ALTER SCIENCE ET PSEUDO-SCIENTISME: POSTURES, DOGMES, IDÉOLOGIES

Cet essai s’avère être une grille d’analyse pertinente permettant de décrypter les dérives liées à l’alterscience impactant la pandémie Covid-19.

Voici deux ans, j’avais fait une recension du livre d’Alexandre Moatti, « Alter Science et pseudo-scientisme » au sous-titre éloquent de postures, dogmes et idéologies. Publié en 2013, il est toujours criant d’actualité. Sensibilisée en tant que psychologue clinicienne aux dérives de la psychothérapies, ce livre m’avait profondément marquée; il me fournit toujours une grille d’analyse pour débusquer ces « alterscientifiques » décrits par Alexandre Moatti. Ils sont légion dans la sphère Psy et médicale, et sont des pourvoyeurs de fakenews et de désinformation scientifique.

La pandémie du SARS-Cov-2 nous fournit son lot d’alterscientifiques. Médiatisés à outrance, ils brouillent les messages sanitaires nécessaires pour aplatir la courbe des contaminations mortelles ou laissant ceux qui sont atteints avec des séquelles! Ne comptez pas sur moi pour donner des noms; tout ce que j’espère, c’est que les quelques lignes de cette recension vous donneront envie d’en savoir plus sur cet essai magistral qui dénonce ces mouvements en marge de la pensée pragmatique qui devrait prévaloir actuellement pour la pandémie SARS-Cov-2!

Quel est le cursus de l’auteur Alexandre Moatti? Brièvement présenté, il est ingénieur de l’école polytechnique, du corps des mines et docteur en histoire des sciences. Décrit comme un passionné de textes, il est président de la Société des amis de la bibliothèque de l’Ecole polytechnique. Il n’est pas issu du monde médicale mais son analyse tombe en plein dans le mille actuellement! La pluridisciplinarité est un enrichissement qui favorise « l’intelligence collective ».

«On connaissait les magiciens de la guérison, les conteurs de cosmogonies exotiques et tous ceux qui ont recours à la pensée magique pour expliquer le monde ou les tourmentes des corps. Voici maintenant les « alterscientifiques »

L’alterscience (et ses dérivés sémantiques) est un néologisme inventé par Alexandre Moatti. L’alterscience est une déformation de la science à des fins idéologiques. Une déformation de l’esprit scientifique. Sous ce vocable l’auteur, regroupe des hommes de sciences, souvent reconnus, qui à un âge avancé développent une théorie alternative. L’alterscience est une déformation de la science à des fins idéologiques.

Si le mot d’alterscience est inédit l’attitude de ces scientifiques qui ont quitté le giron de la méthodologie scientifique n’est pas nouvelle. Quelques exemples historiques liés au domaine médical.

David Larousserie dans la recension de cet essai évoque le cas du Dr Jean-Paul Marat (1743-1793). Oui, il s’agit bien du député montagnard à la Convention lors de la révolution! J.P Marat était médecin et fort intéressé par l’optique. Il s’en est pris à la théorie de Newton sur la réfraction de la lumière. Marat a qualifié l’Académie des sciences et son président Lavoisier de « charlatans modernes ».

Autre anecdote, toujours rapportée par David Larousserie et empruntée au livre d’Alexandre Moatti. L’un des frères Lumière fut un alterscientifique patenté en contestant le caractère contagieux de la tuberculose! Un lien avec l’actualité?

Un article du site Science et Pseudo Science résume ainsi la pensée d’Alexandre Moatti: il « constate un certain rejet de la science contemporaine et de ses productions : rejet, non seulement de l’utilisation technique qui peut être faite de telle ou telle découverte, mais aussi rejet de la démarche et de l’expertise scientifique voire de l’activité de recherche elle-même.»L’alter science se distingue du pseudo-scientisme comme par exemple l’astrologie. Avec l’alter science, on est dans le domaine des croyances dont la diffusion est facilitée par une certaine notoriété déjà existante de celui qui la diffuse. Toujours à appliquer à l’actualité pandémique!

