ENCORE CE SI MYSTÉRIEUX PLACEBO: ACTE II

Le placebo renforce l’alliance thérapeutique et la relation médecin/malade.

Placebos vintage

En mars 2018, j’avais rédigé le post « Ce si mystérieux placebo »! J’y décrivais sa spécificité qui est celle d’un médicament sans principes actifs, un leurre prescrit par votre médecin. 

En voici quelques grandes lignes- des extraits à vrai dire- pour rappeler les grandes lignes de mon post de l’an dernier.

« La plupart des connaissances sur le placebo ont été acquises par l’étude de la douleur. Le patient peut éprouver un effet antalgique simplement en anticipant le soulagement. L’interprétation des suggestions verbales dans la communication entre le thérapeute et le patient a également été montré pour soulager l’inquiétude qui catalyse souvent la souffrance. En clair, l’effet placebo conditionne l’individu pour ce que ça marche! Déjà, par la couleur d’une pilule qui  ressemble au vrai  médicament. L’effet analgésique du placebo doit être modulé par la réduction des émotions négatives.» 

Certaines zones du cerveau sont plus particulièrement ciblées par le placebo. J’ai cité les travaux de Tor D.Wager, professeur de psychologie et de neurosciences à l’Université du Colorado à Boulder. Il a suggéré que l’effet placebo commence dans les parties les plus évolutives du cerveau pour aller vers les zones qui libèrent les opioïdes.  L’effet placebo serait du au fait que le cerveau adapte son interprétation de la douleur selon l’état émotionnel et psychique de la personne. Il y a bien évidemment d’autres travaux et d’autres d’auteurs qui ont brillamment travaillé sur ce sujet. Ce sera pour un autre post consacré à ce sujet inépuisable! En attendant si le coeur vous en dit, vous pouvez consulter le site Pubmed, base de données incontournable qui répertorie les articles scientifiques dans les revues spécialisées. Mais en faisant ces recherches, garder son esprit critique car parfois, il peut y avoir des biais méthodologiques ou des falsifications d’études. Toutefois, pour en revenir au placébo, j’ai repéré (à la hâte) quelques articles sur le placebo qui paraissent acceptables en première lecture (plutôt survol).

https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/24909245

https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/26132938

https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/23899563

Pour compléter mon ancien post dont j’ai repris quelques extraits, je vous propose d’autres articles que je n’ai pas rédigé mais que j’ai plaisir à vous soumettre.

D’abord celui de Marc Gozlan, journaliste médico-scientifique et médecin de formation, webmaster du blog Réalités Biomédicales.

Dans son article « Nous sommes inégaux devant le placebo », Marc Gozlan évoque cette inégalité devant le placebo étudié dans le cadre de la dépression, comme étant due à des variants génétiques. Des études ont démontré que plusieurs gènes sont concernés, et ceci étant observable par l’IRM et l’IRMf .

Voici quelques points forts de l’article:

Plusieurs gènes associés à la réponse placebo sont impliqués dans le métabolisme de neurotransmetteurs. Or, on sait que la séquence ADN d’un même gène ­n’est pas exactement identique d’une personne à l’autre. On parle de « polymorphisme génétique ». Récemment, des études ont montré que certains de ces « variants génétiques » sont associés à l’effet placebo dans la douleur, les troubles anxieux et la dépression. Ainsi, des variants génétiques affectant les voies de la dopamine semblent influencer la réponse placebo dans la dépression majeure et pourraient servir de biomarqueurs pour différencier les patients répondeurs et non répondeurs au placebo.

Ces travaux revêtent un intérêt considérable depuis que des études ont montré que la réponse au placebo est importante dans le traitement de l’épisode dépressif majeur. Cela pourrait expliquer les résultats d’une méta-analyse montrant que l’efficacité observée dans les groupes placebo atteint 65 % de celle enregistrée dans les groupes de patients traités par antidépresseur dans les essais cliniques. Cette proportion est encore plus élevée lorsqu’on inclut les résultats d’essais non publiés. »

Indépendamment de cet article de Marc Gozlan très documenté scientifiquement, j’en ai relevé un autre du Dr Guy-André Pelouze, chirurgien cardio-vasculaire. À première vue, cet article publié sur le site European Scientist semble plus éloigné du placebo que le précédent! Le sujet principal est le remboursement de l’homéopathie. Mais j’ai noté son extrême pertinence sur un passage parlant du placébo. L’homéopathie est un placébo comme un autre.

À ce sujet, voici ce que raconte le Dr Guy-André Pelouze:

« …c’est que les français n’auront même pas bénéficié d’une information de qualité sur ce qu’est l’effet placébo. Nous avons comme les animaux, enfouis dans notre cerveau et recouverts de médiation inhibitrice culturelle et sociale des programmes d’auto-guérison. Nous réagissons à l’adversité par notre système neurovégétatif, immunitaire, anabolique pour guérir. Nous pouvons diminuer drastiquement la douleur, influencer nos choix alimentaires et notre sommeil face à une infection un traumatisme etc… Dans le groupe humain du paléolithique, ces programmes étaient activés spontanément ou sous la médiation des anciens. Nous avons confié ces cas au médecin depuis des siècles. Tout acte de soin, produit un effet le plus souvent placebo mais dans certains, nocebo. C’est un sujet assez bien connu en psychologie évolutionniste. Donc les dilutions homéo avec ou sans sucre ont un effet placebo comme les manipulations d’un ostéo, comme les piqûres d’un acupuncteur, comme la piqûre de la méso comme toute médication allopathique, comme, je le répète, tout acte de soin. Cet effet placebo c’est le cerveau du patient qui le génère et il peut pour certains symptômes améliorer 30% des patients y compris durablement. L’observation que, dans le cas de l’homéopathie il n’y a que l’effet placebo est intéressante car double : il est impossible de mettre en évidence expérimentalement d’effet intrinsèque de la dilution, mais il n’y a pas non plus d’effet secondaire, de complications, nous y reviendrons. »

Toutes les observations sur le placebo sont bénéfiques pour les médecins. Cela démontre toute l’importance d’élaborer un rituel de soin qui améliore l’effet placebo et le soulagement du patient. Et de prendre en compte que notre cerveau est capable de repérer un bon nombre de signaux potentiels. Comme la façon dont le médecin est habillé, sa gestuelle, ses mimiques, et bien évidemment les mots qu’il choisit pour recommander le traitement. Et encore la forme galénique du placebo, et même l’environnement dans lequel le protocole de prescription est présenté.

Le  placebo n’est plus un simple mirage psychologique. Pour que ça soit efficace, il est inutile de mentir au patient en lui  disant que c’est un vrai médicament qu’il va prendre. Le placebo peut être inclus comme une prescription à part entière dans le rituel de soins. Le placebo renforce l’alliance thérapeutique et la relation médecin/malade. Comme le souligne le Dr Jean-Marie Lemarchant, Médecin chef honoraire des Hôpitaux Publics qualifiés en gastro-entérologue et endocrinologie: « Dans certaines affections, c’est la façon de donner qui vaut plus que ce que l’on donne. »

TOUT SE JOUE AVANT L’ÂGE DE SIX ANS! VRAIMENT?

Un mauvais départ se répercute tout au long de la vie d’adulte, et il y a les traumatismes de l’enfance comme la maltraitance (sous toutes ses formes) qui laissent des empreintes post-traumatiques.

J’ai emprunté le titre de ce post au fameux best-seller écrit par le Dr Fitzhurgh Dodson « Tout se joue avant l’âge de 6 ans »! La première édition de ce livre date de 1970, et il a ensuite été régulièrement réédité . Cela ne signifie que j’agrée totalement au point de vue de l’auteur, même si certains de ses propos sont pertinents! Avouez que l’idée que tout se joue  avant six ans est tout de même sacrément fataliste! Ors, elle s’est imposée comme une évidence psychologique auprès de nombreux parents, y compris de certains professionnels de la santé.  Tout est-il déterminé avant l’âge de 6 ans ? Et même avant?  Cette affirmation vous rappelle-t-elle quelque chose

Mais qu’entend-on par cette expression? La personnalité de l’adulte se construit-elle vraiment durant les cinq premières années de sa vie, et parfois avant l’âge de trois ans?

