OSER ÊTRE QUELQU’UN DE BIEN! ÉLOGE DE LA GENTILLESSE!

Juste quelqu’un de bien
Quelqu’un de bien
Le cœur à portée de main (Enzo)

Malheureusement, l’actualité heurte trop souvent notre sensibilité et nous sommes souvent bousculés dans nos certitudes et nos croyances! Qui n’a pas éprouvé cette sensation admirablement décrite par Irvin Yalom, professeur émérite en psychiatrie de l’université Stanford, dans son livre « La Malédiction du chat hongrois »: « Nous sommes des créatures en quête de sens, qui doivent s’accommoder de l’inconvénient d’être lancées dans un univers qui n’a intrinsèquement aucun sens.»

Sans aller jusqu’au mal-être ou la rupture psychique, comment résister au bruit et la fureur ambiante sans renoncer à notre personnalité? Devons nous forcément nous laisser submerger par la violence autour de nous, celle qui fait l’actualité et qui se répand autour de nous dans une sorte de compétition darwinienne (mal digérée et donc dévoyée) où le plus fort doit gagner en étant méchant? Devons nous perdre notre identité et nous transformer en une sorte de loup-garou derrière nos écrans et réserver certaines de nos qualités intrinsèques à la vie réelle dans toutes les sphères (familiale, amoureuse, amicale et professionnelle)?

Et si nous parlions de certaines qualités comme la gentillesse, souvent assimilée à bêtise ou du moins à la faiblesse d’esprit? L’étiquette la plus péjorative étant celle du bisounours pour disqualifier celui qui est gentil! Et pourtant la psychologie s’intéresse à cette forme de communication que Carl Rogers qualifiait de non violente! La gentillesse est étroitement liée à l’empathie, liée elle-même dans le cercle vertueux de la morale. Et ça commence dès le berceau! C’est ce qu’a démontré le psychologue Martin Hoffman dans Empathy. Les nourrissons sont sensibles à la détresse d’autrui. Lorsqu’un bébé pleure, il peut lui aussi se mettre à l’unisson de son chagrin en se mettant à pleurer lui aussi. Ce serait génétique! Plus précisément, certaines hormones comme l’ocytocine favorisent le comportement maternel, le lien conjugal et la confiance en soi.

Du côté des neurosciences, des images réalisées sous IRM ont montré que le cortex cingulaire antérieur subgenual pourrait être le siège de l’empathie et de la gentillesse. Juste une piste d’après une expérience réalisée par une équipe universitaire d’Oxford sur des joueurs, et donc prudence car rien n’est confirmé.

Alors comment la gentillesse se manifeste-t-elle au niveau des actes? Et pourquoi pas justement l’illustrer avec les paroles de la chanson de Enzo, « Juste quelqu’un de bien »

Juste quelqu’un de bien
Quelqu’un de bien
Le cœur à portée de main

J’dis bonjour à la boulangère
Je tiens la porte à la vieille dame
Des fleurs pour la fête des mères

Sans tomber dans la soupe du développement personnel et la moraline, on vous démontre par A+B que l’excès de gentillesse peut vous nuire, et on va vous apprendre à être dans le camp des méchants ! Vraiment? Les attaches de la psychologie sont celles de la philosophie, et cela malgré l’apport des neurosciences, de la génétique ou de la science. La philosophie doit être intégrée à la pratique professionnelle, et pour moi elle est la cousine germaine de l’éthique professionnelle.

Récemment, j’ai lu une excellente interview de Laurence Devillairs qui va vous décomplexer d’être gentil! Cette philosophe est l’auteure d’« Être quelqu’un de bien »(ou devenir une bonne personne ne peut-être qu’une vocation de femmes ou d’hommes libres). Je n’ai pas lu le livre, mais les propos recueillis par Clément Pétreault (du journal Le Point) sont séduisants, et j’avais vraiment envie de vous le faire partager. Alors, vous e découvrirez ci-dessous. Bonne lecture, et comme j’ai cité Enzo, j’ai également partagé sa chanson « Juste quelqu’un de bien » !

Le Point : Pourquoi s’intéresser aux gentils ? Au fond, ce sont un peu les perdants de l’époque ? 

Laurence Devillairs : Cette fascination pour les méchants et les cyniques me paraît convenue et démodée ! Il y a certes une banalité du bien, mais cette banalité ne demande pas de coup d’éclat, elle réclame modestement de suspendre la fatalité du « c’est comme ça » pour faire advenir le bien, faire changer le cours des choses malgré les contingences, les envies, les intérêts, les détestations ou les sympathies. La gentillesse est tout sauf une facilité : c’est un talent. Prenez les exemples dans le cinéma : le méchant est un obsessionnel monolithique, égoïste et calculateur. Il est perçu comme plus intelligent, plus manipulateur et donc plus stratège. Mais le gentil est souple, capable de faire la bonne action au bon moment. Il saisit l’instant. Le cinéma fait porter le poids narratif aux méchants, alors que c’est sans grand intérêt ! Le gentil découvre le devoir qu’il se doit à lui-même, les actes que le bien lui réclame d’accomplir, c’est ça qui fait l’histoire ! Dans les « James Bond », les méchants sont obsédés par le plaisir du mal, ils sont robotiques et bardés de technique. Le méchant de « James Bond » révèle la pauvreté du méchant. Alors que James Bond, lui, est hyper-humain, il y va à mains nues. 

Vous invitez à être quelqu’un de bien et pourtant vous fustigez la bienveillance… Pourquoi ? 

Il y a une confusion entre la gentillesse et la bienveillance. La bienveillance est une attitude plus qu’une conduite, c’est une morale de proximité, qui consiste à vouloir consoler ou aplanir le malheur de l’autre, si possible de l’autre qui me ressemble le plus. Mais il y a des chagrins qu’on ne doit pas consoler. La morale de proximité ne suffit pas à faire la gentillesse, car la morale exige beaucoup plus que la compassion. La gentillesse, c’est se mettre à la place de l’autre au sens strict. Le bon samaritain n’est pas bienveillant et Dieu merci ! S’il l’était, il se contenterait de regarder ou de consoler, mais là, non ! Le bon samaritain doit voir le voyageur, le toucher et se mettre à sa place, il se démène, il remue ciel et terre… Il a suspendu le cours normal des choses pour faire advenir quelque chose d’autre. En fait, qu’on le veuille ou non, la morale nous gêne et nous contraint à l’action. Ce qui compte, c’est ce qui se passe ici et maintenant. 

Etre quelqu’un de bien, est-ce la promesse de devenir quelqu’un d’ennuyeux ? 

Non ! Etre quelqu’un de bien, ce n’est pas simplement obéir aux règles, aux convenances et aux conventions, c’est accomplir avant tout des actes de liberté. En morale, il n’y a que deux catégories : le lâche et le courageux. Quelqu’un de bien n’est pas un surhomme, il n’a pas d’aide divine, c’est « seulement » un héros, mais un héros ordinaire, qui aurait pu ne pas faire le bien, qui est comme tout le monde menacé par la possibilité de faire le mal, mais qui a le courage, la liberté, de faire le choix du bien. Exister, c’est en effet savoir que tout ne se vaut pas, c’est refuser une forme d’athéisme moral, c’est-à-dire la croyance qui voudrait qu’exister suffit, indépendamment de toute idée de bien ou de mal. L’athée moral, celui qui « ne voit pas le problème », est beaucoup plus dangereux que le tueur en série. 


