ÉLOGE DE LA SIESTE: 1, 2, 3 DORMEZ !

En l’absence de troubles du sommeil sévère, une courte sieste de moins d’une demi-heure en début d’après-midi augmente la vigilance et maintient les performances cognitives.

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C’est le temps des vacances, et pourquoi ne pas en profiter pour faire la sieste? Incitation à la paresse? Pas forcément Faire une courte pause de sommeil dans la journée est l’occasion de remettre les pendules à l’heure avec le « manque de sommeil chronique » (souvent nommé improprement  « dette de sommeil) qui serait l’un des maux du monde moderne.

 

Bien dormir est fondamental.  Durant notre sommeil, notre cerveau se nettoie de ses déchets et toxines grâce au système glymphatique, selon une étude américaine publiée en 2013. Le sommeil servirait, selon l’hypothèse des chercheurs de l’Université de Rochester (New-York), à nettoyer notre cerveau encrassé lors de l’état d’éveil. Durant le sommeil, déchets et toxines accumulés pendant la phase d’éveil seraient emportés dans un flux du liquide orchestré par des cellules spécialisées, dites « cellules gliales ». Cette forme d’auto nettoyage serait indispensable pour la survie de neurones.Le manque de sommeil est responsable de fatigue chronique, de manque de concentration, de somnolence diurne et a de nombreux effets sur la santé, notamment cardiovasculaire, le diabète, etc. Comme le souligne le Docteur Najib Ayas, spécialiste des troubles du sommeil au Women’s Hospital de Boston « les gens devraient considérer qu’un sommeil adapté à leurs besoins n’est pas un luxe mais fait partie de l’hygiène de vie ».

23 aires d’autoroutes auraient dédié depuis 2013 des espaces PHO35e52c0a-f3a9-11e2-af92-034b0987c419-805x453sieste pour  lutter contre la somnolence. Des coussins géants et des kits de sieste sont proposés aux automobilistes.
Et en dehors des vacances, pourquoi ne pas faire de la sieste une habitude de vie quotidienne? Nous consacrons, en moyenne, un tiers de notre existence à dormir. L’impact des troubles du sommeil sur la santé mentale est  régulièrement étudié chez l’adulte, l’enfant ou l’adolescent n’est plus à démontrer.

Bien dormir est bénéfique pour notre cerveau. Un bon sommeil influence la créativité; l’idéal serait de dormir huit heures par nuit afin que notre cerveau ait le temps de restructurer les souvenirs avant de les stocker. Les déficits cognitifs et mémoriels engendrés par la privation de sommeil sont étudiés, sous toutes les coutures, par les chercheurs en neurosciences. Une bonne nuit de sommeil permet de mieux assimiler ce que l’on a appris dans la journée. Chez les enfants, le sommeil paradoxal est excessivement important pour faciliter le processus de mémorisation et d’apprentissage.

Ors, le déficit de sommeil est important chez les jeunes. Près de 30 % des 15/19 ans sont en dette de sommeil, et à 15 ans, 25 % des adolescents dorment moins de sept heures par nuit. Alors que leur durée de sommeil devrait se situer entre huit et  neuf heures par nuit, avec un coucher qui n’excède pas 22:00. On connaît aujourd’hui le rôle délétère des écrans qui  réduisent la durée de sommeil de 30 à 45  minutes. La lumière vive des tablettes ont un impact sur la sécrétion de mélatonine (l’hormone du sommeil).

En 2012, une étude INSV/MGEN un tiers des Français dorment mal, au point de devenir de gros consommateurs de psychotropes (hypnotiques), loin devant les Belges. 1/4 des Français se plaignent de manque de sommeil. Ce serait les 55/67 ans les plus concernés par le manque de sommeil.  En 50 ans, les Français (toutes générations confondues) auraient perdu environ une heure de sommeil. Alors la sieste pourrait remédier à ces nuits trop courtes? Des hommes politiques tels que Winston Churchill ou Napoléon s’y adonnaient. Einstein et Édison aussi.

De nombreux chercheurs soutiennent que la sieste est issue d’un rythme biologique inné chez les mammifères, dont nous! Entre 14 et 15 H, notre vigilance diminue. 10 minutes de sieste suffiraient à nous remettre en forme. La sieste n’est pas réservée qu’aux tout-petits. En l’absence de troubles du sommeil sévère, une courte sieste de moins d’une demi-heure en début d’après-midi augmente la vigilance et maintient les performances cognitives. Si chez nous, cette proposition est associée à la fainéantise ou aux vacances, ce n’est pas le cas dans d’autres pays. Les Asiatiques sont les plus décomplexés vis à vis du sommeil, et pour eux dormir est une activité naturelle au même titre que se nourrir. En Chine, sous l’impulsion de Mao, l’article 49 de la constitution stipule que « tout travailleur a droit à la sieste », et au Japon, la plupart des grandes entreprises mettent à la disposition de leurs employés des « salons de sieste ».

 

Les variations sont nombreuses autour de la sieste, mais le mode opératoire reste inchangé: on s’allonge, on ferme les yeux, on se détend et on laisse l’attention flotter. On est là pour se détendre et oser ce droit salvateur à la paresse.

Si on n’a pas le temps de piquer son petit roupillon chez soi, il y a des propositions de sieste fort sympathiques, parfois insolites, et qui n’ont rien de crapuleuses.

Le monde de l’entreprise est directement concerné par cet éloge de la sieste, aux fins de réduire les risques psychosociaux. Si un salarié fait une sieste, il sera reposé, détendu et travaillera mieux. Sans affirmer que la sieste est le remède miracle pour éviter les risques psychosociaux.
Orange (anciennement France Télécom), tristement célèbre pour ses risques psychosociaux élevés parmi ses salariés, expérimente  à Lyon  des calm-chairs dans des calm-spaces. Un espace est aménagé avec des lumières et des musiques relaxantes où sont mis à la disposition des salariés des fauteuils-caissons. Des séquences sonores et lumineuses scientifiquement approuvées qui stimulent la mélatonine ont été spécialement développées pour des siestes de 10, 15 et 20 minutes…
Depuis 2017,  le sud-ouest Parisien de Renault,  a créé un espace de sieste permet mis à la disposition des 1.200 employés de la structure pour se ressourcer efficacement. En un an, la fréquentation est passée de 40 personnes par jour en moyenne à 60 et ce sans que l’entreprise ait besoin de communiquer dessus.

À la Banque Postale, tous les salariés de l’entreprise ont accès librement à la salle zen dédiée à la sieste. Les employés peuvent y rester le temps qu’ils veulent. En général, la moyenne est de l’ordre de 10 à 30 minutes. Un fond musical est diffusé en continu et changé tous les jours. Des activités sont régulièrement organisées dans la salle, comme par exemple des séances « micro détente ».

« Faire la sieste pour mieux travailler » s’avère un métier à part entière. La sieste, ça ne zen-bar--sieste-pas-chers’improvise pas, ça se gère comme n’importe quel business. Des entreprises se sont spécialisées dans la sieste au travail et l’aménagement de calm-spaces. Les boîtes à sieste se louent environ 900 €uros par mois. En France, en Belgique, au Japon et aux Etats-Unis se créent des bars à sieste (yellow spas).

Alors la sieste, pour bien se porter, un remède à consommer sans modération. Pourquoi pas? Et si la sieste était aussi un éloge à la lenteur qui s’oppose à la culture de la performance? Comme la écrit l’écrivain Grégoire Lacroix, « La plus belle heure de la vie est la sieste.»

 

Sources:

L’ACCÈS AUX SOINS EN PRISON.

Un détenu sur sept souffre d’une maladie mentale. Pour tous les observateurs, la détention est la forme ultime de l’exclusion sociale et le miroir de notre société.

Van Gogh, The Prison Courtyard

Une prison est un lieu de détention qui prive l’individu de sa liberté pour un certain laps de temps. Une peine d’emprisonnement est la conséquence directe d’une décision de justice. Aux yeux de l’opinion publique, elle est perçue comme la plus sévère par à rapport aux autres types de peine comme le port du bracelet électronique ou les travaux d’intérêt général. Paul Dhaeyer, juge au Tribunal de première instance de Charleroi, rappelle les origines de la peine de prison ainsi: « Mais cette reine des peines » est relativement récente. En réalité, elle a vu le jour avec la révolution française. La peine de prison fut introduite à l’époque comme peine de référence pour remplacer les supplices qui avaient cours sous l’ancien régime et dont la cruauté était souvent sans rapport avec le crime réprimé. Le législateur de l’époque a sciemment voulu que ces peines soient plus « douces » que le crime ou le délit commis par le condamné. Dans l’esprit qui régnait à ce moment, la peine privative de liberté devait servir avant tout à l’amendement du condamné. La « douceur » de la peine devait en outre donné une leçon d’humanité et de civilisation à celui qui avait plus ou moins enfreint les règles de la société civilisée.»

