FEUD, LA NÉVROSE DE GUERRE ET LE TRAITEMENT BARBARE DE LA FARADISATION!

La palme de la barbarie revient à la méthode de torpillage mise au point par le Dr Clovis Vincent.

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La guerre de 14/18 bouleversa la psychiatrie. Devant l’afflux de blessés psychiatriques, le service de santé des armées dut se réorganiser. La durée et l’ampleur de la Grande Guerre engendrèrent des troubles de la psyché inconnus jusqu’à alors du corps médical. Les médecin ignoraient comment les prendre en charge.
Ces troubles étaient les manifestations du Stress-Post-Traumatique, répertorié aujourd’hui dans le DSM et le CIM.  Les médecins de l’époque de la Grande Guerre parlaient de l’hypnose des batailles, de  La fatigue de guerre et de cafard.

Le principal trouble psychiatrique auquel devait faire les médecins était celui de l’Obusite. Comment se manifestait-il?  On trouve des témoignages sur les Poilus souffrant d’obusite rapportés dans La Gazette de Souain:  « Des soldats étaient trouvés accroupis ou pliés en deux, ne se relevaient pas, les yeux écarquillés. certains sont devenus muets, sourds et même aveugles sans blessure apparente organique.»

Lorsque les soldats présentaient des symptômes de paralysie, des tremblements, une surdité, des convulsions ou de mutisme, c’était pour la médecine la manifestation d’un désir de fuite. Et c’était aussi une forme d’hystérie, différente de l’hystérie féminine et propre à la guerre. On était vraiment loin du concept de Stress post-traumatique moderne.

Les psychonévroses de guerre bouleversèrent le milieu des aliénistes. Pour les uns, c’était un syndrome post-commotionnel, pour les autres « émotion-choc » ou rôle de la prédisposition des constitutions. Le neuropsychiatre toulousain Voivenel parla des troubles de l’émotivité  (on dirait aujourd’hui états anxieux) qui sera finalisée dans son concept de « peur morbide acquise ». La peur morbide acquise par hémorragie de sensibilité. Cet état intervient soit immédiatement après une bataille, soit plus progressivement au fil des mois. Les observations du Dr Voivenel préfigurent déjà certaines caractéristiques de stress post-traumatique figurant dans le DSM et le CIM 10.

Comme les médecins pensaient que ces psychonévrose étaient une forme d’hystérie, ils ne prenaient pas de gant pour les traiter. Le malheureux poilu souffrant d’un État de Stress post-traumatique pouvait être soigné par la flagellation pour briser sa personnalité. On frappait le soldat de plus en plus fort avec des paroles aimables et en lui faisant ingurgiter de l’eau de vie! De la gnôle, quoi!

Le traitement de choc le plus coton de l’époque pour traiter la névrose de guerre était celui de la faradisation ou de la galvanisation à grande échelle. Les médecins de l’époque partaient de l’idée que les soldats étaient des simulateurs, et qu’il fallait trouver une solution pour les mettre en face de leur propre couardise avant de les renvoyer au front. Les soldats ne pouvaient pas refuser le traitement, et la coercition physique était employée. On n’hésitait pas à enfermer les patients dans des carcans redresseurs.

Alors comment se pratiquait une séance de faradisation? Un courant galvanique de 35 milliampères sous 75 volts, Et en secousses brèves (de 10 à 20 secondes) est administré à l’aide de conducteurs sur les zones sensibles du soldat. Cette méthode psycho électrique downloadcomme celle de Roussy et de Lhermitte comportait plusieurs phases. D’abord la préparation suggestive du patient, et puis le « choc psychique » provoqué par l’application douloureuse du courant  faradique; le tout dans une atmosphère de discipline militaire. La toute puissance du médecin -le pouvoir de la blouse blanche et du savoir-, la suggestion et le choc électrique constituaient les trois fondamentaux de ce traitement barbare. Car c’était de la torture. Des infirmiers ont confirmé qu’un certain Dr Kolowsky faradisait les parties génitales ainsi que les bouts des seins. Les séances se faisaient en présence d’autres patients afin que leurs hurlements de douleur effrayent les autres victimes. Cela renforçait l’efficacité de la cure, soi-disant…

Il y aurait des différences subtiles entre les méthodes électriques des psychonévroses de guerre. La palme de la barbarie revient à la méthode de torpillage mise au point par le Dr Clovis Vincent, et . Elle repose sur le principe de la galvanisation, un courant plus intense que le faradique envoyé avec des tampons sur les zones sensibles de la surface cutanée. La fin de la guerre sonna le glas du traitement électrique des psychonévroses.

Tous les médecins n’étaient pas d’accord sur la faradisation ou la galvanisation. Dont Sigmund Freud. L’œuvre de Freud n’est plus à présenter. Le fondateur de la psychanalyse s’est trouvé confronté lors du conflit de 14/18 à ses confrères qui pratiquaient la psychiatrie classique pour traiter la névrose de guerre. Il va être amené à faire des expertises sur la névrose de guerre suivant l’approche psychanalytique. Il va proposer une autre approche de la névrose de guerre. C’est même une attitude politique qui bouscule les mentalités de la médecine militaire. La nature psychique de ces névrosés de guerre est la même comme pour toute névrose. Les névroses de guerre et de paix sont des troubles de la vie  affective où l’inconscient est omniprésent.

Voici ce qu’il écrit à ce sujet dans un rapport d’expertise :
«… la cause première de toutes les névroses de guerre était la tendance, inconsciente chez le soldat, à se soustraire aux exigences du service de guerre, pleines de dangers et révoltante pour le sentiment. L’angoisse pour sa propre vie, le hérissement contre l’ordre de tuer les autres, la révolte contre la répression brutale de sa propre personnalité pour le supérieurs, étaient les sources d’affects les plus importants à partir desquelles s’est alimenté la tendance à fuir la guerre. Un soldat chez lequel ces motifs affectifs auraient été clairement et puissamment conscients aurait dû, en tant que sujet en bonne santé, déserter ou se porter malade. Mais les névrosés de guerre n’étaient que pour une très petite part des simulateurs ; les sollicitations d’affects qui se hérissaient en eux contre le service de guerre et les poussaient dans la maladie agissaient sans qu’ils en soient conscients. Elles restaient inconscientes parce que d’autres motifs, l’ambition, l’estime de soi même, l’amour de la patrie, l’habitude de l’obéissance, l’exemple des autres étaient d’abord les plus forts, jusqu’à ce qu’ils soient surmontés lors d’une occasion propice par d’autres motifs actifs inconscients. A cette vision de la  cause des névroses de guerre se rattache à une thérapie qui parut bien fondée et, au début, s’avéra aussi très efficace. Il semble  opportun de traiter le névrosé comme un simulateur, et de ne pas tenir compte de la différence psychologique en intention consciente et inconsciente, tout en sachant qu’il n’était pas un simulateur.»
Si dans une partie de son rapport, Freud ménage la chèvre et le chou envers ses confrères, il se montre sans concession envers la faradisation:
« Après coup, les médecins ont embelli la réalité en affirmant que la force de ces courant électrique  était la même que celle utilisée depuis toujours dans les troubles fonctionnels. Cela n’aurait pu agir que dans les cas les plus légers, et ne correspondait pas du tout non plus au raisonnement de base selon lequel le névrosé de guerre devait être dégoûté de son état de malade, de sorte que ses motifs dussent basculer en faveur de la guérison. Ce traitement douloureux est né dans l’armée allemande avec une intention thérapeutique, pouvait certainement être appliqué de façon plus modérée…»
« Toutefois, ce procédé thérapeutique était atteint d’une tare dès le départ. Il ne visait pas au rétablissement du malade, ou pas en premier lieu, mais avant tout  au rétablissement de son attitude à faire la guerre. La médecine s’est trouvée, dans ce cas présent, au service d’intentions qui lui sont par essence étrangères… les succès, brillant au début, du traitement par courant fort ne se sont pas non plus avérés durables. Le malade qui, rétabli par le traitement, avait été renvoyé au front, pouvait répéter le jeu nouveau et récidiver…»
Et Freud va vraiment s’opposer au traitement électrique de la névrose de guerre:
« Dans cette conjoncture, une partie des médecins militaires cédèrent la tendance caractéristique des Allemands à faire passer leurs intentions sans ménagement, ce qui n’aurait jamais dû arriver ; la force des courant ainsi que la dureté du traitement habituel furent augmentés jusqu’à l’insupportable pour soustraire aux névrosés de guerre le gain qu’ils retiraient de leur état de malade. Il reste non contredit qu’il survint, à cette époque dans les hôpitaux allemands, des cas mortel pendant le traitement et des suicides à la suite de celui-ci.…»
Et le psychanalyste va répondre au président de la commission sur les propos de l’un de ses confrères, farouche partisan de la faradisation :
«… Toute névrose a un but, Elle est dirigée vers des personnes déterminées et disparaîtrait  immédiatement sur une île déserte ou dans une situation semblable car elle n’aurait plus de sens… la majorité de ces états provenaient d’intentions inconscientes et, parmi elles, on a oublié de mentionner l’indépendance personnelle. Pour beaucoup d’hommes cultivés, devoir se soumettre au traitement militaire À du être quelque chose d’affreux, et chez nous comme dans l’armée allemande, le mauvais traitement infligé par les supérieurs en  a influencé beaucoup. En essayant de soigner les névroses par la psychanalyse, nous avons appris que la colère contre les supérieurs étaient souvent le motif principal de la maladie, de nombreux cas qui n’avaient pas pris naissance au front, des cas nés à l’arrière dans des hôpitaux en fournissaient l’explication.»
Dans Introduction à La Psychanalyse des névroses de guerre, Freud développera les mêmes arguments que dans ses expertises :
 « Les névroses de guerres […] sont à concevoir comme des névroses traumatiques qui ont été rendues possibles ou ont été favorisées par un conflit du moi. […] [Celui-ci] se joue entre l’ancien moi pacifique et le nouveau moi guerrier du soldat, et devient aigu dès que le moi de paix découvre à quel point il court le risque que la vie lui soit retirée à cause des entreprises aventureuses de son double parasite nouvellement formé. On peut tout aussi bien dire que l’ancien moi se protège par la fuite dans la névrose traumatique du danger menaçant sa vie, ou qu’il se défend du nouveau moi reconnu comme mettant sa vie en péril »
Le mécanisme de la névrose de guerre analysé par Freud était radicalement différent de ce que proposait la médecine de l’époque, et a amené une bouffée d’humanité avec sa méthode. Il préfigurait déjà le mécanisme du stress post-traumatique du à un conflit où la victime revit le trauma en boucle.
« Dans les névroses de guerre, ce qui fait peur, c’est bel et bien un ennemi intérieur».

