TRIP AVEC LE NARCO-TOURISME HALLUCINOGÈNE!

Une grande partie de l’emprise mentale sous ayahuasca se met insidieusement en place après/ou en même temps que l’emprise chimique. Cette conséquence provoque une modification cognitive et comportementale par l’adhésion à des croyances au surnaturel.

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On sait aujourd’hui que la consommation d’alcool et de drogues à l’adolescence, en continu durant toute cette tranche de vie a une forte probabilité de se prolonger plus tard dans la vie. L’âge moyen de l’initiation est de 14 ans pour une consommation régulière ou non d’alcool, et 14/15 ans pour l’usage de drogues avec ou sans dépendance. Telles sont les conclusions du Professeur Joël Swendsen et des ses collègues de l’Université de Bordeaux qui ont examiné la prévalence, l’âge d’apparition et les facteurs socio-démographiques pour une étude financée par le NIMH (National Institute mental Health), et publiée le 2 avril 2012 dans les archives of General Psychiatry.  Cette nouvelle étude démontre que la consommation de  drogues est un véritable problème de santé publique qui se pose. Même si quelques années ont passé, cette constatation est d’actualité.

 

Il est devenu quasiment impossible pour les professionnels de la santé de parler des effets néfastes des drogues, notamment sur les réseaux sociaux, vecteurs idéaux de désinformation médicale et où les médecines parallèles défendues avec acharnement par les charlatans dominent. De ce fait, la consommation des drogues est devenu un fait de société presque normal, et cela ne date pas d’hier. Si l’on connaît surtout le cannabis, la cocaïne, l’héroïne ou autres drogues de synthèse, il y en a d’autres plus confidentielles prises dans le cadre de la psycho-spiritualité new âge, cet hybride  qui fait le fond de commerce des charlatans de la psychothérapie formés à des méthodes pseudo-scientifiques. Soupir.

L’une de ces dérives concerne le mésusage du chamanisme. Il ne s’agit pas de mettre au banc des accusés le chamanisme et les chamans, une tradition millénaire et respectable mais de dénoncer les pillages cultuels du chamanisme par des Occidentaux sans scrupules. Notamment celle des ayahuasqueros, les chamans de la forêt amazonienne. Leur conception de la maladie est à l’opposé de celle de la maladie occidentale, et est d’origine magique causée par un sortilège. Dans un cadre rituel et curatif, ils font boire à ceux qui ont été envoutés un breuvage sacré appelé l’ayahuasca, un breuvage millénaire composé de deux plantes que l’on trouve en abondance dans la forêt amazonienne. D’abord , il y a  l’ayahuasca qui est une liane qui a donné son nom au breuvage sacré, et l’autre la chacruna qui contient du DMT, un stupéfiant prohibé sur le plan international. La combinaison des deux est hautement hallucinogène, et ses effets sont proches du LSD, le psychoactif de référence. Les Amazoniens la surnomment « La liane de la mort ou le Vin des morts. La potion psychédélique est légale au Pérou où elle est utilisée en médecine primaire pour soigner les populations locales.

En 2008, un reportage d’Envoyé Spécial,  avait diffusé en prime time, a eu pour thème le tourisme hallucinogène au Pérou.  Même s’il date, son décryptage est toujours d’actuel car ce tourisme hallucinant continue toujours, même si les médias mainstream s’en désintéressent. Ces voyages sont tout un programme! On part au Pérou en petit groupe effectuer un « voyage initiatique et spirituel ». Dans le reportage de Envoyé Spécial, le tourisme hallucinogène est un fait de société décrit comme « un mouvement culturel » animé « par un désir de reconversion spirituelle». Les participants sont recrutés sur le net.

Le reportage reprend, sans le mentionner, une partie du rapport de la MIVILUDES 2005 sur les dérives sectaires du chamanisme amazonien, mais il occulte cet aspect sulfureux pour que le sujet devienne passe-partout, et banalise l’absorption de cet hallucinogène psychédélique.  En 2009, le rapport de la MIVILUDES multiplie les mises en garde. Pourquoi ce séjour au Pérou est-il tendancieux, induit-il en erreur sur la tradition des ayhuasqueros amazoniens? Et  est ce bien raisonnable d’ingérer l’ayahuasca ?

 

Selon le rapport de la MIVILUDES 2009, l’absorption de ce breuvage peut se «révéler particulièrement violent», qu’il amène à «un douloureux voyage sur soi-même avec vomissements, convulsions physiques, profonde détresse mentale, même lorsque cette substance est absorbée dans de bonnes conditions, c’est-à-dire sous la surveillance d’un chaman expérimenté ».

Malheureusement, l’attrait exotique, la recherche de solutions miracles en dehors de la médecine scientifique l’emportent sur le principe de précaution, et les avis éclairés des professionnels de la santé. Les arguments pseudo-scientifiques de la thérapie chamanique ont le vent en poupe parmi les moutons de Panurge des adeptes  des médecines alternatives.

 

Comment ces voyages « hallucinants » et « hallucinogènes » sont-ils organisés? Des personnes ayant des soucis existentiels sont recrutées sur des forums pour aller séjourner au Pérou dans l’un de ces camps de vacances hallucinogène “tendance” monté par un chaman péruvien. Leur projet n’est pas de converser à bâtons rompus sur les us et coutumes locales mais de suivre une thérapie chamanique à base d’ayahuasca, cet hallucinogène puissant susceptible de résoudre tous les maux par « des expériences mystiques dans le labyrinthe de l’inconscient ».

On voit dans ce reportage d’Envoyé Spécial, un chaman de père en fils depuis des générations. Ce qui serait en soi rassurant si l’on n’avait pas lu le rapport 2005 de la MIVILUDES, et si l’on n’avait pas eu vent des cas de décompensations psychiatriques, de cas de suicides quelques mois après l’avoir prise, des comas et des morts par overdose. Sous la houlette de ce chaman comparé à un « psychothérapeute (sic) », les touristes présentés dans le reportage ingèrent l’hallucinogène amazonien à doses massives pour soigner les maux existentiels que la médecine occidentale ne saurait pas prendre en charge efficacement.

Ce séjour, c’est du sérieux! Le camp est fermé et gardé nuit et jour par des hommes armés jusqu’aux dents;  une nourriture frugale non carnée est proposée aux vacanciers astreints à une diète stricte pour ingérer l’hallucinogène afin de ne pas provoquer des incompatibilités dans l’organisme et les rendre malades. Avoir des hallucinations comparables à celles du L.S.D n’est pas le symptôme d’un trouble psychique, bien au contraire! Le monde à l’envers! Dépersonnalisation/déréalisation ainsi que d’autres joyeusetés psychiatriques sont  vivement encouragées pour évoluer spirituellement. Le reportage montre que le logement des vacanciers est spartiate, et des séances de groupe où les vacanciers ingèrent des doses massives d’hallucinogène en l’espace d’une douzaine de jours encadrés par le chaman et ses assistants.

L’une des séquences les plus troublantes du reportage « à la frontière du surnaturel » est celle d’une vacancière en transe investie par l’esprit d’un jaguar. Cette métamorphose a des airs de parenté avec la lycanthropie, cette faculté de se changer en loup-garou renvoyant aux affaires de sorciers et à l’ensorcellement au Moyen Âge.

Les dérives de l’ayahuasca ne résident pas uniquement dans une emprise chimique mais aussi sur l’action pharmacologique spécifique censée traiter les addictions au cannabis notamment. Particularité qui oppose les scientifiques rationalistes à ceux du MAPS (The Multidisciplinary Association for Psychedelics Studies), un organisme privé financé par des fonds tout aussi privés où le pire côtoie le meilleur. Le MAPS regroupe les scientifiques prosélytes des psychédéliques dans le soin psychique à la place des molécules officielles et des psychothérapies alternatives, se substituant aux psychothérapies officielles (psychanalyse, TCC).

On  trouve dans la base de données Pubmed des articles scientifiques de bonne facture dans le PLos One ou  dans des revues de pharmacologie;   celui de Favaro qui a étudié les effets à long terme sur la mémoire ou les effets neurotoxiques de l’ayahuasca chez le rat. Et il y a bien une étude préliminaire sur l’action antidépressive de l’hallucinogène. Des études préliminaires, et éventuellement des essais pré-cliniques sont la norme pour des futurs médicaments. C’est vrai que des scientifiques se sont penchés sur les effets des drogues hallucinogènes à l’instar du chercheur David Nutt du département de neuropharmacologie et de l’imagerie moléculaire à l’Imperial College de Londres. Franz Vollenwerder de l’Université de Zurich, est aussi l’un de ces très rares scientifiques à poursuivre des recherches sur les psychédéliques. Mais si ce pan de la recherche peut s’avérer éventuellement prometteur, il faudra que les psychédéliques étudiés démontrent qu’ils sont plus efficaces que celle des molécules commercialisées, suivant les règles de l’Evidence Based Médecine. Et cette méconnaissance du grand public sur les protocoles de la recherche scientifique favorise les charlatans du chamanisme et du narco-tourisme.

Une grande partie de l’emprise mentale sous ayahuasca se met insidieusement en place après/ou en même temps que l’emprise chimique. Cette conséquence provoque une modification cognitive et comportementale par l’adhésion à des croyances au surnaturel. L’un des objectifs recherché dans la thérapie chamanique à l’usage des Occidentaux est d’occulter leur mode de pensée cartésien pour déstructurer leur vision du monde à l’origine de leur mal être. La pensée magique devient alors un mode de fonctionnement qui doit être prioritaire par rapport à la pensée rationnelle. L’irrationnel devient l’indice de normalité nécessaire de la nouvelle personnalité. Ce process de double emprise (chimique et cognitive) se fait en partie lors des phases hallucinatoires lorsque la personne est fortement suggestible et est dépendante d’une aide extérieure pendant la phase d’ivresse spécifique à cette drogue. La grande difficulté pour recueillir les propos des victimes est d’arriver à lever leurs résistances liées à cette pensée magique ; elle induit chez les victimes des peurs irrationnelles liées à l’existence de la magie noire, de la sorcellerie, bref à la réalité du paranormal.

