisants avant l’âge de sept ans.

Dans cette lignée théorique, de fil en aiguille, les troubles du comportement alimentaire, dont la boulimie avec la dépression majeure vont devenir la preuve d’une violence sexuelle passée. Comme prise en charge, il leur est proposé une méthode douteuse permettant aux supposés souvenirs d’abus de ressurgir. Cette nouvelle famille pseudo-scientifique porte le nom anglais de « Memory Recovered Therapy » (MRT) ou les thérapies pour se souvenir. Leur principe est basé sur la régression dans le temps, une plongée en  en état modifié de conscience dans le passé du sujet jusqu’à l’événement traumatique. Il ne s’agit pas de quelques heures, ni de quelques jours, ni de quelques mois mais de décennies entières qui remontent, la plupart du temps à la prime enfance, en pleine période de l’amnésie infantile. On propose à la (supposée) victime d’abus de régresser dans son enfance. De préciser, qu’elle le fait avec sa mémoire et son cerveau d’adulte; ce que n’ont pas compris ces pseudo scientifiques. 

Dans les années 90, nombre de thérapeutes pensaient que l’étiologie de la boulimie avec un épisode majeur de dépression  était la preuve tangible d’un abus sexuel durant l’enfance et dont la victime ne se souvient plus. Frappée d’une sorte d’amnésie, mécanisme de refoulement du trauma! Confrontées à ses souvenirs, les victimes vont pouvoir se souvenir de leur agresseur, retrouver une meilleure estime de soi et une bonne image du corps. Cela partait d’un bon sentiment mais ce traitement de la boulimie repose sur des postulats faux dont Holly Ramona et son père ont fait les frais.Les thérapeutes n’ont pas appliqué le principe du « no primum nocere », et ont appliqué sur Holly une MRT, notamment l’Amythal, connue pour sa dangerosité; notamment celle de l’implantation de faux souvenirs. Selon eux, les souvenirs de trauma peuvent disparaître de la conscience des laps de temps impressionnants, des décennies entières.

 Ce postulat implique que même les patientes qui ne signalent pas de souvenirs d’abus méritent systématiquement des investigations pour manipuler leur mémoire sur ce principe de la régression dans le temps pour que leurs troubles s’améliorent. L’on ne peut constater que dans les MRT  et le syndrome des faux souvenirs, le terme « d’amnésie dissociative » revient souvent sur le tapis pour justifier l’oubli total  d’un trauma sur des décennies. Aujourd’hui, il est remplacé par celui d’amnésie traumatique, mais le mécanisme reste le même. En fait, le terme d’amnésie est joyeusement dévoyé pour expliquer que la mémoire fonctionne comme un magnétoscope, et qu’il est possible de  récupérer d’une façon « quasi miraculeuse » des souvenirs par une technique altérant la conscience. 

Dans l’un de ses articles, le psychiatre Harrisson Pope explique d’une façon simple la méthodologie de ces thérapeutes pseudo scientifiques: Holy avait subi un abus sexuel, facteur étiologique de sa boulimie. En résumé, A précède B. Cela ne veut pas dire que A est le facteur étiologique de B. C’est du même tonneau que si l’on disait que les obèses adorent mettre des édulcorants dans leur café plus que les minces. Cela ne signifie pas que les édulcorants sont la cause de  l’obésité. Son étiologie, en somme.

Pour en savoir plus sur l’amnésie dissociative très en relation avec les MRT, le lecteur peut se reporter à l’article dûment documenté du Dr Marc Gozlan sur son blog réalités Biomédicales « Ces patients frappés d’amnésie après un stress intense ». C’est une approche rigoureuse qui ne fait aucune part à l’approximation scientifique, et si l’on retrouve le terme d’amnésie dissociative, cela n’enlève rien à l’existence des faux souvenirs induits (non évoqués dans  le dit article).