Le livre de Dodson est devenu un manuel pour de nombreux parents et des mères obnubilées par les progrès de leur enfant, dans cette étape du rôle maternel que Winnicott appelait « la préoccupation maternelle primaire !

La vision du « tout se joue avant six ans est très pessimiste, et s’inscrit dans la lignée du déterminisme psychologique suivant laquelle la vie psychique est totalement déterminée. Elle serait  dépendante de ses antécédents, et ne comporterait aucune liberté. Pour F.Dodson, durant les cinq premières années de sa vie, chaque enfant passe par les stades des acquisitions fondamentales –marche, langage, propreté, socialisation, estime de soi-. Les stimulations intellectuelles reçue au cours du développement de ces acquisitions durant ces cinq premières années sont importantes pour son intelligence adulte. Sur le point de la stimulation intellectuelle, passage obligé par les écrans!  La psychanalyste Sophie Maripoulos, sans citer Dodson, évoque dans un rapport sur les enfants et les écrans, la malnutrition  culturelle due au manque d’attention et d’accompagnement des parents dans l’éveil des tout-petits.

À la sortie du livre « Tout se joue avant six ans » en 1970, les connaissances en  neurosciences n’étaient pas aussi avancées qu’aujourd’hui. Certes le développement cérébral est influencé par la génétique, notamment l’intelligence et ses 40 gènes, mais il  ne faut pas sous estimer les facteurs relationnels, affectifs et environnementaux. Les certitudes, mal interprétées selon certains spécialistes, sont agaçantes !
La petite enfance est une période très riche dans la vie, mais rien n’est jamais joué. Certains apprentissages se font toute la vie, l’environnement, les expériences de la vie, les événements (heureux ou malheureux), les crises, et les rencontres influencent la personnalité de l’adulte. Bref, dans le fatum, il y a une part de hasard qui fait que la vie réserve aussi des bonnes surprises.
 

Toutes les théories psychologiques sont d’accord pour dire que des relations affectives de qualité nouées dès l’enfance avec les parents, ou des figures de substitution laissent une empreinte indélébile et essentielle, qui influenceront les relations adultes. Évidemment! Un mauvais départ se répercute tout au long de la vie d’adulte, et il y a les traumatismes de l’enfance comme la maltraitance (sous toutes ses formes) qui laissent des empreintes post-traumatiques. 

Des chercheurs suisses de l’École polytechnique fédérale de Lausanne sous la houlette de Carmen Sandi ont constaté que les blessures invisibles de l’enfance laissent une empreinte biologique qui perdure dans le cerveau adulte.  L’équipe suisse a montré (chez des rats) que les traumatismes chez l’enfant conduisaient à des comportements agressifs visibles  sur certaines zones du cerveau. Comme l’altération du cortex orbitofrontal identiques à celles retrouvées chez les humains violents. Cette connaissance sur les conséquences des traumatismes a des implications médicales, mais également thérapeutiques et sociales.
« Cette recherche montre que les personnes exposées aux traumatismes dans l’enfance ne souffrent pas seulement sur le plan psychologique mais elles subissent une réelle altération dans leur cerveau» (Carmen Sandi).
 

La plupart des chercheurs en psychologie s’accordent pour dire que les traumatismes de la petite enfance (ceux qui surviennent avant l’âge de six ans) sont à l’origine de beaucoup de dépressions et de troubles anxieux, et d’autres troubles. Une autre étude, celle de l’université de McGill de Montréal montre également que les abus et maltraitance laissent une empreinte chimique dans le cerveau. Il s’agit d’une modification de gènes dont l’enfant a besoin a besoin pour se construire un système de défense contre le stress. Une fois modifiée par l’expérience de l’abus sexuel, ces gènes restent altérés toute la vie, rendant les victimes plus vulnérables aux aléas de la vie. 

 
Sans s’arrêter à des événements traumatisants extrêmes (violence, abus sexuels abandon), les interactions destructrices et répétées avec les adultes sont néfastes dans la construction de la personnalité. C’est du désamour et de l’atteinte à l’estime de soi, ni plus ni moins. On entend par désamour les humiliations répétées, le manque d’affection et de compassion d’autrui, les négligences envers la santé mentale et physique. Les inactions des parents sont également destructrices;  elles font douter de la valeur de l’enfant et entachent son estime de soi. Les encouragements prodigués par les adultes sont essentiels à la sécurité affective et l’absence de retroaction positive est extrêmement dommageable à l’estime de soi. Les parents ou  les adultes ne sont pas les seuls acteurs des actions de démolition mentale. Les enfants sont parfois cruels entre eux. L’ostracisme, l’exclusion, l’intimidation par les autres enfants sont extrêmement traumatisantes pour un jeune enfant.
 
Même si le futur adulte est marqué au fer rouge par ses traumatismes, la vision déterministe où tout est  joué durant l’enfance est catastrophique. Elle risque d’enfermer l’autre prisonnier de son passé, et de ne pas l’encourager à dépasser ses problèmes !
 
Freud, en son temps, avait souligné l’inégalité des réactions des patients à la névrose face à un même événement. Jung a parlé de cette notion du « Soi », ce noyau subtil de la personnalité qui peut aider à surmonter les épreuves. Le très médiatique et contesté pédopsychiatre Marcel Rufo prend le contre-pied de F.Dodson de cette fausse croyance que « tout se joue avant six ans ».
 
La notion de résilience, développée par Boris Cyrulnick, démonte ce déterminisme, et est est une formidable leçon d’optimisme où tout est possible à tout âge! La résilience, c’est cette capacité à rebondir, et à reprendre le développement positif de sa vie après l’adversité.
Il n’y a pas de fatalité au malheur. « Les enfants qui ont connu la violence, l’abandon, l’orphelinat, la misère ou encore la guerre seront des enfants blessés et des adultes blessés tout au long de leur vie. Mais ces enfants ne sont ni foutus, ni sans valeurs (Boris Cyrulnick).» 
Les deux périodes pendant lesquelles se mettent en place les processus de résilience sont d’une part, la période qui précède l’acquisition du langage où l’enfant se façonne, se  » tricote  » avec la propre histoire de ses parents. D’autre part, la période qui sur l’acquisition du langage, où l’enfant acquiert la possibilité de se représenter son passé et son avenir et donc de donner un sens à sa vie et ainsi d’agir en la métamorphosant.
 
Conclusion : tout ne se passe pas avant six ans, ni même à trois ans ! On peut à tout âge revivre, et la résilience marche toute la vie, et jusqu’à 120 ans! 
 
 

Vidéo/conférence du Pr Marcel Rufo

 

 

 

 

Sources:
http://www.radio-canada.ca/nouvelles/science/2013/01/17/003-traumatisme-enfance-violence.shtml
Boris-Cyrulnik Les-vilains petits canards

UNE ÉTIOLOGIE PSEUDO-SCIENTIFIQUE DE LA BOULIMIE

Comme prise en charge, il leur est proposé une méthode douteuse permettant aux supposés souvenirs d’abus de ressurgir.

©Giuseppe Muscio

C’est archi connu du grand public, les troubles de la conduite alimentaire ont une origine psychique. C’est l’item 69 du DSM V. Ces troubles ont en commun, sous-jacent aux perturbations alimentaires, des désordres dans la perception de l’image du corps. Succinctement résumé, les prédispositions font état de la fréquence de l’anxiété, de la dépression, d’une fragilité psychologique, d’un sentiment d’insécurité, d’envie, d’ambition, d’une mauvaise estime de soi, de besoins affectifs, etc…Toutes ces causes, bien évidemment  ne prédisposent pas à la survenue d’un trouble alimentaire (boulimie ou anorexie) à l’adolescence mais soulignent une fragilité de la psyché. Quant aux évènements déclenchants, ils ne sont pas spécifiques et la liste est longue. Et pourtant, cette approche étiologique des troubles du comportement alimentaire n’a pas toujours été de règle.