L’ORTHOREXIE OU L’OBSESSION DE SE NOURRIR SAINEMENT COÛTE QUE COÛTE!

C’est le Dr Steve Bratman qui créa, en 1996, le néologisme d’othorexie, pour désigner l’obsession de se nourrir exclusivement avec des aliments sains.

Une alimentation équilibrée s’avère nécessaire pour notre capital santé; nous sommes tous d’accord malgré nos nombreux écarts alimentaires!

Faut-il encore que nos efforts pour manger sainement ne se transforme pas en obsession, une forme de trouble du comportement alimentaire, l’orthorexie.

Diable, que signifie ce néologisme?
C’est le Dr Steve Bratman qui le créa en 1996 pour désigner l’obsession de se nourrir exclusivement avec des aliments sains. Ce n’est pas la quantité qui compte, mais une forme d’obsession qui pousse à rechercher une alimentation parfaite. Orthorexie vient du grec «orthos», qui signifie «droit» ou «correct», et est à mettre en parallèle avec l’anorexie mentale. C’est une attitude vis à vis du choix de la nourriture.  « À l’origine», dit-il, « j’ai inventé ce mot pour taquiner mes patients trop obnubilés par les régimes alimentaires. Au fil du temps, cependant, j’en suis arrivé à constater que ce terme  désigne un authentique trouble de l’alimentation ».

Il faut tout de suite préciser que l’orthorexie est un concept que certains considèrent comme pseudo-scientifique. Il ne figure pas au DSM-5 ou le CIM 11 parmi les troubles du comportement alimentaire comme l’anorexie ou l’hyperphagie alimentaire. Mais..mais en allant voir sur PUBMED, la base de données des articles scientifiques publiés, on trouve des articles sur le sujet de l’orthorexie qui en font un problème de dysfonctionnement de comportement alimentaire au goût du jour. Dans la littérature anglo-saxonne on parle d’orthorexie nerveuse pour les formes les plus sévères de ce trouble. Elle nécessite une psychothérapie souvent une TCC pour réapprendre à s’alimenter.

Sur son site, Steve Bratman défend son concept sans dénoncer un régime alimentaire particulier. Il n’a jamais prétendu que le végétarisme, le végétalisme ou toute autre approche nutritionnelle qui sort des sentiers battus, incitant à manger des aliments sains relevait du pathologique.

De même que les personnes qui font attention aux ingrédients inscrits  sur les étiquettes des aliments, avant de les acheter, ne veut pas dire qu’elles ont un problème psychologique. Comme certains articles sur l’orthorexie via le web semblent l’affirmer. Et Steve Bratman est le premier à dire que la dépendance à la malbouffe est immensément plus répandue que l’obsession d’une nourriture saine. Il est toujours possible de changer ses habitudes alimentaires sans être obnubilé, presque pathologiquement par une nourriture saine!

L’anorexie en est le parallèle. L’obésité est de loin le plus gros problème de santé lié au mode de vie d’aujourd’hui, et chaque personne doit veiller à maintenir un poids et un IMC normaux. De même, on doit minimiser l’apport des conservateurs, pesticides, antibiotiques et tous les autres composants nocifs qui polluent l’alimentation. Cependant, certaines personnes qui font une fixation sur une alimentation absolument dénuée de nocivité peuvent développer un trouble de l’alimentation par rapport à ça, à l’instar de certaines personnes, qui pour éviter l’obésité deviennent anorexiques.Pour les personnes souffrant d’orthorexie, manger sainement est devenu un trouble extrême, obsessionnel, les enfermant psychologiquement et parfois physiquement dangereux, tout à fait distinct de l’anorexie. Souvent, l’orthorexie semble avoir des éléments de TOC, tout comme l’anorexie. Mais l’orthorexie ne se présente pas comme un Trouble Obsessionnel Compulsif typique ou comme de l’anorexie.

Il y a une autre composante idéologique, ambitieuse voire de nature spirituelle qui s’enracine dans la personnalité. Il est le plus souvent seulement un problème psychologique dans lequel les préoccupations alimentaires deviennent dominantes au détriment des autres dimensions de la vie, qui elles sont négligées. Dans de rares cas, cela peut être grave, entraîner la mort via la malnutrition. « La tolérance zéro du point de vue alimentaire peut, dans ces extrêmes, affecter chacun des actes et susciter une perte de l’appétit de vivre (anonyme, Wikipedia)». On parle même de risque de dépression. L’une des caractéristiques distinguant l’orthorexie de l’anorexie est que l’anorexique se concentre sur son poids, alors qu’une personne souffrant d’orthorexie est obsédée par la pureté de son alimentation. Les personnes souffrant d’anorexie possèdent une image déformée de leur corps, de dysmorphisme (même si elles n’ont pas de problèmes médicaux de poids). Les personnes qui souffrent d’orthorexie luttent constamment contre le sentiment d’être empoisonnées par ce qu’ils ont mangé, peu importe le soin avec lequel ils surveillent leur alimentation.

Certains régimes alimentaires poussent aux excès. L’un d’eux, très tendance est celui du « régime détox ».
Une britannique de 47 ans, à la suite d’une cure « Detox » après la période festive du Nouvel An a été hospitalisée dans une unité de soins intensifs pour un cortège de troubles sérieux (période de confusion mentale, évanouissements, grincement de dents, etc) dus à l’excès de racine de valériane. Cette patiente était une grande consommatrice de plantes médicinales. Son histoire est relatée dans le British Médical Journal. Elle n’avait aucun antécédent psychiatrique, et elle a pu être rapidement traitée sans séquelles neurologiques.

Au sujet des régimes Detox, Jean-Michel Lecerf, directeur du service nutrition de l’Institut Pasteur de Lille, en dit le plus grand mal:

D’un point de vue scientifique, le terme « détox » n’a aucun sens. Il relève plutôt de l’attrape-nigaud marketing. Il fait croire que nous serions intoxiqués par notre alimentation et que notre organisme contiendrait des déchets qu’il nous faudrait éliminer. Deux erreurs. D’abord, parce qu’il n’y a pas de poison dans ce que nous mangeons ; ensuite, parce que nous sommes naturellement équipés pour éliminer ce qui a vocation à l’être. Les reins et le foie sont là pour cela. Si les régimes détox visent simplement à nous inciter à mieux nous nourrir et à limiter les excès, ils peuvent avoir une utilité. S’ils s’appuient sur des arguments ésotériques ou ambitionnent une purification des organismes, ils n’ont aucune légitimité.

Deux conditions impliquent le contrôle de ce que l’on mange. Si l’anorexique cherche continuellement à réduire le poids, un orthorexique se sent toujours dans l’obligation d’atteindre l’alimentation idéale, afin de se sentir bien avec lui-même. Parfois, les gens passent de l’anorexie à l’orthorexie, en gardant le principe d’habitudes alimentaires désordonnées, et changent simplement le curseur de la perte de poids vers la perfection alimentaire.

Le psychiatre Gérard Apfeldolfer, spécialiste des troubles alimentaires, compare l’orthorexie à une forme de religion: « Le corps de l’orthorexique est un temple le lieu de toutes les adorations. Il est persuadé que tout ira bien s’il parvient à se nourrir idéalement en préservant sa pureté corporelle sans jamais déroger. »

Bien que largement débattue, l’orthorexie n’est pas diagnostiquée comme une maladie mentale, et Steve Bratman ne souhaite pas qu’il figure dans le DSM, la bible américaine controversée des maladies mentales, dit-il :

«Il y a une tendance dans le monde moderne à pathologiser un nombre croissant de comportements et je n’ai pas envie d’y contribuer… J’ai entendu des gens dire: « Je veux à manger sainement, mais je ne veux pas souffrir d’orthorexie.»

