PSYCHOLOGIE DE LA SANTÉ CHEZ LES SÉNIORS.

Les auteurs vont à contre courant de la recherche actuelle sur les séniors qui se concentre principalement sur l’atténuation des facteurs de risque pour la santé sans s’attacher aux facteurs de protection qui contribuent à la longévité.

L’American Psychological Association (APA) a récemment publié sur son site le résumé d’un article sur le bien-être psychologique des séniors en relation avec la mortalité. Il ne sera accessible qu’en février 2023. Alors pourquoi déjà l’évoquer?

La démarche de cet article m’a apparue pertinente car elle relève de la psychologie positiviste (au bon sens du terme). Les auteurs vont à contre courant de la recherche actuelle sur les séniors qu’ils dénoncent car elle se concentre principalement sur l’atténuation des risques pour la santé sans s’attacher aux facteurs de protection qui contribuent à une vie plus longue et en meilleure santé. Certes, il n’y a pas de bien-être psychologique sans un (relatif) bien-être physique, et ce à tous les âges; la pandémie actuelle le montre bien avec le Covid long qui ne frappe pas que les séniors!

Qu’est ce que l’approche de la psychologie positiviste? Ce courant proche du mouvement du Potentiel Humain date de 1998. Elle se construit par des recherches évaluées par des pairs. La psychologie positiviste se centre sur l’équilibre mental, les forces, le développement optimal et l’épanouissement humain. Elle s’appuie sur l’épistémologie en recourant aux méthodes  qualitatives et à la psychologie clinique. Il faut aussi évoquer brièvement les dérives de la psychologie positiviste qui verse dans l’idéologie New age. Ce n’est pas le cas de cet article.

Les auteurs ont étudié des associations entre le bien-être psychologique et la mortalité parmi un échantillon d’adultes de plus de 50 ans avec 14 ans de suivi sur la mortalité. Le bien-être psychologique se compose de plusieurs items comme l’affect positif, l’envie de vivre (peut-on oser aller jusqu’à la joie de vivre mais n’est ce pas exagéré comme terme? ), des projets de vie favorisant l’accomplissement, les interactions avec autrui (sociales et familiales) et un tempérament optimiste. Un besoin d’accomplissement plus élevé dans la vie, l’affect positif, l’optimisme, le soutien social et la soif de vivre prédisent une mortalité plus faible. Plus ces items sont optimum, plus ils sont associés à une augmentation de la durée de vie de deux à quatre ans à partir de 50 ans.

Cette étude fournit des preuves solides entre le bien-être psychologique qui prédit un risque de mortalité plus faible et qui modifie l’association entre l’éducation et la mortalité. L’association inverse entre l’éducation et la mortalité devient plus forte à des niveaux plus élevés quand il y a des projets de vie et d’affect positif. Par conséquent, les efforts visant à promouvoir la satisfaction de vivre, le soutien social et l’optimisme peuvent favoriser une vie plus longue où finalement les disparités en matière d’éducation jouent un moindre rôle .

La trame de cet article est excessivement intéressante pour aider les personnes du grand âge à qui les politiques de santé proposent principalement des solutions techniques et de prise en charge médicale, en occultant leur psyché presque devenue invisible et infantilisés. Durant la pandémie, de nombreux résidents d’Ehpad se sont vus confisquer d’un seul coup lors des confinements tout ce qui fait un projet de vie, les interactions sociales et familiales, l’abolition des besoins de l’affect au profit de décisions technocratiques destinées à uniquement protéger leur vie physique. Et comme dégât collatéral, il a été constaté chez certains leur mort psychique engendrée par des syndromes de glissement et une mort prématurée (hors Covid).

Ce qui est appréciable dans cet article est cette approche psychologique bienveillante envers les séniors qui détonne par à rapport à l’avalanche de recommandations médicales auquels ils sont sujets jusqu’à la tombe (en excluant les maladies chroniques impactant la qualité de vie).

Le Dr Jean Doubovtezky fait remarquer dans un article sur son blog « Le Surdiagnostic: une notion essentielle » qui s’applique parfaitement aux séniors (en relatif bonne santé) sur les facteur de risque:« En réalité, très souvent, ce qu’on dépiste chez une personne en bonne santé, qui ne se plaint de rien, n’est pas une maladie, mais seulement un « facteur de risque » de maladie : une situation dans laquelle le risque d’être un jour malade est augmenté. Ainsi l’hypertension, la diminution de la densité des os (en l’absence de fracture anormale), l’hypercholestérolémie ne sont pas des maladies.»Alors pourquoi médicaliser à tout prix l’avancée en âge et la vieillesse quand elle n’impacte pas la qualité de vie?

Ne serait pas aussi revenir aux fondamentaux comme la pyramide de Maslow? Elle tient compte de la psychologie globale de l’être. Pour les séniors, il serait salvateur de dépasser la base de la pyramide concernant les besoins physiologiques et les besoins de sécurité en prenant en compte le besoin d’accomplissement qui en est le sommet. L’aboutissement de toute une vie.

Il serait temps d’appliquer une approche bienveillante envers les séniors pour favoriser leur bien-être psychologique et leur santé mentale.

UNE PLANÈTE MAL DANS SA TÊTE, POURQUOI?

La santé mentale n’est pas comme on pourrait le supposer liée au bonheur ou à être satisfait de sa vie mais est plutôt un état dans lequel un individu réalise ses talents, arrive à faire face au stress normal de toute vie, travaille de manière acceptable et est intégré à sa communauté.

