AUTOUR DU FILM HOLY SMOKE: UNE HISTOIRE D’EMPRISE MENTALE

De nombreuses personnes furent brisées par les techniques de déprogrammation. Une approche pseudo-scientifique à la violence égale aux techniques d’endoctrinement des groupes totalitaires.

Sorti en 1999, Holy Smoke est l’un des films les plus troublants de Jane Campion. Il évoque la difficulté de déconditionner une personne sous l’emprise d’une religion marginale (ou secte). Évaluer le degré d’emprise ou l’adhésion nocive à des croyances spirituelles (ou autres), avec perte du libre arbitre, notion très subjective admettons-le, est difficile à évaluer. Comment définir les critères d’un groupe totalitaire comme une secte?

Holy Smoke met en présence deux protagonistes: Ruth (incarnée par Kate Winslet),  une Américaine convertie à un syncrétisme religieux new age et hindouiste, et un déprogrammeur, P.J Waters (joué par Harvey Keitel). Au cours d’un voyage en Inde, Ruth, tombe sous l’emprise d’un gourou prénommé Baba. Inquiète par son changement d’attitude et ses nouvelles croyances opposées à l’éducation religieuse qui lui avait été inculquée, sa famille demande à un déprogrammeur P.J Waters, de faire revenir la jeune femme à la raison, de la déconditionner.

On assiste dans ce film à des scènes de deprogramming où P.J Waters séquestre Ruth, emploie des méthodes coercitives ( physiques et morales ) pour l’inciter à quitter la secte de Baba et soigner sa psyché endoctrinée. Tombant amoureux de la jeune femme, il échoue dans sa mission,  et ses certitudes seront bouleversées. Ruth restera en Inde chez Baba.

Le film est étrange et déstabilisant en dehors de l’histoire d’amour entre un homme et une femme, et des scènes torrides qui y sont liées. On peut se demander si Ruth est vraiment aliénée à ce groupe religieux marginal, si elle joue de ses charmes pour éviter la coercition mentale et physique employée par Waters pour faire retomber la pression. Holy Smoke est d’abord une fiction mais Jane Campion s’est inspirée de faits réels fort courants dans les années 1990.

L’identité du gourou Baba est à peine déguisée. Il a réellement existé et est mort en 2011. C’était un gourou de Puttaparthi (nord de l’Inde), faiseur de miracles. Il comptait cent millions d’adeptes dont beaucoup d’Occidentaux en quête de recherche spirituelle. Les enseignements de Baba étaient un syncrétisme d’Hindouisme et de Christianisme. Du New Age pur jus. Baba s’était autoproclamé à 14 ans la réincarnation de Saï Baba de Shirdi, un saint de l’Hindouisme mort en 1918. Notre bon Baba de Puttaparthi avait soi-disant la capacité de matérialiser des objets symboliques, de l’or, des bijoux et de la cendre sacrée devant ses adeptes.
Ses devises étaient des plus louables: « aimer tout le monde, servir tour le monde, aider toujours, ne jamais blesser.». C’est ça la force de l’appel des sirènes des religions marginales: le développement de la spiritualité supposée irréalisable dans les religions traditionnelles. La séduction à partir de bons sentiments et la promesse d’une vie dans l’Au Delà paradisiaque, ou bien encore celle d’une meilleure réincarnation.

En 1999, coup de théâtre! L’Unesco annonce qu’elle retire tout partenariat avec l’association de Satya Saï Baba, en raison d’actes de pédophilie perpétrés par le gourou. Ces actes n’ont jamais été prouvés par voie de justice mais on trouve sur le net de nombreux témoignages d’Occidentaux, relayés notamment par le GEMPPI.

Baba a été accusé de charlatanisme. Il réalisait des tours de magie en les faisant passer pour des miracles. Réalisant la supercherie, certains adeptes se sont détournés de lui. De reconnaitre que pour les gens de son village, il s’est montré un bon samaritain. Il a créé un véritable trust, et la fortune de « Babaji » (saint homme) a été estimée à 170 millions de dollars.

Cette fortune provenait essentiellement des dons des adeptes occidentaux en quête de spiritualité. Avec cette fortune, il a fait construire une ville moderne et un hôpital où il est mort. Ses centres d’enseignement pour Occidentaux étaient décrits comme des villages comparables à ceux du Club Med. Distributions gratuites et à foison de glaces, et buffet luxuriant à l’Occidentale.

La face obscure de Baba à l’instar des deux visages de Janus montre qu’il était un gourou, terminologie culturelle en Inde, mais en Occident, elle renvoie à une personnalité totalitaire (et charismatique) comme on peut l’observer dans les groupes sectaires. Il a été rapporté que certains de ses adeptes avaient subi un conditionnement mental à partir d’E.M.C (état modifié de conscience). C’est une pratique de manipulation bien connue, et dans les grands rassemblements, les individus sont particulièrement suggestibles. Les états d’auto-hypnose durables peuvent favoriser des hallucinations individuelles et collectives.

L’autre versant du film est celui d’une spécialité qui est celle du « déprogrammeur de sectes ». Cette pratique controversée est apparue aux États-Unis à la fin des années 70, en plein boum du New Age, foisonnant de nouveaux mouvements religieux (NMR). La déprogrammation fait usage de la force en enlevant et en séquestrant l’adepte pour le forcer à abjurer ses nouvelles croyances jugées erronées ou dangereuses. La coercition physique, ni plus ni moins.

Comment a-t-on pu concevoir une telle une méthode, ayant pignon sur rue, à base de coercition mentale et physique pour sortir les gens des groupes sectaires?

Les parents qui se tournaient vers les déprogrammeurs ont été séduits par ces méthodes d’exfiltration et de déconditionnement suivies de re-conditionnement. Comme si le cerveau d’une personne était programmable à l’instar d’un ordinateur. La technique était présentée sous le masque d’une méthode scientifique agréée officiellement.