Sur le site http://www.orthorexia de Steve Bratman, le lecteur curieux trouvera un petit test Steve Bratman pose quelques questions pour savoir si on souffre d’orthorexie:
-Vous tournez vous vers des aliments sains comme principale source de bonheur et de sens, menant à la spiritualité?
-Est-ce que suivre ce régime alimentaire vous fait sentir mieux que les autres?
-Est-ce qu’il interfère avec les relations ou de travail, amis ou en famille?
-Utilisez-vous des aliments sains comme une épée et un bouclier pour parer à l’anxiété, et pas seulement pour éviter les problèmes de santé, mais de tout ce qui vous rend  provoque en vous un sentiment d’insécurité?
-Certains aliments vous donnent-ils la sensation de contrôler votre vie?
-Avez-vous envie d’avoir une alimentation de plus en plus extrême pour éviter l’angoisse?
-Si vous dérogez des règles de votre alimentation choisie, éprouvez vous le besoin compulsif de faire une diète pour compenser?
-Votre intérêt pour la nourriture saine a-telle des limites raisonnables et n’est pas devenue le centre de vos préoccupations?


Ce sont les quelques questions du test de Bratman qu’il établi pour identifier l’orthorexie. Il suffirait de répondre oui à 4 ou 5 questions des 10 questions sur les habitudes alimentaires pour être diagnostiqué de ce trouble alimentaire. Ce test est controversé pour son manque de rigueur. L’orthorexique passe du temps à réfléchir au régime idéal. Entre écarter les additifs, la farine trop blanche car elle perd ses sels minéraux, la saccharose, etc. C’est sans fin…


L’orthorexique va se tourner vers des dogmes alimentaires rigides établis par des « diétogourous » comme les appelle le Dr Gérard Apfeldolfer, et être tenté de se faire végétalien, granivore, crudivore, macrobiotiste, hygiéniste. Ce sont des régimes à risque pour être orthorexique. Mais pas forcément.

Toutefois, il a été constaté que ceux qui souffrent d’orthorexie consomment plus de céréales complètes, plus de fruits et légumes, se ravitaillent dans des boutiques bio et s’habillent uniquement de matières naturelles. On rappelle que c’est l’excès menant à une alimentation déséquilibrée nuisible pour la santé qui détermine l’orthorexie et non pas des choix des aliments.
Il est très difficile de séparer la frontière de l’alimentation saine de l’orthorexie; toutes les deux on en commun la notion d’alimentation équilibrée.

Qu’il reçoive l’aval ou non des scientifiques, plus un régime alimentaire est restrictif, plus il est susceptible de conduire à des troubles alimentaires, et il ne s’agit pas de dénoncer particulièrement les aliments bio, sans OGM, sans antibiotiques, etc. Ou certains régimes comme le régime paléolithique, préconisé par le Dr Eaton, pour qui l’alimentation idéale correspond à celle de nos ancêtres de l’âge de pierre, sans aliments transformés. Ce qui compte c’est qu’il ne soit pas un danger pour la santé et n’engendre pas la malnutrition dans ses excès.


Si on prend l’exemple du régime macrobiotique, son concept et ses excès ont été décriés, en 2001, par l’American Dietetic Association et l’Association Américaine du cancer car son efficacité sur la prévention du cancer est pseudo-scientifique, et serait même contre-indiqué chez les cancéreux puisqu’il n’apporte pas les éléments nutritionnels nécessaires. Chez les enfants et les adolescents, le régime macrobiotique peut induire plusieurs carences nutritionnelles qui peuvent causer un retard de croissance, un ralentissement du développement psychomoteur, une diminution des performances cognitives, du rachitisme, etc. Dans La plupart des témoignages en faveur du régime macrobiotique dans le cancer émanent de patients suivant un traitement conventionnel.

Jaime A.Heidel dans son livre « Are you TOO obsessed with health eating? » (non traduit en français) témoigne de cette obsession alimentaire qui gérait sa vie: « Mon régime alimentaire est devenu de plus en plus strict, et je sentais envahie par l’angoisse, et je devenais agitée chaque fois que je ne pouvais pas me procurer des aliments biologiques et naturels.»

Ce sont les populations des pays industrialisés qui sont le plus touchés par l’orthorexie. Par l’abondance de produits alimentaires, l’omniprésence de conseils alimentaires et de théories hygiénistes.
Il est difficile de discerner si ce sont les hommes ou les femmes qui sont le plus concernés par l’orthorexie. Juste deux études. L’une menée en Italie a montré que l’orthorexie touchait les hommes, et une autre en Turquie, les femmes. Pas de prévalence, donc.
Une étude menée par Segura Garcia « Orthorexia nervosa: a frequent eating disordered behaviour in athletes » publiée dans la revue Eat Weight Disord, en 2012, montre que les athlètes ou les sportifs sont une population à risque pour l’orthorexie.

Bien qu’il ne s’agisse pas encore d’un trouble du comportement alimentaire répertorié, l’orthorexie nerveuse commence à faire l’objet d’études scientifiques. Le Dr Camille Adamiec, dont la thèse a été primée par la fondation Danone, considère que le concept de Bratman est trop rigide. Elle prend son contrepied, et affirme que l’orthorexie ne mène pas à l’isolement social, et est plutôt un choix de mode de vie. De plus, elle considère que l’orthorexie est devenue un terme galvaudé, et qu’il faudrait renommer ce supposé trouble alimentaire.

En 2017, une étude du département de psychologie clinique de Londres a montré un lien entre l’augmentation de symptômes d’orthorexie liée à l’utilisation d’Instagram. Cette prévalence est liée à l’anorexie mentale.

Sans tomber dans les excès de l’orthorexie, et comme l’a souligné Anthelme Brillat-Savarin, « la table est le seul endroit où ne l’on s’ennuie jamais la première heure.»

Sources:

http://www.trouble-nutritionnel.wikibis.com/orthorexie.php
http://www.orthorexia.com/original-orthorexia-essay/http://www.psychologies.com/Moi/Problemes-psy/Anorexie-Boulimie/Articles-et-Dossiers/Manger-trop-sain-n-est-pas-sain
http://www.passeportsante.net/fr/Maux/Problemes/Fiche.aspx?doc=orthorexie_pm
http://www.unboundmedicine.com/medline/citation/25602930/Orthorexia_Nervosa_in_Turkish_Dietitians_
http://www.unboundmedicine.com/medline/citation/24581288/When_eating_healthy_is_not_healthy:_orthorexia_nervosa_and_its_measurement_with_the_ORTO_15_in_Hungary_
http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/?term=orthorexia
http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/22361450
http://content.time.com/time/health/article/0,8599,1963297,00.html
https://fr.wikipedia.org/wiki/Orthorexie

EST-IL POSSIBLE DE CHANGER SES HABITUDES ALIMENTAIRES?

Kurt Lewin démontra qu’il était possible de changer de comportement alimentaire en s’appuyant sur une expérience de groupe.

©Giuseppe Muscio, peintre hyperréaliste

La malbouffe serait-elle un problème de société? Elle s’est généralisée à partir des années 60 avec l’arrivée des fast-food et les repas préparés industriellement qui défient les règles nutritionnelles qui permettent de préserver son capital santé.

