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L’AGRESSION RELATIONNELLE : UNE MORSURE SYMBOLIQUE ENTRE FEMMES? 

Derrière la façade polie de nos communautés se cache parfois une arme redoutable: l’agression relationnelle. Sans violence physique, sournoise et diffuse, découvrez comment le « toilettage vocal » et l’entre-soi peuvent se transformer en une véritable entreprise de démolition sociale.


Comprendre le jeu des chaises tournantes et le sabotage feutré au quotidien.

Various modern chair designs suspended in a circle with reflections on a shiny surface
A diverse collection of modern chairs arranged in a circular formation inside a contemporary building

Récemment, un post sur X a retenu mon attention. Il s’ouvrait sur cette affirmation : « Alors que les garçons et les hommes dominent le marché de l’agression directe, face à face, les filles et les femmes pratiquent autant, voire davantage, d’agressions indirectes – commérages, exclusion sociale, et assimilés. »

L’idée est séduisante. Elle installe immédiatement un contraste: une violence visible, frontale, associée aux hommes, et une autre, plus discrète, attribuée aux femmes. Une violence sans bruit, qui ne passe pas par le corps mais par le lien social.

En suivant cette citation, on arrive sur un article de Steve Stewart-Williams, publié dans la newsletter The Nature-Nurture-Nietzsche sur Substack. Il ne s’agit pas d’un article scientifique au sens strict, mais d’un texte de vulgarisation s’appuyant sur différents travaux en psychologie évolutionniste et développementale.

C’est précisément ce point qui mérite qu’on s’y arrête. Car derrière une formulation claire et convaincante, une question se pose : que disent réellement les études sur lesquelles s’appuie ce type d’affirmation ? Et surtout, que devient cette idée lorsqu’on la confronte aux situations concrètes où ces formes d’agression apparaissent ?

Plutôt que de reprendre la thèse telle quelle, il est plus intéressant de faire le chemin inverse. C’est à dire revenir aux sources, examiner les mécanismes décrits, et observer comment cette « agression indirecte » se manifeste, non pas dans l’abstrait, mais dans la texture ordinaire des relations sociales.

L’une des premières études sur la genèse de cette violence indirecte est celle de , N R Crick et de J K Grotpeter (1995) menée en milieu scolaire. Elle est considérée comme une recherche pionnière en psychologie du développement. On y trouve notamment la première formalisation de l’agression relationnelle : une forme de violence consistant à nuire à autrui par la manipulation des rapports humains. Elle se traduit par l’exclusion, la propagation de rumeurs, ou encore le retrait brutal de l’amitié.

Et surtout, elle agit souvent sur un registre imperceptible pour les observateurs, presque subliminal, par petites touches concrètes qui peuvent sembler anodines mais qui, mises bout à bout, révèlent cette violence relationnelle. Cette dynamique entame la confiance profonde des liens que l’on pensait solides. L’étude de Crick et Grotpeter montre que les filles ont davantage recours à cette agression relationnelle, tandis que les garçons se tournent plus volontiers vers des formes d’agression physique. C’est là toute la subtilité! Certaines formes de violence féminine sont moins visibles socialement que celles des hommes, précisément parce qu’elles ne passent pas par la confrontation physique directe. C’est une morsure symbolique.

Ces phénomènes s’observeraient dès l’enfance, en milieu scolaire. Les auteurs constatent également que les enfants, en particulier les filles, qui utilisent ce type d’agression présentent des niveaux plus élevés de détresse psychologique, de solitude et de difficultés d’adaptation sociale. Effectivement, c’est à cette période que la personnalité se construit. On peut toutefois s’interroger: les dommages ne concernent-ils pas surtout les victimes ? Car ce sont elles qui deviennent souvent les moutons noirs ou les boucs émissaires d’un groupe. À bien des égards, cette recherche pionnière est aussi une étude sur les prémices du harcèlement scolaire.

Et ces mécanismes ne disparaissent pas à l’âge adulte. Ils se prolongent parfois dans certains groupes sociaux, sous des formes plus sophistiquées, plus diffuses, mais reposant sur des logiques similaires. Nous y reviendrons avec des exemples concrets.

Pour comprendre comment fonctionne cette agression relationnelle, il faut compléter ces travaux par l’étude de psychologie évolutionniste de Robin Dunbar sur le gossip.

C’est un drôle de terme, le gossip, et on ne l’entend pas souvent en français, que signifie-t-il ?

Il désigne ce que l’on traduit généralement par commérage. En français, le mot a manifestement une connotation péjorative: on imagine une personne malveillante passant son temps à médire des autres, incarnant une forme de petite méchanceté gratuite. Pourtant, Dunbar montre que le gossip n’avait pas cette fonction négative à l’origine.

L’idée centrale de Dunbar est de démontrer l’analogie éthologique de la sociabilité entre l’homme et les grands primates. La majeure partie des conversations humaines porte sur des sujets sociaux, relations, alliances, séparations, comportements, réputations. En d’autres termes, nous passons une grande partie de notre temps à échanger des nouvelles de nos semblables. Il existe d’ailleurs une nuance intéressante entre le potin, relativement léger, mondain, où l’on s’enquiert des bonheurs ou des malheurs des uns et des autres, et le commérage, très chargé négativement.

Selon Dunbar, les humains appartiennent à une lignée de primates possédant une sociabilité particulièrement développée. Nous partageons avec les grands singes des formes complexes de cognition sociale, c’est à dire une capacité à interpréter les comportements d’autrui, à imaginer des intentions, des croyances ou des motivations derrière les attitudes observées. Autrement dit, nous interprétons avec le filtre de la subjectivité ce que pense l’autre, parfois avec justesse, et souvent à travers nos propres projections, et souvent c’est un mélange des deux, même chez les professionnels aguerris de la psyché (clin d’œil).

Toute relation sociale repose sur la confiance. Mais la vie en groupe n’est pas un long fleuve tranquille, elle a un coût comme des rivalités, des tensions, des exigences individuelles et des conflits d’intérêts. Pour éviter la dispersion du groupe, les alliances entre les pairs doivent être entretenues en permanence.

Chez les primates, ce rôle passe notamment par l’épouillage comme rite social; le contact physique stimule des mécanismes neurobiologiques qui produisent des endorphines et renforcent les liens de subordination ou d’amitié. Chez l’humain, dont les groupes sont devenus beaucoup plus vastes, l’épouillage , même si l’image est drôle, n’est pas de mise même si nous sommes des animaux sociaux! C’est le langage qui fait fonction de toilettage physique. Le simple fait de partager des informations sociales, de rire ensemble, d’échanger des confidences — de vive voix, au téléphone ou par le numérique — ou même de parler de la pluie et du beau temps avec des inconnus, agit ainsi comme une forme de toilettage vocal destiné à consolider l’édifice communautaire. »

Dunbar estime qu’environ 65 % du temps de parole humaine est consacré à  cette activité. Le gossip apparaît alors, à l’origine, comme un formidable outil de cohésion. Mais cette mécanique possède un versant beaucoup plus sombre.

Le langage social peut s’avérer un outil de manipulation des réputations, de coalition implicite et d’exclusion sociale. Le commérage cesse alors d’être un simple facilitateur de lien pour se muer en une arme relationnelle redoutable. C’est pour cette raison qu’il convient de le distinguer absolument du simple potin: si l’un contribue au ciment social, l’autre prépare le terrain de la mise à mort symbolique et de la réputation des personnes qui prennent les commérages en pleine figure. On peut dire en dynamique de groupe, que la cible du gossip est le mouton noir, celui qui ne correspond pas aux attentes du groupe pour différentes raisons.

Le commérage participe pleinement au théâtre social. Dans ce théâtre, il y a des scènes, des rôles distribués au gré des alliances, des spectateurs, des meneurs, et des exclus (temporaires ou durables). Lorsque ces dynamiques glissent vers l’agression relationnelle, elles enclenchent un cycle auto-entretenu qui peut rapidement devenir infernal au mieux pénible pour la personne qui le subit de plein fouet.

En démonter les mécanismes permet d’en limiter les effets les plus toxiques. Car c’est ainsi que le langage social est détourné pour devenir une arme de destruction psychologique, favorisant l’exclusion progressive d’un individu. La cible devient le mouton noir d’un microsystème donné, alors même qu’elle reste parfaitement intégrée et reconnue dans d’autres contextes sociaux.

Pour observer cette machinerie à l’œuvre, quittons les laboratoires de psychologie et observons la texture du quotidien. Entrons dans les coulisses d’une communauté ordinaire, là où symboliquement les chaises tournent et où les pièges se tendent sous le vernis d’une fausse convivialité qui peut désillusionner certaines personnes qui pensent être intégrées au groupe.

Alors, prenons des situations concrètes que j’ai entendues autour de moi. Les noms et les lieux ont été modifiés pour préserver l’anonymat de ces personnes. D’abord, prenons l’exemple initial qui illustre l’étude de Crick et Grotpeter.

Anna a 14 ans. Elle est en classe de troisième. Ses parents sont divorcés, son père vit en Angleterre,mais elle reste très entourée par ses grands-parents lorsque sa mère travaille. Ses résultats scolaires sont satisfaisants et, comme beaucoup d’adolescentes de son âge, elle a de nombreux copains dans sa classe, et dans l’école. Elle est appréciée pour sa vivacité et régulièrement invitée aux anniversaires des uns et et des autres. D’ailleurs, lorsqu’elle a fêté le sien, elle a invité toute sa classe.

Seulement voilà, une élève, Catherine, finit par la prendre en grippe. Peu à peu, par des remarques feutrées, des sous-entendus, des exclusions discrètes dans la cour de récréation, elle parvient à créer autour d’Anna une forme de front relationnel implicite. Rien de spectaculaire: pas d’insultes ouvertes, aucune violence physique, parfois même aucun mot clairement identifiable. Ce n’est pas encore du harcèlement lourd, mais une succession de micro-attitudes qui, mises bout à bout, modifient progressivement la place d’Anna dans la classe. Nous sommes pile dans cette agression relationnelle décrite par Crick et Grotpeter.

Anna se sent progressivement mal à l’aise et déstabilisée par l’attitude de Catherine. Puis, en fin d’année, survient un épisode particulièrement qui va être le summum du Gossip: toute la classe est invitée à l’anniversaire de Catherine… sauf Anna et sa meilleure amie.

Cette exclusion agit comme une privation du lien partagé. Car au-delà de la fête elle-même, il existait là un espace commun de convivialité indispensable pour renforcer la cohésion du groupe. Anna comprend alors qu’une frontière invisible s’est installée entre elle et les autres élèves. L’année suivante, elle redoute de retrouver Catherine dans sa nouvelle classe, avec la perspective de voir se poursuivre, sous des formes toujours plus subtiles, ces agressions relationnelles.

Finalement, Anna change d’établissement à la suite d’un déménagement et parvient à se faire rapidement de nouveaux amis. Pourtant, cette expérience lui laisse une trace psychique durable. Ce n’est pas un trauma au sens clinique du terme, mais une blessure profonde au niveau des relations humaines, une altération du degré de confiance que l’on peut accorder à autrui. Elle en reparle encore régulièrement, comme d’un moment diffus mais profondément déstabilisant de son adolescence.

Happy end pour Anna, même si cette expérience d’agression relationnelle lui laisse un souvenir amer. On dira que That’s Life: une première leçon sur la complexité des rapports humains, où tout n’est définitivement pas Peace and Love.

À l’âge adulte, les femmes peuvent également pratiquer l’agression relationnelle. C’est une autre pièce qui se joue alors dans ce théâtre social. Le gossip se fait plus subtil, feutré, voire mondain, devenant presque imperceptible pour les observateurs extérieurs. Cette forme d’agression sait prendre le visage de la convivialité, tissant une véritable toile d’araignée autour de la victime. Pour illustrer ce phénomène, on peut évoquer le film Le Dîner de cons. Bien qu’il s’agisse d’une caricature masculine, l’œuvre met en lumière un mécanisme universel: la création d’un groupe dont le ciment relationnel repose exclusivement sur la disqualification systématique d’un invité au cours d’un rituel social (le dîner).

Pour illustrer cette dynamique chez les adultes, étudions une situation concrète au sein d’une copropriété près de Tours, dont les noms ont été modifiés. Dans cette résidence, la tradition veut que les habitantes de longue date accueillent les nouvelles arrivantes au cœur de rituels bien rodés. Disposant d’un temps libre considérable, ces résidentes ont érigé la vie de la copropriété en activité principale. L’ambiance y est en apparence idyllique, rythmée par l’incontournable apéritif de 18 heures dans le jardin d’un couple installé là depuis trente ans. Autour des tables, l’atmosphère semble conviviale : on y distille les potins de la résidence, on y débat des travaux ou des recettes de cuisine. C’est une machine à convivialité qui tourne à plein régime dès les premiers beaux jours. »

En psychologie sociale, on peut analyser cela comme un rituel d’intégration qui possède ses propres codes, mais qui sert également de poste d’observation pour jauger les nouveaux venus.

C’est dans ce décor que s’installe Sophie. Récemment divorcée et vivant seule, elle choisit de s’investir activement dans le conseil syndical. Rapidement, elle devient une figure sollicitée, naviguant entre ses obligations au conseil syndical et ces invitations quotidiennes qui cachent, sous leur vernis culturellement ancré, les premiers signes du gossip. Cet engagement crée une rupture immédiate avec les autres femmes de la résidence. En endossant ce rôle au conseil syndical, Sophie dénote: elle introduit une dimension technique et administrative là où les rôles restent tacitement sectorisés.