Nous allons donc revenir  aux années 90 comme le montre  l’affaire Ramona, une sombre histoire de sérum de vérité: deux thérapeutes  et un hôpital furent condamnés à verser des dommages et intérêts conséquents pour avoir implanté des faux souvenirs à Holly Ramona, traitée pour une boulimie et une dépression par Amytal (sérum de vérité). L’affaire Ramona est exemplaire au sens où elle démontre la dangerosité de certaines méthodes de psychothérapies non validées et une étiologie de la boulimie non validées par la science. Elles ne respectent pas le principe du « primum non nocere » qui se traduit par « d’abord ne pas nuire ».

Une certaine étiologie de la boulimie remonte à Judith Lewis Herman qui théorisa sur les victimes de violences domestiques et de viols. La psychologue faisait le parallèle entre le stress post-traumatique des vétérans du Vietnam et des femmes victimes de viol. Pour elle, l’impact sur la psyché du trauma des violences domestiques et du viol était pareil à celui des vétérans du Vietnam. Dont l’altération de la mémoire. Mais à l’époque, les neurosciences sur le fonctionnement de la mémoire n’étaient pas aussi pointues qu’aujourd’hui. Pour prendre en charge ces victimes, Judith pensait qu’une thérapie verbale était insuffisante, et qu’il fallait trouver une autre méthode susceptible de faire se souvenir ces victimes de ces violences sexuelles pour que leur état psychique s’améliore.

Or, il est impossible de se souvenir avant l’âge de 7 ans. Des chercheurs de la faculté Emery, ont démontré que les souvenirs de la petite enfance s’effaçaient à partir de 7 ans. Dans la construction de la mémoire autobiographique d’un adulte, la faculté d’oubli est un processus aussi important et normal que le processus de mémorisation; ceci permettant ainsi la mise en place d’une mémoire autobiographique plus concrète et plus complexe. Ce qui n’est pas le cas dans l’approche théorique des thérapeutes qui partent à la pêche chez leurs patients des souvenirs traumatisants avant l’âge de sept ans.

Dans cette lignée théorique, de fil en aiguille, les troubles du comportement alimentaire, dont la boulimie avec la dépression majeure vont devenir la preuve d’une violence sexuelle passée. Comme prise en charge, il leur est proposé une méthode douteuse permettant aux supposés souvenirs d’abus de ressurgir. Cette nouvelle famille pseudo-scientifique porte le nom anglais de « Memory Recovered Therapy » (MRT) ou les thérapies pour se souvenir. Leur principe est basé sur la régression dans le temps, une plongée en  en état modifié de conscience dans le passé du sujet jusqu’à l’événement traumatique. Il ne s’agit pas de quelques heures, ni de quelques jours, ni de quelques mois mais de décennies entières qui remontent, la plupart du temps à la prime enfance, en pleine période de l’amnésie infantile. On propose à la (supposée) victime d’abus de régresser dans son enfance. De préciser, qu’elle le fait avec sa mémoire et son cerveau d’adulte; ce que n’ont pas compris ces pseudo scientifiques. 

Dans les années 90, nombre de thérapeutes pensaient que l’étiologie de la boulimie avec un épisode majeur de dépression  était la preuve tangible d’un abus sexuel durant l’enfance et dont la victime ne se souvient plus. Frappée d’une sorte d’amnésie, mécanisme de refoulement du trauma! Confrontées à ses souvenirs, les victimes vont pouvoir se souvenir de leur agresseur, retrouver une meilleure estime de soi et une bonne image du corps. Cela partait d’un bon sentiment mais ce traitement de la boulimie repose sur des postulats faux dont Holly Ramona et son père ont fait les frais.Les thérapeutes n’ont pas appliqué le principe du « no primum nocere », et ont appliqué sur Holly une MRT, notamment l’Amythal, connue pour sa dangerosité; notamment celle de l’implantation de faux souvenirs. Selon eux, les souvenirs de trauma peuvent disparaître de la conscience des laps de temps impressionnants, des décennies entières.

 Ce postulat implique que même les patientes qui ne signalent pas de souvenirs d’abus méritent systématiquement des investigations pour manipuler leur mémoire sur ce principe de la régression dans le temps pour que leurs troubles s’améliorent. L’on ne peut constater que dans les MRT  et le syndrome des faux souvenirs, le terme « d’amnésie dissociative » revient souvent sur le tapis pour justifier l’oubli total  d’un trauma sur des décennies. Aujourd’hui, il est remplacé par celui d’amnésie traumatique, mais le mécanisme reste le même. En fait, le terme d’amnésie est joyeusement dévoyé pour expliquer que la mémoire fonctionne comme un magnétoscope, et qu’il est possible de  récupérer d’une façon « quasi miraculeuse » des souvenirs par une technique altérant la conscience. 

Dans l’un de ses articles, le psychiatre Harrisson Pope explique d’une façon simple la méthodologie de ces thérapeutes pseudo scientifiques: Holy avait subi un abus sexuel, facteur étiologique de sa boulimie. En résumé, A précède B. Cela ne veut pas dire que A est le facteur étiologique de B. C’est du même tonneau que si l’on disait que les obèses adorent mettre des édulcorants dans leur café plus que les minces. Cela ne signifie pas que les édulcorants sont la cause de  l’obésité. Son étiologie, en somme.

Pour en savoir plus sur l’amnésie dissociative très en relation avec les MRT, le lecteur peut se reporter à l’article dûment documenté du Dr Marc Gozlan sur son blog réalités Biomédicales « Ces patients frappés d’amnésie après un stress intense ». C’est une approche rigoureuse qui ne fait aucune part à l’approximation scientifique, et si l’on retrouve le terme d’amnésie dissociative, cela n’enlève rien à l’existence des faux souvenirs induits (non évoqués dans  le dit article).

Les thérapies comportementalistes donnent d’excellents résultats. Holly Ramona fut d’ailleurs traitée, plus tard, avec de la fluoxetine (Prozac) avec succès. Le risque majeur d’une MRT est de créer des faux souvenirs, de rompre les  les liens familiaux, et faire traîner en justice des innocents pour abus sexuels. Certains patients se sont rétractées, mais pas tous!  Pour d’autres, ces faux souvenirs se sont transformés en certitudes, et sont devenus leur raison d’être, de vivre, et ils ont rompu avec leur famille. C’est tellement ancré dans leur mémoire qu’il est impossible de faire marche arrière! 

Tout thérapeute a la liberté de choisir une autre thérapie en l’absence d’autre traitement.  Mais ce n’est pas le cas pour la boulimie et de la dépression.

Malgré l’évolution des connaissances scientifiques sur la mémoire, certains thérapeutes insuffisamment formés, créent encore des faux souvenirs chez leurs patients. Y compris en France.  Alors quelle que soit la thérapie, d’abord ne pas nuire: « Primum non nocere ». Une prise en charge médicale et  pluridisciplinaire est préconisée en priorité dans les troubles de la conduite alimentaire.     





        Lien: https://www.has-sante.fr/portail/jcms/c_2581436/fr/boulimie-et-hyperphagie-boulimique-reperage-et-elements-generaux-de-prise-en-charge-note-de-cadrage          

 
 
 

 

 

 

 
 

LE COLORIAGE POUR ADULTES: ART-THÉRAPIE OU MARKETING?

L’activité de coloriage s’apparente aux bienfaits de l’écriture manuscrite. Si écrire à la main est bon pour le cerveau, le coloriage doit s’avérer également positif.

