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SE SOUVENIR DE SA NAISSANCE AVEC LE CRI PRIMAL, VRAIMENT?

Janov fut l’un des premiers à induire le « syndrome des faux souvenirs »(False Memory Syndrome), le cri primal étant l’une des « premières thérapies de la régression ».

Pop art image of a young woman screaming in terror.

À partir des années 60, dans le domaine de la psychothérapie, les thérapies du New-Age prolifèrent bon train. Certaines d’entre elles, pour ne pas dire toutes semblent relever de la fiction, mais elles ont bel et bien existé et existent encore faisant le lit du charlatanisme. Elles dévoient la fonction de la psychothérapie qui se définit  comme « un traitement psychologique pour un trouble mental, pour des perturbations comportementales ou pour tout autre problème entraînant une souffrance ou une détresse psychologique qui a pour but de favoriser, chez le client, des changements significatifs dans son fonctionnement cognitif. »

Les psychothérapies du new Age ne répondent pas à cette exigence éthique de la psychothérapie, loin s’en faut. Dans leur livre « Crazy Therapies », Singer et Lalich décrivent une longue liste de ces thérapies ébouriffantes du New Age! L’une d’elles est le « Cri Primal » mise au point par Arthur Janov. Le principe est le suivant: « il est est préconisé de crier pour se débarrasser de la « douleur primale » qui vous enferme dans le cercle vicieux des émotions négatives et des maladies de toutes sortes.

Comment classer le Cri Primal parmi les courants de l’époque?

Le Cri Primal est une thérapie de psychologie humaniste dont on peut attribuer la paternité à Abraham Maslow . C’est un modèle de psychothérapie qui cherche à relancer chez la personne, en thérapie, sa tendance auto-innée à se réguler,  à développer son potentiel. Sur le fond, la psychologie humaniste est un concept captivant et à ne pas rejeter, même si on peut lui reprocher aujourd’hui qu’elle ne réponde pas aux critères de « l’Evidence Based Medecine » (les mots qui fâchent). La pensée d’Abraham Maslow figurait au programme de certaines facs de psychologie. Malheureusement, c’est dans ce courant  que se trouvent massivement les pratiques douteuses de psychothérapie avec leurs théories pseudo-scientifiques.  

Le grand public va découvrir Arthur Janov à l’occasion de la sortie de son livre le Cri Primal en 1970. Rapidement, ce livre devient un best-seller à l’échelle mondiale. Jusqu’à cette soudaine notoriété, A. Janov était un psychiatre conventionnel. La même année, Arthur Janov et sa femme Vivian Francès vont fonder avec une vingtaine de personnes l’Institut Primal à Los Angeles. La notoriété de Janov s’envole auprès des médias mainstream au point de faire la Une de Vogue, et séduire des célébrités comme John Lennon et Yoko Ono.

La théorie du cri primal repose sur l’idée que toutes les maladies mentales comme la dépression, les psychoses et les maladies psychosomatiques proviennent des « souvenirs refoulés » lors « du premier trauma qui se produit à la naissance ».

Janov a repris à son compte (en partie) la théorie d’Otto Rank, un dissident de Freud. Otto Rank parla le premier du trauma de la naissance comme vécu primordial et réservoir du mal-être futur. Le traumatisme de la naissance n’est pas forcément celui qui se passe au moment de l’accouchement, et il faut l’interpréter dans le sens d’une perte, d’une séparation dans la vie perceptive et psychique du nourrisson avec sa mère. Pour Otto Rank, les relations avec la mère sont ambivalentes alors que Freud restera centré sur l’Oedipe.

Les thérapies verbales ne trouvent pas grâce auprès de Janov. Selon lui, elles ne solliciteraient que le cortex cérébral et les aires du cerveau en relation avec le mental. L’origine de la souffrance ne peut pas être soignée si le système nerveux central n’est pas sollicité. Car Janov se targue contrairement à la psychanalyse de s’appuyer sur les avancées scientifiques relatives à de nombreux paramètres physiologiques comme le rythme cardiaque, la pression artérielle, etc. Un retour à la normale de certains paramètres physiologiques conduisait Janov à parler de « guérison primale ».

Fort de la théorie de Otto Rank qui divise encore les psychanalystes, Janov va entraîner ses émules thérapeutes à faire retrouver aux patients les souvenirs de leur naissance. Et là, ça se corse

Dans l’approche théorique de Janov, les deux premières années de la vie sont cruciales pour le développement de la psyché de l’enfant. Inconscient de ce premier trauma que constitue la naissance, il prend forcément un mauvais départ dans la vie. Qu’à cela ne tienne, le Cri Primal peut remédier à ce handicap si le patient récupère -en pleine conscience- le souvenir de sa naissance.   Accéder à ces premiers traumas n’est pas une mince affaire, et ça ne ne se fait pas en une seule séance de Cri Primal! Il faut pour cela que le patient s’engage à participer aux nombreux séminaires du Dr Janov! Tout est prévu!

Au fil des séminaires, les souffrances primaires ainsi débusquées, la méthode de Janov devient « une fontaine de Jouvence » qui permet de résister à toutes les maladies. Janov ira même jusqu’à affirmer qu’un patient n’a plus besoin de suivre une autre thérapie, avec  le cri primal, il accède à la pleine maîtrise de sa vie. Ce n’est pas un miracle, c’est de la pseudo-science qui défie les lois de la mémoire, et qui ne repose pas sur les règles de l’Evidence Based Médecine!

Outre le livre culte de Janov, il y en a eu pléthore sur cette fameuse révolution primaire. Une fois la mode passée, la plupart d’entre eux ne furent plus réédités. En 1972, Simon et Shuster, deux émules de Janov, ne tarissent pas d’éloges sur les indications du cri primal: alcoolisme, addiction aux drogues, dépression et troubles bipolaires.

En 1991, la deuxième vague du « nouveau cri primal » est présentée comme une amélioration de la méthode, et son champ d’indications s’élargit. Hypertension, cancer, troubles de la libido, phobies, migraines etc. La panacée universelle.

Janov était convaincu que sa méthode était la seule efficace. Et Janov était pointilleux sur la sélection de ses praticiens, et seuls ceux formés dans son institut avaient l’autorisation de pratiquer. Plus tard, il développa l’idée que le cri primal pouvait être une thérapie familiale salvatrice contre l’injustice, la guerre et la maladie mentale.

Pour Janov, « la souffrance primitive » est provoquée par les souvenirs refoulés qu’il résume avec cette magnifique formule: « La maladie mentale est un cri silencieux ». La formule, il faut le reconnaître est admirable, peut-être pas dans le sens de Janov mais comme celui d’une souffrance dénigrée qui engendre une forme d’ostracisme .

Avec le Cri Primal, quand les patients retrouvent la mémoire perdue des traumas des deux premières années de la vie, en sus de celles de sa naissance, elle se manifeste corporellement: on se roule par terre, on hurle de colère, signes révélateurs de leur naissance. Régression salavatrice (selon lui) au stade du nourrisson ou des deux premières années de la vie.  Ce process est la période primale. Pour que cette régression se fasse dans les meilleures conditions, la salle est aménagée avec des couvertures et des oreillers pour ne pas se blesser et pouvoir crier tout son soul.    

La colère est pour Janov un élément essentiel à revivre dans les processus primals. La lecture de cet extrait du cri Primal laisse songeur: « Je crois que le coléreux est le sujet qui n’est pas aimé – celui qui n’a pu être ce qu’il était réellement. En général, il est en colère contre ses parents parce qu’ils ne l’ont pas laissé être lui-même, et en colère contre lui-même parce qu’Il continue à renier son moi. Mais c’est le besoin qui est fondamental, la colère est l’effet secondaire. Elle survient quand le besoin n’est pas satisfait. Lorsque nous considérons le processus primal, nous constatons qu’il se déroule avec une rigueur presque mathématique. Les premiers primals ont souvent pour sujet la colère. Dans la seconde série, il s’agit de la souffrance et dans le troisième, du besoin d’amour. Le besoin et la non-satisfaction de ce besoin cause en général la plus violente douleur. Le processus primal se déroule comme la vie, mais en sens inverse.»

Janov fut l’un des premiers à induire le « syndrome des faux souvenirs »(False Memory Syndrome), le cri primal étant l’une des « premières thérapies de la régression ». Ou encore appelée en anglais MRT (memory recovered therapy).
Ces techniques de la mémoire récupérée cherchaient à faire retrouver des souvenirs enfouis dans l’inconscient à la suite d’un trauma durant l’enfance. Ainsi, des faux souvenirs d’inceste (ou de pédophilie) ont été créés de toutes pièces avec des conséquences tragiques. Certaines personnes se sont retrouvées derrière les barreaux, de longues années pour délinquance sexuelle qu’elles n’avaient jamais commises. Et à l’époque, le mouvement Meetoo n’existait pas!

À sa décharge, concernant le syndrome des faux souvenirs d’abus sexuels, Janov n’est pas concerné par sa propagation. Les souvenirs des processus primals sont déjà une épopée à eux seuls, sans qu’on y rajoute les abus sexuels. Mais ses méthodes étaient douteuses pour les faire surgir surtout lorsqu’on sait que la période de l’amnésie infantile est absolue jusqu’à l’âge de deux ans, et qu’ensuite, il y a une amnésie relative jusque vers cinq-six ans où les souvenirs sont épars et incomplets. Se souvenir de sa naissance avec le cri primal, c’est un exploit qui défie les connaissances scientifiques sur le fonctionnement de la mémoire!  

Les sessions de Cri Primal se déroulaient dans un hôtel coupé de toute communication (Radio, TV, lecture). Avant de commencer les séminaires, Janov mettait ses patients en privation de sommeil. L’isolement et le manque de sommeil sont des techniques importantes qui, souvent amènent les patients vers le cri primal. La privation de sommeil abaisse les défenses.

Il y a eu de sacrées dérives avec Joseph Hart et Richard Corriae, deux émules de Janov. Ils avaient fait dévêtir leurs patients, et les avaient ensuite battu. Le centre ferma, en 1980, à la suite de plaintes et de poursuites judiciaires. La méthode de Janov ne fait pas l’unanimité parmi les psychothérapeutes. En 2015, l’APA dans le Journal « Psychology of Consciousness », confirme que le cri primal (avec d’autre thérapies) crée des faux souvenirs de naissance. C’est évident quand ils sont supposés concerner la période de l’amnésie infantile.

La psychanalyste Alice Miller s’est tout d’abord montrée élogieuse envers le Cri Primal, et par la suite, elle s’est rétractée. Selon elle, le Cri Primal pouvait être dangereux s’il n’était pas encadré par des professionnels. Notamment, elle critiqua les croyances sur la force cathartique lors des périodes primales. Si amélioration, il y avait, elle n’était que provisoire. Alice Miller critiqua aussi l’intensité des stages et le « risque de développer une addiction à la douleur ».

Le site Pubmed (en langue anglaise) publie quelques articles critiques sur la méthode de Janov même s’ils datent des années 80. En 1989, sur le plan médical, PritkinJ, Balin R et Young H évoquent le risque du syndrome de Mallory-Weiss (déchirure superficielle de la muqueuse à la jonction de l’oesophage et de l’estomac). À force de crier à pleins poumons, comment s’en étonner.  

Des comportementalistes évoquent la mauvaise orientation conceptuelle de cette méthode, en considérant que le cri Primal est une approche exotique et à l’éclectisme théorique informe. Voire dangereuse susceptible d’aggraver l’état du malade.

Malgré les nombreuses mises en garde, on ne peut que constater que les racines historiques du cri Primal sont toujours actuelles. Cette méthode séduit encore beaucoup de personnes attirées par le développement personnel et les thérapies alternatives.

De nombreux thérapeutes proposent encore des stages de Cri Primal en France et en Europe, et certains soignants sont toujours élogieux envers cette méthode New Age.

Le livre « Le Cri Primal » est toujours un best-seller, et son contenu théorique peu scientifique malgré les affirmations de son auteur, pour qui n’a pas l’esprit critique peut toujours séduire. Surtout si certains passages du livre rejoignent des réflexions personnelles sur la souffrance de la vie et le trauma  de la naissance. La naissance et la mort sont les deux extrêmes de la vie, et il faut bien accepter adulte que « l’enfance est un voyage oublié » (Jean Mallard).
Et si vous voulez vraiment crier, hurler à pleins poumons, vous pouvez toujours le faire derrière votre ordinateur ou en pleine nature

Sources

Les sources de ce post viennent d’un article de Martin Gardner,  « Primal Scream: A Persistent New Age Therapy », publié dans la revue Sceptique Skeptical Inquirer, il y a plus de 15 ans. 

https://en.wikipedia.org/wiki/Primal_therapy http://www.constellations-je-nous.com/article-17622693.html
https://en.wikipedia.org/wiki/Primal_therapy
https://fr.wikipedia.org/wiki/Psychologie_humaniste
http://memovocab.perso.sfr.fr/glossaire/glossa_af/amnesie_infantile.html

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SOUMISSION CHIMIQUE ET DÉRIVE SECTAIRE.

L’emprise chimique abolit les réflexes de protection et les réactions de défense, et il devient aisé de profiter sans scrupules de la diminution des performances intellectuelles ou physiques de quelqu’un, de l’amener à agir contre ses intérêts et de le contrôler.

Dans son roman dystopique « Le Meilleur des Mondes », Aldous Huxley évoque la sujétion psychologique des populations avec le Soma,  une drogue qui rend heureux. Artificielle, elle est présentée comme un simple médicament censé résoudre tous les maux de la société et se substitue à l’alcool et le tabac. À forte dose, le soma plonge l’utilisateur dans un sommeil béat.

Avec les avancées de la psychopharmacologie, la soumission chimique est aujourd’hui une réalité peu connue. Les  substances qui permettent d’assujettir autrui ne manquent pas.  Quelques précisions s’imposent. Ce post est centré sur la sujétion chimique plus que sur l’addiction que l’on va succinctement résumer à l’envie irrépressible de faire ou de consommer quelque chose en dépit des efforts du sujet pour s’en empêcher. Mais sujétion et addiction peuvent être interdépendants incontestablement, et relèvent de l’addictologie.

Alors comment définir la soumission chimique?

La soumission chimique est l’administration à des fins criminelles ou délictuelles d’une substance psychoactive à l’insu de la victime.  L’emprise chimique abolit les réflexes de protection et les réactions de défense,  et il devient aisé de profiter sans scrupules de la diminution des performances intellectuelles ou physiques de quelqu’un, de l’amener à agir contre ses intérêts et de le contrôler. L’assujettir, le mettre sous emprise mentale et physique.   Les substances utilisées, dans ce cadre là, mettent en jeu des mécanismes cérébraux inhibiteurs responsables des troubles de la vigilance et de la mémoire. Dans le cerveau,  le degré de vigilance est commandé par le cortex frontal, partie antérieure de l’encéphale, connectée au thalamus, qui reçoit notamment les informations visuelles et auditives de l’extérieur. Pour diminuer la vigilance, il y a des actions complexes du thalamus qui agissent sur le cortex frontal, soit en l’excitant, soit en l’inhibant.

Certaines molécules sont connues pour induire la soumission chimique. À l’instar du gamma-OH ou GHB, la drogue des violeurs, un hypnotique puissant uniquement prescrit sur ordonnance médicale. Le GHB agit sur le siège de la volonté en diminuant l’activité de la partie frontale du cerveau. L’action de ce type de molécules sur le cortex a une autre conséquence chez les victimes: une victime violée sous l’emprise d’une substance chimique sera amnésique de son viol. Durant le temps d’action de la drogue, les souvenirs ne sont pas stockés; ce qui rend difficile l’identification des délinquants sexuels.

Il est possible d’abaisser les seuils de résistance, d’obtenir  artificiellement la confiance d’autrui pour le manipuler avec certaines molécules comme la vasopressine et l’ocytocine, connues comme les hormones de l’amour et de l’attachement. Des neuropeptides diffusées sous forme de spray. L’ocytocine agit sur la perception de la peur, ce qui est démontré par les travaux de Peter Kirsch de l’Université de Giessen (Allemagne). Avec l’ocytocine, un délinquant sexuel peut obtenir la confiance d’une proie sexuelle.

La soumission chimique est un procédé psychosectaire peu connu, et pourtant elle date d’une bonne vingtaine d’années, et on peut la classer dans les dérives des psychothérapies ou du développement personnel du New Age. Des Crazy thérapies (ces thérapies dingues) pour reprendre le titre du livre de la psychologue Margaret Singer et du sociologue Janja Lalich. L’une d’elles concerne le chamanisme à la croisée du développement personnel et de la psychothérapie.

Beaucoup de personnes « en recherche » sont séduites actuellement par la pratique du chamanisme, et vont tomber dans le piège de la soumission chimique en ingérant des psychostimulants naturels présentés comme des recettes ancestrales. Sous couvert de développement personnel, de psychothérapie voire de médecines alternatives, des charlatans proposent des ersatz de pratiques chamaniques conjuguées à des drogues puissantes. L’idée de ces chamans de pacotille est de provoquer des États Modifiés de Conscience (EMC) que l’on présente aux victimes comme des « visions chamaniques » propices à une évolution spirituelle.

Ces faux chamans s’inspirent d’authentiques traditions chamaniques qui utilisent des drogues dans leurs rituels. Particulièrement, celle de l’Amazonie et son hallucinogène puissant, l’ayahuasca, une décoction à base de plantes locale comme le banisteriopsis Caapi et dont l’effet psychotrope est obtenu avec la psychotria viridis (DMT). Les Indiens d’Amazonie la surnomme en claquant des dents, la « Liane de la Mort » ou  le vin des Morts. Son ingestion entraîne une modification des perceptions et des phénomènes hallucinatoires.

Ses effets sont proches de ceux du L.S.D, le psychoactif de référence. De nombreuses victimes sont tombées sous l’emprise chimique et sectaire de l’ayahuasca, malgré l’interdiction justifiée en France, depuis 2005, de la décoction. En Europe, la drogue amazonienne est diffusée par des micro-groupes, fonctionnant en  « système clos », et  elle a acquis le statut d’un outil chimique de manipulation redoutable définis sur le mode de groupes totalitaires, d’officines sectaires. Le pharmacologue Gilbert Pépin, il y a plus de dix ans, a mis en exergue la double soumission -chimique et sectaire-des victimes de l’ayahuasca. Consommée ainsi, on a observé des décompensations psychiatriques, des suicides quelques mois après l’avoir prise, des comas et des morts par overdose.  

Toutefois, j’ai trouvé en faisant des recherches sur le net, un plaidoyer presque favorable à l’ayahuasca. Le Dr Antoine Lagaude, psychiatre et addictologue à la clinique de la Ramée à Bruxelles, lui accorderait des vertus en psychothérapie pour faciliter l’introspection. Dans une interview accordée au magazine féminin Elle, il précise que ces études manquent de références scientifiques et que si la dépendance à l’ayahuasca est faible, l’expérience n’est tout de même pas sans risques. « Certains cas de psychoses induites et de décompensation de maladies préexistantes ont été décrits.»

On peut trouver également sur Pubmed un article qui se présente comme une revue systématique de sept études sur 130 patients portant sur l’ayahuasca dans le traitement de la dépression et de l’anxiété. Ni concluant, ni prometteur pour l’instant comme l’indique la conclusion: « Bien que des preuves supplémentaires soient nécessaires, les psychédéliques semblent être efficaces pour réduire considérablement les symptômes de dépression et d’anxiété et sont bien tolérés.»

Toujours dans le registre des dérives du chamanisme, les observateurs constatent également la montée en puissance préoccupante de l’iboga, un bois sacré hallucinogène originaire du  Gabon, de la tradition des Bwitis. Il  est aussi appelé le L.S.D africain, ce qui évoque, sans détour, sa parenté pharmacologique avec la molécule chimique du même nom. Dans une édition de 2007, le journal le Parisien rapporte la mort d’un jeune toxicomane alsacien de 26 ans, qui au cours d’un stage de chamanisme africain en Ardèche, avait consommé de l’iboga. Son cas est rapporté en 2012 dans les Annales de Toxicologie Analytique dans les prélèvements post-mortem.

Au regard des progrès fulgurants de la soumission chimique, la plus grande vigilance est de rigueur » constate le Dr Patrick Barriot, enseignant à la faculté de médecine de Montpellier.

Sources: https://www.pourlascience.fr/sd/neurobiologie/la-soumission-chimique-1688.php http://scienceactumagazine.unblog.fr/2009/03/18/locytocine-lhormone-de-lattachement/ Communication, société de médecine légale et de criminologie de France, séancedu 11 septembre 2000: “Un  Nouvel hallucinogène en Europe: l’ayahuasca ou vin de l’esprit”, G.Pépin, M.Chèze, F.Billaut, Y.Gaillard.In annales de Toxicologie Analytique, vol XVI, n°1, 2004, “Ayahuasca: liane de l’âme, chamans et soumissions chimiques “Ayahuasca: liane de l’âme, chamans et soumission chimique”, G.Pepin, M.Chèze, F.Billaut, Y.Gaillard.

Note de l’auteure: Ce post est une version enrichie d’un précédent post publié en mars 2018.

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L’AFFAIRE RAMONA, UNE SOMBRE HISTOIRE DE SÉRUM DE VÉRITÉ ET DE FAUX SOUVENIRS.

Cela peut choquer aujourd’hui en 2021, mais c’était l’usage dans les années 80/90, de recourir à l’Amytal comme technique adjuvante pour aider un patient à retrouver la mémoire.

L’affaire Ramona est l’histoire d’un procès qui s’est tenu aux Etats-Unis dans les années 90. Ramona est le père de trois filles. Mais son aînée Holly qui poursuit des études dans le secondaire,  souffre de boulimie et de dépression.

Inquiète, l’épouse de Ramona envoie sa fille Holly consulter un  psychothérapeute et suivre une thérapie familiale dans un hôpital. Lors de la première consultation, le praticien explique « doctement » que 90 % des personnes souffrant de boulimie ont été victimes d’un abus sexuel durant leur enfance. Holly rétorque qu’elle n’a aucun souvenir d’un abus quelconque, mais curieusement, au cours de sa thérapie, elle a d’étranges flash-backs. Ils se manifestent par de brèves images mentales où elle voit son père sur elle.

Le thérapeute décrypte ces images comme des souvenirs d’inceste. Il propose à Holly de la mettre sous amytal de sodium, un supposé sérum de vérité, pour avoir la confirmation que son père a bien abusé d’elle. Cela peut choquer aujourd’hui en 2018,  mais c’était l’usage dans les années 80/90, de recourir à l’amytal comme technique adjuvante pour aider un patient à retrouver la mémoire (MRT, acronyme en anglais). Sous Amytal, Holly confirme l’inceste.

Après six mois de psychothérapie, les thérapeutes reprogramment une nouvelle séance sous Amytal, et là encore Holly réitère les mêmes propos énoncés lors de la première séance.

Le recours à l’Amytal avait été demandé pour confronter le père à sa fille, et ainsi prouver l’inceste. Sans savoir de quoi il retourne, le 15 mars 1990, Ramona est convoqué à l’hôpital,  et quand il rentre dans la salle d’examen, il aperçoit au chevet de Holly groggy par la drogue,  son épouse et les thérapeutes.

Holly, sous sérum de vérité, redit qu’elle a été violée par son père entre l’âge de cinq et huit ans. Ramona proteste en disant que c’est une allégation mensongère. Son épouse et les psychologues doutent de sa bonne foi et l’exhortent à avouer le supposé inceste. Ramona propose qu’on l’interroge sous Amytal comme on l’a fait pour Holly. Requête refusée.

Ramona est moralement dévasté par ces accusations infondées. Les ennuis s’accumulent. Un an après, sa femme demande le divorce. Cadre supérieur dans une société viticole, il est licencié. La perte de son emploi est la conséquence des rumeurs d’inceste qui courent sur lui. Pugnace, il entame des poursuites judiciaires contre les deux thérapeutes de Holly et l’hôpital. Les avocats de Holly invoquent le fait que sa fille est satisfaite de cette prise en charge thérapeutique, et que de toute façon, Ramona n’a pas le droit d’interférer et d’entamer des poursuites pénales. L’affaire est portée devant les tribunaux.

À la barre, les experts des deux parties vont se succéder. Certains comme l’expert psychiatre G.Harrisson Pope viennent plaider la cause de Ramona. Pour eux, l’origine de la boulimie n’est pas liée à un abus sexuel durant l’enfance, de même la validité d’un témoignage sous sérum de vérité qui est à prendre avec des pincettes sur la fiabilité des souvenirs. Malléabilité de la mémoire connue avec les supposés sérums de vérité. Ils considèrent les souvenirs de Holly faux. Alors pourquoi parlent-ils de faux souvenirs? Car pour eux, ces supposés souvenirs d’inceste ont été récupérés sous une thérapie qui provoque un état altéré de conscience et où la suggestibilité du sujet joue un rôle important. Ces experts soulignent le pseudo-scientisme de la théorie des souvenirs refoulés qui créeraient une amnésie sur de longues années (voire des décennies). Comme un mécanisme automatique de protection destiné à occulter la douleur d’un trauma survenu durant l’enfance, et pour la soigner, il faut qu’on se souvienne du trauma.

Du côté des défenseurs de Holly, c’est un autre son de cloche. Eux, affirment que la thérapie a été menée correctement, et qu’elle présente bien avec sa boulimie tous les symptômes d’une victime d’inceste.

Afin d’étayer leur diagnostic, ils invoquent ses goûts alimentaires qui constituent des preuves tangibles. Holly n’aime pas la mayonnaise, déteste les soupes à la crème ou le fromage fondu, et elle n’accepte de manger des bananes que coupées en petits morceaux. On peut s’étonner de cet étalage sur ses goûts alimentaires. Et bien, parce que pour ces experts, ces aliments évoquent le sperme que Holly devait avaler au cours de fellations. Ils parlent de l’image désastreuse de son corps, de ses inhibitions sexuelles et des symptômes dépressifs qu’ils décryptent comme des souvenirs inconscients d’inceste.

Le procès Ramona est exemplaire pour plusieurs raisons. Dabord, c’est le procès d’une catégorie de thérapeutes proclamant qu’il est possible de faire se souvenir d’un trauma oublié durant des décennies à l’aide de techniques douteuses qui n’ont pas fait les preuves de leur efficacité scientifique.

Ensuite, il dénonce les aberrations de la « théorie de la  mémoire recouvrée » et des thérapies (ou techniques) génératrices de faux souvenirs. Côté mémoire, il est impossible de parler « d’amnésie » totale sur des décennies lors d’un violent trauma. Ici un inceste, même si après un stress intense, une amnésie peut se produire et est rapportée dans la littérature scientifique.

Holly a reconnu qu’elle avait complètement oublié ce trauma, et qu’elle ne s’est souvenue des actes incestueux des années plus tard que sous la double influence des thérapeutes et du sérum de vérité.

Évidemment, le temps est une notion subjective et le délai de prescription pour dénoncer un agresseur sexuel est important. Libérer la parole des victimes à l’âge adulte est une entreprise délicate, surtout dans les cas d’un très grand traumatisme comme l’abus sexuel chez l’enfant. Dans l’affaire Ramona, il s’agit de dénoncer les pratiques douteuses de professionnels de la psychothérapie qui manipulent la mémoire.

On peut-être sceptique sur l’existence des faux souvenirs, surtout lorsqu’il s’agit d’abus sexuels! Ils peuvent être des paravents utilisés par des parents incestueux ou des pédophiles pour camoufler leurs crimes. Il faut être vigilant, oui, à ce que ce ne soit pas le cas, mais les faux souvenirs d’abus sexuels existent bel et bien! L’affaire Ramona n’est qu’une affaire parmi d’autres qui ont secoué les États-Unis à partir des années 1980.

Les faux souvenirs ne se cantonnent pas à l’abus sexuel. On a vu défiler tout un inventaire ébouriffant. C’est allé des enlèvements par des E.T en passant par les rituels sataniques, aux sacrifices de bébés où des femmes de milieux conservateurs anti-avortement déclaraient être enceintes après avoir participé de force à des orgies. Affabulations dignes de thrillers!

Alors, quels sont les arguments qui ont permis d’innocenter Ramona, et de prouver les faux souvenirs de Holly?

G.H Harrisson Pope, l’un des experts psychiatres, du procès Ramona, doute fort qu’une victime d’abus sexuel, violée entre l’âge de sept ou huit ans, soit amnésique au sens où on le prétend dans la « théorie de la mémoire retrouvée »! Une véritable victime mettrait ce trauma dans un coin de sa mémoire mais en aurait conscience. Elle s’en souviendrait en filigrane mais serait bloquée pour en parler.

G.H Pope évoque le travail de Judith Herman sur les « Survivantes d’inceste » (appelées ainsi comme les survivants de la guerre du Viet-Nam). Dans son best-seller Father-Daughter  (Père-Fille, 1980) Judith Lewis Herman décrit 40 cas de femmes victimes d’inceste. La plupart d’entre elles ont gardé, au cours du temps, le souvenir de ces abus. Six ans plus tard, dans un article publié dans une revue de psychologie, elle cite 14 de ses patientes qui, elles seraient totalement amnésiques. Les médias et les livres de vulgarisation sur l’inceste ont relayé cette étude,  alors que sa méthodologie était biaisée. Cette étude a fortement contribué à diffuser la théorie des souvenirs refoulés chez les survivant(e)s d’inceste. Un blocage, au sens du comportement réactionnel à faire face à cette situation.

G.Harrisson Pope donne son point de vue sur les aliments détestés par Holly, et il est contraire à ceux qui défendent Holly. D’abord, ces aliments sont riches en calories et bourratifs. Leur aversion par Holly ne constitue nullement la preuve d’un abus sexuel. Les patients boulimiques sont capables d’ingérer de grandes quantités de nourriture très caloriques, et ensuite de se faire vomir. Ce que n’a jamais fait Holly.

Au cours du procès, le psychiatre G.H Pope cite les travaux de la psychologue cognitiviste et spécialiste de la mémoire humaine Élisabeth Loftus, qui a mené diverses expériences sur la malléabilité de la mémoire. Elle a réussi à implanter, au cours d’une expérience de laboratoire, des faux souvenirs dans un groupe d’adultes à titre expérimental. Elle les a persuadés qu’ils s’étaient perdus, enfant, dans un centre commercial. Ce qui ne s’était jamais produit.

Et il y a la « suggestibilité » des sujets sous thérapie! Certaines personnes sont-elles plus ou moins influençables que d’autres?

Mainfestement, on peut l’être par périodes, lorsqu’on souffre de dépression, de troubles du comportement alimentaire ou autres. Mais on ne peut jamais affirmer que la cause d’une dépression et à fortiori d’autres troubles) est due à un abus sexuel comme dans le procès Ramona, et c’est pourtant ce qui se dit dans la plupart des ouvrages de vulgarisation. Ces troubles peuvent atteindre tout le monde, et ils ne sont pas spécifiques aux victimes d’inceste.

Et la fiabilité du sérum de vérité pour tirer les vers du nez? Depuis la fin du XIXe siècle, on sait que certaines drogues falsifient la mémoire en augmentant le potentiel de suggestibilité ou les confabulations. Il y a tout une littérature autour des substances altérant la conscience qui ont développé de fausses croyances autour de l’abus sexuel (hors GHB, la drogue des violeurs). Dans les premières décennies du XX siècle, les médecins administraient les sédatifs et anesthésiants aux patients(e)s dûment chaperonnés. On savait que sous l’emprise de certaines substances, des patientes pouvaient accuser leur médecin de viol, et toute intrusion d’ustensiles médicaux dans le corps pouvaient donner lieu à des interprétations fantaisistes.

Le verdict du procès Ramona montre l’absence de fiabilité des techniques censées faire retrouver des souvenirs oubliés sur une longue période. Sans entraver son libre-choix, une personne voulant suivre une thérapie au risque élevé de suggestibilité et susceptible de créer des faux souvenirs, doit en être informée et la choisir en connaissance de cause.

Le cas Ramona pose clairement le risque bénéfice/risque d’une thérapie. Ramona a été lavé de tout soupçon d’inceste. Les fausses convictions implantées chez des patients renforcent le fait qu’elles sont au centre du mal-être de la personne. Les faux souvenirs sont un mauvais départ s’ils sont pris au pied de la lettre. On ne peut pas prendre en charge une victime d’un  véritable inceste comme celle qui a des « faux souvenirs ». Ce serait faire injure aux victimes.

Côté mémoire, est-il possible d’envisager une « amnésie totale » (parfois sur des décennies) lors d’un violent trauma,  et notamment lors d’un inceste comme dans le cas de Holly, la fille de Ramona? Souvenirs réprimés par dissociation avec une mémoire fonctionnant comme un magnétoscope où il suffit d’appuyer sur « ON » ou « OFF » pour retrouver l’instant T traumatisme?  Et cerise sur le gâteau, visible sous IRM ? Vraiment? Non, pas vraiment !

L’on ne peut constater que dans le syndrome des faux souvenirs, le terme « d’amnésie dissociative » revient souvent sur le tapis pour justifier l’oubli total  d’un trauma sur des décennies. Aujourd’hui, il est remplacé par celui d’amnésie traumatique, mais le mécanisme reste le même. En fait, le terme d’amnésie est joyeusement dévoyé pour expliquer que la mémoire fonctionne comme un magnétoscope, et qu’il est possible de  récupérer d’une façon « quasi miraculeuse » des souvenirs par une technique altérant la conscience. Comme chez Holly, le recours à l’amytal.

Il y a clairement un mésusage du terme amnésie qui sert à brouiller les pistes pour parler des conséquences d’un trauma sur la mémoire. En l’état des connaissances scientifiques actuelles, soulignons que  le terme « d’amnésie dissociative » fait  l’objet de publications (rares) répertoriées récemment dans la littérature scientifique. On peut éventuellement envisager l’idée d’une controverse scientifique entre spécialistes, mais il faut la distinguer des explications pseudo-scientifiques sur le fonctionnement de la mémoire dans le cas des faux souvenirs, récupérés par des techniques douteuses à base d’États Modifiés de Conscience. À savoir que les dites techniques n’ont pas fait la preuve de leur efficacité suivant les règles de l’Evidence Based Médecine.

Pour en savoir plus sur l’amnésie dissociative, le lecteur peut se reporter à l’article dûment documenté du Dr Marc Gozlan sur son blog réalités Biomédicales « Ces patients frappés d’amnésie après un stress intense ». C’est une approche rigoureuse qui ne fait aucune part à l’approximation scientifique, et si l’on retrouve le terme d’amnésie dissociative, cela n’enlève rien à l’existence des faux souvenirs induits (non évoqués dans  le dit article).

L’amnésie dissociative est un vocable scientifique qui sert à désigner certaines formes d’amnésie, et n’est pas un concept à lui seul. L’une de ses caractéristiques est de ne pas se voir sous I.R.M, contrairement à ce que prétendent ceux qui évoquent « l’amnésie traumatique » en cause dans les faux souvenirs.

Le danger des faux souvenirs d’inceste, outre le risque d’erreurs judiciaires, nuit aux vraies victimes d’inceste. Le point de vue du Dr G.H Pope est sans ambiguité : « oui, nous ne devons jamais ignorer la réalité de l’abus sexuel durant l’enfance, mais nous devons trouver des solutions quand ces souvenirs sont faux. »

Note: 

Le médecin blogueur Marc Gozlan dans son article « Ces Patients frappés d’amnésie après un stress intense » publié sur le blog Réalités Biomédicales, évoque en ces termes l’amnésie dissociative:  « Il est très rare qu’une série de cas d’amnésie dissociative soit publiée dans la littérature médicale. Une étude, parue en septembre 2017 dans la revue Brain, fait état de 53 cas examinés entre 1990 et 2008 au St Thomas’s Hospital de Londres par le Pr Michael Koperman et ses collègues. Il aura donc fallu près de vingt ans pour cumuler ces cas. On comptait trois hommes pour une femme.» Et  l’article de Marc Gozlan détaille l’étude anglaise avec les expressions de ce trouble de la mémoire comme la fugue dissociative, l’amnésie rétrograde prolongée et les trous de mémoire, l’altération des mémoires sémantique personnelle, et autobiographique. L’amnésie dissociative existe et présente de multiples facettes. La lecture de l’article de Marc Gozlan permet de saisir le fonctionnement scientifique de la mémoire, et de constater que l’amnésie dissociative, même si elle est rare, fait l’objet de publications répertoriées dans des revues spécialisées. Mais elle n’a malgré les similitudes du vocabulaire, aucun rapport avec cette amnésie traumatique « à grande échelle » et « quasi générale » qui concernerait les victimes d’un trauma.  

Et cité dans l’article de Marc Gozlan, à paraître un article de Thomas-Antérion C. L’amnésie dissociative. Neuropsychologie (sous presse, 2018).

Pour en savoir plus: 

http://realitesbiomedicales.blog.lemonde.fr/2017/11/15/ces-patients-frappes-damnesie-apres-un-stress-intense/

https://www.cambridge.org/core/journals/irish-journal-of-psychological-medicine/article/false-memory-syndrome-balancing-the-evidence-for-and-against/8CE54B731E32DD54BE4F04067A3A79FC

Une première version de l’article « L’affaire Ramona, une sombre histoire de sérum de vérité » a précédemment été publié le 23 octobre 2013. Il a été enrichi par de nouvelles données en l’état des nouvelles connaissances scientifiques:  https://autreregardsurlapsychologie.blogspot.fr/2013/10/laffaire-ramona-une-sombre-histoire-de.html

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LES GROUPES BALINT SONT-ILS VRAIMENT DÉMODÉS POUR AMÉLIORER LA RELATION ENTRE LES SOIGNANTS ET LES PATIENTS?

Le groupe se compose de 8 à 12 soignants qui se retrouvent régulièrement pour réfléchir autour de la présentation d’un cas clinique où la relation médecin/malade est difficile.

La psychologie médicale étudie la fonction soignante, le malade et sa maladie. Toute situation de relation et d’interaction médecin/patient. Délibérément, j’élargis la psychologie médicale aux autres catégories de soignants que les médecins, même si « académiquement » l’objet de cette discipline était dévolue à la relation médecin/malade. La psyché des patients réagit aux mêmes règles, avec certes des attentes et des nuances différentes suivant la catégorie de soignants auxquels ils ont affaire.

Les aspects psychologiques concernent les nombreux champs de la médecine.

-Les facteurs de causalité ou de prédisposition de la maladie (maladies psychosomatiques et maladies fonctionnelles).

-Comportement et adaptation du malade à la maladie et aux thérapeutiques comme le déni, l’anxiété ou la dépression) déterminants pour l’attitude du patient et l’évolution de la maladie.

-Attentes d’ordre relationnelles et émotionnelles coexistant avec la maladie et ses symptômes vis à vis du médecin et également son environnement (affectif, professionnel et relationnel).

-Et les multiples aspects de la relation médecin/malade

« Penser le soin »n’est pas une attitude inédite. Dès les années 30, la dimension relationnelle médecin/malade avait été proposée dans le cadre de la formation continue des généralistes par Michael Balint, l’inventeur des groupes du même nom.

Michael Balint était un psychiatre et psychanalyste d’origine hongroise, né en 1896 et mort en 1970 à Londres. Son père, médecin généraliste, incita son fils à suivre son chemin. Michael Balint va d’abord s’orienter vers la médecine psychosomatique, et parallèlement à ses études de médecine, il suit des études de chimie. Côté psychothérapie (même si le mot n’a pas la même connotation qu’aujourd’hui) il suit une psychanalyse, dont une tranche avec le neurologue Ferenczi Sandor décrit comme l’enfant terrible de la psychanalyse tant ses relations sont ambigües avec Freud, et qui contrairement à d’autres psychanalystes de l’entourage de Freud « va regarder en face les traumatismes sexuels infantiles, et lutter – à ses dépens – contre le déni collectif qui alimente le tabou tragique de l’inceste. » Sandor Ferenczi avait été lui-même violé dans son enfance. Ces quelques mots sur le psychanalyste Sandor Ferenczi sont importants pour comprendre l’état d’esprit de Michael Balint dans son parcours professionnel.

À partir de 1925, il va participer à l’organisation de l’institut de psychanalyse et d’une polyclinique de psychothérapie psychanalytique dont il va devenir le directeur en 1933 à la mort de Sandor Ferenczi. En 1938, Michael Balint fuit la Hongrie avec son épouse et s’installe à Manchester, en Grande Bretagne où Alice Balint meurt brutalement à son arrivée.

Après la guerre, Michael Balint s’installe à Londres, et de 1948 à 1961, il travaille à la Tavistock Clinic, le premier centre de thérapie analytique anglais fondé en 1920 par le psychiatre Hugh Crichton-Miller qui avait travaillé sur les névroses de guerre sous la double influence de Freud et de Jung . Depuis son ouverture, la vocation de la Tavistock Clinic était d’étudier les relations humaines. Elle est toujours active avec de nombreux départements et est devenue une fondation depuis 2006. Il a été reproché lors des premiers temps de la Tavisktock Clinic, d’être trop éclectique et pas assez rigoriste dans les principes de la psychanalyse. Il faut aussi replacer cette remarque dans le contexte de l’époque en se souvenant que la psychanalyse était une révolution dans la prise en charge des patients souffrant des troubles de la psyché.