Pour le sociologue américain Erving Goffman, la prison est une institution totale, concept qu’il a développé après avoir observé l’hôpital psychiatrique. L’institution totale est un lieu de chamboulement où l’individu se voit déposséder de sa liberté, de ses allées et venues; son périmètre de vie se rétrécit, et la notion de temps est soumise aux contraintes de l’institution buraucratique. Goffman s’est placé du point de vue de ceux qui sont soumis aux contraintes de l’institution totale, et il les a appelés les « reclus ». Les détenus sont des reclus au sens stricto sensu, tel que défini par Goffman. Stendhal a résumé le statut du détenu par à rapport à l’homme libre: «le pire des malheurs en prison, c’est de ne pouvoir fermer sa porte». Dans l’exercice de leur profession, les soignants subissent de plein fouet les contraintes bureaucratiques de l’institution totale.

L’institution totale crée un espace temps où se confondent lieu de travail, lieu de vie et lieu de loisir. Une vie sociale existe entre les reclus, mais l’une des caractéristiques de l’institution totale est de chambouler la psyché des détenus.

L’accès aux soins pour les détenus est une épopée, et il n’est absolument pas comparable à celui du système de santé dehors. C’est un système invisible, et où la référence à la prison est soulignée comme une marque au fer rouge. Ainsi, peut-on voir au CHRU de Lille, un pôle intitulé « Psychiatrie, médecine légale et médecine en milieu pénitentiaire ». Car l’exercice médical en milieu carcéral est différent de l’exercice en milieu libéral ou hospitalier. Dans leur livre Psychiatrie en milieu carcéral, les psychiatres Pierre Thomas et Catherine Adins-Avinée font remarquer qu’il y a en prison plus de comorbidité, plus de précarité, plus d’actes médico-légaux dont la pénalisation peut parfois paraître démesurée par rapport à l’acte et le contexte dans lequel il a été commis. La prison, devient un lieu de vie pour des patients psychiatriques marginalisés. Un article du Quotidien du Médecin, publié le 23 mars, fait cet amer constat factuel : « les actions de réduction des risques et des dommages (RdRD), en particulier liés à l’usage de substances psychoactives, peinent à franchir les portes des prisons. En janvier 2016 pourtant, la loi de modernisation de notre système de santé reconnaît que la politique de réduction des risques s’applique également aux personnes détenues « selon des modalités adaptées au milieu carcéral ».

L’état de santé des patients incarcérés est bien plus altéré que des personnes dehors du même âge et de même condition. Un détenu sur sept souffre d’une maladie mentale. Pour tous les observateurs, la détention est la forme ultime de l’exclusion sociale et le miroir de notre société. La prison reste toujours « une institution totale » comme l’a décrite Goffman. Les conditions de détention sont tributaires des politiques carcérales, et il est difficile de faire évoluer le regard de la société sur les conditions de détention, ainsi que sur le détenu après « la levée des écrous ». Les médias en parlent lorsqu’il y a des flambées de violence de la part des détenus envers le personnel pénitentiaire, et après,  silence radio. Faut-il pour cela se laver les mains des prisons en considérant que le détenu l’a bien cherché, et qu’il n’avait pas à transgresser les lois de la société civilisée? Morale et société, tout un programme! L’accès aux soins est un droit pour tous, et c’est à se demander si les politiques carcérales prennent en compte les difficultés d’accès aux soins en prison.

Les conditions d’accès aux soins seraient-elles facilitées si la France s’inspirait des prisons ouvertes comme au Danemark où la surpopulation carcérale est inexistante? Ou si on généralisait d’autres type de peines comme le bracelet électronique ou les travaux d’intérêt général? En fonction de la nature des délits, cela s’entend! C’est un débat de société.

La difficulté d’acccès aux soins des détenus ne date pas d’hier. Sur l’exercice de la médecine carcérale, voici le témoignage du Dr Philippe Deharvengt, ex médecin des prisons. Ce témoignage date de 1995, et il est (hélas) toujours d’actualité sur de nombreux points malgré la énième politique carcérale. Il a joué en vain le rôle de lanceur d’alerte. Le changement dans la continuité.

Trélissac , Août 1995
Docteur Philippe DEHARVENGT
Médecin Chef de la Maison d’Arrêt de Périgueux
Médecin au Centre de Détention de Neuvic
C.S.M.F. 24Dr Philippe Deharvengt

L’exercice médical en milieu carcéral est-il différent de l’exercice libéral ou hospitalier ?

Sans aucun doute la réponse est  » OUI « . Et cela pour de multiples raisons!
« Non qu’il existat plusieurs façons d’exercer ; encore moins que la population pénale fut médicalement une  » sous-population « , indigne de la qualité des soins due à la population libre . Mais la Médecine Pénitentiaire est confrontée à de lourdes contraintes, et la population pénale comporte sa spécificité propre dans les domaines épidémiologique, psychiatrique, culturel, social, médico-légal , etc.

La première particularité, et non la moindre, de la Médecine en milieu carcéral, est l’absence de libre choix du Médecin par le Patient. L’incarcération entraîne la perte d’un grand nombre de libertés, tout en garantissant certains droits, dont le droit à la santé. Mais les détenus n’ont pas le choix du Médecin; celui-ci apparaît ainsi comme « commis d’office »; ce qui n’enlève rien à sa responsabilité professionnelle, bien au contraire!

Mais cela change bien des choses dans la relation Médecin-Malade. N’ayant pas choisi son Médecin, le détenu a naturellement tendance à considérer celui qui lui est imposé comme un représentant de l’Administration Pénitentiaire, celle-ci étant elle-même au service de l’Appareil Judiciaire (mais, n’en va-t-il pas de même pour les grandes administrations: Mines , S.N.C.F, Poste, Armée etc..dans lesquelles les Médecins sont à la fois juges et parties, toutes fonctions confondues: aptitude au travail, responsabilité de l’employeur, éducation pour la santé, campagnes de prévention, soins aux assujettis et à leurs ayant-droits?

Il s’en suit une inévitable réaction de défiance, souvent majorée par des revendications sinistrosiques et des tentatives de manipulations opportunistes.
Autre spécificité , la pathologie carcérale. C’est un lieu commun de dire que la population pénale est un concentré de l’exclusion , de la marginalité, du mal des banlieues.
Lieu commun d’évoquer la drogue . . . Elle est omniprésente. Dehors, bien sûr; mais aussi intra muros . . . Elle s’infiltre . . . Comment? Comme toutes les poudres! . . . Elle alimente toutes les pressions, tous les rackets, toutes les violences. Chaque consultation peut masquer une demande toxicomaniaque, une déviation thérapeutique, soit pour l’usage de l’intéressé lui-même, soit, et c’est fréquent, pour un co-détenu exerçant un racket.

Chacune de nos prescriptions doit être pensée dans ce sens.

D’autre part, la vie carcérale est par elle-même fortement pathogène, agissant comme un miroir grossissant, quand ce n’est comme un révélateur, de la pathologie en milieu libre.
Il y a d’abord le traumatisme de l’incarcération, qui fait suite à l’épreuve de la garde-à-vue. La plupart des tentatives de suicide ont lieu dans les dix premiers jours de la détention.
Il y a surtout les relations entre détenus: la violence omniprésente, le racket déjà mentionné, et aussi la ségrégation. Les authentiques truands -les caïds- mènent la vie dure aux « pointeurs », c’est ainsi qu’en jargon carcéral on désigne les violeurs et pédophiles de tous poils!

C’est, dans bien des cas, l’analphabétisation, l’absence d’accès antérieur aux soins médicaux, psychiatriques, dentaires, l’absence de notions d’hygiène élémentaire. C’est  évidemment, la séro-prévalance du V.I.H, des Hépatites, des M.S.T mais c’est aussi la pathologie psychiatrique, les tentatives de suicide, les auto-mutilations, également le retour en force de la tuberculose ( qu’elle soit ou non une infection opportuniste du V.I.H. Et  d’une façon générale, toutes les pathologies liées à l’exclusion, difficultés auxquelles, il faut bien souvent ajouter l’obstacle de la langue. 1/4 voire 1/3 des détenus ne comprennent pas ou comprennent mal le Français .

Il faudrait également parler du Secret Médical, qui, malheureusement, dans ce milieu clos qu’est la Prison, prend trop souvent des allures de secret de Polichinelle.
Docteur Philippe DEHARVENGT

Le Dr Philippe DEHARVENGT, aujourd’hui à la retraite continue à dénoncer les conditions d’accès aux soins des détenus. Pour lui, « la prévention en milieu carcéral relève de l’utopie… Cela tient à la particularité de la population pénale, mais aussi au manque de moyens humains et matériels…»

 

En guise de conclusion, si ce témoignage vous a intéressé, vous pouvez consulter la suite des propos du Dr Philippe Deharvengt.

Cliquez alors sur le lien suivant: http://prison.eu.org/spip.php?article6080

 

Source : Les souverains

https://www.lequotidiendumedecin.fr/actualites/evenement/2018/03/22/surpopulation-carcerale-manque-de-moyens_856327

http://prison.eu.org/spip.php?article710
http://prison.eu.org/spip.php?article6080
http://journals.openedition.org/sociologie/3200

https://www.unitheque.com/Livre/elsevier_-_masson/Psychiatrie_en_milieu_carceral-50320.html

http://www.em-consulte.com/en/article/976838
http://www.em-consulte.com/en/article/976838
https://fr.wikipedia.org/wiki/Idéal-type

DE LA SOUMISSION CHIMIQUE!

Le pharmacologue Gilbert Pépin a mis en exergue la double soumission – chimique et sectaire – des victimes de l’ayahuasca.

