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VOEUX DE NOUVELLE ANNÉE: LUCIDITÉ CONTRE LA DÉSINFORMATION.

À l’heure des fake news et de la désinformation, ce blog choisit la lucidité, la méthode et le refus des certitudes faciles.

J’ai réouvert ce blog en septembre dernier avec la volonté de dépasser les idées reçues et de remettre en perspective les discours simplistes. L’objectif est d’offrir une analyse critique et exigeante sur ce qui se dit et se fait sous l’étiquette « psychologie » et, plus largement, dans le champ des pseudo-sciences. Depuis, cinq billets ont tracé quelques lignes de force, pas un credo, juste une direction.

Le premier texte publié à la rentrée, Démystifier le charlatanisme avec l’humour : la voie du Palmashow, posait d’emblée l’une des lignes directrices de ce blog : montrer que l’esprit critique n’exclut ni l’ironie ni la culture populaire, et que l’humour peut être un outil efficace pour déconstruire les discours pseudo-scientifiques sans les sacraliser ni les dramatiser.

Dans Noël, cadeaux, injonction au bonheur, j’ai souligné combien nos rituels culturels peuvent être à la fois porteurs de lien et de contraintes émotionnelles implicites, une fête n’est pas nécessairement une norme qui s’impose à toutes et tous de la même façon.

Quand le quotidien change de règles explore, à travers des récits concrets, comment les schémas relationnels automatiques (méfiance, jeux à somme nulle) se fissurent parfois au contact d’un geste gratuit.

L’article Blessés de l’âme revient sur la souffrance invisible des soldats de 14-18 et sur la genèse de ce que nous appelons aujourd’hui le stress post-traumatique, nous rappelant que la souffrance humaine n’est pas toujours visible, mais qu’elle reste profondément réelle.

Les autres billets publiés cet automne ont fait dialoguer critique des pseudo-solutions simplistes, humour lucide et scepticisme bienveillant face aux discours trop lisses, une invitation à lire plus large, plus profond, moins en pilote automatique.

Ce travail critique ne concerne pas seulement le faux ou l’irrationnel, mais aussi la question de l’autorité scientifique. L’un des fils conducteurs de ce blog porte sur les dérives internes de la science, lorsqu’elle cesse d’être une méthode pour devenir un argument d’autorité.

L’histoire des sciences, et plus encore celle de la psychologie, montre que les erreurs ne viennent pas seulement de l’irrationnel, mais aussi de certitudes prématurées, de consensus fragiles, d’angles morts institutionnels, et parfois d’un mélange trouble entre bonnes intentions, pression sociale et simplification excessive.

Débunker, ici, c’est faire de la science : exercer l’esprit critique, interroger les méthodes, confronter les hypothèses aux faits, et refuser toute sacralisation qui dispenserait de penser.

Un merci sincère à vous qui avez lu ces billets, ou simplement effleuré ce site au détour d’un lien. Merci non pas pour un chiffre, ni pour une performance, mais pour votre attention, souvent silencieuse, toujours singulière.

Pour l’année à venir, je ne formule pas de vœux spectaculaires.
Je nous souhaite davantage de lucidité que de certitudes, plus de méthode que de désinfoirmation, et le maintien d’un esprit critique vivant, y compris, et surtout là  où il dérange.

Que 2026 laisse encore de la place au doute fécond, à la pensée rigoureuse, et à cette forme de liberté intellectuelle qui consiste à ne pas confondre science, croyance et autorité.

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NOËL, CADEAUX, INJONCTION AU BONHEUR.

Les fêtes de fin d’année sont souvent présentées comme une parenthèse enchantée. Pourtant, derrière cette norme collective, tout le monde ne vit pas Noël de la même façon.

QUAND LE RITUEL COLLECTIF SE HEURTE AUX EXPÉRIENCES INDIVIDUELLES

Et si nous parlions de la trêve des confiseurs et des traditions des fêtes de fin d’année ?

Entre Noël et le jour de l’an, cette parenthèse est souvent présentée comme un temps à part. Les réunions festives se succèdent, les familles se retrouvent, et l’on voit parfois, dans les rues ou au bord de la mer, plusieurs générations marcher ensemble, aider les plus âgés et partager un moment simple.

Autour de tables dressées avec la vaisselle d’apparat, on déguste des mets délicats. C’est également le temps de l’échange de cadeaux, rituel largement partagé, qui matérialise l’idée de lien, de générosité et de continuité familiale.

La dimension commerciale de Noël suscite régulièrement des critiques.Émile Cioran parlait à ce sujet d’un « cauchemar de l’opulence », soulignant l’ambivalence d’un moment où la générosité affichée côtoie l’excès. Mais au-delà de ces débats, la fête demeure un rituel collectif, profondément ancré dans notre culture.

L’esprit de Noël repose ainsi sur un mélange de profane et de sacré, auquel chacun se prête, parfois avec plaisir, parfois à contrecœur, mais qui s’impose comme une norme collective. L’échange de cadeaux en est l’expression la plus visible. Dans nos sociétés contemporaines, il relève à la fois du don et de la marchandise, mais obéit à une logique bien connue qui est celle de donner, recevoir et rendre.

Ce rituel, censé renforcer les liens, peut aussi devenir une contrainte émotionnelle, tant il engage des attentes implicites, des obligations symboliques et une injonction à l’adhésion. Plus qu’à d’autres moments de l’année, il ne s’agit pas seulement de participer, mais de manifester la bonne attitude, de montrer que l’on a intériorisé l’esprit de Noël.

Avant même d’être offert, le cadeau de Noël s’inscrit dans une logique exigeante. La recherche du cadeau qui fait plaisir mobilise du temps, de l’argent et une charge émotionnelle non négligeable. À Noël plus qu’à d’autres moments, le consommateur rationnel demeure une abstraction. 

La variété des options, surtout pendant les festivités de fin d’année, ne garantit pas le bien-être. La quête effrénée des cadeaux peut rapidement tourner au cauchemar.

Pendant les fêtes de fin d’année, il est de bon ton de se montrer enjoué, euphorique et joyeux à tout prix en plus d’être généreux. Mais la tyrannie de la positivité nous rattrape à Noël, et tout le monde n’aime pas Noël et les fêtes de fin d’année en général. D’ailleurs, pour les personnes qui détestent Noël, on dit qu’ils sont noëlophobes. Ce n’est pas une pathologie reconnue officiellement, mais il faut tenir compte du mal-être, voire de la déprime que vivent certaines personnes à l’approche des fêtes de fin d’année.

