LE TOURISME PROCRÉATIF DES BÉBÉS-ÉPROUVETTE !

Le tourisme procréatif a de beaux jours devant lui car il se trouve facilité par la législation en bioéthique plus ou moins permissive d’un pays à un autre.

35-ans-de-bebes-eprouvettes_exact1900x908_l.jpgLa loi sur la Procréation Médicalement Assistée (PMA) sera révisée au semestre 2019. La  définition stricto sensu est celle-ci: la procréation médicalement assistée (PMA), également appelée Assistance Médicale à la Procréation (AMP) est un ensemble de pratiques cliniques et biologiques où la médecine intervient dans la procréation.

La bioéthique suit l’évolution des mentalités d’une société donnée, et certains projets de modification de la loi en bioéthique sur la PMA font déjà l’objet de débats houleux sur les réseaux sociaux, les médias mainstream et les talk-shows télévisés. Dans ce post,  je traite de la Fécondation in Vitro (FIV) et la Gestation pour Autrui (GPA) fera l’objet d’un autre post. Il y a dix ans, la bioéthique de la PMA était un sujet confidentiel restreint au cercle des soignants et des juristes, et qui laissait  indifférent le grand public. Et pourtant, les professionnels de la santé avaient déjà pointé les dérives, et aujourd’hui, elles n’ont fait qu’empirer à cause de l’absence de législation internationale. Ces dérives qui existent depuis une bonne dizaine d’années sont aujourd’hui relayées dans les médias main-stream et les réseaux sociaux, non pas à des fins de réflexion éthique sur la parentalité, le devenir et les droits de l’enfant mais instrumentalisées pour servir les intérêts de lobbies.

Certains politiques souhaiteraient que la PMA  sorte du champ de la bioéthique au motif que c’est d’abord une question éthique et philosophique avant d’être médicale. Vraiment? Et le suivi de la grossesse qui s’en charge? Les députés ou les sénateurs? C’est oublier toute l’histoire de la PMA où la science médicale est omniprésente. Le centre  de gravité est l’évolution de la science médicale. Louise Brown est le premier bébé-éprouvette  née le 25 juillet 1975 et les médecins à l’origine de sa naissance sont Patrick Steptoe et Bob Edwards. Quatre ans après, avec l’aide du gynécologue René Frydman et du biologiste Jacques Testard, Amandine va naître. La Procréation Assistée est une véritable révolution médicale qui a permis, permet et permettra aux couples infertiles en mal d’enfant de devenir parents.  Selon une étude de l’Ined publiée en juin 2018, en France, un enfant sur trente est conçu par FIV.

La bioéthique ne peut pas tout encadrer. La difficulté majeure réside à ne pas se montrer trop libertaire ou trop coercitif et solliciter la liberté de conscience, la faculté de discernement de chacun. Comment trouver un juste milieu à partir de la seule notion de bien et de mal qui sont des notions subjectives et influencées par le modèle de civilisation? Malheureusement, aujourd’hui, le débat sur la PMA s’est politisé et il est devenu impossible de s’affranchir de la réflexion en dehors de l’hystérie collective voire des « hystoires » pour reprendre l’excellent néologisme de la féministe et critique littéraire Élaine Showalter. Toute réflexion de fond est absente et la règle du jeu est le lynchage en règle et le « name and shame » pour les célébrités affichant publiquement leur recours à la PMA!  On est sommé de choisir son camp, chacun étant sur de son bon droit et de maitriser cette question de bioéthique. Quelle chance d’avoir des certitudes! Et l’enfant dans tout ça? Bref…