Aujourd’hui, beaucoup d’aliments sont transformés, passés par le processus industriel de l’agro-alimentaire.  Leur fréquente consommation se fait au détriment de celle des fruits et légumes frais. Cette nourriture industrielle est souvent trop grasse, trop sucrée, trop salée et bourrée d’additifs divers dont l’innocuité de certains sur la santé n’est pas prouvée. Quoi qu’il en soit, on sait aujourd’hui que les conséquences sur la santé sont néfastes: recrudescence de maladies cardio-vasculaires, excès de cholestérol, hypertension sans oublier le diabète. Le diabète de type 2 représenterait 90% des cas de cette maladie où l’alimentation joue un rôle clé. Sans verser dans le catastrophisme dans l’air du temps, les dommages peuvent être extrêmes. C’est ce que nous raconte Marc Gozlan, journaliste médico-scientifique et médecin de formation,  avec le cas extraordinaire d’un adolescent britannique qui devient aveugle après des années de malbouffe. Les diverses carences en vitamines B12 et nutriments divers ont entrainé une neuropathie oculaire irréversible. Évidemment, il ne mangeait que des frites, des chips kellogs, pain blanc, jambon industriel et des saucisses.

La malbouffe agit sur notre cerveau. Elle sollicite indument le circuit de récompense de notre cerveau en sécrétant la dopamine, la  molécule du plaisir,  libérée dans le noyau accumbens (avec d’autres neurotransmetteurs comme le Gaba, la Noradrénaline et la Sérotonine), la molécule du plaisir; ce qui incite à consommer encore plus cette junk-food qui procure un sentiment de plaisir. Bref, une forme d’addiction et si le terme gêne, une véritable appétence! 

« Pour votre santé, éviter de manger trop gras, trop sucré, trop salé», « pour votre santé, mangez au moins cinq fruits et légumes », « Manger, bouger»! Inutile de présenter ces messages sanitaires apposés au bas des publicités des produits de la grande distribution alimentaire. Et les étiquettes de Nutri-Score seraient chargées de nous éviter la malbouffe. Pas si évident, car in fine, ce matraquage modifie-t-il nos habitudes alimentaires?

C’est à douter du bien-fondé de ces messages-santé,  formulés sous forme d’injonctions. En 2015,  un rapport de l’OCDE, avance les chiffres de 15,3 % d’adultes obèses. Comme l’on peut s’en douter ce sont les  Etats-Unis qui remportent la palme de l’obésité. Le Japon fait figure de pays exemplaire  avec seulement 3,7 % de taux d’obésité. Derrière le Japon, la France est en dixième position. En France, la situation est la suivante: « chez les adultes de 18 à 74 ans, en 2015, 54 % des hommes et 44 % des femmes étaient en surpoids ou obèses (IMC ≥ 25). Cette prévalence augmentait avec l’âge. La prévalence de l’obésité (IMC ≥ 30) était estimée à 17 %, sans distinction entre hommes et femmes.»  

Alors, face à ce constat alarmant,  est-il possible de modifier ses habitudes alimentaires? La modification des opinions sur le comportement alimentaire est une vieille question de la psychologie sociale. Et si les expériences décrites dans ce post semblent aujourd’hui des aberrations nutritionnelles, il faut prendre en considération l’évolution de la nutrition susceptible de maintenir votre capital santé. 

Remontons dans les années 40, aux Etats-Unis. Le pays est en plein effort de guerre, et les denrées alimentaires sont rares. Le gouvernement américain demande à Kurt Lewin, psychologue spécialisé dans le comportementalisme et la psychologie sociale, de trouver une méthode  pour changer les habitudes alimentaires. Les ménagères, devant serrer les cordons de la bourse, ne cuisinaient plus aussi souvent des bonnes pièces de viande et boudaient les abats, pourtant moins chers.

Kurt Lewin va alors réunir des femmes au foyer qu’il va scinder en deux groupes.
-Le premier groupe va suivre un cycle de conférences vantant les bienfaits nutritionnels des abats, proposer des recettes pour les cuisiner, et leur offrir en fin de ce cycle, un livre de recettes.
-Le second groupe de ménagères suit, lui aussi, les mêmes conférences sur les abats. Mais après elles, une discussion est entamée pour savoir pourquoi elles sont réticentes à les consommer. À la fin, les ménagères prêtes à cuisiner de abats, doivent lever la main et s’engager publiquement à en cuisiner.Une semaine plus tard, seules 10 % les ménagères ayant uniquement suivi le cycle de conférences ont cuisiné cuisiné des abats. Et dans le second groupe incluant une discussion, elles étaient 52%. Pas mal!

Une autre expérience de Kurt Lewin concerne l’introduction du jus d’orange dans l’alimentation des nourrissons. Les pédiatres avaient beau organiser  des conférences dans les maternités en vantant les bienfaits du jus d’orange, mais sans grand succès. Ces recommandations venaient de la découverte de la vitamine C par le prix Nobel 1938 Albert Szent-Gyorgyi qui l’isola; il la nomma « antiscorbutique », ou acide ascorbique. Le scorbut infantile faisait des ravages à l’époque, et les recommandations des pédiatres étaient fondées.Une fois rentrées chez elle, les jeunes mères alimentaient toujours  leur bébé traditionnellement sans apport de vitamine C. Elles subissaient l’influence de leurs mères ou de femmes de leur entourage qui n’avaient de cesse de dénigrer le jus d’orange. Kurt Lewin eût alors l’idée de mettre en place des réunions par petits groupes réunissant un pédiatre, et à la fois des jeunes mères et d’autres femmes incluant le jus d’orange dans l’alimentation de leur enfant. Après plusieurs expériences de groupe, les jeunes mères étaient mieux armées pour résister aux critiques de leur entourage ur l’apport du jus d’orange chez l’enfant. Lewin fit d’autres expériences sur ce principe du groupe avec le lait frais et en poudre, et l’huile de foie de morue. 

Kurt Lewin explique ces changements d’habitudes alimentaires par le fait que ces femmes au foyer en ont discuté en groupe, et qu’ils ont été induits par les facteurs suivants: la liberté de pouvoir décider d’elles-mêmes comme des grandes, et cela pousse à agir en annulant ou réduisant ainsi le choix de l’autre ou d’autres alternatives comportementales dues aux opinions.

Ces femmes deviennent plus sûres d’elles car cette expérience de groupe les a encouragées subtilement à s’exprimer en public, et c’est tout bénéfice pour modifier le comportement souhaité. N’oublions pas qu’à l’époque, l’émancipation féminine n’était pas au goût du jour; la femme au foyer était le modèle normatif. 

Au niveau de la psyché, comment cette modification comportementale se passe? Il y a un processus d’internalisation interne sur le plan cognitif ou pour faire plus simple, un dialogue intérieur qui permet le changement de comportement alimentaire:
« c’est à dire que ce que j’ai promis, devant le groupe, je me l’approprie, et donc d’une certaines manière, ce que j’ai promis dans le groupe devient ma promesse puisque j’ai internalisé cette promesse» (Fabien Girandola, psycho-sociologue)

Kurt Lewin démontra qu’il était possible de changer de comportement alimentaire en s’appuyant sur une expérience de groupe pour renforcer les convictions personnelles et modifier les croyances. Outre ces célèbres expériences, encore citées aujourd’hui, qui sont les BA BA de la psychologie sociale et des colloques sur l’éducation alimentaire et nutritionnelle, Kurt Lewin est le chef de file de la dynamique de groupe, terme qu’il utilisa pour la première fois en 1944. Le comportement individuel alimentaire est également étudié en psychologie chez l’enfant, notamment. L’enfant sait mieux que l’adulte réguler son appétit. 