Sans rejeter complètement les fêtes de fin d’année, il faut quand même souligner le revers de la médaille pour certaines personnes.

Il est parfois salvateur de résister aux injonctions qui entourent les fêtes de fin d’année. Rien n’oblige à les passer en famille lorsque celle-ci est dysfonctionnelle, conflictuelle ou simplement source de mal-être.

La sacralisation des retrouvailles familiales occulte trop souvent une réalité plus triviale : partager un repas ritualisé avec des personnes que l’on n’apprécie pas, que l’on ne voit qu’une fois par an, et dans un cadre chargé d’attentes implicites, peut s’avérer éprouvant.

Les fêtes de fin d’année s’accompagnent souvent d’une levée implicite des frontières. Sous prétexte de convivialité, certaines questions, sur la vie sentimentale, le travail ou la santé psychique, deviennent soudain légitimes. Or, rien n’oblige à tout partager. Poser des limites sur ce que l’on souhaite dire, ou taire, relève aussi d’une forme de préservation de soi.

La consommation d’alcool, fréquente lors des repas de fêtes, participe aussi à cette levée implicite des frontières, rendant dicibles des propos qui, hors de ce cadre ritualisé, resteraient contenus notamment lorsqu’ils concernent la sphère intime ou des sujets sociétaux clivants.

À Noël comme à d’autres moments, la préservation de soi peut passer par des choix à contre-courant de la norme, sans que ceux-ci aient à être justifiés, critiqués ou pathologisés

Il y a des personnes qui passent Noël seules pour diverses raisons: deuil, maladie, éloignement de la famille, séparation, conflits familiaux. Et c’est vrai que chez certaines personnes, la période des fêtes ravivent un profond sentiment de solitude car la société, les films et la publicité donnent l’illusion que c’est une période magique et idyllique. 

Mais il y en a d’autres, qui choisissent délibérément la solitude. C’est une parenthèse, pour eux, de retrait temporaire du monde loin de l’agitation supposée, festive. Il est important de rappeler que la solitude, dans ce contexte, n’ai pas vécu comme une punition. Si pour certaines personnes, passer les fêtes seules demeure une expérience difficile, chargée de tristesse ou de manque. Mais pour d’autres, cette mise à distance relève d’un choix, parfois mûrement réfléchi, et peut constituer une forme de libération qu’ils n’auraient pas eu s’ils avaient suivi les injonction sociétales.

Se soustraire à des configurations familiales conflictuelles, à des attentes émotionnelles excessives ou à des rituels vécus comme contraignants, n’est pas nécessairement un renoncement au lien, mais parfois une manière de se préserver, voire de se retrouver. La solitude n’est alors ni un échec social ni une anomalie psychologique, mais une modalité possible, légitime de vivre sereinement cette période.

Noël demeure un rituel collectif puissant, chargé de symboles, de normes et d’attentes implicites. Mais ces attentes ne s’imposent pas de la même manière à tous, et n’ont pas à être vécues sur un mode uniforme.

Reconnaître la diversité des manières de vivre cette période entre enthousiasme, distance, retrait, sobriété ou indifférence, relève moins d’une lecture psychologique que d’une liberté d’être, qui suppose aussi une suspension du jugement. Suspendre le jugement sur soi comme sur les autres, face aux injonctions festives, permet peut-être de redonner à ces fêtes leur véritable essence à savoir un espace où chacun peut exister sans avoir à se justifier, et ainsi vivre comme il lui semble.

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QUAND LE QUOTIDIEN CHANGE DE RÈGLES.

Deux histoires vraies montrent comment un geste gratuit peut suffire à briser la logique défensive du “jeu à somme nulle” et modifier une dynamique relationnelle.

Variations autour de Watzlawick avec deux histoires vraies

Pour Paul Watzlawick, nos relations humaines sont souvent prises au piège d’une règle impitoyable : celle des jeux à somme nulle. L’idée sous-jacente est toujours la même : l’autre est potentiellement un adversaire. L’objectif n’est pas tant de dominer que d’éviter d’être la partie perdante. Soit l’on gagne, soit l’on cherche au moins à ne pas perdre, ne serait-ce que pour sauver la face. Et l’autre, en face de vous est généralement prisonnier de la même logique.

Ce n’est donc pas la domination qui est au cœur de ce mécanisme, mais la rigidité du système relationnel. C’est un jeu dont la règle implicite est si puissante qu’il suffit d’un rien; une micro-rupture absurde qui ébranle toute la logique.

Or, il suffit parfois d’un geste, d’une infime perturbation dans ce scénario, pour faire basculer tout ce système bien huilé du jeu à somme nulle. Les anciennes règles peuvent se déverrouiller, créer une rupture comportementale et modifier notre manière de voir le monde.

Pour illustrer cette mécanique, Watzlawick se sert souvent de paraboles. C’est d’ailleurs dans l’une d’elles, tirée de son livre L’ultra-solution ou comment rater sa vie avec méthode où l’on trouve un chapitre remarquable: la réaction en chaîne de gentillesse.

L’histoire d’Amadeo : une déviation du scénario

Watzlawick raconte l’étrange trajectoire d’Amadeo Cacciviallani, un homme pour qui la vie n’était qu’un enchaînement de jeux à somme nulle. Gagner ou perdre était sa seule option. Dans ce monde intérieur que l’on peut qualifier de guerre froide, Amadeo était en état d’alerte permanent, prêtant à autrui les pires intentions, et se réjouissant ouvertement des petits malheurs des autres.

Un jour, alors qu’il gare sa voiture, un passant l’interpelle: « Vous avez laissé vos phares allumés.» Puis l’homme tourne les talons et disparaît aussitôt dans la foule. Amadeo est sur ses gardes et ce geste l’intrigue profondément.

Amadeo est complètement désorienté par ce geste gratuit. Pourquoi cet inconnu l’a-t-il prévenu? Que voulait-il vraiment? Dans son univers centré sur la méfiance, ce geste est complètement absurde! Il se souvient qu’il avait lui-même déjà repéré des voitures restées phares allumés… et il se régalait d’avance de la galère de leurs propriétaires qui devraient faire recharger leur batterie pendant plusieurs heures.