Qui est concerné en France par la PMA? Actuellement, elle est réservée aux couples hétérosexuels, uniquement si l’un des deux futurs parents souffre d’une infertilité constatée médicalement. Les couples séparés n’y ont pas droit. La limite d’âge pour les femmes est de 43 ans, et cette année, la justice administrative ayant statué, les hommes de 60 ans sont officiellement trop âgés pour procréer, limitant leur accès à la PMA.  Les gamètes de l’un et l’autre sont totalement gratuits ; mais il en est autrement dans d’autres pays. Chez nous, il est notoire qu’il y a une carence en dons d’ovules et que la technique de FIV diffère sur certains points de celle d’autres pays comme l’Espagne et la technique de vitrification. Aujourd’hui, la technique de vitrification qui attirait les couples français en Espagne est pratiquée en France depuis peu, mais elle est réservée à un nombre limité de cas; lorsque les précédentes techniques autorisées ont échoué. Les futurs parents ont de quoi être perdus quand on sait que les avis scientifiques sont partagés sur l’efficacité d’une technique particulière.Les protocoles des FIV ( fécondation in vitro) sont différents suivants les causes de l’infertilité à traiter: le don de sperme, don de gamètes, don d’ovocytes avec technique de vitrification ou non.

Lorsqu’on commence à évoquer ce sujet sensible, la suspension du jugement sur le désir d’enfant s’impose. Tout projet parental mérite qu’on s’y attarde.  Si on a l’occasion de lire ou d’entendre des témoignages de ces personnes qui recourent à la PMA, nos certitudes, nos croyances et notre éthique personnelle en prennent un coup et l’on a tendance à évaluer la situation à partir de nos propres certitudes. La moraline, le néologisme de Friedrich Nietszche, ne fera pas avancer la réflexion sur la PMA et aura l’effet inverse attendu. La parade pour contourner la loi française est rodée! Le consensus peut déjà se faire autour des dérives de la PMA et des FIV, récurrentes en l’absence de législation internationale. Et c’est déjà pas mal!

Les dérives éthiques sont grandement facilitées par la disparité des techniques et la législation qui est différente d’un pays à un autre. La législation internationale est le point névralgique des dérives de la PMA. L’un des grands paradoxes de la bioéthique est que si la la PMA est le bébé de la science médicale, elle n’est plus entre les mains des médecins. D’autres acteurs de la société sont rentrés dans la danse. De ce fait, l’éthique est instable car elle échappe totalement à la relation médecin/malade telle qu’elle est décryptée en systémique à partir du modèle hérité d’Hippocrate.

Si d’aventure la législation sur les FIV était ouverte à toutes pour toutes, très vite la France serait à cours de dons de sperme et serait obligée d’aller en piocher à l’étranger dans une banque de sperme qui a pignon sur rue. Ce risque de pénurie est déjà pointé par  l’agence de la biomédecine. Ou bien alors il faudra rémunérer le don de gamètes. C’est mathématique. Ou bien alors ouvrir une banque de sperme comme celle de la société Cryos, une banque européenne de sperme. Cryos International est la première banque de sperme qui pratique à l’échelle industrielle la vente de gamètes, et notamment par correspondance. Elle fournit à la France un fort contingent de gamètes puisque la France en manque déjà. C’est écrit sur le site de Cryos noir sur blanc…

Le malheur des couples souffrant d’infertilité est exploité à des fins peu humanistes dignes du Meilleur des Mondes, le fameux roman publié en 1934 par Aldous Huxley. Ce livre décrit une société où les pays ont disparu au profit d’un seul état mondialisé à la gouvernance totalitaire. Dans ce Nouveau Monde, les êtres humains sont répartis sur une hiérarchie pyramidale à trois niveaux. Si la sexualité demeure pour l’équilibre de l’individu, la reproduction sexuée n’a plus court et la procréation est assistée en laboratoire ressemblant en cela à la FIV d’aujourd’hui. Les embryons ne grandissent plus dans le ventre de leur mère mais en laboratoire dans des bocaux. Déjà, à cette étape pré-berceau, l’embryon est psychologiquement conditionné à son futur rôle d’adulte. Son utilitarisme réside dans le fait que le petit d’homme en grandissant va trouver normal sa position sur la pyramide sociale. Aldous Huxley -au passage frère du biologiste Julian Huxley, théoricien de l’eugénisme- avait pressenti en son temps le risque du progrès médical ainsi que ses possibles répercussions sur l’organisation de la société humaine.