LES PERSONNALITÉS MULTIPLES FONT LEUR CINÉMA

Les trois visages d’Eve évoque le sulfureux trouble mental de la Personnalités Multiple qui va défrayer la chronique et favoriser des pratiques douteuses de psychothérapie.

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En 1957, le film les Trois visages d’Eve remporte plusieurs oscars, et l’héroïne du film Eve est interprétée par Jane Woodward. Ce film évoque par anticipation le sulfureux trouble mental de la Personnalité Multiple répertorié qui sera répertorié dans le DSM III en 1980. Le DSM I et II de 1952 et 1968 n’en faisaient pas mention.

Le synopsis du film les Trois visages d’Eve s’inspire de la véritable histoire de Chris Costner-Sizemore, une femme souffrant du trouble de la Personnalité multiples. Son cas est relaté dans le livre Les Trois Visages d’Eve écrit par son psychiatre H.Thigpen qui vendit ses droits à Hollywood. Alors revenons à ce film inspiré d’une histoire vraie. Mère et épouse attentive, Eve, femme est une timide et effacée, et elle souffre de maux de tête et de trous de mémoire gênants. Elle est totalement amnésique de ses faits et gestes pendant plusieurs heures voire plusieurs jours. Elle consulte un psychiatre renommé, le Dr Luther, qui pratique l’hypnose. Lors d’une séance, le Dr Luther découvre en elle une autre personnalité, avec laquelle il dialogue. C’est Eve l’obscure qui ne songe qu’à s’amuser. Elle sait tout des faits et gestes d’Eve la discrète alors que cette dernière ignore tout de ce  peut faire son double obscur. Le Dr Luther veut comprendre les deux facettes de sa patiente et il  les prend en thérapie alternativement toutes les deux.

Excédé par les multiples facettes de la personnalité d’Eve, son  mari la quitte en leur laissant leur fille Bonnie. Le Dr Luther fait interner Eve à la suite d’une tentative de meurtre par son double obscur sur sa fille Bonnie. Le médecin est convaincu que la double personnalité de sa patiente n’est pas son véritable Soi et que son trouble remonte à l’enfance après un trauma dont elle serait amnésique. Elle doit absolument s’en souvenir pour guérir. Sous hypnose, elle se souvient qu’on l’avait obligée à embrasser dans son cercueil sa grand-mère morte lorsqu’elle avait six ans. Le chagrin aidant ajouté à la terreur d’être confrontée physiquement à la mort, avait amené Eve à se fractionner en deux personnalités distinctes.

Ô surprise, lors des séances d’hypnose, va émerger Jane, une nouvelle personnalité nettement plus posée et équilibrée. Jane ne comprend rien à la situation mais peu à peu elle arrive  à réunifier sa mémoire en se souvenant des faits et gestes des deux visages d’Eve incluant cette nouvelle facette d’elle. Le Dr Luther continue de dialoguer avec les trois visages de sa patiente et il s’aperçoit, au cours d’une séance, qu’Eve la discrète et Eve la rebelle ont cessé d’exister. Les trois personnalités sont enfin unifiées en Jane. Guérie, Jane va se remarier avec Earl, un homme qu’elle a rencontré lorsqu’elle était Jane et retrouve sa fille Bonnie.

Les trois visages d’Eve évoque le sulfureux trouble mental de la Personnalités Multiple qui va défrayer la chronique et favoriser des pratiques douteuses de psychothérapie. Mais quelles sont les différences entre l’héroïne du film Eve et Chris Costner-Sizemore?

Chris avait développé des personnalités multiples après avoir été témoin de deux accidents en l’espace de trois mois, lorsqu’elle était enfant. D’abord sa mère gravement blessé et un homme scié dans une entreprise de bois. Selon les psychiatres qui l’ont suivie, Chris n’aurait pas seulement eu trois identités mais une bonne vingtaine. Ses personnalités se présentaient par groupe de trois lorsque la personnalité consciente de Chris s’effaçait. Le livre les Trois visages d’Eve a été écrit son psychiatre H.Thigpen, avec peu de contribution de Chris., et n’a concerné que deux de ses personnalités.

Par la suite, Chris a écrit deux livres non traduits en Français  respectivement I’m Eve et Mind of My Own, The Woman Who Was Known As Eve Tells the Story  of Her Triumph Over Multiple Personality Disorder qui fourmillent de détails que n’ont pas donné ses md15783318666psychiatres. Pour elle, elle ne s’est pas sentie dissociée par ses personnalités contrairement à ce qu’ils pensaient mais a toujours affirmé que ces personnalités existaient à l’intérieur d’elle. Après avoir eu ses personnalités réunifiées avec ses différents psychiatres, elle a affirmé qu’à chaque étape de sa vie a correspondu un alter ego. Selon elle, c’était Eve White qui s’était marié avec son premier mari et qui était la mère de la fille née de leur union, et pas celle qui avait réunifié sa personnalité. À la sortie du livre Les Trois Visages d’Eve et ensuite le livre, Chris Costner-Sizemore a très mal vécu cet engouement médiatique autour de son cas, et elle a réussi après une procédure judiciaire à faire annuler le contrat qu’avait passé le psychiatre Thigpen avec la 20th Century Fox.

À partir des années des années 70,  le trouble de la personnalité multiple va devenir une maladie mentale populaire, et pour de nombreux thérapeutes un créneau de thérapie par hypnose ou sérum de vérité (Amytal). Il se caractérise par la présence de deux personnalités (voire plus) nommées les alter ego qui tour à tour prennent le contrôle de la personne appelée hôte. Les alter ego se conduisent à l’opposé de la personnalité et ils émergent curieusement toujours sous hypnose ou sous sérum de vérité (Amytal). C’est à dire lorsque la personne est en état modifié de conscience. L’identité des alter ego était parfois surprenante: changement de sexe, tortues Ninja, vies antérieures, cochons, tigres, singes, etc. Ce syndrome s’était tellement banalisé que lors des procès d’assises, les avocats et les jurés débattaient de savoir si l’accusé n’avait pas tué sous l’emprise d’un alter. Ce qui permettait de le déclarer irresponsable pénalement et de l’interner.

L’origine du trouble de la Personnalités Multiple va être au fil du temps imputée à un trauma subi dans l’enfance, et corrélé à l’abus sexuel (inceste, pédophilie). Il sera  intégré au modèle post-traumatique de l’abus sexuel chez l’enfant, générant des mauvaises pratiques thérapeutiques et des procès pour abus sexuels entraînant en cascade des erreurs judiciaires.

La popularité des multiples personnalités véhiculée par les livres, le cinéma et les médias va faire exploser le nombre de cas chez les femmes.  Les chiffres qui suivent sont extraits du livre Science and Pseudo Science in Clinical Pyschology: avant 1960, on en recensait deux cas par décennie. 14 cas de 1944 à 1965, en 1986, 6000 et en 1998 40000 jusqu’à ce que la communauté scientifique remplace l’appellation du trouble de la Personnalité Multiples par celle du Trouble Dissociatif de l’Identité. Freud était plus que sceptique sur l’existence des personnalités multiples, et il pensait que c’était induit par les suggestions du thérapeute, et n’oublions pas qu’il avait été formé à l’école de Charcot où l’on soignait l’hystérie.

