COMMENT L’ISLANDE LUTTE CONTRE LA TOXICOMANIE ET LES ADDICTIONS

Le programme de prévention primaire de lutte contre la toxicomanie et les addictions mis en place en Islande repose sur le pragmatisme et le bon sens, et les résultats obtenus prouvent que ça marche.

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Le rapport annuel de l’Observatoire Européen des Drogues et des Toxicomanies de 2017, fait état d’une évolution inquiétante du marché des opiacés,  et ce avec un nombre important de surdoses mortelles. Le cannabis reste avec la cocaïne l’une des substances illicites le plus consommée par les jeunes Européens de 15 à 34 ans.  En Europe, contrairement aux U.S.A, le canabis est souvent fumé avec du tabac. L’année dernière 16,6 millions de jeunes ont consommé du cannabis, et chez les adultes de 15 à  64 ans, 22,1 millions en ont consommé au cours des 12 derniers mois, et 83,2 millions au cours de leur vie. Il existe de fortes disparités suivant les pays. La consommation de cannabis est en baisse en Allemagne, Espagne et Royaume-Uni contrairement à la France qui la voit augmenter depuis 2010. Le cannabis continue est associé à d’autres problèmes de santé; et il est la drogue  à l’origine de  la plupart des traitements déclarés pour consommation de drogue. Concernant l’alcool, l’OMS constate que l’Europe arrive en tête du classement mondial concernant sa consommation. Selon un rapport de l’OCDE en 2015, la France figure parmi les premiers pays en terme de consommation d’alcool. Si sa consommation diminue régulièrement dans notre pays, 10% des adultes sont aujourd’hui en difficulté avec l’alcool.

 

L’alcool est la substance la plus consommée chez les jeunes de 16 à 16 ans. C’est ce que révèle le rapport de l’ESPAD (European School Survey Project on Alcohol and Other Drugs). 78% des jeunes qui ont répondu à cette enquête avouent en avoir consommé à l’âge de 13 ans. Et ne parlons pas du Binge Drinking! S’il est constaté une baisse du tabagisme et de la consommation d’alcool, il faut noter que les élèves européens consomment plus d’alcool que leurs homologues américains. Ors, c’est prouvé suivant les règles de «l’Evidence Based Médecine», la consommation précoce d’alcool et de drogue augmente considérablement les risques de problèmes de santé. Ces chiffres sur les substances addictives, concernent principalement les jeunes! Ors, un pays fait exception à cette règle exponentielle et il pourrait servir d’exemple: l’Islande.

Ce ne fût pas toujours le cas en Islande,  et il faut remonter à une vingtaine d’années! Lorsqu’on compare la consommations de cannabis, d’alcool et de tabac entre 1998 et 2016, la diminution est drastique, et les jeunes sont quasi abstinents.
Les statistiques le prouvent:
-En 1998, 17% les jeunes Islandais de 15 à 16 ans consommaient du cannabis, et en 2016, plus que 7% !
-En 1998, 42% consommaient de l’alcool, et ils ne sont plus que 5% en 2006,
-Et en 1998, ils étaient 23% à fumer versus 3% en 2016.
Aujourd’hui, l’Islande fait figure d’exemple au classement des adolescents les plus « clean » sur le chapitre des addictions. Ils sont quasi-abstinents.

C’est le psychologue et professeur américain, Harvey Milkman qui a contribué à implanter à l’échelle nationale le modèle de prévention primaire islandais. Harvey Milkman enseigne une partie de l’année à Reykjavik, et est l’auteur de nombreux ouvrages de référence consacrés à la drogue.

Au début des années 70, Harvey Milkman  a assisté au phénomène de masse de l’usage de drogues de toutes sortes. Quand il était en stage à l’hôpital psychiatrique de Bellevue (New York), le LSD était déjà présent (et il n’était pas encore interdit), et de nombreuses personnes fumaient de la marijuana. Et la prise de certains types de médicaments (psychotropes, amphétamines) s’était aussi répandue. C’est tout naturellement que son doctorat va porter sur ces substances psychoactives et psychostimulantes. Il fait le lien entre la prise de certaines substances et la pression psychologique (le stress) inhérente à chacun. Le stress est un élément incontournable de notre vie. Il est très difficile à définir car ses effets varient d’une personne à l’autre.Indispensable à court terme mais dangereux s’il se prolonge. Il peut avoir un effet positif ou négatif. Par exemple, il peut favoriser la mémorisation ou bien au contraire la diminuer. Prendre de l’héroïne ou des amphétamines serait un choix orienté pour affronter son type de stress. Selon Harvey Milkman, les utilisateurs d’héroïne veulent l’atténuer, et ceux des amphétamines veulent au contraire en profiter en le décuplant.

Sous la houlette du National Institute of Drug Abuse,  après sa thèse, Harvey Milkman rejoint un groupe de chercheurs censé répondre aux questions suivantes:

-Pourquoi certaines personnes commencent-elles à se droguer?

-Pourquoi continuent-elles ?

-Où se situe leur seuil de tolérance ?

-Peuvent-elles arrêter ?

-Et à quel moment, en reprennent-elles?

Toutes ces interrogations s’appliquent aux collégiens. La chimie du cerveau joue un rôle prépondérant  L’immaturité du cerveau adolescent et en particulier du cortex préfrontal (visible sur IRM) explique en partie l’instabilité du comportement, et leur goût du risque engendrant des comportements à risque. Leur cerveau est sous l’influence des hormones liées à la puberté. Cette grande production d’hormones dans leur cerveau influence directement la production de sérotonine. Dépendants de la chimie de leur cerveau, les adolescents peuvent obtenir cet effet dans le cerveau en volant des radios ou des voitures ou par des substances psychostimulantes. L’alcool modifie la chimie du cerveau d’abord par un effet sédatif qui désinhibe (à doses limitées) et réduire l’anxiété. Harvey Milkman pense que les « gens peuvent devenir dépendants de l’alcool, des voitures, de l’argent, du sexe, de la nourriture trop riche, de la cocaïne-bref, à n’importe quoi. L’idée de dépendance comportementale est devenue notre marque de fabrique»

À partir de cette constatation comportementaliste, l’idée de mettre en place un programme social autour de personnes qui veulent modifier leur psyché sans les effets délétères des drogues a germé.