Comment ce mécanisme d’agression a-t-il débuté ? Ce fut insidieux. Cela a  d’abord commencé par le franchissement des limites physiques et territoriales de son espace privé. Dans cette résidence, pour les logements en rez-de-jardin, l’usage veut que l’on s’affranchisse de la porte d’entrée ou de la sonnette. On traverse le jardin et on frappe directement à la porte-fenêtre, à sa guise et à n’importe quelle heure de la journée, pour engager la conversation. Petit à petit, l’habitude s’enracine. Pourtant, Sophie respecte scrupuleusement les codes de la vie intime : lorsqu’elle est invitée, elle sonne toujours à la porte d’entrée pour se faire annoncer et ne passe jamais à l’improviste. C’est une dissymétrie étonnante quand on sait qu’un domicile privé relève de l’intime et que la vie relationnelle n’oblige en rien à transformer ses voisins en familiers comme ses proches.

Cette démarche intrusive, presque banale et dénuée de violence apparente, est perçue par l’observateur moyen comme un élan de gentillesse ou d’intérêt bienveillant. Elle s’impose rapidement comme une norme incontestable. Sous prétexte que « l’on n’a rien à cacher », le besoin d’intimité est subtilement nié. L’intrusion devient la règle, que Sophie soit au téléphone ou en train de travailler sur son ordinateur. Cette violation spatiale impose une soumission implicite: Sophie doit se rendre disponible à la convenance de ces femmes. Impossible de se dérober à cette rencontre à l’improviste.

Dans ce genre de dynamique intrusive, la victime est prise en otage chez elle: si elle ferme sa porte ou refuse l’échange, elle est immédiatement étiquetée comme sauvage ou impolie par le groupe. C’est l’illustration parfaite du fait qu’il n’y a pas d’issue simple face à une telle dissymétrie.

Le dispositif est si bien ancré que, lorsqu’elle invite des personnes extérieures à la résidence, l’une de ses voisines familières s’impose à l’improviste, sans y être invitée, pour interroger ses convives et en profiter pour s’installer plus ou moins durablement dans la réunion. »

Très vite, cet effacement des frontières physiques se transforme en familiarité toxique, offrant le terrain idéal pour déverser des commérages. S’introduire chez elle en enjambant la porte-fenêtre devient une habitude, et les propos se teintent progressivement de malveillance. Sous le couvert d’un service de voisinage, comme le prêt de fourchettes à dessert, la voisine familière entre directement dans la cuisine. Dès que Sophie a le dos tourné, cette dernière en profite pour inspecter ses lectures et en critiquer négativement les choix. Ce qui n’était qu’une remarque isolée se transforme en une charge critique constante dès qu’elle croise Sophie.

Paradoxalement, les invitations à l’apéritif continuent comme si de rien n’était. Mais ce petit jeu d’agression relationnelle se durcit. Lorsque Sophie tente de prendre la parole, elle est immédiatement contredite, ou alors la maîtresse de maison fait mine de ne pas l’entendre, feignant sa totale transparence. Au sein du groupe, un profond malaise s’installe.

Sophie en vient à douter d’elle-même, de ses compétences relationnelles et de sa capacité à parler en groupe. Elle comprend qu’elle est désormais invitée par défaut, et non par affinité. Si les autres invités extérieurs au noyau dur se montrent chaleureux envers elle, les leaders du clan la regardent de haut et poursuivent leur stratégie de démolition. Face à ces attaques feutrées, le piège est d’autant plus redoutable qu’il avance masqué. L’impact émotionnel commence à se faire cruellement sentir. 

Il faut souligner qu’il s’agit ici de micro-agressions: la personne qui les subit en vient à penser qu’elle est « trop sensible », ou qu’elle interprète mal les intentions de voisins qu’elle perçoit pourtant comme de plus en plus malveillants. Ce qui s’avère particulièrement trompeur, c’est que les invitations continuent et que seule une minorité s’adonne à ces commérages négatifs. Devant ces quelques piques qui semblent anodines, Sophie s’imagine d’abord qu’il lui suffit d’éviter ce noyau dur de trois femmes. C’est pourtant à ce moment précis que le véritable basculement a lieu.

La propagation du gossip ne va pas contaminer immédiatement l’ensemble de la résidence, mais va se cristalliser autour de ce triumvirat orchestré par une figure centrale particulièrement active. C’est dans l’ombre de ce petit groupe que la rumeur prend véritablement corps.

Le mécanisme de contamination relationnelle s’avère si puissant qu’il va réussir à enrôler des résidents pourtant a priori éloignés de ce premier cercle féminin:un couple de nouveaux arrivants dans la copropriété. Sophie entretenait pourtant des relations amicales et de bon voisinage avec eux. Contre toute attente, ces nouveaux venus vont emboîter le pas à la leader du groupe et adopter sa grille de lecture malveillante.

En psychologie systémique, ce ralliement inattendu illustre une stratégie classique de survie au sein d’un groupe: pour s’assurer de rester du bon côté de la barrière sociale et ne pas risquer de devenir les prochaines cibles de l’exclusion, ces tiers préfèrent s’aligner sur la norme dictée par le noyau dominant. Le gossip change alors d’échelle. Il ne s’agit plus de simples commérages de voisinage, mais d’une véritable coalition invisible. En s’alliant à la figure harcelante, ce petit réseau valide et amplifie la disqualification de Sophie, rendant son isolement d’autant plus violent qu’il provient de visages autrefois perçus comme bienveillants ou neutres.

Ce sabordage insidieux se poursuit partout, même à la piscine ou à la salle de sport car beaucoup de résidents se voient également en dehors de la résidence et revendiquent haut et fort une forme d’entre-soi. Le trio ne cesse de démonter son image. Est-ce du harcèlement?

Pas tout à fait au sens littéral et c’est précisément là toute la difficulté. Antipathie tenace, projections, dynamiques de pouvoir ? Peu importe le nom qu’on lui donne : l’agression relationnelle est un acharnement sans violence physique, sournois et diffus.

Tout comme pour la jeune adolescente évoquée dans les prémices du harcèlement scolaire, cette dynamique a connu son bouquet final. Pour Sophie, ce fut le moment de boire la coupe jusqu’à la lie à travers une véritable exécution sociale publique, orchestrée par le couple de nouveaux arrivants qui s’était définitivement aligné sur le noyau dominant. Pour leur pendaison de crémaillère, ces derniers ont commis un acte symbolique fort : charger le trio de femmes d’organiser la fête et de sélectionner les invités. La manœuvre s’est jouée ostensiblement sous les fenêtres de Sophie, le comité d’organisation interpellant les autres résidents au vu et au su de tous, alors que les autres invités étaient à mille lieues de décoder ce théâtre social.

La soirée s’est déroulée à seulement deux jardins de chez Sophie. Tout au long de la nuit, le trio n’a cessé de passer et repasser, coupes de champagne à la main, narguant ouvertement Sophie qui, bien évidemment, n’était pas conviée. Il s’agissait de lui donner à voir et à entendre ce qu’elle avait « perdu » selon leurs critères, à travers une mise en scène audiblement festive et des rires qui se sont prolongés jusqu’à une heure du matin.

Le lendemain, le couperet est tombé: les échanges de politesse entre le trio et Sophie ont définitivement cessé. Refusant de se positionner en victime, Sophie a choisi de maintenir des relations chaleureuses avec les autres résidents de la copropriété, sans jamais évoquer cette invitation entre voisins pour ne pas alimenter la machine à rumeurs.

Aujourd’hui, un an après les faits, le système a échoué à détruire sa cible. Sophie est toujours membre active du conseil syndical. Lorsque l’une des protagonistes du gossip l’interpelle par courriel au sujet de la copropriété, Sophie répond de façon strictement factuelle, et privée de toute charge émotionnelle. Pour le reste, face aux tentatives de familiarité mondaine, elle oppose désormais un silence de plomb lorsqu’elle croise ces personnes. Elle a reconstruit ses frontières, repris le contrôle de son espace et poursuit sa vie, laissant le trio face à ses propres facéties.

Manifestement, ce triumvirat adore le jeu des chaises tournantes. Il se nourrit toujours d’une nouvelle cible et ne prendra jamais conscience des ravages que cause l’agression relationnelle. Récemment, un autre couple s’est installé dans la résidence. Répétant un scénarion bien rôdé, le trio s’est immédiatement positionné pour déployer sa convivialité légendaire, et les invitations pleuvent déjà. Combien de temps cela va-t-il durer avant que la chaise ne tourne ?

Ders lors, une question se pose. Pratiquons-nous toutes et tous l’agression relationnelle ? Peut-être, car nous sommes des êtres profondément humains, sociaux et ambigus. Parler des autres fait partie du fonctionnement de notre espèce. Cependant, il existe un seuil d’intensité et d’acharnement qui devient hautement dommageable. Lorsque le commérage se transforme en agression relationnelle systématique, il détruit la sphère sociale de ceux qui se retrouvent pris au cœur de la toile. Et de ces micro-agressions feutrées, il reste malheureusement toujours des traces, dont la perte de confiance dans les liens humains. 

Pour autant, l’histoire de Sophie démontre qu’un système toxique porte en lui-même sa propre limite dès lors qu’on refuse de l’alimenter. En opposant une neutralité absolue, la cible opère une véritable privation de carburant : elle refuse d’entrer dans le jeu de l’agression relationnelle, qui consisterait à rendre la pareille à ses détracteurs. Ces derniers présupposent que le bouc émissaire réagira par la colère, la justification ou la détresse afin de négocier sa réintégration selon leurs propres règles. Face à une posture impassible, qui ne renvoie plus aucun écho, l’agitation se fait dans le vide. Le harcèlement finit par s’éteindre de lui-même. Le silence n’est pas une soumission : il est l’arme systémique ultime qui désamorce la logique de meute.

Celui qui observe attentivement ces micro-sociétés humaines finit par comprendre que la cible du jour n’est jamais totalement à l’abri de devenir, demain, un spectateur…ou inversement, un agresseur. C’est précisément ce caractère mouvant qui rend l’agression relationnelle si difficile à identifier. Elle avance  parfois masquée derrière la convivialité, l’humour ou les rituels du quotidien. Et c’est peut-être là la véritable leçon: dans certains groupes humains, le problème n’est pas tant le conflit ouvert que cette violence feutrée, presque invisible, qui se nourrit des regards, des sous-entendus, des alliances mouvantes… et du silence de plomb des spectateurs.

Pour illustrer ce billet, si l’agression relationnelle chez les adultes vous semble complexe, observez ce rituel d’épouillage et de coalition chez nos cousins les primates. Une illustration parfaite, en images, du « toilettage social » théorisé par Robin Dunbar… où l’on comprend que l’art du potin et de l’alliance ne date pas d’hier !

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LIRE LES AURAS : FABRIQUE D’UNE CROYANCE

Quand quelques couleurs suffisent à décrire une personnalité, il est temps de s’interroger sur ce que l’on veut nous faire croire.

Des récits séduisants sans fondement scientifique.

Selon les principes picturaux de la Renaissance, le peintre Fra Angelico (1400-1455) a représenté dans ses œuvres le visage humain entouré d’une auréole, un halo de lumière symbolisant la lumière mystique des saints. Elle signifie aux croyants que ces saints, par leur vie exemplaire ou leurs prodiges, sont différents du commun des mortels. Cette auréole est aussi connue, plus prosaïquement, sous le terme d’aura, marquant l’atmosphère spirituelle d’une personne.

Maintenant, quittons le domaine de l’art pictural de la Renaissance pour celui de la parapsychologie et de ses aberrations.

Ce champ magnétique, ces corps subtils que sont les auras, enveloppant tous les êtres vivants et les choses, sont abondamment décrits dans la parapsychologie, les sciences occultes, les thérapeutes du New Age. La parapsychologie et la psycho-spiritualité new age ont fait de l’aura leur fonds de commerce. Le principe premier de l’aura est son invisibilité pour le profane, le quidam que nous sommes, vous et moi. Mais certains clairvoyants autoproclamés, qui font la course à la belle âme, auraient le talent de la voir.

L’une des premières descriptions des auras remonterait à 1897 et reviendrait à Charles Webster Leadbeater, un prêtre anglican, membre de la Société théosophique et autoproclamé clairvoyant. C. W. Leadbeater décrit les auras comme une brume lumineuse autour de l’homme, que l’on peut classer en fonction de sa couleur suivant le degré de spiritualité d’une personne.

Si vous voulez tout savoir sur votre aura, il vous faudra consulter l’un de ces élus qui savent la lire. Attention, le monde psycho-spirituel est semé d’embûches, et si vous pensez éventuellement être doté d’une aura semblable à celle des saints, vous risquez d’être déçu(e). Contentez-vous de regarder l’image de votre saint pieusement, car le thérapeute autoproclamé clairvoyant est conditionné à traquer les moindres défauts de la couleur de votre aura. Sa couleur dépend de votre degré d’évolution psycho-spirituelle et de la qualité de votre âme. Chez certains, l’aura peut être vaste, puissante, lumineuse, possédant des vibrations intenses et des couleurs splendides, tandis que chez d’autres, c’est tout le contraire : elle est petite, terne et laide. Si c’est le cas de la vôtre, ne paniquez pas, vous pouvez la travailler afin qu’elle vous protège des mauvaises influences et vous permette de bénéficier des influences bénéfiques du cosmos. Certains charlatans, oups… guérisseurs, vont vous faire la promesse de vous remettre sur pied en soignant votre aura et lui redonner bonne mine.