Les thérapies comportementalistes donnent d’excellents résultats. Holly Ramona fut d’ailleurs traitée, plus tard, avec de la fluoxetine (Prozac) avec succès. Le risque majeur d’une MRT est de créer des faux souvenirs, de rompre les  les liens familiaux, et faire traîner en justice des innocents pour abus sexuels. Certains patients se sont rétractées, mais pas tous!  Pour d’autres, ces faux souvenirs se sont transformés en certitudes, et sont devenus leur raison d’être, de vivre, et ils ont rompu avec leur famille. C’est tellement ancré dans leur mémoire qu’il est impossible de faire marche arrière! 

Tout thérapeute a la liberté de choisir une autre thérapie en l’absence d’autre traitement.  Mais ce n’est pas le cas pour la boulimie et de la dépression.

Malgré l’évolution des connaissances scientifiques sur la mémoire, certains thérapeutes insuffisamment formés, créent encore des faux souvenirs chez leurs patients. Y compris en France.  Alors quelle que soit la thérapie, d’abord ne pas nuire: « Primum non nocere ». Une prise en charge médicale et  pluridisciplinaire est préconisée en priorité dans les troubles de la conduite alimentaire.     





        Lien: https://www.has-sante.fr/portail/jcms/c_2581436/fr/boulimie-et-hyperphagie-boulimique-reperage-et-elements-generaux-de-prise-en-charge-note-de-cadrage          

 
 
 

 

 

 

 
 

QUI SONT LES CHAMANS?

Le chaman évolue dans un monde parallèle, une quatrième dimension. Une sorte d’univers à la Lewis Carrol dans Alice au Pays des Merveilles.

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The Meeting. ©Marti Fenton .
Le chamanisme, la plus vieille forme de religion observée depuis l’aube des temps, revient en force en Occident dans les milieux des Nouveaux Mouvements Religieux et de l’ésotérisme populaire. Ce savoir ancestral pratiqué par les Peuples Premiers attire potentiellement des personnes en « recherche spirituelle » déçues par la spiritualité occidentale. Parler du chamanisme n’est pas facile si on veut saisir l’esprit culturel des Peuples Premiers différent de la pensée occidentale.
 
Les peuples chamaniques respectent les puissances naturelles, et pour eux, les animaux, les pierres, les arbres et les plantes sont des entités vivantes porteuses dune âme. Une forme d’intelligence de la nature.
 

 

Comme l’a écrit le célèbre anthropologue Claude Lévi-Strauss:
« Le monde animal et le monde végétal ne sont pas utilisés seulement parce qu’ils sont là, mais parce qu’ils proposent à l’homme une méthode de pensée.» 
C’est le principe même de l’animisme où la sorcellerie et la magie sont omniprésentes. L’univers du chaman est a-causal et le chamanisme est fondé sur la certitude qu’il existe un espace surnaturel auquel il peut accéder grâce à la magie opérative. Le chaman évolue dans un monde parallèle, une quatrième dimension. Une sorte d’univers à la Lewis Carrol dans Alice au Pays des Merveilles. La pensée du chaman se situe hors de la logique cartésienne et elle se compose d’un réseau sensible tissé de symboles, de mythes et de signes tapis dans la mémoire et les coins et recoins de l’inconscient individuel et collectif. La mythologie et le légendaire sont le quotidien des chamans; une catégorie d’hommes, plus rarement de femmes, qui vivent les mythes dans leur psyché.
 
Au XVIII siècle, les premiers observateurs de ces cultures ancestrales ont taxé ces personnes-qui-croient-aux-esprits et aux-mondes-parallèles de fous et d’épileptiques. Le génie de ces cultures a été de convertir la folie en vocation sociale. Les chamans suivent une initiation qui leur permettent d’acquérir ce statut social reconnu par  leur communauté. Les premiers observateurs les ont éreintés de commentaires désobligeants. Le Russe Krivosapkin les décrits en 1861 comme des malades mentaux. Son compatriote Borogaz parle de sélection naturelle des individus les plus nerveusement instables. Un certain Ake Ohlmarks, en 1939, parle « d’hystérie arctique » causée par le froid polaire, la solitude désertique et le manque de vitamines.
 
