COMMANDER UN BÉBÉ EN UN SEUL CLIC, EST-CE POSSIBLE?

« Une tendance inquiétante se dessine, note-t-il. Nous passons d’une conception de l’enfant comme un don à une conception de l’enfant comme une donnée que l’on contrôle. Plus vous le profilez, plus vous en faites un objet… »(Thomas Ploug)

Berceau vintage

L’ouverture de la procréation médicalement assistée aux femmes célibataires et aux homosexuelles a été adoptée cette semaine par le sénat. Aujourd’hui, je vous propose une mise à jour d’un post que j’avais rédigé en janvier 2018, et que j’ai enrichi avec l’actualité. La PMA (Procréation Médicalement Assistée) ou terme plus médical, celui d’AMP est l’un des sujets sociétaux les sensibles au programme avec la Fécondation In Vitro (FIV) et la GPA (mères porteuses). Il était possible d’en débattre sereinement il y a dix ans lors de séminaires confidentiels réservés aux professionnels de la santé et de la justice où des philosophes comme Sylviane Agacinsky était invitée pour s’exprimer avec d’autres invités venus de pays européens. Aujourd’hui, il en est tout autrement. La philosophe, farouchement opposée à la GPA, a vu un débat annulé sur le thème de « l’être humain à l’époque de sa reproductibilité » puis reprogrammé à Bordeaux à la suite de menaces.

Jusqu’au vote de la loi P.M.A était « réservée dans notre pays aux couples hétérosexuels en âge de procréer qui n’arrivent pas à avoir un enfant naturellement par des voies naturelles », qui sont stériles médicalement. Un couple hétérosexuel sur huit serait concerné par l’AMP! Selon l’origine de la stérilité la PMA fait appel à une ou plusieurs techniques différentes, de l’insémination artificielle à la congélation des embryons. Les protocoles des FIV varient suivant les causes à traiter. Les FIV se font en partie à partir du don de gamètes qui consistent à donner anonymement et gratuitement son sperme ou ses ovocytes (avec technique de vitrification ou non). L’une des particularités de notre pays est que le don de gamètes est totalement gratuit ce qui n’est pas le cas dans d’autres pays européens où les donneurs sont rémunérés. Cette révision de la loi peut modifier la donne sur ce sujet car depuis des années, certains médecins craignent une pénurie de gamètes. Les avis sont partagés, et il faudra certainement de nouvelles structures adaptées s’il y a un afflux de demande de FIV. Terra Incognita!

Avant que la loi ne soit votée cette semaine, les personnes stériles qui ne rentrent pas dans les critères de la législation française, et qui avaient envie d’avoir un enfant se tournaient vers d’autres pays où la législation de la PMA est plus souple. Cela peut heurter les sensibilités mais comment critiquer la souffrance de personnes désireuses d’avoir un enfant? La suspension du jugement s’impose. Là, ce n’est pas gagné car c’est devenu une bataille politique et de lobbies divers, et la lecture des réseaux sociaux sur ce sujet est joyeuse! 

La PMA, nouvelle mouture, continuera d’être remboursée par la Sécurité Sociale aux couples hétérosexuels infertiles suivant les critères médicaux définis depuis des décennies, mais ne le sera pas pour des FIV de convenance où il n’y a pas d’infertilité médicale. Mais la chambre des députés aura le dernier mot!

L’adoption de cette loi  va-t-elle avoir un impact sur le tourisme procréatif? Des femmes vont-elles continuer à faire appel à des banques de sperme étrangères si elles ne passent pas le cap de la supposée évaluation psychologique, médicale et sociale requise par la loi? L’émission de Sept à huit avait diffusé en avril 2017 un documentaire éloquent sur la société Cryos, une banque européenne de sperme qui évoque le tourisme procréatif.

Cryos International est la première banque de sperme qui pratique à l’échelle industrielle la vente de gamètes, et notamment par correspondance. Si vous tapez sur le moteur de recherche Google, la société Cryos est la banque de sperme qui apparaît en premier. Cette société a été créée en 1991 et est basé à Arthus au Danemark. Son créateur Ole Schau (63 ans), n’a aucune formation médicale, et il est titulaire d’un diplôme d’une grande école de commerce.

Alors, comment ces femmes s’y prenaient-elles pour contourner la loi française et obtenir une FIV en s’adressant à Cryos? Elles la commandent tout simplement via le site internet Cryos, et choisissent le père biologique sur catalogue. Il est aujourd’hui possible, à l’étranger, de choisir certains critères génétiques du futur enfant comme la couleur de ses yeux, de ses cheveux et de sa peau et autres caractéristiques.

En créant Cryos, Ole Schau voulait aider les  femmes stériles. « Je voulais rendre service aux gens » affirme-t-il à qui veut l’entendre, « et puisqu’ils rêvent de petits Aryens blonds yeux bleus », Ole Schau les comble. Face aux accusations d’eugénisme (on est en droit de s’interroger à ce sujet), il répond: « toute notre société est fondée sur la sélection naturelle. Il est normal que des parents puissent choisir un géniteur selon leurs critères.». Il y a quelques années, Cryos avait suscité une vive polémique pour avoir refusé des donneurs roux. L’une des raisons invoquées par le fondateur de Cryos est qu’il n’y avait pas suffisamment de demandes. Dans l’une de ses interview, Olé Schau lance à ce sujet: « en même temps, nous manquons cruellement de diversité ethnique».

30 ans plus tard, Cryos est la plus grande banque de sperme européenne. Cryos est officiellement une banque de tissus autorisée au titre de la directive européenne sur les tissus et les cellules, et est conforme à la législation européenne. Il faut rappeler qu’il est interdit en France d’acheter des cellules vivantes, mais Cryos s’est bien débrouillé en surfant sur la législation. Cryos emploie aujourd’hui une centaine de personnes. L’entreprise génère entre 13 et 20 millions d’euros. Elle aurait dans sa base de données plus de 700 donneurs et plus de 100 litres de sperme congelé. Record homologué dans le Guinness book

Cryos a plusieurs groupes (fermés) sur le réseau social facebook pour faciliter les démarches pour une FIV: Cryos FR, Family Dreams-Cryos International, Insémination, Cryos: démarche et parcours.

Comment est constitué le catalogue virtuel qui permet de choisir les caractéristiques génétiques du donneur à  transmette à son enfant? Chaque donneur de la banque de sperme est anonyme et référencé par un numéro. Le poids, la taille (les pères doivent mesurer au minimum 1,70 m) la couleur des cheveux, celle des yeux, le niveau d’études et l’ethnie sont précisés sur le catalogue.

Comment se passe la vente en ligne d’une FIV avec Cryos? Et bien comme sur votre d’achat préféré en ligne! La future mère après l’avoir choisi sur catalogue clique sur le géniteur choisi « , et le met dans l’icône « landeau » qui remplace l’icône panier des sites commerciaux. L’étape suivante est celle que nous connaissons tous quand nous achetons sur le net « mode de paiement par carte bancaire ».

Le paiement dûment enregistré, quelques jours plus tard, la future maman se voit livrer sa dose de sperme à domicile dans une bonbonne étanche. Il est joint au colis un mode d’emploi pour qu’elle puisse faire sa FIV chez elle. D’abord, elle doit faire décongeler les paillettes, et ensuite s’installer dans une position confortable pour les introduire avec une canule.

Alors pourquoi ces femmes choisissent-elles le « packaging Cryos »? Les raisons seraient principalement financières. Ce serait moins onéreux que d’aller dans une clinique de fertilité espagnole dont le coût avoisine les quinze mille euros. Faites les calculs! Avec Cryos, un achat en ligne coûte trois mille euros. Alors, peut-on parler de FIV Low Cost ? Avec la formule VPC, la femme a une chance sur trois de tomber enceinte. Selon Cryos, il y aurait  près de 23 000 naissances en France avec leur formule. Dans un article de Paris Match, on peut lire que Cryos, en 2016, serait à l’origine de 246 grossesses en France. Les femmes célibataires représenteraient 40 % de sa clientèle, et Ole Schau pense que bientôt ce sera 70 % des célibataires qui feront appel au packaging Cryos.

La loi danoise prévoit qu’un donneur de sperme ne peut être à l’origine de plus de  douze grossesses. La législation internationale étant très vague, pour engranger des bénéfices, Cryos va exporter 90 % de sa collecte dans plus de soixante dix pays. Cliniques privées (avec parfois des ristournes) et pour des particuliers.  Cette diversification de l’activité de Cryos est une corne d’abondance pour la société en contournant en toute légalité les quotas fixés par les législations internationales. Comme n’importe quelle société commerciale, Cryos sponsorise des publicités sur les réseaux sociaux pour recruter de futures clientes. Est ce la FIV ou le désir d’enfant qui se marchande? Il est évident que le marketing de ces sites est alléchant! Comment ne pas craquer devant des superbes photos de bébés qui promettent le paradis parental?

Que se passe-t-il du côté du donneur anonyme? Cryos rémunère le don de sperme contrairement à la France. Si elle a le sens des affaires, la banque est aussi très exigeante sur la qualité des spermatozoïdes des donneurs. Huit candidats sur dix seraient recalés. Les maladies génétiques ou sexuellement transmissibles sont systématiquement dépistées. Les donneurs signent un contrat et touchent 60 euros par don (parfois plus en fonction des critères génétiques). C’est l’occasion d’arrondir les fins de mois avec une somme variant entre 300 et 1600 euros. La majorité des pères affirment que leur motivation principale n’est pas financière mais guidée par l’altruisme, et ainsi exaucer le désir d’enfant de femmes infertiles.

