LIRE LES AURAS : FABRIQUE D’UNE CROYANCE

Quand quelques couleurs suffisent à décrire une personnalité, il est temps de s’interroger sur ce que l’on veut nous faire croire.

Des récits séduisants sans fondement scientifique.

Selon les principes picturaux de la Renaissance, le peintre Fra Angelico (1400-1455) a représenté dans ses œuvres le visage humain entouré d’une auréole, un halo de lumière symbolisant la lumière mystique des saints. Elle signifie aux croyants que ces saints, par leur vie exemplaire ou leurs prodiges, sont différents du commun des mortels. Cette auréole est aussi connue, plus prosaïquement, sous le terme d’aura, marquant l’atmosphère spirituelle d’une personne.

Maintenant, quittons le domaine de l’art pictural de la Renaissance pour celui de la parapsychologie et de ses aberrations.

Ce champ magnétique, ces corps subtils que sont les auras, enveloppant tous les êtres vivants et les choses, sont abondamment décrits dans la parapsychologie, les sciences occultes, les thérapeutes du New Age. La parapsychologie et la psycho-spiritualité new age ont fait de l’aura leur fonds de commerce. Le principe premier de l’aura est son invisibilité pour le profane, le quidam que nous sommes, vous et moi. Mais certains clairvoyants autoproclamés, qui font la course à la belle âme, auraient le talent de la voir.

L’une des premières descriptions des auras remonterait à 1897 et reviendrait à Charles Webster Leadbeater, un prêtre anglican, membre de la Société théosophique et autoproclamé clairvoyant. C. W. Leadbeater décrit les auras comme une brume lumineuse autour de l’homme, que l’on peut classer en fonction de sa couleur suivant le degré de spiritualité d’une personne.

Si vous voulez tout savoir sur votre aura, il vous faudra consulter l’un de ces élus qui savent la lire. Attention, le monde psycho-spirituel est semé d’embûches, et si vous pensez éventuellement être doté d’une aura semblable à celle des saints, vous risquez d’être déçu(e). Contentez-vous de regarder l’image de votre saint pieusement, car le thérapeute autoproclamé clairvoyant est conditionné à traquer les moindres défauts de la couleur de votre aura. Sa couleur dépend de votre degré d’évolution psycho-spirituelle et de la qualité de votre âme. Chez certains, l’aura peut être vaste, puissante, lumineuse, possédant des vibrations intenses et des couleurs splendides, tandis que chez d’autres, c’est tout le contraire : elle est petite, terne et laide. Si c’est le cas de la vôtre, ne paniquez pas, vous pouvez la travailler afin qu’elle vous protège des mauvaises influences et vous permette de bénéficier des influences bénéfiques du cosmos. Certains charlatans, oups… guérisseurs, vont vous faire la promesse de vous remettre sur pied en soignant votre aura et lui redonner bonne mine.

Sur le net, il y a pléthore de sites new age.La plupart restent généraux et gentillets sur la relation entre la couleur des auras et l’évolution psycho-spirituelle de la personne ; il en est d’autres plus flippants, attribuant à ces couleurs des traits de caractère négatifs ou des maladies physiques et psychologiques. De quoi déstabiliser une personne fragile qui fait confiance à un thérapeute new age convaincue par les fadaises qu’il raconte.

La lecture des auras est une facétie qui a ses racines dans la pensée irrationnelle ou magique, à l’instar de l’enfant qui croit au Père Noël. On est libre de ses croyances et de ses choix pour se faire soigner, mais le risque de tomber sous la coupe de charlatans peut vider votre portefeuille, conforter l’inculture scientifique et ouvrir la porte à la désinformation, largement relayée sur les réseaux sociaux.

Voici quelques correspondances des couleurs des auras empruntées à des auteurs à succès de la galaxie new age :
Le bleu pâle et fade signifie une timidité excessive, une personnalité non épanouie et influençable. Si, par malheur, ce bleu est mêlé à un jaune ocre, méfiance. Et mêlé à du gris, pessimisme. Mêlé à un jaune électrique, tendance à intellectualiser. Le summum du bleu restant le bleu foncé, qui dénote un caractère volontaire, pugnace et l’envie de progresser.