Avec d’autres d’exemples, Alexandre Moatti appuie sa démonstration. Les raisons des  dérives de ces scientifiques sont multiples. Certains scientifiques de renommée ont adhéré à une idéologie: à l’instar des deux prix Nobel de physique, Philipp Lenard (Nobel 1905) et Johannes Stark (Nobel 1919) qui théorisèrent une « Physique allemande » en s’engageant aux côtés d’Hitler.

La version contemporaine, moins connue est le mouvement « solidarité et progrès » de Lyndon Larouche (né en 1922) dont le représentant en France est Jacques Cheminade, candidat aux élections présidentielles en 1995 (et à d’autres). S’engageant en faveur l’énergie nucléaire – le titre de leur revue Fusion en dit long- et vantant les mérites de la conquête spatiale, développant une autre histoire des sciences, contestant la physique quantique probabiliste – à cause de la limite qu’elle oppose à la connaissance humaine. Et à partir de là, des thèses sur l’existence des extra-terrestres!

Certains scientifiques ont eu une révélation! Comme l’ingénieur Hörbiger, qui un soir d’automne 1894, en observant la Lune a eu l’idée qu’elle était fait d’un bloc de glace, de quoi développer une cosmogonie de glace. À travers une dizaine d’exemples – depuis l’affaire des avions renifleurs jusqu’aux tenants du géocentrisme, Alexandre Moatti démontre dans cet essai très complet comment l’alterscience nous informe – en creux ou en négatif- sur le fonctionnement de la science elle-même.

Et qui ne se souvient pas de la fameuse imposture scientifique de la « mémoire de l’eau » du Dr Jacques Benvenista? C’était en 1988, et c’est sous ce titre « Une découverte française pourrait bouleverser les fondements de la physique: la mémoire de l’eau.» Le journal le Monde titra cette supposée nouvelle révolution copernicienne. De la physique quantique? Que nenni! Le Dr Jacques Benveniste, médecin et biologiste directeur de l’unité 200 de l’Inserm avait découvert que l’eau avait une « mémoire », et offrait ainsi une légitimité rationnelle au fonctionnement sous-jacent de l’homéopathie, supposant démentir les arguments de ses détracteurs sur son efficacité et son effet placebo.

La fameuse revue Nature se prêta au jeu de cette théorie en proposant une expérimentation sur la mémoire de l’eau et sa conclusion fût la suivante: Elle « accusa le coup et publia un rectificatif concluant: « L’hypothèse selon laquelle l’eau garderait la mémoire d’une substance qu’on y a diluée est aussi inutile que fantaisiste. ». Mais trop tard, le mal était fait, Nature (et le Monde du même coup) s’était ridiculisé en publiant un article avant d’en avoir vérifié le contenu (ce ne sera pas la seule fois) cédant aux sirènes du scoop, tout le tapage médiatique de l’extraordinaire « nouvelle » fit certainement beaucoup plus de bruit que celle de son démenti.» (L’intérêt de cet ouvrage est indéniable et il développe l’esprit sceptique et cerne avec des exemples pertinents les parti-pris anti-scientifiques).

Cet essai développe l’esprit critique, et s’avère être une grille d’analyse pertinente permettant de décrypter les dérives liées à l’alterscience impactant la pandémie Covid-19 .

COVID-19: POURQUOI NE PAS INNOVER EN TESTANT AVEC DES CHIENS?

« Les chiens sont formés en quelques jours et les frais d’entretien se limitent au coût de la nourriture.» (Dominique Grandjean, professeur à l’EnvA)

Si l’illustration d’un chien « Golden Retriever »portant des lunettes est fantaisiste, le sujet de ce post est sérieux! Comme l’a dit Charlie Chaplin, l’humour renforce notre instinct de survie et sauvegarde notre santé d’esprit. Et l’on peut dire qu’en ce temps de pandémie, ses propos étaient prémonitoires. La pandémie actuelle va encore perturber pendant de nombreux mois notre vie avec les mesures sanitaires mises en place! Chaque jour en lisant les derniers chiffres sur l’évolution de la pandémie, la perspective d’un renforcement des mesures sanitaires se profile dans les régions où il y a un fort taux de contamination et une taux d’occupation des lits en flux tendu. Allons nous de nouveau vers un re-confinement (localisé ou généralisé) préconisé par des médecins, comme dans certains pays (Espagne, Israël, Royaume Uni, l’Italie) ? Nous verrons bien…

Depuis la possibilité pour tout et chacun d’obtenir un test PCR sans ordonnance, les laboratoires d’analyses médicales sont engorgés, faisant exploser les délais des résultats pouvant porter préjudice aux vrais malades!