 

Femme medecine Caroline Meniere
©Caroline Meniere
Dans son roman Le Meilleur des Mondes, Aldous Huxley évoque la sujétion psychologique des populations avec le Soma,  une drogue qui rend heureux. Grâce aux progrès des neurosciences et de la psychopharmacologie, la soumission chimique est aujourd’hui devenue réalité. Les  substances qui permettent d’assujettir autrui ne manquent pas. 
 La soumission chimique est l’administration à des fins criminelles ou délictuelles d’une substance psychoactive à l’insu de la victime.  L’emprise chimique abolit les réflexes de protection et les réactions de défense,  et il devient facile de profiter sans scrupules de la diminution des performances intellectuelles ou physiques de quelqu’un, de l’amener à agir contre ses intérêts, de le contrôler. L’assujettir, le mettre sous emprise mentale et physique.
Les substances utilisées, dans ce cadre là, mettent en jeu des mécanismes cérébraux inhibiteurs responsables des troubles de la vigilance et de la mémoire. Dans le cerveau,  le degré de vigilance est commandé par le cortex frontal, partie antérieure de l’encéphale, connectée au thalamus, qui reçoit notamment les informations visuelles et auditives de l’extérieur. Pour diminuer la vigilance, il y a des actions complexes du thalamus qui agissent sur le cortex frontal, soit en l’excitant, soit en l’inhibant.

Certaines molécules sont connues pour induire la soumission chimique. À l’instar du gamma-OH ou GHB, la drogue des violeurs, un hypnotique puissant uniquement prescrit sur ordonnance médicale. Le GHB agit sur le siège de la volonté en diminuant l’activité de la partie frontale du cerveau. L’action de ce type de molécules sur le cortex a une autre conséquence chez les victimes: une victime violée sous l’emprise d’une substance chimique sera amnésique de son viol. Durant le temps d’action de la drogue, les souvenirs ne sont pas stockés; ce qui rend difficile l’identification des délinquants sexuels.

Il est possible d’abaisser les seuils de résistance, d’obtenir  artificiellement la confiance d’autrui pour le manipuler avec certaines molécules comme la vasopressine et l’ocytocine, connues comme les hormones de l’amour et de l’attachement. Des neuropeptides diffusées sous forme de spray. L’ocytocine agit sur la perception de la peur, ce qui est démontré par les travaux de Peter Kirsch de l’Université de Giessen (Allemagne). Avec l’ocytocine, un délinquant sexuel obtient la confiance d’une proie sexuelle.

La soumission chimique est un procédé psychosectaire en pleine expansion. Beaucoup de personnes « en recherche » sont séduites actuellement par la pratique du chamanisme, et vont tomber dans le piège de la soumission chimique en ingérant des psychostimulants naturels présentés comme des recettes ancestrales. Sous couvert de développement personnel ou de psychothérapie, des charlatans proposent des ersatz de pratiques chamaniques conjuguées à des drogues puissantes. L’idée de ces chamans de pacotille est de provoquer des États Modifiés de Conscience (EMC) que l’on présente aux victimes comme des « visions chamaniques » propices à une évolution spirituelle.

Ces faux chamans s’inspirent d’authentiques traditions chamaniques qui utilisent des drogues dans leurs rituels. Particulièrement, celle de l’Amazonie et son hallucinogène puissant, l’ayahuasca, une décoction à base de plantes locale comme le banisteriopsis et dont l’effet psychotrope est obtenu avec la psychotria viridis (DMT). Les Indiens d’Amazonie la surnomme en claquant des dents, la « Liane de la Mort» ou  le vin des Morts. Ses effets sont proches de ceux du L.S.D, le psychoactif de référence. De nombreuses victimes sont tombées sous l’emprise chimique et sectaire de l’ayahuasca, malgré l’interdiction justifiée en France, depuis 2005, de la décoction. En Europe, la drogue amazonienne est diffusée par des micro-groupes, fonctionnant en  « système clos », et  elle a acquis le statut d’un outil chimique de manipulation redoutable définis sur le mode de groupes totalitaires, d’officines sectaires. 

Le pharmacologue Gilbert Pépin a mis en exergue la double soumission -chimique et sectaire-des victimes de l’ayahuasca. Consommée ainsi, on a observé des décompensations psychiatriques, des suicides quelques mois après l’avoir prise, des comas et des morts par overdose.

Dans le même registre, les observateurs constatent également la montée en puissance préoccupante de l’iboga, un bois sacré hallucinogène originaire du  Gabon, de la tradition des Bwitis. Il  est aussi appelé le L.S.D africain, ce qui évoque, sans détour, sa parenté pharmacologique avec la molécule chimique du même nom. Dans une édition de 2007, le journal le Parisien rapporte la mort d’un jeune toxicomane alsacien de 26 ans, qui au cours d’un stage de chamanisme africain en Ardèche, avait consommé de l’iboga.

Au regard des progrès fulgurants de la soumission chimique, la plus grande vigilance est de rigueur » constate le Dr Patrick Barriot, enseignant à la faculté de médecine de Montpellier.

Sources
:
Communication, société de médecine légale et de criminologie de France, séance
du 11 septembre 2000: “Un  Nouvel hallucinogène en Europe: l’ayahuasca ou vin de l’esprit”, G.Pépin, M.Chèze, F.Billaut, Y.Gaillard.
In annales de Toxicologie Analytique, vol XVI, n°1, 2004, “Ayahuasca: liane de l’âme, chamans et soumissions chimiques “Ayahuasca: liane de l’âme, chamans et soumission chimique”, G.Pepin, M.Chèze, F.Billaut, Y.Gaillard.

AUTOUR DU FILM HOLY SMOKE: UNE HISTOIRE D’EMPRISE MENTALE

De nombreuses personnes furent brisées par les techniques de déprogrammation. Une approche pseudo-scientifique à la violence égale aux techniques d’endoctrinement des groupes totalitaires.

Sorti en 1999, Holy Smoke est l’un des films les plus troublants de Jane Campion. Il évoque la difficulté de déconditionner une personne sous l’emprise d’une religion marginale (ou secte). Évaluer le degré d’emprise ou l’adhésion nocive à des croyances spirituelles (ou autres), avec perte du libre arbitre, notion très subjective admettons-le, est difficile à évaluer. Comment définir les critères d’un groupe totalitaire comme une secte?

Holy Smoke met en présence deux protagonistes: Ruth (incarnée par Kate Winslet),  une Américaine convertie à un syncrétisme religieux new age et hindouiste, et un déprogrammeur, P.J Waters (joué par Harvey Keitel). Au cours d’un voyage en Inde, Ruth, tombe sous l’emprise d’un gourou prénommé Baba. Inquiète par son changement d’attitude et ses nouvelles croyances opposées à l’éducation religieuse qui lui avait été inculquée, sa famille demande à un déprogrammeur P.J Waters, de faire revenir la jeune femme à la raison, de la déconditionner.

On assiste dans ce film à des scènes de deprogramming où P.J Waters séquestre Ruth, emploie des méthodes coercitives ( physiques et morales ) pour l’inciter à quitter la secte de Baba et soigner sa psyché endoctrinée. Tombant amoureux de la jeune femme, il échoue dans sa mission,  et ses certitudes seront bouleversées. Ruth restera en Inde chez Baba.

Le film est étrange et déstabilisant en dehors de l’histoire d’amour entre un homme et une femme, et des scènes torrides qui y sont liées. On peut se demander si Ruth est vraiment aliénée à ce groupe religieux marginal, si elle joue de ses charmes pour éviter la coercition mentale et physique employée par Waters pour faire retomber la pression. Holy Smoke est d’abord une fiction mais Jane Campion s’est inspirée de faits réels fort courants dans les années 1990.

L’identité du gourou Baba est à peine déguisée. Il a réellement existé et est mort en 2011. C’était un gourou de Puttaparthi (nord de l’Inde), faiseur de miracles. Il comptait cent millions d’adeptes dont beaucoup d’Occidentaux en quête de recherche spirituelle. Les enseignements de Baba étaient un syncrétisme d’Hindouisme et de Christianisme. Du New Age pur jus. Baba s’était autoproclamé à 14 ans la réincarnation de Saï Baba de Shirdi, un saint de l’Hindouisme mort en 1918. Notre bon Baba de Puttaparthi avait soi-disant la capacité de matérialiser des objets symboliques, de l’or, des bijoux et de la cendre sacrée devant ses adeptes.
Ses devises étaient des plus louables: « aimer tout le monde, servir tour le monde, aider toujours, ne jamais blesser.». C’est ça la force de l’appel des sirènes des religions marginales: le développement de la spiritualité supposée irréalisable dans les religions traditionnelles. La séduction à partir de bons sentiments et la promesse d’une vie dans l’Au Delà paradisiaque, ou bien encore celle d’une meilleure réincarnation.

En 1999, coup de théâtre! L’Unesco annonce qu’elle retire tout partenariat avec l’association de Satya Saï Baba, en raison d’actes de pédophilie perpétrés par le gourou. Ces actes n’ont jamais été prouvés par voie de justice mais on trouve sur le net de nombreux témoignages d’Occidentaux, relayés notamment par le GEMPPI.