On pensait la pratique du coloriage réservée aux enfants de moins de dix ans ans. J’en offre d’ailleurs aux jeunes enfants de ma famille! Je me souviens avec délice des albums à colorier que ma mère m’offrait quand j’étais malade! Un rituel réconfortant du haut de mes huit ans! Pour l’enfant, cette activité facilite le développement psychomoteur de l’enfant, sa concentration et la précision du geste écrit.

Après cet épisode Madeleine de Proust, devenue adulte, je constate que je pourrai de nouveau gribouiller à mon aise! Les albums à colorier sont devenus pour les adultes un phénomène de mode! Il a démarré simultanément, en 2012, en France et aux États-Unis!

Mais quels seraient les bénéfices du coloriage? Chez l’adulte, il favoriserait la concentration et apporterait le calme. Colorier ces albums aurait des vertus thérapeutiques insoupçonnées! Même une action supposée sur l’insomnie! L’engouement des adultes pour ces coloriages est tel, que les albums sont en tête des ventes des ouvrages de loisirs créatifs. Leur nombre de ventes est comparable à celui des livres sur la méditation ou les massages. Anne Le Meur, responsable éditoriale chez Hachette Loisirs, est surprise de cet engouement des adultes pour les coloriages. Selon elle, l’une des raisons qu’elle évoque est celle-ci: « très sollicités par les écrans, le flux des mails, les gens veulent revenir vers du papier, vers des activités plus calmes sur lesquelles ils peuvent se concentrer». « Les inspirations sont multiples. Les thématiques autour des animaux – surtout les chats —, les fleurs ou encore les grandes expos du moment plaisent beaucoup», révèle Anne Le Meur. » Analyse pertinente!

Ces fameux gribouillages à compléter sont venus d’Angleterre, par l’entremise de maisons d’édition spécialisées dans les dessins. Les best-sellers portent sur les mandalas, les jardins, ou encore, sur des pièces de mode (My fashion Coloriage). Ayant retrouvé leur âme d’enfant, les fans  se font un plaisir de publier leurs oeuvres sur les réseaux sociaux et You Tube.

L’esprit de ces albums de coloriage sont catégorisés dans les labels comme «art thérapie», «mindfulness» ou «anti-stress», situant l’acte de colorier quelque part entre la psychothérapie et la méditation. Ces vertus me semblent quelque peu exagérées!

En cherchant des données « relativement sérieuses » (j’ai zappé pubmed), je suis tombée sur l’origine de ces albums, très éloignée de la psychothérapie! Elle remonte à 1960 et faisait dans la farce séditieuse et la satire sociale! Critique de l’American Way of Life, du conformisme et de la société de consommation. Ces albums furent politisés pour dénoncer les obsessions politiques du gouvernement américain de l’époque. Ainsi, Le « John Birch Society Coloring Book » tourne en ridicule le groupement anticommuniste qui porte ce nom et raille la paranoïa ambiante en affichant une page blanche avec cette légende: « Combien de communistes parvenez-vous à trouver sur cette image? J’en ai trouvé onze. Cela demande de l’entraînement.» Cet aspect politique de l’album à colorier n’a pas disparu. On peut encore choisir son personnage politique fétiche à colorier. De Hilary Clinton à Donald Trump.

Alors quel est le public de ces albums à colorier? Essentiellement des femmes, de tous âges! Des jeunes filles aux vieilles dames! C’est à se demander si cette activité  n’a pas remplacé le tricot, la broderie et tapisserie  d’antan. Et après tout, j’ose appliquer les vertus du tricot à ceux des albums à colorier. Ses vertus thérapeutiques ont été étudiées par le docteur Herbert Bendon, de l’institut du cerveau à Harvard: un moyen de mettre le corps en mode relaxation. En tricotant, le taux de cortisol baisse (hormones du stress) alors que celui de la dopamine et de la sérotonine(hormones du bien être) augmente. Évidemment, la méthodologie concernant les vertus thérapeutique du tricot est légère; cette affirmation sympathique ne précise pas si elle est exempte des lobbies de la laine ou de ceux prônant la femme au foyer. Bref, des conflits d’intérêts! Mais les propos du Dr Herbert Benson méritent toute notre attention. Il a écrit de nombreux articles publiés sur la base de données Pubmed sur la relation entre le corps et l’esprit. Il est surtout connu pour son best-seller de 1975, The Relaxation Response, dans lequel il décrit comment l’esprit peut influencer les niveaux de stress par le biais d’outils tels que la méditation.

Revenons à nos moutons! Les albums à colorier sont estampillés bien-être ou art-thérapie. Mais est ce vraiment de l’art-thérapie ou une simple activité ludique?

L’art-thérapie est apparue dans les années 30. Et ce à partir d’observations d’enseignants en arts plastiques qui avaient remarqué que les dessins libres et spontanés des enfants étaient très intéressants, et pouvaient être un support pour décrypter le plan émotionnel et symbolique. L’art thérapie est une discipline des sciences humaines, même si elle ne répond pas aux critères scientifiques rigoureux. « Le projet vaste (de l’art-thérapie) concerne le mieux-être global de la personne », écrit Jean-Pierre Klein, pionnier de l’art-thérapie en France. Psychiatre, auteur dramatique, il dirige une école de formation d’art-thérapeutes. L’art-thérapie est une forme de psychothérapie qui englobe l’expression et la réflexion tant picturale que verbale.

Les problèmes abordés en art thérapie sont analogues à ceux d’une psychothérapie verbale classique. Le processus thérapeutique est engagé par la création d’une œuvre avec le matériel d’arts plastiques tout en discutant avec le ou la thérapeute. L’art-thérapie va permettre à la personne d’exprimer un potentiel thérapeutique à travers la création. Elle renforce la créativité, et comme les rêves les créations (ou le geste lorsqu’il s’agit de la danse) qui sont des expressions de l’inconscient. L’activité créatrice aide à réduire le stress et l’intrusion de la pensée négative. L’art thérapie aborde les problèmes cliniques et aident les personnes qui désirent explorer et renforcer leur créativité. Introduite dans les différents secteurs de la santé, des services sociaux, de l’éducation et des services communautaires, elle rend d’immenses services. Aujourd’hui, la base de données Pubmed (recueil des données scientifiques) fait état de nombreux articles scientifiques sur l’art thérapie. Elle est souvent indiquée en traitement complémentaire, et dans la réhabilitation sociale de personnes souffrant de troubles psychiques. Le spectre de son application est large: schizophrénie, autisme, dépression, maladie d’Alzheimer, soins palliatifs, etc…

Navrée, malgré les accroches marketing, les albums de coloriage pour adultes ne sont pas vraiment de l’art thérapie, ô combien les maisons d’éditions et les sites de vente en ligne affirment le contraire! Mais si c’est du marketing pur et dur, c’est une activité dénuée de dangers et ludique. L’activité de coloriage s’apparente aux bienfaits de l’écriture manuscrite. Si écrire à la main est bon pour le cerveau, le coloriage doit s’avérer également positif. Il met en jeu un nouveau processus cérébral sans en faire une panacée thérapeutique si on est vraiment stressé.

Pour Patrick Collignan, coach spécialisé dans l’approche cognitive comportementale, « le coloriage est une source de relaxation en soi, car cela permet de se concentrer sur quelque chose d’agréable en soi qui nécessite suffisamment d’attention pour ne pas laisser les pensées négatives vagabonder…Les personnes qui choisissent le coloriage prennent du plaisir à en faire, vraisemblablement lié à un plaisir d’enfance…On peut également mobiliser les zones adaptatives du cerveau si on fait appel à sa créativité. le coloriage demande d’aller l’harmonie des couleurs, de se projeter dans le futur en imaginant le résultat final.»