Mine de rien, ce micro-évènement du geste gratuit fissure sa mentalité. À partir de là, Amadeo va emprunter une trajectoire différente de celle du jeu à somme nulle.

Quelques jours plus tard, Amadeo trouve un portefeuille rempli de billets. Son premier réflexe est de se frotter les mains et de vouloir garder l’argent. Mais le souvenir de l’inconnu qui lui avait dit que les phares de sa voiture étaient allumés remonte et devient obsédant.

Alors Amadeo rompt avec son comportement habituel. Il traverse la ville et rapporte l’objet à son propriétaire. Celui-ci est stupéfait qu’on lui ait rendu ce bien. Amadeo refuse même la récompense, un geste incompréhensible pour cet homme, lui aussi prisonnier de la logique du jeu à somme nulle, qu’il n’aurait jamais imaginé agir de la sorte.

Un micro-événement absurde à Deauville, et tout change

L’histoire suivante illustre parfaitement comment une micro-rupture peut dévier le schéma d’un jeu à somme nulle.

Il y a quelques mois, une amie gare sa voiture place Morny, à Deauville, pour faire quelques courses. En revenant, elle ouvre sa portière, qu’elle avait laissée mal fermée, et elle aperçoit sur la banquette arrière un shopping bag d’une célèbre enseigne de cosmétiques. Elle est stupéfaite car elle n’a aucun souvenir d’avoir posé quoi que ce soit à cet endroit.

Elle ouvre le sac et voit qu’il contient des produits cosmétiques de luxe, soigneusement emballés, et au fond du sac un ticket de caisse avec un montant conséquent (plus de 300 €). Elle est interloquée, et en elle-même, elle se dit: « Non… je n’ai jamais acheté ça. »

Et là, les idées les plus invraisemblables se succèdent. Est ce un cadeau déposé volontairement? Une blague? Une mise en scène? Elle va même jusqu’à imaginer une caméra invisible. Aucun scénario ne tient vraiment la route.

C’est simplement ubuesque, et cette absurdité crée une rupture nette dans sa journée. Alors elle la seule chose qui lui paraît logique est de se rendre à l’institut de beauté où elle laisse son numéro de portable.

Quelques heures plus tard, une inconnue laisse un message sur son répondeur et explique le malentendu. Elle avait garé place Morny sa voiture exactement de la même couleur, juste à côté de celle de mon amie, et avait ouvert la portière qui n’était pas fermée. La confusion venait de là. Elle lui propose de la remercier en lui proposant de se rencontrer pour un café, et de récupérer ses achats ainsi. Mon amie décline poliment l’invitation et elle redépose simplement le sac à la boutique.

Quand mon amie a raconté cette anecdote autour d’elle, beaucoup n’ont pas compris son geste. Au contraire, elle a reçu une salve de réflexions qui illustrent la logique dominante du jeu à somme nulle :
« Tu aurais pu tout garder ! »
« Elle n’avait qu’à fermer sa voiture ! »
« Personne n’aurait su que tu avais gardé les produits. »

Comme si, dans un paysage relationnel que nous savons tous saturé de méfiance, un geste gratuit était tout simplement inconcevable. Et pourtant, ce sont souvent ces micro-événements inattendus, absurdes, presque comiques, qui déjouent sans bruit le schéma du jeu à somme nulle.

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BLESSÉS DE L’ÂME : COMPRENDRE LA SOUFFRANCE INVISIBLE DES SOLDATS DE 14-18

La guerre de 14-18 a fait naître, dans la douleur, la compréhension moderne du stress post-traumatique.

Le château de Chambly ut un hôpital de campagne pendant la guerre de 14/18

La guerre de 14-18 bouleversa la psychiatrie. Devant l’afflux de blessés psychiatriques, le service de santé des armées dut se réorganiser. La durée et l’ampleur de la Grande Guerre engendrèrent des troubles de la psyché inconnus jusqu’alors du corps médical. Les médecins ignoraient comment les prendre en charge.
Ces troubles n’étaient rein d’autre que les manifestations du stress post-traumatique, répertorié aujourd’hui dans le DSM et la CIM. Les médecins de l’époque de la Grande Guerre avaient une autre nomenclature et parlaient de l’hypnose des batailles, de la fatigue de guerre et du cafard.

Le principal trouble psychiatrique auquel devaient faire face les médecins était celui de l’obusite. Comment se manifestait-il ?

La Gazette de Souain rapporte des témoignages sur les Poilus souffrant d’obusite:
« Des soldats étaient trouvés accroupis ou pliés en deux, ne se relevaient pas, les yeux écarquillés. Certains sont devenus muets, sourds et même aveugles, sans blessure organique apparente. »

Lorsque les soldats présentaient des symptômes de paralysie, de tremblements, de surdité, des convulsions ou du mutisme, c’était pour la médecine la manifestation d’un désir de fuite. Et c’était considérée comme une forme d’hystérie, cette différente de l’hystérie féminine et propre à la guerre. On était vraiment loin du concept moderne de stress post-traumatique.

Les psychonévroses de guerre bouleversèrent le milieu des aliénistes. Pour les uns, c’était un syndrome post-commotionnel et pour d’autres, « émotion-choc » et rôle de la prédisposition. À l’époque, la « prédisposition » renvoyait surtout aux théories constitutionnelles héritées du XIXᵉ siècle : certains médecins pensaient que des soldats jugés plus « émotifs », issus d’une hérédité fragile ou d’une éducation supposée moins robuste, étaient plus vulnérables aux psychonévroses. Cette vision faisait porter la responsabilité du trouble au soldat lui-même et alimentait l’idée que « seuls les faibles cédaient ». Elle a contribué à légitimer, à tort, des traitements coercitifs.

Le neuropsychiatre toulousain Voivenel parla des troubles de l’émotivité (on dirait aujourd’hui états anxieux), qu’il finalisa dans son concept de « peur morbide acquise ». La peur morbide acquise est une hémorragie de sensibilité. Cet état intervient soit immédiatement après une bataille, soit plus progressivement au fil des mois. Les observations du Dr Voivenel préfigurent déjà certaines caractéristiques du stress post-traumatique figurant dans le DSM et la CIM-10.