Le psychologue Nicholas Spanos, en 1994, décrypte le Trouble de la Personnalité Multiples comme étant le produit de constructions sociales établies par le corpus médical, légitimées et entretenues par l’interaction sociale entre les patients conditionnés à faire surgir des alter ego, le grand public et les médias. Cet élément socio-culturel est de la même nature que les rites de possession ou la sorcellerie au Moyen-Age. N. Spanos dénonce cette usine à gaz à fabriquer des faux souvenirs, des entités à gogo et la thèse des souvenirs refoulés sous le concept pseudo-scientifique de l’amnésie dissociative (battue en brèche aujourd’hui par les dernières découvertes des neurosciences).

La sociologue et critique féministe américaine Elaine Showwalter place les personnalités multiples dans le groupe des syndromes ayant un fondement hystérique à l’instar du syndrome de la guerre du golf, des rites sataniques et du syndrome des faux souvenirs. Elle a créé, à cet effet, le néologisme d’hystoire qui est la contraction du mot histoire et de celui  d’hystérie. Ces mini-épidémies sont une forme contemporaine de l’hystérie de conversion décrite par Charcot et Freud à la fin du XIX siècle.

Chris Costner-Sizemore est l’une des patientes les plus célèbres diagnostiquées du Trouble dissociatif de l’identité, et son cas figure parmi  les dix les plus fascinants de l’histoire de la psychologie dont ceux de Phineas Gage et le garçon sauvage de l’Aveyron.

 Notes: Après bien des controverses et des dérives de la psychothérapie, le Trouble de la Personnalité Multiple va être remplacé par celui du Trouble Dissociatif de l’Identité (TDI) dans le DSM IV. L’une des particularités du DID est l’amnésie dissociative qui se décrit par des trous de mémoire portant sur des tranches de vie allant de quelques heures à plusieurs jours.Cette amnésie concerne uniquement les faits et gestes des alter ego. Elle est définie comme asymétrique parce que l’hôte n’a pas conscience des faits et gestes de ses alter ego et pas le contraire.  Il y a toute une controverse scientifique sur ce sujet qui égare le grand public sur les conséquences d’un trauma psychologique qui altère la mémoire.

Le film les Trois Visages d’Eve

AUTOUR DU FILM « SANS LIMITES »: LE DOPAGE CÉRÉBRAL!

La découverte de cette molécule de fiction, le NZT, repose sur le mythe pseudo-scientifique où nous n’utiliserions que 10 % de notre cerveau.

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Le dopage cognitif est en plein essor. Connaissez vous ces molécules censées doper les fonctions cérébrales, les smart-drugs encore appelées nootropes ou bien encore nootropiques?
Les smart-drugs »sont des médicaments qui améliorent les capacités cognitives et dont  la réputation  est de doper les capacités cérébrales. Aux fins de stimulation cérébrale, ces nootropiques sont souvent des médicaments détournés de leur usage. Beaucoup de  lycéens américains développent une addiction à la Ritaline, des traders de Wall Street se gavent d’amphétanimes.

Ces molécules licites,  aux  indications précises, comme pour les troubles du sommeil (narcolepsie, hypersomnie) ne sont délivrées que sur prescription médicale. Or, sur le web certains sites peu scrupuleux proposent à la vente ces produits pour censés stimuler l’intelligence. Leur marketing les détourne de leur principale indication et leur utilisation relève du mésusage médicamenteux avec le risque d’effets secondaires. Et pourtant le nombre de leurs utilisateurs ne cesse de croître. Les smart-drugs inspirent les auteurs de film et de série TV.

Alors pourquoi ne pas parler de ces nootropiques à travers le film « Sans Limites » -sorti en 2011 et interprété par Bradley Cooper et Robert De Niro- ?

Eddie Mora, le personnage principal du film (joué par le sexy Bradley Cooper), est un écrivain paralysé par l’angoisse de la page blanche. Lorsque sa petite amie le quitte, il sombre dans la dépression. Son ex beau-frère, ancien dealer, va lui faire découvrir un produit révolutionnaire de l’industrie pharmaceutique, le NZT-48, qui permet d’exploiter le potentiel du cerveau au maximum. Cette pilule jamais été testée. Rappelons que le NZT-48, est une smart-drug de fiction pour ceux qui seraient tentés de croire que le NZT existe réellement. Grâce à cette drogue, la mémoire d’Eddie est surhumaine. Il peut désormais se souvenir de tout ce qu’il a lu, vu ou entendu. Il devient capable d’apprendre n’importe quelle langue en une journée, de résoudre des équations complexes et ainsi fasciner tout ceux qu’il rencontre.

Mais toutes ces merveilleuses capacités ne sont possibles que s’il est sous l’influence du NZT, et une seule pilule a suffi à le rendre accro. Notre héros va écrire son livre en trois jours et enthousiasmer son éditrice. Il va ajouter d’autres cordes à son arc en devenant l’un des plus grands traders de Wall Street. Malheureusement, cette montée en puissance des facultés cognitives de notre héros s’accompagne des terribles effets secondaires du NZT qui sont ceux du sevrage d’une drogue puissante, et notre héros apprendra que tous ceux qui ont pris cette pilule sont décédés d’overdose.

Le film « Sans Limites » a le mérite de montrer l’envers du décor avec ce héros qui sombre dans les affres de la dépendance. Cette fiction développe avec pertinence ce que sont les smart-drugs, ces psychostimulants capables d’amplifier les capacités cognitives. Mais est ce vraiment possible et est-ce  sans danger ?

Voyons quelles sont les ressemblances entre le NZT du film et certaines « vraies » molécules  qui sont des psychostimulants. Manifestement, il y a de fortes ressemblances du NZT avec le LSD, la Ritaline et le Modafinil.

La découverte de cette molécule de fiction, le NZT, repose sur le mythe pseudo scientifique où nous n’utiliserions que 10 % de notre cerveau. Et que prendre le NZT permettrait de faire fonctionner son cerveau à 100 % de son potentiel. Et certains des effets du NZT sont proches des psychédéliques comme l’Ectasy, voire le LSD comme cette abolition du temps et de l’espace où les couleurs sont plus vives et les contours des objets plus précis.

Rappelons que malgré ces aspects séduisants, dits récréatifs se cache la dure réalité des effets secondaires. Toutes les drogues psychédéliques sont prohibées dans tous les pays au vu de leurs redoutables effets secondaires au long terme. Comme des suicides au long terme dus à un effet flash-back du produit des années après son absorption.

Les smart-drugs comme le NZT-48 agissent directement sur les neurones, en augmentant la quantité de monoamines au niveau des connexions synaptiques, en particulier la dopamine et la noradrénaline. Il en résulte en effet réel sur l’activité cérébrale: accélération de la perception, surexcitation, amélioration de la vigilance, de la clairvoyance et des performances cognitives (amélioration de la mémoire). Ils augmentent la concentration et l’attention.

Il y a toutefois un revers de la médaille qui doit attirer l’attention de celui qui serait tenté d’en prendre.L’une des smart-drugs le plus connu est le Methylphénidate (Ritaline) prescrit dans l’hyperactivité de l’enfant et la narcolepsie. Son mécanisme d’action est décrit comme celui de la cocaïne. Compte tenu de l’importance des mésusages de cette molécule, le Méthylphénidate fait partie de la liste des médicaments surveillés de près par l’Afssaps. Ses effets secondaires sont ceux de la Cocaïne. Détourné de sa prescription initiale, en 10 ans, la Ritaline aurait tué aux Etats-Unis plus de 186 personnes (les chiffres doivent être sous estimés).

Pour continuer sur l’aspect nootrope, le NZT ressemble également au Modafinil (Provigil, Modiadal).  Et l’effet du Modafinil ressemble à celui des amphétamines. C’est un stimulant utilisé dans le traitement la narcolepsie et de l’hypersomnie idiopathique. Il permet à quelqu’un qui souffre de fatigue inhabituelle de rester éveillé sans effet secondaire et de rester performant intellectuellement. Le Modafinil bloque la recapture de la noradrenaline; celle-ci, suivant un processus complexe agit sur les neurones, provoquant le sommeil des noyaux ventrolatéral préoptique. Il est présenté sur de nombreux sites de vulgarisations comme une molécule agissant comme la cocaïne sans ses effets secondaires et sans addiction.

Le Modafinil serait pris par un quart des étudiants britanniques, et en France, il est en passe de supplanter le Guronson (caféine pharmaceutique) chez les étudiants.Le Modafinil, outre son usage dans les troubles du déficit de l’attention serait utilisé par certains médecins comme traitement d’appoint de la baisse des facultés cérébrales pouvant faire suite une chimiothérapie, comme aide au sevrage de l’addiction la cocaïne. Toujours sur prescription médicale et sans le mésusage de booster des facultés intellectuelles.