Il y a Cryos, mais l’entreprise ne fait que répondre aux demandes du « marché international de la procréation » souligné en ces termes judicieux par Sylviane Agacinski: « Sur ce marché mondialisé, la concurrence entre les entreprises est âpre : certains comme l’Institut Feskov, en Ukraine, affichent le “meilleur rapport qualité/prix”, incluant l’assurance-vie de la mère porteuse, un diagnostic préimplantatoire légal (permettant le choix du sexe et assurant un enfant en “bonne santé”), le choix d’un donneur ou d’une donneuse de gamètes du phénotype souhaité (européen, asiatique ou africain), un nombre de FIV illimité, c’est-à-dire des prélèvements d’ovocytes répétés et dangereux pour la donneuse. »

Le Danemark a modifié sa loi sur l’anonymat des pères biologiques. Il y a maintenant la possibilité de lever l’anonymat du père si l’enfant à sa majorité le souhaite en s’adressant un association spécialisée. Ainsi, une jeune fille conçue par FIV a pu grâce à cette association retrouver son père biologique et trois demi-frères. Un père qui s’est fait connaître reste en contact avec sa fille biologique. Et même le grand-père biologique a voulu connaître sa petite-fille! Et le devenir de l’enfant dans tout ça? Grande interrogation, n’est ce pas?

Le choix d’un bébé sur catalogue préoccupe Thomas Ploug, membre du Conseil d’éthique et professeur à l’université d’Aalbourg : « une tendance inquiétante se dessine, note-t-il. Nous passons d’une conception de l’enfant comme un don à  une conception de l’enfant comme une donnée que l’on contrôle. Plus vous le profilez, plus vous en faites un objet. Ce ne peut qu’avoir des conséquences sur la façon dont les parents se comportent avec lui, sur leur dévouement. Bien sur, c’est infime, et dans la plupart des cas, cela se passe bien. C’est une question de dignité. Un objet, on peut s’en lasser et s’en débarrasser.»

On peut trouver sur le site de Cryos le témoignage d’un homme conçu en 1979 par FIV et avec un donneur anonyme. Ses parents ne lui avaient pas révélé les circonstances de sa naissance, comme cela était préconisé à l’époque, et ce pour ne pas déstabiliser psychologiquement l’enfant: « Je ne l’ai appris qu’à l’âge de 30 ans. J’étais alors en thérapie car je n’allais pas bien. C’est ma mère qui me l’a révélé, et c’est comme si j’avais enfin vu la lumière. J’avais tout pressenti. Depuis longtemps, je me cherchais des pères putatifs, alors même que mes relations avec mon père étaient bonnes. Lorsque j’ai su, j’étais très soulagé. Mais, après la phase d’euphorie, j’ai fait une dépression. Ma vie était bâtie sur un mensonge. J’ai mis beaucoup de temps à digérer. Le centre de don a refusé de me donner le nom du donneur. Je suis contre cet anonymat.» Il est hanté par le fait « qu’il lui manque une partie de son histoire ».

Ces bébés sur catalogue sont un fait de société rendu possible par la science médicale. On peut aussi penser aux risques d’eugénisme si tous les enfants sont ainsi conçus! Où est l’éthique dans tout ça quand on, constate que le « désir d’enfant » fait prospérer un commerce bien lucratif. L’avenir nous dira ce qu’il advient psychologiquement de tous ces enfants conçus ainsi sur catalogue. Aujourd’hui, il est trop tôt pour se prononcer mais on pense au « Meilleur des Monde » de Aldous Huxley et on aimerait que ce ne soit pas une sinistre prophétie.

L’un des moyens d’éviter les dérives éthiques, le droit à l’enfant plutôt que les droits des enfants, surtout la GPA (Gestation Pour Autrui), serait de réviser les lois sur l’adoption afin qu’un maximum d’orphelins soient adoptés dans les meilleures conditions, limitant ainsi le recours à la PMA.

Pour en savoir plus: 
http://www.la-croix.com/Ethique/Sciences-Ethique/Sciences/Au-Danemark-des-bebes-sur-catalogue-2013-04-08-942785

COMMENT LE NET CHANGE NOS COGNITIONS ET NOS RELATIONS AVEC AUTRUI.

La Psychologie des foules de Gustave le Bon est applicable aux réseaux sociaux. Les Facebookiens peuvent être assimilés à une foule, et se comporter comme telle sur de nombreux points.

©Gaetino Motisi (Palerme) https://gaetanomotisi.com/store/

Dans les années 60, le sociologue canadien Marshall Macluhan constatait déjà l’impact des médias sur nos perceptions sensorielles. Selon leur nature (radio, journaux, télévision et écrans divers), nos sens réagissent différemment. Il faut les concevoir comme des extensions de nos sens. Ainsi, le livre est le prolongement de l’œil, le téléphone et les écrans divers sont celui du système nerveux. Les médias fournissent la substance de la pensée, mais ils façonnent aussi les processus de la pensée. Ils agissent sur nos cognitions.  Aujourd’hui, après le livre, la radio et la télévision, c’est l’internet qui règne en maître. M.Macluhan a élaboré deux concepts phares. Le premier est que ce n’est pas le contenu qui affecte la société mais le canal de transmission lui-même, et le deuxième est la notion de village global. Nous faisons tous partie d’un village mondial façonné par aujourd’hui par le net, et en cela, il a modifié nos rapports aux autres et à notre environnement.

Internet modifie indiscutablement nos circuits cérébraux constate par Nicholas Carr dans son essai Internet rend-il bête?

« l’écran inonde littéralement notre cerveau, et ce des heures durant. Nous sous-estimons le temps que nous passons sur internet, nous sous-estimons la gymnastique cérébrale que cela demande. Et pour ma part, je suis persuadé que je ne pense pas de la même façon qu’avant.

Le psychiatre Serge Tisseron rejoint sur ce point Nicholas Carr: « L’utilisation des médias sociaux serait responsable de la diminution de la pensée réflexive quotidienne ordinaire.»

Clay Shirky parle de « Social Media Fatigue ». Un concept à ne pas négliger si nous passons beaucoup de temps derrière l’écran, sur les réseaux sociaux notamment.

Plus que l’abondance d’informations qu’il faut dénoncer, c’est plutôt l’incapacité de notre cerveau à filtrer les informations. Il ne double pas de capacité tous les 18 mois comme les puces informatiques. Il n’y pas encore d’études sur la façon dans l’utilisation d’Internet affecte certains de nos cognitions, comment certaines aires de notre cerveau sont modifiées. Quelques études sur les jeux vidéo évoquent des changements dans les régions du cerveau responsables de l’attention et du contrôle, sur les impulsions, un impact sur le circuit de récompense et une perte de contrôle. Tout ceci en relation avec une addiction. Une étude sur le jeu vidéo internet montre qu’il y a incontestablement des effets multiples et complexes sur la cognition et le développement du cerveau chez l’adolescent, sans comorbidité psychiatrique.

Devant un écran, c’est l’œil qui est mis à contribution. Le temps de traitement d’une information visuelle a augmenté de 30% sur un écran. Et il ne faut pas sous-estimer la plasticité cérébrale, c’est à dire la capacité d’adaptation et de changement de notre cerveau.   Internet et les réseaux sociaux modifient notre façon de penser, de réagir et d’interagir avec l’autre, et ils affectent en tout cas notre concentration. Plus on est derrière un écran, plus on doit lutter pour rester concentré sur de longs morceaux d’écriture. Notre pensée deviendrait-elle morcelée? Fragmentaire si notre pensée est moins linéaire ?  

Sans être un parfait Geek, nos habitudes ont changé avec la banalisation de la Toile. Avant, les contenus informatifs ou culturels étaient identifiables. Internet est un hypermédia immédiatement accessible en quelques clics, et ses hyperliens renvoient un écho sans fin d’informations à notre cerveau, jusqu’à saturation. À coté du temps passé derrière les écrans, nous lisons moins de livres, nous n’envoyons plus de courrier par la poste, et avec son corollaire, nous n’en recevons plus. Nous consacrons une grande partie de notre lecture à des mails, SMS ou sur le net. Nicholas Carr insiste sur les effets délétères de cette obésité de l’information : « là où le livre et la lecture profonde nous enrichissaient, la fréquentation de l’hypermédia Internet nous affaiblit en « éparpillant notre concentration » sur des choses les plus souvent sans intérêt autre que, justement de nous distraire.»  

Nous consommons des mots dans un état de distraction du fait que notre cerveau est en mode multitâche, et se met en mode paresseux. Lorsque nous lisons un livre, nous nous mettons dans une situation passive, permettant à l’esprit de se concentrer sur les mots, au lieu de voir constamment comme on le fait sur le net, de zapper dès que l’on a lu trois lignes, tout ça pour chercher s’il y en a de nouveaux, et peut-être des meilleurs, pensons nous dans notre fond intérieur. Et les hyperliens sont des puits sans fond.  