Sur le net, il y a pléthore de sites new age.La plupart restent généraux et gentillets sur la relation entre la couleur des auras et l’évolution psycho-spirituelle de la personne ; il en est d’autres plus flippants, attribuant à ces couleurs des traits de caractère négatifs ou des maladies physiques et psychologiques. De quoi déstabiliser une personne fragile qui fait confiance à un thérapeute new age convaincue par les fadaises qu’il raconte.

La lecture des auras est une facétie qui a ses racines dans la pensée irrationnelle ou magique, à l’instar de l’enfant qui croit au Père Noël. On est libre de ses croyances et de ses choix pour se faire soigner, mais le risque de tomber sous la coupe de charlatans peut vider votre portefeuille, conforter l’inculture scientifique et ouvrir la porte à la désinformation, largement relayée sur les réseaux sociaux.

Voici quelques correspondances des couleurs des auras empruntées à des auteurs à succès de la galaxie new age :
Le bleu pâle et fade signifie une timidité excessive, une personnalité non épanouie et influençable. Si, par malheur, ce bleu est mêlé à un jaune ocre, méfiance. Et mêlé à du gris, pessimisme. Mêlé à un jaune électrique, tendance à intellectualiser. Le summum du bleu restant le bleu foncé, qui dénote un caractère volontaire, pugnace et l’envie de progresser.

Quand l’aura est orange vif, la personne est tournée vers le bien et fait preuve de bonne volonté, de loyauté. Mais si elle est mêlée de jaune pâle, sa générosité est calculée. Et si l’orange est mêlé de vert sombre, la personne est rancunière, agressive et sans finesse.

L’aura rose est signe d’un esprit immature et d’un esprit ludique. Mêlée de jaune acide, la personne est égocentrique.

Bref, toutes les couleurs du spectre y passent et c’est sans fin. On peut noircir des pages et des pages avec toutes les correspondances entre les couleurs de l’aura et la personnalité des gens.

Les descriptions associées aux couleurs de l’aura reposent souvent sur ce que les psychologues appellent l’effet Barnum: des formulations suffisamment vagues et générales pour que chacun puisse s’y reconnaître, renforçant ainsi l’illusion de pertinence.

Outre la clairvoyance, la lecture de l’aura se dote d’un appareil attrape-nigauds et aussi pseudo-scientifique que l’électromètre de la scientologie : la photographie de Kirlian, du nom de son découvreur. Sa supposée découverte se propagea dans la parapsychologie et les sciences occultes. Tout commença avant la Première Guerre mondiale. En 1939, Semion Kirlian, un électricien russe qui réparait un appareil médical, voit crépiter des étincelles entre sa main et une électrode entourée de verre. L’image révélée est surprenante car sa main apparaît entourée d’une frange lumineuse. S. Kirlian poursuit ses recherches et pense que son procédé peut être utilisé pour diagnostiquer des maladies et étudier les propriétés électriques ou physiologiques d’organismes vivants. Rappelons que nous étions en 1939 et que la science médicale n’en était qu’à ses débuts. En plein essor du mouvement New Age et de la contre-culture dans les années 70, les travaux de S. Kirlian vont être diffusés par deux journalistes américains.

Avec l’effet Kirlian, de belles photographies en couleur montrent les variations de forme et d’aspect de l’aura à l’extrémité des doigts d’un sujet durant diverses phases de méditation ou sous l’effet de la douleur. L’Association française pour l’information scientifique (AFIS) décrit dans l’article « L’effet Kirlian » les dérives sectaires de la découverte de l’électricien russe : « Les photographies de Kirlian ne servent pas seulement, écrit-on, à diagnostiquer divers troubles, dont le cancer, avec une fiabilité supérieure à celle des méthodes médicales classiques ; elles permettent aussi d’observer le transfert de l’énergie vitale du guérisseur à celui du patient. »

Les parapsychologues assimilent l’effet Kirlian au corps astral ou éthérique des occultistes. Par la suite, les marchands du temple de l’industrie vont exploiter le filon en fabriquant des détecteurs de Kirlian vendus à des charlatans qui tirent le portrait (si l’on peut dire) de l’aura des gogos pour connaître leur couleur et leur quotient spirituel (QS), pour la somme de quarante euros. Les salons de médecine douce ou de parapsychologie regorgent de ce type d’appareils.

Outre S. Kirlian, durant les années 1910 et 1920, en pleine période de la théosophie, Walter J. Kilner inventa également des lunettes basées sur l’idée d’écrans de dicyanine contenant de l’aniline pour lire les auras. La dicyanine est un colorant vert olive utilisé comme sensibilisateur pour la photographie en couleur. L’aniline étant un précurseur de l’indigo.

En 1956, le livre Le Troisième Œil de Lobsang Rampa (se présentant comme un moine tibétain) obtint un immense succès planétaire et diffusa dans l’ésotérisme populaire la notion d’aura. Lobsang Rampa affirme dans ses écrits qu’il possède le don de voir les auras et qu’il peut ainsi évaluer le matérialisme, la spiritualité et le degré d’honnêteté des gens. Lobsang Rampa prétendit qu’il était né avec ce pouvoir de lire les auras. À l’âge de sept ans, il avait été envoyé dans une lamaserie tibétaine, et une opération chirurgicale consistant à percer un petit orifice dans le front de Rampa ouvrit son troisième œil et amplifia son pouvoir de voir les auras.

Auteur prolixe, Lobsang Rampa prétendit travailler à la conception d’une machine aurique à destination des médecins non clairvoyants pour qu’ils puissent photographier l’aura et, par ce moyen, diagnostiquer des maladies. Les tibétologues et anthropologues de l’époque se montrèrent sceptiques sur la réalité des écrits et des voyages au Tibet de Lobsang Rampa. Et ils avaient raison. L’auteur était en fait un certain Cyril Henry Hoskin, né le 8 avril 1910 à Plymouth (Devon), d’un père plombier ; il était en réalité vendeur de matériel pharmaceutique au chômage. Hoskin n’avait jamais mis les pieds au Tibet et ne parlait pas un mot de tibétain. En 1948, il se fait officiellement changer son nom en Karl Kuon Suo avant d’adopter celui de Lobsang Rampa.

Retrouvé par la presse britannique en Irlande, le charlatan ne se démonta pas. Il ne nia pas son nom de Cyril Hoskin mais prétendit que son corps était occupé par l’esprit de Lobsang Rampa grâce à la technique de la transmigration : un moine tibétain qui avait besoin de transmettre un enseignement aux Occidentaux en prenant possession du corps de Hoskin.

Grand mythomane devant l’éternité, Hoskin/Rampa prétendit que son livre Vivre avec le lama avait été dicté par télépathie par Mme Fifi Greywisken, son animal de compagnie… une chatte siamoise ! Il a certainement été inspiré par les livres de la grande voyageuse Alexandra David-Néel et par les enseignements de la théosophie. Les livres de Lobsang Rampa firent rêver des lecteurs du monde entier et sensibilisèrent des tas de gens à la spiritualité tibétaine sur la base de mensonges et de croyances irrationnelles. Même après sa mort, son enseignement continue de rassembler un grand nombre d’adeptes qui pensent trouver un sens caché psycho-spirituel dans ce canular littéraire.

La contre-culture hippie contribua à propager, dans les années 70, le concept d’aura. En 1972, le psychologue américain Stanley Krippner a organisé à New York le premier congrès sur l’aura. Ce psychologue est un pionnier dans l’étude de la conscience, et il conduit des investigations dans le domaine des rêves, de l’hypnose, du chamanisme et de la dissociation. Toutes ses recherches sont faites dans une perspective multiculturelle, avec un accent sur les phénomènes réputés anormaux. Il s’agit d’une démarche peu académique mais intéressante. Dans ce type de recherche, on peut aussi bien côtoyer des sceptiques intéressés par ce genre de phénomènes que des charlatans.

La vision de l’aura obtint un regain d’intérêt dans les années 90 avec la parution du livre Les enfants indigo : enfants du troisième millénaire du couple Lee Carroll et Jan Tober (qui se présentent comme des intermédiaires entre les humains et les extraterrestres), suivi du film Indigo par James Twyman, Neale Donald Walsch et Stephen Simon. Les enfants indigo se caractériseraient par une aura indigo et seraient des enfants surdoués, dont l’intelligence et la maturité seraient supérieures car ils viennent d’une autre galaxie. Ces enfants peuvent faire preuve d’étonnantes capacités, comme celle de se guérir du virus HIV. Ces enfants sont forcément mal adaptés à la vie terrestre, et ils ont besoin d’une prise en charge adaptée à leurs étonnantes facultés surhumaines. Lee Carroll a développé le réseau Kryeon avec la technique EMF Balancing, technique d’harmonisation des champs magnétiques. Des praticiens énergéticiens certifiés EMF prétendent soigner les enfants indigo, incarnations d’esprits supérieurs ou d’âmes anciennes.

Or, les expressions employées pour les enfants indigo sont les mêmes que pour les enfants ayant un QI supérieur à 130. Les enfants précoces sont hypersensibles, et en cas de doute, il vaut mieux consulter l’AFEP (Association française pour les enfants précoces) plutôt qu’un thérapeute EMF.

L’aura est-elle cantonnée au domaine de la parapsychologie et des pseudo-sciences uniquement, alors ?

Le terme d’aura existe pourtant en médecine, à mille lieues du sens donné par la parapsychologie. Les migraines peuvent parfois s’accompagner de phénomènes sensoriels regroupés sous le nom d’aura. Dans le cas des migraines, les auras les plus fréquentes sont ophtalmologiques : le champ visuel se remplit de phosphènes, de mouches semblant traverser le champ visuel (myodésopsies), de lignes brisées lumineuses (scotomes scintillants) pouvant former des compositions complexes. Les migraineux peuvent également avoir des auras visuelles, des auras sensorielles, et d’autres formes plus rares.

La synesthésie est également une autre explication de la vision des auras. La synesthésie est un trouble neurologique (non pathologique) par lequel deux ou plusieurs sens sont associés alors qu’ils sont habituellement isolés. Les cas sont rares et ne concernent pas les charlatans. En 2004, Jamie Ward rapporte une étude de cas dans la très sérieuse revue Cognitive Psychology : une synesthète voyait des couleurs pour les noms des gens qu’elle connaissait personnellement. Elle disait qu’elle voyait des couleurs qui occupaient tout son champ de vision quand sa synesthésie était provoquée par des mots. Elle percevait visuellement distinctement les noms et les visages des gens qu’elle connaissait, avec des halos colorés ou des auras projetées autour de la personne ou du nom. Elle ne croyait pas qu’elle possédait des pouvoirs mystiques à l’instar de Lobsang Rampa et ne s’adonnait pas à l’occultisme.

Il existe d’autres cas bien documentés dans des revues de neurologie de bonne facture dans lesquelles des synesthètes ont rapporté projeter des couleurs sur des gens (Weiss, 2001, et al., Ramachandran & Hubbard, 2001). Le psychologue britannique du University College de Londres, Jamie Ward, décrit les tests autour de cette jeune femme qui affirme voir des couleurs autour des mots, des objets ou des personnes uniquement dans un contexte émotionnel. Les tests montrent qu’elle associe systématiquement les mêmes couleurs aux mêmes mots, et le psychologue conclut que certaines personnes atteintes de ce trouble associent alors ces couleurs à des états spirituels.

Phil Merikle, du Centre de recherche sur la synesthésie à l’université de Waterloo (Ontario), émet comme hypothèse que les enfants seraient synesthètes à l’origine, et qu’au fur et à mesure du développement de leur cerveau, quand les bonnes connexions se font, cette particularité disparaît.

Des déformations perceptuelles induites par des charlatans, conditionnées par des exercices pour apprendre à lire les auras, des illusions et des hallucinations peuvent favoriser les croyances dans l’existence de l’aura. Certains scientifiques affirment que la propension à voir des auras pourrait avoir, du moins en partie, un fondement à la fois neurochimique et génétique. Il y aurait une relation entre des facteurs psychologiques, comme la propension à la fantaisie, la suggestibilité et d’autres, associés à des niveaux de dopamine dans le cerveau, qui favoriseraient la vision des auras.

La science a bien prouvé l’existence de champs thermiques, électromagnétiques et électrostatiques, mais elle n’a pas prouvé l’existence des auras décrites dans les sciences occultes, la parapsychologie et le New Age. Gardons l’esprit sceptique, comme le philosophe Friedrich Nietzsche : « La croyance forte ne prouve que sa force, non la vérité de ce qu’on croit. »

Rideau!

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IA: UN OUTIL POUR RAISONNER

Dans un magasin de bricolage, une expérience concrète montre que l’intelligence artificielle n’est pas une simple aide, mais un outil de structuration de la pensée.

L’intelligence artificielle ne remplace pas l’humain, mais structure la pensée

L’intelligence artificielle, ce n’est pas forcément les grands discours dans les journaux high-tech ou les revues spécialisées.Sa principale utilisation est déjà ailleurs, dans des usages beaucoup plus ordinaires. 