 

Le contrepoint d’un médecin péruvien  (non chaman) interviewé est sans appel : il se montre très réservé sur ce tourisme hallucinogène, et il déconseille fortement l’hallucinogène aux Occidentaux qu’il évalue dangereux pour eux. Les recommandations des dirigeants des centres de vacances hallucinogènes listant les contre-indications pour ceux qui souffrent d’hypertension, de troubles cardiaques ou qui suivent un traitement antidépresseur sont nettement insuffisantes. Pour réduire les risques liées à la prise du psychédélique amazonien, il faudrait que les vacanciers se munissent d’une expertise psychiatrique et de plusieurs certificats médicaux.

C’est en fait, un véritable narco-tourisme. L’ambassade de France au Pérou met en garde les voyageurs sur son site interne même si le Pérou a classé l’ayahuasca au patrimoine culturel de la nation. Alors si vous êtes tenté par ce tourisme hallucinogène, ce sera à vos risques et périls.

Si le reportage date de 2008,  les faits décrits ne sont pas obsolètes. Le tourisme hallucinogène continue à prospérer. Son masque est aussi sous le label d’éco-tourisme, et ces stages découvertes sont présentés « comme une protection contre les maux de la société  contemporaine matérialiste».

Les années ont passé, mais ces faits sont toujours actuels, et même s’il ne s’agit que de cas isolés de nature sectaire, l’ayahuasca est une drogue très prisée par les cadres de la Silicon Valley. On la consomme comme du café à San Francisco. Si vous doutez des mises en garde sur la dangerosité de l’ayahuasca, lisez ces quelques témoignages récents avant de prendre la liane de la mort: en 2009, deux touristes italiens sont retrouvés en Équateur découpés à la tronçonneuse. En 2014, un Canadien poignarde un Britannique au Pérou.

Alors, êtes vous toujours tentés par un trip aux portes de la perception qui peut vous laisser sur le carreau? Si oui, alors à vos risques et périls, et vous avez en prime même la  vidéo reportage de Envoyé Spécial!

 

 

 

 

ALTER SCIENCE ET PSEUDO-SCIENTISME

Alexandre Moatti démontre dans cet essai très complet comment l’alterscience nous informe – en creux ou en négatif- sur le fonctionnement de la science elle-même. Il cite certains de ses scientifiques renommés qui se sont détournés de la science.

La pensée irrationnelle fait des ravages dans les sciences humaines, la psychologie, et touche curieusement de plus en plus la médecine et tout le domaine de la science. L’un des meilleurs exemples est l’opposition, depuis plusieurs semaines, sur les réseaux sociaux, entre anti vaccins et partisans de la vaccination obligatoire. Si tout débat est légitime, de nombreux mensonges de nature pseudo-scientifique (ou omissions d’ailleurs) peuvent polluer le débat (ou tout débat d’ailleurs sur n’importe quel sujet) et se propager comme une traînée de poudre. Ce post ne vous propose pas de refaire le monde autour de l’intérêt de la vaccination et de ses composants supposés toxiques, mais plutôt d’ouvrir une brèche sur la pensée irrationnelle et les croyances dont ont pu faire preuve, par le passé des scientifiques renommés. Et ce, avec un livre qui remet les pendules à l’heure sur les théories dites alternatives: « Alter Science, Postures, Dogmes, Idéologies » d’Alexandre Moatti. L’auteur est chercheur associé au Laboratoire SPHERE de philosophie et histoire des sciences à l’Université Paris-Diderot. Cet ouvrage date de 2013, mais il est toujours d’actualité et donne matière à réflexion sur certains débats qui agitent régulièrement les actualités médicales et scientifiques..

 

Quel est le sujet du livre?
Un article du site Science et Pseudo Science résume ainsi la pensée de Moatti: il « constate un certain rejet de la science contemporaine et de ses productions : rejet, non seulement de l’utilisation technique qui peut être faite de telle ou telle découverte, mais aussi rejet de la démarche et de l’expertise scientifique voire de l’activité de recherche elle-même.»L’alter science se distingue du pseudo-scientisme comme par exemple l’astrologie. Avec l’alter science, on est dans le domaine des croyances dont la diffusion est facilitée par une certaine notoriété déjà existante de celui qui la diffuse…

Alexandre Moatti démontre dans cet essai très complet comment l’alterscience nous informe – en creux ou en négatif- sur le fonctionnement de la science elle-même. Il cite certains de ses scientifiques renommés qui se sont détournés de la science. L’auteur distingue l’alterscience des pseudo-sciences comme par exemple l’astrologie. L’alterscience relève du domaine des croyances dont la diffusion est facilitée par la notoriété déjà existante de celui qui la propage.
« On connaissait les magiciens de la guérison, les conteurs de cosmogonies exotiques et tous ceux qui ont recours à la pensée magique pour expliquer le monde ou les tourmentes des corps. Voici maintenant les « alterscientifiques » : sous ce mot l’auteur, regroupe des hommes de sciences, souvent reconnus, qui, à un âge avancé, développent une théorie alternative.

Et à l’aide d’exemples, Alexandre Moatti appuie sa démonstration.

Les raisons des  dérives de ces scientifiques sont multiples. Certains sont des scientifiques autrefois reconnus, aujourd’hui en mal d’attention, comme le climatosceptique Claude Allègre, mais d’autres adhèrent à une idéologie, comme les deux prix Nobel de physique, Philipp Lenard (Nobel 1905) et Johannes Stark (Nobel 1919) qui commencèrent à théoriser une « Physique allemande » tout en s’engageant aux côtés d’Hitler.

La version contemporaine, moins connue est le mouvement « solidarité et progrès » de Lyndon Larouche (né en 1922) dont le représentant en France est Jacques Cheminade, candidat aux élections présidentielles en 1995 et à d’autres. S’engageant en faveur l’énergie nucléaire – le titre de leur revue Fusion en dit long- et vantant les mérites de la conquête spatiale, développant une autre histoire des sciences, contestant la physique quantique probabiliste – à cause de la limite qu’elle oppose à la connaissance humaine.

D’aucuns ont eu une révélation! C’est le cas de l’ingénieur Hörbiger, qui un soir d’automne 1894, en observant la Lune a eu l’idée qu’elle était fait d’un bloc de glace, de quoi développer une cosmogonie de glace. À travers une dizaine d’exemples – depuis l’affaire des avions renifleurs jusqu’aux tenants du géocentrisme, Alexandre Moatti démontre dans cet essai très complet comment l’alterscience nous informe – en creux ou en négatif- sur le fonctionnement de la science elle-même.

Et qui ne se souvient pas de la fameuse imposture scientifique de la « mémoire de l’eau » du Dr Jacques Benvenista? C’était en 1988, et c’est sous ce titre « Une découverte française pourrait bouleverser les fondements de la physique: la mémoire de l’eau » que le  journal le Monde titra cette supposée nouvelle révolution copernicienne. De la physique quantique? Que nenni! Le Dr Jacques Benveniste, médecin et biologiste directeur de l’unité 200 de l’Inserm avait découvert que l’eau avait une « mémoire », et offrait ainsi une légitimité rationnelle au fonctionnement sous-jacent de l’homéopathie, supposant démentir les arguments de ses détracteurs sur son efficacité et un unique effet placebo.

La fameuse revue Nature se prêta au jeu de cette théorie en proposant une expérimentation sur la mémoire de l’eau et sa conclusion fût la suivante: Elle « accusa le coup et publia un rectificatif concluant : « L’hypothèse selon laquelle l’eau garderait la mémoire d’une substance qu’on y a diluée est aussi inutile que fantaisiste. ». Mais trop tard, le mal était fait, Nature (et le Monde du même coup) s’était ridiculisé en publiant un article avant d’en avoir vérifié le contenu (ce ne sera pas la seule fois) cédant aux sirènes du scoop, tout le tapage médiatique de l’extraordinaire « nouvelle » fit certainement beaucoup plus de bruit que celle de son démenti.» (

L’intérêt de cet ouvrage est indéniable et il développe l’esprit sceptique et cerne avec des exemples pertinents les parti-pris anti-scientifiques. Et il s’en trouve des alterscientifiques pour brouiller les fondements de la science.

 

Notes: 

 Extrait de l’article du site « Moatti1 constate un certain rejet de la science contemporaine et de ses productions : rejet, non seulement de l’utilisation technique qui peut être faite de telle ou telle découverte, mais aussi rejet de la démarche et de l’expertise scientifique voire de l’activité de recherche elle-même. Son objectif, dans cet ouvrage, est de dégager, en s’appuyant sur des exemples contemporains et historiques, les traits de pourfendeurs de la science. Ceux-ci, souvent scientifiques ou ingénieurs de formation ou même de profession, s’élèvent contre la science académique et développent, en parallèle à celle-ci, une science « autre » qui est aussi une science « altérée », que l’auteur appelle justement, en référence à ces deux aspects, « alterscience ». Ces dérives sont retrouvées dans les divers domaines scientifiques, la physique, la cosmologie, la biologie : en fait, l’alterscience a, souvent, une visée explicative globale et s’inscrit en opposition au réductionnisme scientifique.»

LORSQUE L’ENFANT TÉMOIGNE

Les expériences de laboratoire les plus connues sur les distorsions de la mémoire sont celles de la psychologue cognitiviste Élisabeth Loftus, experte auprès des tribunaux américains.