À Manchester, Balint va se spécialiser dans la psychologie de l’enfant. Quand il intègre la Tavistock Clinic, il s’intéresse au travail sur le groupe du psychiatre Bion. Psychiatre militaire et principal disciple de Mélanie Klein, en traitant les névroses de guerre, Bion constate qu’un traitement individuel n’est pas adapté, mais qu’il fallait prendre en charge tous ces patients par « petits groupes ». Pour Bion, un groupe fonctionne comme une unité, comme un tout développant une logique propre au delà de celle des individus.

C’est dans cet environnement éclectique que Balint et sa troisième épouse Enid travailleuse sociale rencontrée à la clinique, vont créer les fameux groupes Balint de renommée internationale.

Il semblerait, selon un article, publié dans la revue CAIRN que ce soit la relation difficile entre Balint et son père, médecin généraliste, homme froid et rigide qui l’aurait incité à créer ces fameux séminaires de formation recherche à destination des médecins généralistes. « C’est sans doute son père que Michæl Balint aurait aimé sensibiliser au vécu de ses « enfants-patients », c’est à lui qu’il aurait voulu apprendre à être attentif à leurs sentiments et à leurs problèmes.»

L’ouvrage fondamental de M.Balint est « Le médecin, son malade et la maladie publié en 1996 dont voici le synopsis: « Pourquoi, malgré de sérieux efforts de part et d’autre, la relation entre malade et médecin est-elle si souvent insatisfaisante, voire malheureuse, alors même que le médicament de beaucoup le plus fréquemment utilisé en médecine générale est précisément le médecin ?»

Le but d’un groupe Balint est de reconnaitre les émotions du patient ainsi que celles du soignant et trouver ainsi la meilleure interaction favorable et utile au malade. Cela va des non-dits aux actes manqués ou aux mots employés en sus de l’empathie à la base du métier de soignant.

Comment fonctionne un groupe Balint? Il faut préciser que ce n’est pas un groupe thérapeutique pour les soignants. Si ces derniers ont des problèmes, le groupe Balint n’a pas vocation à les soigner. Ce n’est pas non plus un séminaire de cas cliniques. L’histoire du malade est juste un point de départ pour étudier la relation du soignant avec son patient, et ainsi voir comment le soignant peut aider favorablement le patient à évoluer.

Le groupe se compose de 8 à 12 soignants qui se retrouvent régulièrement pour réfléchir autour de la présentation d’un cas clinique où la relation médecin/malade est difficile. Sur le terrain de la psychanalyse. Alors, compte tenu aujourd’hui de la diversité des approches théoriques en psychothérapie c’est peut-être pour certains soignants un frein pour participer à des groupes Balint. Mais la philosophie mise au point reste séduisante et éthique. Apprécier ou non la psychanalyse est une autre histoire.

Les règles de fonctionnement d’un groupe Balint sont les suivantes, et figurent sur le site officiel des groupes Balint:

  • la spontanéité avec laquelle le rapporteur du cas le raconte
  • les associations libres des idées et des ressentis
  • absence de notes
  • le respect de la parole des autres sans évaluation ni jugement
  • la confidentialité

Que reste-t-il aujourd’hui de l’héritage de Balint qui pourrait inspirer encore des réflexions des soignants sur leur relation avec les patients soit hospitalisés ou dans le cadre de consultations individuelles. Et tant qu’on y est, incluons aussi les téléconsultations qui se sont développées durant la pandémie.

Il y a de nombreuses réponses sur le site officiel de la Société Médicale Balint qui propose des formations à tout type de soignants ainsi que de nombreux textes sur l’approche de Balint. Il y a un point sur lequel avait insisté Balint, c’est la supervision.

De réécrire une nouvelle fois que la psychanalyse n’a plus la même influence qu’au temps de Balint, mais cette évolution peut encore faire émerger chez les médecins et soignant des réflexions sur la rencontre thérapeutique avec certains critères élaborés par Balint.

Balint avait insisté en son temps sur l’urgence d’une « conversion communautaire de la médecine et de l’hygiène mentale ». Qu’aurait-il pensé de des médecins de plateaux interviewés à longueur de journée sur pandémie actuelle ! Leurs propos « alarmistes ou rassuristes », déversés à jet continu sur les réseaux sociaux risquent à la longue d’avoir un fort impact sur la relation médecin/malade; celle qui se forge au fil intimiste des consultations dans les cabinets médicaux des généralistes et des spécialistes. C’est à l’opposé de l’esprit des groupes de Balint!

Au nom du « principe de sauver des vies » incluant des mesures sanitaires liberticides (peut-on affirmer le contraire?), la médecine se révèle avec la pandémie d’abord techniciste, hyper spécialisée sans âme et occulte l’aspect psychologique d’une prise en charge. Tout ce qu’avait dénoncé Balint! Restons optimiste car la médecine générale reste le pivot de la médecine de ville, et les patients ne s’y trompent pas! Et la médecine générale est la source de la pensée de Balint!

La relation médecin/malade se résume dans ces quelques mots de Balint: « qu’il soit capable d’acquérir suffisamment d’habileté personnelle pour jouir de ce que la vie adulte peut offrir. […] Il faut veiller sans cesse à ce que le patient reste – ou devienne – capable d’établir et de maintenir un contact intime et durable avec les autres.»

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L’AFFAIRE CARLSON, UNE SOMBRE AFFAIRE DE DÉRIVE EN PSYCHOTHÉRAPIE

À partir des années des années 70, le trouble de la personnalité multiple va devenir une maladie mentale populaire. Il se caractérise par la présence de deux personnalités (voire plus) nommées les alters qui tour à tour prennent le contrôle de la personne appelée hôte.

©Aykkut Aydogdu, https://www.aykworks.com/

C’est un cas d’école illustrant une dérive de la psychothérapie, et bien qu’il date de 1989 et se déroule aux États-Unis, il reste (hélas) intemporel concernant les conséquences dues à une mauvaise psychothérapie. La patiente qui en fut victime paya un lourd tribut, durant trois ans, concernant son état psychologique.

La victime de cette prise en charge ratée s’appelle Élisabeth Carlson. Elle a trente cinq ans, mariée et mère de deux enfants. Elle vit dans une coquette banlieue de Minneapolis, mais elle doit être hospitalisée à l’hôpital United de St Paul pour une dépression chronique familiale. La psychiatre Diane Hulmenansky, exerçant dans cet hôpital, va devenir son médecin référent et continuera à la suivre après sa sortie. Élisabeth Carlson fait confiance immédiatement à ce médecin qui lui parait compétente et un ange de douceur.

Lors de l’anamnèse, Diane H demande à Élisabeth si elle avait déjà entendu des voix dans sa tête. Compliante, Élisabeth lui demande s’il s’agit du dialogue intérieur, les pensées intimes que nous avons tous, quand on se dit mentalement « je n’aurais pas du faire ça ». Diane H lui confirme qu’il s’agit bien de ça et lui demande s’il lui est arrivé de louper la sortie de l’autoroute car elle pensait à autre chose. Sa patiente confirme qu’effectivement ça s’est déjà produit.

C’est alors que la psychiatre remet en cause le diagnostic initial de dépression, et lui annonce qu’elle souffre du Syndrome des Personnalités Multiples (MPD), très difficile à diagnostiquer chez les femmes. Diane H promet à sa patiente qu’elle va pouvoir l’aider à s’en sortir.

Quelques mots succincts sur ce fameux MPD! À partir des années des années 70, le trouble de la personnalité multiple va devenir une maladie mentale populaire. Il se caractérise par la présence de deux personnalités (voire plus) nommées les alter ego qui tour à tour prennent le contrôle de la personne appelée hôte. Les alter ego se conduisent à l’opposé de la personnalité, et émergent curieusement avec une thérapie à base d’états modifiés de conscience censées faire remonter des souvenirs. La personne ainsi diagnostiquée est complètement amnésique de ce qu’elle a pu faire ou dire de longues heures quand elle est sous l’emprise des alters. Pensez à la célèbre histoire du Dr Jeykill and Mr Hyde de l’écrivain Louis Stevenson.

La nature des alters en dit long sur la joyeuseté de ce diagnostic. Dans le livre Science and Pseudoscience, il a été rapporté comme alters Mr SPock, le personnage de fiction aux longues oreilles de la série télévisée Star Strek, des licornes (en plein mouvement du New Age), la fiancée de Satan, des gorilles, des tigres. Aujourd’hui, dans le DSM V, le Trouble de la Personnalité Multiple est remplacé par celui du Trouble Dissociatif de l’Identité (TDI) mais le concept de multiples personnalités continuent à inspirer les auteurs et scénaristes .

Après ces digressions nécessaires, revenons au cas d’Élisabeth Carlson. Quelle est la méthode du Dr Humanansky pour sortir Élisabeth de son enfer psychologique?

La psychiatre remet à sa patiente une liste de best-sellers populaires à lire pour la conforter dans son diagnostic de MPD. Un ersatz de bibliothérapie ! La liste vaut le détour. D’abord « le Courage de guérir », la bible des thérapeutes de la mémoire retrouvée. « Michelle se souvient »( sur les rituels sataniques). Les trois visages d’Eve. Quand le lapin hurle (autobiographie de Truddi Chase sur ses multiples identités.

Avec Diane H, Élisabeth va suivre des séances « d’imagerie guidée » pseudo thérapie inspirée du New Age et d’hypnose (il ne s’agit pas de l’hypnose médicale qui elle a toutes ses lettres de noblesse ), méthodes controversées à base de suggestion manipulant la mémoire censées faire remonter ses souvenirs, et débusquer ainsi les personnalités multiples qui seraient à l’origine du MPD.

Tout changement de comportement et d’humeur d’Élisabeth est interprété comme la manifestation d’un alter. Outre des doses massives de psychotropes, Élisabeth reçoit des injections d’Amythal, le fameux sérum de vérité, prescrit larga manu à cette époque. Lors d’une de ces séances, elle se serait crue dans une scène du film culte « L’Exorciste ». Un alter démoniaque se manifesta, crachant et éructant comme dans le film l’exorciste. De fil en aiguille, Élisabeth fut persuadée qu’elle avait été abusée sexuellement dans un secte sataniste, enrôlée de force par ses parents. Tout comme le MPD, à l’époque le diagnostic de Rituel satanique d’abus sexuels (SRA) complétait souvent celui de MPD.

En plus de ce traitement de choc, Élisabeth suivait également une thérapie de groupe des personnes souffrant comme elle de MPD.

Deux ans passèrent, et l’état d’Elisabeth empira et elle dut être hospitalisée cinq fois. Entre deux internements, elle vivait recluse dans sa chambre, incapable de s’occuper d’elle et c’est sa fille qui la prenait en charge.

C’est alors que son groupe de thérapie des MPD décida de quitter le Dr Humenansky pour prendre son indépendance. En discutant entre eux, les membres s’aperçurent qu’ils partageaient les mêmes souvenirs tirés des mêmes livres et des mêmes films. Forte de cela, Élisabeth reprit du poil de la bête, réussit à se sevrer des médicaments et put enfin s’occuper de sa maison et de sa famille. À leur grande joie!

En 1992, Élisabeth devant sa télévision tombe sur un talk show consacré au syndrome des faux souvenirs! Elle appela la numéro de téléphone inscrit sur la bande annonce. Elle fut alors mise en contact avec d’autres victimes de faux souvenirs.

Elle engagea l’avocat Christopher Barden qui gagna son procès contre Diane Humanansky. Barden qui était également titulaire d’un doctorat de psychologie réussit à convaincre la cour de l’impact de la suggestion et la manipulation de la mémoire qui avaient induit des faux souvenirs. Grâce à lui, Élisabeth Carlson, gagna son procès avec une coquette somme de dommages et intérêts, et elle a fondé depuis une association contre la fraude en thérapie et les dérives pseudo-scientifiques.

Quant à Diane Humanansky, elle fut suspendue par l’ordre des médecins (l’équivalent américain). Une vingtaine de patientes ont porté plainte contre elle. Dix ont allégué qu’ils avaient été induits en erreur par son diagnostic d’un trouble de la personnalité multiple et de faux souvenirs d’abus sexuels.

L’engouement pour le diagnostic de MPD et ces thérapies de la mémoire retrouvée ont culminé de 1993 à 1994. 40 000 cas de MPD ont été diagnostiqués par des professionnels de la santé. Le MPD se comprenait à l’époque comme une sous catégorie d’hystérie concernant les femmes.

J’ai trouvé une analyse intéressante dans un article datant de 1998 publié dans le New Yorker dont voici les grandes lignes
Le MPD avec son cortège de thérapies de la mémoire retrouvée prend sa source dans les années 70 avec le mouvement de protection de l’enfance et fut rejoint par la suite par les féministes. Ceux qui remettaient en cause les allégations du MPD étaient accusés de protéger les crimes sexuels. En fait, le MPD répond en tout point à une épidémie psychologique comme d’autres à cette époque.

La critique littéraire Elaine Showalter attribue la propagation de ces nouvelles épidémies psychologiques à  la troisième vague des féministes, celle que l’on appelle le féminisme victimaire. Le néo-féminisme.

La fin à ce dévoiement fut le SRA (rituel d’abus satanique), épidémie lancée en 1980 par le livre « Michelle se souvient », où Michelle Smith décrit les abus sexuels dont elle fut victime, après s’en être souvenue en thérapie avec son thérapeute et mari (semble-t-il) Lawrence Pazder. En 1983, devant l’explosion de cas de SRA, le FBI enquêta sur plus de 300 allégations, et on s’en doute ont fait chou blanc. Au fil du temps, les victimes poursuivirent les thérapeutes pour mauvaises pratiques, et la jurisprudence américaine est prolixe sur ce sujet.

L’histoire d’Élisabeth Carlson révèle la difficulté d’une prise en charge en psychothérapie, de poser un diagnostic et dans certains cas, le remède peut s’avérer néfaste pour les patients quand la pseudo-science s’en mêle. La, il s’agissait de la méconnaissance de malléabilité de la mémoire et de la suggestibilité des personnes méconnues par ces thérapeutes.

https://www.newyorker.com/magazine/1998/04/06/the-politics-of-hysteria

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AU SUJET DU LIVRE « SCIENCE ET PSEUDO SCIENCE EN PSYCHOLOGIE CLINIQUE ».

C’est un livre fondamental pour toute personne soucieuse de s’informer judicieusement sur les psychothérapies pseudo scientifiques à partir de la littérature scientifique.

9781462517893

La pseudo science avance masquée. Nous ne sommes pas toujours critiques face à la multiplication des études qualifiées de scientifiques sur des thèmes à forte connotation idéologique, et publiées dans la presse grand public. Nous les prenons comme des vérités. Ors, beaucoup de ces publications sont de la « Junk Science ».

Depuis plus de trente ans, certaines théories et techniques de psychothérapie prétendent traiter les troubles de la psyché, et ce sans avoir fait la preuve de leur efficacité, de la rigueur scientifique voire de l’éthique. Certaines d’entre-elles ont même aggravé ou déstabilisé psychologiquement des patients qui ont fait confiance à des thérapeutes incompétents. Ces derniers mal formés, parfois malhonnêtes, bref douteux.

Les chapelles ou les courant de psychothérapie, diagnostics basés sur des grilles de lecture ou des théories pseudo scientifiques sont légion. Et comment s’y retrouver dans cette jungle?

L’image mise en avant dans  ce post est celle de la couverture du livre Science and Pseudoscience in Clinical Psychology de Scott O. Lilienfeld, Steven Jay Lynn et Jeffrey M.Lohr. Uniquement disponible en langue anglaise. Fort dommage qu’il ne soit pas traduit en français mais le seul titre est éloquent sur son contenu: la science versus pseudo science en psychologie clinique. C’est un livre fondamental pour les étudiants en médecine,  les étudiants en psychologie, des juristes, des chercheurs et toute personne soucieuse de s’informer judicieusement sur les dérives des psychothérapies à partir de la littérature scientifique.

L’une des particularités de cet ouvrage est d’avoir été répertorié un temps dans la base de données Pubmed/Medline.

Dans cet ouvrage, les rédacteurs et les auteurs-contributeurs représentent divers milieux cliniques et universitaires. Le texte et divisé en 5 sections. Il fait état des controverses dans l’évaluation et le diagnostic les controverses générales en psychothérapie. Aussi dans le traitement des troubles spécifiques chez l’adulte et chez l’enfant également. De nombreux sujets sont abordés, tel que l’autisme, le stress post-traumatique, celui de l’identité dissociative et les antidépresseurs (y compris ceux à base de plantes). Chaque sujet cite la littérature scientifique qui soit confirme, soit réfute chaque méthode de traitement proposé à partir de la littérature scientifique.

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Il y a eu deux versions de ce livre. La première date de 2003 (celle répertoriée sur Pubmed). Et la seconde de 2013. Je suggère de disposer des deux éditions car certains chapitres de La première version sont différents de la seconde version même si l’esprit est le même. La direction collégiale comme Scott O. Lilienfeld, Steven Jay Lynn et Jeffrey M.Lohr n’a pas changé, mais certains auteurs ne figurent plus dans la deuxième version. Dont l’excellente psychiatre Margaret Thaler Singer, Phd, department of psychologie, state University of New York at Binghammon (NY).

Margaret est l’auteure du livre « Crazy Therapies » qui dénonce les thérapies du New Age qui particpent joyeusement à diffuser la pseudo science en psychiatrie et en psychologie. Livre non plus traduit en français. Elle a voulu introduire dans le DSM (le manuel si honni en France des troubles psychiatriques), le False Memory Syndrome, traduisible en français par les « faux souvenirs induits » causés par des thérapies pseudo scientifiques à base de suggestion et de manipulation de la mémoire. Fausses accusation d’inceste, notamment qui ont amené des pères devant les tribunaux et en prison, tout ceci à cause d’experts-thérapeutes qui avaient falsifié la mémoire de leurs filles.  Dans la première version du livre Science and Pseudoscience, Margaret Thaler Singer a contribué au chapitre 7 intitulé « New Age thérapie ». Malheureusement, malgré sa pugnacité, sa proposition d’inclure le syndrome des faux souvenirs dans le DSM fut rejetée. Elle est décédée en 2003, mais son regard acéré sur les dérives des psychothérapies est toujours d’actualité.

Dans la deuxième version, il y a de nouveaux auteurs qui évoquent également les faux souvenirs est la malléabilité de la mémoire. Dont la psychologue cognitiviste  Élisabeth Loftus, auteure du livre incontournable « Le Syndrome des faux souvenirs, ces psys qui manipulent la mémoire ». Dans cette deuxième version du livre Science and Pseudo science, elle a participé à la co-écriture du chapitre 8 intitulé « Constructing The Past , problematic memory Recovery Techniques in psychothérapy ». Tout un programme!

L’ouvrage « Science and Peudoscience » a reçu l’aval de nombreux professionnels de la santé mentale.

« Il représente une tentative très bienvenue de séparer le blé de l’ivraie dans les pratiques de santé mentale. Cette livre incisif et éclairant doit être amplement lu par les professionnels de la santé mentale, les stagiaires et les médecins qui ont besoin de savoir de quoi il retourne sur les pratiques de santé mentale pour orienter leurs patients.» (Journal de l’Association médicale américaine (la première édition), l’une des revues scientifiques majeures.)

Ou encore « Un livre important. L’accent est mis de plus en plus sur l’évaluation et la thérapie « fondées sur des preuves », mais la science peut être utilisée de manière substantielle ou rhétorique. Ce livre fait un excellent travail en distinguant les deux d’une manière cliniquement pertinente. Ceux qui vendent des thérapies pseudo scientifiques illégitimes à des personnes en détresse violent l’impératif moral de « ne pas faire de mal ». La deuxième édition mise à jour met à jour les principales controverses actuelles et sa liste d’auteurs est impressionnante. Une lecture obligatoire pour les professionnels de la santé comportementale. » (William O’Donohue, Ph.D., Département de psychologie et directeur, Centre de traitement des victimes d’actes criminels, Université du Nevada, Reno)

« Face à des mythes et à des interprétations erronées des pratiques de psychologie clinique, cette deuxième édition transmet des connaissances importantes dans un format accessible. En plus des mises à jour d’experts sur les chapitres existants, il y a plusieurs nouveaux chapitres que je trouve particulièrement précieux. Le chapitre sur la thérapie d’attachement apporte des corrections indispensables aux incompréhensions dangereuses et le chapitre sur la science de la psychothérapie a été largement réécrit, apportant de nouveaux points puissants ( Sherryl H. Goodman, Ph.D., Samuel Candler Dobbs Professeur de psychologie, Université Emory; Éditeur, Journal of Abnormal Psychology )

Ce livre constitue une base de données sérieuses pour toute personne voulant s’informer suivant les règles de « l’Evidence Based Science ».

https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC353046/

Vidéo sur les Faux souvenirs:

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RÉFLEXIONS AUTOUR DE LA CULTURE SCIENTIFIQUE!

«Inventez une charlatanerie, n’importe laquelle, vous trouverez toujours des hommes qui diront que ça marche, tant notre besoin d’illusion est intense.»(Boris Cyrulnick)

Sur leur rapport à la science et à la chimie, en Octobre 2018, un sondage IFOP pour BASF a interrogé sur leur rapport à la science et à la chimie des Français, des Britanniques, des Allemands et des Américains. Nos compatriotes ont étés invités à évaluer le niveau de leur culture scientifique. 27% des Français l’estiment satisfaisante et parmi eux 34% des Français l’estiment « lacunaire »contre 54% des Allemands, 40% des Britanniques et 45% des Américains qui eux pensent qu’elle est satisfaisante. Seuls 7% de nos voisins allemands pensent que la leur est lacunaire 7%! Cette auto évaluation des sondés s’expliquerait par la place de l’enseignement des sciences à l’école ainsi que dans le degré de confiance collective en la capacité d’innovation et technologique de son pays.

Dans ce sondage, un tableau montre que 56% des Français ont estimé que la science ne tient pas suffisamment de place dans les débats de société. Les autres pays ne sont pas en reste, mais souvenons nous que l’auto-évaluation de leur culture scientifique n’est pas la nôtre et qu’il s’agit d’un sentiment bien subjectif si l’on se penche sur les chiffres des tableaux .

Page 15 du sondage Ipsos: https://www.ifop.com/wp-content/uploads/2018/10/115725-Rapport-03.09.2018-1.pdf

Pour Gaston Bachelard, « la culture scientifique demande un effort de la pensée ». Il a même insisté sur la nécessité d’une démarche de « catharsis intellectuelle en vue d’accéder à une culture scientifique ». Les connaissances scientifiques lacunaires montrent qu’il ne s’agit pas d’une ignorance totale de la science, mais principalement d’une incapacité globale à s’informer, trier les messages (souvent contradictoires), afin de se forger une conscience et une opinion sur les défis de la science.

La science évolue constamment et elle n’est pas figée. D’ailleurs, concernant la médecine, le terme « Evidence based medecine » ou sa traduction française « la médecine fondée sur les faits » illustre cette démarche pour définir la meilleure stratégie pour soigner, selon le sacro-saint principe « du primum non nocere », c’est à dire d’abord ne pas nuire. En partant du principe qu’aucun remède n’est dénué d’effets secondaires, mais il faut que les bénéfices soient supérieurs aux risques.

L’un des principaux dangers qui guette les personnes qui ont une culture scientifique lacunaire est la désinformation scientifique. Force est de constater que le discours pseudo-scientifique avec une idéologie dilatoire est parfois plus convaincant et ludique que l’information scientifique taxée de rigide et factuelle. On vous rétorque alors le mantra « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme» de Michel Montaigne. Un lieu commun.

Côté désinformation, l’actualité est en plein dans le mille! Le sondage IFOP, s’il date de plus de deux ans est encore d’actualité au onzième mois du virus Covid-19. Cette culture scientifique insatisfaisante, l’incapacité à trier des informations fiables, s’illustrent notamment par l’adhésion surprenante de nombre de Français à des thèses dites alterscientifiques (néologisme de A.Moatti) ou plus connues comme celles de « complotistes », « rassuristes »! « Charlatans ». Vous les appelez comme vous voulez, c’est le principe de l’incitation à la désinformation scientifique qu’il faut retenir. La frontière entre les faits scientifiques basés sur des preuves et les allégations convaincantes de personnalités aux titres ronflants et la pseudo-science est devenue floue pour une grande partie de l’opinion publique. Madame Michu s’en donne à coeur joie et se passionne pour la virologie et l’épidémiologie vues par l’alter science!

Avant la pandémie, la médecine et la psychologie étaient déjà les grands terrains de prédilection du pseudo-scientisme et des fake news. Depuis de nombreuses années, il est connu que la psychothérapie est gangrénée par des méthodes douteuses, inspirée du New Age, reposant sur des concepts pseudo-scientifiques, occasionnant des dégâts dans la psyché et entachant la profession de psychothérapeute. La MIVILUDES recueille régulièrement les plaintes des victimes de ces psychothérapeutes au pré-requis scientifique indigent et manipulateurs. Chamanisme dévoyé, faux souvenirs d’inceste, médecine quantique, reiki, n’en sont que des exemples parmi d’autres que j’ai eu l’occasion d’approfondir de nombreuses années avec le milieu associatif lié à la MIVILUDES.

La désinformation prospère avec cette inculture scientifique au fil des années. Déjà, lors de son audition au sénat en 2013 sur les dérives thérapeutiques et les dérives sectaires, j’avais relevé dans un média mainstream ces propos du professeur Loïc Capron : « il existe une forme de laisser-aller intellectuel qui ne résiste plus aux assauts de la charlatanerie.» Nous sommes en 2021 et c’est toujours pertinent!

Alors comment définir le charlatanisme? De reconnaître que la définition du charlatan est souvent imprécise mais ce qu’il faut retenir c’est qu’il peut-être un professionnel dûment diplômé! Il peut être le charlatan de quelqu’un s’il pratique une méthode peu consensuelle ou reposant sur un pré-requis insuffisant. Très souvent, lorsqu’on parle de charlatanisme, il s’agit du rejet de toute autre méthode que celle dite conventionnelle.  

Il y a quelques années, ces dérives touchaient très peu la médecine mais aujourd’hui, avec la COVID-19, elle est touchée en plein coeur, et elles pèsent sur la parole scientifique liée au virus. La pandémie est aussi celle de l’ère de la prolifération des faux prophètes qui drainent une adhésion surprenante sur les réseaux sociaux.

Dans un récent article au titre éloquent de « Onze mois à suivre les experts autoproclamés », le Dr Christian Lehmann mesure l’étendue du désastre qui affaiblit la parole médicale: …j’avais sous-estimé la présence des adeptes du chaos dans nos rangs » et de poursuivre « Depuis le début de la pandémie, certains experts autoproclamés n’ont eu de cesse de porter une parole prétendument disruptive, d’aller à l’encontre des recommandations sanitaires comme des informations scientifiques disponibles...Et encore, écrit-il « La vérité scientifique, le simple respect de la méthode scientifique, la vérification des sources, tout ceci importe peu. …Si demain un nouvel charlatan pique l’intérêt du public, il aura l’honneur des plateaux…Et puis La vérité scientifique, le simple respect de la méthode scientifique, la vérification des sources, tout ceci importe peu. Si demain un nouvel charlatan pique l’intérêt du public, il aura l’honneur des plateaux. » Le docteur Christian Lehmann a merveilleusement résumé la situation.

Alors comment également, ne pas citer dans la continuité du « Primum non nocere »qui sous-tend l’éthique médicale, l’inquiétude du président de l’ordre des médecins, Patrick Bouet, sur certains de ses confrères: « ..une partie du monde médical, heureusement très minoritaire, participe à la vague complotiste ». « Sollicités sur les réseaux sociaux, et parfois dans des médias audiovisuels, un certain nombre de médecins confondent conviction personnelle et réalité médicale. Ils font des amalgames et déclarent des choses non conformes à la réalité scientifique. C’est contraire à notre ADN de soignants. Nous avons déjà engagé des actions et continuerons à être attentifs. Nous recevons des courriers avec des signalements et autres éléments qui nous poussent à la vigilance. » prévient Patrick Bouet 

La cerise sur le gâteau est que parmi ces experts autoproclamés, on retrouve des politiques. Depuis quand une figure politique décide-t-elle du bien-fondé de la prescription d’une molécule supposée miraculeuse, et en fait inefficace contre le virus (RCT à l’appui et non observationnelles) et aux effets secondaires potentiellement dangereux aux fins de s’opposer à des décisions de santé publique et à la parole médicale? Depuis quand des chefs de parti et des députés dénigrent-ils la parole des virologues, épidémiologistes et aux médecins pour prescrire une molécule? Bientôt dans les programmes politiques on pourra lire: « poudre de perlimpinpin à gogo » en vente libre chez votre pharmacien?

Dans ces croisades alter scientifiques, c’est la pensée magique ou irrationnelle qui domine au détriment de la pensée analytique fondée sur des connaissances scientifiques, en perpétuelle évolution. L’adhésion à ces théories alternatives relève de la « foi », la même qui anime les religions avec tout son cortège de croyances. La porte ouverte au charlatanisme!

Comme l’a écrit Boris Cyrulnick« Inventez une charlatanerie, n’importe laquelle, vous trouverez toujours des hommes qui diront que ça marche, tant notre besoin d’illusion est intense.»

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2021: L’IMMENSE DÉFI DE LA VACCINATION ANTICOVID!

Je me ferai vacciner. Et vous?

Annus horribilis, comment ne pas qualifier ainsi l’année qui s’achève? La course folle et létale du SARS-Cov-2 a chamboulé la vie de milliers de personnes sur la planète! Notre vie quotidienne est soumise à des restrictions sanitaires afin de ne pas contaminer les plus fragiles d’entre nous. Et la pandémie continue de se propager. Près de 82 millions de personnes ont été infectées par le coronavirus et 1,79 millions de personnes en sont mortes. Et les dernières nouvelles ne sont pas bonnes. Quelques jours avant Noël, les chercheurs britanniques ont identifié une nouvelle souche, un variant du coronavirus SARS-Cov-2 qui pourrait se propager plus rapidement.

La Covid-19 est entré par effraction dans notre vie quotidienne, et certainement pour une grande partie de l’année 2021. Bien sur, la pandémie actuelle n’est pas la seule épidémie virale qu’a vécu l’humanité, mais c’est celle qui agite notre quotidien et vers laquelle se tourne toute nos préoccupations.

Après plusieurs confinements, nombre d’entre nous sont envahis par un sentiment d’impuissance et d’incompréhension. Les progrès de la science et de la médecine ont permis un sacré allongement de la durée de vie en pleine forme grâce à l’éradication de certaines maladies avec les médicaments et la vaccination. Symboliquement et inconsciemment nous leur attribuions une fonction presque thaumaturge! La réalité nous rattrape durement! Même si des progrès au niveau de la prise en charge des patients atteints par le virus, aucune martingale pharmaceutique ne semblait efficace à ce jour pour empêcher la Covid-19 de prospérer, d’être mortel et de laisser des séquelles invalidantes! Mais grâce aux performances de la recherche, des vaccins dont ceux à ARN messager sont mis au point, et c’est un miracle de la science. Une chance immense qu’à court terme, la Covid-19 ne soit plus qu’un mauvais souvenir.

Comme l’a écrit Marc Gozlan, journaliste médico-scientifique et médecin de formation, le vaccin ARN Messager « est l’histoire d’un concept scientifique qui a débouché, en un temps record, sur le développement et la production à grande échelle de préparations vaccinales qui seront pour la première fois administrées chez l’homme dans un contexte très particulier, celui d’une maladie infectieuse pandémique. » Une saga qui dure depuis dix ans et qui explique cette victoire scientifique sans précédent.

Malheureusement, du moins en France, la pandémie fût l’occasion pour les experts autoproclamés, sans formation ni pré-requis médico-scientifique, bref de culture scientifique de déverser des flots de théories pseudo-scientifiques, de fakenews, manipulant ainsi l’opinion publique entamant une véritable guerre politico-idéologique déconstruisant les mises au point des experts médico- scientifiques.

Comme l’ont écrit les journalistes Assma Maas et Juliette Mansour dans le Monde, «portées par les médias et par les réseaux sociaux, de nouvelles figures scientifiques plus ou moins légitimes ont émergé en tenant un discours à rebours des autorités sanitaires. » Dans un post récent, j’avais fait une recension du livre d’Alexandre Moatti, Alterscience, Postures, dogmes, idéologie où il évoquait les alterscientifiques. Avec la pandémie actuelle, nous n’en manquons pas!Hélas!

Le Dr Guy-André Pelouze, dans un récent article publié dans European Scientist, observe qu’on assiste à un étrange recul de la pensée scientifique: « La pandémie met nos systèmes de pensée à l’épreuve. Tous les angles morts de nos conceptions sont testés. Toutes les petites accommodations avec le relativisme sont balayées. C’est ce qui se passe devant nous, en ce moment, même si nous n’en avons pas toujours conscience. Les conséquences pour l’avenir pourraient être sérieuses dans certains pays.»

Et cela risque de se passer avec la vaccination anticovid! Côté côte de confiance envers la vaccination ARN-Messager, la France se situe au bas de l’échelle d’autres pays. Elle est championne du monde des réfractaires! 4 Français sur 10 souhaitent seulement se faire vacciner. Les femmes seraient plus défiantes au sujet des effets secondaires.

Quel est le profil de ces réfractaires? Les plus défiants auraient entre 25 et 34 ans contre 32% chez les plus de 60 ans. D’après le sociologue Jocelyn Raude, «La décision dépend de la perception du virus. Les jeunes se sentent moins susceptibles de développer des formes graves du Covid-19, et préfèrent prendre le risque d’être contaminés que de développer des effets secondaires.» , et il poursuit « L’idée que la vaccination est dangereuse s’est largement répandue dans l’imaginaire collectif» « Elle est portée par les adeptes de la «médecine douce, ou pratiques médicales alternatives, traditionnellement très critiques vis-à-vis des vaccins».

Ces réticences ne sont-elles pas la conséquence de la culture scientifique lacunaire des Français? Il existe pourtant de bons articles de vulgarisation de qualité. Sur les réseaux sociaux, de nombreux médecins font de la vulgarisation de qualité. On peut toujours être critique sur l’information scientifique délivrée, mais elle est accessible pour qui veut faire un effort cognitif!

Un article pertinent publié dans la revue Encephale donne quelques pistes de réflexion. Le postulat de base est que les épidémies sont génératrices d’incertitudes. Nos croyances (nous en avons tous) sont fragilisées lorsque nous sommes confrontés à des bouleversements profonds de notre environnement collectif. Et ce chamboulement profond a permis la propagation « virale » de théories contraires au principe du non primum nocere, la règle de base de tout soignant. Face au charlatanisme et au pseudo-scientisme, il faut évoquer la difficulté pour le grand public de cerner une controverse scientifique qui peut animer les scientifiques entre eux. Dans une controverse scientifique, c’est la pensée analytique qui domine; chacun avance ses arguments en l’état des connaissances scientifiques. La lecture des publications scientifiques n’est pas toujours consensuelle, et chaque médecin a lui aussi son propre système de croyances en matière de soins, sans pour autant verser dans le charlatanisme!

Cette défiance envers les vaccins est aussi renforcée par des personnalités publiques, voire de certains politiques qui font part de leurs états d’âme sur les plateaux télé ou la radio sur l’efficacité des vaccins voire leur supposée dangerosité due à leurs effets secondaires, et ceci sans argumentations scientifiques étayées.

En guise de conclusion, je reprends le titre d’un article publié dans la revue Nature, les vaccins ARN sont les messagers de l’espoir.

Je me ferai vacciner. Et vous?

Module d’explication des vaccins contre la Covid-19

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COVID-19: SES CONSÉQUENCES DÉLÉTÈRES SUR LA PSYCHÉ!

« Je remets en cause la folie hygiéniste qui, sous prétexte de protéger les personnes âgées arrivées dans la dernière trajectoire de leur vie, impose des situations proprement inhumaines» (Marie de Hennezel)

Et si nous parlions de la santé mentale en temps de Covid-19? En ces temps de confinement passé et présent (allégé parait-il) ? En ces temps de protocoles sanitaires et de distanciation sociale qui bouleversent notre vie et nos rapports sociaux? Réflexe pavlovien, je me surprends à penser à un troisième confinement qui nous tomberait sur le paletot l’année prochaine.

La pandémie du Covid-19 rabat les carte de la « santé mentale » collective et individuelle. Dans un récent article du Figaro, le philosophe Damien Le Gay, président du comité national d’éthique funéraire, évoque une vague de dépression inédite par son ampleur! Le philosophe parle des résultats de l’enquête faite par Santé Publique France:« … le taux d’anxiété des Français a doublé en raison du confinement. Fin mars 2020 on est passé de 13,5% à 26,5%. Puis, après le déconfinement la situation s’est améliorée. Et là, en novembre, le taux a retrouvé celui de mars 2020. La part des dépressifs, elle aussi à doublée. En mars 2020 on est passé de 9,7 à 19,9 %. Et là, de nouveau, avec le second confinement, on constate que 21 % de la population est en état dépressif – soit deux fois plus qu’à la fin de septembre.»

Et Damien Le Gay évoque l’enquête de la fondation Jean Jaurès sur l’idéation suicidaire: « Selon cette étude, 20 % des Français envisagent de se suicider. Et comme le précise l’étude, les «passages à l’acte», en règle générale, viennent plutôt après les crises que pendant. Autre enseignement de l’étude: les «violences conjugales», sur lesquelles le gouvernement et la sphère médiatique ne cessent de communiquer, ne concernent que 1% des français.»

La dépression et les troubles anxieux sont définis par l’OMS et répertoriés dans le DSM 5 (plutôt réservé à la littérature scientifique) et le CIM 11. Sans rentrer dans les détails d’un diagnostic de dépression, je partage cette définition du CPPR, centre Phoenix: trouble mental courant, caractérisé par la tristesse, la perte d’intérêt, de plaisir, sentiments de culpabilité, faible estime de soi, troubles du sommeil, de l’appétit, sensation de fatigue, manque de concentration. Et cette souffrance psychique peut mener au suicide qui n’est pas évoqué dans cette définition. Un épisode dépressif majeur non pris en charge par un professionnel de la santé peut gâcher la vie de nombreuses années (voire dix ans), et mener à une dépression résistante et à des symptômes résiduels. Il faut aussi de pas confondre démoralisation, mal-être avec des troubles anxieux, un épisode dépressif qui nécessite une vraie prise en charge par des professionnels de la santé. Concernant la pandémie, on évoque parfois le Stress post-traumatique.

Une récente enquête de l’OMS confirme que la pandémie impacte les services de santé mentale. Le principal effet constaté est un taux élevé de stress et d’anxiété. De nombreux articles dans la presse mainstream sont sortis sur le sujet, et les lecteurs ont l’embarras du choix. Le site Pubmed comporte au sujet de l’impact sur la psyché de la Covid comporte plus de 1600 références d’articles.

Quelles sont les catégories de personnes concernées par la dépression et l’anxiété voire autres troubles? Nul question de hiérarchiser la souffrance psychologique en fonction du statut professionnel, de l’âge ou des circonstances où elle est apparue. Toute souffrance morale si elle débouche sur un trouble psychique nécessite la même attention en toute équité si le diagnostic est correctement posé par un professionnel de la santé.

D’abord, parlons des soignants qui sont en première ligne de la pandémie. Une revue systématique de la littérature scientifique et une méta-analyse a montré la prévalence de l’anxiété, de troubles de l’humeur et de l’insomnie chez le personnel soignant confronté à la pandémie dont beaucoup ont été confrontés à la mort de leurs collègues et confrères. Les conclusions sans sans appel: L’anxiété a été évaluée dans 12 études, avec une prévalence combinée de 23 · 2% et la dépression dans 10 études, avec un taux de prévalence de 22 · 8%. Enfin, la prévalence de l’insomnie a été estimée à 38,9% dans 5 études. Les femmes présenteraient des taux plus élevés de symptômes effectifs que les hommes et le personnel médical.

Toujours chez les soignants, il est maintenant acquis que le principal impact psychologique à ce jour est le taux plus élevé de stress et d’anxiété et d’épuisement professionnel qui accroit leur vulnérabilité. La réorganisation des services en urgence dans un climat d’incertitude et une « certaine » désorganisation » au niveau de l’attribution des protections (masques, blouses et gants) contribuent à cette prévalence. Beaucoup de soignants ont été comparés à des « combattants sur le front ». Ils ont été exposés directement à une forte charge virale et à un épuisement physique face à l’afflux de patients ainsi qu’à des questions éthiques relatives à des prises de décision qu’ils n’auraient pas souhaité. Interdire les visites ou la présentation du défunt contraire à l’éthique même du choix de leur métier, et créant un sentiment de culpabilité.

La prévalence de la dépression chez les soignants était déjà remarquée hors contexte de la pandémie. Une partie de la littérature scientifique mentionne des conduites suicidaires. Concernant la Covid-19, cinq suicides ont été médiatisés dont deux infirmières en réanimation italiennes et un médecin généraliste français. Difficile pour l’instant de s’en faire une idée quand certains de leurs collègues meurent de la Covid-19.

Si dans les services de réanimation, les soignants sont confrontés plus que dans d’autres services à la mort, la situation est inédite avec le SARS-Cov-2. Les conditions brutales et récurrente des décès les ont profondément ébranlés psychologiquement même pour les plus aguerris.