Un autre versant du traumatisme de guerre fut celui des Gueules cassées, ces soldats défigurés par les éclats d’obus. Si les chirurgiens pionniers posèrent les bases de la chirurgie maxillo-faciale moderne, la dimension psychique fut longtemps ignorée : l’atteinte de l’image du corps entraînait effondrement narcissique, retrait social et impossibilité de retrouver une place dans la vie civile. Leur souffrance silencieuse rappelait que la guerre blesse autant l’apparence que l’identité, et que la reconstruction physique ne suffit pas à réparer l’impact psychique profond.

Comme les médecins pensaient que ces psychonévroses étaient une forme d’hystérie, ils ne prenaient pas de gants pour les traiter. Le malheureux poilu souffrant d’un état de stress post-traumatique pouvait être « soigné » par la flagellation pour briser sa personnalité. On frappait le soldat de plus en plus fort, avec des paroles faussement rassurantes et en lui faisant ingurgiter de l’eau-de-vie de force. La fameuse gnôle qu’on faisait boire aux soldats au combat.

Le traitement de choc le plus violent de l’époque utilisé pour la névrose de guerre était celui de la faradisation ou de sa variante galvanique à grande échelle. Les médecins partaient de l’idée que les soldats étaient des simulateurs, et qu’il fallait les mettre en face de leur propre couardise avant de les renvoyer au front. Les soldats ne pouvaient pas refuser le traitement, et la coercition physique était employée. On n’hésitait pas à enfermer les patients dans des carcans redresseurs.

Concrètement, voici comment se pratiquait une séance de faradisation: un courant galvanique de 35 milliampères sous 75 volts, en secousses brèves (de 10 à 20 secondes), était administré à l’aide de conducteurs sur les zones sensibles du soldat.

Cette méthode psycho-électrique, comme celle de Roussy et de Lhermitte, comportait plusieurs phases. D’abord la préparation suggestive du patient, puis le « choc psychique » provoqué par l’application douloureuse du courant faradique. Le tout se déroulait dans une atmosphère de discipline militaire implacable, où le soldat devait se soumettre sans protester.

Des infirmiers ont confirmé qu’un certain Dr Kolowsky faradisait les parties génitales ainsi que les bouts des seins. La toute-puissance du médecin, le pouvoir de la blouse blanche et du savoir, la suggestion et le choc électrique constituaient les trois fondamentaux de ce traitement barbare. Il faut le dire sans détour: c’était de la torture. 

Les séances se faisaient en présence d’autres patients afin que leurs hurlements de douleur effraient les autres victimes. Tout cela était censé renforcer l’efficacité de la cure… du moins selon eux.

Il y aurait des différences subtiles entre les méthodes électriques. La palme de la barbarie revient à la méthode de torpillage mise au point par le Dr Clovis Vincent. Elle repose sur le principe de la galvanisation, un courant plus intense que le faradique, envoyé avec des tampons sur les zones sensibles de la surface cutanée. La fin de la guerre sonna le glas du traitement électrique des psychonévroses.

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COMMUNICATION FACILITÉE : LE DÉBAT SCEPTIQUE FRANÇAIS.

Communication facilitée : entre croyance, espoir et dérive pseudo-scientifique, une controverse toujours vive.


Texte de Christine O. Ce rapport m’a a été envoyé par un contributeur anonyme de France qui, pour des raisons qui deviendront claires au fur et à mesure que vous le lirez, souhaite rester anonyme.

Ce texte fait écho à mon billet de 2018 Autisme : la communication facilitée, une pseudo-science. La communication facilitée prétend offrir aux personnes autistes non verbales la possibilité d’exprimer leurs pensées, une affirmation au cœur d’un intense débat sceptique. En réalité, elle relève de la pensée magique: elle privilégie l’expérience émotionnelle et l’impression de dialogue sur les exigences de la preuve scientifique.


Christine O analyse un cas français emblématique, où le scepticisme a mis au jour ces dérives, et complète ainsi le regard critique déjà esquissé dans mon billet.

Pour que vous puissiez vous faire votre propre idée, voici le texte de Christine O, ici traduit en français (sa version originale est disponible à cette adresse: https://www.facilitatedcommunication.org/blog/when-telepathy-awakens-skepticism-a-french-case-of-fc).


Tout commence par l’histoire d’une autrice non verbale, diagnostiquée autiste très déficitaire dès son plus jeune âge. Lorsqu’elle a atteint l’âge de 14 ans, sa mère, qui n’avait pas remarqué beaucoup de progrès, a décidé de la sortir du cadre institutionnel dans lequel elle était placée. Les recherches de la mère l’avaient amenée à la conclusion que, pour réaliser quoi que ce soit, sa fille devait d’abord « se reconnecter à son corps ». C’est en prenant en charge sa fille qu’elle a découvert que celle-ci, bien qu’elle n’ait jamais appris à lire, qu’elle était capable de communiquer avec elle en épelant des phrases parfaitement construites. Ses compétences motrices limitées, cependant, ne lui permettraient pas d’écrire avec un stylo. Au lieu de cela, elle s’exprime avec des lettres en carton classées par ordre alphabétique, qu’elle pioche l’une après l’autre pour former des mots.

UNE DIFFUSION MÉDIATIQUE ET SCIENTIFIQUE

Au cours des quinze dernières années, la jeune femme a publié plusieurs ouvrages. Certains de ses textes ont été adaptés au théâtre, mis en musique par des chanteurs et des musiciens, lus à la radio nationale, etc.

En 2016, son histoire a fait l’objet d’un documentaire qui a été sélectionné dans des festivals (notamment aux césars) et diffusé à la télévision sur Arte. Elle participe également de manière régulière à une émission populaire mettant en scène des journalistes autistes qui interviewent des célébrités.

Le parcours de l’autrice a soulevé des questions sur notre perception et notre compréhension de l’autisme sévère. Elle a en outre collaboré avec un chercheur en sciences cognitives du Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS). Récemment, elles ont donné ensemble une conférence sur l’autisme, l’hyperlexie et « l’expérience intime du langage ».

Lors d’une conférence, en présence d’un membre d’un parlementaire, l’autrice avait qualifié de façon cinglante ses années passées en Instituts Médicaux Éducatifs résidentiels et médicaux (IME) comme étant « un grand vide».

