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EXPÉRIENCE DE MORT IMMINENTE: QUE DIT LA SCIENCE (PARTIE II)?

Sam Parnia propose de ne plus appeler N.D.E ou E.M.I mais « Expérience Transformatrice de la Mort »(T.E.D). Cette nouvelle dénomination empêchera-t-elle les charlatans de s’en emparer?

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Cité dans la première partie du post « Expérience de mort imminente: que dit la science? revenons à Sam Parnia. Son étude multicentrique et transdisciplinaire Aware a débuté en 2008 et a continué avec Aware II (AWAreness during REsuscitation) avec un recrutement ciblé de 1500 patients adultes hospitalisés en arrêt cardiaque.

L’étude comprend une surveillance explicite des niveaux du cerveau et de l’oxygène des patients en arrêt cardiaque via l’oxymétrie cérébrale et l’EEG portable respectivement. Parallèlement, la capacité à détecter des sensations audiovisuelles pendant l’arrêt cardiaque (téléavertisseur, iPad qui émet des stimuli audiovisuels indépendants transmis au patient voa un casque sans fil) . Ainsi grâce à ce matériel high tech, les survivants sont interrogés pour savoir s’ils se souviennent de l’un de ces stimuli.

« Nous essayons d’obtenir un marqueur de la façon dont la relation de la réanimation cérébrale interagira avec la conscience ainsi que la survie et les résultats neurologiques » Parnia. Quand on lit les propos de Sam Parnia, il y a incontestablement une éthique et une honnêteté intellectuelle. Après, est-ce vraiment de la science de chercher à savoir si la conscience survit à la mort physique et à un arrêt du coeur. Tout de même, les lieux d’étude sont des hôpitaux anglais et étasuniens et après tout pourquoi pas? Sam Parnia constate que le retour à la vie n’est pas toujours joyeux: « Alors que certaines personnes reviennent sans problème après une longue période de temps, d’autres reviennent avec des lésions cérébrales».L’étude de Sam Parnia est médicale et la plus précise possible. Une cible photographique avait été mise en place, et elle n’était visible que par quelqu’un flottant près du plafond.

Sam Parnia est rigoureux dans ses propos, et il insiste sur la notion d’arrêt cardiaque: « Seulement, le revers de la médaille est que, que cela nous plaise ou non, nous étudions essentiellement ce qui arrive à l’esprit et à la conscience humains lorsque les gens ont dépassé le seuil de la mort. – c’est-à-dire «l’expérience de la mort imminente»…«c’est un terme que je n’aime pas utiliser, mais je le ferai parce que les gens en ont peut-être entendu parler. Il est inexact parce que les patients que nous étudions sont techniquement allés au – delà du seuil de la mort ». Il relève que les caractéristiques de base des E.M.I sont similaires indépendamment de l’âge et de la culture.

Publié en 2014 dans la revue Rescuscitation, l’étude Aware et par la suite Aware II montre que la conscience externe et l’activité cognitive peuvent se produire durant un arrêt cardiaque; sans que cela ne décrive l’intégralité du processus cognitif au cours de l’arrêt cardiaque ou si des souvenirs peuvent se former chez certains survivants. Ces souvenirs donnent un plus grand sens à la vie (conforteraient-ils les croyances des survivants et aussi ceux des expérimentateurs?), contrastant ainsi avec les S.S.P.T (stress post-traumatique), dépression ou anxiété de certains. Sam Parnia propose de ne plus appeler N.D.E ou E.M.I mais « Expérience Transformatrice de la Mort »(T.E.D). Cette nouvelle dénomination empêchera-t-elle les charlatans de s’en emparer? Rien n’est moins sur!

Selon des chercheurs du Michigan, les sensations et visions, comme celle d’une lumière intense correspondent à un regain d’activité cérébrale quand la circulation sanguine cesse dans le cerveau. Cette recherche effectuée sur des rats et à partir d’enregistrements E.E.G est la première à analyser « les effets neurophysiologistes d’un cerveau mourant », précise Jimo Borjigin, professeur de neurologie à l’Université du Michigan , principal auteur de ces travaux: « Nous sommes partis de l’idée que si cette expérience résulte d’une activité cérébrale, elle devrait pouvoir être détectée chez les hommes comme chez les animaux, même après l’arrêt de la circulation  du sang dans le cerveau », explique la neurologue. Le cerveau serait ainsi capable d’une activité électrique bien organisée aux premiers stades de la mort clinique, caractéristique d’un état de conscience. »

L’étude du Michigan est contestée par chercheurs comme Chris Chambler, professeur de neurosciences cognitives à l’université de Cardiff. Cette recherche n’ayant été menée que sur des rats, on ne sait pas s’ils ont un état de conscience, et on ne peut pas comparer l’encéphalogramme d’un humain à celui d’un rat. Logique, non? « ..il est tentant d’établir une relation entre le regain d’activité des neurones et l’état de conscience mais on se heurte à deux problèmes: le premier est qu’on ignore si les rats ont un état de conscience et, même si c’était le cas, conclure que ce regain d’activité cérébrale est la signature d’un tel état est simplement fallacieux», telle est sa conclusion. Pas d’antispécisme non plus pour Sam Parnia: Pour Sam Parnia, ce n’est pas non plus acceptable: « l’idée qu’à l’instar des rats de l’expérience, un électro-encéphalogramme serait identique chez des humains en arrêt cardiaque « est extrêmement hypothétique et ne s’appuie sur aucune indication tangible»

Les explications scientifiques des E.M.I et l’étude de ses mécanismes psychologiques sont rares. Si elles rendent compte des aspects cognitifs des croyances religieuses, impliquant des aspects affectifs et motivationnels, elles sont difficilement évaluables et compatibles avec la rigueur scientifique.

Une étude publiée en octobre 2018 dans un hôpital multiconfessionnel au Shri Lanka montre que les personnes croyantes sont plus susceptibles de faire des E.M.I que les non croyantes. On s’en serait un peu douté mais l’étude a le mérite d’exister et de donner un cadre scientifique aux E.M.I. Étude réalisée sur 92 patients gravement brûlés, une étude publiée en mars 2017, relie la croissance post-traumatique aux E.M.I . La croissance post-traumatique est un concept de psychologie positive et c’est le processus par lequel une personne ayant vécu un traumatisme connaît des changements positifs dans sa vie. La croissance post-traumatique concerne une minorité de personnes. On peut le concevoir sous l’aspect de la résilience. Les éléments de l’EMI les plus fréquemment rapportés sont une altération du sens du temps, la décorporation, un sentiment de paix, des sensations vives et le sentiment d’être dans un «autre monde. Cette étude est surtout incitative pour les soignants qui ainsi pourraient aider les survivants de brûlures, à  les amener à parler sans tabou des EMI,  à parler de leur spiritualité et de leurs croyances religieuses au fur et à mesure qu’ils se rétablissent.

Alors, l’une des questions qui se pose au sujet des E.M.I est celle de la véracité des souvenirs des expérienceurs. Vrais ou faux souvenirs?

Vanessa Charland-Verville, neuropsychologue à l’Université de Liège, a étudié ce phénomène pour sa thèse avec 319 personnes. Elle constate que l’expérience est plus réelle que la réalité. Avec une méthodologie rigoureuse comprenant, entre autres, le Memory characteristic questionnaire, Vanessa Charland-Verville a comparé d’abord des souvenirs réels avec des souvenirs imaginés. Ces derniers  sont beaucoup moins intenses que des souvenirs réels.

Pour les faux souvenirs, il est encore hasardeux de les comparer à des souvenirs imaginés ou des E.M.I. Concernant ces derniers, ils ne sont pas comparables à des souvenirs imaginés ou des faux souvenirs. Et Il est difficile des les apparenter à des hallucinations ou à des rêves. Il se passe manifestement quelque chose dans le cerveau que la science n’a pas encore élucidé.

Au sujet des E.M.I, il y a incontestablement des manifestations d’état non ordinaire de conscience, et elles sont influencées par la culture. Le tunnel de lumière serait plus occidental. Pour les Indiens, ce serait plutôt un fleuve. Ainsi rapporté par les journalistes Camille Gaubert et Anne-Sophie Tassart, les Indiens et les Thaïlandais relatent souvent des rencontres avec Yama, le dieu de la mort du Bouddhisme et de l’Hindouïsme.

Le sujet des E.M.I/N.D.E reste encore un sujet sulfureux pour les acteurs de la santé. Sur le net, la plupart des explications relèvent  de l’irrationnel, voisinent avec le spiritisme, la parapsychologie, la réincarnation, les OVNI, les voyages astraux et autres phénomènes surnaturels. D’aucuns affirment que la France négligerait l’étude scientifique de ce phénomène, laissant le champ libre aux dérives sectaires. Les chemins de l’au-delà seraient-ils eux aussi semés d’embûches? Les E.M.I gardent encore beaucoup de leurs mystères scientifiques.

Vidéo de Vanessa Charland-Verville sur les E.MI.

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L’EXPÉRIENCE DE MORT IMMINENTE: QUE DIT LA SCIENCE? (PARTIE I)

Curieusement, tous les témoignages de N.D.E sont positifs.Les expérienceurs gardent une certaine nostalgie de cette Terra Incognita entrevue. Cette expérience va bouleverser la vie de certains.

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Qui n’a pas lu sur le net ces étranges acronymes de « E.M.I » et de « N.D.E »? Ils signifient respectivement « Expérience de Mort Imminente » avec sa traduction anglaise de « Near Death Expérience. Ce sont des expériences subjectives d’états non ordinaire de conscience que peuvent vivre certaines personnes dans certaines circonstances de l’ordre du trauma si l’on veut un point de comparaison: accident, arrêt cardiaque, noyade, suicide raté, effets secondaires de psychotropes etc. Des « survivants », déclarés cliniquement morts, après un arrêt cardiaque, réanimés, à leur réveil déconcertent leur entourage médical et familial par un étrange récit digne de la série culte « X FILes » qui défie la raison.

L’EMI concernerait les premiers stades de la mort, et leur étude couvre le champ de la psychologie, de la psychiatrie et du monde médical en général; c’est intéressant de les considérer avec pragmatisme, et de voir comment la science traite ce sujet de l’ordre de l’irrationnel car malheureusement les charlatans et marchands du New Age s’en sont emparés, et les N.D.E voisinent avec l’astrologie et autres facéties qui agacent le corps médical.

Les expérienceurs (ceux qui ont vécu une E.M.I) décrivent tous plusieurs impressions: l’impression de quitter leur corps et de l’observer de l’extérieur. C’est la décorporation. D’autres vont voir un tunnel ou se trouver sur  le seuil d’une porte virtuelle, aveuglés et attirés par une lumière blanche, brillante et chaude. Et encore d’autres affirment avoir parlé dans l’Au-delà avec des êtres de lumière ou des disparus. La sensation qui leur  reste de leur voyage « aux portes de la mort » est une sensation de paix, de légèreté, de sérénité qui  perdure et abolit la peur de la mort. Curieusement, tous les  témoignages de N.D.E sont positifs.Les « expérienceurs » gardent une certaine nostalgie pour la Terra Incognita entrevue;  la vie de certains va être chamboulée.

Le chantre des travaux sur les N.D.E est le Dr Raymond Moody, philosophe et psychiatre et auteur du best-seller (publié en 1975) La vie après la vie s’est toujours montré prudent pour aborder ce sujet sulfureux. Selon lui, le phénomène des N.D.E n’est pas rare du tout. Les N.D.E seraient reproductibles à volonté.

Effectivement, il est possible, en l’état  des  connaissances scientifiques « d’injecter » toutes les expériences virtuelles dans le système nerveux central. Dans les années 50, un programme de manipulation mentale de la C.I.A a été consacré à ce genre de recherches avec le L.S.D et autres produits psychoactifs. Et l’implantation de croyances irrationnelles sous forme de « visions » ou de « faux souvenirs » a été amplement démontré. Pour les neuroscientifiques, l’E.M.I résulterait d’un mode de fonctionnement particulier d’une zone du cerveau située dans le lobe temporal droit, le gyrus angulaire, lui même proche de zones impliquées dans la vision, l’ouïe, l’équilibre et le toucher.

En 2001, une étude hollandaise sur les N.D.E, chez les rescapés d’arrêt cardiaque, a été publiée dans la prestigieuse revue anglaise “The Lancet”. Menée par le Dr P.Van Lommel, elle porte sur 344 patients, qui après un arrêt cardiaque, ont été ranimés dans 10 hôpitaux hollandais. Les résultats de cette étude montrent que l’E.M.I n’est pas une  constante. Seuls 18% des patients interrogés disent avoir vécu une N.D.E,  parmi lesquels 12% relatent une « expérience profonde ». Si l’on s’en tenait à une explication purement physiologique, telle qu’une anoxie cérébrale, la plupart des patients déclarés cliniquement morts devraient avoir vécu une N.D.E. Ce n’est pas le cas!

L’étude de Van Lommel apporte du poids à l’hypothèse survivaliste, c’est à dire que la conscience survit à la mort du corps. Cette conception a été critiquée par Jason J.Braitwaite, non pas sur les données récoltées mais sur ces conclusions survivalistes. J.Braitwaite est un neuropsychologue spécialisé dans l’étude des facteurs neurocognitifs sous-jacents aux troubles de la conscience (hallucinations, perceptions aberrantes et distorsions perceptives). L’étude de Lommel ne fournit pas la preuve que l’esprit et le cerveau sont séparés du cerveau. Ses conclusions relèvent du domaines des croyances et de la foi. Toutefois, il faut retenir que la méthodologie de la collecte des données est acceptable.

Encore des expériences connues sur les E.M.I. Celles du neuroscientifique Michael Persinger en 1995. Il a stimulé artificiellement plusieurs aires du lobe temporal pour déclencher des phénomènes comparables aux EMI. Il n’a pas réussi à réaliser une EMI complète décrite par les « expérienceurs », mais il a réussi au moins à déclencher chez les sujets des visions mystiques et des sensations de décorporation. Même s’il semble que ce qui suit s’éloigne des des E.M.I, il faut évoquer l’approche rock’an roll de M.Persinger avec ses études sur l’expérience religieuse et la sensation d’une présence invisible dans la pièce.

Des chercheurs suédois ont voulu réitérer l’expérience de Michael Persinger sur les visions mystiques, mais échec et mat. Leur conclusion fut que l’expérience était corrélée à la personnalité et à la suggestibilité des sujets. Ce en quoi, Michael Persinger, dans le International Journal of neuroscience, argue que les chercheurs suédois s’étaient plantés dans leur programme informatique et avaient négligé la configuration magnétique qui induisait la présence éthérée dans la pièce; il réfute ainsi la notion de suggestibilité. On peut également s’étonner qu’un neuroscientifique comme Michael Persinger ait publié un rapport sur la communication télépathique avec le médium Sean Harribance. Ce dernier prône sur son site la thérapie par champ biologique traitant le cancer par des moyens non invasifs. Alors, s’il semble que les propos de Michael Persinger soient séduisants sur les états non ordinaires de conscience, le scepticisme reste de rigueur.

Avec l’étude Aware, Le Dr Sam Parnia, directeur de recherche sur la réanimation en soins intensifs à l’université de médecine de New-York a voulu aller plus loin que la collecte de témoignages de N.D.E; terme qu’il semble réfuter. Avec son équipe composée de 17 chercheurs venus de tous les États-Unis et du Royaume-Uni, Sam Parnia a voulu comprendre, tout d’abord, ce qu’était « l’expérience mentale et cognitive de la mort », étudier ce qui se passait dans la tête de quelqu’un qui a eu  à un arrêt cardiaque, et dont le coeur est reparti.

39 pour cent des interrogés pour cette étude affirmaient se souvenir de quelque chose alors qu’ils étaient cliniquement morts. Au final, si cette étude, la plus vaste à ce jour sur le sujet, « ne permet pas de conclure à la réalité ou à la signification des expériences d’E.M.I rapportées par certains patients, en raison de la trop faible incidence du phénomène de souvenirs visuels (2%), elle ne permet pas non plus de les désavouer  et requiert de poursuivre les études dans ce domaine » indique Sam Parnia [

Selon les auteurs de l’étude, sept grands thèmes reviennent le plus fréquemment dans les témoignages:
-Sentiment de peur-
-Visions d’animaux ou de plantes-
-Une lumière vive-
-Violence et persécution-
-Impression de déjà-vu-
-Vision d’un proche –
-Souvenir des évènements qui ont suivi l’arrêt cardiaque-

Les gens vivent une véritable expérience cognitive au moment de la mort, parler de souvenirs proprement dits seraient hasardeux.  Ils étaient, pour la plupart, sous sédatifs et Sam Parnia pose l’hypothèse que leur inconscient a enregistré une expérience particulière. Sam Parnia note que l’on peut trouver chez certaines personnes des symptômes faisant penser à un Stress-Post-Traumatique.

La suite à venir des rapports entre les E.M.I et la science dans une deuxième partie.

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ÉCOPSYCHOLOGIE, UNE NOUVELLE DISCIPLINE POUR REMÉDIER À L’ÉCO ANXIÉTÉ? VRAIMENT?

Ce si sympathique néologisme d’écopsychologie est un piège abscons, et avant-tout un concept marketing.

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L’écologie évoque  la science du climat mais aussi s’intéresse à la santé mentale! Et bien oui, les souffrances de la psyché pourraient aussi se mettre au vert avec l’écopsychologie. Soigner la terre, guérir l’esprit, serait l’un de ses fondements!

Le synonyme d’écopsychologie serait (selon certains sites web) la psychologie environnementale, une discipline à part entière qui  est « l’étude des interrelations entre l’individu et son environnement physique et social, dans ses dimensions spatiales et temporelles ». L’excellent livre de Gabriel Moser, Psychologie Environnementale qui est représentatif du sérieux de la discipline de psychologie environnementale sans connotation idéologique. Cet «ouvrage vise à la compréhension des rapports entre l’individu, la société et l’environnement, d’une part, et la mise à disposition de savoir-faire et d’outils d’intervention au niveau de l’habitat, du lieu de travail, de la ville, de l’environnement global dans le cadre du développement durable, d’autre part. » Même si l’approche ne répond pas aux critères de « l’Evidence Based Science », la psychologie environnementale peut s’avérer une source de réflexion pertinente.

Aujourd’hui, en dehors des programmes politiques qui ne sont pas l’objet de ce blog, il y a une recrudescence du préfixe « éco » accolé à des mots basiques aux fins de donner une connotation écologique ou environnementale. Certains ont un véritable sens et peuvent être acceptables. L’un d’eux est celui de l’éco-anxiété dont les conséquences sont répertoriées dans des articles répertoriés dans Pubmed.

Qu’est ce que l’éco-anxiété? Ce terme a été créeé en 1997 par la Belgo Canadienne Véronique Lapaige, médecin chercheuse en santé publique et santé mentale. Elle a pris soin de préciser qu’il ne s’agissait pas d’une nouvelle pathologie mentale, mais selon elle cette forme d’anxiété repose sur l’adhésion à la thèse du réchauffement climatique à laquelle elle est sensible.

L’éco-anxiété est une anxiété chronique face aux bouleversements environnementaux. Selon le dictionnaire Oxford, c’est une inquiétude extrême face aux dommages actuels et futurs causés à l’environnement par l’activité humaine et le changement climatique. Ce mal toucherait les jeunes générations. Des jeunes adultes de 18 à 34 ans. Le portrait-robot (non validé scientifiquement) serait celui d’une femme habitant en ville, diplômée et de moins de 45 ans.

Il n’y a pas de consensus notamment médical sur cette supposée nouvelle forme d’anxiété qui ne figure pas dans le DSM V. Ce n’est ni un syndrome ni un diagnostic psychiatrique. Notons que l’American Pyschological Association a bien défini l’éco-anxiété comme la peur chronique d’une catastrophe environnementale (a chronic fear of environnemental doom).

On trouve dans la base de données Pubmed des articles sur l’éco-anxiété qui peut amener quelqu’un en psychothérapie car elle est source de détresse et altère la vie quotidienne. Il s’en trouve un sur le changement climatique (que personne ne nie) et qui induirait différents types de « syndromes psychoterratiques » émergents tels que l’éco-anxiété mais aussi l’éco-culpabilité et l’éco-chagrin, outre la détresse qu’ils peuvent causer facilitent un comportement respectueux envers l’environnement. J’ai du mal à croire à une méthodologie rigoureuse concernant ces syndromes terratiques.

Si l’éco-anxiété n’est pas un trouble mental, il n’en reste pas moins qu’elle se manifeste par un certain nombre de symptômes. Selon les psychiatre Antoine Pelissolo et Célie Massini, « les personnes qui déclarent souffrir d’éco-anxiété rapportent des symptômes du champ des troubles anxieux : attaques de panique, angoisse, insomnies, pensées obsessionnelles, troubles alimentaires (anorexie, hyperphagie), émotions négatives (peur, tristesse, impuissance, désespoir, frustration, colère, paralysie). Ces symptômes sont à l’origine d’une perturbation notable de la vie quotidienne chez certains individus et les consultations pour ce motif seraient de plus en plus nombreuses, notamment aux États-Unis16 ».

Mais revenons au terme d’écopsychologie, qui à mon sens est sujet à des interprétations et à des dérives. L’écopyschologie est manifestement une discipline inédite  qui s’est développé outre Atlantique depuis les années 1990. Elle a séduit des psychologues de la région de San Francisco où une formation est dispensée à l’université de Santa Barbara! Durant cette décennie, la presse française a encensé pendant plusieurs semaines cette nouvelle discipline du développement durable à la rubrique Santé ou Bien-Être. On est en droit de se demander si l’écopsychologie est un nouvel OPNI (Objet Psychique Non Identifié en relation avec la santé),  l’écopsychologie ne figure pas dans Medline/Pubmed qui référence les études scientifiques. Face à cette lacune des cautions scientifiques, le scepticisme s’impose. Tout en reconnaissant que sur Pubmed, il se trouve parfois des articles surprenants dans leur méthodologie scientifique.

L’écopsychologie n’est pas une nouvelle discipline. C’est Theodor Roszak, sociologue et auteur de science-fiction, qui popularisa en 1995 le terme d’écopsychologie. Il se serait inspiré des travaux de Gregory Bateson, l’instigateur du courant systémique et l’un des piliers de l’école de Palo Alto. Gregory Bateson avait évoqué, en son temps, l’écologie de l’esprit où « les progrès en sciences proviennent toujours d’une combinaison de pensées décousues et de pensées rigoureuses. » Cette alliance permettant de faire progresser la science en fonction des besoins des sociétés.

En écologie, le pragmatisme de la science est nécessaire. Depuis les années soixante, on assiste à une crise de la science au profit de l’inflation du pseudo-scientisme. L’écologie en découd souvent (sauf exception) avec l’esprit scientifique en général, et c’est souvent l’auberge espagnole. Lorsque l’écologie parle de santé publique, la prudence est de rigueur pour ne pas jeter les gens entre les mains de charlatans sous le prétexte que la terre perd la boule, et que par effet domino, les terriens aussi.

Théodor Roszak est perçu comme un visionnaire critique de la science, mais ce n’est pas l’avis de tous. Pour le philosophe australien John Passmore, sa notoriété aurait provoqué une méconnaissance de la nature de la science, en la diabolisant car le sociologue n’a parlé que de ses dégâts, de la déshumanisation qui a créé un monde aseptisé. Afin de sauver l’humanité des désastres de la science, Théodor Roszack pense qu’il est urgent de réinstaurer l’imaginaire et la créativité. En 1969, le sociologue avait vulgarisé le néologisme de contreculture, et sa vision du monde est holistique. Terme dévoyé par le New Age avec le mythe de Gaia qui draine beaucoup d’émules de l’écologie fâchés avec la science.

L’écopsychologie étudie l’action de l’environnement sur la psychologie, et l’effet de la nature sur l’équilibre des êtres humains. C’est un sophisme de dire qu’il y a des interactions entre la santé et l’environnement. La dégradation des écosystèmes, la mutation des biotopes, et les pollutions diverses ont ou auront si on n’y prend garde une action néfaste sur la santé de milliard d’individus.
Ainsi, les pesticides seraient incriminés dans de nombreuses maladies et on les soupçonne avec diverses pollutions d’être à l’origine de nombreuses maladies et de cancers. Du côté de la santé mentale, on étudie l’influence de l’environnement architectural sur l’équilibre psychologique. Des projets architecturaux sont élaborés pour favoriser les performances, renouer avec la convivialité. On construit des résidences adaptées aux personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer.

Des études anglo-saxonnes montrent les bienfaits de promenades dans des espaces verts pour les enfants hyperactifs et les personnes souffrant de dépression, permettant ainsi d’alléger la prescription de psychotropes. D’après l’étude de Jessica Finlay, « passer chaque jour un moment dans la nature améliorerait la qualité de vie, la santé morale et physique des personnes âgées». Ces interactions entre la santé mentale et l’environnement correspondent à l’esprit écologique mis en exergue par Gregory Bateson, sans être légitimées en tant qu’actes relevant de l’écopsychologie. Un peu de bon sens!

La lecture de sites autoproclamés, de cette nouvelle chapelle du développement durable a de quoi laisser rêveur. On apprend ainsi qu’on peut-être éco-anxieux (l’éco-anxiété étant liée aux comportements des autres), et que pour se soigner, on peut consulter un écothérapeute qui pratique une écothérapie individuelle ou de groupe. Probablement, rémunéré avec des éco-honoraires à l’éco-acte!

C’est déjà tout un poème d’être consensuel autour d’un diagnostic en psychopathologie, s’il faut encore faire rentrer dans la danse de nouvelles maladies mentales écologiques, on n’est pas sorti de l’auberge! Avec de l’imagination, on peut décliner toute la nosographie des troubles psychiques du DSM V ou du CIM 10. Le jeu consiste simplement à accoler devant le préfixe éco. On peut imaginer l’éco-névrose, l’éco-dépression, l’éco-schizophrénie, l’éco-addiction à des éco-drogues et la liste des nouvelles maladies mentales n’est pas exhaustive. Certains chantres de l’écopsychologie sont manifestement les héritiers directs du New Age. Ces éco-gourous définissent l’écopsychologie comme de la psychologie spirituelle qui vous éveille à la spiritualité en triturant vos chakras, votre kundalini et le reste de votre anatomie occulte, pour vous faire accéder aux paradis verts de l’ère du Verseau.

Ce si sympathique néologisme d’écopsychologie est un piège abscons, et avant-tout un concept marketing. L’un des dangers est que cette discipline pseudoscientifique soit confondue avec l’éco-santé validée par l’OMS (Organisation mondiale de la santé), où les interactions entre la santé et l’environnement font l’objet d’une véritable démarche scientifique. Je préfère nettement le concept de psychologie environnementale. L’absence de rigueur scientifique risque de nuire gravement à la bonne santé de l’écologie en confortant les propos du très sceptique Freeman Dyson (1) qui y voit « une nouvelle religion séculière mondiale.» Judith Curry, climatologue au CV scientifique prestigieux fait aussi partie de ces sceptiques.

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« JIKKA » ET AUTRES INNOVATIONS EN PSYCHOLOGIE ENVIRONNEMENTALE POUR SÉNIORS DÉPENDANTS.

La psychologie environnementale est une branche de la psychologie, très peu connue et méconnue, qui pourrait être associée à la gérontologie, améliorant ainsi le bien-être psychologique des séniors.

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La psychologie environnementale étudie les interellations entre l’homme et son environnement physique et social dans ses dimensions spatio-temporelles. Les comportements, les cognitions, émotions de l’individu sont affectés par la manière dont il perçoit et agit sur son environnement. La psychologie environnementale est une branche de la psychologie, très peu connue et méconnue, qui pourrait être associée à la gérontologie, et aiderait à améliorer et à restaurer le bien-être psychologique des séniors occulté par une vision purement technocratique et médicale voire gériatrique constatée dans les Ehpad avec le Covid-19 (et ses variants).

Alors comment créer, selon les principes de la psychologie environnementale, des conditions environnementales et sociales favorisant la qualité de vie des séniors dépendants, et induisant leur bien-être psychologique? Sans maltraitance systémique ou systématique portant atteinte à leurs droits et à leur dignité?

Déjà, avant la pandémie et le lockdown des résidents d’Ehpad, j’avais évoqué sur ce blog l’étude de Jessica Finley publiée en 2015, véritable plaidoyer sur l’influence de la nature améliorant le bien-être physique et moral des séniors. Il y a des paysages manifestement thérapeutiques. C’est comme l’art, contempler un massif de fleurs ou un étang apaise les tensions psychologiques. Encore plus d’actualité aujourd’hui avec la pandémie! De plus de plus de voix s’élèvent contre le modèle des maisons de retraite à l’instar du gérontologue Peter Janssen. Ce sont souvent des lieux totalitaires comme le furent autrefois les hôpitaux psychiatriques étudiés par le sociologue Irvin Goffman.

La psychologie environnementale étudie avec l’architecture l’impact de l’environnement bâti sur la psyché. À tout âge! On sait que les personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer s’adaptent mieux aux installations à petite échelle et à domicile (quand c’est possible). Une lumière du jour insuffisante est associée à une augmentation des symptômes dépressifs. Indirectement, l’environnement impacte la santé mentale. Alors, imaginez chez les personnes âgées!

En matière d’innovation architecturale favorisant la qualité de vie des séniors et d’un ancrage dans la verdure, j’ai flashé sur Jikko, une maison japonaise érigée en bois composée de cinq petites structures ressemblant à des cabanes, et nichée en pleine verdure, à deux pas du Mont Fuji. Il y aurait plus 70000 centenaires au Japon, un pays qui compte 1,5 millions d’habitants et avec une espérance de vie moyenne de 83,9 ans (la plus élevée de la planète).

Jikko, est décrit comme une maison forestière sorti tout droit d’un conte de fées. Une maison de Hobbit.  « Les structures ressemblant à des cabanes ont été construites à différentes hauteurs pour rappeler les montagnes environnantes.» L’architecte japonais Issei Suma a conçu Jikka pour être « quelque chose d’aussi simple qu’une hutte primitive et quelque chose d’aussi saint qu’une chapelle ».

Jikka signifie littéralement en japonais « La maison des parents ». L’idée a été imaginée par deux sexagénaires (dont l’une est la mère de l’architecte Issei Suma) qui préparaient et livraient à Tokyo des repas à domicile aux personnes âgées. Elles ont constaté que la plupart de leurs aînés étaient isolées dans des petits appartements. Leur idée était de libérer les proches du poids d’être aidant pour une personne âgée. En plus du bâtiment d’habitation Jikka dispose d’un restaurant, d’un potager partagé et d’une piscine accessible aux fauteuils roulants car en spirale. Même s’il y a une vie collective, Les résidents ont leur propre logement; ils sont soignés et accompagnés sur place, et les bénévoles sont les bienvenus pour aider au bon fonctionnement de cette maison de retraite innovante. Le restaurant de Jikka est ouvert aux visiteurs à midi et pour le thé.

Le Japon est un peu loin pour déjeuner ou prendre une tasse de thé et admirer les lieux, mais Jikka pourrait inspirer des architectes français pour repenser l’environnement actuel de la prise en charge des séniors dépendants. Il y a en France et dans des pays occidentaux des initiatives environnementales de qualité qui pourraient être développées à grande échelle, et autres plutôt que que repenser le modèle de la maison de retraite ou l’Ehpad à l’infini. Car il est évident que ce modèle est obsolète ainsi que le souligne le gérontologue Peter Janssen dans un récent article du Courrier International ainsi qu’Adeline Herrera-Comas spécialiste des politiques du vieillissement.

Car les initiatives qui rentrent dans le cadre de la psychologie environnementale existent dans notre pays. L’une des alternatives à l’Ehpad est la « colocation entre personnes âgées dépendantes ». Comme à Grandfontaine dans le Doubs en Franche-Comté. Comment ça se passe?C’est une maison double avec quatorze locataires avec Patricia la maîtresse de maison qui gère six auxilaires de vie. Il y a une pièce centrale où les locataires prennent leur repas ensemble. Il y a un espace extérieur, et il arrive que les locataires déjeunent dehors quand il fait beau. Chaque locataire a sa chambre d’environ trente mètres carrés avec salle de bains qu’il peut meubler à sa guise. La seule contrainte est de déjeuner ensemble. L’esprit de cette colocation sous l’égide d’Âges et vie ressemble fortement aux pensions de famille du XIX siècle étaient courantes pour les jeunes travaillant dans les grandes villes et loins de leur famille.

La différence avec un Ehpad est que cette structure n’est pas médicalisée. Ni infirmier ni aide-soignant à demeure. Mais à la demande, les médecins et soignants se déplacent. Chaque résident a son bip d’appel. La maîtresse de maison et son adjointe habitent sur place et sont d’astreinte à tour de rôle jour et nuit.

L’une des meilleures approches de psychologie environnementale reste tout de même le maintien à domicile. C’est ce que fait la Suède depuis les années 50. Les chiffres sont éloquents. En 2015, 95% des personnes âgées vivaient à domicile et 4,2 % en établissement. « Le personal assistant » correspond à une aide à domicile qui peut accompagner une personne âgée chez le médecin et lui tenir compagnie. Une profession innovante. c’est une autre approche que la France. Selon Dominique Acker,« l’autonomie est considérée comme un tout et la personne est au centre.»

Une initiative originale de psychologie architecturale est celui des tiny-houses, très en vogue aux États-Unis avec ses villages de séniors . « De plus, les mini-maisons peuvent être facilement adaptées pour répondre aux besoins physiques et psychologiques des personnes âgées : perte d’autonomie, accès en fauteuil roulant, assistance visuelle ou vocale, etc.» est-il rapporté par le journaliste Laurent Tournelle.

Ces exemples d’initiatives en psychologie environnementale démontrent qu’il est possible d’innover dans la prise en charge des personnes âgées dépendantes en leur proposant une qualité de vie humaniste.

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LES MAISONS DE RETRAITE, UN NON SENS GÉRONTOLOGIQUE!

Avec les maisons de retraite, la gérontologie est détournée de sa vocation première qui est de favoriser l’autonomie et l’activité. Un non-sens gérontologique qui a l’effet inverse.

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En novembre dernier, la journaliste Maria Sosa Troya du journal El País avait interviewé Adeline Comas-Herrera, spécialiste des politiques du vieillissement, sur les conséquences des mesures de restrictions sanitaires chez les résidants des maisons de retraite. Elle a constaté que les restrictions sanitaires avaient eu en Espagne des effets délétères observées également en France. Les grands séniors ont été profondément affectés dans leur psyché par les privations diverses que n’aurait pas renié le sociologue et linguiste canadien Irving Goffman, célèbre par l’écriture d’Asiles, qui a étudié les interactions et contraintes dans les hôpitaux psychiatriques de l’époque aux États-Unis dans les années 60. Dans ses dérives ou/et délires (c’est selon), certains Ehpads sont des institutions totalitaires dans l’âme! Si l’analyse de Goffman est dépassée pour la prise en charge des personne souffrant de troubles psychiatriques, je la trouve toujours d’actualité pour les maisons de retraite privées et publiques. Avec la pandémie, on a a retiré tout bien-être psychologique indispensable à une vie quotidienne agréable pour ces séniors. Même si la population générale a été assignée à résidence, aucune commune mesure avec ce qu’ont vécu les résidents d’Ehpad selon le mantra « on sauve des vies »! Un couperet!

Adeline Comas-Herrera trouve obsolète le modèle actuel des maisons de retraite qui ne permet pas une prise en charge humaniste des personnes du grand âge. Elle n’est pas la seule à le penser haut et fort! Le gériatre belge Peter Janssen a publié un plaidoyer pertinent publié dans Le Courrier International contre cette forme d’établissement peu propice au bien-être des résidents.

Huit bonnes raisons pour Peter Janssen de décrier les maisons de retraite, mais il propose également des piste de réflexion pour offrir aux séniors d’autres alternatives de vie plus agréables que l’amélioration des Ehpad. Le lecteur intéressé peut les consulter car l’article est en libre accès.

L’un des points fort parmi ces huit raisons est qu’ils y vont souvent contre leur gré, et souhaiteraient rester chez eux dans leur environnement familier. Or malheureusement, les familles n’ont souvent que cette option, et il ne s’agit nullement de jeter l’opprobre sur elles si elles ne peuvent pas prendre leurs parents chez eux. L’aide à domicile pour les aidants est à repenser entièrement!

Autre point fort que j’ai retenu dans cet article est que la prise en charge dans ces lieux ne correspond plus à la réalité médicale d’aujourd’hui. « Le vieillissement de la population bouleverse le monde médical. « La plupart des maladies ne sont plus aiguës, mais chroniques…Les maladies chroniques sont des maladies lentes, qui exigent une approche préventive contraignante, similaire à celle adoptée contre le Covid-19.» écrit dans cet article Peter Janssen. Or, selon lui, il faut agir sur l’environnement et le comportement. Et il serait possible d’éviter 80% des maladies chroniques en prônant l’arrêt du tabac, une alimentation équilibrée et l’exercice physique. La médecine préventive alliée à la gérontologie est à repenser en dehors des consultations avec le médecin généraliste et les spécialistes quand les maladies deviennent chroniques.

Avec les maisons de retraite, la gérontologie est détournée de sa vocation première qui est de favoriser l’autonomie et l’activité. Un non-sens gérontologique car c’est tout le contraire qui se passe dans les Ehpad, et ainsi sont favorisés la dépendance, la maladie et l’abandon. La désocialisation au bout du chemin avec parfois le syndrome de glissement.

Une excellent raison invoquée par Peter Janssen est que les maisons de retraite favorisent la ségrégation générationnelle. Force est de constater que l’âgisme est un fléau qui réflète l’absence d’indulgence envers les personnes du grand âge qui sont accusées de freiner la marche de la société. Et nul besoin d’être en Ehpad pour l’âgisme!

L’article du Courrier International, propice à la réflexion, m’a incitée à aller voir du côté de la spécialité de gérontologie et de gériatrie. La différence entre ces deux facettes du vieillissement est subtile et s’interpénètre: En théorie, la gérontologie est complémentaire de la gériatrie qui est la médecine de la vieillesse. Mais en pratique, la case gérontologie, spécialité du vieillissement et de ses pathologies physiques et psychologiques est occultée dans l’esprit du public au profit de la gériatrie, la médecine de la vieillesse qui regroupe les soins préventifs, curatifs et palliatifs qui s’adresse au grand âge.

Selon certaines sources, en 2020, sur un total de 226 619 médecins il y a 2232 gériatres avec des inégalités de densité par région. 3 médecins gériatres pour 100 000 adultes de 75 ans et plus. Une spécialité féminisée à 60%.

Les psychologues, profession complémentaire au corps médical, ont leur mot à dire. L’approche psychologique tient une place déterminante dans le domaine du vieillissement?Les psychologues sont en mesure de proposer un soutien psychothérapeutique, des ateliers de langage ou de mémoire. Ils peuvent détecter toute situation susceptible de perturber une personne âgée et son entourage. Leur rôle auprès des personnes âgées est sous-estimée et pourtant l’Ehpad est le premier employeur des psychologues, et des universités proposent une formation en gérontologie. Cette spécialité a le vent en poupe parmi les psychologues.

La pandémie actuelle a révélé la fragilité du modèle en ruines depuis de nombreuses années des maisons de retraite. Il faut repenser le vieillissement selon une approche humaniste. Celle-ci est pour le Dr Eric Maeker, l’essence même de la gériatrie et de la psychogériatrie. Les valeurs qui sous-tendent l’approche envers les personnes âgées sont: l’éthique des pratiques de soin le respect de la dignité humaine, de la personne, de son autonomie ainsi que l’empathie et le souci de son bien-être!

En guise de conclusion, j’ai trouvé un dessin (certes un peu exagéré) des multitâches demandées à un psychologue spécialisé en gérontologie.

Dessin illustrant « exagérément » la fonction multitâche du diplômé en psychogérontologie. Source: https://www.psychogeronto.eu/IMG/pdf/resultats-enquete-psychologues-gerontologie-2014.pdf
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PSYCHOLOGIE DE LA SANTÉ CHEZ LES SÉNIORS.

Les auteurs vont à contre courant de la recherche actuelle sur les séniors qui se concentre principalement sur l’atténuation des facteurs de risque pour la santé sans s’attacher aux facteurs de protection qui contribuent à la longévité.

L’American Psychological Association (APA) a récemment publié sur son site le résumé d’un article sur le bien-être psychologique des séniors en relation avec la mortalité. Il ne sera accessible qu’en février 2023. Alors pourquoi déjà l’évoquer?

La démarche de cet article m’a apparue pertinente car elle relève de la psychologie positiviste (au bon sens du terme). Les auteurs vont à contre courant de la recherche actuelle sur les séniors qu’ils dénoncent car elle se concentre principalement sur l’atténuation des risques pour la santé sans s’attacher aux facteurs de protection qui contribuent à une vie plus longue et en meilleure santé. Certes, il n’y a pas de bien-être psychologique sans un (relatif) bien-être physique, et ce à tous les âges; la pandémie actuelle le montre bien avec le Covid long qui ne frappe pas que les séniors!

Qu’est ce que l’approche de la psychologie positiviste? Ce courant proche du mouvement du Potentiel Humain date de 1998. Elle se construit par des recherches évaluées par des pairs. La psychologie positiviste se centre sur l’équilibre mental, les forces, le développement optimal et l’épanouissement humain. Elle s’appuie sur l’épistémologie en recourant aux méthodes  qualitatives et à la psychologie clinique. Il faut aussi évoquer brièvement les dérives de la psychologie positiviste qui verse dans l’idéologie New age. Ce n’est pas le cas de cet article.

Les auteurs ont étudié des associations entre le bien-être psychologique et la mortalité parmi un échantillon d’adultes de plus de 50 ans avec 14 ans de suivi sur la mortalité. Le bien-être psychologique se compose de plusieurs items comme l’affect positif, l’envie de vivre (peut-on oser aller jusqu’à la joie de vivre mais n’est ce pas exagéré comme terme? ), des projets de vie favorisant l’accomplissement, les interactions avec autrui (sociales et familiales) et un tempérament optimiste. Un besoin d’accomplissement plus élevé dans la vie, l’affect positif, l’optimisme, le soutien social et la soif de vivre prédisent une mortalité plus faible. Plus ces items sont optimum, plus ils sont associés à une augmentation de la durée de vie de deux à quatre ans à partir de 50 ans.

Cette étude fournit des preuves solides entre le bien-être psychologique qui prédit un risque de mortalité plus faible et qui modifie l’association entre l’éducation et la mortalité. L’association inverse entre l’éducation et la mortalité devient plus forte à des niveaux plus élevés quand il y a des projets de vie et d’affect positif. Par conséquent, les efforts visant à promouvoir la satisfaction de vivre, le soutien social et l’optimisme peuvent favoriser une vie plus longue où finalement les disparités en matière d’éducation jouent un moindre rôle .

La trame de cet article est excessivement intéressante pour aider les personnes du grand âge à qui les politiques de santé proposent principalement des solutions techniques et de prise en charge médicale, en occultant leur psyché presque devenue invisible et infantilisés. Durant la pandémie, de nombreux résidents d’Ehpad se sont vus confisquer d’un seul coup lors des confinements tout ce qui fait un projet de vie, les interactions sociales et familiales, l’abolition des besoins de l’affect au profit de décisions technocratiques destinées à uniquement protéger leur vie physique. Et comme dégât collatéral, il a été constaté chez certains leur mort psychique engendrée par des syndromes de glissement et une mort prématurée (hors Covid).

Ce qui est appréciable dans cet article est cette approche psychologique bienveillante envers les séniors qui détonne par à rapport à l’avalanche de recommandations médicales auquels ils sont sujets jusqu’à la tombe (en excluant les maladies chroniques impactant la qualité de vie).

Le Dr Jean Doubovtezky fait remarquer dans un article sur son blog « Le Surdiagnostic: une notion essentielle » qui s’applique parfaitement aux séniors (en relatif bonne santé) sur les facteur de risque:« En réalité, très souvent, ce qu’on dépiste chez une personne en bonne santé, qui ne se plaint de rien, n’est pas une maladie, mais seulement un « facteur de risque » de maladie : une situation dans laquelle le risque d’être un jour malade est augmenté. Ainsi l’hypertension, la diminution de la densité des os (en l’absence de fracture anormale), l’hypercholestérolémie ne sont pas des maladies.»Alors pourquoi médicaliser à tout prix l’avancée en âge et la vieillesse quand elle n’impacte pas la qualité de vie?

Ne serait pas aussi revenir aux fondamentaux comme la pyramide de Maslow? Elle tient compte de la psychologie globale de l’être. Pour les séniors, il serait salvateur de dépasser la base de la pyramide concernant les besoins physiologiques et les besoins de sécurité en prenant en compte le besoin d’accomplissement qui en est le sommet. L’aboutissement de toute une vie.

Il serait temps d’appliquer une approche bienveillante envers les séniors pour favoriser leur bien-être psychologique et leur santé mentale.

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UNE PLANÈTE MAL DANS SA TÊTE, POURQUOI?

La santé mentale n’est pas comme on pourrait le supposer liée au bonheur ou à être satisfait de sa vie mais est plutôt un état dans lequel un individu réalise ses talents, arrive à faire face au stress normal de toute vie, travaille de manière acceptable et est intégré à sa communauté.

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Publié récemment dans la rubrique santé du journal Le Point un ensemble de graphiques hétéroclites qui concernent la santé mentale de la population mondiale (ou leur moral) intitulé « Une planète mal dans sa tête »a attiré mon attention .

La méthodologie de ces graphiques mérite d’être exposée. Elle a été mise au point par une équipe américaine de Sapien Labs, une organisation à but non lucratif ayant pour vocation de comprendre l’impact et les conséquences cognitives de l’évolution de notre environnement et de la technologie à l’échelle mondiale. Leur recherche s’appuie sur des données scientifiques solides qui figurent sur leur site; la « physiologie du cerveau » est étudiée à partir d’outils aux fins de compréhension du signal cérébral lié aux résultats de santé cognitive et mentale: EEG, technologie de neuroimagerie non invasive permettant ainsi l’analyse de la santé mentale à partir de modèles bayesiens.

Effectif depuis trois ans, l’équipe interdisciplinaire de Sapien Lab a mis au point une échelle d’évaluation de la santé mentale, le MHQ pour établir ce rapport sur la santé mondiale en 21. 223 000 personnes réparties dans 33 pays ont participé à cette enquête. Le MHQ est un nouvel outil d’évaaluation en ligne que l’on trouve sur le site de Sapien Labs conçu pour la population générale. Le MHQ couvre l’ensemble des symptômes cliniques de santé mentale mais aussi les points pour un fonctionnement mental optimum. Des éléments de résilience en quelque sorte.

L’esprit de cet outil a été conçu pour ne pas se focaliser uniquement sur les troubles et dysfonctionnements de la psyché; ce qui est reproché aux outils d’évaluation de santé mentale qui ne voit que l’aspect clinique des troubles de la psyché sans perspective d’évolution dans le temps possible s’il y a eu prise en charge efficace.

L’activité cérébrale est diversifiée et que contrairement à d’autres organes, le cerveau se recâble tout au long de la vie en réponse à des expériences sensorielles-le parcours de vie-générant ainsi des comportements différents suivant les âges.

Pour Labo Labs, la recherche actuelle ne représente pas la majorité des populations mondiales notamment les ethnies car les recherches sur le cerveau sont menées essentiellement aux États-Unis et en Europe. Les déterminants sociaux et environnementaux ne sont pas pris en compte.

Le MHQ a été développé sur la base du codage informatique de symptômes évalués dans 126 outils d’évaluation psychiatrique actuels basés sur le DSM ainsi que des sur des critères neuroscientifiques des dernières avancées scientifiques. Les données ont été recueillies auprès de 1665 adultes ayant testé cet outil.