Le témoignage de Sonia, infirmière en dit long sur ce « vécu émotionnel insoutenable » dans la prise en charge des patients en réanimation: « Nous prenons en charge des patients qui sont en phase critique et que nous n’arrivons pas toujours à sauverLes morts par étouffement, ce sont des morts compliquées… On fait tout notre possible pour accompagner au mieux les patients, avec les sédations, mais en tant que professionnel c’est très inhabituel, ça nous heurte, assure-t-elle. Les conditions sont aussi très différentes de l’ordinaire à cause du contexte. Ça nous fait extrêmement mal de savoir que les patients vont décéder seuls. On s’efforce de les accompagner jusqu’au bout, mais le rythme est soutenu et on arrive parfois trop tard..

Il y aurait encore fort à dire sur l’épuisement psychologique et physique des soignants; certains renoncent même à exercer. Exprimons leur toute notre gratitude pour leur engagement professionnel!

Le confinement généralisé a malmené psychologiquement les séniors dans les EHPAD. J’avais évoqué dans un post en juin dernier le lourd tribut des séniors dans les EHPAD et de la souffrance de leurs familles qui ne pouvaient assister à leurs derniers moments. Dans un précédent billet, j’avais fait un parallèle entre les EHPAD et les institutions totalitaires observées par le sociologue américain Irving Goffman. Bien après nous, les résidents des EHPAD retrouvèrent le droit de revoir leurs familles, mais jamais dans les conditions optimum d’avant la pandémie. Et il faut aussi revenir sur cette absence d’accompagnement de fin de vie que vécurent les proches qui rend un deuil difficile voire insupportable. Ces restrictions ont renforcé le sentiment d’isolement des personnes âgées et chez certaines d’un syndrome de glissement. Il fut décrit en 1956 par Jean Carrié et il toucherait 1 à 4% des personnes âgées hospitalisées et il peut mener à la mort. Pour certains auteurs, il est considéré comme une forme de dépression. Selon le gériatre Yves Delomier, ce syndrome marque un état de grande déstabilisation somatique et psychique d’évolution gravissime.

Et bien avant l’annonce du second confinement, à la vue de la flambée des contaminations, les grands séniors des EHPAD furent déjà dès début octobre sur le « banc de touche » privés d’activités sociales et visites contingentées. S’il existe des associations chargées de représenter les intérêts des séniors, mention spéciale pour la nouvelle association « Citoyennâge » pour porter la voix des résidents en EHPAD. Le président Philippe Wender (83 ans) ancien cadre informatique, résident d’EHPAD avec son épouse souffrant de la maladie d’Alzheimer: « La société a trop tendance à s’exprimer en notre nom»… »Nous les vieux, on ne nous demande pas notre avis »… »On est dans une société où on veut préserver la sécurité au détriment de la liberté », déplore M. Wender, pour qui « la vieillesse n’est pas un naufrage »… »c’est stigmatisant de fixer une limite » d’âge pour autoriser ou non les gens à circuler à nouveau librement. D’autant que, face au Covid-19, « l’âge n’est pas le seul facteur de fragilité ». 

L’ancien militaire, Georges Gerfault, 95 printemps, lui aussi n’est pas en reste: A partir du 11 mai, chaque citoyen français pouvait se retrouver, naviguer, partir dans un périmètre délimité, alors que nous, résidents en maison de retraite, subissions toujours le confinement. C’est à ce moment-là que j’ai ressenti de la révolte…J’ai réalisé qu’une part de mes responsabilités individuelles m’avaient été enlevées car j’étais une personne âgée », a-t-il ajouté, soulignant qu’on ne vit pas les contraintes de la même manière à 20 ans qu’à 95 ans. Les projets, pour nous, c’est maintenant, pas demain.»

Dans un entretien accordé au Figaro, la psychologue clinicienne Marie de Hennezel parle du dilemme éthique de la protection des personnes âgées fragiles avec la difficulté de préserver leurs droits. Pour elle, « cela a été une faute de confiner strictement nos vieux » . Et elle cite le cas d’une personne de 94 ans: « La peur génère des comportements inhumains. On m’a rapporté l’histoire d’une vieille dame de 94 ans qui s’est retrouvée strictement enfermée dans sa chambre avec interdiction d’ouvrir sa fenêtre. Cette consigne avait été donnée par crainte du risque de suicide. Imaginez ne pas pouvoir regarder le ciel, respirez l’air du dehors! Cela m’a scandalisée. Les Ehpad ne sont quand même pas des prisons! Les résidents y sont chez eux. Leur chambre est considérée comme un domicile. J’ai reçu beaucoup de témoignages sur des personnes qui ont cessé de s’alimenter, qui ont perdu leurs facultés cognitives. En voulant les protéger, on leur a parfois nui.»

Et lors du premier confinement, ce bouleversement anthropologique du deuil a chamboulé les familles lors de la perte de l’un de leurs proches en Ehpad que Marie de Hennezel résume en une formule choc: « Ne pas pouvoir dire adieu à un proche, ajourner les rites d’accompagnement et les rites funéraires rend le deuil impossible ». Dans son dernier livre L’Adieu Interdit (que je n’ai pas encore lu) Marie De Hennezel revient sur les conditions inhumaines et inacceptables du confinement strict des personnes âgées. « Je remets en cause la folie hygiéniste qui, sous prétexte de protéger les personnes âgées arrivées dans la dernière trajectoire de leur vie, impose des situations proprement inhumaines. 

Et la liste noire des effet psychologiques de la pandémie et des confinements s’allonge avec les commerçants astreints à la fermeture administrative car « vendant des besoins non essentiels ». Une enquête réalisée du 21 au 28 septembre par l’institut Ifop pour la fondation Jean Jaurès révèle que, comme 27% des dirigeants d’entreprise et 27% des chômeurs, 25% des commerçants et artisans ont eu l’intention réelle de se suicider en 2020, notamment depuis la fin du premier confinement. Parmi ces derniers, 42% confient avoir été hospitalisés après une tentative. Il est connu que les crises économiques entrainent des vagues de suicide. Marie Pezé, docteur en psychologie responsable du réseau national de consultations de souffrance au travail, constate « une dégradation générale de la santé » de ses patients avec des tableaux cliniques allant «d’une très grande fatigue à des décompensations psychiatriques en mode délirant».

Les jeunes générations ne sont pas épargnées. Santé Publique France a pointé une « augmentation significative » des troubles dépressifs chez les 18-24 ans. Personne n’est épargné psychologiquement par cette pandémie et le confinement.

Et avec cette recrudescence des épisodes dépressifs, de l’anxiété et des troubles du sommeil, il faudra s’attendre à une hausse conséquente de la prescription de psychotropes. En France, la consommation de benzodiazépines reste élevée. L’impact psychologique de cette pandémie est indéniable: risques accrus de chômage, inquiétudes pour soi et ses proches, confinement et isolement.

Augmentation des traitements type Xanax, Lexomil et Valium tout comme les somnifères. Est-ce étonnant? Faut-il blâmer les médecins prescripteurs des psychotropes? Ce sont souvent les médecins généralistes en première ligne qui recueillent la souffrance psychologique de leurs patients.

On peut noircir des pages et des pages avec la souffrance psychique due à la pandémie et au confinement. En guise de conclusion pour ce post, de la joie et de la gaieté avec ce couple de séniors qui devrait inspirer les jeunes générations qui pensent que les « vieux » sont des personnes fragiles qui n’ont comme perspective que de rester confinés….

Sources:

https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/32437915/

https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/32362345/

http://www.cercle-d-excellence-psy.org/informations/cim-et-dsm/rapports-cim-dsm/

https://www.thelancet.com/journals/lanpsy/article/PIIS2215-0366(20)30462-4/fulltext

https://www.ox.ac.uk/news/2020-11-10-almost-20-covid-19-patients-receive-psychiatric-diagnosis-within-90-days

https://www.researchgate.net/publication/340831704_Consequences_psychopathologiques_du_confinement

https://www.infirmiers.com/profession-infirmiere/presentation/mort-sentie-tout-de-suite-soignants-racontent-choc-epidemie.html

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ALTER SCIENCE ET PSEUDO-SCIENTISME: POSTURES, DOGMES, IDÉOLOGIES

Cet essai s’avère être une grille d’analyse pertinente permettant de décrypter les dérives liées à l’alterscience impactant la pandémie Covid-19.

Voici deux ans, j’avais fait une recension du livre d’Alexandre Moatti, « Alter Science et pseudo-scientisme » au sous-titre éloquent de postures, dogmes et idéologies. Publié en 2013, il est toujours criant d’actualité. Sensibilisée en tant que psychologue clinicienne aux dérives de la psychothérapies, ce livre m’avait profondément marquée; il me fournit toujours une grille d’analyse pour débusquer ces « alterscientifiques » décrits par Alexandre Moatti. Ils sont légion dans la sphère Psy et médicale, et sont des pourvoyeurs de fakenews et de désinformation scientifique.

La pandémie du SARS-Cov-2 nous fournit son lot d’alterscientifiques. Médiatisés à outrance, ils brouillent les messages sanitaires nécessaires pour aplatir la courbe des contaminations mortelles ou laissant ceux qui sont atteints avec des séquelles! Ne comptez pas sur moi pour donner des noms; tout ce que j’espère, c’est que les quelques lignes de cette recension vous donneront envie d’en savoir plus sur cet essai magistral qui dénonce ces mouvements en marge de la pensée pragmatique qui devrait prévaloir actuellement pour la pandémie SARS-Cov-2!

Quel est le cursus de l’auteur Alexandre Moatti? Brièvement présenté, il est ingénieur de l’école polytechnique, du corps des mines et docteur en histoire des sciences. Décrit comme un passionné de textes, il est président de la Société des amis de la bibliothèque de l’Ecole polytechnique. Il n’est pas issu du monde médicale mais son analyse tombe en plein dans le mille actuellement! La pluridisciplinarité est un enrichissement qui favorise « l’intelligence collective ».

«On connaissait les magiciens de la guérison, les conteurs de cosmogonies exotiques et tous ceux qui ont recours à la pensée magique pour expliquer le monde ou les tourmentes des corps. Voici maintenant les « alterscientifiques »

L’alterscience (et ses dérivés sémantiques) est un néologisme inventé par Alexandre Moatti. L’alterscience est une déformation de la science à des fins idéologiques. Une déformation de l’esprit scientifique. Sous ce vocable l’auteur, regroupe des hommes de sciences, souvent reconnus, qui à un âge avancé développent une théorie alternative. L’alterscience est une déformation de la science à des fins idéologiques.

Si le mot d’alterscience est inédit l’attitude de ces scientifiques qui ont quitté le giron de la méthodologie scientifique n’est pas nouvelle. Quelques exemples historiques liés au domaine médical.

David Larousserie dans la recension de cet essai évoque le cas du Dr Jean-Paul Marat (1743-1793). Oui, il s’agit bien du député montagnard à la Convention lors de la révolution! J.P Marat était médecin et fort intéressé par l’optique. Il s’en est pris à la théorie de Newton sur la réfraction de la lumière. Marat a qualifié l’Académie des sciences et son président Lavoisier de « charlatans modernes ».

Autre anecdote, toujours rapportée par David Larousserie et empruntée au livre d’Alexandre Moatti. L’un des frères Lumière fut un alterscientifique patenté en contestant le caractère contagieux de la tuberculose! Un lien avec l’actualité?

Un article du site Science et Pseudo Science résume ainsi la pensée d’Alexandre Moatti: il « constate un certain rejet de la science contemporaine et de ses productions : rejet, non seulement de l’utilisation technique qui peut être faite de telle ou telle découverte, mais aussi rejet de la démarche et de l’expertise scientifique voire de l’activité de recherche elle-même.»L’alter science se distingue du pseudo-scientisme comme par exemple l’astrologie. Avec l’alter science, on est dans le domaine des croyances dont la diffusion est facilitée par une certaine notoriété déjà existante de celui qui la diffuse. Toujours à appliquer à l’actualité pandémique!

Avec d’autres d’exemples, Alexandre Moatti appuie sa démonstration. Les raisons des  dérives de ces scientifiques sont multiples. Certains scientifiques de renommée ont adhéré à une idéologie: à l’instar des deux prix Nobel de physique, Philipp Lenard (Nobel 1905) et Johannes Stark (Nobel 1919) qui théorisèrent une « Physique allemande » en s’engageant aux côtés d’Hitler.

La version contemporaine, moins connue est le mouvement « solidarité et progrès » de Lyndon Larouche (né en 1922) dont le représentant en France est Jacques Cheminade, candidat aux élections présidentielles en 1995 (et à d’autres). S’engageant en faveur l’énergie nucléaire – le titre de leur revue Fusion en dit long- et vantant les mérites de la conquête spatiale, développant une autre histoire des sciences, contestant la physique quantique probabiliste – à cause de la limite qu’elle oppose à la connaissance humaine. Et à partir de là, des thèses sur l’existence des extra-terrestres!

Certains scientifiques ont eu une révélation! Comme l’ingénieur Hörbiger, qui un soir d’automne 1894, en observant la Lune a eu l’idée qu’elle était fait d’un bloc de glace, de quoi développer une cosmogonie de glace. À travers une dizaine d’exemples – depuis l’affaire des avions renifleurs jusqu’aux tenants du géocentrisme, Alexandre Moatti démontre dans cet essai très complet comment l’alterscience nous informe – en creux ou en négatif- sur le fonctionnement de la science elle-même.

Et qui ne se souvient pas de la fameuse imposture scientifique de la « mémoire de l’eau » du Dr Jacques Benvenista? C’était en 1988, et c’est sous ce titre « Une découverte française pourrait bouleverser les fondements de la physique: la mémoire de l’eau.» Le journal le Monde titra cette supposée nouvelle révolution copernicienne. De la physique quantique? Que nenni! Le Dr Jacques Benveniste, médecin et biologiste directeur de l’unité 200 de l’Inserm avait découvert que l’eau avait une « mémoire », et offrait ainsi une légitimité rationnelle au fonctionnement sous-jacent de l’homéopathie, supposant démentir les arguments de ses détracteurs sur son efficacité et son effet placebo.

La fameuse revue Nature se prêta au jeu de cette théorie en proposant une expérimentation sur la mémoire de l’eau et sa conclusion fût la suivante: Elle « accusa le coup et publia un rectificatif concluant: « L’hypothèse selon laquelle l’eau garderait la mémoire d’une substance qu’on y a diluée est aussi inutile que fantaisiste. ». Mais trop tard, le mal était fait, Nature (et le Monde du même coup) s’était ridiculisé en publiant un article avant d’en avoir vérifié le contenu (ce ne sera pas la seule fois) cédant aux sirènes du scoop, tout le tapage médiatique de l’extraordinaire « nouvelle » fit certainement beaucoup plus de bruit que celle de son démenti.» (L’intérêt de cet ouvrage est indéniable et il développe l’esprit sceptique et cerne avec des exemples pertinents les parti-pris anti-scientifiques).

Cet essai développe l’esprit critique, et s’avère être une grille d’analyse pertinente permettant de décrypter les dérives liées à l’alterscience impactant la pandémie Covid-19 .

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AU SUJET DU LIVRE L’INTELLIGENCE COLLECTIVE.

La culture imprègne notre biologie et notre psychologie, et détermine une bonne part de l’évolution génétique et nous rendrait capables d’auto programmation. Elle influence le développement de notre cerveau, nos réactions hormonales et immunitaires.

Dans un essai magistal intitulé « L’intelligence collective, comment expliquer la réussite de l’espèce humaine », l’anthropologue évolutionniste Joseph Henrich développe une thèse hardie sur l’évolution humaine; l’homme est la seule espèce à avoir un si haut degré de développement grâce à ce qu’il nomme « la culture ». Son corollaire est l’intelligence collective. Ce livre est répertorié dans la bibliographie de l’APA (American Psychological Association). Joseph Henrich est anthropologue et économiste; ses travaux théoriques explorent comment la sélection naturelle influence l’apprentissage et la psychologie de l’humain, et comment les interactions entre les gènes et la culture ouvrent la voie à de nouvelles perspectives évolutionnistes. Côté anthropologie, il a mené des études sur le terrain auprès d’enfants et d’adultes en Amazonie péruvienne, au Chili et dans les îles Fidji.

Joseph Henrich a reçu plusieurs prix prestigieux comme celui de la « Chaire de recherche du Canada en culture, cognition et coévolution de niveau 1, Prix de recherche Killam de l’Université de la Colombie-Britannique, 2010, Prix de jeune chercheur pour contributions scientifiques distinguées de la Human Behavior and Evolution Society, 2009, Presidential Early Career Award for Scientists and Engineers (États-Unis), 2004

Il faut préciser que la culture et l’intelligence collective sont deux notions sujette à des interprétations diverses. Pour Joseph Henrich, d’abord, la notion de culture n’est pas à prendre au sens politique qui est celui de l’offre des pratiques et de services culturels en particulier (dans le domaine des arts et des lettres), mais son sens est anthropologique et évolutionniste et s’observe dans l’histoire des chasseurs-cueilleurs observés par Joseph Henrich. Le livre est tellement riche en détails et anecdotes en psychologie évolutionniste, anthropologiques et techniques que j’ai du sélectionner des morceaux choisis.

La culture est la somme du savoir accumulé au fil des générations et adaptés aux environnements locaux. Épicentre de sa survie. Selon Joseph Henrich, la réussite de l’humanité ne tient pas à notre réussite individuelle mais à la puissance de nos cerveaux collectifs que sont les groupes sociaux. Les communautés petites ou grandes, sociétés premières et appliquées au monde moderne. Ces cerveaux collectifs sont produits par notre nature sociale et notre nature culturelle par le fait que nous apprenons en tant qu’êtres culturels aisément des autres par imitation., et que grâce à des normes adéquates, nous pouvons vivre en groupe très étendus et largement interconnectés en tant qu’êtres sociaux.

C’est la culture qui rend intelligent car elle fournit des méthodes (depuis l’aube de l’humanité jusqu’à aujourd’hui) et des compétences cognitives. La culture imprègne notre biologie et notre psychologie, et détermine une bonne part de l’évolution génétique et nous rendrait capables d’auto-programmation. Elle influence le développement de notre cerveau, de nos réactions hormonales et immunitaires.

L’apprentissage culturel spécifique à l’homme est une phase où une personne est influencé par d’autres et recouvre toutes sortes de processus psychologiques (privilégiant certaines aires du cerveau au détriment d’autres en conséquence). L’apprentissage individuel vient le compléter en observant son environnement!

L’exemple des explorateurs européens égarés et qui n’ont pas survécu dans des environnements où des tribus eux s’étaient adaptées culturellement montre que les humains ne savent pas s’adapter à un nouvel environnement et que leur intelligence individuelle ne sert à rien. J.Henrich évoque l’expédition Franklin de 1845 vers l’Arctique canadien. Deux navires sophistiqués pour endurer les conditions climatiques du pôle glacé et cinq ans de vivres avec des dizaines de milliers de boîtes de conserve alimentaire auraient du garantir la survie des 105 membres de l’équipage. Quand les deux navires furent bloqués de nombreux mois dans les glaces, aucun malgré leur débrouillardise n’a survécu. Et ils s’étaient répartis en deux groupes et s’étaient livrés à des actes de cannibalisme qui avaient rebuté les tribus venues à leur secours. Et pourtant, les Inuits ont su s’adapter à cet environnement hostile depuis des millénaires.

Pourquoi les Inuits survivent-ils dans cet environnement hostiles? comparaison avec les candidats de l’émission de télé-réalité Koh Lanta, qui ne risquent pas leur vie même si leurs exploits semblent spectaculaires. Lâchés par l’environnement sécurisant mis en place par les GO de l’émission, ils seraient dans la même situation que l’équipage de Franklin!

Les Inuits survivent grâce à des adaptation culturelles comme la chasse au phoque, et elle n’est pas facile. Ensuite le cuisiner sans bois en taillant une lampe en stéatite , et ajouter de la graisse de baleine en guise d’huile et fabriquer une mèche avec une espèce de mousse. Et pour trouver de l’eau potable, les Inuits doivent identifier les blocs de glace naturellement dessalés. Outre ces compétences culturelles que n’avaient pas les membres de l’expédition Franklin, il faut mentionner le savoir-faire indispensable pour fabriquer des paniers ,des écluses à poissons , des traineaux, etc. Le cas Franklin montre que les humains ne doive leur survie qu’aux processus sélectifs de l’évolution culturelle qui ont produit au fil des générations des ensembles d’adaptations culturelles (outils, pratiques techniques) que « nul ne peut concevoir en quelques années. Et ces porteurs de ces adaptations culturelles comment ou pourquoi, ils sont souvent incapables de comprendre comment ou pourquoi, elles fonctionnent. » (p 54).

Comment se constitue les adaptations culturelles, c.a.d des ensembles de techniques, de croyances, de pratiques, de motivations et de formes d’organisation qui permettent aux gens de survivre et même prospérer dans des environnements variés et hostiles. La sélection naturelle, en agissant sur nos gènes a façonné notre psychologie d’une manière qui crée des processus évolutionnaires non génétiques capables de produire des évolutions culturelles complexes. La sélection naturelle a modelé notre cerveau doté de la faculté d’apprendre des autres. Cet instinct d’apprentissage survient très tôt chez le bébé et l’enfant. L’apprentissage culturel affecte directement notre cerveau. à partir des autres.

Les mécanismes d’apprentissage fonctionnent inconsciemment par l’entremise des biais de compétence et de succès. Les indices d’âge sont des critères indirects de compétence et d’expérience. Ainsi les bébés en face d’un nouvel objet vont se tourner vers les modèles plus âgés pour en apprendre plus sur cette nouveauté. Pour apprendre, en observant, les humains s’appuient sur leurs facultés de mentalisation à partir des indices de compétence et de prestige.

Les modèles évolutionnaires prédisent que les apprenants ont intérêt à utiliser la transmission conformiste. Kevin Laland et son équipe ont déjà isolé plus de 100 gènes qui ont subi une sélection et ont une origine culturelle. L’évolution gène /culture peut-être excessivement rapide.

Les thèmes abordés dans cet essai balayent toute la vie sociale. Notamment la parenté qu’elle soit par alliance, le tabou de l’inceste et les rituels. La chasse collaborative et le partage de la viande et les tabous alimentaires (éviter les agents pathogènes) qui y sont liés sont des éléments essentiels de l’évolution humaine.

Dans son sous-chapitre l’Effet tasmanien, l’auteur évoque la perte du cerveau collectif d’un groupe, la perte d’informations culturelles adaptatives qui aura pour conséquence une perte de savoirs techniques et la disparition de technologies complexes. Ainsi la taille d’une population et sa connectivité sociale déterminent la taille maximale du cerveau collectif d’un groupe. Quand une personne imite les techniques et pratiques d’un expert savant et compétent, il n’atteint jamais exactement le même niveau de compétence ou de savoir que son modèle.

Sans crier victoire sur la supériorité de notre espèce, J.Henrich souligne que l’homme n’est pas la seule espèce dont le corps et le cerveau ont été façonnés par l’apprentissage social. C’est ce qu’ont souligné des primatologues et des biologistes. Ce serait du à un problème de démarrage associé à deux voies évolutionnaires. D’abord si on parvient à accroître la taille et la complexité du répertoire culturel d’une espèce sans modifier la taille de son cerveau, il y aura plus de pratiques adaptatives utiles à apprendre d’autrui dans le monde. Donc il est bénéfique d’avoir des gènes qui améliorent l’apprentissage social. La deuxième voie serait qu’il fallait rendre les cerveaux moins coûteux par le biais de la mère (la voie de la sociabilité et des soins partagés). Ces deux voies se renforçant mutuellement. Si nous avons l’air intelligent ce n’est pas parce que nous sommes les dépositaires d’une immense réserve de logiciels mentaux, puisés dans l’immense réservoir de logiciels mentaux , puisés dans l’énorme de savoir-faire et de pratiques que la culture nous apporte en héritage.

Cet essai est passionnant à bien des égards, et il y a pléthore de références anthropologiques qui permettent de saisir le point de vue évolutionniste sur l’intelligence collective en relation avec la culture. Joseph Henrich, au cours de son livre, rappelle souvent qu’il s’agit d’hypothèses.

À titre personnel, on peut rajouter aux démonstrations sur l’intelligence collective l’apport des sciences cognitives et des neurosciences. Le triangle émotion-cognition-comportement façonné par la culture se répercute individuellement sur le cerveau et certaines zones spécifiques. Quels sont les marqueurs biologiques qui indiquent comment se fait la liaison entre le corps, l’esprit et la culture? Ainsi la culture façonne la représentation à l’intérieur du sujet et son comportement et l’acceptation des normes sociales.

Cet essai de Joseph Henrich ne laisse pas indifférent sur les conséquences de la culture sur notre évolution.

Vidéo avec Joseph Henrich

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COVID-19: POURQUOI NE PAS INNOVER EN TESTANT AVEC DES CHIENS?

« Les chiens sont formés en quelques jours et les frais d’entretien se limitent au coût de la nourriture.» (Dominique Grandjean, professeur à l’EnvA)

Si l’illustration d’un chien « Golden Retriever »portant des lunettes est fantaisiste, le sujet de ce post est sérieux! Comme l’a dit Charlie Chaplin, l’humour renforce notre instinct de survie et sauvegarde notre santé d’esprit. Et l’on peut dire qu’en ce temps de pandémie, ses propos étaient prémonitoires. La pandémie actuelle va encore perturber pendant de nombreux mois notre vie avec les mesures sanitaires mises en place! Chaque jour en lisant les derniers chiffres sur l’évolution de la pandémie, la perspective d’un renforcement des mesures sanitaires se profile dans les régions où il y a un fort taux de contamination et une taux d’occupation des lits en flux tendu. Allons nous de nouveau vers un re-confinement (localisé ou généralisé) préconisé par des médecins, comme dans certains pays (Espagne, Israël, Royaume Uni, l’Italie) ? Nous verrons bien…

Depuis la possibilité pour tout et chacun d’obtenir un test PCR sans ordonnance, les laboratoires d’analyses médicales sont engorgés, faisant exploser les délais des résultats pouvant porter préjudice aux vrais malades!

Alors, pour aider les soignants et pallier à l’engorgement des tets, reparlons une fois de plus du rôle des chiens détecteurs du virus auxquels j’ai consacré récemment deux posts: Les chiens, auxiliaires dans le dépistage du Covid-19 et Covid-19: sa signature olfactive avec les chiens renifleurs.

La recherche sur les chiens dressés à détecter l’odeur de la Covid-19 est une innovation mise en oeuvre dans certains pays à grande échelle. Un article publié dans le BMJ publié le 25 septembre évoque cette stratégie!

Depuis le 22 septembre, des chiens dressés à détecter l’odeur du virus ont été affectés à l’aéroport d’Helsinki-Vanta. Wisenose, le site de référence des chiens détecteurs de maladies rapporte qu’ils sont dix chiens dressés spécialement pour la Covid-19. Un chien ainsi dressé est capable de détecter entre 10 à 100 molécules alors que pour un kit de détection, il en faut 18 millions. Sacrés nez ces chiens!

Les tests préliminaires menés par les chercheurs de la faculté vétérinaire de l’université d’Helsinki montrent que les chiens peuvent être efficaces à 100 pour cent! Et ils peuvent sélectionner les personnes atteintes du virus avant l’apparition des symptômes.

Ulla Lettijef, directrice de l’aéroport définit la Finlande comme pionnière: « à notre connaissance, aucun autre aéroport n’a essayé de faire appel à la détection canine à une si grande échelle. Cela pourrait être une avancée majeure pour enrayer l’épidémie de Covid-19.»

Amis des animaux, vous allez être déçus car pas question de caresser ces chiens et de leur faire des calins! Les personnes qui sont testés avec les canidéss doivent essuyer leur peau avec une lingette qu’ils devront placer dans un récipient. Ceux qui seront positifs seront orientés vers le service de santé.

Deenan Pillay, professeur de virologie à l’University College London se montre sceptique sur l’apport des chiens: ils « ne sont pas une solution miracle, et ils ne remplaceront pas une approche de santé publique efficace.» On peut-être avoir les deux, non? L’un n’exclut pas l’autre.

Et où en est-on dans notre pays avec l’utilisation des chiens détecteurs de Covid-19? La France fût pionnière sur le sujet dès le mois de mars avec le projet Noasaïs initié par le professeur Dominique Granjean, enseignant-chercheur à l’école nationale vétérinaire d’Alfort. La revue Challenges a consacré le 10 septembre dernier un chouette article sur ce projet! Bien qu’il soit jugé prometteur par les experts, il fait un malheur à l’étranger mais en France, il a du mal à décrocher des subventions publiques pour se développer comme en Finlande. L’expertise développée par l’EnvA se développe dans le monde entier sauf chez nous.

Ainsi que le souligne le professeur Dominique Grandjean « Cette méthode est complémentaire de celle du dépistage par PCR qui, aujourd’hui, est encore la seule sur laquelle s’appuient les autorités. Résultat, les laboratoires d’analyse sont sous l’eau alors que l’on pourrait les soulager avec notre protocole si facile à mettre en oeuvre» et « Les chiens sont formés en quelques jours et les frais d’entretien’ se limitent au coût de la nourriture. » La facture pour l’Assurance maladie des tests PCR, quant à elle, dépasse les 250 millions d’euros par mois.»

Dommage, vraiment dommage….un immense gâchis et c’est désespérant!

Pour en savoir plus:

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https://www.geo.fr/histoire/des-chiens-renifleurs-decouvrent-des-sepultures-vieilles-de-3000-ans-en-croatie-198336

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COVID-19: SA SIGNATURE OLFACTIVE AVEC LES CHIENS RENIFLEURS.

« Les chiens ne servent pas à remplacer les tests PCR. C’est plutôt un outil et un moyen supplémentaire de dépistage »(Aymeric Bernard , vétérinaire)






En avril dernier, j’avais évoqué dans un post, le dressage par la Medical Detection Dog (MDD, UK) de chiens capables de détecter les personnes asymptomatiques au SARS-Cov2. Des expérimentations ont été lancées à l’École Nationale vétérinaire d’Alfort et en Corse. Sur l’île de beauté, le programme baptisé Nosais est soutenu par la préfecture de Corse du Sud, l’ARS de Corse et les hôpitaux ajacciens de la Miséricorde et Eugénie. Et le programme Covidog à Strasbourg.

Dans la ville alsacienne, le projet des chiens renifleurs a intéressé Philippe Cochet, enseignant-chercheur au CHU de Strasbourg. Il est parti de l’idée que si il y a « une deuxième vague survient, il sera difficile de reconfiner tout le monde comme on l’a fait. Voilà pourquoi il nous faut disposer d’un moyen non invasif et immédiat pour détecter les porteurs du virus ». La start-up strabourgeoise Biodesiv a mis au point des tubes permettant de collecter les échantillons infectés et non infectés.

Le principe repose sur le suivant: il faut isoler l’odeur de la maladie et non celle du virus. À l’aide de cultures de cellules infectées, le volatilome associé à l’infection sera récupéré, c.a.d ensemble des molécules volatiles que ces cellules libèrent dans l’air. « Le virus reprogramme la cellule pour qu’elle travaille pour lui. C’est une modification du tout au tout du métabolisme cellulaire. Donc, les cellules infectées ne libèrent pas les mêmes molécules que les cellules saines », explique Christophe Ritzenthaler. C’est cette signature olfactive de la maladie que les chiens apprennent à reconnaître.

Selon Christophe Ritzenthaler, directeur de recherche au CNRS et virologue à l’Institut de biologie moléculaire des plantes du CNRS, la maladie a un « parfum » aussi bien chez les patients contaminés que les asymptomatiques, difficiles à repérer s’ils ne se font pas tester.

Quel est le protocole du dressage? C’est l’équivalent d’une étude randomisée mais adaptée à l’animal sans l’exposer lui et son dresseur au virus. On dispose devant le chien quatre supports métalliques contenant chacun un échantillon de sueur humaine collectée sous les aisselles. Trois filtres proviennent de personnes non contaminées et le quatrième est celui du malade atteint par la Covid-19. Quand le chien s’assoit devant le filtre sentant l’odeur du virus, il est récompensé avec son jouet préféré. L’exercice est répété une vingtaine de fois.

©Crédit AFP, Pascal Pochard

Une ECR (étude clinique randomisée) allemande publiée dans le journal BMC pilotée par l’Université de médecine vétérinaire de Hanovre et le professeur Holger Volk révèle bien que les chiens de détection entrainés sont capables de distinguer les échantillons infectés à la Covid-19 des non infectés.

Le 23 juillet dernier, en Corse deux malinois ont participé à une campagne de dépistage. Comment cela se passe-t-il? Comme l’explique Bruno Maestracci, directeur du Si-2, « Nous appliquons des compresses sous le bras de volontaires. Sous l’autre bras, nous mettons des tubes qui seront eux transmis à l’université de Corse, à Corte, avec laquelle nous avons un partenariat afin de réaliser des analyses scientifiques. »

Le flair hors norme de ces chiens est encourageant! Il y a entre 94 et 98% de sensibilité, et il est même arrivé que des chiens aient détecté des cas positifs là où les tests PCR étaient négatifs. Mais le vétérinaire Aymeric Bénard reste prudent: « Les chiens ne servent pas à remplacer les tests PCR. » « C’est plutôt un outil et un moyen supplémentaire de dépistage ». Et le coût du test reste limité! N’importe quel chien dressé déjà à renifler des maladies virales peut-être entrainé à reconnaitre celle de la Covid-19.

Restons prudents face aux nez canins comme le préconise l’Académie nationale de médecine et l’Académie vétérinaire de France. Certains critères fiables doivent être réunis et c’est tout un véritable programme dans le respect du bien-être animal:

-de compléter l’évaluation scientifique et le développement de ce nouveau test afin de le mettre en œuvre dans les meilleurs délais :

– d’en préciser les performances analytiques (sensibilité, spécificité) ;

– d’identifier dans le volatilome la ou les molécules spécifiques de la Covid-19 ;

– de promouvoir la constitution d’équipes dédiées (personnel, chiens) ;

– de sécuriser la présentation des échantillons à analyser, tant pour les chiens que pour le personnel ;

– et de définir les règles de bon usage de ce type de test.

Jusqu’à ce jour, près de 15000 personnes ont pu être testées en France et à l’étranger avec les chiens renifleurs. Alors, une initiative sympathique qui fait de ces chiens détecteurs de Covid-19 des auxiliaires médicaux précieux.

Vidéo sur les chiens détecteurs en Corse:

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ÉLOGE DE LA LENTEUR, DE LA SIESTE ET DE LA PROCRASTINATION

Quand les choses se passent trop vite, personne ne peut être sûr de rien, de rien du tout, même pas de soi-même (Milan Kundera)

Le temps des vacances et le weekend sont l’occasion rêvée de ralentir l’activité effrénée si caractéristique du monde moderne! De se reposer. C’est aussi l’occasion de faire l’éloge de la lenteur et de laisser s’écouler le sablier trois supposés défauts bien complémentaires: la lenteur, faire la sieste du temps et la procrastination! Et sils devenaient des besoins essentiels, allez un peu exagéré, mais au moins des besoins de réalisation personnelle, selon la pyramide de Maslow!

D’abord laisser s’écouler le sablier du temps avec la lenteur! Selon les propos de Gilles Clément, paysagiste, enseignant et auteur, il faut « réfléchir à ce que cette lenteur ou ce désir de lenteur signifie aujourd’hui. Car nous avons plus de temps devant nous, nous ne cessons de gagner du temps, et pourtant nous souffrons de cette « famine temporelle »… Étrange époque où le temps se rétrécit subjectivement alors qu’il ne cesse de s’emplir objectivement. Est-ce réellement de repos dont nous avons besoin, ou du besoin de ressentir la distinction entre l’activité et le repos, donc entre la rapidité et la lenteur ? Mais c’est peut-être une question de rythme…»

L’écrivain Milan Kundera a développé dans son livre La Lenteur la fascination de l’homme moderne pour la vitesse en délaissant la lenteur. Jean de La Fontaine l’évoque dans sa fable « Le lièvre et la tortue ». La lenteur est aujourd’hui un défaut qu’il faut combattre. Être actif et meubler son temps coûte que coûte sont les signes d’une personnalité dynamique, parait-il. Je n’en suis pas convaincue car ma nature est contemplative! Mon regard se perd au loin à la vue d’un beau paysage.

Dans cet éloge de la lenteur, comment ne pas parler de la « Slow Attitude » qui nous suggère de ralentir notre mode de vie et de prendre son temps pour apprécier les choses simples de la vie comme par exemple prendre son temps pour contempler un paysage. La vitesse est addictive; elle donne l’illusion d’être dans le tourbillon de la vie, et peut-être participe-t-elle au déni de la mort? Aller vite, est-ce défier la mort, un signe de vivre pleinement sa vie? La stimulation incessante est-elle si bénéfique pour notre psyché? La lenteur n’oblige-t-elle pas à une distanciation intérieure qui permet d’être à l’écoute de soi, de ses désirs et de ses émotions. Bref, de son tempo intérieur. Le journaliste canadien Carl Honoré s’est rendu célèbre par son best-seller « Éloge de la lenteur » où il enquête sur le mouvement slow. Je n’ai pas lu le livre (par manque de temps) mais son synopsis est séduisant. Pour me faire pardonner, je mets à la fin de ce post l’une de ses interviews très tendance psychologie positiviste et humaniste dans l’esprit d’Abraham Maslow et de sa pyramide.

La lenteur est bénéfique pour le cerveau et la créativité. La lenteur durant le temps des vacances est l’occasion rêvée pour se déconnecter de l’utilisation de l’ordinateur, de la tablette et du smartphone qui sollicitent la fonction multitâche de notre cerveau. En 2014, le Journal de la Science cite une étude selon laquelle le cerveau des personnes qui s’adonnent régulièrement au multitâche dans la journée présentent un déficit marqué de matière grise dans le cortex angulaire antérieur, impliqué dans la régulation de nos émotions.

Après, cet éloge de la lenteur, dans le même état d’esprit, pourquoi ne pas profiter des vacances pour faire la sieste? Faire une courte pause de sommeil dans la journée est l’occasion de remettre les pendules à l’heure avec le « manque de sommeil chronique » (souvent nommé improprement  « dette de sommeil) qui serait encore l’un des maux du monde moderne.    

Bien dormir est fondamental.  Durant notre sommeil, notre cerveau se nettoie de ses déchets et toxines grâce au système glymphatique, selon une étude américaine publiée en 2013. Le sommeil servirait, selon l’hypothèse des chercheurs de l’Université de Rochester (New-York), à nettoyer notre cerveau encrassé lors de l’état d’éveil. Durant le sommeil, déchets et toxines accumulés pendant la phase d’éveil seraient emportés dans un flux du liquide orchestré par des cellules spécialisées, dites « cellules gliales ». Cette forme d’auto nettoyage serait indispensable pour la survie de neurones.Le manque de sommeil est responsable de fatigue chronique, de manque de concentration, de somnolence diurne et a de nombreux effets sur la santé, notamment cardiovasculaire, le diabète, etc. Comme le souligne le Docteur Najib Ayas, spécialiste des troubles du sommeil au Women’s Hospital de Boston « les gens devraient considérer qu’un sommeil adapté à leurs besoins n’est pas un luxe mais fait partie de l’hygiène de vie ».La somnolence diurne à l’origine d’un accident sur trois sur les autoroutes, et 5 heures de sommeil ou moins multiplie par trois le risque d’accidents! Alors sur la route des vacances, pourquoi ne pas marquer une pause en faisant la sieste?

Et en dehors des vacances, pourquoi ne pas faire de la sieste une habitude de vie quotidienne? Nous consacrons, en moyenne, un tiers de notre existence à dormir. L’impact des troubles du sommeil sur la santé mentale est  régulièrement étudié chez l’adulte, l’enfant ou l’adolescent n’est plus à démontrer.    

Bien dormir est bénéfique pour notre cerveau. Un bon sommeil influence la créativité; l’idéal serait de dormir huit heures par nuit afin que notre cerveau ait le temps de restructurer les souvenirs avant de les stocker. Les déficits cognitifs et mémoriels engendrés par la privation de sommeil sont étudiés, sous toutes les coutures, par les chercheurs en neurosciences. Une bonne nuit de sommeil permet de mieux assimiler ce que l’on a appris dans la journée. Chez les enfants, le sommeil paradoxal est excessivement important pour faciliter le processus de mémorisation et d’apprentissage.

En 2019, le bulletin épidémiologique hebdomadaire (BHE) de l’Agence Sanitaire publique France rapporte que le temps moyen de sommeil des Français est inférieur à 7 heures. En moyenne, les Français de 18 à 75 ans dorment 6 heures 45 minutes par nuit. Le manque de sommeil est important chez les jeunes. Le déficit moyen atteint 54 minutes pour les filles âgées de 15 à 19 ans, et 41 minutes pour les garçons du même âge. Alors que leur durée de sommeil devrait se situer entre huit et  neuf heures par nuit, avec un coucher qui n’excède pas 22:00. On connaît aujourd’hui le rôle délétère des écrans qui  réduisent la durée de sommeil de 30 à 45  minutes. La lumière vive des tablettes ont un impact sur la sécrétion de mélatonine (l’hormone du sommeil).