Quand l’aura est orange vif, la personne est tournée vers le bien et fait preuve de bonne volonté, de loyauté. Mais si elle est mêlée de jaune pâle, sa générosité est calculée. Et si l’orange est mêlé de vert sombre, la personne est rancunière, agressive et sans finesse.

L’aura rose est signe d’un esprit immature et d’un esprit ludique. Mêlée de jaune acide, la personne est égocentrique.

Bref, toutes les couleurs du spectre y passent et c’est sans fin. On peut noircir des pages et des pages avec toutes les correspondances entre les couleurs de l’aura et la personnalité des gens.

Les descriptions associées aux couleurs de l’aura reposent souvent sur ce que les psychologues appellent l’effet Barnum: des formulations suffisamment vagues et générales pour que chacun puisse s’y reconnaître, renforçant ainsi l’illusion de pertinence.

Outre la clairvoyance, la lecture de l’aura se dote d’un appareil attrape-nigauds et aussi pseudo-scientifique que l’électromètre de la scientologie : la photographie de Kirlian, du nom de son découvreur. Sa supposée découverte se propagea dans la parapsychologie et les sciences occultes. Tout commença avant la Première Guerre mondiale. En 1939, Semion Kirlian, un électricien russe qui réparait un appareil médical, voit crépiter des étincelles entre sa main et une électrode entourée de verre. L’image révélée est surprenante car sa main apparaît entourée d’une frange lumineuse. S. Kirlian poursuit ses recherches et pense que son procédé peut être utilisé pour diagnostiquer des maladies et étudier les propriétés électriques ou physiologiques d’organismes vivants. Rappelons que nous étions en 1939 et que la science médicale n’en était qu’à ses débuts. En plein essor du mouvement New Age et de la contre-culture dans les années 70, les travaux de S. Kirlian vont être diffusés par deux journalistes américains.

Avec l’effet Kirlian, de belles photographies en couleur montrent les variations de forme et d’aspect de l’aura à l’extrémité des doigts d’un sujet durant diverses phases de méditation ou sous l’effet de la douleur. L’Association française pour l’information scientifique (AFIS) décrit dans l’article « L’effet Kirlian » les dérives sectaires de la découverte de l’électricien russe : « Les photographies de Kirlian ne servent pas seulement, écrit-on, à diagnostiquer divers troubles, dont le cancer, avec une fiabilité supérieure à celle des méthodes médicales classiques ; elles permettent aussi d’observer le transfert de l’énergie vitale du guérisseur à celui du patient. »

Les parapsychologues assimilent l’effet Kirlian au corps astral ou éthérique des occultistes. Par la suite, les marchands du temple de l’industrie vont exploiter le filon en fabriquant des détecteurs de Kirlian vendus à des charlatans qui tirent le portrait (si l’on peut dire) de l’aura des gogos pour connaître leur couleur et leur quotient spirituel (QS), pour la somme de quarante euros. Les salons de médecine douce ou de parapsychologie regorgent de ce type d’appareils.

Outre S. Kirlian, durant les années 1910 et 1920, en pleine période de la théosophie, Walter J. Kilner inventa également des lunettes basées sur l’idée d’écrans de dicyanine contenant de l’aniline pour lire les auras. La dicyanine est un colorant vert olive utilisé comme sensibilisateur pour la photographie en couleur. L’aniline étant un précurseur de l’indigo.

En 1956, le livre Le Troisième Œil de Lobsang Rampa (se présentant comme un moine tibétain) obtint un immense succès planétaire et diffusa dans l’ésotérisme populaire la notion d’aura. Lobsang Rampa affirme dans ses écrits qu’il possède le don de voir les auras et qu’il peut ainsi évaluer le matérialisme, la spiritualité et le degré d’honnêteté des gens. Lobsang Rampa prétendit qu’il était né avec ce pouvoir de lire les auras. À l’âge de sept ans, il avait été envoyé dans une lamaserie tibétaine, et une opération chirurgicale consistant à percer un petit orifice dans le front de Rampa ouvrit son troisième œil et amplifia son pouvoir de voir les auras.