Le MHQ fournit un moyen rapide, simple et complet d’évaluer la santé mentale et le bien-être de la population ; identifier les individus et les sous-groupes à risque ; et fournir des informations pertinentes pour le diagnostic sur 10 troubles.

Pour en savoir plus sur la mise au point du MHQ, un article pointu a été publié sur le site Pubmed de Jennifer Jane Newson et Tara C Thiagarajan, chercheurs à Sapien Labs.

Le MHQ prend en compte ces critères que l’on trouve sur le site de Sapien Labs:

L’échelle MHQ se présente sous ce graphique que l’on trouve traduit de l’anglais par le journal Le Point

(MHQ, Le Point)

Dans les pays anglo-saxons, le moral baisse depuis 2020 de 3%. Ce sont les pays européens notamment les pays francophones avec l’Amérique latine qui s’en sortent le mieux. Le rapport constate que le moral des jeunes est en baisse depuis 2019 par à rapport aux personnes de plus de 65 ans, et présenteraitun fort risque de suicide. Pas de grande surprise quand le MHQ accent est mis sur la qualité du sommeil: 82 points de différence entre ceux qui dorment bien et ceux qui dorment mal, la qualité des relations familiales et également l’exercice physque pratiqué au moins vingt minutes par jour. Il y a manifestement un impact sur le moral avec les trois facteurs que sont le sommeil, les relations familiales et sociales et l’exercice physique.

Ce n’est guère une surprise, la pandémie a eu un impact sur le moral pour 57 % des gens en impactant leur santé mentale avec les confinements et l’isolement social avec aussi des conséquences financières.

La santé mentale n’est pas comme on pourrait le supposer liée au bonheur ou à être satisfait de sa vie mais est plutôt un état dans lequel un individu réalise ses talents, arrive à faire face au stress normal de toute vie, travaille de manière acceptable et est intégré à sa communauté.

Un graphique sur la santé mentale suivant les pays est intéressant même si l’on peut reprocher que la santé mentale soit réduite à quelques critéres qui peuvent sembler figés. Mais ramené ainsi c’est plus détaillé que des généralités subjectives.

Et ce graphique est à corréler avec les risques des troubles de la psyché sont évalués également en fonction des pays et nécéssitant une prise en charge médico-psychologique et psychiatrique.

Graphique extrait du site Sapien Labs

Ce rapport est très détaillé et je n’en ai extrait que quelques éléments que j’ai estimé pertinents. En dehors du rapport, pour qui le souhaite, il est possible d’auto évaluer son MHQ. Je suis toujours très sceptique avec ce type de questionnaire qui ne remplace en rien une consultation avec un psy en chair et en os. Je m’y suis prêtée et force est de constater qu’il note des points positifs de la personnalité. Et après tout, s’il permet de dédramatiser des problèmes handicapants de la psyché en donnant envie d’aller consulter un professionnel, pourquoi pas? L’une des qualités de ce site, il est assez élaboré sur le plan scientifique et ne rentre pas déjà dans la catégorie du charlatanisme. Un bon point!

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WILD WILD COUNTRY

Ce sont six épisodes d’une heure où l’on ne s’ennuie pas un seul instant.

Si vous êtes intéréssé par la mécanique des sectes, ne manquez pas Wild Wild Country, un documentaire fabuleux proposé par Netflix. Il figure dans la bibliographie et la filmographie du dernier rapport de la MIVILUDES. Conçu comme un thriller haletant, c’est une plongée dans l’univers sectaire du gourou Bhagwan Shree Rajneesh connu en Occident sous le nom d’Osho (nom qu’il prit dans la décennie 1970/1980).

Ce documentaire réalisé par Chapman et Maclain Way est un travail colossal d’archives, montage de séquences et d’interviews des protagonistes de l’époque aussi bien dans le camp des adeptes d’Osho et de ceux qui l’ont combattu. Et c’est là où c’est magistral car cela permet au spectateur de prendre la mesure du phénomène sectaire à l’instar de jurés lors d’un procès. Ce sont six épisodes d’une heure où l’on ne s’ennuie pas un seul instant.

Tout commence en 1981, dans le comté de Wasco (Oregon) près du village d’Antelope peuplé de quarante six âmes. Ses habitants sont des conservateurs (Républicains) à la retraite, d’anciens ouvriers venus s’offrir un ranch pour y couler des jours heureux. L’un d’eux, John Silvertooth décrit Wasco comme « Une bourgade tranquille au milieu de nulle part. Isolée du monde.» Le petit coin de paradis des retraités va être chamboulé du jour au lendemain par l’arrivée des adeptes de la secte de Bhagwan Shree Rajnesh chargés de préparer le terrain pour l’installation du gourou en Amérique, réputée pour sa liberté religieuse érigée en droit fondamental. Plus de cinq ans de luttes intestines entre les habitants et la secte. Et pas des moindres: des violations en série des lois sur la fiscalité, sur l’immigration, la constitution d’une milice privée armée jusqu’aux dents, des tentatives de meurtre sur les membres influents de la secte et une attaque bioterroriste.

Mais qui est Bagwhan Shree Rajnesh? Quelques précisions sur lui et aussi quelques recherches personnelles que j’ai faites en dehors du synopsis du documentaire.

Rajneesh est né en Inde en 1931, et il est un « Godman ». Ce terme est important pour comprendre l’engouement autour de Rajneesh. « Godman désigne en Inde un demi-dieu possédant des pouvoirs paranormaux divers comme par exemple celui de guérison, de télépathie et le don d’influencer le futur. Ces demi-dieux qui sortent du lot de la condition humaine ordinaire ont souvent l’aval de larges pans de la société, et notamment de politiques qui souscrivent à leurs oeuvres de bienfaisance (construction d’hôpitaux ou d’écoles) auprès d’une population démunie et croyante en la roue de l’existence karmique (ou de la roue du Dharma). Face à ces croyances populaires, la FIRA (Federation of Indian Rationalist Associations ou Fédération des associations rationalistes indiennes a pour vocation de montrer en Inde les secrets de fabrication de ces charlatans, illusionnistes à la Houdini. L’un de ces Godman est Satya Baba évoqué dans ma recension du film Holy Smoke.

Notre demi-dieu Rajhness/Osho est bardé de diplômes. Il a obtenu en 1952, l’équivalent de l’agrégation de philosophie, et devient en 1957, professeur des universités. Il critiquait l’orthodoxie des religions et se considérait comme un athée irreligieux et à l’opposé des préceptes de vie fondés sur l’ascétisme et la frugalité. Ce que démontrera plus tard son train de vie fondé sur les donations de ses fidèles occidentaux.

Les disciples initiés de Bagwhan Shree Rajnesh vêtus d’orange s’appellent les néo-sannyasans. Ils étaient vêtus de vêtements orange. L’origine vient sans doute du mot sanscrit « sannyasā » généralement traduit par « renonciation ». C’est le renoncement au monde intronisé par le maître spirituel. Il s’agit du quatrième stade de la vie brahmanique où les désirs et les attachements sont brûlés dans le feu de la connaissance symbolisé par le port d’une robe orange.

Concernant nos néo-sannyasans, c’est le contrepied! Pas de renoncement à une libido active qui prône l’amour libre, celle de la période hippie du « Peace and Love », pas de mortification matérielle quand on sait que Baghawann shree Rajneesh avait une collection importante de rolls-royce. Les adeptes d’Osho étaient aussi appelés les Orange People (ça sonne comme un groupe de Pop Music) et plus tard, les robes furent rouges, roses et marrons.

Osho est le créateur de la méditation dynamique particulièrement adaptée aux Occidentaux. Dans le film, on voit les adeptes se livrer à cette pratique de dynamique de groupe avec des manifestations corporelles où le cri est présent, et quelques explications à son sujet s’imposent car la méthode d’Osho diffère des autres formes de méditation. Elle a inspiré nombre de thérapies du Mouvement du potentiel humain où de nombreux thérapeutes du new Age sont venus dans ses ashrams faire leurs classes .

La méditation dure une heure, et cinq phases d’exercices successifs sont proposées. Contrairement aux autres formes de méditation qui requièrent de faire le vide dans ses pensées et prônent le calme, la méditation dynamique semble en être le contrepied. Elle implique d’être à l’écoute de soi, sur le « qui vive ». « La méditation dynamique est une méditation chaotique, une folie méthodique.» Tout ce qui est réprimé en vous doit sortir.»

-La première phase est la respiration chaotique et rapide par le nez.

-La deuxième phase est la libération de la folie engrangée lors de la première phase. Je la compare au quart d’heure de folie du chat où le félin partage un moment de joie intense avec ses maîtres en miaulant, sautant de meuble en meuble, jetant ses jouets à grelot avec force vigueur dans toutes les pièces de la maison. C’est pour moi le résumé de la méditation dynamique et sans spécisme! Avec mauvais esprit, j’en conviens!

Bref, pour revenir à des propos moins excentriques, lors de la deuxième phase de la méditation dynamique, tout est permis: De l’expression corporelle intense au cri libérant les émotions les plus enfouies et libérant le conditionnement sociétal: Si vous voulez sauter, sautez.Si vous voulez danser, dansez. « Si vous voulez hurler, hurlez. (ce n’est ni plus ni moins le cri primal)! Bagwhann a été fasciné par les nouvelles thérapies (tout un poème de dérives de la psychothérapie) testées à l’Institut Big Esalen, et il les a introduites dans sa méditation dynamique avec des psychologues.

-La troisième phase de la méditation dynamique tourne autour du son « HOU » (ou « HOO »). Un mantra. Après 30 minutes de cet exercice vocal accompagné de libération physique, à l’injonction « Stop », l’adepte doit rester pétrifié tel une statue de pierre durant 15 minutes dans la position dans laquelle il observe son propre corps.

La récompense suprême pour la pratique de cette méditation dynamique est d’acquérir, la lumière, la joie et la présence divine. C’est tentant, avouez le, pour qui aime le New Age! Hors champ du documentaire, j’ai trouvé sur le site Pubmed un article du Jclin Diagn Res, publié en 2016, sur l’effet de la méditation dynamique d’Osho sur le niveau de cortisol sérique.

Succinctement résumé, si le taux de cortisol sérique est élevé, c’est votre santé mentale qui est affectée. La baisse du taux de cortisol agit sur le stress. Il est ainsi écrit en conclusion de cet article « que la méditation dynamique Osho produit des effets anti-stress. Le mécanisme d’action pourrait principalement être attribué à la libération d’émotions refoulées et d’inhibitions et de traumatismes psychologiques. Ainsi, la méditation dynamique pourrait être recommandée pour l’amélioration du stress et des troubles physiques et mentaux liés au stress. ». Le but d’une telle étude était (ou est) d’introduire la méditation dynamique dans les hôpitaux.

Mais peut-on séparer une technique de méditation de l’idéologie sectaire d’Osho même s’il est mort? Son enseignement demeure et reste encore une entreprise lucrative. Cette étude est un cheval de Troie, un classique des dérives sectaires de la psychothérapie.

J’ai voulu en savoir plus sur le journal JCDR, et comme on peut le lire noir sur blanc, c’est une revue indienne émanant d’une fondation spécialisée dans la médecine aryuvédique. De plus, cette revue indienne ne participe plus à PMC, c.a.d à l’archive qui donne accès gratuitement au texte intégral d’articles de revues biomédicales et des sciences de la vie, lancée en février 2000 par la National Library of Medicine des National Institutes of Health (NLM/NIH) aux États-Unis. De la pseudo-science qui avance masquée même s’il est fait mention du taux de cortisol.

Après ces digressions, revenons au documentaire Wild Wild Country. L’arrivée de l’avant-garde néo-sannyasan comprenant sa disciple secrétaire et porte-parole d’Osho Ma Anand Sheel perturbe la vie de cette bourgade. C’est Ma Anand Sheel et son mari qui achètent le Big Muddy Ranch près d’Antilope, et très vite, le ranch se transforme en une ville moderne grâce aux adeptes issus de tous les corps de métier du BTP et de la société civile qui vont mettre la main à la pâte et au porte-feuille. De l’ingénieur à l’architecte en passant par l’agriculteur et autres métiers. La ville sera rebaptisée Rajneeshpuram et comprendra des hôtels,un aéroport, des boutiques et 8000 mètres carrés de halls de réunion sous la gérance de Ma Anand Sheel. « Les images d’archives » montrant la construction de cette ville en un temps record sont impressionnantes, et on peut mesurer le succès de cette secte à ce monde grouillant dans la ville. La Babylone du New Age.

La tension continue de monter entre la secte et les habitants. Certains habitants son harcelés par les néo-sannyasans qui épient leurs moindre faits et gestes et les photographient dès qu’ils sortent de chez eux. le ton monte et les habitants songent à déloger les adeptes par les armes. Pour riposter, A.Sheel le bras droit d’Osho va créer sa milice avec des adeptes formés au tir et armés de Uzi.

Les adeptes de la secte réussissent à s’introduire petit à petit dans le conseil municipal pour imposer leurs règles, mais ils voulaient plus de pouvoir. Ils souhaitaient neutraliser la population votante de la ville pour gagner les élections de 1984 dans le comté de Wasco. Ma Ananda Sheel avec une poignée de disciples met au point une attaque bioterroriste. C’est une intoxication alimentaire en contaminant délibérément une douzaine des bars à salades des restaurants locaux du comté avec la bactérie responsable de la salmonelle. 750 personnes furent empoisonnées, 45 personnes furent hospitalisées et il n’y a pas eu de décès. Cette contamination et décrite comme la première attaque bioterroriste aux États-Unis et la plus importante de l’histoire américaine. Ma Ananda Sheel sera arrêtée en 1985 en Allemagne puis extradée aux États-Unis en 1986. Elle sera condamnée à 24 ans de prison, à une forte amende et à des dommages et intérêts pour le comté de Wasco. Elle sera relâchée au bout de deux ans pour bonne conduite.

Et Osho dans le reportage? Évidemment, on le voit arriver accueilli dans l’ashram tel une rock star par ses adeptes dans l’une de ses 93 Rolls-royce. Les archives font état du silence public d’Osho qui cessa le 30 octobre 1984. Ses nombreuses démêlées avec la justice américaine mèneront à son arrestation à bord d’un jet privé loué avec une poignée d’adeptes en route vers les Bermudes. Il sera condamné à dix ans de prison avec sursis et à une forte amende et assigné à quitter les États-Unis sans y revenir au moins avant cinq ans. Par la suite, ses tribulations continuèrent de pays en pays jusqu’à sa mort le 19 janvier 1990 à Puna (Inde).

Le groupe va disparaitre après l’attaque bioterroriste de The Dalles. et les habitants ont repris le cours de leur vie. Aujourd’hui Antelope est devenu l’un des plus grands camps de jeunes Chrétiens du monde.

Dans Wild Wild Country, les interviews des protagonistes éclipsent Osho qui en devient presque un personnage secondaire. Outre le personnage de Ma Ananda Sheer, l’un des avocats d’Osho, Philippe Toelker à travers ses interviews montre les zones d’ombre que l’on peut trouver chez certains adeptes partagés après la disparition de l’ashram américain entre nostalgie et regrets de ne pas avoir pu continuer l’oeuvre d’Osho.

Le portrait de Ma ananda Sheel est celui qui a le plus retenu mon attention. Si on ne peut s’empêcher de trouver Philippe Toelker sympathique par son pragmatisme et sa vision des faits exposée factuellement, Ma Ananda Sheel est un personnage trouble. Et ce qui est fascinant, c’est sa faculté à rebondir après le démantèlement de la ville de Rajneehpuram, elle s’est installée dans la Suisse profonde et a repris son nom de femmes mariée, Sheela Bernstein.

Elle a ouvert un centre pour handicapés constitué de deux maisons; l’un est Matrusasdem et l’autre Bapusaden. C’est le foyer de la dernière chance et des exclus du système de prise en charge classique.«Nous sommes connus pour traiter des patients difficiles qui n’ont pas trouvé de place dans d’autres instituts à cause de leur handicap. Nous avons des gens qui ont visité 15 autres foyers et aucun n’a fonctionné pour eux», dit Sheela. Le fonctionnement de son centre est atypique et s’est inspirée quelque part des ashrams d’Osho. L’état suisse couvre une partie ou totalement les frais d’hébergemenbt des pensionnaires.

Ce qui est intriguant c’est qu’elle garde dans sa chambre une photo d’Osho à qui elle sert du champagne. Surprenant quand on sait qu’Osho a rejeté sur elle l’entière responsabilité de l’attaque de The Dalles et qu’il l’a déchue de ses reponsabilités dans son ashram américain. Elle continue à parler de lui en termes élogieux: « C’est une couronne que je porte encore aujourd’hui et je n’ai jamais eu honte. Ce fut un honneur de vivre près d’hommes comme Bhagwan. Il a eu une influence majeure sur mon expérience de vie, qui en retour influence mon travail», dit-elle.

Et c’est bien toute la problématique de l’endoctrinement sectaire. C’est un processus en trois étapes: d’abord la séduction (l’attrait de la nouveauté, Peace and Love, exotisme car l’herbe est plus verte ailleurs pour la spiritualité), puis vient la destruction de l’ancienne personnalité avec l’enseignement du gourou et la rupture avec l’ancien mode de vie, et la dernière étape est celle de la reconstruction de la personnalité suivant les normes du groupe sectaire. Et justement, les interviews des figures majeures du mouvement d’Osho montrent cette problématique de l’endoctrinement sectaire. Et il y a un impossible retour en arrière sur la personnalité d’antan quand on sort de la secte. La prévention reste le meilleur outil de lutte contre les dérives sectaires.

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GAGATORIUM, QUATRE ANS DANS UN MOUROIR DORÉ, UN LIVRE EN PLEIN DANS LE MILLE!

Déjà, le néologisme de gagatorium fait mouche en illustrant à lui l’infantilisation des personnes âgées et préfigure la maltraitance sous toutes ses formes.

Couverture du livre de Christie de Ravenne, auteur du livre « Gagatorium, quatre ans dans un mouroir doré ».

En novembre dernier, j’ai écrit un billet sur les conséquences délétères des restrictions sanitaires dans les résidences pour séniors en France et en Europe. Une tragédie pour les résidents et leurs proches qui n’ont pu être présents auprès d’eux! En France, avec la flambée des contaminations due au variant omicron, un certain nombre d’Ehpad ont refermé leurs portes pour confiner de nouveau les résidents pourtant dûment vaccinés avec les trois doses. Les visites sont de nouveau restreintes aux familles et de nombreuses activités sociales suspendues même en dehors des Ehpad. Tous les Ehpad ne sont pas concernés par ces mesures liberticides certes et les contradicteurs rétorquent que statisquement, il s’agit d’une minorité d’Ehpad! L’humain et la compassion ne se quantifient pas! X C’est encore trop et le bien-être des résidents? Leur moral?

Des gériatres sont vent debout contre ces mesures de confinement. La Société française de gériatrie et de gérontologie veut éviter « d’entraver les libertés des résidents »Dans un communiqué, elle demande de revoir les protocoles sanitaires dans les Ehpad car « nous ne sommes plus face au même virus » avec la circulation du variant Omicron. « Nous ne pouvons donc plus apporter les mêmes réponses médicales sur le terrain que celles que nous apportions face au variant Delta », assure la Société de gériatrie. 

Adeline Comas-Herrera, économiste de la politique du vieillissement, a constaté que de nombreux pays européens avaient été trop loin dans les restrictions sanitaires envers les résidents de maisons de retraite. Elle appelle de ses voeux « que lorsqu’une personne se rend dans une résidence, elle continue d’avoir le droit à une vie de famille et de décider de son quotidien.» C’est manifestement raté quand les témoignages des familles s’accumulent. Sans se faire d’illusions, on se dit que si actuellement si ce n’est pas « joyeux », avec le temps, les conditions de vie des séniors dans les résidences (ou dans d’autres structures plus accueillantes) s’amélioreront après une remise à plat de ce modèle institutionnel en faisant pression sur les instances gouvernementales. L’approche envers la prise en charge des grands séniors dans les Ehpad est obsolète, c’est ce qu’a montré la pandémie.

Si la pandémie l’a mise au grand jour, la maltraitance physique et psychologique des personnes âgées dans le milieu institutionnel ne date pas d’hier. L’actualité l’illustre encore avec la sortie du livre Les Fossoyeurs, Révélations sur le système qui maltraite nos aînés (publié chez Fayard) du journaliste et réalisateur Victor Castanet. Il y dénonce les conditions épouvantables dans lesquelles vivent les séniors dépendants des maisons de retraite du système Orpea! Il ne prétend pas que dans tous les Ehpad privés, les résidents sont maltraités mais il veut montrer que pour certains décideurs la vieillesse est devenue, selon lui, un filon lucratif au détriment du bien-être des résidents. Quelques extraits de ce brûlot qui fait le buzz sont partagés sur twitter. Je n’ai pas lu ce livre mais les extraits publiés dans le presse sont éloquents. Ce que vivent les résidents est innommable.

Et pourtant d’autres livres sur la maltraitance du grand âge ont déjà lancé l’alerte. Il y a celui de François Nénin et de Sophie Lapart, sorti en 2011, L’Or Gris. « Un gisement d’or gris qui marge à 25%« peut-on lire sur la quatrième de couverture. « Ce secteur du grand âge est un archaïsme en France. On traite nos aînés de façon totalement archaïque et selon des standards très éloignés de ce que l’on pourrait attendre parce que vous n’avez pas le choix.»

Des solutions existent. C’est ce à quoi s’emploie Le gériatre Thierry Le Brun qui a rédigé le guide Améliorer la qualité et le bien-être en Ehpad. Approche humaniste et holistique dans les Ehpad. Évidemment, moins médiatisé que le livre de Victor Castanet, mais il y a une mine de propositions à mettre entre les mains des acteurs de la santé. Pour l’auteur, il est important de valoriser l’accompagnement aux résidents. Dans une interview qui figure sur le site de la maison d’édition Le Coudrier, il cite le cas d’une résidente qui regarde la télévision tard dans la nuit. Pour Thierry Le Brun, tout doit être mis en oeuvre jusque dans les moindres détails dans l’Ehpad pour que cette résidente puisse la regarder à sa guise.

Je n’ai pas attendu l’actualité pour me sensibiliser à la maltraitance institutionnelle des séniors dépendants. L’un des livres sur la maltraitance des séniors qui m’a marqué est celui de Christine de Ravenne, publié en 2013, Gagatorium, quatre ans dans un mouroir doré. Déjà, le néologisme de gagatorium fait mouche en illustrant à lui l’infantilisation des personnes âgées et préfigure la maltraitance sous toutes ses formes. J’avais déjà fait une recension de ce livre sur mon blog et je la partage de nouveau car s’il est sorti en 2013, il reste malheureusement d’actualité.

Avec verve, cette ancienne journaliste et conseillère en formation auprès d’entreprises, surnomme l’EPHAD où elle a séjourné « gagatorium ». Cette pétulante sénior de quatre vingt ans, à l’époque, avait décidé de prendre la plume pour dénoncer les conditions de vie dans certains EPHAD.

Quelques extraits forts de ses propos donnent le ton de la vie dans cette maison de retraite bretonne: « J’ai 80 ans et je ne supporte pas d’être enfermée, même dans un mouroir doré sur tranche. Si je sors vivante de mon gagatorium, me suis-je promis, je témoignerai pour tous les vieux qui n’ont pas la parole. Après quatre ans de cauchemar, j’ai enfin pu m’évader de la résidence privée et très bling-bling de Ker-Eden. Mais j’y ai laissé ma santé et mon modeste patrimoine. Aujourd’hui, j’accuse ! J’accuse la mafia de “l’or gris” de commettre bien des abus, en toute impunité, et d’exercer une maltraitance physique, morale et financière sur les vieux. J’accuse les pouvoirs publics, responsables du vide juridique abyssal qui permet tous ces abus. J’accuse les familles, trop souvent indifférentes, qui ferment les yeux. Malmenés, plumés, bâillonnés, ce sont vos parents qui vivent dans des gagatoriums. Demain, si vous n’y prenez garde, ce sera vous. »( sur Babelio)»

J’ai trouvé cette recension de lailasambiru sur le site Babelio: Ce livre pose toute la question des conditions réelles de vie en maison de repos, plus précisément ici en « résidences de luxe », et essaie de nous décrypter quelques-unes des arnaques qui y règnent en maitres. Le texte est vindicatif, agressif, mais oh combien réaliste et nous montre que le souhait d’une vie paisible avant la mort, en profitant de ses efforts durant la vie active, n’est pas toujours d’actualité dans ce type d’endroit. J’ai particulièrement apprécié le style vivant, sans retenue de l’auteur, qui nous décrit très bien sa lutte mentale et physique pour ne pas devenir un objet, à la merci du mépris, du manque de considération et d’humanité des responsables de ces établissements. Une excellente réflexion et une lecture à recommander.

Pour Christine de Ravenne, cette mauvaise expérience n’est plus. Elle a retrouvé sa liberté et a pu déménager de Ker-Eden. D’autres séniors n’ont pas cette chance, contraints au silence! En 2013, année de la parution du livre de Christie Ravenne, un scandale de maltraitance avait éclaté à l’hôpital de Gisors. Deux aides soignantes de l’Ehpad avaient maltraité des patients âgés et très vulnérables. Cinq photos retrouvées sur place montrent les victimes dans des positions et  tenues dégradantes (dénudées, couches culottes). Tous des séniors gravement handicapés et placés sous tutelle.

Aujourd’hui c’est au tour des maisons de retraite Orpea: « …les commandes sont faites, au plus juste, et uniquement le 25 du mois. Autrement dit, explique Saïda Boulahyane, une auxiliaire de vie témoignant dans le livre de Victor Castanet, elle doit « se battre pour obtenir des protections » pour les résidents, avec un rationnement sévère : « c’était trois couches par jour maximum. (…) Peu importe que le résident soit malade, qu’il ait une gastro, qu’il y ait une épidémie »

Et pourtant, certains Ehpad ont un fonctionnement humaniste. Comme à la résidence de Kersalic près de Guingamp (Côtes d’Armor). Les habitants y vivent comme dans un village. Les résidents font un jeu de rôles en endossant un métier qui fait vivre un village. On y trouve un café, une épicerie, une brasserie, une place du centre et un bureau de poste.

Vidéo sur les freins au bien-être dans les Ehpad par Thierry Le Brun

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L’IMPACT DE LA PANDÉMIE SUR LE CERVEAU DES ENFANTS.

En portant un masque, les enfants « compensent les déficits d’information plus facilement que nous ne le pensons » explique Leher Singh, psychologue à l’Université nationale de Singapour.

Photo de Sharon McCutcheon sur Pexels.comUn ar

Un récent article dans la revue Nature, écrit par la rédactrice scientifique Melinda Wenner Moyer, évoque l’impact psychologique de la pandémie chez les enfants. Les lecteurs sont libres de ne pas être d’accord sur son contenu mais cet éclairage est intéressant. Voici les points forts de cet article avec quelques libertés d’écriture personnelles.

La pédiatre Dani Dumitrieu (que vous pouvez suivre sur Twitter) et son équipe du New-York Presbyterian Morgan Stanley Children’s Hopital (NYC) appréhendaient les effets délétères du Covid-19 chez les nouveaux-nés de son hôpital comme cela avait pu se produire avec le virus du Zika. Comme les autres médecins, elle recherchait les éventuelles malformations dues au virus. Avant la pandémie, le Dr D.Dumitrieu analysait la communication et les capacités motrices des bébés jusqu’à l’âge de 6 mois. Avec l’aide de sa collègue Morgan Firestein, elle a comparé ces données pour les bébés nés avant et après la pandémie pour savoir s’il existait des différences de développement neurologique entre les deux groupes.

M.Firestein a vite constaté que l’effet de la pandémie était important. Les bébés nés après la pandémie avaient des scores inférieurs aux test de motricité globale et de communication à ceux nés avant. Les parents avaient évalué leur enfant à l’aide d’un questionnaire pré-établi. Il se passait manifestement un effet délétère indépendant du fait que les parents aient été infectés ou non par le virus.

Les deux chercheuses étaient aux quatre cent coups car il s’agissait de millions de bébés qui pouvaient être éventuellement concernés. Si les bébés infectés par le virus se portent généralement bien, des recherches suggéraient que le stress lié à la pandémie pendant la pandémie pouvait impacter le développement du cerveau foetal chez certains enfants. De plus les adultes épuisés et stressés en charge des enfants pouvaient moins interagir avec ces nourrissons affectant ainsi leurs capacités physiques et cognitives décisives dès le plus jeune âge.

Les contraintes sanitaires ont isolé de nombreux jeunes parents, limitant les interactions sociales avec leurs bébés, et du fait qu’ils jouaient moins avec eux. De même, les soignants stressés et surchargés de travail n’ont pas pu consacrer le temps qu’ils auraient voulu à chaque nourrisson et tout-petit, pourtant indispensable à son équilibre psychologique.

Certaines équipes commencent à publier leurs conclusions, souvent sans réponses ferme. Certains bébés nés ces deux dernières années pourraient avoir des retards de développement tandis que d’autres, non. Tout dépend des occasions plus ou moins grandes d’interactions sociales, et les disparités sociales et économiques ont joué un rôle. Les premières données suggèrent déjà que que l’utilisation du masque n’a pas affecté le développement émotionnel de l’enfant. Par contre, on sait que le stress pré-natal peut contribuer à modifier la connectivité cérébrale. Mais il n’y a aucune certitude car il reste de nombreuses études à évaluer par les pairs, et la pandémie est loin d’être terminée malgré la vaccination des adultes et des enfants disparate suivant les pays.

Selon certains chercheurs, ce retard de développement constaté serait transitoire. Comme le déclare Moriah Thomason, psychologue pour enfants et adolescents à la Grossman School of Medicine de l’Université de New York, « je ne m’attends pas à ce que nous découvrions qu’il y ait une génération d’enfants affectée par cette pandémie.»

Le laboratoire d’imagerie avancée pour bébés de l’Université de Brown à Providence (Rhone Island) s’est penché sur les facteurs environnementaux pouvant façonner le développement du cerveau chez les nourrissons. Durant la pandémie, San Deoni, biophysicien et ses collègues ont eu la chance de continuer à suivre les compétences motrices, visuelles et linguistiques de bébés dans le cadre de leur recherche prévue sur sept ans sur le développement de la petite enfance et ses effets sur la santé ultérieure. Elle et ses collègues constatent qu’il fallait plus de temps aux enfants pour passer ces évaluations. Ils étaient manifestement plus lents.

San Deoni a demandé à ses chercheurs de comparer les moyennes annuelles des scores de développement neurologique des bébés à l’aide d’une batterie de tests similaire au QI. Les enfants nés lors de la la pandémie ont obtenu deux écarts-types inférieurs par à rapport à ceux nés avant. Dans des familles à faible revenu, plus chez les garçons que les filles, et touchait principalement la motricité.

Face à ces résultats, des chercheurs affirmèrent que ces scores n’étaient pas nécessairement prédictifs au long cours. Marion van den Hevel, neuropsychologue de l’Université de Tilbourg (Pays Bas) déclara que le « QI d’un bébé ne prédisait pas grand chose». Elle s’appuie sur une étude concernant les filles élevées dans un orphelinat roumain, et qui ensuite adoptées avant l’âge de deux ans et demie étaient moins susceptibles à l’âge de quatre ans et demie de présenter des troubles psychiatrique que celles restées dans l’orphelinat. Suggérant ainsi que lors de la levée des restrictions sanitaires, il en sera de même pour les enfants nés lors de la pandémie.

Dan Deoni continue sur sa lancée en affirmant que plus la pandémie se poursuit, plus les déficits cognitifs s’accumulent. Les recherches de D.Deoni ont eu une forte couverture médiatique suscitant des critiques de la part de ses confrères. D.Deoni pense que ces déficits cognitifs proviennent d’un manque d’interactions humaines. Les échanges verbaux entre les parents et leur enfant et vice-versa au cours des deux dernières années ont été moindre par rapport aux années précédentes. Les enfants pratiquent moins la motricité globale car ils ne jouent pas régulièrement avec d’autres enfants et ne fréquentent plus les jardins d’enfant.

Dans cette veine, des chercheurs anglais ont constaté que les compétences des enfants étaient plus fortes s’ils avaient fréquenté régulièrement une garderie ou une école maternelle. Les enfants à risque sont ceux de familles défavorisées et issus de minorités ethniques. Un nombre croissant de chercheurs ont suggéré que chez les enfants scolarisés, l’enseignement en distanciel pouvait creuser un écart entre des enfants nés dans foyer aisés et les autres nés dans des foyers défavorisés. Au Pays-Bas, il semblerait que les enfants obtiennent de moins bons résultats aux évaluations nationales en 2020 par rapport aux trois années pécédentes, et que les déficits d’apprentissage étaient de l’ordre de 60% pour les enfants de milieux moins favorisés.

En Éthiopie, au Kenya, au Liberia, en Tanzanie et en Ouganda, les enfants auraient perdu une année de scolarisation. Aux USA, après le premier confinement, les enfants de minorités ethniques auraient trois à cinq mois retard d’apprentissage par rapport aux autres.

Où en est-on avec le port du masque chez l’enfant qui fait débat en France dans les médias mainstream et sur les plateaux TV? Ce qui est écrit dans l’article de Nature est sujet à réflexion!

Le masque qui occulte une partie du visage pour exprimer les émotions et la parole, est-il susceptible d’affecter l’apprentissage émotionnel et linguistique des enfants?

Ô surprise, les enfants en contact avec d’autres enfants ont pu interagir avec un masque!

Edward Tronick, célèbre pour son expérience en 1975 du paradigme du visage impassible (Still face experiment) s’y est collé et a voulu savoir si les résultats de son expérimentation s’appliquaient au port du masque. Avec sa collègue, Nancy Snidman, il a demandé à des parents de filmer avec un smartphone leurs interactions avec leurs enfants avant, pendant et après avoir mis un masque. Les enfants remarquaient bien que leurs parents portaient un masque, et même s’ils changaient d’expression faciale, ils continuaient néanmoins à interagir avec leurs parents comme si de rien n’était. Selon E.Tronick, le masque ne bloquerait qu’un seul vecteur de communication.

Il semblerait que les masques n’interfèrent pas avec la perception linguistique et émotionnelle des enfants. Ils sont capables de comprendre les mots prononcés à travers les masques. Les enfants « compensent les déficits d’information plus facilement que nous ne le pensons » explique Leher Singh, psychologue à l’Université nationale de Singapour. Confirmé en cela par des chercheurs américains, qui reconnaissant que le masque complique la communication avec les adultes, les enfants assimilent les inférences adéquates. Également, même son de cloche pour Ashley Ruba que vous pouvez également suivre sur Twitter « Il y a beaucoup d’autres indices que les enfants peuvent utiliser pour analyser ce que ressentent les autres, comme les expressions vocales, les expressions corporelles, le contexte »

D’autres chercheurs ont voulu savoir si la pandémie pouvait affecter le développement des enfants avant la naissance. Plus de 8000 femmes enceintes ont été interrogées par l’équipe de Catherine Lebel , psychologue à l’université de Calgary (Canada). Près de la moitié présentaient des symptômes d’anxiété tandis qu’un tiers présentait un tableau de dépression. Ce pourcentage était plus élevé qu’avant la pandémie.

L’équipe canadienne a constaté à l’exament IRM que les bébés de 3 mois nés au cours de la pandémie de mères souffrant d’anxiété et de dépression, montraient des différences de connexion structurelle entre leur amygdale (zone impliquée dans le traitement émotionnel) et leur cortex préfrontal (zone impliquée pour les compétences de fonctionnement exécutif). Ors, lors d’une précédente étude, C.Lebel avait fait le lien entre la dépression pré-natale et son impact sur la connectivité cérébrale chez les enfants.

D’autres recherches ont fait le lien entre le stress pandémique prénatal et le développement de l’enfant. Ainsi Livio Provenzi, psychologue à la fondation IRCSS Mondino à Pavie (Italie) a observé que les bébés nés de mères stressées au cours de la pandémie régulaient plus difficilement leurs émotions, il était plus difficile à capter leur attention et plus difficiles à calmer que les bébés nés de mères plus sereines.

Thomason est plus réservée sur ces observations. Selon elle, cela ne signifie pas que les enfants présentant des problèmes de développement vont perdurer toute leur vie « Les enfants sont tellement adaptatifs et résilients. Et nous nous attendons à ce que les choses s’améliorent et qu’ils soient en mesure de résister à une grande partie de ce qui s’est passé », dit-elle. Si l’on en croit les recherches sur les catastrophes historiques, bien que le stress dans l’utérus soit nocif, il n’est pas forcément durable. L’exemple des enfants nés à la suite des inondations de Queensland en Australie de parents stressés est à citer. Certes, il y avait des déficits en résolution de problèmes et en compétences sociales quand ils avaient 6 mois, mais à deux ans et demi, les résultats n’étaient plus corrélés au stress car les parents avaient pris le dessus en étant réceptifs aux besoins de leur tout-petit.

Quelles conclusions en tirer concernant l’impact psychologique de la pandémie chez les enfants? Si leur cerveau est affecté?

Selon M.Thomason, « Les scientifiques s’empressent d’aller chercher une différence néfaste. C’est ce qui va attirer l’attention des médias; c’est ce qui va être publié dans une revue à fort impact », dit-elle.

« Le cerveau des enfants de six mois est très plastique, et nous pouvons agir dessus, et ainsi changer leur devenir.» dit Dumitriu, psychologue canadienne.

Et terminons sur ces popos prometteurs de Dan Deoni rappelant l’importance des 1000 premiers jours que j’ai déjà évoqué sur ce blog: « Les enfants sont certainement très résilients »…Mais en même temps, nous reconnaissons également l’importance des 1 000 premiers jours de la vie d’un enfant comme étant les premiers fondements cruciaux. Les premiers bébés pandémiques, nés en mars 2020, ont à ce stade plus de 650 jours.»…Les enfants « sont modelés par leur environnement …Plus nous pouvons les stimuler, jouer avec eux, leur faire la lecture et montrer qu’on les aime, c’est ce qu’il faudra.»

Vidéo sur l’expérience « du visage impassible » d’Edward Tronick citée dans ce billet

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LE TOUCHER THÉRAPEUTIQUE, UNE MÉTHODE QUI A REMPORTÉ UN NOBEL IGN!

Le Toucher Thérapeutique est une version de l’antique imposition des mains, un geste rituel et sacramentel signifiant un transfert d’énergie ou de puissance, sans connotation religieuse. La médiumnité.

Dans leur livre Crazy Therapies, la psychologue Margaret Singer et la sociologue Janja Lich ont dénoncé en leur temps et sans concession les thérapies du New Age fondées sur la pseudo-science et la pensée irrationnelle bien loin de critères méthodologiques et scientifiques requis sur lesquelles reposent la psychiatrie et la psychologie.

La liste de ces thérapies alternatives est longue, et est un puits sans fond. En lisant un article publié sur l’excellent site The Skeptic, j’en ai trouvé une forte éloquente! Il s’agit du Toucher Thérapeutique, méthode créée en 1972 en pleine période du New Age. « Une nouvelle arnaque venue des États-Unis ». Il touche le domaine infirmier et s’inclut dans les pratiques alternatives.

Le Toucher thérapeutique (TT) est approuvé par de nombreuses associations d’infirmières au Canada, et cette technique est « appliquée dans de nombreux hôpitaux, enseignée, selon le site de Passeport Santé, dans plus de 100 universités et collèges, dans 75 pays à travers le monde. Diable! Quel succès! C’est le monde infirmier concerné en premier lieu, il y a une explication fort simple à sa diffusion dans ce milieu paramédical. Elle est probablement le résultat de l’entregent d’une infirmière qui a mis au point le Toucher Thérapeutique…et qui a établi un partenariat avec…une guérisseuse adepte des sciences occultes devant l’éternité.

Il s’agit respectivement de Dolorès Krieger, professeure de sciences infirmières à l’université de New York et de Dora Van Gelder Kunz occultiste, guérisseuse intuitive et présidente de la Société de Théosophie de 1975 à 1989. Dora dialoguait couramment avec les fées dans Central Park, et forte de son expérience, elle en fit un livre « Le vrai monde des fées » publié en 1977. En plein boum du New Age !

Dora Kunz va devenir le guide spirituel de l’infirmière Dolorès Krieger. Cette dernière devait également être théosophe si l’on en croit le financement qu’elle reçut de la société de thésophie plus tard pour développer la méthode du Toucher Thérapeutique. Les deux femmes ont collaboré avec des allergologues, des immunologies et semblerait-il avec des neuropsychiatres. Il faut noter la participation active de Bernard Grad, un biologiste canadien qui a expérimenté le domaine de la guérison paranormale, et qui s’est intéressé un temps à la théorie pseudo-scientifique de l’énergie de l’orgone postulée par le disciple dissident freudien Wilhem Reich. Bernard Grad avait l’habitude depuis la mort de sa fille de s’entourer de guérisseurs. Devenu professeur agrégé à l’Université du Québec, il a acquis sa notoriété pour ses recherches sur le cancer.

Le TT fondé par Dolorès Krieger et Dora Van Gelder Kunz a remporté un prix! Celui du prix Ig-Nobel! L’ignobel (jeu de mots en prix Nobel et adjectif en anglais ignobel) honore des scientifiques, des institutions, des personnalités publiques ou même d’illustres inconnus pour des recherches qui ne peuvent pas ou ne devraient pas être reproduites!

Dans cette méthode aux incontestables relents ésotériques, l’un des fondements théoriques repose sur l’existence d’un champ énergétique comme le Chi des Orientaux, le prana sanskrit en relation avec le souffle et les chakras, des roues énergétiques. Le TT est une méthode qui débloquerait les énergies du champ énergétique. Souligné par le site The Skeptic, ces références orientalistes seraient moins évoquées actuellement pour ne pas provoquer l’ire du milieu académique des soignants. À moins qu’il ne s’agissse d’un effet « cheval de Troie, fort courant dans les pratiques de thérapie du New Age.

Comment se présente la technique du TT? Contrairement à ce que l’on pourrait penser, il n’y a pas de contact direct avec le client: -L’intervenant se centre intérieurement, et après cette phase de recueillement, il évalue l’état du champ énergétique de son client grâce à l’énergie de ses mains, et aux fins d’élimination des scories, il effectue un balayage du champ énergétique. Pour rééquilbrer le champ énergétique, l’intervenant va projeter des pensées, des sons et des couleurs apaisantes.

Ne tergiversons pas, le TT est une version moderne de l’antique imposition des mains, un geste rituel et sacramentel signifiant un transfert d’énergie ou de puissance, sans connotation religieuse. La médiumnité.

Pire encore, le TT a une similitude trompeuse ou encore ce qu’on appelle un faux ami avec d’autres méthodes de massage pratiquées par des kinésithérapeutes par exemple, qui sans être prouvées suivant les règles de l’Evidence Based Medecine sont « acceptables », ô combien même si on est un sceptique acharné envers les thérapies alternatives et complémentaires.

Il y a notamment celle du toucher-massage, développée dans les années 80. Le toucher-massage (TM) est une marque déposée et développée en 1986 par Joël Savatofski, masseur-kinésithérapeute et psychologue de formation. Il a fondé l’École Européenne de Toucher-Massage, un institut d’enseignement et de recherche pédagogique sur l’art de masser. Il forme les soignants aux attitudes bienveillantes et aux gestes favorisant le bien-être par le massage pour accompagner les patients dans les meilleures conditions. Le TM est un soin d’accompagnement, non médicamenteux, centré sur la personnes plutôt que sur sa maladie. Elle s’apparente au courant humaniste et proche du potentiel humain qui a toute sa place dans l’arsenal des psychothérapies quand ce n’est pas dévoyé (ce qui est une autre histoire).

Ainsi, à l’initiative d’Armelle Simon, infirmière sophrologue au service d’hématologie du CHU de Nantes, le Toucher-Massage est introduit comme soin de support pour les personnes atteintes de cancer. Le TM s’avère bénéfique chez les personnes atteintes de leucémie et confinées parfois six semaines dans une chambre stérile avec des contacts physiques réduits pour éviter les infections. En 2015, Armelle Simo, a évalué sur 62 volontaires la baisse de l’anxiété après une séance de TM sur l’échelle de Spielberger. L’anxiété baissait de 11,5 sur la dite échelle qui va de 20 à 80 contre 0,9 points pour un groupe. Une pratique acceptable, donc! Et évoquons en un mot les unités de soins palliatifs où ce type de massage a toute sa place car la fin de vie est un moment particulier.

Incontestablement, le vocable toucher-massage englobe en général toutes les formes de massothérapie, signifiant étymologiquement le massage qui soigne et pratiqué par des kinés. Après, si le mot de massothérapie gêne, retenez celui de massage qui est générique. D’où la nécessité de démarquer la massothérapie de la technique new age du Toucher thérapeutique et de ses dérivés. Les bienfaits de la massothérapie sont innombrables. Notamment sur l’anxiété, pour soulager des douleurs lombaires et musculaires et améliorer la qualité de vie des cancéreux.

Dès les années 1980, les travaux sur les prématurés de la psychologue Tiffany Field de l’université de Miami ont montré les bénéfices du massage. Les bébés massés après leur naissance pendant 5 à 15 jours prenaient plus de poids que les autres et étaient hospitalisés en moyenne 3 à 6 fois de moins. Ce mode opératoire élaboré par Tiffany Field serait appliqué dans 38% des services de néonatalité américains. En 2009, l’équipe du neurologue Andrea Guzetta de l’université de Pise a montré que les effets des massages sont tout aussi efficaces quand ils sont pratiqués par la mère que par les soignants. Le psychanalyste John Bowlby, connu pour sa théorie de l’attachement du nourrisson avait mis en évidence les besoins fondamentaux des nouveaux-nés au niveau des contacts physiques, nécessaires pour développer une relation d’attachement bénéfique à un développement social et émotionnel optimum.

Sur Pubmed, on trouve des articles consacrés aux thérapies complémentaires et tactiles en pratique infirmière, et ô surprise, elles portent le label « holistique ». Par là, incluant l’individu dans sa globalité incluant dimension de la psyché autre que le corps et la maladie, et ce terme est propre à la pensée new age. Il existe d’ailleurs un journal officiel de l’American Holistic Nurses Association et l’on trouve dans cette association des propositions de formations en aromathérapie, le TT/guérisseur (le Nobel Ign), la médiation, la visualisation, le yoga et le Taï Chi. Le ton est donné!

Si manifestement, il existe des études sur le TT et ses effets sur l’anxiété, il est constaté qu’aucun essai contrôle randomisé ou quasi-randomisé n’a été identifié. Donc circulez, il n’y a rien à voir! Tous ces articles répertoriés dans Pubmed montrent que malgré l’absence de colonne vertébrale scientifique, ces thérapies complémentaires et alternatives sont de plus en plus pratiquées introduites dans le milieu hospitalier, et font partie de l’arsenal infirmier. Sont-elle les bienvenues ou décriées? Sont-elles l’occasion de nouer une alliance thérapeutique avec les patients, d’entrer dans cette dimension subjective de la relation soignant/soigné? Question d’éthique! Faut-il être tolérant envers ce type de pratique comme le TT même si ça fait du bien au patient? Insister sur leur inocuité?

Alors, revenons à l’article de Mahlon Wagner du site Skeptic, et même si ça ne concerne pas la France, ce qui est écrit est factuel. Il cite un certain Dr Imre Kerner qui veut réguler la formation en TT en exigeant des praticiens de TT une formation initiale en soins infirmiers ou en médecine. C’est une pratique souvent utilisée dans des formations non académiques de demander à des praticiens ou des psychothérapeutes de rentrer dans un cadre formel avec des diplômes officiels. Un cheval de Troie idéal. I.Kerner a des liens avec une église spiritualiste fondée par une guérisseuse et voyante autoproclamée et aussi avec un chaman. Sans compter ses diatribes antiscience et il accepte bien que le TT repose sur la médecine énergétique. Tout un programme pseudo-scientifique.