Si on ne veille pas au grain, les couples stériles sont susceptibles de se comporter à leur insu en consommateurs de science médicale, et les médecins de ne devenir que des scientifiques purs et durs, complices du dévoiement d’une avancée majeure de la science qui donne envie de croire à l’existence de miracles, attribués d’ordinaire à quelque divinité supérieure. Les dérives de la bioéthique se développent toujours dans un cadre législatif et profitent des failles de la législation internationale ou existante de pays à pays.

La morale est une notion subjective mais lorsqu’il y a une transaction financière qui prévaut sur les services médicaux rendus, on est en droit de s’interroger sur la motivation de la démarche initiale. On veut faire un enfant pour soi, pour son couple, pour la société ou…pour l’enfant à vivre lui-même.

Lorsque, pour diverses raisons, les FIV ne marchent pas pour les personnes qui désirent être parents, beaucoup n’hésitent pas à se tourner vers le tourisme procréatif. Et comment les blâmer lorsque la liste d’attente pour le don d’ovocytes est saturée en France ou que leur profilne rentre pas dans la législation française? Elles n’ont d’autres ressources que d’aller voir si l’herbe est plus verte ailleurs. Ainsi, en Espagne, en Grèce, République tchèque et Roumanie, il n’y a pas de pénurie de don d’ovocytes car il est rémunéré. Faut-il s’en indigner ?

Le tourisme procréatif a de beaux jours devant lui car il se trouve facilité par la législation en bioéthique plus ou moins permissive d’un pays à un autre. Ainsi, contrairement à la France, dans d’autres pays européens, le recours au FIV est toléré pour les femmes de plus de 43 ans, les célibataires et les couples homosexuels. De plus  en plus de femmes célibataires en âge de procréer font appel aux cliniques de fertilité installées à l’étranger, notamment en Espagne. Il n’est plus rare que la génération Y ait de plus en plus de femmes autour d’elle qui se sont tournées vers le tourisme procréatif car l’horloge biologique tourne et il est difficile de faire des rencontres si on a job prenant ou qu’on n’a pas envie de s’inscrire sur les sites de rencontre où le pire côtoie le meilleur! Doit-on dire à ces jeunes femmes de faire un enfant dans le dos d’un homme d’un soir et de se déclarer ensuite mère célibataire? Sans commentaires sur la notion implicite de bien et de mal! Si le tourisme procréatif marche si bien, c’est qu’il y a des disparités législatives d’un pays à un autre, et démontrent qu’il y a une hypocrisie manifeste au niveau de la législation française et européenne. Il y aurait une nécessité urgente à harmoniser la législation pour que les dérives mercantiles cessent.

Et il avant de brailler, il serait urgent de réviser les lois sur l’adoption pour diminuer le nombre de PMA. Autour de la PMA, il y a tout un commerce douteux qui s’est développé. Lorsque vous tapez sur le moteur de recherche Google, l’aspirant/parent peut faire son marché virtuel à partir des nombreux sites racoleurs, et comparer les prix. De nombreuses cliniques étrangères se sont spécialisées dans les FIV et est ouverte sans restriction à tous les couples. Les tarifs varient d’un pays à un autre. Ils peuvent aller de 2 500 €uros en Grèce  et à 12 000 €uros en Espagne. Le moins que l’on puisse dire, c’est que la Procréation Assistée est un véritable Business. Ces cliniques étrangères affichent un super bilan financier (malgré la crise), et l’une des plus prisées est celle du Dr Rumpick à Prague. On veut bien laisser à ce dernier le bénéfice du doute sur son engagement humaniste lié à son serment d’Hippocrate, mais on est en droit de s’interroger sur la façon dont il procède pour que sa clinique soit rentable. J’admets volontiers faire preuve de mauvaise foi en sortant de son contexte cet extrait qui date de 2009, mais j’émets l’hypothèse que c’est toujours d’actualité! Je trouve que la recette (économique) du bon docteur pour remplir sa clinique est surprenante: « Ici, la main d’oeuvre est toujours très bon marché comparé aux pays de l’Ouest, ce qui nous permet de pratiquer ces tarifs. Les médicaments et la préparation coûtent la même chose partout dans le monde, mais le travail des docteurs et des chercheurs est moins cher ici, ce qui entraîne un prix total inférieur.» Le désir d’enfant est-il quantifiable et a-t-il un coût low-cost ?