En 1992, Harvey Milkman et son équipe de Denver ont obtenu une subvention qui offrait aux adolescents des solutions alternatives aux drogues et à la criminalité. Leur programme s’adressait aux enfants à partir de 14 ans qui se droguaient ou qui étaient tombés dans la petite délinquance. Mais on leur a présenté ce programme innovant d’une autre manière que celle des autres programmes qui avaient échoué. L’esprit de ce programme est contenue dans ces propos: « nous ne leur avons pas dit, vous venez pour un traitement. Nous leur avons dit que nous allions leur enseigner tout ce qu’ils voulaient apprendre: la musique, la danse, le hip hop, l’art, les arts martiaux.»

L’idée part du principe que ces différentes activités peuvent modifier la chimie de leur cerveau et leur donner ce dont ils avaient besoin pour mieux être armés dans leur vie. Réduire leur anxiété et leur donner confiance en eux. Ces jeunes recrues ont alors acquis une formation suivant les principes de la psychologie humaniste et positive: l’amélioration de leurs pensées, estime de soi et interactions sociales de qualité. Plus qu’une une simple prévention, c’est le développement des compétences personnelles pour maîtriser sa vie, et ainsi agir sur la tentation de se droguer. Le programme était prévu pour une durée de trois mois, et certains jeunes y sont restés cinq ans.

En 1991, Milkman est invité en Islande pour parler de ce travail, de ses découvertes et de ses idées. Il est alors devenu consultant pour le premier centre résidentiel de traitement de la toxicomanie pour adolescents en Islande, dans la ville de Tindar. « L’idée est qu’il fallait occuper les enfants par des activités constructives qui leur plaisent, et donner aux enfants de meilleures choses à faire», explique-t-il.

Des enquêtes ont été effectuées en Islande pour analyser les comportements de ceux qui consommaient de l’alcool et des drogues avec ceux qui n’en prenaient pas. Les différences sont sans appel. Quelques facteurs ont émergé comme fortement protecteurs: la participation à des activités organisées – en particulier le sport – trois ou quatre fois par semaine, le temps total passé avec les parents pendant la semaine, l’école, et pas de sortie le soir. Les études ont montré qu’il fallait créer des conditions dans lesquelles les enfants peuvent mener une vie saine, et s’épanouir. Les méthodes sont simples pour modifier positivement la chimie de leur cerveau. À partir de cette enquête et de la recherche de Harvey Milkman, un nouveau plan national de lutte a été progressivement introduit. D’abords, les lois ont été modifiées. Il est devenu illégal d’acheter du tabac avant l’âge de 18 ans et de 20 pour l’alcool. La publicité sur le tabac et l’alcool a été interdite. Les liens entre les parents et l’école ont été renforcés par des organisations parentales qui, par la loi, devaient exister au sein de chaque école avec des représentants des parents. On a encouragé les parents à participer à des réunions de groupe sur l’importance d’accorder du temps à leurs enfants plutôt que sur un « temps de qualité» occasionnel, sur la façon de parler à leurs enfants de la vie, de surveiller leurs fréquentations et de leur interdire de sortir le soir.

 

Une loi,  qui est toujours en vigueur aujourd’hui, a été adoptée. Elle  interdit aux enfants âgés entre 13 et 16 ans d’être dehors après 22 heures en hiver et minuit en été. Les parents signent une charte rédigée par le Home and School (l’organisme national de coordination des organisations parentales), dont le contenu varie selon le groupe d’âge. Ainsi, les enfants âgés de 13 ans et plus, les parents peuvent s’engager à respecter toutes les recommandations et, par exemple, ne pas permettre à leurs enfants d’avoir des fêtes en leur absence, ne pas acheter d’alcool et de veiller à leur bien-être. Ceci afin de restaurer l’autorité parentale à la maison. Aucun autre pays n’a apporté autant de résultats significatifs que l’Islande. Le programme  de prévention primaire de lutte contre la toxicomanie et les addictions mis en place en Islande repose sur le pragmatisme et le bon sens, et les résultats obtenus prouvent que ça marche.

Notes:
Les jeunes Suédois en âge scolaire sont peu nombreux à en avoir consommé au cours de leur vie : 5% pour les filles et 7% chez les garçons alors qu’en France, on a 26% chez les filles et 30% chez les garçons.
Toujours d’après le rapport, après le cannabis, le psychostimulant les plus consommé est la  cocaïne, surtout dans les pays de l’ouest et du sud. On estime à environ 2,4 millions le nombre des jeunes adultes de 15 à 34 ans (1,9 % de cette tranche d’âge) ayant consommé de la cocaïne au cours des 12 derniers mois. «Bon nombre de personnes  qui consomment de la cocaïne le font à titre récréatif, en particulier le week-end ou pendant leurs vacances.

LA RÉSIGNATION ACQUISE N’EST PAS UNE FATALITÉ!

La théorie de l’impuissance apprise constitue une référence classique de la dépression, et elle est utilisée dans les essais thérapeutiques des antidépresseurs.

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Connaissez-vous la théorie de l’impuissance apprise (learned helplessness) qui décrit la situation d’un sujet vivant une situation douloureuse, et qui n’arrive pas à s’en sortir?Lorsque cette situation se répète, il intériorise ce sentiment d’impuissance au point de se résigner alors qu’il a toutes les ressources en lui pour rebondir.

Le concept d’impuissance apprise a été proposé, en 1975, par Martin Seligman, professeur de psychologie expérimentale sous le terme de théorie de l’impuissance apprise. «Au coeur du phénomène du pessimisme s’en trouve un autre: celui de l’impuissance.» (Seligman). Cette théorie a ensuite été reformulée avec l’aide d’Abraham et de Teasdale, en 1978 sous le terme « d’attribution et impuissance apprise ». Et en 1989, Metalsky et Allay ont révisé et complété ce concept sous le terme de «Théorie du manque d’espoir ou de désespoir.»

Quel que soit le nom qui lui est donnée, au fil du temps comme impuissance, théorie du manque d’espoir ou du désespoir, ce qu’il faut retenir c’est que cet état mental négatif fait accepter sa condition comme une fatalité, paralyse toute stratégie d’action, et est immuable. Il a un impact cognitif sur le comportement présent, sape le comportement futur et détruit la confiance en soi. Seligman le décrit ainsi: «on peut définir l’impuissance acquise comme une réaction d’abandon où l’on jette l’éponge parce que l’on a la conviction que rien de ce que ‘on fait n’aura un quelconque résultat.»