L’image du chaman sera par la suite réhabilitée, voire encensée. Alfred Metraux constate que chez les Indiens du Brésil, de Guyane et des Antilles, le chaman se recrute parmi les personnes prédisposées au mysticisme, voire instables; le statut de chaman permet de les définir socialement. Les actes du chaman sont guidés par un rapport particulier avec le sacré, le numineux décrit par Carl.Gustav Jung, la religiosité. Les chamans affirmaient aux premiers observateurs avoir, au cours de leur initiation, eu leur « Soi originel » remplacé par un « Soi spirituel »qui leur confère des Pouvoirs: le secret des pierres, des animaux, la capacité de parler avec les morts, de pratiquer le voyage astral et autres talents. Ce qui différencie le chamanisme de la parapsychologie, c’est la dimension environnemental et culturelle qui interagit sur l’action du chaman et son groupe partageant les mêmes croyances sur l’organisation du Monde, et les rapports entre le monde végétal et animal évoqué plus haut. 
Au sujet de ces relations « fusionnelles » entre les animaux et l’homme, Claude Levi-Strauss a raconté ce mythe : « Jadis les chèvres étaient des êtres de même nature que les Indiens; elles prenaient l’apparence animale ou humaine à volonté. Les Indiens le savaient; raison pour laquelle ils continuent d’observer des rites spéciaux quand ils tuent une chèvre, ou bien un ours noir ou  un grizzly qui ont aussi cette double nature.»
 
Le chaman entre en contact avec les esprits et les divinités par un ensemble de rituels qui lui permettent  de soigner ou d’obtenir les  faveurs des dieux ou des morts. Sa fonction est de négocier, de commercer avec les esprits bénéfiques ou maléfiques dans les mondes célestes et infernaux. À cette fin, le chaman doit se couper momentanément du réel et entrer en transe.
 
Cet État Modifié de Conscience Chamanique selon M.Harner est décrite dans toutes les cultures chamaniques sous divers noms: vol chamanique, vol magique, voyage en esprit, voyage chamanique. Durant la transe, le chaman a des visions, des images oniriques et prégnantes qui lui permettent de voir ce qui se passe dans ces mondes parallèles. Le double (ou l’âme) du chaman quitte le corps pour entreprendre des ascensions célestes mais il visite également les régions infernales pour ramener l’esprit du malade capté par les forces maléfiques.  
 
 L’entrée en transe se fait par l’entremise d’une mise en scène théâtrale où la musique y est omniprésente. Les rituels se composent de chants, de psalmodies, de danses au tempo répétitif (lent ou accéléré) avec (presque toujours) un tambour, l’instrument emblématique. Afin d’intensifier la transe, certaines sociétés tribales consomment socialement des drogues dans un contexte rituel et sacré à des fins visionnaires ou exorcistes. Pour les peuplades sibériennes, c’est l’anamite tue-mouches, au Mexique le peyolt, et le nonda et le panade en Nouvelle Guinée. Dans le cadre des cultes Bwiti, l’iboga, un bois sacré, est utilisé au Gabon. La liane des morts, l’ayahuasca, est le breuvage sacré d’Amazonie. Quoi qu’il en soit, la prise de la drogue est cultuelle et remplit une fonction bien particulière. Comme les Indiens Guajiro (Venezuela) qui considèrent la drogue comme une substance qui leur permet d’aller de l’autre côté du miroir, et qui est un vecteur capable de les transporter dans cet univers a-causal.
 
Carlos Castaneda a popularisé cet univers dans ses livres à grand succès. On sait aujourd’hui que son best-seller « L’herbe du diable et la petite fumée » présenté comme une enquête ethnologique est une construction littéraire. Mais il a fait rêver toute une génération de la contre-culture, et pour cela on ne lui en veut pas car il fait encore voyager l’imaginaire de ses lecteurs. Dans ses livres Carlos Castaneda y raconte son initiation avec Juan Mati, un sorcier yaqui dont il fut pendant six années l’apprenti. Durant cette période initiatique, il expérimenta divers états de conscience et prit les hallucinogènes de la tradition mexicaine. C’est sacrément bien documenté pour une création littéraire! Charlatan ou pas, Carlos Castaneda inaugure le néo-chamanisme des années 70 en pleine période de la contre-culture américaine.
Des anthropologues dont notamment Michael Harner, avec son étude des Jivaros et une approche comparative de diverses traditions chamaniques, va contribuer à cet engouement des pratiques chamaniques en Occident à la suite de la parution de son livre : The Way of the Shaman (titre français : Chamane) en 1980. Il qualifie son approche de « core-shamanism », c’est-à-dire « chamanisme fondamental »; c’est une approche regroupant des techniques transcendant les contextes culturels spécifiques. La bien-pensance a reproché à Michael Harner d’inciter à la prise d’hallucinogènes façon new âge et contre-culture; force est de constater que ses travaux anthropologiques font partie de la littérature anthropologique de référence, et qu’ils sont de bonne facture.