L’Espagne est devenue l’Eldorado des FIV. Ce pays ne connait pas la pénurie de dons d’ovocytes car ils sont rémunérés à hauteur de 900 euros. et les femmes de plus de 43 ans peuvent y avoir accès.  Et sur le site Co-parents, on peut lire ceci: Elles peuvent bénéficier d’une prise en charge des soins par la Caisse Primaire d’Assurance Maladie (CPAM) à hauteur de 1550 €, sous certaines conditions uniquement

Dans ce registre, certains pays de l’union européenne comme la république tchèque, les futurs parents peuvent choisir la couleur des cheveux, des yeux de l’enfant à naître, et il est possible de repousser l’âge de la maternité. La Grèce autorise les FIV jusqu’à 50 ans et en République tchèque, il est possible pour des femmes âgées de presque 60 ans de donner naissance. Ce sont des données factuelles. Après, on a des cas particuliers qui laissent songeur. En 2016, dans l’état de l’Haryana (Inde), une femme de 70 ans a accouché d’un petit garçon en bonne santé après avoir bénéficié d’une FIV. Les ovules proviennent de la mère et le sperme de l’époux âgé de 79 ans, le couple étant stérile après 46 ans de mariage. En 2008, toujours en Inde, c’était une femme de 72 ans. On a l’impression que c’est plus de la médecine expérimentale que de l’aide à la procréation pour satisfaire un désir d’enfant.

Le tourisme procréatif est un moyen simple de contourner la loi française depuis belle lurette. Et si les femmes femmes n’ont pas les moyens de se rendre dans une clinique de fertilité en Espagne, elles peuvent toujours commander « un bébé en un seul clic » sur le net! La société Cryos, une banque européenne de sperme, propose la vente de gamètes par correspondance après avoir choisi par catalogue les caractéristiques génétiques du donneur.

Comment se passe la vente en ligne d’une FIV avec Cryos? Et bien comme sur votre d’achat préféré en ligne! La future mère après l’avoir choisi sur catalogue clique sur le géniteur choisi « , et le met dans l’icône « landeau » qui remplace l’icône panier des sites commerciaux. L’étape suivante est celle que nous connaissons tous quand nous achetons sur le net « mode de paiement par carte bancaire ». Le paiement dûment enregistré, quelques jours plus tard, la future maman se voit livrer sa dose de sperme à domicile dans une bonbonne étanche. Il est joint au colis un mode d’emploi pour qu’elle puisse faire sa FIV chez elle. D’abord, elle doit faire décongeler les paillettes, et ensuite s’installer dans une position confortable pour les introduire avec une canule. (Nicole Bétrencourt, Un Bébé en un seul clic! )

Le tourisme procréatif reste sujet à des dérives, et de réécrire à nouveau que c’est au niveau de la législation internationale qu’il faudrait agir. La PMA est devenu un enjeu politique où l’enfant conçu par FIV est devenu otage. Pas uniquement de la part des parents qui y ont eu recours mais aussi du regard de la société sur sa conception. Ces enfants conçus par PMA seront-ils ostracisés tout au long de leur enfance un de ces quatre ? Cela dépasse l’orientation sexuelle des parents. Et il y aussi la question de la filiation et des origines biologiques. Tant d’inconnues en bioéthique…

Et puisque le Meilleur des Mondes risque d’être en marche avec la PMA, de citer Aldous Huxley:

« Je suis terrifié de voir mes prophéties réalisées»