C’est une réalité : trois ans après son lancement, des centaines de millions de personnes l’utilisent. En France, près d’un adulte sur quatre y aurait recours régulièrement, non seulement dans un cadre professionnel, mais aussi comme une extension de la vie quotidienne.

Monsieur et Madame Tout-le-monde s’en servent, et pas uniquement dans leur domaine de compétence.

Une fois n’est pas coutume, je vais parler ici d’une expérience. Dans un domaine qui m’est totalement étranger : le bricolage. Une activité courante chez les Français, encore largement associée aux hommes, mais devenue aussi tendance chez les femmes. Je me suis donc lancée.

Je n’ai absolument aucune compétence en la matière. Je ne sais pas manier un tournevis correctement, ni utiliser un produit technique pour réparer ou entretenir un meuble abîmé. Jusqu’à présent, j’ai toujours fait appel à des bricoleurs confirmés.

Devant les petites réparations à faire chez moi, souvent délaissées par les professionnels, je me suis dit qu’avec ChatGPT, je devais pouvoir compenser mes lacunes, au moins pour choisir les bons matériaux et les bons outils. Il existe des tutoriels sur YouTube, mais pour un débutant, ils ne sont pas toujours compréhensibles.

Je me rends donc chez Leroy Merlin à Caen. Pour un novice, c’est un dédale : où aller, vers quel rayon se diriger, même en lisant les panneaux en hauteur? Avec la densité de clients, il est difficile de rester concentré sans se laisser distraire. J’avais préparé une liste de matériel à acheter : un visiophone, des produits pour réparer du bois.

Après quelques tâtonnements et en interrogeant ChatGPT, j’arrive devant le rayon visiophone, un peu à l’écart. Je prends mon smartphone, photographie les produits, et pose des questions en rafale avec la fonction vocale : est-ce facile à installer ? Trop complexe pour mon usage ? Que choisir ? La séance dure près de vingt minutes. Je ne cherchais pas une réponse, mais un cadre pour raisonner dans un environnement que je ne maîtrisais pas. Il s’agissait d’une démarche d’apprentissage rapide.

L’intelligence artificielle ne me donnait pas une solution, elle structurait mon raisonnement. Elle posait des limites sur ce que je ne devais pas acheter. Mais je restais la seule décisionnaire pour choisir en fonction de mon usage.

Au départ, j’avais prévu un budget. Devant les prix des packs, j’hésite.Je continue pourtant, photographiant chaque article, posant des questions à ChatGPT sur les avantages et les inconvénients. J’utilise la fonction vocale. Après cet échange soutenu, je finis par choisir un visiophone à un prix acceptable et adapté à mon installation.

Je prends le pack, me retourne et, surprise, je constate qu’une conseillère, à son bureau, a probablement entendu ma conversation. Je n’ai évidemment pas précisé que je dialoguais avec une intelligence artificielle. Elle a sans doute imaginé un interlocuteur humain particulièrement patient. Quel proche ou ami aurait supporté une telle série de questions en rafale ? De quoi exaspérer toute personne, même d’une patience à toute épreuve.

Voyant cette personne, je me suis sentie brièvement prise de court, presque coupable, en pensant aux discours médiatiques sur l’IA remplaçant l’humain.

Ce n’était pourtant pas le cas. Je n’avais pas besoin d’un interlocuteur humain au départ, mais d’un outil pour acquérir une base, avant un échange de vive voix. Ce n’est pas un changement civilisationnel, comme on le lit souvent, mais un changement cognitif. 

J’ai utilisé l’intelligence artificielle comme outil d’apprentissage dans un domaine que je ne connaissais pas. Peu de personnes auraient eu la patience d’expliquer à une totale néophyte ce qu’il fallait choisir et comment cela fonctionnait.

Trois semaines plus tard, je retourne chez Leroy Merlin. Cette fois, mon smartphone ne fonctionne pas. Impossible d’accéder à ChatGPT.

Et pourtant, je m’en sors rapidement. J’ai intégré une logique. Je trouve les rayons, les produits, sans difficulté. Je ne suis pas dépendante. Je suis devenue autonome. 

Ce que j’avais utilisé n’était pas une assistance, mais une logique que j’avais intégrée.

Mais il faut reconnaître que l’intelligence artificielle ne résout pas tout, et n’a rien de magique. Une fois le visiophone installé, je tente de le faire fonctionner seule avec ChatGPT. Les explications deviennent confuses. Malgré plusieurs tentatives, rien ne fonctionne. Après une demi-heure, ChatGPT me suggère de faire une pause. Je finis par capituler.

Le lendemain, avec un esprit plus clair et des questions mieux formulées, l’appareil fonctionne en quelques minutes. L’intelligence artificielle a répondu répondre clairement quand mes propos ont été cohérents.

Avec elle, la pensée ne devient pas linéaire, mais elle est contrainte de se structurer. L’échange oblige à clarifier ce que l’on cherche réellement, presque comme un miroir qui renvoie les tâtonnements de la pensée et ses ajustements.

L’IA révèle et exige une pensée plus structurée.L’IA n’est pas un gadget ludique, mais un outil cognitif qui prolonge la pensée et renforce la capacité de décision.

En conclusion, même en ayant recours à l’intelligence artificielle, je suis restée la décisionnaire centrale. Il ne s’agit pas d’une simple aide, mais d’une transformation du rapport à l’apprentissage et aux connaissances. ChatGPT n’a été qu’une extension de ma logique, qui m’a permis d’entrer dans un domaine qui m’était totalement étranger.

Certains commencent à formuler ce déplacement. Dans un entretien accordé au Figaro, Olivier Sibony et Éric Hazan évoquent l’IA non comme un simple outil d’exécution, mais comme un support de raisonnement. Ce n’est pas “une aide”

Mon expérience, très concrète, va exactement dans ce sens.

Une vidéo de présentation récente par Olivier Sibony illustre également cette évolution de l’intelligence artificielle, non plus comme une aide, mais comme un support de raisonnement.






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LA MACHINE, MIROIR DE L’HUMAIN

De la robot-thérapie aux intelligences artificielles conversationnelles comme ChatGPT, ces technologies s’imposent aujourd’hui comme des médiateurs inattendus. Miroirs cognitifs, elles interrogent la relation que l’humain entretient avec ses propres créations, qui ne relèvent plus de l’imaginaire.

De Paro à ChatGPT — l’intelligence artificielle comme médiateur thérapeutique

J’ai été fascinée, à sa sortie par le livre de Kai-Fu-Lee, IA, la plus grande mutation de l’histoire. Kai-Fu-Lee raconte qu’il a mis au point, en 1986, le logiciel qui a remporté le championnat du monde d’Othello. Aujourd’hui à la tête d’un des principaux fonds d’investissement en IA en Chine et auteur également de AI Superpowers (2018), il relie l’histoire des premières victoires symboliques de l’IA à l’impact réel que ces systèmes ont désormais sur nos sociétés, qu’il compare à une mutation similaire à celle de l’électricité. Si Kai-Fu-Lee peut être considéré comme un pionnier, Sam Altman représente l’une des figures contemporaines de cette révolution. Avec OpenAI, il a contribué à diffuser largement ces technologies auprès du public. Pour Altman, l’IA n’est pas un substitut à la créativité humaine, mais un outil qui l’augmente et améliore la productivité. Elle agit comme un catalyseur du potentiel humain, et non comme un remplaçant.

Historiquement, il est important de revenir aux débuts de l’intelligence artificielle. En 1997, l’ordinateur Deep Blue d’IBM a vaincu le champion du monde d’échecs Garry Kasparov, lors d’une partie appelée « le baroud d’honneur du cerveau ». Cet événement a suscité une inquiétude considérable, alimentant l’idée que les machines pourraient un jour supplanter l’homme. Pourtant, derrière cette victoire se trouvait la main humaine : le système avait été programmé, entraîné et optimisé avec l’aide de spécialistes et de joueurs d’échecs.

L’histoire du Chinois Ke Jie, superstar du jeu de go, est tout aussi éloquente. Convaincu de pouvoir battre AlphaGo, il fut défait lors des deux premières parties, avant de déclarer forfait, épuisé psychologiquement. Ces épisodes ont marqué un tournant dans la perception publique de l’intelligence artificielle.

Si les performances de l’intelligence artificielle peuvent sembler humaines, voire surhumaines, elle reste une machine. Elle reste une machine. Le risque de dérive anthropomorphique apparaît dès lors que l’on oublie qu’il s’agit d’un système conçu et entraîné par l’homme. L’intelligence artificielle ne possède pas d’intelligence propre. Elle simule certains aspects de l’intelligence humaine à partir de modèles mathématiques construits par des spécialistes. Contrairement à l’intelligence humaine, qui est vécue et incarnée, il s’agit d’une intelligence simulée. Cette distinction est essentielle pour comprendre la puissance de ces technologies, mais aussi les projections dont elles peuvent faire l’objet.

C’est dans ce contexte que sont apparus les premiers robots sociaux utilisés dans le domaine de la santé. Conçus pour interagir avec les patients, ils ne se limitaient plus à effectuer des calculs, mais entraient dans une forme de relation, suscitant parfois des réactions émotionnelles inattendues. Dans l’esprit du public, ils pouvaient même apparaître comme des substituts du lien humain, contribuant à renforcer les projections dont ils faisaient l’objet. La machine peut ainsi devenir, dans certains contextes, le support d’une figure proche de celle de l’ami imaginaire, facilitant les phénomènes de projection.

La robotique humanoïde, qui constitue une branche de l’intelligence artificielle, associe des systèmes mécaniques et des programmes informatiques afin de permettre à des machines d’interagir avec les humains. Inspirée par la figure humaine, elle évoque parfois un alter ego, et a fortement influencé l’imaginaire collectif, notamment à travers les œuvres de science-fiction d’Isaac Asimov.

Les robots humanoïdes sont conçus pour assister l’être humain, notamment dans des tâches complexes, répétitives ou dangereuses. Leur développement repose sur de nombreuses disciplines, parmi lesquelles la résolution de problèmes, la compréhension du langage, la perception visuelle et auditive, ainsi que l’apprentissage, en lien étroit avec l’ingénierie mécanique, électrique et informatique.

La conception de ces robots s’appuie également sur des domaines plus récents, comme l’informatique affective, qui vise à reconnaître certaines expressions émotionnelles humaines, et la robotique cognitive, dont l’objectif est de permettre à la machine de percevoir son environnement, d’apprendre et d’adapter ses réponses de manière autonome.

Parmi ces développements issus de la robotique cognitive figure la robot-thérapie, aujourd’hui utilisée dans certaines approches relationnelles individuelles. Pour être rigoureux, la littérature scientifique emploie plus volontiers le terme de « robots sociaux ». Ces robots, souvent conçus avec une apparence enfantine, ludique ou animaloïde, sont destinés à inspirer confiance et à paraître inoffensifs aux yeux des personnes avec lesquelles ils interagissent.

Darwin-OP, l’un de ces robots sociaux mis au point en 2014, illustre ces applications. Utilisé dans des contextes thérapeutiques et éducatifs, il peut faciliter certaines interactions, notamment chez des patients présentant des troubles relationnels ou de la communication. Darwin-OP est surtout utilisé dans l’autisme, l’éducation et la recherche.

Aujourd’hui, la robot-thérapie n’est plus un simple gadget et appartient désormais au domaine médical. On a quitté l’ère de la science-fiction. Le robot est devenu un outil thérapeutique intégré, utilisé notamment en rééducation. Il représente une opportunité pour des personnes ayant perdu certaines capacités motrices. La rééducation assistée par robot agit sur le système musculo-squelettique et nerveux, mais aussi sur le cerveau, en favorisant l’apprentissage et la récupération du mouvement.

Darwin-OP aide notamment à socialiser des enfants présentant des troubles psychiques comme l’autisme. Développé par des chercheurs du Georgia Institute of Technology, ce robot humanoïde repose sur une interface originale : l’enfant utilise une tablette pour enseigner au robot les règles d’un jeu, inversant ainsi les rôles traditionnels. Le robot apprend en mimant le comportement de l’enfant. Ce dispositif permet de travailler certaines fonctions comme la coordination œil-main ou la préhension, tout en plaçant l’enfant dans une position active.

Le robot social Paro, quant à lui, est utilisé auprès de personnes âgées atteintes de maladies neuro-dégénératives, notamment Alzheimer. Cette peluche robotisée en forme de bébé phoque est capable de simuler des réactions émotionnelles. Des études menées, notamment à l’hôpital Broca à Paris et dans plusieurs EHPAD, ont montré que l’interaction avec Paro pouvait améliorer le bien-être, le comportement et le lien social des patients.

Les robots sociaux ne remplacent évidemment pas le lien humain, mais constituent des outils thérapeutiques au service des soignants. Ils doivent être conçus comme des médiateurs, et non comme des substituts relationnels. Leur capacité à simuler des émotions soulève néanmoins des questions éthiques, notamment celle du risque de banalisation d’une « empathie artificielle » au détriment de l’empathie humaine.