Le deprogramming s’est développé sans contrôle jusqu’en 1980. Pour Anton Shupe et Susan E.Darnel, la théorie du deprogramming est pseudo-scientifique. À leur début, ces spécialistes des sectes, intervenaient en évoquant leurs actions comme de la déprogrammation. L’idée reposait sur le postulat de l’endoctrinement, du lavage de cerveau subis par les adeptes. Cela supposait que « les jeunes convertis étaient incapables de gérer leur propre vie et de prendre des décisions » (Shupe et Bromley 1980). Les premiers exfiltreurs de sectes pensaient que l’opinion publique plébiscitait leurs méthodes. Ils cherchaient à restaurer la personnalité antérieure de l’adepte, et leurs méthodes reposaient sur la coercition mentale et physique. Elles étaient justifiées comme «un mal nécessaire ou une réponse appropriée à une crise sociale et mentale» (Delgado, 1977, 1984). Finalement, pour les chercheurs en sciences sociales, la déprogrammation fût perçue comme de la répression spirituelle.

La plupart des chercheurs en sciences sociales se sont opposés au développement du rôle interprétatif et pseudo-scientifique de la déprogrammation en santé mentale. Depuis 1990, il n’y a quasiment plus d’enlèvements par les déprogrammeurs. Ils ont été remplacés par des consultations et des programmes de départ volontaire des adeptes de ces sectes: l’exit counseling, plus efficace et moins controversé que la déprogrammation.

Les réussites des Exit Counseling (conseillers de sortie) reposent sur les processus de changement d’attitude connu en psychologie sociale, la théorie de l’engagement et la modification comportementale. Mais « ces conseillers en sortie » continuent de décrire leurs succès en termes de contrôle mental et de personnalité réorganisée. Si leurs méthodes sont critiquées par les sociologues de la religion, elles auraient plus la faveur des professionnels de la santé mentale. Sans qu’on en sache plus. Probablement par des béhavioristes et comportementalistes.

Un grand nombre des techniques pour faire sortir quelqu’un d’une secte proviennent d’un certain Joe Szimhart. Il a été impliqué dans 300 cas dont 10% d’exfiltrations forcées. En 1991, il a arrêté ces deprogrammings forcés en raison d’accusations criminelles portées contre lui lors de l’échec d’une déprogrammation dans l’Idaho.  Une profession lucrative lorsqu’on sait que les honoraires de Szimhart en 1991 se situaient entre 300 et 400 dollars par jour. Un quart seulement de ses consultations par téléphone étaient gratuites.

 Le sociologue Kent a interrogé des centaines d’adeptes, d’ex adeptes, des membres de leur famille qui  avaient été concernés par la déprogrammation. À cette époque, les déprogrammations forcées étaient fréquentes. Les parents qui faisaient appel aux déprogrammeurs croyaient sincèrement que leurs enfants étaient victimes d’un lavage de cerveau du à certaines techniques totalitaires attribuées aux religions marginales.

Il faut remettre la notion de lavage de cerveau dans le contexte des années 70. Cette notion a marqué l’esprit de l’opinion publique par des faits divers médiatisés comme l’affaire Charles Manson et l’assassinat de Sharon Tate, la compagne de Polansky et celle de Patricia Hearst, fille d’un magnat de la presse, kidnappée qui va tomber amoureuse de son ravisseur. Et en 1978, il y a eu l’assassinat suicide de Jim Jones et de ses disciples à Jonestown (Guyana, colonie britannique). Jim Jones était le pasteur d’un groupe religieux d’inspiration protestante qui avait fondé le « Temple du  peuple », une colonie agraire. Il mena des centaines d’adeptes dont 300 enfants dans un suicide collectif au cyanure. La thèse de l’assassinat est mêlée à celle du suicide collectif dans cette tragédie.

Toutes ces affaires médiatisées ont contribué à ancrer dans l’esprit du public la notion de groupe religieux dangereux et liberticide, et permis aux déprogrammeurs de première génération de proposer leurs services pour aider les parents, victimes indirectes de ces religions marginales. Le remède fût parfois pire que le mal. De nombreuses personnes furent brisées par les techniques de déprogrammation. Une approche pseudo-scientifique à la violence égale aux techniques d’endoctrinement des groupes totalitaires. Les personnes étaient privées de sommeil et surveillées en permanence par les déprogrammeurs. Le harcèlement était incessant à la manière des interrogatoires policiers. Les victimes étaient poussées à bout dans leurs retranchements psychologiques, et à un certain moment craquaient en faisant repentance.

L’un des indices de succès du déprogramming, interprété comme un signe de la libération de la personne (comme s’il s’agissait d’un exorcisme) était le « soulagement émotionnel » de la victime. Elle a enfin retrouvé la raison!

Quelques témoignages, relatés de-ci de-là, montrent la brutalité des méthodes censées rééduquer la personne qui était supposée avoir subi un « lavage de cerveau ». Entre autres, celui de David Moore, adepte de Hare Krishna à Los Angelès, qui fut enlevé et séquestré dans une chambre de motel à Chula Vista (Californie). Il fût malmené par un déprogrammeur commandité par ses propres parents, qui selon lui, l’a battu et harcelé mentalement, torturé avec de la glace sur le corps jour et nuit afin de lui faire renier ses croyances religieuses.

Une adepte de Moon, Sherri, 26 ans fût séquestrée chez elle pendant 75 jours avant de pouvoir s’échapper. Les fenêtres avaient été scellées et les serrures changées et fût soumise à l’Inquisition par les déprogrammeurs. Sans résultat.

Brian Sabourin, un adepte de Moon, vécut la même épreuve qui se solda par une dépression.

Dans les années 80, Le psychiatre Robert Jay Lifton recommande de bannir la terminologie de lavage de cerveau. Ce terme a engendré beaucoup de confusion. Robert Jay Lifton, dans son ouvrage « Psychologie du totalitarisme » a dégagé huit critères permettant d’évaluer le totalitarisme idéologique et sa mise en oeuvre dans des groupes, institutions, etc.