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Dans les années 50, tandis qu’il opère sous anesthésie locale, le neurologue canadien Wilder Pienfield a l’idée de stimuler le lobe temporal de ses patients épileptiques. C’est l’occasion idéale de leur faire décrire leurs sensations. Une quarantaine de patients rapportent avoir des flash-back. Qu’entendent-ils par ce terme de flash-back? Ils les décrivent comme des images mentales sensorielles qu’ils interprètent comme des souvenirs. Ces récits sont extrêmement convaincants pour ceux qui les écoutent car ils sont structurés et cohérents. Penfield en tire la conclusion que les expériences et les émotions sont inscrites de façon indélébile dans notre cerveau. Dans ses écrits, Penfield explique ces flash-back comme des souvenirs oubliés, et il comparera la mémoire à un magnétophone : « les souvenirs laissent une trace permanente dans le cerveau… comme si un magnétophone les avait enregistré».

Évidemment, aujourd’hui, le magnétoscope est un objet obsolète, et si Penfield était encore de ce monde, il parlerait de disque dur d’ordinateur, du Cloud et pourquoi pas de « Replay », ces programmes de télé et de radio que l’on peut visionner ou entendre à volonté. Peu importe l’analogie que l’on lui attribue, ce qu’il faut retenir, c’est l’idée du fonctionnement pseudo-scientifique de la mémoire.

Car l’analogie du magnétoscope de Wilder Penfield fera le lit théorique de la flopée des techniques douteuses censées récupérer les souvenirs oubliés lors d’un traumatisme.  L’amnésie de ces faits protègerait de la souffrance insupportable d’un trauma. Cette forme d’amnésie qui sert de scénario fantastique à des films de télé ou de cinéma dignes de Hitchock!

Elle est connue sous le nom d’amnésie traumatique ou dissociative. Ce qu’il faut souligner, c’est le mésusage de ces termes avec probablement une controverse scientifique. Le médecin blogueur Marc Gozlan explique remarquablement les réalités biomédicales de l’amnésie dissociative, et le lecteur curieux pourra s’y reporter. Bref, l’image du magnétoscope s’est popularisée et  s’est ancrée dans les mentalités collectives pour parler de la mémoire et la formation  des souvenirs.  Sans connaissances et mises à jour sur le fonctionnement de la mémoire sur les règles de l’Evidence Based medecine, il est délicat de faire témoigner à la barre des jeunes enfants ou des adultes racontant leurs souvenirs d’enfance.

Aujourd’hui, les observations du neurologue canadien Wilder Penfield sont battues en brèche par les dernières découvertes neuroscientifiques sur l’encodage des souvenirs. Il ne faut pas jeter la pierre à Penfield et le décrire comme un charlatan; nous étions dans les années 50 et l’imagerie médicale n’existait pas. Sa cartographie des zones du cerveau est encore d’actualité, et il est un précurseur de la neurochirurgie. Aujourd’hui, les neurosciences démontrent que le neurologue canadien a tort sur le fonctionnement de la mémoire. Elle n’est en aucun cas un processus mécanique prévisible et fiable qui marche comme un magnétoscope. La mémoire n’est pas un archivage d’images et d’expériences comme dans un film; elle est organisée en réseau d’innombrables activités distinctes, accomplies chacune dans une aire du cerveau (visible sur l’imagerie médicale).

Dans les années 70, des psychologues spécialisés dans les distorsions de la mémoire déduisent qu’ils sont reconstruits par assemblages de morceaux de fiction et de faits, et que des faux souvenirs peuvent être induits par les attentes ou les suggestions de l’entourage. Les expériences de laboratoire les  plus connues sur le sujet sont celles de la psychologue Élisabeth Loftus, experte auprès des tribunaux américains. Oui, cela semble impossible, mais on peut inciter des gens à se rappeler un événement d’une manière différente dont ils l’avaient mémorisé. Et ce juste par la suggestion!  À partir du moment, où l’on a un souvenir falsifié, on y croit aussi fortement que s’il s’agissait d’un souvenir authentique. On peut même jusqu’à remplacer d’anciens « vrais » souvenirs par de nouveaux « faux »souvenirs. C’est incroyable, mais c’est scientifiquement démontré.

L’un des étudiants d’Elisabeth Loftus, Jim Croan a créé un faux souvenir chez son frère de 14 ans, Chris. Il le persuada, à partir de détails consignés dans un journal mêlant vraies et fausses anecdotes de leur enfance, qu’il s’était perdu dans une galerie commerciale lorsqu’il avait cinq ans. Quand Chris apprit que le souvenir de la galerie commerciale était faux, il n’arrivera pas y croire un bon bout de temps.

Aujourd’hui, les neurosciences confirment les expériences de laboratoire de psychologie expérimentale sur la distorsion de la mémoire faites dans les années 70. Récemment, des neuroscientifiques américains sont parvenus à créer des souvenirs de peur artificiels chez des rongeurs. C’est la mémoire déclarative que les chercheurs ont manipulé chez la souris en  lui implantant ces faux souvenirs. C’est celle qui permet de stocker (à court et à long terme) des données telles que numéros de téléphone, noms, lieux, etc. Et c’est elle qui est concernée par les faux souvenirs. L’autre mémoire est la mémoire implicite qui  intervient dans les apprentissages complexes, et elle ne rentre pas en jeu dans la distorsion de la mémoire et des faux souvenirs; même si les deux formes de mémoire sont interactives. On penserait qu’avec toutes ces nouvelles connaissances relatives sur les distorsions de la mémoire, on connaisse comment marche la mémoire et se forment les souvenirs, vrais ou faux.

 

Ce n’est pas le cas. C’est ce que constate le psychologue Mark Lhowe (Université de Londres), interviewé en 2012 par Dan Vergano du National Geographic. Six années se sont écoulées depuis cette interview,  mais les préjugés sur la mémoire infantile sont toujours aussi tenaces. Elles sont toujours ancrées chez les fonctionnaires de police, la justice, les jurés et les avocats. Particulièrement pour tout ce qui touche aux témoignages de jeunes enfants appelés à la barre pour des faits qui se sont déroulés durant leur enfance. Idem pour des adultes appelés à la barre pour parler de faits qui se sont passés lorsqu’ils étaient petits, vingt ou trente ans après. Les neuroscientifiques sont très sceptiques face à la parole de l’enfant. Pourquoi? L’une des croyances répandues dans le milieu de justice aux Etats-Unis et en Europe, est celle  de la précision des souvenirs des enfants, et cela peut suffire à faire condamner quelqu’un pour un crime, sans autres preuves. Ils ignorent (la plupart du temps) comment se forment les souvenirs, comment ils s’altèrent avec le temps, et l’impact des émotions et du stress sur leur consolidation. Jusqu’à l’âge de neuf ans, la mémoire n’est pas suffisamment développée pour se rappeler de manière fiable des faits marquants. On ne peut saisir qu’un aperçu de ces événements sans pouvoir rentrer dans les détails.

L’une des plus célèbres affaires de témoignages manipulés d’enfants fut celle de McMartin dans les années 80, en Californie. Il s’agissait d’accusations d’abus sexuels et de rites sataniques pratiqués sur les enfants d’une maternelle. Les charges ne furent abandonnées que 10 ans après car on s’est aperçu que les souvenirs d’abus avaient été implantés dans l’esprit des enfants par les enquêteurs, et ensuite pris au pied de la lettre par la justice.

Malgré ces affaires retentissantes qui incitent à la vigilance, et en l’état actuel des connaissances scientifiques qui entérinent la malléabilité de la mémoire, la justice et la police restent toujours aussi confiants dans le témoignages des enfant. Notamment, ils ne savent pas que la mémoire se développe lentement au cours de l’enfance, et que la plupart des souvenirs sont complètement effacés avant l’âge de 18 mois. C’est ce qu’on appelle l’amnésie infantile. Après cette période, les souvenirs ne sont pas aussi détaillés que ceux un adulte; idem pour un adulte qui raconte ses souvenirs d’enfance. Les souvenirs des enfants sont connu pour être fragmentés et décontextualisés. Un récit trop détaillé doit inciter à la prudence. Il est forcément brodé ou créé, et sans nul doute inconsciemment. Ce qui ne veut pas dire qu’il ne s’est rien passé, et que l’enfant ment sur toute la ligne. Les jeunes enfants peuvent avoir raison sur le factuel mais leur récit ne peut pas être détaillé. Par exemple, s’il parle de la couleur d’un vêtement ou du temps qu’il faisait le jour de cet événement, cela doit éveiller les soupçons. Chez tout le monde, les vrais souvenirs se  déforment avec le temps.

C’est encore une idée reçue de penser que les souvenirs d’événements stressants ou traumatiques soient conservés plus longtemps que les autres. Il y a confusion entre la conservation des souvenirs et  la prégnance d’images mentales (flash-back) observées dans la mémoire traumatique et le stress post-traumatique. En 2006, une enquête montre que plus de la moitié des juges et les officiers de police et des jurés pensent que les expériences traumatisantes peuvent être oubliées sur de longues périodes, une forme d’amnésie, et peuvent resurgir à la surface de la mémoire par divers moyens. Et c’est ce que pense  encore un quart des experts auprès des tribunaux. Lorsqu’on fait appel à des témoignages oculaires d’enfants ou d’adultes racontant des tranches de vie sur leur petite enfance, il faudrait tenir compte de l’âge auxquels les souvenirs ont été formés pour l’événement concerné, le type d’informations contenues dans le récit, et la durée de rétention de cette information: quelques semaines, quelques mois, un an ou deux, ce n’est pas dix ans, vingt ou trente ans…

Alors, quels sont les processus cérébraux qui font la fiabilité d’un témoignage? Le stockage des souvenirs? Leur récupération? Ou encore une combinaison ? En fait, il s’agirait d’une combinaison qui varie lorsque l’information a été codée, stockée en fonction de l’âge et comment elle s’est conservée au fil du temps. L’encodage des souvenirs, c’est tout un processus qui varie avec al maturité du cerveau!
Malgré la vague de faux souvenirs constatée  outre-Atlantique dans les années 80, et qui touche dix ans plus tard -dans une moindre mesure l’Europe-, il n’existe à l’heure actuelle aucun « protocole » pour savoir si les souvenirs sont vrais ou faux, savoir comment ils ont été encodés et comment ils ont été conservés. Pour être efficace et faire condamner les vrais coupables, l’ensemble du système judiciaire aurait besoin de savoir comment marche la mémoire (en général et lors d’un traumatisme) afin qu’il y ait moins d’idées reçues pseudo-scientifiques ou obsolètes sur son fonctionnement ; connaître le mécanisme de la reconstruction d’un souvenir, la mémoire de distorsion et la mémoire traumatique.