Les horaires de travail décalés et le tabagisme réduisent la qualité du sommeil. Les femmes dorment moins bien que les hommes. Alors la sieste pourrait remédier à ces nuits trop courtes? Des hommes politiques tels que Winston Churchill ou Napoléon s’y adonnaient. Einstein et Édison aussi.   De nombreux chercheurs soutiennent que la sieste est issue d’un rythme biologique inné chez les mammifères, dont nous! Entre 14 et 15 H, notre vigilance diminue. 10 minutes de sieste suffiraient à nous remettre en forme. La sieste n’est pas réservée qu’aux tout-petits. En l’absence de troubles du sommeil sévère, une courte sieste de moins d’une demi-heure en début d’après-midi augmente la vigilance et maintient les performances cognitives. Si chez nous, cette proposition est associée à la fainéantise ou aux vacances, ce n’est pas le cas dans d’autres pays. Les Asiatiques sont les plus décomplexés vis à vis du sommeil, et pour eux dormir est une activité naturelle au même titre que se nourrir. En Chine, sous l’impulsion de Mao, l’article 49 de la constitution stipule que « tout travailleur a droit à la sieste », et au Japon, la plupart des grandes entreprises mettent à la disposition de leurs employés des « salons de sieste ».    

Les variations sont nombreuses autour de la sieste, mais le mode opératoire reste inchangé: on s’allonge, on ferme les yeux, on se détend et on laisse l’attention flotter. On est là pour se détendre et oser ce droit salvateur à la paresse. La sieste est normalement constituée de sommeil lent léger, sans la phase paradoxale nocturne, qui permet la neurogenèse, mais à titre préventif et curatif la sieste est indiquée. Et elle est tout à fait en phase avec l’éloge de la lenteur.

Si on n’a pas le temps de piquer son petit roupillon chez soi, il y a des propositions de sieste fort sympathiques, parfois insolites, et qui n’ont rien de crapuleuses. Le monde de l’entreprise est directement concerné par cet éloge de la sieste, aux fins de réduire les risques psychosociaux. Si un salarié fait une sieste, il sera reposé, détendu et travaillera mieux. Sans affirmer que la sieste est le remède miracle pour éviter les risques psychosociaux. Orange (anciennement France Télécom), tristement célèbre pour ses risques psychosociaux élevés parmi ses salariés, expérimente  à Lyon  des calm-chairs dans des calm-spaces. Un espace est aménagé avec des lumières et des musiques relaxantes où sont mis à la disposition des salariés des fauteuils-caissons. Des séquences sonores et lumineuses scientifiquement approuvées qui stimulent la mélatonine ont été spécialement développées pour des siestes de 10, 15 et 20 minutes. Depuis 2017,  le sud-ouest Parisien de Renault,  a créé un espace de sieste permet mis à la disposition des 1.200 employés de la structure pour se ressourcer efficacement. En un an, la fréquentation est passée de 40 personnes par jour en moyenne à 60 et ce sans que l’entreprise ait besoin de communiquer dessus.

Et la procrastination? Selon un récent article du journal Le Figaro, elle ferait un bien fou à notre cerveau! Nous serions ainsi près de 50% à procrastiner une heure par jour au travail, et 22% plus de deux heures, selon un sondage OpinionWay pour JeChange en mars 2018. À la faveur du développement des nouvelles technologies et des distractions numériques, ce comportement aurait même augmenté de 300 à 400% en l’espace de quarante ans, assure Diane Ballonad Rolland, auteur de J’arrête de procrastiner, 21 jours pour arrêter de tout remettre au lendemain (Eyrolles, 2016).

Laisser passer du temps aide parfois à mûrir une décision, à rendre au final un travail plus nourri et plus riche. Michèle Declerck, psychologue et auteur de «Mémoires d’un procrastineur» .

Sans culpabiliser, procrastinons sans vergogne! Et si finalement, le temps des vacances était l’occasion de découvrir les vertus de la lenteur, de la sieste et de la procrastination, et après de ne pas les perdre de vue à la rentrée? Les adapter à votre emploi du temps car elles favorisent la créativité et l’épanouissement de soi.

En guise de conclusion, une citation de Milan Kundera extraite de son livre La Lenteur:

Quand les choses se passent trop vite, personne ne peut être sûr de rien, de rien du tout, même pas de soi-même.

Vidéo/Interview de Carl Honoré, auteur du best-seller Éloge de la lenteur.

Sources:

http://www.franceinfo.fr/sciences-sante/info-sante/une-decouverte-sur-le-role-du-sommeil-1187999-2013-10-24http://actu-science.nouvelobs.com/scientifiques-cerveau-sommeil.htmlhttp://www.sommeilsante.asso.fr/informez/inform_somnolence_adolescents.htmlhttp://sante.lefigaro.fr/actualite/2013/10/18/21413-ladolescent-sommeil-liaisons-difficileshttp://www.pourlascience.fr/ewb_pages/a/article-la-sieste-est-elle-necessaire-22817.phphttp://www.monde-diplomatique.fr/2014/02/PIEILLER/50106http://stopinsomnie.blogspot.fr/2012/12/trouble-du-sommeil-chez-les-enfants.htmlhttp://www.inpes.sante.fr/30000/actus2013/041-sommeil-ados.asp

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IL ÉTAIT UNE FOIS L’ÉVEIL, UNE HISTOIRE DE PANDÉMIE.

Dans les années 60, le neurologue Oliver Sacks va s’intéresser à ces survivants de l’encéphalite léthargique. il leur a consacré le livre « L’Éveil » et également tout un chapitre détaillé dans son livre testament « En mouvement, une vie ».

Image du film L’Éveil (1990)

Le SARS-COV-2 continue à flamber sur tous les continents. Plus de 530000 dans le monde. Les États-Unis sont le pays le plus touché avec 129 584 décès pour 2.818 588 cas. Après eux, les pays qui payent le plus lourd tribut sont sont le Brésil avec 63 174 morts, le Royaume-Uni avec 44 198 morts, l’Italie avec 34 854 morts, et la France avec 29 893 morts. Et le gouvernement français parle de nouveau de confinement ciblé cette fois-ci! Il y aurait 86 clusters en France même si le solde reste négatif en réanimation. « Quatre régions (Ile-de-France, Grand-Est, Provence-Alpes-Côte d’Azur, Hauts-de-France) regroupent 73% des patients hospitalisés en réanimation».

C’est un lieu commun de dire que le SARS-Co2 n’est pas la première pandémie mondiale! Qui n’a pas entendu parler de la fameuse grippe espagnole qui a marqué l’inconscient collectif de ceux vécu nos aïeux, responsable de 25 à 50 millions de morts durant la première guerre mondiale causée par une mutation redoutable du virus en circulation H3N8 de la grippe, et qui contrairement à la Covid-19 dont l’âge de mortalité se situe autour 82 ans frappaient surtout les jeunes adultes de 25 à 29 ans. La grippe espagnole est aujourd’hui largement documentée et il existe moult articles de vulgarisation acceptables.

Ce que l’on sait moins, c’est qu’elle a coïncidé en 1916 avec l’épidémie d’encéphalite léthargique qui s’est manifesté entre 1915 et 1926. Des épisodes léthargiques vont être observés à Verdun en 1916 sur près de 64 soldats pris d’une irrésistible envie de dormir où qu’ils soient, quoi qu’ils fassent. Cette étrange épidémie va se répandre comme une trainée de poudre et les hôpitaux vont se remplir de ces étranges dormeurs. En 1918, 500 cas vont être recensés en Europe. À Vienne, le neurologue Constantin Von Economico va se pencher sur cette étrange maladie dont les épisodes de sommeil ne sont pas les seuls symptômes. Les patients peuvent être atteints de tics, les yeux paraissent déconnectés du cerveau. Près de la moitié d’entre eux meurent d’une paralysie de leur système respiratoire. Le neurologue Constantin Von Economico va déterminer qu’il s’agit d’un gonflement du cerveau qui suscite l’endormissement, l’hypothalamus , la partie du cerveau responsable de l’éveil et de l’endormissement est hypertrophié. Les épisodes léthargiques ne sont pas les seules manifestations infernaux de cette maladie qui peut survenir à retardement après une rémission. Il a été observé des tics, des hoquets, des sautillements ou des tremblements invalidants incitant au suicide. Bradykénie ou akinésie. Et la maladie de Von Economico n’épargne pas les enfants qui modifie le comportement de ces enfants qui peuvent devenir agressifs, violents et hystériques et plonger dans un coma irréversible.

Dans les années 60, le neurologue Oliver Sacks va s’intéresser à ces survivants de l’encéphalite léthargique. il leur a consacré le livre l’Éveil et également tout un chapitre détaillé dans son livre testament « En mouvement, une vie », intitulé L’Éveil ». En 1966, à l’hôpital Beth Abraham dévolu aux malades chroniques, Oliver Sacks allaient prendre en charge 80 survivants de la pandémie d’encéphalite léthargique. Il les décrit comme « englués dans des états profondément parkinsoniens ou dans des postures catatoniques sans être inconscients; leur conscience s’étant figée au moment de l’apparition de la maladie. Certains de ces patients étaient dans le même état depuis 30 ans ou 40 ans, et l’ hôpital de Beth Abraham avait été ouvert pour les accueillir. Si ces hommes et ces femmes semblaient emmurés en eux-mêmes tels des statues, le personnel infirmier ne doutait pas un seul instant que leur psyché était intacte. Lors de moments brefs, certains patients alors incapables de marcher ou de chanter, s’animaient avec la musique. Chaque pensionnaire était différent et cela étant du au fonctionnement du cerveau aux niveaux les plus primitifs. Oliver Sacks évoque leurs comportements en les qualifiant de « préhistorique voire pré-humains. …des comportements fossiles, des vestiges darwiniens.»

Selon une approche clinicienne et holistique (scientifique, psychologique et existentielle), Oliver Sacks observait minutieusement tous ces patients méprisés par ses confrères, prenait des notes et les filmait. Il lui est venu petit à petit l’idée de leur consacrer un livre qui sera d’ailleurs publié quelques années plus tard sous le titre de l’Éveil. Mais l’aventure ne faisait que commencer avec ces patients post-encéphaliques! Ils étaient délaissés par leur famille et leurs dossiers médicaux dataient des années 1920/1930; ceci pour démontrer que les connaissances médicales de l’époque avaient été sans espoir pour les malades de cette terrifiante pandémie reléguée aux oubliettes.

À la fin des années 50, suivant l’état des connaissances médicales de l’époque, il avait été établi que le cerveau parkinsonien souffrait d’une carence en dopamine (un neurotransmetteur) grâce aux travaux du scientifique suédois Arvid Carlsson. La science médicale de l’époque pensait qu’en augmentant le taux de dopamine chez les malades parkinsoniens, leur état pouvait s' »améliorer. La L-Dopa, médicament précurseur de la dopamine (transformé en dopamine dans le cerveau) suscite d’immenses espoirs en augmentant le taux de dopamine dans le cerveau. Oliver Sacks cite les résultats remarquables du Georges Cotzias qui prescrit des doses importantes de L-Dopa chez les Parkinsoniens. Les horizons des Parkinsoniens vont s’élargir avec cette nouvelle molécule d’ailleurs toujours prescrite.

Il vient à l’idée d’Oliver Sacks que la L-Dopa pourrait être administrée à certains de ses patients post-encéphaliques dont certains états font penser à des Parkinsoniens. Le neurologue a pesé le pour et le contre, en se demandant si ce médicament ne risquait pas de dégrader l’état de ses patients ou d’avoir des effets secondaires inconnus.

Après l’accord de la FDA, le premier essai en double aveugle a lieu en 1967. 6 patients reçurent le placebo et les autres la L-Dopa durant 90 jours. 50 % d’échec démontrant que la L-Dopa n’avait aucun effet placebo.

Face à ces résultats décevants, il proposa de la L-Dopa à tous ses patients post-encéphaliques. Des patients qui étaient jusque là quasi inanimés s’éveillèrent durant l’été 1969, mais des effets secondaires et des complications eurent lieu et rendaient le traitement incontrôlable, et ce malgré l’ajustement de posologie.

Ce qui était frappant est que ces éveils sous L-Dopa étaient vraiment complets: physiques, intellectuels, perceptuels et émotionnels. Contredisant ainsi tous les concepts de la neuro-anatomie de l’époque. Pour Oliver Sacks , ces éveils montraient les limites de l’approche purement médicale et pharmacologique, et la dynamique propre à l’action d’un médicament chez les post-encéphaliques. ces éveils montraient quelque part la jonction entre le neurologique et le psychologique. Malgré les demandes de la FDA, il fut impossible à Oliver Sacks de faire des rapports circonstanciés sur les symptômes et réactions engendrées par l’administration de L-Dopa, il ne put que filmer et prendre des notes. Cela n’empêcha Oliver Sacks de trouver une approche novatrice pluridisciplinaire avec des psychologues, musicothérapeutes, travailleurs sociaux, orthophonistes pour tenter d’expliquer ces éveils.

En 1970, Oliver Sacks fit publier ces lettres dans The Lancet, et elles reçurent un accueil favorable par ses confrères; sur l’instigation du directeur médical de Beth Abraham, il publia dans le JAMA sous forme de statistiques les effets globaux de la L-dopa sur 60 patients l’ayant pris un an. Cette publication fut vivement critiquée dans un numéro spécial où ses confrères parlèrent de « divagations ». D’aucuns lui reprochèrent même de publier des informations susceptibles « de réduire l’efficacité de la L-Dopa en perturbant l’optimisme thérapeutique indispensable au traitement ». Oliver Sacks n’a pas pu répondre dans ce numéro spécial sur la sensibilité différente des post-encéphaliques de celle des Parkinsoniens à la L-dopa.

Mais il n’avait pas dit son dernier mot à ce sujet! En 1972, il publia dans un format «orthodoxe», une description des effets indésirables de la L-dopa chez ses patients atteints post encéphaliques et de démence, relatant que tous ces individus avaient développé les manifestations suivantes: «chorée, akinésie, psychose délirante ou stupeur / coma». Ces réactions sont survenues dans une moindre gravité chez les patients post-encéphaliques sans démence. Sacks et ses collègues ont réaffirmé la prudence de prescrire la L-dopa et a contre-indiqué son utilisation chez les patients déments 11 .

Avec son livre l’Éveil dont la publication fit l’objet de nombreuses tribulations, Oliver Sacks fut le lauréat 1974 du prix Hawthorden. Aucune recension dans les revues médicales sauf dans l’éphémère revue British Clinical Journal qui qualifia cette absence de réaction d’étrange mutisme de la profession. Un documentaire sur les patients, héros de l’Éveil fut tourné par Duncan Dallas en septembre 1973 avec la musicothérapeute de Beth Abraham, et il fut projeté en 1974 en Angleterre. Le seul héritage filmé sur les éveils de ces patients post-encéphaliques.

Je vais conclure ce post par une citation empruntée sur la recension que j’ai fort appréciée du livre l’Éveil trouvée sur le blog littéraire et passionné de Christine du « petit blogue sans prétention d’une lectrice compulsive » : « Et nous pouvons dire du parkinsonien que ses règles et horloges intérieures sont toutes faussées – comme dans le célèbre tableau de Salvador Dali représentant une multitude de montres dont les aiguilles avancent à des vitesses différentes et indiquent chacune des heures contradictoires (ce tableau est peut-être une métaphore du parkinsonisme: Dali le peignit à l’époque où il commençait à souffrir de troubles parkinsoniens). 

Vidéo de personnes souffrant d’encéphalite post-léthargique

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POST COVID-19: N’OUBLIONS PAS QUE LA NATURE PEUT AIDER LES SÉNIORS À BIEN VIEILLIR!

« Les catégorisations de l’âge correspondent au regard subjectif que la société porte sur elle-même selon les circonstances». (D.Boulbès)

Voici deux ans, j’avais écrit le billet sur les bienfaits de la nature chez les séniors. Je n’ai pas changé d’avis sur la nécessité de proposer aux personnes âgées de « baigner dans la nature ». Mais la pandémie Covid-19 est passée par là depuis mars dernier. Le confinement indifférencié a bouleversé cette approche ancrée dans la nature, et j’en arrive aujourd’hui à la qualifier de romantique ou du moins utopique au vu du traitemen qu’ont subi certaines personnes âgées en institution! Dans les médias et sur les réseaux sociaux, les mots  » protégeons nos vieux » ou nos « aînés » ont souvent été lâchés pour justifier la raison de ce confinement indifférencié qui a privé tout le monde de ses libertés élémentaires dont celui de circuler, et il était recommandé en priorité aux personnes de plus de 70 ans de pratiquer un confinement total. Car si les formes sévères du Covid-19 avec mortalité ont touché, selon les statistiques, les personnes âgées de plus de 80 ans, des moins de 60 ans sont aussi décédées. Définir la vieillesse n’est pas aisé.

Car ce serait oublier que la notion de vieillesse a évolué depuis la seconde moitié du XX° siècle avec les progrès de la science médicale. Comme l’a souligné Dominique Boulbès, auteur de la Silver économie, « Les catégorisations de l’âge correspondent au regard subjectif que la société porte sur elle-même selon les circonstances ». Ce sont des étiquettes qui ne correspondent pas à la réalité vécue. Le pire c’est que sont les plus âgés d’entre nous qui usent et en abusent de ces étiquettes! De rappeler que le mot vieillard désignait alors les quadragénaires selon César-Pierre Richelet en 1680. On parle aujourd’hui du quatrième âge pour les grands séniors de plus de 80 ans, et ils constituent la majorité des résidents d’EHPAD et sont souvent dépendants.

Les grands séniors en EHPAD ont payé un lourd tribut en terme de mortalité avec la Covid-19, et dans des conditions que nous ne souhaiterions pas à notre pire ennemi! Difficile d’avoir le nombre exact de décès en EHPAD! Juste des tendances: 57 % au Canada, 55 % en Irlande et près de la moitié des victimes recensées en France et en Belgique.Et ce n’est pas imputable aux équipes soignantes mais à une bureaucratie tatillonne, une insuffisance de matériel de protection des équipes soignantes et de tests à grande échelle! Des salariés d’EHPAD ont fait preuve d’un dévouement sans faille en restant confinés en non stop avec les résidents à l’instar de celui de Mansle en Charente. Juste de l’altruisme et de la bienveillance et qu’ils en soient remerciés!

Les grands séniors ont été isolés de manière stricte pour limiter les risques de contamination et sans leurs proches aux derniers instants de leur vie. Des psychiatres et gérontologues ont tiré la sonnette d’alarme devant cette situation indigne! Le psychiatre Serge Hefez a perdu lui même sa mère durant cette période de confinement en EHPAD mais a eu en portant des protections pu lui dire « Adieu »; ce dont furent privés de nombreux proches ayant eu leurs parents en EHPAD en fin de vie! Les paroles de Serge Hefez sont éclairantes: « On ne peut pas faire son deuil si on n’a pas accompagné son proche à la fin de sa vieToute la noblesse et la dignité en fin de vie d’un proche est de les accompagner, leur tenir la main, les rassurer, être près d’eux pour ce passage de la vie à la mort et pourtant beaucoup en sont privés. On perd notre humanité, on entre dans une espèce de barbarie en étant dans un hygiénisme trop protecteur alors même que la mort fait partie du rythme de la vie »  

Alors quelles réflexions envisager autour des grands séniors? Y aura-t-il à chaque épidémie de grippe comme seule solution le confinement total des séniors? Les désocialiser et leur mettre le moral au trente sixième dessous en les isolant dans leur chambre et en limitant leur relations sociales et familiales dans leur dernier lieu de vie? Aucune application high tech comme Face time ou autre tablette (voire un robot) ne remplacera un contact charnel avec autrui! Ou bien de clamer haut et fort que des animations sont mises en place pour les distraire comme s’ils étaient des enfants à qui on offre un spectacle de marionnettes? Ainsi font font les marionnettes! Bref , de décider ce qui est bien à leur place, le principal étant de préserver des vies au détriment de la qualité de vie! Ça donne bonne conscience. Vraiment?

Alors peut-être avant de lancer des grands plans politiques nébuleux pour améliorer le sort des personnes âgées, il faut reconnaitre que la maison de retraite réduit, par essence, les libertés individuelles. Même s’il n’a pas parlé des maisons de retraite, les observations du sociologue américain Irving Goffman sur les institutions totalitaires comme les hôpitaux psychiatriques (et la prison) s’appliquent à elles. Un EHPAD est une institution totale, celui décrit par Goffman comme suit:  « L’institution totale est un lieu de chamboulement où l’individu se voit déposséder de sa liberté, de ses allées et venues; son périmètre de vie se rétrécit, et la notion de temps est soumise aux contraintes de l’institution buraucratique ». Parfaite illustration de ce qui s’est passé lors du confinement! Les nécessités technocratiques de la pandémie ont démontré que la vie privée et la vie institutionnelle dans les EHPAD ne faisaient plus qu’un. Le règlement s’est immiscé dans l’intimité des résidents et a impacté celle de ses proches. L’exigence thérapeutique s’est transformé en contrôle social. Allez demander aux familles ce qu’ils en ont pensé…Les grands séniors dans les EHPAD ont été les derniers à être déconfinés! Que dire de témoignages de personnes de 92 ans parfaitement valides et privées de sortie? Et le nombre de visiteurs restreints, tout ça, car il était impossible de protéger les équipes soignantes et de faire passer des tests à grande échelle!

Alors, peut-être serait-il judicieux à l’avenir de revenir aux préceptes simples préconisés dans l’étude anglo-saxonne de Jessica Findlay sur les bienfaits de la nature pour les séniors parue en 2015, « dans Health and Nature », une revue spécialisée en psychologie de l’environnement. Quand les séniors se connectent quotidiennement à elle, ils en tirent de vrais bénéfices, affirme cette étude. Avoir accès à la nature (parcs, points d’eau…) permettrait de rester en bonne santé et de mieux vieillir.

Passer chaque jour un moment dans la nature améliorerait la qualité de vie, la santé morale et physique des personnes âgées. Les résultats de cette étude sur les bienfaits de la nature chez les séniors peuvent sembler pour les jeunes ou les moins jeunes une évidence en cette période estivale!  C’est l’occasion pour beaucoup d’entre nous d’aller se ressourcer au bord de la mer, dans la campagne ou à la montagne. Quand on est en pleine possession de ses capacités physiques et mentales, il semble facile de bouger à sa convenance, prendre sa voiture ou le train pour aller se promener dans les bois, aller sur la plage. Ors, ce n’est pas toujours le cas pour les personnes âgées. Notamment pour celles qui souffrent de pathologies diverses, invalidantes, dépendantes, isolées ou encore en maison de retraite médicalisée jusqu’à la fin de leurs jours. Nous en avons eu une petite idée avec la laisse de 1 km et la longe de 100 km octroyées généreusement lors de la limitation de nos déplacements pendant le confinement. Et les bois, forêts, parcs et plages fermées.

Alors commençons par nous interroger nous sur la qualité de vie de nos aînés quand ils sont coupés de la nature, avec parfois la sensation d’être claquemurés dans une institution ou une maison de retraite. Car une maison de retraite reste un cadre de vie contraint, qui réduit les libertés individuelles de la personne qui s’est résignée à finir ses vieux jours là-bas pour diverses raisons. Et ce durcissement des contraintes sanitaires dues au Covid-19 a aggravé leur conditions de vie. Qu’en est-il de leur psyché, en sachant que selon des enquêtes réalisées en France en 2015, 33% des résidents d’établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad), souffriraient de dépression? Outre cela, le risque de suicide est plus élevé chez les seniors de plus de 85 ans, deux fois plus que pour les jeunes de 25 à 44 ans. Or, le fait d’être triste ou pessimiste ne doit pas être considéré comme normal pour une personne âgée, et il n’est peut-être pas besoin de leur administrer des doses massives de psychotropes, dont on sait aujourd’hui que l’excès est délétère.

C’est un autre paradigme que proposent dans leurs conclusions Jessica Finlay et son équipe de l’université du Minnesota sur les effets bénéfiques de la nature chez les séniors en maison de retraite sont novatrices, même si ce que s’y raconte semble des lieux communs pour les plus jeunes. L’importance de la nature est fondamentale sur le bien être physique et moral des séniors! Comme le reconnaît la gérontologue Jessica Finlay, cette étude est « empirique », bien que répertoriée dans la base de données scientifiques de Medline qui cite les études sérieuses. C’est d’abord une réflexion pour les politiques de prise en charge des personnes âgées, en construisant des espaces qui accueillent les personnes sur l’ensemble de leur vie. Les pouvoirs publics pensent d’abord à la construction d’aire de jeux pour les enfants mais rarement à des bancs pour que les grands-parents puissent les regarder s’amuser. Cette importance de la nature sur le bien-être physique et moral de nos aînés s’inscrit dans un courant humaniste qui est celui de la psychologie de l’environnement. Il étudie comment l’environnement physique immédiat d’une personne affecte sa psyché, son bien-être physique et mental, ainsi que son comportement.

Et également dans le courant de la psychologie positive, qui est l’étude scientifique des forces du fonctionnement optimal et des déterminants du bien-être. La notion de paysage thérapeutique, avec l’importance des espaces verts et aquatiques, met l’accent sur la dimension hédonique, liée à l’augmentation des émotions agréables et comportant également une dimension endémonique, avec le sentiment que la vie a du sens jusqu’au dernier souffle.

Cette étude anglo-saxonne s’oppose à la notion de pathologisation, de médicalisation forcenée de la personne âgée au détriment de la qualité de vie, l’épanouissement de soi. Avoir accès à la nature influence la qualité de vie, alors pensons y pour nous aînés et dans les propositions politiques de la prise en charge de la dépendance des séniors. Alors, quel est l’impact positif de la nature observé par Jessica Finlay sur le bien-être de nos aînés ?

Avoir accès chaque jour à la nature influence leur qualité de vie. Un environnement boisé, un parc, ainsi que des étendues d’eaux avec des bassins, des lacs, des fontaines, une rivière, augmentent leur bien-être physique, moral et la connectivité spirituelle.Un étang, un banc avec vue sur des massifs fleuris est quelque chose de positif. Le simple bourdonnement d’une abeille sur les fleurs, ou même le fait d’avoir vue sur des pots de fleurs sur un rebord de fenêtre est important pour une personne en maison de retraite.

Jessica Finlay parle de mettre en place des espaces de socialisation pour faciliter les interactions sociales et les rencontres intergénérationnelles en proposant des activités avec les amis, les familles et les voisins dehors. Comme le souligne Jessica Finlay, « avoir accès à des espaces verts et aquatiques encourage les aînés à avoir envie de sortir. C’est un facteur de motivation pour rester actif physiquement, garder le moral et avoir envie de nouer des relations sociales ».– Faire de la natation, marcher dans l’eau ou avoir un contact avec la nature permettent d’accroître l’immunité et d’avoir une meilleure résistance physique. Le simple fait d’avoir des points d’eau comme des piscines et des pataugeoires favorisent les activités physiques.-Être motivé pour sortir  et ainsi éviter la dépression

Ces milieux naturels permettent, en maison de retraite, de trouver des raisons de sortir, de franchir une simple porte pour aller dehors, de quitter ce cadre de vie contraint. Certains seniors ont perdu l’habitude d’un acte aussi simple. C’est important pour la qualité de vie d’éviter la sensation d’ennui, l’isolement, la solitude subie et le sentiment d’inutilité, qui sont facteurs de dépression.

La chercheuse Jessica Finlay applique aux aînés les mêmes principes de psychologie positive qui favorisent le bonheur comme pour les plus jeunes. Elle propose trois conseils pour bien vieillir :

1.Focus sur le bien-être global. La santé mentale et sociale est tout aussi importante que la santé physique.

2.Laisser aux aînés en maison de retraite la liberté de sortir. En clair, ne pas les confiner à l’intérieur de quatre murs.

3. Priorité au contact quotidien avec la nature. Avoir la possibilité et s’asseoir dans un parc, regardez l’eau couler d’une fontaine ou même de simples plantes. Alors il est grand temps que les préceptes de cette étude soient suivis d’effets.

Tout comme la nature, soyons bienveillants envers les personnes âgées. Et aucune pandémie ne justifie la privation des libertés des plus âgés d’entre nous au motif que l’on sauve des vies. La liberté!

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LES FANTÔMES FACE À LA SCIENCE!

La suggestion joue un rôle non négligeable dans la croyance au paranormal et aux fantômes.

Vous souvenez-vous du film culte S.O.S Fantômes sorti en 1971? Quatre professeurs d’université au chômage, décident d’ouvrir une société d’investigations paranormales. Ils doivent lutter contre un dieu sumérien malveillant. Il s’agit d’une fiction fort sympathique qui reprend la thématique des croyances irrationnelles sur l’existence des fantômes dans la parapsychologie.

Le thème des fantômes n’est pas réservé au seul domaine du cinéma ou de la littérature, il fait l’objet d’un commerce ingénieux high-tech. Le geek fan de paranormal peut s’équiper d’apps à charger sur votre site comme « Ghost radar ou autres gadgets détectant toute activité paranormale comme un détecteur de fantômes, en signalant les modifications du champ magnétique, inévitables lorsque un esprit invisible est présent. J’ai noté pour vous le petit ours en peluche BooBuddy qui voit les morts; il fonctionne comme un « trigger objet », un objet déclencheur susceptible de provoquer chez un revenant l’envie de communiquer avec les vivants. En fait, c’est l’objet transitionnel à l’envers si cher à Donald Winnicott… à destination des fantômes et non des vivants! Cet enquêteur de manifestations paranormales, au design attendrissant, qui s’allume et tend les pattes lors de tout changement d’énergie vibratoire anormale se vend à plus de 300 euros.

Si le marché de ces gadgets se porte bien, c’est parce qu’il y a beaucoup de personnes qui croient à l’existence de fantômes. Comme les Britanniques par exemple. Selon l’une des études de Richard Wiseman, professeur à l’université de la Hetfordshire, 25 % des Britanniques auraient déclaré avoir vu au moins une fois dans leur vie un fantôme. Il semblerait qu’au fil du temps, les fantômes côtoient de plus en plus nos voisins d’outre Manche. En 1950, ils n’étaient que 5% des Britanniques qui les voyaient, 14 % en 1980, 19 % en 2003 et 25 % aujourd’hui. Cette montée en puissance de la croyance aux fantômes est révélatrice du retour de la pensée magique, et à une remise en cause du scientisme depuis une trentaine d’années! S’il n’y avait que les croyances au paranormal concernées, aujourd’hui, les fakenews scientifiques malmènent la méthodologie scientifique! La pandémie actuelle du SARS-Cov-2 l’illustre parfaitement. Mais ceci est une autre histoire…

Le psychologue Richard Wiseman étudie d’une manière rigoureuse le sujet de la « pensée magique » ou de la pensée irrationnelle. Il a publié sur cette thématique plus de 100 articles, notamment dans des revues scientifiques comme Nature, Pyschological Bulletin ou le PlosOne.

Richard Wiseman sur son blog relate ses recherches dans les lieux hantés. Dont Hampton Court Palace qui serait hanté selon les dires de certains par le fantôme de Catherine Howard, cinquième épouse du roi Henri VIII reconnue coupable d’adultère et fut décapitée. Au XIX siècle, une partie du château fait l’objet de phénomènes étranges dans la galerie où elle avait été trainée en arrière après s’être jetée aux pieds du roi son époux pour demander qu’on la gracie. Richard Wiseman et son équipe de chercheurs ont été sollicités pour enquêter scientifiquement, trouver des réponses rationnelles à ces supposées présences fantomatiques. Selon lui, « ces expériences ne semblaient pas être induites par les connaissances historiques de ces gens sur ces lieux, (avant leur visite); les personnes qui croyaient en l’existence de fantômes aient rapporté plus d’expériences que les mécréants. Certaines de ces expériences ont été causées par des phénomènes naturels, tels que des courants d’air subtils et des changements de température de l’air, et il y avait des preuves provisoires reliant ces endroits où les participants ont rapporté leurs expériences avec certains types d’activité géomagnétique.» Le géomagnétisme n’est pas une activité paranormale!

Les fantômes ne se manifestent pas qu’en Grande-Bretagne, et pas de jaloux, nous en avons aussi en France. Ainsi, des événements paranormaux se seraient produits dans une maison en août 2014 Un couple de retraités aurait eu sa maison saccagée par des esprits frappeurs. Les médias nationaux comme TF1 et FR3 avaient relayé ce fait divers paranormal au même titre qu’une prouesse scientifique.Ceux qui croient au paranormal ont en été pour leurs frais avec cette histoire de phénomène de hantise. Il s’agissait d’un canular monté de toutes pièces par la propriétaire de la maison et de son neveu de 12 ans.

La suggestion joue un rôle non négligeable dans la croyance au paranormal et aux fantômes, plus particulièrement celle qui est verbale. Et bien évidemment confortée par les médias. Souligné par Richard Wiseman, « Je pense que cela est principalement dû à un nombre croissant d’évocations de fait paranormaux à la télévision. Un simple événement tel qu’un bruissement reste le même, mais la perception psychologique que l’on en a est modifiée ». 

Il y a des lieux qui inspirent ces croyances au paranormal et à la hantise. Ils sont souvent liées au folklore populaire. Une architecture bizarroïde dans un endroit isolé, un meurtre ou un propriétaire asocial et hop la légende de la maison est faite. Parmi ces endroits hantés, il y a la Maison qui saigne à St Quentin dans l’Aisn. les habitants se sont plaints d’entendre la nuit des bruits de casserole ou des gémissements. Les habitants affirment avoir vu les murs qui saignent. La maison finira par être démolie et on découvrira des squelettes de soldats allemands de la première guerre mondiale.

Comment les neurosciences expliquent-elles (hors canular) certains fondements de ces croyances irrationnelles fondées sur des distorsions de la réalité, des hallucinations parapsychologiques, des sensations étranges de présences invisibles auxquelles on donne le nom de fantôme, d’esprit. Cela peut-il arriver à tout le monde ou faut-il souffrir de troubles psychiques pour voir des fantômes?

Une équipe de l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) vient de montrer qu’un tel « sentiment de présence » pouvait être généré en laboratoire, à l’aide d’un robot, par la simple perturbation du mécanisme de perception spatio-temporelle. Elle publie dans la revue Current Biologyun article décrivant ce dispositif. De nombreux travaux avaient déjà associé ces « apparitions » à des perturbations cérébrales chez des schizophrènes, épileptiques, migraineux… Autrement dit, les fantômes n’existaient que dans nos têtes. Les chercheurs suisses ont quand même voulu y voir de plus près. Ils ont analysé les cerveaux de patients présentant ces symptômes : en l’occurrence douze personnes, en majorité épileptiques, dont ils ont scruté l’encéphale à l’aide d’images à résonance magnétique (IRM). Ils y ont trouvé des lésions dans trois régions corticales – les cortex insulaire, pariéto-frontal et temporo-pariétal –impliquées dans la conscience de soi, le mouvement et la position. Discordance temporelle et spatiale Les neurologues de l’EPFL ont donc émis l’hypothèse que ce sentiment de présence relevait d’une difficulté à conjuguer ces différents sens pour établir une perception « cohérente et unitaire de notre propre corps ». Pour s’en assurer, ils sont allés voir leurs collègues du département de robotique. Ensemble, ils ont conçu un appareil capable de produire de la discordance temporelle et spatiale. Les yeux bandés, le sujet de l’expérience tend son bras puis le déplace devant son corps, le doigt dans un capteur. Derrière lui, un robot reproduit ces mouvements en lui touchant le dos. « Pour le cerveau, il y a un conflit spatial, explique Olaf Blanke, directeur du centre de neuroprothèses de l’EPFL et premier signataire de l’article. Un mouvement effectué devant soi ne doit pas se traduire par une sensation dans le dos. Mais ce conflit, il le résout. » Les sujets sains ont ainsi affirmé avoir éprouvé le curieux sentiment de se toucher eux-mêmes le dos. Faux dans la réalité, mais cohérent.

Les chercheurs ont ensuite ajouté une discordance temporelle. Cette fois, le robot reproduisait les mouvements avec un décalage d’une demi-seconde. Dans ces conditions asynchrones, plusieurs sujets ont eu l’impression que ce n’était ni eux-mêmes, ni le robot qui leur titillait le dos mais une autre, voire plusieurs autres personnes. Espoir pour les épileptiques Giulio Rognini, du département de neurosciences cognitives de l’EPFL, décrypte le résultat : « Notre cerveau possède plusieurs représentations de notre corps. Dans des conditions normales, il est capable de les rassembler en une perception unitaire de nous-même. Mais lorsque le système dysfonctionne, par maladie ou robot, une deuxième représentation de notre corps est parfois induite et n’est pas ressentie comme “moi” mais comme autrui, comme une présence. » Les chercheurs suisses n’entendent pas s’arrêter là. Si un robot peut créer un sentiment de présence, peut-être peut-il aussi le faire disparaître. Autrement dit, corriger certaines discordances subies par des sujets malades. Un espoir pour les épileptiques, une menace pour les fantômes.

Loin des esprits frappeurs, une réalité médicale et psychologique où l’esprit (au sens de la psyché) peut jouer des tours avec les membres fantômes! Quand un bras ou une jambe ont été amputés, les patients sentent encore la présence du membre pourtant manquant! D’après le fameux neuroscientifique Vilanayur S.Ramachandran, il s’agirait d’une manifestation de neuroplasticité cérébrale qui fait éprouver cette étrange sensation de la présence du membre pourtant amputé. Les plans de l’image corporelle dans le cortex somatosensoriel sont recablés après l’amputation du membre. Rien de parapsychologique! Il a mis au point un protocole de thérapie-miroir pour rééduquer les patients amputés. Le principe repose sur une boîte où le membre sain est reflété dans un miroir en lieu et place du membre amputé. Ainsi par ce jeu de miroir, le patient peut ainsi voir ses deux membres, et un nouvel apprentissage pour enlever cette sensation de membre fantôme peut se mettre en place.

Loin de la parapsychologie, il faut aussi citer des réactions allergiques à certaines substances toxiques comme le monoxyde de carbone par exemple ou encore la prise d’hallucinogène psychédélique, l’ayahuasca déjà évoqué dans mon post « Trip avec le narco-tourisme hallucinogène »! Le but de cette drogue est de provoquer des expériences mystiques avec des esprits invisibles. À vos risques et périls car il s’agit la plupart du temps de l’utilisation d’une drogue puissante à des fins d’endoctrinement sectaire! D’un mésusage du chamanisme amazonien et le dévoiement de une tradition séculaire chamanique.

Croyances aux fantômes, êtres surnaturels ou dialogue avec les morts, certainement des superstitions liées à la pensée irrationnelle. Pour paraphraser Honoré de Balzac, une superstition vaut peut-être une espérance mais la réalité semble plus pragmatique avec Friedrich August Von Hayek qui voit la superstition comme « tout système où les individus imaginent qu’ils en savent plus qu’ils n’en connaissent en réalité. »

Sources: http://www.lemonde.fr/sciences/article/2014/11/06/comment-les-scientifiques-produisent-des-fantomes_4519780_1650684.html
http://www.pseudo-sciences.org/spip.php?article928
https://www.google.fr/#q=pseudo+sciences
http://fr.wikipedia.org/wiki/SOS_Fantômes
http://www.pseudo-sciences.org/spip.php?article1680

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COVID-19: AU SUJET DU RÔLE DE L’INTELLIGENCE ARTIFICIELLE.

L’IA de BlueDot inclut plus de 40 ensembles de données spécifiques reflétant la circulation du virus et le potentiel de contamination.

Et si nous parlions du rôle de l’Intelligence Artificielle dans la pandémie du SARS-CoV-2? Le concept fait peur, et pourtant l’IA a pris de l’ampleur dans gestion de la pandémie! Le monde décrit par l’écrivain de science-fiction Isaac Asimov prend forme jour après jour. Loin d’être un conteur de fiction imaginative, il était professeur de biochimie à l’université de Boston; outre ses livres de science-fiction, il s’était attelé à de la vulgarisation scientifique de qualité.

Futurologue avant l’heure, Isaac Asimov avait imaginé en 1964, le monde de 2014 (sept ans avant la pandémie actuelle). Il avait imaginé l’ère des robots aux cerveaux positroniques. Un cerveau positronique (néologisme de l’auteur) est un appareil technologique fictif, Il tient le rôle d’unité centrale pour les robots, et, sans plus de précision, leur fournit une forme de conscience reconnaissable comme telle par les humains. Même le robot Kenshiro, fait de muscles et d’os n’arrive pas à la cheville des robots imaginés par Isaac Asimov ni même ceux qui sont évoqués ci-dessous dans ce post. Mais Il est temps après ces digressions de revenir à l’IA dans la gestion du SARS-Cov-2; elle s’avère salvatrice dans bien des situations.

Revenons au tout début de la pandémie. Dès le 31 décembre 2019, BlueDot, une start-up canadienne avait détecté les premiers signes de l’infection à la Covid-19 bien avant avant l’annonce officielle de l’OMS. On sait maintenant grâce à des témoignages de plus en plus nombreux de médecins sur le terrain que des patients étaient déjà contaminés en décembre. Quel fût le process de Bluedot ?