Auteur prolixe, Lobsang Rampa prétendit travailler à la conception d’une machine aurique à destination des médecins non clairvoyants pour qu’ils puissent photographier l’aura et, par ce moyen, diagnostiquer des maladies. Les tibétologues et anthropologues de l’époque se montrèrent sceptiques sur la réalité des écrits et des voyages au Tibet de Lobsang Rampa. Et ils avaient raison. L’auteur était en fait un certain Cyril Henry Hoskin, né le 8 avril 1910 à Plymouth (Devon), d’un père plombier ; il était en réalité vendeur de matériel pharmaceutique au chômage. Hoskin n’avait jamais mis les pieds au Tibet et ne parlait pas un mot de tibétain. En 1948, il se fait officiellement changer son nom en Karl Kuon Suo avant d’adopter celui de Lobsang Rampa.

Retrouvé par la presse britannique en Irlande, le charlatan ne se démonta pas. Il ne nia pas son nom de Cyril Hoskin mais prétendit que son corps était occupé par l’esprit de Lobsang Rampa grâce à la technique de la transmigration : un moine tibétain qui avait besoin de transmettre un enseignement aux Occidentaux en prenant possession du corps de Hoskin.

Grand mythomane devant l’éternité, Hoskin/Rampa prétendit que son livre Vivre avec le lama avait été dicté par télépathie par Mme Fifi Greywisken, son animal de compagnie… une chatte siamoise ! Il a certainement été inspiré par les livres de la grande voyageuse Alexandra David-Néel et par les enseignements de la théosophie. Les livres de Lobsang Rampa firent rêver des lecteurs du monde entier et sensibilisèrent des tas de gens à la spiritualité tibétaine sur la base de mensonges et de croyances irrationnelles. Même après sa mort, son enseignement continue de rassembler un grand nombre d’adeptes qui pensent trouver un sens caché psycho-spirituel dans ce canular littéraire.

La contre-culture hippie contribua à propager, dans les années 70, le concept d’aura. En 1972, le psychologue américain Stanley Krippner a organisé à New York le premier congrès sur l’aura. Ce psychologue est un pionnier dans l’étude de la conscience, et il conduit des investigations dans le domaine des rêves, de l’hypnose, du chamanisme et de la dissociation. Toutes ses recherches sont faites dans une perspective multiculturelle, avec un accent sur les phénomènes réputés anormaux. Il s’agit d’une démarche peu académique mais intéressante. Dans ce type de recherche, on peut aussi bien côtoyer des sceptiques intéressés par ce genre de phénomènes que des charlatans.

La vision de l’aura obtint un regain d’intérêt dans les années 90 avec la parution du livre Les enfants indigo : enfants du troisième millénaire du couple Lee Carroll et Jan Tober (qui se présentent comme des intermédiaires entre les humains et les extraterrestres), suivi du film Indigo par James Twyman, Neale Donald Walsch et Stephen Simon. Les enfants indigo se caractériseraient par une aura indigo et seraient des enfants surdoués, dont l’intelligence et la maturité seraient supérieures car ils viennent d’une autre galaxie. Ces enfants peuvent faire preuve d’étonnantes capacités, comme celle de se guérir du virus HIV. Ces enfants sont forcément mal adaptés à la vie terrestre, et ils ont besoin d’une prise en charge adaptée à leurs étonnantes facultés surhumaines. Lee Carroll a développé le réseau Kryeon avec la technique EMF Balancing, technique d’harmonisation des champs magnétiques. Des praticiens énergéticiens certifiés EMF prétendent soigner les enfants indigo, incarnations d’esprits supérieurs ou d’âmes anciennes.

Or, les expressions employées pour les enfants indigo sont les mêmes que pour les enfants ayant un QI supérieur à 130. Les enfants précoces sont hypersensibles, et en cas de doute, il vaut mieux consulter l’AFEP (Association française pour les enfants précoces) plutôt qu’un thérapeute EMF.

L’aura est-elle cantonnée au domaine de la parapsychologie et des pseudo-sciences uniquement, alors ?

Le terme d’aura existe pourtant en médecine, à mille lieues du sens donné par la parapsychologie. Les migraines peuvent parfois s’accompagner de phénomènes sensoriels regroupés sous le nom d’aura. Dans le cas des migraines, les auras les plus fréquentes sont ophtalmologiques : le champ visuel se remplit de phosphènes, de mouches semblant traverser le champ visuel (myodésopsies), de lignes brisées lumineuses (scotomes scintillants) pouvant former des compositions complexes. Les migraineux peuvent également avoir des auras visuelles, des auras sensorielles, et d’autres formes plus rares.