Dans les années 40, des nourrissons  anglais recueillis en orphelinat, ont été observés depuis leur sevrage jusqu’à l’âge de 1 an. À chaque repas, ils étaient libres de choisir entre plusieurs entrées, plats et desserts. On a constaté que les enfants, libres de choisir les aliments, présentaient un poids normal. Les enfants réguleraient mieux que les adultes les signes biologiques de la faim et de la satiété.

L’enfant et l’adolescent sont attirés par la saveur sucrée car elle provoque une sensation de plaisir. Les récentes découvertes en génétique ont révélé que ce sont les gènes TAS1R2 et TAS1R3 regroupées sur le chromosome 1

Au niveau neurophysiologique, l’information gustative passe notamment par le système de récompense, puis par l’hypothalamus latéral. Dès la naissance, la stimulation sucrée provoque une réaction de plaisir. Elle peut aussi engendrer une diminution de la douleur chez le nouveau-né. Le sens du goût joue alors un rôle déterminant dans le pouvoir analgésique du sucre. Chez l’enfant, la sensibilité au sucre tend à augmenter avec l’âge alors que les préférences pour cette saveur diminuent globalement. À l’inverse, le plaisir pour l’amertume apparaît tardivement, et augmente progressivement puis se stabilise à l’âge adulte.

Les adultes ne perçoivent pas le seuil de satiété comme les enfants car ils subissent l’impact d’une multitude de normes et de codes sociaux qui modifient leur perception subjective la faim. La convivialité, entre autres facteurs et goût, peuvent les inciter à manger sans avoir faim.Il aurait plusieurs types de tempéraments plus au moins réceptifs aux codes sociaux:

Et il y a la notion de faim, et là, encore, ce n’est pas si simple. Il y a d’abord la notion de faim homéostatique qui permet de recevoir les signaux de son corps pour manger. Ors, les dernières techniques d’imagerie cérébrale ont mis en évidence un autre mécanisme de la faim qui est celui de la « faim hédoniste ». Même rassasié, notre cerveau nous pousse encore à manger, tout ceci sous l’action de certains neurones (les neurones Pnoc CeA , les neurones Pnoc CeA Les projections neuronales Pnoc CeA). La consommation alimentaire est de plus  en plus motivée par le plaisir.

Nos habitudes alimentaires sont également impactées par le neuromarketing qui permet de décortiquer les réflexes cognitifs des consommateurs pour manipuler leurs choix.
Les perceptions gustatives sont remplacées par des croyances en des pseudo qualités, renforcées par la publicité omniprésente. Le neuromarketing appliqué à l’industrie agroalimentaire est redoutable pour le surpoids et l’obésité par son apport en sucre

En 2012, deux psychologues allemands ont réalisé une expérience sur les sodas. Leur recherche a été publiée dans la revue Plos One. L’étude s’est intéressée à l’effet grande marque dans la perception du goût.

Cinq cobayes volontaires ont accepté de noter quatre sodas différents à base de cola en fonction de leurs goûts. Allongés dans un appareil IRM, ils voyaient apparaître un flash de ¼ de secondes indiquant la marque du soda à noter.

Sans grande surprise, c’est le Coca et le Pepsi qui ont eu les meilleures notes. Les aires du cerveau connues pour être celles du plaisir se sont activées sous I.R.M.

Ces résultats suggèrent que le cerveau s’attendait à ce que les sodas comme le Pepsi et le Coca soient les meilleurs. La référence à la marque suffit à supplanter le goût, et c’est visible sous IRM.

Nos choix alimentaires peuvent également relever de l’effet placebo  marketing. Il existe réellement au niveau du prix et de la qualité du produit.  On peut avoir tendance à préférer au niveau gustatif un aliment plus cher qu’un autre, et ce avec une composition identique. En 2012, suivant une enquête réalisée par Ipsos-Logico Business, on s’est aperçu que l’obésité dans la tranches d’âge de 18/24 ans avait progressé de 35 % par rapport aux dernières années. Certaines habitudes de vie sont mises en cause. Ces jeunes mangent au moins une fois sur deux devant un écran. Un jeune sur trois ne fait pas de sport et un quart boit souvent des sodas au cours des repas.

Les écrans sont aussi pointés du doigt pour favoriser l’obésité et le surpoids des jeunes. La cohorte EDEN composée de 883 enfants a été étudiée par l’INSERM et les résultats sont sans appel. À deux ans plus les garçons passent du temps devant les écrans, plus ils ont un pourcentage de masse corporelle élevé à cinq ans. Et pour les petites filles, ce sont celles qui passent le moins de temps à jouer en plein air. Même s’il faut confirmer ces premières observations avec d’autres études, il faut aussi corréler avec d’autres facteurs que l’alimentation et au fil du temps, étudier l’impact de la sédentarité chez le jeune enfant.

Ces résultats suggèrent l’importance de promouvoir et d’encourager les jeux en plein air dès le plus jeune âge, et de limiter l’exposition aux écrans : « 

Il y a bien évidemment un lien entre la nourriture et l’affect. Les repas riches en sucres augmenteraient la concentration de sérotonine, surtout présente dans les régions cérébrales qui interviennent dans la régulation des émotions. Et certains aliments comme le chocolat qui contient du tryptophane, un précurseur de la sérotonine.

Alors, ne désespérons pas, nous pouvons modifier nos habitudes alimentaires néfastes. Parlez en à votre médecin généraliste ou à un diététicien. Ne vous laissez pas tenter par des publicités alléchantes et mensongères. L’une des dernières qui fait le buzz et décriée par les professionnels de la santé est celle de « Comme J’aime ». Les forfaits vont de 300 à 500 euros et on vous propose un coaching par téléphone. Une consultation chez un nutritionniste vous coûtera moins cher, et préparer des plats frais c’est nettement plus appétissant et gustatif et moins onéraux d’acheter des produits frais et de qualité.

https://www.cerin.org/rapports/lobesite-dans-le-monde-ocde-2017/https://www.cerin.org/rapports/corpulence-francais-2015-etude-esteban/https://etudes.univ-rennes1.fr/master-biogest/themes/Synthese_bibliographique/sujets_2011_a_2013/Palatabilite-Frechothttp://www.magicmaman.com/,les-10-aliments-preferes-de-vos-enfants-a-la-loupe,81,1775947.asp

ENCORE CE SI MYSTÉRIEUX PLACEBO: ACTE II

Le placebo renforce l’alliance thérapeutique et la relation médecin/malade.

Placebos vintage

En mars 2018, j’avais rédigé le post « Ce si mystérieux placebo »! J’y décrivais sa spécificité qui est celle d’un médicament sans principes actifs, un leurre prescrit par votre médecin. 

En voici quelques grandes lignes- des extraits à vrai dire- pour rappeler les grandes lignes de mon post de l’an dernier.

« La plupart des connaissances sur le placebo ont été acquises par l’étude de la douleur. Le patient peut éprouver un effet antalgique simplement en anticipant le soulagement. L’interprétation des suggestions verbales dans la communication entre le thérapeute et le patient a également été montré pour soulager l’inquiétude qui catalyse souvent la souffrance. En clair, l’effet placebo conditionne l’individu pour ce que ça marche! Déjà, par la couleur d’une pilule qui  ressemble au vrai  médicament. L’effet analgésique du placebo doit être modulé par la réduction des émotions négatives.» 