Certaines bonnes âmes s’indignent de cette activité qu’elles jugent infantilisantes et qui se ferait au détriment d’autres plus culturelles et adultes! Faisons fi de ces râleurs professionnels! Ne nous privons pas de gribouiller sur ces albums à notre guise! Et pourquoi pas en famille s’échanger des crayons de couleurs et les piquer à ses enfants? Finalement, je me demande si je ne vais pas m’y mettre. En prime, je vous ai déniché deux dessins à colorier que vous pouvez imprimer et colorier à votre guise si le coeur vous en dit ! Un chat et un chien! Entre la Ronronthérapie et la Cynothérapie, vous avez le choix!

Chat à colorier

Sources:http://www.teteamodeler.com/scolarite/psycologie/coloriage1.asphttp://www.rfi.fr/culture/20140505-art-therapie-succes-coloriages-adultes/http://www.aatq.org/arttherapyhttp://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/23073547http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/23073547,21247921,23886343,17952163,7809739,10264527,13568530,12997661,3853059,18879851,3185221,10298784,12980060,13844954,5139569?report=docsum

http://www.lemonde.fr/vous/article/2014/05/07/le-coloriage-pour-adultes-un-retour-a-l-enfance-bienfaiteur_4412501_3238.htmlhttp://mercredietcie.blogspot.fr/2010/11/les-vertus-du-tricot.html

POURQUOI FAUT-IL LIRE ÉLOGE DE LA LUCIDITÉ?

Sommes nous capables face à cette injonction du bonheur à tout prix de détecter ces illusions, ces faux bonheurs pour faire place nette à de vrais bonheurs où la lucidité est présente?

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Le bonheur est le Graal moderne de la psyché. Sa quête est devenue l’injonction sociétale des temps modernes. Depuis l’Antiquité, les philosophes ont proposé leur conception du bonheur. Comme Épicure qui avait remarqué la propension des hommes à se précipiter vers des choses qui ne les satisfont pas. Et le bonheur, si je veux, ce n’est pas si simple! 

Si le bonheur est  une belle idée, il est aujourd’hui  « étouffé sous un poids croissant d’illusions mensongères et convaincant qu’il importe de dénoncer» comme l’a justement écrit le psychiatre Christophe André. Être heureux à tout prix peut justement avoir l’effet inverse, engendrer des frustrations et faire de nous des éternels insatisfaits. Sommes nous capables face à cette injonction du bonheur à tout prix de détecter ces illusions, ces faux bonheurs pour faire place nette à de vrais bonheurs où la lucidité est présente?

La lucidité est le fonctionnement normal des facultés intellectuelles qui met en oeuvre la raison, s’opposant à la pensée irrationnelle que l’on trouve souvent dans le dévoiement du développement personnel qui fait miroiter le bonheur à portée de main. Dans son livre « Eloge de la lucidité », Kilios Kotsou nous livre quelques clefs  pour débusquer cette quête pathologique du bonheur avec un B majuscule! Loin d’être un livre  de développement personnel voire de pensée positive, cet ouvrage repose sur les données issues de la psychologie positive, un courant de recherche  qui est l’étude des forces du fonctionnement optimal et des déterminants du bien-être (ce qu’on appelle communément la science du bonheur) qui font l’objet d’une littérature scientifique.

Kilios Kotsou est docteur en psychologie, et chercheur au sein  de la chaire mindfullness, bien-être au travail et paix économique de Grenoble École de management. Sa démarche se centre plus précisément sur l’intelligence émotionnelle. Il est l’auteur de plusieurs articles scientifiques parues dans des revues d’excellente qualité dont le PloS one (2016) ou Psychiatry Research (2013).  Son livre « Eloge de la lucidité » a remporté le Prix Psychologies-Fnac 2015.

Ce que Ilios Kotsou propose à ses lecteurs dans Éloge de la lucidité,  c’est de se libérer des illusions qui empêchent d’être heureux. Comme le souligne Christophe André, chef de file de la psychologie positive en France, dans la préface, « pour accéder au bonheur, il faut accepter adversité, souffrance, imperfection ; bref, accepter, tout entière, la réalité de ce monde.»

Dans son introduction, Ilios Kotsou propose deux définitions scientifiques du bonheur: la première est la conception hédonique du bonheur (plaisir ou émotions positives, et absence de douleurs ou d’émotions négatives). Et la deuxième est la conception eudoménique du bonheur (en référence au sentiment de notre vie indépendamment des évènements déplaisants ou de l’inconfort) .

L’auteur de l’Éloge de la lucidité n’hésite pas à démonter les mécanismes  des livres de développement personnel qui promettent le bonheur. Notamment, le livre de Wayne Dyer Le Pouvoir de l’intention, Réalisez tous vos désirs en vous connectant à l’intelligence universelle » dont le présupposé idéologique est le suivant: « quand nous sommes connectés à l’intention, une harmonie règne en nous et autour de nous; on se sent inspiré et heureux, nos projets se réalisent, les relations deviennent sereines, les évènements agissent en notre faveur.» Un autre ouvrage auquel s’attaque Ilios Kotsou est celui de Joe Vitale « Zéro Limite », le programme secret » hawaien pour l’abondance, la santé, la paix et plus encore » qui expose une méthode où les désirs se réalisent et transforment la vie professionnelle, amoureuse et personnelle. Ces deux livres qu’il critique vivement sont en fait des recettes de pensée magique. Aucun fondement scientifique sur ces deux bouquins de développement personnel. Selon Ilios Kotsou,  ces livres sont les exemples type des mirages du bonheur vendus comme des « évidences », et il propose des  alternatives susceptibles  pour s’en sortir. D’abord il y a le piège de l’idéalisation autour de l’idée même de bonheur. On vend le bonheur à travers le marketing sans souffrances. Le bonheur est valorisé à l’extrême sous sa facette hédonique, en mettant l’accent sur l’épanouissement individuel, l’atteinte du plaisir et l’évitement de la douleur. Ilios Kotsou note que la recherche effrénée du bonheur peut mener à l’individualisme et à l’isolement,  ce qui est paradoxal car le contraire du but recherché.

Lutter contre les dangers pour échapper à l’inconfort psychologique (émotions négatives, insatisfaction, frustration, anxiété, tristesse) par l’évitement émotionnel peut engendrer le paradoxe des dépendances. Nous avons tous nos stratégies d’évitement qui à court terme ne sont pas nuisibles mais à long terme peuvent augmenter notre mal-être. Ilios Kotsou fait bien le distinguo entre la pensée positive présentée dans les livres de développement personnel et la psychologie positive. Si l’on en croit les gourous de la pensée positive, notre vie serait le reflet de nos pensées, et qu’il est possible de les contrôler pour atteindre le bien-être. Daniel Wegner, psychologue à Harvard  a testé ce qui se  passe quand nous essayons de contrôler nos pensées. La tentative de supprimer une pensée conduit à une intensification subséquente de celle-ci par un effet « rebond ».

C’est comme pour les obsessions! Essayer de les supprimer par la pensée positive est inefficace. Si c’était le cas, elle guérirait les personnes souffrant de troubles obsessionnels compulsifs qui se caractérisent justement par des pensées intrusives répétées et anxiogènes. Et sans parler du «retour de flammes» de l’auto suggestion positive au cœur des best-sellers de pensée positive. Cette technique est fondée sur a répétition d’un mantra comme par exemple « Je suis forte et puissante, et rien dans le monde ne peut m’arrêter.

Le professeur en psychologie Joanne Wood de l’université de Kent a constaté que ceux qui avaient une faible estime d’eux-mêmes se sentaient encore plus mal après de l’autosuggestion positive. Er ceux qui ont déjà une forte estime d’eux-mêmes, et bien c’est le jeu des sommes nulles mis en évidence par  Paul Watzlawick. C’est à dire que ça ne sert à rien chez eux.

Et présupposer que la pensée positive peut tout résoudre avec un programme de rééducation de la pensée » peut entraîner un fort sentiment de culpabilité comme effet secondaire négatif. Et cela peut s’avérer dangereuse pour des personnes souffrant de maladies graves (comme le cancer entre autre).  La pensée positive n’est ni plus ni moins que de la pensée magique.