La synesthésie est également une autre explication de la vision des auras. La synesthésie est un trouble neurologique (non pathologique) par lequel deux ou plusieurs sens sont associés alors qu’ils sont habituellement isolés. Les cas sont rares et ne concernent pas les charlatans. En 2004, Jamie Ward rapporte une étude de cas dans la très sérieuse revue Cognitive Psychology : une synesthète voyait des couleurs pour les noms des gens qu’elle connaissait personnellement. Elle disait qu’elle voyait des couleurs qui occupaient tout son champ de vision quand sa synesthésie était provoquée par des mots. Elle percevait visuellement distinctement les noms et les visages des gens qu’elle connaissait, avec des halos colorés ou des auras projetées autour de la personne ou du nom. Elle ne croyait pas qu’elle possédait des pouvoirs mystiques à l’instar de Lobsang Rampa et ne s’adonnait pas à l’occultisme.

Il existe d’autres cas bien documentés dans des revues de neurologie de bonne facture dans lesquelles des synesthètes ont rapporté projeter des couleurs sur des gens (Weiss, 2001, et al., Ramachandran & Hubbard, 2001). Le psychologue britannique du University College de Londres, Jamie Ward, décrit les tests autour de cette jeune femme qui affirme voir des couleurs autour des mots, des objets ou des personnes uniquement dans un contexte émotionnel. Les tests montrent qu’elle associe systématiquement les mêmes couleurs aux mêmes mots, et le psychologue conclut que certaines personnes atteintes de ce trouble associent alors ces couleurs à des états spirituels.

Phil Merikle, du Centre de recherche sur la synesthésie à l’université de Waterloo (Ontario), émet comme hypothèse que les enfants seraient synesthètes à l’origine, et qu’au fur et à mesure du développement de leur cerveau, quand les bonnes connexions se font, cette particularité disparaît.

Des déformations perceptuelles induites par des charlatans, conditionnées par des exercices pour apprendre à lire les auras, des illusions et des hallucinations peuvent favoriser les croyances dans l’existence de l’aura. Certains scientifiques affirment que la propension à voir des auras pourrait avoir, du moins en partie, un fondement à la fois neurochimique et génétique. Il y aurait une relation entre des facteurs psychologiques, comme la propension à la fantaisie, la suggestibilité et d’autres, associés à des niveaux de dopamine dans le cerveau, qui favoriseraient la vision des auras.

La science a bien prouvé l’existence de champs thermiques, électromagnétiques et électrostatiques, mais elle n’a pas prouvé l’existence des auras décrites dans les sciences occultes, la parapsychologie et le New Age. Gardons l’esprit sceptique, comme le philosophe Friedrich Nietzsche : « La croyance forte ne prouve que sa force, non la vérité de ce qu’on croit. »

Rideau!

HÉRITAGES IMAGINAIRES

Une analyse critique de la psychogénéalogie, distinguant rigueur généalogique, interprétation psychanalytique et dérives pseudo-scientifiques. Retour sur les glissements conceptuels.

Généalogie et psychogénéalogie : rigueur, interprétation, confusion

@NBT

À partir des années 1970, la généalogie connaît un regain d’intérêt marqué dans les sociétés occidentales. Aux États-Unis, cet engouement est largement attribué à la diffusion de la série télévisée Roots, adaptée du livre d’Alex Haley, retraçant la saga d’une famille afro-américaine depuis ses origines africaines. La diffusion de cette série sur la chaîne ABC constitue un moment charnière et a permis de populariser la recherche généalogique auprès d’un large public. Elle a démontré qu’il était possible de reconstruire une histoire familiale sur plusieurs générations à partir de sources historiques, malgré des lacunes de l’état civil, les manques de certaines archives administratives ou les traumatismes de l’histoire.