 

En conclusion, lorsqu’on s’appuie sur le témoignage d’un enfant, on ne peut avoir qu’un instantané du passé et non pas un verbatim de ce passé. Nous avons tous cette étrange impression que nous nous rappelons d’une façon exacte le passé. Et non ! Nos souvenirs ne reproduisent jamais fidèlement la réalité. Il sont toujours reconstruits. Notre mémoire nous aide à comprendre nos expériences passées. Elle ne marche pas comme un magnétoscope ou un film qui visionne le passé. Si analogie, il y a, elle serait une lentille adaptée et modelée par nos expériences pour appréhender notre environnement. Notre mémoire nous aide à interpréter le présent et anticiper l’avenir.

Sources:
 

MÉMOIRE CELLULAIRE ET PSEUDO-SCIENCE.

La théorie de la mémoire cellulaire s’est propagée dans l’approche psycho-spirituelle, holistique et new age.

David Inshaw https://www.tuttartpitturasculturapoesiamusica.com

Les anciens habitants de Nouvelle-Zélande mangeaient l’œil et le cœur de leurs ennemis courageux pour s’approprier leur force et leur bravoure. Au-delà du cannibalisme, il y a l’idée de mémoire cellulaire si chère aujourd’hui à de nombreux charlatans de la médecine alternative, du développement personnel et des dérives de la psychothérapie.

Le vocable de « mémoire cellulaire » est dévoyé par la pseudo-science. Il est d’abord un concept scientifique qui figure sur les bases de données scientifiques de Pubmed, et il est usité en génétique (entre autres). Ainsi, la chercheuse Edith Heard a fait un cycle de conférence au Collège de France sur la relation entre l’épigénétique et la mémoire cellulaire. C’est sans ambiguité lorsqu’on lit son questionnement: comment l’information contenue dans nos gènes est-elle lue? Mémorisée? Interprétée?

La mémoire cellulaire, ne veut pas dire (non plus) les traces laissées par un traumatisme physique (fracture) ou une maladie, décelables en médecine.

La mémoire cellulaire ne s’applique pas (non plus) à l’une des dernières découvertes  scientifiques qui affirme que le ventre est un deuxième cerveau. Au sens où  le ventre est tapissé de neurones, et producteur de sérotonine (neurotransmetteur clé du système nerveux). Cette découverte ferait du ventre une sorte de «carte d’identité» qui agit sur notre comportement. Mais ceci est une autre histoire qui n’a rien à voir avec le sujet de ce post mais qu’il fallait écrire noir sur blanc pour ne pas engendrer de confusion…

La mémoire cellulaire est une croyance pseudo-scientifique répandue dans le grand public par la médecine alternative et l’alterscience qui prétendent reconstruire une science différente. Selon cette croyance, les cellules du corps humain contiennent des indices sur nos goûts et également tous nos souvenirs autobiographiques, en dehors de notre code génétique et des cellules ( synapses, neurones, matière blanche) du cerveau étudiées en neurosciences.

Dans les pseudo-sciences, la mémoire cellulaire présente dans le corps et les cellules fonctionne comme celle de l’esprit, et garde le souvenir de traumatismes psychiques dont on ne se souviendrait pas. On retrouve le concept d’amnésie sélective qui a fait le lit des techniques de pseudo-thérapies pour retrouver les souvenirs, enfouis dans la mémoire pour se protéger d’un trauma psychique violent. Trou noir de la mémoire, par exemple, décrypté comme un symptôme du Stress-Post-Traumatique (ESPT), et non répertorié dans le DSM V ou le CIM 10 ou autre grille clinique d’inspiration psychanalytique.

La mémoire cellulaire relève de la pensée magique, et pour notre grand bonheur de cinéphiles ou de lecteurs, elle est source de scénarios haletants au grand écran et de thrillers passionnants. Dans son livre « Les mains d’Orlac », Maurice Renard raconte qu’un pianiste de renom, à la suite d’un accident, se voit greffer les mains d’un assassin. Le pianiste va être de plus en plus habité par l’instinct meurtrier de son donneur. Dans le film Body Part, autre variante: le psychiatre d’une prison perd un bras dans un accident, et se fait greffer le bras d’un tueur psychopathe qui a été exécuté. Petit à petit, le membre greffé se met à agir contre la volonté de son nouveau propriétaire.

Lorsqu’il s’agit d’une fiction cinématographique, c’est vraiment sympa, mais malheureusement, l’idée qu’un(e) transplanté(e) du cœur -ou autre organe- puisse recevoir une partie de la mémoire autobiographique du donneur est une croyance irrationnelle. Et lorsqu’il s’agit de la greffe du cœur, il y a, en sus, une connotation symbolique très forte. Car cet organe est perçu dans l’inconscient collectif  comme le siège de l’âme, des sentiments et des émotions. Hippocrate, fondateur de la médecine l’a souligné avec les croyances de son époque: « le cœur possède le feu inné et la respiration a pour but de le refroidir. La raison humaine se trouve dans le ventricule gauche et commande au reste de l’âme.»

La théorie de la mémoire cellulaire s’est propagée dans l’approche psycho-spirituelle, holistique et new age. Certains thérapeutes proposent sans sourciller des séminaires de guérison du corps de l’esprit et de l’âme avec cette conception de la mémoire cellulaire. Sans compter les dérives sectaires. Ainsi, le fondateur de la scientologie, L.Ron Hubbard a spéculé dans la Dianétique que la mémoire cellulaire pourrait expliquer comment les engrammes travaillent.
L’engramme est un enregistrement complexe de la mémoire inconsciente, qui n’est plus accessible au mental analytique. Notons que la scientologie a dévoyé le concept d’engramme, qui en neurophysiologie, est la trace biologique de la mémoire dans le cerveau.

Gary Schwartz, professeur à l’université d’Arizona de psychiatrie et autres titres universitaires ronflants, affirme avoir recueilli 70 cas où les greffés auraient hérité des traits de leurs donateurs. Ses histoires sont convaincantes et cohérentes. Il comprendrait le mécanisme par lequel fonctionne la mémoire cellulaire. On serait presque tenté de le croire (si on est impressionné par son prestige d’universitaire), s’il n’avait écrit un livre (traduit en français) « Extraordinaires contacts avec l’au-delà. » Carton rouge, on est pleine parapsychologie! Gary Schwartz fait partie des ces alterscientifiques, de ces gens formés à la science, qui conçoivent une science différente, une autre science, et qui mobilisent leurs connaissances scientifiques et leur capacité de raisonnement en faveur de leurs théories alternatives ou de leur idéologie.

Le livre de notre bon Gary est préfacé par Deepak Chopra, lui aussi un émule de la mémoire cellulaire et  un alterscientifique. Deepak Chopra est l’inventeur de la médecine globale (une alterscience) et il ne manque d’y aller de sa petite histoire psycho-spirituelle qui prouverait (selon lui) l’existence de la mémoire cellulaire, sa survie par-delà la mort physique. C’est selon Deepak Chopra, une nouvelle approche de l’univers, de la physique, de la biologie et un bouleversement de l’approche médicale. Séduisant, n’est ce pas?

Deepak Chopra cite le livre de Claire Sylvia, une jeune femme de 40 ans aux portes de la mort. Elle est miraculeusement épargnée par la Grande Faucheuse grâce à une transplantation massive d’organes. Désormais, elle devra apprendre à vivre, à respirer avec le coeur et les poumons d’un autre. Bouleversement physique? Bien sur! Mais Claire, au fil des jours, va se découvrir une nouvelle vitalité, des comportements inhabituels et des goûts étranges qu’elle n’avait pas avant ses greffes d’organes. L’esprit du donneur se serait-il transmis à elle ? Elle en est convaincue.

Force est de consater que si l’on est dans l’empathie, la fibre de la sensibilité est touchée lorsqu’on lit ces témoignages bouleversants! Se pencher sur les arguments pseudo-scientifiques de la mémoire cellulaire serait presque indécent, et c’est comme ça qu’ils passent comme une lettre à la poste. L’art des charlatans est justement de savoir parler au coeur, de savoir mettre en exergue la dimension psycho-spirituelle et de toucher au tréfonds de la sensibilité et du compassionnel. Et ça fait pleurer dans les chaumières…

La théorie de la mémoire cellulaire est encouragée dans les médias, les livres  de développement personnel à fort succès littéraire à rendre jaloux un auteur mineur, à la télévision et par des people. L’une des dernières en date est l’actrice Charlotte Valandray qui a subi une greffe de coeur, et qui croit à cette mémoire transmise du donneur au transplanté. Elle raconte dans son livre qu’elle est en forte empathie avec le mari de la donneuse, qu’elle peut décrire des lieux en Inde où elle n’est jamais allée…

La validité de la mémoire cellulaire ne repose sur aucune fondement scientifique, mais sur la collecte de témoignages de personnes transplantées. Force est de constater qu’ils sont touchants, et de reconnaître que les greffés sont remplis de gratitude envers leur donneur anonyme qui leur a sauvé la vie. Mais à tous ceux qui croient à la mémoire cellulaire après une greffe, qu’ils consultent les sites officiels et médicaux qui publient des témoignages de greffés empreints de dignité. Sans approche holistique, psycho-spirituelle et course à la belle âme!
C’est autrement bouleversant de réaliser que la médecine fait des miracles, et permet à des malades aux portes de la mort de vivre pleinement grâce à la transplantation. Comme celui de Séverine greffée coeur-poumon: « cette greffe est une renaissance complète, non seulement pour moi, mais pour toute ma famille. On m’a fait un cadeau exceptionnel…»

De nombreuses techniques dénoncées comme psycho-sectaires contribuent à banaliser la théorie de la mémoire cellulaire. L’une des plus croquignolettes est le décodage biologique ou décodage cellulaire qui a détourné de la médecine conventionnelle des cancéreux qui auraient pu être guéris, et morts prématurément par la faute de charlatans rejetant la médecine conventionnelle. Dans d’atroces souffrances en fin de vie!