Le Toucher Thérapeutique mérite bien son prix Nobel IGN.

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LES DÉRIVES DU CHAMANISME AMAZONIEN, UN AVATAR DU NEW AGE

Le vocabulaire employé par les charlatans du chamanisme est un métalangage observé dans les dérives sectaires.

Photo d’un jaguar, félin de la forêt amazonienne, ©Gerry Ellis

La spiritualité du New Age est un bric-à-brac composé de psychologie de comptoir. C’est un nouveau prêt-à-penser religieux qui donne l’illusion d’une spiritualité faite sur mesure pour faire évoluer votre psyché en vous promettant le bonheur. Depuis ses origines en effet, le New Age est très lié au développement personnel. La société New Age, décrite en 1985, par Marilyn Ferguson dans son livre Les Enfants du Verseau est celle de l’âge du Verseau résumée en une seule expression: « l’ère de l’interconnexion. » Des esprits entre eux avec les mondes invisibles et l’Au-delà. La conquête du Bonheur par la psycho-spiritualité passe par la case « connaissance de soi », intrinsèquement liée à la «construction d’un soi spirituel». Un marché du temple Transpersonnel où l’ésotérisme prime sur la pensée rationnelle et où l’on promet la quatrième dimension.

Pour épouser cette nouvelle norme psycho-spirituelle, on doit emprunter l’autoroute brumeuse du surnaturel et de l’irrationnel promises par des séminaires d’évolution psycho-spirituelle. Les techniques pratiquées dans les stages de développement personnel sont une véritable épopée de la manipulation mentale. Ils font la bonne fortune des thérapeutes de l’ère du Verseau dévoyant nombre de courants de la psychologie. Le vocabulaire est édifiant, et est souvent emprunté à la spiritualité orientale mise à la sauce occidentale. La thérapie de couple se métamorphose en espace ouvert où les hommes et les femmes dépassent leurs peurs transmises depuis la nuit des temps. Les stages où l’on réapprend à respirer (sic) sont rebaptisés “respiration et rythme ancestraux”. Le décodage biologique -rien à voir avec l’A.D.N-et la conscience quantique – rien à voir avec la science des quanta-permettent de trouver le sens caché des «maux et des mots»du stagiaire. L’accompagnement en relation d’aide se fait psychocorporel multi-référentiel.  

Dans cet état d’esprit de l’ère de l’interconnexion new age, des personnes en recherche spirituelle vont se tourner vers le chamanisme amazonien. Il est d’ailleurs plus judicieux de parler de néo-chamanisme, terme employé dans le dernier rapport de la MIVILUDES!

Il existe une myriade de propagateurs de la foi chamanique, aussi occidentaux que vous et moi, qui ont été soi-disant qui instaurent des circuits touristiques au Pérou. Ils mettent sous emprise mentale avec l’ayahusca, une drogue puissante et hallucinogène aux effets comparables au LSD et interdite en France depuis 2005. Sur le plan anthropologique, c’est une boisson sacrée utilisée depuis des millénaires par les Indiens amazoniens. Elle est encore appelée Yagé ou liane de la mort. Ce breuvage se compose de deux lianes issues du biotope amazonien: le banisteriopsis et la chacruna, du DMT, substance interdite sur le plan international.

Ce n’est pas le goût de l’interdit ou la consommation d’une drogue qui incite à absorber l’ayahuasca durant des stages new age, mais le cadre d’un chamanisme magnifié par un étrange paradoxe: « la plus ancienne religion de l’humanité », de plus en plus délaissée par les poulations locales, séduit les Occidentaux convertis à la pensée bobo ou écolo et en quête illusoire de retour à la nature qui se serait perdue en Occident! Un syncrétisme new Age type. Le chamanisme amazonien dévoyé est un bidouillage pseudo-mystique éloigné des racines authentiques des ayahuasqueros! Sur le plan anthropologique, celui de Claude Levi-Strauss, il faut remettre les pendules à l’heure pour démarquer des pratiques dévoyées et sectaires du chamanisme amazonien.

Chez les authentiques Indiens, la cérémonie d’ayahuasca présente la particularité d’être une performance chamanique s’inscrivant dans un culte religieux. Et il en était déjà ainsi bien avant l’arrivée des missionnaires. Mais le New Age est un courant puissant qui capte et illusionne des personnes en quête de développement personnel! Il y a pléthore de livres de développement personnel, presque des bréviaires, qui se transmettent de bouche à oreille qui séduisent. J’ai noté quelques titres de livre de développement personnel sur le chamanisme qui en disent long sur le dévoiement anthropologique du chamanisme: « Le manuel du chaman », « Réveille le chaman en toi », « 50 exercices de chamanisme » etc…

La tradition amazonienne est respectable contrairement aux dérives sectaires du chamanisme amazonien. Je l’apparente au folklore populaire de de nos pays en Occident où les légendes, les croyances envers des êtres invisibles et la sorcellerie faisaient partie intégrante des mentalités collectives. S’appuyant sur les superstitions et la pensée magique, à l’opposé de la pensée rationnelle qui devrait caractériser toute démarche psychothérapeutique.

En anthropologie, le chamanisme amazonien est une religion de la nature animée par des entités invisibles qui communiquent avec l’ayahuasquero. La plante née du corps du défunt “Aya” fait la lumière sur le rôle joué par les innombrables divinités du panthéon inca. Ces dernières dirigeaient pratiquement chaque acte de la vie quotidienne. La maladie était la conséquence d’une offense commise à leur égard. Pour guérir leurs patients, les médecins entraient en contact avec les esprits pour s’attirer à nouveau leur faveur. Leur action sur les forces surnaturelles en faisait des prêtres-sorciers, des intermédiaires entre le Ciel et les hommes. Le pouvoir temporel ne faisait qu’un avec le pouvoir spirituel. Non seulement les prêtres incas soignaient le mal mais ils offraient également aux dieux des sacrifices, faisaient des incantations magiques et pratiquaient l’art de la divination.  

La pratique reposait sur la superstition. Cet état d’esprit s’est transmis à l’insolite relation qui lie l’ayahusquero ou curandero à celui qui vient le consulter. Dans l’esprit populaire des Amazoniens, l’origine des maladies est liée à des maléfices. Les maladies magiques font partie des croyances et des superstitions entourant la prise de l’ayahuasca. Pour ces populations aussi superstitieuses que déshéritées, qu’elles résident dans les bidonvilles ou dans une région isolée du bassin amazonien, il existe différentes sortes de maladies. Pour celles qui relèvent du fatum, la médecine populaire à base de plantes médicinales s’en charge tout comme par le passé chez nous l’herboriste. Et pour celles qui ont des causes surnaturelles, magie blanche et magie noire s’affrontent. 

En Amérique du sud, les chamans et les peuples amérindiens croient dur comme fer aux maladies magiques. Si une fièvre, une douleur ordinaire, un mal résiste à un soin approprié, il ne peut que s’agir de la malveillance d’une personne qui a eu recours aux services d’un sorcier, un brujero, pour nuire sur les plans invisibles à son ennemi.  On raconte que le brujero est capable de lancer virtuellement sur autrui une épine ou une flèche véhiculant des substances nocives. Un autre cas de figure est celui d’un esprit de la nature outragé par la violation d’un tabou. Il se venge en rendant malade l’auteur de l’affront. L’âme de l’imprudent est alors capturé par l’esprit des bois ou de l’eau. C’est de cette façon que les indigènes expliquent le mal del agua (le choc de l’eau) ou du mal del aire (le choc de l’air).

En Amazonie, les maladies magiques les plus fréquemment rencontrées sont: – le sustro qui se traduit par la perte de l’âme du patient. – le pulsario, plus spécifique aux femmes, qui se manifeste par une sensation de boule dans l’estomac et une angoisse paroxystique ; – le daño, pur acte de magie noire, provoqué par une puissante potion versée à l’insu de la victime dans sa boisson ou lancée tard la nuit sur sa porte ; – le mal de ojo (le mauvais œil ), B-A-BA de la magie universelle, est dû au mauvais sort jeté par un ennemi ; – le mal de la tierra ( le mal de la terre) est provoqué en marchant sur les scories psychiques laissées sur le sol par un autre malade. Le descriptif de ces maladies est fort éloigné de la nosographie médicale occidentale et s’apparente à la sorcellerie des anciennes campagnes

Ne croyez pas, cher lecteur, que le Pérou n’a pas le monopole des maladies provoquées par envoûtement. L’histoire de la sorcellerie française en est truffée. Dans l’Auvergne des siècles derniers, le cauchemar nocturne était attribué à une suffocation exercée sur la poitrine du dormeur par une sorcière déguisée en chat noir appelée Cauquemare.

Ce parallèle entre les ayahuasqueros et la sorcellerie française est destinée à montrer l’épicentre de la conception superstitieuse du monde dans le New Age! Dans les maladies dites psychosomatiques, le corps exprime indibutablement un mal-être psychique. Les traitements classiques déçoivent parfois malgré les compétences des médecins, mais qu’à cela ne tiennent nos bons chamans du New Age ont l’art du baratin en prétendant les guérir avec l’ayahuasca dans tout désordre de la psyché et du corps.

Pour ces charlatans, l’union du psychique et du corporel est insuffisante pour appréhender le mécanisme de ces maladies. Alors ils rajoutent l’Âme au psyché et à la Soma. Pour séduire les adeptes, le « supplément d’âme » fait toute la différence. Dans les dérives du chamanisme amazonien, l’ayahusca traiterait superbement les maux physiques et les maux psychiques en contribuant au rééquilibrage des « désordres énergétiques du noyau spirituel ». Le vocabulaire employé par les charlatans du chamanisme est un métalangage observé dans les dérives sectaires. Il a une double connotation: rassurer mais également éveiller chez celui qui l’entend une adhésion incondition-nelle. Un nouveau sens étant donné aux maladies magiques, la médecine hallucinante à base d’ayahuasca s’adresse à tout le monde. Un nouvel axiome est posé: médecine millénaire, l’ayahuasca ne peut que restaurer le bien-être du corps, de l’esprit et de l’âme.

Est-ce étonnant que dans ces conditions sectaires, après la prise du yagué, la presse ait rapporté des décès, et sans compter les décompensations psychiatriques qu’il est difficile de chiffrer. Au Rainforest Healing Center, près d’Iquitos en pleine forêt amazonienne, organisant des retraites spirituelles avec l’hallucinogène amazonien, Nelson Deschênes âgé de 33 ans s’est suicidé après avoir ingéré du yagué. Kevin Rodriguez, journaliste au quotidien péruvien Pro & Contra écrit dans sohn article: « il s’est mis à avoir des hallucinations. C’est à ce moment qu’il a pris un couteau et qu’il s’est infligé plusieurs coups. Il a ensuite été transporté à l’hôpital et est mort neuf jours plus tard.»

En 2012, il y a eu d’autres morts après avoir bu du yagué. « Dernièrement, au Pérou, un soit disant guérisseur s’est trompé dans les doses d’ Ayahuasca administrées pour une action de purification ce qui a entraîné la mort de Kyle Nolan, 18 ans, venu chercher  » un nouveau départ». Le supposé chaman a enterré le corps de la victime dans un champ! Un vrai thriller!

En consultant la base de données Pubmed, on peut s’étonner qu’on puisse trouver des articles scientifiques. L’un d’eux étudie l’ayahuasca dans la thérapie enthogénique, un OPNI (Objet Psychologique Non Identifié) dans l’approche humaniste et transpersonnelle, parfaite illustration de la vague New Age!

L’ayahuasca est aussi étudié par essai randomisé versus placebo dans la dépression résistante aux traitements classiques. Mais il s’agit le plus souvent d’études localisées en Amérique latine, et elles sont rares, et elles relatent des épisodes psychotiques accentués si les personnes sont déjà atteintes des troubles psychiatriques. En fait, on s’aperçoit rapidement que ces articles favorables à l’ayahuasca s’inscrivent dans la recherche psychédélique qui étudie le potentiel thérapeutique des psychédéliques comme le LSD, le peyolt, l’ibogaïne contre la toxicomanie. C’est une autre approche à prendre avec des pincettes que je n’encourage pas à suivre, sauf à en parler avec son médecin traitant. Il y a suffisamment de psychothérapies sans prise d’hallucinogène qui sont efficaces.

L’anthropologie est une discipline passionnante, et le chamanisme est fascinant mais est-il fait pour les Occidentaux? Ce qu’il faut retenir, c’est qu’au sujet du yagué, le fossé est grand entre cette authentique tradition amazonienne et celle des charlatans du chamanisme. Lorsqu’une victime tombe sur un faux chaman, elle est droguée à plusieurs titres: à un stupéfiant, l’ayahuasca et à un système de pensée sectaire centré sur l’occultisme et le néo-chamanisme. La suggestibilité opère sur de supposées aptitudes paranormales des uns ou des autres, comparées aux facultés magiques des chamans. Méthode ancestrale, le chamanisme est malheureusement en train de devenir une pseudo médecine alternative à part entière, qui prospère sur la crédulité, le narcissisme et la volonté de puissance d’Occidentaux en mal d’identité.  

Sources:
Chamanes au fil du temps, Francis Huxley Jeremy Narby, (Albin Michel),

Claude Levi-Strauss, Le Cru et le Cuit, (Plon, 1964),

Hallucinogènes et Chamanisme, Michaël Harner,  (Terra Magna, 1992

Les Jivaros,: les cascades sacrées, Michael Harner, Poche

Notes personnelles  

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COVID 19: LES CONSÉQUENCES DÉLÉTÈRES DES RESTRICTIONS SANITAIRES DANS LES RÉSIDENCES POUR SÉNIORS EN FRANCE ET EN EUROPE

« J’espère que l’une des choses que nous apprendrons de cela est que lorsqu’une personne se rend dans une résidence, elle continue d’avoir le droit à une vie de famille et de décider de son quotidien.»(Adeline Comas-Herrera)

©Lisette Model (1901-1983), https://loeildelaphotographie.com/fr/

La pandémie Covid-19 est une crise sanitaire sans précédent que nous vivons depuis deux ans et nous sommes nombreux à avoir le sentiment de vivre la situation du film « Un jour sans fin « où un journaliste grincheux interprété par Bill Murray est condamné à revivre la célébration du jour de la Marmotte le 2 février au Canada! La crise sanitaire mondiale a commencé le premier trimestre 2020 voire selon certaines sources, au dernier trimestre 2019. La vaccination et les nouveaux traitements (à venir) sont des avancées majeures et prometteuses pour voir le bout de ce tunnel viral et infernal qui impacte la vie quotidienne, la santé physique et psychologique des populations. Si l’on n’est pas convaincu par la virulence de la Covid-19 et de ses redoutables variants, le site John Hopkins, la référence mondiale du suivi à base d’algorithmes et de Big Data, met en temps réel les données de la propagation du virus par pays. Les chiffres par le total des décès, des contaminations en cours sont vertigineux, et chaque jour le compteur Big Data s’affole. Le total des doses de vaccin administrées montre que le nombre de contamination baisse ainsi que la mortalité dans les pays qui ont un fort taux de vaccination. Dans la même approche Big Data, sur la France, il y a le site Covidtracker fondé par le jeune et talentueux ingénieur en informatique Guillaume Rozier.

22% de la population mondiale soit 1,7 milliards de personnes seraient atteints de troubles de la santé susceptibles de causer des complications en cas de contamination par le virus (se réferer au Center For Diseasse Control and Prevention, USA). L’âge et les comorbidités sont les principaux facteurs de risque. En 2020, avant la campagne de vaccination, dans note pays, 73% des décédés du virus étaient âgés de plus de 75 ans. La littérature scientifique rapporte que Les plus de 85 ans ont un taux d’hospitalisation 8 fois plus élevé que les 40/44 ans. C’est factuel sur le plan scientifique mais en faire des arguments de nature idéologique et politique restreignant les droits et la liberté des plus âgés est inacceptable. Et pourtant, c’est ce qui va être exposé maintenant à partir d’éléments de sociologie médicale et de psychologie médicale.

La sociologie médicale qui s’occupe des interactions entre la santé et la société ( le groupe et les institutions via les politiques de santé) permet un éclairage sur le vécu des résidents de maison de retraite. En se basant sur cette vulnérabilité factuelle des personnes âgées au virus, les pays ont développé à leur égard des stratégies « supposées de protection » qui ont été délétères pour eux et leurs proches.Dans les institutions que sont les maisons de retraite, en France les Ehpad, la mesure de protection généralisée fut et serait encore dans certains endroits le confinement absolu. L’interdiction des visites purement et simplement et la suppression des activités sociales permettant aux résidents de partager des moments conviviaux. La vie sociale à l’intérieur de l’institution qui permet les petits plaisirs de la vie et qui rassure leurs familles. Les résidents ont été séquestrés (ce mot est adéquat), et ce au prix de leur vie pour certains par syndrome de glissement et pour les autres au détriment de leur bien-être général.

Dans la littérature scientifique, il est répertorié trois effets délétères du confinement total chez les personnes âgées la sarcopénie, la dépression et le retard de la prise en charge des maladies chroniques. La souffrance psychique a été catalysée lors de la pandémie par la solitude, l’ennui, le sentiment d’inutilité ainsi que la peur d’être contaminé par le virus renvoyant à la peur de la mort. Et le syndrome de glissement évoqué précedemment.

En France, lors des confinements, nombre de résidents sont morts sans leurs proches à leur chevet. Le livre bouleversant de la psychologue Marie de Hennezel, l’Adieu Interdit » évoque ce lourd tribut des résidents d’Ehpad: « Je remets en cause la folie hygiéniste qui, sous prétexte de protéger les personnes âgées arrivées dans la dernière trajectoire de leur vie, impose des situations proprement inhumaines. », écrit-elle.

Une tribune collective intitulée « Libérons les Ehpad d’un principe de précaution poussé à l’extrême!» donne également le tempo et en voici de larges extraits: « Pour qui sonne le glas en Ehpad? Il sonne pour nos mères, nos pères, nos conjoints….Isolés car vingt minutes de «parloir» tous les quinze jours derrière un Plexiglas dans un espace commun surveillé, ce ne sont pas des conditions dignes ni une fréquence acceptable de visites, surtout pour des personnes souvent malentendantes, malvoyantes ou présentant des troubles cognitifs assez largement précipités par défaut de stimulation affective et intellectuelle depuis un an maintenant. Et ils ne sont pas pour autant protégés car le virus continue à entrer, et s’y ajoute le virus – non moins mortel — de l’enfermement et du sentiment d’abandon: le glissement…Dans ce huis clos, l’enfer, ce n’est pas les autres, c’est l’absence des siens. Et cet enfer est pavé de bonnes intentions, en l’occurrence le principe de précaution, illusoire tant il est vrai que n’existe pas de risque zéro. Il y aura toujours un variant, un intervenant imprudent…»

Outre la dangerosité du virus qui n’est plus à démontrer et qui nécessitait des mesures exceptionnelles, différentes d’un pays à un autre, pour protéger les populations, il y a le modèle institutionnel des maisons de retraite qui s’est révélé inadapté lors de cette pandémie et qu’il faut changer. Quand on lit la presse internationale et qu’on voit ce qui s’est passé dans d’autres pays, on s’aperçoit qu’il est obsolète et qu’il y a un manque criant de financement privé et public. Il n’y a pas que la France concernée par ces interdictions de visite et leurs conséquences tragiques. Des similitudes avec d’autres pays sont à noter. Ce n’est peut-être pas consolant pour les familles et les résidents de tout pays qui vivent au gré des restrictions (et/ou interdictions) mais qui sait si à l’avenir le droit à vieillir dans des conditions acceptables ne pourrait pas être saisi à l’échelon européen?

À ce sujet, un article traduit de l’espagnol par Patrick Moulin sur son site directeur des soins montre le sort peu enviable subi par les résidents pour personnes âgées dans les maisons de retraite en Espagne. La journaliste Maria Sosa Troya du journal El Paìs a interviewé Adeline Comas-Herrera qui a suivi en continu avec son équipe la mortalité dans les résidences pour personnes âgées dans 20 pays. Le titre de l’article « On est allé trop loin avec les restrictions d’accès aux proches dans les résidences pour personnes âgées » est éloquent en lui-même. Pendant la pandémie, quatre décès sur dix concernaient des résidents de maisons de retraite. Corroboré par un autre article poignant publié dans le journal La Croix qui fait état de 86 enquêtes préliminaires ouvertes en Espagne dès avril 2020 pour négligence après la mort de milliers de personnes âgées mortes dans leurs maisons de retraite. À méditer. D’autres pays pourraient-ils suivre l’exemple de l’Espagne?

Adeline Comas-Herrera analyse les dysfonctionnements qu’elle a observé dans ces 20 pays et ils s’appliquent en copié/collé à la France: « Le plus gros problème, ce sont les conditions dans lesquelles travaille le personnel. La seconde, l’infrastructure des centres. Et le troisième serait le manque de mécanismes non seulement de suivi, mais aussi de communication. Quant au personnel, vous êtes moins payé si vous êtes infirmier dans une résidence que dans un hôpital, avec le même niveau de qualification, et c’est la même chose pour les personnels auxiliaires [aides-soignants et autres personnels]. Dans presque tous les pays, il y a des pénuries et des difficultés pour recruter et pour retenir le personnel. Dans les pays nordiques c’est différent, mais dans presque tous les autres, le niveau de formation et de progression professionnelle est très bas. Cela fait que c’est très peu attrayant. En Angleterre, les maisons de retraite préviennent qu’elles ne peuvent pas garantir la qualité des soins parce qu’elles sont à un niveau trop bas de personnel.»

Et Adeline Comas-Herrera conforte l’effet délétère du confinement sur la psyché des plus fragiles résidents et les effets pervers de ce modèle institutionnel inadapté pour un suivi bienveillant des personnes âgées dans les maisons de retraite: « Il existe de plus en plus de preuves qu’un déclin cognitif s’est produit, en particulier chez les personnes atteintes de démence. Les sentiments de solitude, d’abandon et y compris les effets sur la santé ont augmenté en raison du confinement dans de petits espaces. Ils ont payé un prix très élevé. Les restrictions d’accès aux membres de la famille sont allées trop loin, surtout lorsque beaucoup ont été les premiers à se faire vacciner et ont tenu un rôle très important dans la santé émotionnelle des résidents. On ne leur faisait pas assez confiance, c’était un échec de ne pas leur donner un rôle au quotidien. J’espère que l’une des choses que nous apprendrons de cela est que lorsqu’une personne se rend dans une résidence, elle continue d’avoir le droit à une vie de famille et de décider de son quotidien. Dans la plupart des pays, il n’y a pas de mécanisme pour s’assurer que cela est respecté.»

Après ces larges extraits, s’il en a le temps, je suggère au lecteur de lire cette interview fort pertinente dans sa totalité sur le site: https://dsirmtcom.wordpress.com/2021/11/11/on-est-alle-trop-loin-avec-les-restrictions-dacces-aux-proches-dans-les-residences-pour-personnes-agees-el-pais/

Où en sommes nous aujourd’hui en France? la situation n’est encore guère brillante pour les résidents d’Ehpad. Le taux de contaminations au virus repart de plus belle, et nous sommes dans la cinquième vague. Et sur la décision de directeurs, certains établissements ont déjà fermé leurs portes et interdit les visites des proches! Combien sont-ils? C’est souvent rapporté dans la presse locale et il est impossible de connaitre les chiffres! Certainement du au fait que notre pays est fâché avec les Big Data et qu’il est un mille-feuilles administratif qui bloque toute information à faire remonter au plus haut sommet de l’état, empêchant toute action sensée.

Une troisième dose de vaccin est actuellement administrée aux personnes prioritaires dont les résidents d’Ehpad, les plus de 65 ans et les personnes fragiles. Désormais, la vaccinationa été élargie à toutes les tranches d’âge!

En attendant, comme le souligne sur Twitter l’une des cofondatrices du Cercle des proches aidant en Ehpad (CPAE), et fille d’un résident octogénaire mort des conséquences d’un syndrome de glissement : « Malgré les trois doses, la vie n’a jamais repris son cours normal dans de nombreux Ehpad qui restent des zones de non-droit, des lieux de privation de liberté où les familles sont tenues à l’écart.»

Sabrina Delery, l’une des fondatrices du Cercle des proches aidant en Ehpad, (CPAE) répond au journal Atlantico au sujet d’une lettre ouverte pour alerter sur l’état de la situation dans les EHPAD: « Ce que l’on redoute c’est que ces personnes qui ont survécu aux vagues de Covid soient victimes de glissement, c’est-à-dire des conséquences de l’isolement et du manque d’interaction. Il nous semble inacceptable de reconfiner les résidents, d’autant qu’on nous avait promis que cela ne serait pas le cas. Cela se fait sans débat et sans prévenir les familles. Tous nos combats de ces derniers mois passent à la trappe. Nous craignons une généralisation de cette tendance au reconfinement. Ce qui est le plus scandaleux, c’est l’inégalité de traitement. On entend beaucoup parler de thés dansants qui deviennent des clusters. Et on a simplement demandé aux cas positifs de faire attention, sans les reconfiner. En EHPAD, malade ou pas, on enferme tout le monde. Les EHPAD sont devenus des prisons à 3000 € par mois. Les glissements tuent plus que la Covid en EHPAD. Nous sommes cinq cofondatrices dans le CPAE, trois d’entre nous ont perdu un parent de glissement pendant la crise sanitaire.»

La pandémie a révélé dans de nombreux pays européens la maltraitance déjà latente envers les personnes âgées dans le cadre institutionnel de la maison de retraite. Elle ne date pas d’hier. J’avais déja écrit sur ce blog, bien avant la pandémie une recension d’un livre écrit par la pétulante octogénaire Christie Ravenne « Gagatorium, quatre ans dans un mouroir doré ».

Et si le problème de fond sociétal était celui de l’âgisme qui explique en partie ce désintérêt envers les personnes âgées dans les résidences pour séniors? Et expliquerait ainsi en partie leur sort qui laisse indifférent l’opinion publique et ainsi contribue à fermer les yeux sur leur maltraitance. Et l’enfermement est une maltraitance. Il ne fait pas bon d’avancer en âge, de vieillir en France et en Europe en général. Changeons notre regard sur le vieillissement et déconstruisons l’âgisme.

De la gaité et du dynamisme chez ce couple de séniors qui montre qu’avancer en âge n’est pas une maladie.

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FREUD, LA NÉVROSE DE GUERRE ET LE TRAITEMENT BARBARE DE LA FARADISATION

La palme de la barbarie revient à la méthode de torpillage préconisée par le Dr Clovis Vincent.

La guerre de 14/18 bouleversa la psychiatrie. Devant l’afflux de blessés psychiatriques, le service de santé des armées dut se réorganiser. La durée et l’ampleur de la Grande Guerre engendrèrent des troubles de la psyché inconnus jusqu’à alors du corps médical. Les médecin ignoraient comment les prendre en charge.Ces troubles étaient les manifestations du Stress-Post-Traumatique, répertorié aujourd’hui dans le DSM et le CIM.  Les médecins de l’époque de la Grande Guerre parlaient de l’hypnose des batailles, de la fatigue de guerre et de cafard.

Le principal trouble psychiatrique auquel devait faire les médecins était celui de l’Obusite. Comment se manifestait-il?  On trouve des témoignages sur les Poilus souffrant d’obusite rapportés dans La Gazette de Souain:  « Des soldats étaient trouvés accroupis ou pliés en deux, ne se relevaient pas, les yeux écarquillés. certains sont devenus muets, sourds et même aveugles sans blessure apparente organique.»

Lorsque les soldats présentaient des symptômes de paralysie, des tremblements, une surdité, des convulsions ou de mutisme, c’était pour la médecine la manifestation d’un désir de fuite. Et c’était aussi une forme d’hystérie, différente de l’hystérie féminine et propre à la guerre. On était vraiment loin du concept de Stress post-traumatique moderne.

Les psychonévroses de guerre bouleversèrent le milieu des aliénistes. Pour les uns, c’était un syndrome post-commotionnel, pour les autres « émotion-choc » ou rôle de la prédisposition des constitutions. Le neuropsychiatre toulousain Voivenel parla des troubles de l’émotivité  (on dirait aujourd’hui états anxieux) qui sera finalisée dans son concept de « peur morbide acquise ». La peur morbide acquise par hémorragie de sensibilité. Cet état intervient soit immédiatement après une bataille, soit plus progressivement au fil des mois. Les observations du Dr Voivenel préfigurent déjà certaines caractéristiques de stress post-traumatique figurant dans le DSM et le CIM 10 (bientôt le CIM 11 en janvier 2022).

Comme les médecins pensaient que ces psychonévrose étaient une forme d’hystérie, ils ne prenaient pas de gant pour les traiter. Le malheureux poilu souffrant d’un État de Stress post-traumatique pouvait être soigné par la flagellation pour briser sa personnalité. On frappait le soldat de plus en plus fort avec des paroles aimables et en lui faisant ingurgiter de l’eau de vie! De la gnôle, quoi!

Le traitement de choc le plus coton pour traiter la névrose de guerre était celui de la faradisation ou de la galvanisation à grande échelle. Les médecins de l’époque partaient de l’idée que les soldats étaient des simulateurs, et qu’il fallait trouver une solution pour les mettre en face de leur propre couardise avant de les renvoyer au front. Les soldats ne pouvaient pas refuser le traitement, et la coercition physique était employée. On n’hésitait pas à enfermer les patients dans des carcans redresseurs.

Toutefois, il faut préciser que la galvanisation est la version noire de l’électrothérapie. Son mésusage. Le traitement électrique dévoyé des multiples symptômes psychiques du combat ne sont qu’un des aspects de l’électrothérapie développée durant la première guerre mondiale. Ces usages concernaient le corps entier. Ainsi, en 1917, le Guide du médecin praticien en électricité médicale rédigé par le Docteur Castets en parle dans le traitement de l’obésité, de la goutte, des cardiopathies et la liste des indications n’est pas exhaustive. Il y a eu aussi son utilisation en physiothérapie et comme technique de localisation des projectiles chez les blessés.

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Alors comment se pratiquait une séance de faradisation? Un courant galvanique de 35 milliampères sous 75 volts, et en secousses brèves (de 10 à 20 secondes) est administré à l’aide de conducteurs sur les zones sensibles du soldat.

Cette méthode psycho électrique comme celle de Roussy et de Lhermitte comportait plusieurs phases. D’abord la préparation suggestive du patient, et puis le « choc psychique » provoqué par l’application douloureuse du courant  faradique; le tout dans une atmosphère de discipline militaire. La toute puissance du médecin-le pouvoir de la blouse blanche et du savoir-, la suggestion et le choc électrique constituaient les trois fondamentaux de ce traitement barbare. Car c’était de la torture. Des infirmiers ont confirmé qu’un certain Dr Kolowsky faradisait les parties génitales ainsi que les bouts des seins. Les séances se faisaient en présence d’autres patients afin que leurs hurlements de douleur effrayent les autres victimes. Cela renforçait l’efficacité de la cure, soi-disant…Rassurez vous, chers lecteurs, la psychiatrie a évolué et est devenue humaniste en aidant bien des patients atteints de troubles mentaux.

Il y avait des différences subtiles entre les méthodes électriques des psychonévroses de guerre. La palme de la barbarie revient à la méthode de torpillage mise au point par le Dr Clovis Vincent, et . Elle repose sur le principe de la galvanisation, un courant plus intense que le faradique envoyé avec des tampons sur les zones sensibles de la surface cutanée. La fin de la guerre sonna le glas du traitement électrique des psychonévroses.

Tous les médecins n’étaient pas d’accord sur la faradisation ou la galvanisation. Dont Sigmund Freud. L’œuvre de Freud n’est plus à présenter. Le fondateur de la psychanalyse s’est trouvé confronté lors du conflit de 14/18 à ses confrères qui pratiquaient la psychiatrie classique pour traiter la névrose de guerre. Il va être amené à faire des expertises sur la névrose de guerre suivant l’approche psychanalytique. Il va proposer une autre approche de la névrose de guerre. C’est même une attitude politique qui bouscule les mentalités de la médecine militaire. La nature psychique de ces névrosés de guerre est la même comme pour toute névrose. Les névroses de guerre et de paix sont des troubles de la vie  affective où l’inconscient est omniprésent.

Dans Introduction à La Psychanalyse des névroses de guerre, Freud développera les mêmes arguments que dans ses expertises : « Les névroses de guerres […] sont à concevoir comme des névroses traumatiques qui ont été rendues possibles ou ont été favorisées par un conflit du moi. […] [Celui-ci] se joue entre l’ancien moi pacifique et le nouveau moi guerrier du soldat, et devient aigu dès que le moi de paix découvre à quel point il court le risque que la vie lui soit retirée à cause des entreprises aventureuses de son double parasite nouvellement formé. On peut tout aussi bien dire que l’ancien moi se protège par la fuite dans la névrose traumatique du danger menaçant sa vie, ou qu’il se défend du nouveau moi reconnu comme mettant sa vie en péril »

Le mécanisme de la névrose de guerre analysé par Freud était radicalement différent de ce que proposait la médecine de l’époque, et a amené une bouffée d’humanité avec sa méthode. Il préfigurait déjà le mécanisme du stress post-traumatique du à un conflit où la victime revit le trauma en boucle.« Dans les névroses de guerre, ce qui fait peur, c’est bel et bien un ennemi intérieur».

Sources:
http://www.bibliomonde.com/livre/guerre-censuree-une-histoire-des-combattants-europeens-18–6493.htmlhttp://agora.qc.ca/thematiques/mort/documents/nevroses_de_guerre_freudhttps://sites.google.com/site/olivierdouvilleofficiel/articles/de-quelques-psychanalystes-sous-la-premiere-guerre-mondialehttps://sites.google.com/site/olivierdouvilleofficiel/articles/de-quelques-psychanalystes-sous-la-premiere-guerre-mondialehttp://blogs.aphp.fr/wp-content/blogs.dir/113/files/2014/08/4_troubles-psy_Poirier.pdf

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AUTOUR DU FILM HOLY SMOKE: UNE HISTOIRE D’EMPRISE MENTALE

La déprogrammation fait usage de la force en enlevant et en séquestrant l’adepte pour le forcer à abjurer ses nouvelles croyances jugées erronées ou dangereuses.

Sorti en 1999, le film Holy Smoke de la réalisatrice Jane Campion est un film troublant pour ceux qui s’intéressent aux sectes. Il évoque la difficulté de déconditionner une personne sous l’emprise d’une religion marginale (ou secte) ou de croyances religieuses. Évaluer le degré d’emprise ou l’adhésion nocive à des croyances spirituelles (ou autres), avec perte du libre arbitre, notion très subjective admettons-le, est difficile à évaluer. Ajoutons y la notion d’emprise mentales, et le tpur est joué. Comment définir les critères d’un groupe totalitaire comme une secte?

Holy Smoke met en présence deux protagonistes: Ruth (incarnée par Kate Winslet),  une Américaine convertie à un syncrétisme religieux new age et hindouiste, et un déprogrammeur, P.J Waters (joué par Harvey Keitel). Au cours d’un voyage en Inde, Ruth, tombe sous l’emprise d’un gourou prénommé Baba. Inquiète par son changement d’attitude et ses nouvelles croyances opposées à l’éducation religieuse qui lui avait été inculquée, sa famille demande à un déprogrammeur P.J Waters, de faire revenir la jeune femme à la raison, de la déconditionner.   On assiste dans ce film à des scènes de deprogramming où P.J Waters séquestre Ruth, emploie des méthodes coercitives ( physiques et morales ) pour l’inciter à quitter la secte de Baba et soigner sa psyché endoctrinée. Tombant amoureux de la jeune femme, il échoue dans sa mission,  et ses certitudes seront bouleversées. Ruth restera en Inde chez Baba.  

Le film est étrange et déstabilisant en dehors de l’histoire d’amour entre un homme et une femme, et des scènes torrides qui y sont liées. On peut se demander si Ruth est vraiment aliénée à ce groupe religieux marginal, si elle joue de ses charmes pour éviter la coercition mentale et physique employée par Waters pour faire retomber la pression. Holy Smoke est d’abord une fiction mais Jane Campion s’est inspirée de faits réels fort courants dans les années 1990.   L’identité du gourou Baba est à peine déguisée. Il a réellement existé et est mort en 2011. C’était un gourou de Puttaparthi (nord de l’Inde), faiseur de miracles. Il comptait cent millions d’adeptes dont beaucoup d’Occidentaux en quête de recherche spirituelle. Les enseignements de Baba étaient un syncrétisme d’Hindouisme et de Christianisme. Du New Age pur jus. Baba s’était autoproclamé à 14 ans la réincarnation de Saï Baba de Shirdi, un saint de l’Hindouisme mort en 1918. Notre bon Baba de Puttaparthi avait soi-disant la capacité de matérialiser des objets symboliques, de l’or, des bijoux et de la cendre sacrée devant ses adeptes. Ses devises étaient des plus louables: « aimer tout le monde, servir tour le monde, aider toujours, ne jamais blesser.». C’est ça la force de l’appel des sirènes des religions marginales: le développement de la spiritualité supposée irréalisable dans les religions traditionnelles. La séduction à partir de bons sentiments et la promesse d’une vie dans l’Au-Delà paradisiaque, ou bien encore celle d’une meilleure réincarnation.

En 1999, coup de théâtre! L’Unesco annonce qu’elle retire tout partenariat avec l’association de Satya Saï Baba, en raison d’actes de pédophilie perpétrés par le gourou. Ces actes n’ont jamais été prouvés par voie de justice mais on trouve sur le net de nombreux témoignages d’Occidentaux, relayés notamment par le GEMPPI.

Baba a été accusé de charlatanisme. Il réalisait des tours de magie en les faisant passer pour des miracles. Réalisant la supercherie, certains adeptes se sont détournés de lui. De reconnaitre que pour les gens de son village, il s’est montré un bon samaritain. Il a créé un véritable trust, et la fortune de « Babaji » (saint homme) a été estimée à 170 millions de dollars.

Cette fortune provenait essentiellement des dons des adeptes occidentaux en quête de spiritualité. Avec cette fortune, il a fait construire une ville moderne et un hôpital où il est mort. Ses centres d’enseignement pour Occidentaux étaient décrits comme des villages comparables à ceux du Club Med. Distributions gratuites et à foison de glaces, et buffet luxuriant à l’Occidentale.

La face obscure de Baba à l’instar des deux visages de Janus montre qu’il était un gourou, terminologie culturelle en Inde, mais en Occident, elle renvoie à une personnalité totalitaire (et charismatique) comme on peut l’observer dans les groupes sectaires. Il a été rapporté que certains de ses adeptes avaient subi un conditionnement mental à partir d’E.M.C (état modifié de conscience). C’est une pratique de manipulation bien connue, et dans les grands rassemblements, les individus sont particulièrement suggestibles. Les états d’auto-hypnose durables peuvent favoriser des hallucinations individuelles et collectives.

L’autre versant du film est celui d’une spécialité qui est celle du « déprogrammeur de sectes ». Cette pratique controversée est apparue aux États-Unis à la fin des années 70, en plein boum du New Age, foisonnant de nouveaux mouvements religieux (NMR). La déprogrammation fait usage de la force en enlevant et en séquestrant l’adepte pour le forcer à abjurer ses nouvelles croyances jugées erronées ou dangereuses. La coercition physique, ni plus ni moins.

Comment a-t-on pu concevoir une telle une méthode, ayant pignon sur rue, à base de coercition mentale et physique pour sortir les gens des groupes sectaires?

Les parents qui se tournaient vers les déprogrammeurs ont été séduits par ces méthodes d’exfiltration et de déconditionnement suivies de re-conditionnement. Comme si le cerveau d’une personne était programmable à l’instar d’un ordinateur. La technique était présentée sous le masque d’une méthode scientifique agréée officiellement.

Le deprogramming s’est développé sans contrôle jusqu’en 1980. Pour Anton Shupe et Susan E.Darnel, la théorie du deprogramming est pseudo-scientifique. À leur début, ces spécialistes des sectes, intervenaient en évoquant leurs actions comme de la déprogrammation. L’idée reposait sur le postulat de l’endoctrinement, du lavage de cerveau subis par les adeptes. Cela supposait que « les jeunes convertis étaient incapables de gérer leur propre vie et de prendre des décisions » (Shupe et Bromley 1980). Les premiers exfiltreurs de sectes pensaient que l’opinion publique plébiscitait leurs méthodes. Ils cherchaient à restaurer la personnalité antérieure de l’adepte, et leurs méthodes reposaient sur la coercition mentale et physique. Elles étaient justifiées comme «un mal nécessaire ou une réponse appropriée à une crise sociale et mentale» (Delgado, 1977, 1984). Finalement, pour les chercheurs en sciences sociales, la déprogrammation fût perçue comme de la répression spirituelle.

La plupart des chercheurs en sciences sociales se sont opposés au développement du rôle interprétatif et pseudo-scientifique de la déprogrammation en santé mentale. Depuis 1990, il n’y a quasiment plus d’enlèvements par les déprogrammeurs. Ils ont été remplacés par des consultations et des programmes de départ volontaire des adeptes de ces sectes: l’exit counseling, plus efficace et moins controversé que la déprogrammation.

Les réussites des Exit Counseling (conseillers de sortie) reposent sur les processus de changement d’attitude connu en psychologie sociale, la théorie de l’engagement et la modification comportementale. Mais « ces conseillers en sortie » continuent de décrire leurs succès en termes de contrôle mental et de personnalité réorganisée. Si leurs méthodes sont critiquées par les sociologues de la religion, elles auraient plus la faveur des professionnels de la santé mentale. Sans qu’on en sache plus. Probablement par des béhavioristes et comportementalistes.

Un grand nombre des techniques pour faire sortir quelqu’un d’une secte proviennent d’un certain Joe Szimhart. Il a été impliqué dans 300 cas dont 10% d’exfiltrations forcées. En 1991, il a arrêté ces deprogrammings forcés en raison d’accusations criminelles portées contre lui lors de l’échec d’une déprogrammation dans l’Idaho.  Une profession lucrative lorsqu’on sait que les honoraires de Szimhart en 1991 se situaient entre 300 et 400 dollars par jour. Un quart seulement de ses consultations par téléphone étaient gratuites.

 Le sociologue Kent a interrogé des centaines d’adeptes, d’ex adeptes, des membres de leur famille qui  avaient été concernés par la déprogrammation. À cette époque, les déprogrammations forcées étaient fréquentes. Les parents qui faisaient appel aux déprogrammeurs croyaient sincèrement que leurs enfants étaient victimes d’un lavage de cerveau du à certaines techniques totalitaires attribuées aux religions marginales.

Il faut remettre la notion de lavage de cerveau dans le contexte des années 70. Cette notion a marqué l’esprit de l’opinion publique par des faits divers médiatisés comme l’affaire Charles Manson et l’assassinat de Sharon Tate, la compagne de Polansky et celle de Patricia Hearst, fille d’un magnat de la presse, kidnappée qui va tomber amoureuse de son ravisseur. Et en 1978, il y a eu l’assassinat suicide de Jim Jones et de ses disciples à Jonestown (Guyana, colonie britannique). Jim Jones était le pasteur d’un groupe religieux d’inspiration protestante qui avait fondé le « Temple du  peuple », une colonie agraire. Il mena des centaines d’adeptes dont 300 enfants dans un suicide collectif au cyanure. La thèse de l’assassinat est mêlée à celle du suicide collectif dans cette tragédie.

Toutes ces affaires médiatisées ont contribué à ancrer dans l’esprit du public la notion de groupe religieux dangereux et liberticide, et permis aux déprogrammeurs de première génération de proposer leurs services pour aider les parents, victimes indirectes de ces religions marginales. Le remède fût parfois pire que le mal. De nombreuses personnes furent brisées par les techniques de déprogrammation. Une approche pseudo-scientifique à la violence égale aux techniques d’endoctrinement des groupes totalitaires. Les personnes étaient privées de sommeil et surveillées en permanence par les déprogrammeurs. Le harcèlement était incessant à la manière des interrogatoires policiers. Les victimes étaient poussées à bout dans leurs retranchements psychologiques, et à un certain moment craquaient en faisant repentance.

L’un des indices de succès du déprogramming, interprété comme un signe de la libération de la personne (comme s’il s’agissait d’un exorcisme) était le « soulagement émotionnel » de la victime. Elle a enfin retrouvé la raison!

Quelques témoignages, relatés de-ci de-là, montrent la brutalité des méthodes censées rééduquer la personne qui était supposée avoir subi un « lavage de cerveau ». Entre autres, celui de David Moore, adepte de Hare Krishna à Los Angelès, qui fut enlevé et séquestré dans une chambre de motel à Chula Vista (Californie). Il fût malmené par un déprogrammeur commandité par ses propres parents, qui selon lui, l’a battu et harcelé mentalement, torturé avec de la glace sur le corps jour et nuit afin de lui faire renier ses croyances religieuses.

Une adepte de Moon, Sherri, 26 ans fût séquestrée chez elle pendant 75 jours avant de pouvoir s’échapper. Les fenêtres avaient été scellées et les serrures changées et fût soumise à l’Inquisition par les déprogrammeurs. Sans résultat.

Brian Sabourin, un adepte de Moon, vécut la même épreuve qui se solda par une dépression.

Dans les années 80, Le psychiatre Robert Jay Lifton recommande de bannir la terminologie de lavage de cerveau. Ce terme a engendré beaucoup de confusion. Robert Jay Lifton, dans son ouvrage « Psychologie du totalitarisme » a dégagé huit critères permettant d’évaluer le totalitarisme idéologique et sa mise en oeuvre dans des groupes, institutions, etc.

Robert Jay Lifton s’est illustré dans l’étude des méfaits de la guerre sur la psyché humaine. En 1961, il s’est penché sur la manipulation mentale pratiquées par les sectes ou la Chine maoïste. Il a créé le terme de « Though-Terminating cliché ». Il s’agit de phrases, d’aphorismes ou de notions aptes à empêcher une réflexion d’aboutir. C’est un procédé rhétorique de manipulation utilisé régulièrement pour souder une société, une communauté religieuse. C’est un raisonnement fallacieux.

Le psychologue Edgard.H.Schein a posé le problème de l’endoctrinement généralement accepté dans notre culture et celui des prisonniers de guerre américains en Corée poussés par leurs geôliers à devenir communistes. Il s’est interrogé pour savoir si la méthode tient au contenu de l’endoctrinement ou bien à la persuasion coercitive. « Dans sa structure fondamentale, la persuasion coercitive chinoise n’est pas tellement différente de la persuasion coercitive dans les institutions de notre société dont le but est de modifier les croyances et les valeurs fondamentales.»  Pour Shein, les techniques de « lavage de cerveau » dans les camps de prisonniers ont généralement été inefficaces. Elles n’obtiennent que la modification du comportement sur le court terme. Son point de vue a été critiqué par ceux qui allèguent une modification profonde de la psyché dans le cas des techniques prosélytes utilisées dans les religions marginales ou groupes totalitaires. Edgar Shein reconnaît la difficulté de discerner la coercition acceptée et la coercition subie. L’information reste encore le meilleur moyen de prévention sur les techniques de prosélytisme des groupes totalitaires.

Après, le degré d’emprise mentale avec celle de la perte du libre arbitre reste à définir, et  c’est subjectif. Si l’on aide un adepte à sortir d’une secte, comment l’aider à se reconstruire en sachant qu’il est impossible de retrouver sa personnalité antérieure?  L’ex-adepte doit pouvoir s’insérer dans la société et vivre comme tout le monde.