Certaines zones du cerveau sont plus particulièrement ciblées par le placebo. J’ai cité les travaux de Tor D.Wager, professeur de psychologie et de neurosciences à l’Université du Colorado à Boulder. Il a suggéré que l’effet placebo commence dans les parties les plus évolutives du cerveau pour aller vers les zones qui libèrent les opioïdes.  L’effet placebo serait du au fait que le cerveau adapte son interprétation de la douleur selon l’état émotionnel et psychique de la personne. Il y a bien évidemment d’autres travaux et d’autres d’auteurs qui ont brillamment travaillé sur ce sujet. Ce sera pour un autre post consacré à ce sujet inépuisable! En attendant si le coeur vous en dit, vous pouvez consulter le site Pubmed, base de données incontournable qui répertorie les articles scientifiques dans les revues spécialisées. Mais en faisant ces recherches, garder son esprit critique car parfois, il peut y avoir des biais méthodologiques ou des falsifications d’études. Toutefois, pour en revenir au placébo, j’ai repéré (à la hâte) quelques articles sur le placebo qui paraissent acceptables en première lecture (plutôt survol).

https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/24909245

https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/26132938

https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/23899563

Pour compléter mon ancien post dont j’ai repris quelques extraits, je vous propose d’autres articles que je n’ai pas rédigé mais que j’ai plaisir à vous soumettre.

D’abord celui de Marc Gozlan, journaliste médico-scientifique et médecin de formation, webmaster du blog Réalités Biomédicales.

Dans son article « Nous sommes inégaux devant le placebo », Marc Gozlan évoque cette inégalité devant le placebo étudié dans le cadre de la dépression, comme étant due à des variants génétiques. Des études ont démontré que plusieurs gènes sont concernés, et ceci étant observable par l’IRM et l’IRMf .

Voici quelques points forts de l’article:

Plusieurs gènes associés à la réponse placebo sont impliqués dans le métabolisme de neurotransmetteurs. Or, on sait que la séquence ADN d’un même gène ­n’est pas exactement identique d’une personne à l’autre. On parle de « polymorphisme génétique ». Récemment, des études ont montré que certains de ces « variants génétiques » sont associés à l’effet placebo dans la douleur, les troubles anxieux et la dépression. Ainsi, des variants génétiques affectant les voies de la dopamine semblent influencer la réponse placebo dans la dépression majeure et pourraient servir de biomarqueurs pour différencier les patients répondeurs et non répondeurs au placebo.

Ces travaux revêtent un intérêt considérable depuis que des études ont montré que la réponse au placebo est importante dans le traitement de l’épisode dépressif majeur. Cela pourrait expliquer les résultats d’une méta-analyse montrant que l’efficacité observée dans les groupes placebo atteint 65 % de celle enregistrée dans les groupes de patients traités par antidépresseur dans les essais cliniques. Cette proportion est encore plus élevée lorsqu’on inclut les résultats d’essais non publiés. »

Indépendamment de cet article de Marc Gozlan très documenté scientifiquement, j’en ai relevé un autre du Dr Guy-André Pelouze, chirurgien cardio-vasculaire. À première vue, cet article publié sur le site European Scientist semble plus éloigné du placebo que le précédent! Le sujet principal est le remboursement de l’homéopathie. Mais j’ai noté son extrême pertinence sur un passage parlant du placébo. L’homéopathie est un placébo comme un autre.

À ce sujet, voici ce que raconte le Dr Guy-André Pelouze:

« …c’est que les français n’auront même pas bénéficié d’une information de qualité sur ce qu’est l’effet placébo. Nous avons comme les animaux, enfouis dans notre cerveau et recouverts de médiation inhibitrice culturelle et sociale des programmes d’auto-guérison. Nous réagissons à l’adversité par notre système neurovégétatif, immunitaire, anabolique pour guérir. Nous pouvons diminuer drastiquement la douleur, influencer nos choix alimentaires et notre sommeil face à une infection un traumatisme etc… Dans le groupe humain du paléolithique, ces programmes étaient activés spontanément ou sous la médiation des anciens. Nous avons confié ces cas au médecin depuis des siècles. Tout acte de soin, produit un effet le plus souvent placebo mais dans certains, nocebo. C’est un sujet assez bien connu en psychologie évolutionniste. Donc les dilutions homéo avec ou sans sucre ont un effet placebo comme les manipulations d’un ostéo, comme les piqûres d’un acupuncteur, comme la piqûre de la méso comme toute médication allopathique, comme, je le répète, tout acte de soin. Cet effet placebo c’est le cerveau du patient qui le génère et il peut pour certains symptômes améliorer 30% des patients y compris durablement. L’observation que, dans le cas de l’homéopathie il n’y a que l’effet placebo est intéressante car double : il est impossible de mettre en évidence expérimentalement d’effet intrinsèque de la dilution, mais il n’y a pas non plus d’effet secondaire, de complications, nous y reviendrons. »

Toutes les observations sur le placebo sont bénéfiques pour les médecins. Cela démontre toute l’importance d’élaborer un rituel de soin qui améliore l’effet placebo et le soulagement du patient. Et de prendre en compte que notre cerveau est capable de repérer un bon nombre de signaux potentiels. Comme la façon dont le médecin est habillé, sa gestuelle, ses mimiques, et bien évidemment les mots qu’il choisit pour recommander le traitement. Et encore la forme galénique du placebo, et même l’environnement dans lequel le protocole de prescription est présenté.

Le  placebo n’est plus un simple mirage psychologique. Pour que ça soit efficace, il est inutile de mentir au patient en lui  disant que c’est un vrai médicament qu’il va prendre. Le placebo peut être inclus comme une prescription à part entière dans le rituel de soins. Le placebo renforce l’alliance thérapeutique et la relation médecin/malade. Comme le souligne le Dr Jean-Marie Lemarchant, Médecin chef honoraire des Hôpitaux Publics qualifiés en gastro-entérologue et endocrinologie: « Dans certaines affections, c’est la façon de donner qui vaut plus que ce que l’on donne. »

C’EST LE TEMPS DES VACANCES!

“Le farniente est une merveilleuse occupation. Dommage qu’il faille y renoncer pendant les vacances, l’essentiel étant alors de faire quelque chose.”
Pierre Daninos

C’est le temps des vacances, et l’occasion de changer nos habitudes, de décrocher du net, de changer d’air que l’on parte ou non. Rêvons, flânons, lisons, changeons nos habitudes.

Un temps de vacance momentané, chers lecteurs, pour mon blog, et l’occasion de relire certains articles déjà rédigés. En vous remerciant de votre fidélité.

https://my-psychologie.com/2018/01/12/lexperience-de-mort-imminente-science-ou-parapsychologie/

https://my-psychologie.com/2019/01/06/ces-charlatans-qui-lisent-les-auras/

https://my-psychologie.com/2018/10/

https://my-psychologie.com/2018/11/29/le-bonheur-si-je-veux/

https://my-psychologie.com/2018/01/22/commander-un-bebe-en-un-seul-clic/

https://my-psychologie.com/2018/02/

https://my-psychologie.com/2018/06/28/autisme-la-communication-facilitee-une-pseudo-science/

https://my-psychologie.com/2018/06/20/faut-il-oublier-la-pyramide-de-maslow/

https://my-psychologie.com/2018/05/30/islande-un-modele-exemplaire-pour-lutter-contre-la-toxicomanie-et-les-addictions/

https://my-psychologie.com/2018/04/30/compliance-pouvoir-manipulation-obeissance/

https://my-psychologie.com/2018/03/29/les-personnalites-multiples-entre-thriller-et-maladie-mentale