 

Aujourd’hui, le chamanisme est victime de son succès et est détourné à d’autres fins. Après avoir lu des livres ou assisté à des conférences, certaines personnes sont tellement enthousiastes qu’elles veulent suivre cette voie et tombent sous la coupe de pseudo-chamans, de bons Occidentaux comme vous et moi. Ces charlatans proposent des stages de chamanisme qui  ne sont que de pâles imitations de rites chamaniques, et qui sont surtout un méli-mélo de syncrétisme new-agiste. Le chamanisme devient alors une pratique douteuse de psychothérapie. Folklorique ou effet placebo. S’il n’y pas de mise sous emprise chimique et mentale, ce n’est pas grave, mais ces pratiques sont dangereuses lorsqu’elles sont conjuguées à la drogue. 

Les traditions les plus dévoyées sont celles qui utilisent des drogues dans leurs rituels, aux fins de mettre sous emprise chimique. La plus en vogue est celle de l’Amazonie avec son hallucinogène puissant l’ayahuasca, le Vin des Morts. Ce breuvage est la médecine traditionnelle des chamans d’Amazonie, les Ayahuasqueros, pour soigner les populations locales. La prise de l’ayahuasca se limite au cercle restreint de l’Amazonie. Mais l’ayahuasca est l’objet d’un tourisme hallucinogène inquiétant qui en a laissé plus d’un sur le carreau, esquintant la psyché et qui peut s’avérer parfois mortel. Pourquoi?

Les effets pharmacologiques de l’ayahuasca sont analogues à ceux du L.S.D, la molécule chimique de référence découverte accidentellement par le suisse Albert Hoffman. Mais chut! Silence radio de la part des pseudo-chamans qui se gardent bien de le dire à leurs adeptes à qui ils font prendre cette drogue. Ils leur présentent comme une médecine alternative censée guérir toutes les maladies physiques et mentales. D’autres drogues sacrées font aussi l’objet d’un racket comme l’iboga, le L.S.D africain, de la tradition des Bwitis qui talonne l’ayahusca.

Sources: 
Chamanes au fil du temps, Francis Huxley Jeremy Narby, Albin Michel
 Claude Levi-Strauss, Le Cru et le Cuit, Plon, 1964Hallucinogènes et Chamanisme, Michaël Harner,  Terra Magna, 1992
Les Jivaros,: les cascades sacrées, Michael Harner, Poche

Vidéo de danse traditionnelle amérindienne

 

 

 

 

 


 
 

 

 









COMMENT LA PSYCHOLOGIE ENVIRONNEMENTALE AIDE LES MALADES D’ALZHEIMER

L’image d’une « porte reconnaissable entre mille » qui ressemble à celle de leur maison qu’ils ont quitté dans ce lieu médicalisé est positive à de nombreux égards.

Le Silence, ©Edward Hopper

L’architecture peut s’avérer salvatrice pour les personnes souffrant de maladies mentales. Dans son livre « Les Espaces de la folie », l’architecte DPLG, Jean David Devaux, a étudié la perception de l’espace dans les maladies mentales, et comment l’architecture peut contribuer à sortir les malades de leur isolement.  

Pour l’architecte Alfred Loos, «l’architecture éveille en l’homme des états d’âme. La tâche des architectes est de préciser ces états d’âme.»