L’algorithme de détection mis au point par cette startup canadienne incorpore des données collectées sur des forums en ligne, des recherches de symptômes sur Google, des reportages, des bulletins de santé ou des déclarations officielles. Il étudie aussi les conditions climatiques réelles, les déplacements de populations grâce à la vente des billets d’avion, la carte des trajets aériens, la population d’animaux et d’insectes et la capacité du système de santé. L’IA de BlueDot inclut plus de 40 ensembles de données spécifiques reflétant la circulation du virus et le potentiel de contamination. Ces données (anonymes) collectées par BlueDot ne sont pas accessibles au quidam comme vous et moi mais réservées aux institutions de santé publique d’une douzaine de pays, aux compagnies aériennes et aux hôpitaux dans lesquels les personnes contaminées pourraient se rendre. The Lancet, revue prestigieuse de professionnels, est dithyrambique sur BlueDot concernant l’épidémie de Zika. Comme il l’est écrit noir sur blanc sur leur site, la startup canadienne a prédit avec précision avec cet algorithme la propagation mondiale du SARS-CoV-2. Il faut rappeler que la conception d’un tel algorithme est le fruit d’une intelligence collective.

L’une des mesures les plus surprenantes et digne du monde d’Isaac Asimov est celle de l’utilisation de robots limitant les interactions physiques pour diminuer la charge virale et casser la chaîne de contamination! C’est la mission assignée à Spot, le chien robot de Boston Dynamics où à Singapour, il s’est chargé de rappeler les règles de distanciation sociale. Spot est capable d’estimer le nombre de personnes présentes dans un parc. Je reconnais que c’est flippant et liberticide d’avoir un truc en métal venir vous tancer car vous avez dérogé aux règles sanitaires, mais ce n’est pas la seule mission de Spot! Il a aussi été mis à contribition pour livrer des médicaments à des personnes atteintes du SARS-Cov-2 confinées à Changi Exhibition Center.

Un hôpital américain, celui de Birmingham Women, a adapté Spot en plate-forme mobile de télé-médecine pour connecter les soignants par un système de visioconférence, dans le but de protéger le personnel de santé des patients potentiellement contaminants. Équipé d’un IPAD et d’un « talkie walkie », le robot-chien aide ainsi à trier les patients à distance qui attendent devant les centres hospitaliers dévolus au Covid-19. Spot n’est pas le seul robot à aider les équipes soignantes. Toujours aux États-Unis, ICT Journal rapporte qu’un robot a été impliqué pour traiter le premier malade du Covid-19. Le patient avait été placé en observation et surveillé par un robot équipé d’un stéthoscope et d’un écran pour communiquer et était téléguidé par les médecins.

Dans mon post « La robot-thérapie, un avenir prometteur », j’avais évoqué Pepper, le robot social capable d’analyser les sentiments, capable de danser une gigue endiablée ( je force le trait) ou de plaisanter. Dans la gestion de la pandémie actuelle, Pepper est employé à la mission d’aider les proches des personnes hospitalisées pour la Covid-19 à l’hôpital de la Salpêtrière. Depuis avril dernier, quatre robots humanoïdes Pepper de Softbank sont équipés d’un écran et d’une application, de téléprésence pour permettre aux proches de converser avec le patient hospitalisé sans risque d’attraper le virus. Si ces visites robotiques ne remplacent pas la chaleur humaine, c’est mieux que rien! L’homme garde toujours le contrôle de décider de l’emploi du robot. La preuve est que pour d’autres tâches, les qualités de Pepper n’ont pas convaincu le personnel infirmier.

«Dans le cadre d’un service de réanimation, un robot humanoïde n’est pas la forme la plus adaptée pour faire de la télévisite, note Nicolas Boudot. Il y a des contraintes telles que le personnel préfère utiliser des moyens plus simples, comme des télévisions sur pied.» Qu’à cela ne tienne Pepper sera affecté à des tâches d’accueil du public pour lui rappeler les règles sanitaires en cours et éviter aux soignants d’être en contact avec lui.

Dans la gestion de la pandémie, le Rwanda a adopté un prototype de robot humanoïde, qui dans le même esprit que Spot et Pepper permet d’assurer aux médecins un traitement à distance. 5 robots ont ainsi été mis en service à Kigali.Munis d’un bras électronique, il sont programmés à diverses tâches dont celle de servir des repas dans les chambres des personnes contaminées par le SARS-Cov-2 ou transporter des échantillons au laboratoire, soulageant ainsi le personnel hospitalier. Cette technologie va aussi assister les médecins dans la détection des cas suspects dans la communauté. Les autorités sanitaires envisagent la détection des températures corporelles anormales dans la foule. Selon Zora Robotics qui construit ces appareils, chaque robot a la capacité de dépister entre 50 et 150 personnes par minute. Quel assistant efficace au service de l’homme!

L’autre avantage qu’offre cette technologie, fait remarquer Tommy Deblieck, co-PDG de cette société, est que ces robots peuvent, en plus de prendre la température, détecter si une personne porte un masque facial ou non. Mais ainsi que le souligne « un médecin épidémiologiste Jean Damascène Rurangwa, à SciDev.Net, au regard de la situation actuelle de la COVID-19, aucun robot ne peut faire un meilleur travail que les médecins.» Et faut-il que les soignants soient formés à son maniement! .

D’autres pays se sont mis dans l’air du temps des robots soignants! Comme l’Italie, la Tunisie! Au Sénégal, les élèves ingénieurs de l’école polytechnique de Dakar ont conçu un robot soignant multitâches qu’ils ont baptisé « Docteur Car » capable de parler plusieurs langues comme le wolof, le pulaar, le français et l’anglais! Un bel exemple d’intelligence collective et des jeunes gens à l’avenir prometteur! Au Danemark, les chercheurs ont mis au point un robot capable d’effectuer des prélèvements de gorge, toujours dans l’esprit d’éviter que les équipes soignantes soient touchées par le SARS-Cov-2.

L’ère des robots infirmiers, épidémie virale ou non, ne fait que commencer, et bouleverse la conception du soin médical, et également de la relation avec les patients. Il en sera de même avec le développement à grande échelle de la téléconsultation. Évidemment, on s’inquiéter de la technologisation du soin qui place une machine entre le médecin et le patient, risquant en cela une certaine déshumanisation du soin. Il faudra alors inventer une nouvelle approche du soin qui complètera ou prendra le relais. Pourquoi pas une nouvelle fonction du psychologue qui assiste les équipes médicales?

Il y a une autre utilisation des robots plus contestée, qui est celle de la désinfection de l’air ou des surfaces contaminées par la Covid-19. Ainsi le Robot chinois Thor-1 a été présenté comme une arme fatale anti-virus dans un parc technologique à Hangzhou. L’entreprise Boston Dynamics compte mettre au point des lampes UV pour désinfecter les lieux publics et les établissements médicaux. Tout « en notant tout de même qu’aujourd’hui aucune étude scientifique n’a démontré l’efficacité des UV dans la destruction des germes du SARS-CoV-2.»

Ors, Anne-Claude Crémieux, spécialiste des maladies infectieuses à l’hôpital Saint-Louis, ne semble pas enchantée par ces prototypes de robot nettoyeur. Lors d’une interview, elle déclare que « Désinfecter l’air extérieur ne sert à rienCe n’est pas en respirant l’air d’une ville, où il y a de nombreux cas de personnes contaminées qu’on s’infecte, c’est au contact étroit de personnes malades. La seule façon de lutter contre une épidémie, c’est de rompre la chaîne de contamination entre humains, en isolant les malades.» Même son, de cloche de la part de Bruno Hoen, directeur de la recherche médicale à l’Institut Pasteur. « Le virus n’est pas vivant dans l’environnement, mais dans l’organisme des sujets malades. »

Il est manifeste que les robots déployés lors de la crise sanitaire évitent les contaminations au SARS-Cov-2 en chaine des soignants en première ligne et sont des assistants infatigables! On peut être dérangé par un aspect de la relation médecin/malade qui peut paraitre déshumanisant, mais dans certaines situations, il faut aussi évaluer le risque/bénéfice et dans le cas de la gestion de la Covid-19, c’est tout bénéfice pour les soignants. Pour les générations à venir, les robots soignants feront partie intégrante de la médecine .

J’avais cité en introduction de ce post avec Isaac Asimov, et je vais le conclure avec l’une de ses citations empruntée au Cycle des robots, les cavernes d’acier, écrit entre 1950 et 1980! Terriblement contemporain mais nul doute qu’Isaac a fait plus que nourrir l’imagination de ses lecteurs, il leur a donné le goût de la science!

Mais pourquoi donner aux robot une forme humaine ?
– Parce que la forme humaine est, dans toute la nature, celle qui donne le meilleur rendement. Nous ne sommes pas des animaux spécialisés, monsieur Baley, sauf au point de vue de notre système nerveux, et dans quelques autres domaines. Si vous désirez construire un être mécanique, capable d’accomplir un très grand nombre de mouvements, des gestes et d’actes, sans se tromper, vous ne pouvez faire mieux qu’imiter la forme humaine.

Vidéo sur les robots en Italie.

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COVID-19: LA MÉTAPHORE DU LOUP, DU BERGER ET DU MOUTON

Il s’agit d’une expérience à faire en famille ou entre amis à l’aide d’un jeu de rôles s’appuyant sur une métaphore digne d’une fable de Jean de La fontaine.

On entend souvent parler d’intelligence collective pour évoquer les comportements de groupe! Que désigne-t-elle? Elle sert à désigner l’émergence des nouveaux modes de communication, l’accès au savoir et les relations entre individus dans le cyberspace. Pierre Levy pense qu’il faut développer une véritable anthropologie dédiée au milieu virtuel. « Les nouveaux moyens de communication permettent aux groupes humains de mettre en commun leurs imaginations et leurs savoirs»; l’intelligence collective en est le vecteur.

Joseph Henrich, professeur de biologie évolutive humaine, également dans une perspective anthropologique développe dans son livre « L’Intelligence collective, comment expliquer la réussite de l’espèce humaine », la manière dont l’intelligence collective influence notre développement génétique à travers la culture. L’intelligence collective, c’est la culture. Sans elle, l’accès à cette source de savoir accumulée au fil du temps et au fil des générations, nous serions incapables de survivre. Dans son livre, écrit-il: « Ce sont nos cerveaux collectifs à l’oeuvre sur des générations, et non la puissance d’inventions innées ou les facultés créatrices, qui expliquent les technologies sophistiquées de notre espèce et son incroyable succès écologique.» Cela n’exclut pas l’innovation par les cerveaux les plus doués, mais la mise en pratique passe par le groupe qui a mis en commun ses compétences complémentaires. Cela inclut également une interconnexion entre membres ayant chacun un savoir faire. Je vais étayer mes propos en revenant à l’Intelligence Artificielle (IA) et à ses applications dans le domaine médical. Un exemple parmi d’autres. Ainsi « Une approche basée sur le machine-learning (une technologie d’IA explicitement liée au Big Data) assiste les médecins pour diagnostiquer les tumeurs cérébrales. Derrière tous ces programmes qui semblent ne faire qu’un, il y a d’abord l’intelligence humaine (en général). Celle des ingénieurs, des informaticiens et des médecins. C’est un ensemble de compétences scientifiques qui les ont créés. Illustration d’intelligence collective au sens cité précédemment.

Que l’on ne s’y méprenne pas, parler d’intelligence collective ne signifie pas le collectivisme qui renie l’individualité et rogne la liberté par la coercition. La liberté et les respect de l’individualité, celle de la psyché ( le domaine de la psychologie) sont des conditions sine qua none pour que s’exerce l’intelligence collective. Ni la solidarité, mot usité aujourd’hui encore à tort et à travers. L’intelligence collective passe d’abord par le respect de l’intégrité de l’individu humain, le respect de son autonomie au niveau des activités sociales et des ses relations interpersonnelles.

Comment l’intelligence collective pourrait-elle nous aider dans la pandémie actuelle? Le docteur en psychologie cognitive Émile Servan-Schreiber l’évoque dans un récent article du Point. J’ai relevé un passage lumineux où l’intelligence collective pourrait s’avérer judicieuse lors du déconfinement, et Émile Servan-Schreiber propose une une expérience à faire en famille, entre amis ou au bureau! C’est un jeu de rôles s’appuyant sur une métaphore digne d’une fable de Jean de La Fontaine. Elle aurait pu s’intituler le Loup, le berger et ses moutons.

« Chacun reçoit les instructions suivantes : « Vous êtes un berger. Choisissez secrètement autour de vous une personne qui sera votre loup et une autre qui sera votre mouton. Au signal, déplacez-vous afin d’être toujours interposé entre votre loup et votre mouton. » Si chacun s’occupe ainsi de protéger autrui, le groupe deviendra de plus en plus dense jusqu’à faire bloc. Métaphoriquement, c’est la cohésion sociale parfaite. Mais d’autres instructions produisent l’effet inverse : « Vous êtes un mouton. Choisissez secrètement autour de vous une personne qui sera votre loup et une autre qui sera votre berger. Au signal, déplacez-vous afin que votre berger soit toujours interposé entre le loup et vous. » Quand chacun ne cherche ainsi qu’à se protéger, le groupe se disperse en un mouvement chaotique infini. À nous de choisir entre l’intelligence collective d’une société de bergers ou l’aliénation d’un peuple de moutons. »

Alors comment vous définissez vous chers lecteurs? Berger ou mouton? Le loup symbolise le virus, vous vous en doutiez, le berger représente celui qui respecte les gestes barrières, la distance sociale pour préserver les plus vulnérables; celui qui prend soin des autres! Et le mouton…à vous de vous définir…

Un chouette exercice à faire qui aiguise notre sens de la responsabilité envers les autres concernant la contagion virale de la Covid-19. Mieux que la litanie des interdictions diverses délétères pour la psyché qui à force d’être martelées vous enfonce dans la résignation acquise et vous met au trente sixième dessous en annihilant tout espoir ! L’esprit de la métaphore du berger et du mouton est celle du courant humaniste dont le précurseur fut Abraham Maslow, ainsi que du courant positiviste. C’est un exercice ludique de thérapie cognitivo – comportementale.

Alors, osez faire expérience et n’hésitez pas à me faire part de vos commentaires.

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MISCELLANÉES VIRALES SUR LE THÈME DE LA DANSE MACABRE.

« Cette danse des macchabées se déroulait dans les églises le samedi saint, à l’époque où curieusement se célébrait le nouvel an romain. Le peuple étant très religieux, le squelette de la danse macabre ne prêchait pas le néant.»

Fresque de la Danse Macabre exposée au musée régional de Koper (Slovénie). ©Auteur inconnu

Le SARS-COV-2, ce diabolique virus est omniprésent dans le monde médical, la recherche, les réseaux sociaux et les médias. Comme l’a écrit le journaliste médico-scientifique Marc Gozlan dans son billet de blog, « Il était une fois les coronavirus »« Depuis le début de l’année, le nombre de publications scientifiques relatives au coronavirus SARS-COV-2 explose. On recense dans la base de données biomédicales PubMed près de 1 800 articles comportant dans leur titre le terme coronavirus, Covid-19 ou SARS-CoV-2.»

La pandémie de Covid-19, a toutes les raisons d’être fortement anxiogène car son taux de létalité est supérieur à celui d’une grippe saisonnière, et il y a un fort risque de syndrome respiratoire aigu nécessitant d’être pris en charge dans un service de réanimation. De plus en plus, les scientifiques découvrent les multiples facettes de la dangerosité du Covid-19! Des symptômes cardiovasculaires, d’autres neurologiques et une contamination possible par voie oculaire, entre autres!

La pandémie de cette année n’est pas la seule épidémie virale de l’histoire. Le siècle dernier et le début du troisième millénaire ont connu des pandémies meurtrières comme celle de la « grippe espagnole », due à une souche H1 N1 aurait fait entre 20 et 50 millions de morts. En 2002, le SRAS-Cov, en 2019, nouvelle épidémie de rougeole, entre 2014 et 2016, la fièvre Ebola, de 2008 à 20015, le virus dengue, depuis 2015, le virus Zika, et l’une des plus connues car elle fut politisée dans notre pays avec une préconisation de vaccination, la grippe A (H1N1). Et sans oublier aussi le VIH, depuis 1981 qui a fait 32 millions de morts.

Trois millions de personnes sont infectées par le virus dans le monde. 206.811 sont à ce jour décédées, dont 22.856 en France. ..le taux de létalité du virus est évalué entre 2 % et 3 %. Par ailleurs, il est rapporté par les professionnels sanitaires que la majorité des victimes du coronavirus COVID-19 étaient âgées (les personnes de plus de 80 ans sont les plus à risque) ou atteintes de pathologies antérieures.

Les caractères inédits du Covid-19 est qu’aucun pays pays n’est épargné, et ce qui l’est encore plus est la mesure prise par des gouvernements de confiner les habitants chez eux entrainant un arrêt quasi-mondial de l’économie. Rester chez soi, ne pas aller au bureau, ne pas aller au spectacle, bref circuler à sa guise, un besoin élémentaire qui figurerait sur la première marche de la pyramide de Maslow s’il l’avait su en son temps, et nous l’avions oublié! La libre circulation aussi indispensable que l’air que nous respirons! Il n’y a pour l’instant aucun traitement ni vaccin pour contrer le virus, et seuls la limitation des contacts sociaux, l’arrêt des transports, des regroupements sont les seuls moyens efficaces avec des mesures hygiéniques, la distanciation sociale pour contenir l’épidémie. That’s life! Il y a aussi un sentiment d’impuissance et d’incompréhension qui nous envahit! Les progrès de la science et de la médecine ont permis un sacré allongement de la durée de vie en pleine forme, l’éradication de certaines maladies avec les médicaments et la vaccination. Symboliquement et inconsciemment nous leur attribuions une fonction presque thaumaturge! La réalité nous rattrape durement! Et bien non, aucune martingale pharmaceutique n’est efficace à ce jour pour empêcher le Covid-19 de prospérer, d’être mortel et de laisser des séquelles invalidantes!

Le Covid-19 évoque le rapport que nous avons avec la mort en Occident. Evidemment, nous savons que nous ne sommes pas immortels comme le héros du film Highlander qui traverse les siècles éternellement jeune tandis que ses proches vieillissent et meurent. Ou bien encore comme l’alchimiste le Comte de Saint-Germain réputé lui aussi « immortel »! Cette épidémie virale nous confronte directement avec les allégories de la Grande Faucheuse et des quatre cavaliers de l’Apocalypse évoqués lors des fléaux de la guerre de cent ans voire l’Argameddon. En psychologie en tout être humain, à tous les niveaux de son existence, coexistent la mort et la vie. L’Éros et le Thanatos. En psychologie, la mort est en psychothérapie souvent symbolique, pour accéder à un état psychologique à un niveau supérieur. En dehors des soins palliatifs, il ne s’agit pas de la mort physique, il s’agit de nos états d’âme! Tout notre environnement extérieur, notre mode de vie que certains appellent consumériste et superficiel nous éloignent de cette fin inéluctable, de la putréfaction des chairs, même si autour de nous, nos proches disparaissent et que nous savons nous aussi, nous les suivrons. Les décès par Covid-19 nous semblent profondément injuste car dans l’inconscient collectif, c’est une mort avant terme! Ô combien ce sont des séniors de plus de 80 ans les plus durement frappés!

Lors d’une une interview, le philosophe André Comte-Sponville, a répondu à une question sur le rapport que nous entretenons aujourd’hui avec la mort, s’il a changé avec le SARS-COVID2, si mourir était devenu inacceptable aujourd’hui « Elle l’a toujours été, répond le philosophe mais comme on y pense de moins en moins, on s’en effraie de plus en plus, lorsqu’elle s’approche. Tout se passe comme si les médias découvraient que nous sommes mortels! Vous parlez d’un scoop! »…« Mais ce n’est pas une raison pour ne parler plus que de ça, comme font nos télévisions depuis un mois, ni pour avoir en permanence « la peur au ventre », comme je l’ai tant entendu répéter ces derniers jours. Un journaliste m’a demandé – je vous jure que c’est vrai – si c’était la fin du monde! Vous vous rendez compte? Nous sommes confrontés à une maladie dont le taux de létalité est de 1 ou 2% (sans doute moins, si on tient compte des cas non diagnostiqués), et les gens vous parlent de fin du monde.»

Mais psychologiquement, comment s’accommodait-on les siècles passées, au temps des grandes épidémies infectieuses où la mort était plus omniprésente dans la vie quotidienne? Le Moyen Age a vu défiler des fléaux mortels comme la peste, le scorbut, le typhus, les dysenteries. Et la mortalité infantile, parlons en! Un nouveau-né sur quatre mourrait dans sa première année, et c’est tout juste si un enfant sur quatre aussi soufflait ses deux bougies, sans oublier les femmes qui mouraient souvent en couches. Certains avancent l’idée d’un déni de la mort actuellement, je penche plutôt que nous avons repoussé mentalement dans le temps, l’échéance fatale due l’allongement de la durée de vie. Et avons sans doute perdu nos racines symboliques et spirituelles; la spiritualité est à voir au sens large et indépendante des religions.

La mort était plus apprivoisée qu’aujourd’hui que les siècles passés? Manifestement, au Moyen Age, elle n’était pas occultée comme aujourd’hui. Comme en témoigne les représentations de la « Danse Macabre « dans les églises au XV siècle. Ce genre de peintures fut très en vogue au XIV et XV ème siècle, celui des grandes épidémies et des grands fléaux qui décimaient des populations entières.

Où se trouvent ces vestiges de la Danse Macabre? L’un d’eux dans l’église de la Chaise-Dieu (Haute-Loire). Vingt-trois personnages, de toutes les catégories sociales y sont représentées dans une posture particulière. Tous, du plus puissant au plus faible, sont logés à la même enseigne. Ils sont en chemin tirés par la mort en tenue de squelette. Chaque personne symbolise un état d’esprit et un statut social. Ainsi deux militaires, en sens contraire de la marche, alors que leur mission première est de mourir pour leur pays. Le juriste est malmené par la Mort qui lui enfonce son chapeaux sur les yeux, lui signifiant ainsi qu’il n’a rien su de la vérité de son vivant.

Hyppolite Fourtout affirme que macabre viendrait de saint Macaire. D’autres pensent que ce mot dérive du poète Macaber. L’archéologue Grasset d’Orcet a une autre interprétation sur ces origines. Elle serait une référence au dieu étrusque de la mort, armé d’un marteau qui en latin se nommait marca, ou marcula.

Cette danse des macchabées se déroulait dans les églises le samedi saint, à l’époque où curieusement se célébrait le nouvel an romain. Le peuple étant très religieux, le squelette de la danse macabre ne prêchait pas le néant. Grasset d’Orcet rajoute son grain de sel local. Dans le Cantal , les Ioniens se nommaient Jas, un peuple de cavaliers. Leur centre politique et religieux était le Mont du Cavalier (Mons Celticus). Étant cavaliers, ils étaient naturellement faucheurs d’où l’origine de l’emblème de la faux ou falco. C’était l’arme du squelette de la danse macabre. Leur déesse était Chloris, déesse des herbages , fille de Teutatès et épouse de Nélée, l’Impitoyable ou la Mort.

Une autre fresque de la « Danse Macabre » se trouve dans la chapelle Kermaria-An-Iskuit (Plouha, Côtes d’Amor); l’iconographie est légèrement différente de celle de la Chaise-Dieu. « Les figures, qui se tiennent par la main, représentent des personnages vivants, de tous âges et de toutes conditions sociales, séparés par des cadavres décharnés qui rythment la farandole. La danse commence au sud (côté chapelle seigneuriale) et se termine sur la face nord. Elle se compose d’une trentaine de personnages de 1,30 mètres de haut, qui apparaissent selon un ordre social décroissant.

L’acteur, l’auteur chargé de rédiger les sentences inscrites sous chaque personnage, mène traditionnellement la sarabande, mais son image a disparu ainsi que celles du pape et de l’empereur. Sont visibles le cardinal, le roi, le patriarche, le connétable, l’archevêque, le chevalier et l’évêque (écuyer, l’abbé, le bailli et l’astrologue, qu’on aurait dû trouver de chaque côté du vitrail, ont également disparu). La danse reprend avec le bourgeois, le chartreux, le sergent. Viennent ensuite quatre personnages qui ne sont pas séparés par des squelettes : le médecin avec sa fiole de médicament et la femme qui s’accroche au bras de ses deux voisins, le mendiant et l’usurier. L’alternance reprend avec l’amoureux en pourpoint, le ménestrel avec son biniou, le laboureur avec sa serpe et son hoyau, et enfin le cordelier (l’image de l’enfant ayant également disparu).»

La danse macabre évoque le rapport ambigu que les hommes entretiennent avec la mort et est lié aux croyances.

Pour égayer ce post mélancolique, et en guise de conclusion, une citation d’Alex Bocat pour mettre du baume au coeur : « Je vous rappelle que la mort ne prend pas de rendez-vous, alors donnez rendez-vous à votre vie.»

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LES CHIENS, AUXILIAIRES DANS LE DÉPISTAGE DU COVID-19, POURQUOI PAS?

« Nous savons que d’autres maladies respiratoires ressemblant au Covid-19 modifient notre odeur corporelle, il y a donc de très fortes chances que les chiens soient capables de le détecter» (ProfesseurJames Logan)

Les chiens seraient capables de détecter à l’odeur les personnes contaminées par le COVID-19! Quand j’ai lu cette information, nous étions le premier avril et j’ai cru que c’était une blague comme cela est coutumier ce jour là! Un poisson d’avril! J’avais tort car c’est une information très sérieuse qui nous vient du Royaume Uni.

Des chiens vont être dressés pour repérer les personnes asymptomatiques ou non atteintes par le COVID-19. C’est la Medical Detection Dogs (MDD, UK) qui s’y colle! Insolite mais le dressage des chiens à l’odeur du COVID-19 ne sort pas tel un lapin du chapeau, il rentre dans une démarche générale qui explique cette initiative (écrite sur leur site), due au fait que le Royaume Uni a un taux catastrophique de survie au cancer en Europe en raison d’un diagnostic tardif! Inutile de critiquer le système de santé du Royaume Uni, nous avons fort à faire en ce moment avec nos services hospitaliers débordés par les patients atteints au COVID-19, le manque de masques et protections diverses de nos soignants qui sont contaminés à un rythme terrifiant! Bref après cet aparté, revenons au sujet de ce post! La MDD se propose d’améliorer les diagnostics précoces à l’avenir en dressant des chiens au flair hors pair!

Les chiens s’avèrent des auxiliaires de santé précieux car ils sont capables des détecter des cancers, des maladies neurologiques et des infections bactériennes. Les recherches de la MDD se font en partenariat avec des universités au Royaume Uni et étrangères, avec le NHS Trusts et l’Imperial College de Londres.

COVID-19 ou autre maladie, le principe du dressage du chien est le suivant. Les chercheur du MDD partent du principe que le nez du chien est un excellent bio-capteur. Dans nombre de maladies, le chien est capable de renifler des traces infimes de maladies; les chercheurs comparent cette faculté olfactive comme l’équivalent d’une cuillère à sucre dans deux piscines olympiques. Quelques parties par billions (par mille milliards).

Les maladies respiratoires ont une odeur spécifique, et le COVID-19 est l’une d’elles, alors dressage en vue de ces chiens de détection biologique. Il y a quatre types de chiens de détection biologique. Bien qu’il n’y ait rien encore sur leur site des éléments concernant le COVID-19, j’ai retenu deux types de chien par déduction: les chiens de détection bactérienne et les chiens détectant le paludisme. Dans les deux cadres, les chiens sont dressés à tester de grandes zones, et pour le paludisme, l’une des fonctions du chien qui pourrait s’appliquer au COVID-19. Les chiens peuvent être utilisés pour identifier facilement les individus infectés par le paludisme. En filtrant les voyageurs. Ils ont l’avantage d’être une technique non invasive, ne nécessitant pas d’échantillons sanguins et de laboratoire et de ravir les nombreux amis des animaux. Et sans oublier l’aspect anti stress car les chiens sont aussi des auxiliaires précieux en psychothérapie comme je l’ai écrit dans le post « Au sujet du rôle des animaux en psychothérapie ».

Pour le COVID-19, le MDD travaillera en partenariat avec la London School of Hygiène and Tropical Medecine (LSHTM) qui a travaillé sur le paludisme. Ainsi selon le communiqué et les propos du Pr James Logan, chef du département du contrôle des maladie à la LSHTM. : « Les chiens à la recherche de Covid-19 seraient formés de la même manière que ceux que l’organisme a déjà formés pour détecter des maladies comme le cancer, la maladie de Parkinson et les infections bactériennes : en reniflant des échantillons (…) et en indiquant quand ils ont trouvé l’odeur, explique la Medical Detection Dogs dans son communiqué. Ils sont également capables de détecter des changements subtils de température de la peau donc ils pourraient éventuellement indiquer si quelqu’un a de la fièvre« . « Nous savons que d’autres maladies respiratoires ressemblant au Covid-19 modifient notre odeur corporelle, il y a donc de très fortes chances que les chiens soient capables de le détecter« .

D’après la MDD, les chiens pourraient être entrainés à détecter les variations de température et trier 250 personnes par heure. Ils ne seraient pas utilisés pour le confinement mais plutôt comme système de détection dans les aéroports , les lieux publics et les centres commerciaux.

Cette initiative de faire confiance aux facultés des chiens pour le COVID-19 n’est pas saugrenue. Il ne s’agit pas d’une lubie anthropomorphique où l’on projette les facultés humaines sur les chiens. Ils sont manifestement performants en médecine pure. Marc Gozlan, journaliste médico-scientifique et médecin de formation, l’a évoqué dans son article « Les crises d’épilepsie ont une odeur que des chiens entrainés peuvent reconnaitre » .

Au total, les chiens ont su distinguer l’odeur prélevée lors d’une crise d’épilepsie bien mieux que ne l’aurait prédit le hasard (14 % dans la mesure où un seul réceptacle contenait une odeur de crise parmi les sept présentés). Ainsi, dans 67 % à 100 % des cas, les chiens ont donné la bonne réponse. Autrement dit, ils ont eu le comportement approprié en se figeant devant le réceptacle qui renfermait l’odeur de la personne en crise. De même, les chiens ne se sont pas arrêtés devant un récipient ne contenant pas l’odeur d’un patient au moment de sa crise dans 95 % à 100% de cas. Les performances de cette détection olfactive canine pour l’épilepsie sont donc élevées. Pour trois chiens, le taux de succès était de 100 % dans tous les essais, écrit Marc Gozlan.

L’utilisation des chiens dans la détection de certaines maladies comme le cancer a débuté en 1989 à la suite d’une publication dans la prestigieuse revue The Lancet. En dehors de son caractère sympathique, le chien ne serait qu’un auxiliaire! Les gestes dits barrières comme le lavage des main, la distance physique de plus de 1 mètre, les tests adéquats, isolement en cas de positivité au COVID-19, géolocalisation ciblée sur les testés positifs et port du masque sont à ce jour les données scientifiques les plus fiables. Avec les traitements prescrits par le corps médical suivant les règles de l’Evidence Based Medecine et non préconisés par Madame Michu. Ne voyez dans ce post sur le dressage des chiens de détection biologique une quelconque incitation à se passer de la science; les biais cognitifs autour des animaux sont nombreux et j’ai moi-même un chat gâté et pourri chez lequel j’habite.

En France, une équipe de vétérinaires de la région parisienne va aussi entrainer des chiens déjà dressés à détecter des maladies virales ovines à sentit l’odeur du Covid-19 des contaminés. Le mode opératoire consistera à ce qu’ils reniflent la sueur prélevée sous les aisselles. Selon Dominique Greanjan, chef du service vétérinaire des sapeurs pompiers de Paris sur des chiens déjà formés « il faut une semaine pour intégrer une nouvelle odeur à leur bibliothèque de référence.»

En guise de conclusion, suite à la pandémie, la SPA constate de nombreux abandons d’animaux car leurs maîtres pensent qu’ils sont responsables de la transmission du virus. il n’en est rien ainsi qu’il est écrit dans la revue Sciences et Avenir: Dans un communiqué de presse émis le 24 mars 2020, l’Académie de médecine qui regroupe des médecins et des vétérinaires, rappelle que « deux chiens ont été testés positifs » à Hong-Kong dont le maître avaient le Covid-19. A noter toutefois que le premier chien avait un « très faible taux de virus » et que les tests suivants ont été « négatifs ». Ils n’avaient aucun signe clinique. Ensuite, le Service public fédéral de Santé publique belge a expliqué lors d’une conférence de presse, le 27 mars, que des vétérinaires de la faculté de médecine vétérinaire de Liège ont pu mettre en évidence que le chat d’une personne atteinte par le coronavirus avait été infecté par son propriétaire et avait développé des symptômes. Un type de transmission de « l’Homme vers l’animal et non pas de l’animal vers l’Homme », souligne Emmanuel André, virologue et porte-parole interfédéral Covid-19. Ce phénomène, extrêmement rare, nécessiterait un contact quotidien. « Il n’y a aujourd’hui aucune raison de penser que les animaux peuvent être vecteurs de l’épidémie », rappelle le virologue. Quoiqu’il en soit « surtout ne désinfecter pas votre chat, cela pourrait nuire gravement à son intégrité physique ! », rappelle le Dr Jeannin.

S’il y a manifestement un réservoir animal de transmission du virus, il ne s’agit nullement de nos animaux de compagnie qui doivent aussi rester confinés comme nous. Les deux animaux à cibler dans cette pandémie sont les chauves -souris déjà responsables du SRAS et l’hôte intermédiaire du COVID-19 serait le pangolin. Alors pour nos animaux de compagnie, circulez il n’y a rien à voir! Et bonne chance aux chiens de la Medical Detection Dogs qui seront dressés à renifler l’odeur du COVID-19.

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CAUCHEMAR EN THÉRAPIE POUR ELLEN!

L’histoire d’Ellen est une histoire parmi d’autres durant la décennie 80/90! Une histoire de faux souvenirs, d’emprise mentale par des thérapeutes sans scrupules ou eux-mêmes délirants par leurs fausses croyances charlatanesques!

©Jacqueline Osborn, artiste contemporain

À partir des années 1980, la mouvance du New Age va inspirer la psychologie et la psychothérapie. On peut qualifier le New Age sous divers angles soit comme un mouvement spirituel mais surtout comme un bric-à -brac de croyances ésotériques empruntant des éléments à la spiritualité orientale adaptée à l’Occidental en quête de spiritualité. C’est avec Le courant humaniste, apparu à partir des années 1940 aux États-Unis sous l’impulsion d’Abraham Maslow, que se sont développées ces thérapies du New Age. L’arrivée de la psychologie humaniste partait d’une bonne intention car il favorisait une vision positive de l’être humain, et s’opposait à la psychanalyse et au behaviorisme. Malheureusement ce courant fut dévoyé (et l’est encore) causant des dégâts dans la psyché de personnes ayant fait confiance à des thérapeutes pratiquant des thérapies pseudoscientifiques! L’histoire d’Ellen, digne d’un thriller, l’illustre (hélas) parfaitement!

Cette histoire est véridique et a été recueillie par Margaret Thaler Singer, psychiatre et son collègue Abraham Nievod, psychologue légiste; ils vont le consigner dans l’un des chapitres de l’excellent livre Science and Pseudoscience in Clinical Psychology à la rigueur scientifique incontestable.

À la suite d’une énième rupture sentimentale, Ellen est déprimée, et consulte une psychothérapeute pour l’aider à y voir clair dans ses relations amoureuses. Lors de la première séance, la thérapeute fait allonger Ellen dans un fauteuil relax en lui mettant une couverture, et en lui disant de sa détendre.

Au cours des dix ans de thérapie, la thérapeute fit se remémorer à Ellen des souvenirs d’abus sexuels commis par son père et des membres de sa famille au cours de rites sataniques. Infondés, faut-il le préciser! En 2020, on se frotte les yeux en se disant que les rituels sataniques sont de la pure fiction et qu’ils n’ont rien à voir avec la psychothérapie et la dépression. Ne croyez pas ça, l’Amérique des années 90 est obsédée par la violence des cultes sataniques réels ou imaginaires, et de nombreux thérapeutes se sont spécialisés dans la prise en charge des patients supposés abusés lors de cultes sataniques « Au cours de cette période, les rumeurs sur les adorateurs du Diable vont se multiplier, jusqu’à l’hystérie collective. Les médias, avides de sensationnalisme, font circuler des vidéos dites tournées par les adorateurs de Satan. Elles montrent des messes noires où des adolescentes se feraient violer et où des bébés seraient sacrifiés.» 

Et dans cet « inventaire à la Prévert » des diagnostics délirants, Ellen découvrit qu’elle souffrait du trouble des Personnalités Multiples. Comme pour les rites sataniques, à partir des années des années 70,  le trouble de la personnalité multiple va devenir une maladie mentale populaire. Il se caractérise par la présence de deux personnalités (voire plus) nommées les alter ego qui tour à tour prennent le contrôle de la personne appelée hôte. Les alter ego se conduisent à l’opposé de la personnalité et ils émergent curieusement avec une thérapie utilisant les états modifiés de conscience. La personne ainsi diagnostiquée est complètement amnésique de ce qu’elle a pu faire ou dire de longues heures quand elle était sous l’emprise des alters. Aujourd’hui, dans le DSM V, le Trouble de la Personnalité Multiple est remplacé par celui du Trouble Dissociatif de l’Identité (TDI).

Ellen « cohabiterait »à l’intérieur d’elle avec 159 alters à l’intérieur d’elle, et cerise sur le gâteau, elle aurait aussi été enlevée par des extra terrestres. Tout comme pour le satanisme, les Personnalités Multiples, des psychothérapeutes s’étaient spécialisés dans la thérapie des souvenirs traumatisants d’enlèvement d’ET! Des copines d’Ellen l’informèrent qu’elles avaient eu vent de « techniques à la mode  » par des talk show télévisés et les médias mainstream, et qu’elle était sous l’emprise de sa thérapeute!

La thérapeute enregistrait les séances sur des K-7 audio aux fins d’écriture d’un livre à quatre mains avec Ellen. Après des années de thérapie, Ellen comprit que la thérapeute abusait de sa confiance, l’influençant sournoisement par ses suggestions indues.

Pour vous faire une idée de la dangerosité de cette thérapie, quelques propos entre Ellen et sa thérapeute retranscris par Margaret Thaler Singer et Abraham Nievod:

La Thérapeute (T) : soyez détendue, et dites ce qui vous passe par la tête. Ayez confiance en votre esprit. Visualisez vous en arrière-plan, et regardez le ciel! Voyez vous une lumière?

Ellen: oui.

T: Dites m’en plus

Ellen: une étoile, juste une étoile.

T: est-ce que cela se rapproche? Pouvez vous bouger ou non?

Ellen (en pleurs): je ne peux pas bouger, ça se rapproche et devient de plus en plus brillant. Je ne sais pas, je ne peux pas bouger, je ne sais pas.

T: vous êtes en train de vous souvenir de quelque chose.

Ellen éclate en sanglots

T: qu’avez vous vu? Qui est-ce? Êtes vous allongée?

Ellen: ils me disent que je dois me détendre.

T: entendez vous leurs voix ou communiquent-ils directement avec votre esprit?

Ellen: c’est dans ma tête, je n’entends aucun son.

T: que vous racontent-ils? Que comptent-ils vous faire?

Ellen:ils comptent m’implanter une puce électronique dans la plante de mes pieds!

T: vous en souvenez vous? Vous devez vous en souvenir car vous êtes prête à fouiller dans vos souvenirs. Regardez autour de vous et racontez moi ce que vous voyez.

Ellen décrivit les petits gris (une race d’ET) qui l’entouraient dans une chambre blanche, et tandis qu’elle décrivait la scène, la thérapeute l’interrompit en lui disant: « vous allez accepter cette expérience comme si elle avait lieu maintenant, vous allez vous souvenir de ce qui s’est passé. » Évidemment, il s’agissait pour la thérapeute de faire remémorer les supposés souvenirs de cet enlèvement pour qu’Ellen puisse aller mieux….

Après ces dix années de thérapie, Ellen de plus en plus échaudée va contacter d’anciens patients de sa thérapeute, et elle apprit, ô surprise que certains avaient porté plainte. Chaque plaignant avait été dédommagé généreusement grâce à la compagnie d’assurance de la thérapeute.

Ellen dépitée raconte à Margaret Thaler Singer et Abraham Nievod que sa Thérapie s’éternisait. Sa thérapeute ne cessait de trouver des raisons fausses (et délirantes) à son mal-être en invoquant que c’était du à un travail sur sa psyché en profondeur. Elle avoua qu’elle ne s’était jamais sentie bien psychologiquement au cours de la thérapie! Imaginez, dix ans, c’est un bail. Elle avoue également qu’elle n’a pas assez écoutée ses amies qui la mettaient en garde contre sa thérapeute, mais elle n’avait qu’elle à qui se confier.

L’histoire d’Ellen est une histoire parmi d’autres durant la décennie 80/90! Une histoire de faux souvenirs, d’emprise mentale par des thérapeutes sans scrupules ou eux-mêmes délirants par leurs fausses croyances charlatanesques.