Le Modafinil, est-il vraiment sans danger? Le Modafinil a été développé en France dans les années 70. Cette molécule aurait été utilisée par les soldats français lors de la guerre du Golfe il est par les soldats américains en Irak et en Afghanistan, dans leur permettre de rester opérationnel pendant 35 heures sans dormir. Même si les indications du Modafinil sont assez larges, l’EMA (l’Agence Européenne des Médicaments) recommande désormais son usage dans la narcolepsie. Il est parfois détourné avec la bénédiction de la FDA par les personnes ayant un emploi avec des horaires décalés (pompiers, personnel d’hôpital, etc), il peut être un produit de dopage pour des sportifs de haut niveau.

Au niveau de l’amélioration des performances cognitives, une étude contradictoire  à la méthodologie peu fiable affirme que les effets bénéfiques  du Modafinil marcheraient sur des personnes avec un petit QI (100-112). Évaluer l’intelligence uniquement avec le Q.I fait débat, et on peut envisager une dérive de type transhumaniste. L’augmentation du QI pour certaines parties de la population grâce à une pilule a de quoi faire frémir, et l’idée de sujétion mentale est digne du Meilleur des Mondes de Huxley. Le « neuroenhancement » est un concept anglo-saxon qui concerne la prise de psychostimulants par des sujets sains en dehors d’une indication médicale ou d’un contexte festif, afin d’améliorer les capacités cognitives, mentales et cérébrales. En 2009, devant l’augmentation aux États-Unis des demandes de ces nootropes, l’Académie de neurologie a publié des recommandations sur « une l’éthique responsable » de ces prescriptions.

Le but des smart-drugs est d’améliorer les performances cognitives. Depuis une dizaine d’année, tout un pan de la recherche explore les effets des stimulants cognitfs chez la malades et les bien-portants. Effets de substances naturelles (caféine, ginseng, gingko-biloba) et de substances médicamenteuses. C’est le Modafinil qui retient plus l’attention. Des chercheurs d’Oxford ont déclaré le Modafinil cet été comme une smart-drug « sûre », dépourvue d’effets secondaires à court terme chez les sujets sains. Le Modafinil serait capable d’améliorer la flexibilité mentale, la planification, la mémoire de travail; tout ce qui permet d’être fluide au niveau cognitif. Selon le psychiatre Raphaël Gaillard: « le Modafinil augmente la libération de la noradrénaline et de la dopamine, deux des principaux neurotransmetteurs qui stimulent les processus cognitifs.» Affaire à suivre…

Prendre des smart-drugs n’est pas anodin et dénué d’effets secondaires. Laurent Lecardeur, psychologue au CHU de Caen et chercheur sur le dopage cognitif constate cette banalisation inquiétante des smart drugs dans l’article Le marché de l’amélioration humaine, Vers un dopage généralisé de la cognition? et s’en inquiète: « …la consommation d’amphétamines (méthylphénidate, modafinil, bupropion) détournées de leur indication et sans prescription, sont utilisées par un nombre croissant d’étudiants (jusqu’à 20%), qui veulent diminuer le stress en période de révision, acquérir des facultés de concentration plus importantes ou tout simplement réussir , quels que soient les risques d’effets secondaires et de dépendance.»   Le chiffre de 20 pour cent est énorme et laisse présager un retour de bâton pour les usagers au niveau de leur santé physique et mentale. Laurent Lecardeur dénonce également des  technologies « plus ou moins validées » en vente libre. À l’instar des battements binauraux (fichiers qui permettraient de réduire les troubles de l’attention. Et d’autres comme la stimulation cérébrale, qui tout en renforçant certaines fonctions pourraient s’avérer délétères.

Dans la catégorie des nootropes, il faut évoquer ce marché pseudo-médicamenteux en Hand writing Placebo with markerpleine expansion. C’est celui des compléments alimentaires qui n’ont absolument aucune  utilité médicale. Des cocktails de molécules sont vendus prétendant stimuler les facultés intellectuelles. Belle illusion!

Les laboratoire spécialisés dans les compléments alimentaires utilisent  les techniques les charlatans de toujours comme des pseudo-études cliniques et un pseudo-jargon scientifique. En ce qui concerne les compléments alimentaires, supposés agir sur le cerveau et améliorer les performances intellectuelles, c’est mission impossible.

L’effet réel du pseudo-nootrope est celui de l’effet placebo: « autrement dit, le seul effet de ce traitement est de faire croire qu’ils en ont un.» Et pour conclure ce post, revenons à la fiction du film « Sans Limites »! Quant aux qualités attribuées au NZT-48, il y a une certaine morale. Happy End pour notre héros Eddie Morra! Après des rebondissements spectaculaires, il va réussir à se sevrer de cette pilule magique, tout en gardant une grande partie de son potentiel. Alors il serait plus raisonnable d’envisager un effet de la suggestion ou placebo du NZT fictif plutôt que d’envisager un effet réel sur la cognition?  La morale scientifique serait sauvegardée si vous regardez ce film très sympathique. Mais attention, c’est une fiction…

Je remercie chaleureisement Laurent Lecardeur, psychologue au CHU de Caen, centre Esquirol CNRS de m’avoir envoyé son article « Le marché de l’amélioration humaine, vers  un dopage généralisé de la cognition? » publié dans le Quotidien du médecin le jeudi 17 décembre 2015. 

Pour en savoir plus, une vidéo sur les limites des Smart-Drugs:

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FAUT-IL VRAIMENT NORMALISER NOS ÉMOTIONS?

Face à la médicalisation de certaines émotions, dans le même registre, on trouve la « dictature du bonheur.»

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Flower Girl – Helen M. Turner 1920

Au sujet des émotions, le psychanalyste Carl Gustav Jung a écrit que « sans émotion, il est impossible de transformer les ténèbres en lumière et l’apathie en mouvement ». Il serait  bien surpris de voir que la plupart de  nos émotions sont aujourd’hui médicalisées.

C’est ce que constate Christopher Laine dans son livre « Comment la psychiatrie et l’industrie pharmaceutique ont médicalisé nos émotions », publié en 2007, et toujours d’actualité sur le fond. L’auteur dénonce les conflits d’intérêts entre la psychiatrie et l’industrie pharmaceutique. Ces conflits d’intérêts auraient impacté la nosographie des manuels de diagnostic des maladies mentales comme celui du DSM. Création de troubles psychiatriques pour répondre au marché du médicament et aux profits de l’industrie pharmaceutique, au détriment de  l’éthique des besoins du malade. Comment a-t-on pu en arriver là? C’est tout un poème!

Le DSM ne se base pas sur des observations cliniques mais sur le recueil d’opinion des spécialistes. Le 18 mai 2013, le DSM V remplace l’édition précédente datant de 2000. La version française est sortie le 17 juin 2015. Lors de sa sortie, c’est une levée de boucliers de la part de nombreux professionnels de la santé mentale.  Dont Allen Frances qui avait  dirigé l’édition du DSM IV en 1994, l’un plus virulents contradicteurs. Le NIMH (National Institute of Mental Heath)-le plus gros financier de la recherche en santé mentale- se désolidarise également et pointe du doigt les défaillances scientifiques de cette nouvelle version. Cette fronde est beaucoup plus consensuelle que les deux précédentes révisions de 1980 et 1994. Le DSM est une bible pour les scientifiques et les chercheurs, et jouit d’une influence considérable à l’échelle mondiale. Dès sa création en 1952, le DSM est la référence de l’OMS.

Car l’histoire du DSM est une saga. Elle remonte à 1927 et ses prémices à 1917. Dans ce temps là, compte tenu de la pléthore de diagnostics suivant les institutions locales étasuniennes, il était impossible de faire des statistiques médicales à l’échelle du pays. En 1927, l’Académie de médecine de New York décide de classifier les maladies mentales. Sa volonté est de simplifier les maladies pour débarrasser la psychiatrie de toute théorie. Les références de nature symbolique empruntées à la mythologie grecque et à la psychanalyse (Freud était honni) qui faisaient partie du jargon de la psychiatrie sont délaissées.

En 1928, a lieu la première conférence pour cette simplification. Ses participants sont des spécialistes mais aussi des politiciens. Après diverses classifications, la première version du Medical va voir le jour en 1932, et sera testée sur des hôpitaux soigneusement sélectionnés. Jusqu’en 1952, date d’apparition du DSM, il y aura deux versions du Medical, respectivement en 1933 et en 1942. Au début de la deuxième guerre mondiale, les psychiatres civils et militaires jouent le jeu en classifiant les troubles. Seulement, les médecins militaires sont confrontés aux troubles psychiques spécifiques à la guerre qui ne rentrent pas dans cette classification commune. La névrose de guerre évoquée par Freud! La Medical 203 intègre les pathologies de guerre et les questions liées au traumatisme.

En 1944, la Marine fera sa propre classification, et ce ne sera que plus tard que la psychiatrie militaire fera entrer dans le DSM le Stress Post-traumatique avec ses Vétérans du Viet-Nam. Le DSM, dès 1952 s’est complètement fermé aux concepts freudiens. Parallèlement s’est développé son homologue le CIM, et la dernière version étant le CIM-10 publiée par l’OMS, plus proche des subtilités de la psychiatrie européenne et plus ouvert à la psychanalyse. Mais c’est le même état esprit qui marque ces deux manuels de  diagnostic.