Baba a été accusé de charlatanisme. Il réalisait des tours de magie en les faisant passer pour des miracles. Réalisant la supercherie, certains adeptes se sont détournés de lui. De reconnaitre que pour les gens de son village, il s’est montré un bon samaritain. Il a créé un véritable trust, et la fortune de « Babaji » (saint homme) a été estimée à 170 millions de dollars.

Cette fortune provenait essentiellement des dons des adeptes occidentaux en quête de spiritualité. Avec cette fortune, il a fait construire une ville moderne et un hôpital où il est mort. Ses centres d’enseignement pour Occidentaux étaient décrits comme des villages comparables à ceux du Club Med. Distributions gratuites et à foison de glaces, et buffet luxuriant à l’Occidentale.

La face obscure de Baba à l’instar des deux visages de Janus montre qu’il était un gourou, terminologie culturelle en Inde, mais en Occident, elle renvoie à une personnalité totalitaire (et charismatique) comme on peut l’observer dans les groupes sectaires. Il a été rapporté que certains de ses adeptes avaient subi un conditionnement mental à partir d’E.M.C (état modifié de conscience). C’est une pratique de manipulation bien connue, et dans les grands rassemblements, les individus sont particulièrement suggestibles. Les états d’auto-hypnose durables peuvent favoriser des hallucinations individuelles et collectives.

L’autre versant du film est celui d’une spécialité qui est celle du « déprogrammeur de sectes ». Cette pratique controversée est apparue aux États-Unis à la fin des années 70, en plein boum du New Age, foisonnant de nouveaux mouvements religieux (NMR). La déprogrammation fait usage de la force en enlevant et en séquestrant l’adepte pour le forcer à abjurer ses nouvelles croyances jugées erronées ou dangereuses. La coercition physique, ni plus ni moins.

Comment a-t-on pu concevoir une telle une méthode, ayant pignon sur rue, à base de coercition mentale et physique pour sortir les gens des groupes sectaires?

Les parents qui se tournaient vers les déprogrammeurs ont été séduits par ces méthodes d’exfiltration et de déconditionnement suivies de re-conditionnement. Comme si le cerveau d’une personne était programmable à l’instar d’un ordinateur. La technique était présentée sous le masque d’une méthode scientifique agréée officiellement.

Le deprogramming s’est développé sans contrôle jusqu’en 1980. Pour Anton Shupe et Susan E.Darnel, la théorie du deprogramming est pseudo-scientifique. À leur début, ces spécialistes des sectes, intervenaient en évoquant leurs actions comme de la déprogrammation. L’idée reposait sur le postulat de l’endoctrinement, du lavage de cerveau subis par les adeptes. Cela supposait que « les jeunes convertis étaient incapables de gérer leur propre vie et de prendre des décisions » (Shupe et Bromley 1980). Les premiers exfiltreurs de sectes pensaient que l’opinion publique plébiscitait leurs méthodes. Ils cherchaient à restaurer la personnalité antérieure de l’adepte, et leurs méthodes reposaient sur la coercition mentale et physique. Elles étaient justifiées comme «un mal nécessaire ou une réponse appropriée à une crise sociale et mentale» (Delgado, 1977, 1984). Finalement, pour les chercheurs en sciences sociales, la déprogrammation fût perçue comme de la répression spirituelle.

La plupart des chercheurs en sciences sociales se sont opposés au développement du rôle interprétatif et pseudo-scientifique de la déprogrammation en santé mentale. Depuis 1990, il n’y a quasiment plus d’enlèvements par les déprogrammeurs. Ils ont été remplacés par des consultations et des programmes de départ volontaire des adeptes de ces sectes: l’exit counseling, plus efficace et moins controversé que la déprogrammation.

Les réussites des Exit Counseling (conseillers de sortie) reposent sur les processus de changement d’attitude connu en psychologie sociale, la théorie de l’engagement et la modification comportementale. Mais « ces conseillers en sortie » continuent de décrire leurs succès en termes de contrôle mental et de personnalité réorganisée. Si leurs méthodes sont critiquées par les sociologues de la religion, elles auraient plus la faveur des professionnels de la santé mentale. Sans qu’on en sache plus. Probablement par des béhavioristes et comportementalistes.

Un grand nombre des techniques pour faire sortir quelqu’un d’une secte proviennent d’un certain Joe Szimhart. Il a été impliqué dans 300 cas dont 10% d’exfiltrations forcées. En 1991, il a arrêté ces deprogrammings forcés en raison d’accusations criminelles portées contre lui lors de l’échec d’une déprogrammation dans l’Idaho.  Une profession lucrative lorsqu’on sait que les honoraires de Szimhart en 1991 se situaient entre 300 et 400 dollars par jour. Un quart seulement de ses consultations par téléphone étaient gratuites.

 Le sociologue Kent a interrogé des centaines d’adeptes, d’ex adeptes, des membres de leur famille qui  avaient été concernés par la déprogrammation. À cette époque, les déprogrammations forcées étaient fréquentes. Les parents qui faisaient appel aux déprogrammeurs croyaient sincèrement que leurs enfants étaient victimes d’un lavage de cerveau du à certaines techniques totalitaires attribuées aux religions marginales.

Il faut remettre la notion de lavage de cerveau dans le contexte des années 70. Cette notion a marqué l’esprit de l’opinion publique par des faits divers médiatisés comme l’affaire Charles Manson et l’assassinat de Sharon Tate, la compagne de Polansky et celle de Patricia Hearst, fille d’un magnat de la presse, kidnappée qui va tomber amoureuse de son ravisseur. Et en 1978, il y a eu l’assassinat suicide de Jim Jones et de ses disciples à Jonestown (Guyana, colonie britannique). Jim Jones était le pasteur d’un groupe religieux d’inspiration protestante qui avait fondé le « Temple du  peuple », une colonie agraire. Il mena des centaines d’adeptes dont 300 enfants dans un suicide collectif au cyanure. La thèse de l’assassinat est mêlée à celle du suicide collectif dans cette tragédie.

Toutes ces affaires médiatisées ont contribué à ancrer dans l’esprit du public la notion de groupe religieux dangereux et liberticide, et permis aux déprogrammeurs de première génération de proposer leurs services pour aider les parents, victimes indirectes de ces religions marginales. Le remède fût parfois pire que le mal. De nombreuses personnes furent brisées par les techniques de déprogrammation. Une approche pseudo-scientifique à la violence égale aux techniques d’endoctrinement des groupes totalitaires. Les personnes étaient privées de sommeil et surveillées en permanence par les déprogrammeurs. Le harcèlement était incessant à la manière des interrogatoires policiers. Les victimes étaient poussées à bout dans leurs retranchements psychologiques, et à un certain moment craquaient en faisant repentance.

L’un des indices de succès du déprogramming, interprété comme un signe de la libération de la personne (comme s’il s’agissait d’un exorcisme) était le « soulagement émotionnel » de la victime. Elle a enfin retrouvé la raison!

Quelques témoignages, relatés de-ci de-là, montrent la brutalité des méthodes censées rééduquer la personne qui était supposée avoir subi un « lavage de cerveau ». Entre autres, celui de David Moore, adepte de Hare Krishna à Los Angelès, qui fut enlevé et séquestré dans une chambre de motel à Chula Vista (Californie). Il fût malmené par un déprogrammeur commandité par ses propres parents, qui selon lui, l’a battu et harcelé mentalement, torturé avec de la glace sur le corps jour et nuit afin de lui faire renier ses croyances religieuses.

Une adepte de Moon, Sherri, 26 ans fût séquestrée chez elle pendant 75 jours avant de pouvoir s’échapper. Les fenêtres avaient été scellées et les serrures changées et fût soumise à l’Inquisition par les déprogrammeurs. Sans résultat.

Brian Sabourin, un adepte de Moon, vécut la même épreuve qui se solda par une dépression.

Dans les années 80, Le psychiatre Robert Jay Lifton recommande de bannir la terminologie de lavage de cerveau. Ce terme a engendré beaucoup de confusion. Robert Jay Lifton, dans son ouvrage « Psychologie du totalitarisme » a dégagé huit critères permettant d’évaluer le totalitarisme idéologique et sa mise en oeuvre dans des groupes, institutions, etc.

Robert Jay Lifton s’est illustré dans l’étude des méfaits de la guerre sur la psyché humaine. En 1961, il s’est penché que la manipulation mentale pratiquées par les sectes ou la Chine maoïste. Il a créé le terme de « Though-Terminating cliché ». Il s’agit de phrases, d’aphorismes ou de notions aptes à empêcher une réflexion d’aboutir. C’est un procédé rhétorique de manipulation utilisé régulièrement pour souder une société, une communauté religieuse. C’est un raisonnement fallacieux.

Le psychologue Edgard.H.Schein a posé le problème de l’endoctrinement généralement accepté dans notre culture et celui des prisonniers de guerre américains en Corée poussés par leurs geôliers à devenir communistes. Il s’est interrogé pour savoir si la méthode tient au contenu de l’endoctrinement ou bien à la persuasion coercitive. « Dans sa structure fondamentale, la persuasion coercitive chinoise n’est pas tellement différente de la persuasion coercitive dans les institutions de notre société dont le but est de modifier les croyances et les valeurs fondamentales.»  Pour Shein, les techniques de « lavage de cerveau » dans les camps de prisonniers ont généralement été inefficaces. Elles n’obtiennent que la modification du comportement sur le court terme. Son point de vue a été critiqué par ceux qui allèguent une modification profonde de la psyché dans le cas des techniques prosélytes utilisées dans les religions marginales ou groupes totalitaires. Edgar Shein reconnaît la difficulté de discerner la coercition acceptée et la coercition subie. L’information reste encore le meilleur moyen de prévention sur les techniques de prosélytisme des groupes totalitaires.