Des robots comme Matilda ou Pepper illustrent cette évolution. Conçus pour interagir avec les patients, ils peuvent mémoriser des informations, dialoguer ou accompagner certaines activités. Leur efficacité semble particulièrement intéressante dans la maladie d’Alzheimer ou certains troubles du spectre autistique. Dans ces contextes, le robot peut jouer le rôle d’objet d’attachement, voire d’objet transitionnel au sens de Winnicott, support de projections émotionnelles.

Toutefois, comme le souligne la chercheuse Ritta Baddoura, l’usage thérapeutique des robots sociaux en est encore à ses débuts. Les études disponibles présentent des limites méthodologiques et les effets à long terme restent insuffisamment connus. Une évaluation rigoureuse demeure nécessaire.

Certaines applications de l’intelligence artificielle illustrent également son rôle d’assistance en santé mentale. Le programme Tree Hole, développé en Chine, analyse les messages publiés sur le réseau social Weibo afin de détecter des expressions associées à un risque suicidaire. Lorsqu’un message est identifié comme préoccupant, le système alerte une équipe de professionnels qui peuvent intervenir auprès de la personne concernée. Dans ce cas, l’IA n’agit pas comme un thérapeute, mais comme un outil d’aide au repérage, au service des cliniciens.

Cette fonction d’assistance correspond à la position défendue par Sam Altman, selon laquelle l’intelligence artificielle doit être conçue comme un outil augmentant les capacités humaines, et non comme un substitut. L’IA peut ainsi contribuer à améliorer certaines pratiques, tout en restant dépendante des décisions humaines.

Ces exemples montrent que l’intelligence artificielle ouvre des perspectives importantes dans le domaine de la santé, à condition de maintenir une vigilance éthique et de ne pas confondre simulation et relation humaine.

Plus récemment, un article du Figaro relatait le cas d’un salarié expliquant comment l’utilisation de ChatGPT avait contribué à orienter sa carrière professionnelle. Cette expérience illustre une évolution supplémentaire : l’intelligence artificielle ne se limite plus à la rééducation physique ou à la médiation thérapeutique, mais intervient désormais comme outil d’accompagnement dans la vie quotidienne.

Cette évolution confirme à la fois le potentiel et l’ambiguïté de ces technologies. Comme les robots sociaux, ces systèmes peuvent jouer un rôle de soutien, à condition de ne pas perdre de vue leur nature réelle : celle d’outils conçus par l’homme, et non de substituts à la relation humaine.

On nous rappelle souvent que l’intelligence artificielle n’a ni ego ni conscience. Et pourtant, dès lors qu’elle parle, l’humain est tenté d’y répondre comme à un autre humain. Ce trouble n’appartient pas à la machine, mais à notre propre fonctionnement psychique. Une projection comme nous, le faisons avec les humains ne nous cachons pas.

« Et si ces machines, dépourvues d’ego, n’étaient finalement que des miroirs nouveaux dans lesquels l’humain explore son propre monde intérieur ? »

Pour clore cette réflexion, voici une intervention de Kai-Fu Lee sur les enjeux et perspectives de l’intelligence artificielle, du symbolique à l’opérationnel.

(La vidéo est en anglais. Les sous-titres français peuvent être activés via la fonction « traduire automatiquement » dans les paramètres YouTube.)

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BLUE MONDAY: LA PROPHÉTIE QUI SE VEND TOUTE SEULE.

Le Blue Monday n’est pas un diagnostic, mais de la psychologie de comptoir. C’est un mythe rentable entretenu par la suggestibilité, et fabriqué de toutes pièces par le marketing.

Saisonnalité de l’humeur et confusion médiatique

Janvier est le mois où la nuit tombe tôt et, où le matin, la lumière se fait attendre. Les jours sont courts. À cela s’ajoute la date supposément maudite du troisième lundi de janvier. Cette année, il tombait le 19 janvier et porte un nom désormais bien installé dans l’imaginaire collectif : le Blue Monday.

Le Blue Monday est censé être le jour le plus triste et le plus déprimant de l’année. Vous vous souvenez peut-être de ce que vous faisiez ce jour-là! Avez-vous lu les journaux, écouté les médias, intégré l’idée que cette journée devait être particulièrement sinistre? Ou bien votre humeur était-elle simplement celle d’un lundi ordinaire ? Pour ma part, c’était un jour comme un autre. Je n’ai appris que tardivement que c’était une journée maudite.

Quelle est l’origine de cette journée si particulière du mois de janvier ?
Le terme Blue Monday dériverait de l’expression allemande datant du XVIᵉ siècle, « blauer Montag », qui désignait un lundi chômé, souvent après les fêtes ou des excès d’alcool. Le Blue Monday également à une forme de mélancolie liée à la reprise de l’activité professionnelle le premier jour de la semaine, après le week-end.

Si le Blue Monday a gagné en popularité dans les médias et sur les réseaux sociaux, c’est à la suite d’une campagne publicitaire du voyagiste Sky Travel, lancée en janvier 2005, et présentée sous un vernis psychologique censé combattre la dépression.

Cette campagne affirmait que le troisième lundi du mois de janvier était le jour le plus sinistre de l’année, en invoquant la convergence de plusieurs facteurs : la météo, la brièveté des journées, le froid et le spleen de l’après-fêtes. Pour donner à cette affirmation un caractère scientifique, le voyagiste fit publier un communiqué de presse signé par le docteur Cliff Arnall, psychologue au Centre for Lifelong Learning, rattaché à l’université de Cardiff.

Les psychologues ont rapidement été vent debout contre ce communiqué signé par Cliff Arnall, dénonçant une opération commerciale dénuée de toute rigueur scientifique. Arnall tenta de se justifier en affirmant qu’il fallait, par tous les moyens, faire avancer la recherche en psychologie. Ses collègues ne furent guère convaincus par ces explications.

Les dessous de cette opération marketing, cherchant à se parer d’un vernis scientifique, sont révélateurs. On pourrait presque, ironiquement, saluer l’imagination débordante des publicitaires: l’opération fut en effet un franc succès pour Sky Travel, à défaut de faire progresser la recherche en psychologie.

Le Blue Monday persiste aujourd’hui dans l’imaginaire collectif, tout en véhiculant une vision erronée de la santé mentale.

La dépression, comme d’autres troubles psychiques, n’est ni une affaire de calendrier ni de conditions météorologiques. La confondre avec une simple baisse de moral saisonnière associée à un jour précis de l’année revient à méconnaître la profondeur et la complexité de ces pathologies.

Osons le dire: le Blue Monday relève avant tout une mascarade fondé sur un argument commercial. Pour la petite histoire, le communiqué signé par Cliff Arnall avait été pré-rédigé par le service marketing du voyagiste, puis transmis à plusieurs universitaires.

Le fameux remède qui est de partir en voyage pour atténuer les effets du Blue Monday, n’est pas le résultat d’une étude universitaire rigoureuse. Selon plusieurs sources médiatiques, Cliff Arnall aurait été rémunéré environ 1 200 livres sterling par Sky Travel pour cette contribution. Cela suffit à souligner la nature strictement commerciale de l’origine du concept.

Il s’agit, de fait, d’un conflit d’intérêts manifeste! Un universitaire est payé par un voyagiste pour produire un discours pseudo-scientifique favorisant des intérêts commerciaux. Un mélange des genres pour le moins douteux, qui explique la réaction critique de ses pairs. ll s’agit d’une captation symbolique du mal-être psychique à des fins commerciales comme vendre des voyages en exploitant une humeur supposée collective.

Il faut également souligner que ce communiqué de presse s’accompagnait d’une équation aux faux airs algébriques, censée renforcer l’argumentaire du voyage salvateur qui ferait oublier le Blue Monday.

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HÉRITAGES IMAGINAIRES

Une analyse critique de la psychogénéalogie, distinguant rigueur généalogique, interprétation psychanalytique et dérives pseudo-scientifiques. Retour sur les glissements conceptuels.

Généalogie et psychogénéalogie : rigueur, interprétation, confusion

@NBT

À partir des années 1970, la généalogie connaît un regain d’intérêt marqué dans les sociétés occidentales. Aux États-Unis, cet engouement est largement attribué à la diffusion de la série télévisée Roots, adaptée du livre d’Alex Haley, retraçant la saga d’une famille afro-américaine depuis ses origines africaines. La diffusion de cette série sur la chaîne ABC constitue un moment charnière et a permis de populariser la recherche généalogique auprès d’un large public. Elle a démontré qu’il était possible de reconstruire une histoire familiale sur plusieurs générations à partir de sources historiques, malgré des lacunes de l’état civil, les manques de certaines archives administratives ou les traumatismes de l’histoire.

De l’autre côté de l’Atlantique, en France, l’intérêt pour la généalogie s’est accru progressivement à partir des années 1980. Une étude menée en 2011 par un sociologue auprès de près de 11 000 généalogistes a mis en évidence plusieurs facteurs déclencheurs. Pour les générations les plus âgées, la disparition progressive des ascendants les place en tête de ligne générationnelle, suscitant un besoin de transmission et de clarification de l’histoire familiale. Les photographies anciennes, les silences, les non-dits et les romans familiaux alimentent alors le désir de se tourner vers les archives officielles afin d’établir des faits vérifiables et de reconstituer des trajectoires familiales. Quoi qu’il en soit, la généalogie s’est imposée comme un loisir structuré et durable, aussi bien aux États-Unis qu’en France.

L’intérêt de la filiation ne date pas d’hier. Dès l’Antiquité, l’œuvre du poète grec Hésiode, « La Théogonie », qui retrace l’origine et la filiation des dieux, est parfois citée comme l’une des premières tentatives de mise en récit généalogique. Loin d’être une simple curiosité, la généalogie était alors un véritable pouvoir pour revendiquer une descendance divine ou héroïque aux fins de légitimer une famille royale ou une cité. Sans relever d’une démarche scientifique au sens moderne, ce type de récit témoigne d’un besoin ancestral d’inscrire les individus dans une lignée pour justifier leur rang et leur rôle dans la société.

Aujourd’hui, un Français sur deux a déjà entrepris des recherches sur sa famille afin d’en comprendre l’histoire et de la transmettre aux générations futures. Pour beaucoup cependant, cette démarche s’avère complexe. Si la généalogie n’est pas une science expérimentale à proprement parler, elle exige en revanche une rigueur méthodologique élevée lorsqu’elle est pratiquée selon les règles établies par les généalogistes. Elle repose sur des bases factuelles issues de disciplines connexes telles que l’histoire, la paléographie, l’archivistique ou encore la démographie historique.

À partir de ces fondements, la généalogie mobilise des sources précises et codifiées : actes d’état civil (naissances, mariages, décès), registres paroissiaux, actes notariés, archives judiciaires, recensements, archives militaires, minutes et tables décennales. L’une des règles centrales de la discipline est que toute information doit être sourcée, et non approximative. Chaque donnée doit être localisable, datée, référencée et reproductible par tout chercheur.

À ce titre, la généalogie documentaire peut être rapprochée, par ses exigences de vérifiabilité et de traçabilité, de certaines pratiques de la science expérimentale: on n’est pas dans l’interprétation, mais dans l’établissement de faits.

La généalogie repose sur un ensemble de principes méthodologiques stricts tels que la cohérence des documents, l’authenticité des sources, la prise en compte du contexte historique, la comparaison des sources disponibles et la hiérarchisation des preuves. Ses cadres institutionnels sont solides, puisqu’elle s’appuie sur les archives nationales et départementales, sur des normes de conservation précises et sur des règles d’accès légales clairement définies.

Cette pratique s’inscrit dans ce triptyque: droit / histoire / administration. Les actes et documents consultés relèvent d’un cadre juridique car ils sont produits dans un contexte historique donné et sont conservés selon des procédures administratives normalisées. Dans ce cadre, il n’y a pas d’interprétation subjective des faits eux-mêmes, si ce n’est celle inhérente au travail de recherche (choix des sources, organisation des données). Les informations établies restent factuelles, vérifiables et contrôlables. Ce caractère peut paraître austère, voire ennuyeux, mais il constitue précisément la garantie de la rigueur et de la fiabilité de la démarche généalogique.

Malheureusement, on observe depuis plusieurs décennies un glissement sémantique et conceptuel de la généalogie vers une pratique se réclamant d’une approche transgénérationnelle et psychologique, communément désignée sous le terme de psychogénéalogie, aussi appelée analyse transgénérationnelle.

Contrairement à la généalogie documentaire, cette approche ne repose pas sur un cadre méthodologique validé scientifiquement, mais sur une interprétation subjective du roman familial, visant à attribuer aux non-dits, aux répétitions et aux événements du passé une portée explicative directe sur le présent. Elle est généralement classée parmi les pseudosciences, en raison de l’absence de critères de falsifiabilité et de validation empirique. De nombreuses dérives sectaires ont par ailleurs été signalées, ce qui justifie un examen critique rigoureux de ses fondements et de ses usages.

Développée dans les années 1970 par Anne Ancelin Schützenberger, la psychogénéalogie s’inscrit dans le parcours d’une psychologue dont la trajectoire académique et internationale est représentative de son époque. Formée en France et à l’étranger, elle a été en contact avec plusieurs figures majeures de la psychologie, de l’anthropologie et des théories de la communication, telles que Carl Rogers, Margaret Mead, Gregory Bateson et Paul Watzlawick. Ces références ont largement influencé les approches relationnelles et systémiques du XXe siècle, et constituent le socle théorique dans lequel la psychogénéalogie a émergé.