L’architecture est en prise directe avec notre environnement et avec notre psyché. Et dans cet état d’esprit, on peut inclure l’architecture dans  la discipline fort peu connue de la psychologie environnementale. Elle a de fortes connexions avec la psychologie sociale, mais elle s’en distingue en incluant toujours les dimensions physiques de l’environnement. Et rien n’empêche d’établir des ponts entre les deux disciplines ainsi qu’avec d’autres en sciences humaines.

L’environnement joue un rôle très important dans notre vie, et surtout le lieu d’habitation; avoir un tout au dessus de la tête est une condition essentielle pour se sentir en sécurité. L’habitat est un micro environnement, et il est le premier espace d’interaction de l’individu avec son environnement.

C’est son épicentre. L’habitat est à relier à la pyramide des besoins de Maslow.  Il se situe au bas de la pyramide, avec les besoins qui poussent l’être humain à agir, parler et à se socialiser.  Outre la consolidation  du sentiment de sécurité en étant à l’abri des variations climatiques, l’habitat permet de satisfaire la plupart des besoins physiologiques primaires, et se révèle un espace de convivialité et de partage. Chez-soi, on prépare la nourriture et on la consomme avec sa famille ou des amis. Si la tendance aujourd’hui est de faire livrer ses repas, le rite du repas dans son foyer est incontournable.  

Malheureusement, dans les maladies neurodégénératives comme la démence (la plus connue est celle d’Alzheimer), la relation avec l’environnement est altérée et les repères spatiaux sont chamboulés. Les personnes, au fil du temps,  connaissent un déclin physique et cognitif. Au fur et à mesure que la maladie progresse, elles deviennent de moins en moins capables de s’occuper de leurs activités quotidiennes. Se repérer dans l’espace devient problématique; elles sont susceptibles d’errer, d’oublier d’où elles viennent et où elles vont. L’une des priorités pour leur intégrité physique est de créer un environnement sécurisé. Mais en dehors de sa création, il faut aussi que la personne ressente ce sentiment de sécurité comme si elle était chez elle ».  

Comme nous, les malades atteints maladies neurodégénératives cherchent à comprendre le monde qui les entoure. Elles privilégient leur mémoire à long terme plutôt que la mémoire à court terme. Leurs repères spatio-temporels sont différents des nôtres ainsi que leur réalité, et c’est fortement anxiogène pour elles.   La familiarité est une condition essentielle pour se sentir en sécurité. Les personnes atteintes de démence le sont dans leur maison. Mais, très souvent, elles doivent aller dans un institut médicalisé, et ce nouvel espace de vie peut les perturber et aggraver leurs symptômes. Pour que cet endroit devienne familier, il faut recréer une atmosphère qui leur rappelle leur passé comme des vieilles photos, des meubles qu’ils avaient chez eux. Ce n’est pas toujours suffisant pour « l’appropriation » qui est un élément essentiel de l’identité spatiale.   Un institut médical est un lieu froid et impersonnel, et y vivre en permanence est à l’opposé de l’environnement douillet du chez-soi qu’ont du quitter ces patients à cause de leur maladie.

Alors comment recréer un lieu de vie qui leur rappelle leur maison, favorise leur sentiment de sécurité et renforce les protocoles de prise en charge psychologique?   

La société « True Doors » a eu l’idée ingénieuse de proposer aux patients, vivant en institut, d’imprimer leur porte de chambre grandeur nature, à l’identique celle de leur ancienne maison. Le but est qu’ils puissent se sentir comme chez eux et ne soient pas déboussolés par la vie en institut. Ces portes, personnalisées sous les directives des pensionnaires, atténuent l’atmosphère impersonnelle d’une résidence médicalisée, et permettent de recréer un environnement de vie plus chaleureux et convivial.   L’image d’une « porte reconnaissable entre mille » qui ressemble à celle de leur maison qu’ils ont quitté dans ce lieu médicalisé est positive à de nombreux égards.