Après, le degré d’emprise mentale avec celle de la perte du libre arbitre reste à définir, et  c’est subjectif. Si l’on aide un adepte à sortir d’une secte, comment l’aider à se reconstruire en sachant qu’il est impossible de retrouver sa personnalité antérieure?  L’ex-adepte doit pouvoir s’insérer dans la société et vivre comme tout le monde.

Le métier de déprogrammeur a changé depuis ses débuts. En 1988, un ancien adepte de Moon,  Steven Hassan a créé le concept d’exit-counseling, exfiltreur de secte. Il avait lui-même subi un deprogramming qui l’avait laissé sur le carreau. Il a quitté la secte mais l’esprit en miettes: « Je comprends que mes parents m’aient fait subir ce qu’on appelle « un deprogramming »mais je n’en suis pas sorti indemne d’une certaine façon, ils ont utilisé les mêmes armes que la secte. » Pendant des années, il mettra au point une méthode basée non sur la contrainte mais sur le dialogue avec la famille et l’adepte. Un exit counseling réussi « est le fruit d’un long travail en amont et d’une collaboration étroite avec les proches de la victime. » Steven Hassan est à la tête d’une véritable entreprise, le Freedom Of Mind Resource Center (Massassuchets). Il a exfiltré des centaines de personnes.

Et l’exit counseling en Europe?

Il existe en Italie et a été introduit en France depuis quelque années par un avocat. Il a été utilisé, notamment, avec une partie des « reclus de Monflanquin ». L’affaire se termina par la condamnation à dix ans de prison du gourou Thierry Tilly. L’exit counseling est très peu connu en France. Il est coûteux (parfois plus de 20 000 euros), et il serait mis en oeuvre des techniques de psychologie comportementale.

L’équipe, selon le Nouvel Obs, se compose de cinq personnes: un détective, deux psychologues, un psychanalyste et un avocat. Sous la supervision d’un avocat chargé du respect du cadre légal. « L’intervention se monte comme une interpellation dans le milieu judiciaire », raconte un gendarme en contact avec le groupe. Cette technique étant confidentielle en France, il est de bon aloi d’être dans la suspension du jugement tout en s’interrogeant de savoir s’il n’y a pas d’autres méthodes prônées par les professionnels de la santé mentale pour aider les victimes à sortir du piège de l’emprise mentale. Voilà l’état des lieux de l’exit counseling d’aujourd’hui, et on ne dispose pas suffisamment de données pour évaluer l’efficacité et le bien fondé de cette méthode sur le plan de la psyché. « Le totalitarisme veut atteindre la racine même de la pensée et de la sensibilité, tuer la source de l’indépendance intellectuelle et morale en chaque individu…il veut se substituer à nous en chacun de nous, régner en maître à l’intérieur des consciences.» (Jean-François Revel).

Holy Smoke de Jane Campion reste un film sur les incertitudes de la spiritualité, le choix des croyances religieuses et le libre arbitre, et sur la manipulation mentale. Nous sommes tous manipulés et tous manipulateurs.

Sources:
http://tempsreel.nouvelobs.com/societe/20140716.OBS3843/l-exit-counseling-ou-comment-exfiltrer-les-adeptes-des-sectes.html

« DERNIER JOUR SUR TERRE »: PSYCHOLOGIE D’UN TUEUR DE MASSE.

« Dernier Jour sur terre »n’est pas un polar inspiré de faits réels, c’est un essai clinique magistral qui a sa place dans une bibliographie de sciences humaines.

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Le 14 février dernier fut une journée sanglante en Floride! Une fusillade dans un lycée a fait 19 morts. C’est l’une des pires tueries dans un lycée américain, et ce depuis celle du village de Sandy Hook dans le Connecticut où 20 enfants de primaire et six adultes avaient péri en 2012. Nicolas Cruz, l’auteur du massacre de Floride, âgé de 19 ans, avait été renvoyé du lycée Marjory Stoneman pour comportement erratique; il a choisi le jour de la Saint Valentin pour perpétrer ce massacre. Il se produirait, aux Etats-Unis, en moyenne, plus d’une fusillade par jour. Et il existe une liste, celle de la fusillade de masse (shootingtracker) qui recense les fusillades de masse. Cette appellation s’applique aux carnages durant lesquelles au moins quatre personnes ont été touchées lors d’attaques perpétrées en public, et dont les victimes n’ont pas de lien direct avec les auteurs. Depuis janvier 2013, l’état fédéral américain définit la tuerie de masse lorsqu’il y a au moins trois victimes (tueur non inclus).

Les fusillades en milieu scolaire et universitaire sont recensées dans les tueries de masse. Au cours de ces vingt dernières années, ces tueries sont devenues un phénomène à part entière. Il restera cantonné aux États Unis jusque dans les années 1990, et  à partir des années 2000,  cette notion fut élargie sur le plan international après plusieurs cas de fusillade en milieu scolaire au Canada et en Europe. Face à cette situation, un domaine d’études international a vu le jour. Il est à la croisée des disciplines de la psychologie, de la sociologie et des études de communication.

Les États Unis détiennent le triste record des fusillades en milieu scolaire. La première du genre eût lieu en août 1966. Le premier jour du mois, Charles Whitman abat à la carabine 16 personnes et en blesse trente et une autres du haut de l’une des tours de l’Université du Texas (Austin).

Le mode opératoire du jeune décidé à passer à l’attaque est rôdé. Il prémédite son acte et se rend dans un établissement scolaire -école primaire, collège, lycée-université- pour tirer sur le plus grand nombre de personnes (élèves ou personnel de l’établissement). La singularité de ce phénomène réside dans les fait que les tueurs n’ont pas de cibles clairement établies.

Le livre de David Vann, « Dernier Jour sur terre » autopsie une fusillade scolaire particulière. Celle de 2008 dans l’Illinois. Le 14 février, encore un jour de la Saint Valentin comme celle de Floride, Steven Philips Karzmierczak, étudiant en sociologie, ouvre le feu dans une salle de cours de l’université de Deklab (Illinois). Il tue six étudiants et en blesse quinze autres avant de se suicider en retournant l’arme contre lui.

« Dernier jour sur terre » est une enquête exhaustive sur la psychologie d’un tueur de masse en milieu universitaire, celui de l’université de l’Illinois. Dernier jour sur Terre est également le titre d’une chanson de Marilyn Manson, celle qu’écoute Steve Kazmierczak avant de tirer à bout portant sur ses camarades. « Dernier Jour sur terre » n’est pas un polar inspiré de faits réels, c’est un essai clinique magistral qui a sa place dans une bibliographie de sciences humaines. L’auteur plonge dans la psyché d’un tueur de masse en se comparant à lui par introspection et à partir de son passé d’adolescent.

Car ils ont, tous les deux, d’étranges similitudes. David Vann était à peine âgé de treize ans lorsqu’il hérite des armes de son père qui a mis fin à ses jours d’un coup de revolver. Le livre commence par ce souvenir glaçant: « Après le suicide de mon père, j’ai hérité de toutes ses armes à feu. J’avais treize ans. Tard le soir, je tendis le bras derrière les manteaux de ma mère dans le placard de l’entrée pour tâter le canon de la carabine paternelle, un Magnum 300. Elle était lourde et froide, elle sentait la graisse à fusil. »

Adolescent, David Vann observe par la lorgnette de sa carabine ses voisins tard dans la nuit; l’envie de tirer sur eux ou les élèves de sa classe lui trotte parfois dans la tête.  Il échafaude des scénarios et imagine sensations qu’il éprouverait en tirant sur des cibles humaines. C’est son père qui l’a initié au maniement des armes. Il lui a appris à observer les braconniers à travers la lunette de sa carabine. Avec le consentement de sa mère, David commande par correspondance les cartouches. Cette culture des armes est inconcevable dans notre pays, et est sujette à débat outre Atlantique, mais pour la comprendre, il faut se référer au deuxième amendement de la constitution qui garantit pour tout citoyen le droit de porter des armes. Chaque état a une législation particulière.

David Vann va enquêter sur la personnalité de Steve Karzmierczak pour le magazine Esquire;  ce qui lui facilite l’accès aux archives de l’affaire. C’est un pavé de mille cinq cent pages dont la consultation avait été refusée à tous les médias prestigieux en passant du New York Times, au Chicago Tribune, au Washington Post, à CNN. Pour David c’était l’opportunité rêvée pour réfléchir à son parcours d’adolescent fasciné par les armes à l’instar de Steve  Karzmierczak.
« J’y ai découvert l’histoire d’un garçon qui avait failli éviter de se changer en tueur de masse, un garçon qui essayait de devenir quelqu’un à l’issue d’une enfance malheureuse, d’un passé émaillé de maladies mentales, un garçon cherchant à atteindre le Rêve américain, qui ne se résume pas à l’argent, mais qui consiste à se reconstruire.»