La théorie de Martin Seligman s’inscrit dans le paradigme suivant de la psychologie: le conditionnement opérant (ou instrumental). Seligman a élaboré sa théorie à partir d’expériences réalisées sur les chiens soumis à des choc électriques), et il en a conclu l’idée générale que la conduite humaine (et animale)  est conditionnée par les conséquences qu’un individu anticipe à partir de son comportement suite à ses expériences. La récompense attendue serait la base de toute motivation. Il est donc possible de favoriser des comportements induits par renforcement ou à l’inverse, de provoquer des comportements d’évitement par punition.

La résignation acquise, c’est une modification comportementale induite par l’exposition à des chocs incontrôlables. Des évènements déplaisants. Cette exposition à l’incontrôlabilité provoque chez certaines personnes des baisses de performance, une incapacité à trouver la solution pour régler le problème posé. Au niveau motivationnel, c’est un ralentissement à inciter une réponse, à l’action. Cette « résignation acquise » va provoquer un déficit cognitif qui rend encore plus difficile d’apprendre que les événements dépendent de moyens mis en oeuvre pour agir et un déficit motivationnel entravant la possibilité de réponses volontaires. Elle entraîne également un déficit émotionnel sur le versant dépressif.Seligman soutient que l’impuissance apprise joue un rôle central dans la dépression. Toutefois, ce n’est pas parce qu’on va vivre des évènements aversifs que la résignation effective est automatique. Seligman a observé avec ses collègues que certaines personnes ont la faculté de s’ajuster activement et positivement face à un échec ou à une déception alors que d’autres sont déprimées et se sentent impuissantes. S’adapter du mieux possible aux événements déplaisants et incontrôlables est ce qu’on appelle la résilience, également mise en lumière par Seligman. Tout dépend du style d’attribution, c’est à dire la façon dont les personnes trouvent un sens à un évènement négatif, et cela va influencer leur avenir, la dépression, etc.

Le style d’attribution se scinde (succinctement) en deux groupes: le style dépressif et le style défensif. Les personnes du style défensif peuvent  induire trop d’illusions positives sur soi face aux évènements incontrôlables, et cet excès peut être négatif. Par contre, elles ont tendance à vivre insouciantes et présentent peu de risques d’avoir des troubles de la psyché comme la dépression et l’anxiété. Elles courent aussi le risque d’être moins adaptées socialement. Malgré cela, ce sont les personnes du style dépressif qui payent le plus lourd tribu en étant plus souvent malades et en mourant plus jeunes (selon certaines études).

Il faut prendre en compte une dimension interculturelle dans les styles d’attribution. Les systèmes de croyances culturelles offrent aux personnes plusieurs interprétations de l’expérience qui influencent leur réactions face à des évènements déplaisants. Par exemple, aux États-Unis, les personnes croyant en Dieu ont tendance à avoir des styles d’attribution plus défensifs que les non croyants. Lors de la chute du mur de Berlin, les Allemands de l’ex RDA étaient plus du style dépressif que les Allemands de l’Ouest. Les différences de régime politique des deux « Allemagnes » ont fortement influencé l’émergence du style d’attribution dans l’une et l’autre.

Dans le langage courant, l’impuissance apprise se traduit par des paroles et un dialogue intérieur autodépréciatif comme « je ne vais pas y arriver », je ne suis pas fait pour cela », « je suis trop vieux pour faire du sport », je n’ai plus vingt ans, alors je ne peux plus déménager », « je suis trop stupide pour réussir cet examen ». Les situations dans la vie courante sont nombreuses, et il nous arrive de les vivre tous…

La psychologue Charisse Nixon a réussi à induire la résignation dans un groupe d’élèves en leur proposant des anagrammes dont les deux premiers étaient impossibles à résoudre. Le groupe va évidemment échouer à résoudre ces énigmes. Son vécu, au delà de la frustration induite lors des deux premières tâches, va conditionner son comportement ultérieur, et les élèves n’arriveront pas à résoudre le troisième anagramme pourtant réalisable. L’attitude des personnes est résignée même dans des situations où elles auraient pu s’en sortir.

Une recherche d’emploi peut se solder par des échecs systématiques, et à terme éteindre toute forme de combativité. D’un point de vue clinique, il est fréquent de trouver chez un demandeur d’emploi ce sentiment d’impuissance apprise. Au départ, il est motivé et à plein d’espoir, au fil du temps, il va réaliser que les efforts engagés ne portent pas leurs fruits, et la résignation acquise va s’installer. Et de fil en aiguille, sa santé mentale va se dégrader.

La théorie du désespoir peut également contribuer à affaiblir la santé physique suite à la mauvaise image qu’ont les personnes d’elles-même. Cette santé chancelante peut inclure une mauvaise alimentation, une absence d’exercice physique et de traitements médicaux car ils sont persuadés qu’ils ne peuvent rien changer, et que c’est comme ça, un point c’est tout. Le système immunitaire peut-être même affaibli.

Seligman a tenté de transférer son modèle théorique à la pratique thérapeutique auprès de populations d’enfants dépressifs et de jeunes diabétiques. La théorie de l’impuissance apprise constitue une référence classique de la dépression et est utilisée dans les essais thérapeutiques des antidépresseurs.

Mais il est possible de casser le cercle vicieux de l’impuissance acquise en suivant une psychothérapie, d’inspiration TCC (Thérapie comportementale et Cognitive); ce qui n’exclut pas une approche psychanalytique si chère à la France. Martin E.P Seligman est l’un des fondateurs de la psychologie positive qui permet aux personnes d’être performantes ou d’être optimistes. D’augmenter ses émotions positives. Seligman considère que la psychologie s’est uniquement centrée sur la maladie mentale et a négligé le fonctionnement optimal, le sens et le bonheur. D’où cette nouvelle façon de voir pour  casser le noeud gordien de « l’impuissance acquise »!

La psychologie positive est «l’étude des conditions et processus qui contribuent à l’épanouissement ou au fonctionnement optimal de gens et des groupes. Il y a trois niveaux d’étude: personnel, interpersonnel et social. Il ne s’agit pas de renier les connaissances acquises sur les souffrances de la psyché, et les moyens d’y remédier. Il est important de cerner avec rigueur les troubles mentaux, mais il faut aussi mettre l’accent sur l’épanouissement humain et le favoriser.