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Publié récemment dans la rubrique santé du journal Le Point un ensemble de graphiques hétéroclites qui concernent la santé mentale de la population mondiale (ou leur moral) intitulé « Une planète mal dans sa tête »a attiré mon attention .

La méthodologie de ces graphiques mérite d’être exposée. Elle a été mise au point par une équipe américaine de Sapien Labs, une organisation à but non lucratif ayant pour vocation de comprendre l’impact et les conséquences cognitives de l’évolution de notre environnement et de la technologie à l’échelle mondiale. Leur recherche s’appuie sur des données scientifiques solides qui figurent sur leur site; la « physiologie du cerveau » est étudiée à partir d’outils aux fins de compréhension du signal cérébral lié aux résultats de santé cognitive et mentale: EEG, technologie de neuroimagerie non invasive permettant ainsi l’analyse de la santé mentale à partir de modèles bayesiens.

Effectif depuis trois ans, l’équipe interdisciplinaire de Sapien Lab a mis au point une échelle d’évaluation de la santé mentale, le MHQ pour établir ce rapport sur la santé mondiale en 21. 223 000 personnes réparties dans 33 pays ont participé à cette enquête. Le MHQ est un nouvel outil d’évaaluation en ligne que l’on trouve sur le site de Sapien Labs conçu pour la population générale. Le MHQ couvre l’ensemble des symptômes cliniques de santé mentale mais aussi les points pour un fonctionnement mental optimum. Des éléments de résilience en quelque sorte.

L’esprit de cet outil a été conçu pour ne pas se focaliser uniquement sur les troubles et dysfonctionnements de la psyché; ce qui est reproché aux outils d’évaluation de santé mentale qui ne voit que l’aspect clinique des troubles de la psyché sans perspective d’évolution dans le temps possible s’il y a eu prise en charge efficace.

L’activité cérébrale est diversifiée et que contrairement à d’autres organes, le cerveau se recâble tout au long de la vie en réponse à des expériences sensorielles-le parcours de vie-générant ainsi des comportements différents suivant les âges.

Pour Labo Labs, la recherche actuelle ne représente pas la majorité des populations mondiales notamment les ethnies car les recherches sur le cerveau sont menées essentiellement aux États-Unis et en Europe. Les déterminants sociaux et environnementaux ne sont pas pris en compte.

Le MHQ a été développé sur la base du codage informatique de symptômes évalués dans 126 outils d’évaluation psychiatrique actuels basés sur le DSM ainsi que des sur des critères neuroscientifiques des dernières avancées scientifiques. Les données ont été recueillies auprès de 1665 adultes ayant testé cet outil.

Le MHQ fournit un moyen rapide, simple et complet d’évaluer la santé mentale et le bien-être de la population ; identifier les individus et les sous-groupes à risque ; et fournir des informations pertinentes pour le diagnostic sur 10 troubles.

Pour en savoir plus sur la mise au point du MHQ, un article pointu a été publié sur le site Pubmed de Jennifer Jane Newson et Tara C Thiagarajan, chercheurs à Sapien Labs.

Le MHQ prend en compte ces critères que l’on trouve sur le site de Sapien Labs:

L’échelle MHQ se présente sous ce graphique que l’on trouve traduit de l’anglais par le journal Le Point

(MHQ, Le Point)

Dans les pays anglo-saxons, le moral baisse depuis 2020 de 3%. Ce sont les pays européens notamment les pays francophones avec l’Amérique latine qui s’en sortent le mieux. Le rapport constate que le moral des jeunes est en baisse depuis 2019 par à rapport aux personnes de plus de 65 ans, et présenteraitun fort risque de suicide. Pas de grande surprise quand le MHQ accent est mis sur la qualité du sommeil: 82 points de différence entre ceux qui dorment bien et ceux qui dorment mal, la qualité des relations familiales et également l’exercice physque pratiqué au moins vingt minutes par jour. Il y a manifestement un impact sur le moral avec les trois facteurs que sont le sommeil, les relations familiales et sociales et l’exercice physique.

Ce n’est guère une surprise, la pandémie a eu un impact sur le moral pour 57 % des gens en impactant leur santé mentale avec les confinements et l’isolement social avec aussi des conséquences financières.

La santé mentale n’est pas comme on pourrait le supposer liée au bonheur ou à être satisfait de sa vie mais est plutôt un état dans lequel un individu réalise ses talents, arrive à faire face au stress normal de toute vie, travaille de manière acceptable et est intégré à sa communauté.

Un graphique sur la santé mentale suivant les pays est intéressant même si l’on peut reprocher que la santé mentale soit réduite à quelques critéres qui peuvent sembler figés. Mais ramené ainsi c’est plus détaillé que des généralités subjectives.

Et ce graphique est à corréler avec les risques des troubles de la psyché sont évalués également en fonction des pays et nécéssitant une prise en charge médico-psychologique et psychiatrique.

Graphique extrait du site Sapien Labs

Ce rapport est très détaillé et je n’en ai extrait que quelques éléments que j’ai estimé pertinents. En dehors du rapport, pour qui le souhaite, il est possible d’auto évaluer son MHQ. Je suis toujours très sceptique avec ce type de questionnaire qui ne remplace en rien une consultation avec un psy en chair et en os. Je m’y suis prêtée et force est de constater qu’il note des points positifs de la personnalité. Et après tout, s’il permet de dédramatiser des problèmes handicapants de la psyché en donnant envie d’aller consulter un professionnel, pourquoi pas? L’une des qualités de ce site, il est assez élaboré sur le plan scientifique et ne rentre pas déjà dans la catégorie du charlatanisme. Un bon point!

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