De plus, ces autocollants de la société True Doors stimulent la mémoire et les aident à s’orienter.   Le simple fait ainsi de personnaliser sa porte ouvre à ces patients littéralement une porte vers le passé. Voir un élément d’architecture aussi familier que sa porte d’entrée engendre des émotions positives et stimule la mémoire à long terme. Les relations avec le personnel soignant et les autres résidents s’en trouvent facilitées car derrière chaque porte « customisée », il y a une histoire personnelle qui favorise  « la thérapie de la réminiscence » qu’ils suivent dans l’institut.  On pourrait aussi appliquer ce principe à n’importe quel type de thérapie, et je pense à l’une de mes favorites qu’est la Remédiation Cognitive.

Cette simple idée de coller des stickers rappelant la décoration des habitats du passé ont inspiré les blogs de personnes souffrant de maladies neurodégénératives, et elles ne tarissent pas d’éloges sur cette initiative architecturale.   True Doors est une initiative qui ne guérit pas (hélas) ces maladies neurodégénératives mais influence le moral de ceux qui en souffrent, et c’est déjà positif même l’efficacité scientifique du relooking des portes est empirique et ne repose que sur des témoignages! Pas d’études en double aveugle et publiées dans une revue scientifique, mais c’est une jolie initiative qui fait du bien! Ce n’est déjà pas si mal.

Évidemment, faut-il préciser que les bienfaits de psychologie environnementale sur la psyché de nos aînés ne se résume pas à recréer avec un sticker la porte d’une ancienne maison. L’architecture environnementale s’avère prometteuse sur de nombreux plans.

UNE DIABOLIQUE AFFAIRE!

La famille De Védrines, notables du Sud-Ouest, est restée sous l’emprise du gourou de Monflanquin durant longue onze années!

Casting du téléfilm Diabolique diffusé sur France 3 en avril 2016

En avril 2016, France 3 a diffusé le téléfilm « Diabolique »de Gabriel Arghon, inspiré d’un fait réel, celui des reclus de Monflanquin, un dossier qui a occupé de nombreuses années la MIVILUDES.

Si cette affaire semble passée, elle est toujours d’actualité. Exemplaire, elle montre la notion d’emprise d’emprise mentale sur un groupe de personnes, en l’occurence une famille. Un homme sans scrupules que l’on peut qualifier sans l’ombre d’un doute de gourou a abusé financièrement et psychologiquement d’une famille entière.

Thierry Tilly, ce gourou a été condamné en juin 2013 par la cour d’appel de Bordeaux à dix ans de prison pour avoir ruiné une famille de notables bordelais par des méthodes douteuses de manipulation mentale. En 2012, il avait été condamné  à huit ans de prison pour « abus de faiblesse sur personnes en état de sujétion psychologique, détention arbitraire et violences volontaires ».

Le procureur a requis dix ans de prison contre ce « mythomane stratégique », qui affecte l’innocence. Le jugement a suivi la réquisition du procureur, et l’on ne peut que s’en féliciter pour les victimes.  La famille De Védrines, notables du Sud-Ouest, est restée sous l’emprise du gourou de Monflanquin durant longue onze années! Une tranche de vie conséquente!

La presse s’est largement faite l’écho de cette affaire, et le lecteur curieux peut consulter à travers le web l’historique de cette manipulation mentale, et les résumés du procès qui a opposé les victimes à Thierry Tilly.  Les témoignages des victimes sont éloquents du calvaire qu’ils ont vécu pendant onze ans. Ghislaine Marchand raconte que « c’était un cauchemar terrible. Plus j’avance et plus je me rends compte à quel point nous avons été esquintés». Christine de Védrines, l’une des onze victimes, surnomme Thierry Tilly, « l’Escroc », « le Manipulateur »,  « le Caméléon » ou encore le « Fantôme ». Elle se livre sans  fard ni honte dans son livre « Nous n’étions pas armés ».  Un témoignage courageux!


Thierry Tilly a usé de toutes les techniques de manipulation mentale pour dépouiller cette famille de tous leurs biens. Cette mise sous emprise mentale s’est faite par une série de pressions et de techniques psychologiques qui mènent à la sujétion mentale. On a de la peine à croire qu’une famille entière ait été victime d’un gourou. Et pourtant, cela peut arriver à n’importe qui ! C’est l’une des difficultés majeures à faire passer ce message, à laquelle se heurtent les associations qui luttent contre les dérives sectaires. Nous sommes tous manipulés à des degrés divers, et nous sommes aussi également tous des manipulateurs.  