Martin H.P Seligman est l’auteur de plusieurs livres dont la « Force de l’optimisme », « La Fabrique du bonheur », Vivre la psychologie positive ,Comment être heureux au quotidien
«L’émotion positive est plus qu’une sensation agréable: c’est le signal de la croissance, de l’accumulation du capital psychologique.» (Pour un nouvel art du bonheur et du bien-être)

Sources:

MÉMOIRE CELLULAIRE ET PSEUDO-SCIENCE.

La théorie de la mémoire cellulaire s’est propagée dans l’approche psycho-spirituelle, holistique et new age.

David Inshaw https://www.tuttartpitturasculturapoesiamusica.com

Les anciens habitants de Nouvelle-Zélande mangeaient l’œil et le cœur de leurs ennemis courageux pour s’approprier leur force et leur bravoure. Au-delà du cannibalisme, il y a l’idée de mémoire cellulaire si chère aujourd’hui à de nombreux charlatans de la médecine alternative, du développement personnel et des dérives de la psychothérapie.

Le vocable de « mémoire cellulaire » est dévoyé par la pseudo-science. Il est d’abord un concept scientifique qui figure sur les bases de données scientifiques de Pubmed, et il est usité en génétique (entre autres). Ainsi, la chercheuse Edith Heard a fait un cycle de conférence au Collège de France sur la relation entre l’épigénétique et la mémoire cellulaire. C’est sans ambiguité lorsqu’on lit son questionnement: comment l’information contenue dans nos gènes est-elle lue? Mémorisée? Interprétée?

La mémoire cellulaire, ne veut pas dire (non plus) les traces laissées par un traumatisme physique (fracture) ou une maladie, décelables en médecine.

La mémoire cellulaire ne s’applique pas (non plus) à l’une des dernières découvertes  scientifiques qui affirme que le ventre est un deuxième cerveau. Au sens où  le ventre est tapissé de neurones, et producteur de sérotonine (neurotransmetteur clé du système nerveux). Cette découverte ferait du ventre une sorte de «carte d’identité» qui agit sur notre comportement. Mais ceci est une autre histoire qui n’a rien à voir avec le sujet de ce post mais qu’il fallait écrire noir sur blanc pour ne pas engendrer de confusion…

La mémoire cellulaire est une croyance pseudo-scientifique répandue dans le grand public par la médecine alternative et l’alterscience qui prétendent reconstruire une science différente. Selon cette croyance, les cellules du corps humain contiennent des indices sur nos goûts et également tous nos souvenirs autobiographiques, en dehors de notre code génétique et des cellules ( synapses, neurones, matière blanche) du cerveau étudiées en neurosciences.

Dans les pseudo-sciences, la mémoire cellulaire présente dans le corps et les cellules fonctionne comme celle de l’esprit, et garde le souvenir de traumatismes psychiques dont on ne se souviendrait pas. On retrouve le concept d’amnésie sélective qui a fait le lit des techniques de pseudo-thérapies pour retrouver les souvenirs, enfouis dans la mémoire pour se protéger d’un trauma psychique violent. Trou noir de la mémoire, par exemple, décrypté comme un symptôme du Stress-Post-Traumatique (ESPT), et non répertorié dans le DSM V ou le CIM 10 ou autre grille clinique d’inspiration psychanalytique.

La mémoire cellulaire relève de la pensée magique, et pour notre grand bonheur de cinéphiles ou de lecteurs, elle est source de scénarios haletants au grand écran et de thrillers passionnants. Dans son livre « Les mains d’Orlac », Maurice Renard raconte qu’un pianiste de renom, à la suite d’un accident, se voit greffer les mains d’un assassin. Le pianiste va être de plus en plus habité par l’instinct meurtrier de son donneur. Dans le film Body Part, autre variante: le psychiatre d’une prison perd un bras dans un accident, et se fait greffer le bras d’un tueur psychopathe qui a été exécuté. Petit à petit, le membre greffé se met à agir contre la volonté de son nouveau propriétaire.

Lorsqu’il s’agit d’une fiction cinématographique, c’est vraiment sympa, mais malheureusement, l’idée qu’un(e) transplanté(e) du cœur -ou autre organe- puisse recevoir une partie de la mémoire autobiographique du donneur est une croyance irrationnelle. Et lorsqu’il s’agit de la greffe du cœur, il y a, en sus, une connotation symbolique très forte. Car cet organe est perçu dans l’inconscient collectif  comme le siège de l’âme, des sentiments et des émotions. Hippocrate, fondateur de la médecine l’a souligné avec les croyances de son époque: « le cœur possède le feu inné et la respiration a pour but de le refroidir. La raison humaine se trouve dans le ventricule gauche et commande au reste de l’âme.»

La théorie de la mémoire cellulaire s’est propagée dans l’approche psycho-spirituelle, holistique et new age. Certains thérapeutes proposent sans sourciller des séminaires de guérison du corps de l’esprit et de l’âme avec cette conception de la mémoire cellulaire. Sans compter les dérives sectaires. Ainsi, le fondateur de la scientologie, L.Ron Hubbard a spéculé dans la Dianétique que la mémoire cellulaire pourrait expliquer comment les engrammes travaillent.
L’engramme est un enregistrement complexe de la mémoire inconsciente, qui n’est plus accessible au mental analytique. Notons que la scientologie a dévoyé le concept d’engramme, qui en neurophysiologie, est la trace biologique de la mémoire dans le cerveau.

Gary Schwartz, professeur à l’université d’Arizona de psychiatrie et autres titres universitaires ronflants, affirme avoir recueilli 70 cas où les greffés auraient hérité des traits de leurs donateurs. Ses histoires sont convaincantes et cohérentes. Il comprendrait le mécanisme par lequel fonctionne la mémoire cellulaire. On serait presque tenté de le croire (si on est impressionné par son prestige d’universitaire), s’il n’avait écrit un livre (traduit en français) « Extraordinaires contacts avec l’au-delà. » Carton rouge, on est pleine parapsychologie! Gary Schwartz fait partie des ces alterscientifiques, de ces gens formés à la science, qui conçoivent une science différente, une autre science, et qui mobilisent leurs connaissances scientifiques et leur capacité de raisonnement en faveur de leurs théories alternatives ou de leur idéologie.