Le premier théoricien du décodage biologique est le sulfureux Ryke Geerd Hamer. Médecin de formation. Sa méthode est contestée par les autorités médicales et scientifiques, dénoncées par les instances de lutte contre les dérives sectaires, et Hamer a eu de nombreux démêlés avec la justice (Allemagne, Autriche, France, Espagne).
Une deuxième génération de thérapeutes en décodage a relayé les principes de Hamer en les complexifiant, les intégrant parfois à la médecine conventionnelle. On trouve,  en vrac, la psycho-immunologie, la biologie des êtres vivants (BTEV) et la déprogrammation biologique et le biodécodage. Le décodage biologique part du principe de l’amnésie sélective. Le corps a oublié une émotion désagréable à l’origine de la maladie ou du mal-être. L’objectif du décodage biologique est de réveiller la mémoire du corps, d’accéder aux informations contenues dans les cellules.Tout est dit.

La mémoire cellulaire sert aussi de preuve aux vies antérieures. L’ineffable Annie Givaudan décrit les marques de naissance comme les signes évidents de la mémoire cellulaire de notre corps physique: « une tâche sur le corps, un creux, une malformation physique, un grain de beauté… sont autant de présences de mémoires cellulaires sur notre corps. Les douleurs morales, les peines et les chocs vécus autrefois (vies antérieures) s’inscrivent aussi dans nos cellules et nous continuons à reproduire un mal-être.» Allons y gaiement dans la pensée magique et le trip new âge!

Des livres sur les Fleurs de Bach (un placebo attrape-gogo) parlent de l’action des élixirs sur la mémoire cellulaire: « Notre corps est constitué de cellules qui récèlent un pouvoir de conscience et un mode vibratoire. Ces cellules ont enregistré des expériences négatives et positives.» Pas de panique, tout est sous contrôle: juste quelques gouttes de Fleurs de Bach pour rééquilibrer les mauvaises vibrations. Le flacon standard se vend près de 40 euros. De quoi se ruer sur l’achat d’actions des laboratoires qui les fabriquent s’ils sont cotés en bourse!  Le pire est que la grande distribution les vend dans le rayon para-pharmacie.

Alors quand on est sceptique, comment démonter la mémoire cellulaire?
Les prétendues mémoires interprétées comme celles du donneur sont des faux souvenirs. La mémoire humaine est très malléable, et elle peut être affectée par des influences extérieures et les croyances irrationnelles.

Une greffe d’organe est une expérience qui change la vie, littéralement, et elle est permise grâce à la mort de quelqu’un d’autre, souvent dans un accident. Il n’est pas surprenant que le greffé modifie son regard sur la vie, et change de personnalité.

C’est ce que reconnaît Djamila qui témoigne sur le site www.france-coeur-poumon.asso.fr: « après ma greffe, le mieux-être physique a été immédiat. Psychologiquement, c’est plus compliqué. Il faut que j’apprivoise ma nouvelle vie. Je suis quelqu’un d’autre, j’aborde la vie différemment. J’ai envie d’être en symbiose avec mon nouveau rein.»

Et pour ceux qui sont dans la pensée magique, certains de ces changements peuvent être facilement interprétés comme étant ceux  des goûts et les aversions du donneur. Les greffés (consciemment ou inconsciemment) peuvent s’interroger sur l’identité du donneur, et par un mécanisme psychologique complexe, émettre des projections et avoir l’illusion qu’une autre personne leur semble vivre maintenant à l’intérieur. Comme un alter ego.

Il y a plusieurs pistes logiques possibles pour lesquelles les greffés ont l’impression d’adopter l’identité du donneur. Les suites d’une transplantation sont lourdes, et peuvent occasionner des troubles psychiques chez certaines personnes. C’est répertorié et un suivi psychologique est souvent préconisé. Les effets secondaires des médicaments antirejet peuvent aussi modifier certaines habitudes. On sait que les dérivés de la cortisone  (Prednisone) prescrits aux transplantés  ouvrent l’appétit, d’où rien d’étonnant à ce qu’un greffé se mette à aimer les gâteaux, projetant ainsi l’idée que le donneur était un amateur de pâtisseries. Ors, c’est le médicament anti-rejet qui participe à l’appétence aux sucreries.

Malheureusement, si l’on tape sur le moteur de recherche google, on voit apparaître un nombre extraordinaires de propositions de stages ou de thérapeutes spécialistes de la mémoire cellulaire pour vous soulager de vos souffrances passées, présentes et à venir. Une véritable jungle dévolue à la pseudo science. Ne vous y laissez pas prendre! La mémoire cellulaire est une théorie-pseudo-scientifique malgré son jargon séducteur.

Sources:

http://anthropologiesante.revues.org/539#tocto2n1

http://benjamine.skynetblogs.be/tag/décodage+biologique

http://www.sciencesetavenir.fr/sante/20110928.OBS1294/biologie-totale-une-condamnation-en-belgique.html
http://www.pseudo-sciences.org/spip.php?article746
http://www.college-de-france.fr/site/edith-heard/course-2012-2013.htm
http://www.sceptiques.qc.ca/forum/charlotte-valandrey-de-coeur-inconnu-t9492.html
http://www.sceptiques.qc.ca/dictionnaire/cellular.html
http://www.france-coeur-poumon.asso.fr/pdf/brochures/brochure_don_organe.pdf
http://www.mondenouveau.fr/index.php?option=com_content&task=view&id=265

 

 

UNE THÉRAPIE MORTELLE!

Lors d’une séance brutale de contention, Candace a suffoqué sous le poids des couvertures, de celui de sa mère et des thérapeutes.

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©Norman Rockwell, Affcetion

 

Certaines thérapies pseudo-scientifiques peuvent s’avérer dangereuses jusqu’à être mortelles, et au nom de croyances psychologiques irrationnelles. Le législateur est alors  d’intervenir pour éviter de nouvelles victimes. C’est ce qui s’est passé en septembre 2002 avec le Parlement américain met hors la loi la Thérapie de l’Attachement (AT) incluant une forme de  Rebirth. Cette loi a  du être votée après la mort, dans des conditions atroces, de la petite Candace Newmaker, âgée de 10 ans. Cette enfant n’est pas la seule victime. Cette thérapie dangereuse, a tué d’autres enfants outre Atlantique. En juin 2002, l’American Psychiatric Association avait officiellement pris position contre les dérives de la Thérapie de l’Attachement et cette forme de Rebirth en  dénonçant ses formes coercitives telles que la torture et la violation des droits de l’enfant.

 

Ce Rebirth meurtrier fait partie du kit de la thérapie de l’attachement. Il a été développé par un groupe underground de thérapeutes dont les concepteurs sont Robert Zaslow, Foster Cline, sans omettre Jacqui Schiff, l’une des théoriciennes clefs de l’analyse transactionnelle. Cette vision est aux antipodes de l’approche des professionnels de la pédopsychiatrie et de l’enfance et s’apparente au « dressage pavlovien ». Il faut distinguer ce rebirth meurtrier  de  la méthode de la Respiration Consciente, mise au point par Léonard Orr dans les années 60. Les deux ont en commun d’être des thérapies pseudo-scientifiques du style New Age, mais ceci est une autre histoire.

Comment des thérapeutes censés être bienveillants ont pu concocter une méthode violant les droits de l’enfant? Ces fous, car ce sont des fous sans états d’âme, se proposaient de traiter le RAD, syndrome de l’attachement.

Le RAD (Reactive attachment Disorder) est consigné dans le DSM. C’est un syndrome initialement observé, dans les années 80, chez les orphelins roumains adoptés dans des pays occidentaux. Ces enfants avaient des difficultés à s’attacher à ceux qui les entouraient dans les premières étapes de la vie. Il concerne une toute petite frange d’enfants adoptés.Ces thérapeutes criminels ont élargi et banalisé ce diagnostic rare sur les enfants supposés ne pas manifester une affection débordante envers leur parent adoptif; leur spectre de diagnostic  allait de l’autisme, à l’hyperactivité, à la dépression, etc…ayant jeté aux orties les critères du DSM pour appliquer les leurs. Il faut aussi préciser que leur philosophie est à l’opposé de la théorie de l’attachement de Johnn Bolwby, figure centrale dans le développement de la pédopsychiatrie. Pour ces thérapeutes criminels, l’enfant doit rendre ses parents heureux en se soumettant entièrement à leur autorité.

Une fois le diagnostic posé, on proposait aux parents adoptifs des méthodes de reparentage pour obtenir de l’enfant l’attachement désiré et son obéissance totale. Le Rebirthing propose d’éradiquer par la manière forte  le désordre de l’attachement de l’enfant adopté pour éviter que l’enfant ne devienne un grand criminel, à l’instar de celle de l’Américain Ted Boundy, enfant adopté et devenu à l’âge adulte,  dans les  années 1980, un célèbre Serial Killer.Ces méthodes  incluent un contact visuel de l’enfant avec le parent lorsqu’il l’ordonne, de contention physique, de coups et  d’injonctions destinés à le terroriser, incluant une phase d’une régression censée faire retrouver les souvenirs de la naissance et de la vie intra utérine.