Le métier de déprogrammeur a changé depuis ses débuts. En 1988, un ancien adepte de Moon,  Steven Hassan a créé le concept d’exit-counseling, exfiltreur de secte. Il avait lui-même subi un deprogramming qui l’avait laissé sur le carreau. Il a quitté la secte mais l’esprit en miettes: « Je comprends que mes parents m’aient fait subir ce qu’on appelle « un deprogramming »mais je n’en suis pas sorti indemne d’une certaine façon, ils ont utilisé les mêmes armes que la secte. » Pendant des années, il mettra au point une méthode basée non sur la contrainte mais sur le dialogue avec la famille et l’adepte. Un exit counseling réussi « est le fruit d’un long travail en amont et d’une collaboration étroite avec les proches de la victime. » Steven Hassan est à la tête d’une véritable entreprise, le Freedom Of Mind Resource Center (Massassuchets). Il a exfiltré des centaines de personnes.

Et l’exit counseling en Europe?

Il existe en Italie et a été introduit en France depuis quelque années par un avocat. Il a été utilisé, notamment, avec une partie des « reclus de Monflanquin ». L’affaire se termina par la condamnation à dix ans de prison du gourou Thierry Tilly. L’exit counseling est très peu connu en France. Il est coûteux (parfois plus de 20 000 euros), et il serait mis en oeuvre des techniques de psychologie comportementale.

L’équipe, selon le Nouvel Obs, se compose de cinq personnes: un détective, deux psychologues, un psychanalyste et un avocat. Sous la supervision d’un avocat chargé du respect du cadre légal. « L’intervention se monte comme une interpellation dans le milieu judiciaire », raconte un gendarme en contact avec le groupe. Cette technique étant confidentielle en France, il est de bon aloi d’être dans la suspension du jugement tout en s’interrogeant de savoir s’il n’y a pas d’autres méthodes prônées par les professionnels de la santé mentale pour aider les victimes à sortir du piège de l’emprise mentale. Voilà l’état des lieux de l’exit counseling d’aujourd’hui, et on ne dispose pas suffisamment de données pour évaluer l’efficacité et le bien fondé de cette méthode sur le plan de la psyché. « Le totalitarisme veut atteindre la racine même de la pensée et de la sensibilité, tuer la source de l’indépendance intellectuelle et morale en chaque individu…il veut se substituer à nous en chacun de nous, régner en maître à l’intérieur des consciences.» (Jean-François Revel).

Holy Smoke de Jane Campion reste un film sur les incertitudes de la spiritualité, le choix des croyances religieuses et le libre arbitre, et sur la manipulation mentale. Nous sommes tous manipulés et tous manipulateurs.

Sources:
http://tempsreel.nouvelobs.com/societe/20140716.OBS3843/l-exit-counseling-ou-comment-exfiltrer-les-adeptes-des-sectes.html http://www.cicns.net/Deprogramming.htm
http://fr.metrotime.be/2015/03/03/must-read/le-gourou-dune-secte-a-convaincu-400-hommes-de-se-castrer/ http://ns4005993.ip-192-99-13.net/saibaba1.htm

http://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BMAnalyse?codeAnalyse=1061 http://derive-sectaire.fr/aider-quelquun-a-sortir-dune-secte/2243-2/          

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AU SUJET DU RAPPORT DE LA MIVILUDES (2021).

Depuis de nombreuses années, les dérives sectaires sont dans le champ de la santé et de la psychothérapie.

©NBT

Le dernier rapport de la MIVILUDES, s’étendant sur la période 2018/2020, m’a inspiré un ensemble de réflexions sur mon expérience passée dans le milieu associatif qui lui est lié et que j’ai côtoyé de nombreuses années. Certaines personnes avec lesquelles j’ai travaillé sont décédées mais l’héritage de leur engagement contre les dérives sectaires demeure profondément ancré en moi.

Mes études universitaires de psychologie clinique (3 °cycle) ne m’ont pas donné « la science infuse » sur la mécanique des sectes pour reprendre le titre du livre du psychiatre Jean-Marie Abgrall (à lire en lecture de fond pour tous ceux qui ne le connaissent pas). S’occuper des dérives sectaires et notamment de celles des psychothérapies est une école de la modestie car il est facile de verser en tant que psychologue dans la pseudo-science et les thérapies qui peuvent aggraver les maux de la psyché! Être titulaire d’un diplôme ne garantit pas l’éthique ni un niveau acceptable de connaissances scientifiques mises à jour régulièrement pour éviter les dérapages! Le « primum non nocere » emprunté au serment d’Hippocrate devrait être également le mantra de tout psychologue en charge d’une patientèle!

Un petit historique sur la MIVILUDES s’impose même ce qui suit enfonce des portes ouvertes! Il et intéressant de voir comment l’idée de dénoncer les dérives sectaires s’est imposée. Dans les années 1970, les dérives sectaires étaient des phénomènes marginaux, attribués avec une certaine bienveillance à la contre-culture et au libre choix de sa spiritualité. C’était la fameuse vague du New-Age. Ce sont des drames familiaux, liés aux sectes, qui ont suscité le développement du milieu associatif. En 1974, l’ADF (UNADFI depuis 1982) fut créée par Guy et Claire Champollion, suite à l’embrigadement de leur fils de 18 ans auprès de la secte MOON. Roger Ikor, lauréat du prix Goncourt 1955, dont le fils s’était suicidé sous l’emprise du zen macrobiotique en 1978 fonda en 1981 le CCMM (le Centre contre les Manipulations Mentales). Devant l’ampleur du phénomène, les associations souhaitaient un organisme dévolu aux sectes. Il fut créé en 1998 la MILS (La Mission interministérielle de lutte contre les sectes). Il semblerait que ce ne soit pas une création originale mais un concept remis au goût du jour pour les besoins de la cause anti-sectaire, sorti d’un carton des archives administratives des années 40. J’ai eu deux témoignages fiables à ce sujet, mais comme Google et les autres moteurs de recherche restent muets comme des carpes, impossible de confirmer ou d’infirmer ces allégations.

Soulignons un tournant majeur contre les dérives sectaires avec la promulgation de la loi du 12 juin 2001 dite la loi About-Picard tendant à renforcer la prévention et la répression des mouvements sectaires portant atteinte aux droits de l’homme et aux libertés. Cette loi se centre sur l’emprise mentale au coeur des dérives sectaires.

En 2002, la MILS est devenue MIVILUDES attachée au cabinet de premier ministre. Et par décret du 15 juillet 2020, la MIVILUDES a été rattachée au Ministère de l’intérieur. À l’heure d’aujourd’hui, il est impossible de savoir si ce rattachement sera salvateur pour réduire les risques sectaires. Est-ce que cela va améliorer la prise en charge des victimes et faciliter des décisions judiciaires pour dénoncer un mouvement sectaire? Est-ce uniquement un transfert d’un service à un autre? Ou-est-ce encore une complication administrative type mille-feuilles dont la France a le secret? L’avenir nous le dira mais je suis sceptique.

Le dernier rapport de la MIVILUDES liste les partenariats avec des ordres professionnels dont la CNOCD (Conseil national de l’ordre des dentistes), le CNOM (Conseil national de l’ordre des médecins), le CNMOK (conseil national de l’ordre des masseurs-kinésithérapeutes), le CNOP (Conseil national de l’ordre des pharmaciens), le CNOSF ( conseil national de l’ordre des sages-femmes). Ces partenariats sont appréciables mais il est fort regrettable que les psychologues n’aient pas été cités. Lors du remaniement du titre de psychothérapeute en 2012, des fédérations de psychologues comme la FFPP (Fédération Française des Psychologues et de Psychologie) avaient été consultées. Et certains psychologues, en relation avec le milieu associatif, ont fait et font encore du bénévolat en rencontrant les familles de victimes ou les victimes. Coucou la MIVILUDES, pensez à cette profession complémentaire à toutes celles qui figurent dans votre rapport!

Deux tableaux publiés dans ce dernier rapport montrent les domaines touchés par les dérives sectaires. Depuis de nombreuses années, elles sont dans le champ de la santé et de la psychothérapie et il est fort salvateur que des médecins aient pris conscience de l’ampleur du phénomène; ce qui n’était pas le cas il y une dizaine d’années. Certains médecins sont fort actifs sur les réseaux sociaux au sujet du complotisme et de Qanon qui se sont accentués avec la pandémie et des médecines alternatives.

Certaines thématiques listées par la MIVILUDES ne datent pas d’hier, et elles se sont aggravées. En 2006, on parlait du reiki, des enfants indigo de la kinésiologie, des stages de jeûne et du néochamanisme (dans lequel j’ai été impliquée directement avec l’ayahuasca) dans le rapport de 2006. Le rapport évoque parmi ses sujets d’inquiétude le Chindaï et le coaching. J’avais déjà noté dans un article d’Exmed, en 2007, les dérives de la psychologie positive avec la notion de « coach de vie ». Pour dire que ça ne date pas d’hier et que le mal s’est répandu comme une tâche d’huile.

Il est difficile de sortir d’un groupe sectaire ou de se défaire de l’emprise mentale! La meilleure action reste la prévention, et dans ce domaine, il faut citer le site Prevent Sectes qui fut une mine d’informations en son temps. Il fut animé par Mathieu Cossu à partir de 1998. Il a été fait Chevalier de la légion d’honneur le 19 janvier 2007 pour son engagement sans égal envers les victimes. À la suite d’un procès (j’étais présente) dont les sectes ont le secret pour contrer ceux qui les dénoncent, Mathieu Cossu a arrêté son activité de webmaster. Le lien vers le site a disparu quand j’ai écrit ce post,et par hasard en faisant d’autres recherches pour un autre sujet, j’ai pu récupérer sa nouvelle adresse: https://prevensectes.me/. C’est une base de données appréciable, et on voit que les mêmes charlatans qui sévissent aujourd’hui étaient déjà cités dans les années 2000! C’est le travail d’un engagement de plusieurs années qui reste et qui est fort utile aux nouveaux bénévoles qui ont pris le relais. Il reste toutefois des difficultés à accéder à l’intégralité du site au prétexte du droit à l’oubli! Je veux bien mais faut-il tout recommencer tout à zéro? Par contre, de s’étonner que restent encore les critiques ad hominem qui descendent en flamme le webmaster retraité. Repetita bis, coucou la MIVILUDES!

Malgré le fait qu’il ne soit plus mis à jour, si vous voulez vous documenter sur les dérives de la psychothérapie, allez sur le site de l’association Psychothérapie Vigilance. Il reste toujours une bonne base d’articles dénonçant les dérives des « dérapeutes » de la psychothérapie.

Au fil des ans, le rapport de la MIVILUDES dépasse le stade de l’artisanat de ses débuts que j’ai connu, et j’ai parfois l’impression qu’on a effacé un travail collectif passé sans linéarité avec le présent. Juste une impression personnelle!

L’expansion des réseaux sociaux permet de diffuser des informations sur les dérives sectaires, et c’est un point extrêmement positif. L’un des comptes twitter le plus actif et pertinent est celui de Grégoire Perra, professeur de philosophie et lanceur d’alerte sur les écoles Steiner-Waldorf et l’Anthroposophie. Avec Élisabeth Feytit, il a écrit le livre « Une vie en anthroposophie, la face cachée des écoles Steiner-Waldorf. Grégoire Perra tient également un blog où l’on peut trouver des informations sur les dérives sectaires de l’anthroposophie.

En conclusion, concernant la nature des sectes, je cite le regretté père Jacques Trouslard que j’ai souvent rencontré pour mes recherches: Exactement. Je crois que les sectes se ressemblent comme des sœurs jumelles, des fausses jumelles, dizygotes ou bivitellines, si vous le désirez. En ce sens qu’entre elles, il n’y a pas de différence de nature, mais seulement une différence de degré. Pourquoi ? Parce que ce qui caractérise une secte c’est « sa nature coercitive », à savoir la manipulation mentale qui porte gravement atteinte à la dignité et à la liberté de la personne humaine. Bien entendu, certaines sectes peuvent être plus dangereuses les unes que les autres. Mais je me méfie de la classification de secte absolue qui risquerait de faire oublier ou de négliger les petites sectes, dangereuses elles aussi, quoiqu’à un degré différent .

Les dérives sectaires, un vrai problème qui va de pair avec l’inculture scientifique. « Malheureusement, La désinformation prospère avec cette inculture scientifique au fil des années. Déjà, lors de son audition au sénat en 2013 sur les dérives thérapeutiques et les dérives sectaires, j’avais relevé dans un média mainstream ces propos du professeur Loïc Capron : « il existe une forme de laisser-aller intellectuel qui ne résiste plus aux assauts de la charlatanerie.» Nous sommes en 2021 et c’est toujours pertinent!»

That’s all folks!

Bande Annonce sur Wild Wild Country, un documentaire fabuleux sur Osho. À voir Sur Netflix!

https://fr.wikipedia.org/wiki/Lutte_antisectes_en_France

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LA RÉALITÉ VIRTUELLE DANS LA VIOLENCE DOMESTIQUE: POURQUOI PAS?

Ce type de dispositif virtuel a déjà été testé à la prison de Taragone en Espagne.

Photo de cottonbro sur Pexels.com

Ma curiosité a été piquée par la diffusion, au 20H de TF1, d’un reportage sur un casque de réalité virtuelle réservé aux auteurs de violences conjugales. Pourquoi pas? Après tout, la réalité virtuelle fait partie de l’arsenal des thérapies modernes. Elle consiste en l’utilisation de plates immersives comme des visio-casques et autres supports high-tech permettant de créer des environnements virtuels créés par ordinateur pour « traiter des individus souffrant de troubles physiques et mentaux. Par exemple, les troubles anxieux. Donc cette annonce sur un casque de réalité virtuelle pour les auteurs de violences conjugales n’a rien d’étonnant et pourrait s’avérer un dispositif prometteur.

Il sera mis en place à partir du mois d’octobre. Son objectif est de limiter la récidive et sera testé sur une trentaine d’auteurs condamnés pour violences conjugales, suivis en milieu ouvert et sur la base du volontariat. Six détenus à Villepinte, dix à Lyon et 12 à Meaux. C’est la chancellerie qui a sélectionné les profils à risque de récidive. Par contre, sont exclus de l’expérimentation les détenus consommant des médicaments trop fort (je n’ai trouvé aucune précision à ce sujet), ceux alcooliques ou présentant des troubles psychiatriques sévères.

Le matériel virtuel a été mis au point par la jeune start-up lyonnaise Reverto qui veut lutter contre les discriminations et les risques psychosociaux. Le sexisme ordinaire. Cette start-up a reçu le prix de l’innovation Preventica. Bravo pour l’esprit d’entrepreneuriat mais voyons quels sont les points forts et ceux qui sont faibles dans cette prise en charge des violences conjugales.

Cette réalité virtuelle dite immersive (VR) induit des illusions perceptives de propriété de tout de tout le corps même si le corps virtuel ne correspond pas au genre, morphologie du participant. Avec cette réalité immersive, autrui devient « JE ».

Quel est le protocole de l’usage de ce casque virtuel supposé diminuer les récidives? Pendant une dizaine de minutes, avec son casque, le spectateur se retrouve immergé dans l’environnement d’un couple qu’il voit évoluer sur plusieurs années: l’attente du premier enfant, un diner ordinaire, un repas entre amis. Lors des sept séquences, la violence s’installe en crescendo. Tous les aspects de la mécanique des violences conjugales sont décortiqués: violence verbale puis physique, isolement, emprise mentale, etc.

Dans cette réalité virtuelle, le spectateur est invité à se mettre tour à tout dans la peau du conjoint violent, de la compagne et de l’enfant. Le but serait chez l’auteur des violences conjugales de susciter de l’empathie et une prise de conscience envers la compagne et l’enfant. Le principe de « cette réalité virtuelle qui ne se présente pas comme une thérapie »(du moins en France) repose sur le pouvoir de l’empathie et du vécu émotionnel. « Notre but n’est pas de traumatiser les gens, mais de provoquer une prise de conscience, explique Guillaume Clere, le concepteur de ce projet. Nous parions sur le ressenti. Nous pensons que la prochaine fois que la personne sera confrontée à une situation de harcèlement sexiste, le vécu émotionnel va remonter. Elle va se souvenir de ce qu’elle a vécu virtuellement et sera donc en état de mieux comprendre ce que les autres vivent réellement ».

Ce type de dispositif VR a déjà été testé à la prison de Tarragone en Espagne sous le label de VRespect de la société Virtual Bodyworks. Son directeur médical, Mavi Sanchèz, spécialiste en neurosciences, explique que les..« interventions renforcent les fondements de l’empathie comme l’amélioration de la capacité de l’agresseur à reconnaitre les émotions de sa victimes.» Et le réalisateur technique de Virtual Bodyworks s’est inspiré du jeu et des techniques hollywoodiennes.

Sur ce dispositif catalan, une étude intitulée « Les délinquants se mettent à la place de la victime dans la réalité virtuelle: impact du changement de perspective dans la violence domestique a été publiée dans la revue Nature en février 2018.

Cette étude (incluant une approche bayesienne) permet de reproduire sans danger pour le participant et dans le respect des règles de l’éthique la fameuse étude sur l’obéissance de Stanley Milgram. Il a été démontré que les auteurs de violence domestique présentent des stéréotypes et des distorsions cognitives concernant les femmes.

Comment s’est déroulée cette expérience espagnole ? Un groupe d’auteurs de violence domestique (N= 20) et un autre témoin sans antécédents de violence (N=19) ont assisté au même film virtuel. Les facultés de reconnaissance des émotions des participants ont été évaluées avant et après l’expérience virtuelle. Les résultats ont démontré que les délinquants peinaient à reconnaitre la peur sur les visages féminins et que les visages craintifs pouvaient être perçus comme des signes de contentement.

Le déficit de reconnaissance de la peur constatée dans le groupe des délinquants est conforme à plusieurs études qui ont montré une telle carence dans des états émotionnels négatifs dans des populations violentes. Il faut aussi rajouter que cette faible capacité à reconnaitre la peur englobe d’autres compétences sociales. Certaines régions du cerveau telles que l’amygdale pourraient être concernées.

Les auteurs de l’étude soulignent les limites de cette technologie virtuelle. Elles sont explicites dans leur message en fournissant des informations verbales plutôt qu’une expérience réelle et pourrait donc être moins performante si le délinquant a une faible capacité d’imagination ou est faiblement motivé. Et peut-être aussi dans le cas de certains détenus qui peuvent simuler l’empathie, les émotions sans véritable prise de conscience de cette violence qu’ils ont exercé envers leur compagne.

Quels sont les résultats de cette expérimentation espagnole? Sur les 184 auteurs de violences conjugales qui ont suivi pendant quatre ans ce programme, 22% ont chuté au cours de la phase virtuelle contre 6% qui ont suivi une rééducation classique. C’est incontestablement prometteur.

À côté de cela, les auteurs de l’étude publiée dans Nature ont cerné les limites de cette immersion en réalité virtuelle, et ils notent que des recherches futures devraient porter sur d’autres variables dont les traits de personnalité, la psychopathologie et la contagion émotionnelle.

L’utilisation de la VR est moins connue dans le contexte de la criminologie et de la psychologie légale, et sur ce point l’expérimentation française inspirée par l’expérience espagnole est à suivre avec grand intérêt. Il faut noter que ce type de technique a été utilisé avec des pédophiles. Jusqu’à ce jour, on connait surtout la VR dans le traitement des phobies, notamment au Canada.

Les études utilisant la RV dans un but psychothérapique s’appuient largement des postulats théoriques et méthodologiques des thérapies comportementales et cognitives (TCC). Elles sont basées succinctement résumé sur le conditionnement classique, le conditionnement opérant et conditionnement social avec comme noyau central des stratégies d’exposition, du moins dans les troubles anxieux.

Alors pourquoi pas la réalité virtuelle pour les auteurs de violence domestique? Mais on regrette que les médias n’aient pas interviewé pour l’instant les scientifiques du projet français. Certes, le garde des sceaux et le fondateur de la start-up Reverto Guillaume Clere, journaliste et réalisateur talentueux, ont présenté à grand renfort de tambours cette approche inédite, et elle est à suivre de très près. Mais j’aimerais également connaitre sur ce sujet le sentiment des médecins, psychiatres et psychologues qui ont charge les victimes de violence domestique, et qui ont l’occasion de rencontrer leurs agresseurs.

Vidéo sur la thérapie virtuelle

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SE SOUVENIR DE SA NAISSANCE AVEC LE CRI PRIMAL, VRAIMENT?

Janov fut l’un des premiers à induire le « syndrome des faux souvenirs »(False Memory Syndrome), le cri primal étant l’une des « premières thérapies de la régression ».

Pop art image of a young woman screaming in terror.

À partir des années 60, dans le domaine de la psychothérapie, les thérapies du New-Age prolifèrent bon train. Certaines d’entre elles, pour ne pas dire toutes semblent relever de la fiction, mais elles ont bel et bien existé et existent encore faisant le lit du charlatanisme. Elles dévoient la fonction de la psychothérapie qui se définit  comme « un traitement psychologique pour un trouble mental, pour des perturbations comportementales ou pour tout autre problème entraînant une souffrance ou une détresse psychologique qui a pour but de favoriser, chez le client, des changements significatifs dans son fonctionnement cognitif. »

Les psychothérapies du new Age ne répondent pas à cette exigence éthique de la psychothérapie, loin s’en faut. Dans leur livre « Crazy Therapies », Singer et Lalich décrivent une longue liste de ces thérapies ébouriffantes du New Age! L’une d’elles est le « Cri Primal » mise au point par Arthur Janov. Le principe est le suivant: « il est est préconisé de crier pour se débarrasser de la « douleur primale » qui vous enferme dans le cercle vicieux des émotions négatives et des maladies de toutes sortes.

Comment classer le Cri Primal parmi les courants de l’époque?

Le Cri Primal est une thérapie de psychologie humaniste dont on peut attribuer la paternité à Abraham Maslow . C’est un modèle de psychothérapie qui cherche à relancer chez la personne, en thérapie, sa tendance auto-innée à se réguler,  à développer son potentiel. Sur le fond, la psychologie humaniste est un concept captivant et à ne pas rejeter, même si on peut lui reprocher aujourd’hui qu’elle ne réponde pas aux critères de « l’Evidence Based Medecine » (les mots qui fâchent). La pensée d’Abraham Maslow figurait au programme de certaines facs de psychologie. Malheureusement, c’est dans ce courant  que se trouvent massivement les pratiques douteuses de psychothérapie avec leurs théories pseudo-scientifiques.  

Le grand public va découvrir Arthur Janov à l’occasion de la sortie de son livre le Cri Primal en 1970. Rapidement, ce livre devient un best-seller à l’échelle mondiale. Jusqu’à cette soudaine notoriété, A. Janov était un psychiatre conventionnel. La même année, Arthur Janov et sa femme Vivian Francès vont fonder avec une vingtaine de personnes l’Institut Primal à Los Angeles. La notoriété de Janov s’envole auprès des médias mainstream au point de faire la Une de Vogue, et séduire des célébrités comme John Lennon et Yoko Ono.

La théorie du cri primal repose sur l’idée que toutes les maladies mentales comme la dépression, les psychoses et les maladies psychosomatiques proviennent des « souvenirs refoulés » lors « du premier trauma qui se produit à la naissance ».

Janov a repris à son compte (en partie) la théorie d’Otto Rank, un dissident de Freud. Otto Rank parla le premier du trauma de la naissance comme vécu primordial et réservoir du mal-être futur. Le traumatisme de la naissance n’est pas forcément celui qui se passe au moment de l’accouchement, et il faut l’interpréter dans le sens d’une perte, d’une séparation dans la vie perceptive et psychique du nourrisson avec sa mère. Pour Otto Rank, les relations avec la mère sont ambivalentes alors que Freud restera centré sur l’Oedipe.

Les thérapies verbales ne trouvent pas grâce auprès de Janov. Selon lui, elles ne solliciteraient que le cortex cérébral et les aires du cerveau en relation avec le mental. L’origine de la souffrance ne peut pas être soignée si le système nerveux central n’est pas sollicité. Car Janov se targue contrairement à la psychanalyse de s’appuyer sur les avancées scientifiques relatives à de nombreux paramètres physiologiques comme le rythme cardiaque, la pression artérielle, etc. Un retour à la normale de certains paramètres physiologiques conduisait Janov à parler de « guérison primale ».

Fort de la théorie de Otto Rank qui divise encore les psychanalystes, Janov va entraîner ses émules thérapeutes à faire retrouver aux patients les souvenirs de leur naissance. Et là, ça se corse

Dans l’approche théorique de Janov, les deux premières années de la vie sont cruciales pour le développement de la psyché de l’enfant. Inconscient de ce premier trauma que constitue la naissance, il prend forcément un mauvais départ dans la vie. Qu’à cela ne tienne, le Cri Primal peut remédier à ce handicap si le patient récupère -en pleine conscience- le souvenir de sa naissance.   Accéder à ces premiers traumas n’est pas une mince affaire, et ça ne ne se fait pas en une seule séance de Cri Primal! Il faut pour cela que le patient s’engage à participer aux nombreux séminaires du Dr Janov! Tout est prévu!

Au fil des séminaires, les souffrances primaires ainsi débusquées, la méthode de Janov devient « une fontaine de Jouvence » qui permet de résister à toutes les maladies. Janov ira même jusqu’à affirmer qu’un patient n’a plus besoin de suivre une autre thérapie, avec  le cri primal, il accède à la pleine maîtrise de sa vie. Ce n’est pas un miracle, c’est de la pseudo-science qui défie les lois de la mémoire, et qui ne repose pas sur les règles de l’Evidence Based Médecine!

Outre le livre culte de Janov, il y en a eu pléthore sur cette fameuse révolution primaire. Une fois la mode passée, la plupart d’entre eux ne furent plus réédités. En 1972, Simon et Shuster, deux émules de Janov, ne tarissent pas d’éloges sur les indications du cri primal: alcoolisme, addiction aux drogues, dépression et troubles bipolaires.

En 1991, la deuxième vague du « nouveau cri primal » est présentée comme une amélioration de la méthode, et son champ d’indications s’élargit. Hypertension, cancer, troubles de la libido, phobies, migraines etc. La panacée universelle.

Janov était convaincu que sa méthode était la seule efficace. Et Janov était pointilleux sur la sélection de ses praticiens, et seuls ceux formés dans son institut avaient l’autorisation de pratiquer. Plus tard, il développa l’idée que le cri primal pouvait être une thérapie familiale salvatrice contre l’injustice, la guerre et la maladie mentale.

Pour Janov, « la souffrance primitive » est provoquée par les souvenirs refoulés qu’il résume avec cette magnifique formule: « La maladie mentale est un cri silencieux ». La formule, il faut le reconnaître est admirable, peut-être pas dans le sens de Janov mais comme celui d’une souffrance dénigrée qui engendre une forme d’ostracisme .

Avec le Cri Primal, quand les patients retrouvent la mémoire perdue des traumas des deux premières années de la vie, en sus de celles de sa naissance, elle se manifeste corporellement: on se roule par terre, on hurle de colère, signes révélateurs de leur naissance. Régression salavatrice (selon lui) au stade du nourrisson ou des deux premières années de la vie.  Ce process est la période primale. Pour que cette régression se fasse dans les meilleures conditions, la salle est aménagée avec des couvertures et des oreillers pour ne pas se blesser et pouvoir crier tout son soul.    

La colère est pour Janov un élément essentiel à revivre dans les processus primals. La lecture de cet extrait du cri Primal laisse songeur: « Je crois que le coléreux est le sujet qui n’est pas aimé – celui qui n’a pu être ce qu’il était réellement. En général, il est en colère contre ses parents parce qu’ils ne l’ont pas laissé être lui-même, et en colère contre lui-même parce qu’Il continue à renier son moi. Mais c’est le besoin qui est fondamental, la colère est l’effet secondaire. Elle survient quand le besoin n’est pas satisfait. Lorsque nous considérons le processus primal, nous constatons qu’il se déroule avec une rigueur presque mathématique. Les premiers primals ont souvent pour sujet la colère. Dans la seconde série, il s’agit de la souffrance et dans le troisième, du besoin d’amour. Le besoin et la non-satisfaction de ce besoin cause en général la plus violente douleur. Le processus primal se déroule comme la vie, mais en sens inverse.»

Janov fut l’un des premiers à induire le « syndrome des faux souvenirs »(False Memory Syndrome), le cri primal étant l’une des « premières thérapies de la régression ». Ou encore appelée en anglais MRT (memory recovered therapy).
Ces techniques de la mémoire récupérée cherchaient à faire retrouver des souvenirs enfouis dans l’inconscient à la suite d’un trauma durant l’enfance. Ainsi, des faux souvenirs d’inceste (ou de pédophilie) ont été créés de toutes pièces avec des conséquences tragiques. Certaines personnes se sont retrouvées derrière les barreaux, de longues années pour délinquance sexuelle qu’elles n’avaient jamais commises. Et à l’époque, le mouvement Meetoo n’existait pas!

À sa décharge, concernant le syndrome des faux souvenirs d’abus sexuels, Janov n’est pas concerné par sa propagation. Les souvenirs des processus primals sont déjà une épopée à eux seuls, sans qu’on y rajoute les abus sexuels. Mais ses méthodes étaient douteuses pour les faire surgir surtout lorsqu’on sait que la période de l’amnésie infantile est absolue jusqu’à l’âge de deux ans, et qu’ensuite, il y a une amnésie relative jusque vers cinq-six ans où les souvenirs sont épars et incomplets. Se souvenir de sa naissance avec le cri primal, c’est un exploit qui défie les connaissances scientifiques sur le fonctionnement de la mémoire!  

Les sessions de Cri Primal se déroulaient dans un hôtel coupé de toute communication (Radio, TV, lecture). Avant de commencer les séminaires, Janov mettait ses patients en privation de sommeil. L’isolement et le manque de sommeil sont des techniques importantes qui, souvent amènent les patients vers le cri primal. La privation de sommeil abaisse les défenses.

Il y a eu de sacrées dérives avec Joseph Hart et Richard Corriae, deux émules de Janov. Ils avaient fait dévêtir leurs patients, et les avaient ensuite battu. Le centre ferma, en 1980, à la suite de plaintes et de poursuites judiciaires. La méthode de Janov ne fait pas l’unanimité parmi les psychothérapeutes. En 2015, l’APA dans le Journal « Psychology of Consciousness », confirme que le cri primal (avec d’autre thérapies) crée des faux souvenirs de naissance. C’est évident quand ils sont supposés concerner la période de l’amnésie infantile.

La psychanalyste Alice Miller s’est tout d’abord montrée élogieuse envers le Cri Primal, et par la suite, elle s’est rétractée. Selon elle, le Cri Primal pouvait être dangereux s’il n’était pas encadré par des professionnels. Notamment, elle critiqua les croyances sur la force cathartique lors des périodes primales. Si amélioration, il y avait, elle n’était que provisoire. Alice Miller critiqua aussi l’intensité des stages et le « risque de développer une addiction à la douleur ».

Le site Pubmed (en langue anglaise) publie quelques articles critiques sur la méthode de Janov même s’ils datent des années 80. En 1989, sur le plan médical, PritkinJ, Balin R et Young H évoquent le risque du syndrome de Mallory-Weiss (déchirure superficielle de la muqueuse à la jonction de l’oesophage et de l’estomac). À force de crier à pleins poumons, comment s’en étonner.  

Des comportementalistes évoquent la mauvaise orientation conceptuelle de cette méthode, en considérant que le cri Primal est une approche exotique et à l’éclectisme théorique informe. Voire dangereuse susceptible d’aggraver l’état du malade.

Malgré les nombreuses mises en garde, on ne peut que constater que les racines historiques du cri Primal sont toujours actuelles. Cette méthode séduit encore beaucoup de personnes attirées par le développement personnel et les thérapies alternatives.

De nombreux thérapeutes proposent encore des stages de Cri Primal en France et en Europe, et certains soignants sont toujours élogieux envers cette méthode New Age.

Le livre « Le Cri Primal » est toujours un best-seller, et son contenu théorique peu scientifique malgré les affirmations de son auteur, pour qui n’a pas l’esprit critique peut toujours séduire. Surtout si certains passages du livre rejoignent des réflexions personnelles sur la souffrance de la vie et le trauma  de la naissance. La naissance et la mort sont les deux extrêmes de la vie, et il faut bien accepter adulte que « l’enfance est un voyage oublié » (Jean Mallard).
Et si vous voulez vraiment crier, hurler à pleins poumons, vous pouvez toujours le faire derrière votre ordinateur ou en pleine nature

Sources

Les sources de ce post viennent d’un article de Martin Gardner,  « Primal Scream: A Persistent New Age Therapy », publié dans la revue Sceptique Skeptical Inquirer, il y a plus de 15 ans. 

https://en.wikipedia.org/wiki/Primal_therapy http://www.constellations-je-nous.com/article-17622693.html
https://en.wikipedia.org/wiki/Primal_therapy
https://fr.wikipedia.org/wiki/Psychologie_humaniste
http://memovocab.perso.sfr.fr/glossaire/glossa_af/amnesie_infantile.html

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SOUMISSION CHIMIQUE ET DÉRIVE SECTAIRE.

L’emprise chimique abolit les réflexes de protection et les réactions de défense, et il devient aisé de profiter sans scrupules de la diminution des performances intellectuelles ou physiques de quelqu’un, de l’amener à agir contre ses intérêts et de le contrôler.

Dans son roman dystopique « Le Meilleur des Mondes », Aldous Huxley évoque la sujétion psychologique des populations avec le Soma,  une drogue qui rend heureux. Artificielle, elle est présentée comme un simple médicament censé résoudre tous les maux de la société et se substitue à l’alcool et le tabac. À forte dose, le soma plonge l’utilisateur dans un sommeil béat.

Avec les avancées de la psychopharmacologie, la soumission chimique est aujourd’hui une réalité peu connue. Les  substances qui permettent d’assujettir autrui ne manquent pas.  Quelques précisions s’imposent. Ce post est centré sur la sujétion chimique plus que sur l’addiction que l’on va succinctement résumer à l’envie irrépressible de faire ou de consommer quelque chose en dépit des efforts du sujet pour s’en empêcher. Mais sujétion et addiction peuvent être interdépendants incontestablement, et relèvent de l’addictologie.

Alors comment définir la soumission chimique?

La soumission chimique est l’administration à des fins criminelles ou délictuelles d’une substance psychoactive à l’insu de la victime.  L’emprise chimique abolit les réflexes de protection et les réactions de défense,  et il devient aisé de profiter sans scrupules de la diminution des performances intellectuelles ou physiques de quelqu’un, de l’amener à agir contre ses intérêts et de le contrôler. L’assujettir, le mettre sous emprise mentale et physique.   Les substances utilisées, dans ce cadre là, mettent en jeu des mécanismes cérébraux inhibiteurs responsables des troubles de la vigilance et de la mémoire. Dans le cerveau,  le degré de vigilance est commandé par le cortex frontal, partie antérieure de l’encéphale, connectée au thalamus, qui reçoit notamment les informations visuelles et auditives de l’extérieur. Pour diminuer la vigilance, il y a des actions complexes du thalamus qui agissent sur le cortex frontal, soit en l’excitant, soit en l’inhibant.

Certaines molécules sont connues pour induire la soumission chimique. À l’instar du gamma-OH ou GHB, la drogue des violeurs, un hypnotique puissant uniquement prescrit sur ordonnance médicale. Le GHB agit sur le siège de la volonté en diminuant l’activité de la partie frontale du cerveau. L’action de ce type de molécules sur le cortex a une autre conséquence chez les victimes: une victime violée sous l’emprise d’une substance chimique sera amnésique de son viol. Durant le temps d’action de la drogue, les souvenirs ne sont pas stockés; ce qui rend difficile l’identification des délinquants sexuels.

Il est possible d’abaisser les seuils de résistance, d’obtenir  artificiellement la confiance d’autrui pour le manipuler avec certaines molécules comme la vasopressine et l’ocytocine, connues comme les hormones de l’amour et de l’attachement. Des neuropeptides diffusées sous forme de spray. L’ocytocine agit sur la perception de la peur, ce qui est démontré par les travaux de Peter Kirsch de l’Université de Giessen (Allemagne). Avec l’ocytocine, un délinquant sexuel peut obtenir la confiance d’une proie sexuelle.

La soumission chimique est un procédé psychosectaire peu connu, et pourtant elle date d’une bonne vingtaine d’années, et on peut la classer dans les dérives des psychothérapies ou du développement personnel du New Age. Des Crazy thérapies (ces thérapies dingues) pour reprendre le titre du livre de la psychologue Margaret Singer et du sociologue Janja Lalich. L’une d’elles concerne le chamanisme à la croisée du développement personnel et de la psychothérapie.

Beaucoup de personnes « en recherche » sont séduites actuellement par la pratique du chamanisme, et vont tomber dans le piège de la soumission chimique en ingérant des psychostimulants naturels présentés comme des recettes ancestrales. Sous couvert de développement personnel, de psychothérapie voire de médecines alternatives, des charlatans proposent des ersatz de pratiques chamaniques conjuguées à des drogues puissantes. L’idée de ces chamans de pacotille est de provoquer des États Modifiés de Conscience (EMC) que l’on présente aux victimes comme des « visions chamaniques » propices à une évolution spirituelle.

Ces faux chamans s’inspirent d’authentiques traditions chamaniques qui utilisent des drogues dans leurs rituels. Particulièrement, celle de l’Amazonie et son hallucinogène puissant, l’ayahuasca, une décoction à base de plantes locale comme le banisteriopsis Caapi et dont l’effet psychotrope est obtenu avec la psychotria viridis (DMT). Les Indiens d’Amazonie la surnomme en claquant des dents, la « Liane de la Mort » ou  le vin des Morts. Son ingestion entraîne une modification des perceptions et des phénomènes hallucinatoires.

Ses effets sont proches de ceux du L.S.D, le psychoactif de référence. De nombreuses victimes sont tombées sous l’emprise chimique et sectaire de l’ayahuasca, malgré l’interdiction justifiée en France, depuis 2005, de la décoction. En Europe, la drogue amazonienne est diffusée par des micro-groupes, fonctionnant en  « système clos », et  elle a acquis le statut d’un outil chimique de manipulation redoutable définis sur le mode de groupes totalitaires, d’officines sectaires. Le pharmacologue Gilbert Pépin, il y a plus de dix ans, a mis en exergue la double soumission -chimique et sectaire-des victimes de l’ayahuasca. Consommée ainsi, on a observé des décompensations psychiatriques, des suicides quelques mois après l’avoir prise, des comas et des morts par overdose.  

Toutefois, j’ai trouvé en faisant des recherches sur le net, un plaidoyer presque favorable à l’ayahuasca. Le Dr Antoine Lagaude, psychiatre et addictologue à la clinique de la Ramée à Bruxelles, lui accorderait des vertus en psychothérapie pour faciliter l’introspection. Dans une interview accordée au magazine féminin Elle, il précise que ces études manquent de références scientifiques et que si la dépendance à l’ayahuasca est faible, l’expérience n’est tout de même pas sans risques. « Certains cas de psychoses induites et de décompensation de maladies préexistantes ont été décrits.»

On peut trouver également sur Pubmed un article qui se présente comme une revue systématique de sept études sur 130 patients portant sur l’ayahuasca dans le traitement de la dépression et de l’anxiété. Ni concluant, ni prometteur pour l’instant comme l’indique la conclusion: « Bien que des preuves supplémentaires soient nécessaires, les psychédéliques semblent être efficaces pour réduire considérablement les symptômes de dépression et d’anxiété et sont bien tolérés.»

Toujours dans le registre des dérives du chamanisme, les observateurs constatent également la montée en puissance préoccupante de l’iboga, un bois sacré hallucinogène originaire du  Gabon, de la tradition des Bwitis. Il  est aussi appelé le L.S.D africain, ce qui évoque, sans détour, sa parenté pharmacologique avec la molécule chimique du même nom. Dans une édition de 2007, le journal le Parisien rapporte la mort d’un jeune toxicomane alsacien de 26 ans, qui au cours d’un stage de chamanisme africain en Ardèche, avait consommé de l’iboga. Son cas est rapporté en 2012 dans les Annales de Toxicologie Analytique dans les prélèvements post-mortem.

Au regard des progrès fulgurants de la soumission chimique, la plus grande vigilance est de rigueur » constate le Dr Patrick Barriot, enseignant à la faculté de médecine de Montpellier.

Sources: https://www.pourlascience.fr/sd/neurobiologie/la-soumission-chimique-1688.php http://scienceactumagazine.unblog.fr/2009/03/18/locytocine-lhormone-de-lattachement/ Communication, société de médecine légale et de criminologie de France, séancedu 11 septembre 2000: “Un  Nouvel hallucinogène en Europe: l’ayahuasca ou vin de l’esprit”, G.Pépin, M.Chèze, F.Billaut, Y.Gaillard.In annales de Toxicologie Analytique, vol XVI, n°1, 2004, “Ayahuasca: liane de l’âme, chamans et soumissions chimiques “Ayahuasca: liane de l’âme, chamans et soumission chimique”, G.Pepin, M.Chèze, F.Billaut, Y.Gaillard.

Note de l’auteure: Ce post est une version enrichie d’un précédent post publié en mars 2018.

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L’AFFAIRE RAMONA, UNE SOMBRE HISTOIRE DE SÉRUM DE VÉRITÉ ET DE FAUX SOUVENIRS.

Cela peut choquer aujourd’hui en 2021, mais c’était l’usage dans les années 80/90, de recourir à l’Amytal comme technique adjuvante pour aider un patient à retrouver la mémoire.

L’affaire Ramona est l’histoire d’un procès qui s’est tenu aux Etats-Unis dans les années 90. Ramona est le père de trois filles. Mais son aînée Holly qui poursuit des études dans le secondaire,  souffre de boulimie et de dépression.

Inquiète, l’épouse de Ramona envoie sa fille Holly consulter un  psychothérapeute et suivre une thérapie familiale dans un hôpital. Lors de la première consultation, le praticien explique « doctement » que 90 % des personnes souffrant de boulimie ont été victimes d’un abus sexuel durant leur enfance. Holly rétorque qu’elle n’a aucun souvenir d’un abus quelconque, mais curieusement, au cours de sa thérapie, elle a d’étranges flash-backs. Ils se manifestent par de brèves images mentales où elle voit son père sur elle.

Le thérapeute décrypte ces images comme des souvenirs d’inceste. Il propose à Holly de la mettre sous amytal de sodium, un supposé sérum de vérité, pour avoir la confirmation que son père a bien abusé d’elle. Cela peut choquer aujourd’hui en 2018,  mais c’était l’usage dans les années 80/90, de recourir à l’amytal comme technique adjuvante pour aider un patient à retrouver la mémoire (MRT, acronyme en anglais). Sous Amytal, Holly confirme l’inceste.

Après six mois de psychothérapie, les thérapeutes reprogramment une nouvelle séance sous Amytal, et là encore Holly réitère les mêmes propos énoncés lors de la première séance.

Le recours à l’Amytal avait été demandé pour confronter le père à sa fille, et ainsi prouver l’inceste. Sans savoir de quoi il retourne, le 15 mars 1990, Ramona est convoqué à l’hôpital,  et quand il rentre dans la salle d’examen, il aperçoit au chevet de Holly groggy par la drogue,  son épouse et les thérapeutes.

Holly, sous sérum de vérité, redit qu’elle a été violée par son père entre l’âge de cinq et huit ans. Ramona proteste en disant que c’est une allégation mensongère. Son épouse et les psychologues doutent de sa bonne foi et l’exhortent à avouer le supposé inceste. Ramona propose qu’on l’interroge sous Amytal comme on l’a fait pour Holly. Requête refusée.

Ramona est moralement dévasté par ces accusations infondées. Les ennuis s’accumulent. Un an après, sa femme demande le divorce. Cadre supérieur dans une société viticole, il est licencié. La perte de son emploi est la conséquence des rumeurs d’inceste qui courent sur lui. Pugnace, il entame des poursuites judiciaires contre les deux thérapeutes de Holly et l’hôpital. Les avocats de Holly invoquent le fait que sa fille est satisfaite de cette prise en charge thérapeutique, et que de toute façon, Ramona n’a pas le droit d’interférer et d’entamer des poursuites pénales. L’affaire est portée devant les tribunaux.

À la barre, les experts des deux parties vont se succéder. Certains comme l’expert psychiatre G.Harrisson Pope viennent plaider la cause de Ramona. Pour eux, l’origine de la boulimie n’est pas liée à un abus sexuel durant l’enfance, de même la validité d’un témoignage sous sérum de vérité qui est à prendre avec des pincettes sur la fiabilité des souvenirs. Malléabilité de la mémoire connue avec les supposés sérums de vérité. Ils considèrent les souvenirs de Holly faux. Alors pourquoi parlent-ils de faux souvenirs? Car pour eux, ces supposés souvenirs d’inceste ont été récupérés sous une thérapie qui provoque un état altéré de conscience et où la suggestibilité du sujet joue un rôle important. Ces experts soulignent le pseudo-scientisme de la théorie des souvenirs refoulés qui créeraient une amnésie sur de longues années (voire des décennies). Comme un mécanisme automatique de protection destiné à occulter la douleur d’un trauma survenu durant l’enfance, et pour la soigner, il faut qu’on se souvienne du trauma.

Du côté des défenseurs de Holly, c’est un autre son de cloche. Eux, affirment que la thérapie a été menée correctement, et qu’elle présente bien avec sa boulimie tous les symptômes d’une victime d’inceste.

Afin d’étayer leur diagnostic, ils invoquent ses goûts alimentaires qui constituent des preuves tangibles. Holly n’aime pas la mayonnaise, déteste les soupes à la crème ou le fromage fondu, et elle n’accepte de manger des bananes que coupées en petits morceaux. On peut s’étonner de cet étalage sur ses goûts alimentaires. Et bien, parce que pour ces experts, ces aliments évoquent le sperme que Holly devait avaler au cours de fellations. Ils parlent de l’image désastreuse de son corps, de ses inhibitions sexuelles et des symptômes dépressifs qu’ils décryptent comme des souvenirs inconscients d’inceste.

Le procès Ramona est exemplaire pour plusieurs raisons. Dabord, c’est le procès d’une catégorie de thérapeutes proclamant qu’il est possible de faire se souvenir d’un trauma oublié durant des décennies à l’aide de techniques douteuses qui n’ont pas fait les preuves de leur efficacité scientifique.

Ensuite, il dénonce les aberrations de la « théorie de la  mémoire recouvrée » et des thérapies (ou techniques) génératrices de faux souvenirs. Côté mémoire, il est impossible de parler « d’amnésie » totale sur des décennies lors d’un violent trauma. Ici un inceste, même si après un stress intense, une amnésie peut se produire et est rapportée dans la littérature scientifique.

Holly a reconnu qu’elle avait complètement oublié ce trauma, et qu’elle ne s’est souvenue des actes incestueux des années plus tard que sous la double influence des thérapeutes et du sérum de vérité.

Évidemment, le temps est une notion subjective et le délai de prescription pour dénoncer un agresseur sexuel est important. Libérer la parole des victimes à l’âge adulte est une entreprise délicate, surtout dans les cas d’un très grand traumatisme comme l’abus sexuel chez l’enfant. Dans l’affaire Ramona, il s’agit de dénoncer les pratiques douteuses de professionnels de la psychothérapie qui manipulent la mémoire.

On peut-être sceptique sur l’existence des faux souvenirs, surtout lorsqu’il s’agit d’abus sexuels! Ils peuvent être des paravents utilisés par des parents incestueux ou des pédophiles pour camoufler leurs crimes. Il faut être vigilant, oui, à ce que ce ne soit pas le cas, mais les faux souvenirs d’abus sexuels existent bel et bien! L’affaire Ramona n’est qu’une affaire parmi d’autres qui ont secoué les États-Unis à partir des années 1980.