En 1952, le DSM recensait 6 pathologies contre aujourd’hui 410 troubles, et en rajouter 10 de plus dans les dernières versions. Selon certains, les troubles recensés sont des termes fourre-tout qui serviraient de prétexte à la prescription à tout-va de médicaments. Les conflits d’intérêts entre ceux qui participent aux travaux du DSM et l’industrie pharmaceutique sont notoires. Si l’année 52 vit la sortie du DSM, elle vit aussi l’arrivée des premiers médicaments anti-psychotiques comme la chlorpromazine. 1955 voit aussi le jour du « Mental Health Study Act «  voté par le congrès américain , qui fournit le cadre juridique autorisant les donations attribuées à la recherche psycho-pharmacologique. Et faire, au fil des ans de l’industrie pharmaceutique, un lobby.

Il y a eu dans certaines versions notamment celle du DSM III des troubles inénarrables. Celui qui a fait couler le plus d’encre est celui du Trouble de la Personnalité Multiple emprunté au cinéma (mais si, mais si!).  Grâce au film « Les trois Visages d’Eve » qui a inauguré un afflux massif de patientes chez les thérapeutes. À la suite d’un trauma, des patient(e)s étaient censé(e)s posséder plusieurs personnalités appelées les hôtes, indépendantes les unes des autres, et qui empoisonnaient mentalement la vie du patient. Certains patients pouvaient  avoir plus de quarante hôtes qui s’exprimaient tour à tour lorsqu’un thérapeute les interpellaient! On a trouvé des gens qui prétendaient être Spock, le héros de la série Star Strek, des animaux ou des personnages de l’histoire. La liste est ébouriffante et on peut en trouver des exemples dans l’excellent livre « Science and Pseudoscience in clinical psychological ». Devant les dégâts délirants causés par cette pathologie controversée, le Trouble  de la Personnalités Multiple sera remplacé par celui du Trouble Dissociatif de l’identité. Là, plus d’hôtes mais juste deux personnalités  du style Mr Hyde et Dr Jeykill (c’est déjà pas mal). Il s’observerait rarement en Europe (sauf  en Espagne) et resterait cantonné aux pays anglo-saxons.

Parmi les autres maladies mentales inscrites au registre du DSM, il y a eu l’homosexualité qui fût retirée en 1987. Dans les années 70, sous l’impulsion de certains psychologues comme Margaret Thaler Singer, il fût tenté la volonté d’inclure le Syndrome des Faux Souvenirs) dans le DSM. De faux souvenirs d’abus sexuels oubliés pendant des décennies causés par des méthodes douteuses avaient envoyé des gens innocents en prison, et ils étaient liés au trouble de la personnalité multiple et au Trouble Dissociatif de l’Identité (ou et à d’autres troubles répertoriés dans le DSM) . Ce ne fût pas suivi car le syndrome des faux souvenirs était à l’origine un terme inventé par des avocats, et qui ne fût pas repris par la psychiatrie même si des spécialistes se penchent sur la question. Aujourd’hui, les neurosciences prouvent l’existence des faux souvenirs et confortent les expériences de psychologie sur la manipulation de la mémoire. Dont les travaux de la psychologue cognitiviste Élisabeth Loftus.

Les experts dénoncent les simplifications dangereuses du DSM car elles enferment des patients dans ces catégories. Or, toute maladie est évolutive et c’est aussi valable pour les troubles de la psyché; le diagnostic ne vaut qu’à l’instant où il est posé. Concernant les troubles du comportement, l’hyperactivité et la dépression, l’adolescent atypique risque de prendre une bonne dose de neuroleptiques sous prétexte qu’il présente un risque de syndrome psychotique (s’il n’est pas schizophrène ou autre). On a de la peine à croire. Alors pourquoi un tel engouement pour le DSM? Il a été imposé par les compagnies d’assurance et l’industrie pharmaceutique a trouvé le bon filon pour s’en servir de grille  de référence pour une prescription intensive de psychotropes. Cela ne pourrait pas être grave si l’on se contentait de prendre le DSM comme un étiquetage superficiel de manifestations comportementales incluant l’environnement du patient, et était juste un guide-line. Mais c’est rarement le cas.

Les critiques envers le DSM sont salutaires. Déjà, le regretté Édouard Zarifian, auteur d’un rapport concernant la prescription et l’utilisation des médicaments psychotropes en France datant de 1995 (et toujours d’actualité sur le fond) avait pointé une utilisation abusive du DSM en pratique médicale. Originellement, le DSM était à l’origine un répertoire de critères de diagnostics destinés à la recherche.  S’il faut être critique certes, il faut aussi évoquer le risque de rejeter tous les psychotropes qui peuvent soulager des patients lorsqu’ils sont prescrits à bon escient. Ils ont sorti de l’internement un grand nombre de malades souffrant de troubles psychiatriques sévères et invalidants, en  atténuant leurs souffrances psychiques et leur permettre de vivre normalement . Très souvent, dans de nombreux troubles, une prise en charge psychothérapeutique donne d’excellents résultats sans médicaments ou s’il y a prescription, c’est conjointement avec une psychothérapie. Quand on prend l’exemple d’un épisode majeur de la dépression, une cure d’antidépresseur est souvent nécessaire un laps de temps mais est toujours recommandé avec une psychothérapie.
À côté de certains troubles répertoriés et justifiés, il y a certains comportements comme la41xbZZL5RFL._SX295_BO1,204,203,200_ timidité, considérée autrefois comme étrangère au domaine de la psychiatrie, qui se retrouve aujourd’hui dans le DSM. Les émotions  exacerbées deviennent des pathologies. La timidité, la tristesse liées à un deuil ou aux ennuis de la condition humaine, et des émotions naturelles à priori peuvent se retrouver classées dans les répertoires des maladies mentales si le diagnostic est anarchique.

Prenons l’exemple de la timidité. Pour Christophe André, spécialiste des phobies, la vraie différence se fait sur l’importance du handicap: « La vie du timide est faite d’occasions ratées, explique-t-il. La question consiste à évaluer la part de ratages acceptable dans une existence. De plus, les timides, légers ou graves, sont plutôt des personnes qui s’adaptent…Le phobique social, lui, peut voir la même personne régulièrement sans que son angoisse décline. Bien au contraire, il a de plus en plus peur d’être démasqué puisqu’il lui manque l’estime de soi, qu’il se sent inintéressant ou ridicule.»

Face à la médicalisation de certaines émotions, dans le même registre, on retrouve la « dictature du bonheur »impliquant la course acharnée au bien-être. Et qu’est-il proposé pour réguler ses émotions? Et bien tout le créneau des médecines douces ou les thérapies alternatives. De l’homéopathie, de la phytothérapie, des compléments alimentaires et des thérapies diverses et farfelues avec le risque de charlatanisme ou de mauvaises pratiques qui peuvent aggraver le mal-être et de passer à côté d’un véritable trouble de la psyché qui nécessite une prise en charge par un professionnel de la santé malade (psychiatre, médecin généraliste et psychologue clinicien). Le développement personnel va prendre le relais de la psychiatrie avec le risque de mettre le patient sous emprise mentale dans un circuit  qui annihile la personnalité et le libre-arbitre par des psychothérapeutes formés n’importe comment et sans culture scientifique de base, notamment sur le cerveau et la mémoire.

Si le vocabulaire est différent de celui de la psychiatrie, sans dire que les émotions négatives sont des maladies,,  on va vous promettre d’être toujours de bonne humeur si vous les éradiquez. C’est la méthode Coué déclinée sur tous les tons. Les coachs du développement personnel sont là pour vous encadrer et vous guider dans votre vie. Reconnaissons que ce sont sans les effets secondaires des psychotropes , accusés de tous les maux! L’équilibre, le Bonheur avec un B majuscule, la confiance en vos ressources cachées, bref une nouvelle votre vie vous attend, mais sous réserve que vous fassiez le nécessaire. Les livres, les publicités des stages de développement personnel vous promettant une évolution psycho-spirituelle ont pris le relais des anciennes publicités des psychotropes. Quelle est la différence avec celle du Paxil en 1999 où l’on voit une jeune femme rayonnante témoignant d’une nouvelle renaissance :« je peux voir mon futur… je peux goûter au succès… je peux toucher ma vie…»?  L’attitude Coué-positiviste gomme vos insatisfactions ordinaires. Que ce soit l’industrie pharmaceutique ou le développement personnel, on vous propose une orientation, un style de vie et de pensée. « Osez changer » est le maître mot!