Il y a également le  fameux mythe de l’estime de soi développé par des chantres  de la pensée positive à l’instar de Norman Vincent Peale, Nathaniel Branden.  Ce dernier fait un lien douteux entre faible estime de soi et violence. L’estime de soi n’a jamais favorisé des résultats professionnels, et elle ne prédit pas la qualité ni la durée des relations.  Et la poursuite de soi est au centre du fonctionnement des personnalités narcissiques. La quête de l’estime de soi peut se révéler un facteur de stress et d’anxiété, facteur de vulnérabilité, etc. Ilios Kitsou s’appuie sur les travaux de Léon Festinger su la dissonance cognitive. Alors pour emprunter les chemins de la lucidité, que faut-il faire suivant la psychologie positive?

D’abord se chouchouter psychologiquement. Se montrer tolérant sur son mal-être psychologique. En psychologie la tolérance est en psychologie clinique appelée « l’acceptation » qui est le consentement à rester en contact avec ses expériences intérieures désagréables (émotions, sensations). Mise en évidence scientifiquement, l’acceptation a un effet protecteur sur les aléas de la vie.
Si l’on prend conscience de ses émotions négatives, de son mal-être intérieur et en étant tolérant envers ses failles psychologiques,  cesser de lutter contre ces émotions désagréables, c’est les transformer en désespoir créatif.
« Tolérer nos inconforts et nos états d’âme désagréables nous permet de dégager un espace d’ouverture : au lieu de réagir automatiquement à nos expériences, il nous est proposé de les observer pour ensuite tenter de choisir le comportement le plus adapté à la situation.»

Le monde n’existe pas uniquement à travers nos pensées, et il faut faire la différence entre le monde réel et celui de nos pensées. Il faut apprendre à se montrer plus d’indulgence envers soi. Le professeur de psychologie clinique Paul Gilbert la mis au point une thérapie de groupe dénommée « formation à la compassion,» pour aider justement à acquérir à développer ces qualités de compassion envers elles-mêmes, surtout si elles sont enclines à s’en vouloir lors de contextes difficiles. Il faut aussi apprendre à détecter les croyances relatives à notre identité, sans se demander si elles sont vraies ou fausses mais simplement savoir se détacher de ces pensées qui influencent notre comportement. On peut aussi observer son expérience en restant en contact avec le moment présent en pratiquant une technique comme le Mindfullness, une forme de méditation qui se propage actuellement (en prenant soin de trouver un praticien compétent et et formé avec un pré requis scientifique universitaire).

Acquérir cette forme de lucidité pointée par Ilios Kotsou permet la prise de conscience que notre vie comportera, un jour ou l’autre sa part d’inconfort ; sans céder toutefois à des peurs irrationnelles en craignant que que l’épée de Damoclès s’abattra sur vous…
« La lucidité est une clef pour comprendre que le résultat de nos actions ne dépend pas uniquement de nous…par la conscience que les douleurs sont indissociables du fait même d’être en vie, la lucidité nous conduit à vivre en prenant des risques : celui d’aimer, de s’engager, de s’échouer .»(Ilios Koutso)

Voilà juste les grandes lignes de cet ouvrage, et j’espère que ce post vous donnera envie de lire « Éloge de la lucidité », et  à défaut exercer votre esprit critique sur les tartes à la crème du développement personnel.

Vidéo d’une conférence de Ilios Koutso sur l’intelligence émotionnelle.

FREUD, LA NÉVROSE DE GUERRE ET LE TRAITEMENT BARBARE DE LA FARADISATION!

La palme de la barbarie revient à la méthode de torpillage mise au point par le Dr Clovis Vincent.

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La guerre de 14/18 bouleversa la psychiatrie. Devant l’afflux de blessés psychiatriques, le service de santé des armées dut se réorganiser. La durée et l’ampleur de la Grande Guerre engendrèrent des troubles de la psyché inconnus jusqu’à alors du corps médical. Les médecin ignoraient comment les prendre en charge.
Ces troubles étaient les manifestations du Stress-Post-Traumatique, répertorié aujourd’hui dans le DSM et le CIM.  Les médecins de l’époque de la Grande Guerre parlaient de l’hypnose des batailles, de  La fatigue de guerre et de cafard.

Le principal trouble psychiatrique auquel devait faire les médecins était celui de l’Obusite. Comment se manifestait-il?  On trouve des témoignages sur les Poilus souffrant d’obusite rapportés dans La Gazette de Souain:  « Des soldats étaient trouvés accroupis ou pliés en deux, ne se relevaient pas, les yeux écarquillés. certains sont devenus muets, sourds et même aveugles sans blessure apparente organique.»

Lorsque les soldats présentaient des symptômes de paralysie, des tremblements, une surdité, des convulsions ou de mutisme, c’était pour la médecine la manifestation d’un désir de fuite. Et c’était aussi une forme d’hystérie, différente de l’hystérie féminine et propre à la guerre. On était vraiment loin du concept de Stress post-traumatique moderne.

Les psychonévroses de guerre bouleversèrent le milieu des aliénistes. Pour les uns, c’était un syndrome post-commotionnel, pour les autres « émotion-choc » ou rôle de la prédisposition des constitutions. Le neuropsychiatre toulousain Voivenel parla des troubles de l’émotivité  (on dirait aujourd’hui états anxieux) qui sera finalisée dans son concept de « peur morbide acquise ». La peur morbide acquise par hémorragie de sensibilité. Cet état intervient soit immédiatement après une bataille, soit plus progressivement au fil des mois. Les observations du Dr Voivenel préfigurent déjà certaines caractéristiques de stress post-traumatique figurant dans le DSM et le CIM 10.

Comme les médecins pensaient que ces psychonévrose étaient une forme d’hystérie, ils ne prenaient pas de gant pour les traiter. Le malheureux poilu souffrant d’un État de Stress post-traumatique pouvait être soigné par la flagellation pour briser sa personnalité. On frappait le soldat de plus en plus fort avec des paroles aimables et en lui faisant ingurgiter de l’eau de vie! De la gnôle, quoi!

Le traitement de choc le plus coton de l’époque pour traiter la névrose de guerre était celui de la faradisation ou de la galvanisation à grande échelle. Les médecins de l’époque partaient de l’idée que les soldats étaient des simulateurs, et qu’il fallait trouver une solution pour les mettre en face de leur propre couardise avant de les renvoyer au front. Les soldats ne pouvaient pas refuser le traitement, et la coercition physique était employée. On n’hésitait pas à enfermer les patients dans des carcans redresseurs.

Alors comment se pratiquait une séance de faradisation? Un courant galvanique de 35 milliampères sous 75 volts, Et en secousses brèves (de 10 à 20 secondes) est administré à l’aide de conducteurs sur les zones sensibles du soldat. Cette méthode psycho électrique downloadcomme celle de Roussy et de Lhermitte comportait plusieurs phases. D’abord la préparation suggestive du patient, et puis le « choc psychique » provoqué par l’application douloureuse du courant  faradique; le tout dans une atmosphère de discipline militaire. La toute puissance du médecin -le pouvoir de la blouse blanche et du savoir-, la suggestion et le choc électrique constituaient les trois fondamentaux de ce traitement barbare. Car c’était de la torture. Des infirmiers ont confirmé qu’un certain Dr Kolowsky faradisait les parties génitales ainsi que les bouts des seins. Les séances se faisaient en présence d’autres patients afin que leurs hurlements de douleur effrayent les autres victimes. Cela renforçait l’efficacité de la cure, soi-disant…

Il y aurait des différences subtiles entre les méthodes électriques des psychonévroses de guerre. La palme de la barbarie revient à la méthode de torpillage mise au point par le Dr Clovis Vincent, et . Elle repose sur le principe de la galvanisation, un courant plus intense que le faradique envoyé avec des tampons sur les zones sensibles de la surface cutanée. La fin de la guerre sonna le glas du traitement électrique des psychonévroses.