Le projet initial de David Vann était d’écrire un livre sur la personnalité de Steve, comme   une victime qui se suicide et non comme un tueur de masse. Il consulte les articles de presse  avant de rencontrer les professeurs et l’entourage de Steve K. Tout au long du livre, David Vann a le courage de mettre en parallèle sa vie avec celle de Steve K. Tout comme lui, il a accès à la drogue facilement.  Mais les ressemblances entre eux deux vont vite s’arrêter. Steve K s’entiche du mouvement gothique, écoute Marilyn Manson, le chanteur gothique, souffrir de dépression et côtoyer des gens atteints de troubles mentaux. L’un des moments les plus marquants de la vie de Steve est son séjour au foyer Mary Hill, un foyer situé dans un quartier difficile afro-américain où règne la violence. Sur son évaluation psychiatrique, il est noté que Steve K fait preuve d’un comportement étrange, son cheminement de pensée est normal, et ses émotions qualifiées de neutres.

On ne peut-être  qu’impressionné par la lecture du traitement suivi par Steve K consigné dans le livre. Lisez plutôt: Prozac (20mg le matin), un antidépresseur. Zprexa (10mg, au coucher), neuroleptique atypique. Depakote, 500 mg le matin puis 100mh d’un régulateur de l’humeur. Ses traitements précédents incluaient du Paxil (antidépresseur), du Cogentin, (anticholinergique), Risperdal (neuroleptique atypique), du lithium et du Cylert pour les troubles de l’attention (ADHA). Une camisole chimique.

Avant de passer à l’acte meurtrier, Steve K avait arrêté son traitement! S’il avait suivi cette prescription, aurait-il ouvert le feu dans cette salle de cours? Qui sait?

Après son enquête, David Vann conclut n’avoir aucun point commun avec Steve K. Il ne partage pas son racisme. Steve K était membre du KKK. Ni son libertarisme, son goût pour les films d’horreur, sa fascination pour les tueurs en série, le service militaire, sa sexualité ambivalente, les rencontres obsessionnelles sur le Net, les prostituées, les médicaments, le passé psychiatrique de ses amis dealers, les tatouages, la mère déséquilibrée.

Le seul point commun qu’ont les deux jeunes gens est la fascination pour les armes. Selon David Vann, ce n’est pas parce qu’on possède une arme que la destinée fait de vous un meurtrier. Au fil de son enquête, David Vann est convaincu que le destin de Steve était déjà tracé avant qu’il ne quitte le lycée, et que l’escalade de  violence qui l’a mené à ce massacre était inéluctable.

Après le carnage de Deklab, l’Illinois a tenté légiférer pour limiter l’achat des armes. Un pistolet par mois, soit tout de même la bagatelle de douze armes par an! Peine perdue, le lobby des armes y a mis son veto.

Steve K a abattu cinq étudiants, et il y a les rescapés. Brian, témoigne de l’horreur vécue par les victimes: « J’ai essayé de jeter un coup d’œil derrière l’estrade pour l’apercevoir, mais, à l’instant où je l’ai vu, il s’est tourné et m’a repéré. Il a fait volte-face et il a tiré, et il a appuyé à de multiples reprises sur la détente de son Glock. Il m’a mitraillé. J’ai été touché à la tête. C’était comme de recevoir un coup de barre. Je suis tombé face contre terre, et tout ce qui m’est venu à l’esprit, c’est : je viens d’être abattu, je suis mort. J’ai heurté le sol, les yeux fermés, un sifflement dans mes oreilles et j’ai cru que c’était le bruit de la mort, quand on pénètre dans l’obscurité.»

« Dernier Jour sur terre » est l’un des livres les plus exhaustifs sur la psychologie du tueur de masse. Sa lecture est éprouvante car il ne s’agit pas d’une fiction mais d’une réalité sanglante.

 

Sources:
http://www.gunviolencearchive.org/methodology
http://www.shootingtracker.com
http://www.huffingtonpost.fr/2016/12/03/cette-video-de-prevention-contre-les-tueries-de-masse-dans-les-e/
http://www.telerama.fr/monde/fusillades-aux-etats-unis-les-chiffres-qui-tuent,132224.php
https://sejed.revues.org/8265?lang=en

http://newsoftomorrow.org/histoire/modernite/chronologie-des-fusillades-et-agressions-dans-des-etablissements-scolaires-et-ailleurs

AU SUJET DU FILM RÉGRESSION ET DES ADORATEURS DE SATAN.

Ce thriller s’inspire de faits réels qui ont secoué l’Amérique des années 90, obsédée par la violence des cultes sataniques réels ou imaginaires.

« Régression » est le titre d’un film réalisé en 2015 par Alejandro Amenabar, et joué par Emma Watson et Ethan Hawke. Ce thriller s’inspire de faits réels qui ont secoué l’Amérique des années 90, obsédée par la violence des cultes sataniques réels ou imaginaires. Au cours de cette période, les rumeurs sur les adorateurs du Diable vont se multiplier, jusqu’à l’hystérie collective. Les médias, avides de sensationnalisme, font circuler des vidéos dites tournées par les adorateurs de Satan. Elles montrent des messes noires où des adolescentes se feraient violer et où des bébés seraient sacrifiés. Beaucoup d’Américains vont croire aux exactions des adorateurs de Satan. Réalisé en 1991, le résultat du sondage Gallup est révélateur des croyances irrationnelles de l’époque. À la question posée « Croyez-vous à l’existence du diable? », 60 % des Américains ont répondu « oui » contre 17% en France.

Le contexte dans lequel s’est développé cette hystérie collective est particulier. Outre Atlantique, les adorateurs de Satan ont pignon sur rue à l’instar de ceux de l’Église sataniste d’Anton Sanzdor LaVay. Surnommé « le pape noir », il fonde son église en 1966. Son sens aigu de la communication attirera vers lui comme un aimant des célébrités comme Sammy Davis Jr et Jane Mansfield! Ses idées sulfureuses lui font interdire l’entrée du Canada et celle d’autres pays. Dès les années 80,  les télévangélistes, pentecôtistes, fondamentalistes et les thérapeutes de cette mouvance dénoncent sur de simples rumeurs les activités criminelles des satanistes. Même si les cultes étaient glauques et déroutants, les allégations sur les sacrifices humains étaient infondées; ce qui sera confirmé par le FBI. Cette vague d’allégations mensongères sera connue sous le nom de « Satanic Panic » ( littéralement panique satanique). Une dénomination culturelle anglo-saxonne l’hystérie collective liée au satanisme.

Le film « Régression » montre l’étrange atmosphère d’une panique sataniste qui s’est emparée  d’une petite ville du Minnesota en 1990. Un gars du pays, Doug Gray se rend au poste de police pour dire qu’il a violé sa fille Angela lorsqu’elle était adolescente.

Ce qui est surprenant dans cette confession, c’est que Doug n’a gardé strictement aucun souvenir de cet abus. Amnésie totale! Pourtant, il est intimement persuadé d’avoir commis cet inceste et il veut être jugé. L’affaire est confiée au pragmatique inspecteur Bruce Kenner qui interroge Angela. Et là, le mystère s’épaissit! Elle ne se souvient pas d’avoir été abusée par son père. Diable, une victime et un père incestueux qui ne se souviennent, ni l’un ni l’autre, de ce crime sexuel? Mystère! L’ambiance familiale n’étant pas de tout repos, la jeune femme se réfugie dans la communauté évangéliste dirigée par le révérend Beaumont. Ce dernier croit à l’existence et à l’influence de Satan sur ses ouailles.

Désarçonné par l’amnésie de Doug et celle de sa fille, l’inspecteur Kenner s’adjoint les services d’un hypnotiseur de renom, le docteur Kenneth Raines. Ce spécialiste prétend faire remonter les souvenirs de trauma d’abus refoulés dans la mémoire. À l’aide de son pendule, le bon docteur hypnotise Angela qui prétend alors se souvenir d’une vieille femme et d’une messe noire.

Au cours de son enquête, Kenner sera troublé par les propos et les visions d’Angela. Il lui arrivera de croire aux témoignages des personnes qu’il interrogera sur les rites sataniques locaux. Dont ceux d’Angela et du pasteur Beaumont. Il sera tenté de croire aux rites sataniques, mais la raison l’emportera pour élucider cette affaire diabolique.

Doug est innocent, est il s’avèrera que sa fille est une manipulatrice sous l’emprise psychologique du charismatique révérend Beaumont. Pour prouver à ses fidèles l’existence du diable, le pasteur les droguait avec des substances hallucinogènes. En réalité, dans cette petite ville tranquille du Minnesota, il n’y a jamais eu de rites sataniques.

Outre son synopsis basée sur des faits réels, ce qui singularise ce thriller, c’est que la police s’adjoint les services d’un praticien spécialisé dans les « thérapies fondées sur la régression » (d’où le titre du film). Leur acronyme anglais est MRT pour Recovered Memory therapy.  Sa traduction en français est toujours approximative, et bien qu’imparfaite, on peut retenir celle de thérapie de la « mémoire récupérée ». Utilisée pour faire remémorer des souvenirs, des images et des sensations enfouies dans la mémoire, en faisant régresser le patient du stade conscient à un état plus archaïque.

Dans le film « Régression », l’hypnose est la technique de MRT employée pour le père et la fille, et elle était souvent préconisée pour aider les victimes diagnostiquées du SRA (Satanic Ritual Abuse). Ce diagnostic ébouriffant ne figure dans aucun manuel de diagnostic des troubles mentaux dont le si décrié DSM, la bible américaine des maladies mentales, faut-il préciser!