Les faux souvenirs ne se cantonnent pas à l’abus sexuel. On a vu défiler tout un inventaire ébouriffant. C’est allé des enlèvements par des E.T en passant par les rituels sataniques, aux sacrifices de bébés où des femmes de milieux conservateurs anti-avortement déclaraient être enceintes après avoir participé de force à des orgies. Affabulations dignes de thrillers!

Alors, quels sont les arguments qui ont permis d’innocenter Ramona, et de prouver les faux souvenirs de Holly?

G.H Harrisson Pope, l’un des experts psychiatres, du procès Ramona, doute fort qu’une victime d’abus sexuel, violée entre l’âge de sept ou huit ans, soit amnésique au sens où on le prétend dans la « théorie de la mémoire retrouvée »! Une véritable victime mettrait ce trauma dans un coin de sa mémoire mais en aurait conscience. Elle s’en souviendrait en filigrane mais serait bloquée pour en parler.

G.H Pope évoque le travail de Judith Herman sur les « Survivantes d’inceste » (appelées ainsi comme les survivants de la guerre du Viet-Nam). Dans son best-seller Father-Daughter  (Père-Fille, 1980) Judith Lewis Herman décrit 40 cas de femmes victimes d’inceste. La plupart d’entre elles ont gardé, au cours du temps, le souvenir de ces abus. Six ans plus tard, dans un article publié dans une revue de psychologie, elle cite 14 de ses patientes qui, elles seraient totalement amnésiques. Les médias et les livres de vulgarisation sur l’inceste ont relayé cette étude,  alors que sa méthodologie était biaisée. Cette étude a fortement contribué à diffuser la théorie des souvenirs refoulés chez les survivant(e)s d’inceste. Un blocage, au sens du comportement réactionnel à faire face à cette situation.

G.Harrisson Pope donne son point de vue sur les aliments détestés par Holly, et il est contraire à ceux qui défendent Holly. D’abord, ces aliments sont riches en calories et bourratifs. Leur aversion par Holly ne constitue nullement la preuve d’un abus sexuel. Les patients boulimiques sont capables d’ingérer de grandes quantités de nourriture très caloriques, et ensuite de se faire vomir. Ce que n’a jamais fait Holly.

Au cours du procès, le psychiatre G.H Pope cite les travaux de la psychologue cognitiviste et spécialiste de la mémoire humaine Élisabeth Loftus, qui a mené diverses expériences sur la malléabilité de la mémoire. Elle a réussi à implanter, au cours d’une expérience de laboratoire, des faux souvenirs dans un groupe d’adultes à titre expérimental. Elle les a persuadés qu’ils s’étaient perdus, enfant, dans un centre commercial. Ce qui ne s’était jamais produit.

Et il y a la « suggestibilité » des sujets sous thérapie! Certaines personnes sont-elles plus ou moins influençables que d’autres?

Mainfestement, on peut l’être par périodes, lorsqu’on souffre de dépression, de troubles du comportement alimentaire ou autres. Mais on ne peut jamais affirmer que la cause d’une dépression et à fortiori d’autres troubles) est due à un abus sexuel comme dans le procès Ramona, et c’est pourtant ce qui se dit dans la plupart des ouvrages de vulgarisation. Ces troubles peuvent atteindre tout le monde, et ils ne sont pas spécifiques aux victimes d’inceste.

Et la fiabilité du sérum de vérité pour tirer les vers du nez? Depuis la fin du XIXe siècle, on sait que certaines drogues falsifient la mémoire en augmentant le potentiel de suggestibilité ou les confabulations. Il y a tout une littérature autour des substances altérant la conscience qui ont développé de fausses croyances autour de l’abus sexuel (hors GHB, la drogue des violeurs). Dans les premières décennies du XX siècle, les médecins administraient les sédatifs et anesthésiants aux patients(e)s dûment chaperonnés. On savait que sous l’emprise de certaines substances, des patientes pouvaient accuser leur médecin de viol, et toute intrusion d’ustensiles médicaux dans le corps pouvaient donner lieu à des interprétations fantaisistes.

Le verdict du procès Ramona montre l’absence de fiabilité des techniques censées faire retrouver des souvenirs oubliés sur une longue période. Sans entraver son libre-choix, une personne voulant suivre une thérapie au risque élevé de suggestibilité et susceptible de créer des faux souvenirs, doit en être informée et la choisir en connaissance de cause.

Le cas Ramona pose clairement le risque bénéfice/risque d’une thérapie. Ramona a été lavé de tout soupçon d’inceste. Les fausses convictions implantées chez des patients renforcent le fait qu’elles sont au centre du mal-être de la personne. Les faux souvenirs sont un mauvais départ s’ils sont pris au pied de la lettre. On ne peut pas prendre en charge une victime d’un  véritable inceste comme celle qui a des « faux souvenirs ». Ce serait faire injure aux victimes.

Côté mémoire, est-il possible d’envisager une « amnésie totale » (parfois sur des décennies) lors d’un violent trauma,  et notamment lors d’un inceste comme dans le cas de Holly, la fille de Ramona? Souvenirs réprimés par dissociation avec une mémoire fonctionnant comme un magnétoscope où il suffit d’appuyer sur « ON » ou « OFF » pour retrouver l’instant T traumatisme?  Et cerise sur le gâteau, visible sous IRM ? Vraiment? Non, pas vraiment !

L’on ne peut constater que dans le syndrome des faux souvenirs, le terme « d’amnésie dissociative » revient souvent sur le tapis pour justifier l’oubli total  d’un trauma sur des décennies. Aujourd’hui, il est remplacé par celui d’amnésie traumatique, mais le mécanisme reste le même. En fait, le terme d’amnésie est joyeusement dévoyé pour expliquer que la mémoire fonctionne comme un magnétoscope, et qu’il est possible de  récupérer d’une façon « quasi miraculeuse » des souvenirs par une technique altérant la conscience. Comme chez Holly, le recours à l’amytal.

Il y a clairement un mésusage du terme amnésie qui sert à brouiller les pistes pour parler des conséquences d’un trauma sur la mémoire. En l’état des connaissances scientifiques actuelles, soulignons que  le terme « d’amnésie dissociative » fait  l’objet de publications (rares) répertoriées récemment dans la littérature scientifique. On peut éventuellement envisager l’idée d’une controverse scientifique entre spécialistes, mais il faut la distinguer des explications pseudo-scientifiques sur le fonctionnement de la mémoire dans le cas des faux souvenirs, récupérés par des techniques douteuses à base d’États Modifiés de Conscience. À savoir que les dites techniques n’ont pas fait la preuve de leur efficacité suivant les règles de l’Evidence Based Médecine.

Pour en savoir plus sur l’amnésie dissociative, le lecteur peut se reporter à l’article dûment documenté du Dr Marc Gozlan sur son blog réalités Biomédicales « Ces patients frappés d’amnésie après un stress intense ». C’est une approche rigoureuse qui ne fait aucune part à l’approximation scientifique, et si l’on retrouve le terme d’amnésie dissociative, cela n’enlève rien à l’existence des faux souvenirs induits (non évoqués dans  le dit article).

L’amnésie dissociative est un vocable scientifique qui sert à désigner certaines formes d’amnésie, et n’est pas un concept à lui seul. L’une de ses caractéristiques est de ne pas se voir sous I.R.M, contrairement à ce que prétendent ceux qui évoquent « l’amnésie traumatique » en cause dans les faux souvenirs.

Le danger des faux souvenirs d’inceste, outre le risque d’erreurs judiciaires, nuit aux vraies victimes d’inceste. Le point de vue du Dr G.H Pope est sans ambiguité : « oui, nous ne devons jamais ignorer la réalité de l’abus sexuel durant l’enfance, mais nous devons trouver des solutions quand ces souvenirs sont faux. »

Note: 

Le médecin blogueur Marc Gozlan dans son article « Ces Patients frappés d’amnésie après un stress intense » publié sur le blog Réalités Biomédicales, évoque en ces termes l’amnésie dissociative:  « Il est très rare qu’une série de cas d’amnésie dissociative soit publiée dans la littérature médicale. Une étude, parue en septembre 2017 dans la revue Brain, fait état de 53 cas examinés entre 1990 et 2008 au St Thomas’s Hospital de Londres par le Pr Michael Koperman et ses collègues. Il aura donc fallu près de vingt ans pour cumuler ces cas. On comptait trois hommes pour une femme.» Et  l’article de Marc Gozlan détaille l’étude anglaise avec les expressions de ce trouble de la mémoire comme la fugue dissociative, l’amnésie rétrograde prolongée et les trous de mémoire, l’altération des mémoires sémantique personnelle, et autobiographique. L’amnésie dissociative existe et présente de multiples facettes. La lecture de l’article de Marc Gozlan permet de saisir le fonctionnement scientifique de la mémoire, et de constater que l’amnésie dissociative, même si elle est rare, fait l’objet de publications répertoriées dans des revues spécialisées. Mais elle n’a malgré les similitudes du vocabulaire, aucun rapport avec cette amnésie traumatique « à grande échelle » et « quasi générale » qui concernerait les victimes d’un trauma.  

Et cité dans l’article de Marc Gozlan, à paraître un article de Thomas-Antérion C. L’amnésie dissociative. Neuropsychologie (sous presse, 2018).

Pour en savoir plus: 

http://realitesbiomedicales.blog.lemonde.fr/2017/11/15/ces-patients-frappes-damnesie-apres-un-stress-intense/

https://www.cambridge.org/core/journals/irish-journal-of-psychological-medicine/article/false-memory-syndrome-balancing-the-evidence-for-and-against/8CE54B731E32DD54BE4F04067A3A79FC

Une première version de l’article « L’affaire Ramona, une sombre histoire de sérum de vérité » a précédemment été publié le 23 octobre 2013. Il a été enrichi par de nouvelles données en l’état des nouvelles connaissances scientifiques:  https://autreregardsurlapsychologie.blogspot.fr/2013/10/laffaire-ramona-une-sombre-histoire-de.html

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LES GROUPES BALINT SONT-ILS VRAIMENT DÉMODÉS POUR AMÉLIORER LA RELATION ENTRE LES SOIGNANTS ET LES PATIENTS?

Le groupe se compose de 8 à 12 soignants qui se retrouvent régulièrement pour réfléchir autour de la présentation d’un cas clinique où la relation médecin/malade est difficile.

©NBT

La psychologie médicale étudie la fonction soignante, le malade et sa maladie. Toute situation de relation et d’interaction médecin/patient. Délibérément, j’élargis la psychologie médicale aux autres catégories de soignants que les médecins, même si « académiquement » l’objet de cette discipline était dévolue à la relation médecin/malade. La psyché des patients réagit aux mêmes règles, avec certes des attentes et des nuances différentes suivant la catégorie de soignants auxquels ils ont affaire.

Les aspects psychologiques concernent les nombreux champs de la médecine.

-Les facteurs de causalité ou de prédisposition de la maladie (maladies psychosomatiques et maladies fonctionnelles).

-Comportement et adaptation du malade à la maladie et aux thérapeutiques comme le déni, l’anxiété ou la dépression) déterminants pour l’attitude du patient et l’évolution de la maladie.

-Attentes d’ordre relationnelles et émotionnelles coexistant avec la maladie et ses symptômes vis à vis du médecin et également son environnement (affectif, professionnel et relationnel).

-Et les multiples aspects de la relation médecin/malade

« Penser le soin »n’est pas une attitude inédite. Dès les années 30, la dimension relationnelle médecin/malade avait été proposée dans le cadre de la formation continue des généralistes par Michael Balint, l’inventeur des groupes du même nom.

Michael Balint était un psychiatre et psychanalyste d’origine hongroise, né en 1896 et mort en 1970 à Londres. Son père, médecin généraliste, incita son fils à suivre son chemin. Michael Balint va d’abord s’orienter vers la médecine psychosomatique, et parallèlement à ses études de médecine, il suit des études de chimie. Côté psychothérapie (même si le mot n’a pas la même connotation qu’aujourd’hui) il suit une psychanalyse, dont une tranche avec le neurologue Ferenczi Sandor décrit comme l’enfant terrible de la psychanalyse tant ses relations sont ambigües avec Freud, et qui contrairement à d’autres psychanalystes de l’entourage de Freud « va regarder en face les traumatismes sexuels infantiles, et lutter – à ses dépens – contre le déni collectif qui alimente le tabou tragique de l’inceste. » Sandor Ferenczi avait été lui-même violé dans son enfance. Ces quelques mots sur le psychanalyste Sandor Ferenczi sont importants pour comprendre l’état d’esprit de Michael Balint dans son parcours professionnel.

À partir de 1925, il va participer à l’organisation de l’institut de psychanalyse et d’une polyclinique de psychothérapie psychanalytique dont il va devenir le directeur en 1933 à la mort de Sandor Ferenczi. En 1938, Michael Balint fuit la Hongrie avec son épouse et s’installe à Manchester, en Grande Bretagne où Alice Balint meurt brutalement à son arrivée.

Après la guerre, Michael Balint s’installe à Londres, et de 1948 à 1961, il travaille à la Tavistock Clinic, le premier centre de thérapie analytique anglais fondé en 1920 par le psychiatre Hugh Crichton-Miller qui avait travaillé sur les névroses de guerre sous la double influence de Freud et de Jung . Depuis son ouverture, la vocation de la Tavistock Clinic était d’étudier les relations humaines. Elle est toujours active avec de nombreux départements et est devenue une fondation depuis 2006. Il a été reproché lors des premiers temps de la Tavisktock Clinic, d’être trop éclectique et pas assez rigoriste dans les principes de la psychanalyse. Il faut aussi replacer cette remarque dans le contexte de l’époque en se souvenant que la psychanalyse était une révolution dans la prise en charge des patients souffrant des troubles de la psyché.

À Manchester, Balint va se spécialiser dans la psychologie de l’enfant. Quand il intègre la Tavistock Clinic, il s’intéresse au travail sur le groupe du psychiatre Bion. Psychiatre militaire et principal disciple de Mélanie Klein, en traitant les névroses de guerre, Bion constate qu’un traitement individuel n’est pas adapté, mais qu’il fallait prendre en charge tous ces patients par « petits groupes ». Pour Bion, un groupe fonctionne comme une unité, comme un tout développant une logique propre au delà de celle des individus.

C’est dans cet environnement éclectique que Balint et sa troisième épouse Enid travailleuse sociale rencontrée à la clinique, vont créer les fameux groupes Balint de renommée internationale.

Il semblerait, selon un article, publié dans la revue CAIRN que ce soit la relation difficile entre Balint et son père, médecin généraliste, homme froid et rigide qui l’aurait incité à créer ces fameux séminaires de formation recherche à destination des médecins généralistes. « C’est sans doute son père que Michæl Balint aurait aimé sensibiliser au vécu de ses « enfants-patients », c’est à lui qu’il aurait voulu apprendre à être attentif à leurs sentiments et à leurs problèmes.»

L’ouvrage fondamental de M.Balint est « Le médecin, son malade et la maladie publié en 1996 dont voici le synopsis: « Pourquoi, malgré de sérieux efforts de part et d’autre, la relation entre malade et médecin est-elle si souvent insatisfaisante, voire malheureuse, alors même que le médicament de beaucoup le plus fréquemment utilisé en médecine générale est précisément le médecin ?»

Le but d’un groupe Balint est de reconnaitre les émotions du patient ainsi que celles du soignant et trouver ainsi la meilleure interaction favorable et utile au malade. Cela va des non-dits aux actes manqués ou aux mots employés en sus de l’empathie à la base du métier de soignant.

Comment fonctionne un groupe Balint? Il faut préciser que ce n’est pas un groupe thérapeutique pour les soignants. Si ces derniers ont des problèmes, le groupe Balint n’a pas vocation à les soigner. Ce n’est pas non plus un séminaire de cas cliniques. L’histoire du malade est juste un point de départ pour étudier la relation du soignant avec son patient, et ainsi voir comment le soignant peut aider favorablement le patient à évoluer.

Le groupe se compose de 8 à 12 soignants qui se retrouvent régulièrement pour réfléchir autour de la présentation d’un cas clinique où la relation médecin/malade est difficile. Sur le terrain de la psychanalyse. Alors, compte tenu aujourd’hui de la diversité des approches théoriques en psychothérapie c’est peut-être pour certains soignants un frein pour participer à des groupes Balint. Mais la philosophie mise au point reste séduisante et éthique. Apprécier ou non la psychanalyse est une autre histoire.

Les règles de fonctionnement d’un groupe Balint sont les suivantes, et figurent sur le site officiel des groupes Balint:

  • la spontanéité avec laquelle le rapporteur du cas le raconte
  • les associations libres des idées et des ressentis
  • absence de notes
  • le respect de la parole des autres sans évaluation ni jugement
  • la confidentialité

Que reste-t-il aujourd’hui de l’héritage de Balint qui pourrait inspirer encore des réflexions des soignants sur leur relation avec les patients soit hospitalisés ou dans le cadre de consultations individuelles. Et tant qu’on y est, incluons aussi les téléconsultations qui se sont développées durant la pandémie.

Il y a de nombreuses réponses sur le site officiel de la Société Médicale Balint qui propose des formations à tout type de soignants ainsi que de nombreux textes sur l’approche de Balint. Il y a un point sur lequel avait insisté Balint, c’est la supervision.

De réécrire une nouvelle fois que la psychanalyse n’a plus la même influence qu’au temps de Balint, mais cette évolution peut encore faire émerger chez les médecins et soignant des réflexions sur la rencontre thérapeutique avec certains critères élaborés par Balint.

Balint avait insisté en son temps sur l’urgence d’une « conversion communautaire de la médecine et de l’hygiène mentale ». Qu’aurait-il pensé de des médecins de plateaux interviewés à longueur de journée sur pandémie actuelle ! Leurs propos « alarmistes ou rassuristes », déversés à jet continu sur les réseaux sociaux risquent à la longue d’avoir un fort impact sur la relation médecin/malade; celle qui se forge au fil intimiste des consultations dans les cabinets médicaux des généralistes et des spécialistes. C’est à l’opposé de l’esprit des groupes de Balint!

Au nom du « principe de sauver des vies » incluant des mesures sanitaires liberticides (peut-on affirmer le contraire?), la médecine se révèle avec la pandémie d’abord techniciste, hyper spécialisée sans âme et occulte l’aspect psychologique d’une prise en charge. Tout ce qu’avait dénoncé Balint! Restons optimiste car la médecine générale reste le pivot de la médecine de ville, et les patients ne s’y trompent pas! Et la médecine générale est la source de la pensée de Balint!

La relation médecin/malade se résume dans ces quelques mots de Balint: « qu’il soit capable d’acquérir suffisamment d’habileté personnelle pour jouir de ce que la vie adulte peut offrir. […] Il faut veiller sans cesse à ce que le patient reste – ou devienne – capable d’établir et de maintenir un contact intime et durable avec les autres.»

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L’AFFAIRE CARLSON, UNE SOMBRE AFFAIRE DE DÉRIVE EN PSYCHOTHÉRAPIE

À partir des années des années 70, le trouble de la personnalité multiple va devenir une maladie mentale populaire. Il se caractérise par la présence de deux personnalités (voire plus) nommées les alters qui tour à tour prennent le contrôle de la personne appelée hôte.

©Aykkut Aydogdu, https://www.aykworks.com/

C’est un cas d’école illustrant une dérive de la psychothérapie, et bien qu’il date de 1989 et se déroule aux États-Unis, il reste (hélas) intemporel sur les conséquences dues à une mauvaise psychothérapie. La patiente qui en fut victime paya un lourd tribut, durant trois ans, concernant son état psychologique.

La victime de cette prise en charge ratée s’appelle Élisabeth Carlson. Elle a trente cinq ans, mariée et mère de deux enfants. Elle vit dans une coquette banlieue de Minneapolis, mais elle doit être hospitalisée à l’hôpital United de St Paul pour une dépression chronique familiale. La psychiatre Diane Hulmenansky, exerçant dans cet hôpital, va devenir son médecin référent et continuera à la suivre après sa sortie. Élisabeth Carlson fait confiance immédiatement à ce médecin qui lui parait compétente et un ange de douceur.

Lors de l’anamnèse, Diane H demande à Élisabeth si elle avait déjà entendu des voix dans sa tête. Compliante, Élisabeth lui demande s’il s’agit du dialogue intérieur, les pensées intimes que nous avons tous, quand on se dit mentalement « je n’aurais pas du faire ça ». Diane H lui confirme qu’il s’agit bien de ça et lui demande s’il lui est arrivé de louper la sortie de l’autoroute car elle pensait à autre chose. Sa patiente confirme qu’effectivement ça s’est déjà produit.

C’est alors que la psychiatre remet en cause le diagnostic initial de dépression, et lui annonce qu’elle souffre du Syndrome des Personnalités Multiples (MPD), très difficile à diagnostiquer chez les femmes. Diane H promet à sa patiente qu’elle va pouvoir l’aider à s’en sortir.

Quelques mots succincts sur ce fameux MPD! À partir des années des années 70, le trouble de la personnalité multiple va devenir une maladie mentale populaire. Il se caractérise par la présence de deux personnalités (voire plus) nommées les alter ego qui tour à tour prennent le contrôle de la personne appelée hôte. Les alter ego se conduisent à l’opposé de la personnalité, et émergent curieusement avec une thérapie à base d’états modifiés de conscience censées faire remonter des souvenirs. La personne ainsi diagnostiquée est complètement amnésique de ce qu’elle a pu faire ou dire de longues heures quand elle est sous l’emprise des alters. Pensez à la célèbre histoire du Dr Jeykill and Mr Hyde de l’écrivain Louis Stevenson.

La nature des alters en dit long sur la joyeuseté de ce diagnostic. Dans le livre Science and Pseudoscience, il a été rapporté comme alters Mr SPock, le personnage de fiction aux longues oreilles de la série télévisée Star Strek, des licornes (en plein mouvement du New Age), la fiancée de Satan, des gorilles, des tigres. Aujourd’hui, dans le DSM V, le Trouble de la Personnalité Multiple est remplacé par celui du Trouble Dissociatif de l’Identité (TDI) mais le concept de multiples personnalités continuent à inspirer les auteurs et scénaristes .

Après ces digressions nécessaires, revenons au cas d’Élisabeth Carlson. Quelle est la méthode du Dr Humanansky pour sortir Élisabeth de son enfer psychologique?

La psychiatre remet à sa patiente une liste de best-sellers populaires à lire pour la conforter dans son diagnostic de MPD. Un ersatz de bibliothérapie ! La liste vaut le détour. D’abord « le Courage de guérir », la bible des thérapeutes de la mémoire retrouvée. « Michelle se souvient »( sur les rituels sataniques). Les trois visages d’Eve. Quand le lapin hurle (autobiographie de Truddi Chase sur ses multiples identités.

Avec Diane H, Élisabeth va suivre des séances « d’imagerie guidée » pseudo thérapie inspirée du New Age et d’hypnose (il ne s’agit pas de l’hypnose médicale qui elle a toutes ses lettres de noblesse ), méthodes controversées à base de suggestion manipulant la mémoire censées faire remonter ses souvenirs, et débusquer ainsi les personnalités multiples qui seraient à l’origine du MPD.

Tout changement de comportement et d’humeur d’Élisabeth est interprété comme la manifestation d’un alter. Outre des doses massives de psychotropes, Élisabeth reçoit des injections d’Amythal, le fameux sérum de vérité, prescrit larga manu à cette époque. Lors d’une de ces séances, elle se serait crue dans une scène du film culte « L’Exorciste ». Un alter démoniaque se manifesta, crachant et éructant comme dans le film l’exorciste. De fil en aiguille, Élisabeth fut persuadée qu’elle avait été abusée sexuellement dans un secte sataniste, enrôlée de force par ses parents. Tout comme le MPD, à l’époque le diagnostic de Rituel satanique d’abus sexuels (SRA) complétait souvent celui de MPD.

En plus de ce traitement de choc, Élisabeth suivait également une thérapie de groupe des personnes souffrant comme elle de MPD.

Deux ans passèrent, et l’état d’Elisabeth empira et elle dut être hospitalisée cinq fois. Entre deux internements, elle vivait recluse dans sa chambre, incapable de s’occuper d’elle et c’est sa fille qui la prenait en charge.

C’est alors que son groupe de thérapie des MPD décida de quitter le Dr Humenansky pour prendre son indépendance. En discutant entre eux, les membres s’aperçurent qu’ils partageaient les mêmes souvenirs tirés des mêmes livres et des mêmes films. Forte de cela, Élisabeth reprit du poil de la bête, réussit à se sevrer des médicaments et put enfin s’occuper de sa maison et de sa famille. À leur grande joie!

En 1992, Élisabeth devant sa télévision tombe sur un talk show consacré au syndrome des faux souvenirs! Elle appela la numéro de téléphone inscrit sur la bande annonce. Elle fut alors mise en contact avec d’autres victimes de faux souvenirs.

Elle engagea l’avocat Christopher Barden qui gagna son procès contre Diane Humanansky. Barden qui était également titulaire d’un doctorat de psychologie réussit à convaincre la cour de l’impact de la suggestion et la manipulation de la mémoire qui avaient induit des faux souvenirs. Grâce à lui, Élisabeth Carlson, gagna son procès avec une coquette somme de dommages et intérêts, et elle a fondé depuis une association contre la fraude en thérapie et les dérives pseudo-scientifiques.

Quant à Diane Humanansky, elle fut suspendue par l’ordre des médecins (l’équivalent américain). Une vingtaine de patientes ont porté plainte contre elle. Dix ont allégué qu’ils avaient été induits en erreur par son diagnostic d’un trouble de la personnalité multiple et de faux souvenirs d’abus sexuels.

L’engouement pour le diagnostic de MPD et ces thérapies de la mémoire retrouvée ont culminé de 1993 à 1994. 40 000 cas de MPD ont été diagnostiqués par des professionnels de la santé. Le MPD se comprenait à l’époque comme une sous catégorie d’hystérie concernant les femmes.

J’ai trouvé une analyse intéressante dans un article datant de 1998 publié dans le New Yorker dont voici les grandes lignes
Le MPD avec son cortège de thérapies de la mémoire retrouvée prend sa source dans les années 70 avec le mouvement de protection de l’enfance et fut rejoint par la suite par les féministes. Ceux qui remettaient en cause les allégations du MPD étaient accusés de protéger les crimes sexuels. En fait, le MPD répond en tout point à une épidémie psychologique comme d’autres à cette époque.

La critique littéraire Elaine Showalter attribue la propagation de ces nouvelles épidémies psychologiques à  la troisième vague des féministes, celle que l’on appelle le féminisme victimaire. Le néo-féminisme.

La fin à ce dévoiement fut le SRA (rituel d’abus satanique), épidémie lancée en 1980 par le livre « Michelle se souvient », où Michelle Smith décrit les abus sexuels dont elle fut victime, après s’en être souvenue en thérapie avec son thérapeute et mari (semble-t-il) Lawrence Pazder. En 1983, devant l’explosion de cas de SRA, le FBI enquêta sur plus de 300 allégations, et on s’en doute ont fait chou blanc. Au fil du temps, les victimes poursuivirent les thérapeutes pour mauvaises pratiques, et la jurisprudence américaine est prolixe sur ce sujet.

L’histoire d’Élisabeth Carlson révèle la difficulté d’une prise en charge en psychothérapie, de poser un diagnostic et dans certains cas, le remède peut s’avérer néfaste pour les patients quand la pseudo-science s’en mêle. La, il s’agissait de la méconnaissance de malléabilité de la mémoire et de la suggestibilité des personnes méconnues par ces thérapeutes.

https://www.newyorker.com/magazine/1998/04/06/the-politics-of-hysteria

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COVID-19: LA MÉTAPHORE DU LOUP, DU BERGER ET DU MOUTON

Il s’agit d’une expérience à faire en famille ou entre amis à l’aide d’un jeu de rôles s’appuyant sur une métaphore digne d’une fable de Jean de La fontaine.

On entend souvent parler d’intelligence collective pour évoquer les comportements de groupe! Que désigne-t-elle? Elle sert à désigner l’émergence des nouveaux modes de communication, l’accès au savoir et les relations entre individus dans le cyberspace. Pierre Levy pense qu’il faut développer une véritable anthropologie dédiée au milieu virtuel. « Les nouveaux moyens de communication permettent aux groupes humains de mettre en commun leurs imaginations et leurs savoirs»; l’intelligence collective en est le vecteur.

Joseph Henrich, professeur de biologie évolutive humaine, également dans une perspective anthropologique développe dans son livre « L’Intelligence collective, comment expliquer la réussite de l’espèce humaine », la manière dont l’intelligence collective influence notre développement génétique à travers la culture. L’intelligence collective, c’est la culture. Sans elle, l’accès à cette source de savoir accumulée au fil du temps et au fil des générations, nous serions incapables de survivre. Dans son livre, écrit-il: « Ce sont nos cerveaux collectifs à l’oeuvre sur des générations, et non la puissance d’inventions innées ou les facultés créatrices, qui expliquent les technologies sophistiquées de notre espèce et son incroyable succès écologique.» Cela n’exclut pas l’innovation par les cerveaux les plus doués, mais la mise en pratique passe par le groupe qui a mis en commun ses compétences complémentaires. Cela inclut également une interconnexion entre membres ayant chacun un savoir faire. Je vais étayer mes propos en revenant à l’Intelligence Artificielle (IA) et à ses applications dans le domaine médical. Un exemple parmi d’autres. Ainsi « Une approche basée sur le machine-learning (une technologie d’IA explicitement liée au Big Data) assiste les médecins pour diagnostiquer les tumeurs cérébrales. Derrière tous ces programmes qui semblent ne faire qu’un, il y a d’abord l’intelligence humaine (en général). Celle des ingénieurs, des informaticiens et des médecins. C’est un ensemble de compétences scientifiques qui les ont créés. Illustration d’intelligence collective au sens cité précédemment.

Que l’on ne s’y méprenne pas, parler d’intelligence collective ne signifie pas le collectivisme qui renie l’individualité et rogne la liberté par la coercition. La liberté et les respect de l’individualité, celle de la psyché ( le domaine de la psychologie) sont des conditions sine qua none pour que s’exerce l’intelligence collective. Ni la solidarité, mot usité aujourd’hui encore à tort et à travers. L’intelligence collective passe d’abord par le respect de l’intégrité de l’individu humain, le respect de son autonomie au niveau des activités sociales et des ses relations interpersonnelles.

Comment l’intelligence collective pourrait-elle nous aider dans la pandémie actuelle? Le docteur en psychologie cognitive Émile Servan-Schreiber l’évoque dans un récent article du Point. J’ai relevé un passage lumineux où l’intelligence collective pourrait s’avérer judicieuse lors du déconfinement, et Émile Servan-Schreiber propose une une expérience à faire en famille, entre amis ou au bureau! C’est un jeu de rôles s’appuyant sur une métaphore digne d’une fable de Jean de La Fontaine. Elle aurait pu s’intituler le Loup, le berger et ses moutons.

« Chacun reçoit les instructions suivantes : « Vous êtes un berger. Choisissez secrètement autour de vous une personne qui sera votre loup et une autre qui sera votre mouton. Au signal, déplacez-vous afin d’être toujours interposé entre votre loup et votre mouton. » Si chacun s’occupe ainsi de protéger autrui, le groupe deviendra de plus en plus dense jusqu’à faire bloc. Métaphoriquement, c’est la cohésion sociale parfaite. Mais d’autres instructions produisent l’effet inverse : « Vous êtes un mouton. Choisissez secrètement autour de vous une personne qui sera votre loup et une autre qui sera votre berger. Au signal, déplacez-vous afin que votre berger soit toujours interposé entre le loup et vous. » Quand chacun ne cherche ainsi qu’à se protéger, le groupe se disperse en un mouvement chaotique infini. À nous de choisir entre l’intelligence collective d’une société de bergers ou l’aliénation d’un peuple de moutons. »

Alors comment vous définissez vous chers lecteurs? Berger ou mouton? Le loup symbolise le virus, vous vous en doutiez, le berger représente celui qui respecte les gestes barrières, la distance sociale pour préserver les plus vulnérables; celui qui prend soin des autres! Et le mouton…à vous de vous définir…

Un chouette exercice à faire qui aiguise notre sens de la responsabilité envers les autres concernant la contagion virale de la Covid-19. Mieux que la litanie des interdictions diverses délétères pour la psyché qui à force d’être martelées vous enfonce dans la résignation acquise et vous met au trente sixième dessous en annihilant tout espoir ! L’esprit de la métaphore du berger et du mouton est celle du courant humaniste dont le précurseur fut Abraham Maslow, ainsi que du courant positiviste. C’est un exercice ludique de thérapie cognitivo – comportementale.

Alors, osez faire expérience et n’hésitez pas à me faire part de vos commentaires.

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COMMANDER UN BÉBÉ EN UN SEUL CLIC, EST-CE POSSIBLE?

« Une tendance inquiétante se dessine, note-t-il. Nous passons d’une conception de l’enfant comme un don à une conception de l’enfant comme une donnée que l’on contrôle. Plus vous le profilez, plus vous en faites un objet… »(Thomas Ploug)

Berceau vintage

L’ouverture de la procréation médicalement assistée aux femmes célibataires et aux homosexuelles est en passe d’être adoptée cet été. Aujourd’hui, je vous propose une mise à jour d’un post que j’avais rédigé en janvier 2018, et que j’ai enrichi avec l’actualité. La PMA (Procréation Médicalement Assistée) ou terme plus médical, celui d’AMP est l’un des sujets sociétaux les sensibles au programme avec la Fécondation In Vitro (FIV) et la GPA (mères porteuses). Il était possible d’en débattre sereinement il y a dix ans lors de séminaires confidentiels réservés aux professionnels de la santé et de la justice où des philosophes comme Sylviane Agacinsky était invitée pour s’exprimer avec d’autres invités venus de pays européens. Aujourd’hui, il en est tout autrement. La philosophe, farouchement opposée à la GPA, a vu un débat annulé sur le thème de « l’être humain à l’époque de sa reproductibilité » puis reprogrammé à Bordeaux à la suite de menaces.

Jusqu’au vote de la loi P.M.A était « réservée dans notre pays aux couples hétérosexuels en âge de procréer qui n’arrivent pas à avoir un enfant naturellement par des voies naturelles », qui sont stériles médicalement. Un couple hétérosexuel sur huit serait concerné par l’AMP! Selon l’origine de la stérilité la PMA fait appel à une ou plusieurs techniques différentes, de l’insémination artificielle à la congélation des embryons. Les protocoles des FIV varient suivant les causes à traiter. Les FIV se font en partie à partir du don de gamètes qui consistent à donner anonymement et gratuitement son sperme ou ses ovocytes (avec technique de vitrification ou non). L’une des particularités de notre pays est que le don de gamètes est totalement gratuit ce qui n’est pas le cas dans d’autres pays européens où les donneurs sont rémunérés. Cette révision de la loi peut modifier la donne sur ce sujet car depuis des années, certains médecins craignent une pénurie de gamètes. Les avis sont partagés, et il faudra certainement de nouvelles structures adaptées s’il y a un afflux de demande de FIV. Terra Incognita!

Avant que la loi ne soit votée cette semaine, les personnes stériles qui ne rentrent pas dans les critères de la législation française, et qui avaient envie d’avoir un enfant se tournaient vers d’autres pays où la législation de la PMA est plus souple. Cela peut heurter les sensibilités mais comment critiquer la souffrance de personnes désireuses d’avoir un enfant? La suspension du jugement s’impose. Là, ce n’est pas gagné car c’est devenu une bataille politique et de lobbies divers, et la lecture des réseaux sociaux sur ce sujet est joyeuse! 

La PMA, nouvelle mouture, continuera d’être remboursée par la Sécurité Sociale aux couples hétérosexuels infertiles suivant les critères médicaux définis depuis des décennies, mais ne le sera pas pour des FIV de convenance où il n’y a pas d’infertilité médicale. Mais la chambre des députés aura le dernier mot!

L’adoption de cette loi  va-t-elle avoir un impact sur le tourisme procréatif? Des femmes vont-elles continuer à faire appel à des banques de sperme étrangères si elles ne passent pas le cap de la supposée évaluation psychologique, médicale et sociale requise par la loi? L’émission de Sept à huit avait diffusé en avril 2017 un documentaire éloquent sur la société Cryos, une banque européenne de sperme qui évoque le tourisme procréatif.

Cryos International est la première banque de sperme qui pratique à l’échelle industrielle la vente de gamètes, et notamment par correspondance. Si vous tapez sur le moteur de recherche Google, la société Cryos est la banque de sperme qui apparaît en premier. Cette société a été créée en 1991 et est basé à Arthus au Danemark. Son créateur Ole Schau (63 ans), n’a aucune formation médicale, et il est titulaire d’un diplôme d’une grande école de commerce.

Alors, comment ces femmes s’y prenaient-elles pour contourner la loi française et obtenir une FIV en s’adressant à Cryos? Elles la commandent tout simplement via le site internet Cryos, et choisissent le père biologique sur catalogue. Il est aujourd’hui possible, à l’étranger, de choisir certains critères génétiques du futur enfant comme la couleur de ses yeux, de ses cheveux et de sa peau et autres caractéristiques.

En créant Cryos, Ole Schau voulait aider les  femmes stériles. « Je voulais rendre service aux gens » affirme-t-il à qui veut l’entendre, « et puisqu’ils rêvent de petits Aryens blonds yeux bleus », Ole Schau les comble. Face aux accusations d’eugénisme (on est en droit de s’interroger à ce sujet), il répond: « toute notre société est fondée sur la sélection naturelle. Il est normal que des parents puissent choisir un géniteur selon leurs critères.». Il y a quelques années, Cryos avait suscité une vive polémique pour avoir refusé des donneurs roux. L’une des raisons invoquées par le fondateur de Cryos est qu’il n’y avait pas suffisamment de demandes. Dans l’une de ses interview, Olé Schau lance à ce sujet: « en même temps, nous manquons cruellement de diversité ethnique».

30 ans plus tard, Cryos est la plus grande banque de sperme européenne. Cryos est officiellement une banque de tissus autorisée au titre de la directive européenne sur les tissus et les cellules, et est conforme à la législation européenne. Il faut rappeler qu’il est interdit en France d’acheter des cellules vivantes, mais Cryos s’est bien débrouillé en surfant sur la législation. Cryos emploie aujourd’hui une centaine de personnes. L’entreprise génère entre 13 et 20 millions d’euros. Elle aurait dans sa base de données plus de 700 donneurs et plus de 100 litres de sperme congelé. Record homologué dans le Guinness book

Cryos a plusieurs groupes (fermés) sur le réseau social facebook pour faciliter les démarches pour une FIV: Cryos FR, Family Dreams-Cryos International, Insémination, Cryos: démarche et parcours.

Comment est constitué le catalogue virtuel qui permet de choisir les caractéristiques génétiques du donneur à  transmette à son enfant? Chaque donneur de la banque de sperme est anonyme et référencé par un numéro. Le poids, la taille (les pères doivent mesurer au minimum 1,70 m) la couleur des cheveux, celle des yeux, le niveau d’études et l’ethnie sont précisés sur le catalogue.

Comment se passe la vente en ligne d’une FIV avec Cryos? Et bien comme sur votre d’achat préféré en ligne! La future mère après l’avoir choisi sur catalogue clique sur le géniteur choisi « , et le met dans l’icône « landeau » qui remplace l’icône panier des sites commerciaux. L’étape suivante est celle que nous connaissons tous quand nous achetons sur le net « mode de paiement par carte bancaire ».

Le paiement dûment enregistré, quelques jours plus tard, la future maman se voit livrer sa dose de sperme à domicile dans une bonbonne étanche. Il est joint au colis un mode d’emploi pour qu’elle puisse faire sa FIV chez elle. D’abord, elle doit faire décongeler les paillettes, et ensuite s’installer dans une position confortable pour les introduire avec une canule.

Alors pourquoi ces femmes choisissent-elles le « packaging Cryos »? Les raisons seraient principalement financières. Ce serait moins onéreux que d’aller dans une clinique de fertilité espagnole dont le coût avoisine les quinze mille euros. Faites les calculs! Avec Cryos, un achat en ligne coûte trois mille euros. Alors, peut-on parler de FIV Low Cost ? Avec la formule VPC, la femme a une chance sur trois de tomber enceinte. Selon Cryos, il y aurait  près de 23 000 naissances en France avec leur formule. Dans un article de Paris Match, on peut lire que Cryos, en 2016, serait à l’origine de 246 grossesses en France. Les femmes célibataires représenteraient 40 % de sa clientèle, et Ole Schau pense que bientôt ce sera 70 % des célibataires qui feront appel au packaging Cryos.

La loi danoise prévoit qu’un donneur de sperme ne peut être à l’origine de plus de  douze grossesses. La législation internationale étant très vague, pour engranger des bénéfices, Cryos va exporter 90 % de sa collecte dans plus de soixante dix pays. Cliniques privées (avec parfois des ristournes) et pour des particuliers.  Cette diversification de l’activité de Cryos est une corne d’abondance pour la société en contournant en toute légalité les quotas fixés par les législations internationales. Comme n’importe quelle société commerciale, Cryos sponsorise des publicités sur les réseaux sociaux pour recruter de futures clientes. Est ce la FIV ou le désir d’enfant qui se marchande? Il est évident que le marketing de ces sites est alléchant! Comment ne pas craquer devant des superbes photos de bébés qui promettent le paradis parental?

Que se passe-t-il du côté du donneur anonyme? Cryos rémunère le don de sperme contrairement à la France. Si elle a le sens des affaires, la banque est aussi très exigeante sur la qualité des spermatozoïdes des donneurs. Huit candidats sur dix seraient recalés. Les maladies génétiques ou sexuellement transmissibles sont systématiquement dépistées. Les donneurs signent un contrat et touchent 60 euros par don (parfois plus en fonction des critères génétiques). C’est l’occasion d’arrondir les fins de mois avec une somme variant entre 300 et 1600 euros. La majorité des pères affirment que leur motivation principale n’est pas financière mais guidée par l’altruisme, et ainsi exaucer le désir d’enfant de femmes infertiles.

Il y a Cryos, mais l’entreprise ne fait que répondre aux demandes du « marché international de la procréation » souligné en ces termes judicieux par Sylviane Agacinski: « Sur ce marché mondialisé, la concurrence entre les entreprises est âpre : certains comme l’Institut Feskov, en Ukraine, affichent le “meilleur rapport qualité/prix”, incluant l’assurance-vie de la mère porteuse, un diagnostic préimplantatoire légal (permettant le choix du sexe et assurant un enfant en “bonne santé”), le choix d’un donneur ou d’une donneuse de gamètes du phénotype souhaité (européen, asiatique ou africain), un nombre de FIV illimité, c’est-à-dire des prélèvements d’ovocytes répétés et dangereux pour la donneuse. »

Le Danemark a modifié sa loi sur l’anonymat des pères biologiques. Il y a maintenant la possibilité de lever l’anonymat du père si l’enfant à sa majorité le souhaite en s’adressant un association spécialisée. Ainsi, une jeune fille conçue par FIV a pu grâce à cette association retrouver son père biologique et trois demi-frères. Un père qui s’est fait connaître reste en contact avec sa fille biologique. Et même le grand-père biologique a voulu connaître sa petite-fille! Et le devenir de l’enfant dans tout ça? Grande interrogation, n’est ce pas?

Le choix d’un bébé sur catalogue préoccupe Thomas Ploug, membre du Conseil d’éthique et professeur à l’université d’Aalbourg : « une tendance inquiétante se dessine, note-t-il. Nous passons d’une conception de l’enfant comme un don à  une conception de l’enfant comme une donnée que l’on contrôle. Plus vous le profilez, plus vous en faites un objet. Ce ne peut qu’avoir des conséquences sur la façon dont les parents se comportent avec lui, sur leur dévouement. Bien sur, c’est infime, et dans la plupart des cas, cela se passe bien. C’est une question de dignité. Un objet, on peut s’en lasser et s’en débarrasser.»

On peut trouver sur le site de Cryos le témoignage d’un homme conçu en 1979 par FIV et avec un donneur anonyme. Ses parents ne lui avaient pas révélé les circonstances de sa naissance, comme cela était préconisé à l’époque, et ce pour ne pas déstabiliser psychologiquement l’enfant: « Je ne l’ai appris qu’à l’âge de 30 ans. J’étais alors en thérapie car je n’allais pas bien. C’est ma mère qui me l’a révélé, et c’est comme si j’avais enfin vu la lumière. J’avais tout pressenti. Depuis longtemps, je me cherchais des pères putatifs, alors même que mes relations avec mon père étaient bonnes. Lorsque j’ai su, j’étais très soulagé. Mais, après la phase d’euphorie, j’ai fait une dépression. Ma vie était bâtie sur un mensonge. J’ai mis beaucoup de temps à digérer. Le centre de don a refusé de me donner le nom du donneur. Je suis contre cet anonymat.» Il est hanté par le fait « qu’il lui manque une partie de son histoire ».

Ces bébés sur catalogue sont un fait de société rendu possible par la science médicale. On peut aussi penser aux risques d’eugénisme si tous les enfants sont ainsi conçus! Où est l’éthique dans tout ça quand on, constate que le « désir d’enfant » fait prospérer un commerce bien lucratif. L’avenir nous dira ce qu’il advient psychologiquement de tous ces enfants conçus ainsi sur catalogue. Aujourd’hui, il est trop tôt pour se prononcer mais on pense au « Meilleur des Monde » de Aldous Huxley et on aimerait que ce ne soit pas une sinistre prophétie.

L’un des moyens d’éviter les dérives éthiques, le droit à l’enfant plutôt que les droits des enfants, surtout la GPA (Gestation Pour Autrui), serait de réviser les lois sur l’adoption afin qu’un maximum d’orphelins soient adoptés dans les meilleures conditions, limitant ainsi le recours à la PMA.

Pour en savoir plus: 
http://www.la-croix.com/Ethique/Sciences-Ethique/Sciences/Au-Danemark-des-bebes-sur-catalogue-2013-04-08-942785

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LA ROBOT-THÉRAPIE, UN AVENIR PROMETTEUR!

Grâce au bot Tree Hole, l’équipe de psychologues a évité plus de 1000 suicides de jeunes Chinois. Selon l’OMS, le suicide est la deuxième cause de décès parmi les 15-29 ans.

L’Intelligence Artificielle a fait son entrée dans le domaine de la santé! L’une des questions qui se pose est de savoir si l’IA remplacera à temps plein les soignants ou en sera un simple auxiliaire? L’avenir nous le dira! Ne rejetons pas l’IA en pensant aux films cauchemardesques de SF hollywoodiens, ce serait vraiment dommage!

Certains programmes de deep-learning surpassent incontestablement les capacités humaines; les plus connus du grand public sont la reconnaissance d’image, la voiture autonome, le diagnostic médical et les robots intelligents. Concernant le diagnostic médical, une approche basée sur le machine-learning (une technologie d’IA explicitement liée au Big Data) assiste les médecins pour diagnostiquer les tumeurs cérébrales. Un exemple parmi d’autres. Derrière tous ces programmes qui peuvent faire douter de nos capacités cognitives, il y a d’abord l’intelligence humaine et les compétences scientifiques qui les ont créés.