Notre société est tourné vers le culte de la performance et toutes les émotions qui composent notre personnalité doivent être en permanence positives. Aucune baisse de l’humeur n’est tolérée, et devient vite pathologique si elle dépasse un certain laps de temps! Nous devons baigner en permanence dans un océan de béatitude!  Même si c’est exagéré, on nous le promet. Il faut entretenir des pensées positives, profiter du bonheur d’être en vie et pour être heureux et il y  a des recettes que l’on aurait qualifié il y a une vingtaine d’années de « psychologisme ». Que faut-il dire à un patient qui va suivre des séances de Reiki entre deux séances dans un CMP pu en cabinet libéral? Si vous n’accédez pas à la zénitude, culpabilisez car vous n’avez pas fait ce qu’il fallait pour accéder au « Bonheur », la nouvelle philosophie du troisième millénaire. Et finalement comme l’a écrit l’écrivain Yukio Mishima: “Les émotions n’ont aucun goût pour l’ordre établi.”

AU SUJET DU LIVRE « SCIENCE ET PSEUDO SCIENCE EN PSYCHOLOGIE CLINIQUE ».

C’est un livre fondamental pour toute personne soucieuse de s’informer judicieusement sur les psychothérapies pseudo scientifiques à partir de la littérature scientifique.

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La pseudo science avance masquée. Nous ne sommes pas toujours critiques face à la multiplication des études qualifiées de scientifiques sur des thèmes à forte connotation idéologique, et publiées dans la presse grand public. Nous les prenons comme des vérités. Ors, beaucoup de ces publications sont de la « Junk Science ».

Depuis plus de trente ans, certaines théories et techniques de psychothérapie prétendent traiter les troubles de la psyché, et ce sans avoir fait la preuve de leur efficacité, de la rigueur scientifique voire de l’éthique. Certaines d’entre-elles ont même aggravé ou déstabilisé psychologiquement des patients qui ont fait confiance à des thérapeutes incompétents. Ces derniers mal formés, parfois malhonnêtes, bref douteux.

Les chapelles ou les courant de psychothérapie, diagnostics basés sur des grilles de lecture ou des théories pseudo scientifiques sont légion. Et comment s’y retrouver dans cette jungle?

L’image mise en avant dans  ce post est celle de la couverture du livre Science and Pseudoscience in Clinical Psychology de Scott O. Lilienfeld, Steven Jay Lynn et Jeffrey M.Lohr. Uniquement disponible en langue anglaise. Fort dommage qu’il ne soit pas traduit en français mais le seul titre est éloquent sur son contenu: la science versus pseudo science en psychologie clinique. C’est un livre fondamental pour les étudiants en médecine,  les étudiants en psychologie, des juristes, des chercheurs et toute personne soucieuse de s’informer judicieusement sur les dérives des psychothérapies à partir de la littérature scientifique.

L’une des particularités de cet ouvrage est d’avoir été répertorié un temps dans la base de données Pubmed/Medline.

Dans cet ouvrage, les rédacteurs et les auteurs-contributeurs représentent divers milieux cliniques et universitaires. Le texte et divisé en 5 sections. Il fait état des controverses dans l’évaluation et le diagnostic les controverses générales en psychothérapie. Aussi dans le traitement des troubles spécifiques chez l’adulte et chez l’enfant également. De nombreux sujets sont abordés, tel que l’autisme, le stress post-traumatique, celui de l’identité dissociative et les antidépresseurs (y compris ceux à base de plantes). Chaque sujet cite la littérature scientifique qui soit confirme, soit réfute chaque méthode de traitement proposé à partir de la littérature scientifique.

Il y a eu deux versions de ce livre. La première date de 2003 (celle répertoriée surdownload-1 Pubmed). Et la seconde de 2013. Je suggère de disposer des deux éditions car certains chapitres de La première version sont différents de la seconde version même si l’esprit est le même. La direction collégiale comme Scott O. Lilienfeld, Steven Jay Lynn et Jeffrey M.Lohr n’a pas changé, mais certains auteurs ne figurent plus dans la deuxième version. Dont l’excellente psychiatre Margaret Thaler Singer, Phd, department of psychologie, state University of New York at Binghammon (NY).

Margaret est l’auteure du livre « Crazy Therapies » qui dénonce les thérapies du New Age qui particpent joyeusement à diffuser la pseudo science en psychiatrie et en psychologie. Livre non plus traduit en français. Elle a voulu introduire dans le DSM (le manuel si honni en France des troubles psychiatriques), le False Memory Syndrome, traduisible en français par les « faux souvenirs induits » causés par des thérapies pseudo scientifiques à base de suggestion et de manipulation de la mémoire. Fausses accusation d’inceste, notamment qui ont amené des pères devant les tribunaux et en prison, tout ceci à cause d’experts-thérapeutes qui avaient falsifié la mémoire de leurs filles.  Dans la première version du livre Science and Pseudoscience, Margaret Thaler Singer a contribué au chapitre 7 intitulé « New Age thérapie ». Malheureusement, malgré sa pugnacité, sa proposition d’inclure le syndrome des faux souvenirs dans le DSM fut rejetée. Elle est décédée en 2003, mais son regard acéré sur les dérives des psychothérapies est toujours d’actualité.

Dans la deuxième version, il y a de nouveaux auteurs qui évoquent également les faux souvenirs est la malléabilité de la mémoire. Dont la psychologue cognitiviste  Élisabeth Loftus, auteure du livre incontournable « Le Syndrome des faux souvenirs, ces psys qui manipulent la mémoire ». Dans cette deuxième version du livre Science and Pseudo science, elle a participé à la co-écriture du chapitre 8 intitulé « Constructing The Past , problematic memory Recovery Techniques in psychothérapy ». Tout un programme!

L’ouvrage « Science and Peudoscience » a reçu l’aval de nombreux professionnels de la santé mentale.

« Il représente une tentative très bienvenue de séparer le blé de l’ivraie dans les pratiques de santé mentale. Cette livre incisif et éclairant doit être amplement lu par les professionnels de la santé mentale, les stagiaires et les médecins qui ont besoin de savoir de quoi il retourne sur les pratiques de santé mentale pour orienter leurs patients.» (Journal de l’Association médicale américaine (la première édition), l’une des revues scientifiques majeures.)

Ou encore « Un livre important. L’accent est mis de plus en plus sur l’évaluation et la thérapie « fondées sur des preuves », mais la science peut être utilisée de manière substantielle ou rhétorique. Ce livre fait un excellent travail en distinguant les deux d’une manière cliniquement pertinente. Ceux qui vendent des thérapies pseudo scientifiques illégitimes à des personnes en détresse violent l’impératif moral de « ne pas faire de mal ». La deuxième édition mise à jour met à jour les principales controverses actuelles et sa liste d’auteurs est impressionnante. Une lecture obligatoire pour les professionnels de la santé comportementale. » (William O’Donohue, Ph.D., Département de psychologie et directeur, Centre de traitement des victimes d’actes criminels, Université du Nevada, Reno)

« Face à des mythes et à des interprétations erronées des pratiques de psychologie clinique, cette deuxième édition transmet des connaissances importantes dans un format accessible. En plus des mises à jour d’experts sur les chapitres existants, il y a plusieurs nouveaux chapitres que je trouve particulièrement précieux. Le chapitre sur la thérapie d’attachement apporte des corrections indispensables aux incompréhensions dangereuses et le chapitre sur la science de la psychothérapie a été largement réécrit, apportant de nouveaux points puissants ( Sherryl H. Goodman, Ph.D., Samuel Candler Dobbs Professeur de psychologie, Université Emory; Éditeur, Journal of Abnormal Psychology )

Ce livre constitue une base de données sérieuses pour toute personne voulant s’informer suivant les règles de « l’Evidence Based Science ».

https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC353046/

 

Vidéo sur les Faux souvenirs:

 

 

 

TRIP AVEC LE NARCO-TOURISME HALLUCINOGÈNE!

Une grande partie de l’emprise mentale sous ayahuasca se met insidieusement en place après/ou en même temps que l’emprise chimique. Cette conséquence provoque une modification cognitive et comportementale par l’adhésion à des croyances au surnaturel.

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On sait aujourd’hui que la consommation d’alcool et de drogues à l’adolescence, en continu durant toute cette tranche de vie a une forte probabilité de se prolonger plus tard dans la vie. L’âge moyen de l’initiation est de 14 ans pour une consommation régulière ou non d’alcool, et 14/15 ans pour l’usage de drogues avec ou sans dépendance. Telles sont les conclusions du Professeur Joël Swendsen et des ses collègues de l’Université de Bordeaux qui ont examiné la prévalence, l’âge d’apparition et les facteurs socio-démographiques pour une étude financée par le NIMH (National Institute mental Health), et publiée le 2 avril 2012 dans les archives of General Psychiatry.  Cette nouvelle étude démontre que la consommation de  drogues est un véritable problème de santé publique qui se pose. Même si quelques années ont passé, cette constatation est d’actualité.