Le diagnostic surréaliste de SRA soufflé par les Évangélistes permettait de remettre dans le droit chemin ces âmes sous l’emprise du Diable. Des conférenciers, souvent d’anciens policiers, vont gagner un argent fou en organisant des séminaires sur le dépistage des rites sataniques à l’usage des travailleurs sociaux, éducateurs et soignants.

Quant à l’attitude de l’inspecteur Kenneth dans le film, rien d’étonnant non plus, si l’on se réfère aux propos d’un shérif du comté de San-Bernardino (Californie): « Nous avons sacrément besoin d’experts en crimes occultes ! » 

Pour poser un diagnostic de SRA, il faut le patient réponde à plusieurs critères dont celui d’avoir été violenté par ses parents, membres d’une secte sataniste. D’avoir été forcé à participer à des rites sataniques cannibales où l’on tuait et mangeait des bébés. Les adolescentes, enceintes des oeuvres du Diable, étaient contraintes d’avorter dans des conditions épouvantables. Dans certaines affaires de SRA, pour vérifier les allégations de viol, la justice demandait un examen gynécologique, et on s’apercevait, ô surprise, que la supposée victime des messes noires était vierge.

L’une des particularités du SRA est l’oubli total par la victime de ces viols, l’amnésie traumatique. Ce qui est bien montré dans le film d’Alejandro Amenabar. Si l’hypnose est mise en cause dans « Régression’, il ne s’agit pas de jeter l’opprobre sur l’hypnose médicale mais sur ses dérives sectaires. Dans les années 90, l’hypnose dévoyée était un outil d’investigation privilégié pour les autorités et la justice. C’était bien avant la police scientifique et les tests d’ADN!

L’hypnose était une « technique de la mémoire récupérée » préconisée dans les cas d’abus sexuels oubliés. Comme toutes les autres MRT, son fondement théorique reposait à l’époque sur un fonctionnement pseudo-scientifique de la mémoire. Dans cette optique, la mémoire est une banque de données qui fonctionne sur un mode linéaire comme un magnétoscope. Il suffit de revenir en arrière dans le temps pour accéder à tous les souvenirs. Ors, les neurosciences ont démontré que la mémoire ne fonctionne pas comme un magnétoscope ou le disque d’un ordinateur. Même avec les progrès de l’IA!

Les thérapies de la régression utilisent la suggestion et les états modifiés de conscience  (EMC) permettant au sujet d’accéder à ses souvenirs perdus. Sous la conduite du thérapeute qui le met en EMC, le sujet va avoir des flashs, des images ou des bribes de scènes du trauma originel qui sont interprétés comme les souvenirs du trauma.

Les « thérapies de la régression » ont induit en erreur nombre de patients entre les mains de praticiens incompétents. Ces thérapeutes étaient la plupart de bonne volonté, et ont pensé sincèrement que leurs patients avaient été réellement été violentés. Or, il est aujourd’hui prouvé que ces « thérapies de la régression » ont falsifié la mémoire en causant des faux souvenirs d’abus sexuels.

Les flashs et visions diverses étaient en fait des fantasmes, des états hypnagogiques ou des hallucinations produites par le haut niveau de suggestibilité du patient, et induits par les suggestions et croyances irrationnelles du thérapeute.

Au cours de cette vague sataniste, le SRA était un diagnostic courant. Certains thérapeutes s’étaient spécialisés dans le « Satanic ritual abuse therapy (thérapie des rites sataniques), une variante de MRT.

Dans le Minnesota, il y a eu d’autres affaires avec des spécialistes du SRA. L’ordre des médecins avait interdit à un certain Dr Fredrickson de prendre en thérapie des patients diagnostiqués de SRA. L’ordre encadrera sa pratique de l’hypnose et de l’imagerie guidée pour éviter les allégations mensongères d’abus sexuels. Ce principe de précaution imposé à un praticien, s’explique par le fait que les MRT comme l’hypnose mal pratiquée, l’imagerie guidée, le reparenting et rebirthing entre autres  ont participé à créer une déferlante de faux souvenirs, qui se sont propagés dans l’imaginaire populaire par les médias, causant une hystérie collective.

Dans le film Régression, le réalisateur a su montrer les impressions, le ressenti et les images mentales d’une régression et de ses faux souvenirs, notamment avec Doug qui, sous la houlette du thérapeute aura des images du viol de sa fille. Outre certaines dérives de psychothérapie, le film Régression montre que l’être humain est gouverné par ses fantasmes, son irrationalité, ses émotions et ses croyances. Il peut être influencé par ses affects et les croyances populaires.

Notes:

La théorie qui sous-tend les MRT est « l’amnésie dissociative » (aujourd’hui remplacée par celui d’amnésie traumatique, particulièrement en France). L’oubli total d’un trauma! Aucun souvenir! Cette amnésie dite traumatique est présentée comme un mécanisme de défense « fréquent », « banal » voire « quasi-systématique » ou bien encore à grande échelle » mis en place par la (es) victime(s) pour faire face au traumatisme d’un événement insupportable s’il était resté conscient. Seulement voilà, si la littérature scientifique évoque la rareté de « l’amnésie dissociative ». D’ailleurs, aujourd’hui, se substituerait à celui d’amnésie dissociative, le terme d’amnésie traumatique. Le seul point commun est celui d’un « stress intense »qui peut occasionner des formes spécifiques d’amnésie comme le relate un article récemment publié dans la revue Brain, mais la réalité biologique et médicale de l’amnésie, répertoriée dans la littérature scientifique, est différente de cette explication sous-tendant le mécanisme de la mémoire qui fonctionne comme un magnétoscope où il suffit d’appuyer sur le bouton « Marche » ou « Arrêt » , « Pause » et « Retour en arrière »  de la mémoire en la manipulant pour retouver les souvenirs à gogo.

Le terme dissociatif est apparu dans le DSM-IV, la classification des troubles mentaux de l’Association américaine de psychiatrie, pour remplacer celui de psychogène, trop vague. La dissociation a été définie en 1893 par le pyschologue et médecin français Pierre Janet comme un état « crépusculaire », caractérisé par un rétrécissement du champ de la conscience.

 La note ci-dessous figure également dans l’article « L’affaire Ramona,une sombre histoure de sérum de vérité ». Le médecin blogueur Marc Gozlan, dans son article, « Ces Patients frappés d’amnésie après un stress intense » publié sur son blog Réalités Biomédicales, évoque en ces termes l’amnésie dissociative:  « Il est très rare qu’une série de cas d’amnésie dissociative soit publiée dans la littérature médicale. Une étude, parue en septembre 2017 dans la revue Brain, fait état de 53 cas examinés entre 1990 et 2008 au St Thomas’s Hospital de Londres par le Pr Michael Koperman et ses collègues. Il aura donc fallu près de vingt ans pour cumuler ces cas. On comptait trois hommes pour une femme.» Et  l’article de Marc Gozlan détaille l’étude anglaise avec les expressions de ce trouble de la mémoire comme la fugue dissociative, l’amnésie rétrograde prolongée et les trous de mémoire, l’altération des mémoires sémantique personnelle, et autobiographique. L’amnésie dissociative existe et présente de multiples facettes. La lecture de l’article de Marc Gozlan permet de saisir le fonctionnement scientifique de la mémoire, et de constater que l’amnésie dissociative,  même si elle est rare, fait l’objet de publications répertoriées dans des revues spécialisées. Mais elle n’a malgré les similitudes du vocabulaire, aucun rapport avec cette amnésie traumatique « à grande échelle » et « quasi générale » qui concernerait les victimes d’un trauma.  Et cité dans l’article de Marc Gozlan, à paraître un article de Thomas-Antérion C. L’amnésie dissociative. Neuropsychologie (sous presse, 2018).
Sources:
https://fr.wikipedia.org/wiki/Église_de_Satan
http://www.telerama.fr/cinema/films/regression,493207.phphttps://www.monde-diplomatique.fr/1991/02/CARLANDER/43263

COMMANDER UN BÉBÉ EN UN SEUL CLIC!

«Nous passons d’une conception de l’enfant comme un don à une conception de l’enfant comme une donnée que l’on contrôle.» (Thomas Ploug)

Depuis le 18 janvier et ce jusqu’au 7 juillet prochain se tiennent les États Généraux de la bioéthique. La PMA (Procréation Médicalement Assistée) sera l’un des sujets sensibles au programme avec la Fécondation In Vitro (FIV).

En France, la P.M.A est « réservée aux couples hétérosexuels en âge de procréer qui n’arrivent pas à avoir un enfant naturellement par des voies naturelles ». Les naissances  par FIV sont les plus fréquentes. Selon l’origine de la stérilité la PMA fait appel à une ou plusieurs techniques différentes, de l’insémination artificielle à la congélation des embryons. Les protocoles des FIV varient suivant les causes à traiter. Les FIV se font en partie à partir du don de gamètes qui consistent à donner anonymement et gratuitement son sperme ou ses ovocytes (avec technique de vitrification ou non). L’une des particularités de notre pays est que le don de gamètes est totalement gratuit ce qui n’est pas le cas dans d’autres pays où les donneurs sont rémunérés.