À suivre dans un prochain post d’autres réflexions sur la PMA…

©NBT

Depuis une dizaine d’années,  je me passionne pour ce sujet qui touche aux droits del’enfant et à l’évolution de notre société. En dehors des lobbies divers et politiques. C’est une démarche personnelle après avoir suivi les séminaires en bioéthique organisés par le Centre d’éthique de Cochin.  La première version de cet article sur la PMA (Procréation Médicalement Assistée) a été rédigé en 2009 et publiée sur le site EXMED. Encore d’actualité sur de nombreux points, cet article est  complété et enrichi. Ce post est factuel, et est un état des lieux de ce qui se passe en France et à l’étranger pour la PMA.  Le lecteur est libre de l’interpréter à sa guise.

amandine-le-jour-de-sa-naissance-le-24-fevrier-1984-a-l-hopital-antoine-beclere-de-clamart-dans-les-hauts-de-seine-photo-d-archive-1433506900
Amandine

FREUD, LA NÉVROSE DE GUERRE ET LE TRAITEMENT BARBARE DE LA FARADISATION!

La palme de la barbarie revient à la méthode de torpillage mise au point par le Dr Clovis Vincent.

01.gif
La guerre de 14/18 bouleversa la psychiatrie. Devant l’afflux de blessés psychiatriques, le service de santé des armées dut se réorganiser. La durée et l’ampleur de la Grande Guerre engendrèrent des troubles de la psyché inconnus jusqu’à alors du corps médical. Les médecin ignoraient comment les prendre en charge.
Ces troubles étaient les manifestations du Stress-Post-Traumatique, répertorié aujourd’hui dans le DSM et le CIM.  Les médecins de l’époque de la Grande Guerre parlaient de l’hypnose des batailles, de  La fatigue de guerre et de cafard.

Le principal trouble psychiatrique auquel devait faire les médecins était celui de l’Obusite. Comment se manifestait-il?  On trouve des témoignages sur les Poilus souffrant d’obusite rapportés dans La Gazette de Souain:  « Des soldats étaient trouvés accroupis ou pliés en deux, ne se relevaient pas, les yeux écarquillés. certains sont devenus muets, sourds et même aveugles sans blessure apparente organique.»

Lorsque les soldats présentaient des symptômes de paralysie, des tremblements, une surdité, des convulsions ou de mutisme, c’était pour la médecine la manifestation d’un désir de fuite. Et c’était aussi une forme d’hystérie, différente de l’hystérie féminine et propre à la guerre. On était vraiment loin du concept de Stress post-traumatique moderne.

Les psychonévroses de guerre bouleversèrent le milieu des aliénistes. Pour les uns, c’était un syndrome post-commotionnel, pour les autres « émotion-choc » ou rôle de la prédisposition des constitutions. Le neuropsychiatre toulousain Voivenel parla des troubles de l’émotivité  (on dirait aujourd’hui états anxieux) qui sera finalisée dans son concept de « peur morbide acquise ». La peur morbide acquise par hémorragie de sensibilité. Cet état intervient soit immédiatement après une bataille, soit plus progressivement au fil des mois. Les observations du Dr Voivenel préfigurent déjà certaines caractéristiques de stress post-traumatique figurant dans le DSM et le CIM 10.

Comme les médecins pensaient que ces psychonévrose étaient une forme d’hystérie, ils ne prenaient pas de gant pour les traiter. Le malheureux poilu souffrant d’un État de Stress post-traumatique pouvait être soigné par la flagellation pour briser sa personnalité. On frappait le soldat de plus en plus fort avec des paroles aimables et en lui faisant ingurgiter de l’eau de vie! De la gnôle, quoi!

Le traitement de choc le plus coton de l’époque pour traiter la névrose de guerre était celui de la faradisation ou de la galvanisation à grande échelle. Les médecins de l’époque partaient de l’idée que les soldats étaient des simulateurs, et qu’il fallait trouver une solution pour les mettre en face de leur propre couardise avant de les renvoyer au front. Les soldats ne pouvaient pas refuser le traitement, et la coercition physique était employée. On n’hésitait pas à enfermer les patients dans des carcans redresseurs.