Il faut évoquer la personnalité du gourou, et son équilibre mental. Celui de Monflanquin a soulé la Cour par son incohérence, son délire, sa mythomanie. Thierry Tilly va se prétendre tour à tour roi d’Israël, neveu de la reine d’Angleterre, membre de la famille qu’il vient d’escroquer. Il s’est également  vanté d’être agent secret et victime d’un complot maçonnique dont il voulait protéger la famille. Rien que ça!

Face à une personnalité comme celle de Thierry Tilly -ou d’un autre gourou- d’aucuns évoqueraient le registre de la personnalité du Pervers Narcissique. Cette étiquette popularisée par le livre de Marie-France Hirigoyen Le Harcèlement moral, la violence perverse au quotidien, a été dévoyée et fait aujourd’hui l’objet de livres supposant délivrer aux lecteurs les recettes pour y échapper. Si cela marchait réellement, ça se saurait, et on les aurait éradiqués depuis belle lurette de la surface de la terre. Ce n’est pas si simple de se mettre à l’abri d’une personnalité si diabolique. Dans son autre livre « Abus de faiblesse et autres manipulations », ouvrage majeur sur la manipulation mentale à mettre entre toutes les mains, Marie-France Hirigoyen estime que nous sommes tous manipulés, tous manipulateurs à des degrés divers. Il y a des frontières à ne pas franchir pour aliéner l’autre, le mettre sous sujétion mentale pour pas devenir victime de « personnes de mauvaise compagnie ».

Le profilage du gourou de Monflanquin est celle de tout manipulateur qui met sous emprise ses victimes à des fins liberticides. Un gourou sait cerner la personnalité, et exploiter ses failles par la coercition mentale et physique. Qui n’a pas ses faiblesses psychologiques ? Le génie du manipulateur est  justement de les repérer et de s’en servir pour détruire l’autre.

Toute sujétion psychologique présente les trois phases interactives:
séduction/Destruction/Reconstruction.

Cet engrenage infernal va conduire les victimes à la soumission aveugle qui détruit la psyché. Ce n’est qu’après être sorti de cet engrenage infernal que les victimes peuvent prendre de la distance et réaliser l’horreur de cette sujétion psychologique aveugle, de la perte de leur libre-arbitre.   Ces trois phases s’observent dans l’affaire de Monflanquin. 

D’abord,  celle de la séduction.  Thierry Tilly est présenté dans les règles de l’art. Doté d’un charisme hors norme comme tout gourou, il arrive à  gagner au fil du temps  la confiance de la famille. «La puissance de son regard était quasi hypnotique. Il nous a rendus prisonniers de nous-mêmes», témoigne Philippe de Védrines. Christine de Védrines témoigne, conforte les témoignages des autres membres de sa famille: « Il a passé du temps à écouter Ghislaine (sa belle soeur), il savait tout sur nous et nos comptes en banque, analyse -t-elle! . C’est quelqu’un de très intelligent qui vous scanne et détecte rapidement vos défauts et vos qualités.


« Il a gagné la confiance de ma belle-sœur et de ma belle-mère, dont l’influence était prépondérante dans cette famille matriarcale».«Il est arrivé nimbé de pouvoirs extraordinaires et apportait à chacun les réponses qu’il attendait » assure-t-elle. 


Et Charles-Henry note qu’il « a réussi à placer ses pions partout pour tirer les ficelles. Avec un petit bout de vérité, il faisait un gros mensonge».   Une fois la confiance installée, Thierry Tilly est passé à la seconde phase qui est celle de la destruction de la personnalité. Il va semer la zizanie en exploitant les rivalités familiales, les mesquineries confortant le fameux adage « Diviser pour mieux régner ». Il isole la famille du reste du monde, et en dicte leur mode de vie. Ils vont être onze à vivre reclus sans téléphone, volets fermés dans le château familial de Monflanquin, dans le Lot et Garonne. Le harcèlement moral, les mensonges diffamatoires notamment sur la fidélité conjugale de Christine de Védrines feront partie de sa boîte à outils du parfait manipulateur. L’un des enfants serait né d’un inceste avec son père, le pire étant que son mari le croira un temps.