Robert Jay Lifton s’est illustré dans l’étude des méfaits de la guerre sur la psyché humaine. En 1961, il s’est penché que la manipulation mentale pratiquées par les sectes ou la Chine maoïste. Il a créé le terme de « Though-Terminating cliché ». Il s’agit de phrases, d’aphorismes ou de notions aptes à empêcher une réflexion d’aboutir. C’est un procédé rhétorique de manipulation utilisé régulièrement pour souder une société, une communauté religieuse. C’est un raisonnement fallacieux.

Le psychologue Edgard.H.Schein a posé le problème de l’endoctrinement généralement accepté dans notre culture et celui des prisonniers de guerre américains en Corée poussés par leurs geôliers à devenir communistes. Il s’est interrogé pour savoir si la méthode tient au contenu de l’endoctrinement ou bien à la persuasion coercitive. « Dans sa structure fondamentale, la persuasion coercitive chinoise n’est pas tellement différente de la persuasion coercitive dans les institutions de notre société dont le but est de modifier les croyances et les valeurs fondamentales.»  Pour Shein, les techniques de « lavage de cerveau » dans les camps de prisonniers ont généralement été inefficaces. Elles n’obtiennent que la modification du comportement sur le court terme. Son point de vue a été critiqué par ceux qui allèguent une modification profonde de la psyché dans le cas des techniques prosélytes utilisées dans les religions marginales ou groupes totalitaires. Edgar Shein reconnaît la difficulté de discerner la coercition acceptée et la coercition subie. L’information reste encore le meilleur moyen de prévention sur les techniques de prosélytisme des groupes totalitaires.

Après, le degré d’emprise mentale avec celle de la perte du libre arbitre reste à définir, et  c’est subjectif. Si l’on aide un adepte à sortir d’une secte, comment l’aider à se reconstruire en sachant qu’il est impossible de retrouver sa personnalité antérieure?  L’ex-adepte doit pouvoir s’insérer dans la société et vivre comme tout le monde.

Le métier de déprogrammeur a changé depuis ses débuts. En 1988, un ancien adepte de Moon,  Steven Hassan a créé le concept d’exit-counseling, exfiltreur de secte. Il avait lui-même subi un deprogramming qui l’avait laissé sur le carreau. Il a quitté la secte mais l’esprit en miettes: « Je comprends que mes parents m’aient fait subir ce qu’on appelle « un deprogramming »mais je n’en suis pas sorti indemne d’une certaine façon, ils ont utilisé les mêmes armes que la secte. » Pendant des années, il mettra au point une méthode basée non sur la contrainte mais sur le dialogue avec la famille et l’adepte. Un exit counseling réussi « est le fruit d’un long travail en amont et d’une collaboration étroite avec les proches de la victime. » Steven Hassan est à la tête d’une véritable entreprise, le Freedom Of Mind Resource Center (Massassuchets). Il a exfiltré des centaines de personnes.

Et l’exit counseling en Europe?

Il existe en Italie et a été introduit en France depuis quelque années par un avocat. Il a été utilisé, notamment, avec une partie des « reclus de Monflanquin ». L’affaire se termina par la condamnation à dix ans de prison du gourou Thierry Tilly. L’exit counseling est très peu connu en France. Il est coûteux (parfois plus de 20 000 euros), et il serait mis en oeuvre des techniques de psychologie comportementale.

L’équipe, selon le Nouvel Obs, se compose de cinq personnes: un détective, deux psychologues, un psychanalyste et un avocat. Sous la supervision d’un avocat chargé du respect du cadre légal. « L’intervention se monte comme une interpellation dans le milieu judiciaire », raconte un gendarme en contact avec le groupe. Cette technique étant confidentielle en France, il est de bon aloi d’être dans la suspension du jugement tout en s’interrogeant de savoir s’il n’y a pas d’autres méthodes prônées par les professionnels de la santé mentale pour aider les victimes à sortir du piège de l’emprise mentale. Voilà l’état des lieux de l’exit counseling d’aujourd’hui, et on ne dispose pas suffisamment de données pour évaluer l’efficacité et le bien fondé de cette méthode sur le plan de la psyché. « Le totalitarisme veut atteindre la racine même de la pensée et de la sensibilité, tuer la source de l’indépendance intellectuelle et morale en chaque individu…il veut se substituer à nous en chacun de nous, régner en maître à l’intérieur des consciences.» (Jean-François Revel).

Holy Smoke de Jane Campion reste un film sur les incertitudes de la spiritualité, le choix des croyances religieuses et le libre arbitre, et sur la manipulation mentale. Nous sommes tous manipulés et tous manipulateurs.

Sources:
http://tempsreel.nouvelobs.com/societe/20140716.OBS3843/l-exit-counseling-ou-comment-exfiltrer-les-adeptes-des-sectes.html

« DERNIER JOUR SUR TERRE »: PSYCHOLOGIE D’UN TUEUR DE MASSE.

« Dernier Jour sur terre »n’est pas un polar inspiré de faits réels, c’est un essai clinique magistral qui a sa place dans une bibliographie de sciences humaines.

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Le 14 février dernier fut une journée sanglante en Floride! Une fusillade dans un lycée a fait 19 morts. C’est l’une des pires tueries dans un lycée américain, et ce depuis celle du village de Sandy Hook dans le Connecticut où 20 enfants de primaire et six adultes avaient péri en 2012. Nicolas Cruz, l’auteur du massacre de Floride, âgé de 19 ans, avait été renvoyé du lycée Marjory Stoneman pour comportement erratique; il a choisi le jour de la Saint Valentin pour perpétrer ce massacre. Il se produirait, aux Etats-Unis, en moyenne, plus d’une fusillade par jour. Et il existe une liste, celle de la fusillade de masse (shootingtracker) qui recense les fusillades de masse. Cette appellation s’applique aux carnages durant lesquelles au moins quatre personnes ont été touchées lors d’attaques perpétrées en public, et dont les victimes n’ont pas de lien direct avec les auteurs. Depuis janvier 2013, l’état fédéral américain définit la tuerie de masse lorsqu’il y a au moins trois victimes (tueur non inclus).