Ce rebirth mortel ferait revivre à l’enfant sa naissance ou la vie intra-utérine – occultée de sa mémoire – avec sa mère biologique; et cette amnésie l’empêcherait de développer des liens affectifs avec ses parents adoptifs. Or, concernant la mémoire d’une supposée reviviscence de sa naissance (ou de sa vie intra-utérine), c’est scientifiquement  impossible. Les premiers souvenirs remontent à l’âge de trois ans après la période d’amnésie infantile évoquée en premier par Freud. Les enfants sont incapables de traduire des souvenirs en images verbales jusqu’à l’âge de six, sept ou huit ans. Des études récentes montrent que le cerveau des enfants n’est pas suffisamment développé pour former et conserver des souvenirs complexes de souvenirs sur le mode de l’encodage des souvenirs d’un cerveau adulte.

Aux fins de diagnostic du désordre affectif d’un enfant, ce courant criminel du rebirthing utilisait une grille, connue pour ses limites, qu’ils avaient pompeusement nommé RAD (Randolph Attachment Disorder questionnaire) .
Les items sont au nombre de 18, et pour s’en faire un petit aperçu, en voici quelques uns:
-superficiellement engageant ou charmant (item 1)-
-vols (item 2)-
-Manque de conscience (12)
-Relations appauvries avec ses proches. (item 13)
-fascination par le feu (14)
-construction anormale du discours (item 18)
Avec cette méthode de « rebirthing », les thérapeutes Connel Watkins et Julie Ponders ont  torturé jusqu’à ce que mort s’ensuive, durant deux semaines, la petite Candace. Ils s’étaient inspirés des pratiques d’un certain Douglas Gosney qui recommandait de faire revivre à l’enfant  chaque étape de sa naissance en plusieurs séances. D.Gosney avait adapté la technique du rebirth à la thérapie de l’attachement. Ces techniques de reparentage furent synthétisées à partir de son travail avec Arthur Janov, l’inventeur du cri primal et de cinq années passées au côté de William Emerson.

 

La boîte à outils de ces  thérapeutes fous comprend plusieurs méthodes coercitives:-La thérapie par compression ou contention consiste par exemple à étouffer l’enfant    sous une couverture pour renaître. C’est ce qui se passa avec Candace.

-Une autre est une Séance de câlin où l’on force l’enfant à manifester de la tendresse à l’égard de ses parents adoptifs pour les rendre heureux.

-Et la troisième est la phase dite de consolidation, un process thérapeutique criminel où est évalué l’attachement de l’enfant à sa mère adoptive.
Lors d’une séance brutale de contention, Candace a suffoqué sous le poids des couvertures, de celui de sa mère et des thérapeutes. Le martyre de la fillette a a duré près de 70 minutes, comme en témoigne l’enregistrement vidéo. Ce qui est délirant, c’est que la mère adoptive de Candace était infirmière en psychiatrie; elle est restée de marbre aux appels de détresse de sa fille. Candace fût mise en position foetale et emballée fermement dans une couverture jusqu’à la tête (sécurisée par un noeud), symbolisant ainsi le ventre maternel.

Quatre grands coussins et neuf oreillers furent placés autour d’elle, pendant que deux thérapeutes et deux assistantes se mettaient à califourchon sur  elle. Un poids de 300 kilos pour une enfant pesant 31 kilos. Candace devait pour renaître sortir la tête première  de ses draps. Se appels à l’aide furent perçus comme un caprice et une crise de colère (faisant partie de la thérapie). Il lui fût répondu: « Marche ou crève ». Candace répliqua: « crever pour aller au paradis? »… oui, lui répondirent alors ces monstres…Elle mourut ainsi étouffée; Le drap déchiré près de ses pieds témoigne de sa lutte pour sortir de l’enfer de cette coercition physique monstrueuse.

Lors du procès, les deux thérapeutes Connell Watkins et Julie Ponders ne manifestèrent aucun remord. Elles furent toutes les deux condamnées à 16 ans de réclusion, le minimum pour maltraitance ayant entraîné la mort d’un enfant. La mère adoptive ne fût pas poursuivie mais sa réaction a de quoi  laisser pantois. On lui avait proposé d’appeler en mémoire de sa fille morte « la loi Candace » interdisant le rebirthing , et elle déclina cette invitation par ces mots: « non, ce serait lui faire trop d’honneur.»

Candace ne fût pas la seule enfant à mourir avec cette thérapie barbare. En 1996, David Polreisbeys, un enfant russe adopté et diagnostiqué comme souffrant de RAD, et soigné comme tel par les méthodes du reparentage. Il fut battu à mort par sa mère adoptive avec une cuillère en bois sur les conseils des thérapeutes.

En 1995, Krystal Tibbeys âgée de trois ans fût tuée par son père adoptif. Les thérapeutes lui avait enseigné comment faire une thérapie de l’attachement à la maison pour dresser l’enfant. Il devait s’allonger sur la tête de l’enfant, et devait appuyer fortement  sur son estomac pour induire une respiration abdominale dans l’espoir de déclencher la colère refoulée de Krystal. Les côtes brisées, l’enfant mourut étouffée.

Deux ans après la mort de Candace, une enfant de quatre ans, Cassandra mourut dans des conditions atroces au cours  d’une séance « d’intervention paradoxale » conseillée par les thérapeutes du reparentage. Comme elle avait volé le soda de sa soeur, les parents l’ont ligoté et lui ont versé environ deux litres d’eau dans le gosier. L’enfant mourut noyée pour avoir bu trop d’eau. La  thérapeute était celle qui avaitt tué  Krystal.

Aujourd’hui, grâce à la loi Candace, ce rebirthing fait l’objet d’une interdiction dans de nombreux états aux Etats Unis.

 

La rédaction de ce post n’aurait pas pu avoir lieu si certains de mes amis médecins et moi-même n’avions pas correspondu avec la regrettée Patricia Crossman, une psychologue qui n’a pas hésité a rendre un « Awards » qu’elle avait obtenu en tant que praticienne confirmée de l’analyse Transactionnelle. Lorsqu’elle s’est aperçue des dérives de cette méthode, elle n’a eu de cesse de dénoncer les dérives de cette thérapie. Et c’est au cours de l’un de ses articles sur le net, jeté comme une bouteille à la mer, que sommes rentrés en contact avec elle. 

CE SI MYSTÉRIEUX PLACÉBO!

La plupart des connaissances sur le placebo ont été acquises par l’étude de la douleur.

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Une récente étude américaine, publiée dans la revue Pain, bouscule les connaissances sur l’effet placebo. Cette publication concerne des malades souffrant de lombalgie qui ont reçu un placebo. Le placebo est un médicament sans principes actifs, un leurre prescrit par votre médecin. Et vous n’y voyez que du feu car il ne vous dit pas que c’est un faux traitement! Le placebo n’a donc aucun effet pharmacologique sur la  maladie qu’il est censé traiter. Selon les études cliniques, un placebo produirait des effets positifs entre 15 et 30 pour cent. S’il peut (éventuellement) soigner, il y a un revers de la médaille. Un placebo peut aussi engendrer des effets indésirables, et  augmenter les symptômes d’une maladie. C’est l’effet nocebo.

Le premier médecin qui a constaté l’effet placebo est Paracelse (1493 -1541). Il avait remarqué que l’acte thérapeutique, en lui-même, améliorait (légèrement) la santé des patients. Ce n’est qu’après la deuxième guerre mondiale que les placebos ont été étudiés, et ce après l’immense scandale de la Thalidomide. Comme tous les médicaments à l’époque, la Thalidomide n’avait pas été testée chez la femme enceinte. Largement prescrite aux femmes enceintes pour soulager leurs nausées matinales, elle provoqua de graves malformations chez le nourrisson. Depuis 1962, les essais cliniques de médicaments ont l’obligation d’inclure un groupe de patients recevant un faux traitement avec un placebo. Aujourd’hui, chaque médicament doit faire la preuve de son efficacité  qui doit être supérieure au placebo. L’influence du placebo est fascinante car elle relève d’une Terra Incognita se situant entre la psychologie et la pharmacologie. Après la découverte des endorphines appelées opioïdes que le corps produit lors d’un effort, les chercheurs vont orienter leurs études sur la relation entre les opioïdes et les placebos.

En quoi l’étude américaine, publiée dans la revue Pain, sur l’administration d’un placebo chez les malades souffrant du dos est innovante ?

Il est couramment admis que  l’effet placebo s’appuie sur la crédulité des patients qui pensent recevoir un médicament actif pour leur maladie. L’innovation de l’étude de la revue Pain est que les patients savaient qu’ils prenaient un placebo, et ô miracle, ça a marché!
L’étude serait la première du genre chez les personnes souffrant de lombalgie. Cette étude a porté sur 97 personnes. Avant de suivre le traitement placebo, une infirmière avait expliqué au patient pendant quinze bonnes minutes qu’il allait prendre un placebo, en plus de son traitement habituel.
Pour les besoins de l’étude, les patients ont été scindés en deux groupes; l’un reçoit le traitement standard uniquement (groupe témoin) et l’autre le placebo.
Les résultats sont surprenants: 30 % de réduction de la douleur pour le groupe ayant reçu le placebo vs 9 et 16 % pour le groupe témoin.

Incontestablement, il a été constaté une réduction de la douleur plus forte que les patients qui n’avait pas reçu le placebo.

Ces résultats montrent que l’effet placebo est susceptible de marcher même quand le patient sait qu’il avale un leurre. Il est donc inutile de  mentir à un patient pour lui faire prendre un placebo. Claudia Carvalho qui a participé à l’étude émet son avis: « Ce n’est pas un traitement, ce n’est pas une panacée, mais les patients se sentent mieux à coup sûr. Le placebo (pris délibérément) garde une signification clinique car il soulage les patients. Il  symbolise la médecine.»