 

Il est devenu quasiment impossible pour les professionnels de la santé de parler des effets néfastes des drogues, notamment sur les réseaux sociaux, vecteurs idéaux de désinformation médicale et où les médecines parallèles défendues avec acharnement par les charlatans dominent. De ce fait, la consommation des drogues est devenu un fait de société presque normal, et cela ne date pas d’hier. Si l’on connaît surtout le cannabis, la cocaïne, l’héroïne ou autres drogues de synthèse, il y en a d’autres plus confidentielles prises dans le cadre de la psycho-spiritualité new âge, cet hybride  qui fait le fond de commerce des charlatans de la psychothérapie formés à des méthodes pseudo-scientifiques. Soupir.

L’une de ces dérives concerne le mésusage du chamanisme. Il ne s’agit pas de mettre au banc des accusés le chamanisme et les chamans, une tradition millénaire et respectable mais de dénoncer les pillages cultuels du chamanisme par des Occidentaux sans scrupules. Notamment celle des ayahuasqueros, les chamans de la forêt amazonienne. Leur conception de la maladie est à l’opposé de celle de la maladie occidentale, et est d’origine magique causée par un sortilège. Dans un cadre rituel et curatif, ils font boire à ceux qui ont été envoutés un breuvage sacré appelé l’ayahuasca, un breuvage millénaire composé de deux plantes que l’on trouve en abondance dans la forêt amazonienne. D’abord , il y a  l’ayahuasca qui est une liane qui a donné son nom au breuvage sacré, et l’autre la chacruna qui contient du DMT, un stupéfiant prohibé sur le plan international. La combinaison des deux est hautement hallucinogène, et ses effets sont proches du LSD, le psychoactif de référence. Les Amazoniens la surnomment « La liane de la mort ou le Vin des morts. La potion psychédélique est légale au Pérou où elle est utilisée en médecine primaire pour soigner les populations locales.

En 2008, un reportage d’Envoyé Spécial,  avait diffusé en prime time, a eu pour thème le tourisme hallucinogène au Pérou.  Même s’il date, son décryptage est toujours d’actuel car ce tourisme hallucinant continue toujours, même si les médias mainstream s’en désintéressent. Ces voyages sont tout un programme! On part au Pérou en petit groupe effectuer un « voyage initiatique et spirituel ». Dans le reportage de Envoyé Spécial, le tourisme hallucinogène est un fait de société décrit comme « un mouvement culturel » animé « par un désir de reconversion spirituelle». Les participants sont recrutés sur le net.

Le reportage reprend, sans le mentionner, une partie du rapport de la MIVILUDES 2005 sur les dérives sectaires du chamanisme amazonien, mais il occulte cet aspect sulfureux pour que le sujet devienne passe-partout, et banalise l’absorption de cet hallucinogène psychédélique.  En 2009, le rapport de la MIVILUDES multiplie les mises en garde. Pourquoi ce séjour au Pérou est-il tendancieux, induit-il en erreur sur la tradition des ayhuasqueros amazoniens? Et  est ce bien raisonnable d’ingérer l’ayahuasca ?

 

Selon le rapport de la MIVILUDES 2009, l’absorption de ce breuvage peut se «révéler particulièrement violent», qu’il amène à «un douloureux voyage sur soi-même avec vomissements, convulsions physiques, profonde détresse mentale, même lorsque cette substance est absorbée dans de bonnes conditions, c’est-à-dire sous la surveillance d’un chaman expérimenté ».

Malheureusement, l’attrait exotique, la recherche de solutions miracles en dehors de la médecine scientifique l’emportent sur le principe de précaution, et les avis éclairés des professionnels de la santé. Les arguments pseudo-scientifiques de la thérapie chamanique ont le vent en poupe parmi les moutons de Panurge des adeptes  des médecines alternatives.

 

Comment ces voyages « hallucinants » et « hallucinogènes » sont-ils organisés? Des personnes ayant des soucis existentiels sont recrutées sur des forums pour aller séjourner au Pérou dans l’un de ces camps de vacances hallucinogène “tendance” monté par un chaman péruvien. Leur projet n’est pas de converser à bâtons rompus sur les us et coutumes locales mais de suivre une thérapie chamanique à base d’ayahuasca, cet hallucinogène puissant susceptible de résoudre tous les maux par « des expériences mystiques dans le labyrinthe de l’inconscient ».

On voit dans ce reportage d’Envoyé Spécial, un chaman de père en fils depuis des générations. Ce qui serait en soi rassurant si l’on n’avait pas lu le rapport 2005 de la MIVILUDES, et si l’on n’avait pas eu vent des cas de décompensations psychiatriques, de cas de suicides quelques mois après l’avoir prise, des comas et des morts par overdose. Sous la houlette de ce chaman comparé à un « psychothérapeute (sic) », les touristes présentés dans le reportage ingèrent l’hallucinogène amazonien à doses massives pour soigner les maux existentiels que la médecine occidentale ne saurait pas prendre en charge efficacement.

Ce séjour, c’est du sérieux! Le camp est fermé et gardé nuit et jour par des hommes armés jusqu’aux dents;  une nourriture frugale non carnée est proposée aux vacanciers astreints à une diète stricte pour ingérer l’hallucinogène afin de ne pas provoquer des incompatibilités dans l’organisme et les rendre malades. Avoir des hallucinations comparables à celles du L.S.D n’est pas le symptôme d’un trouble psychique, bien au contraire! Le monde à l’envers! Dépersonnalisation/déréalisation ainsi que d’autres joyeusetés psychiatriques sont  vivement encouragées pour évoluer spirituellement. Le reportage montre que le logement des vacanciers est spartiate, et des séances de groupe où les vacanciers ingèrent des doses massives d’hallucinogène en l’espace d’une douzaine de jours encadrés par le chaman et ses assistants.

L’une des séquences les plus troublantes du reportage « à la frontière du surnaturel » est celle d’une vacancière en transe investie par l’esprit d’un jaguar. Cette métamorphose a des airs de parenté avec la lycanthropie, cette faculté de se changer en loup-garou renvoyant aux affaires de sorciers et à l’ensorcellement au Moyen Âge.

Les dérives de l’ayahuasca ne résident pas uniquement dans une emprise chimique mais aussi sur l’action pharmacologique spécifique censée traiter les addictions au cannabis notamment. Particularité qui oppose les scientifiques rationalistes à ceux du MAPS (The Multidisciplinary Association for Psychedelics Studies), un organisme privé financé par des fonds tout aussi privés où le pire côtoie le meilleur. Le MAPS regroupe les scientifiques prosélytes des psychédéliques dans le soin psychique à la place des molécules officielles et des psychothérapies alternatives, se substituant aux psychothérapies officielles (psychanalyse, TCC).

On  trouve dans la base de données Pubmed des articles scientifiques de bonne facture dans le PLos One ou  dans des revues de pharmacologie;   celui de Favaro qui a étudié les effets à long terme sur la mémoire ou les effets neurotoxiques de l’ayahuasca chez le rat. Et il y a bien une étude préliminaire sur l’action antidépressive de l’hallucinogène. Des études préliminaires, et éventuellement des essais pré-cliniques sont la norme pour des futurs médicaments. C’est vrai que des scientifiques se sont penchés sur les effets des drogues hallucinogènes à l’instar du chercheur David Nutt du département de neuropharmacologie et de l’imagerie moléculaire à l’Imperial College de Londres. Franz Vollenwerder de l’Université de Zurich, est aussi l’un de ces très rares scientifiques à poursuivre des recherches sur les psychédéliques. Mais si ce pan de la recherche peut s’avérer éventuellement prometteur, il faudra que les psychédéliques étudiés démontrent qu’ils sont plus efficaces que celle des molécules commercialisées, suivant les règles de l’Evidence Based Médecine. Et cette méconnaissance du grand public sur les protocoles de la recherche scientifique favorise les charlatans du chamanisme et du narco-tourisme.

Une grande partie de l’emprise mentale sous ayahuasca se met insidieusement en place après/ou en même temps que l’emprise chimique. Cette conséquence provoque une modification cognitive et comportementale par l’adhésion à des croyances au surnaturel. L’un des objectifs recherché dans la thérapie chamanique à l’usage des Occidentaux est d’occulter leur mode de pensée cartésien pour déstructurer leur vision du monde à l’origine de leur mal être. La pensée magique devient alors un mode de fonctionnement qui doit être prioritaire par rapport à la pensée rationnelle. L’irrationnel devient l’indice de normalité nécessaire de la nouvelle personnalité. Ce process de double emprise (chimique et cognitive) se fait en partie lors des phases hallucinatoires lorsque la personne est fortement suggestible et est dépendante d’une aide extérieure pendant la phase d’ivresse spécifique à cette drogue. La grande difficulté pour recueillir les propos des victimes est d’arriver à lever leurs résistances liées à cette pensée magique ; elle induit chez les victimes des peurs irrationnelles liées à l’existence de la magie noire, de la sorcellerie, bref à la réalité du paranormal.