Alors comment se pratiquait une séance de faradisation? Un courant galvanique de 35 milliampères sous 75 volts, Et en secousses brèves (de 10 à 20 secondes) est administré à l’aide de conducteurs sur les zones sensibles du soldat. Cette méthode psycho électrique downloadcomme celle de Roussy et de Lhermitte comportait plusieurs phases. D’abord la préparation suggestive du patient, et puis le « choc psychique » provoqué par l’application douloureuse du courant  faradique; le tout dans une atmosphère de discipline militaire. La toute puissance du médecin -le pouvoir de la blouse blanche et du savoir-, la suggestion et le choc électrique constituaient les trois fondamentaux de ce traitement barbare. Car c’était de la torture. Des infirmiers ont confirmé qu’un certain Dr Kolowsky faradisait les parties génitales ainsi que les bouts des seins. Les séances se faisaient en présence d’autres patients afin que leurs hurlements de douleur effrayent les autres victimes. Cela renforçait l’efficacité de la cure, soi-disant…

Il y aurait des différences subtiles entre les méthodes électriques des psychonévroses de guerre. La palme de la barbarie revient à la méthode de torpillage mise au point par le Dr Clovis Vincent, et . Elle repose sur le principe de la galvanisation, un courant plus intense que le faradique envoyé avec des tampons sur les zones sensibles de la surface cutanée. La fin de la guerre sonna le glas du traitement électrique des psychonévroses.

Tous les médecins n’étaient pas d’accord sur la faradisation ou la galvanisation. Dont Sigmund Freud. L’œuvre de Freud n’est plus à présenter. Le fondateur de la psychanalyse s’est trouvé confronté lors du conflit de 14/18 à ses confrères qui pratiquaient la psychiatrie classique pour traiter la névrose de guerre. Il va être amené à faire des expertises sur la névrose de guerre suivant l’approche psychanalytique. Il va proposer une autre approche de la névrose de guerre. C’est même une attitude politique qui bouscule les mentalités de la médecine militaire. La nature psychique de ces névrosés de guerre est la même comme pour toute névrose. Les névroses de guerre et de paix sont des troubles de la vie  affective où l’inconscient est omniprésent.