Sur cette étude américaine et l’effet placebo en général, la psychologie médicale est à même de suggérer des pistes de réflexion avec quelques paramètres sélectionnés (il y en a d’autres) comme le mode de représentation psychologie de la douleur (différent de la sensation et du seuil de la douleur même s’ils interagissent). Ou les réactions et les adaptations du malade à la maladie et aux thérapeutiques. Ou encore L’attitude du patient déterminante pour l’évolution de la maladie, et l’incontournable relation médecin malade.

Le placebo a un impact sur les réactions physiologiques du malade. La maladie influence la psychologie individuelle. Les représentations culturelles de la maladie et la forme galénique du médicament sont aussi à prendre en compte. Le but est de faire évoluer la relation médecin/malade (de type paternaliste) vers l’autonomie du patient qui permettra une meilleure observance du traitement. L’efficacité du placebo dépend de la personnalité du sujet, de la façon dont on a lui présenté le protocole et de la relation médecin/malade. Dans l’étude publiée dans Pain, une infirmière a consacré un bon quart d’heure au patient  pour lui expliquer qu’il prenait un placebo!

Une mise en garde s’impose. L’étude de Pain est une approche scientifique où la douleur est étudiée sous l’angle de la médecine et de l’apport des neurosciences dans la connaissance du circuit neuronal, et ainsi permettre à un patient de mieux suivre son traitement. C’est tout l’enjeu de la médecine comportementale, une discipline à part entière qui s’appuie sur une démarche scientifique, d’analyse et de comportement de santé.

Le mal de dos est le fond de commerce privilégié de nombreux charlatans qui prétendent vous soulager. À la condition expresse que vous acceptiez leur grille de lecture qui dévoie l’approche psychosomatique de la médecine. Ainsi, selon ces charlatans au culot monstre « ès spécialiste en thérapies alternatives », le mal de dos est lié à des émotions négatives. Ainsi les lombes représentent la liberté, la sécurité et la survie. Et un point au milieu du dos est le signe d’une trahison et qu’on est poignardé dans le dos. Les douleurs dans la région des trapèzes est ce que l’on accepte d’assumer dans nos relations pour avoir la paix.  Et ainsi de suite suivant chaque zone du dos concernée. Inquiétez vous si l’on vous parle de séances de Reiki ou de libération psycho-émotionnelle pour vous soulager. Jamais votre médecin généraliste ne vous parlera ainsi. Ou si l’on vous harponne dans un salon de bien-être et de médecine douce pour parler de votre mal de dos, fuyez!

Après cet aparté sur le charlatanisme revenons à l’action du placebo sur la douleur. Il y a de nombreuses raisons pour que les patients disent avoir moins mal! Notamment le désir d’être cohérent lorsque son soignant l’interroge. Certains auteurs comme Clark (1969), Feather &al (1972), Allan et Siegel (2002) observent que l’effet placebo est créé par des biais cognitif.  Suivant la théorie de la détection du signal. L’attente d’un traitement crée en lui-même une incertitude quant à l’information sensorielle de la douleur et la réponse au placebo. C’est un cas d’erreur perceptive. Le style cognitif général est positivement associé à la réponse antalgique  du placebo. Afin de voir si l’effet placebo  est réel, et de définir les résultats physiologiques qui sont à même significatifs, certains auteurs ont combiné les études comportementales, la neuro-imagerie et des études psycho-physiologiques.

Les mécanismes psychologiques de l’effet placebo sont à corréler avec les immanquables suggestions verbales, le conditionnement et des mécanismes culturels sur la maladie et la douleur. Les signaux verbaux peuvent de créer de fortes attentes qui influenceraient la réponse du cerveau, conduisant à la libération d’opioïdes endogènes et de dopamine.

 

La plupart des connaissances sur le placebo ont été acquises par l’étude de la douleur. Le patient peut éprouver un effet antalgique simplement en anticipant le soulagement. L’interprétation des suggestions verbales dans la communication entre le thérapeute et le patient a également été montré pour soulager l’inquiétude qui catalyse souvent la souffrance. En clair, l’effet placebo conditionne l’individu pour ce que ça marche! Déjà, par la couleur d’une pilule qui  ressemble au vrai  médicament. L’effet analgésique du placebo doit être modulée par la réduction des émotions négatives. La douleur augmente les émotions, la nervosité et l’anxiété. Or, l’impact des émotions négatives va induire des réponses analgésiques plus fortes ou nulles confirmant que le stress réduit l’effet du placebo.  Selon la terminologie de la psychologie médicale, c’est lié au « degré de prédisposition à l’optimisme ».

En 2004, Tor D.Wager et ses collègues de l’Université du Michigan à Ann Arbor ont cherché à comprendre l’effet placebo du côté de la transmission de la douleur jusqu’au cerveau. Le chemin de la douleur est identique pour tous. La sensation de la « douleur » est transmise au cerveau via tous les nerfs présents dans l’ensemble du corps.  Tor. D.Wager et ses collègues se sont centrés sur le rôle du thalamus, site de traitement de la douleur et de la souffrance. « Les données du thalamus sont alors décryptées par le cerveau, et converties en une image sensible: c’est le moment où nous ressentons les choses» (Dr J-M Lemarchant). Les personnes qui ont vu leur niveau  de douleur diminuer rapidement avec le placebo présentaient une baisse importante d’activité au niveau de certaines zones du cerveau et notamment du thalamus.

Par contre, cette diminution de la douleur n’est pas observée dans d’autres zones cérébrales impliquées dans la sensation de douleur. Le travail de Tor.D.Wager a suggéré que l’effet placebo commence dans les parties les plus évolutives du cerveau pour aller vers les zones qui libèrent les opioïdes.  Selon Tor D.Wager, l’effet placebo serait du au fait que le cerveau adapte son interprétation de la douleur selon l’état émotionnel et psychique de la personne. Les processus biochimiques sous-jacent entraînés par les placebo ne sont pas les mêmes chez tout le monde.Certaines zones du cerveau (à part le cortex pariétal) sont suractivées pour tenter de contrer la douleur notamment sont stimulées les voie des opioïdes endogènes, des endocannabinoides, sérotoninergique et dopaminergique.

Un point remarquable à signaler est que l’on peut pharmacologiquement contrôler l’effet bénéfique du placebo en l’abaissant = en donnant au patient Le Narcan, une substance, qui est un antagoniste pur et sans danger qui annule l’effet des opioïdes et fait immédiatement resurgir chez le patient sa douleur initiale.

On pensait que pour obtenir l’effet placebo, il fallait trouver des patients crédules mais les études de Petrovic et de Tor D.Wager ont lié l’effet placebo à des processus neurobiologiques réels. Aujourd’hui, les placebos sont largement reconnus, et pas seulement comme un mirage psychologique. On pensait également  que pour obtenir un effet placebo satisfaisant, il fallait que les médecins mentent au patient, augmentant ainsi le risque d’altérer l’alliance thérapeutique et la relation médecin/malade.

L’étude publiée dans Pain a un précédent qui concerne un autre type de douleur. En 2010, Ted Kaptchuk, chercheur médical à Harvard, a montré que certains patients atteints du syndrome du côlon irrité, qui avaient  pris en toute connaissance de cause un placebo, voyaient leur état s’améliorer, suggérant déjà que mentir au patient était inutile. Le mal de dos et le colon irritable sont les champs étude de la médecine comportementale, et les deux études sur le placebo pris sciemment par les patients correspondent parfaitement au champ d’action de cette discipline.

Toutes ces observations sur le placebo sont bénéfiques pour les médecins. Cela démontre toute l’importance d’élaborer un rituel de soin qui améliore l’effet placebo et le soulagement du patient. Et de prendre en compte que notre cerveau est capable de repérer un bon nombre de signaux potentiels. Comme la façon dont le médecin est habillé, sa gestuelle, ses mimiques, et bien évidemment les mots qu’il choisit pour recommander le traitement. Et encore la forme galénique du placebo, et même l’environnement dans lequel le protocole de prescription est présenté.

L’intérêt de cette étude est de montrer que le  placebo n’est plus un simple mirage psychologique. Pour que ça soit efficace, il est inutile de mentir au patient en lui  disant que c’est un vrai médicament qu’il va prendre. Le placebo peut être inclus comme une prescription à part entière dans le rituel de soins. Cela renforce l’alliance thérapeutique et la relation médecin/malade. Comme le souligne le Dr Jean-Marie Lemarchant, « Dans certaines affections, c’est la façon de donner qui vaut plus que ce que l’on donne. »

En complément de ce post, propos recueillis auprès du Dr Jean-Marie Lemarchant, Médecin chef honoraire des Hôpitaux Publics qualifiés en gastro-entérologue et endocrinologie: « Alors que l’expérimentateur, lui, est au courant, on parle d’un simple aveugle. Lorsque l’expérimentateur ignore également à quel groupe il est assigné le sujet, on parle d’étude en double aveugle. Enfin lorsque le patient et l’expérimentateur connaissent tous deux l’appartenance au groupe recevant le placébo, on parle d’étude ouverte. »
Sources:

SE SOUVENIR DE SA NAISSANCE AVEC LE CRI PRIMAL, VRAIMENT?

En 2015, l’APA confirme que le cri primal crée des faux souvenirs de naissance.

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©Christian Schloe

À partir des années 60, les thérapies New-Age prolifèrent. Parmi elles, le Cri Primal mise au point par Arthur Janov.

Le Cri Primal est une thérapie de psychologie humaniste. Abraham Maslow est le fondateur de l’approche dite humaniste. C’est un modèle de psychothérapie qui cherche à relancer chez la personne, en thérapie, sa tendance auto-innée à se réguler,  à développer son potentiel. La psychologie humaniste est un bon concept, malheureusement, c’est dans ce courant  que se trouvent massivement les pratiques douteuses de psychothérapie et leurs théories pseudo-scientifiques.