Alors, pour aider les soignants et pallier à l’engorgement des tets, reparlons une fois de plus du rôle des chiens détecteurs du virus auxquels j’ai consacré récemment deux posts: Les chiens, auxiliaires dans le dépistage du Covid-19 et Covid-19: sa signature olfactive avec les chiens renifleurs.

La recherche sur les chiens dressés à détecter l’odeur de la Covid-19 est une innovation mise en oeuvre dans certains pays à grande échelle. Un article publié dans le BMJ publié le 25 septembre évoque cette stratégie!

Depuis le 22 septembre, des chiens dressés à détecter l’odeur du virus ont été affectés à l’aéroport d’Helsinki-Vanta. Wisenose, le site de référence des chiens détecteurs de maladies rapporte qu’ils sont dix chiens dressés spécialement pour la Covid-19. Un chien ainsi dressé est capable de détecter entre 10 à 100 molécules alors que pour un kit de détection, il en faut 18 millions. Sacrés nez ces chiens!

Les tests préliminaires menés par les chercheurs de la faculté vétérinaire de l’université d’Helsinki montrent que les chiens peuvent être efficaces à 100 pour cent! Et ils peuvent sélectionner les personnes atteintes du virus avant l’apparition des symptômes.

Ulla Lettijef, directrice de l’aéroport définit la Finlande comme pionnière: « à notre connaissance, aucun autre aéroport n’a essayé de faire appel à la détection canine à une si grande échelle. Cela pourrait être une avancée majeure pour enrayer l’épidémie de Covid-19.»

Amis des animaux, vous allez être déçus car pas question de caresser ces chiens et de leur faire des calins! Les personnes qui sont testés avec les canidéss doivent essuyer leur peau avec une lingette qu’ils devront placer dans un récipient. Ceux qui seront positifs seront orientés vers le service de santé.

Deenan Pillay, professeur de virologie à l’University College London se montre sceptique sur l’apport des chiens: ils « ne sont pas une solution miracle, et ils ne remplaceront pas une approche de santé publique efficace.» On peut-être avoir les deux, non? L’un n’exclut pas l’autre.

Et où en est-on dans notre pays avec l’utilisation des chiens détecteurs de Covid-19? La France fût pionnière sur le sujet dès le mois de mars avec le projet Noasaïs initié par le professeur Dominique Granjean, enseignant-chercheur à l’école nationale vétérinaire d’Alfort. La revue Challenges a consacré le 10 septembre dernier un chouette article sur ce projet! Bien qu’il soit jugé prometteur par les experts, il fait un malheur à l’étranger mais en France, il a du mal à décrocher des subventions publiques pour se développer comme en Finlande. L’expertise développée par l’EnvA se développe dans le monde entier sauf chez nous.

Ainsi que le souligne le professeur Dominique Grandjean « Cette méthode est complémentaire de celle du dépistage par PCR qui, aujourd’hui, est encore la seule sur laquelle s’appuient les autorités. Résultat, les laboratoires d’analyse sont sous l’eau alors que l’on pourrait les soulager avec notre protocole si facile à mettre en oeuvre» et « Les chiens sont formés en quelques jours et les frais d’entretien’ se limitent au coût de la nourriture. » La facture pour l’Assurance maladie des tests PCR, quant à elle, dépasse les 250 millions d’euros par mois.»

Dommage, vraiment dommage….un immense gâchis et c’est désespérant!

Pour en savoir plus:

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https://www.geo.fr/histoire/des-chiens-renifleurs-decouvrent-des-sepultures-vieilles-de-3000-ans-en-croatie-198336