Le livre de notre bon Gary est préfacé par Deepak Chopra, lui aussi un émule de la mémoire cellulaire et  un alterscientifique. Deepak Chopra est l’inventeur de la médecine globale (une alterscience) et il ne manque d’y aller de sa petite histoire psycho-spirituelle qui prouverait (selon lui) l’existence de la mémoire cellulaire, sa survie par-delà la mort physique. C’est selon Deepak Chopra, une nouvelle approche de l’univers, de la physique, de la biologie et un bouleversement de l’approche médicale. Séduisant, n’est ce pas?

Deepak Chopra cite le livre de Claire Sylvia, une jeune femme de 40 ans aux portes de la mort. Elle est miraculeusement épargnée par la Grande Faucheuse grâce à une transplantation massive d’organes. Désormais, elle devra apprendre à vivre, à respirer avec le coeur et les poumons d’un autre. Bouleversement physique? Bien sur! Mais Claire, au fil des jours, va se découvrir une nouvelle vitalité, des comportements inhabituels et des goûts étranges qu’elle n’avait pas avant ses greffes d’organes. L’esprit du donneur se serait-il transmis à elle ? Elle en est convaincue.

Force est de consater que si l’on est dans l’empathie, la fibre de la sensibilité est touchée lorsqu’on lit ces témoignages bouleversants! Se pencher sur les arguments pseudo-scientifiques de la mémoire cellulaire serait presque indécent, et c’est comme ça qu’ils passent comme une lettre à la poste. L’art des charlatans est justement de savoir parler au coeur, de savoir mettre en exergue la dimension psycho-spirituelle et de toucher au tréfonds de la sensibilité et du compassionnel. Et ça fait pleurer dans les chaumières…

La théorie de la mémoire cellulaire est encouragée dans les médias, les livres  de développement personnel à fort succès littéraire à rendre jaloux un auteur mineur, à la télévision et par des people. L’une des dernières en date est l’actrice Charlotte Valandray qui a subi une greffe de coeur, et qui croit à cette mémoire transmise du donneur au transplanté. Elle raconte dans son livre qu’elle est en forte empathie avec le mari de la donneuse, qu’elle peut décrire des lieux en Inde où elle n’est jamais allée…

La validité de la mémoire cellulaire ne repose sur aucune fondement scientifique, mais sur la collecte de témoignages de personnes transplantées. Force est de constater qu’ils sont touchants, et de reconnaître que les greffés sont remplis de gratitude envers leur donneur anonyme qui leur a sauvé la vie. Mais à tous ceux qui croient à la mémoire cellulaire après une greffe, qu’ils consultent les sites officiels et médicaux qui publient des témoignages de greffés empreints de dignité. Sans approche holistique, psycho-spirituelle et course à la belle âme!
C’est autrement bouleversant de réaliser que la médecine fait des miracles, et permet à des malades aux portes de la mort de vivre pleinement grâce à la transplantation. Comme celui de Séverine greffée coeur-poumon: « cette greffe est une renaissance complète, non seulement pour moi, mais pour toute ma famille. On m’a fait un cadeau exceptionnel…»

De nombreuses techniques dénoncées comme psycho-sectaires contribuent à banaliser la théorie de la mémoire cellulaire. L’une des plus croquignolettes est le décodage biologique ou décodage cellulaire qui a détourné de la médecine conventionnelle des cancéreux qui auraient pu être guéris, et morts prématurément par la faute de charlatans rejetant la médecine conventionnelle. Dans d’atroces souffrances en fin de vie!

Le premier théoricien du décodage biologique est le sulfureux Ryke Geerd Hamer. Médecin de formation. Sa méthode est contestée par les autorités médicales et scientifiques, dénoncées par les instances de lutte contre les dérives sectaires, et Hamer a eu de nombreux démêlés avec la justice (Allemagne, Autriche, France, Espagne).
Une deuxième génération de thérapeutes en décodage a relayé les principes de Hamer en les complexifiant, les intégrant parfois à la médecine conventionnelle. On trouve,  en vrac, la psycho-immunologie, la biologie des êtres vivants (BTEV) et la déprogrammation biologique et le biodécodage. Le décodage biologique part du principe de l’amnésie sélective. Le corps a oublié une émotion désagréable à l’origine de la maladie ou du mal-être. L’objectif du décodage biologique est de réveiller la mémoire du corps, d’accéder aux informations contenues dans les cellules.Tout est dit.

La mémoire cellulaire sert aussi de preuve aux vies antérieures. L’ineffable Annie Givaudan décrit les marques de naissance comme les signes évidents de la mémoire cellulaire de notre corps physique: « une tâche sur le corps, un creux, une malformation physique, un grain de beauté… sont autant de présences de mémoires cellulaires sur notre corps. Les douleurs morales, les peines et les chocs vécus autrefois (vies antérieures) s’inscrivent aussi dans nos cellules et nous continuons à reproduire un mal-être.» Allons y gaiement dans la pensée magique et le trip new âge!

Des livres sur les Fleurs de Bach (un placebo attrape-gogo) parlent de l’action des élixirs sur la mémoire cellulaire: « Notre corps est constitué de cellules qui récèlent un pouvoir de conscience et un mode vibratoire. Ces cellules ont enregistré des expériences négatives et positives.» Pas de panique, tout est sous contrôle: juste quelques gouttes de Fleurs de Bach pour rééquilibrer les mauvaises vibrations. Le flacon standard se vend près de 40 euros. De quoi se ruer sur l’achat d’actions des laboratoires qui les fabriquent s’ils sont cotés en bourse!  Le pire est que la grande distribution les vend dans le rayon para-pharmacie.

Alors quand on est sceptique, comment démonter la mémoire cellulaire?
Les prétendues mémoires interprétées comme celles du donneur sont des faux souvenirs. La mémoire humaine est très malléable, et elle peut être affectée par des influences extérieures et les croyances irrationnelles.

Une greffe d’organe est une expérience qui change la vie, littéralement, et elle est permise grâce à la mort de quelqu’un d’autre, souvent dans un accident. Il n’est pas surprenant que le greffé modifie son regard sur la vie, et change de personnalité.