Or, notre cerveau n’est pas multitâche, et c’est scientifiquement prouvé. Chacun  des hémisphères ne peut traiter qu’une seule tâche à la fois. Le cerveau n’est pas en mesure de réaliser plusieurs tâches en même temps. En fait, plusieurs zones vont s’activer en même temps, mais le cerveau ne traitera qu’une seule tâche à la fois. La zone préfrontale, située à l’avant du cerveau, assure une forme de coordination et de planification, un peu comme un commutateur permettant au cerveau de passer d’une tâche à l’autre en quelques 100 millisecondes (soit 0,1 seconde).On ne peut pas coordonner plus de deux activités à la fois. L’homme-orchestre n’existe pas!

Mais qu’entend-on par tâche?
C’est un comportement maîtrisé et intentionnel qui nécessite de la concentration. Au moment d’exécuter  la tâche, la personne  doit avoir l’objectif de son geste. On n’entend pas par-là des automatismes, comme par exemple écouter la musique en bruit de fond en lisant un livre. Les deux supports ne sollicitent pas les mêmes sens. L’écriture est considérée comme une tâche unique. Lorsqu’on rajoute une tâche à une autre, au delà de trois, on est plus enclins aux erreurs et on est moins réactifs.

Le cerveau va prendre l’habitude de compter sur les sollicitations perceptives, externes pour relancer sa vigilance. On parle d’addictions au  net et aux réseaux sociaux. Sans aller jusqu’à l’addiction, chacun de nous peut ressentir une impression une appétence, comme si le cerveau avait besoin d’avaler sa dose de web ou de visite sur les réseaux sociaux. On est boulimique d’informations sur le mode compulsif, surtout sur les réseaux sociaux.

C’est souvent masqué pas des motivations inconscientes d’aller à la recherche d’informations susceptibles d’accroître nos connaissances, ou de rompre l’ennui ou la peur de se retrouver face à face avec soi. Ou bien est-ce une nouvelle forme de consumérisme contemporain qui fait que l’on consomme du net comme tout le reste. C’est souvent vrai, mais au fond de nous, acceptons que nous perdons du temps parfois à des futilités, et ils nous empêchent d’aller vaquer à d’autres occupations en dehors du monde virtuel. 

Un mésusage du net encouragerait-il la proscrination? On peut s’interroger! C’est notre faculté d’attention qui en prend un coup. Michael S.Rosenwald qui a enquêté pour le Washington Post sur un phénomène qu’il a qualifié de « problème d’engagement », une certaine inquiétude grandit dans l’esprit de l’internaute dès lors que le message vient trop long. Les réseaux sociaux ont leurs particularités. En moins de 10 ans, les réseaux sociaux ont totalement modifié nos usages, nos interactions avec autrui. Ils font partie de notre inconscient collectif, et une partie de notre socialisation passe par eux. Nous y consacrons plusieurs heures par jour. Dar Meshi (Université de Berlin) a démontré que le noyau Accumbens est particulièrement activé chez les gros utilisateurs de Facebook. Cette zone agit comme un comparateur social, il est d’autant plus développé que nous nous connectons souvent sur ce réseau social. L’unité de mesure est le « LIKE », et qui constituent une forme monnaie d’échange affective sur Facebook, ou du moins de gratification sociale, et il vient s’intégrer dans ce que l’on nomme le circuit de récompense. Mais qu’y a-t-il de si plaisant à se comparer virtuellement à autrui. Peut-être par le fait que nous sommes des animaux sociaux, et que nous avons besoin des autres.  

La qualité de nos relations avec nos amis virtuels est-elle comparable à celle de nos amis dans la vraie vie? Dunbar avait déterminé que les êtres humains ne peuvent pas maintenir plus de 150 relations sociales. Cette limite s’applique-elle aussi à la vie virtuelle? Les capacités de socialisation ne sont donc pas décuplées sur Facebook. Il y a la fameuse concurrence des égos, en sachant que contrairement à une rencontre physique où l’on peut voir la gestuelle, les mimiques et entendre la voix de son interlocuteur, les projections sont nombreuses. Ce mécanisme de défense qui attribue à autrui des idées et des affects (désagréables ou méconnus) rend inévitable les biais de communication.

Feu, le philosophe Roger Scruton dans son livre De l’urgence d’être conservateur s’interroge sur la pertinence de nos cognitions et émotions derrière un écran: «…vivre derrière un écran est dénué de risque, et nous ne risquons rien de l’ordre du danger physique, de l’embrasement émotionnel ou de la responsabilité envers autrui lorsque nous cliquons pour entrer sur une nouvelle page…On peut débuter des relations et y mettre un terme via l’écran sans aucun embarras, en restant anonymes ou en agissant sous un pseudonyme, ou même en se cachant derrière une fausse identité. On peut décider de « tuer » son identité virtuelle à tout moment, sans rien souffrir en conséquence.» Pourquoi, dès lors, se donner la peine de pénétrer le monde des véritables rencontres, lorsque ce substitut aisé est disponible? Et lorsque le substitut devient une habitude, les vertus nécessaires aux véritables rencontres ne peuvent se développer.»

La Psychologie des foules de Gustave le Bon est applicable aux réseaux sociaux. Les Facebookiens peuvent être assimilés à une foule, et se comporter comme telle sur de nombreux points. Pour G.le Bon, «la foule est un être dénuée d’intelligence, et qui par conséquent n’élève pas les personnes la composant…Ça fait ressortir plein de mauvais côtés…il y a un côté conquérant dans le fait d’avoir des personnes en groupe. Ils vont avoir une espèce  de supériorité qu’ils vont se donner uniquement parce qu’ils sont plusieurs.» Cet aspect des foules souligné par Bon s’explique par le caractère viral des échanges sur le net, les forums, les réseaux sociaux et les plate formes comme You Tube (ou autres).  

Il y a une perte d’individualité au profit d’une collectivité. Cette perte d’individualité est renforcée par l’anonymat conforté avec les pseudonymes. On y observe la contagion des sentiments et des émotions, soit sur le versant positif (empathie, solidarité, gentillesse) ou soit négatif (haine, bashing et autres joyeusetés) qui touchent l’affect et l’émotionnel et peuvent bouleverser notre équilibre psychologique. On s’émeut lors de drames collectifs, et pour montrer son empathie, on crée des nouveaux rites collectifs en partageant des images symboliques correspondant à une célébration collective. C’est manifestement un nouveau mode de catharsis. Si Internet est une source de savoirs multiples, d’informations accessibles en quelques clics, il a aussi son lot de désinformation et de propagation des rumeurs. L’irrationnel, notamment le nihilisme rationnel peut induire en erreur nombre de ses utilisateurs.

Tout comme la foule, les membres d’un réseau social peuvent être extraordinairement influençables, crédules est totalement dépourvus de sens critique. La désinformation devint alors un de risque majeur. Les membres d’un réseau social peuvent être portés à tous les extrêmes, être influencés par des excitations exagérées, et sans argument logiques  que l’on peut observer sous forme de  manichéisme ou de clivage. 

« Un commencement d’antipathie devient aussitôt une haine féroce » (Le Bon). Cette foule virtuelle a aussi ses meneurs, et qui dans la vie réelle ne paieraient pas de mine.   Alors comment s’étonner que certaines études parlent de la dépression Facebook. Une étude révèle que plus les internautes utilisaient Facebook, plus ils étaient malheureux. Plusieurs raisons à cela. D’abord la comparaison sociale, citée plus haut, faite de compétition entre égos est source de déprime. Et également, le réseau social un impact sur le moral car il peut couper du monde réel.  Partager ses états d’âme via un statut, peut soulager si c’est occasionnel mais il peut aussi entretenir le cercle vicieux des symptômes d’un mal-être plus profond qui dépasse le simple spleen, et être un épisode dépressif majeur. Comme le souligne le psychologue sociale Ethan Kops, «en surface, Facebook semble offrir une ressource inestimable permettant de combler les demandes liens sociaux. Mais plutôt que d’améliorer la sensation de bien-être, nous avons trouvé  que l’utilisation de Facebook déclenche le résultat opposé, il l’affaiblit. »  

Les personnes sont exposées à de nouveaux risques comme la diffamation ou le cyber harcèlement. « Le caractère du cyber harcèlement se caractérise par la permanence des messages laissés sur la Toile et qui peuvent être très difficiles parce qu’ils ont été partagés des dizaines et des centaines de fois.», explique Grégory Michel, professeur de psychologie clinique et de psychopathologie. Une victime sur deux ne connaît pas son agresseur. Il est facile de créer un faux profil, et de se livrer au lynchage. Il est plus difficile à cerner que le harcèlement moral. Ce cyber harcèlement peut pousser des adolescents au suicide. Côté modifications cognitives suite à l’utilisation des réseaux sociaux, il n’y a pas d’études mais le psychiatre Serge Tisseron la compare à celle des jeux-vidéos. Alors si on se réfère à des études sur les jeux-vidéos, l’acuité et l’attention visuelles, la coordination visuelle-motrice et la mémoire à court terme augmenteraient.