Les fusillades en milieu scolaire et universitaire sont recensées dans les tueries de masse. Au cours de ces vingt dernières années, ces tueries sont devenues un phénomène à part entière. Il restera cantonné aux États Unis jusque dans les années 1990, et  à partir des années 2000,  cette notion fut élargie sur le plan international après plusieurs cas de fusillade en milieu scolaire au Canada et en Europe. Face à cette situation, un domaine d’études international a vu le jour. Il est à la croisée des disciplines de la psychologie, de la sociologie et des études de communication.

Les États Unis détiennent le triste record des fusillades en milieu scolaire. La première du genre eût lieu en août 1966. Le premier jour du mois, Charles Whitman abat à la carabine 16 personnes et en blesse trente et une autres du haut de l’une des tours de l’Université du Texas (Austin).

Le mode opératoire du jeune décidé à passer à l’attaque est rôdé. Il prémédite son acte et se rend dans un établissement scolaire -école primaire, collège, lycée-université- pour tirer sur le plus grand nombre de personnes (élèves ou personnel de l’établissement). La singularité de ce phénomène réside dans les fait que les tueurs n’ont pas de cibles clairement établies.

Le livre de David Vann, « Dernier Jour sur terre » autopsie une fusillade scolaire particulière. Celle de 2008 dans l’Illinois. Le 14 février, encore un jour de la Saint Valentin comme celle de Floride, Steven Philips Karzmierczak, étudiant en sociologie, ouvre le feu dans une salle de cours de l’université de Deklab (Illinois). Il tue six étudiants et en blesse quinze autres avant de se suicider en retournant l’arme contre lui.

« Dernier jour sur terre » est une enquête exhaustive sur la psychologie d’un tueur de masse en milieu universitaire, celui de l’université de l’Illinois. Dernier jour sur Terre est également le titre d’une chanson de Marilyn Manson, celle qu’écoute Steve Kazmierczak avant de tirer à bout portant sur ses camarades. « Dernier Jour sur terre » n’est pas un polar inspiré de faits réels, c’est un essai clinique magistral qui a sa place dans une bibliographie de sciences humaines. L’auteur plonge dans la psyché d’un tueur de masse en se comparant à lui par introspection et à partir de son passé d’adolescent.

Car ils ont, tous les deux, d’étranges similitudes. David Vann était à peine âgé de treize ans lorsqu’il hérite des armes de son père qui a mis fin à ses jours d’un coup de revolver. Le livre commence par ce souvenir glaçant: « Après le suicide de mon père, j’ai hérité de toutes ses armes à feu. J’avais treize ans. Tard le soir, je tendis le bras derrière les manteaux de ma mère dans le placard de l’entrée pour tâter le canon de la carabine paternelle, un Magnum 300. Elle était lourde et froide, elle sentait la graisse à fusil. »

Adolescent, David Vann observe par la lorgnette de sa carabine ses voisins tard dans la nuit; l’envie de tirer sur eux ou les élèves de sa classe lui trotte parfois dans la tête.  Il échafaude des scénarios et imagine sensations qu’il éprouverait en tirant sur des cibles humaines. C’est son père qui l’a initié au maniement des armes. Il lui a appris à observer les braconniers à travers la lunette de sa carabine. Avec le consentement de sa mère, David commande par correspondance les cartouches. Cette culture des armes est inconcevable dans notre pays, et est sujette à débat outre Atlantique, mais pour la comprendre, il faut se référer au deuxième amendement de la constitution qui garantit pour tout citoyen le droit de porter des armes. Chaque état a une législation particulière.

David Vann va enquêter sur la personnalité de Steve Karzmierczak pour le magazine Esquire;  ce qui lui facilite l’accès aux archives de l’affaire. C’est un pavé de mille cinq cent pages dont la consultation avait été refusée à tous les médias prestigieux en passant du New York Times, au Chicago Tribune, au Washington Post, à CNN. Pour David c’était l’opportunité rêvée pour réfléchir à son parcours d’adolescent fasciné par les armes à l’instar de Steve  Karzmierczak.
« J’y ai découvert l’histoire d’un garçon qui avait failli éviter de se changer en tueur de masse, un garçon qui essayait de devenir quelqu’un à l’issue d’une enfance malheureuse, d’un passé émaillé de maladies mentales, un garçon cherchant à atteindre le Rêve américain, qui ne se résume pas à l’argent, mais qui consiste à se reconstruire.»

Le projet initial de David Vann était d’écrire un livre sur la personnalité de Steve, comme   une victime qui se suicide et non comme un tueur de masse. Il consulte les articles de presse  avant de rencontrer les professeurs et l’entourage de Steve K. Tout au long du livre, David Vann a le courage de mettre en parallèle sa vie avec celle de Steve K. Tout comme lui, il a accès à la drogue facilement.  Mais les ressemblances entre eux deux vont vite s’arrêter. Steve K s’entiche du mouvement gothique, écoute Marilyn Manson, le chanteur gothique, souffrir de dépression et côtoyer des gens atteints de troubles mentaux. L’un des moments les plus marquants de la vie de Steve est son séjour au foyer Mary Hill, un foyer situé dans un quartier difficile afro-américain où règne la violence. Sur son évaluation psychiatrique, il est noté que Steve K fait preuve d’un comportement étrange, son cheminement de pensée est normal, et ses émotions qualifiées de neutres.