Tous les médecins n’étaient pas d’accord sur la faradisation ou la galvanisation. Dont Sigmund Freud. L’œuvre de Freud n’est plus à présenter. Le fondateur de la psychanalyse s’est trouvé confronté lors du conflit de 14/18 à ses confrères qui pratiquaient la psychiatrie classique pour traiter la névrose de guerre. Il va être amené à faire des expertises sur la névrose de guerre suivant l’approche psychanalytique. Il va proposer une autre approche de la névrose de guerre. C’est même une attitude politique qui bouscule les mentalités de la médecine militaire. La nature psychique de ces névrosés de guerre est la même comme pour toute névrose. Les névroses de guerre et de paix sont des troubles de la vie  affective où l’inconscient est omniprésent.

Voici ce qu’il écrit à ce sujet dans un rapport d’expertise :
«… la cause première de toutes les névroses de guerre était la tendance, inconsciente chez le soldat, à se soustraire aux exigences du service de guerre, pleines de dangers et révoltante pour le sentiment. L’angoisse pour sa propre vie, le hérissement contre l’ordre de tuer les autres, la révolte contre la répression brutale de sa propre personnalité pour le supérieurs, étaient les sources d’affects les plus importants à partir desquelles s’est alimenté la tendance à fuir la guerre. Un soldat chez lequel ces motifs affectifs auraient été clairement et puissamment conscients aurait dû, en tant que sujet en bonne santé, déserter ou se porter malade. Mais les névrosés de guerre n’étaient que pour une très petite part des simulateurs ; les sollicitations d’affects qui se hérissaient en eux contre le service de guerre et les poussaient dans la maladie agissaient sans qu’ils en soient conscients. Elles restaient inconscientes parce que d’autres motifs, l’ambition, l’estime de soi même, l’amour de la patrie, l’habitude de l’obéissance, l’exemple des autres étaient d’abord les plus forts, jusqu’à ce qu’ils soient surmontés lors d’une occasion propice par d’autres motifs actifs inconscients. A cette vision de la  cause des névroses de guerre se rattache à une thérapie qui parut bien fondée et, au début, s’avéra aussi très efficace. Il semble  opportun de traiter le névrosé comme un simulateur, et de ne pas tenir compte de la différence psychologique en intention consciente et inconsciente, tout en sachant qu’il n’était pas un simulateur.»
Si dans une partie de son rapport, Freud ménage la chèvre et le chou envers ses confrères, il se montre sans concession envers la faradisation:
« Après coup, les médecins ont embelli la réalité en affirmant que la force de ces courant électrique  était la même que celle utilisée depuis toujours dans les troubles fonctionnels. Cela n’aurait pu agir que dans les cas les plus légers, et ne correspondait pas du tout non plus au raisonnement de base selon lequel le névrosé de guerre devait être dégoûté de son état de malade, de sorte que ses motifs dussent basculer en faveur de la guérison. Ce traitement douloureux est né dans l’armée allemande avec une intention thérapeutique, pouvait certainement être appliqué de façon plus modérée…»
« Toutefois, ce procédé thérapeutique était atteint d’une tare dès le départ. Il ne visait pas au rétablissement du malade, ou pas en premier lieu, mais avant tout  au rétablissement de son attitude à faire la guerre. La médecine s’est trouvée, dans ce cas présent, au service d’intentions qui lui sont par essence étrangères… les succès, brillant au début, du traitement par courant fort ne se sont pas non plus avérés durables. Le malade qui, rétabli par le traitement, avait été renvoyé au front, pouvait répéter le jeu nouveau et récidiver…»
Et Freud va vraiment s’opposer au traitement électrique de la névrose de guerre:
« Dans cette conjoncture, une partie des médecins militaires cédèrent la tendance caractéristique des Allemands à faire passer leurs intentions sans ménagement, ce qui n’aurait jamais dû arriver ; la force des courant ainsi que la dureté du traitement habituel furent augmentés jusqu’à l’insupportable pour soustraire aux névrosés de guerre le gain qu’ils retiraient de leur état de malade. Il reste non contredit qu’il survint, à cette époque dans les hôpitaux allemands, des cas mortel pendant le traitement et des suicides à la suite de celui-ci.…»
Et le psychanalyste va répondre au président de la commission sur les propos de l’un de ses confrères, farouche partisan de la faradisation :
«… Toute névrose a un but, Elle est dirigée vers des personnes déterminées et disparaîtrait  immédiatement sur une île déserte ou dans une situation semblable car elle n’aurait plus de sens… la majorité de ces états provenaient d’intentions inconscientes et, parmi elles, on a oublié de mentionner l’indépendance personnelle. Pour beaucoup d’hommes cultivés, devoir se soumettre au traitement militaire À du être quelque chose d’affreux, et chez nous comme dans l’armée allemande, le mauvais traitement infligé par les supérieurs en  a influencé beaucoup. En essayant de soigner les névroses par la psychanalyse, nous avons appris que la colère contre les supérieurs étaient souvent le motif principal de la maladie, de nombreux cas qui n’avaient pas pris naissance au front, des cas nés à l’arrière dans des hôpitaux en fournissaient l’explication.»
Dans Introduction à La Psychanalyse des névroses de guerre, Freud développera les mêmes arguments que dans ses expertises :
 « Les névroses de guerres […] sont à concevoir comme des névroses traumatiques qui ont été rendues possibles ou ont été favorisées par un conflit du moi. […] [Celui-ci] se joue entre l’ancien moi pacifique et le nouveau moi guerrier du soldat, et devient aigu dès que le moi de paix découvre à quel point il court le risque que la vie lui soit retirée à cause des entreprises aventureuses de son double parasite nouvellement formé. On peut tout aussi bien dire que l’ancien moi se protège par la fuite dans la névrose traumatique du danger menaçant sa vie, ou qu’il se défend du nouveau moi reconnu comme mettant sa vie en péril »
Le mécanisme de la névrose de guerre analysé par Freud était radicalement différent de ce que proposait la médecine de l’époque, et a amené une bouffée d’humanité avec sa méthode. Il préfigurait déjà le mécanisme du stress post-traumatique du à un conflit où la victime revit le trauma en boucle.
« Dans les névroses de guerre, ce qui fait peur, c’est bel et bien un ennemi intérieur».

LES PERSONNALITÉS MULTIPLES FONT LEUR CINÉMA

Les trois visages d’Eve évoque le sulfureux trouble mental de la Personnalités Multiple qui va défrayer la chronique et favoriser des pratiques douteuses de psychothérapie.

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En 1957, le film les Trois visages d’Eve remporte plusieurs oscars, et l’héroïne du film Eve est interprétée par Jane Woodward. Ce film évoque par anticipation le sulfureux trouble mental de la Personnalité Multiple répertorié qui sera répertorié dans le DSM III en 1980. Le DSM I et II de 1952 et 1968 n’en faisaient pas mention.

Le synopsis du film les Trois visages d’Eve s’inspire de la véritable histoire de Chris Costner-Sizemore, une femme souffrant du trouble de la Personnalité multiples. Son cas est relaté dans le livre Les Trois Visages d’Eve écrit par son psychiatre H.Thigpen qui vendit ses droits à Hollywood. Alors revenons à ce film inspiré d’une histoire vraie. Mère et épouse attentive, Eve, femme est une timide et effacée, et elle souffre de maux de tête et de trous de mémoire gênants. Elle est totalement amnésique de ses faits et gestes pendant plusieurs heures voire plusieurs jours. Elle consulte un psychiatre renommé, le Dr Luther, qui pratique l’hypnose. Lors d’une séance, le Dr Luther découvre en elle une autre personnalité, avec laquelle il dialogue. C’est Eve l’obscure qui ne songe qu’à s’amuser. Elle sait tout des faits et gestes d’Eve la discrète alors que cette dernière ignore tout de ce  peut faire son double obscur. Le Dr Luther veut comprendre les deux facettes de sa patiente et il  les prend en thérapie alternativement toutes les deux.