Crédit : @LeTelegramme sur Youtube

UNE RENCONTRE DÉROUTANTE
Personnellement, je me suis sentie très chanceuse d’avoir l’occasion de rencontrer la jeune femme, il y a quelques années. Sa mère m’a accueilli chez elle, et sans que j’aie eu besoin de poser une seule question, elle a commencé à me raconter leur histoire. Elle m’a d’abord décrit à quel point il était difficile d’établir le contact avec sa fille: des années passées comme devant un mur, sans pouvoir communiquer avec elle. Puis, quelques minutes après le début de notre conversation, elle mentionne en toute simplicité qu’elles communiquent entre elles par télépathie.

Remarquant mon air sceptique, elle m’a souri, mais par la suite, elle m’explique que sa fille n’apprend pas comme nous, les « neurotypiques », mais qu’au contraire, ellle un accès direct et illimité à la connaissance.

UNE CONVERSATION DÉCONCERTANTE:

Après cet échange troublant, j’ai été invitée à avoir une conversation avec la jeune femme.

Nous nous sommes installées toutes les trois dans une petite pièce, autour d’une table où se trouvait la boîte à lettres. Ce ne fut pas un véritable échange. La jeune femme s’est mise à choisir des lettres et à composer des phrases pendant de longues minutes, dans son style étrange et poétique.

À un certain moment, se rappelant la révélation télépathique faite plus tôt, la mère m’a glissé que sa fille avait « simplement changé d’avis » — comme si elle connaissait déjà les mots que sa fille allait former sur la table… Et, en effet, peu après, sa fille a mis les lettres pour cette phrase : « je te fais une télépathie. »

La mère m’a alors tendu un petit morceau de papier et un stylo. Elle m’explique que c’est un jeu auquel sa fille aime parfois se livrer. Je devais sortir de la pièce, écrire une courte phrase, puis ensuite l’appeler.

Je me suis exécutée, j’ai quitté la pièce et, une fois ma phrase écrite, j’ai appelé la mère. Elle m’a rejoint, a lu la phrase, a plié le papier et l’a glissé dans la poche arrière de son pantalon.

Nous avons rejoint sa fille et nous nous sommes installées comme précédemment. Sa mère en face d’elle, et moi sur le côté. À peine installée, la jeune femme a commencé à saisir les bonnes lettres, l’une après l’autre. Pendant quelques secondes, je me suis senti déstabilisée et ma vision s’est même brouillée. Je leur ai assuré que tout allait bien et qu’il n’était pas nécessaire d’épeler la phrase en entier, mais la mère a insisté : « Quand nous faisons cela, elle aime poser toutes les lettres. »

UN RÉVEIL SCEPTIQUE
Cette rencontre m’a laissée extrêmement perplexe. Le lendemain, après une nuit très courte, j’ai appelé des amis pour leur raconter cette expérience de télépathie à laquelle j’avais participé.

En détaillant le déroulement des faits, j’ai réalisé que je ne parvenais pas à m’en convaincre totalement moi-même. Un ami m’a alors aidé à prendre conscience que quelque chose m’avait forcément échappé.

Comme beaucoup de personnes familières avec l’histoire de cette autrice non verbale, j’ai d’abord eu des doutes… mais la multitude d’articles et les collaborations avec des institutions institutionnelles notamment le CNRS, les avaient balayés.

L’histoire était touchante, positive et semblait mériter d’être relayée, afin d’ébranler les préjugés et d’attirer l’attention sur les personnes vulnérables. Malgré la conclusion décevante à laquelle cela pouvait mener, j’ai décidé de chercher en ligne des vidéos montrant la mère et la fille en train d’écrire.

J’ai été très surprise de constater que, dans toutes ces vidéos, la mère effectuait de nombreux mouvements. Dans mes souvenirs, je l’avais imaginée complètement immobile. Mon attention avait dû être captée par l’agencement des lettres, et le contexte m’avait échappé.

J’ai alors commencé à remarquer des gestes étranges de la mère… jusqu’à ce que, finalement, après avoir revu ces mêmes vidéos encore et encore, l’évidence me frappe: c’était presque comme si la main de la fille était reliée à celle de sa mère par un fil invisible.

Quant aux mouvements incongrus, ils se produisaient précisément au moment où la fille s’apprêtait à prendre la mauvaise lettre.

À cet instant, le scénario m’a semblé presque aussi incroyable que l’histoire initiale… la télépathie mise à part, évidemment.

Qui pourrait avoir une telle idée ? Combien d’heures d’entraînement ont été nécessaires pour parvenir à un tel résultat ? La mère en était-elle désormais convaincue elle-même ?

UNE TECHNIQUE DISCRÉDITÉE CONNUE SOUS LE NOM DE COMMUNICATION FACILITÉE
Avec autant de questions en tête, j’ai supposé que d’autres personnes avaient dû remarquer l’influence de la mère. J’ai fini par trouver une critique négative de leur documentaire le qualifiant de « supercherie».

Cet article mentionnait une technique sujette à caution qui m’était inconnue: la communication facilitée (CF). J’ai trouvé par la suite deux autres commentaires faisant le lien entre cette histoire et la CF, l’un en réponse à une publication sur Facebook d’un centre de ressources sur l’autisme, l’autre sur une page de forum intitulée « cherche cas d’autistes non verbaux qui peuvent écrire. »

Le phénomène étant beaucoup plus répandu aux États-Unis, mes recherches m’ont rapidement mené à facilitatedcommunication.org. J’ai regardé le documentaire PBS « Prisoners of Silence » et j’ai finalement découvert la réponse idéomotrice, ce qui m’a aidé à comprendre comment les facilitateurs peuvent, eux aussi, être victimes de ce système de croyance.

En ce qui concerne cette impression de télépathie décrite par les facilitateurs, une fois que l’on a entendu parler du phénomène de la FC, une explication logique et moins magique apparaît : les facilitateurs sont convaincus de ne pas être les auteurs des messages mais ils peuvent se rendre compte qu’ils connaissent les mots avant d’être épelés par les individus non verbaux, les facilitateurs concluent que les individus non verbaux qu’ils facilitent sont télépathiques.