On ne peut-être  qu’impressionné par la lecture du traitement suivi par Steve K consigné dans le livre. Lisez plutôt: Prozac (20mg le matin), un antidépresseur. Zprexa (10mg, au coucher), neuroleptique atypique. Depakote, 500 mg le matin puis 100mh d’un régulateur de l’humeur. Ses traitements précédents incluaient du Paxil (antidépresseur), du Cogentin, (anticholinergique), Risperdal (neuroleptique atypique), du lithium et du Cylert pour les troubles de l’attention (ADHA). Une camisole chimique.

Avant de passer à l’acte meurtrier, Steve K avait arrêté son traitement! S’il avait suivi cette prescription, aurait-il ouvert le feu dans cette salle de cours? Qui sait?

Après son enquête, David Vann conclut n’avoir aucun point commun avec Steve K. Il ne partage pas son racisme. Steve K était membre du KKK. Ni son libertarisme, son goût pour les films d’horreur, sa fascination pour les tueurs en série, le service militaire, sa sexualité ambivalente, les rencontres obsessionnelles sur le Net, les prostituées, les médicaments, le passé psychiatrique de ses amis dealers, les tatouages, la mère déséquilibrée.

Le seul point commun qu’ont les deux jeunes gens est la fascination pour les armes. Selon David Vann, ce n’est pas parce qu’on possède une arme que la destinée fait de vous un meurtrier. Au fil de son enquête, David Vann est convaincu que le destin de Steve était déjà tracé avant qu’il ne quitte le lycée, et que l’escalade de  violence qui l’a mené à ce massacre était inéluctable.

Après le carnage de Deklab, l’Illinois a tenté légiférer pour limiter l’achat des armes. Un pistolet par mois, soit tout de même la bagatelle de douze armes par an! Peine perdue, le lobby des armes y a mis son veto.

Steve K a abattu cinq étudiants, et il y a les rescapés. Brian, témoigne de l’horreur vécue par les victimes: « J’ai essayé de jeter un coup d’œil derrière l’estrade pour l’apercevoir, mais, à l’instant où je l’ai vu, il s’est tourné et m’a repéré. Il a fait volte-face et il a tiré, et il a appuyé à de multiples reprises sur la détente de son Glock. Il m’a mitraillé. J’ai été touché à la tête. C’était comme de recevoir un coup de barre. Je suis tombé face contre terre, et tout ce qui m’est venu à l’esprit, c’est : je viens d’être abattu, je suis mort. J’ai heurté le sol, les yeux fermés, un sifflement dans mes oreilles et j’ai cru que c’était le bruit de la mort, quand on pénètre dans l’obscurité.»

« Dernier Jour sur terre » est l’un des livres les plus exhaustifs sur la psychologie du tueur de masse. Sa lecture est éprouvante car il ne s’agit pas d’une fiction mais d’une réalité sanglante.

 

Sources:
http://www.gunviolencearchive.org/methodology
http://www.shootingtracker.com
http://www.huffingtonpost.fr/2016/12/03/cette-video-de-prevention-contre-les-tueries-de-masse-dans-les-e/
http://www.telerama.fr/monde/fusillades-aux-etats-unis-les-chiffres-qui-tuent,132224.php
https://sejed.revues.org/8265?lang=en

http://newsoftomorrow.org/histoire/modernite/chronologie-des-fusillades-et-agressions-dans-des-etablissements-scolaires-et-ailleurs

NON, L’AMOUR NE DÉPEND PAS DE LA GÉNÉTIQUE!

L’enquête du Colorado révèle que les époux sont génétiquement plus similaires que des paires d’individus choisis au hasard.

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Peynet

 

Vous pensez certainement que vous êtes libre de convoler avec la personne de votre choix. Romantique que vous êtes! Sourire. La science de la génétique du comportement va vous désillusionner. Le choix des conjoints serait en partie inscrit dans le génome. 

En 2014, des chercheurs de l’université de Colombia (Colorado) de l’Académie Nationale des Sciences ont publié, les résultats d’une étude sur la génétique du comportement sur la constitution des couples. Leurs conclusions viennent bousculer les certitudes sur le libre choix du conjoint. L’enquête du Colorado révèle que les époux sont génétiquement plus similaires que des paires d’individus choisis au hasard. Plus de paires d’ADN similaires que des paires de personnes aléatoires. Les similitudes génétiques entre époux se déterminent pour un tiers par rapport à celles de l’éducation. Toutefois, le facteur social de l’éducation l’emporte sur le patrimoine génétique.

En France, l’une des enquêtes les plus marquantes est celle du sociologue Alain Girard,   réalisée en 1953, sur le choix du conjoint à la question suivante: « Qui épouse qui »?. Depuis, on a perdu l’habitude de voir des enquêtes de grande envergure sur la formation des couples,  le mariage corrélés à l’éducation, le groupe social, l’âge, la nationalité, le lieu de naissance ou la proximité géographique.

Pour savoir « qui épouse qui », au XXIe siècle, faut-il vraiment faire appel à la génétique? L’enquête en génétique du comportement du Colorado semble insolite à première vue, mais elle est dans l’air du temps.  Aujourd’hui, l’exploration du génome humain est un axe de recherche qui a le vent en poupe, et de plus en plus appliquée au comportement humain. «La génétique du comportement cherche dans quelle mesure notre « carte d’identité » génétique (ou « génotype ») peut influer sur nos comportements (qui sont inclus dans nos « phénotypes », ou produits observables de l’expression des gènes).»(Jean-François Marmion)

Qu’est-ce que cela induit même si les chercheurs du Colorado ont été rigoureux? Car ils l’ont été. Leur démarche scientifique est imparable. Elle est standard avec son marqueur génétique, les SNP (Single nucléotide polymorphism) et avec le marqueur sociologique de l’éducation, en vigueur dans toutes les enquêtes sociologiques.