Anne Ancelin Schützenberger a introduit le génogramme, un outil de représentation graphique visant à situer un individu au sein de sa constellation familiale. Pris isolément, le génogramme constitue un instrument descriptif, permettant de visualiser des liens de parenté, des événements de vie ou des répétitions factuelles au sein d’une lignée. Il est parfois utilisé par des professionnels comme support de discussion ou de repérage.

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QUAND LE QUOTIDIEN CHANGE DE RÈGLES.

Deux histoires vraies montrent comment un geste gratuit peut suffire à briser la logique défensive du “jeu à somme nulle” et modifier une dynamique relationnelle.

Variations autour de Watzlawick avec deux histoires vraies

Pour Paul Watzlawick, nos relations humaines sont souvent prises au piège d’une règle impitoyable : celle des jeux à somme nulle. L’idée sous-jacente est toujours la même : l’autre est potentiellement un adversaire. L’objectif n’est pas tant de dominer que d’éviter d’être la partie perdante. Soit l’on gagne, soit l’on cherche au moins à ne pas perdre, ne serait-ce que pour sauver la face. Et l’autre, en face de vous est généralement prisonnier de la même logique.

Ce n’est donc pas la domination qui est au cœur de ce mécanisme, mais la rigidité du système relationnel. C’est un jeu dont la règle implicite est si puissante qu’il suffit d’un rien; une micro-rupture absurde qui ébranle toute la logique.

Or, il suffit parfois d’un geste, d’une infime perturbation dans ce scénario, pour faire basculer tout ce système bien huilé du jeu à somme nulle. Les anciennes règles peuvent se déverrouiller, créer une rupture comportementale et modifier notre manière de voir le monde.

Pour illustrer cette mécanique, Watzlawick se sert souvent de paraboles. C’est d’ailleurs dans l’une d’elles, tirée de son livre L’ultra-solution ou comment rater sa vie avec méthode où l’on trouve un chapitre remarquable: la réaction en chaîne de gentillesse.

L’histoire d’Amadeo : une déviation du scénario

Watzlawick raconte l’étrange trajectoire d’Amadeo Cacciviallani, un homme pour qui la vie n’était qu’un enchaînement de jeux à somme nulle. Gagner ou perdre était sa seule option. Dans ce monde intérieur que l’on peut qualifier de guerre froide, Amadeo était en état d’alerte permanent, prêtant à autrui les pires intentions, et se réjouissant ouvertement des petits malheurs des autres.

Un jour, alors qu’il gare sa voiture, un passant l’interpelle: « Vous avez laissé vos phares allumés.» Puis l’homme tourne les talons et disparaît aussitôt dans la foule. Amadeo est sur ses gardes et ce geste l’intrigue profondément.

Amadeo est complètement désorienté par ce geste gratuit. Pourquoi cet inconnu l’a-t-il prévenu? Que voulait-il vraiment? Dans son univers centré sur la méfiance, ce geste est complètement absurde! Il se souvient qu’il avait lui-même déjà repéré des voitures restées phares allumés… et il se régalait d’avance de la galère de leurs propriétaires qui devraient faire recharger leur batterie pendant plusieurs heures.

Mine de rien, ce micro-évènement du geste gratuit fissure sa mentalité. À partir de là, Amadeo va emprunter une trajectoire différente de celle du jeu à somme nulle.

Quelques jours plus tard, Amadeo trouve un portefeuille rempli de billets. Son premier réflexe est de se frotter les mains et de vouloir garder l’argent. Mais le souvenir de l’inconnu qui lui avait dit que les phares de sa voiture étaient allumés remonte et devient obsédant.

Alors Amadeo rompt avec son comportement habituel. Il traverse la ville et rapporte l’objet à son propriétaire. Celui-ci est stupéfait qu’on lui ait rendu ce bien. Amadeo refuse même la récompense, un geste incompréhensible pour cet homme, lui aussi prisonnier de la logique du jeu à somme nulle, qu’il n’aurait jamais imaginé agir de la sorte.

Un micro-événement absurde à Deauville, et tout change

L’histoire suivante illustre parfaitement comment une micro-rupture peut dévier le schéma d’un jeu à somme nulle.

Il y a quelques mois, une amie gare sa voiture place Morny, à Deauville, pour faire quelques courses. En revenant, elle ouvre sa portière, qu’elle avait laissée mal fermée, et elle aperçoit sur la banquette arrière un shopping bag d’une célèbre enseigne de cosmétiques. Elle est stupéfaite car elle n’a aucun souvenir d’avoir posé quoi que ce soit à cet endroit.

Elle ouvre le sac et voit qu’il contient des produits cosmétiques de luxe, soigneusement emballés, et au fond du sac un ticket de caisse avec un montant conséquent (plus de 300 €). Elle est interloquée, et en elle-même, elle se dit: « Non… je n’ai jamais acheté ça. »

Et là, les idées les plus invraisemblables se succèdent. Est ce un cadeau déposé volontairement? Une blague? Une mise en scène? Elle va même jusqu’à imaginer une caméra invisible. Aucun scénario ne tient vraiment la route.

C’est simplement ubuesque, et cette absurdité crée une rupture nette dans sa journée. Alors elle la seule chose qui lui paraît logique est de se rendre à l’institut de beauté où elle laisse son numéro de portable.

Quelques heures plus tard, une inconnue laisse un message sur son répondeur et explique le malentendu. Elle avait garé place Morny sa voiture exactement de la même couleur, juste à côté de celle de mon amie, et avait ouvert la portière qui n’était pas fermée. La confusion venait de là. Elle lui propose de la remercier en lui proposant de se rencontrer pour un café, et de récupérer ses achats ainsi. Mon amie décline poliment l’invitation et elle redépose simplement le sac à la boutique.

Quand mon amie a raconté cette anecdote autour d’elle, beaucoup n’ont pas compris son geste. Au contraire, elle a reçu une salve de réflexions qui illustrent la logique dominante du jeu à somme nulle :
« Tu aurais pu tout garder ! »
« Elle n’avait qu’à fermer sa voiture ! »
« Personne n’aurait su que tu avais gardé les produits. »

Comme si, dans un paysage relationnel que nous savons tous saturé de méfiance, un geste gratuit était tout simplement inconcevable. Et pourtant, ce sont souvent ces micro-événements inattendus, absurdes, presque comiques, qui déjouent sans bruit le schéma du jeu à somme nulle.

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BLESSÉS DE L’ÂME : COMPRENDRE LA SOUFFRANCE INVISIBLE DES SOLDATS DE 14-18

La guerre de 14-18 a fait naître, dans la douleur, la compréhension moderne du stress post-traumatique.

Le château de Chambly ut un hôpital de campagne pendant la guerre de 14/18

La guerre de 14-18 bouleversa la psychiatrie. Devant l’afflux de blessés psychiatriques, le service de santé des armées dut se réorganiser. La durée et l’ampleur de la Grande Guerre engendrèrent des troubles de la psyché inconnus jusqu’alors du corps médical. Les médecins ignoraient comment les prendre en charge.
Ces troubles n’étaient rein d’autre que les manifestations du stress post-traumatique, répertorié aujourd’hui dans le DSM et la CIM. Les médecins de l’époque de la Grande Guerre avaient une autre nomenclature et parlaient de l’hypnose des batailles, de la fatigue de guerre et du cafard.

Le principal trouble psychiatrique auquel devaient faire face les médecins était celui de l’obusite. Comment se manifestait-il ?

La Gazette de Souain rapporte des témoignages sur les Poilus souffrant d’obusite:
« Des soldats étaient trouvés accroupis ou pliés en deux, ne se relevaient pas, les yeux écarquillés. Certains sont devenus muets, sourds et même aveugles, sans blessure organique apparente. »

Lorsque les soldats présentaient des symptômes de paralysie, de tremblements, de surdité, des convulsions ou du mutisme, c’était pour la médecine la manifestation d’un désir de fuite. Et c’était considérée comme une forme d’hystérie, cette différente de l’hystérie féminine et propre à la guerre. On était vraiment loin du concept moderne de stress post-traumatique.

Les psychonévroses de guerre bouleversèrent le milieu des aliénistes. Pour les uns, c’était un syndrome post-commotionnel et pour d’autres, « émotion-choc » et rôle de la prédisposition. À l’époque, la « prédisposition » renvoyait surtout aux théories constitutionnelles héritées du XIXᵉ siècle : certains médecins pensaient que des soldats jugés plus « émotifs », issus d’une hérédité fragile ou d’une éducation supposée moins robuste, étaient plus vulnérables aux psychonévroses. Cette vision faisait porter la responsabilité du trouble au soldat lui-même et alimentait l’idée que « seuls les faibles cédaient ». Elle a contribué à légitimer, à tort, des traitements coercitifs.

Le neuropsychiatre toulousain Voivenel parla des troubles de l’émotivité (on dirait aujourd’hui états anxieux), qu’il finalisa dans son concept de « peur morbide acquise ». La peur morbide acquise est une hémorragie de sensibilité. Cet état intervient soit immédiatement après une bataille, soit plus progressivement au fil des mois. Les observations du Dr Voivenel préfigurent déjà certaines caractéristiques du stress post-traumatique figurant dans le DSM et la CIM-10.

Un autre versant du traumatisme de guerre fut celui des Gueules cassées, ces soldats défigurés par les éclats d’obus. Si les chirurgiens pionniers posèrent les bases de la chirurgie maxillo-faciale moderne, la dimension psychique fut longtemps ignorée : l’atteinte de l’image du corps entraînait effondrement narcissique, retrait social et impossibilité de retrouver une place dans la vie civile. Leur souffrance silencieuse rappelait que la guerre blesse autant l’apparence que l’identité, et que la reconstruction physique ne suffit pas à réparer l’impact psychique profond.

Comme les médecins pensaient que ces psychonévroses étaient une forme d’hystérie, ils ne prenaient pas de gants pour les traiter. Le malheureux poilu souffrant d’un état de stress post-traumatique pouvait être « soigné » par la flagellation pour briser sa personnalité. On frappait le soldat de plus en plus fort, avec des paroles faussement rassurantes et en lui faisant ingurgiter de l’eau-de-vie de force. La fameuse gnôle qu’on faisait boire aux soldats au combat.

Le traitement de choc le plus violent de l’époque utilisé pour la névrose de guerre était celui de la faradisation ou de sa variante galvanique à grande échelle. Les médecins partaient de l’idée que les soldats étaient des simulateurs, et qu’il fallait les mettre en face de leur propre couardise avant de les renvoyer au front. Les soldats ne pouvaient pas refuser le traitement, et la coercition physique était employée. On n’hésitait pas à enfermer les patients dans des carcans redresseurs.

Concrètement, voici comment se pratiquait une séance de faradisation: un courant galvanique de 35 milliampères sous 75 volts, en secousses brèves (de 10 à 20 secondes), était administré à l’aide de conducteurs sur les zones sensibles du soldat.

Cette méthode psycho-électrique, comme celle de Roussy et de Lhermitte, comportait plusieurs phases. D’abord la préparation suggestive du patient, puis le « choc psychique » provoqué par l’application douloureuse du courant faradique. Le tout se déroulait dans une atmosphère de discipline militaire implacable, où le soldat devait se soumettre sans protester.

Des infirmiers ont confirmé qu’un certain Dr Kolowsky faradisait les parties génitales ainsi que les bouts des seins. La toute-puissance du médecin, le pouvoir de la blouse blanche et du savoir, la suggestion et le choc électrique constituaient les trois fondamentaux de ce traitement barbare. Il faut le dire sans détour: c’était de la torture. 

Les séances se faisaient en présence d’autres patients afin que leurs hurlements de douleur effraient les autres victimes. Tout cela était censé renforcer l’efficacité de la cure… du moins selon eux.

Il y aurait des différences subtiles entre les méthodes électriques. La palme de la barbarie revient à la méthode de torpillage mise au point par le Dr Clovis Vincent. Elle repose sur le principe de la galvanisation, un courant plus intense que le faradique, envoyé avec des tampons sur les zones sensibles de la surface cutanée. La fin de la guerre sonna le glas du traitement électrique des psychonévroses.

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COMMUNICATION FACILITÉE : LE DÉBAT SCEPTIQUE FRANÇAIS.

Communication facilitée : entre croyance, espoir et dérive pseudo-scientifique, une controverse toujours vive.


Texte de Christine O. Ce rapport m’a a été envoyé par un contributeur anonyme de France qui, pour des raisons qui deviendront claires au fur et à mesure que vous le lirez, souhaite rester anonyme.

Ce texte fait écho à mon billet de 2018 Autisme : la communication facilitée, une pseudo-science. La communication facilitée prétend offrir aux personnes autistes non verbales la possibilité d’exprimer leurs pensées, une affirmation au cœur d’un intense débat sceptique. En réalité, elle relève de la pensée magique: elle privilégie l’expérience émotionnelle et l’impression de dialogue sur les exigences de la preuve scientifique.


Christine O analyse un cas français emblématique, où le scepticisme a mis au jour ces dérives, et complète ainsi le regard critique déjà esquissé dans mon billet.

Pour que vous puissiez vous faire votre propre idée, voici le texte de Christine O, ici traduit en français (sa version originale est disponible à cette adresse: https://www.facilitatedcommunication.org/blog/when-telepathy-awakens-skepticism-a-french-case-of-fc).