Les aspects sombres de l’internet et des réseaux sociaux sont indéniables, et il faut se centrer sur les qualités offertes par ce nouvel environnement. Le net développe les pratiques d’attention concentrée et éphémère, et il nous faut simplement développer en parallèle la pensée linéaire complexe qui peut pallier à la dispersion de l’attention et favoriser la pensée paresseuse constatée par divers chercheurs.  Après tout, restons optimistes car notre conscience, et notre inconscient probablement sont adaptés au changement. C’est ce que souligne, le philosophe évolutionniste Daniel.C. Dennett: « La conscience humaine était faite pour le partage des idées –cela revient à dire que l’interface utilisateur humaine a été créée par l’évolution tant biologique que culturelle, et que son invention a répondu à une innovation comportementale à l’activité consistant à communiquer des croyances et des plans, et à comparer des notes. »

Pour en savoir plus:

http://www.huffingtonpost.fr/2012/06/27/harcelement-sur-internet-peut-on-lutter_n_1631367.html http://www.vanksen.fr/blog/tendance-4-social-media-fatigue/ http://archives.radio-canada.ca/arts_culture/medias/dossiers/323/ http://www.psychologies.com/Culture/Ma-vie-numerique/Articles-et-Dossiers/Internet-nous-rend-il-idiots/7 http://soocurious.com/fr/jouer-aux-jeux-video-change-votre-facon-de-rever/ http://lhumain.eklablog.com/citations-theorie-evolutionniste-de-la-liberte-de-daniel-c-dennett-p449499    

CHOISIR LES CADEAUX DE NOËL, RITUEL OU CORVÉE?

Ce fameux esprit de Noël serait visible dans l’activation de certaines zones du cerveau par résonance magnétique fonctionnelle (IRM).

Les fêtes de fin d’année sont l’occasion d’échanger des cadeaux à mettre sous le sacro-saint sapin aux décorations et aux lumières étincelantes. L’usage d’offrir des cadeaux ne s’est pourtant développé qu’à partir du XIXe siècle. On peut toujours arguer que les fêtes de fin d’année illustrent, comme le dit Émile Cioran, « le cauchemar de l’opulence », la culture de consommation exacerbée, mais mine de rien, Noël est un rituel collectif par sa référence mythique sacrée. Et c’est aussi une période où la générosité s’exprime avec les cadeaux, les visites et les voeux de fin d’année.

L’esprit de Noël est un mélange de profane et de sacré auquel nous nous prêtons de bonne grâce ou en rechignant, mais nous nous y plions en tant que norme collective. Le sociologue Émile Durkheim pense l’expérience du sacré comme celle d’une communion avec le groupe, et il ne voit « dans la divinité que la société transfigurée et pensée symboliquement ». La démonstration du sacré se fait à travers l’échange de cadeau, la simultané. Faire des cadeaux est un geste ancestral qui est une forme du gaspillage cérémoniel lié à toute fête, comme le souligne l’historienne Nadine Cretin.

Dans notre société contemporaine, l’échange de cadeaux sous le sapin est la fois don et marchandise. L’enfant, même s’il croit au Père Noël, mémorisera cette valeur symbolique du cadeau, et il reproduira une fois devenu adulte ce don. Le cadeau de Noël correspond à cette forme d’échange qualifiée par l’anthropologue Marcel Mauss, au sujet du don, comme une triple obligation qui consiste « à donner, recevoir et rendre ».Derrière l’échange de cadeaux sous le sapin, il y a la notion de potlach évoquée par l’ethnologue Marcel Mauss dans son ouvrage, Essai sur le don. Forme et raison de l’échange dans les sociétés archaïques. Le potlach c’est l’essence du don, et il explique ( toujours en partie) l’esprit de l’échange de cadeaux à Noël. L

Avant de le mettre sous le sapin, le rituel collectif du cadeau est contraignant : cette fièvre acheteuse de l’esprit de Noël vide le porte-monnaie et demande de l’imagination pour trouver le cadeau qui fera plaisir.

Plus on arrive à la date fatidique de Noël, plus la frénésie consommatrice est perceptible. Les fêtes de fin d’année sont gravées dans le marbre, et on serait tenté de penser que cela va avec une certaine logique de comportement : celui qui consiste à acheter le plus tôt possible ses cadeaux dès que le top départ commercial est donné en novembre.

L’idéal serait d’acheter dans les meilleures conditions les cadeaux à faire, sans se précipiter au dernier moment dans les magasins bondés;  courir le risque que les articles convoités soient en rupture de stock ou qu’ils ne correspondent pas aux critères souhaités (taille, couleur et forme). Ce serait un comportement rationnel.

Et bien, Noël ou pas, cadeau ou pas, le consommateur rationnel n’existe pas. Nos actes d’achats sont d’abord déterminés par des facteurs affectifs et cognitifs. Et quand il s’agit des cadeaux de fin d’année, vient s’y ajouter une autre dimension propre à ce rituel collectif.

Les fêtes de fin d’année sont une occasion pour toute la famille de se réunir au grand complet. L’échange de cadeaux est là pour renforcer les liens, mais aussi réévaluer la place de chacun dans son réseau familial et relationnel, et même si c’est inconscient, cela peut être chez certaines personnes générateur d’anxiété et de stress.

Les cadeaux sont révélateurs des relations avec notre entourage, et ils ont une vie après avoir été offerts. Et si c’est trop anxiogène, on essaye d’y échapper, selon certains spécialistes de la psychologie, en remettant les achats de cadeaux au dernier moment.

Évidemment, il y a les procrastinateurs chroniques, ceux qui ont cette manie de retarder volontairement jusqu’au dernier moment une action qu’ils ont l’intention de réaliser, et peu importe si ce retard a des conséquences négatives. En s’y prendre à la dernière minute serait une façon de conjurer le stress et l’angoisse. Finalement, est-ce que ça vaut vraiment le coup de culpabiliser si on achète les cadeaux au dernier moment? Et si c’était simplement un signe de notre société tourmentée ? Une forme de pollution sociale? La profusion des marchandises dans les étals, en cette période, peut être vécue comme agressif; ce qui amène une tension psychique et l’épuisement des ressources cognitives.

L’étendue du choix, surtout lors des fêtes de fin d’année, n’est pas synonyme de bien-être. La course aux cadeaux peut vite se transformer en cauchemar. Des études ont montré que la recherche systématique du meilleur choix est plus coûteuse sur le plan des émotions que l’attitude qui consiste à s’arrêter au premier article venu. Choisir dans un magasin entre mille et un cadeaux entraîne de la tension psychique et l’épuisement des ressources émotionnelles. La profusion ne devient plus un plaisir, mais anxiogène.

Alors il semblerait que ceux qui s’y prennent au dernier moment pour les achats s’économisent émotionnellement en s’arrêtant au premier article pour faire les cadeaux. Après tout, c’est l’intention qui compte !

Acheter les cadeaux à l’avance ou au dernier moment, est-ce si important? Le principal ne réside-il pas dans l’esprit de Noël ?

Ce fameux esprit de Noël serait visible dans l’activation de certaines zones du cerveau par résonance magnétique fonctionnelle (IRM). C’est ce qu’ont trouvé des chercheurs danois, qui ont publié leurs résultats dans l’édition de Noël du « British Medical Journal » en 2017. Si le sujet est farfelu et fait penser à un poisson d’avril, les neurologues se sont tout de même pliés à une méthodologie rigoureuse en précisant que la psyché ne se résume pas à une cartographie cérébrale.

Selon des neurologues danois, l’esprit de Noël se voit lorsqu’on stimule les aires du cerveau liées aux aires du toucher, de la spiritualité, l’analyse de l’expression faciale des émotions et la capacité de se tourner vers le monde extérieur.

Alors  gardons cette capacité de l’imagination à croire à la magie de Noël et au plaisir des cadeaux sans modération.
©NBT

LA ROBOT-THÉRAPIE, UN AVENIR PROMETTEUR!

Grâce au bot Tree Hole, l’équipe de psychologues a évité plus de 1000 suicides de jeunes Chinois. Selon l’OMS, le suicide est la deuxième cause de décès parmi les 15-29 ans.

L’Intelligence Artificielle a fait son entrée dans le domaine de la santé! L’une des questions qui se pose est de savoir si l’IA remplacera à temps plein les soignants ou en sera un simple auxiliaire? L’avenir nous le dira! Ne rejetons pas l’IA en pensant aux films cauchemardesques de SF hollywoodiens, ce serait vraiment dommage!

Certains programmes de deep-learning surpassent incontestablement les capacités humaines; les plus connus du grand public sont la reconnaissance d’image, la voiture autonome, le diagnostic médical et les robots intelligents. Concernant le diagnostic médical, une approche basée sur le machine-learning (une technologie d’IA explicitement liée au Big Data) assiste les médecins pour diagnostiquer les tumeurs cérébrales. Un exemple parmi d’autres. Derrière tous ces programmes qui peuvent faire douter de nos capacités cognitives, il y a d’abord l’intelligence humaine et les compétences scientifiques qui les ont créés.

Incontestablement, l’IA dépasse certaines capacités cognitives. Mais ce n’est pas le QI! Kai-Fu-Lee dans son livre « IA, La plus grande mutation de l’histoire » raconte qu’il a mis au point, en 1986, le logiciel qui a gagné contre un Américain le championnat du monde d’Othello (version simplifiée du jeu de go). En 1997, l’ordinateur Deep Blue d’IBM a vaincu le fameux champion du monde d’échecs Garry Kasparov lors d’une partie appelée « Le baroud d’honneur du cerveau ». De quoi inquiéter l’opinion publique qui pense que dans un avenir proche les robots vont prendre le contrôle de l’humanité et l’asservir! Nous en sommes loin! Il y a derrière le succès de Deep Blue la main et l’intelligence de l’homme. Le matériel informatique avait été programmé pour générer et évaluer rapidement les positions de chaque coup, et la conception du logiciel avait requis la contribution de champions d’échecs en chair et en os! L’histoire du Chinois Ke Jie, superstar professionnelle du jeu de go, est éloquente. Il se vantait à qui voulait l’entendre de gagner contre Alphago, un programme de Deepmind. Il fut battu à plates coutures dans des conditions psychologiques éprouvantes durant les deux premiers matchs; épuisé, il déclara forfait pour le troisième. Qu’à cela ne tienne, il fut applaudi et soutenu par le public chinois, montrant ainsi que c’est la psyché humaine qui compte avant la machine, et que le discernement humain face aux performances de l’IA l’emporte!