Ce n’est pas la première enquête sur le choix du conjoint en génétique du comportement. Il y eu celle de 2011 menée par l’équipe Franco-sino-britannique, avec un autre marqueur. Elle avait découvert une région du génome humain (appelée le MHC) ayant une incidence positive sur le choix du conjoint via certaines molécules odorantes (cette préférence était avantageuse car elle a pour effet la diversification des défenses immunitaires des enfants du couple).

Le nom du marqueur génétique va varier d’une enquête à une autre, sur le même thème, mais c’est l’arbre qui cache la forêt. Le principe de se servir de la science génétique pour décrypter la destinée des gens, ici le choix du conjoint, doit interpeller au niveau de ses interprétations qui ne sont plus au service de la science mais à celles d’idéologies douteuses.

Certains points de l’étude des chercheurs américains sont susceptibles de heurter, et on est tentés de penser à d’éventuelles dérives idéologiques potentielles. Mais outre Atlantique, les études comparatives entre ethnies sont fréquentes alors que chez nous, elles susciteraient une levée de bouclier.
Les chercheurs ont choisi d’étudier 825 Américains « constitués d’individus blancs » (sic) en précisant qu’ils sont « non-hispaniques (sic). Selon les sources, la présence hispanique représente aujourd’hui la première minorité ethnique des États-Unis. La croissance des populations hispaniques/latinos étasunienne est due au flux migratoire de ces populations et à leur descendance.

Après, si les études en génétique sont factuelles, comment interpréter les résultats? Pourquoi le choix de ce panel là, dans cette étude, et pas un autre incluant des individus blancs avec d’autres ethnies américaines minoritaires? Tout est question d’interprétation et le risque de dérapage idéologique est important, reconnaissons le.

L’étude de l’université de Colomba précise également que les couples sont mariés, et pourquoi pas une autre étude sur le même modèle pour les couples en union libre? Histoire de vérifier qu’ils un génome différent, qui sait?
La tentation du « tout-génétique » est dangereuse tout en soulignant que dans l’étude du Colorado, est tempérée par l’éducation. Le risque majeur de cette étude est de se centrer sur la notion d’homogamie génétique, de reconnaître l’existence du déterminisme génétique, de le sacraliser pour anticiper le devenir de chaque personne, de certains groupes ethniques et de certaines parties de la population (majoritaires ou minoritaires).

Car si les contraintes génétiques pèsent sur la destinée des personnes, et leur mariage, naturellement, elles risquent de s’appliquer à leur descendance. Et, de fil en aiguille, la génétique du comportement va finir par expliquer dans un avenir proche tous nos comportements et anticiper nos choix. C’est ce qu’Aldous Huxley racontait dans son célèbre livre « Le Meilleur des mondes » où la génétique préside au devenir de l’humanité, et dicte ses lois pour organiser la société. Le frère de

L’étude de l’université de Colombie s’est inspirée d’une étude médicale, de référence, celle de Framingham, démarrée en 1953, dont le but initial est d’étudier sur plusieurs générations les maladies cardio-vasculaires. N’est-ce pas la véritable vocation de la génétique de s’occuper de la science médicale, avant celle du comportement ? Quelles sont les limites du déterminisme génétique ?

S’il n’est pas inintéressant d’étudier en génétique du comportement le le choix du conjoint, il y a une dimension non négligeable qui est celle des sentiments, de l’affect, des émotions. L’amour tout court entre deux personnes, loué dans l’art et la littérature. L’amour sous ses diverses formes agit comme un facteur majeur dans les relations sociales, et occupe une place centrale dans la psychologie humaine. Cette dimension de l’amour ne peut pas se définir avec la génétique, car ce qui se passe dans la psyché est « numineux« , pour reprendre une expression du célèbre psychologue Carl Gustav Jung. L’amour est un secret entre deux cœurs, un mystère entre deux âmes de Henri-Frédéric Amiel

L’apport de la génétique est fondamental pour permettre les avancées médicales, mais ne laissons pas la génétique nous prendre dans les filets du piège du déterminisme où tout serait inscrit d’avance dans notre ADN. Le fatum se révèle parfois surprenant et plein de surprises pour que les gens se rencontrent, s’aiment, décident de se mettre en couple, en se mariant ou pas. L’adage populaire « qui se ressemble s’assemble » échappe encore à la science génétique, et c’est tant mieux!
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AU SUJET DU FILM RÉGRESSION ET DES ADORATEURS DE SATAN.

Ce thriller s’inspire de faits réels qui ont secoué l’Amérique des années 90, obsédée par la violence des cultes sataniques réels ou imaginaires.

« Régression » est le titre d’un film réalisé en 2015 par Alejandro Amenabar, et joué par Emma Watson et Ethan Hawke. Ce thriller s’inspire de faits réels qui ont secoué l’Amérique des années 90, obsédée par la violence des cultes sataniques réels ou imaginaires. Au cours de cette période, les rumeurs sur les adorateurs du Diable vont se multiplier, jusqu’à l’hystérie collective. Les médias, avides de sensationnalisme, font circuler des vidéos dites tournées par les adorateurs de Satan. Elles montrent des messes noires où des adolescentes se feraient violer et où des bébés seraient sacrifiés. Beaucoup d’Américains vont croire aux exactions des adorateurs de Satan. Réalisé en 1991, le résultat du sondage Gallup est révélateur des croyances irrationnelles de l’époque. À la question posée « Croyez-vous à l’existence du diable? », 60 % des Américains ont répondu « oui » contre 17% en France.