C’est ce que reconnaît Djamila qui témoigne sur le site www.france-coeur-poumon.asso.fr: « après ma greffe, le mieux-être physique a été immédiat. Psychologiquement, c’est plus compliqué. Il faut que j’apprivoise ma nouvelle vie. Je suis quelqu’un d’autre, j’aborde la vie différemment. J’ai envie d’être en symbiose avec mon nouveau rein.»

Et pour ceux qui sont dans la pensée magique, certains de ces changements peuvent être facilement interprétés comme étant ceux  des goûts et les aversions du donneur. Les greffés (consciemment ou inconsciemment) peuvent s’interroger sur l’identité du donneur, et par un mécanisme psychologique complexe, émettre des projections et avoir l’illusion qu’une autre personne leur semble vivre maintenant à l’intérieur. Comme un alter ego.

Il y a plusieurs pistes logiques possibles pour lesquelles les greffés ont l’impression d’adopter l’identité du donneur. Les suites d’une transplantation sont lourdes, et peuvent occasionner des troubles psychiques chez certaines personnes. C’est répertorié et un suivi psychologique est souvent préconisé. Les effets secondaires des médicaments antirejet peuvent aussi modifier certaines habitudes. On sait que les dérivés de la cortisone  (Prednisone) prescrits aux transplantés  ouvrent l’appétit, d’où rien d’étonnant à ce qu’un greffé se mette à aimer les gâteaux, projetant ainsi l’idée que le donneur était un amateur de pâtisseries. Ors, c’est le médicament anti-rejet qui participe à l’appétence aux sucreries.

Malheureusement, si l’on tape sur le moteur de recherche google, on voit apparaître un nombre extraordinaires de propositions de stages ou de thérapeutes spécialistes de la mémoire cellulaire pour vous soulager de vos souffrances passées, présentes et à venir. Une véritable jungle dévolue à la pseudo science. Ne vous y laissez pas prendre! La mémoire cellulaire est une théorie-pseudo-scientifique malgré son jargon séducteur.

Sources:

http://anthropologiesante.revues.org/539#tocto2n1

http://benjamine.skynetblogs.be/tag/décodage+biologique

http://www.sciencesetavenir.fr/sante/20110928.OBS1294/biologie-totale-une-condamnation-en-belgique.html
http://www.pseudo-sciences.org/spip.php?article746
http://www.college-de-france.fr/site/edith-heard/course-2012-2013.htm
http://www.sceptiques.qc.ca/forum/charlotte-valandrey-de-coeur-inconnu-t9492.html
http://www.sceptiques.qc.ca/dictionnaire/cellular.html
http://www.france-coeur-poumon.asso.fr/pdf/brochures/brochure_don_organe.pdf
http://www.mondenouveau.fr/index.php?option=com_content&task=view&id=265

 

 

UNE THÉRAPIE MORTELLE!

Lors d’une séance brutale de contention, Candace a suffoqué sous le poids des couvertures, de celui de sa mère et des thérapeutes.

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©Norman Rockwell, Affcetion

 

Certaines thérapies pseudo-scientifiques peuvent s’avérer dangereuses jusqu’à être mortelles, et au nom de croyances psychologiques irrationnelles. Le législateur est alors  d’intervenir pour éviter de nouvelles victimes. C’est ce qui s’est passé en septembre 2002 avec le Parlement américain met hors la loi la Thérapie de l’Attachement (AT) incluant une forme de  Rebirth. Cette loi a  du être votée après la mort, dans des conditions atroces, de la petite Candace Newmaker, âgée de 10 ans. Cette enfant n’est pas la seule victime. Cette thérapie dangereuse, a tué d’autres enfants outre Atlantique. En juin 2002, l’American Psychiatric Association avait officiellement pris position contre les dérives de la Thérapie de l’Attachement et cette forme de Rebirth en  dénonçant ses formes coercitives telles que la torture et la violation des droits de l’enfant.

 

Ce Rebirth meurtrier fait partie du kit de la thérapie de l’attachement. Il a été développé par un groupe underground de thérapeutes dont les concepteurs sont Robert Zaslow, Foster Cline, sans omettre Jacqui Schiff, l’une des théoriciennes clefs de l’analyse transactionnelle. Cette vision est aux antipodes de l’approche des professionnels de la pédopsychiatrie et de l’enfance et s’apparente au « dressage pavlovien ». Il faut distinguer ce rebirth meurtrier  de  la méthode de la Respiration Consciente, mise au point par Léonard Orr dans les années 60. Les deux ont en commun d’être des thérapies pseudo-scientifiques du style New Age, mais ceci est une autre histoire.

Comment des thérapeutes censés être bienveillants ont pu concocter une méthode violant les droits de l’enfant? Ces fous, car ce sont des fous sans états d’âme, se proposaient de traiter le RAD, syndrome de l’attachement.

Le RAD (Reactive attachment Disorder) est consigné dans le DSM. C’est un syndrome initialement observé, dans les années 80, chez les orphelins roumains adoptés dans des pays occidentaux. Ces enfants avaient des difficultés à s’attacher à ceux qui les entouraient dans les premières étapes de la vie. Il concerne une toute petite frange d’enfants adoptés.Ces thérapeutes criminels ont élargi et banalisé ce diagnostic rare sur les enfants supposés ne pas manifester une affection débordante envers leur parent adoptif; leur spectre de diagnostic  allait de l’autisme, à l’hyperactivité, à la dépression, etc…ayant jeté aux orties les critères du DSM pour appliquer les leurs. Il faut aussi préciser que leur philosophie est à l’opposé de la théorie de l’attachement de Johnn Bolwby, figure centrale dans le développement de la pédopsychiatrie. Pour ces thérapeutes criminels, l’enfant doit rendre ses parents heureux en se soumettant entièrement à leur autorité.

Une fois le diagnostic posé, on proposait aux parents adoptifs des méthodes de reparentage pour obtenir de l’enfant l’attachement désiré et son obéissance totale. Le Rebirthing propose d’éradiquer par la manière forte  le désordre de l’attachement de l’enfant adopté pour éviter que l’enfant ne devienne un grand criminel, à l’instar de celle de l’Américain Ted Boundy, enfant adopté et devenu à l’âge adulte,  dans les  années 1980, un célèbre Serial Killer.Ces méthodes  incluent un contact visuel de l’enfant avec le parent lorsqu’il l’ordonne, de contention physique, de coups et  d’injonctions destinés à le terroriser, incluant une phase d’une régression censée faire retrouver les souvenirs de la naissance et de la vie intra utérine.