La FC a été introduite en France en 1993 par l’orthophoniste Anne Marguerite Vexiau après une formation d’un mois à la FC en Australie. En 1995, elle a fondé « Ta Main Pour Parler », une association qui vise à diffuser le FC en France. En 1998, elle a pris une tournure plus ésotérique en étendant l’utilisation de la FC aux personnes sans problème de neurodéveloppement ou trouble de la parole. Elle lui a donné un nouveau nom : « Psychophanie« . Selon Vexiau, la FC pourrait permettre d’exprimer l’inconscient et les émotions les plus profondes de chacun. Tout comme avec la FC régulier, la facilitation peut entraîner des messages poétiques ou même spirituels, mais dans le cas de personnes sans trouble cognitif, elle est également présentée comme thérapeutique, aidant à libérer des traumatismes prétendument réprimés… ce qui revient essentiellement à induire de faux souvenirs. En 2002, Vexiau a fondé une « école de communication facilitée et de psychophanie » pour former à la fois les professionnels et les parents à devenir des facilitateurs , et ces sessions ont encore lieu régulièrement à ce jour.

NOUVEAUX NOMS ET NOUVELLES FORMES DE FC
Plus récemment, la communication facilitée (FC) est apparue sous de nouveaux noms, par exemple CPA pour Communication Profonde Accompagnée, développée par Martine Garcin‑Fradet, et EP pour Écoute Profonde de Marie Vialard Hauser. La méthode reste identique: une facilitation physique au‑dessus d’un clavier, destinée aux personnes non verbales, mais aussi aux personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer, à celles dans le coma ou en fin de vie, ainsi qu’aux bébés et jeunes enfants.

La filiation avec la FC originale n’est pas cachée; ces nouvelles appellations correspondent surtout à des rebrandings à visée commerciale. Garcin‑Fradet et Hauser organisent par ailleurs des séances de formation régulières pour facilitateurs.

En ce qui concerne les nouvelles formes de FC sans contact physique, je n’ai pu trouver que quelques exemples. L’un d’eux concerne une association qui fait fortement pression pour les droits des personnes autistes, et qui a déjà invité Elizabeth Vosseler à présenter S2C. Cette association préconise un changement dans la perception de l’autisme non verbal et souhaite que la société “présume la compétence” des personnes avec autisme profond — un recadrage de l’autisme profond tel qu’il a été promu par les défenseurs de la FC depuis plus de 30 ans.

l’un des membres de cette association est un jeune homme autiste non verbal , facilité à la fois par sa mère, qui utilise un tableau de lettres, et par un facilitateur, qui l’accompagne lorsqu’il tape sur un iPad. Il étudie (avec son animateur) à la faculté de sociologie de Rennes et est membre du Réseau européen sur la vie indépendante (ENIL).

Il a été invité à discuter de la neurodiversité et du mouvement des droits de l’autisme à l’INSEI, une institution française spécialisée dans la recherche sur l’nclusion scolaire. Il a récemment rejoint le Conseil consultatif de la jeunesse des Nations Unies sur les droits de l’homme et l’éducation (EAA). Ses expériences personnelles ont donné lieu à un article complet sur le site des Nations Unies.

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L’ULTRA SOLUTION OU COMMENT RATER SA VIE AVEC MÉTHODE !

Avec son humour au second degré, Paul Watzlawick nous tend un miroir implacable : sous couvert de dérision, il dissèque l’art universel de rater sa vie avec méthode.

Le diagnostic ironique de Paul Watzlawick

Après Faites-vous même votre malheur, Paul Watzlawick poursuit, toujours avec sa touche ironique des recettes infaillibles pour rater tout ce qu’on entreprend. Une boucle infernale, qui révèle, sous couvert d’humour, les schémas les plus tenaces de nos comportements dysfonctionnels.

Cette fois, dans Comment réussir à échouer, il s’agit de découvrir…l’art de réussir à échouer.

Alors quel est le mode d’emploi? Tout simple vraiment? Il suffirait de trouver l’ultra solution.

Diable, qu’est-ce que l’ultra solution? Bref, une solution qui élimine non seulement le problème, mais tout le reste avec, omme dans cet exemple figurant dans le livre: « opération réussie, patient décédé ».

Dans ce petit ouvrage tout aussi jubilatoire que « Faites vous-même votre propre malheur ». Watzlawick collectionne ces ultra-solutions, qu’il illustre avec des anecdotes plaisantes.

Mais derrière l’humour, il dévoile une mécanique redoutable : dans la plupart de nos relations, nous jouons des jeux à somme nulle. Si l’un gagne, l’autre perd — et le plus souvent, les deux perdent.

Pour éclairer cette logique implacable, Watzlawick prend comme fil conducteur la mythologie Il convoque la déesse Hécate, figure des carrefours et des choix impossibles, qui incarne ces solutions séduisantes qui se révèlent être des impasses. Il fait également appel aux sorcières, qui nous rappellent la tentation de la pensée magique: des solutions radicales et séduisantes qui, en réalité, mènent à un désastre certain.

Dans Comment réussir à échouer, Paul Watzlawick nous offre une plongée fascinante dans la psyché des joueurs à somme nulle. Il ne s’agit pas d’un jeu de société, mais bien d’une philosophie de vie.

Deux fois plus n’est pas nécessairement deux fois mieux
Un couple, après de longues années d’attente, finit par avoir un fils. L’événement est si exceptionnel qu’ils décident de le prénommer Formidable. Sauf que l’enfant est frêle et discret, et sera l’objet toute sa vie de quolibets avec le fardeau de ce prénom insolite.

Devenu adulte, Formidable, malgré tout mène une existence paisible. Sur son lit de mort, il demande simplement que l’on grave sur sa tombe : « Ci-gît un homme prévenant et fidèle envers sa femme. » Mais même là, son prénom le trahit. Les passants, lisant l’épitaphe, commentent inévitablement : Tiens, c’est formidable. Mais chers lecteurs, comme vous l’avez compris, sous-entendu avec un petit « f », l’adjectif.

Une réaction en chaine de gentillesse?
Un autre exemple met en scène Amadeo. Habitué à vivre selon la logique du joueur à somme nulle est obsédé par l’idée que la victoire de l’autre est sa propre défaite. Sa seule joie est de voir la malchance des autres.