Parmi les branches de l’IA, il y a la robotique! La robotique humanoïde conçu comme le plus ressemblant à l’homme semble être son alter ego, et il a fortement inspiré la SF! La robotique humanoïde est un ensemble de machines destinées à aider l’être humain ou le remplacer dans des tâches complexes ou dangereuses. La robotique s’appuie sur d’autres disciplines (la résolution de problèmes, la compréhension du langage, la vision, l’ouïe, l’apprentissage, etc.) et aussi sur l’ingénierie mécanique, électrique, hydraulique. La conception des robots humanoïdes se base également sur l’informatique affective (Affective computing) et sur la robotique cognitive (Cognitive Robotics). En quelques points, la robotique affective est capable de reconnaitre les émotions humaines, c’est à dire l’interaction entre la technologie numérique et les sentiments. Les principales capacités de la robotique cognitive sont de percevoir, représenter, apprendre l’espace, les situations le plus possible proches d’un fonctionnement cognitif induisant des réactions comportementales basiques!

Dans la catégorie des robots humanoïdes et de la robotique cognitive, il y a la robot-thérapie! La robot-thérapie en est à ses prémices mais déjà appliquée en thérapie relationnelle individuelle. D’ailleurs, pour être rigoureux, plus que le terme de robot-thérapie, les articles scientifiques sur le sujet emploient le terme de « robots sociaux ». Ces robots sociaux ont souvent une apparence enfantine, de type jouet ou animaloïde, ce qui va mettre en confiance la personne et en les rendant inoffensifs aux yeux des personnes avec qui ils doivent interagir. Darwin Op, L’un de ces robots sociaux, mis au point en 2014, rend ainsi d’immenses services en psychothérapie.

Darwin-Op aide à socialiser les enfants atteints de troubles psychiques comme l’autisme. Des chercheurs de l’industrie de Georgia Tech ont mis au point ce programme. Cette interface Enfant/Robot est originale car elle place l’enfant dans une dynamique active et non passive; le principe repose sur l’utilisation d’une tablette Android par l’enfant, qui lui va agir en enseignant au robot humanoïde les règles du jeu Angry Birds! Le robot va apprendre les règles du jeu en mimant le comportement des enfants. « Selon la programmation de Darwin-Op, il est possible d’agir sur plusieurs troubles en rééduquant par exemple la coordination entre l’oeil et la main ou la préhension.

Encore une application positive des robots sociaux! Une étude pilote, publiée en juillet 2018, du département de gériatrie de l’hôpital Broca à Paris, a montré une amélioration du bien-être émotionnel et subjectif de patients atteints de troubles neuro-dégénératifs grâce à l’interaction même brève (15 minutes) avec le robot social ©Paro, appelé aussi Blanchon. Paro est une peluche robotisée à la forme d’un bébé phoque à destination des personnes âgées souffrant de a maladie d’Alzheimer. Le petit phoque est capable de communiquer des émotions comme la joie, la surprise ou le mécontentement suivant le contexte. Une étude scientifique, a été réalisée dans onze EPHAD, et elle a montré que la présence de Paro améliorait la prise en charge de la douleur, le comportement, le bien-être et le lien social des résidents.

Les sympathiques robots sociaux ne remplacent évidemment pas le lien social et humain, mais aident les équipes soignantes! Il faut les concevoir comme des co-thérapeutes! Je reconnais que la prudence s’impose au regard de leurs capacités relevant du registre des émotions humaines! L’un des risques majeurs n’est-il pas de s’interroger sur la banalisation de « l’empathie artificielle » au détriment de l’ empathie naturelle? L’homme ne risque-t-il pas de devenir petit à petit asocial, formaté sur un réflexe pavlovien, se contentant de mimer le programme émotionnel d’un robot anthropomorphique, la psyché n’étant plus confrontée à un alter humain? Court-on vers le risque d’un émoussement affectif et émotionnel si les robots sont détournés de leur vocation première de co-thérapeute? Points d’éthique qu’il faut approfondir!

Pour compléter ma galerie de portraits des robots sociaux, citons Matilda qui a été conçue pour tenir compagnie aux personnes âgées et handicapées dans des centres hospitaliers. Matilda mémorise les visages, rappelle les horaires de prise de médicaments et capable d’animer des séance de bingo. Il y a aussi Pepper, qui analyse lui aussi comme ses « congénères » les sentiments comme mais aussi capable de danser, de plaisanter et de mener une conversation. Avec lui, on a presque envie de mener une vie de bâton de chaise!

Avec les robots sociaux, il y a manifestement un fort potentiel thérapeutique comme chez les personnes atteintes de la Maladie d’Alzheimer et dans certaines formes d’autisme. Le robot social joue le rôle d’un objet d’attachement voire d’objet transitionnel à l’instar de celui évoqué par Donal Winnicot pour les jeunes enfants, et transposable aux adultes. Manifestement, objet aussi de projections des émotions et sentiments.

La chercheuse en psychologie libanaise Ritta Baddoura dans son excellent article « Le potentiel thérapeutique de l’interaction homme-robot »reconnait que l’usage thérapeutique des robots sociaux n’en est qu’aux prémices. Elle souligne, avec éthique, les failles méthodologiques des études dont la brièveté de leur durée, les populations hétérogènes et l’absence de groupes contrôle en vigueur dans toute recherche scientifique académique. Si l’usage des robots sociaux est prometteur, il faut rechercher l’impact, à moyen et long terme, les éventuels effets indésirables comme d’éventuels le risque de générer des troubles psychiatriques qui leur sont liés (ou d’aggraver certains états) qui restent à ce jour inconnus, et qui devront pourtant être étudiés.

« L’écrasante majorité des ces études se concentre sur le développement robotique plutôt que que sur la mesure et l’analyse de son impact psychologique et mental. »

Personnellement, j’envisage l’avenir des robots sociaux dans une triade patient/thérapeute/robot où le robot est un co-thérapeute! Il semblerait que sur le plan de la recherche, cette interaction soit plus fréquente que celle de la dyade où le thérapeute contrôle à distance le robot.


La technologie moderne, l’IA et les robots sociaux peuvent soulever d’immenses interrogations au sujet de la liberté individuelle et du libre-arbitre. Même si ça ne colle pas stricto sensu à l’IA, je l’illustre par un fait relaté dans le Wall Street Journal: en Chine, dans certaines classes, les élèves sont équipés d’une camera et de capteurs oculaires pour analyser leur cerveau quand ils lisent et écrivent. Les professeurs et les parents y voient des gadgets « boostant » la réussite scolaire d’enfants ainsi « épiés « constamment »! Ne serait-ce pas, ni plus ni moins, que de la persuasion coercitive aux fins de modification du comportement, de la surveillance violant l’intimité psychique d’autrui? Un dévoiement de la technologie moderne, risque majeur applicable à l’IA en général mais aussi de cette discipline passionnante que sont les neurosciences. On freine et on contraint par la force toute forme de spontanéité de l’élève. Pour ces enfants, c’est un cauchemar. Chers lecteurs, êtes vous étonnés?

Malgré un fort risque de mésusage de l’IA en général, encore un apport positif des robots avec Tree Hole! C’est un bot, logiciel automatique ou semi-automatique qui interagit avec des serveurs informatiques. Ce bot est capable de détecter des messages suicidaires sur Weibo ( web chinois )! Il permet ainsi d’aider des psychologues à sauver des vies. Par ses algorithmes conçus pour détecter des messages contenant des idées suicidaires, le bot Tree Hole alerte un groupe de près de 600 spécialistes de la santé mentale, consultants et bénévoles qui vont alors contacter ces personnes à fort risque suicidaire en évitant leur passage à l’acte. Grâce à ce bot, l’équipe a évité plus de 1000 suicides de jeunes Chinois. Selon l’OMS, le suicide est la deuxième cause de décès parmi les 15-29 ans. Alors bravo à l’équipe qui a conçu Tree Hole pour assister les psychologues à être plus efficaces dans leur profession!

Comment fonctionne ce bot anti-suicide? Tree Hole analyse automatiquement Weibo toutes les quatre heures, sélectionnant vers le haut les messages contenant des mots et des phrases inquiétantes comme « mort », « libération de la vie » ou « fin du monde ». Le bot s’appuie sur un graphe de connaissances des notions et concepts de suicide, en appliquant une programmation d’analyse sémantique afin qu’il comprenne que « ne pas vouloir» et « vivre » dans une phrase sont des indices indiquant une tendance suicidaire.

L’IA est manifestement un défi à l’épreuve du feu. Ne nous leurrons pas, il y aura des dérives. Rien ne remplacera la chaleur humaine, mais l’IA offre de vastes possibilités dont il serait dommage de se priver dans le champ de la santé! Apprivoisons la avant de la rejeter, sans nous y soumettre.

Allons nous perdre notre libre arbitre avec la généralisation de l’IA? Les avis sont partagés! On peut appliquer à l’IA cette citation empruntée à Étienne de la Boétie: Pour que les hommes, tant qu’ils sont des hommes, se laissent assujettir, il faut de deux choses l’une: ou qu’ils y soient contraints, ou qu’ils soient trompés.