Si le cas d’Ellen semble inouï à cause du satanisme, des personnalités multiples et des ET, les thérapies pseudo-scientifiques liées au New Age, ou plus précisément au développement personnel sont toujours d’actualité. Des méthodes non validées suivant les règles de « L’Evidence based Medecine » et farfelues induisent des dégâts dans la psyché et accentuent le mal-être!

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DANS LA JUNGLE DES APPS, CES LOGICIELS INCONTOURNABLES!

En aucun cas, elles ne remplacent le cerveau humain! Comme l’a écrit Georges Orwell, «Vous ne possédez rien, en dehors de quelques centimètres cubes de votre crâne.»

Apps pour propriétaires de chats!

Qui n’a pas installé sur son smartphone ou tablette des applications connues sous le nom d’Apps? Les Apps, logiciels et programmes, apportent de nouvelles fonctions à votre appareil, sont censées vous faire gagner du temps et vous faciliter navigation sur le web. On a l’embarras du choix parmi les plus de 3,8 millions (entre Android et Apple) d’apps; elles vont du divertissement, à l’économie, la santé et la psychologie! Celle que j’ai mise en illustration est destinée aux propriétaires de chat! Celles qui sont le plus utilisées sont celles des réseaux sociaux et des moteurs de recherche, parait-il et c’est une jungle dans laquelle il faut évoluer.

Certaines personnes gèrent leur emploi du temps grâce à ces fameuses applis et autres gadgets high tech. On peut avoir plus de 400 applis installées sur son smartphone ou sa tablette. Si ces fameuses icônes sont censées nous simplifier la vie, je n’en doute pas un seul instant, ne risquent-elles pas à long terme de rendre paresseuses nos fonctions cognitives comme la mémoire et le raisonnement si on en abuse? Une nouvelle forme d’addiction?

Rentrons dans le vif du sujet! Comment ces apps, aux dessins si sympathiques, agissent au long cours sur la pensée? Et plus précisément, référons aux deux vitesses de la pensée décrites avec brio par Daniel Kahneman dans son livre incontournable « Système 1, Système 2, les deux vitesses de la pensée. L’auteur a simplifié sa théorie en choisissant des nombres. Ce qu’il faut retenir sur ces 2 systèmes en interaction.

-Système 1 se singularise par la rapidité; il est intuitif et émotionnel. «Il fonctionne automatiquement et rapidement, avec peu ou pas d’efforts»

Sytème 2 est un système de contrainte! « Il accorde de l’attention aux activités mentales contraignantes qui le nécessitent, y compris des calculs complexes. Le fonctionnement du Système 2 est souvent associé à l’expérience subjective de l’action, du choix et de la concentration.»

Revenons aux « Apps »! À mon sens, elles font appel au Système 1. Votre mental repère sur l’écran l’icône choisie et votre doigt va ouvrir l’application. Le même principe marche avec la commande vocale. C’est un réflexe conditionné qui n’a impliqué aucun cheminement cognitif complexe, sauf un raccourci et le résultat de votre choix de l’Apps que vous avez installé! Votre Système 2 aura très peu été sollicité, voire pas du tout. C’est rapide, simple et efficace dans l’instantanéité mais est susceptible d’induire de la paresse cognitive. Si votre activité cognitive est importante ou si l’Apps vous aide professionnellement, c’est moindre! Mais est-ce que toutes les Apps installées sur votre portable vous facilitent la vie?

En référence au « Big Brothers » d’Orwell, l’Américaine Sarah Rotman, analyste au Forrester resarch, appelle cette technnologie « Big Mother ». Le risque qui nous guette n’est-il pas d’être submergés par le monde virtuel ? De faire de ces Apps une béquille incessante et nous infantilisant? Et risquons nous pas de perdre notre libre arbitre en nous mettant dans une forme de dépendance compulsive nous incitant à les utiliser à tout va? Certaines applis sont totalement délirantes et se substituent carrément à la volonté et aux fonctions cognitives, n’ayons pas peur de le dire!

Parfois, le but recherché de ces Apps est justement de doper la volonté qui vous fait défaut! L’une d’elles sonne si on reste trop longtemps couché sur son canapé? Si Ivan Petrovitch Pavlov était encore vivant, célèbre pour son étude sur le conditionnement et la mémoire, il n’utiliserait pas ses chiens mais une manne d’Apps et de cobayes humains pour parfaire sa théorie!

Côté régime alimentaire, j’en ai déniché une qui vaut le détour, celle de la britannique « Food Trainer » conçue par une équipe de scientifiques de l’université d’Exeter pour lutter contre les fringales! On y joue dix minutes par jour, et hop on n’a plus envie de grignoter des cochonneries alimentaires! Le petit jeu consiste à cliquer le plus vite possible sur des aliments entourés d’un halo vert-ça fonctionne comme les feux de signalisation- les aliments sains! Dois-je préciser que le chocolat et le fromage que nous sommes nombreux à adorer sont entourés de rouge? En « reprogrammant » le système de récompense du cerveau, les scientifiques expliquent augmenter « l’activité dans certaines parties du cortex préfrontal impliquées dans le contrôle de notre comportement, et en réduisant l’activité dans les parties du cerveau impliquées dans la préparation de l’exécution d’une action » sont les conclusions de l’équipe scientifique. Bien! C’est distrayant mais je reste songeuse devant l’aspect scientifique qui vous éduquerait aux aliments bons pour la santé!

Chez certaines personnes, les Apps sont devenue une véritable addiction technologique! Le New York Times   a surnommé ce mal « l’App Burnout », une forme de « burn out lié aux applications ». On peut surtout souffrir d’épuisement cognitif! Comment notre cerveau peut-il gérer 259 applications sur son mobile ou sa tablette sans engendrer un comportement compulsif et de la surcharge cognitive! Et le côté chronophage? La plupart des gens en utiliseraient une vingtaine. On ne peut que pratiquer le zapping sans effort de concentration et en utilisant l’Apps adéquate en fonction de ses (supposés) besoins!

Le regard d’une femme sur la technologie, extrait d’un journal numérique en dit long: « Bien sûr, de nouveaux jeux et services à la mode comme Tiny Tower et Draw Something flottent encore et deviennent à la mode. Mais ils disparaissent généralement, du moins pour moi. Bien que je télécharge constamment de nouvelles applications pour mon travail, il est rare que l’une fasse partie intégrante de ma routine quotidienne. Je n’ai tout simplement pas le temps d’en utiliser plus que je n’en utilise déjà. ?»

Le développement personnel vous promet monts et merveilles avec certaines Apps. Plus besoin de vous rendre dans un monastère pour apprendre à méditer. Certaines applications vous apprendraient à méditer et vous mèneraient sur les chemins de la sérénité. La technologie vous branche directement avec la zénitude! Vous avez l’embarras du choix. j’ai noté pour vous l’application américaine Headspace, fondée par un ancien étudiant en sciences sportives qui est devenu moine bouddhiste, mais est revenue aux États-Unis proposer ses services de méditation. Un franc succès pour cette application qui rallie toute la Silicon Valley et que Google et Linkedin offrent à leurs employés. Tous les cas de figure sont étudiés et vous pouvez méditer en toute situation!

Si l’on est sceptique sur le bien-fondé de cette application, il faut aller sur leur page web! L’essai est gratuit, et n’hésitez pas à me faire un retour de votre expérience! On peut y lire que « 25 études publiées montrent l’impact de Headspace sur des résultats tels que le stress, la concentration et la compassion.» Vous avez un nombre impressionnant de guides de méditation en toute situation émotionnelle à en avoir le vertige. De la parentalité consciente, la méditation pour perdre du poids, Comment être plus reconnaissant, etc…

Il serait complètement illusoire de penser que l’on peut se passer des Apps! On peut-être critique mais certaines touchent le domaine de la santé, et il faut rester ouvert! Pour s’en convaincre, il faut aller sur Pubmed, la base de données scientifiques et médicales qui recense les articles sur le sujet! Manifestement, certaines applications de santé peuvent faciliter les soins en auto surveillance ou en guide-line!

Rathbone Al et Prescot J de l’école d’éducation de l’université de Bolton au Royaume-Uni sont dithyrambiques sur les bienfaits des Apps! Voici ce qu’ils en disent: « Parallèlement aux applications , il est prouvé que la réception de messages SMS (SMS), qui impliquent de la psychoéducation, des rappels de médicaments et des liens vers des pages Web informatives utiles, peut également être avantageuse pour le bien-être mental et physique d’un patient. Les applications et services SMS mHealth disponibles et leur qualité en constante amélioration nécessitent un examen systématique dans le domaine en ce qui concerne la réduction des symptômes, l’adhésion à l’intervention et la convivialité.»

Une autre étude britannique, celle de Grist R, Porter J et Stallard de l’université de Bath est plus nuancée sur l’apport des Apps en santé mentale des pré adolescents et adolescents. « Dans l’ensemble, les données de recherche sont actuellement insuffisantes pour soutenir l’efficacité des applications pour les enfants, les préadolescents et les adolescents ayant des problèmes de santé mentale . Compte tenu du nombre et du rythme auquel les applications mHealth sont publiées sur les magasins d’applications, des études de recherche méthodologiquement robustes évaluant leur sécurité, leur efficacité et leur efficacité sont rapidement nécessaires.»

Toutes les études sur le bien-fondé des applications mettent en lumière la nécessité d’une meilleure méthodologie pour démontrer leur utilité! Ou du moins le changement en comportement de santé comme dans l’étude australienne de Mac Kay FH, Wright A, Shill J, Stephen H et Uccelini M: «Des études ont examiné des applications liées aux domaines suivants: alcool, asthme, allaitement, cancer, dépression, diabète, santé généralecondition physique, maux de tête, maladies cardiaques, VIH, hypertension, carence en fer / anémie, basse vision, pleine conscience, obésité, douleur, activité physique, tabagisme, gestion du poids et santé des femmes. Conclusion Afin d’exploiter le potentiel des applications de santé mobiles pour le changement de comportement et la santé , nous avons besoin de meilleures façons d’évaluer la qualité et l’efficacité des applications . Cet examen n’est pas en mesure de suggérer une seule approche des meilleures pratiques pour évaluer les applications de santé mobiles.»

Si les auteurs de l’étude, Mani M, Kavanagh D.J, Stoynanov SR, s’accordenr à reconnaitre les bienfaits de la « Pleine Conscience« , ils se montrent critiques sur la pertinence des Apps Iphone sur cette méthode! « Bien que de nombreuses applications prétendent être liées à la pleine conscience, la plupart étaient des applications de méditation guidées , des minuteries ou des rappels…Peu de preuves sont disponibles sur l’efficacité des applications dans le développement de la pleine conscience.»

En résumé, les Apps ont un avenir prometteur dans le domaine de la santé, mais comme l’Intelligence Artificielle et la robot-thérapie, elles en sont à leurs balbutiements! À suivre donc…

Il peut y avoir manifestement une forme d’asservissement à la High Tech, incluant les Apps, évidemment. L’utilisation intensive peut-être anxiogène et addictive. C’est assez paradoxal de savoir que les cadres et pontes des sociétés High Tech ont pris conscience que l’excès d’écrans est nuisible! Bill Gates, fondateur de Microsoft a limité le temps que ses enfants pouvaient passer derrière les écrans. Et Steve Jobs, lui en faisait autant: Une journaliste du New York Times se rappelle avoir demandé au cofondateur d’Apple : « Alors, vos enfants doivent adorer l’iPad ? » et s’être vu répondre, à sa grande stupéfaction : « Ils ne l’ont pas utilisé, (…) nous limitons la technologie que nos enfants ont le droit d’utiliser à la maison. »

La tendance actuelle est au Digital Detox, un concept de voyage déconnecté! Aucun accès à la Wifi ni à la 4G, sans ordinateurs, tablettes, liseuse électronique. Nada! Et avec les smartphones bloqués au début du voyage par une application qui permet uniquement d’appeler. C’est fou d’en arriver là…

Sans jeter le bébé avec l’eau du bain, ces applis sont des aides précieuses et facilitent la vie. En aucun cas, elles ne remplacent le cerveau humain! Comme  l’a écrit Georges Orwell, «Vous ne possédez rien, en dehors de quelques centimètres cubes de votre crâne.»

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ÉTAT DES LIEUX DE LA CONSOMMATION DE PSYCHOTROPES EN FRANCE!

Dans son rapport, publié en 1996, concernant la prescription et l’utilisation de médicaments en France, le regretté Édouard Zarifian, psychiatre hospitalier universitaire à Caen avait écrit: « La France consomme plus de médicaments que les pays de niveau économique comparable. Les psychotropes, en particulier, sont trois fois moins utilisés en Allemagne ou en Grande-Bretagne. En France, « l’évolution totale de la classe de psychotropes est due à l’augmentation des ventes d’antidépresseurs. Cette classe thérapeutique a connu une augmentation de 5,63 % par an en moyenne de 1990 à 1994 », soit une hausse en dépenses de 10 % par an. « Si le taux de croissance de la Grande-Bretagne paraît plus élevé que celui de la France dans la période 1990-1994, il faut noter que le volume de prescriptions [d’antidépresseurs] en France en 1990 était de 40 % supérieur à celui de la Grande-Bretagne à la même époque. […]»

En 2020, les propos d’Édouard Zarifian sont-ils toujours d’actualité? Je me suis appliquée à trouver des données fiables mais les chiffres de consommation des psychotropes peuvent varier d’un site à un autre, aussi sérieux soient-ils! Ces chiffres sont utiles pour donner une idée de grandeur de l’ampleur de la consommation et l’évolution au fil des années.

D’abord, qu’entend par psychotropes? C’est un médicament qui agit sur la psychisme. Ils sont regroupés en cinq catégories: les antidépresseurs, les anxiolytiques (ou tranquillisants), et souvent souvent des benzodiazépines, les hypnotiques (ou somnifères), les antipsychotiques (neuroleptiques), les régulateurs de l’humeur et les psychostimulants (Ritaline) et sont délivrés uniquement sur ordonnance médicale. Les spécialités les plus consommées sont les benzodiazépines (18%), 9,7 % d’antidépresseurs, les hypnotiques 8,8 % et 0,7% de régulateurs de l’humeur. Toutes ces spécialités restent indispensables dans l’arsenal thérapeutique, sous condition qu’elles soient prescrites à bon escient. Si un regard critique s’imposer sur un excès de consommation, il n’est pas question de les remplacer par de la poudre à perlimpinpin.

En 2012, il s’est vendu 131 millions de boîtes de médicaments psychotropes en France. Et ô surprise, la France est tête du peloton avec une tranche d’âge de 18 à 75 ans (voire plus) et concernerait 17,4% de la population serait concernée . À quelques variables chiffres près

Les femmes en consomment plus que les hommes. 22, 7% de femmes contre 12,9% pour les hommes, et plus elles avancent en âge, plus la consommation augmente jusqu’à 75 ans. Les adolescents ne sont pas épargnés et comme pour les adultes, ce sont les adolescentes qui en prennent le plus: 23,4% contre 13,8%. Et dans un tiers des cas, ce ne sont pas les médecins qui prescrivent en première intention ces psychotropes, mais leurs parents qui prennent sur leur bonnet de leur en donner car leur médecin leur ont fait une ordonnance!

Par à rapport aux années précédentes, ça s’améliore en 2017! Les chiffres de remboursement des psychotropes montrent une baisse des ventes de psychotropes. Baisse de 6% sur les anxiolytiques durant la période 2012-2017. La diminution la plus importante concerne les hypnotiques avec -28%. En 2015, les Français occupaient la deuxième place parmi huit pays européens pour la consommation de benzodiazépines, soit 20% de moins qu’en Espagne mais 5 fois plus qu’en Allemagne. Concernant les personnes âgées, la consommation de psychotropes est préoccupante en Ehpad, même si au fil des ans, elle diminue.

Indépendamment de la baisse constatée au fil des ans, les Français consomment toujours énormément ces substances! Compte tenu de cette forte consommation, on est en droit de se demander s’ils en ont vraiment besoin plus que dans d’autres pays! Le Français est râleur mais est-il tellement si déprimé ou si anxieux pour prendre à gogo des psychotropes. Et bien, un début de réponse sur le bien-fondé de cette surconsommation. Il y aurait un décalage entre ceux qui prennent environ qui se situerait aux alentours de 10% et ceux pour lesquels la prescription serait justifiée, et qui elle se situerait à 5 %. Même si les données chiffrées sont floues, on n’est pas très loin de la réalité où les psychotropes deviennent des molécules de confort, un fourre-tout thérapeutique masquant des causes diverses pouvant aller au simple état d’âme (pas forcément pathologique) ou alors une indication forcenée qui ne nécessite pas un remède de cheval mais quand même prescrite. Et sans compter un mésusage de l’indication initiale de ces molécules dans le dopage cérébral.

On peut trouver dans le rapport du Dr Édouard Zarifian des explications lumineuses dont on aimerait qu’elles soient dépassées en 2020, mais il n’en est rien. Voici quelques phrases assassines qui n’ont pas pris une ride. Hélas, trois fois hélas!

Il n’existe actuellement aucune réflexion dans le milieu médical, et en particulier dans le milieu psychiatrique académique, sur l’éthique de la prescription de médicaments psychotropes. Les leaders d’opinion restent muets face à l’abaissement de la limite entre le normal et le pathologique, ouvrant de nouveaux marchés à la prescription ; […] ils acceptent la banalisation de l’utilisation des psychotropes pour lesquels il n’existe nulle part de pharmacovigilance spécifique de leurs possibles effets psychiques indésirables. […] Il existe une intentionnalité claire de fournir exclusivement aux médecins généralistes ou spécialistes, par la voie de discours académiques, une représentation monolithique réduite aux seuls symptômes accessibles aux seuls médicaments. » Alors que « pratiquement toutes les études cliniques, épidémiologiques, médico-économiques, sont suscitées, financées et exploitées au plan statistique de manière autonome par l’industrie ou par des sous-traitants qu’elle rémunère. »

Nous manquons beaucoup d’études pharmacologiques réalisées en toute indépendance afin de vérifier ce qu’à moyen et long terme ces molécules [les antidépresseurs inhibiteurs de la recapture de la sérotonine, comme la fluoxétine, ou ProzacÆ] ont comme action sur la transmission dopaminergique comme le font les psychostimulants plus classiques, qu’il s’agisse des amphétamines ou de la cocaïne. […] »

En décembre 1998, la revue médicale et indépendante Prescrire publiait un article sur les poins forts du rapport Zarifian incluant un historique éloquent. Le psychiatre constate la tendance de ses confrères (généralistes et psychiatres) à prescrire larga manu ces molécules. Selon lui, ils se centrent uniquement sur le « symptôme isolé » décrit dans le DSM. Le manuel américain des troubles psychiatriques à l’origine était destiné à la recherche, et les symptômes potentiellement décrits dans le DSM manuel américain favorisent la prescription des psychotropes surtout celle des antidépresseurs, et ce encouragée par l’industrie pharmaceutique. « L’efficacité des psychotropes, qui sont arrivés tous à la fois entre 1952 et 1965 dans le désert de la pharmacopée psychiatrique, a pu faire croire à certains que les symptômes psychiatriques n’avaient d’autre fonction que d’être des cibles pour les médicaments. C’est la notion de “target symptom” ou symptômes cibles décrits aux États-Unis par Fryhan.»

De charybde en scylla, on est arrivé au symptôme cible qui tient lieu de description de la personnalité dépressive ou disthymique, menant à une construction organiciste de la psychologie par un « système de poupées russes ». Ainsi, la prescription à gogo des psychotropes est facilitée en détournant le DSM au profit de l’industrie pharmaceutique. Le marketing de l’industrie pharmaceutique s’appuie sur des situations de vie de patients dans leur vie quotidienne, psychiatrisant leurs souffrances existentielles et orienter les prescriptions des médecins. Pour favoriser les ordonnances de psychotropes, le marketing va utiliser un langage pseudo-scientifique emprunté à la neurobiologie, sous le couvert du DSM à la botte de l’industrie pharmaceutique. Ainsi, toujours pour trouver le plus de target symptômes nécessitant une prescription de psychotropes. L’une des démonstrations les plus éclatantes est le passage des 180 critères du DSM 1 à celui de 300 dans le DSM IV et V.

Le marketing pharmaceutique va donner l’illusion que toute difficulté existentielle engendrant des bouleversements émotionnels va se résoudre comme par enchantement par la prescription d’un psychotrope.

Dessin humoristique extrait du livre Comment l’industrie pharmaceutique ont médicalisé nos émotions de Christopher Lane). 2007

À l’époque, les effets indésirables des psychotropes n’étaient pas connus comme aujourd’hui. On connait maintenant le risque d’abus, de dépendance et de syndrome de sevrage concernant les benzodiazépines, leurs effets secondaires indésirables comme des troubles de la mémoire, une altération des fonctions psychomotrices (risque de chute par exemple) et des troubles du comportement. Les traitements d’antidépresseurs doivent être prescrits le plus longtemps possible, et chez certains patients parfois à vie, et ce sans qu’il ne soit évoqué les effets secondaires de ces molécules ni leur changement de personnalité au long cours.

Cet extrait de l’article de la revue Prescrire appuie là où ça fait mal : « La pharmacovigilance des médicaments psychotropes est pratiquement axée sur les effets somatiques indésirables de ces traitements•» L’hépatoxicité et autres effets secondaires) sont mises en avant ainsi que les manifestations corporelles mais les changements de personnalité induits au long terme ne le seront pas!

Si cette forte consommation de psychotropes existe, c’est parce qu’il y a aussi collusion entre l’industrie pharmaceutique et de nombreux leaders d’opinion des milieux académiques. Dans l’enseignement médical, les matières comme pharmacologie, la neurologie et les médicaments sont encouragées. Les psychothérapies validées suivant les règles de l’Evidence Based Medecine ne font pas partie de l’arsenal thérapeutique car trop onéreuses et trop longues.

Ainsi, selon Prescrire, n’est-il guère étonnant que l’on continuera à voir apparaitre de nouvelles classes de psychotropes et d’antidépresseurs à visée comportementale comme dans le domaine de la violence. La maîtrise pharmacologique des enfants désobéissants avec la ©Ritaline comme aux États-Unis, et en soulignant aussi le mésusage de cette molécule dans le dopage cérébral ainsi que je l’avais écrit dans le post « Autour du film « Sans limites »: Le dopage cérébral »!

La forte consommation de psychotropes a aussi été dénoncée par le critique littéraire et historien anglais Christopher Lane dans son livre Comment la psychiatrie et l’industrie pharmaceutique ont médicalisé nos émotions paru en 2007. Là aussi, comme pour le rapport Zarfian, le sujet est encore actuel. Bien qu’il ne soit pas un spécialiste de la santé mentale, Christopher Lane complète avec réussite les observations d’Édouard Zarifian. Dans son livre, il évoque le changement de personnalité sous psychotropes: La neuropsychiatrie nous prodigue des «congés chimiques hors du moi intolérable», mais n’est-ce pas pour nous habituer aux peurs ordinaires et aux chagrins quotidiens, et nous faire souffrir finalement davantage. Comme le dit Hamm dans Fin de partie de Samuel Beckket: « vous êtes sur terre, c’est sans remède! Les neuropsychiatres et leurs mentors de l’industrie auront pourtant dépensé sans compter leur temps et leurs dollars pour nous convaincre du contraire

Quelles sont les dernières nouvelles de ce début d’année concernant la consommation de psychotropes? En France, la consommation d’anti-dépresseurs se situerait dans la moyenne! Cela ne veut pas dire que ceux qui n’en ont pas besoin n’en prennent plus. C’est l’Islande où il se vend le plus de boîtes d’antidépresseurs. Les remarques formulées plus haut sont toujours actuels y compris sur le rapport Zarifian. Sur la consommation d’antidépresseurs, j’ai recensé un article pertinent sur les disparités de consommation suivant les régions. Les trois régions où l’on consommerait le plus d’antidépresseurs seraient le Limousin, l’Auvergne et le Poitou-Charentes. L’une des explications avancées serait la vieillesse, le handicap célibat et le nombre de couples sans enfants. Ceci serait à prouver car il y a probablement d’autres raisons.

Si la consommation d’antidépresseurs diminue depuis 2000, celle des benzodiazépines reste fort élevée. La France en occupe le deuxième rang de la consommation de cette spécialité en Europe, derrière l’Espagne. Il reste encore fort à faire!

En conclusion de ce post, hommage à Édouard Zarifian. Il n’a pas uniquement écrit le rapport de 1996 sur les psychotropes, il a été aussi l’auteur prolixe de nombreux best sellers dont Les Jardiniers de la folie, et voici quelques phrases extraites de son livre Des Paradis plein la tête.

Ecoute-moi, toi mon semblable, mon frère. Tu as peur parce que tu te crois faible, parce que tu penses que l’avenir est sans issue et la vie sans espoir. … Pourtant, tu as d’authentiques paradis dans la tête. Ce ne sont pas des paradis chimiques, c’est toi, toi tout entier dans ta singularité d’homme avec les forces qui t’habitent et que tu as oubliées peut-être. Car c’est l’homme qu’il faut retrouver dans l’individu pour rendre l’existence viable.(Des paradis plein la tête

Si la consommation d’antidépresseurs diminue depuis 2000, celle des benzodiazépines reste fort élevée. La France en occupe le deuxième rang de la consommation de cette spécialité en Europe, derrière l’Espagne.

SOURCES:

pourquoidocteur.fr/Articles/Question-d-actu/31301-Quelles-regions-France-l-on-consomme-d-antidepresseurshttps://www.prescrire.org/docus/PO2008_ZarifianLRP168.pdf

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COMMANDER UN BÉBÉ EN UN SEUL CLIC, EST-CE POSSIBLE?

« Une tendance inquiétante se dessine, note-t-il. Nous passons d’une conception de l’enfant comme un don à une conception de l’enfant comme une donnée que l’on contrôle. Plus vous le profilez, plus vous en faites un objet… »(Thomas Ploug)

Berceau vintage

L’ouverture de la procréation médicalement assistée aux femmes célibataires et aux homosexuelles est en passe d’être adoptée cet été. Aujourd’hui, je vous propose une mise à jour d’un post que j’avais rédigé en janvier 2018, et que j’ai enrichi avec l’actualité. La PMA (Procréation Médicalement Assistée) ou terme plus médical, celui d’AMP est l’un des sujets sociétaux les sensibles au programme avec la Fécondation In Vitro (FIV) et la GPA (mères porteuses). Il était possible d’en débattre sereinement il y a dix ans lors de séminaires confidentiels réservés aux professionnels de la santé et de la justice où des philosophes comme Sylviane Agacinsky était invitée pour s’exprimer avec d’autres invités venus de pays européens. Aujourd’hui, il en est tout autrement. La philosophe, farouchement opposée à la GPA, a vu un débat annulé sur le thème de « l’être humain à l’époque de sa reproductibilité » puis reprogrammé à Bordeaux à la suite de menaces.

Jusqu’au vote de la loi P.M.A était « réservée dans notre pays aux couples hétérosexuels en âge de procréer qui n’arrivent pas à avoir un enfant naturellement par des voies naturelles », qui sont stériles médicalement. Un couple hétérosexuel sur huit serait concerné par l’AMP! Selon l’origine de la stérilité la PMA fait appel à une ou plusieurs techniques différentes, de l’insémination artificielle à la congélation des embryons. Les protocoles des FIV varient suivant les causes à traiter. Les FIV se font en partie à partir du don de gamètes qui consistent à donner anonymement et gratuitement son sperme ou ses ovocytes (avec technique de vitrification ou non). L’une des particularités de notre pays est que le don de gamètes est totalement gratuit ce qui n’est pas le cas dans d’autres pays européens où les donneurs sont rémunérés. Cette révision de la loi peut modifier la donne sur ce sujet car depuis des années, certains médecins craignent une pénurie de gamètes. Les avis sont partagés, et il faudra certainement de nouvelles structures adaptées s’il y a un afflux de demande de FIV. Terra Incognita!

Avant que la loi ne soit votée cette semaine, les personnes stériles qui ne rentrent pas dans les critères de la législation française, et qui avaient envie d’avoir un enfant se tournaient vers d’autres pays où la législation de la PMA est plus souple. Cela peut heurter les sensibilités mais comment critiquer la souffrance de personnes désireuses d’avoir un enfant? La suspension du jugement s’impose. Là, ce n’est pas gagné car c’est devenu une bataille politique et de lobbies divers, et la lecture des réseaux sociaux sur ce sujet est joyeuse! 

La PMA, nouvelle mouture, continuera d’être remboursée par la Sécurité Sociale aux couples hétérosexuels infertiles suivant les critères médicaux définis depuis des décennies, mais ne le sera pas pour des FIV de convenance où il n’y a pas d’infertilité médicale. Mais la chambre des députés aura le dernier mot!

L’adoption de cette loi  va-t-elle avoir un impact sur le tourisme procréatif? Des femmes vont-elles continuer à faire appel à des banques de sperme étrangères si elles ne passent pas le cap de la supposée évaluation psychologique, médicale et sociale requise par la loi? L’émission de Sept à huit avait diffusé en avril 2017 un documentaire éloquent sur la société Cryos, une banque européenne de sperme qui évoque le tourisme procréatif.

Cryos International est la première banque de sperme qui pratique à l’échelle industrielle la vente de gamètes, et notamment par correspondance. Si vous tapez sur le moteur de recherche Google, la société Cryos est la banque de sperme qui apparaît en premier. Cette société a été créée en 1991 et est basé à Arthus au Danemark. Son créateur Ole Schau (63 ans), n’a aucune formation médicale, et il est titulaire d’un diplôme d’une grande école de commerce.

Alors, comment ces femmes s’y prenaient-elles pour contourner la loi française et obtenir une FIV en s’adressant à Cryos? Elles la commandent tout simplement via le site internet Cryos, et choisissent le père biologique sur catalogue. Il est aujourd’hui possible, à l’étranger, de choisir certains critères génétiques du futur enfant comme la couleur de ses yeux, de ses cheveux et de sa peau et autres caractéristiques.

En créant Cryos, Ole Schau voulait aider les  femmes stériles. « Je voulais rendre service aux gens » affirme-t-il à qui veut l’entendre, « et puisqu’ils rêvent de petits Aryens blonds yeux bleus », Ole Schau les comble. Face aux accusations d’eugénisme (on est en droit de s’interroger à ce sujet), il répond: « toute notre société est fondée sur la sélection naturelle. Il est normal que des parents puissent choisir un géniteur selon leurs critères.». Il y a quelques années, Cryos avait suscité une vive polémique pour avoir refusé des donneurs roux. L’une des raisons invoquées par le fondateur de Cryos est qu’il n’y avait pas suffisamment de demandes. Dans l’une de ses interview, Olé Schau lance à ce sujet: « en même temps, nous manquons cruellement de diversité ethnique».

30 ans plus tard, Cryos est la plus grande banque de sperme européenne. Cryos est officiellement une banque de tissus autorisée au titre de la directive européenne sur les tissus et les cellules, et est conforme à la législation européenne. Il faut rappeler qu’il est interdit en France d’acheter des cellules vivantes, mais Cryos s’est bien débrouillé en surfant sur la législation. Cryos emploie aujourd’hui une centaine de personnes. L’entreprise génère entre 13 et 20 millions d’euros. Elle aurait dans sa base de données plus de 700 donneurs et plus de 100 litres de sperme congelé. Record homologué dans le Guinness book

Cryos a plusieurs groupes (fermés) sur le réseau social facebook pour faciliter les démarches pour une FIV: Cryos FR, Family Dreams-Cryos International, Insémination, Cryos: démarche et parcours.

Comment est constitué le catalogue virtuel qui permet de choisir les caractéristiques génétiques du donneur à  transmette à son enfant? Chaque donneur de la banque de sperme est anonyme et référencé par un numéro. Le poids, la taille (les pères doivent mesurer au minimum 1,70 m) la couleur des cheveux, celle des yeux, le niveau d’études et l’ethnie sont précisés sur le catalogue.

Comment se passe la vente en ligne d’une FIV avec Cryos? Et bien comme sur votre d’achat préféré en ligne! La future mère après l’avoir choisi sur catalogue clique sur le géniteur choisi « , et le met dans l’icône « landeau » qui remplace l’icône panier des sites commerciaux. L’étape suivante est celle que nous connaissons tous quand nous achetons sur le net « mode de paiement par carte bancaire ».

Le paiement dûment enregistré, quelques jours plus tard, la future maman se voit livrer sa dose de sperme à domicile dans une bonbonne étanche. Il est joint au colis un mode d’emploi pour qu’elle puisse faire sa FIV chez elle. D’abord, elle doit faire décongeler les paillettes, et ensuite s’installer dans une position confortable pour les introduire avec une canule.

Alors pourquoi ces femmes choisissent-elles le « packaging Cryos »? Les raisons seraient principalement financières. Ce serait moins onéreux que d’aller dans une clinique de fertilité espagnole dont le coût avoisine les quinze mille euros. Faites les calculs! Avec Cryos, un achat en ligne coûte trois mille euros. Alors, peut-on parler de FIV Low Cost ? Avec la formule VPC, la femme a une chance sur trois de tomber enceinte. Selon Cryos, il y aurait  près de 23 000 naissances en France avec leur formule. Dans un article de Paris Match, on peut lire que Cryos, en 2016, serait à l’origine de 246 grossesses en France. Les femmes célibataires représenteraient 40 % de sa clientèle, et Ole Schau pense que bientôt ce sera 70 % des célibataires qui feront appel au packaging Cryos.

La loi danoise prévoit qu’un donneur de sperme ne peut être à l’origine de plus de  douze grossesses. La législation internationale étant très vague, pour engranger des bénéfices, Cryos va exporter 90 % de sa collecte dans plus de soixante dix pays. Cliniques privées (avec parfois des ristournes) et pour des particuliers.  Cette diversification de l’activité de Cryos est une corne d’abondance pour la société en contournant en toute légalité les quotas fixés par les législations internationales. Comme n’importe quelle société commerciale, Cryos sponsorise des publicités sur les réseaux sociaux pour recruter de futures clientes. Est ce la FIV ou le désir d’enfant qui se marchande? Il est évident que le marketing de ces sites est alléchant! Comment ne pas craquer devant des superbes photos de bébés qui promettent le paradis parental?

Que se passe-t-il du côté du donneur anonyme? Cryos rémunère le don de sperme contrairement à la France. Si elle a le sens des affaires, la banque est aussi très exigeante sur la qualité des spermatozoïdes des donneurs. Huit candidats sur dix seraient recalés. Les maladies génétiques ou sexuellement transmissibles sont systématiquement dépistées. Les donneurs signent un contrat et touchent 60 euros par don (parfois plus en fonction des critères génétiques). C’est l’occasion d’arrondir les fins de mois avec une somme variant entre 300 et 1600 euros. La majorité des pères affirment que leur motivation principale n’est pas financière mais guidée par l’altruisme, et ainsi exaucer le désir d’enfant de femmes infertiles.

Il y a Cryos, mais l’entreprise ne fait que répondre aux demandes du « marché international de la procréation » souligné en ces termes judicieux par Sylviane Agacinski: « Sur ce marché mondialisé, la concurrence entre les entreprises est âpre : certains comme l’Institut Feskov, en Ukraine, affichent le “meilleur rapport qualité/prix”, incluant l’assurance-vie de la mère porteuse, un diagnostic préimplantatoire légal (permettant le choix du sexe et assurant un enfant en “bonne santé”), le choix d’un donneur ou d’une donneuse de gamètes du phénotype souhaité (européen, asiatique ou africain), un nombre de FIV illimité, c’est-à-dire des prélèvements d’ovocytes répétés et dangereux pour la donneuse. »

Le Danemark a modifié sa loi sur l’anonymat des pères biologiques. Il y a maintenant la possibilité de lever l’anonymat du père si l’enfant à sa majorité le souhaite en s’adressant un association spécialisée. Ainsi, une jeune fille conçue par FIV a pu grâce à cette association retrouver son père biologique et trois demi-frères. Un père qui s’est fait connaître reste en contact avec sa fille biologique. Et même le grand-père biologique a voulu connaître sa petite-fille! Et le devenir de l’enfant dans tout ça? Grande interrogation, n’est ce pas?

Le choix d’un bébé sur catalogue préoccupe Thomas Ploug, membre du Conseil d’éthique et professeur à l’université d’Aalbourg : « une tendance inquiétante se dessine, note-t-il. Nous passons d’une conception de l’enfant comme un don à  une conception de l’enfant comme une donnée que l’on contrôle. Plus vous le profilez, plus vous en faites un objet. Ce ne peut qu’avoir des conséquences sur la façon dont les parents se comportent avec lui, sur leur dévouement. Bien sur, c’est infime, et dans la plupart des cas, cela se passe bien. C’est une question de dignité. Un objet, on peut s’en lasser et s’en débarrasser.»

On peut trouver sur le site de Cryos le témoignage d’un homme conçu en 1979 par FIV et avec un donneur anonyme. Ses parents ne lui avaient pas révélé les circonstances de sa naissance, comme cela était préconisé à l’époque, et ce pour ne pas déstabiliser psychologiquement l’enfant: « Je ne l’ai appris qu’à l’âge de 30 ans. J’étais alors en thérapie car je n’allais pas bien. C’est ma mère qui me l’a révélé, et c’est comme si j’avais enfin vu la lumière. J’avais tout pressenti. Depuis longtemps, je me cherchais des pères putatifs, alors même que mes relations avec mon père étaient bonnes. Lorsque j’ai su, j’étais très soulagé. Mais, après la phase d’euphorie, j’ai fait une dépression. Ma vie était bâtie sur un mensonge. J’ai mis beaucoup de temps à digérer. Le centre de don a refusé de me donner le nom du donneur. Je suis contre cet anonymat.» Il est hanté par le fait « qu’il lui manque une partie de son histoire ».

Ces bébés sur catalogue sont un fait de société rendu possible par la science médicale. On peut aussi penser aux risques d’eugénisme si tous les enfants sont ainsi conçus! Où est l’éthique dans tout ça quand on, constate que le « désir d’enfant » fait prospérer un commerce bien lucratif. L’avenir nous dira ce qu’il advient psychologiquement de tous ces enfants conçus ainsi sur catalogue. Aujourd’hui, il est trop tôt pour se prononcer mais on pense au « Meilleur des Monde » de Aldous Huxley et on aimerait que ce ne soit pas une sinistre prophétie.

L’un des moyens d’éviter les dérives éthiques, le droit à l’enfant plutôt que les droits des enfants, surtout la GPA (Gestation Pour Autrui), serait de réviser les lois sur l’adoption afin qu’un maximum d’orphelins soient adoptés dans les meilleures conditions, limitant ainsi le recours à la PMA.

Pour en savoir plus: 
http://www.la-croix.com/Ethique/Sciences-Ethique/Sciences/Au-Danemark-des-bebes-sur-catalogue-2013-04-08-942785

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COMMENT LE NET CHANGE NOS COGNITIONS ET NOS RELATIONS AVEC AUTRUI.

La Psychologie des foules de Gustave le Bon est applicable aux réseaux sociaux. Les Facebookiens peuvent être assimilés à une foule, et se comporter comme telle sur de nombreux points.

©Gaetino Motisi (Palerme) https://gaetanomotisi.com/store/

Dans les années 60, le sociologue canadien Marshall Macluhan constatait déjà l’impact des médias sur nos perceptions sensorielles. Selon leur nature (radio, journaux, télévision et écrans divers), nos sens réagissent différemment. Il faut les concevoir comme des extensions de nos sens. Ainsi, le livre est le prolongement de l’œil, le téléphone et les écrans divers sont celui du système nerveux. Les médias fournissent la substance de la pensée, mais ils façonnent aussi les processus de la pensée. Ils agissent sur nos cognitions.  Aujourd’hui, après le livre, la radio et la télévision, c’est l’internet qui règne en maître. M.Macluhan a élaboré deux concepts phares. Le premier est que ce n’est pas le contenu qui affecte la société mais le canal de transmission lui-même, et le deuxième est la notion de village global. Nous faisons tous partie d’un village mondial façonné par aujourd’hui par le net, et en cela, il a modifié nos rapports aux autres et à notre environnement.

Internet modifie indiscutablement nos circuits cérébraux constate par Nicholas Carr dans son essai Internet rend-il bête?

« l’écran inonde littéralement notre cerveau, et ce des heures durant. Nous sous-estimons le temps que nous passons sur internet, nous sous-estimons la gymnastique cérébrale que cela demande. Et pour ma part, je suis persuadé que je ne pense pas de la même façon qu’avant.

Le psychiatre Serge Tisseron rejoint sur ce point Nicholas Carr: « L’utilisation des médias sociaux serait responsable de la diminution de la pensée réflexive quotidienne ordinaire.»

Clay Shirky parle de « Social Media Fatigue ». Un concept à ne pas négliger si nous passons beaucoup de temps derrière l’écran, sur les réseaux sociaux notamment.

Plus que l’abondance d’informations qu’il faut dénoncer, c’est plutôt l’incapacité de notre cerveau à filtrer les informations. Il ne double pas de capacité tous les 18 mois comme les puces informatiques. Il n’y pas encore d’études sur la façon dans l’utilisation d’Internet affecte certains de nos cognitions, comment certaines aires de notre cerveau sont modifiées. Quelques études sur les jeux vidéo évoquent des changements dans les régions du cerveau responsables de l’attention et du contrôle, sur les impulsions, un impact sur le circuit de récompense et une perte de contrôle. Tout ceci en relation avec une addiction. Une étude sur le jeu vidéo internet montre qu’il y a incontestablement des effets multiples et complexes sur la cognition et le développement du cerveau chez l’adolescent, sans comorbidité psychiatrique.