Ce rebirth mortel ferait revivre à l’enfant sa naissance ou la vie intra-utérine – occultée de sa mémoire – avec sa mère biologique; et cette amnésie l’empêcherait de développer des liens affectifs avec ses parents adoptifs. Or, concernant la mémoire d’une supposée reviviscence de sa naissance (ou de sa vie intra-utérine), c’est scientifiquement  impossible. Les premiers souvenirs remontent à l’âge de trois ans après la période d’amnésie infantile évoquée en premier par Freud. Les enfants sont incapables de traduire des souvenirs en images verbales jusqu’à l’âge de six, sept ou huit ans. Des études récentes montrent que le cerveau des enfants n’est pas suffisamment développé pour former et conserver des souvenirs complexes de souvenirs sur le mode de l’encodage des souvenirs d’un cerveau adulte.

Aux fins de diagnostic du désordre affectif d’un enfant, ce courant criminel du rebirthing utilisait une grille, connue pour ses limites, qu’ils avaient pompeusement nommé RAD (Randolph Attachment Disorder questionnaire) .
Les items sont au nombre de 18, et pour s’en faire un petit aperçu, en voici quelques uns:
-superficiellement engageant ou charmant (item 1)-
-vols (item 2)-
-Manque de conscience (12)
-Relations appauvries avec ses proches. (item 13)
-fascination par le feu (14)
-construction anormale du discours (item 18)
Avec cette méthode de « rebirthing », les thérapeutes Connel Watkins et Julie Ponders ont  torturé jusqu’à ce que mort s’ensuive, durant deux semaines, la petite Candace. Ils s’étaient inspirés des pratiques d’un certain Douglas Gosney qui recommandait de faire revivre à l’enfant  chaque étape de sa naissance en plusieurs séances. D.Gosney avait adapté la technique du rebirth à la thérapie de l’attachement. Ces techniques de reparentage furent synthétisées à partir de son travail avec Arthur Janov, l’inventeur du cri primal et de cinq années passées au côté de William Emerson.

 

La boîte à outils de ces  thérapeutes fous comprend plusieurs méthodes coercitives:-La thérapie par compression ou contention consiste par exemple à étouffer l’enfant    sous une couverture pour renaître. C’est ce qui se passa avec Candace.

-Une autre est une Séance de câlin où l’on force l’enfant à manifester de la tendresse à l’égard de ses parents adoptifs pour les rendre heureux.

-Et la troisième est la phase dite de consolidation, un process thérapeutique criminel où est évalué l’attachement de l’enfant à sa mère adoptive.
Lors d’une séance brutale de contention, Candace a suffoqué sous le poids des couvertures, de celui de sa mère et des thérapeutes. Le martyre de la fillette a a duré près de 70 minutes, comme en témoigne l’enregistrement vidéo. Ce qui est délirant, c’est que la mère adoptive de Candace était infirmière en psychiatrie; elle est restée de marbre aux appels de détresse de sa fille. Candace fût mise en position foetale et emballée fermement dans une couverture jusqu’à la tête (sécurisée par un noeud), symbolisant ainsi le ventre maternel.

Quatre grands coussins et neuf oreillers furent placés autour d’elle, pendant que deux thérapeutes et deux assistantes se mettaient à califourchon sur  elle. Un poids de 300 kilos pour une enfant pesant 31 kilos. Candace devait pour renaître sortir la tête première  de ses draps. Se appels à l’aide furent perçus comme un caprice et une crise de colère (faisant partie de la thérapie). Il lui fût répondu: « Marche ou crève ». Candace répliqua: « crever pour aller au paradis? »… oui, lui répondirent alors ces monstres…Elle mourut ainsi étouffée; Le drap déchiré près de ses pieds témoigne de sa lutte pour sortir de l’enfer de cette coercition physique monstrueuse.

Lors du procès, les deux thérapeutes Connell Watkins et Julie Ponders ne manifestèrent aucun remord. Elles furent toutes les deux condamnées à 16 ans de réclusion, le minimum pour maltraitance ayant entraîné la mort d’un enfant. La mère adoptive ne fût pas poursuivie mais sa réaction a de quoi  laisser pantois. On lui avait proposé d’appeler en mémoire de sa fille morte « la loi Candace » interdisant le rebirthing , et elle déclina cette invitation par ces mots: « non, ce serait lui faire trop d’honneur.»

Candace ne fût pas la seule enfant à mourir avec cette thérapie barbare. En 1996, David Polreisbeys, un enfant russe adopté et diagnostiqué comme souffrant de RAD, et soigné comme tel par les méthodes du reparentage. Il fut battu à mort par sa mère adoptive avec une cuillère en bois sur les conseils des thérapeutes.

En 1995, Krystal Tibbeys âgée de trois ans fût tuée par son père adoptif. Les thérapeutes lui avait enseigné comment faire une thérapie de l’attachement à la maison pour dresser l’enfant. Il devait s’allonger sur la tête de l’enfant, et devait appuyer fortement  sur son estomac pour induire une respiration abdominale dans l’espoir de déclencher la colère refoulée de Krystal. Les côtes brisées, l’enfant mourut étouffée.

Deux ans après la mort de Candace, une enfant de quatre ans, Cassandra mourut dans des conditions atroces au cours  d’une séance « d’intervention paradoxale » conseillée par les thérapeutes du reparentage. Comme elle avait volé le soda de sa soeur, les parents l’ont ligoté et lui ont versé environ deux litres d’eau dans le gosier. L’enfant mourut noyée pour avoir bu trop d’eau. La  thérapeute était celle qui avaitt tué  Krystal.

Aujourd’hui, grâce à la loi Candace, ce rebirthing fait l’objet d’une interdiction dans de nombreux états aux Etats Unis.

 

La rédaction de ce post n’aurait pas pu avoir lieu si certains de mes amis médecins et moi-même n’avions pas correspondu avec la regrettée Patricia Crossman, une psychologue qui n’a pas hésité a rendre un « Awards » qu’elle avait obtenu en tant que praticienne confirmée de l’analyse Transactionnelle. Lorsqu’elle s’est aperçue des dérives de cette méthode, elle n’a eu de cesse de dénoncer les dérives de cette thérapie. Et c’est au cours de l’un de ses articles sur le net, jeté comme une bouteille à la mer, que sommes rentrés en contact avec elle. 