Tout commence par l’histoire d’une autrice non verbale, diagnostiquée autiste très déficitaire dès son plus jeune âge. Lorsqu’elle a atteint l’âge de 14 ans, sa mère, qui n’avait pas remarqué beaucoup de progrès, a décidé de la sortir du cadre institutionnel dans lequel elle était placée. Les recherches de la mère l’avaient amenée à la conclusion que, pour réaliser quoi que ce soit, sa fille devait d’abord « se reconnecter à son corps ». C’est en prenant en charge sa fille qu’elle a découvert que celle-ci, bien qu’elle n’ait jamais appris à lire, qu’elle était capable de communiquer avec elle en épelant des phrases parfaitement construites. Ses compétences motrices limitées, cependant, ne lui permettraient pas d’écrire avec un stylo. Au lieu de cela, elle s’exprime avec des lettres en carton classées par ordre alphabétique, qu’elle pioche l’une après l’autre pour former des mots.

UNE DIFFUSION MÉDIATIQUE ET SCIENTIFIQUE

Au cours des quinze dernières années, la jeune femme a publié plusieurs ouvrages. Certains de ses textes ont été adaptés au théâtre, mis en musique par des chanteurs et des musiciens, lus à la radio nationale, etc.

En 2016, son histoire a fait l’objet d’un documentaire qui a été sélectionné dans des festivals (notamment aux césars) et diffusé à la télévision sur Arte. Elle participe également de manière régulière à une émission populaire mettant en scène des journalistes autistes qui interviewent des célébrités.

Le parcours de l’autrice a soulevé des questions sur notre perception et notre compréhension de l’autisme sévère. Elle a en outre collaboré avec un chercheur en sciences cognitives du Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS). Récemment, elles ont donné ensemble une conférence sur l’autisme, l’hyperlexie et « l’expérience intime du langage ».

Lors d’une conférence, en présence d’un membre d’un parlementaire, l’autrice avait qualifié de façon cinglante ses années passées en Instituts Médicaux Éducatifs résidentiels et médicaux (IME) comme étant « un grand vide».

Crédit : @LeTelegramme sur Youtube

UNE RENCONTRE DÉROUTANTE
Personnellement, je me suis sentie très chanceuse d’avoir l’occasion de rencontrer la jeune femme, il y a quelques années. Sa mère m’a accueilli chez elle, et sans que j’aie eu besoin de poser une seule question, elle a commencé à me raconter leur histoire. Elle m’a d’abord décrit à quel point il était difficile d’établir le contact avec sa fille: des années passées comme devant un mur, sans pouvoir communiquer avec elle. Puis, quelques minutes après le début de notre conversation, elle mentionne en toute simplicité qu’elles communiquent entre elles par télépathie.

Remarquant mon air sceptique, elle m’a souri, mais par la suite, elle m’explique que sa fille n’apprend pas comme nous, les « neurotypiques », mais qu’au contraire, ellle un accès direct et illimité à la connaissance.

UNE CONVERSATION DÉCONCERTANTE:

Après cet échange troublant, j’ai été invitée à avoir une conversation avec la jeune femme.

Nous nous sommes installées toutes les trois dans une petite pièce, autour d’une table où se trouvait la boîte à lettres. Ce ne fut pas un véritable échange. La jeune femme s’est mise à choisir des lettres et à composer des phrases pendant de longues minutes, dans son style étrange et poétique.

À un certain moment, se rappelant la révélation télépathique faite plus tôt, la mère m’a glissé que sa fille avait « simplement changé d’avis » — comme si elle connaissait déjà les mots que sa fille allait former sur la table… Et, en effet, peu après, sa fille a mis les lettres pour cette phrase : « je te fais une télépathie. »

La mère m’a alors tendu un petit morceau de papier et un stylo. Elle m’explique que c’est un jeu auquel sa fille aime parfois se livrer. Je devais sortir de la pièce, écrire une courte phrase, puis ensuite l’appeler.

Je me suis exécutée, j’ai quitté la pièce et, une fois ma phrase écrite, j’ai appelé la mère. Elle m’a rejoint, a lu la phrase, a plié le papier et l’a glissé dans la poche arrière de son pantalon.

Nous avons rejoint sa fille et nous nous sommes installées comme précédemment. Sa mère en face d’elle, et moi sur le côté. À peine installée, la jeune femme a commencé à saisir les bonnes lettres, l’une après l’autre. Pendant quelques secondes, je me suis senti déstabilisée et ma vision s’est même brouillée. Je leur ai assuré que tout allait bien et qu’il n’était pas nécessaire d’épeler la phrase en entier, mais la mère a insisté : « Quand nous faisons cela, elle aime poser toutes les lettres. »

UN RÉVEIL SCEPTIQUE
Cette rencontre m’a laissée extrêmement perplexe. Le lendemain, après une nuit très courte, j’ai appelé des amis pour leur raconter cette expérience de télépathie à laquelle j’avais participé.

En détaillant le déroulement des faits, j’ai réalisé que je ne parvenais pas à m’en convaincre totalement moi-même. Un ami m’a alors aidé à prendre conscience que quelque chose m’avait forcément échappé.

Comme beaucoup de personnes familières avec l’histoire de cette autrice non verbale, j’ai d’abord eu des doutes… mais la multitude d’articles et les collaborations avec des institutions institutionnelles notamment le CNRS, les avaient balayés.

L’histoire était touchante, positive et semblait mériter d’être relayée, afin d’ébranler les préjugés et d’attirer l’attention sur les personnes vulnérables. Malgré la conclusion décevante à laquelle cela pouvait mener, j’ai décidé de chercher en ligne des vidéos montrant la mère et la fille en train d’écrire.

J’ai été très surprise de constater que, dans toutes ces vidéos, la mère effectuait de nombreux mouvements. Dans mes souvenirs, je l’avais imaginée complètement immobile. Mon attention avait dû être captée par l’agencement des lettres, et le contexte m’avait échappé.

J’ai alors commencé à remarquer des gestes étranges de la mère… jusqu’à ce que, finalement, après avoir revu ces mêmes vidéos encore et encore, l’évidence me frappe: c’était presque comme si la main de la fille était reliée à celle de sa mère par un fil invisible.

Quant aux mouvements incongrus, ils se produisaient précisément au moment où la fille s’apprêtait à prendre la mauvaise lettre.

À cet instant, le scénario m’a semblé presque aussi incroyable que l’histoire initiale… la télépathie mise à part, évidemment.

Qui pourrait avoir une telle idée ? Combien d’heures d’entraînement ont été nécessaires pour parvenir à un tel résultat ? La mère en était-elle désormais convaincue elle-même ?

UNE TECHNIQUE DISCRÉDITÉE CONNUE SOUS LE NOM DE COMMUNICATION FACILITÉE
Avec autant de questions en tête, j’ai supposé que d’autres personnes avaient dû remarquer l’influence de la mère. J’ai fini par trouver une critique négative de leur documentaire le qualifiant de « supercherie».

Cet article mentionnait une technique sujette à caution qui m’était inconnue: la communication facilitée (CF). J’ai trouvé par la suite deux autres commentaires faisant le lien entre cette histoire et la CF, l’un en réponse à une publication sur Facebook d’un centre de ressources sur l’autisme, l’autre sur une page de forum intitulée « cherche cas d’autistes non verbaux qui peuvent écrire. »

Le phénomène étant beaucoup plus répandu aux États-Unis, mes recherches m’ont rapidement mené à facilitatedcommunication.org. J’ai regardé le documentaire PBS « Prisoners of Silence » et j’ai finalement découvert la réponse idéomotrice, ce qui m’a aidé à comprendre comment les facilitateurs peuvent, eux aussi, être victimes de ce système de croyance.

En ce qui concerne cette impression de télépathie décrite par les facilitateurs, une fois que l’on a entendu parler du phénomène de la FC, une explication logique et moins magique apparaît : les facilitateurs sont convaincus de ne pas être les auteurs des messages mais ils peuvent se rendre compte qu’ils connaissent les mots avant d’être épelés par les individus non verbaux, les facilitateurs concluent que les individus non verbaux qu’ils facilitent sont télépathiques.

La FC a été introduite en France en 1993 par l’orthophoniste Anne Marguerite Vexiau après une formation d’un mois à la FC en Australie. En 1995, elle a fondé « Ta Main Pour Parler », une association qui vise à diffuser le FC en France. En 1998, elle a pris une tournure plus ésotérique en étendant l’utilisation de la FC aux personnes sans problème de neurodéveloppement ou trouble de la parole. Elle lui a donné un nouveau nom : « Psychophanie« . Selon Vexiau, la FC pourrait permettre d’exprimer l’inconscient et les émotions les plus profondes de chacun. Tout comme avec la FC régulier, la facilitation peut entraîner des messages poétiques ou même spirituels, mais dans le cas de personnes sans trouble cognitif, elle est également présentée comme thérapeutique, aidant à libérer des traumatismes prétendument réprimés… ce qui revient essentiellement à induire de faux souvenirs. En 2002, Vexiau a fondé une « école de communication facilitée et de psychophanie » pour former à la fois les professionnels et les parents à devenir des facilitateurs , et ces sessions ont encore lieu régulièrement à ce jour.

NOUVEAUX NOMS ET NOUVELLES FORMES DE FC
Plus récemment, la communication facilitée (FC) est apparue sous de nouveaux noms, par exemple CPA pour Communication Profonde Accompagnée, développée par Martine Garcin‑Fradet, et EP pour Écoute Profonde de Marie Vialard Hauser. La méthode reste identique: une facilitation physique au‑dessus d’un clavier, destinée aux personnes non verbales, mais aussi aux personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer, à celles dans le coma ou en fin de vie, ainsi qu’aux bébés et jeunes enfants.

La filiation avec la FC originale n’est pas cachée; ces nouvelles appellations correspondent surtout à des rebrandings à visée commerciale. Garcin‑Fradet et Hauser organisent par ailleurs des séances de formation régulières pour facilitateurs.

En ce qui concerne les nouvelles formes de FC sans contact physique, je n’ai pu trouver que quelques exemples. L’un d’eux concerne une association qui fait fortement pression pour les droits des personnes autistes, et qui a déjà invité Elizabeth Vosseler à présenter S2C. Cette association préconise un changement dans la perception de l’autisme non verbal et souhaite que la société “présume la compétence” des personnes avec autisme profond — un recadrage de l’autisme profond tel qu’il a été promu par les défenseurs de la FC depuis plus de 30 ans.

l’un des membres de cette association est un jeune homme autiste non verbal , facilité à la fois par sa mère, qui utilise un tableau de lettres, et par un facilitateur, qui l’accompagne lorsqu’il tape sur un iPad. Il étudie (avec son animateur) à la faculté de sociologie de Rennes et est membre du Réseau européen sur la vie indépendante (ENIL).

Il a été invité à discuter de la neurodiversité et du mouvement des droits de l’autisme à l’INSEI, une institution française spécialisée dans la recherche sur l’nclusion scolaire. Il a récemment rejoint le Conseil consultatif de la jeunesse des Nations Unies sur les droits de l’homme et l’éducation (EAA). Ses expériences personnelles ont donné lieu à un article complet sur le site des Nations Unies.

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L’ULTRA SOLUTION OU COMMENT RATER SA VIE AVEC MÉTHODE !

Avec son humour au second degré, Paul Watzlawick nous tend un miroir implacable : sous couvert de dérision, il dissèque l’art universel de rater sa vie avec méthode.

Le diagnostic ironique de Paul Watzlawick

Après Faites-vous même votre malheur, Paul Watzlawick poursuit, toujours avec sa touche ironique des recettes infaillibles pour rater tout ce qu’on entreprend. Une boucle infernale, qui révèle, sous couvert d’humour, les schémas les plus tenaces de nos comportements dysfonctionnels.

Cette fois, dans Comment réussir à échouer, il s’agit de découvrir…l’art de réussir à échouer.

Alors quel est le mode d’emploi? Tout simple vraiment? Il suffirait de trouver l’ultra solution.

Diable, qu’est-ce que l’ultra solution? Bref, une solution qui élimine non seulement le problème, mais tout le reste avec, omme dans cet exemple figurant dans le livre: « opération réussie, patient décédé ».

Dans ce petit ouvrage tout aussi jubilatoire que « Faites vous-même votre propre malheur ». Watzlawick collectionne ces ultra-solutions, qu’il illustre avec des anecdotes plaisantes.

Mais derrière l’humour, il dévoile une mécanique redoutable : dans la plupart de nos relations, nous jouons des jeux à somme nulle. Si l’un gagne, l’autre perd — et le plus souvent, les deux perdent.

Pour éclairer cette logique implacable, Watzlawick prend comme fil conducteur la mythologie Il convoque la déesse Hécate, figure des carrefours et des choix impossibles, qui incarne ces solutions séduisantes qui se révèlent être des impasses. Il fait également appel aux sorcières, qui nous rappellent la tentation de la pensée magique: des solutions radicales et séduisantes qui, en réalité, mènent à un désastre certain.

Dans Comment réussir à échouer, Paul Watzlawick nous offre une plongée fascinante dans la psyché des joueurs à somme nulle. Il ne s’agit pas d’un jeu de société, mais bien d’une philosophie de vie.