Joueur comme il est, Amadeo Caccivialli, la victoire d’un autre est forcément sa propre défaite. Il vit dans la peur constante d’être floué et, pour se protéger, il s’est forgé une carapace.

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FAITES-VOUS VOTRE MALHEUR?

Paul Watzlawick montre comment notre malheur résulte souvent de schémas de communication stéréotypée et utilise l’humour pour nous aider à changer de perspective.

Leçons de Paul Watzlawick pour réfléchir autrement

L’humour, comme illustré dans le spectacle « Palma Show », permet de souligner des comportements ou des faits de société absurdes. Ce post va continuer dans l’humour avec une critique du livre « Faites-vous votre malheur » de Paul Watzlawick. Pourquoi ce choix ?

Watzlawick et l’humour comme outil pédagogique »

Dans Faites vous-même votre propre malheur, Paul Watzlawick s’amuse à montrer que nous contribuons souvent activement à notre malheur. Il en a fait une véritable arme à la fois pédagogique et curative.

Comme il l’écrit avec ironie : « Si vous êtes malheureux, vous pouvez être sûr d’avoir fait quelque chose pour. »
Cet humour, loin d’être un simple divertissement, devient un véritable outil thérapeutique. Il met en lumière les paradoxes de la communication humaine et les schémas de pensée rigides qui nous piègent. À travers des anecdotes décalées, Watzlawick oblige le lecteur à aborder ses problèmes sous un angle nouveau, et donc à changer de perspective pour trouver la solution et changer de comportement.

Le mythe du “c’était mieux avant”

Le livre est divisé en chapitres jubilatoires. L’un d’eux mérite une attention particulière : « Quatre façons de jouer avec le passé ». Le passé peut devenir une source fiable de malheur, surtout lorsqu’on le glorifie. Le fameux slogan « Ça, c’était avant » revient partout sur les réseaux sociaux : photos de vacances idéales, souvenirs scolaires, moments conviviaux… Derrière cette simple phrase se cache l’idée que nous sommes les artisans de notre malheur! On compare le présent à un passé idéalisé et on se sent frustré ou nostalgique, même si notre vie actuelle est satisfaisante.

La clé selon Watzlawick

Autre anecdote, toujours brillante : « La clé perdue ». Un homme ivre cherche ses clés sous un réverbère. Quand on lui demande pourquoi il ne cherche pas là où il les a perdues, il répond : « Parce qu’ici au moins, on y voit clair ! » Toute la finesse de Watzlawick est là : nous préférons souvent les solutions faciles et visibles, même si elles n’ont aucune chance de résoudre le vrai problème.

Aujourd’hui, beaucoup d’entre nous passent des heures à chercher des solutions sur Google, à éplucher forums et tutoriels, à taper des requêtes dans le vide… exactement comme l’homme qui cherche sa clé sous le lampadaire parce que c’est éclairé.

Résultat : insatisfaction et temps perdu. Avec une IA comme ChatGPT ou Gemini, on peut aujourd’hui poser une question directement et obtenir rapidement des réponses adaptées, gagnant ainsi un temps précieux. L’IA devient alors un outil pour sortir de nos habitudes inefficaces… à condition de savoir poser les bonnes questions. Le reste — nos maladresses, notre humour, et parfois notre obstination — reste bien humain. PW aurait sans doute souri en voyant que la technologie peut réduire certains de nos malheurs, tout en nous laissant savourer nos absurdités quotidiennes.

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SCIENCE ET PSEUDO-SCIENCE EN PSYCHOLOGIE: LECTURE CRITIQUE D’UN OUVRAGE DE RÉFÉRENCE

« Science ou pseudo-science ? Préparez-vous à un voyage critique dans l’esprit des psychothérapies. »

La pseudo science avance masquée. Trop souvent, nous avalons sans recul des études présentées comme scientifiques relayées par la presse grand public, alors qu’il s’agit de « Junk Science ». Sous un vernis académique séduisant se cachent parfois des affirmations idéologiques, sans rigueur ni preuves suivant les règles de l’EBM (Evidence Based Médecine).

Depuis plus de trente ans, certaines théories et techniques de psychothérapie se parent du mot « psychologie », et prétendent soigner la souffrance psychologique. Or elles n’ont jamais démontré leur efficacité ni leur innocuité. Pire: certaines ont aggravé l’état de patients trompés par des thérapeutes incompétents derniers mal formés, parfois malhonnêtes.

Les chapelles prolifèrent, les grilles de lecture pseudo-scientifiques aussi. Comment s’orienter dans cette jungle de promesse douteuses?

UN OUVRAGE DE RÉFÉRENCE:

L’image qui illustre ce billet est la couverture du livre Science and Pseudoscience in Clinical Psychology de Scott O. Lilienfeld, Steven Jay Lynn et Jeffrey M.Lohr. Un livre majeur, hélas, non traduit en français, mais dont le titre dit déjà l’essentiel: science versus pseudo science en psychologie clinique.

Destiné aux étudiants en médecine et en psychologie, aux chercheurs, juristes, des chercheurs et toute personne soucieuse de distinguer le savoir de l’illusion., cet ouvrage offre une base critique précieuse.

Il a même été un temps indexé dans Pubmed/Medline.

Divisé en cinq sections, il explore:

  • les controverses autour des diagnostics
  • les débats généraux en psychothérapie
  • bon et l’évaluation des traitements spécifiques chez l’adulte et l’enfant
  • Les thèmes abordés sont nombreux: autisme, le stress post-traumatique, troubles dissociatifs, antidépresseurs (y compris naturels). Chaque chapitre confronte les pratiques aux données scientifiques: confirmation ou réfutation, preuves à l’appui.

DEUX ÉDITIONS, DEUX MOMENTS

La première édition date de 2003. même si elle remonte à plus de vingt ans ans, les analyses et mise en garde qu’elle contient reste entièrement d’actualité face aux dérives persistantes en psychothérapie. D’autant plus que la pseudo-science s’est aujourd’hui propagée sur les réseaux sociaux, au grand désespoir de la profession médicale et des psychologues.

La seconde de 2013, actualise et enrichit les débats. Certaines plumes ont disparu-dont l’excellente l’excellente psychiatre Margaret Thaler Singer– mais l’esprit demeure: trier démêler le vrai du faux.