Je reste résolument positive sur l’apport positif de l’IA! C’est une merveilleuse avancée scientifique et technologique. Le philosophe Luc Ferry reste confiant sur notre capacité à garder notre libre arbitre face à la généralisation de l’IA:

Du reste, que je décide de faire confiance à un humain ou à un logiciel ne change rien à l’affaire, c’est toujours in fine moi qui décide de m’en remettre à un avis que je juge meilleur que le mien. Il est clair que le monde de l’IA nous impose de la vigilance, parler pour autant de «fin de l’individu» est en complet décalage avec la réalité d’un monde où la sacralisation narcissique du moi véhiculée par les théories du développement personnel venues des États-Unis est à l’évidence en progression géométrique.

Vidéo sur Paro, le sympathique robot-phoque.

https://www.google.com/search?rlz=1C5CHFA_enFR800FR800&sxsrf=ACYBGNRrz6cCFFpRB2pZdouaRKYzxbo8QQ%3A1574273349501&ei=RYHVXZufHsmBjLsP6ZCq8AE&q=les+enjeux+de+l%27IA+dans+la+sant%C3%A9+mentale&oq=les+enjeux+de+l%27IA+dans+la+sant%C3%A9+mentale&gs_l=psy-ab.3..33i22i29i30.8561.18225..18815…3.2..0.354.2997.8j15j1j1……0….1..gws-wiz…….0i71j0i22i30j0i22i10i30j33i160j33i21.wtoB14Lw7ZQ&ved=0ahUKEwjb1ZqesfnlAhXJAGMBHWmICh4Q4dUDCAs&uact=5

FRED ET MARIE: UNE HISTOIRE D’EMPRISE MENTALE!

« La violence psychologique, c’est de la violence tout court ».

©Carine Bouvard

Comment lutter contre le fléau des violences à l’encontre des femmes? Le Grenelle des violences conjugales vient de s’achever, sans que l’on puisse dire si les mesures gouvernementales annoncées seront efficaces pour l’enrayer. Les chiffres sont implacables: en moyenne, une femme meurt tous les trois jours sous les coups de son compagnon ou de son ex. Toutes les classes d’âge et les milieux sociaux sont concernés. « Les victimes sont âgées de 15 à 93 ans. En 2019, 116 femmes ont perdu la vie tuées par leur (ex)-compagnon».

Le sujet des violences conjugales est parfois nié voire « glosé »; ce ne serait pas un vrai sujet car le pourcentage des hommes violents est minime! Pas faux car effectivement, les 32, 4 millions d’hommes en France ne battent pas comme plâtre leur ex-compagne et ne la tuent pas! Doit-on s’extasier? Évidemment, il est complètement idiot d’affirmer que tous les hommes sont violents! Allez, pour respecter la fameuse parité, on va parler des hommes morts sous les coups de leur compagne. Tout comme il existe des aides aux femmes victimes de violences conjugales, il existe également des associations pour des hommes, eux, victimes de violences au sein du couple. Soit, il faut aussi évoquer cette question mais comparer le ratio entre les deux sexes! Les violences conjugales ont fait 149 morts en 2018 qui se décomptent comme suit: 121 femmes contre 28 hommes et parmi ces 28 hommes, 25 avaient commis des violences antérieures envers leur partenaire! Si vous contestez ces chiffres et trouvez que c’est le contraire ou égal, je prends! Que l’on soit un homme ou une femme, rien n’absout un meurtre pour telle ou telle raison y compris pour des drames conjugaux! C’est à la justice de trancher et de chercher les circonstances atténuantes, s’il y en a! Incontestablement, il faut améliorer le dispositif pluridisciplinaire de la prise en charge des victimes, en s’attachant à celle des agresseurs.

La violence à l’encontre des femmes est validée par l’Organisation Mondiale de la Santé qui la définit comme suit: « tous actes de violence dirigés contre le sexe féminin, et causant ou pouvant causer aux femmes un préjudice ou des souffrances physiques, sexuelles ou psychologiques, y compris la menace de tels actes, la contrainte ou la privation arbitraire de liberté, que ce soit dans la vie publique ou dans la vie privée.» Et le système de santé est évidemment concerné en premier lieu les ripostes multifactorielles pour lutter contre ce fléau.

Détecter la spirale de la violence conjugale commence déjà par déterminer le degré d’emprise mentale qui lie la femme à son compagnon. C’est un ensemble de faits anodins et quotidiens, qui mis bout à bout forment une violence protéiforme et en fait une Violence avec V en lettre majuscule. La psychiatre et psychanalyste Marie-France Hirigoyen a fort bien décrypté l’emprise mentale que peut subir les victimes à travers ses deux livres incontournables « Le harcèlement moral, la violence au quotidien » et Abus de faiblesse et autre manipulation. Car cette violence est perverse et sourde! Des mots, des regards, des sous-entendus peuvent détruire une personne à coup sur, la pousser à la dépression et inciter au suicide, tout comme évidemment les sévices physiques qui représentent la partie immergée de la violence au sain du couple.

Alors, comment illustrer ces « petits riens » qui constituent la violence au sein du couple, qui détruisent la personnalité? Je vous propose de le faire avec deux vidéos exemplaires de la Fédération Wallonie-Bruxelles; elles donnent un aperçu éloquent de cet engrenage mortifère qui peut exister au sein de certains couples. Elles ont été publiées sur You Tube en 2012 et 2013, et elles sont toujours malheureusement d’actualité!

« La violence psychologique, c’est de la violence tout court ». Campagne de sensibilisation à la violence psychologique dans le couple.

FRED et marie. Pour un couple sur huit, ceci n’est pas une fiction.

3 614 994 vues•20 avr. 2012

IDÉES FORTES DE LA PREMIÈRE VIDÉO:

Fred et Marie, un joli couple en apparence.

Fred manie le chaud et le froid, brandit leur amour pour mieux le glacer juste après, il brandit leur amour pour mieux le nier, le souiller par la suite. Fred éloigne les amies de Marie, qui pourraient lui permettre d’avoir un regard distancié sur ce qu’elle vit et use du mensonge sans vergogne pour cela ou même d’autorité. Fred ne veut pas que Marie partage son tissu amical. Le tissu amical de Fred est choisi pour le mettre en valeur et lui être exclusivement attaché.
Marie ne travaille pas et est cantonnée aux taches ménages et a peu de tissu social. Marie méconnait le couple normal, c’est ce qu’elle vit depuis 5 ans et elle pense qu’elle est fautive, d’ailleurs Fred ne manque pas de lui rappeler ses énormes manques. Fred pratique la culpabilisation par séries de petites phrases apparemment anodines. Mais, il pratique aussi le compliment, derrière lequel repose toujours un reproche dévalorisant sous-jacent. Marie pense qu’elle est peut être trop sensible et trop susceptible. Marie pense que peut être que ce n’est pas si important que cela. Marie pense qu’elle a de la chance d’être avec Fred. Elle a si peu d’assurance et lui tellement. Marie est l’objet de Fred. Fred l’habille selon ses propres gouts. Marie n’a pas le droit d’exister en soirée, entièrement consacrée au maitre des lieux. La tablée est composée d’ailleurs des amis de Fred uniquement. L’absence d’une alliée lui a été enlevée sciemment. Pourquoi Fred a fait cela ?Fred lui a menti en plus. Marie se sentait mal avant le repas.
Marie peine pour trouver sa place dans cette nécessité de ne pas exister, qui n’est pas dite clairement mais qui est implicite, et celle d’être présente à la fois.
Mais, ce soir, elle préférerait en sus de ne pas exister, ne pas être présente.
Marie se sent terriblement seule. Elle peine à exister. Elle est écrasée par Fred ainsi que par ses amis, qui valident son attitude à son égard et ne lui accordent aucun intérêt.

Marie pense qu’il est normal qu’on ne s’intéresse pas à elle!
Marie appréhende chaque moment de cette soirée où elle pourrait être sollicitée par Fred. Fred peut dire de telles choses parfois !. Elle ne le quitte d’ailleurs pas des yeux.
Marie est en situation d’extrême vulnérabilité, en état de tension permanent. Quel contraste par rapport à l’ambiance générale ! Marie pense qu’elle n’est pas sociable.

Les convives se bidonnent lorsque Fred raconte des histoires drôles……mais également lorsqu’il humilie Marie. Marie est coincée, elle doit assister au spectacle. Marie est « un faire valoir’, sujet à rire nécessaire et obligée.
Marie encaisse. Marie ne se défend pas. Marie baisse la tête. Tout le monde se rallie aux blagues et aux propos de Fred.

L’intimité douloureuse de Marie est montrée au grand jour. Marie mise à nue devant tout le monde.
Marie ne sait plus vraiment affronter Fred, mais là face à un auditoire qui lui est conquis et auprès duquel un phénomène de groupe se lie à son encontre!…
Marie se sent meurtrie.

Marie est en apnée, elle est en état de trouble intense. Marie est désarmée.
Qu’elle essaie de s’y soustraite, il ui est reproché de casser l’ambiance.

Marie ne peut se réfugier que dans sa cuisine pour fuir cette ambiance mortifère.
Fred est tellement drôle en société, il est génial. Marie est décalée, c’est pour cela qu’elle vit mal cette soirée. Marie n’est apparemment pas comme tout le monde. Marie est persuadé qu’elle a un problème personnel.
Marie a honte. Trop honte pour demander de l’aide.
Marie essaie d’exister. Marie a trop peur. MARIE CAPITULE.