Excédé par les multiples facettes de la personnalité d’Eve, son  mari la quitte en leur laissant leur fille Bonnie. Le Dr Luther fait interner Eve à la suite d’une tentative de meurtre par son double obscur sur sa fille Bonnie. Le médecin est convaincu que la double personnalité de sa patiente n’est pas son véritable Soi et que son trouble remonte à l’enfance après un trauma dont elle serait amnésique. Elle doit absolument s’en souvenir pour guérir. Sous hypnose, elle se souvient qu’on l’avait obligée à embrasser dans son cercueil sa grand-mère morte lorsqu’elle avait six ans. Le chagrin aidant ajouté à la terreur d’être confrontée physiquement à la mort, avait amené Eve à se fractionner en deux personnalités distinctes.

Ô surprise, lors des séances d’hypnose, va émerger Jane, une nouvelle personnalité nettement plus posée et équilibrée. Jane ne comprend rien à la situation mais peu à peu elle arrive  à réunifier sa mémoire en se souvenant des faits et gestes des deux visages d’Eve incluant cette nouvelle facette d’elle. Le Dr Luther continue de dialoguer avec les trois visages de sa patiente et il s’aperçoit, au cours d’une séance, qu’Eve la discrète et Eve la rebelle ont cessé d’exister. Les trois personnalités sont enfin unifiées en Jane. Guérie, Jane va se remarier avec Earl, un homme qu’elle a rencontré lorsqu’elle était Jane et retrouve sa fille Bonnie.

Les trois visages d’Eve évoque le sulfureux trouble mental de la Personnalités Multiple qui va défrayer la chronique et favoriser des pratiques douteuses de psychothérapie. Mais quelles sont les différences entre l’héroïne du film Eve et Chris Costner-Sizemore?

Chris avait développé des personnalités multiples après avoir été témoin de deux accidents en l’espace de trois mois, lorsqu’elle était enfant. D’abord sa mère gravement blessé et un homme scié dans une entreprise de bois. Selon les psychiatres qui l’ont suivie, Chris n’aurait pas seulement eu trois identités mais une bonne vingtaine. Ses personnalités se présentaient par groupe de trois lorsque la personnalité consciente de Chris s’effaçait. Le livre les Trois visages d’Eve a été écrit son psychiatre H.Thigpen, avec peu de contribution de Chris., et n’a concerné que deux de ses personnalités.

Par la suite, Chris a écrit deux livres non traduits en Français  respectivement I’m Eve et Mind of My Own, The Woman Who Was Known As Eve Tells the Story  of Her Triumph Over Multiple Personality Disorder qui fourmillent de détails que n’ont pas donné ses md15783318666psychiatres. Pour elle, elle ne s’est pas sentie dissociée par ses personnalités contrairement à ce qu’ils pensaient mais a toujours affirmé que ces personnalités existaient à l’intérieur d’elle. Après avoir eu ses personnalités réunifiées avec ses différents psychiatres, elle a affirmé qu’à chaque étape de sa vie a correspondu un alter ego. Selon elle, c’était Eve White qui s’était marié avec son premier mari et qui était la mère de la fille née de leur union, et pas celle qui avait réunifié sa personnalité. À la sortie du livre Les Trois Visages d’Eve et ensuite le livre, Chris Costner-Sizemore a très mal vécu cet engouement médiatique autour de son cas, et elle a réussi après une procédure judiciaire à faire annuler le contrat qu’avait passé le psychiatre Thigpen avec la 20th Century Fox.

À partir des années des années 70,  le trouble de la personnalité multiple va devenir une maladie mentale populaire, et pour de nombreux thérapeutes un créneau de thérapie par hypnose ou sérum de vérité (Amytal). Il se caractérise par la présence de deux personnalités (voire plus) nommées les alter ego qui tour à tour prennent le contrôle de la personne appelée hôte. Les alter ego se conduisent à l’opposé de la personnalité et ils émergent curieusement toujours sous hypnose ou sous sérum de vérité (Amytal). C’est à dire lorsque la personne est en état modifié de conscience. L’identité des alter ego était parfois surprenante: changement de sexe, tortues Ninja, vies antérieures, cochons, tigres, singes, etc. Ce syndrome s’était tellement banalisé que lors des procès d’assises, les avocats et les jurés débattaient de savoir si l’accusé n’avait pas tué sous l’emprise d’un alter. Ce qui permettait de le déclarer irresponsable pénalement et de l’interner.

L’origine du trouble de la Personnalités Multiple va être au fil du temps imputée à un trauma subi dans l’enfance, et corrélé à l’abus sexuel (inceste, pédophilie). Il sera  intégré au modèle post-traumatique de l’abus sexuel chez l’enfant, générant des mauvaises pratiques thérapeutiques et des procès pour abus sexuels entraînant en cascade des erreurs judiciaires.

La popularité des multiples personnalités véhiculée par les livres, le cinéma et les médias va faire exploser le nombre de cas chez les femmes.  Les chiffres qui suivent sont extraits du livre Science and Pseudo Science in Clinical Pyschology: avant 1960, on en recensait deux cas par décennie. 14 cas de 1944 à 1965, en 1986, 6000 et en 1998 40000 jusqu’à ce que la communauté scientifique remplace l’appellation du trouble de la Personnalité Multiples par celle du Trouble Dissociatif de l’Identité. Freud était plus que sceptique sur l’existence des personnalités multiples, et il pensait que c’était induit par les suggestions du thérapeute, et n’oublions pas qu’il avait été formé à l’école de Charcot où l’on soignait l’hystérie.

Le psychologue Nicholas Spanos, en 1994, décrypte le Trouble de la Personnalité Multiples comme étant le produit de constructions sociales établies par le corpus médical, légitimées et entretenues par l’interaction sociale entre les patients conditionnés à faire surgir des alter ego, le grand public et les médias. Cet élément socio-culturel est de la même nature que les rites de possession ou la sorcellerie au Moyen-Age. N. Spanos dénonce cette usine à gaz à fabriquer des faux souvenirs, des entités à gogo et la thèse des souvenirs refoulés sous le concept pseudo-scientifique de l’amnésie dissociative (battue en brèche aujourd’hui par les dernières découvertes des neurosciences).

La sociologue et critique féministe américaine Elaine Showwalter place les personnalités multiples dans le groupe des syndromes ayant un fondement hystérique à l’instar du syndrome de la guerre du golf, des rites sataniques et du syndrome des faux souvenirs. Elle a créé, à cet effet, le néologisme d’hystoire qui est la contraction du mot histoire et de celui  d’hystérie. Ces mini-épidémies sont une forme contemporaine de l’hystérie de conversion décrite par Charcot et Freud à la fin du XIX siècle.

Chris Costner-Sizemore est l’une des patientes les plus célèbres diagnostiquées du Trouble dissociatif de l’identité, et son cas figure parmi  les dix les plus fascinants de l’histoire de la psychologie dont ceux de Phineas Gage et le garçon sauvage de l’Aveyron.

 Notes: Après bien des controverses et des dérives de la psychothérapie, le Trouble de la Personnalité Multiple va être remplacé par celui du Trouble Dissociatif de l’Identité (TDI) dans le DSM IV. L’une des particularités du DID est l’amnésie dissociative qui se décrit par des trous de mémoire portant sur des tranches de vie allant de quelques heures à plusieurs jours.Cette amnésie concerne uniquement les faits et gestes des alter ego. Elle est définie comme asymétrique parce que l’hôte n’a pas conscience des faits et gestes de ses alter ego et pas le contraire.  Il y a toute une controverse scientifique sur ce sujet qui égare le grand public sur les conséquences d’un trauma psychologique qui altère la mémoire.

Le film les Trois Visages d’Eve