Les personnes stériles qui ne rentrent pas dans les critères de la législation française, et qui ont envie d’avoir un enfant vont se tourner vers d’autres pays où la législation de la PMA est plus souple. Cela peut heurter les sensibilités mais comment critiquer la souffrance de femmes désireuses d’avoir un enfant? La suspension du jugement s’impose. Là, ce n’est pas gagné…

De nombreuses femmes vont braver la loi française en faisant appel à des banques de sperme. En avril 2017, l’émission Sept à huit a diffusé un documentaire sur la société Cryos, une banque européenne de sperme qui montre cet aspect du tourisme procréatif.

Cryos International est la première banque de sperme qui pratique à l’échelle industrielle la vente de gamètes, et notamment par correspondance. Si vous tapez sur le moteur de recherche Google, la société Cryos est la banque de sperme qui apparaît en premier. Cette société a été créée en 1991 et est basé à Arthus au Danemark. Son créateur Ole Schau (63 ans), n’a aucune formation médicale, et il est titulaire d’un diplôme d’une grande école de commerce.

Alors, comment ces femmes s’y prennent-elles pour contourner la loi française et obtenir une FIV en s’adressant à Cryos? Elles la commandent tout simplement via le site internet Cryos, et choisissent le père biologique sur catalogue. Il est aujourd’hui possible, à l’étranger, de choisir certains critères génétiques du futur enfant comme la couleur de ses yeux, de ses cheveux et de sa peau et autres caractéristiques.

En créant Cryos, Ole Schau voulait aider les  femmes stériles. « Je voulais rendre service aux gens » affirme-t-il à qui veut l’entendre, « et puisqu’ils rêvent de petits Aryens blonds yeux bleus », Ole Schau les comble. Face aux accusations d’eugénisme (on est en droit de s’interroger à ce sujet), il répond: « toute notre société est fondée sur la sélection naturelle. Il est normal que des parents puissent choisir un géniteur selon leurs critères.». Il y a quelques années, Cryos avait suscité une vive polémique pour avoir refusé des donneurs roux. L’une des raisons invoquées par le fondateur de Cryos est qu’il n’y avait pas suffisamment de demandes. Dans l’une de ses interview, Olé Schau lance à ce sujet: «en même temps, nous manquons cruellement de diversité ethnique».

30 ans plus tard, Cryos est la plus grande banque de sperme européenne. Cryos est officiellement une banque de tissus autorisée au titre de la directive européenne sur les tissus et les cellules, et est conforme à la législation européenne. Il faut rappeler qu’il est interdit en France d’acheter des cellules vivantes, mais Cryos s’est bien débrouillé en surfant sur la législation. Cryos emploie aujourd’hui une centaine de personnes. L’entreprise génère entre 13 et 20 millions d’euros. Elle aurait dans sa base de données plus de 700 donneurs et plus de 100 litres de sperme congelé. Record homologué dans le Guinness book.

Comment est constitué le catalogue virtuel qui permet de choisir les caractéristiques génétiques du donneur à  transmette à son enfant? Chaque donneur de la banque de sperme est anonyme et référencé par un numéro. Le poids, la taille (les pères doivent mesurer au minimum 1,70 m) la couleur des cheveux, celle des yeux, le niveau d’études et l’ethnie sont précisés sur le catalogue.

Comment se passe la vente en ligne d’une FIV avec Cryos? Et bien comme sur votre d’achat préféré en ligne! La future mère après l’avoir choisi sur catalogue clique sur le géniteur choisi « , et le met dans l’icône « landeau » qui remplace l’icône panier des sites commerciaux. L’étape suivante est celle que nous connaissons tous quand nous achetons sur le net « mode de paiement par carte bancaire ».

Le paiement dûment enregistré, quelques jours plus tard, la future maman se voit livrer sa dose de sperme à domicile dans une bonbonne étanche. Il est joint au colis un mode d’emploi pour qu’elle puisse faire sa FIV chez elle. D’abord, elle doit faire décongeler les paillettes, et ensuite s’installer dans une position confortable pour les introduire avec une canule.

Alors pourquoi ces femmes choisissent-elles le packaging Cryos? Les raisons seraient principalement financières. Ce serait moins onéreux que d’aller dans une clinique de fertilité espagnole dont le coût avoisine les quinze mille euros.

Faites les calculs! Avec Cryos, un achat en ligne coûte trois mille euros. Alors, peut-on parler de FIV Low Cost ? Avec la formule VPC, la femme a une chance sur trois de tomber enceinte. Selon Cryos, il y aurait  près de 23 000 naissances en France avec leur formule. Dans un article de Paris Match, on peut lire que Cryos, en 2016, serait à l’origine de 246 grossesses en France. Les femmes célibataires représenteraient 40 % de sa clientèle, et Ole Schau pense que bientôt ce sera 70 % des célibataires qui feront appel au packaging Cryos.

La loi danoise prévoit qu’un donneur de sperme ne peut être à l’origine de plus de  douze grossesses. La législation internationale étant très vague, pour engranger des bénéfices, Cryos va exporter 90 % de sa collecte dans plus de soixante dix pays. Cliniques privées (avec parfois des ristournes) et pour des particuliers.  Cette diversification de l’activité de Cryos est une corne d’abondance pour la société en contournant en toute légalité les quotas fixés par les législations internationales. Comme n’importe quelle société commerciale, Cryos sponsorise des publicités sur les réseaux sociaux pour recruter de futures clientes. Est ce la FIV ou le désir d’enfant qui se marchande?

Alors maintenant que se passe-t-il du côté du donneur anonyme? Cryos rémunère le don de sperme contrairement à la France. Si elle a le sens des affaires, la banque est aussi très exigeante sur la qualité des spermatozoïdes des donneurs. Huit candidats sur dix seraient recalés. Les maladies génétiques ou sexuellement transmissibles sont systématiquement dépistées. Les donneurs signent un contrat et touchent 60 euros par don (parfois plus en fonction des critères génétiques). C’est l’occasion d’arrondir les fins de mois avec une somme variant entre 300 et 1600 euros. La majorité des pères affirment que leur motivation principale n’est pas financière mais guidée par l’altruisme, et ainsi exaucer le désir d’enfant de femmes infertiles.

Le Danemark a récemment modifié sa loi sur l’anonymat des pères biologiques. Il y a maintenant la possibilité de lever l’anonymat du père si l’enfant à sa majorité le souhaite en s’adressant un association spécialisée. Ainsi, une jeune fille conçue par FIV a pu grâce à cette association retrouver son père biologique et trois demi-frères. Un père qui s’est fait connaître reste en contact avec sa fille biologique. Et même le grand-père biologique a voulu connaître sa petite-fille! Et le devenir de l’enfant dans tout ça? Grande interrogation, n’est ce pas?

Le choix d’un bébé sur catalogue préoccupe Thomas Ploug, membre du Conseil d’éthique et professeur à l’université d’Aalbourg : « une tendance inquiétante se dessine, note-t-il. Nous passons d’une conception de l’enfant comme un don à  une conception de l’enfant comme une donnée que l’on contrôle. Plus vous le profilez, plus vous en faites un objet. Ce ne peut qu’avoir des conséquences sur la façon dont les parents se comportent avec lui, sur leur dévouement. Bien sur, c’est infime, et dans la plupart des cas, cela se passe bien. C’est une question de dignité. Un objet, on peut s’en lasser et s’en débarrasser.»

On peut trouver sur le site de Cryos le témoignage d’un homme conçu en 1979 par FIV et avec un donneur anonyme. Ses parents ne lui avaient pas révélé les circonstances de sa naissance, comme cela était préconisé à l’époque, et ce pour ne pas déstabiliser psychologiquement l’enfant: « Je ne l’ai appris qu’à l’âge de 30 ans. J’étais alors en thérapie car je n’allais pas bien. C’est ma mère qui me l’a révélé, et c’est comme si j’avais enfin vu la lumière. J’avais tout pressenti. Depuis longtemps, je me cherchais des pères putatifs, alors même que mes relations avec mon père étaient bonnes. Lorsque j’ai su, j’étais très soulagé. Mais, après la phase d’euphorie, j’ai fait une dépression. Ma vie était bâtie sur un mensonge. J’ai mis beaucoup de temps à digérer. Le centre de don a refusé de me donner le nom du donneur. Je suis contre cet anonymat.» Il est hanté par le fait « qu’il lui manque une partie de son histoire ».

Ces bébés sur catalogue sont un fait de société rendu possible par la science médicale. On peut aussi penser aux risques d’eugénisme si tous les enfants sont ainsi conçus!  Où est l’éthique dans tout ça quand on, constate que le « désir d’enfant » fait prospérer un commerce bien lucratif. L’avenir nous dira ce qu’il advient psychologiquement de tous ces enfants conçus ainsi sur catalogue. Aujourd’hui, il est trop tôt pour se prononcer mais on pense au « Meilleur des Monde » de Aldous Huxley et on aimerait que ce ne soit pas une sinistre prophétie.

L’un des moyens d’éviter les dérives éthiques, le droit à l’enfant plutôt que les droits des enfants, surtout la GPA (Gestation Pour Autrui), serait de réviser les lois sur l’adoption afin qu’un maximum d’orphelins soient adoptés dans les meilleures conditions, limitant ainsi le recours à la PMA.