En 2013, la suite du feuilleton du couple Fred et Marie où la violence domestique monte en crescendo

En guise de conclusion, une citation éloquente de Marie-France Hirigoyen témoigne de la difficulté pour les professionnels de démasquer le type de personnalité incarnée par Fred:

Psychiatres, juges, éducateurs, nous nous sommes tous fait piéger par des pervers qui se faisaient passer pour victimes. Ils nous avaient donné à voir ce que nous attendions d’eux, pour mieux nous séduire, et nous leur avions attribué des sentiments névrotiques. Quand ils se sont ensuite montrés sous leur vrai jour en affichant leurs objectifs de pouvoir, nous nous sommes sentis trompés, bafoués, parfois même humiliés. Cela explique la prudence des professionnels à les démasquer.

PETITE ENFANCE: AU SUJET DU PARCOURS DES 1000 JOURS

Les enfants ne sont pas des vases que l’on remplit, mais des feux que l’on allume (Michel Montaigne)

©Norman Rockwell (1894-1978)

Pendant tout l’automne se déroulent les travaux de la commission des 1000 premiers jours présidée par le pédopsychiatre Boris Cyrulnik. Elle se compose de dix sept membres praticiens et spécialistes de l’enfant; elle est destinée à préparer un rapport pour le début de l’année prochaine.

Présentée récemment par le gouvernement, cette commission a provoqué la colère de nombre d’internautes sur les réseaux sociaux. Cette commission a été perçue par l’opinion publique comme une ingérence de l’état dans l’éducation des enfants, se substituant aux parents comme dans les pires dictatures où les enfants sont endoctrinés dès leur plus jeune âge pour servir un régime politique.

Ce post se présente simplement comme un vade-mecum pour décrypter le parcours des 1000 premiers jours uniquement sur le plan psychologique et médical, en délaissant l’aspect des solutions politiques même s’il est question d’appliquer des plans de santé publique à destination de la petite enfance; cette précision s’impose du fait que beaucoup de sujets de société sont politisés y compris dans le domaine de la psychologie. Ce qu’il faut retenir c’est que la petite enfance est une période de grande vulnérabilité, et qu’une erreur ou un trauma peuvent être réparés du fait de la grande plasticité du cerveau du jeune enfant.

Les 1000 premiers jours désignent la période qui va du quatrième mois de la grossesse aux deux ans de l’enfant. Cette notion a été validée par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) et s’inscrit dans le cadre d’une prévention précoce.

Quelle est l’origine de ces 1000 jours entérinés par l’OMS? Cela remonterait à une trentaine d’années avec la naissance du DOHaD, dans les années 80 grâce à l’épidémiologiste David James Purslove Baker . Il a établi le premier lien « entre une adversité dès les premières phases de la vie et un cercle vicieux de propagation d’un risque à l’age adulte, voire, comme on le sait maintenant, d’une transmission aux générations suivantes.»

Les facteurs environnementaux impactent notre santé ainsi que celle des générations futures. Les choix individuels ont des répercussions sur les générations futures dont la mère sur son enfant. Cette constatation reposent sur de nombreuses observations scientifiques est connue aujourd’hui sous le terme des origines développementales de la santé et des maladies ».  Developmental Origins of Health and Diseases ou DOHaD.

Alors justement, nous revoilà au coeur des 1000 jours qui constituent une étape importante où l’environnement (nutritionnel, écologique, socio-économique et le mode de vie) créent des marques sur le génome en programmant la santé future d’une personne. Car les chiffres sont implacables concernant l’explosion des maladies chroniques (hypertension artérielle, obésité, diabète, cancers et allergies) qui frappent aujourd’hui les adultes.

Fort de ces constations, la prévention reste le meilleur outil afin de rompre ce cercle vicieux. Selon un article des professeurs Pr Claudine Junien et Pr Umberto Simeoni, Présidente et vice-président de la SF-DOHaD, l’objectif serait d’agir sur les marqueurs épigénétiques très malléables, et donc agir sur ces marqueurs le plus tôt possible pour préserver la santé future de l’enfant. D’où l’intérêt des 1000 premiers jours! Il est possible d’agir sur la croissance et sur le développement cognitif et socio-émotionnel pour améliorer la santé, le bien-être et les compétences à long terme. C’est séduisant, n’est-ce pas?

Sur le site de l’OMS, le rapport mondial du suivi de l’éducation pour tous en 2007, préconisait de meilleurs soins dans la petite enfance pour permettre d’améliorer les performances scolaires! On pourrait toujours argumenter que le QI entre en ligne de compte par son facteur génétique à plus de 60%; sans qu’il existe un gène spécifique de l’intelligence mais plutôt des aptitudes assorties d’un ancrage neurobiologique et cérébral selon la perspective cognitiviste aujourd’hui qui étudie l’intelligence sous toutes ses formes. Le but est de réduire les inégalités dans l’apprentissage du langage pour que l’enfant structure son univers à partir de l’adultes. Tout ne se joue pas en 1000 jours, bien évidemment. Il faut réorganiser l’offre de soins pour les parents en difficulté.

En 2015, les pédiatres de l’AFPA, dans un communiqué de presse insistaient sur cette période importante des 1000 jours, et ont élaboré 5 recommandations médicales, qui faute d’informations sont très mal connues du grand public. Elles vont de l’alimentation, à l’activité physique en passant par l’alimentation variée de l’enfant. Et cela inclut aussi la période avant la conception et la grossesse, l’importance accordée à l’alimentation du père et de la mère comme le montre les items du tableau ci-dessous

Communiqué de presse, octobre 2015
« Sensibiliser les parents aux 1 000 premiers jours de l’enfant,
période importante pour une meilleure santé tout au long de sa vie »(AFPA, https://afpa.org/content/uploads/2017/06/cp_1000jours_2015-10.pdf

En 2016, Le Lancet a publié une série sur le développement de la petite enfance. Elle met l’accent sur les nourrissons et sur les enfants de moins de trois ans, et les interventions multifactoriels à partir de la santé. Au sujet de la période de l’allaitement maternel, en 2016, une étude montre ses bienfaits. Il y a bien sur les avantages sur le plan nutritionnel mais l’allaitement au sein permet sans aucun doute la consolidation de la « niche sensorielle » décrite par Boris Cyrulnik dans son livre, « La nuit, j’écrirai des soleils ». L’allaitement est aussi encouragé par le contact peau contre peau (SSC). « SSC consiste à placer le bébé nu et sec sur le ventre nu de la mère, souvent recouvert d’une couverture chaude. Selon les neurosciences des mammifères, le contact intime inhérent à cet endroit (habitat) évoque des comportements neurologiques garantissant la satisfaction des besoins biologiques fondamentaux. Ce délai immédiatement après la naissance peut représenter une «période sensible» pour la programmation de la physiologie et du comportement futurs.» Les études montrent les avantages du SCC mais n’en font pas une règle impérative.

Les interactions maternelles destinées à stimuler le tout-petit comme les câlins doivent être sollicitées! Cela semble frapper du bon sens mais ça ne coule pas de source pour tous les parents! Et il faut aussi insister sur le mésusage des technologies modernes! Selon une étude canadienne, laisser un enfant trop longtemps devant les écrans à l’âge de deux ans pourrait retarder l’acquisition du langage et la sociabilité, tout en reconnaissant qu’il faut des études plus approfondies pour aller jusqu’au fond du problème.

L’OMS a listé « dix faits et chiffres sur le développement dans la petite enfance en tant que déterminant social de la santé». J’insiste sur les deux premiers faits, même si les autres ont leur importance:

Fait 1 :Dans les premières années de la vie, le développement cérébral et biologique dépend de la qualité des stimulations dans l’environnement du nourrisson – au niveau de la famille, de la communauté et de la société. Le développement dans la petite enfance est à son tour un déterminant de la santé, du bien-être et des capacités d’apprentissage pour tout le reste de la vie. Ces notions font du développement dans la petite enfance un déterminant social de la santé.

Fait 2: S’occuper du développement dans la petite enfance implique de créer du stade prénatal à l’âge de huit ans les conditions pour que l’enfant se développe harmonieusement du point de vue physique, social/émotionnel, linguistique et cognitif.

Voilà les grandes lignes des 1000 premiers jours que j’ai voulu souligner, sans que ce ne soit exhaustif! Il y en a d’autres, bien évidemment! De quoi noircir des pages…

Le parcours des 1000 jours s’inscrit dans une démarche positive! Mon post « Tout se joue avant l’âge de six ans! Vraiment? » évoquait la période très riche de la petite enfance. Dont la période qui précède l’acquisition du langage où l’enfant se façonne, se  » tricote  » avec la propre avec l’histoire de ses parents et d’autre part, la période qui sur l’acquisition du langage, où l’enfant acquiert la possibilité de se représenter son passé et son avenir et donc de donner un sens à sa vie et ainsi d’agir en la métamorphosant. En plein dans le mille avec les 1000 jours!

Pour en revenir à la France et à son parcours des 1000 premiers jours, le comité devra s’inspirer de ce qui se fait dans d’autres pays comme la Finlande, la Norvège ou du Québec, tout en respectant la singularité de la France. Comme l’a souligné Boris Cyrulnik , « il ne s’agira pas de faire du copié/collé mais au moins d’étudier ce qui se passe dans ces pays et de voir ce qui peut-être adapté à la France.»