Voici ce qu’il écrit à ce sujet dans un rapport d’expertise :
«… la cause première de toutes les névroses de guerre était la tendance, inconsciente chez le soldat, à se soustraire aux exigences du service de guerre, pleines de dangers et révoltante pour le sentiment. L’angoisse pour sa propre vie, le hérissement contre l’ordre de tuer les autres, la révolte contre la répression brutale de sa propre personnalité pour le supérieurs, étaient les sources d’affects les plus importants à partir desquelles s’est alimenté la tendance à fuir la guerre. Un soldat chez lequel ces motifs affectifs auraient été clairement et puissamment conscients aurait dû, en tant que sujet en bonne santé, déserter ou se porter malade. Mais les névrosés de guerre n’étaient que pour une très petite part des simulateurs ; les sollicitations d’affects qui se hérissaient en eux contre le service de guerre et les poussaient dans la maladie agissaient sans qu’ils en soient conscients. Elles restaient inconscientes parce que d’autres motifs, l’ambition, l’estime de soi même, l’amour de la patrie, l’habitude de l’obéissance, l’exemple des autres étaient d’abord les plus forts, jusqu’à ce qu’ils soient surmontés lors d’une occasion propice par d’autres motifs actifs inconscients. A cette vision de la  cause des névroses de guerre se rattache à une thérapie qui parut bien fondée et, au début, s’avéra aussi très efficace. Il semble  opportun de traiter le névrosé comme un simulateur, et de ne pas tenir compte de la différence psychologique en intention consciente et inconsciente, tout en sachant qu’il n’était pas un simulateur.»
Si dans une partie de son rapport, Freud ménage la chèvre et le chou envers ses confrères, il se montre sans concession envers la faradisation:
« Après coup, les médecins ont embelli la réalité en affirmant que la force de ces courant électrique  était la même que celle utilisée depuis toujours dans les troubles fonctionnels. Cela n’aurait pu agir que dans les cas les plus légers, et ne correspondait pas du tout non plus au raisonnement de base selon lequel le névrosé de guerre devait être dégoûté de son état de malade, de sorte que ses motifs dussent basculer en faveur de la guérison. Ce traitement douloureux est né dans l’armée allemande avec une intention thérapeutique, pouvait certainement être appliqué de façon plus modérée…»
« Toutefois, ce procédé thérapeutique était atteint d’une tare dès le départ. Il ne visait pas au rétablissement du malade, ou pas en premier lieu, mais avant tout  au rétablissement de son attitude à faire la guerre. La médecine s’est trouvée, dans ce cas présent, au service d’intentions qui lui sont par essence étrangères… les succès, brillant au début, du traitement par courant fort ne se sont pas non plus avérés durables. Le malade qui, rétabli par le traitement, avait été renvoyé au front, pouvait répéter le jeu nouveau et récidiver…»
Et Freud va vraiment s’opposer au traitement électrique de la névrose de guerre:
« Dans cette conjoncture, une partie des médecins militaires cédèrent la tendance caractéristique des Allemands à faire passer leurs intentions sans ménagement, ce qui n’aurait jamais dû arriver ; la force des courant ainsi que la dureté du traitement habituel furent augmentés jusqu’à l’insupportable pour soustraire aux névrosés de guerre le gain qu’ils retiraient de leur état de malade. Il reste non contredit qu’il survint, à cette époque dans les hôpitaux allemands, des cas mortel pendant le traitement et des suicides à la suite de celui-ci.…»
Et le psychanalyste va répondre au président de la commission sur les propos de l’un de ses confrères, farouche partisan de la faradisation :
«… Toute névrose a un but, Elle est dirigée vers des personnes déterminées et disparaîtrait  immédiatement sur une île déserte ou dans une situation semblable car elle n’aurait plus de sens… la majorité de ces états provenaient d’intentions inconscientes et, parmi elles, on a oublié de mentionner l’indépendance personnelle. Pour beaucoup d’hommes cultivés, devoir se soumettre au traitement militaire À du être quelque chose d’affreux, et chez nous comme dans l’armée allemande, le mauvais traitement infligé par les supérieurs en  a influencé beaucoup. En essayant de soigner les névroses par la psychanalyse, nous avons appris que la colère contre les supérieurs étaient souvent le motif principal de la maladie, de nombreux cas qui n’avaient pas pris naissance au front, des cas nés à l’arrière dans des hôpitaux en fournissaient l’explication.»
Dans Introduction à La Psychanalyse des névroses de guerre, Freud développera les mêmes arguments que dans ses expertises :
 « Les névroses de guerres […] sont à concevoir comme des névroses traumatiques qui ont été rendues possibles ou ont été favorisées par un conflit du moi. […] [Celui-ci] se joue entre l’ancien moi pacifique et le nouveau moi guerrier du soldat, et devient aigu dès que le moi de paix découvre à quel point il court le risque que la vie lui soit retirée à cause des entreprises aventureuses de son double parasite nouvellement formé. On peut tout aussi bien dire que l’ancien moi se protège par la fuite dans la névrose traumatique du danger menaçant sa vie, ou qu’il se défend du nouveau moi reconnu comme mettant sa vie en péril »
Le mécanisme de la névrose de guerre analysé par Freud était radicalement différent de ce que proposait la médecine de l’époque, et a amené une bouffée d’humanité avec sa méthode. Il préfigurait déjà le mécanisme du stress post-traumatique du à un conflit où la victime revit le trauma en boucle.
« Dans les névroses de guerre, ce qui fait peur, c’est bel et bien un ennemi intérieur».