Devant un écran, c’est l’œil qui est mis à contribution. Le temps de traitement d’une information visuelle a augmenté de 30% sur un écran. Et il ne faut pas sous-estimer la plasticité cérébrale, c’est à dire la capacité d’adaptation et de changement de notre cerveau.   Internet et les réseaux sociaux modifient notre façon de penser, de réagir et d’interagir avec l’autre, et ils affectent en tout cas notre concentration. Plus on est derrière un écran, plus on doit lutter pour rester concentré sur de longs morceaux d’écriture. Notre pensée deviendrait-elle morcelée? Fragmentaire si notre pensée est moins linéaire ?  

Sans être un parfait Geek, nos habitudes ont changé avec la banalisation de la Toile. Avant, les contenus informatifs ou culturels étaient identifiables. Internet est un hypermédia immédiatement accessible en quelques clics, et ses hyperliens renvoient un écho sans fin d’informations à notre cerveau, jusqu’à saturation. À coté du temps passé derrière les écrans, nous lisons moins de livres, nous n’envoyons plus de courrier par la poste, et avec son corollaire, nous n’en recevons plus. Nous consacrons une grande partie de notre lecture à des mails, SMS ou sur le net. Nicholas Carr insiste sur les effets délétères de cette obésité de l’information : « là où le livre et la lecture profonde nous enrichissaient, la fréquentation de l’hypermédia Internet nous affaiblit en « éparpillant notre concentration » sur des choses les plus souvent sans intérêt autre que, justement de nous distraire.»  

Nous consommons des mots dans un état de distraction du fait que notre cerveau est en mode multitâche, et se met en mode paresseux. Lorsque nous lisons un livre, nous nous mettons dans une situation passive, permettant à l’esprit de se concentrer sur les mots, au lieu de voir constamment comme on le fait sur le net, de zapper dès que l’on a lu trois lignes, tout ça pour chercher s’il y en a de nouveaux, et peut-être des meilleurs, pensons nous dans notre fond intérieur. Et les hyperliens sont des puits sans fond.  

Or, notre cerveau n’est pas multitâche, et c’est scientifiquement prouvé. Chacun  des hémisphères ne peut traiter qu’une seule tâche à la fois. Le cerveau n’est pas en mesure de réaliser plusieurs tâches en même temps. En fait, plusieurs zones vont s’activer en même temps, mais le cerveau ne traitera qu’une seule tâche à la fois. La zone préfrontale, située à l’avant du cerveau, assure une forme de coordination et de planification, un peu comme un commutateur permettant au cerveau de passer d’une tâche à l’autre en quelques 100 millisecondes (soit 0,1 seconde).On ne peut pas coordonner plus de deux activités à la fois. L’homme-orchestre n’existe pas!

Mais qu’entend-on par tâche?
C’est un comportement maîtrisé et intentionnel qui nécessite de la concentration. Au moment d’exécuter  la tâche, la personne  doit avoir l’objectif de son geste. On n’entend pas par-là des automatismes, comme par exemple écouter la musique en bruit de fond en lisant un livre. Les deux supports ne sollicitent pas les mêmes sens. L’écriture est considérée comme une tâche unique. Lorsqu’on rajoute une tâche à une autre, au delà de trois, on est plus enclins aux erreurs et on est moins réactifs.

Le cerveau va prendre l’habitude de compter sur les sollicitations perceptives, externes pour relancer sa vigilance. On parle d’addictions au  net et aux réseaux sociaux. Sans aller jusqu’à l’addiction, chacun de nous peut ressentir une impression une appétence, comme si le cerveau avait besoin d’avaler sa dose de web ou de visite sur les réseaux sociaux. On est boulimique d’informations sur le mode compulsif, surtout sur les réseaux sociaux.

C’est souvent masqué pas des motivations inconscientes d’aller à la recherche d’informations susceptibles d’accroître nos connaissances, ou de rompre l’ennui ou la peur de se retrouver face à face avec soi. Ou bien est-ce une nouvelle forme de consumérisme contemporain qui fait que l’on consomme du net comme tout le reste. C’est souvent vrai, mais au fond de nous, acceptons que nous perdons du temps parfois à des futilités, et ils nous empêchent d’aller vaquer à d’autres occupations en dehors du monde virtuel. 

Un mésusage du net encouragerait-il la proscrination? On peut s’interroger! C’est notre faculté d’attention qui en prend un coup. Michael S.Rosenwald qui a enquêté pour le Washington Post sur un phénomène qu’il a qualifié de « problème d’engagement », une certaine inquiétude grandit dans l’esprit de l’internaute dès lors que le message vient trop long. Les réseaux sociaux ont leurs particularités. En moins de 10 ans, les réseaux sociaux ont totalement modifié nos usages, nos interactions avec autrui. Ils font partie de notre inconscient collectif, et une partie de notre socialisation passe par eux. Nous y consacrons plusieurs heures par jour. Dar Meshi (Université de Berlin) a démontré que le noyau Accumbens est particulièrement activé chez les gros utilisateurs de Facebook. Cette zone agit comme un comparateur social, il est d’autant plus développé que nous nous connectons souvent sur ce réseau social. L’unité de mesure est le « LIKE », et qui constituent une forme monnaie d’échange affective sur Facebook, ou du moins de gratification sociale, et il vient s’intégrer dans ce que l’on nomme le circuit de récompense. Mais qu’y a-t-il de si plaisant à se comparer virtuellement à autrui. Peut-être par le fait que nous sommes des animaux sociaux, et que nous avons besoin des autres.  

La qualité de nos relations avec nos amis virtuels est-elle comparable à celle de nos amis dans la vraie vie? Dunbar avait déterminé que les êtres humains ne peuvent pas maintenir plus de 150 relations sociales. Cette limite s’applique-elle aussi à la vie virtuelle? Les capacités de socialisation ne sont donc pas décuplées sur Facebook. Il y a la fameuse concurrence des égos, en sachant que contrairement à une rencontre physique où l’on peut voir la gestuelle, les mimiques et entendre la voix de son interlocuteur, les projections sont nombreuses. Ce mécanisme de défense qui attribue à autrui des idées et des affects (désagréables ou méconnus) rend inévitable les biais de communication.

Feu, le philosophe Roger Scruton dans son livre De l’urgence d’être conservateur s’interroge sur la pertinence de nos cognitions et émotions derrière un écran: «…vivre derrière un écran est dénué de risque, et nous ne risquons rien de l’ordre du danger physique, de l’embrasement émotionnel ou de la responsabilité envers autrui lorsque nous cliquons pour entrer sur une nouvelle page…On peut débuter des relations et y mettre un terme via l’écran sans aucun embarras, en restant anonymes ou en agissant sous un pseudonyme, ou même en se cachant derrière une fausse identité. On peut décider de « tuer » son identité virtuelle à tout moment, sans rien souffrir en conséquence.» Pourquoi, dès lors, se donner la peine de pénétrer le monde des véritables rencontres, lorsque ce substitut aisé est disponible? Et lorsque le substitut devient une habitude, les vertus nécessaires aux véritables rencontres ne peuvent se développer.»

La Psychologie des foules de Gustave le Bon est applicable aux réseaux sociaux. Les Facebookiens peuvent être assimilés à une foule, et se comporter comme telle sur de nombreux points. Pour G.le Bon, «la foule est un être dénuée d’intelligence, et qui par conséquent n’élève pas les personnes la composant…Ça fait ressortir plein de mauvais côtés…il y a un côté conquérant dans le fait d’avoir des personnes en groupe. Ils vont avoir une espèce  de supériorité qu’ils vont se donner uniquement parce qu’ils sont plusieurs.» Cet aspect des foules souligné par Bon s’explique par le caractère viral des échanges sur le net, les forums, les réseaux sociaux et les plate formes comme You Tube (ou autres).  

Il y a une perte d’individualité au profit d’une collectivité. Cette perte d’individualité est renforcée par l’anonymat conforté avec les pseudonymes. On y observe la contagion des sentiments et des émotions, soit sur le versant positif (empathie, solidarité, gentillesse) ou soit négatif (haine, bashing et autres joyeusetés) qui touchent l’affect et l’émotionnel et peuvent bouleverser notre équilibre psychologique. On s’émeut lors de drames collectifs, et pour montrer son empathie, on crée des nouveaux rites collectifs en partageant des images symboliques correspondant à une célébration collective. C’est manifestement un nouveau mode de catharsis. Si Internet est une source de savoirs multiples, d’informations accessibles en quelques clics, il a aussi son lot de désinformation et de propagation des rumeurs. L’irrationnel, notamment le nihilisme rationnel peut induire en erreur nombre de ses utilisateurs.

Tout comme la foule, les membres d’un réseau social peuvent être extraordinairement influençables, crédules est totalement dépourvus de sens critique. La désinformation devint alors un de risque majeur. Les membres d’un réseau social peuvent être portés à tous les extrêmes, être influencés par des excitations exagérées, et sans argument logiques  que l’on peut observer sous forme de  manichéisme ou de clivage. 

« Un commencement d’antipathie devient aussitôt une haine féroce » (Le Bon). Cette foule virtuelle a aussi ses meneurs, et qui dans la vie réelle ne paieraient pas de mine.   Alors comment s’étonner que certaines études parlent de la dépression Facebook. Une étude révèle que plus les internautes utilisaient Facebook, plus ils étaient malheureux. Plusieurs raisons à cela. D’abord la comparaison sociale, citée plus haut, faite de compétition entre égos est source de déprime. Et également, le réseau social un impact sur le moral car il peut couper du monde réel.  Partager ses états d’âme via un statut, peut soulager si c’est occasionnel mais il peut aussi entretenir le cercle vicieux des symptômes d’un mal-être plus profond qui dépasse le simple spleen, et être un épisode dépressif majeur. Comme le souligne le psychologue sociale Ethan Kops, «en surface, Facebook semble offrir une ressource inestimable permettant de combler les demandes liens sociaux. Mais plutôt que d’améliorer la sensation de bien-être, nous avons trouvé  que l’utilisation de Facebook déclenche le résultat opposé, il l’affaiblit. »  

Les personnes sont exposées à de nouveaux risques comme la diffamation ou le cyber harcèlement. « Le caractère du cyber harcèlement se caractérise par la permanence des messages laissés sur la Toile et qui peuvent être très difficiles parce qu’ils ont été partagés des dizaines et des centaines de fois.», explique Grégory Michel, professeur de psychologie clinique et de psychopathologie. Une victime sur deux ne connaît pas son agresseur. Il est facile de créer un faux profil, et de se livrer au lynchage. Il est plus difficile à cerner que le harcèlement moral. Ce cyber harcèlement peut pousser des adolescents au suicide. Côté modifications cognitives suite à l’utilisation des réseaux sociaux, il n’y a pas d’études mais le psychiatre Serge Tisseron la compare à celle des jeux-vidéos. Alors si on se réfère à des études sur les jeux-vidéos, l’acuité et l’attention visuelles, la coordination visuelle-motrice et la mémoire à court terme augmenteraient.

Les aspects sombres de l’internet et des réseaux sociaux sont indéniables, et il faut se centrer sur les qualités offertes par ce nouvel environnement. Le net développe les pratiques d’attention concentrée et éphémère, et il nous faut simplement développer en parallèle la pensée linéaire complexe qui peut pallier à la dispersion de l’attention et favoriser la pensée paresseuse constatée par divers chercheurs.  Après tout, restons optimistes car notre conscience, et notre inconscient probablement sont adaptés au changement. C’est ce que souligne, le philosophe évolutionniste Daniel.C. Dennett: « La conscience humaine était faite pour le partage des idées –cela revient à dire que l’interface utilisateur humaine a été créée par l’évolution tant biologique que culturelle, et que son invention a répondu à une innovation comportementale à l’activité consistant à communiquer des croyances et des plans, et à comparer des notes. »

Pour en savoir plus:

http://www.huffingtonpost.fr/2012/06/27/harcelement-sur-internet-peut-on-lutter_n_1631367.html http://www.vanksen.fr/blog/tendance-4-social-media-fatigue/ http://archives.radio-canada.ca/arts_culture/medias/dossiers/323/ http://www.psychologies.com/Culture/Ma-vie-numerique/Articles-et-Dossiers/Internet-nous-rend-il-idiots/7 http://soocurious.com/fr/jouer-aux-jeux-video-change-votre-facon-de-rever/ http://lhumain.eklablog.com/citations-theorie-evolutionniste-de-la-liberte-de-daniel-c-dennett-p449499    

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AU SUJET DU LIVRE GAGATORIUM, QUATRE ANS DANS UN MOUROIR DORÉ

Si je sors vivante de mon gagatorium, me suis-je promis, je témoignerai pour tous les vieux qui n’ont pas la parole.

En déballant mes cartons de déménagement, j’ai retrouvé le livre « Gagatorium » quatre ans dans un mouroir doré écrit par Christine Ravenne en 2013. Il est toujours d’actualité car l’auteure décrit ce qui se peut se passer dans une « maison de retraite ». Avec verve, cette ancienne journaliste et conseillère en formation auprès d’entreprises, surnomme l’EPHAD où elle a séjourné « gagatorium ». Cette pétulante sénior de quatre vingt ans à l’époque avait décidé de prendre la plume pour dénoncer les conditions de vie dans certains EPHAD!

Quelques extraits de ses propos dont certains figurent sur le site Babelio:

« J’ai 80 ans et je ne supporte pas d’être enfermée, même dans un mouroir doré sur tranche. Si je sors vivante de mon gagatorium, me suis-je promis, je témoignerai pour tous les vieux qui n’ont pas la parole. Après quatre ans de cauchemar, j’ai enfin pu m’évader de la résidence privée et très bling-bling de Ker-Eden. Mais j’y ai laissé ma santé et mon modeste patrimoine. Aujourd’hui, j’accuse ! J’accuse la mafia de “l’or gris” de commettre bien des abus, en toute impunité, et d’exercer une maltraitance physique, morale et financière sur les vieux. J’accuse les pouvoirs publics, responsables du vide juridique abyssal qui permet tous ces abus. J’accuse les familles, trop souvent indifférentes, qui ferment les yeux. Malmenés, plumés, bâillonnés, ce sont vos parents qui vivent dans des gagatoriums. Demain, si vous n’y prenez garde, ce sera vous. »

Je vais entrer dans ma quatrième année au poulailler. Je suis à bout de souffle , mais toujours là . Dommage qu’il n’y ait pas de cocotier dans la jardin de Ker-Eden.

Mais pour un diabétique , l’alcool , ça ne pardonne pas, Il avait même renoncé à l’autogestion de son diabète , assisté matin et soir par les infirmières.

La loi de Ker-Eden n’est inscrite nulle part , mais elle est impérative . Les remises à Moïse ! < tu ne tueras point…..( la directrice ) Tu obéiras en tout temps et en tout lieu .Tu paieras tes servitudes sans jamais poser de questions ……
Et tu mangeras ton poids en gâteaux , car Dieu et la directrice t’aiment……..>

L’histoire se termine bien pour elle car elle a retrouvé sa liberté, et vit seule aujourd’hui. D’autres séniors n’ont pas cette chance, contraints au silence! En 2013, année de la parution du livre de Christie Ravenne, un scandale de maltraitance avait éclaté à l’hôpital de Gisors. Deux aides soignantes de l’EHPD auraient maltraité des patients âgés et très vulnérables. Cinq photos retrouvées sur place montrent les victimes dans des positions et  tenues dégradantes (dénudées, couches culottes). Tous des séniors gravement handicapés et placés sous tutelle.

L’année 2019 n’est pas épargnée! Une sénior de 98 ans  dépendante a été victime de maltraitance par le personnel de nuit. Les enfants, soupçonnant des actes graves avaient caché une caméra dans la chambre de leur mère. 

Parfois, le personnel soignant prend la plume pour dénoncer les conditions dégradantes de vie des personnes âgées et dépendantes. Comme Hella Khieref, aide-soignante dans son livre Le Scandale des EPHAD.

Des histoires sordides, il y en a plein d’autres! Et encore, et encore! En 2018, plus de 3500 signalements ont été recensés! 400 de plus que l’année précédente. Soit une hausse de 13%. Le plus souvent, il s’agit de maltraitance psychologique qui ont lieu au domicile de la personne. Le sujet reste tabou, et Gagatorium est hélas encore d’actualité!

Alors qu’est devenue son auteure? Christie Ravenne a gagné contre la maison de retraite qui avait porté plainte contre elle pour diffamation, estimant que des pages du livre nuisaient à la réputation de leur établissement. Aujourd’hui, elle est peut-être tombée dans l’oubli médiatique, mais on peut la remercier pour son livre, son esprit caustique, et surtout son regard positif sur la vie, et en lui souhaitant une vieillesse heureuse dans les meilleures conditions matérielles souhaitables.

Prendre soin de nos aînés doit être un véritable enjeu sociétal, en changeant radicalement notre regard sur la vieillesse. Car comme l’a écrit Carl.Gustav Jung dans L’Homme à la découverte de son âme », Il est assez stérile d’étiqueter les gens et de les presser dans des catégories. » L’âge est l’une de ces catégories qu’il faut faire voler en éclats. Et de terminer ce post avec Christie Ravenne: Non, la vie n’est pas une maladie. « L’existence humaine, c’est l’art difficile de vivre une vie de mortel… sans en faire une maladie ! »

Sources:

http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2013/06/10/01016-20130610ARTFIG00375-gisors-suspicion-de-maltraitance-sur-des-personnes-agees.phphttp://www.social-sante.gouv.fr/actualite-presse,42/breves,2325/les-ehpad-sont-ils-des-lieux,15622.html

 

 
 
 
 

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QUI SONT LES CHAMANS?

Le chaman évolue dans un monde parallèle, une quatrième dimension. Une sorte d’univers à la Lewis Carrol dans Alice au Pays des Merveilles.

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The Meeting. ©Marti Fenton .
Le chamanisme, la plus vieille forme de religion observée depuis l’aube des temps, revient en force en Occident dans les milieux des Nouveaux Mouvements Religieux et de l’ésotérisme populaire. Ce savoir ancestral pratiqué par les Peuples Premiers attire potentiellement des personnes en « recherche spirituelle » déçues par la spiritualité occidentale. Parler du chamanisme n’est pas facile si on veut saisir l’esprit culturel des Peuples Premiers différent de la pensée occidentale.
 
Les peuples chamaniques respectent les puissances naturelles, et pour eux, les animaux, les pierres, les arbres et les plantes sont des entités vivantes porteuses dune âme. Une forme d’intelligence de la nature.
 
Comme l’a écrit le célèbre anthropologue Claude Lévi-Strauss:
« Le monde animal et le monde végétal ne sont pas utilisés seulement parce qu’ils sont là, mais parce qu’ils proposent à l’homme une méthode de pensée.» 
C’est le principe même de l’animisme où la sorcellerie et la magie sont omniprésentes. L’univers du chaman est a-causal et le chamanisme est fondé sur la certitude qu’il existe un espace surnaturel auquel il peut accéder grâce à la magie opérative. Le chaman évolue dans un monde parallèle, une quatrième dimension. Une sorte d’univers à la Lewis Carrol dans Alice au Pays des Merveilles. La pensée du chaman se situe hors de la logique cartésienne et elle se compose d’un réseau sensible tissé de symboles, de mythes et de signes tapis dans la mémoire et les coins et recoins de l’inconscient individuel et collectif. La mythologie et le légendaire sont le quotidien des chamans; une catégorie d’hommes, plus rarement de femmes, qui vivent les mythes dans leur psyché.
 
Au XVIII siècle, les premiers observateurs de ces cultures ancestrales ont taxé ces personnes-qui-croient-aux-esprits et aux-mondes-parallèles de fous et d’épileptiques. Le génie de ces cultures a été de convertir la folie en vocation sociale. Les chamans suivent une initiation qui leur permettent d’acquérir ce statut social reconnu par  leur communauté. Les premiers observateurs les ont éreintés de commentaires désobligeants. Le Russe Krivosapkin les décrits en 1861 comme des malades mentaux. Son compatriote Borogaz parle de sélection naturelle des individus les plus nerveusement instables. Un certain Ake Ohlmarks, en 1939, parle « d’hystérie arctique » causée par le froid polaire, la solitude désertique et le manque de vitamines.
 
L’image du chaman sera par la suite réhabilitée, voire encensée. Alfred Metraux constate que chez les Indiens du Brésil, de Guyane et des Antilles, le chaman se recrute parmi les personnes prédisposées au mysticisme, voire instables; le statut de chaman permet de les définir socialement. Les actes du chaman sont guidés par un rapport particulier avec le sacré, le numineux décrit par Carl.Gustav Jung, la religiosité. Les chamans affirmaient aux premiers observateurs avoir, au cours de leur initiation, eu leur « Soi originel » remplacé par un « Soi spirituel »qui leur confère des Pouvoirs: le secret des pierres, des animaux, la capacité de parler avec les morts, de pratiquer le voyage astral et autres talents. Ce qui différencie le chamanisme de la parapsychologie, c’est la dimension environnemental et culturelle qui interagit sur l’action du chaman et son groupe partageant les mêmes croyances sur l’organisation du Monde, et les rapports entre le monde végétal et animal évoqué plus haut. 
Au sujet de ces relations « fusionnelles » entre les animaux et l’homme, Claude Levi-Strauss a raconté ce mythe : « Jadis les chèvres étaient des êtres de même nature que les Indiens; elles prenaient l’apparence animale ou humaine à volonté. Les Indiens le savaient; raison pour laquelle ils continuent d’observer des rites spéciaux quand ils tuent une chèvre, ou bien un ours noir ou  un grizzly qui ont aussi cette double nature.»
 
Le chaman entre en contact avec les esprits et les divinités par un ensemble de rituels qui lui permettent  de soigner ou d’obtenir les  faveurs des dieux ou des morts. Sa fonction est de négocier, de commercer avec les esprits bénéfiques ou maléfiques dans les mondes célestes et infernaux. À cette fin, le chaman doit se couper momentanément du réel et entrer en transe.
 
Cet État Modifié de Conscience Chamanique selon M.Harner est décrite dans toutes les cultures chamaniques sous divers noms: vol chamanique, vol magique, voyage en esprit, voyage chamanique. Durant la transe, le chaman a des visions, des images oniriques et prégnantes qui lui permettent de voir ce qui se passe dans ces mondes parallèles. Le double (ou l’âme) du chaman quitte le corps pour entreprendre des ascensions célestes mais il visite également les régions infernales pour ramener l’esprit du malade capté par les forces maléfiques.  
 
 L’entrée en transe se fait par l’entremise d’une mise en scène théâtrale où la musique y est omniprésente. Les rituels se composent de chants, de psalmodies, de danses au tempo répétitif (lent ou accéléré) avec (presque toujours) un tambour, l’instrument emblématique. Afin d’intensifier la transe, certaines sociétés tribales consomment socialement des drogues dans un contexte rituel et sacré à des fins visionnaires ou exorcistes. Pour les peuplades sibériennes, c’est l’anamite tue-mouches, au Mexique le peyolt, et le nonda et le panade en Nouvelle Guinée. Dans le cadre des cultes Bwiti, l’iboga, un bois sacré, est utilisé au Gabon. La liane des morts, l’ayahuasca, est le breuvage sacré d’Amazonie. Quoi qu’il en soit, la prise de la drogue est cultuelle et remplit une fonction bien particulière. Comme les Indiens Guajiro (Venezuela) qui considèrent la drogue comme une substance qui leur permet d’aller de l’autre côté du miroir, et qui est un vecteur capable de les transporter dans cet univers a-causal.
 
Carlos Castaneda a popularisé cet univers dans ses livres à grand succès. On sait aujourd’hui que son best-seller « L’herbe du diable et la petite fumée » présenté comme une enquête ethnologique est une construction littéraire. Mais il a fait rêver toute une génération de la contre-culture, et pour cela on ne lui en veut pas car il fait encore voyager l’imaginaire de ses lecteurs. Dans ses livres Carlos Castaneda y raconte son initiation avec Juan Mati, un sorcier yaqui dont il fut pendant six années l’apprenti. Durant cette période initiatique, il expérimenta divers états de conscience et prit les hallucinogènes de la tradition mexicaine. C’est sacrément bien documenté pour une création littéraire! Charlatan ou pas, Carlos Castaneda inaugure le néo-chamanisme des années 70 en pleine période de la contre-culture américaine.
Des anthropologues dont notamment Michael Harner, avec son étude des Jivaros et une approche comparative de diverses traditions chamaniques, va contribuer à cet engouement des pratiques chamaniques en Occident à la suite de la parution de son livre : The Way of the Shaman (titre français : Chamane) en 1980. Il qualifie son approche de « core-shamanism », c’est-à-dire « chamanisme fondamental »; c’est une approche regroupant des techniques transcendant les contextes culturels spécifiques. La bien-pensance a reproché à Michael Harner d’inciter à la prise d’hallucinogènes façon new âge et contre-culture; force est de constater que ses travaux anthropologiques font partie de la littérature anthropologique de référence, et qu’ils sont de bonne facture.

 

Aujourd’hui, le chamanisme est victime de son succès et est détourné à d’autres fins. Après avoir lu des livres ou assisté à des conférences, certaines personnes sont tellement enthousiastes qu’elles veulent suivre cette voie et tombent sous la coupe de pseudo-chamans, de bons Occidentaux comme vous et moi. Ces charlatans proposent des stages de chamanisme qui  ne sont que de pâles imitations de rites chamaniques, et qui sont surtout un méli-mélo de syncrétisme new-agiste. Le chamanisme devient alors une pratique douteuse de psychothérapie. Folklorique ou effet placebo. S’il n’y pas de mise sous emprise chimique et mentale, ce n’est pas grave, mais ces pratiques sont dangereuses lorsqu’elles sont conjuguées à la drogue. 

Les traditions les plus dévoyées sont celles qui utilisent des drogues dans leurs rituels, aux fins de mettre sous emprise chimique. La plus en vogue est celle de l’Amazonie avec son hallucinogène puissant l’ayahuasca, le Vin des Morts. Ce breuvage est la médecine traditionnelle des chamans d’Amazonie, les Ayahuasqueros, pour soigner les populations locales. La prise de l’ayahuasca se limite au cercle restreint de l’Amazonie. Mais l’ayahuasca est l’objet d’un tourisme hallucinogène inquiétant qui en a laissé plus d’un sur le carreau, esquintant la psyché et qui peut s’avérer parfois mortel. Pourquoi?

Les effets pharmacologiques de l’ayahuasca sont analogues à ceux du L.S.D, la molécule chimique de référence découverte accidentellement par le suisse Albert Hoffman. Mais chut! Silence radio de la part des pseudo-chamans qui se gardent bien de le dire à leurs adeptes à qui ils font prendre cette drogue. Ils leur présentent comme une médecine alternative censée guérir toutes les maladies physiques et mentales. D’autres drogues sacrées font aussi l’objet d’un racket comme l’iboga, le L.S.D africain, de la tradition des Bwitis qui talonne l’ayahusca.

Sources: 
Chamanes au fil du temps, Francis Huxley Jeremy Narby, Albin Michel
 Claude Levi-Strauss, Le Cru et le Cuit, Plon, 1964Hallucinogènes et Chamanisme, Michaël Harner,  Terra Magna, 1992
Les Jivaros,: les cascades sacrées, Michael Harner, Poche

Vidéo de danse traditionnelle amérindienne

 
 

 
 

 

 









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LE CHIEN, UN MÉDICAMENT COMME LES AUTRES?

Depuis 2010, la cynothérapie fait partie de l’arsenal thérapeutique de l’hôpital psychiatrique Pinel d’Amiens qui compte près de 300 malades.

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Après avoir publié les posts « Oscar, un chat hors du commun » et « Ronron thérapie, une thérapie au poil » , sous la houlette de mon chat Cachemire, il est temps de parler du chien, de ses qualités extraordinaires en Thérapie Assistée par l’animal (TAA) ou encore connue sous le nom de zoothérapie . L’aide inestimable du chien comme médiateur thérapeutique est l’objet de la cynothérapie, une branche de la zoothérapie. La cynothérapie est le soin des troubles psychiatriques, avec pour médiateur un chien dit « thérapeutique ».

Boris Levinson, psyschologue à l’université de Yeshiva aux USA, devint l’instigateur de la Pet Therapy dans les années 60 et le principal pionnier de la TFA (thérapie facilitée par l’animal). Il démontra, en 1950, le rôle thérapeutique de l’animal durant ses séances de thérapie chez certains patients. Une interaction s’établit par hasard, au cours d’une consultation ,  entre le chien du psychologue et un jeune autiste qui jouèrent ensemble. Cette interaction privilégiée permit à l’enfant de verbaliser pour la première fois. L’enfant demanda à revoir le docteur Jingles (le chien) en disant de lui qu’il « était un drôle de médecin ». Dans les années 70, deux psychiatres américains, Samuel et Elisabeth Corson, mirent en présence des chiens et des adolescents perturbés ne réagissant pas aux neuroleptiques et aux électrochocs (c’était le protocole thérapeutique de l’époque); les résultats  s’avérèrent prometteurs.

La première association internationale de chiens de thérapie (en anglais, therapy dogs) aurait vu le jour avec Elaine Smith, une nourrice agréée qui travaillait avec son chien, un Golden retriever. En 1976, elle crée un programme de visites d’hôpitaux avec des chiens dressés dans cet objectif.

Aujourd’hui, Ange Condorcet, vétérinaire, étudie dans les écoles, les hôpitaux psychiatriques et les cabinets vétérinaires la relation particulière entre l’enfant et son animal familier; elle confirme que le chien facilite la communication.

Depuis 2010, la cynothérapie fait partie de l’arsenal thérapeutique de l’hôpital psychiatrique Pinel d’Amiens qui compte près de 300 malades. Prescrit par une cinquantaine de médecins, près de 259 patients âgés de 6 à 98 ans, souffrant de troubles psychiatriques divers ont été pris en charge par la cynothérapie. En complément de traitements traditionnels, cela va sans dire, mais cela permet de diminuer leur intensité. Les patients promènent un golden Retriever et les deux King Charles, Zoé et Evie.

La présence des chiens dans le service facile la libération de la parole dans les groupes thérapeutiques, et voir un animal sur les genoux d’un thérapeute permet d’atténuer le cadre formel et impersonnel d’un hôpital psychiatrique.  Selon le Dr Guillaumont, cette thérapie « permet aussi de diminuer chez certains patients les traitements psychotropes administrés jusqu’alors. L’effet d’apaisement apporté par l’animal rend les patients plus calmes et de ce fait-là, il n’y a pas besoin d’être dans une escalade thérapeutique». Quand on connait les effets secondaires des psychotropes, c’est un résultat encourageant. 

Les diverses études montrent qu’une minorité de patients restent indifférents à la présence d’un chien (ou d’autres animaux d’ailleurs).
En 2006, une étude pilote publiée dans la revue JRDD sur des personnes aphasiques a démontre que le chien avait rendu plus agréable et moins stressant le protocole de rééducation, en soulignant qu’entre un protocole classique et la cynothérapie, les résultats étaient équivalents. Si le chien améliore l’humeur et réduit le stress, c’est déjà merveilleux! Le chien comme d’ailleurs d’autres animaux sont des vecteurs pour ouvrir le patient vers l’extérieur, et réduisent son stress.

L’apport de l’animal en psychiatrie militaire a été utilisé en Irak par l’armée américaine en décembre 2007. Six chiens ont été envoyés pour aider les soldats à faire face au stress aigue, TDA et dépression chronique. C’était un défi d’envoyer une équipe de cynothérapie là bas.

De plus en plus de chiens font leur apparition dans des EPHAD pour réconforter les séniors. L’un des choix de l’EPHAD François Grèze à Lapalisse (Allier). En collaboration avec le club canin de Saint-Prix (Allier) « Les oreilles au vent », où tous les trimestres, un show avec des chiens que les résidents peuvent brosser et câliner à volonté quelques heures.Une étude datant de 1989 (Kongabke; Buckwalter et Stolley) a permis d’évaluer la présence d’un chien sur le comportement social de 12 résidents. « Cette étude a conclu que « les activités sociales augmentent en présence de l’animal avec beaucoup d’échanges verbaux entre résidents. C’est le professionnel qui oriente les interactions, propose des sujets de discussion et favorise les rapprochements »

Sur les patients atteints de la maladie d’Alzheimer, on constate avec la présence d’un chien, une amélioration de certains troubles (mémoire, amélioration du langage, de la motricité et de la fonction éxécutive). Et ke chien s’avère dans un service de soins palliatifs un facteur d’apaisement pour les personnes en fin de vie et le personnel et le personnel soignant.

Même si cela mérite des études plus approfondies, soulignons l’apport du chien en thérapie pour les enfants présentant des troubles du spectre autistique (TSA). ils se caractérisent par des déficits de réciprocité sociale et de communication, ainsi que par des comportements répétitifs. Les stratégies d’intervention basées sur l’exploitation des aspects émotionnels des relations homme- chien peuvent permettre de surmonter la difficulté des sujets atteints de TSA d’établir des relations et d’interagir efficacement avec les autres, en ciblant les principaux symptômes de ce trouble.

L’apport du chien en TAA présente plus d’avantages que d’inconvénients, même si cela relève le plus souvent de l’empirisme. Il faut aussi évoquer certaines de leurs olfactives pour détecter l’odeur corporelle de certaines maladies comme le diabète, une pathologie rénale et d’autres. Le chien est aussi capable de détecter certaines maladies neurologiques. C’est ce que Marc Gozlan, journaliste médico-scientifique et médecin de formation décrit dans son article « Les crises d’épilepsie que des chiens entrainés peuvent reconnaitre ». S’appuyant sur une étude française publiée en mars de cette année dans la revue Scientific Reports, Marc Gozlan nous apprend que selon le protocole défini, « les chiens ont su distinguer l’odeur prélevée lors d’une crise d’épilepsie bien mieux que ne l’aurait prédit le hasard… Ainsi, dans 67 % à 100 % des cas, les chiens ont donné la bonne réponse…Les performances de cette détection olfactive canine pour l’épilepsie sont donc élevées. Pour trois chiens, le taux de succès était de 100 % dans tous les essais». La signature olfactive d’une crise d’épilepsie existerait bel et bien, et l’entrainement de ces chiens pourrait ainsi protéger les patients épileptiques en les prévenant d’une crise.

La TAA par le chien s’avère donc une aide précieuse qui agit manifestement sur la composante psychologique d’un trouble mental ou d’un déficit cognitif. En guise de conclusion, pour sortir des sentiers battus, et pour tous ceux qui aiment les chiens, un extrait de Doglands de Tim Willocks. Un livre qui raconte l’épopée de Furgui, un croisement de lévrier de course et de chien-loup, par lui-même.

« Ses muscles se lancèrent dans un double galop. Ses coussinets martelaient la roche. Son sang de lévrier lui donnait vitesse et puissance. Son sang de chien-loup, endurance et courage. Au lieu de se sentir plus faible, il se sentait plus fort. Et alors il comprit quelque chose d’extraordinaire. Même si le tunnel était noir comme une nuit sans étoiles, et alors même qu’il courait à toute vitesse, il ne se heurtait pas aux parois qui n’étaient qu’à quelques centimètres de lui. Furgul ne savait pas pourquoi. Il ne faisait que courir. Puis un vent étrange souffla, venu du tunnel derrière lui. Et – comme si un fantôme avait chuchoté à son âme – Furgul entendit l’appel des Doglands.»

VIDÉO SUR LES CHIENS DE L’HÔPITAL D’AMIENS

Sources:

http://zootherapie.asso.fr/publics/personnes-agees/

AU SUJET DU RÔLE DES ANIMAUX EN THÉRAPIE.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Cynoth%C3%A9rapie

https://www.sciencesetavenir.fr/sante/cerveau-et-psy/cynotherapie-a-l-hopital-des-chiens-soignent-des-malades-sur-prescription_114622

https://theconversation.com/sante-mentale-quand-les-animaux-soignent-80819

https://www.lepoint.fr/sante/les-animaux-medicaments-06-09-2017-2155015_40.php

https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/28693538

https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/22388681

https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/18286877

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BIBLIOTHÉRAPIE POUR TOUS DANS LA DÉPRESSION!

La bibliothérapie est réservée aux cas non urgents, et est conçue comme la première phase d’un traitement. En aucun cas, elle ne doit se substituer aux traitements classiques de la dépression.

 
 
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Le National Health Service (NHS) britannique impose de longs délais d’attente pour consulter un médecin. Dans le cas de la dépression, on sait que mal prise en charge, elle peut gâcher la vie d’une personne pendant 10 ans à cause de ses complications, démontrées par les articles scientifiques recensés sur Pubmed. De ce fait,  la bibliothérapie outre Manche a été prescrite à des milliers de patients souffrant de dépression. 

 
La bibliothérapie est reconnue, outre Manche, depuis 2013. L’origine de ce terme remontrerait à la première guerre mondiale pour prendre en charge les soldats souffrant de stress post-traumatique (selon la terminologie actuelle). Elle est attribué au pasteur Samuel Crothers qui l’a utilisé dans un article de l’Atlantic Monthlay en 1916. La pionnière de cette discipline est l’infirmière et bibliothécaire Sadie Peterson Delanay. Elle traitait ses patients avec des lectures soigneusement sélectionnées avec l’équipe médicale, et voyait ainsi leur état s’améliorer.
 

La bibliothérapie a pris son essor à partir des années 2000 avec le livre  « Remèdes littéraires » d’Ella Berthoud  et Susan Elderkin. Si le principe est sympathique, certaines de leurs préconisations ne sont pas très académiques et ne vont pas dans le sens de la reconnaissance de la bibliothérapie comme une pratique médicale. Ce n’est pas très sérieux, ainsi que l’a relevé la journaliste Françoise Dargent dans un article du Figaro. Lire Robinson Crusoe serait censé aider en cas de pessimisme intense, et l’Insoutenable légèreté de l’être, de Milan Kundera combatte la dépression. Vraiment?  À mon sens, c’est un dévoiement de la bibliothérapie que je qualifie d’inspiration new age et tendance bien-être. 

 
Comment la bibliothérapie marche-t-elle dans la dépression? D’abord, elle est réservée aux cas non urgents et est conçue comme la première phase d’un traitement. La bibliothérapie, en aucun cas, ne  doit se substituer aux traitements classiques de la dépression (ou autres troubles). Elle serait plus efficace en complément d’un traitement classique. Un livre de développement personnel est prescrit à l’instar d’une pilule aux patients déprimés. 
 
Mais qu’on ne s’y trompe pas, la bibliothérapie a fait ses preuves par essais cliniques comme n’importe quel traitement. L’abstract d’un article publié dans La Revue de Psychologie clinique montre que « la bibliothérapie semble être efficace dans la réduction à long terme des symptômes dépressifs chez l’adulte, fournissant un traitement rapide et abordable susceptible de réduire d’autres médicaments. Les résultats de la présente analyse suggèrent que la bibliothérapie pourrait jouer un rôle important dans le traitement d’un problème de santé mentale grave. Des études complémentaires devraient être menées pour renforcer la preuve de l’efficacité de la bibliothérapie
 
Pour être validés comme potentiellement thérapeutiques, les livres sont soumis à des essais comparatifs. Les symptômes dépressifs des patients avant et après la lecture du livre testé sont comparés à ceux des patients « sans bibliothérapie ». Les ouvrages qui ont reçu le label scientifique figurent en bonne place dans les bibliothèques locales du Royaume Uni. L’un de ces livres thérapeutiques ayant satisfait aux exigences des essais est celui  du psychiatre David Burns « Se Libérer de l’anxiété » sans médicaments, la thérapie cognitive: un auto-traitement révolutionnaire de la dépression ».
 
La Bibliothérapie ne s’adresse pas qu’aux adultes, elle s’adresse désormais aussi aux enfants dans une cinquantaine d’états étasuniens. C’est ce que propose le programme Reach out of Read, créé par le Dr Barry Zuckerman et le Dr Robert Neddlman. Dans le Wisconsin, la directrice de Reach Out Of Read, Nasvara, bibliothécaire et pédiatre préconise la lecture plusieurs minutes juste avant l’endormissement des enfants. Ses ordonnances sont en fait des listes de lectures. Le Dr Perri Klass, du Bellevue Hospital Center, a observé l’attitude des enfants envers les livres suivant leur âge. Jusqu’à six mois, l’enfant porte le livre à sa bouche comme s’il le goûtait. Vers 12 mois, l’enfant pointe du doigt dans le livre des éléments qui l’intéressent, et à partir de 18 mois, il tourne les pages. À partir de deux ans, il est capable de rester assis et d’écouter les histoires qu’on lui raconte.
 