De l’autre côté de l’Atlantique, en France, l’intérêt pour la généalogie s’est accru progressivement à partir des années 1980. Une étude menée en 2011 par un sociologue auprès de près de 11 000 généalogistes a mis en évidence plusieurs facteurs déclencheurs. Pour les générations les plus âgées, la disparition progressive des ascendants les place en tête de ligne générationnelle, suscitant un besoin de transmission et de clarification de l’histoire familiale. Les photographies anciennes, les silences, les non-dits et les romans familiaux alimentent alors le désir de se tourner vers les archives officielles afin d’établir des faits vérifiables et de reconstituer des trajectoires familiales. Quoi qu’il en soit, la généalogie s’est imposée comme un loisir structuré et durable, aussi bien aux États-Unis qu’en France.

L’intérêt de la filiation ne date pas d’hier. Dès l’Antiquité, l’œuvre du poète grec Hésiode, « La Théogonie », qui retrace l’origine et la filiation des dieux, est parfois citée comme l’une des premières tentatives de mise en récit généalogique. Loin d’être une simple curiosité, la généalogie était alors un véritable pouvoir pour revendiquer une descendance divine ou héroïque aux fins de légitimer une famille royale ou une cité. Sans relever d’une démarche scientifique au sens moderne, ce type de récit témoigne d’un besoin ancestral d’inscrire les individus dans une lignée pour justifier leur rang et leur rôle dans la société.

Aujourd’hui, un Français sur deux a déjà entrepris des recherches sur sa famille afin d’en comprendre l’histoire et de la transmettre aux générations futures. Pour beaucoup cependant, cette démarche s’avère complexe. Si la généalogie n’est pas une science expérimentale à proprement parler, elle exige en revanche une rigueur méthodologique élevée lorsqu’elle est pratiquée selon les règles établies par les généalogistes. Elle repose sur des bases factuelles issues de disciplines connexes telles que l’histoire, la paléographie, l’archivistique ou encore la démographie historique.

À partir de ces fondements, la généalogie mobilise des sources précises et codifiées : actes d’état civil (naissances, mariages, décès), registres paroissiaux, actes notariés, archives judiciaires, recensements, archives militaires, minutes et tables décennales. L’une des règles centrales de la discipline est que toute information doit être sourcée, et non approximative. Chaque donnée doit être localisable, datée, référencée et reproductible par tout chercheur.

À ce titre, la généalogie documentaire peut être rapprochée, par ses exigences de vérifiabilité et de traçabilité, de certaines pratiques de la science expérimentale: on n’est pas dans l’interprétation, mais dans l’établissement de faits.

La généalogie repose sur un ensemble de principes méthodologiques stricts tels que la cohérence des documents, l’authenticité des sources, la prise en compte du contexte historique, la comparaison des sources disponibles et la hiérarchisation des preuves. Ses cadres institutionnels sont solides, puisqu’elle s’appuie sur les archives nationales et départementales, sur des normes de conservation précises et sur des règles d’accès légales clairement définies.

Cette pratique s’inscrit dans ce triptyque: droit / histoire / administration. Les actes et documents consultés relèvent d’un cadre juridique car ils sont produits dans un contexte historique donné et sont conservés selon des procédures administratives normalisées. Dans ce cadre, il n’y a pas d’interprétation subjective des faits eux-mêmes, si ce n’est celle inhérente au travail de recherche (choix des sources, organisation des données). Les informations établies restent factuelles, vérifiables et contrôlables. Ce caractère peut paraître austère, voire ennuyeux, mais il constitue précisément la garantie de la rigueur et de la fiabilité de la démarche généalogique.

Malheureusement, on observe depuis plusieurs décennies un glissement sémantique et conceptuel de la généalogie vers une pratique se réclamant d’une approche transgénérationnelle et psychologique, communément désignée sous le terme de psychogénéalogie, aussi appelée analyse transgénérationnelle.

Contrairement à la généalogie documentaire, cette approche ne repose pas sur un cadre méthodologique validé scientifiquement, mais sur une interprétation subjective du roman familial, visant à attribuer aux non-dits, aux répétitions et aux événements du passé une portée explicative directe sur le présent. Elle est généralement classée parmi les pseudosciences, en raison de l’absence de critères de falsifiabilité et de validation empirique. De nombreuses dérives sectaires ont par ailleurs été signalées, ce qui justifie un examen critique rigoureux de ses fondements et de ses usages.