 

Le contrepoint d’un médecin péruvien  (non chaman) interviewé est sans appel : il se montre très réservé sur ce tourisme hallucinogène, et il déconseille fortement l’hallucinogène aux Occidentaux qu’il évalue dangereux pour eux. Les recommandations des dirigeants des centres de vacances hallucinogènes listant les contre-indications pour ceux qui souffrent d’hypertension, de troubles cardiaques ou qui suivent un traitement antidépresseur sont nettement insuffisantes. Pour réduire les risques liées à la prise du psychédélique amazonien, il faudrait que les vacanciers se munissent d’une expertise psychiatrique et de plusieurs certificats médicaux.

C’est en fait, un véritable narco-tourisme. L’ambassade de France au Pérou met en garde les voyageurs sur son site interne même si le Pérou a classé l’ayahuasca au patrimoine culturel de la nation. Alors si vous êtes tenté par ce tourisme hallucinogène, ce sera à vos risques et périls.

Si le reportage date de 2008,  les faits décrits ne sont pas obsolètes. Le tourisme hallucinogène continue à prospérer. Son masque est aussi sous le label d’éco-tourisme, et ces stages découvertes sont présentés « comme une protection contre les maux de la société  contemporaine matérialiste».

Les années ont passé, mais ces faits sont toujours actuels, et même s’il ne s’agit que de cas isolés de nature sectaire, l’ayahuasca est une drogue très prisée par les cadres de la Silicon Valley. On la consomme comme du café à San Francisco. Si vous doutez des mises en garde sur la dangerosité de l’ayahuasca, lisez ces quelques témoignages récents avant de prendre la liane de la mort: en 2009, deux touristes italiens sont retrouvés en Équateur découpés à la tronçonneuse. En 2014, un Canadien poignarde un Britannique au Pérou.

Alors, êtes vous toujours tentés par un trip aux portes de la perception qui peut vous laisser sur le carreau? Si oui, alors à vos risques et périls, et vous avez en prime même la  vidéo reportage de Envoyé Spécial!

 

 

 

 

ALTER SCIENCE ET PSEUDO-SCIENTISME

Alexandre Moatti démontre dans cet essai très complet comment l’alterscience nous informe – en creux ou en négatif- sur le fonctionnement de la science elle-même. Il cite certains de ses scientifiques renommés qui se sont détournés de la science.

La pensée irrationnelle fait des ravages dans les sciences humaines, la psychologie, et touche curieusement de plus en plus la médecine et tout le domaine de la science. L’un des meilleurs exemples est l’opposition, depuis plusieurs semaines, sur les réseaux sociaux, entre anti vaccins et partisans de la vaccination obligatoire. Si tout débat est légitime, de nombreux mensonges de nature pseudo-scientifique (ou omissions d’ailleurs) peuvent polluer le débat (ou tout débat d’ailleurs sur n’importe quel sujet) et se propager comme une traînée de poudre. Ce post ne vous propose pas de refaire le monde autour de l’intérêt de la vaccination et de ses composants supposés toxiques, mais plutôt d’ouvrir une brèche sur la pensée irrationnelle et les croyances dont ont pu faire preuve, par le passé des scientifiques renommés. Et ce, avec un livre qui remet les pendules à l’heure sur les théories dites alternatives: « Alter Science, Postures, Dogmes, Idéologies » d’Alexandre Moatti. L’auteur est chercheur associé au Laboratoire SPHERE de philosophie et histoire des sciences à l’Université Paris-Diderot. Cet ouvrage date de 2013, mais il est toujours d’actualité et donne matière à réflexion sur certains débats qui agitent régulièrement les actualités médicales et scientifiques..

 

Quel est le sujet du livre?
Un article du site Science et Pseudo Science résume ainsi la pensée de Moatti: il « constate un certain rejet de la science contemporaine et de ses productions : rejet, non seulement de l’utilisation technique qui peut être faite de telle ou telle découverte, mais aussi rejet de la démarche et de l’expertise scientifique voire de l’activité de recherche elle-même.»L’alter science se distingue du pseudo-scientisme comme par exemple l’astrologie. Avec l’alter science, on est dans le domaine des croyances dont la diffusion est facilitée par une certaine notoriété déjà existante de celui qui la diffuse…

Alexandre Moatti démontre dans cet essai très complet comment l’alterscience nous informe – en creux ou en négatif- sur le fonctionnement de la science elle-même. Il cite certains de ses scientifiques renommés qui se sont détournés de la science. L’auteur distingue l’alterscience des pseudo-sciences comme par exemple l’astrologie. L’alterscience relève du domaine des croyances dont la diffusion est facilitée par la notoriété déjà existante de celui qui la propage.
« On connaissait les magiciens de la guérison, les conteurs de cosmogonies exotiques et tous ceux qui ont recours à la pensée magique pour expliquer le monde ou les tourmentes des corps. Voici maintenant les « alterscientifiques » : sous ce mot l’auteur, regroupe des hommes de sciences, souvent reconnus, qui, à un âge avancé, développent une théorie alternative.

Et à l’aide d’exemples, Alexandre Moatti appuie sa démonstration.

Les raisons des  dérives de ces scientifiques sont multiples. Certains sont des scientifiques autrefois reconnus, aujourd’hui en mal d’attention, comme le climatosceptique Claude Allègre, mais d’autres adhèrent à une idéologie, comme les deux prix Nobel de physique, Philipp Lenard (Nobel 1905) et Johannes Stark (Nobel 1919) qui commencèrent à théoriser une « Physique allemande » tout en s’engageant aux côtés d’Hitler.

La version contemporaine, moins connue est le mouvement « solidarité et progrès » de Lyndon Larouche (né en 1922) dont le représentant en France est Jacques Cheminade, candidat aux élections présidentielles en 1995 et à d’autres. S’engageant en faveur l’énergie nucléaire – le titre de leur revue Fusion en dit long- et vantant les mérites de la conquête spatiale, développant une autre histoire des sciences, contestant la physique quantique probabiliste – à cause de la limite qu’elle oppose à la connaissance humaine.

D’aucuns ont eu une révélation! C’est le cas de l’ingénieur Hörbiger, qui un soir d’automne 1894, en observant la Lune a eu l’idée qu’elle était fait d’un bloc de glace, de quoi développer une cosmogonie de glace. À travers une dizaine d’exemples – depuis l’affaire des avions renifleurs jusqu’aux tenants du géocentrisme, Alexandre Moatti démontre dans cet essai très complet comment l’alterscience nous informe – en creux ou en négatif- sur le fonctionnement de la science elle-même.

Et qui ne se souvient pas de la fameuse imposture scientifique de la « mémoire de l’eau » du Dr Jacques Benvenista? C’était en 1988, et c’est sous ce titre « Une découverte française pourrait bouleverser les fondements de la physique: la mémoire de l’eau » que le  journal le Monde titra cette supposée nouvelle révolution copernicienne. De la physique quantique? Que nenni! Le Dr Jacques Benveniste, médecin et biologiste directeur de l’unité 200 de l’Inserm avait découvert que l’eau avait une « mémoire », et offrait ainsi une légitimité rationnelle au fonctionnement sous-jacent de l’homéopathie, supposant démentir les arguments de ses détracteurs sur son efficacité et un unique effet placebo.

La fameuse revue Nature se prêta au jeu de cette théorie en proposant une expérimentation sur la mémoire de l’eau et sa conclusion fût la suivante: Elle « accusa le coup et publia un rectificatif concluant : « L’hypothèse selon laquelle l’eau garderait la mémoire d’une substance qu’on y a diluée est aussi inutile que fantaisiste. ». Mais trop tard, le mal était fait, Nature (et le Monde du même coup) s’était ridiculisé en publiant un article avant d’en avoir vérifié le contenu (ce ne sera pas la seule fois) cédant aux sirènes du scoop, tout le tapage médiatique de l’extraordinaire « nouvelle » fit certainement beaucoup plus de bruit que celle de son démenti.» (

L’intérêt de cet ouvrage est indéniable et il développe l’esprit sceptique et cerne avec des exemples pertinents les parti-pris anti-scientifiques. Et il s’en trouve des alterscientifiques pour brouiller les fondements de la science.

 

Notes: 

 Extrait de l’article du site « Moatti1 constate un certain rejet de la science contemporaine et de ses productions : rejet, non seulement de l’utilisation technique qui peut être faite de telle ou telle découverte, mais aussi rejet de la démarche et de l’expertise scientifique voire de l’activité de recherche elle-même. Son objectif, dans cet ouvrage, est de dégager, en s’appuyant sur des exemples contemporains et historiques, les traits de pourfendeurs de la science. Ceux-ci, souvent scientifiques ou ingénieurs de formation ou même de profession, s’élèvent contre la science académique et développent, en parallèle à celle-ci, une science « autre » qui est aussi une science « altérée », que l’auteur appelle justement, en référence à ces deux aspects, « alterscience ». Ces dérives sont retrouvées dans les divers domaines scientifiques, la physique, la cosmologie, la biologie : en fait, l’alterscience a, souvent, une visée explicative globale et s’inscrit en opposition au réductionnisme scientifique.»