Margaret Singer, psychiatre de renom et co-autrice de « Crazy Therapies » dénonçait déjà en son temps les thérapies du New Age. Elle a tenté d’introduire dans le DSM, la notion de False Memory Syndrome, ces « faux souvenirs induits » fabriqués par des techniques suggestives, qui ont conduit à de dramatiques erreurs judiciaires. Sa contribution au chapitre 7 de la première édition reste d’une brûlante actualité, même après son décplus que ès en 2003.

Dans la seconde édition, la relève est assurée par des chercheurs comme Elisabeth Loftus, pionnière de la recherche sur la mémoire malléable. Elle cosigne le chapitre 8 Constructing The Past , problematic memory Recovery Techniques in psychothérapy ». Un texte essentiel pour comprendre comment certains «psys» manipulent les souvenirs et détruisent des vies.

UN LIVRE SALUÉ PAR LES PAIRS.

L’ouvrage a reçu l’aval de nombreux professionnels de la santé mentale.

Le Journal de l’Association médicale américaine (la première édition), l’une des revues scientifiques majeures, le décrivait comme une tentative bienvenue de séparer le bon grain de l’ivraie dans les pratiques de santé mentale.

 Ce livre incisif et éclairant doit être amplement lu par les professionnels de la santé mentale, les stagiaires et les médecins qui ont besoin de savoir de quoi il retourne sur les pratiques de santé mentale pour orienter leurs patients.» (

D’autres comme William O’Donohue, Ph.D, Université du Nevada, soulignent son utilité pour distinguer la science authentique de sonusage réthorique et rappeler l’impératif moral premier: ne pas nuire. Sherryl H. Goodman (université Emory) note que la deuxième édition apporte des corrections indispensables aux dérives autour de la thérapie de l’attachement et propose une refonte puissante de la science de la psychothérapie.

Ce livre constitue une ressource incontournable pour qui veut s’informer selon les principes de la science fondée sur les preuves. il sépare le sérieux du charlatanisme, la connaissance des illusions.

« Première parution en 2021, version révisée. »

SUR YOUTUBE: Mémoire trompeuse ou réalité ? Elisabeth Loftus nous montre en vidéo comment de faux souvenirs peuvent s’installer – une illustration frappante de cet article. »

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DÉMYSTIFIER LE CHARLATANISME AVEC L’HUMOUR : LA VOIE DU PALMASHOW

Le Palmashow utilise l’humour pour dénoncer le charlatanisme et illustrer l’absurdité des pratiques pseudo-scientifiques.

Combattre le charlatanisme avec des arguments rationnels est un véritable défi, car les personnes qui y adhèrent sont convaincues de sa validité scientifique. Pour asseoir leur autorité, les charlatans se cachent derrière un langage hermétique, des postures d’autorité et des concepts ésotériques faussement savants.

Là où un article critique peut sembler rébarbatif pour un non-professionnel de la santé ou de la psychologie, l’humour, lui, agit comme un puissant révélateur.En grossissant les traits, il met en lumière l’absurdité de certaines dérives que l’on ne remarque plus à force de les entendre dans le quotidien.

Le Palmashow ne fait pas qu’amuser : il participe, à sa manière, à une catharsis intellectuelle collective. Le rire libère, il dégonfle les discours pompeux et montre que, derrière les apparences de sagesse ou de sérieux, il n’y a parfois… qu’un vide scientifique abyssal souvent néfaste pour le portefeuille et la santé, de ceux qui se laissent prendre à cette toile d’araignée.

Inspiré par l’un des sketchs du Palmashow, ce duo comique qui excelle à pointer les travers de notre époque, arrêtons-nous sur un exemple emblématique : « le yoga. »

Originaire de l’Inde, le yoga est une pratique millénaire intimement liée à la culture indienne. Introduit en Occident lors du parlement mondial des religions de Chicago en 1893, il a connu un véritable essor grâce à des yogis et des moines. Depuis les années 60, il s’est d’abord fait connaître pour ses dimensions spirituelles et méditatives. Si les asanas (postures) ont ensuite pris le dessus, le yoga a depuis dépassé le stade confidentiel, et a été récupéré et transformé en un immense marché où se croisent bien-être, pseudo-science et marketing percutant, parfaitement rôdé. »/

Titre: LES PROFS DE YOGA – PALMASHOW CHAÎNE

 URL : http://www.youtube.com/watch?v=NsDh9EgNmrc

Dans leur parodie incisive, le Palmashow met en scène un ‘professeur’ de yoga fraîchement auto-proclamé après une formation express. Le sketch ne fait pas que nous faire rire : il met en lumière des mécanismes que je connais bien en tant que psychologue. Pour mieux comprendre comment fonctionne le charlatanisme, analysons ce qu’ils ont si bien su décortiquer:

  • Des cours dispensés au bord d’une nationale, ambiance zen-bruit-de-camion
  • Une boisson miracle, le fameux « Namasté » à base d’eau venue d’Inde,
  • Des asanas improbables, inventées sur place, accompagnées d’un jargon pseudo-spirituel,
  • Et surtout… 1 500 € les trois jours de jeûne, mais « ce n’est pas cher quand on pense au retour sur soi ». C’est un investissement qui fait évoluer votre spiritualité ! Et pourquoi pas, une étape positive pour votre prochaine réincarnation ?

Derrière la caricature, une réalité : le yoga est devenu pour certains un produit de bien-être, coupé de son sens originel et vendu à coups de slogans séduisants. Les postures de yoga sont revisitées à la sauce occidentale de la performance et de la spiritualité de pacotille.

Ce nouveau marché du yoga est un aimant pour les pseudo-thérapies, promettant guérison et bien-être absolu. Les mêmes « professeurs » de yoga proposent parfois des élixirs comme ceux de Bach ou aryuvédiques vendus à des prix vertigineux, des régimes détox censés « purifier le corps » mais souvent dangereux, des pratiques inspirées de médecines parallèles (magnétisme, soins énergétiques, « respiration quantique »), et une rhétorique culpabilisante : si ça ne marche pas, c’est que vous n’êtes « pas assez ouvert » et lâchez-prise, nom d’un chien!

Titre : LES MÉDECINES PARALLÈLES – PALMASHOW CHAÎNE

URL :https://www.youtube.com/watch?v=jNG1Mi2ncI8

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