Le contexte dans lequel s’est développé cette hystérie collective est particulier. Outre Atlantique, les adorateurs de Satan ont pignon sur rue à l’instar de ceux de l’Église sataniste d’Anton Sanzdor LaVay. Surnommé « le pape noir », il fonde son église en 1966. Son sens aigu de la communication attirera vers lui comme un aimant des célébrités comme Sammy Davis Jr et Jane Mansfield! Ses idées sulfureuses lui font interdire l’entrée du Canada et celle d’autres pays. Dès les années 80,  les télévangélistes, pentecôtistes, fondamentalistes et les thérapeutes de cette mouvance dénoncent sur de simples rumeurs les activités criminelles des satanistes. Même si les cultes étaient glauques et déroutants, les allégations sur les sacrifices humains étaient infondées; ce qui sera confirmé par le FBI. Cette vague d’allégations mensongères sera connue sous le nom de « Satanic Panic » ( littéralement panique satanique). Une dénomination culturelle anglo-saxonne l’hystérie collective liée au satanisme.

Le film « Régression » montre l’étrange atmosphère d’une panique sataniste qui s’est emparée  d’une petite ville du Minnesota en 1990. Un gars du pays, Doug Gray se rend au poste de police pour dire qu’il a violé sa fille Angela lorsqu’elle était adolescente.

Ce qui est surprenant dans cette confession, c’est que Doug n’a gardé strictement aucun souvenir de cet abus. Amnésie totale! Pourtant, il est intimement persuadé d’avoir commis cet inceste et il veut être jugé. L’affaire est confiée au pragmatique inspecteur Bruce Kenner qui interroge Angela. Et là, le mystère s’épaissit! Elle ne se souvient pas d’avoir été abusée par son père. Diable, une victime et un père incestueux qui ne se souviennent, ni l’un ni l’autre, de ce crime sexuel? Mystère! L’ambiance familiale n’étant pas de tout repos, la jeune femme se réfugie dans la communauté évangéliste dirigée par le révérend Beaumont. Ce dernier croit à l’existence et à l’influence de Satan sur ses ouailles.

Désarçonné par l’amnésie de Doug et celle de sa fille, l’inspecteur Kenner s’adjoint les services d’un hypnotiseur de renom, le docteur Kenneth Raines. Ce spécialiste prétend faire remonter les souvenirs de trauma d’abus refoulés dans la mémoire. À l’aide de son pendule, le bon docteur hypnotise Angela qui prétend alors se souvenir d’une vieille femme et d’une messe noire.

Au cours de son enquête, Kenner sera troublé par les propos et les visions d’Angela. Il lui arrivera de croire aux témoignages des personnes qu’il interrogera sur les rites sataniques locaux. Dont ceux d’Angela et du pasteur Beaumont. Il sera tenté de croire aux rites sataniques, mais la raison l’emportera pour élucider cette affaire diabolique.

Doug est innocent, est il s’avèrera que sa fille est une manipulatrice sous l’emprise psychologique du charismatique révérend Beaumont. Pour prouver à ses fidèles l’existence du diable, le pasteur les droguait avec des substances hallucinogènes. En réalité, dans cette petite ville tranquille du Minnesota, il n’y a jamais eu de rites sataniques.

Outre son synopsis basée sur des faits réels, ce qui singularise ce thriller, c’est que la police s’adjoint les services d’un praticien spécialisé dans les « thérapies fondées sur la régression » (d’où le titre du film). Leur acronyme anglais est MRT pour Recovered Memory therapy.  Sa traduction en français est toujours approximative, et bien qu’imparfaite, on peut retenir celle de thérapie de la « mémoire récupérée ». Utilisée pour faire remémorer des souvenirs, des images et des sensations enfouies dans la mémoire, en faisant régresser le patient du stade conscient à un état plus archaïque.

Dans le film « Régression », l’hypnose est la technique de MRT employée pour le père et la fille, et elle était souvent préconisée pour aider les victimes diagnostiquées du SRA (Satanic Ritual Abuse). Ce diagnostic ébouriffant ne figure dans aucun manuel de diagnostic des troubles mentaux dont le si décrié DSM, la bible américaine des maladies mentales, faut-il préciser!

Le diagnostic surréaliste de SRA soufflé par les Évangélistes permettait de remettre dans le droit chemin ces âmes sous l’emprise du Diable. Des conférenciers, souvent d’anciens policiers, vont gagner un argent fou en organisant des séminaires sur le dépistage des rites sataniques à l’usage des travailleurs sociaux, éducateurs et soignants.

Quant à l’attitude de l’inspecteur Kenneth dans le film, rien d’étonnant non plus, si l’on se réfère aux propos d’un shérif du comté de San-Bernardino (Californie): « Nous avons sacrément besoin d’experts en crimes occultes ! » 

Pour poser un diagnostic de SRA, il faut le patient réponde à plusieurs critères dont celui d’avoir été violenté par ses parents, membres d’une secte sataniste. D’avoir été forcé à participer à des rites sataniques cannibales où l’on tuait et mangeait des bébés. Les adolescentes, enceintes des oeuvres du Diable, étaient contraintes d’avorter dans des conditions épouvantables. Dans certaines affaires de SRA, pour vérifier les allégations de viol, la justice demandait un examen gynécologique, et on s’apercevait, ô surprise, que la supposée victime des messes noires était vierge.

L’une des particularités du SRA est l’oubli total par la victime de ces viols, l’amnésie traumatique. Ce qui est bien montré dans le film d’Alejandro Amenabar. Si l’hypnose est mise en cause dans « Régression’, il ne s’agit pas de jeter l’opprobre sur l’hypnose médicale mais sur ses dérives sectaires. Dans les années 90, l’hypnose dévoyée était un outil d’investigation privilégié pour les autorités et la justice. C’était bien avant la police scientifique et les tests d’ADN!

L’hypnose était une « technique de la mémoire récupérée » préconisée dans les cas d’abus sexuels oubliés. Comme toutes les autres MRT, son fondement théorique reposait à l’époque sur un fonctionnement pseudo-scientifique de la mémoire. Dans cette optique, la mémoire est une banque de données qui fonctionne sur un mode linéaire comme un magnétoscope. Il suffit de revenir en arrière dans le temps pour accéder à tous les souvenirs. Ors, les neurosciences ont démontré que la mémoire ne fonctionne pas comme un magnétoscope ou le disque d’un ordinateur. Même avec les progrès de l’IA!