L’OUBLI DES SOUVENIRS INFANTILES

Vous souvenez-vous de vos premiers pas ? De vos premiers jouets ? De votre arrivée à la crèche ? Certainement pas. (Guillaume Jacquemont)

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©Vivian Maieur

 

Pourquoi oublie-t-on ses souvenirs d’enfance? Une série d’expériences sur des rongeurs suggère que dans la petite enfance, la formation de neurones efface les souvenirs. De nouveaux neurones viennent tous les jours s’intégrer dans les circuits du gyrus denté de l’hippocampe. Ils favorisent la formation de nouveaux souvenirs, mais également l’oubli des anciens en perturbant les réseaux de connexion préexistante. Pendant l’enfance, où cette formation est particulièrement importante, l’oubli est plus prononcé.

Pour en savoir plus, voici la retranscription intégrale d’un article de Guillaume Jacquemont, Pourquoi oublie-t-on ses souvenirs d’enfance?  ©NBT

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« Vous souvenez-vous de vos premiers pas ? De vos premiers jouets ? De votre arrivée à la crèche ? Certainement pas. Comme de nombreuses espèces, l’homme oublie la plupart de ses souvenirs infantiles. Katherine Akers et ses collègues de l’Hôpital pour les enfants malades, à Toronto, ont montré, chez les rongeurs, que cela résulte en partie de la formation importante de nouveaux neurones (ou neurogenèse) pendant l’enfance.

Le stockage des souvenirs s’effectue dans plusieurs aires cérébrales, en particulier dans l’hippocampe. Avec le bulbe olfactif, c’est aussi l’une des deux principales zones où de nouveaux neurones se forment à l’âge adulte – bien qu’en quantité moindre que dans l’enfance.

La mémorisation renforce certaines connexions (ou synapses) entre neurones et en affaiblit d’autres. Ainsi, dans le cerveau, un souvenir est codé par une configuration particulière de modifications de synapses. Dès lors, la formation de nouveaux neurones, qui établissent des connexions avec les anciens, pourrait être à double tranchant. D’un côté, elle participerait à la mise en place de nouveaux réseaux lors de la mémorisation – et des expériences ont montré que la neurogenèse adulte favorise l’enregistrement de souvenirs voisins (deux endroits ressemblants, par exemple, ne sont pas fondus en un seul souvenir mais ils sont stockés tous les deux et discriminés par la suite). D’un autre côté, elle perturberait les réseaux neuronaux existants – et des simulations sur ordinateur suggèrent qu’elle effacerait ainsi certains souvenirs.

C’est cette dernière hypothèse qu’ont testée les neurobiologistes à travers une série d’expériences. Ils ont d’abord fait mémoriser une réaction de peur à des souriceaux et des souris adultes : les animaux étaient placés dans une enceinte et un léger choc électrique à la patte leur était systématiquement administré en présence d’un certain décor. Quand on les replaçait dans ce décor par la suite, ils se figeaient, comme tétanisés, au lieu d’explorer l’enceinte.

La durée pendant laquelle les souris ont gardé la mémoire de cette peur a été analysée en les confrontant à l’environnement effrayant de 1 à 28 jours après l’apprentissage. Les souris adultes manifestaient toujours autant de réaction de peur au bout de 28 jours, tandis que les souriceaux, chez qui la neurogenèse est bien plus importante, en montraient vite beaucoup moins : ils oubliaient plus rapidement le conditionnement.

Peut-on alors accélérer l’oubli en stimulant la neurogenèse dans l’hippocampe ? Pour le déterminer, les neurobiologistes ont appris une réaction de peur conditionnée à des souris adultes, puis leur ont fait pratiquer diverses activités favorisant la formation de nouveaux neurones, telles que l’exercice physique (de la course dans une roue). Et en effet, quand elles étaient confrontées au contexte « effrayant » par la suite, ces souris manifestaient moins de peur que leurs congénères qui n’avaient pas couru.

À l’inverse, peut-on fixer les souvenirs infantiles en ralentissant la neurogenèse? C’est ce qu’ont ensuite examiné les chercheurs. Ils ont conditionné des souriceaux à avoir peur d’un certain contexte, puis ils ont diminué le taux de formation de nouveaux neurones chez une partie d’entre eux en leur administrant diverses substances pharmacologiques. Les souriceaux à la neurogenèse ralentie se souvenaient plus de leur peur que leurs congénères non traités.

Les chercheurs ont répété ce conditionnement chez des cochons d’inde et des dègues du Chili (un autre petit rongeur) âgés de quelques jours. Ces espèces ayant une longue gestation, leur cerveau est mature à la naissance et leur neurogenèse infantile est moins importante que celle des souriceaux. De fait, ils gardent le conditionnement en mémoire, tandis que les souriceaux l’oublient. Les neurobiologistes ont ensuite augmenté artificiellement la neurogenèse des cochons d’inde et des dègues du Chili, qui se sont mis à oublier plus vite, puis l’ont diminuée, augmentant ainsi la persistance de leur souvenir.

Selon Alexandra Veyrac, du Centre de Recherche en Neurosciences de Lyon et du Centre de Neurosciences Paris-Sud, cette étude est la première à explorer de façon approfondie le rôle de la neurogenèse infantile. Elle renseigne aussi sur la neurogenèse adulte : celle-ci serait plus limitée car le cerveau doit faire un compromis entre l’apprentissage constant de nouvelles informations (favorisé par la formation de nouveaux neurones), parfois très importantes, et leur mémorisation à long terme (perturbée par les nouveaux neurones).

En outre, pour A. Veyrac, le lien entre neurogenèse et oubli doit encore être approfondi. Ainsi, des expériences chez les rongeurs montrent que l’on se souvient toute sa vie d’odeurs apprises dès le plus jeune âge, en particulier celles associées à la mère, alors que le bulbe olfactif (qui intervient dans la mémorisation des odeurs) est aussi le siège d’une neurogenèse après la naissance. Cette persistance des souvenirs olfactifs est-elle due à une neurogenèse moins intense dans le bulbe olfactif que dans l’hippocampe ? Au fait que les nouveaux neurones s’y intègrent différemment dans les réseaux, qu’ils perturbent moins ? À d’autres raisons ? Cela reste à déterminer.»