Développée dans les années 1970 par Anne Ancelin Schützenberger, la psychogénéalogie s’inscrit dans le parcours d’une psychologue dont la trajectoire académique et internationale est représentative de son époque. Formée en France et à l’étranger, elle a été en contact avec plusieurs figures majeures de la psychologie, de l’anthropologie et des théories de la communication, telles que Carl Rogers, Margaret Mead, Gregory Bateson et Paul Watzlawick. Ces références ont largement influencé les approches relationnelles et systémiques du XXe siècle, et constituent le socle théorique dans lequel la psychogénéalogie a émergé.

Anne Ancelin Schützenberger a introduit le génogramme, un outil de représentation graphique visant à situer un individu au sein de sa constellation familiale. Pris isolément, le génogramme constitue un instrument descriptif, permettant de visualiser des liens de parenté, des événements de vie ou des répétitions factuelles au sein d’une lignée. Il est parfois utilisé par des professionnels comme support de discussion ou de repérage.

Continuer à lire … « HÉRITAGES IMAGINAIRES »

DÉMYSTIFIER LE CHARLATANISME AVEC L’HUMOUR : LA VOIE DU PALMASHOW

Le Palmashow utilise l’humour pour dénoncer le charlatanisme et illustrer l’absurdité des pratiques pseudo-scientifiques.

Combattre le charlatanisme avec des arguments rationnels est un véritable défi, car les personnes qui y adhèrent sont convaincues de sa validité scientifique. Pour asseoir leur autorité, les charlatans se cachent derrière un langage hermétique, des postures d’autorité et des concepts ésotériques faussement savants.

Là où un article critique peut sembler rébarbatif pour un non-professionnel de la santé ou de la psychologie, l’humour, lui, agit comme un puissant révélateur.En grossissant les traits, il met en lumière l’absurdité de certaines dérives que l’on ne remarque plus à force de les entendre dans le quotidien.

Le Palmashow ne fait pas qu’amuser : il participe, à sa manière, à une catharsis intellectuelle collective. Le rire libère, il dégonfle les discours pompeux et montre que, derrière les apparences de sagesse ou de sérieux, il n’y a parfois… qu’un vide scientifique abyssal souvent néfaste pour le portefeuille et la santé, de ceux qui se laissent prendre à cette toile d’araignée.

Inspiré par l’un des sketchs du Palmashow, ce duo comique qui excelle à pointer les travers de notre époque, arrêtons-nous sur un exemple emblématique : « le yoga. »

Originaire de l’Inde, le yoga est une pratique millénaire intimement liée à la culture indienne. Introduit en Occident lors du parlement mondial des religions de Chicago en 1893, il a connu un véritable essor grâce à des yogis et des moines. Depuis les années 60, il s’est d’abord fait connaître pour ses dimensions spirituelles et méditatives. Si les asanas (postures) ont ensuite pris le dessus, le yoga a depuis dépassé le stade confidentiel, et a été récupéré et transformé en un immense marché où se croisent bien-être, pseudo-science et marketing percutant, parfaitement rôdé. »/

Titre: LES PROFS DE YOGA – PALMASHOW CHAÎNE

 URL : http://www.youtube.com/watch?v=NsDh9EgNmrc

Dans leur parodie incisive, le Palmashow met en scène un ‘professeur’ de yoga fraîchement auto-proclamé après une formation express. Le sketch ne fait pas que nous faire rire : il met en lumière des mécanismes que je connais bien en tant que psychologue. Pour mieux comprendre comment fonctionne le charlatanisme, analysons ce qu’ils ont si bien su décortiquer:

  • Des cours dispensés au bord d’une nationale, ambiance zen-bruit-de-camion
  • Une boisson miracle, le fameux « Namasté » à base d’eau venue d’Inde,
  • Des asanas improbables, inventées sur place, accompagnées d’un jargon pseudo-spirituel,
  • Et surtout… 1 500 € les trois jours de jeûne, mais « ce n’est pas cher quand on pense au retour sur soi ». C’est un investissement qui fait évoluer votre spiritualité ! Et pourquoi pas, une étape positive pour votre prochaine réincarnation ?