Deux fois plus n’est pas nécessairement deux fois mieux
Un couple, après de longues années d’attente, finit par avoir un fils. L’événement est si exceptionnel qu’ils décident de le prénommer Formidable. Sauf que l’enfant est frêle et discret, et sera l’objet toute sa vie de quolibets avec le fardeau de ce prénom insolite.

Devenu adulte, Formidable, malgré tout mène une existence paisible. Sur son lit de mort, il demande simplement que l’on grave sur sa tombe : « Ci-gît un homme prévenant et fidèle envers sa femme. » Mais même là, son prénom le trahit. Les passants, lisant l’épitaphe, commentent inévitablement : Tiens, c’est formidable. Mais chers lecteurs, comme vous l’avez compris, sous-entendu avec un petit « f », l’adjectif.

Une réaction en chaine de gentillesse?
Un autre exemple met en scène Amadeo. Habitué à vivre selon la logique du joueur à somme nulle est obsédé par l’idée que la victoire de l’autre est sa propre défaite. Sa seule joie est de voir la malchance des autres.

Joueur comme il est, Amadeo Caccivialli, la victoire d’un autre est forcément sa propre défaite. Il vit dans la peur constante d’être floué et, pour se protéger, il s’est forgé une carapace.

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FAITES-VOUS VOTRE MALHEUR?

Paul Watzlawick montre comment notre malheur résulte souvent de schémas de communication stéréotypée et utilise l’humour pour nous aider à changer de perspective.

Leçons de Paul Watzlawick pour réfléchir autrement

L’humour, comme illustré dans le spectacle « Palma Show », permet de souligner des comportements ou des faits de société absurdes. Ce post va continuer dans l’humour avec une critique du livre « Faites-vous votre malheur » de Paul Watzlawick. Pourquoi ce choix ?

Watzlawick et l’humour comme outil pédagogique »

Dans Faites vous-même votre propre malheur, Paul Watzlawick s’amuse à montrer que nous contribuons souvent activement à notre malheur. Il en a fait une véritable arme à la fois pédagogique et curative.

Comme il l’écrit avec ironie : « Si vous êtes malheureux, vous pouvez être sûr d’avoir fait quelque chose pour. »
Cet humour, loin d’être un simple divertissement, devient un véritable outil thérapeutique. Il met en lumière les paradoxes de la communication humaine et les schémas de pensée rigides qui nous piègent. À travers des anecdotes décalées, Watzlawick oblige le lecteur à aborder ses problèmes sous un angle nouveau, et donc à changer de perspective pour trouver la solution et changer de comportement.

Le mythe du “c’était mieux avant”

Le livre est divisé en chapitres jubilatoires. L’un d’eux mérite une attention particulière : « Quatre façons de jouer avec le passé ». Le passé peut devenir une source fiable de malheur, surtout lorsqu’on le glorifie. Le fameux slogan « Ça, c’était avant » revient partout sur les réseaux sociaux : photos de vacances idéales, souvenirs scolaires, moments conviviaux… Derrière cette simple phrase se cache l’idée que nous sommes les artisans de notre malheur! On compare le présent à un passé idéalisé et on se sent frustré ou nostalgique, même si notre vie actuelle est satisfaisante.

La clé selon Watzlawick

Autre anecdote, toujours brillante : « La clé perdue ». Un homme ivre cherche ses clés sous un réverbère. Quand on lui demande pourquoi il ne cherche pas là où il les a perdues, il répond : « Parce qu’ici au moins, on y voit clair ! » Toute la finesse de Watzlawick est là : nous préférons souvent les solutions faciles et visibles, même si elles n’ont aucune chance de résoudre le vrai problème.

Aujourd’hui, beaucoup d’entre nous passent des heures à chercher des solutions sur Google, à éplucher forums et tutoriels, à taper des requêtes dans le vide… exactement comme l’homme qui cherche sa clé sous le lampadaire parce que c’est éclairé.

Résultat : insatisfaction et temps perdu. Avec une IA comme ChatGPT ou Gemini, on peut aujourd’hui poser une question directement et obtenir rapidement des réponses adaptées, gagnant ainsi un temps précieux. L’IA devient alors un outil pour sortir de nos habitudes inefficaces… à condition de savoir poser les bonnes questions. Le reste — nos maladresses, notre humour, et parfois notre obstination — reste bien humain. PW aurait sans doute souri en voyant que la technologie peut réduire certains de nos malheurs, tout en nous laissant savourer nos absurdités quotidiennes.

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SCIENCE ET PSEUDO-SCIENCE EN PSYCHOLOGIE: LECTURE CRITIQUE D’UN OUVRAGE DE RÉFÉRENCE

« Science ou pseudo-science ? Préparez-vous à un voyage critique dans l’esprit des psychothérapies. »

La pseudo science avance masquée. Trop souvent, nous avalons sans recul des études présentées comme scientifiques relayées par la presse grand public, alors qu’il s’agit de « Junk Science ». Sous un vernis académique séduisant se cachent parfois des affirmations idéologiques, sans rigueur ni preuves suivant les règles de l’EBM (Evidence Based Médecine).

Depuis plus de trente ans, certaines théories et techniques de psychothérapie se parent du mot « psychologie », et prétendent soigner la souffrance psychologique. Or elles n’ont jamais démontré leur efficacité ni leur innocuité. Pire: certaines ont aggravé l’état de patients trompés par des thérapeutes incompétents derniers mal formés, parfois malhonnêtes.

Les chapelles prolifèrent, les grilles de lecture pseudo-scientifiques aussi. Comment s’orienter dans cette jungle de promesse douteuses?

UN OUVRAGE DE RÉFÉRENCE:

L’image qui illustre ce billet est la couverture du livre Science and Pseudoscience in Clinical Psychology de Scott O. Lilienfeld, Steven Jay Lynn et Jeffrey M.Lohr. Un livre majeur, hélas, non traduit en français, mais dont le titre dit déjà l’essentiel: science versus pseudo science en psychologie clinique.

Destiné aux étudiants en médecine et en psychologie, aux chercheurs, juristes, des chercheurs et toute personne soucieuse de distinguer le savoir de l’illusion., cet ouvrage offre une base critique précieuse.

Il a même été un temps indexé dans Pubmed/Medline.

Divisé en cinq sections, il explore:

  • les controverses autour des diagnostics
  • les débats généraux en psychothérapie
  • bon et l’évaluation des traitements spécifiques chez l’adulte et l’enfant
  • Les thèmes abordés sont nombreux: autisme, le stress post-traumatique, troubles dissociatifs, antidépresseurs (y compris naturels). Chaque chapitre confronte les pratiques aux données scientifiques: confirmation ou réfutation, preuves à l’appui.

DEUX ÉDITIONS, DEUX MOMENTS

La première édition date de 2003. même si elle remonte à plus de vingt ans ans, les analyses et mise en garde qu’elle contient reste entièrement d’actualité face aux dérives persistantes en psychothérapie. D’autant plus que la pseudo-science s’est aujourd’hui propagée sur les réseaux sociaux, au grand désespoir de la profession médicale et des psychologues.

La seconde de 2013, actualise et enrichit les débats. Certaines plumes ont disparu-dont l’excellente l’excellente psychiatre Margaret Thaler Singer– mais l’esprit demeure: trier démêler le vrai du faux.

Margaret Singer, psychiatre de renom et co-autrice de « Crazy Therapies » dénonçait déjà en son temps les thérapies du New Age. Elle a tenté d’introduire dans le DSM, la notion de False Memory Syndrome, ces « faux souvenirs induits » fabriqués par des techniques suggestives, qui ont conduit à de dramatiques erreurs judiciaires. Sa contribution au chapitre 7 de la première édition reste d’une brûlante actualité, même après son décplus que ès en 2003.

Dans la seconde édition, la relève est assurée par des chercheurs comme Elisabeth Loftus, pionnière de la recherche sur la mémoire malléable. Elle cosigne le chapitre 8 Constructing The Past , problematic memory Recovery Techniques in psychothérapy ». Un texte essentiel pour comprendre comment certains «psys» manipulent les souvenirs et détruisent des vies.

UN LIVRE SALUÉ PAR LES PAIRS.

L’ouvrage a reçu l’aval de nombreux professionnels de la santé mentale.

Le Journal de l’Association médicale américaine (la première édition), l’une des revues scientifiques majeures, le décrivait comme une tentative bienvenue de séparer le bon grain de l’ivraie dans les pratiques de santé mentale.

 Ce livre incisif et éclairant doit être amplement lu par les professionnels de la santé mentale, les stagiaires et les médecins qui ont besoin de savoir de quoi il retourne sur les pratiques de santé mentale pour orienter leurs patients.» (

D’autres comme William O’Donohue, Ph.D, Université du Nevada, soulignent son utilité pour distinguer la science authentique de sonusage réthorique et rappeler l’impératif moral premier: ne pas nuire. Sherryl H. Goodman (université Emory) note que la deuxième édition apporte des corrections indispensables aux dérives autour de la thérapie de l’attachement et propose une refonte puissante de la science de la psychothérapie.

Ce livre constitue une ressource incontournable pour qui veut s’informer selon les principes de la science fondée sur les preuves. il sépare le sérieux du charlatanisme, la connaissance des illusions.

« Première parution en 2021, version révisée. »

SUR YOUTUBE: Mémoire trompeuse ou réalité ? Elisabeth Loftus nous montre en vidéo comment de faux souvenirs peuvent s’installer – une illustration frappante de cet article. »

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DÉMYSTIFIER LE CHARLATANISME AVEC L’HUMOUR : LA VOIE DU PALMASHOW

Le Palmashow utilise l’humour pour dénoncer le charlatanisme et illustrer l’absurdité des pratiques pseudo-scientifiques.

Combattre le charlatanisme avec des arguments rationnels est un véritable défi, car les personnes qui y adhèrent sont convaincues de sa validité scientifique. Pour asseoir leur autorité, les charlatans se cachent derrière un langage hermétique, des postures d’autorité et des concepts ésotériques faussement savants.

Là où un article critique peut sembler rébarbatif pour un non-professionnel de la santé ou de la psychologie, l’humour, lui, agit comme un puissant révélateur.En grossissant les traits, il met en lumière l’absurdité de certaines dérives que l’on ne remarque plus à force de les entendre dans le quotidien.

Le Palmashow ne fait pas qu’amuser : il participe, à sa manière, à une catharsis intellectuelle collective. Le rire libère, il dégonfle les discours pompeux et montre que, derrière les apparences de sagesse ou de sérieux, il n’y a parfois… qu’un vide scientifique abyssal souvent néfaste pour le portefeuille et la santé, de ceux qui se laissent prendre à cette toile d’araignée.

Inspiré par l’un des sketchs du Palmashow, ce duo comique qui excelle à pointer les travers de notre époque, arrêtons-nous sur un exemple emblématique : « le yoga. »

Originaire de l’Inde, le yoga est une pratique millénaire intimement liée à la culture indienne. Introduit en Occident lors du parlement mondial des religions de Chicago en 1893, il a connu un véritable essor grâce à des yogis et des moines. Depuis les années 60, il s’est d’abord fait connaître pour ses dimensions spirituelles et méditatives. Si les asanas (postures) ont ensuite pris le dessus, le yoga a depuis dépassé le stade confidentiel, et a été récupéré et transformé en un immense marché où se croisent bien-être, pseudo-science et marketing percutant, parfaitement rôdé. »/

Titre: LES PROFS DE YOGA – PALMASHOW CHAÎNE

 URL : http://www.youtube.com/watch?v=NsDh9EgNmrc

Dans leur parodie incisive, le Palmashow met en scène un ‘professeur’ de yoga fraîchement auto-proclamé après une formation express. Le sketch ne fait pas que nous faire rire : il met en lumière des mécanismes que je connais bien en tant que psychologue. Pour mieux comprendre comment fonctionne le charlatanisme, analysons ce qu’ils ont si bien su décortiquer:

  • Des cours dispensés au bord d’une nationale, ambiance zen-bruit-de-camion
  • Une boisson miracle, le fameux « Namasté » à base d’eau venue d’Inde,
  • Des asanas improbables, inventées sur place, accompagnées d’un jargon pseudo-spirituel,
  • Et surtout… 1 500 € les trois jours de jeûne, mais « ce n’est pas cher quand on pense au retour sur soi ». C’est un investissement qui fait évoluer votre spiritualité ! Et pourquoi pas, une étape positive pour votre prochaine réincarnation ?

Derrière la caricature, une réalité : le yoga est devenu pour certains un produit de bien-être, coupé de son sens originel et vendu à coups de slogans séduisants. Les postures de yoga sont revisitées à la sauce occidentale de la performance et de la spiritualité de pacotille.

Ce nouveau marché du yoga est un aimant pour les pseudo-thérapies, promettant guérison et bien-être absolu. Les mêmes « professeurs » de yoga proposent parfois des élixirs comme ceux de Bach ou aryuvédiques vendus à des prix vertigineux, des régimes détox censés « purifier le corps » mais souvent dangereux, des pratiques inspirées de médecines parallèles (magnétisme, soins énergétiques, « respiration quantique »), et une rhétorique culpabilisante : si ça ne marche pas, c’est que vous n’êtes « pas assez ouvert » et lâchez-prise, nom d’un chien!

Titre : LES MÉDECINES PARALLÈLES – PALMASHOW CHAÎNE

URL :https://www.youtube.com/watch?v=jNG1Mi2ncI8

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