/https://my-psychologie.com/2018/08/23/la-nature-aide-a-bien-vieillir/

https://my-psychologie.com/2018/08/27/ivres-paradis-bonheurs-heroiques/

https://my-psychologie.com/2018/09/20/laffaire-patricia-burges-princesse-satanique/

https://my-psychologie.com/2018/07/25/la-vie-en-mouvement-doliver-sacks/

https://my-psychologie.com/2018/07/30/mediation-animale-oscar-un-chat-hors-du-commun/

https://my-psychologie.com/2018/09/27/faut-il-normaliser-nos-emotions/

https://my-psychologie.com/2019/03/12/house-first-une-cle-pour-un-chez-soi/

https://my-psychologie.com/2018/02/20/dernier-jour-sur-terre-un-cas-clinique-sur-le-shooting-school/

https://my-psychologie.com/2018/05/09/une-therapie-mortelle/

https://my-psychologie.com/2018/05/04/loubli-des-souvenirs-infantiles/

https://my-psychologie.com/2018/05/16/memoire-cellulaire-et-pseudo-science/

https://my-psychologie.com/2018/05/22/la-resignation-acquise-nest-pas-une-fatalite/

https://my-psychologie.com/2018/05/30/islande-un-modele-exemplaire-pour-lutter-contre-la-toxicomanie-et-les-addictions/

https://my-psychologie.com/2018/03/19/lacces-aux-soins-en-prison/

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https://my-psychologie.com/2018/09/06/au-sujet-du-livre-science-and-pseudoscience-in-clinical-psychology/

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https://my-psychologie.com/2018/04/17/les-flashbacks-dun-veteran-du-vietnam/

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https://my-psychologie.com/2018/04/30/compliance-pouvoir-manipulation-obeissance/

https://my-psychologie.com/2018/12/11/surdoue-ou-zebre/

https://my-psychologie.com/2019/06/21/5478/

https://wordpress.com/block-editor/post/my-psychologie.com/5647

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https://my-psychologie.com/2019/04/02/le-chien-un-medicament-comme-les-autres/

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https://my-psychologie.com/2019/04/11/5071/

https://my-psychologie.com/2019/04/30/comment-la-psychologie-environnementale-aide-les-malades-dalzheimer/

https://my-psychologie.com/2019/03/07/la-remediation-cognitive-une-pratique-innovante/

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https://my-psychologie.com/2019/02/28/bibliotherapie-pour-tous-dans-la-depression/

https://my-psychologie.com/2019/01/30/quelques-raisons-pour-lire-eloge-de-la-lucidite/

https://my-psychologie.com/2019/01/17/electrochocs-et-soumission-a-lautorite/

https://my-psychologie.com/2019/01/06/ces-charlatans-qui-lisent-les-auras/

LA MÉTAPHORE DE LA TEMPÊTE DANS UN VERRE D’EAU!

Il s’agit d’une simple métaphore, stratégie souvent utilisée par les psychologues en consultation.

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Le constat s’impose : pressés par le stress, impatients de gagner et de dépenser, de jouir et de mourir, les hommes et les femmes d’aujourd’hui font l’économie de cette représentation de leur expérience qu’on appelle une vie psychique. L’acte et sa doublure, l’abandon, se substituent à l’interprétation du sens.» (Julia Kristeva, Les nouvelles maladies de l’âme). Une certaine dose de stress est créatrice pour avancer dans la vie; elle est alors comparable à un   coup-de pied au derrière qui nous stimule. Mais hélas, très souvent, le stress ronge notre psyché jusqu’à obscurcir notre jugement.


« Une psychologue marchait vers le podium tout en enseignant la gestion du stress à une audience avertie. Comme elle a soulevé un verre d’eau, tout le monde s ’attendait à la fameuse question du « verre à moitié vide ou à moitié plein ». Au lieu de cela, un sourire éclairant son visage, elle demanda: «Combien pèse ce verre d ’eau? »Les réponses  des participants varièrent de 20 grammes à 500 grammes! Toujours dans le sens du poids évalué… 


Alors, elle s’expliqua: «Le poids absolu n’a pas d ’importance. Tout dépend du temps durant lequel je le tiens.
-Si je le tiens pendant une minute, ce n’est pas un problème.-
-Si je le tiens pendant une heure, j’aurai une douleur dans mon bras.-
-Si je le tiens pendant une journée entière, mon bras se sentira engourdi et paralysé.-Dans ces trois alternatives de « timing », le poids du verre est le même!  Mais plus longtemps je vais le tenir, plus lourd, il va devenir. La pénibilité va être proportionnelle au temps.»


« Le stress et les inquiétudes dans la vie sont comparables à ce verre d’eau. Pensez-y pendant un moment et rien ne se passe. Pensez-y un peu plus longtemps et ils commencent à vous faire mal. Et si vous y pensez toute la journée, vous vous sentez paralysés – incapable de faire quoi que ce soit ».
Alors, « Pensez à déposer le verre.»  

Au long cours, on sait qu’il est la cause de nombreux troubles psychiques comme la dépression, et les maladies psycho-somatiques. L’hippocampe, le cortex préfrontal et l’amygdale régulent la gestion de l’humeur et des émotions. Plus les épisodes de stress sont intenses et nombreux, plus les impacts sont sérieux sur le cerveau. Qui ne connaît cette vieille expression populaire « se noyer dans un verre d’eau » ? 
Lorsque nous sommes trop stressés, à tort ou à raison, nous sommes démunis pour faire face aux difficultés. Nous sommes dépassés et malheureux.

Nous baissons les bras et sommes découragés face à l’adversité, obnubilés par notre malheur. Et c’est alors  la descente aux enfers du stress, jusqu’à atteindre le seuil critique du mal-être. L’allégorie du verre d’eau est pédagogique. Elle nous  fait comprendre à quel point, le « fardeau du stress » est capable d’empoisonner notre vie. Le post ci-dessous, écrit par un anonyme, illustre la théorie du verre d’eau. Celui-ci représente le stress, et son impact sur notre psyché. Sa morale est celle du passage de l’état pessimiste où l’on « voit le verre à moitié vide » à celui de l’état optimiste où l’on voit « le verre à moitié plein ». Source d’équilibre psychologique et de bien-être. Lorsqu’on n’est plus stressé, notre cerveau secrète de la sérotonine, un messager chimique qui contribue à  une sensation d’optimisme et de bien-être. Alors, ça vaut le coup de mettre en pratique un peu de bon sens!

« Le verre d’eau dans une tempête » n’est pas à interpréter comme une recette de développement personnel qui va marcher comme par enchantement. Ce serait de la pensée magique! Il s’agit d’une simple métaphore, stratégie que les psychologues utilisent en consultation. L’anxiété peut amener à consulter son médecin généraliste, et amener certaines personnes à suivre une psychothérapie reconnue par son efficacité suivant les règles de « l’Evidence Based Médecine ».

Source à laquelle je m’étais référée il y a deux ans, mystérieusement disparue des radars du web

http://www.jeanbaptistelc.fr/le-verre-deau/

«

TOUT SE JOUE AVANT L’ÂGE DE SIX ANS! VRAIMENT?

Un mauvais départ se répercute tout au long de la vie d’adulte, et il y a les traumatismes de l’enfance comme la maltraitance (sous toutes ses formes) qui laissent des empreintes post-traumatiques.