Derrière la caricature, une réalité : le yoga est devenu pour certains un produit de bien-être, coupé de son sens originel et vendu à coups de slogans séduisants. Les postures de yoga sont revisitées à la sauce occidentale de la performance et de la spiritualité de pacotille.

Ce nouveau marché du yoga est un aimant pour les pseudo-thérapies, promettant guérison et bien-être absolu. Les mêmes « professeurs » de yoga proposent parfois des élixirs comme ceux de Bach ou aryuvédiques vendus à des prix vertigineux, des régimes détox censés « purifier le corps » mais souvent dangereux, des pratiques inspirées de médecines parallèles (magnétisme, soins énergétiques, « respiration quantique »), et une rhétorique culpabilisante : si ça ne marche pas, c’est que vous n’êtes « pas assez ouvert » et lâchez-prise, nom d’un chien!

Titre : LES MÉDECINES PARALLÈLES – PALMASHOW CHAÎNE

URL :https://www.youtube.com/watch?v=jNG1Mi2ncI8

Continuer à lire … « DÉMYSTIFIER LE CHARLATANISME AVEC L’HUMOUR : LA VOIE DU PALMASHOW »

OSCAR, UN CHAT HORS DU COMMUN!

Cette histoire étonnante met en lumière le rôle des animaux dans les services de soins palliatifs pour apaiser l’angoisse de la mort chez les malades et la tristesse des familles lors du départ d’un proche. Même si cette histoire manque de rigueur scientifique, elle demeure réconfortante…

Les capacités extraordinaires des animaux suscitent souvent des discussions sur un prétendu sixième sens. Certains de leurs comportements intrigants, largement relayés par la presse, incluent des récits où des chats et des chiens parcourent des milliers de kilomètres pour retrouver leurs maîtres. Outre nos cinq sens familiers, faut-il vraiment invoquer un sixième sens pour expliquer ces facultés exceptionnelles, ou serait-il plus pertinent d’évoquer une « supra sensibilité » ?

En 2004, des éléphants auraient manifesté une anticipation du tsunami dévastateur ayant frappé les côtes de l’île. Ils se seraient mis à pleurer et à fuir vers les montagnes avant l’arrivée de la vague destructrice. Ces événements dépassent une part de leur nature, échappant aux limites de la science. Selon le naturaliste Marc Giraud, la science officielle semble peu encline à explorer de tels phénomènes.

Il y a quelques années, j’avais consacré un article à Oscar, un chat exceptionnel doté de capacités énigmatiques aux yeux de la science. Né en 2005 et décédé en février 2022 à l’âge de 17 ans, Oscar était un membre particulier de l’équipe soignante du Dr Dosa, gériatre et professeur adjoint à l’Université Brown à Rhode Island. Recueilli alors qu’il était chaton dans un refuge pour animaux, il a grandi au sein de l’unité de soins du centre de réadaptation Steere House à Providence, Rhode Island. Cet établissement accueille des patients atteints de maladies telles que la maladie d’Alzheimer, de Parkinson et d’autres affections neurodégénératives. Dans les stades avancés de ces maladies, les patients perdent généralement conscience de leur environnement. L’histoire d’Oscar, c’est aussi l’histoire des soins que reçoivent les patients en fin de vie.

Oscar, devenu la mascotte emblématique du service de gériatrie, a accédé à la notoriété grâce à un article paru en juillet 2007 dans le New England Journal of Medicine, rédigé par David Dosa. Ce gériatre relate les rondes effectuées par Oscar au sein de son service, mettant en lumière son don extraordinaire. Il a un comportement récurrent qui avertit l’équipe médicale de la proximité de la mort chez les patients en phase terminale. Lorsqu’un résident est sur le point de décéder, Oscar grimpe sur son lit et se blottit contre lui en boule jusqu’à son dernier souffle.

L’étonnante capacité d’Oscar à prédire ces moments critiques aurait plusieurs explications. Notamment, une sensibilité à l’immobilité précurseur de la mort chez ces patients, un odorat particulièrement développé lui permettant de détecter substances émises par les cellules mourantes, ou encore une sensibilité aux phéromones spécifiques. Ce qui est certain, c’est que cette mascotte ne choisit de réconforter que les personnes approchant les dernières heures de leur vie.