Pendant très longtemps, on pensait que les enfants, les bébés pré-verbaux n’avaient pas de vie psychique et que s’ils étaient mal partis dans l’existence, tant pis, c’était le destin”…. “Or maintenant on se rend compte que la plasticité cérébrale, psychologique, est très facile à rattraper. Un bébé est très facile à blesser. Un bébé est très facile à rattraper. On rattrape le bébé en réorganisant le milieu (…) On pense que la plasticité est telle que si on répare l’environnement du bébé, la plupart des bébés reprendront un bon développement.”

Malgré les critiques sur l’absence de représentativité d’une certaine catégorie de participants à cette commission, l’avenir nous dira si ce rapport ne fera pas double emploi avec les recommandations des pédiatres évoquées précédemment, et aussi quelles seront les mesures concrètes pour accompagner les enfants en difficulté, ceux qui sont handicapés et bien d’autres points qui laissent perplexes. En dehors du choix des dix sept intervenants de cette commission, le parcours des 1000 premiers jours est-il une bonne initiative? Pourquoi pas s’il réduit les inégalités d’apprentissage? L’avenir nous le dira!

Et de conclure par cette citation empruntée à Montaigne: Les enfants ne sont pas des vases que l’on remplit, mais des feux que l’on allume.

Pour en savoir plus:

https://www.c

https://www.who.int/fr/news-room/detail/05-10-2016-investing-in-early-childhood-development-essential-to-helping-more-children-and-communities-thrive-new-lancet-series-finds

https://afpa.org/content/uploads/2017/06/cp_1000jours_2015-10.pdf

https://www.psychologies.com/Actualites/Education/Boris-Cyrulnik-Les-1000-premiers-jours-de-la-vie-sont-determinants

https://www.who.int/maternal_child_adolescent/topics/child/development/fr/

http://www.sf-dohad.fr/index.php/publications-en-francais/136-l-initiative-des-1000-jours-de-l-oms

OSER ÊTRE QUELQU’UN DE BIEN! ÉLOGE DE LA GENTILLESSE!

Juste quelqu’un de bien
Quelqu’un de bien
Le cœur à portée de main (Enzo)

Malheureusement, l’actualité heurte trop souvent notre sensibilité et nous sommes souvent bousculés dans nos certitudes et nos croyances! Qui n’a pas éprouvé cette sensation admirablement décrite par Irvin Yalom, professeur émérite en psychiatrie de l’université Stanford, dans son livre « La Malédiction du chat hongrois »: « Nous sommes des créatures en quête de sens, qui doivent s’accommoder de l’inconvénient d’être lancées dans un univers qui n’a intrinsèquement aucun sens.»

Sans aller jusqu’au mal-être ou la rupture psychique, comment résister au bruit et la fureur ambiante sans renoncer à notre personnalité? Devons nous forcément nous laisser submerger par la violence autour de nous, celle qui fait l’actualité et qui se répand autour de nous dans une sorte de compétition darwinienne (mal digérée et donc dévoyée) où le plus fort doit gagner en étant méchant? Devons nous perdre notre identité et nous transformer en une sorte de loup-garou derrière nos écrans et réserver certaines de nos qualités intrinsèques à la vie réelle dans toutes les sphères (familiale, amoureuse, amicale et professionnelle)?

Et si nous parlions de certaines qualités comme la gentillesse, souvent assimilée à bêtise ou du moins à la faiblesse d’esprit? L’étiquette la plus péjorative étant celle du bisounours pour disqualifier celui qui est gentil! Et pourtant la psychologie s’intéresse à cette forme de communication que Carl Rogers qualifiait de non violente! La gentillesse est étroitement liée à l’empathie, liée elle-même dans le cercle vertueux de la morale. Et ça commence dès le berceau! C’est ce qu’a démontré le psychologue Martin Hoffman dans Empathy. Les nourrissons sont sensibles à la détresse d’autrui. Lorsqu’un bébé pleure, il peut lui aussi se mettre à l’unisson de son chagrin en se mettant à pleurer lui aussi. Ce serait génétique! Plus précisément, certaines hormones comme l’ocytocine favorisent le comportement maternel, le lien conjugal et la confiance en soi.

Du côté des neurosciences, des images réalisées sous IRM ont montré que le cortex cingulaire antérieur subgenual pourrait être le siège de l’empathie et de la gentillesse. Juste une piste d’après une expérience réalisée par une équipe universitaire d’Oxford sur des joueurs, et donc prudence car rien n’est confirmé.

Alors comment la gentillesse se manifeste-t-elle au niveau des actes? Et pourquoi pas justement l’illustrer avec les paroles de la chanson de Enzo, « Juste quelqu’un de bien »

Juste quelqu’un de bien
Quelqu’un de bien
Le cœur à portée de main

J’dis bonjour à la boulangère
Je tiens la porte à la vieille dame
Des fleurs pour la fête des mères

Sans tomber dans la soupe du développement personnel et la moraline, on vous démontre par A+B que l’excès de gentillesse peut vous nuire, et on va vous apprendre à être dans le camp des méchants ! Vraiment? Les attaches de la psychologie sont celles de la philosophie, et cela malgré l’apport des neurosciences, de la génétique ou de la science. La philosophie doit être intégrée à la pratique professionnelle, et pour moi elle est la cousine germaine de l’éthique professionnelle.

Récemment, j’ai lu une excellente interview de Laurence Devillairs qui va vous décomplexer d’être gentil! Cette philosophe est l’auteure d’« Être quelqu’un de bien »(ou devenir une bonne personne ne peut-être qu’une vocation de femmes ou d’hommes libres). Je n’ai pas lu le livre, mais les propos recueillis par Clément Pétreault (du journal Le Point) sont séduisants, et j’avais vraiment envie de vous le faire partager. Alors, vous e découvrirez ci-dessous. Bonne lecture, et comme j’ai cité Enzo, j’ai également partagé sa chanson « Juste quelqu’un de bien » !

Le Point : Pourquoi s’intéresser aux gentils ? Au fond, ce sont un peu les perdants de l’époque ? 

Laurence Devillairs : Cette fascination pour les méchants et les cyniques me paraît convenue et démodée ! Il y a certes une banalité du bien, mais cette banalité ne demande pas de coup d’éclat, elle réclame modestement de suspendre la fatalité du « c’est comme ça » pour faire advenir le bien, faire changer le cours des choses malgré les contingences, les envies, les intérêts, les détestations ou les sympathies. La gentillesse est tout sauf une facilité : c’est un talent. Prenez les exemples dans le cinéma : le méchant est un obsessionnel monolithique, égoïste et calculateur. Il est perçu comme plus intelligent, plus manipulateur et donc plus stratège. Mais le gentil est souple, capable de faire la bonne action au bon moment. Il saisit l’instant. Le cinéma fait porter le poids narratif aux méchants, alors que c’est sans grand intérêt ! Le gentil découvre le devoir qu’il se doit à lui-même, les actes que le bien lui réclame d’accomplir, c’est ça qui fait l’histoire ! Dans les « James Bond », les méchants sont obsédés par le plaisir du mal, ils sont robotiques et bardés de technique. Le méchant de « James Bond » révèle la pauvreté du méchant. Alors que James Bond, lui, est hyper-humain, il y va à mains nues. 

Vous invitez à être quelqu’un de bien et pourtant vous fustigez la bienveillance… Pourquoi ? 

Il y a une confusion entre la gentillesse et la bienveillance. La bienveillance est une attitude plus qu’une conduite, c’est une morale de proximité, qui consiste à vouloir consoler ou aplanir le malheur de l’autre, si possible de l’autre qui me ressemble le plus. Mais il y a des chagrins qu’on ne doit pas consoler. La morale de proximité ne suffit pas à faire la gentillesse, car la morale exige beaucoup plus que la compassion. La gentillesse, c’est se mettre à la place de l’autre au sens strict. Le bon samaritain n’est pas bienveillant et Dieu merci ! S’il l’était, il se contenterait de regarder ou de consoler, mais là, non ! Le bon samaritain doit voir le voyageur, le toucher et se mettre à sa place, il se démène, il remue ciel et terre… Il a suspendu le cours normal des choses pour faire advenir quelque chose d’autre. En fait, qu’on le veuille ou non, la morale nous gêne et nous contraint à l’action. Ce qui compte, c’est ce qui se passe ici et maintenant. 

Etre quelqu’un de bien, est-ce la promesse de devenir quelqu’un d’ennuyeux ? 

Non ! Etre quelqu’un de bien, ce n’est pas simplement obéir aux règles, aux convenances et aux conventions, c’est accomplir avant tout des actes de liberté. En morale, il n’y a que deux catégories : le lâche et le courageux. Quelqu’un de bien n’est pas un surhomme, il n’a pas d’aide divine, c’est « seulement » un héros, mais un héros ordinaire, qui aurait pu ne pas faire le bien, qui est comme tout le monde menacé par la possibilité de faire le mal, mais qui a le courage, la liberté, de faire le choix du bien. Exister, c’est en effet savoir que tout ne se vaut pas, c’est refuser une forme d’athéisme moral, c’est-à-dire la croyance qui voudrait qu’exister suffit, indépendamment de toute idée de bien ou de mal. L’athée moral, celui qui « ne voit pas le problème », est beaucoup plus dangereux que le tueur en série.