Les thérapies de la régression utilisent la suggestion et les états modifiés de conscience  (EMC) permettant au sujet d’accéder à ses souvenirs perdus. Sous la conduite du thérapeute qui le met en EMC, le sujet va avoir des flashs, des images ou des bribes de scènes du trauma originel qui sont interprétés comme les souvenirs du trauma.

Les « thérapies de la régression » ont induit en erreur nombre de patients entre les mains de praticiens incompétents. Ces thérapeutes étaient la plupart de bonne volonté, et ont pensé sincèrement que leurs patients avaient été réellement été violentés. Or, il est aujourd’hui prouvé que ces « thérapies de la régression » ont falsifié la mémoire en causant des faux souvenirs d’abus sexuels.

Les flashs et visions diverses étaient en fait des fantasmes, des états hypnagogiques ou des hallucinations produites par le haut niveau de suggestibilité du patient, et induits par les suggestions et croyances irrationnelles du thérapeute.

Au cours de cette vague sataniste, le SRA était un diagnostic courant. Certains thérapeutes s’étaient spécialisés dans le « Satanic ritual abuse therapy (thérapie des rites sataniques), une variante de MRT.

Dans le Minnesota, il y a eu d’autres affaires avec des spécialistes du SRA. L’ordre des médecins avait interdit à un certain Dr Fredrickson de prendre en thérapie des patients diagnostiqués de SRA. L’ordre encadrera sa pratique de l’hypnose et de l’imagerie guidée pour éviter les allégations mensongères d’abus sexuels. Ce principe de précaution imposé à un praticien, s’explique par le fait que les MRT comme l’hypnose mal pratiquée, l’imagerie guidée, le reparenting et rebirthing entre autres  ont participé à créer une déferlante de faux souvenirs, qui se sont propagés dans l’imaginaire populaire par les médias, causant une hystérie collective.

Dans le film Régression, le réalisateur a su montrer les impressions, le ressenti et les images mentales d’une régression et de ses faux souvenirs, notamment avec Doug qui, sous la houlette du thérapeute aura des images du viol de sa fille. Outre certaines dérives de psychothérapie, le film Régression montre que l’être humain est gouverné par ses fantasmes, son irrationalité, ses émotions et ses croyances. Il peut être influencé par ses affects et les croyances populaires.

Notes:

La théorie qui sous-tend les MRT est « l’amnésie dissociative » (aujourd’hui remplacée par celui d’amnésie traumatique, particulièrement en France). L’oubli total d’un trauma! Aucun souvenir! Cette amnésie dite traumatique est présentée comme un mécanisme de défense « fréquent », « banal » voire « quasi-systématique » ou bien encore à grande échelle » mis en place par la (es) victime(s) pour faire face au traumatisme d’un événement insupportable s’il était resté conscient. Seulement voilà, si la littérature scientifique évoque la rareté de « l’amnésie dissociative ». D’ailleurs, aujourd’hui, se substituerait à celui d’amnésie dissociative, le terme d’amnésie traumatique. Le seul point commun est celui d’un « stress intense »qui peut occasionner des formes spécifiques d’amnésie comme le relate un article récemment publié dans la revue Brain, mais la réalité biologique et médicale de l’amnésie, répertoriée dans la littérature scientifique, est différente de cette explication sous-tendant le mécanisme de la mémoire qui fonctionne comme un magnétoscope où il suffit d’appuyer sur le bouton « Marche » ou « Arrêt » , « Pause » et « Retour en arrière »  de la mémoire en la manipulant pour retouver les souvenirs à gogo.

Le terme dissociatif est apparu dans le DSM-IV, la classification des troubles mentaux de l’Association américaine de psychiatrie, pour remplacer celui de psychogène, trop vague. La dissociation a été définie en 1893 par le pyschologue et médecin français Pierre Janet comme un état « crépusculaire », caractérisé par un rétrécissement du champ de la conscience.

 La note ci-dessous figure également dans l’article « L’affaire Ramona,une sombre histoure de sérum de vérité ». Le médecin blogueur Marc Gozlan, dans son article, « Ces Patients frappés d’amnésie après un stress intense » publié sur son blog Réalités Biomédicales, évoque en ces termes l’amnésie dissociative:  « Il est très rare qu’une série de cas d’amnésie dissociative soit publiée dans la littérature médicale. Une étude, parue en septembre 2017 dans la revue Brain, fait état de 53 cas examinés entre 1990 et 2008 au St Thomas’s Hospital de Londres par le Pr Michael Koperman et ses collègues. Il aura donc fallu près de vingt ans pour cumuler ces cas. On comptait trois hommes pour une femme.» Et  l’article de Marc Gozlan détaille l’étude anglaise avec les expressions de ce trouble de la mémoire comme la fugue dissociative, l’amnésie rétrograde prolongée et les trous de mémoire, l’altération des mémoires sémantique personnelle, et autobiographique. L’amnésie dissociative existe et présente de multiples facettes. La lecture de l’article de Marc Gozlan permet de saisir le fonctionnement scientifique de la mémoire, et de constater que l’amnésie dissociative,  même si elle est rare, fait l’objet de publications répertoriées dans des revues spécialisées. Mais elle n’a malgré les similitudes du vocabulaire, aucun rapport avec cette amnésie traumatique « à grande échelle » et « quasi générale » qui concernerait les victimes d’un trauma.  Et cité dans l’article de Marc Gozlan, à paraître un article de Thomas-Antérion C. L’amnésie dissociative. Neuropsychologie (sous presse, 2018).
Sources:
https://fr.wikipedia.org/wiki/Église_de_Satan
http://www.telerama.fr/cinema/films/regression,493207.phphttps://www.monde-diplomatique.fr/1991/02/CARLANDER/43263