Les cheveux en bataille, Mme P déambule sans but dans les couloirs, perdue dans ses pensées. Son errance la conduit vers Oscar. Interrompu dans sa promenade, Oscar la fixe attentivement et, lorsqu’elle passe devant lui, émet un sifflement doux, semblant lui signifier: « Laisse-moi tranquille. » Mme P l’ignore et poursuit son chemin dans le couloir, laissant Oscar visiblement soulagé. Sa visite ne présage pas de fin imminente pour elle, et Oscar peut vaquer à d’autres occupations.

Revenu auprès du personnel médical, Oscar saute sur le bureau pour se désaltérer et prendre quelques croquettes dans son bol. Rassasié, il reprend sa ronde dans l’aile ouest, évitant un résident profondément endormi sur un canapé.

Arrivé à la chambre 313, Oscar se glisse par la porte entrebâillée. Mme K repose sereinement dans son lit, sa respiration calme, bien que peu profonde. Elle est entourée de photos de ses petits-enfants et de souvenirs de son mariage. Malgré ces images, elle semble seule. Oscar saute sur son lit et la renifle avant de se blottir contre elle en boule. Une heure s’écoule, Oscar demeure lové contre Mme K. Lorsqu’une infirmière entre pour vérifier l’état de sa patiente, elle remarque la présence d’Oscar. Après un bref instant dans la chambre, elle se hâte de retourner à son bureau, saisit le dossier de Mme K et passe quelques appels.

Trente minutes plus tard, la famille arrive, et le personnel s’active pour installer des sièges supplémentaires afin que les proches veillent Mme K. Un prêtre se présente pour lui administrer les derniers sacrements. Pendant ce tumulte, Oscar n’a pas bougé d’un poil. Il continue de ronronner doucement tout en pétrissant affectueusement Mme K.

L’un des petits-fils interroge sa mère : « Pourquoi ce chat est-il là ?» Sa mère, les yeux empreints de larmes, lui répond : « Il est là pour aider ta grand-mère à partir vers le ciel. » Trente minutes plus tard, Mme K. fait son ultime souffle. À ce moment, Oscar se redresse, jette un dernier regard autour de lui et quitte la chambre si discrètement que la famille, plongée dans le chagrin, ne remarque pas son départ.

De retour parmi le personnel, Oscar boit de l’eau avant de se recroqueviller pour une longue période de repos. Sa journée tire à sa fin. Aujourd’hui, il n’y aura pas de nouveaux décès. Chaque accompagnement en fin de vie par Oscar est aussi émouvant que les précédents. La plaque honorifique dédiée à Oscar est fixée au mur, reconnaissant son service exceptionnel dans cette unité de soins palliatifs. Gravée à son effigie, elle mentionne : « Pour sa compassion au sein de cette unité, cette plaque est décernée à Oscar, le chat. »

Cependant, il est essentiel de garder une perspective critique. Les spécialistes du comportement animal soulignent d’abord les capacités innées des animaux. Le Dr Jill Goldman, spécialiste du comportement animal à Laguna Beach (Californie), souligne le remarquable odorat des chats et avance l’idée qu’Oscar peut rester aux côtés des mourants par association avec une odeur spécifique associée à la mort.

Le Dr Thomas Graves, expert félin de l’Illinois, partage avec la BBC : « Les chats peuvent souvent détecter quand leurs maîtres ou d’autres animaux sont malades. Ils peuvent anticiper les changements climatiques et sont réputés pour détecter les tremblements de terre. » Pour ces spécialistes, le soi-disant sixième sens des animaux n’est pas une surprise. Ainsi, le don d’Oscar n’est pas d’ordre parapsychologique, mais simplement rare.

Nicolas Gauvrit, dans la revue Science et Pseudo-sciences, parle d’Oscar comme une mascotte du paranormal. Il aborde les biais cognitifs, les corrélations illusoires et les erreurs statistiques potentielles induites par l’équipe soignante. Il souligne: « Il n’existe aucune preuve scientifique étayant l’idée qu’Oscar ressent quoi que ce soit, rendant ainsi prématurées toutes considérations sur ses causes… »

Continuer à lire … « OSCAR, UN CHAT HORS DU COMMUN! »