Incontestablement, l’IA dépasse certaines capacités cognitives. Mais ce n’est pas le QI! Kai-Fu-Lee dans son livre « IA, La plus grande mutation de l’histoire » raconte qu’il a mis au point, en 1986, le logiciel qui a gagné contre un Américain le championnat du monde d’Othello (version simplifiée du jeu de go). En 1997, l’ordinateur Deep Blue d’IBM a vaincu le fameux champion du monde d’échecs Garry Kasparov lors d’une partie appelée « Le baroud d’honneur du cerveau ». De quoi inquiéter l’opinion publique qui pense que dans un avenir proche les robots vont prendre le contrôle de l’humanité et l’asservir! Nous en sommes loin! Il y a derrière le succès de Deep Blue la main et l’intelligence de l’homme. Le matériel informatique avait été programmé pour générer et évaluer rapidement les positions de chaque coup, et la conception du logiciel avait requis la contribution de champions d’échecs en chair et en os! L’histoire du Chinois Ke Jie, superstar professionnelle du jeu de go, est éloquente. Il se vantait à qui voulait l’entendre de gagner contre Alphago, un programme de Deepmind. Il fut battu à plates coutures dans des conditions psychologiques éprouvantes durant les deux premiers matchs; épuisé, il déclara forfait pour le troisième. Qu’à cela ne tienne, il fut applaudi et soutenu par le public chinois, montrant ainsi que c’est la psyché humaine qui compte avant la machine, et que le discernement humain face aux performances de l’IA l’emporte!

Parmi les branches de l’IA, il y a la robotique! La robotique humanoïde conçu comme le plus ressemblant à l’homme semble être son alter ego, et il a fortement inspiré la SF! La robotique humanoïde est un ensemble de machines destinées à aider l’être humain ou le remplacer dans des tâches complexes ou dangereuses. La robotique s’appuie sur d’autres disciplines (la résolution de problèmes, la compréhension du langage, la vision, l’ouïe, l’apprentissage, etc.) et aussi sur l’ingénierie mécanique, électrique, hydraulique. La conception des robots humanoïdes se base également sur l’informatique affective (Affective computing) et sur la robotique cognitive (Cognitive Robotics). En quelques points, la robotique affective est capable de reconnaitre les émotions humaines, c’est à dire l’interaction entre la technologie numérique et les sentiments. Les principales capacités de la robotique cognitive sont de percevoir, représenter, apprendre l’espace, les situations le plus possible proches d’un fonctionnement cognitif induisant des réactions comportementales basiques!

Dans la catégorie des robots humanoïdes et de la robotique cognitive, il y a la robot-thérapie! La robot-thérapie en est à ses prémices mais déjà appliquée en thérapie relationnelle individuelle. D’ailleurs, pour être rigoureux, plus que le terme de robot-thérapie, les articles scientifiques sur le sujet emploient le terme de « robots sociaux ». Ces robots sociaux ont souvent une apparence enfantine, de type jouet ou animaloïde, ce qui va mettre en confiance la personne et en les rendant inoffensifs aux yeux des personnes avec qui ils doivent interagir. Darwin Op, L’un de ces robots sociaux, mis au point en 2014, rend ainsi d’immenses services en psychothérapie.

Darwin-Op aide à socialiser les enfants atteints de troubles psychiques comme l’autisme. Des chercheurs de l’industrie de Georgia Tech ont mis au point ce programme. Cette interface Enfant/Robot est originale car elle place l’enfant dans une dynamique active et non passive; le principe repose sur l’utilisation d’une tablette Android par l’enfant, qui lui va agir en enseignant au robot humanoïde les règles du jeu Angry Birds! Le robot va apprendre les règles du jeu en mimant le comportement des enfants. « Selon la programmation de Darwin-Op, il est possible d’agir sur plusieurs troubles en rééduquant par exemple la coordination entre l’oeil et la main ou la préhension.

Encore une application positive des robots sociaux! Une étude pilote, publiée en juillet 2018, du département de gériatrie de l’hôpital Broca à Paris, a montré une amélioration du bien-être émotionnel et subjectif de patients atteints de troubles neuro-dégénératifs grâce à l’interaction même brève (15 minutes) avec le robot social ©Paro, appelé aussi Blanchon. Paro est une peluche robotisée à la forme d’un bébé phoque à destination des personnes âgées souffrant de a maladie d’Alzheimer. Le petit phoque est capable de communiquer des émotions comme la joie, la surprise ou le mécontentement suivant le contexte. Une étude scientifique, a été réalisée dans onze EPHAD, et elle a montré que la présence de Paro améliorait la prise en charge de la douleur, le comportement, le bien-être et le lien social des résidents.

Les sympathiques robots sociaux ne remplacent évidemment pas le lien social et humain, mais aident les équipes soignantes! Il faut les concevoir comme des co-thérapeutes! Je reconnais que la prudence s’impose au regard de leurs capacités relevant du registre des émotions humaines! L’un des risques majeurs n’est-il pas de s’interroger sur la banalisation de « l’empathie artificielle » au détriment de l’ empathie naturelle? L’homme ne risque-t-il pas de devenir petit à petit asocial, formaté sur un réflexe pavlovien, se contentant de mimer le programme émotionnel d’un robot anthropomorphique, la psyché n’étant plus confrontée à un alter humain? Court-on vers le risque d’un émoussement affectif et émotionnel si les robots sont détournés de leur vocation première de co-thérapeute? Points d’éthique qu’il faut approfondir!

Pour compléter ma galerie de portraits des robots sociaux, citons Matilda qui a été conçue pour tenir compagnie aux personnes âgées et handicapées dans des centres hospitaliers. Matilda mémorise les visages, rappelle les horaires de prise de médicaments et capable d’animer des séance de bingo. Il y a aussi Pepper, qui analyse lui aussi comme ses « congénères » les sentiments comme mais aussi capable de danser, de plaisanter et de mener une conversation. Avec lui, on a presque envie de mener une vie de bâton de chaise!

Avec les robots sociaux, il y a manifestement un fort potentiel thérapeutique comme chez les personnes atteintes de la Maladie d’Alzheimer et dans certaines formes d’autisme. Le robot social joue le rôle d’un objet d’attachement voire d’objet transitionnel à l’instar de celui évoqué par Donal Winnicot pour les jeunes enfants, et transposable aux adultes. Manifestement, objet aussi de projections des émotions et sentiments.

La chercheuse en psychologie libanaise Ritta Baddoura dans son excellent article « Le potentiel thérapeutique de l’interaction homme-robot »reconnait que l’usage thérapeutique des robots sociaux n’en est qu’aux prémices. Elle souligne, avec éthique, les failles méthodologiques des études dont la brièveté de leur durée, les populations hétérogènes et l’absence de groupes contrôle en vigueur dans toute recherche scientifique académique. Si l’usage des robots sociaux est prometteur, il faut rechercher l’impact, à moyen et long terme, les éventuels effets indésirables comme d’éventuels le risque de générer des troubles psychiatriques qui leur sont liés (ou d’aggraver certains états) qui restent à ce jour inconnus, et qui devront pourtant être étudiés.

« L’écrasante majorité des ces études se concentre sur le développement robotique plutôt que que sur la mesure et l’analyse de son impact psychologique et mental. »

Personnellement, j’envisage l’avenir des robots sociaux dans une triade patient/thérapeute/robot où le robot est un co-thérapeute! Il semblerait que sur le plan de la recherche, cette interaction soit plus fréquente que celle de la dyade où le thérapeute contrôle à distance le robot.


La technologie moderne, l’IA et les robots sociaux peuvent soulever d’immenses interrogations au sujet de la liberté individuelle et du libre-arbitre. Même si ça ne colle pas stricto sensu à l’IA, je l’illustre par un fait relaté dans le Wall Street Journal: en Chine, dans certaines classes, les élèves sont équipés d’une camera et de capteurs oculaires pour analyser leur cerveau quand ils lisent et écrivent. Les professeurs et les parents y voient des gadgets « boostant » la réussite scolaire d’enfants ainsi « épiés « constamment »! Ne serait-ce pas, ni plus ni moins, que de la persuasion coercitive aux fins de modification du comportement, de la surveillance violant l’intimité psychique d’autrui? Un dévoiement de la technologie moderne, risque majeur applicable à l’IA en général mais aussi de cette discipline passionnante que sont les neurosciences. On freine et on contraint par la force toute forme de spontanéité de l’élève. Pour ces enfants, c’est un cauchemar. Chers lecteurs, êtes vous étonnés?

Malgré un fort risque de mésusage de l’IA en général, encore un apport positif des robots avec Tree Hole! C’est un bot, logiciel automatique ou semi-automatique qui interagit avec des serveurs informatiques. Ce bot est capable de détecter des messages suicidaires sur Weibo ( web chinois )! Il permet ainsi d’aider des psychologues à sauver des vies. Par ses algorithmes conçus pour détecter des messages contenant des idées suicidaires, le bot Tree Hole alerte un groupe de près de 600 spécialistes de la santé mentale, consultants et bénévoles qui vont alors contacter ces personnes à fort risque suicidaire en évitant leur passage à l’acte. Grâce à ce bot, l’équipe a évité plus de 1000 suicides de jeunes Chinois. Selon l’OMS, le suicide est la deuxième cause de décès parmi les 15-29 ans. Alors bravo à l’équipe qui a conçu Tree Hole pour assister les psychologues à être plus efficaces dans leur profession!

Comment fonctionne ce bot anti-suicide? Tree Hole analyse automatiquement Weibo toutes les quatre heures, sélectionnant vers le haut les messages contenant des mots et des phrases inquiétantes comme « mort », « libération de la vie » ou « fin du monde ». Le bot s’appuie sur un graphe de connaissances des notions et concepts de suicide, en appliquant une programmation d’analyse sémantique afin qu’il comprenne que « ne pas vouloir» et « vivre » dans une phrase sont des indices indiquant une tendance suicidaire.

L’IA est manifestement un défi à l’épreuve du feu. Ne nous leurrons pas, il y aura des dérives. Rien ne remplacera la chaleur humaine, mais l’IA offre de vastes possibilités dont il serait dommage de se priver dans le champ de la santé! Apprivoisons la avant de la rejeter, sans nous y soumettre.

Allons nous perdre notre libre arbitre avec la généralisation de l’IA? Les avis sont partagés! On peut appliquer à l’IA cette citation empruntée à Étienne de la Boétie: Pour que les hommes, tant qu’ils sont des hommes, se laissent assujettir, il faut de deux choses l’une: ou qu’ils y soient contraints, ou qu’ils soient trompés.

Je reste résolument positive sur l’apport positif de l’IA! C’est une merveilleuse avancée scientifique et technologique. Le philosophe Luc Ferry reste confiant sur notre capacité à garder notre libre arbitre face à la généralisation de l’IA:

Du reste, que je décide de faire confiance à un humain ou à un logiciel ne change rien à l’affaire, c’est toujours in fine moi qui décide de m’en remettre à un avis que je juge meilleur que le mien. Il est clair que le monde de l’IA nous impose de la vigilance, parler pour autant de «fin de l’individu» est en complet décalage avec la réalité d’un monde où la sacralisation narcissique du moi véhiculée par les théories du développement personnel venues des États-Unis est à l’évidence en progression géométrique.

Vidéo sur Paro, le sympathique robot-phoque.

https://www.google.com/search?rlz=1C5CHFA_enFR800FR800&sxsrf=ACYBGNRrz6cCFFpRB2pZdouaRKYzxbo8QQ%3A1574273349501&ei=RYHVXZufHsmBjLsP6ZCq8AE&q=les+enjeux+de+l%27IA+dans+la+sant%C3%A9+mentale&oq=les+enjeux+de+l%27IA+dans+la+sant%C3%A9+mentale&gs_l=psy-ab.3..33i22i29i30.8561.18225..18815…3.2..0.354.2997.8j15j1j1……0….1..gws-wiz…….0i71j0i22i30j0i22i10i30j33i160j33i21.wtoB14Lw7ZQ&ved=0ahUKEwjb1ZqesfnlAhXJAGMBHWmICh4Q4dUDCAs&uact=5

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AU SUJET DU LIVRE « LA NUIT, J’ÉCRIRAI DES SOLEILS »

«En écrivant, j’ai racommodé mon moi déchiré; dans la nuit, j’ai écrit des soleils.»

La publication d’un livre de Boris Cyrulnik est toujours pour moi l’occasion d’un agréable moment de lecture. Faut-il encore présenter ce neuropsychiatre, aux propos consensuels et qui respirent l’humanisme? Boris Cyrulnik a l’art de réconcilier tous les courants de la médecine, de la psychiatrie, de la psychanalyse et des neurosciences! Je viens de terminer la lecture son dernier ouvrage « La nuit, j’écrirais des soleils », et je m’empresse de vous livrer quelques notes qui vous donneront peut-être envie de le lire! C’est parfois décousu tant est immense la richesse intellectuelle de ce livre qui rebondit de page en page au fur et à mesure de son avancée.

Comme tous ses livres, La nuit, j’écrirais des soleils, s’adresse aussi bien aux professionnels de la santé mentale qu’au grand public! J’ose écrire que c’est aussi un ouvrage de philosophie générale où l’écriture fluide reflète la maturité et l’expérience de la psyché non seulement celle du professionnel mais aussi celle du « Soi » ( imparfaitement résumé au « Moi Intime »), concept jungien! Les professionnels de la santé peuvent approfondir les aspects les plus pointus sur le plan scientifique et des neurosciences de son ouvrage en se référant aux notes de bas de page ou à des des sites spécialisés au fur et à mesure de la lecture du livre si l’envie leur en prend. Boris Cyrulnik donne de nombreuses conférences et participent à différents séminaires et propose des formations continues sur la petite enfance dans le cadre de l’IPE (Institut de la petite enfance). Il a été choisi par l’Élysée avec une vingtaine d’experts pour diriger un comité sur la petite enfance correspondant à un concept médical développé par l’OMS en 2011, celui le « parcours 1000 jours ». Ce concept désigne la période entre le quatrième mois de la grossesse et les deux ans de l’enfant. Cette décision gouvernementale a été considérée par beaucoup de personnes comme une ingérence dans la vie privée des parents dans l’éducation des enfants. À tort ou à raison, mais le choix de Boris Cyrlnik est un gage d’éthique!

Le thème de son dernier ouvrage est celui de l’orphelinage et de la créativité littéraire qui participe à la résilience, mais peut-être pas pour tous les écrivains quand leur enfance fut chaotique. Et à travers l’exemple de nombreux auteurs majeurs et lui-même, Boris Cyrulnik parle de leur petite enfance qui a façonné ces auteurs et il n’hésite pas à parler de lui pour explique son irrépressible besoin d’écrire. Je suggère aux lecteur de consulter son impressionnante bibliographie.

Boris Cyrulnik accorde une grande importance aux mots, certainement comme nous tous, mais il insiste sur la dimension de leur halo affectif qui noue le lien verbal. « Quand un mot parlé est une interaction réelle, un mot écrit modifie l’imaginaire. »

Tout dessin d’un enfant reflète sa créativité pour activer l’attachement à sa mère. La création d’un mot permet d’échapper à l’horreur du réel. Le corps de la mère est une première niche sensorielle qui tutorise les développements de l’enfant. Les développements biologiques et affectifs des tout-petits sont soumis à l’organisation sociale qui va disposer autour de lui des tuteurs comportementaux. Cette niche sensorielle peut-être altérée par des facteurs dont les violences conjugales, la maladie de la mère. Quand cette niche sensorielle est altérée, l’enfant prend un mauvais départ.

Si l’enfant est placé en privation sensorielle pendant les trois premiers mois de sa vie, s’il n’y a aucune stimulation sensorielle, cette carence va induire le vide au fond de lui, comme on le constate chez les nouveaux-nés isolés. Le psychiatre et psychologue René Spitz avait ainsi fait le diagnostic d’hospitalisme en observant les enfants dans un orphelinat. Boris Cyrulnik parle de l’écrivain Jean Genêt, orphelin et élevé dans une famille d’accueil qui lui prodiguera de l’amour mais en vain! Jean ne voyait en elle que le facteur rémunérateur de cette famille d’accueil qui était payée pour s’occuper de lui. À cette époque, les orphelins étaient considérés comme des délinquants en herbe par le fait qu’ils n’avaient pas de famille. Ces enfants étaient soit craintifs ou alors violents. Si en plus, ils versaient dans la délinquance, les préjugés sur leur avenir se renforçaient. Outre René Spitz, Boris Cyrulnik se réfère à la théorie de l’attachement de John Bowlby. Ce qu’il faut retenir de cette théorie de l’attachement de J. Bowlby « est certainement que le lien n’implique pas un état de dépendance, mais au contraire qu’il peut constituer un facteur d’ouverture, de socialisation [1]

L’isolement précoce de l’enfant, la privation de la niche sensorielle altère d’abord le fonctionnement des neurones préfrontaux qui ne sont pas stimulés et s’atrophient en quelque sorte. Le socle neurologique des émotions insupportables via l’amygdale rhinencéphalique n’est plus opérationnel. Ainsi, l’enfant va acquérir une vulnérabilité émotionnelle. Ce qui protège le petit enfant (en référant à J.Bolwby), « c’est un système familial à multiples attachements ».

Ce que note Boris Cyrulnik, c’est l’engouement du public pour les voyous littéraires. Qui se souvient que Rimbaud était un trafiquant d’armes? « Curieux destin que celui des poètes voués à la misère et aux grandes souffrances?» Si Sade a pu écrire sur certains sujets sulfureux, il faut se pencher sur son enfance. Son père avait chassé sa mère pour vivre avec des prostituées, et il fut confié à son oncle, un prêtre à la sexualité libertine. Dans cet exemple, « peut-on parler de relations sexuelles quand il s’agit plutôt d’interactions de génitoires?» Là, on peut affirmer que la femme devient un objet, et sans levée de bouclier néoféministe ou victimaire.

Le développement de l’empathie, cette aptitude à se décentrer de soi pour se représenter le monde des autres dépend des pressions du milieu. L’empreinte du passé, titre de l’un des chapitres, donne un goût et il s’imprègne au cours du développement de l’organisme en empreinte mnésique qui va agir comme un sentiment de familiarité qui le sécurise. À partir de là, une fois le sentiment de sécurité installé, il est possible d’établir de nouvelles relations avec des inconnus. Si la niche sensorielle de l’enfant est altérée, l’organisme n’acquiert pas d’empreinte sécurisante, il s’imprimera dans la mémoire une trace insécurisante. Comme chez les enfants maltraités qui évitent tout contact car ils évitent le stress de la rencontre; leur style relationnel est non socialisant.

L’imagerie cérébrale est capable de voir un cerveau qui a été traumatisé. Les couleurs de l’agonie psychique sont bleues, vertes ou grises. Mais ce n’est pas irréversible, il faut le savoir, et lorsque la vie psychique revient, l’IRM montre que les couleurs deviennent incandescentes, rouges, oranges et jaunes. Magnifique, quand la vie psychique revient, non?

Plus que la force physique, la force mentale organise la résistance à l’épreuve et permet la reprise d’un développement résiliant. Chaque catastrophe sociale et culturelle est une occasion d’évolution. Les épidémies psychiques sont faciles à déclencher. Après un deuil, pour ne pas souffrir de l’angoisse du néant et de l’immobilité du temps, c’est-à-dire de mélancolie, nous sommes contraints à la créativité. Quand l’un des parents meurt, lors des premiers mois de la vie de son enfant, le petit ne peut pas comprendre que son parent est mort, et c’est toute sa niche sensorielle qui s’en trouve altérée. Les endorphines opioïdes euphorisants sécrétés par l’intestin et le cerveau ne sont plus stimulés par les rencontres. Le monde devient hostile à l’enfant, et il invente des réactions pour décrire le Monde ou plutôt une impression, interprétée par son dysfonctionnement neurone émotionnel. Après 6-8 ans, l’enfant souffre intensément de la perte, mais il peut faire son deuil, c’est différent de la privation de la niche sensorielle durant les premiers mois de la vie.

Il y tout un passage sur Alice Miller, ultra connue pour ses travaux sur la maltraitance. Personnellement, je n’ai jamais été enthousiaste envers ses théories que je trouve manichéennes. Son ton m’a toujours dérangée tout en reconnaissant que la maltraitance de l’enfant est insupportable. Et je saisis l’occasion de citer Boris Cyrulnik à son sujet. Alice Miller avait été négligée affectivement dans sa famille. Quand son fils Martin naît, bien que suivant une formation psychanalytique, elle est absolument incapable de voir que son petit garçon est en plein appauvrissement affectif. Martin va d’aillers toujours garder en mémoire la trace de cet isolement affectif.

Alice Miller s’était rendue un congrès sur la résilience organisé par Boris Cyrulnik, et elle n’avait de cesse de dénoncer ce concept! Elle pensait que si les traumatisé s’en sortaient, cela risquait de relativiser le crime de l’agresseur. Tout son travail s’est inspiré de sa propre enfance et des patients qui venaient la consulter pour des histoires de maltraitance. Elle a exacerbé sa mémoire traumatique et a toujours été prisonnière de son passé. C’est allé si loin qu’elle croyait que toutes les causes des souffrances individuelles et sociales étaient dues à la maltraitance des enfants. Il a fallu attendre les années 70 pour que la maltraitance éducative cesse d’être une fonction paternelle.

Un enfant ne débarque pas dans le monde des mots, il est d’abord soumis aux stimulations du contexte. Boris Cyrulnik écrit quelque chose de très intéressant sur la fiction et le slogan que je vous livre: …« l’antonyme de fiction serai le slogan, c’est à dire quand une formule pétrifie la pensée sous forme de certitude. La récitation de slogans nous unit pour mieux nous soumettre. Alors que la fiction, en nous décentrant de nous-mêmes, nous invite à visiter d’autres mondes mentaux. Le travail de la fiction est une sorte de manipulation expérimentale du réel.»

Derrière de nombreuses digressions littéraires avec l’enfance des auteurs majeurs, de Jean-Paul Sartre, Jean Genêt et d’autres, Boris Cyrulnik, revient souvent aux fondamentaux des neurosciences et de la génétique. Page 168, il dénonce cette fâcheuse habitude de dire que l’on ne peut pas faire autrement car c’est dans son ADN. C’est totalement faux. Il n’y a pas de soumission un destin biologique puisque les travaux en épigénétique démontrent que les modifications de l’information héréditaire sont réversibles quand on modifie le milieu. Il s’appuie sur l’exemple du gène de la criminalité qui a fait croire à des millions de gens que la délinquance était génétiquement déterminée, donc inexorable. Il est fréquent de lire ou d’entendre qu’un gène définit un comportement, qu’un programme génétique se déroule inexorablement sans tenir compte du milieu. C’est un raisonnement linéaire!

Au chapitre 24, intitulé « Implicite idéologique des mots scientifiques », il y a une excellente envolée sur Trophim Lyssenko, proche de Staline. Les communistes pensaient que leur bonne organisation sociale suffisait à supprimer les troubles psychiques et s’opposaient ainsi à ceux qui acceptaient l’idée d’une soumission à destin biologique. Il peut y avoir un implicite idéologique dans des mots scientifiques. Le langage totalitaire est fait de complicité entre l’écriture de quelques affirmations martelées une lecture de slogans récités avec conviction. La violence est une valeur adaptative à une société désorganisée. Toute découverte scientifique modifie l’imaginaire collectif.

Boris Cyrulnik évoque brièvement le concept de parité, et se demande s’il ne serait pas obtenu à travers le droit à la violence quand on regarde les héroïnes de films aux profils de guerrière! Quand le pouvoir social devient totalitaire, tous les esprits doivent être conformes.

Tout processus scientifique entraîne une hypothèse imaginaire. La science participe la culture sous forme de récit et crée des croyances collectives. La pensée de la fiction romanesque ne s’oppose pas à la pensée scientifique. La puissance du mot écrit est telle qu’elle explique pourquoi on croit plus facilement à ce qui est écrit qu’à ce qui est dit. La mémoire fait surgir non la réalité elle-même, qui est définitivement passée; les mots qui l’exprime ne sont que la représentation de la réalité.

« Notre société serait-elle en train de se cliver, entre ceux qui découvrent le monde en lisant et ceux, qui ne lisant pas, se rendent prisonniers de l’immédiat? Lire ou ne pas lire témoigne de deux styles existentiels différents: la littérature ouvre sur l’exploration, le rêve, les utopies heureuses et parfois dangereuses. Alors que les non lecteurs se contentent du bien-être immédiat dans la jouissance brève empêche de donner sens à la vie. ».

Au sujet du trauma, penser le trauma est radicalement différent de penser au trauma. Un souvenir conscient résulte de la convergence de diverses sources de mémoire. Par l’écriture, il y a un effet créatifs. Ce n’est pas l’acte d’écrire qui a un effet créatif, c’est l’élaboration permise à l’occasion de l’écriture. Pour déclencher un processus de résilience, l’écriture ne dois pas être un rapport de police, mais doit faire appel à la créativité et à l’imagination.

Boris Cyrulnik revient fréquemment dans son livre sur les grands écrivains qui étaient orphelins. Encore l’occasion de parler de la niche sensorielle appauvrie lors de la perte d’un parent qui stimule mal le développement de l’enfant. S’il n’y a pas de substitut affectif, la fragilité des tuteurs de développement induit une croissance altérée.

Voilà quelques points forts du livre, et en guise de conclusion la dernière phrase de livre sur la résilience que je trouve magnifique: « En écrivant, j’ai racommodé mon moi déchiré; dans la nuit, j’ai écrit des soleils. »

Vidéo « Mémoires et traumatismes  »

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TOUT SE JOUE AVANT L’ÂGE DE SIX ANS! VRAIMENT?

Un mauvais départ se répercute tout au long de la vie d’adulte, et il y a les traumatismes de l’enfance comme la maltraitance (sous toutes ses formes) qui laissent des empreintes post-traumatiques.

J’ai emprunté le titre de ce post au fameux best-seller écrit par le Dr Fitzhurgh Dodson « Tout se joue avant l’âge de 6 ans »! La première édition de ce livre date de 1970, et il a ensuite été régulièrement réédité . Cela ne signifie que j’agrée totalement au point de vue de l’auteur, même si certains de ses propos sont pertinents! Avouez que l’idée que tout se joue  avant six ans est tout de même sacrément fataliste! Ors, elle s’est imposée comme une évidence psychologique auprès de nombreux parents, y compris de certains professionnels de la santé.  Tout est-il déterminé avant l’âge de 6 ans ? Et même avant?  Cette affirmation vous rappelle-t-elle quelque chose

Mais qu’entend-on par cette expression? La personnalité de l’adulte se construit-elle vraiment durant les cinq premières années de sa vie, et parfois avant l’âge de trois ans?

Le livre de Dodson est devenu un manuel pour de nombreux parents et des mères obnubilées par les progrès de leur enfant, dans cette étape du rôle maternel que Winnicott appelait « la préoccupation maternelle primaire !

La vision du « tout se joue avant six ans est très pessimiste, et s’inscrit dans la lignée du déterminisme psychologique suivant laquelle la vie psychique est totalement déterminée. Elle serait  dépendante de ses antécédents, et ne comporterait aucune liberté. Pour F.Dodson, durant les cinq premières années de sa vie, chaque enfant passe par les stades des acquisitions fondamentales –marche, langage, propreté, socialisation, estime de soi-. Les stimulations intellectuelles reçue au cours du développement de ces acquisitions durant ces cinq premières années sont importantes pour son intelligence adulte. Sur le point de la stimulation intellectuelle, passage obligé par les écrans!  La psychanalyste Sophie Maripoulos, sans citer Dodson, évoque dans un rapport sur les enfants et les écrans, la malnutrition  culturelle due au manque d’attention et d’accompagnement des parents dans l’éveil des tout-petits.

À la sortie du livre « Tout se joue avant six ans » en 1970, les connaissances en  neurosciences n’étaient pas aussi avancées qu’aujourd’hui. Certes le développement cérébral est influencé par la génétique, notamment l’intelligence et ses 40 gènes, mais il  ne faut pas sous estimer les facteurs relationnels, affectifs et environnementaux. Les certitudes, mal interprétées selon certains spécialistes, sont agaçantes !
La petite enfance est une période très riche dans la vie, mais rien n’est jamais joué. Certains apprentissages se font toute la vie, l’environnement, les expériences de la vie, les événements (heureux ou malheureux), les crises, et les rencontres influencent la personnalité de l’adulte. Bref, dans le fatum, il y a une part de hasard qui fait que la vie réserve aussi des bonnes surprises.
 

Toutes les théories psychologiques sont d’accord pour dire que des relations affectives de qualité nouées dès l’enfance avec les parents, ou des figures de substitution laissent une empreinte indélébile et essentielle, qui influenceront les relations adultes. Évidemment! Un mauvais départ se répercute tout au long de la vie d’adulte, et il y a les traumatismes de l’enfance comme la maltraitance (sous toutes ses formes) qui laissent des empreintes post-traumatiques. 

Des chercheurs suisses de l’École polytechnique fédérale de Lausanne sous la houlette de Carmen Sandi ont constaté que les blessures invisibles de l’enfance laissent une empreinte biologique qui perdure dans le cerveau adulte.  L’équipe suisse a montré (chez des rats) que les traumatismes chez l’enfant conduisaient à des comportements agressifs visibles  sur certaines zones du cerveau. Comme l’altération du cortex orbitofrontal identiques à celles retrouvées chez les humains violents. Cette connaissance sur les conséquences des traumatismes a des implications médicales, mais également thérapeutiques et sociales.
« Cette recherche montre que les personnes exposées aux traumatismes dans l’enfance ne souffrent pas seulement sur le plan psychologique mais elles subissent une réelle altération dans leur cerveau» (Carmen Sandi).
 

La plupart des chercheurs en psychologie s’accordent pour dire que les traumatismes de la petite enfance (ceux qui surviennent avant l’âge de six ans) sont à l’origine de beaucoup de dépressions et de troubles anxieux, et d’autres troubles. Une autre étude, celle de l’université de McGill de Montréal montre également que les abus et maltraitance laissent une empreinte chimique dans le cerveau. Il s’agit d’une modification de gènes dont l’enfant a besoin a besoin pour se construire un système de défense contre le stress. Une fois modifiée par l’expérience de l’abus sexuel, ces gènes restent altérés toute la vie, rendant les victimes plus vulnérables aux aléas de la vie. 

 
Sans s’arrêter à des événements traumatisants extrêmes (violence, abus sexuels abandon), les interactions destructrices et répétées avec les adultes sont néfastes dans la construction de la personnalité. C’est du désamour et de l’atteinte à l’estime de soi, ni plus ni moins. On entend par désamour les humiliations répétées, le manque d’affection et de compassion d’autrui, les négligences envers la santé mentale et physique. Les inactions des parents sont également destructrices;  elles font douter de la valeur de l’enfant et entachent son estime de soi. Les encouragements prodigués par les adultes sont essentiels à la sécurité affective et l’absence de retroaction positive est extrêmement dommageable à l’estime de soi. Les parents ou  les adultes ne sont pas les seuls acteurs des actions de démolition mentale. Les enfants sont parfois cruels entre eux. L’ostracisme, l’exclusion, l’intimidation par les autres enfants sont extrêmement traumatisantes pour un jeune enfant.
 
Même si le futur adulte est marqué au fer rouge par ses traumatismes, la vision déterministe où tout est  joué durant l’enfance est catastrophique. Elle risque d’enfermer l’autre prisonnier de son passé, et de ne pas l’encourager à dépasser ses problèmes !
 
Freud, en son temps, avait souligné l’inégalité des réactions des patients à la névrose face à un même événement. Jung a parlé de cette notion du « Soi », ce noyau subtil de la personnalité qui peut aider à surmonter les épreuves. Le très médiatique et contesté pédopsychiatre Marcel Rufo prend le contre-pied de F.Dodson de cette fausse croyance que « tout se joue avant six ans ».
 
La notion de résilience, développée par Boris Cyrulnick, démonte ce déterminisme, et est est une formidable leçon d’optimisme où tout est possible à tout âge! La résilience, c’est cette capacité à rebondir, et à reprendre le développement positif de sa vie après l’adversité.
Il n’y a pas de fatalité au malheur. « Les enfants qui ont connu la violence, l’abandon, l’orphelinat, la misère ou encore la guerre seront des enfants blessés et des adultes blessés tout au long de leur vie. Mais ces enfants ne sont ni foutus, ni sans valeurs (Boris Cyrulnick).» 
Les deux périodes pendant lesquelles se mettent en place les processus de résilience sont d’une part, la période qui précède l’acquisition du langage où l’enfant se façonne, se  » tricote  » avec la propre histoire de ses parents. D’autre part, la période qui sur l’acquisition du langage, où l’enfant acquiert la possibilité de se représenter son passé et son avenir et donc de donner un sens à sa vie et ainsi d’agir en la métamorphosant.
 
Conclusion : tout ne se passe pas avant six ans, ni même à trois ans ! On peut à tout âge revivre, et la résilience marche toute la vie, et jusqu’à 120 ans! 
 
 

Vidéo/conférence du Pr Marcel Rufo

 

 

 

 

Sources:
http://www.radio-canada.ca/nouvelles/science/2013/01/17/003-traumatisme-enfance-violence.shtml
Boris-Cyrulnik Les-vilains petits canards

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AU SUJET DU LIVRE GAGATORIUM, QUATRE ANS DANS UN MOUROIR DORÉ

Si je sors vivante de mon gagatorium, me suis-je promis, je témoignerai pour tous les vieux qui n’ont pas la parole.

En déballant mes cartons de déménagement, j’ai retrouvé le livre « Gagatorium » quatre ans dans un mouroir doré écrit par Christine Ravenne en 2013. Il est toujours d’actualité car l’auteure décrit ce qui se peut se passer dans une « maison de retraite ». Avec verve, cette ancienne journaliste et conseillère en formation auprès d’entreprises, surnomme l’EPHAD où elle a séjourné « gagatorium ». Cette pétulante sénior de quatre vingt ans à l’époque avait décidé de prendre la plume pour dénoncer les conditions de vie dans certains EPHAD!

Quelques extraits de ses propos dont certains figurent sur le site Babelio:

« J’ai 80 ans et je ne supporte pas d’être enfermée, même dans un mouroir doré sur tranche. Si je sors vivante de mon gagatorium, me suis-je promis, je témoignerai pour tous les vieux qui n’ont pas la parole. Après quatre ans de cauchemar, j’ai enfin pu m’évader de la résidence privée et très bling-bling de Ker-Eden. Mais j’y ai laissé ma santé et mon modeste patrimoine. Aujourd’hui, j’accuse ! J’accuse la mafia de “l’or gris” de commettre bien des abus, en toute impunité, et d’exercer une maltraitance physique, morale et financière sur les vieux. J’accuse les pouvoirs publics, responsables du vide juridique abyssal qui permet tous ces abus. J’accuse les familles, trop souvent indifférentes, qui ferment les yeux. Malmenés, plumés, bâillonnés, ce sont vos parents qui vivent dans des gagatoriums. Demain, si vous n’y prenez garde, ce sera vous. »

Je vais entrer dans ma quatrième année au poulailler. Je suis à bout de souffle , mais toujours là . Dommage qu’il n’y ait pas de cocotier dans la jardin de Ker-Eden.

Mais pour un diabétique , l’alcool , ça ne pardonne pas, Il avait même renoncé à l’autogestion de son diabète , assisté matin et soir par les infirmières.

La loi de Ker-Eden n’est inscrite nulle part , mais elle est impérative . Les remises à Moïse ! < tu ne tueras point…..( la directrice ) Tu obéiras en tout temps et en tout lieu .Tu paieras tes servitudes sans jamais poser de questions ……
Et tu mangeras ton poids en gâteaux , car Dieu et la directrice t’aiment……..>

L’histoire se termine bien pour elle car elle a retrouvé sa liberté, et vit seule aujourd’hui. D’autres séniors n’ont pas cette chance, contraints au silence! En 2013, année de la parution du livre de Christie Ravenne, un scandale de maltraitance avait éclaté à l’hôpital de Gisors. Deux aides soignantes de l’EHPD auraient maltraité des patients âgés et très vulnérables. Cinq photos retrouvées sur place montrent les victimes dans des positions et  tenues dégradantes (dénudées, couches culottes). Tous des séniors gravement handicapés et placés sous tutelle.

L’année 2019 n’est pas épargnée! Une sénior de 98 ans  dépendante a été victime de maltraitance par le personnel de nuit. Les enfants, soupçonnant des actes graves avaient caché une caméra dans la chambre de leur mère. 

Parfois, le personnel soignant prend la plume pour dénoncer les conditions dégradantes de vie des personnes âgées et dépendantes. Comme Hella Khieref, aide-soignante dans son livre Le Scandale des EPHAD.

Des histoires sordides, il y en a plein d’autres! Et encore, et encore! En 2018, plus de 3500 signalements ont été recensés! 400 de plus que l’année précédente. Soit une hausse de 13%. Le plus souvent, il s’agit de maltraitance psychologique qui ont lieu au domicile de la personne. Le sujet reste tabou, et Gagatorium est hélas encore d’actualité!

Alors qu’est devenue son auteure? Christie Ravenne a gagné contre la maison de retraite qui avait porté plainte contre elle pour diffamation, estimant que des pages du livre nuisaient à la réputation de leur établissement. Aujourd’hui, elle est peut-être tombée dans l’oubli médiatique, mais on peut la remercier pour son livre, son esprit caustique, et surtout son regard positif sur la vie, et en lui souhaitant une vieillesse heureuse dans les meilleures conditions matérielles souhaitables.

Prendre soin de nos aînés doit être un véritable enjeu sociétal, en changeant radicalement notre regard sur la vieillesse. Car comme l’a écrit Carl.Gustav Jung dans L’Homme à la découverte de son âme », Il est assez stérile d’étiqueter les gens et de les presser dans des catégories. » L’âge est l’une de ces catégories qu’il faut faire voler en éclats. Et de terminer ce post avec Christie Ravenne: Non, la vie n’est pas une maladie. « L’existence humaine, c’est l’art difficile de vivre une vie de mortel… sans en faire une maladie ! »

Sources:

http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2013/06/10/01016-20130610ARTFIG00375-gisors-suspicion-de-maltraitance-sur-des-personnes-agees.phphttp://www.social-sante.gouv.fr/actualite-presse,42/breves,2325/les-ehpad-sont-ils-des-lieux,15622.html

 

 
 
 
 

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PRÉFÉREZ VOUS LIRE SUR UN ÉCRAN OU SUR UN LIVRE PAPIER?

Le principal n’est-il pas de lire et d’y trouver du plaisir? Laisser à chacun le choix de son support!

Bibliothèque Sainte-Geneviève (Paris)

Aujourd’hui, avec internet et les moteurs de recherche, nous accédons à la connaissance d’une manière différente des générations précédentes. Illimitée, et c’est un véritable bouleversement culturel! Nos méthodes de travail intellectuelles s’en trouvent profondément bouleversées. En quelques clics, on accède en quelques secondes à une quasi infinité de documents sans se déplacer physiquement! De bonne ou de mauvaise facture et avec parfois en prime des fakenews, surtout dans le domaine scientifique! Pour mes deux premiers livres, j’ai du passer de longues heures à la Bibliothèque Sainte-Geneviève pour consulter de nombreuses sources! Et pendant ce temps-là, mon éditeur trépignait car je prenais du retard pour rendre mon manuscrit! Certes, temps béni qui m’a permis de contempler ce haut-lieu historique, mais j’avoue que c’est bien pratique de faire des recherches pour mon blog avec le net! Bref, manifestement, la lecture sur le net et sur écran modifient profondément nos capacités cognitives. Faut-il être forcément être nostalgique du livre papier? Les avis divergent sur la modification des processus cognitifs suivant le support de lecture.

Thierry Baccino, professeur de psychologie cognitive et ergonomique, liste les aspects négatifs mais aussi les bienfaits de la lecture sur écran

La lecture sur écran peut entraîner une désorientation cognitive
Enrichissement incontestable de l’information mais sans boulimie afin de ne pas tomber dans cette désorientation cognitive!

On lit plus vite sur un support papier que sur un écran à cause de la luminosité des écrans, et la compréhension du texte lu n’est pas la même.

Et Thierry Baccino souligne la détérioration de la mémoire spatiale du texte! Qui ne l’a pas expérimenté!

 Avec un texte sur papier, il arrive parfois que l’on se souvienne de l’endroit du texte où l’on avait trouvé une information. Parfois même on ne souvient plus de l’information mais seulement de sa localisation (dans le texte ou dans le livre). […]

« Lire sur un ordinateur ou sur papier active les mêmes zones cérébrales, selon Thierry Baccino. Sauf que lorsque nous lisons sur écran, c’est essentiellement pour rechercher des informations. Or cette activité, souvent liée à la prise de décision, mobilise quant à elle les aires frontales du cerveau. »

Nous ne lirions que 20 % du texte que nous trouvons sur le Web. Il est Indiscutable que les mouvements des yeux sont différents suivant que nous lisions sur un écran ou sur un livre. La lecture s’avère plus lente que sur la page d’un livre. Pour compenser cette perte de vitesse, nous aurions tendance à pratiquer une lecture rapide en sautant des mots et des phrases. Mea culpa! Ce qui parfois gêne la compréhension du texte. Manifestement, en modifiant notre manière de lire, Internet agit sur notre appareil neuronal, et est susceptible d’affaiblir notre capacité à comprendre les textes alambiqués. Mais nous sommes en 2019, et la conception d’une « bonne et mauvaise lecture » varie d’une époque à une autre.

Que l’on se montre sceptique ou pas, sur la lecture sur écran est aujourd’hui incontournable; la culture passe aujourd’hui par les canaux numériques. En leur temps, les livres papier furent vivement critiqués dont la prose. Au XVIII siècle, l’on reprochait à la littérature libertine de trop échauffer l’imagination. Que dirait-on aujourd’hui face à l’envahissement de la pornographie sur les écrans? C’était de la gnognotte!

Connaître les travers de la lecture sur le net ne signifie pas la diaboliser, mais l’aménager, et ne pas se priver des autres supports de lecture traditionnels. Les uns ne sont pas incompatibles avec les autres. Mais enlevons nous de l’esprit qu’un texte sur le net « se lit d’une seule traite » lorsqu’il dépasse plus d’une phrase avec un verbe, un sujet et un complément.

L’étude des mécanismes psychologiques de la lecture, et tout ce qui a trait à la plasticité neuronale lors de cette activité est un immense champ de recherche. Même si notre cerveau est plastique, les connaissances permettant de lire ne sont pas précablées pour cette activité (tout d’ailleurs comme pour les autres), et l’enfant doit se soumettre à un apprentissage de plusieurs années pour maîtriser la lecture.

Andrew Dillon de l’université du Texas , « nous sommes dans une nouvelle ère du comportement, face à l’information, et nous commençons à en voir les conséquences ». 

D’abord, il y a l’apprentissage du décodage visuel des signes écrits, et c’est l’aire occipitale qui est sollicitée. Et ensuite, il y a un ensemble de processus cognitifs résumé par Jean Dortier dans son article La plasticité, une adaptation permanente, s’appuyant sur les travaux de Stanislas Dehaenne: La lecture est un processus comportant plusieurs phases et mettant en lien la reconnaissance des formes et l’accès au sens, via toute une série d’étapes où sont impliquées les aires visuelles, les aires auditives (voie phonologique) et les aires du langage (qui donnent sens aux mots).


Lecture sur support papier ou sur écran, le principe d’acquisition de base reste le même. Pour Olivier Houdé, le cerveau reste le même mais ce sont les circuits qui changent. C’est le cortex préfrontal qui d’abord agit notamment chez l’enfant, au détriment de la « résistance cognitive », théorie révolutionnaire d’Olivier Houdé qui est la capacité du cerveau à inhiber les automatismes de pensée pour nous permettre de réfléchir
. Et il préconise un changement des apprentissages de la lecture qui repose sur la théorie des intelligences multiples.

Le sujet des bénéfices ou des désagréments de la lecture sur les écrans par à rapport aux livres papier est inépuisable! Le principal n’est-il pas de lire et d’y trouver du plaisir? Laisser à chacun le choix de son support! Faites à votre guise, le principal est de lire! Lisez, écrivez pour stimuler votre réserve cognitive! Et il y a aussi la bibliothérapie! À suivre !

Conférence sur la résistance cognitive par Olivier Houdé

Sources:

http://www.actualitte.com/societe/les-ecrans-et-la-lecture-en-profondeur-le-cerveau-s-adapte-49407.htm
http://www.washingtonpost.com/local/serious-reading-takes-a-hit-from-online-scanning-and-skimming-researchers-say/2014/04/06/088028d2-b5d2-11e3-b899-20667de76985_story.html
http://www.journaldunet.com/ebusiness/expert/53569/l-illetrisme-numerique-est-un-vrai-probleme-de-societe.shtml  

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BIBLIOTHÉRAPIE POUR TOUS DANS LA DÉPRESSION!

La bibliothérapie est réservée aux cas non urgents, et est conçue comme la première phase d’un traitement. En aucun cas, elle ne doit se substituer aux traitements classiques de la dépression.

 
 
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Le National Health Service (NHS) britannique impose de longs délais d’attente pour consulter un médecin. Dans le cas de la dépression, on sait que mal prise en charge, elle peut gâcher la vie d’une personne pendant 10 ans à cause de ses complications, démontrées par les articles scientifiques recensés sur Pubmed. De ce fait,  la bibliothérapie outre Manche a été prescrite à des milliers de patients souffrant de dépression. 

 
La bibliothérapie est reconnue, outre Manche, depuis 2013. L’origine de ce terme remontrerait à la première guerre mondiale pour prendre en charge les soldats souffrant de stress post-traumatique (selon la terminologie actuelle). Elle est attribué au pasteur Samuel Crothers qui l’a utilisé dans un article de l’Atlantic Monthlay en 1916. La pionnière de cette discipline est l’infirmière et bibliothécaire Sadie Peterson Delanay. Elle traitait ses patients avec des lectures soigneusement sélectionnées avec l’équipe médicale, et voyait ainsi leur état s’améliorer.
 

La bibliothérapie a pris son essor à partir des années 2000 avec le livre  « Remèdes littéraires » d’Ella Berthoud  et Susan Elderkin. Si le principe est sympathique, certaines de leurs préconisations ne sont pas très académiques et ne vont pas dans le sens de la reconnaissance de la bibliothérapie comme une pratique médicale. Ce n’est pas très sérieux, ainsi que l’a relevé la journaliste Françoise Dargent dans un article du Figaro. Lire Robinson Crusoe serait censé aider en cas de pessimisme intense, et l’Insoutenable légèreté de l’être, de Milan Kundera combatte la dépression. Vraiment?  À mon sens, c’est un dévoiement de la bibliothérapie que je qualifie d’inspiration new age et tendance bien-être. 

 
Comment la bibliothérapie marche-t-elle dans la dépression? D’abord, elle est réservée aux cas non urgents et est conçue comme la première phase d’un traitement. La bibliothérapie, en aucun cas, ne  doit se substituer aux traitements classiques de la dépression (ou autres troubles). Elle serait plus efficace en complément d’un traitement classique. Un livre de développement personnel est prescrit à l’instar d’une pilule aux patients déprimés. 
 
Mais qu’on ne s’y trompe pas, la bibliothérapie a fait ses preuves par essais cliniques comme n’importe quel traitement. L’abstract d’un article publié dans La Revue de Psychologie clinique montre que « la bibliothérapie semble être efficace dans la réduction à long terme des symptômes dépressifs chez l’adulte, fournissant un traitement rapide et abordable susceptible de réduire d’autres médicaments. Les résultats de la présente analyse suggèrent que la bibliothérapie pourrait jouer un rôle important dans le traitement d’un problème de santé mentale grave. Des études complémentaires devraient être menées pour renforcer la preuve de l’efficacité de la bibliothérapie
 
Pour être validés comme potentiellement thérapeutiques, les livres sont soumis à des essais comparatifs. Les symptômes dépressifs des patients avant et après la lecture du livre testé sont comparés à ceux des patients « sans bibliothérapie ». Les ouvrages qui ont reçu le label scientifique figurent en bonne place dans les bibliothèques locales du Royaume Uni. L’un de ces livres thérapeutiques ayant satisfait aux exigences des essais est celui  du psychiatre David Burns « Se Libérer de l’anxiété » sans médicaments, la thérapie cognitive: un auto-traitement révolutionnaire de la dépression ».
 