J’ai emprunté le titre de ce post au fameux best-seller écrit par le Dr Fitzhurgh Dodson « Tout se joue avant l’âge de 6 ans »! La première édition de ce livre date de 1970, et il a ensuite été régulièrement réédité . Cela ne signifie que j’agrée totalement au point de vue de l’auteur, même si certains de ses propos sont pertinents! Avouez que l’idée que tout se joue  avant six ans est tout de même sacrément fataliste! Ors, elle s’est imposée comme une évidence psychologique auprès de nombreux parents, y compris de certains professionnels de la santé.  Tout est-il déterminé avant l’âge de 6 ans ? Et même avant?  Cette affirmation vous rappelle-t-elle quelque chose

Mais qu’entend-on par cette expression? La personnalité de l’adulte se construit-elle vraiment durant les cinq premières années de sa vie, et parfois avant l’âge de trois ans?

Le livre de Dodson est devenu un manuel pour de nombreux parents et des mères obnubilées par les progrès de leur enfant, dans cette étape du rôle maternel que Winnicott appelait « la préoccupation maternelle primaire !

La vision du « tout se joue avant six ans est très pessimiste, et s’inscrit dans la lignée du déterminisme psychologique suivant laquelle la vie psychique est totalement déterminée. Elle serait  dépendante de ses antécédents, et ne comporterait aucune liberté. Pour F.Dodson, durant les cinq premières années de sa vie, chaque enfant passe par les stades des acquisitions fondamentales –marche, langage, propreté, socialisation, estime de soi-. Les stimulations intellectuelles reçue au cours du développement de ces acquisitions durant ces cinq premières années sont importantes pour son intelligence adulte. Sur le point de la stimulation intellectuelle, passage obligé par les écrans!  La psychanalyste Sophie Maripoulos, sans citer Dodson, évoque dans un rapport sur les enfants et les écrans, la malnutrition  culturelle due au manque d’attention et d’accompagnement des parents dans l’éveil des tout-petits.

À la sortie du livre « Tout se joue avant six ans » en 1970, les connaissances en  neurosciences n’étaient pas aussi avancées qu’aujourd’hui. Certes le développement cérébral est influencé par la génétique, notamment l’intelligence et ses 40 gènes, mais il  ne faut pas sous estimer les facteurs relationnels, affectifs et environnementaux. Les certitudes, mal interprétées selon certains spécialistes, sont agaçantes !
La petite enfance est une période très riche dans la vie, mais rien n’est jamais joué. Certains apprentissages se font toute la vie, l’environnement, les expériences de la vie, les événements (heureux ou malheureux), les crises, et les rencontres influencent la personnalité de l’adulte. Bref, dans le fatum, il y a une part de hasard qui fait que la vie réserve aussi des bonnes surprises.
 

Toutes les théories psychologiques sont d’accord pour dire que des relations affectives de qualité nouées dès l’enfance avec les parents, ou des figures de substitution laissent une empreinte indélébile et essentielle, qui influenceront les relations adultes. Évidemment! Un mauvais départ se répercute tout au long de la vie d’adulte, et il y a les traumatismes de l’enfance comme la maltraitance (sous toutes ses formes) qui laissent des empreintes post-traumatiques. 

Des chercheurs suisses de l’École polytechnique fédérale de Lausanne sous la houlette de Carmen Sandi ont constaté que les blessures invisibles de l’enfance laissent une empreinte biologique qui perdure dans le cerveau adulte.  L’équipe suisse a montré (chez des rats) que les traumatismes chez l’enfant conduisaient à des comportements agressifs visibles  sur certaines zones du cerveau. Comme l’altération du cortex orbitofrontal identiques à celles retrouvées chez les humains violents. Cette connaissance sur les conséquences des traumatismes a des implications médicales, mais également thérapeutiques et sociales.
« Cette recherche montre que les personnes exposées aux traumatismes dans l’enfance ne souffrent pas seulement sur le plan psychologique mais elles subissent une réelle altération dans leur cerveau» (Carmen Sandi).
 

La plupart des chercheurs en psychologie s’accordent pour dire que les traumatismes de la petite enfance (ceux qui surviennent avant l’âge de six ans) sont à l’origine de beaucoup de dépressions et de troubles anxieux, et d’autres troubles. Une autre étude, celle de l’université de McGill de Montréal montre également que les abus et maltraitance laissent une empreinte chimique dans le cerveau. Il s’agit d’une modification de gènes dont l’enfant a besoin a besoin pour se construire un système de défense contre le stress. Une fois modifiée par l’expérience de l’abus sexuel, ces gènes restent altérés toute la vie, rendant les victimes plus vulnérables aux aléas de la vie. 

 
Sans s’arrêter à des événements traumatisants extrêmes (violence, abus sexuels abandon), les interactions destructrices et répétées avec les adultes sont néfastes dans la construction de la personnalité. C’est du désamour et de l’atteinte à l’estime de soi, ni plus ni moins. On entend par désamour les humiliations répétées, le manque d’affection et de compassion d’autrui, les négligences envers la santé mentale et physique. Les inactions des parents sont également destructrices;  elles font douter de la valeur de l’enfant et entachent son estime de soi. Les encouragements prodigués par les adultes sont essentiels à la sécurité affective et l’absence de retroaction positive est extrêmement dommageable à l’estime de soi. Les parents ou  les adultes ne sont pas les seuls acteurs des actions de démolition mentale. Les enfants sont parfois cruels entre eux. L’ostracisme, l’exclusion, l’intimidation par les autres enfants sont extrêmement traumatisantes pour un jeune enfant.
 
Même si le futur adulte est marqué au fer rouge par ses traumatismes, la vision déterministe où tout est  joué durant l’enfance est catastrophique. Elle risque d’enfermer l’autre prisonnier de son passé, et de ne pas l’encourager à dépasser ses problèmes !
 
Freud, en son temps, avait souligné l’inégalité des réactions des patients à la névrose face à un même événement. Jung a parlé de cette notion du « Soi », ce noyau subtil de la personnalité qui peut aider à surmonter les épreuves. Le très médiatique et contesté pédopsychiatre Marcel Rufo prend le contre-pied de F.Dodson de cette fausse croyance que « tout se joue avant six ans ».
 
La notion de résilience, développée par Boris Cyrulnick, démonte ce déterminisme, et est est une formidable leçon d’optimisme où tout est possible à tout âge! La résilience, c’est cette capacité à rebondir, et à reprendre le développement positif de sa vie après l’adversité.
Il n’y a pas de fatalité au malheur. « Les enfants qui ont connu la violence, l’abandon, l’orphelinat, la misère ou encore la guerre seront des enfants blessés et des adultes blessés tout au long de leur vie. Mais ces enfants ne sont ni foutus, ni sans valeurs (Boris Cyrulnick).» 
Les deux périodes pendant lesquelles se mettent en place les processus de résilience sont d’une part, la période qui précède l’acquisition du langage où l’enfant se façonne, se  » tricote  » avec la propre histoire de ses parents. D’autre part, la période qui sur l’acquisition du langage, où l’enfant acquiert la possibilité de se représenter son passé et son avenir et donc de donner un sens à sa vie et ainsi d’agir en la métamorphosant.
 
Conclusion : tout ne se passe pas avant six ans, ni même à trois ans ! On peut à tout âge revivre, et la résilience marche toute la vie, et jusqu’à 120 ans! 
 
 

Vidéo/conférence du Pr Marcel Rufo

 

 

 

 

Sources:
http://www.radio-canada.ca/nouvelles/science/2013/01/17/003-traumatisme-enfance-violence.shtml
Boris-Cyrulnik Les-vilains petits canards