C’est à l’occasion de la sortie du livre le Cri Primal en 1970, que le grand public va découvrir son auteur Arthur Janov. Rapidement, ce livre devient un best-seller à l’échelle mondiale. La même année, Arthur Janov et sa femme Vivian Francès vont fonder avec une vingtaine de personnes l’Institut Primal à Los Angeles. La notoriété de Janov s’envole auprès des médias mainstream au point de faire la Une de Vogue, et séduire des célébrités comme John Lennon et Yoko Ono.

La théorie du cri primal repose sur l’idée que toutes les maladies mentales comme la dépression, les psychoses et les maladies psychosomatiques proviennent des « souvenirs refoulés » lors « du premier trauma qui se produit à la naissance ».
Janov a repris à son compte (en partie) la théorie de Otto Rank, un dissident de Freud. Otto Rank parla le premier du trauma de la naissance comme vécu primordial et réservoir du mal-être futur. Le traumatisme de la naissance n’est pas forcément celui qui se passe au moment de l’accouchement, et il faut l’interpréter dans le sens d’une perte, d’une séparation dans la vie perceptive et psychique du nourrisson avec sa mère. Pour Otto Rank, les relations avec la mère sont ambivalentes alors que Freud restera centré sur l’Oedipe.
Les thérapies verbales ne trouvent pas grâce auprès de Janov. Selon lui, elles ne solliciteraient que le cortex cérébral et les aires du cerveau en relation avec le mental. L’origine de la souffrance ne peut pas être soignée si le système nerveux central n’est pas sollicité.

Fort de la théorie de Otto Rank qui divise encore les psychanalystes, Janov va entraîner ses émules thérapeutes à faire retrouver aux patients les souvenirs de leur naissance. Et là, ça se corse!

Dans l’approche théorique de Janov, les deux premières années de la vie sont cruciales pour le développement de la psyché de l’enfant. Inconscient de ce premier trauma que constitue la naissance, il prend forcément un mauvais départ dans la vie. Qu’à cela ne tienne, le Cri Primal peut remédier à ce handicap si le patient récupère -en pleine conscience- le souvenir de sa naissance.
Accéder à ces premiers traumas n’est pas une mince affaire, et ça ne ne se fait pas en une seule séance de Cri Primal! Il faut pour cela que le patient s’engage à participer aux nombreux séminaires du Dr Janov! Tout est prévu!

Au fil des séminaires, les souffrances primaires ainsi débusquées, la méthode de Janov devient « une fontaine de Jouvence » qui permet de résister à toutes les maladies. Janov ira même jusquà affirmer qu’un patient n’a plus besoin de suivre une autre thérapie, avec  le cri primal, il accède à la pleine maîtrise de sa vie. Ce n’est pas un miracle, c’est de la pseudo-science qui défie les lois de la mémoire, et qui ne repose pas sur les règles de l’Evidence Based Médecine!

Outre le livre culte de Janov, il y en a eu pléthore sur cette fameuse révolution primaire. Une fois la mode passée, la plupart d’entre eux ne furent plus réédités. En 1972, Simon et Shuster, deux émules de Janov, ne tarissent pas d’éloges sur les indications du cri primal: alcoolisme, addiction aux drogues, dépression et troubles bipolaires.

En 1991, la deuxième vague du « nouveau cri primal » est présentée comme une amélioration de la méthode, et son champ d’indications s’élargit. Hypertension, cancer, troubles de la libido, phobies, migraines etc. La panacée universelle.

Janov était convaincu que sa méthode était la seule efficace. Mais attention, Janov sélectionnait ses praticiens, et seuls ceux formés dans son institut avaient l’autorisation de pratiquer. Plus tard, il développa l’idée que le cri primal pouvait être une thérapie familiale salvatrice contre l’injustice, la guerre et la maladie mentale.

Pour Janov, « la souffrance primitive » est provoquée par les souvenirs refoulés qu’il résume avec cette magnifique formule: « La maladie mentale est un cri silencieux».

Quand les patients retrouvent la mémoire perdue des traumas des deux premières années de la vie, en sus de celles de sa naissance, cela se manifeste corporellement: on se roule par terre, on hurle de colère, signes révélateurs de leur naissance.
Régression salavatrice (selon lui) au stade du nourrisson ou des deux premières années de la vie.  Ce process est la période primale. Pour que cette régression se fasse dans les meilleures conditions, la salle est aménagée avec des couvertures et des oreillers pour ne pas se blesser et pouvoir crier tout son soul.

La colère est pour Janov un élément essentiel à revivre dans les processus primals. La lecture de cet extrait du cri Primal laisse songeur: « Je crois que le coléreux est le sujet qui n’est pas aimé – celui qui n’a pu être ce qu’il était réellement. En général, il est en colère contre ses parents parce qu’ils ne l’ont pas laissé être lui-même, et en colère contre lui-même parce qu’Il continue à renier son moi. Mais c’est le besoin qui est fondamental, la colère est l’effet secondaire. Elle survient quand le besoin n’est pas satisfait. Lorsque nous considérons le processus primal, nous constatons qu’il se déroule avec une rigueur presque mathématique. Les premiers primals ont souvent pour sujet la colère. Dans la seconde série, il s’agit de la souffrance et dans le troisième, du besoin d’amour. Le besoin et la non-satisfaction de ce besoin cause en général la plus violente douleur. Le processus primal se déroule comme la vie, mais en sens inverse.»

Janov fut l’un des premiers à induire le « syndrome des faux souvenirs »(False Memory Syndrome), le cri primal étant l’une des « premières thérapies de la régression ». Ou encore appelée en anglais MRT (memory recovered therapy).
Ces techniques de la mémoire récupérée cherchaient à faire retrouver des souvenirs enfouis dans l’inconscient à la suite d’un trauma durant l’enfance. Ainsi, des faux souvenirs d’inceste (ou de pédophilie) ont été créés de toutes pièces avec des conséquences tragiques. Certaines personnes se sont retrouvées derrière les barreaux, de longues années pour délinquance sexuelle.

Concernant le syndrome des faux souvenirs d’abus sexuels, Janov n’est pas concerné par sa propagation. Les souvenirs des processus primals sont déjà une épopée à eux seuls, sans qu’on y rajoute les abus sexuels. Mais ses méthodes étaient douteuses pour les faire surgir surtout lorsqu’on sait que la période de l’amnésie infantile est absolue jusqu’à l’âge de deux ans, et qu’ensuite, il y a une amnésie relative jusque vers cinq-six ans où les souvenirs sont épars et incomplets. Se souvenir de sa naissance avec le cri primal, c’est un exploit qui défie les connaissances scientifiques sur le fonctionnement de la mémoire!

Les sessions de Cri Primal se déroulaient dans un hôtel coupé de toute communication (Radio, TV, lecture). Avant de commencer les séminaires, Janov mettait ses patients en privation de sommeil. L’isolement et le manque de sommeil sont des techniques importantes qui, souvent amènent les patients vers le cri primal. La privation de sommeil abaisse les défenses. Il y a eu de sacrées dérives avec Joseph Hart et Richard Corriae, deux émules de Janov. Ils avaient fait dévêtir leurs patients, et les avaient ensuite battu. Le centre ferma, en 1980, à la suite de plaintes et de poursuites judiciaires.

 La méthode de Janov ne fait pas l’unanimité parmi les psychothérapeutes. En 2015, l’APA dans le Journal « Psychology of Consciousness », confirme que le cri primal (avec d’autre thérapies) crée des faux souvenirs de naissance. C’est évident quand ils sont supposés concerner la période de l’amnésie infantile.

La psychanalyste Alice Miller s’est tout d’abord montrée élogieuse envers le Cri Primal, et par la suite, elle s’est rétractée. Selon elle, le Cri Primal pouvait être dangereux s’il n’était pas encadré par des professionnels. Notamment, elle critiqua les croyances sur la force cathartique lors des périodes primales. Si amélioration, il y avait, elle n’était que provisoire. Alice Miller critiqua aussi l’intensité des stages et le «risque de développer une addiction à la douleur».

Le site Pubmed (en langue anglaise) publie quelques articles critiques sur la méthode de Janov. Même s’ils datent des années 80.

En 1989, sur le plan médical, PritkinJ, Balin R et Young H évoquent le risque du syndrome de Mallory-Weiss (déchirure superficielle de la muqueuse à la jonction de l’oesophage et de l’estomac). À force de crier à pleins poumons, comment s’en étonner.

Des comportementalistes évoquent la mauvaise orientation conceptuelle de cette méthode, en considérant que le cri Primal est une approche exotique et à l’éclectisme théorique informe. Voire dangereuse susceptible d’aggraver l’état du malade.

Malgré les nombreuses mises en garde, on ne peut que constater que les racines historiques du cri Primal sont toujours actuelles. Cette méthode séduit encore beaucoup de personnes attirées par le développement personnel et les thérapies alternatives.

De nombreux thérapeutes proposent encore des stages de Cri Primal en France et en Europe, et certains soignants sont toujours élogieux envers cette méthode New Age.

Le livre « Le Cri Primal est toujours un best-seller, et son contenu théorique peu scientifique malgré les affirmations de son auteur, pour qui n’a pas l’esprit critique peut toujours séduire. Surtout si certains passages du livre rejoignent des réflexions personnelles sur la souffrance de la vie et le trauma  de la naissance. La naissance et la mort sont les deux extrêmes de la vie, et il faut bien accepter adulte que « l’enfance est un voyage oublié » (Jean Mallard).
Et si vous voulez vraiment crier, hurler à pleins poumons, vous pouvez toujours le faire derrière votre ordinateur…

 

Sources

Les sources de ce post viennent d’un article de Martin Gardner,  « Primal Scream: A Persistent New Age Therapy », publié dans la revue Sceptique Skeptical Inquirer, il y a plus de 15 ans.