La Bibliothérapie ne s’adresse pas qu’aux adultes, elle s’adresse désormais aussi aux enfants dans une cinquantaine d’états étasuniens. C’est ce que propose le programme Reach out of Read, créé par le Dr Barry Zuckerman et le Dr Robert Neddlman. Dans le Wisconsin, la directrice de Reach Out Of Read, Nasvara, bibliothécaire et pédiatre préconise la lecture plusieurs minutes juste avant l’endormissement des enfants. Ses ordonnances sont en fait des listes de lectures. Le Dr Perri Klass, du Bellevue Hospital Center, a observé l’attitude des enfants envers les livres suivant leur âge. Jusqu’à six mois, l’enfant porte le livre à sa bouche comme s’il le goûtait. Vers 12 mois, l’enfant pointe du doigt dans le livre des éléments qui l’intéressent, et à partir de 18 mois, il tourne les pages. À partir de deux ans, il est capable de rester assis et d’écouter les histoires qu’on lui raconte.
 
Ce programme américain de bibliothérapie est appliqué par 12000 pédiatres américains, et vise à élargir la pratique médicale et la relation au patient; et celle de la relation parent/enfant indirectement. Le but est de résoudre le déficit de parole des jeunes enfants, permettant l’enrichissement du vocabulaire dans ces années cruciales d’apprentissage. La bibliothérapie ne dénonce pas les supports numériques, elle les fait coexister avec le livre imprimé. Pour avoir fait ses preuves, le livre papier reste le pivot de la lecture. Au-delà de l’intérêt des histoires et des récits, le livre imprimé développe l’individualité, l’empathie et l’altérité; tout ce qui forge une personnalité équilibrée. La bibliothérapie, prescrite en pédiatrie, permet une nouvelle pratique médicale qui n’est pas basée uniquement sur la pharmacopée. C’est une approche créative de la relation médecin/patient.

Barry Zuckerman précise: «… de tout ce que nous savons sur le développement du cerveau, les enfants nous apportent une compréhension dans l’apprentissage des compétences qui mènent à la lecture, depuis la naissance. Et c’est primordial, surtout depuis les trois premières années de leur vie. Le programme est une occasion unique pour les pédiatres, car ces derniers voient les enfants régulièrement, et que les parents apprécient leurs suggestions.»

Les bienfaits de certains genres de littérature sur l’enfant sont amplement connus. De nombreux penseurs et psychanalystes  comme Freud, Louise Von Franz, Mélanie Klein, Otto Rank  et d’autres se sont penchés sur l’impact des contes de fées sur la psyché de l’enfant.

Dans « Psychanalyse des conte de fées », Bruno Bettelheim a décrypté les contes de fées comme un rite de passage entre le monde de l’enfant et celui des parents. Ce que les enfants ressentent vis-à-vis d’un récit est très important dans leur développement émotionnel. Le conte donne du sens à leur vie, et il est formulé dans un langage symbolique accessible à leur imaginaire. La simplicité des situations et des personnages sur un mode manichéen (bons et méchants, géants, ogres) est un excellent exutoire aux pensées et sentiments réprimés dans la vie réelle. Bruno Bettelheim analyse les contes de fées suivant la rhétorique psychanalytique. Ainsi, le conte des « Trois petits cochons » mettent en scène l’opposition entre le principe de plaisir et le principe de réalité. Celui de « Blanche Neige » se rattache aux conflits oedipiens, et « La  Gardienne d’oie » à celui de l’inceste.

Pour Bruno Bettelheim « raconter un conte de fées, exprimer toutes les images qu’il contient, c’est un peu semer des graines dans l’esprit de l’enfant. Certaines commenceront tout de suite à faire leur travail dans le conscient de l’enfant; d’autres stimuleront des processus dans l’inconscient. D’autres vont rester longtemps en sommeil jusqu’à ce que l’esprit de l’enfant ait atteint un stade favorable à leur germination, et d’autres ne prendront jamais racine. »

S’il est pertinent de citer les pionniers de la bibliothérapie, il est bon de revenir à la méthodologie scientifique. La dépression et l’anxiété sont les troubles mentaux les plus courants chez l’enfant et l’adolescent. La bibliothérapie est un traitement utilisant des matériels écrits pour des problèmes de santé mentale. Ses principaux avantages sont la facilité d’utilisation, le faible coût, les besoins en personnel et une plus grande confidentialité. Pourtant, peu de méta-analyses ont porté sur l’effet de la bibliothérapie sur la dépression et les troubles anxieux chez les enfants et les adolescents, ce qui signifie d’emblée que c’est une méthode complémentaire. Selon les conclusions de la revue Neuropsychiatric Disease and Treatment, la bibliothérapie pourrait être plus bénéfique dans le traitement de la dépression chez les adolescents, mais présente des effets moins robustes pour l’anxiété chez les enfants. Des études cliniques complémentaires bien définies doivent être réalisées pour confirmer ces résultats.

Une partie de notre cerveau est consacré à la lecture. « La lecture fait appel à une région bien précise au sein de la mosaïque de régions spécialisées du cortex temporal ventral» (Stanislas Dehaenne). C’est ainsi que Stanislas Dehaene a découvert avec le neurologue Laurent Cohen, que la lecture développe une aire de la forme visuelle des mots, cachée dans la région du cortex occipito-temporal de l’hémisphère gauche. 

Si la bibliothérapie doit encore faire ses preuves, elle a l’énorme avantage de jouer le rôle de rééducation cognitive à l’instar de la remédiation cognitive. Dans une dépression, il ya de nombreux troubles cognitifs dont celui de l’attention, d’une focalisation sur les émotions négatives et d’une baisse de l’humeur. La bibliothérapie permet de détourner l’attention du dépressif, et de lui redonner le gout de l’effort cognitif, et de stimuler son imagination. Mais la bibliothérapie reste encore en France une pratique médicale peu courante et marginale.

VIDÉO SUR LES NEURONES DE LA LECTURE PAR STANISLAS DEHAENNE

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ÉLECTROCHOCS ET SOUMISSION À L’AUTORITÉ!

Sous l’influence d’une figure d’autorité, des personnes soumises à un stress intense sont capables d’administrer des chocs électriques, potentiellement mortels à autrui.

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La fameuse expérience sur la soumission à l’autorité réalisée par  le psychosociologue Stanley Milgram dans les années 60 est-elle toujours d’actualité et reproductible ?
 
L’idée de Stanley Milgram était d’étudier la réflexion d’Hannah Arendt sur la banalité du mal qui avait mené à l’horreur de l’Holocauste. Fils d’immigrés juifs, il cherchait à comprendre comment l’holocauste avait pu avoir lieu. L’arrestation d’Heichmann le 11mai 1960, puis son transfert vers Israël avait projeté sur le devant de la scène l’horreur de l’holocauste. Stanley Milgram pensait qu’il fallait laisser tomber l’analyse de la personnalité pour se centrer sur les stratégies d’adaptation face à une figure d’autorité, lorsqu’elle peut les inciter autrui à commettre des actes contraire à son éthique.
 

Pour sa recherche, Milgram et son équipe de chercheurs vont recruter une quarantaine de volontaires par voie d’annonce dans le journal local de New Haven. Pour jouer le rôle du scientifique, Milgram fait appel à un professeur de biologie et lui fait porter une blouse grise pour que ce soit encore plus crédible. Vêtement non anodin car la blouse grise est un symbole d’autorité pouvant faciliter l’obéissance des volontaires. Les cobayes humains ignorent le véritable motif de cette expérience car l’équipe ment délibérément pour que leurs directives soient suivies à la lettre.

Les scientifiques les mettent aux commandes d’un générateur électrique supposé envoyer une décharge électrique aux personnes branchées sur lui par des électrodes. Les volontaires ignorent qu’il s’agit d’une fausse machine, et que la personne reliée à elle est un comparse de l’équipe scientifique. Notamment un expert-comptable avec une bonne tête de victime. On leur ment en leur disant que l’intensité du courant est proportionnel au nombre d’erreurs. Et on leur dit d’appuyer à chaque faute au questionnaire sur le bouton « on » pour électrocuter. Plus elle se trompe, plus la décharge électrique s’intensifie !

Donc, à  chaque erreur du comparse de Milgram, les volontaires exécutent à la lettre la consigne en appuyant sur le bouton « On ». À chaque décharge, allant en crescendo, le comparse simule la souffrance par des mimiques.

Le 7 août 1961, les résultats de l’expérience tombent et ils sont terrifiants!

65 % des sujets  acceptent sur ordre de l’expérimentateur d’infliger des chocs électriques allant jusqu’à 450 volts au comparse pour le punir.  En clair, des personnes soumises à un stress intense sont capables d’administrer des chocs électriques potentiellement mortels à quelqu’un lorsqu’ils sont sous l’influence d’une figure d’autorité. Et ce, malgré des supplications et des cris de douleur à fendre l’âme. L’empathie est annihilée.

Ces résultats dépriment Milgram! Dans une lettre adressée au directeur de la NSF (National Science Foundation), il écrit les mots suivants: « Les résultats sont terrifiants et déprimants…jadis, je m’étais naïvement demandée si, dans toute l’étendue des États-Unis, un gouvernement malfaisant arriverait à trouver  suffisamment d’infirmes moraux pour pourvoir en gardiens un réseau de camp de la mort. Je commence à penser qu’on pourrait  recruter la totalité à New Haven »

Outre le statut de figure d’autorité du scientifique, il y a selon Milgram un transfert de responsabilité: « la disparition du sentiment de responsabilité est la conséquence la plus importante de la soumission à l’autorité.» C’est ce qui fait  que ce n’est plus n’est la personnalité du sujet qui domine mais son contexte. D’autres chercheurs ont complété le point de vue de Milgram. Selon A.Haslam, ce n’est pas par obéissance aveugle que les volontaires vont jusqu’au bout, mais parce qu’ils sont « des adeptes engagés ». Laurence Kohlberg, en reproduisant l’expérience, a montré que les personnes qui avaient une éthique élevée, et un grand sentiment de responsabilité s’arrêtaient plus tôt de pousser le bouton. Cette tendance à administrer des chocs électriques à son prochain qui fait des erreurs serait aussi due au « souci du travail bien fait » (mais si, mais si!) et à l’amabilité (mais oui, mais oui! ).
 

Alors aujourd’hui, l’expérience des années 60 est-elle encore reproductible? Qui a suivi en mars 2012 sur France 2 l’émission Le Jeu de la mort ou Zone Xtrême? 

Cinquante après l’expérience de Yale, France 2 voulait démontrer l’impact de l’emprise autoritaire de la télévision sur les téléspectateurs. Laproduction va s’inspirer du protocole scientifique de Stanley Milgram. La chaîne est conseillée par une équipe de psychosociologues pour mieux coller à l’expérience de Yale. Il y a des changements non sur le fond mais sur les formes. L’autorité n’est plus incarnée par un scientifique mais par une animatrice de télévision. Le décor et l’ambiance du plateau sont celles d’un jeu télévisé pour leurrer les candidats choisis pour cette expérience.

Le candidat recruté par la production ne sait pas que celui qui est interrogé est un comédien. Il a pour consigne d’appuyer sur le bouton « choc électrique » lorsque celui-ci se trompe dans les réponses du questionnaire. Dans l’émission les candidats vont  se comporter comme les volontaires de Milgram. Ils appuieront sur la manette à  chaque erreur, malgré le visage du comédien tordu de douleur, et les spasmes de son corps simulant l’électrocution.

Quelle éthique pour une telle émission? Ce questionnement fût déjà soulevé au temps de Milgram. Les spécialistes de l’époque s’étaient penchés dessus pour savoir si l’expérience était conforme au code de déontologie des psychologues américains, l’APA (American Association Psychologist).

La psychologue Diane Baumrind, en 1964, avait souligné que malgré le consentement éclairé des sujets participants à l’expérience, ils s’étaient sentis piégés et en avaient gardé un souvenir amer. Mais S.Milgram  répondra à ces critiques, en précisant les précautions dont il s’était entouré pour ne pas nuire aux volontaires.  Il affirmera que cette expérience est « une opportunité pour en savoir plus sur eux, et plus généralement sur le moteur de l’action humaine».

A la même époque, Léon Festinger parlait de la dissonance cognitive, cette tension interne, ce malaise psychique éprouvé lorsqu’on est confronté à des situations contraires à ses valeurs…

Dans le jeu de la mort, on l’entrevoit dans cette étrange dynamique interactive entre les participants. Leurs réactions ressemblent fort à une stratégie de rationalisation collective destinée à réduire la dissonance cognitive. D’ailleurs à eux aussi, on leur a menti en leur disant que c’était un jeu télévisé. Sur quels critères ont-ils été recrutés? 
 
Toutes les objections, soulevées à l’époque de Milgram, se posent pour le jeu de la mort. Peut-on parler de manipulation subliminale?
Le téléspectateur l’est manifestement, mais c’est quasiment indécelable! Contrairement aux candidats du « Jeu de la mort », il sait par les bandes annonces et les échos de la presse que c’est un faux jeu et un programme enregistré à l’avance, en non de la télé-réalité. Il sait que les candidats à l’émission ont été piégés façon « caméra cachée ». 
Le nom de Milgram est évoqué en long et en large, et son expérience est manifestement présentée d’une façon rigoureuse par les psychosociologues interviewés. Mais qui, hormis les spécialistes des sciences humaines, connaît Milgram? Inconnu au bataillon pour le grand public!
 

Ors, cette manipulation est de l’ordre du subliminal. Elle apparaît en filigrane dans le montage de l’émission. Des extraits filmés montrent « comme des flashs » la révolution étudiante de Tien Anmem et des camps nazis entre deux séances de plateau télévisé. La télévision démontre l’un de ses aspects pervers où le subliminal est susceptible d’induire en infra-liminal la banalisation de la violence. Point régulièrement soulevé dans les jeux vidéo (entre autres) !

Cette face cachée du jeu de la mort dévoie l’expérience de Milgram et ce, malgré la bonne volonté des psychosociologues recrutés par France 2. La belle illusion a consisté à faire croire que l’on pense que c’est l’équipe scientifique qui mène le jeu. Or, il n’en est rien. C’est la chaîne et le réalisateur qui sont les véritables décideurs. Cette bien curieuse émission a  d’ailleurs irrité des politiciens.

La recherche sur l’obéissance de Milgram est toujours d’actualité pour qui veut regarder sous l’angle des sciences humaines les rapports humains, et décrypter certains faits de l’actualité. Mais quelle est la limite à ne pas dépasser pour faire respecter l’autorité? Et pouvons nous passer de l’autorité, nous en affranchir? 

Sources

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LE BONHEUR, SI JE VEUX!

il faut accepter que le bonheur n’aille pas en crescendo. Penser le contraire est une pure chimère!

Le bonheur, c’est vraiment le Graal de la psyché. Si vous voulez être heureux, allez vivre au Bhoutan réputé comme le « pays du bonheur immédiat »avec son indicateur de richesse: le bonheur national brut.

Comment définir le bonheur? Pour Le Petit Robert, le bonheur est un état de la conscience pleinement satisfait avec comme synonymes le bien-être, le plaisir, le contentement, l’euphorie et l’extase.

Les sciences humaines listent certains facteurs qui déterminent cette sensation de bien-être, et elle n’est pas exhaustive:
-La santé car il n’y a pas de bien-être psychologique sans bien-être physique. L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) décrit la santé comme un état complet de bien-être physique et social, et  qui n’est pas seulement une absence de maladie ou d’infirmité.

-La qualité des relations nouées avec les autres est essentielle. Nous sommes des animaux sociaux, et nous avons  besoin de nourritures affectives.
-L’activité professionnelle est aussi un gage d’épanouissement  personnel, et ce malgré tout ce qui se dit sur la souffrance au travail. On constate qu’à l’heure actuelle où le taux de chômage est très élevé, le nombre de dépressions et de suicides est en nette augmentation. Le travail est un facteur de lien social.
-L’argent est une condition propice au bien-être. Il y a de nombreuses études sur les relations entre le niveau de revenus (la richesse) et le bien-être. Elles démontrent que la la précarité (se référer au chômage et sa perte de revenus) ne prédispose pas au bonheur. Par contre, le bonheur n’augmente pas en fonction d’un certain niveau de revenus.
– L’âge entrerait en ligne de compte sans qu’on puisse l’expliquer. On est heureux en général à 20 ans, moins à 40 ans pour finalement se sentir heureux à partir de 60 ans. Alors, n’ayons pas peur de vieillir avec sérénité!
La revue Sciences Humaines dans son article « Les leçons de la science du bonheur, » cite la  religion comme une source de bonheur. Le sujet de la religion est délicat car mal compris, on serait tenté de penser que les non croyants et les non pratiquants ne seront pas heureux. Vraiment? Peut-être est-il plus judicieux d’évoquer certaines valeurs morales encouragées dans la spiritualité (au sens large) comme l’altruisme, la gratitude et la compassion à l’instar  des émotions positives qui renforcent cet état de bonheur. Sous réserve que l’environnement et les relations aux autres soit propices au développement des ces qualités sans moraline.
 

Le  bonheur ou l’état de bien-être ( ou ses équivalents) est étudié dans certains courants de la psychologie. Comme dans l’approche humaniste fondée sur une vision positive de l’être humain. Elle propose aux patients de relancer sa tendance auto-innée à s’auto-actualiser (résilience), rechercher une croissance psychologique et à développer son potentiel. Elle est appelée la troisième force comparée à la psychanalyse et au comportementalisme. Elle est apparue, à partir des années 40, avec Abraham Maslow rendu célèbre par sa pyramide des besoins, devenue un grand classique des sciences humaines. Sa pensée mérite d’être étudiée même si certains des ses héritiers ont dévoyé sa pensée.

Le courant humaniste est lié au mouvement du potentiel humain. Ce mouvement part du principe que les problèmes individuels sont liés à la société  ou à l’environnement; une société qui fait des individus des victimes. Et les maladies étant causées par la société.
Cette démarche est intéressante. Malheureusement, ce courant est souvent dévoyé. Car pour remédier à cette victimisation sociétale, il incombe à l’individu de développer le potentiel qui est en lui, comme par magie, en développant tout simplement la pensée magique au détriment de la pensée rationnelle. Sur un ton caustique, deux psychologues sceptiques, Margaret Singer et Lalich  dans la première version de l’ouvrage Science and ¨Pseudo Science en psychologie clinique ont résumé l’esprit des aberrations de ce courant: « aussi longtemps que nous pouvons trouver quelqu’un à blâmer, nous pouvons changer ».
 
Un autre courant, très voisin du courant humaniste, est la psychologie positiviste lancée en 1998. Elle se construit par des recherches  scientifiques évaluées par des pairs. C’est dans ce courant que l’on trouve la science du bonheur. La psychologie positiviste a comme point commun avec le courant humaniste de centrer son intérêt sur l’équilibre mental, les forces, le développement optimal et l’épanouissement humain. La psychologie positiviste a tenté de se démarquer en ignorant les travaux humanistes, en s’appuyant sur l’épistémologie et en recourant aux méthodes  qualitatives.
 
Malgré ces différences très difficiles à cerner, la psychologie positiviste et le courant humaniste ont souvent une connotation New Age dans leurs dérives. Il y a notamment cette volonté avec certains charlatans de changer la personnalité de base, d’inculquer chez leurs patients de nouvelles croyances psycho-spirituelles; axées sur le développement de l’âme, afin de faire accéder au bien être. Elles zappent les troubles de la psyché de l’ordre de la psychopathologie (ou de la névrose). Modification radicale de la personnalité d’origine, sans anamnèse, avec promesse illusoire d’accéder au bonheur, en s’appuyant uniquement sur la pensée positive et l’emprise mentale.
 
Loin du charlatanisme, la psychologie positiviste et le courant humaniste sont des approches intéressantes. Elles intègrent la psychologie clinique. Comme leader du courant humaniste, on trouve Carl Rogers (1902/1987). Concernant la psychologie positiviste, on trouve Christophe André. Il est psychiatre à l’hôpital Saint-Anne et dirige une unité spécialisée dans le traitement de l’anxiété et des phobies. Sa pratique de la psychologie positiviste inclut les TCC (Thérapies Cognitives et Comportementales). Même s’il est connu du grand public comme le « spécialiste du bonheur » ( entre guillemets), sa pratique se centre principalement autour de la prévention de l’anxiété et de la dépression. Troubles de la psyché qui n’engendrent pas la sérénité et le bonheur; les causes en sont multifactorielles.

La psychologie humaniste et positiviste sont souvent confondues dans l’esprit du grand public avec la pensée positive. Celle-ci repose sur des ouvrages populaires qui ne sont pas écrits par des spécialistes de la santé mentale-psychologues, psychiatres ou médecin- qui s’ils ne sont pas des gourous deviennent des maîtres à penser qui influencent leurs lecteurs en leur faisant croire, que le bonheur le bien-être, le succès et toutes les bonnes choses de la vie arrivent d’un coup de baguette magique. La pensée irrationnelle dans toute sa splendeur! L’un des best-sellers de la pensée positive est le livre d’un pasteur protestant, Norman Vincent Peale, La Puissance de la pensée positive (1952). La pensée positive, c’est aussi la méthode Coué, une prophétie auto réalisatrice fondée sur la suggestion et l’auto-hypnose.

L’état de bonheur permanent n’existe pas. Il faut avant tout arrêter de se gâcher la vie, et ne pas « laisser trop d’espace au malheur, faire face aux soucis quotidiens…Le bonheur c’est le bien-être + la conscience.» (Christophe André).
La tyrannie de l’attitude positive est destructrice. Si l’optimisme est à encourager, il faut aussi une pincée de pessimisme modéré. C’est nécessaire car le pessimisme, est « un facteur potentiel de préparation à l’action qui participe également au bien-être psychologique lorsque les personnes ont mis en œuvre les moyens d’action utiles pour éviter l’apparition d’un événement négatif.» (Jacques Lecomte).
 
L’état de bien-être recherché dans la « science du bonheur » n’est pas le sentiment océanique.  Expression utilisée par Romain Rolland et repris par Freud, dans Malaise dans la civilisation. Freud le  décrit comme une sensation d’éternité ou un sentiment de quelque chose d’illimité et d’infini. Il s’interrogeait sur l’émotion religieuse, et contrairement àRomain Rolland, il l’a décrite comme une vue intellectuelle associée un élément affectif. Le sentiment océanique est un vague souvenir de la fusion symbiotique avec la mère. On trouve un aspect négatif du sentiment océanique dans un contexte sectaire. Le sujet a l’impression d’être englobé dans un grand tout cosmique, après avoir perdu tout esprit critique et son libre arbitre, s’identifiant massivement au gourou  et au groupe et régressant vers des vécus archaïques.
 
Mais comment le bonheur se manifeste-t-il ? La théorie du flow de Mihalyi Csikszentmihaly postule que l’on est le plus heureux lorsqu’on est absorbé dans une activité, qui procure à la fois maîtrise et plaisir.

il faut accepter que le bonheur n’aille pas en crescendo,  et le penser serait une pure illusion! Une pure chimère et un déni de la réalité rattrapé par les soucis de la vie quotidienne!

 

L’idéaliser sous forme de croyance serait une pure illusion et un déni de la réalité.

Peut-on imaginer son bonheur futur à partir de ce qui nous fait plaisir aujourd’hui? Ce ne serait pas le cas selon Daniel Todd Gilbert (Université de Harvard)! Le cerveau ferait de graves erreurs de perception lorsqu’il tente d’imaginer son futur bonheur. L’une des illusions d’optique dans l’approche du bonheur est que rien ne garantit que ce qui nous fait plaisir aujourd’hui nous rendra heureux demain. Alors, il faut accepter l’imprévu et le changement, et vivre l’instant présent du bonheur.

Certains neuro-scientifiques affirment que le bonheur est dans les gènes. On naîtrait avec « un niveau de bonheur de base » vers lequel on revient toujours, comme après un échec et comme après un succès.

Même si l’on a hérité d’un faible niveau d’aptitude au bonheur, il est toujours possible d’élaborer des stratégies pour l’augmenter. Il convient d’être circonspect vis  à vis de cette forme de déterminisme génétique appliquée aux neurosciences. Une étude américano-britannique publiée en avril 2013 par Nature Reviews Neuroscience émet des doutes sur les protocoles et études neuro-scientifiques. Elle observe des négligences méthodologiques sur la taille des échantillons. La tentation du cherry picking, cette pratique qui consiste à sélectionner les résultats pour les arranger est grande. Alors pour le bonheur, il faut être circonspect même si on sait qu’il y quatre neuromédiateurs du bonheur qui interagissent dans notre cerveau: la sérotonine (un antidépresseur), les endorphines (hormones du bonheur),  les endomorphines (les sensations agréables) et la dopamine (neuromédiateur du plaisir).

Le bonheur est finalement une philosophie et une alchimie personnelle. C’est trouver les clés en soi. Selon Sénèque, « la vie heureuse est, celle qui est en accord avec sa propre nature. » C’est tout simplement  apprécier les moments agréables, les partager avec autrui pour renforcer cet état de bien-être.

Et accepter que « nous sommes des intermittents du bonheur, et ce dernier ne fera tout au long de notre vie, qu’apparaître et disparaître. « (Christophe André)

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LES PERSONNALITÉS MULTIPLES FONT LEUR CINÉMA

Les trois visages d’Eve évoque le sulfureux trouble mental de la Personnalités Multiple qui va défrayer la chronique et favoriser des pratiques douteuses de psychothérapie.

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En 1957, le film les Trois visages d’Eve remporte plusieurs oscars, et l’héroïne du film Eve est interprétée par Jane Woodward. Ce film évoque par anticipation le sulfureux trouble mental de la Personnalité Multiple répertorié qui sera répertorié dans le DSM III en 1980. Le DSM I et II de 1952 et 1968 n’en faisaient pas mention.

Le synopsis du film les Trois visages d’Eve s’inspire de la véritable histoire de Chris Costner-Sizemore, une femme souffrant du trouble de la Personnalité multiples. Son cas est relaté dans le livre Les Trois Visages d’Eve écrit par son psychiatre H.Thigpen qui vendit ses droits à Hollywood. Alors revenons à ce film inspiré d’une histoire vraie. Mère et épouse attentive, Eve, femme est une timide et effacée, et elle souffre de maux de tête et de trous de mémoire gênants. Elle est totalement amnésique de ses faits et gestes pendant plusieurs heures voire plusieurs jours. Elle consulte un psychiatre renommé, le Dr Luther, qui pratique l’hypnose. Lors d’une séance, le Dr Luther découvre en elle une autre personnalité, avec laquelle il dialogue. C’est Eve l’obscure qui ne songe qu’à s’amuser. Elle sait tout des faits et gestes d’Eve la discrète alors que cette dernière ignore tout de ce  peut faire son double obscur. Le Dr Luther veut comprendre les deux facettes de sa patiente et il  les prend en thérapie alternativement toutes les deux.

Excédé par les multiples facettes de la personnalité d’Eve, son  mari la quitte en leur laissant leur fille Bonnie. Le Dr Luther fait interner Eve à la suite d’une tentative de meurtre par son double obscur sur sa fille Bonnie. Le médecin est convaincu que la double personnalité de sa patiente n’est pas son véritable Soi et que son trouble remonte à l’enfance après un trauma dont elle serait amnésique. Elle doit absolument s’en souvenir pour guérir. Sous hypnose, elle se souvient qu’on l’avait obligée à embrasser dans son cercueil sa grand-mère morte lorsqu’elle avait six ans. Le chagrin aidant ajouté à la terreur d’être confrontée physiquement à la mort, avait amené Eve à se fractionner en deux personnalités distinctes.

Ô surprise, lors des séances d’hypnose, va émerger Jane, une nouvelle personnalité nettement plus posée et équilibrée. Jane ne comprend rien à la situation mais peu à peu elle arrive  à réunifier sa mémoire en se souvenant des faits et gestes des deux visages d’Eve incluant cette nouvelle facette d’elle. Le Dr Luther continue de dialoguer avec les trois visages de sa patiente et il s’aperçoit, au cours d’une séance, qu’Eve la discrète et Eve la rebelle ont cessé d’exister. Les trois personnalités sont enfin unifiées en Jane. Guérie, Jane va se remarier avec Earl, un homme qu’elle a rencontré lorsqu’elle était Jane et retrouve sa fille Bonnie.

Les trois visages d’Eve évoque le sulfureux trouble mental de la Personnalités Multiple qui va défrayer la chronique et favoriser des pratiques douteuses de psychothérapie. Mais quelles sont les différences entre l’héroïne du film Eve et Chris Costner-Sizemore?

Chris avait développé des personnalités multiples après avoir été témoin de deux accidents en l’espace de trois mois, lorsqu’elle était enfant. D’abord sa mère gravement blessé et un homme scié dans une entreprise de bois. Selon les psychiatres qui l’ont suivie, Chris n’aurait pas seulement eu trois identités mais une bonne vingtaine. Ses personnalités se présentaient par groupe de trois lorsque la personnalité consciente de Chris s’effaçait. Le livre les Trois visages d’Eve a été écrit son psychiatre H.Thigpen, avec peu de contribution de Chris., et n’a concerné que deux de ses personnalités.

Par la suite, Chris a écrit deux livres non traduits en Français  respectivement I’m Eve et Mind of My Own, The Woman Who Was Known As Eve Tells the Story  of Her Triumph Over Multiple Personality Disorder qui fourmillent de détails que n’ont pas donné ses md15783318666psychiatres. Pour elle, elle ne s’est pas sentie dissociée par ses personnalités contrairement à ce qu’ils pensaient mais a toujours affirmé que ces personnalités existaient à l’intérieur d’elle. Après avoir eu ses personnalités réunifiées avec ses différents psychiatres, elle a affirmé qu’à chaque étape de sa vie a correspondu un alter ego. Selon elle, c’était Eve White qui s’était marié avec son premier mari et qui était la mère de la fille née de leur union, et pas celle qui avait réunifié sa personnalité. À la sortie du livre Les Trois Visages d’Eve et ensuite le livre, Chris Costner-Sizemore a très mal vécu cet engouement médiatique autour de son cas, et elle a réussi après une procédure judiciaire à faire annuler le contrat qu’avait passé le psychiatre Thigpen avec la 20th Century Fox.

À partir des années des années 70,  le trouble de la personnalité multiple va devenir une maladie mentale populaire, et pour de nombreux thérapeutes un créneau de thérapie par hypnose ou sérum de vérité (Amytal). Il se caractérise par la présence de deux personnalités (voire plus) nommées les alter ego qui tour à tour prennent le contrôle de la personne appelée hôte. Les alter ego se conduisent à l’opposé de la personnalité et ils émergent curieusement toujours sous hypnose ou sous sérum de vérité (Amytal). C’est à dire lorsque la personne est en état modifié de conscience. L’identité des alter ego était parfois surprenante: changement de sexe, tortues Ninja, vies antérieures, cochons, tigres, singes, etc. Ce syndrome s’était tellement banalisé que lors des procès d’assises, les avocats et les jurés débattaient de savoir si l’accusé n’avait pas tué sous l’emprise d’un alter. Ce qui permettait de le déclarer irresponsable pénalement et de l’interner.

L’origine du trouble de la Personnalités Multiple va être au fil du temps imputée à un trauma subi dans l’enfance, et corrélé à l’abus sexuel (inceste, pédophilie). Il sera  intégré au modèle post-traumatique de l’abus sexuel chez l’enfant, générant des mauvaises pratiques thérapeutiques et des procès pour abus sexuels entraînant en cascade des erreurs judiciaires.

La popularité des multiples personnalités véhiculée par les livres, le cinéma et les médias va faire exploser le nombre de cas chez les femmes.  Les chiffres qui suivent sont extraits du livre Science and Pseudo Science in Clinical Pyschology: avant 1960, on en recensait deux cas par décennie. 14 cas de 1944 à 1965, en 1986, 6000 et en 1998 40000 jusqu’à ce que la communauté scientifique remplace l’appellation du trouble de la Personnalité Multiples par celle du Trouble Dissociatif de l’Identité. Freud était plus que sceptique sur l’existence des personnalités multiples, et il pensait que c’était induit par les suggestions du thérapeute, et n’oublions pas qu’il avait été formé à l’école de Charcot où l’on soignait l’hystérie.

Le psychologue Nicholas Spanos, en 1994, décrypte le Trouble de la Personnalité Multiples comme étant le produit de constructions sociales établies par le corpus médical, légitimées et entretenues par l’interaction sociale entre les patients conditionnés à faire surgir des alter ego, le grand public et les médias. Cet élément socio-culturel est de la même nature que les rites de possession ou la sorcellerie au Moyen-Age. N. Spanos dénonce cette usine à gaz à fabriquer des faux souvenirs, des entités à gogo et la thèse des souvenirs refoulés sous le concept pseudo-scientifique de l’amnésie dissociative (battue en brèche aujourd’hui par les dernières découvertes des neurosciences).

La sociologue et critique féministe américaine Elaine Showwalter place les personnalités multiples dans le groupe des syndromes ayant un fondement hystérique à l’instar du syndrome de la guerre du golf, des rites sataniques et du syndrome des faux souvenirs. Elle a créé, à cet effet, le néologisme d’hystoire qui est la contraction du mot histoire et de celui  d’hystérie. Ces mini-épidémies sont une forme contemporaine de l’hystérie de conversion décrite par Charcot et Freud à la fin du XIX siècle.

Chris Costner-Sizemore est l’une des patientes les plus célèbres diagnostiquées du Trouble dissociatif de l’identité, et son cas figure parmi  les dix les plus fascinants de l’histoire de la psychologie dont ceux de Phineas Gage et le garçon sauvage de l’Aveyron.

 Notes: Après bien des controverses et des dérives de la psychothérapie, le Trouble de la Personnalité Multiple va être remplacé par celui du Trouble Dissociatif de l’Identité (TDI) dans le DSM IV. L’une des particularités du DID est l’amnésie dissociative qui se décrit par des trous de mémoire portant sur des tranches de vie allant de quelques heures à plusieurs jours.Cette amnésie concerne uniquement les faits et gestes des alter ego. Elle est définie comme asymétrique parce que l’hôte n’a pas conscience des faits et gestes de ses alter ego et pas le contraire.  Il y a toute une controverse scientifique sur ce sujet qui égare le grand public sur les conséquences d’un trauma psychologique qui altère la mémoire.

Le film les Trois Visages d’Eve

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OSCAR, UN CHAT HORS DU COMMUN!

Le Dr David Dosa a publié le livre « Un Chat médium nommé Oscar » qui raconte l’étonnante faculté de ce chat. Et Oscar a évidemment sa page facebook « Oscarthecat, régulièrement mise à jour »

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On parle souvent du sixième sens des animaux. Vraiment? C’est de la science fiction. Toutefois, certains de leurs comportements est intriguant et semble relever de la parapsychologie. Il n’en est rien, c’est tout simplement un pan de leurs capacités qui sont ignorées. Selon le naturaliste Marc Giraud, « la science officielle est indifférente à ce genre de phénomène.»

L’un de ces animaux aux capacités énigmatiques pour la science est Oscar, un chat hors du commun! Ce félin fait partie de l’équipe soignante du Dr Dosa, gériatre et professeur adjoint à l’Université Brown à Rhode Island. Oscar est né en 2005, et est un sénior aujourd’hui  de 13 ans. Il a été adopté encore chaton dans un refuge pour animaux, et  il a grandi au sein de l’unité du centre de réadaptation Steere House à Providence, (Rhode Island) où les patients sont atteints de la maladie d’Alzheimer, de Parkinson et autres maladies neuro dégénératives. Aux derniers stades où les malades sont généralement inconscients de leur environnement.

Oscar, la mascotte de ce service de gériatrie, a accédé à la notoriété par le biais d’un article publié sur lui en juillet 2007 dans le New England Journal of Medicine rédigé par le David Dosa. Le gériatre décrit les rondes d’Oscar dans son service, ce don extraordinaire où son comportement récurrent avertit l’équipe médicale de la mort imminente de patients en phase terminale. Quand un résident est sur le point de mourir, il monte sur son lit et se blottit en boule contre lui jusqu’à son dernier souffle.

L’étonnante capacité d’Oscar aurait plusieurs explications: immobilité précurseur de la mort chez ces patients, odorat particulièrement développé pour sentir les cétones, les substances dégagées par les cellules mourantes. Ou bien, il ne serait attiré par certaines phéromones. Ce qui est sur, est que la mascotte du service ne câline que les personnes qui n’ont plus que quelques heures à vivre.

Oscar a présidé la mort de plus de 100 résidents de ce service. Sa seule présence au chevet d’un patient est interprétée par les médecins et le personnel de maison de soins infirmiers comme un indicateur fiable de sa mort imminente. Lorsqu’on le voit lové sur un lit, le personnel soignant avertit alors la famille pour qu’elle se rende au chevet du mourant. Oscar a tenu compagnie à des malade qui seraient morts seuls, sans proche à leur chevet. Pour son  attitude dévouée, il est hautement considéré par les médecins, le personnel de Steere House et les familles des résidents.

Comment se passe une journée pour Oscar?  Il n’est pas le plus sociable des chats, et ne se laisse câliner par personne affirme le personnel soignant. Il se promène dans le service, semblant repérer parmi les résidents lequel quittera ce bas monde ce jour-là. Oscar démarre sa ronde et croise Mme P qui vit dans cette unité spécialisée dans la maladie d’Alzheimer depuis trois ans maintenant. Elle ne reconnait plus ses proches  malgré le fait qu’ils viennent la voir tous les jours.

Les cheveux en bataille, Mme P déambule sans but dans les couloirs. Perdue dans son monde intérieur, elle se dirige vers Oscar. Dérangé dans sa promenade, Oscar la regarde attentivement et quand elle passe devant lui, il émet un sifflement doux qui semble dire: « laisse-moi tranquille. » Elle l’ignore et continue son chemin dans le couloir. Oscar semble soulagé. Mme P n’est pas sur le point de mourir et Oscar n’a pas besoin de rester auprès d’elle.

Oscar revient au staff médical et saute sur le bureau pour boire de l’eau dans son bol et manger des croquettes. Repus, il va reprendre sa tournée par l’aile ouest. Il contourne un résident qui ronfle paisiblement, affaissé sur un canapé.

Oscar arrive à la chambre 313, et se faufile par la porte est ouverte,. Mme K. repose paisiblement dans son lit, sa respiration est régulière mais peu profonde. Elle est entourée des photos de ses petits-enfants et de celles du jour de son mariage. En dépit de ces souvenirs qui l’entourent, elle est seule. Oscar saute sur son lit et la renifle. Il fait une pause et se blottit en boule contre elle. Une heure se passe. Oscar est toujours là, contre Mme K. Une infirmière entre alors dans la chambre pour vérifier l’état de sa patiente. Elle remarque la présence d’Oscar, et alors quitte précipitamment la  chambre pour retourner à son bureau, attrape le dossier de Mme K et passe quelques coups de fil.

Une demi-heure après, la famille arrive. Le personnel dispose des sièges supplémentaires pour que les proches puissent veiller Mme K. Un prêtre vient lui administrer les derniers sacrements. Malgré tout ce branle-bas de combat, Oscar n’a pas bougé d’un poil et ronronne doucement en pétrissant Mme K.

L’un des petits fils demande à sa mère, « Que fait ce chat ici?»
Sa mère, les yeux remplis de larmes, lui répond: « Il est là pour aider ta grand-mère à partir au ciel. »Trente minutes plus tard, Mme K. rend son dernier souffle. Alors Oscar se redresse, regarde autour de lui, s’en va de la chambre, si tranquillement que la famille en pleurs ne s’aperçoit pas de son départ.

De retour au staff, Oscar lape de l’eau et se recroqueville pour un long repos. Sa journée 27545578_10159985349855582_7125791746833714363_nest finie. Il n’y aura plus de décès aujourd’hui. Tous les accompagnements de fin de vie par Oscar sont tout aussi attendrissants les uns que les autres. La mascotte du service a sa plaque accrochée sur un mur pour services rendus. Elle est gravée à son effigie et porte cette mention élogieuse: « Pour sa compassion dans cette unité de soins palliatifs, cette plaque est décernée à Oscar le chat

Sans briser le rêve anthropomorphique qui n’enlève rien aux qualités d’Oscar, la critique sceptique s’impose. Les spécialistes animaliers mettent d’abord l’accent sur les qualités innées des animaux.

Ainsi, le Dr Jill Goldman, spécialiste du comportement animal à Laguna Beach (Californie) estime que les chats ont un super odorat, et avance l’hypothèse que si Oscar reste auprès des mourants, c’est un comportement appris en association avec une certaine odeur propre à la mort.
Le Dr Thomas Graves, un spécialiste des chats dans l’Ilinois  a déclaré à la BCC: « Les chats peuvent souvent sentir quand leurs maîtres sont malades ou quand un autre animal est malade. Ils peuvent sentir que le temps va changer, et ils sont réputés pour pressentir les tremblements de terre.» Alors, ces spécialistes ne sont pas surpris par cette sorte de sixième sens du monde animal. Rien de parapsychologique, dans le don d’Oscar. Son don est juste rare.

Nicolas Gauvrit, dans la revue Science et Pseudo-sciences parle, lui, des biais cognitifs, des corrélations illusoires ou des erreurs statistiques induites par l’équipe soignante. «Il n’y a pas la moindre preuve scientifique qu’Oscar ressente quoi que ce soit, et les considérations sur les causes possibles sont donc prématurées…»

Ces précisions n’enlèvent rien au côté sympathique de l’article publié dans le New England. Certains sceptiques précisent, à juste raison, qu’il s’agit d’un témoignage informel qui a été cité par les médias comme s’il s’agissait d’un article de recherche, alors que ce n’est pas le cas. Ce témoignage met simplement l’accent sur cette nouvelle discipline qu’est la médiation animale ou la zoothérapie qui fait du bien au moral des malades. Et c’est certainement le but de la publication du Dr Dosa:  casser le côté inhumain de la fin, de vie en milieu hospitalier, et le désarroi des patients souffrant de maladies neuro dégénératives. Et comment s’y prendre si ce n’est rendre faire le buzz avec un chat hors du commun?

Le Dr David Dosa a publié le livre « Un Chat médium nommé Oscar » traduit dans 20 pays qui raconte l’étonnante faculté de ce chat. Et Oscar a évidemment sa page facebook « Oscarthecat, régulièrement mise à jour ».david-dosa-oscar

Cette histoire insolite sur les capacités d’Oscar montre que les animaux dans les services de soins palliatifs permettent d’exorciser, d’apaiser l’angoisse de mort des malades et la tristesse de la famille qui voit partir l’un des siens. Après que cela ne soit pas très rigoureux sur le plan scientifique, c’est une autre histoire. Mais au moins, c’est apaisant…

Et voici une réflexion touchante d’un lecteur de ce livre trouvé sur le site Babelio. Ce n’est peut-être pas scientifique mais elle témoigne de l’importance de la médiation animale, de la zoothérapie.

On aimerait finir ses jours dans cet établissement où chaque patient est entouré d’une remarquable équipe médicale et…de chats. 
Ce récit est écrit par le médecin qui accompagne les malades en phase terminale et note quelques anecdotes sur les patients en fin de vie et leurs proches.
Facile à lire, il donne à réfléchir (Merci Belavio pour ce témoignage)
©NBT
Vidéo Oscar the cat
Notes:
Définition de la zoothérapie
En 1988, l’institut de zoothérapie du Québec donne de la Thérapie Assistée par l’Animal la définition suivante : « activité qui s’exerce, sous forme individuelle ou de groupe, à l’aide d’un animal familier, soigneusement sélectionné et entraîné, introduit par un intervenant qualifié dans l’environnement immédiat d’une personne chez qui l’on cherche à susciter des réactions visant à maintenir ou à améliorer son potentiel cognitif, physique, psychosocial ou affectif.»
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TRIP AVEC LE NARCO-TOURISME HALLUCINOGÈNE!

Une grande partie de l’emprise mentale sous ayahuasca se met insidieusement en place après/ou en même temps que l’emprise chimique. Cette conséquence provoque une modification cognitive et comportementale par l’adhésion à des croyances au surnaturel.

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On sait aujourd’hui que la consommation d’alcool et de drogues à l’adolescence, en continu durant toute cette tranche de vie a une forte probabilité de se prolonger plus tard dans la vie. L’âge moyen de l’initiation est de 14 ans pour une consommation régulière ou non d’alcool, et 14/15 ans pour l’usage de drogues avec ou sans dépendance. Telles sont les conclusions du Professeur Joël Swendsen et des ses collègues de l’Université de Bordeaux qui ont examiné la prévalence, l’âge d’apparition et les facteurs socio-démographiques pour une étude financée par le NIMH (National Institute mental Health), et publiée le 2 avril 2012 dans les archives of General Psychiatry.  Cette nouvelle étude démontre que la consommation de  drogues est un véritable problème de santé publique qui se pose. Même si quelques années ont passé, cette constatation est d’actualité.

 

Il est devenu quasiment impossible pour les professionnels de la santé de parler des effets néfastes des drogues, notamment sur les réseaux sociaux, vecteurs idéaux de désinformation médicale et où les médecines parallèles défendues avec acharnement par les charlatans dominent. De ce fait, la consommation des drogues est devenu un fait de société presque normal, et cela ne date pas d’hier. Si l’on connaît surtout le cannabis, la cocaïne, l’héroïne ou autres drogues de synthèse, il y en a d’autres plus confidentielles prises dans le cadre de la psycho-spiritualité new âge, cet hybride  qui fait le fond de commerce des charlatans de la psychothérapie formés à des méthodes pseudo-scientifiques. Soupir.

L’une de ces dérives concerne le mésusage du chamanisme. Il ne s’agit pas de mettre au banc des accusés le chamanisme et les chamans, une tradition millénaire et respectable mais de dénoncer les pillages cultuels du chamanisme par des Occidentaux sans scrupules. Notamment celle des ayahuasqueros, les chamans de la forêt amazonienne. Leur conception de la maladie est à l’opposé de celle de la maladie occidentale, et est d’origine magique causée par un sortilège. Dans un cadre rituel et curatif, ils font boire à ceux qui ont été envoutés un breuvage sacré appelé l’ayahuasca, un breuvage millénaire composé de deux plantes que l’on trouve en abondance dans la forêt amazonienne. D’abord , il y a  l’ayahuasca qui est une liane qui a donné son nom au breuvage sacré, et l’autre la chacruna qui contient du DMT, un stupéfiant prohibé sur le plan international. La combinaison des deux est hautement hallucinogène, et ses effets sont proches du LSD, le psychoactif de référence. Les Amazoniens la surnomment « La liane de la mort ou le Vin des morts. La potion psychédélique est légale au Pérou où elle est utilisée en médecine primaire pour soigner les populations locales.

En 2008, un reportage d’Envoyé Spécial,  avait diffusé en prime time, a eu pour thème le tourisme hallucinogène au Pérou.  Même s’il date, son décryptage est toujours d’actuel car ce tourisme hallucinant continue toujours, même si les médias mainstream s’en désintéressent. Ces voyages sont tout un programme! On part au Pérou en petit groupe effectuer un « voyage initiatique et spirituel ». Dans le reportage de Envoyé Spécial, le tourisme hallucinogène est un fait de société décrit comme « un mouvement culturel » animé « par un désir de reconversion spirituelle». Les participants sont recrutés sur le net.

Le reportage reprend, sans le mentionner, une partie du rapport de la MIVILUDES 2005 sur les dérives sectaires du chamanisme amazonien, mais il occulte cet aspect sulfureux pour que le sujet devienne passe-partout, et banalise l’absorption de cet hallucinogène psychédélique.  En 2009, le rapport de la MIVILUDES multiplie les mises en garde. Pourquoi ce séjour au Pérou est-il tendancieux, induit-il en erreur sur la tradition des ayhuasqueros amazoniens? Et  est ce bien raisonnable d’ingérer l’ayahuasca ?