Thierry Tilly exploitera le manque de confiance de Christine de Védrines pour l’épuiser moralement. Il utilisera avec elle la coercition physique avec la complicité involontaire des autres membres de la famille, car sous sujétion mentale et incapables de prendre du recul et de mesurer la portée de la violence physique et morale. Thierry Tilly la séquestrera plusieurs jours dans une pièce, et la forcera de rester sur une chaise face au mur. « Je suis devenue moins qu’un être humain, un sous-homme », écrit-elle dans son livre.

Elle n’est pas la seule à parler de cette mise sous emprise. « Tilly a mis un pistolet psychologique sur nos tempes et passait son temps à nous dresser les uns contre les autres. Il séduit sa proie, puis il l’enserre, l’englue, l’épuise» (Ghislaine de Védrines).

« C’est un prédateur. Il a pris notre argent, mais en plus il nous a cassés » accuse Diane, la plus jeune de la famille, qu’il a réussi à faire travailler 90 heures par semaine, en Angleterre.

La reconstruction de la personnalité des uns et des autres selon les desiderata machiavéliques du gourou de Monflanquin, a permis à ce dernier de dépouiller la famille de son patrimoine qui s’élevait à plusieurs millions d’euros. Christine de Védrines aura un jour un déclic sur Thierry Tilly, et en mars 2009, elle s’enfuira pour échapper au gourou. Elle contactera un avocat bordelais spécialisé dans les dossiers manipulation mentale, et aidera sa famille à sortir de l’emprise de Thierry Tilly jusqu’au procès de 2012 mais qui les aura laissé ruinés moralement et financièrement.

Si le dossier pénal est clos, l’affaire s’est poursuivie au civil après la condamnation de Thierry Tilly. La famille a tenté de récupérer le château à Monflanquin qui avait été vendu en  2008 lorsque la famille était séquestrée à Oxford par le gourou. La cour d’appel d’Agen a rejeté la requête des époux de Védrines en estimant que le nouveau propriétaire était de bonne foi.

Et qu’est devenu Thierry Tilly? Il est sorti de prison en juillet 2017 après avoir purgé une peine de dix ans. À sa sortie et à la suite d’un malaise sur la voie publique, il a été interné dans une UMD.

Quelques mots sur l’expertise psychiatrique faite par Daniel Zagury sur Thierry Tilly: M. Tilly a procédé comme un «psychanalyste dévoyé»: engrangeant d’abord les confidences de Ghislaine de Védrines, puis celles de ses frères, enfants, nièces et neveux, il s’est trouvé en mesure de maîtriser toutes les frustrations et non-dits de cette famille de la noblesse protestante qui trouvait enfin une oreille attentive. Agissant comme dans un «abus de transfert», il a alors monté les uns contre les autres, démiurge incontesté et terrifiant plongeant ses proies dans une régression infantile totale pour mieux les dévaliser. «Les Védrines ne sont pas devenus bêtes d’un coup, note le psychiatre, mais leur intelligence a été mise en jachère.»

Si ce fait divers « Le mot de la fin » de ce post sur cette sordide histoire de manipulation mentale revient à Christine de Védrines qui justifie le titre de son livre : « J’ai intitulé mon livre « Nous n’étions pas armés car nous sommes des gens naïfs, qui n’avaient jamais été  confrontés aux mensonges. Nous sommes tombés sur un être  machiavélique qui a exploité nos failles. »   Cela peut arriver à n’importe qui.

Sources: http://www.ladepeche.fr/article/2013/04/25/1613450-comment-tilly-a-tisse-sa-toile.htmlhttp://www.leparisien.fr/magazine/grand-angle/l-affaire-dans-les-griffes-du-gourou-27-05-2013-2840561.phphttp://www.lexpress.fr/actualite/societe/justice/le-gourou-de-monflanquin-assure-etre-le-roi-d-israel-et-le-neveu-de-la-reine-d-angleterre_1243123.html