 

Selon le rapport de la MIVILUDES 2009, l’absorption de ce breuvage peut se «révéler particulièrement violent», qu’il amène à «un douloureux voyage sur soi-même avec vomissements, convulsions physiques, profonde détresse mentale, même lorsque cette substance est absorbée dans de bonnes conditions, c’est-à-dire sous la surveillance d’un chaman expérimenté ».

Malheureusement, l’attrait exotique, la recherche de solutions miracles en dehors de la médecine scientifique l’emportent sur le principe de précaution, et les avis éclairés des professionnels de la santé. Les arguments pseudo-scientifiques de la thérapie chamanique ont le vent en poupe parmi les moutons de Panurge des adeptes  des médecines alternatives.

 

Comment ces voyages « hallucinants » et « hallucinogènes » sont-ils organisés? Des personnes ayant des soucis existentiels sont recrutées sur des forums pour aller séjourner au Pérou dans l’un de ces camps de vacances hallucinogène “tendance” monté par un chaman péruvien. Leur projet n’est pas de converser à bâtons rompus sur les us et coutumes locales mais de suivre une thérapie chamanique à base d’ayahuasca, cet hallucinogène puissant susceptible de résoudre tous les maux par « des expériences mystiques dans le labyrinthe de l’inconscient ».

On voit dans ce reportage d’Envoyé Spécial, un chaman de père en fils depuis des générations. Ce qui serait en soi rassurant si l’on n’avait pas lu le rapport 2005 de la MIVILUDES, et si l’on n’avait pas eu vent des cas de décompensations psychiatriques, de cas de suicides quelques mois après l’avoir prise, des comas et des morts par overdose. Sous la houlette de ce chaman comparé à un « psychothérapeute (sic) », les touristes présentés dans le reportage ingèrent l’hallucinogène amazonien à doses massives pour soigner les maux existentiels que la médecine occidentale ne saurait pas prendre en charge efficacement.

Ce séjour, c’est du sérieux! Le camp est fermé et gardé nuit et jour par des hommes armés jusqu’aux dents;  une nourriture frugale non carnée est proposée aux vacanciers astreints à une diète stricte pour ingérer l’hallucinogène afin de ne pas provoquer des incompatibilités dans l’organisme et les rendre malades. Avoir des hallucinations comparables à celles du L.S.D n’est pas le symptôme d’un trouble psychique, bien au contraire! Le monde à l’envers! Dépersonnalisation/déréalisation ainsi que d’autres joyeusetés psychiatriques sont  vivement encouragées pour évoluer spirituellement. Le reportage montre que le logement des vacanciers est spartiate, et des séances de groupe où les vacanciers ingèrent des doses massives d’hallucinogène en l’espace d’une douzaine de jours encadrés par le chaman et ses assistants.

L’une des séquences les plus troublantes du reportage « à la frontière du surnaturel » est celle d’une vacancière en transe investie par l’esprit d’un jaguar. Cette métamorphose a des airs de parenté avec la lycanthropie, cette faculté de se changer en loup-garou renvoyant aux affaires de sorciers et à l’ensorcellement au Moyen Âge.

Les dérives de l’ayahuasca ne résident pas uniquement dans une emprise chimique mais aussi sur l’action pharmacologique spécifique censée traiter les addictions au cannabis notamment. Particularité qui oppose les scientifiques rationalistes à ceux du MAPS (The Multidisciplinary Association for Psychedelics Studies), un organisme privé financé par des fonds tout aussi privés où le pire côtoie le meilleur. Le MAPS regroupe les scientifiques prosélytes des psychédéliques dans le soin psychique à la place des molécules officielles et des psychothérapies alternatives, se substituant aux psychothérapies officielles (psychanalyse, TCC).

On  trouve dans la base de données Pubmed des articles scientifiques de bonne facture dans le PLos One ou  dans des revues de pharmacologie;   celui de Favaro qui a étudié les effets à long terme sur la mémoire ou les effets neurotoxiques de l’ayahuasca chez le rat. Et il y a bien une étude préliminaire sur l’action antidépressive de l’hallucinogène. Des études préliminaires, et éventuellement des essais pré-cliniques sont la norme pour des futurs médicaments. C’est vrai que des scientifiques se sont penchés sur les effets des drogues hallucinogènes à l’instar du chercheur David Nutt du département de neuropharmacologie et de l’imagerie moléculaire à l’Imperial College de Londres. Franz Vollenwerder de l’Université de Zurich, est aussi l’un de ces très rares scientifiques à poursuivre des recherches sur les psychédéliques. Mais si ce pan de la recherche peut s’avérer éventuellement prometteur, il faudra que les psychédéliques étudiés démontrent qu’ils sont plus efficaces que celle des molécules commercialisées, suivant les règles de l’Evidence Based Médecine. Et cette méconnaissance du grand public sur les protocoles de la recherche scientifique favorise les charlatans du chamanisme et du narco-tourisme.

Une grande partie de l’emprise mentale sous ayahuasca se met insidieusement en place après/ou en même temps que l’emprise chimique. Cette conséquence provoque une modification cognitive et comportementale par l’adhésion à des croyances au surnaturel. L’un des objectifs recherché dans la thérapie chamanique à l’usage des Occidentaux est d’occulter leur mode de pensée cartésien pour déstructurer leur vision du monde à l’origine de leur mal être. La pensée magique devient alors un mode de fonctionnement qui doit être prioritaire par rapport à la pensée rationnelle. L’irrationnel devient l’indice de normalité nécessaire de la nouvelle personnalité. Ce process de double emprise (chimique et cognitive) se fait en partie lors des phases hallucinatoires lorsque la personne est fortement suggestible et est dépendante d’une aide extérieure pendant la phase d’ivresse spécifique à cette drogue. La grande difficulté pour recueillir les propos des victimes est d’arriver à lever leurs résistances liées à cette pensée magique ; elle induit chez les victimes des peurs irrationnelles liées à l’existence de la magie noire, de la sorcellerie, bref à la réalité du paranormal.

 

Le contrepoint d’un médecin péruvien  (non chaman) interviewé est sans appel : il se montre très réservé sur ce tourisme hallucinogène, et il déconseille fortement l’hallucinogène aux Occidentaux qu’il évalue dangereux pour eux. Les recommandations des dirigeants des centres de vacances hallucinogènes listant les contre-indications pour ceux qui souffrent d’hypertension, de troubles cardiaques ou qui suivent un traitement antidépresseur sont nettement insuffisantes. Pour réduire les risques liées à la prise du psychédélique amazonien, il faudrait que les vacanciers se munissent d’une expertise psychiatrique et de plusieurs certificats médicaux.

C’est en fait, un véritable narco-tourisme. L’ambassade de France au Pérou met en garde les voyageurs sur son site interne même si le Pérou a classé l’ayahuasca au patrimoine culturel de la nation. Alors si vous êtes tenté par ce tourisme hallucinogène, ce sera à vos risques et périls.

Si le reportage date de 2008,  les faits décrits ne sont pas obsolètes. Le tourisme hallucinogène continue à prospérer. Son masque est aussi sous le label d’éco-tourisme, et ces stages découvertes sont présentés « comme une protection contre les maux de la société  contemporaine matérialiste».

Les années ont passé, mais ces faits sont toujours actuels, et même s’il ne s’agit que de cas isolés de nature sectaire, l’ayahuasca est une drogue très prisée par les cadres de la Silicon Valley. On la consomme comme du café à San Francisco. Si vous doutez des mises en garde sur la dangerosité de l’ayahuasca, lisez ces quelques témoignages récents avant de prendre la liane de la mort: en 2009, deux touristes italiens sont retrouvés en Équateur découpés à la tronçonneuse. En 2014, un Canadien poignarde un Britannique au Pérou.

Alors, êtes vous toujours tentés par un trip aux portes de la perception qui peut vous laisser sur le carreau? Si oui, alors à vos risques et périls, et vous avez en prime même la  vidéo reportage de Envoyé Spécial!

 

 

 

 

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AUTISME: LA COMMUNICATION FACILITÉE, UNE PSEUDO-SCIENCE!

La Communication Facilitée est une thérapie pseudo-scientifique qui vient rejoindre la cohorte des thérapies alternatives.

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Simple Clavier en bois, juste esthétique

En France, depuis 2005, les plans sur l’autisme se succèdent sans grand résultat. Notre pays aurait toujours 20 ou 30 ans de retard par à rapport à d’autres pays modèles. Il y aurait un fossé entre l’Amérique du Nord et l’Europe sur l’utilisation de méthodes qui donnent des résultats satisfaisants. La désaffection des pouvoirs publics pour la prise en charge des autistes peut inciter leurs parents à se tourner vers des méthodes pseudo-scientifiques.

L’une d’elles est la Communication Facilitée (CF) ou Psychophanie. Elle a été conçue en 1992 par l’Australienne Rosemary Crossley, enseignante. Elle s’adressait d’abord au départ aux enfants souffrant de paralysie cérébrale, puis a été étendue aux personnes atteintes d’autisme. La théorie de base de la CF est que la sociabilité et la communication sont gravement altérées dans l’autisme. Le dysfonctionnement moteur des autistes est indépendant de leur psyché. Malgré son pseudo scientisme, la CF va devenir populaire grâce à des shows télévisés, et se diffuser par l’intermédiaire de cliniciens renommés outre-Atlantique. Dans les années 90, rapidement, la  Communication Facilitée va devenir la méthode de référence pour la prise en charge de l’autisme et d’autres troubles envahissants du développement (TED). Un département spécial dévolue à la CF va être créé par l’université de Syracuse (état de New York)  pour former  en pagaille des thérapeutes. Ainsi que le souligne Brian J. Gorman: « La communication facilitée étonne parce qu’elle est allée plus loin que toute autre science bidon à la mode, et que son effet a été ressenti au sein de la famille, de l’école, des universités, du droit et même des arts.»

Comment se pratique la Communication Facilitée?
La CF a sa novlangue. Le thérapeute est appelé « Facilitant », et aucun apprentissage et prérequis  n’est exigé.  Le patient, lui, est le « Facilité ». Le Facilitant doit juste faire preuve de sensibilité, et solliciter la pensée irrationnelle, pour ne pas dire magique et ésotérique. Le facilitant s’adresse à l’âme du facilité qui, elle n’est pas handicapée. C’est le principe de la télépathie et de la parapsychologie.

Il n’y a pas de support agréé pour la CS. Il faut simplement qu’il y ait un clavier avec des lettres et un pictogramme. Pour que le contact passe d’âme à âme, le facilitant saisit fermement la main du Facilité, sans dépasser son index et la pose sur le clavier. Alors, le Facilité va pouvoir délivrer des messages sous la guidance du Facilitant qui va les lire à haute voix. D_Q_NP_958905-MLM25086219355_102016-QOn pense au Oui Ja, cette planche composée de lettres et de chiffres utilisée dans les séances de spiritisme pour communiquer avec  les esprits! Certains autistes, en communiquant grâce à la CF, auraient révélé des dons littéraires prodigieux, constituant ainsi des preuves pour démontrer que c’est une méthode miraculeuse.

La Communication Facilitée a fait l’objet de plusieurs études scientifiques rigoureuses (autour de 70), et les conclusions sont sans ambages sur les messages supposés être ceux des autistes. Leur origine est attribuée aux facilitants sans qu’ils en soient conscients.

« L’intellectual Disability Review Panel », une commission d’étude des handicapés intellectuels qui s’est penchée sur la CF souligne que les personnes atteintes de handicap mental sont « extrêmement influençables et facilement sous l’emprise de personnes ne mesurant pas à quel point, elles les influencent.» Le pouvoir de la suggestion en a égaré plus d’un! Maryanne Gary et Robert Michael, deux psychologues de l’université Victoria de Wellington ont exploré les relations entre la suggestion, la cognition et le comportement.

En 1994, l’APA (American Psychological) prend position contre la CF: «la communication facilitée est une procédure de communication controverse non prouvée, aucune démonstration scientifique ne vient soutenir son efficacité. »

En 2004, en France le Conseil National de l’Ordre des Médecins émet un avis défavorable sur la CF. Deux ans après, en 2006, la CF est dénoncée à son tour dans le rapport d’enquête de la commission parlementaire sur les sectes comme une pratique portant atteinte à la dignité des enfants handicapés: «…la communication facilitée ne peut être réduite à n’être qu’une version modernisée du spiritisme, et somme toute, un procédé charlatanesque comme un autre. Cette supercherie ne fait que tirer profit du désarroi es parents des handicapés; elle porte atteinte aux droits fondamentaux des enfants•»

L’ambiguité de cette méthode réside dans le fait qu’on peut la confondre avec Communication Augmentée et Alternée (CAA), elle aussi appliquée aux autistes, et pratiquée par des orthophonistes. Certains de leurs éléments se ressemblent furieusement. La communication augmentée et empirique, et elle utilise le même type de matériel que la CF.  Et vice versa. Pour le néophyte, difficile de se repérer dans les deux méthodes à partir du moment où un clavier d’ordinateur ressemble à un autre, et il n’y a pas de matériel labellisé pour l’une ou l’autre méthode.

La CAA a commencé dans les années 50 pour aider ceux qui avaient perdu la capacité de parler avec une opération et s’est diffusé ensuite à toutes sortes de handicaps. L’évaluation des capacités d’un utilisateur en CAA nécessite un bilan visuel et cognitif ainsi que l’évaluation de ses forces et faiblesses en matière de langage et de communication. Même empirique, la CAA n’est pas du paranormal mais une aide efficace sous condition qu’elle ne soit pas amalgamée à la CF, comme on peut le voir sur certains sites d’orthophonistes.

Ce qui différencie la Communication Alternative et Augmentée de la CF et que le dispositif fait appel a la volonté l’utilisateur, y compris le plus petit mouvement musculaire. Mais parfois sur certains sites consacrés aux méthodes conseillées pour les autistes, on parle de la CAA au même titre que de la CF.  Alors vigilance! Surtout en France!

En 2004, un article de Nouvelles Clés fait état d’un millier de facilitants formés dont plus de 200 thérapeutes professionnels, médecins ou paramédicaux. Lors d’un entretien accordé à Nouvelles Clés, Anne-Marguerite Vexiau prétend mettre en contact grâce à la CF la conscience des foetus et des embryons, et propose un registre spirituel ou transpersonnel: « L’action des morts tient toujours une place dans les propos des Facilités, et tout spécialement celle des enfants perdus à la naissance. »(Notes d’Anne-Marguerite Vexiau confiées à Nouvelles Clés). On est en pleine parapsychologie et spiritualité new-âge!

Depuis 2010, la pratique de la CF n’est pas recommandée par la HAS (Haute Autorité de Santé): « Les techniques de Communication Facilitée où un adulte guide le bras de l’enfant, n’ont pas fait la preuve de leur efficacité, et sont jugées inappropriées pour les enfants/adolescents avec TED. Il est recommandé de ne plus les utiliser. La Communication Facilitée ne doit pas être confondue avec la mise à dispositions d’aides  techniques ou supports à la communication (images, pictogrammes).»

Miguel Maneira, directeur fondateur « d’Autismes et Potentiels », étrille l’Association d’Anne-Marguerite Vexiau « Ta Main Pour Parler (TMPP) », le site dévolu à la CF. Il insiste sur son site web sur les sérieux préjudices de la CF constatés aux USA, en Espagne, l’Écosse et la Nouvelle Zélande. Parmi les dérives nuisibles de la CF, les sceptiques ont remarqué une similitude entre la CF et les thérapies de la régression, visant à faire  resurgir des souvenirs refoulés. Des parents lors de messages délivrés par leur enfant (sous la guidance  de facilitants) ont été accusés d’inceste, et se sont retrouvés devant les tribunaux.

Mary Morton, l’une des principales responsables de la CF avait noté que: «La Communication facilitée n’est jamais aussi rapide, ni aussi aisée qu’une conversation normale…le message peut-être incomplet. Les lettres ou les mots choisis peuvent ne pas correspondre à ce que veut exprimer le sujet.» Cette affirmation de Mary Morton sur les (fausses) limites de la CF donne le ton sur l’absence de sérieux scientifique de la Communication Facilitée.

Dans le cas des accusations d’inceste, sans faire preuve de mauvais esprit, on est en droit d’affirmer que c’est l’imprécision et la compréhension des messages des facilités qui ont précipité les parents devant les tribunaux! À l’instar du Oui Ja, dont les druides se servaient comme une planche maléfique pour communiquer avec les forces démoniaques, la  CF se transforme en méthode diabolique. Lors de procès outre-Atlantique, les tribunaux avaient mis au point des parades pour confondre les Facilitants, et montrer l’absence de fiabilité de la CF. L’une d’elles consistait à envoyer le facilitateur dans une pièce voisine, afin qu’il ne puisse ni voir, ni entendre pour ne pas influencer l’enfant. Pendant l’absence du facilitant, des objets étaient donnés à l’enfant qu’il devait nommer, et on faisait revenir le facilitant pour l’aider à donner les réponses sur les principes de la CF! Inutile de dire que dans ce cadre là, les résultats de la CF furent loin d’être miraculeux !

Et l’état des lieux aujourd’hui sur la Communication Facilitée? La formation est prospère, et un site officiel lui est consacré malgré les mises en garde des sceptiques. On constate souvent que les Facilitants se targuent d’être bénévoles, et ont à leur actif d’autres méthodes de thérapies critiquées par les sceptiques comme la psychogénéalogie, les constellations familiales,le décodage émotionnel, etc.

La Communication Facilitée est une thérapie pseudo-scientifique qui vient rejoindre la cohorte des thérapies alternatives.

Notes: Les causes de l’autisme sont toujours incertaines. Pendant longtemps, les mères furent longtemps tenues responsables de l’autisme de leur enfant. Le psychiatre australien Léo Kanner, dans les années 50 avec Bruno Bettleheim et son fameux livre sur les autistes « La Forteresse Vide » contribuèrent à diffuser ce message anti-parents. Aujourd’hui, avec le développement des neurosciences, les revues de vulgarisation scientifique parlent des dernières pistes. Cela va du faux pli dans le cerveau (anomalies détecté dans l’aire de Brocca) identifié par des chercheurs du CNRS. La prise d’antidépresseurs pendant la grossesse augmenterait le risque de développer un TSA. Les différences d’âge des parents : augmentation de risque pour le fœtus de TSA pour les plus 40 ans, et en flèche pour les petits 50 ans. Et encore un lien avec les vaccins, et le diabète de grossesse. Voilà quelques unes de ces (supposées causes) non exhaustives.

Sources:
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FAUT-IL OUBLIER LA PYRAMIDE DE MASLOW?

Abraham Maslow est d’abord connu pour sa pyramide des besoins à 5 niveaux qu’il créa en 1942. Cette pyramide constitue l’une des théories de la motivation.

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Au XX siècle, la psychologie s’est en priorité centrée sur le trouble mental, et ce au détriment  d’une vision globale de l’être humain.  Et pourtant, le courant humaniste a su replacer la personne humaine au centre de la recherche en psychologie. Il a été élaboré en réponse au mécanisme béhavioriste refusant d’inclure la conscience parce que non mesurable et le déterminisme réductionniste de la psychanalyse classique.
Alors commençons par le début !

 

Abraham  Maslow (1908/1970) est considéré comme le père de la psychologie humaniste . Il a d’abord enseigné la psychologie à l’université du Wisconsin. Puis, il a fait un bref séjour dans l’industrie de 1947 à 1949 pour redevenir enseignant à l’université du Massassuchets.

A.Maslow définit l’esprit de la psychologie humaniste comme suit: « Lorsque nous demanderons un homme de nous parler de la vie, de sa vie nous traitons avec son essence même. » Conception très proche de ce que Jung nommait le Soi, le centre de la personnalité tout entière. Le Soi rassemble le conscient et l’inconscient. Le Soi étant une entitée sur-ordonnée au Moi, il constitue une personnalité plus ample. D’ailleurs, dans sa théorisation, il s’est efforcé d’intégrer la pensée de Jung mais aussi celles d’Adler, de Jung, Levy, Fromm, Horney ou Goldstein. Le courant humaniste est étroitement lié au mouvement du potentiel humain. Dans cette conception, les problèmes individuels sont liés à l’environnement ou la société, et les qualités intrinsèques à chaque personnes ne sont pas mises en lumière, causant ainsi une névrose. C’est une vision différente de Freud et de Jung, qui pensent que le Mal a son siège dans la nature elle-même.

Concernant la nature humaine, Maslow est bienveillant : « Cette structure intérieure (de chacun) n’est pas d’abord simplement et nécessairement mauvaise. Les besoins  fondamentaux concernant la vie, la sécurité, la propriété, l’affectivité, l’estime des autres de soi, la réalisation personnelle, les émotions humaines fondamentales et les capacités humaines essentielles sont neutres, pré-moraux  ou même positivement bons. L’agressivité, le sadisme, la cruauté et la malice ne semblent pas être des éléments primaires mais constituer plutôt de violentes réactions à la frustration et aux besoins des émotions.»

Abraham Maslow est d’abord connu pour sa pyramide des besoins à 5 niveaux qu’il créa en 1942. Cette pyramide constitue l’une des théories de la motivation. On entend par motivation des forces qui agissent sur la personne (ou à l’intérieur de sa psyché) pour la pousser à se conduire d’une certaine manière, orientée vers un objectif. Et par besoins, pour A.Maslow, ce sont les manques ressentis d’ordre physiologique, psychologique ou sociologique. Cette représentation s’est imposée dans le domaine de la psychologie du travail et la théorie des organisations. Même si elle est critiquable sur de nombreux points.

 

Il existe sur le web de nombreux articles qui expliquent, de long en large, chaque étape de la pyramide, et le lecteur curieux peut s’il le souhaite faire des recherches plus approfondies. Succinctement, au bas de la pyramide, il y a d’abord les besoins qui poussent l’être humain à agir, à parler et à se socialiser. Besoin de nourriture, de sécurité, l’appartenance et d’amour.

Pour Maslow,  lorsqu’un besoin est satisfait, l’homme peut passer a besoin supérieur (ce qu’il ne fait pas toujours),  et au sommet de la pyramide, se trouve le besoin de réalisation personnelle du potentiel humain. « La plénitude de son humanité » (1968).En 1970, en plus des 5 besoins, il rajoute celui du  besoin cognitif  (cognitive need), le besoin de savoir et de comprendre. Également, le besoin esthétique (Aesthetic need) et le besoin de transcendance, de dépassement de soi. Au sujet de la réalisation personnelle, A.Maslow évoque les expériences paroxystiques (Peark Experiences), c’est à dire les moments de bonheur, d’extase et de vécu intense. Ces expériences permettent une intégration profonde des différentes facettes de soi, « au service d’une plus grande maturité ». Cette dernière étape, celle du potentiel humain a ouvert la boite de Pandore du développement personnel et de la pensée positive. Il suffirait simplement de changer en soi pour créer l’abondance, la richesse et le bonheur. Pensez juste et tout arrive par enchantement, et si vous n’y arrivez pas, c’est de votre faute! Combien de personnes ayant foi dans les gourous du développement personnel ont été dévastées psychologiquement! Et le tout s’appuyant sur des théories pseudo-scientifiques.

La pyramide des besoins de Malow est ultra connue (même si elle est réfutée aujourd’hui) en psychologie du travail et délaissée sur le plan clinique. Pourtant l’expérience de Kevin Healy, consultable sur le site Pubmed, intègre la pensée de Maslow dans la clinique. Kevin Healy a une expérience de 30 ans comme consultant psychiatrique dans le domaine de la psychothérapie. Il rejoint Maslow sur les motivations et la satisfaction des besoins physiologiques ,supports de l’homéostasie. Le besoin de sécurité est d’abord celui de l’enfant. Vient ensuite le besoin d’amour qui inclut de donner de recevoir de l’amour, et qui ne rime pas forcément avec le sexe. Quand les besoins primaires sont satisfaits viennent ensuite les autres jusqu’à l’auto réalisation qu’on doit accomplir pour être heureux.

 

Selon lui, Maslow, avait déjà anticipé 20 ans plus tôt les conséquences psychologiques de l’abus de l’enfant,  de l’inceste,  de la séparation et du divorce des parents signant la mort de la famille. Les enfants peuvent s’accrocher à leurs parents par le besoin de sécurité, que par l’espoir de se faire aimer d’eux. A.Maslow anticipa le travail de John Bowlby (1907/1990) sur l’attachement. Il observe que les personnes fortes sont celles qui ont eu leurs besoins de base satisfaits plus, particulièrement dans la petite enfance. Ils ont ainsi pu développer une force intérieure pour appréhender le présent et le futur. Ils peuvent établir des relations profondes avec les autres,  supporter la haine le rejet et la persécution. Il semble probable selon Maslow que la plupart des gratifications viennent des deux premières années de l’enfance. Son travail a permis  d’ouvrir la voie aux idées sur le développement de l’enfant. Et sur ce plan là, A.Maslow n’est pas cité.
De nombreuses critiques sont à formuler sur la pyramide des besoins, notamment sa place dans la théorie des Organisations. Cette simplicité est un faux ami du fonctionnement de la motivation. Et finalement, malgré les apparences, les besoins ne sont pas définis. Mais rien n’empêche d’élargir le concept des besoins avec d’autres apports. Tout modèle est par définition figé, et il est toujours possible de s’en servir comme base de réflexion pour aller plus loin.

 

Dans son article « réseaux sociaux », Pamela Rutlodge souligne que Maslow élude le rôle du lien social. Il organise les groupes de besoins humains en niveau dans une structure hiérarchique.  C’est comparable à la logique des jeux vidéo : « Vous devez remplir les exigences un ensemble de besoin avant de pouvoir passer au niveau supérieur. » le problème, il est la. Aucun de ses besoins n’est possible sans interaction à l’autre, sans lien social et collaboration. Notre dépendance à l’égard de l’autre grandit à mesure que les sociétés sont devenues plus complexes. La connexion à l’autre est une condition préalable à la survie physique et émotionnelle.

Une fois un niveau franchi sur la pyramide, il n’est pas acquis pour toujours. Toute personne est capable de remonter en fluctuant dans la hiérarchie vers le niveau de réalisation personnelle. Malheureusement,  il y a des grains de sable. Les progrès sont souvent perturbés (par défaut) pour répondre au besoin de niveau inférieur. Une expérience de vie (divorce, perte d’emploi, accident, guerre) peut amener la personne à fluctuer sur les niveaux de la hiérarchie. Et ce, tout au long de sa vie. À un moment donné, les besoins peuvent être simultanés ou contradictoires.

Sur le plan philosophique, il y manquerait la notion de liberté, et pourquoi pas, celle si chère à Épicure? L’on ne peut atteindre la liberté que si l’on est relativement indépendant de la pression des contraintes de notre environnement. Et pour y accéder, nous devrions nous demander lesquels de nos besoins et désirs sont essentiels et lesquels ne le sont pas.

On peut aussi critiquer Maslow sur sa méthodologie. L’aspect scientifique de ses recherches n’est pas très rigoureux. C’est vrai! Sa démarche est principalement empirique! Maslow n’a jamais présenté des données pour prouver la pertinence de sa pyramide c’est de l’empirisme pur. Et cela ne veut pas dire non plus qu’il ait forcément tort. La hiérarchie des besoins de Maslow est enseignée comme une façon de comprendre la motivation. La pyramide ne fait pas le distinguo entre les besoins et les désirs.

Il lui est également reproché  de ne proposer aucune piste pour expliquer et traiter les situations de démotivation. Sa théorie est avant tout faite d’hypothèses. De données brutes qui ne sont pas applicables à tout le monde. Et selon certains, ses idées sont très spécifiques à la culture individualiste de l’Amérique. La vieille Europe n’échappe pas non plus cette critique !

Certains ont souligné les définitions culturelles des besoins suivant les pays et aussi la difficulté  de mesurer leur bien fondé, et de les généraliser à des  populations Et en dehors et ses différences culturelles, la pyramide des besoins peine à tenir compte des besoins individuels suivant la personnalité de chacun.

La pyramide des besoins est pour beaucoup un modèle obsolète, et il y a d’autres angles de vue pour appréhender la motivation et les besoins. Ce qu’il faut retenir de la pensée d’A.Maslow, c’est qu’il a ouvert la voie à des idées pionnières qui tiennent compte de la psychologie globale de l’être. Et ça, c’est primordial. Et nous y reviendrons dans ce blog.

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UNE THÉRAPIE MORTELLE!

Lors d’une séance brutale de contention, Candace a suffoqué sous le poids des couvertures, de celui de sa mère et des thérapeutes.

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©Norman Rockwell, Affcetion

 

Certaines thérapies pseudo-scientifiques peuvent s’avérer dangereuses jusqu’à être mortelles, et au nom de croyances psychologiques irrationnelles. Le législateur est alors  d’intervenir pour éviter de nouvelles victimes. C’est ce qui s’est passé en septembre 2002 avec le Parlement américain met hors la loi la Thérapie de l’Attachement (AT) incluant une forme de  Rebirth. Cette loi a  du être votée après la mort, dans des conditions atroces, de la petite Candace Newmaker, âgée de 10 ans. Cette enfant n’est pas la seule victime. Cette thérapie dangereuse, a tué d’autres enfants outre Atlantique. En juin 2002, l’American Psychiatric Association avait officiellement pris position contre les dérives de la Thérapie de l’Attachement et cette forme de Rebirth en  dénonçant ses formes coercitives telles que la torture et la violation des droits de l’enfant.

 

Ce Rebirth meurtrier fait partie du kit de la thérapie de l’attachement. Il a été développé par un groupe underground de thérapeutes dont les concepteurs sont Robert Zaslow, Foster Cline, sans omettre Jacqui Schiff, l’une des théoriciennes clefs de l’analyse transactionnelle. Cette vision est aux antipodes de l’approche des professionnels de la pédopsychiatrie et de l’enfance et s’apparente au « dressage pavlovien ». Il faut distinguer ce rebirth meurtrier  de  la méthode de la Respiration Consciente, mise au point par Léonard Orr dans les années 60. Les deux ont en commun d’être des thérapies pseudo-scientifiques du style New Age, mais ceci est une autre histoire.

Comment des thérapeutes censés être bienveillants ont pu concocter une méthode violant les droits de l’enfant? Ces fous, car ce sont des fous sans états d’âme, se proposaient de traiter le RAD, syndrome de l’attachement.

Le RAD (Reactive attachment Disorder) est consigné dans le DSM. C’est un syndrome initialement observé, dans les années 80, chez les orphelins roumains adoptés dans des pays occidentaux. Ces enfants avaient des difficultés à s’attacher à ceux qui les entouraient dans les premières étapes de la vie. Il concerne une toute petite frange d’enfants adoptés.Ces thérapeutes criminels ont élargi et banalisé ce diagnostic rare sur les enfants supposés ne pas manifester une affection débordante envers leur parent adoptif; leur spectre de diagnostic  allait de l’autisme, à l’hyperactivité, à la dépression, etc…ayant jeté aux orties les critères du DSM pour appliquer les leurs. Il faut aussi préciser que leur philosophie est à l’opposé de la théorie de l’attachement de Johnn Bolwby, figure centrale dans le développement de la pédopsychiatrie. Pour ces thérapeutes criminels, l’enfant doit rendre ses parents heureux en se soumettant entièrement à leur autorité.

Une fois le diagnostic posé, on proposait aux parents adoptifs des méthodes de reparentage pour obtenir de l’enfant l’attachement désiré et son obéissance totale. Le Rebirthing propose d’éradiquer par la manière forte  le désordre de l’attachement de l’enfant adopté pour éviter que l’enfant ne devienne un grand criminel, à l’instar de celle de l’Américain Ted Boundy, enfant adopté et devenu à l’âge adulte,  dans les  années 1980, un célèbre Serial Killer.Ces méthodes  incluent un contact visuel de l’enfant avec le parent lorsqu’il l’ordonne, de contention physique, de coups et  d’injonctions destinés à le terroriser, incluant une phase d’une régression censée faire retrouver les souvenirs de la naissance et de la vie intra utérine.

Ce rebirth mortel ferait revivre à l’enfant sa naissance ou la vie intra-utérine – occultée de sa mémoire – avec sa mère biologique; et cette amnésie l’empêcherait de développer des liens affectifs avec ses parents adoptifs. Or, concernant la mémoire d’une supposée reviviscence de sa naissance (ou de sa vie intra-utérine), c’est scientifiquement  impossible. Les premiers souvenirs remontent à l’âge de trois ans après la période d’amnésie infantile évoquée en premier par Freud. Les enfants sont incapables de traduire des souvenirs en images verbales jusqu’à l’âge de six, sept ou huit ans. Des études récentes montrent que le cerveau des enfants n’est pas suffisamment développé pour former et conserver des souvenirs complexes de souvenirs sur le mode de l’encodage des souvenirs d’un cerveau adulte.

Aux fins de diagnostic du désordre affectif d’un enfant, ce courant criminel du rebirthing utilisait une grille, connue pour ses limites, qu’ils avaient pompeusement nommé RAD (Randolph Attachment Disorder questionnaire) .
Les items sont au nombre de 18, et pour s’en faire un petit aperçu, en voici quelques uns:
-superficiellement engageant ou charmant (item 1)-
-vols (item 2)-
-Manque de conscience (12)
-Relations appauvries avec ses proches. (item 13)
-fascination par le feu (14)
-construction anormale du discours (item 18)
Avec cette méthode de « rebirthing », les thérapeutes Connel Watkins et Julie Ponders ont  torturé jusqu’à ce que mort s’ensuive, durant deux semaines, la petite Candace. Ils s’étaient inspirés des pratiques d’un certain Douglas Gosney qui recommandait de faire revivre à l’enfant  chaque étape de sa naissance en plusieurs séances. D.Gosney avait adapté la technique du rebirth à la thérapie de l’attachement. Ces techniques de reparentage furent synthétisées à partir de son travail avec Arthur Janov, l’inventeur du cri primal et de cinq années passées au côté de William Emerson.

 

La boîte à outils de ces  thérapeutes fous comprend plusieurs méthodes coercitives:-La thérapie par compression ou contention consiste par exemple à étouffer l’enfant    sous une couverture pour renaître. C’est ce qui se passa avec Candace.

-Une autre est une Séance de câlin où l’on force l’enfant à manifester de la tendresse à l’égard de ses parents adoptifs pour les rendre heureux.

-Et la troisième est la phase dite de consolidation, un process thérapeutique criminel où est évalué l’attachement de l’enfant à sa mère adoptive.
Lors d’une séance brutale de contention, Candace a suffoqué sous le poids des couvertures, de celui de sa mère et des thérapeutes. Le martyre de la fillette a a duré près de 70 minutes, comme en témoigne l’enregistrement vidéo. Ce qui est délirant, c’est que la mère adoptive de Candace était infirmière en psychiatrie; elle est restée de marbre aux appels de détresse de sa fille. Candace fût mise en position foetale et emballée fermement dans une couverture jusqu’à la tête (sécurisée par un noeud), symbolisant ainsi le ventre maternel.

Quatre grands coussins et neuf oreillers furent placés autour d’elle, pendant que deux thérapeutes et deux assistantes se mettaient à califourchon sur  elle. Un poids de 300 kilos pour une enfant pesant 31 kilos. Candace devait pour renaître sortir la tête première  de ses draps. Se appels à l’aide furent perçus comme un caprice et une crise de colère (faisant partie de la thérapie). Il lui fût répondu: « Marche ou crève ». Candace répliqua: « crever pour aller au paradis? »… oui, lui répondirent alors ces monstres…Elle mourut ainsi étouffée; Le drap déchiré près de ses pieds témoigne de sa lutte pour sortir de l’enfer de cette coercition physique monstrueuse.

Lors du procès, les deux thérapeutes Connell Watkins et Julie Ponders ne manifestèrent aucun remord. Elles furent toutes les deux condamnées à 16 ans de réclusion, le minimum pour maltraitance ayant entraîné la mort d’un enfant. La mère adoptive ne fût pas poursuivie mais sa réaction a de quoi  laisser pantois. On lui avait proposé d’appeler en mémoire de sa fille morte « la loi Candace » interdisant le rebirthing , et elle déclina cette invitation par ces mots: « non, ce serait lui faire trop d’honneur.»

Candace ne fût pas la seule enfant à mourir avec cette thérapie barbare. En 1996, David Polreisbeys, un enfant russe adopté et diagnostiqué comme souffrant de RAD, et soigné comme tel par les méthodes du reparentage. Il fut battu à mort par sa mère adoptive avec une cuillère en bois sur les conseils des thérapeutes.

En 1995, Krystal Tibbeys âgée de trois ans fût tuée par son père adoptif. Les thérapeutes lui avait enseigné comment faire une thérapie de l’attachement à la maison pour dresser l’enfant. Il devait s’allonger sur la tête de l’enfant, et devait appuyer fortement  sur son estomac pour induire une respiration abdominale dans l’espoir de déclencher la colère refoulée de Krystal. Les côtes brisées, l’enfant mourut étouffée.

Deux ans après la mort de Candace, une enfant de quatre ans, Cassandra mourut dans des conditions atroces au cours  d’une séance « d’intervention paradoxale » conseillée par les thérapeutes du reparentage. Comme elle avait volé le soda de sa soeur, les parents l’ont ligoté et lui ont versé environ deux litres d’eau dans le gosier. L’enfant mourut noyée pour avoir bu trop d’eau. La  thérapeute était celle qui avaitt tué  Krystal.

Aujourd’hui, grâce à la loi Candace, ce rebirthing fait l’objet d’une interdiction dans de nombreux états aux Etats Unis.

 

La rédaction de ce post n’aurait pas pu avoir lieu si certains de mes amis médecins et moi-même n’avions pas correspondu avec la regrettée Patricia Crossman, une psychologue qui n’a pas hésité a rendre un « Awards » qu’elle avait obtenu en tant que praticienne confirmée de l’analyse Transactionnelle. Lorsqu’elle s’est aperçue des dérives de cette méthode, elle n’a eu de cesse de dénoncer les dérives de cette thérapie. Et c’est au cours de l’un de ses articles sur le net, jeté comme une bouteille à la mer, que sommes rentrés en contact avec elle. 

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« DERNIER JOUR SUR TERRE »: PSYCHOLOGIE D’UN TUEUR DE MASSE.

« Dernier Jour sur terre »n’est pas un polar inspiré de faits réels, c’est un essai clinique magistral qui a sa place dans une bibliographie de sciences humaines.

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Le 14 février dernier fut une journée sanglante en Floride! Une fusillade dans un lycée a fait 19 morts. C’est l’une des pires tueries dans un lycée américain, et ce depuis celle du village de Sandy Hook dans le Connecticut où 20 enfants de primaire et six adultes avaient péri en 2012. Nicolas Cruz, l’auteur du massacre de Floride, âgé de 19 ans, avait été renvoyé du lycée Marjory Stoneman pour comportement erratique; il a choisi le jour de la Saint Valentin pour perpétrer ce massacre. Il se produirait, aux Etats-Unis, en moyenne, plus d’une fusillade par jour. Et il existe une liste, celle de la fusillade de masse (shootingtracker) qui recense les fusillades de masse. Cette appellation s’applique aux carnages durant lesquelles au moins quatre personnes ont été touchées lors d’attaques perpétrées en public, et dont les victimes n’ont pas de lien direct avec les auteurs. Depuis janvier 2013, l’état fédéral américain définit la tuerie de masse lorsqu’il y a au moins trois victimes (tueur non inclus).

Les fusillades en milieu scolaire et universitaire sont recensées dans les tueries de masse. Au cours de ces vingt dernières années, ces tueries sont devenues un phénomène à part entière. Il restera cantonné aux États Unis jusque dans les années 1990, et  à partir des années 2000,  cette notion fut élargie sur le plan international après plusieurs cas de fusillade en milieu scolaire au Canada et en Europe. Face à cette situation, un domaine d’études international a vu le jour. Il est à la croisée des disciplines de la psychologie, de la sociologie et des études de communication.

Les États Unis détiennent le triste record des fusillades en milieu scolaire. La première du genre eût lieu en août 1966. Le premier jour du mois, Charles Whitman abat à la carabine 16 personnes et en blesse trente et une autres du haut de l’une des tours de l’Université du Texas (Austin).

Le mode opératoire du jeune décidé à passer à l’attaque est rôdé. Il prémédite son acte et se rend dans un établissement scolaire -école primaire, collège, lycée-université- pour tirer sur le plus grand nombre de personnes (élèves ou personnel de l’établissement). La singularité de ce phénomène réside dans les fait que les tueurs n’ont pas de cibles clairement établies.

Le livre de David Vann, « Dernier Jour sur terre » autopsie une fusillade scolaire particulière. Celle de 2008 dans l’Illinois. Le 14 février, encore un jour de la Saint Valentin comme celle de Floride, Steven Philips Karzmierczak, étudiant en sociologie, ouvre le feu dans une salle de cours de l’université de Deklab (Illinois). Il tue six étudiants et en blesse quinze autres avant de se suicider en retournant l’arme contre lui.

« Dernier jour sur terre » est une enquête exhaustive sur la psychologie d’un tueur de masse en milieu universitaire, celui de l’université de l’Illinois. Dernier jour sur Terre est également le titre d’une chanson de Marilyn Manson, celle qu’écoute Steve Kazmierczak avant de tirer à bout portant sur ses camarades. « Dernier Jour sur terre » n’est pas un polar inspiré de faits réels, c’est un essai clinique magistral qui a sa place dans une bibliographie de sciences humaines. L’auteur plonge dans la psyché d’un tueur de masse en se comparant à lui par introspection et à partir de son passé d’adolescent.

Car ils ont, tous les deux, d’étranges similitudes. David Vann était à peine âgé de treize ans lorsqu’il hérite des armes de son père qui a mis fin à ses jours d’un coup de revolver. Le livre commence par ce souvenir glaçant: « Après le suicide de mon père, j’ai hérité de toutes ses armes à feu. J’avais treize ans. Tard le soir, je tendis le bras derrière les manteaux de ma mère dans le placard de l’entrée pour tâter le canon de la carabine paternelle, un Magnum 300. Elle était lourde et froide, elle sentait la graisse à fusil. »

Adolescent, David Vann observe par la lorgnette de sa carabine ses voisins tard dans la nuit; l’envie de tirer sur eux ou les élèves de sa classe lui trotte parfois dans la tête.  Il échafaude des scénarios et imagine sensations qu’il éprouverait en tirant sur des cibles humaines. C’est son père qui l’a initié au maniement des armes. Il lui a appris à observer les braconniers à travers la lunette de sa carabine. Avec le consentement de sa mère, David commande par correspondance les cartouches. Cette culture des armes est inconcevable dans notre pays, et est sujette à débat outre Atlantique, mais pour la comprendre, il faut se référer au deuxième amendement de la constitution qui garantit pour tout citoyen le droit de porter des armes. Chaque état a une législation particulière.

David Vann va enquêter sur la personnalité de Steve Karzmierczak pour le magazine Esquire;  ce qui lui facilite l’accès aux archives de l’affaire. C’est un pavé de mille cinq cent pages dont la consultation avait été refusée à tous les médias prestigieux en passant du New York Times, au Chicago Tribune, au Washington Post, à CNN. Pour David c’était l’opportunité rêvée pour réfléchir à son parcours d’adolescent fasciné par les armes à l’instar de Steve  Karzmierczak.
« J’y ai découvert l’histoire d’un garçon qui avait failli éviter de se changer en tueur de masse, un garçon qui essayait de devenir quelqu’un à l’issue d’une enfance malheureuse, d’un passé émaillé de maladies mentales, un garçon cherchant à atteindre le Rêve américain, qui ne se résume pas à l’argent, mais qui consiste à se reconstruire.»

Le projet initial de David Vann était d’écrire un livre sur la personnalité de Steve, comme   une victime qui se suicide et non comme un tueur de masse. Il consulte les articles de presse  avant de rencontrer les professeurs et l’entourage de Steve K. Tout au long du livre, David Vann a le courage de mettre en parallèle sa vie avec celle de Steve K. Tout comme lui, il a accès à la drogue facilement.  Mais les ressemblances entre eux deux vont vite s’arrêter. Steve K s’entiche du mouvement gothique, écoute Marilyn Manson, le chanteur gothique, souffrir de dépression et côtoyer des gens atteints de troubles mentaux. L’un des moments les plus marquants de la vie de Steve est son séjour au foyer Mary Hill, un foyer situé dans un quartier difficile afro-américain où règne la violence. Sur son évaluation psychiatrique, il est noté que Steve K fait preuve d’un comportement étrange, son cheminement de pensée est normal, et ses émotions qualifiées de neutres.

On ne peut-être  qu’impressionné par la lecture du traitement suivi par Steve K consigné dans le livre. Lisez plutôt: Prozac (20mg le matin), un antidépresseur. Zprexa (10mg, au coucher), neuroleptique atypique. Depakote, 500 mg le matin puis 100mh d’un régulateur de l’humeur. Ses traitements précédents incluaient du Paxil (antidépresseur), du Cogentin, (anticholinergique), Risperdal (neuroleptique atypique), du lithium et du Cylert pour les troubles de l’attention (ADHA). Une camisole chimique.

Avant de passer à l’acte meurtrier, Steve K avait arrêté son traitement! S’il avait suivi cette prescription, aurait-il ouvert le feu dans cette salle de cours? Qui sait?

Après son enquête, David Vann conclut n’avoir aucun point commun avec Steve K. Il ne partage pas son racisme. Steve K était membre du KKK. Ni son libertarisme, son goût pour les films d’horreur, sa fascination pour les tueurs en série, le service militaire, sa sexualité ambivalente, les rencontres obsessionnelles sur le Net, les prostituées, les médicaments, le passé psychiatrique de ses amis dealers, les tatouages, la mère déséquilibrée.

Le seul point commun qu’ont les deux jeunes gens est la fascination pour les armes. Selon David Vann, ce n’est pas parce qu’on possède une arme que la destinée fait de vous un meurtrier. Au fil de son enquête, David Vann est convaincu que le destin de Steve était déjà tracé avant qu’il ne quitte le lycée, et que l’escalade de  violence qui l’a mené à ce massacre était inéluctable.

Après le carnage de Deklab, l’Illinois a tenté légiférer pour limiter l’achat des armes. Un pistolet par mois, soit tout de même la bagatelle de douze armes par an! Peine perdue, le lobby des armes y a mis son veto.

Steve K a abattu cinq étudiants, et il y a les rescapés. Brian, témoigne de l’horreur vécue par les victimes: « J’ai essayé de jeter un coup d’œil derrière l’estrade pour l’apercevoir, mais, à l’instant où je l’ai vu, il s’est tourné et m’a repéré. Il a fait volte-face et il a tiré, et il a appuyé à de multiples reprises sur la détente de son Glock. Il m’a mitraillé. J’ai été touché à la tête. C’était comme de recevoir un coup de barre. Je suis tombé face contre terre, et tout ce qui m’est venu à l’esprit, c’est : je viens d’être abattu, je suis mort. J’ai heurté le sol, les yeux fermés, un sifflement dans mes oreilles et j’ai cru que c’était le bruit de la mort, quand on pénètre dans l’obscurité.»

« Dernier Jour sur terre » est l’un des livres les plus exhaustifs sur la psychologie du tueur de masse. Sa lecture est éprouvante car il ne s’agit pas d’une fiction mais d’une réalité sanglante.

 

Sources:
http://www.gunviolencearchive.org/methodology
http://www.shootingtracker.com
http://www.huffingtonpost.fr/2016/12/03/cette-video-de-prevention-contre-les-tueries-de-masse-dans-les-e/
http://www.telerama.fr/monde/fusillades-aux-etats-unis-les-chiffres-qui-tuent,132224.php
https://sejed.revues.org/8265?lang=en

http://newsoftomorrow.org/histoire/modernite/chronologie-des-fusillades-et-agressions-dans-des-etablissements-scolaires-et-ailleurs

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