Ce programme américain de bibliothérapie est appliqué par 12000 pédiatres américains, et vise à élargir la pratique médicale et la relation au patient; et celle de la relation parent/enfant indirectement. Le but est de résoudre le déficit de parole des jeunes enfants, permettant l’enrichissement du vocabulaire dans ces années cruciales d’apprentissage. La bibliothérapie ne dénonce pas les supports numériques, elle les fait coexister avec le livre imprimé. Pour avoir fait ses preuves, le livre papier reste le pivot de la lecture. Au-delà de l’intérêt des histoires et des récits, le livre imprimé développe l’individualité, l’empathie et l’altérité; tout ce qui forge une personnalité équilibrée. La bibliothérapie, prescrite en pédiatrie, permet une nouvelle pratique médicale qui n’est pas basée uniquement sur la pharmacopée. C’est une approche créative de la relation médecin/patient.

Barry Zuckerman précise: «… de tout ce que nous savons sur le développement du cerveau, les enfants nous apportent une compréhension dans l’apprentissage des compétences qui mènent à la lecture, depuis la naissance. Et c’est primordial, surtout depuis les trois premières années de leur vie. Le programme est une occasion unique pour les pédiatres, car ces derniers voient les enfants régulièrement, et que les parents apprécient leurs suggestions.»

Les bienfaits de certains genres de littérature sur l’enfant sont amplement connus. De nombreux penseurs et psychanalystes  comme Freud, Louise Von Franz, Mélanie Klein, Otto Rank  et d’autres se sont penchés sur l’impact des contes de fées sur la psyché de l’enfant.

Dans « Psychanalyse des conte de fées », Bruno Bettelheim a décrypté les contes de fées comme un rite de passage entre le monde de l’enfant et celui des parents. Ce que les enfants ressentent vis-à-vis d’un récit est très important dans leur développement émotionnel. Le conte donne du sens à leur vie, et il est formulé dans un langage symbolique accessible à leur imaginaire. La simplicité des situations et des personnages sur un mode manichéen (bons et méchants, géants, ogres) est un excellent exutoire aux pensées et sentiments réprimés dans la vie réelle. Bruno Bettelheim analyse les contes de fées suivant la rhétorique psychanalytique. Ainsi, le conte des « Trois petits cochons » mettent en scène l’opposition entre le principe de plaisir et le principe de réalité. Celui de « Blanche Neige » se rattache aux conflits oedipiens, et « La  Gardienne d’oie » à celui de l’inceste.

Pour Bruno Bettelheim « raconter un conte de fées, exprimer toutes les images qu’il contient, c’est un peu semer des graines dans l’esprit de l’enfant. Certaines commenceront tout de suite à faire leur travail dans le conscient de l’enfant; d’autres stimuleront des processus dans l’inconscient. D’autres vont rester longtemps en sommeil jusqu’à ce que l’esprit de l’enfant ait atteint un stade favorable à leur germination, et d’autres ne prendront jamais racine. »

S’il est pertinent de citer les pionniers de la bibliothérapie, il est bon de revenir à la méthodologie scientifique. La dépression et l’anxiété sont les troubles mentaux les plus courants chez l’enfant et l’adolescent. La bibliothérapie est un traitement utilisant des matériels écrits pour des problèmes de santé mentale. Ses principaux avantages sont la facilité d’utilisation, le faible coût, les besoins en personnel et une plus grande confidentialité. Pourtant, peu de méta-analyses ont porté sur l’effet de la bibliothérapie sur la dépression et les troubles anxieux chez les enfants et les adolescents, ce qui signifie d’emblée que c’est une méthode complémentaire. Selon les conclusions de la revue Neuropsychiatric Disease and Treatment, la bibliothérapie pourrait être plus bénéfique dans le traitement de la dépression chez les adolescents, mais présente des effets moins robustes pour l’anxiété chez les enfants. Des études cliniques complémentaires bien définies doivent être réalisées pour confirmer ces résultats.

Une partie de notre cerveau est consacré à la lecture. « La lecture fait appel à une région bien précise au sein de la mosaïque de régions spécialisées du cortex temporal ventral» (Stanislas Dehaenne). C’est ainsi que Stanislas Dehaene a découvert avec le neurologue Laurent Cohen, que la lecture développe une aire de la forme visuelle des mots, cachée dans la région du cortex occipito-temporal de l’hémisphère gauche. 

Si la bibliothérapie doit encore faire ses preuves, elle a l’énorme avantage de jouer le rôle de rééducation cognitive à l’instar de la remédiation cognitive. Dans une dépression, il ya de nombreux troubles cognitifs dont celui de l’attention, d’une focalisation sur les émotions négatives et d’une baisse de l’humeur. La bibliothérapie permet de détourner l’attention du dépressif, et de lui redonner le gout de l’effort cognitif, et de stimuler son imagination. Mais la bibliothérapie reste encore en France une pratique médicale peu courante et marginale.

VIDÉO SUR LES NEURONES DE LA LECTURE PAR STANISLAS DEHAENNE

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CES CHARLATANS QUI LISENT LES AURAS.

Grand mythomane devant l’éternité, Lobsang Rampa prétendit que son livre « Vivre avec le lama » avait été dicté par télépathie par Mme Fifi Greywisken, son animal de compagnie…une chatte siamoise!

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Le peintre Fra Angelico (1400-1455), selon les principes picturaux de la Renaissance,  a représenté dans ses oeuvres le visage humain entouré  d’une auréole, un halo de lumière symbolisant la lumière mystique des saints. Elle signifie aux croyants que ces saints, par leur vie exemplaire ou leurs prodiges, sont différents du commun des mortels. Cette auréole est  aussi connue plus prosaïquement sous le terme d’aura, marquant l’atmosphère spirituelle d’une personne. Maintenant quittons le domaine de l’art pictural de la Renaissance pour celui de la parapsychologie et de ses aberrations.
 
Ce champ magnétique, ces corps subtils que sont les auras, enveloppant tous les êtres vivants et les choses, sont abondamment décrits dans la parapsychologie, les sciences occultes les thérapeutes du New Age. La parapsychologie et la psycho- spiritualité new age ont fait de l’aura leur fond de commerce. Le principe premier de l’aura est son invisibilité pour le profane, le quidam que nous sommes vous et moi. Mais. Certains clairvoyants autoproclamés qui font la course à la belle âme auraient le talent de la voir. 
 
L’une des premières descriptions des auras remonterait à 1897 et reviendrait à Charles Wester Leadbeater, un prêtre anglican,  membre de la société de théosophie et autoproclamé clairvoyant. C.W Leadbeater décrit les auras comme une brume lumineuse autour de l’homme, que l’on peut classer en fonction de sa couleur suivant le degré de spiritualité d’une personne. 
 
Si vous voulez tout savoir sur votre aura, il vous faudra consulter l’un de ces élus qui savent la lire. Attention, le monde psycho-spirituel est semé d’embûches, et si vous pensez éventuellement être doté d’une aura semblable à celle des saints, vous risquez d’être déçu(e). Contentez vous de regarder l’image de votre saint pieusement car le thérapeute autoproclamé clairvoyant est conditionné à traquer les moindres défauts de la couleur de votre aura. Sa couleur dépend de votre degré d’évolution psycho-spirituelle et de la qualité de votre âme. Chez certains, l’aura peut-être vaste, puissante, lumineuse, possédant des vibrations intenses et des couleurs splendides, tandis que chez d’autres, c’est tout le contraire : elle est petite, terne et laide. Si c’est le cas de la vôtre, ne paniquez pas, vous pouvez la travailler afin qu’elle vous protège des mauvaises influences et vous permettent de bénéficier des influences bénéfiques du cosmos. Certains charlatans, oups…guérisseurs vont vous faire la  promesse de vous remettre sur pied en soignant votre aura, et lui redonner bonne mine.
 
Sur le net, il y a pléthore de sites new age. La plupart restent généraux et gentillets sur la relation entre la couleur des auras et l’évolution psycho spirituelle de la personne, il en est d’autres plus flippants sur les traits de caractère négatifs ou des maladies physiques et psychologiques dévoilés par des couleurs déclarées nocives. De quoi déstabiliser une personne fragile qui fait confiance à un thérapeute new age convaincue par les fadaises qu’il raconte.
 
La lecture des auras est une facétie qui a ses racines dans la pensée irrationnelle ou magique à l’instar de l’enfant qui croit au Père Noël. On est libre des ses croyances et de ses choix pour se faire soigner, mais le risque de tomber sous la coupe de charlatans peut vider votre portefeuille, conforter l’inculture scientifique et vous déstabiliser psychologiquement.
 

Voici quelques correspondances des couleurs des auras empruntées à des auteurs, à succès, de la galaxie new age: 

Le Bleu pâle et fade signifie une timidité excessive, une personnalité non épanouie et influençable. Si par malheur, ce bleu est mêlé à un jaune ocre, méfiance Et mêlée à du gris, pessimisme. Mêlée à  un jaune électrique, tendance à intellectualiser. Le summum du bleu restant le bleu foncé qui dénote un caractère volontaire, pugnace et l’envie de progresser.
Quand l’aura est orange vif, la personne est tournée vers le bien et fait preuve de bonne volonté de loyauté. Mais… si elle est mêlée de jaune pâle, sa générosité est calculée. Et si l’orange est mêlé de vert sombre, la personne est rancunière, agressive et  sans finesse.
L’aura rose est signe d’un esprit immature et d’un esprit ludique. Mêlée de jaune zones acidulé, la personne est égocentrique.
Bref, toutes les couleurs du spectre y passent et c’est sans fin. On peut noircir des pages et des pages avec toutes les correspondances entre les couleurs de l’aura et la personnalité des gens.
 
Outre la clairvoyance, la lecture de l’aura se dote d’un appareil attrape-nigauds et aussi pseudo scientifique que l’électromètre de la scientologie: la photographie de Kirlian, du nom de son découvreur. Sa supposée découverte se propagea dans la parapsychologie et les sciences occultes. Tout commença avant la première guerre mondiale. En 1939, Semion Kirlian, un électricien russe qui réparait un appareil médical, voit crépiter des étincelles entre sa main et une électrode entourée de verre. L’image révélée est surprenante car sa main apparaît entourée d’une frange lumineuse. S. Kirlian  poursuit ses recherches et pense que son procédé peut être utilisé pour diagnostiquer des maladies et étudier les propriétés électriques ou physiologiques d’organismes vivants. Rappelons que nous étions en 1939, et que la science médicale n’en était qu’à tous ses débuts. En plein essor du mouvement New Age et de la contre culture dans les années 70, les travaux de S.Kirlian  vont être  diffusés par deux journalistes américains .
 
Avec l’effet Kirlian, de belles photographies en couleur montrent les variations de forme et d’aspect de l’aura à l’extrémité des doigts d’un sujet durant  diverses phases de méditation ou sous l’effet de la douleur. L’Association Francaise pour l’Information Scientifique (l’AFIS) décrit dans l’article « L’effet Kirlian » les dérives sectaires de la découverte de l’électricien russe. « Les photographies de Kirlian ne servent pas, seulement, écrit-on à diagnostiquer, divers troubles, dont le cancer, avec une fiabilité supérieure à celle des méthodes médicales classiques; elles permettent aussi d’observer le transfert de l’énergie vitale du guérisseur à celui du patient. »

Les parapsychologues assimilent l’effet Kirlian au corps astral ou éthérique des occultistes. Par la suite, les marchands du temple de l’industrie vont exploiter le filon en fabriquant des détecteurs de Kirlian vendus à des charlatans qui tirent le portrait (si on peut dire) de l’aura des gogos  pour connaître leur couleur et leur Quotient spirituel (QS) pour la somme de quarante Euros. Les salons de médecine douce ou de parapsychologie regorgent de ce type d’appareils.

Outre S.Kirlian, durant les années 1910 et 1920, pleine période de la théosophie, Walter J. Kilner, au début des années 90, inventa également des lunettes basées sur l’idée des écrans de dicyanine contenant de l’aniline pour lire les auras. La dicyanine est un colorant vert olive utilisé comme sensibilisateur pour la photographie en couleur. L’aniline étant un précurseur de l’indigo.

 
En 1956, le livre le Troisième Oeil de Lobsang Rampa (se présentant comme un moine tibétain) obtint un immense succès planétaire, et diffusa dans l’ésotérisme populaire la notion d’aura. Lobsang Rampa affirme dans ses écrits qu’il possède le don de voir les auras, et qu’il peut  ainsi évaluer le matérialisme, la spiritualité et le degré d’honnêteté des gens. Lobsang Rampa prétendit qu’il était né avec ce pouvoir de lire les auras. À l’âge de sept ans, il avait été envoyé dans une lamaserie tibétaine, et une opération chirurgicale consistant à percer un petit orifice dans le front de Rampa ouvrit son troisième oeil et amplifia son pouvoir de voir les auras. Auteur prolixe, Lobsang Rampa prétendit travailler à la conception d’une «machine aurique» afin que les médecins non clairvoyants puissent photographier l’aura, et par ce moyen diagnostiquer des maladies. Les Tibétologues et anthropologues de l’époque se montrèrent sceptiques sur  la réalité des écrits et des voyages au Tibet de Lobsang Rampa. Et ils avaient raison. L’auteur était en fait un certain Cyril Henry Hoskin, né le 8 avril 1910 à Plython (Devon), d’un père plombier; il était en réalité vendeur de matériel pharmaceutique au chômage. Hoskin n’avait jamais mis les pieds au Tibet, et ne parlait pas un mot de tibétain. En 1948, il se fait officiellement changer son nom en Karl Kuon Suo avant d’adopter celui de Lobsang Rampa. Retrouvé par la presse britannique en Irlande, le charlatan ne se démonta pas. Il ne nia pas son nom de Cyril Hoskin mais prétendit que son corps était occupé par l’esprit de Lobsang Rampa grâce à la technique de la transmigration, un moine tibétain qui avait besoin de transmettre un enseignement aux Occidentaux en prenant possession du corps de Hoskin.

Grand mythomane devant l’éternité, Hoskin/Rampa prétendit que son livresiamois-2-094551 « Vivre avec le lama » avait été dicté par télépathie par Mme Fifi Greywisken, son animal de compagnie…une chatte siamoise! 

Il a certainement été inspiré par les livres de la grande voyageuse Alexandra David Neel et par les enseignements de la théosophie. Les livres de Lobsang Rampa firent rêver des lecteurs du monde entier, et sensibilisèrent des tas de gens à la spiritualité tibétaine sur la base de mensonges et de croyances irrationnelles. Même après sa mort, son enseignement continue de rassembler un grand nombre d’adeptes qui pensent trouver un sens caché psycho-spirituel dans ce canular littéraire. 

La contre-culture hippie contribuera à propager, dans les années 70, le concept d’aura. En 1972, le psychologue américain Stanley Krippner a organisé à New York le premier congrès sur l’aura. Ce psychologue, est un pionnier dans l’étude de la conscience, et il conduit des investigations dans le domaine des rêves, de l’hypnose, du chamanisme et de la dissociation. Toutes ses recherches sont faites dans une perspective multiculturelle avec un accent sur les phénomènes réputés anormaux. Il s’agit d’une démarche peu académique mais intéressante. Dans ce type de recherche, on peut aussi bien côtoyer des sceptiques intéressés par ce genre de phénomènes que des charlatans.
 
La vision de l’aura obtint un regain d’intérêt, dans les années 90, avec la parution du livre Les enfants indigo: Enfants du troisième millénaire du couple Lee Carroll et Jan Tober (qui se présentent comme des intermédiaires entre les humains  et les extraterrestres), suivi du film Indigo par James Twyman, Neale Donald Walsch et Stephen Simon. Les enfants indigo se caractériseraient par une aura indigo et seraient des enfants surdoués, mais dont l’intelligence et la maturité seraient supérieures car il viennent d’une autre galaxie. Ces enfants peuvent faire preuve d’étonnantes capacités comme celles de se guérir du virus HIV. Ces enfants sont forcément mal adaptés à la vie terrestre, et ils ont besoin d’une prise en charge adaptée à leurs étonnantes facultés surhumaines. Lee Carroll a développé le réseau Kryeon avec la technique EMF Balancing, technique d’harmonisation des champs magnétiques. Des praticiens énergéticiens, certifiés EMF prétendent soigner les enfants indigo , incarnations d’esprits supérieurs ou d’âmes anciennes.

Ors, les expressions employées pour les  enfants-indigo sont les mêmes que pour les enfants ayant un QI supérieur à 130. Les enfants précoces sont hypersensibles, et en cas de doute, il vaut mieux consulter l’AFEP (Association française pour les enfants précoces) plutôt qu’un thérapeute EMF.

 
L’aura est-elle cantonnée au domaine de la parapsychologue et des pseudo-sciences uniquement, alors?
 
Le terme d’aura existe pourtant en médecine, à mille lieues du sens donné par la parapsychologie. Les migraines peuvent parfois s’accompagner des phénomènes sensoriels regroupés sous le nom d’aura.

Dans le cas des migraines, les auras les plus fréquentes sont ophtalmologiques: le champ visuel se remplit de phosphènes, de mouches semblant traverser le champ visuel (myodésopsies), de lignes brisées lumineuses (scotomes scintillants) pouvant former des compositions complexes. Les migraineux peuvent également avoir des auras visuelles, des auras sensorielles, et d’autres formes plus rares.

La synesthésie est également une autre explication de la vision des auras. La synesthésie est un trouble neurologique (non pathologique) par lequel deux ou plusieurs sens sont associés alors qu’ils sont habituellement isolés.

Les cas sont rares et ne concernent pas les charlatans. En 2004, Jamie Ward rapporte une étude de cas dans la très sérieuse revue Cognitive Psychologie: une synesthète voyait des couleurs pour les noms des gens qu’elle connaissait personnellement. Elle disait qu’elle voyait des couleurs qui occupaient tout son champ de vision quand sa synesthésie était provoquée par des mots. Elle percevait visuellement distinctement les noms et les visages des gens qu’elle connaissait avec des halos colorés au des auras projetées autour de la personne ou du nom. Elle ne croyait pas qu’elle possédait des pouvoirs mystiques à l’instar de Lobsang Rampa et ne s’adonnait pas à l’occultisme.  Il existe d’autres cas bien documentés dans des revues de neurologie de bonne facture dans lesquelles des synesthètes ont rapporté projeter des couleurs sur des gens (Weiss 2001 et Al, Ramachadran & Hubbard, 2001).

 
Des déformations perceptuelles induites par les  charlatans,  conditionnées des exercices pour apprendre à lire les auras (entre autres), des illusions et des hallucinations peuvent favoriser les croyances dans l’existence de l’aura. Certains scientifiques affirment que la propension à voir des auras, pourrait  avoir du moins en partie, un fondement à la fois neurochimique et génétique. Il y aurait une relation entre les facteurs psychologiques, comme la propension à la fantaisie, la suggestibilité et d’autres associés à des niveaux de dopamine dans le cerveau  qui favoriseraient la vision des auras.
 
La science a bien prouvé l’existence de champs thermiques, électromagnétiques et électrostatiques, mais  elle n’a pas prouvé l’existence des auras décrites dans les sciences occultes, la parapsychologie et le New Age. Gardons l’esprit sceptique comme le philosophe Friedrich Nietzsche:
« La croyance forte ne prouve que sa force, non la vérité de ce qu’on croit »
 
Sources:
 
 

 

nt k

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ET SI NOUS PARLIONS DES ÉPIDÉMIES PSYCHOLOGIQUES?

À partir des années 1990, les États-Unis vont devenir le foyer privilégié de maladies psychogènes et de ces mutations de l’hystérie, amplifiées par les médias modernes et les peurs millénaristes de la fin du XX siècle.

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©Hulya Özdemir

De nombreux débats sur la planète virtuelle -les réseaux sociaux, les forums et les médias mainstream- obéissent à des lois qui favorisent les épidémies psychologiques qu’on peut aussi nommer hystérie collective. Ces épidémies psychologiques organisent le fonctionnement de la psyché sur un mode manichéen où tout est soit blanc ou bien tout noir, et ainsi favorise un comportement grégaire. La demie-mesure avec des arguments nuancés disparaît au profit de généralités ou de sophismes.
Les épidémies mentales, la contagion mentale ou les folies collectives (on peut les appeler comme on veut) ont toujours existé. Le médecin et psychologue Georges Dumas avait déjà décrypté, en son temps, le phénomène de la contagion mentale et des épidémies psychologiques à travers les émotions. Écrit en 1911, sa définition est toujours actuelle même si le vocable est différent, changeant ainsi la forme sans changer celui du fond qui correspond aux mêmes mécanismes. Ainsi, sous l’angle des sciences humaines -psychologie, sociologie voire de la psychiatrie-Georges Dumas définit  la contagion mentale comme un mécanisme par lequel les états moteurs, affectifs, représentatifs se propagent d’un individu à un autre et ils ne diffèrent d’opinion que lorsqu’il s’agit de caractériser avec précision ce mécanisme.

Et pourquoi ne pas inclure dans ces épidémies psychologiques et leur contagion mentale  la psychologie des foules avec leur unité mentale spécifique? L’ouvrage de Gustave Lebon, « La Psychologie des foules » (datant de 1895) reste encore la meilleure grille d’analyse. Les caractères spéciaux  de la foule sont qu’elle est toujours dominée par l’inconscient, l’occultation de la personnalité individuelle, la disparition de la vie cérébrale au profit de l’émotionnel et l’abaissement de l’intelligence. La foule ainsi constituée, la contagion va s’effectuer par la suggestibilité.

Après avoir cité ces deux auteurs incontournables, où en sommes nous aujourd’hui? Il y a aujourd’hui l’apport de Freud dans ces folies collectives. Des auteurs contemporains ont formulé l’hypothèse que certains troubles psychiatriques ou psychosomatiques seraient des formes contemporaines de l’hystérie de conversion décrite par Charcot et Freud à la fin du XIX siècle. Ils fonctionnent sur le mode opératoire d’une épidémie virale. Ces épidémies psychologiques sont liées aux mouvements sociaux et leur impact collectif est favorisé par les médias, le net et les réseaux sociaux.

En 1977, le ton fut donné par la féministe et critique littéraire américaine Elaine Showalter qui élabore finement cette notion d’épidémie psychologique avec le néologisme « d’hystoire ». Il peut faire sursauter les puristes mais il est pertinent à bien d’égards. « Hystoire » comme on s’en doute est la contraction du mot histoire et de celui d’hystérie. Le livre où elle développe cette thèse est  « Hystories: Epidemics Hysterical and Modern medias » ( livre non traduit en français), et il figure en bonne place dans un article du journal The Lancet, une revue de bonne facture, publié le 30 mai 1998. Cette grille contentd’analyse est pertinente sur de nombreux points, mais vivement critiquée par les associations de patients et de médecins pour ce néologisme et cette explication audacieuse sur certaines de ces épidémies psychologiques. En fait, Elaine Showalter est une féministe de la première heure, celle où l’on parle d’émancipation féminine et non d’un rejet de tout ce qui est masculin et d’un patriarcat forcené où l’homme a oppressé la femme pendant des millénaires. La critique littéraire Elaine Showalter attribue la propagation de ces nouvelles épidémies psychologiques à  la troisième vague des féministes, celle que l’on appelle le féminisme victimaire. Le néo-féminisme.

Comment se manifestent ces nouvelles formes d’hystéries individuelles qui se propagent comme des épidémies infectieuses? Elaine Showalter étaye son concept « d’hystoire » à l’aide d’anecdotes:

-Dans le Midwest, une infirmière, atteinte du syndrome de fatigue chronique, se suicide avec l’aide du Dr Jack Kevorkian, encore appelé Dr Death, pionnier de l’euthanasie  qui aidait à mourir les cas médicaux les plus graves.

-Dans le Yorkshire, un jeune vétéran atteint du syndrome de la guerre du Golf voit sa carrière et son mariage détruits.

-Et le cas de Ramona, cadre dans une grande entreprise licencié de son entreprise car il est accusé d’inceste par sa fille Holly, victime de faux souvenirs après une thérapie sous Amythal (sérum de vérité). Le tribunal accordera à M. Ramona des dommages et intérêts en réparation du préjudice subi. Cette histoire est évoquée dans mon post L’affaire Ramona, une sombre histoire de sérum de vérité.

-Dans le Massachusetts, un professeur de Harvard, lauréat du prix Pulitzer, prétend que les Petits Gris (des aliens) en visitant les États-Unis enlèvent et se livrent à des expérimentations sexuelles sur des milliers d’Américains.

-Dans l’Oklahoma, un militaire traduit en cour martiale, Timothy McVeigh raconte à ses avocats que le gouvernement , lui a implanté une puce dans le corps durant  la guerre du Golfe pour le contrôler.
-Dans le Montana, des adeptes de la théorie du complot prétendent que le gouvernement fédéral, armé de bombes et d’hélicoptères noirs, modifient chimiquement le sang des citoyens des États-Unis pour créer un nouvel ordre mondial.

Pour elle, ces cas disparates illustrent ces hystéries individuelles qui produisent des épidémies psychologiques. En prônant cette thèse du grand retour de l’hystérie, Elaine Showalter prend le contre-pied des spécialistes qui parlaient de sa disparition.

Certains médecins ont affirmé que la médecine moderne identifiait l’hystérie comme une maladie organique méconnue, ont eu raison d’elle. Des historiens et des sociologues l’ont reléguée comme un trouble  de l’ère victorienne, et qui grâce à l’émancipation féminine a diminué. Les psychiatres des années 70 expliquèrent que les hystéries de conversion n’étaient en somme que des expressions de l’anxiété, et que le développement de la psychanalyse avait éradiqué ces formes extrêmes. Selon l’analyste britannique Harold Merskey, les hystéries de conversion ne se produisent plus que dans les zones non psychanalytiques (Afrique du Sud, Corée du Sud, Sri Lanka ou Nigeria). Rappelons que nous sommes en 1978, et l’ethnopsychiatrie n’était pas encore très développée pour expliquer des manifestations culturelles perçues comme des troubles de la psyché pour des Occidentaux mais tolérées dans d’autres sociétés.

Elaine Sholwater ne fait que reprendre les théories freudiennes psychanalytiques, fort peu appréciées outre Atlantique, et même si l’auteure de ce post n’est pas branchée psychanalyse, il fat admettre une certaine pertinence dans le concept qui explique des troubles de la psyché qui se retrouvent répertoriées dans le DSM au fur et à mesure de ses révisions.  L’hystérie n’a pas disparu mais a simplement emprunté d’autres formes que celle du temps de Freud. À partir des années 1990, les États-Unis vont devenir le foyer privilégié de maladies psychogènes, et de ces mutations de l’hystérie, amplifiées par les médias modernes et les peurs millénaristes de la fin du XX siècle. Les hystériques modernes trouvent toujours des sources externes à leurs problèmes psychiques: un virus, une atteinte à la pudeur qui se traduit par un abus, une guerre chimique, un complot satanique ou encore l’infiltration étrangère. Un siècle après Freud, de nombreuses personnes refusent toujours des explications psychologiques à leurs symptômes. La cause serait extérieure et non névrotique.

Les psychothérapies new-age, le fondamentalisme religieux, la paranoïa politique forment, entre autres, le creuset de ces nouvelles hystéries virulentes et contagieuses en ce siècle. On pourrait y inclure la sensibilité électromagnétique. La panique atteint des proportions épidémiques, et  l’hystérie se manifestant par la suprématie de la pensée magique cherche des boucs émissaires et des ennemis sous les traits de médecins antipathiques, de pères incestueux, de commerce avec  le diable, d’extraterrestres et de complots gouvernementaux. Les hystoires sont plus contagieuses que par le passé avec la technologie high-tech qui diffuse à flots continus toutes sortes d’informations (des vraies et des fakenews). Les bouleversements écologiques, l’urbanisation intense, les voyages low-cost, ajoutés à l’interaction humaine favorisent ces mutations de l’hystérie. Elles se répandent par des histoires qui circulent et s’auto-entretiennent avec les livres de développement personnel, des articles de journaux, des talk-shows télévisés, des séries cultes, des films, l’Internet et même la critique littéraire avide de populisme. Ces hystéries se multiplient rapidement et de façon incontrôlée à travers les médias populaires, les e –mail et les réseaux sociaux.

Selon le point de vue d’Elaine Showalter, l’hystérie n’est qu’un symptôme culturel de l’anxiété et du stress. Les conflits qui produisent les symptômes hystériques sont authentiques et universels. Les  hystériques ne sont pas des tricheur(se)s, et les thérapeutes qui diagnostiquent les hystoires  sont (la plupart du temps) sincères dans leur diagnostic.Et il y a dans tous les cas une réelle souffrance psychologique à prendre en charge. Les épidémies psychologiques sont construites sur la souffrance des patients, les soins pseudo-scientifiques de la psyché, les membres du clergé, les parents dévoués, la police, le féminisme victimaire et le communautarisme.

Si Elaine Showalter dénonce les techniques de thérapies à base de drogues ou pseudo-scientifiques, supposées faire remémorer des souvenirs oubliés depuis des lustres, les livres de développement personnel, elle croit au rôle essentiel du professionnel  de la psychothérapie et de la psychopharmacologie pour aider les gens dans la vie quotidienne à lutter contre ces épidémies d’hystéries.
Est-il possible de les arrêter ces épidémies psychologiques? Difficile à l’ère du virtuel mais on peut déjà les endiguer avec de la persévérance pour contrer  cette contagion mentale entretenue par la presse, les rumeurs, les peurs collectives te les théories du complot. Accepter l’interdépendance entre l’esprit et le corps, et reconnaître les syndromes hystériques comme une psychopathologie universelle de la vie quotidienne avant de démanteler les mythologies stigmatisant. Il faut défendre certaines idées de Freud compatibles avec les avancées de la science, et rétablir la confiance dans la psychothérapie avec des professionnels aguerris et avec une bonne formation scientifique de base.
Il faut dénoncer la nocivité des talk-shows TV et des livres de développement personnel qui sont parole d’évangile pour le grand public, et notamment les femmes qui n’ont souvent pas accès à d’autres sources d’information. Autrement dit, éduquer à l’esprit critique.

Le livre  développant la notion d’hystoire a provoqué la colère de certains professionnels de la santé et des patients qui souffrent des troubles évoqués par Elaine Showalter. La controverse a essentiellement porté sur le SFC (syndrome de fatigue physique).  On a reproché à Elaine de ne pas être médecin et de ne pas être assez scientifique. Mais elle n’a peut-être pas tout à fait tort! Le SFC est encore un mystère pour la science! La cause de cette fatigue extrême n’est pas connue. Ainsi que le fait remarquer le Pr de Korwin«Cela est très déroutant car, malgré de très nombreux travaux réalisés, sa physiopathologie n’est toujours pas élucidée» . Les médecins n’ont pas de solution et la prise en charge repose sur un soutien  psychologique.

Concernant le syndrome de la guerre du Golfe, les scientifiques soulignent le fait qu’il n’est pas forcément lié au stress psychologique du combat, mais peut-être aussi à l’exposition à certains agents chimiques sur le théâtre des opérations, et qui  pourrait être corrélé à l’augmentation des cancers du cerveau. D’autres troubles évoqués par Elaine Showalter comme celui du syndrome des faux souvenirs s’est propagé en France par le biais de pseudo-thérapies. Grâce aux avancées neuroscientifiques sur le fonctionnement de la mémoire, il est plus facile aujourd’hui, de dénoncer le côté pseudo-scientifique de ces techniques douteuses qui ont fait le lit des faux souvenirs. Si son néologisme d’hystoire est controversé, l’analyse d’Elaine Showalter sur les nouvelles formes des épidémies psychologiques reste pertinente sur de nombreux points.

Sources:

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LES PERSONNALITÉS MULTIPLES FONT LEUR CINÉMA

Les trois visages d’Eve évoque le sulfureux trouble mental de la Personnalités Multiple qui va défrayer la chronique et favoriser des pratiques douteuses de psychothérapie.

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En 1957, le film les Trois visages d’Eve remporte plusieurs oscars, et l’héroïne du film Eve est interprétée par Jane Woodward. Ce film évoque par anticipation le sulfureux trouble mental de la Personnalité Multiple répertorié qui sera répertorié dans le DSM III en 1980. Le DSM I et II de 1952 et 1968 n’en faisaient pas mention.

Le synopsis du film les Trois visages d’Eve s’inspire de la véritable histoire de Chris Costner-Sizemore, une femme souffrant du trouble de la Personnalité multiples. Son cas est relaté dans le livre Les Trois Visages d’Eve écrit par son psychiatre H.Thigpen qui vendit ses droits à Hollywood. Alors revenons à ce film inspiré d’une histoire vraie. Mère et épouse attentive, Eve, femme est une timide et effacée, et elle souffre de maux de tête et de trous de mémoire gênants. Elle est totalement amnésique de ses faits et gestes pendant plusieurs heures voire plusieurs jours. Elle consulte un psychiatre renommé, le Dr Luther, qui pratique l’hypnose. Lors d’une séance, le Dr Luther découvre en elle une autre personnalité, avec laquelle il dialogue. C’est Eve l’obscure qui ne songe qu’à s’amuser. Elle sait tout des faits et gestes d’Eve la discrète alors que cette dernière ignore tout de ce  peut faire son double obscur. Le Dr Luther veut comprendre les deux facettes de sa patiente et il  les prend en thérapie alternativement toutes les deux.

Excédé par les multiples facettes de la personnalité d’Eve, son  mari la quitte en leur laissant leur fille Bonnie. Le Dr Luther fait interner Eve à la suite d’une tentative de meurtre par son double obscur sur sa fille Bonnie. Le médecin est convaincu que la double personnalité de sa patiente n’est pas son véritable Soi et que son trouble remonte à l’enfance après un trauma dont elle serait amnésique. Elle doit absolument s’en souvenir pour guérir. Sous hypnose, elle se souvient qu’on l’avait obligée à embrasser dans son cercueil sa grand-mère morte lorsqu’elle avait six ans. Le chagrin aidant ajouté à la terreur d’être confrontée physiquement à la mort, avait amené Eve à se fractionner en deux personnalités distinctes.

Ô surprise, lors des séances d’hypnose, va émerger Jane, une nouvelle personnalité nettement plus posée et équilibrée. Jane ne comprend rien à la situation mais peu à peu elle arrive  à réunifier sa mémoire en se souvenant des faits et gestes des deux visages d’Eve incluant cette nouvelle facette d’elle. Le Dr Luther continue de dialoguer avec les trois visages de sa patiente et il s’aperçoit, au cours d’une séance, qu’Eve la discrète et Eve la rebelle ont cessé d’exister. Les trois personnalités sont enfin unifiées en Jane. Guérie, Jane va se remarier avec Earl, un homme qu’elle a rencontré lorsqu’elle était Jane et retrouve sa fille Bonnie.

Les trois visages d’Eve évoque le sulfureux trouble mental de la Personnalités Multiple qui va défrayer la chronique et favoriser des pratiques douteuses de psychothérapie. Mais quelles sont les différences entre l’héroïne du film Eve et Chris Costner-Sizemore?

Chris avait développé des personnalités multiples après avoir été témoin de deux accidents en l’espace de trois mois, lorsqu’elle était enfant. D’abord sa mère gravement blessé et un homme scié dans une entreprise de bois. Selon les psychiatres qui l’ont suivie, Chris n’aurait pas seulement eu trois identités mais une bonne vingtaine. Ses personnalités se présentaient par groupe de trois lorsque la personnalité consciente de Chris s’effaçait. Le livre les Trois visages d’Eve a été écrit son psychiatre H.Thigpen, avec peu de contribution de Chris., et n’a concerné que deux de ses personnalités.

Par la suite, Chris a écrit deux livres non traduits en Français  respectivement I’m Eve et Mind of My Own, The Woman Who Was Known As Eve Tells the Story  of Her Triumph Over Multiple Personality Disorder qui fourmillent de détails que n’ont pas donné ses md15783318666psychiatres. Pour elle, elle ne s’est pas sentie dissociée par ses personnalités contrairement à ce qu’ils pensaient mais a toujours affirmé que ces personnalités existaient à l’intérieur d’elle. Après avoir eu ses personnalités réunifiées avec ses différents psychiatres, elle a affirmé qu’à chaque étape de sa vie a correspondu un alter ego. Selon elle, c’était Eve White qui s’était marié avec son premier mari et qui était la mère de la fille née de leur union, et pas celle qui avait réunifié sa personnalité. À la sortie du livre Les Trois Visages d’Eve et ensuite le livre, Chris Costner-Sizemore a très mal vécu cet engouement médiatique autour de son cas, et elle a réussi après une procédure judiciaire à faire annuler le contrat qu’avait passé le psychiatre Thigpen avec la 20th Century Fox.

À partir des années des années 70,  le trouble de la personnalité multiple va devenir une maladie mentale populaire, et pour de nombreux thérapeutes un créneau de thérapie par hypnose ou sérum de vérité (Amytal). Il se caractérise par la présence de deux personnalités (voire plus) nommées les alter ego qui tour à tour prennent le contrôle de la personne appelée hôte. Les alter ego se conduisent à l’opposé de la personnalité et ils émergent curieusement toujours sous hypnose ou sous sérum de vérité (Amytal). C’est à dire lorsque la personne est en état modifié de conscience. L’identité des alter ego était parfois surprenante: changement de sexe, tortues Ninja, vies antérieures, cochons, tigres, singes, etc. Ce syndrome s’était tellement banalisé que lors des procès d’assises, les avocats et les jurés débattaient de savoir si l’accusé n’avait pas tué sous l’emprise d’un alter. Ce qui permettait de le déclarer irresponsable pénalement et de l’interner.

L’origine du trouble de la Personnalités Multiple va être au fil du temps imputée à un trauma subi dans l’enfance, et corrélé à l’abus sexuel (inceste, pédophilie). Il sera  intégré au modèle post-traumatique de l’abus sexuel chez l’enfant, générant des mauvaises pratiques thérapeutiques et des procès pour abus sexuels entraînant en cascade des erreurs judiciaires.

La popularité des multiples personnalités véhiculée par les livres, le cinéma et les médias va faire exploser le nombre de cas chez les femmes.  Les chiffres qui suivent sont extraits du livre Science and Pseudo Science in Clinical Pyschology: avant 1960, on en recensait deux cas par décennie. 14 cas de 1944 à 1965, en 1986, 6000 et en 1998 40000 jusqu’à ce que la communauté scientifique remplace l’appellation du trouble de la Personnalité Multiples par celle du Trouble Dissociatif de l’Identité. Freud était plus que sceptique sur l’existence des personnalités multiples, et il pensait que c’était induit par les suggestions du thérapeute, et n’oublions pas qu’il avait été formé à l’école de Charcot où l’on soignait l’hystérie.

Le psychologue Nicholas Spanos, en 1994, décrypte le Trouble de la Personnalité Multiples comme étant le produit de constructions sociales établies par le corpus médical, légitimées et entretenues par l’interaction sociale entre les patients conditionnés à faire surgir des alter ego, le grand public et les médias. Cet élément socio-culturel est de la même nature que les rites de possession ou la sorcellerie au Moyen-Age. N. Spanos dénonce cette usine à gaz à fabriquer des faux souvenirs, des entités à gogo et la thèse des souvenirs refoulés sous le concept pseudo-scientifique de l’amnésie dissociative (battue en brèche aujourd’hui par les dernières découvertes des neurosciences).

La sociologue et critique féministe américaine Elaine Showwalter place les personnalités multiples dans le groupe des syndromes ayant un fondement hystérique à l’instar du syndrome de la guerre du golf, des rites sataniques et du syndrome des faux souvenirs. Elle a créé, à cet effet, le néologisme d’hystoire qui est la contraction du mot histoire et de celui  d’hystérie. Ces mini-épidémies sont une forme contemporaine de l’hystérie de conversion décrite par Charcot et Freud à la fin du XIX siècle.

Chris Costner-Sizemore est l’une des patientes les plus célèbres diagnostiquées du Trouble dissociatif de l’identité, et son cas figure parmi  les dix les plus fascinants de l’histoire de la psychologie dont ceux de Phineas Gage et le garçon sauvage de l’Aveyron.

 Notes: Après bien des controverses et des dérives de la psychothérapie, le Trouble de la Personnalité Multiple va être remplacé par celui du Trouble Dissociatif de l’Identité (TDI) dans le DSM IV. L’une des particularités du DID est l’amnésie dissociative qui se décrit par des trous de mémoire portant sur des tranches de vie allant de quelques heures à plusieurs jours.Cette amnésie concerne uniquement les faits et gestes des alter ego. Elle est définie comme asymétrique parce que l’hôte n’a pas conscience des faits et gestes de ses alter ego et pas le contraire.  Il y a toute une controverse scientifique sur ce sujet qui égare le grand public sur les conséquences d’un trauma psychologique qui altère la mémoire.

Le film les Trois Visages d’Eve

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ÉCOPSYCHOLOGIE? VRAIMENT?

L’un des dangers est que cette discipline soit confondue avec l’éco-santé validée par l’OMS.

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L’écologie, également connue sous les noms de bioécologie, bionomie ou science de l’environnement ou environnementale, est la science qui étudie les êtres vivants dans leur milieu et les interactions entre eux. L’écologie évoque  la science du climat mais aussi s’intéresse à la santé mentale! Et bien oui, les souffrances de la psyché peuvent  aussi se mettre au vert avec l’écopsychologie. Soigner la terre, guérir l’esprit, serait l’un de ses fondements!

Le synonyme d’écopsychologie serait (selon certains sites web) la psychologie environnementale, une discipline à part entière qui  est « l’étude des interrelations entre l’individu et son environnement physique et social, dans ses dimensions spatiales et temporelles ». L’excellent livre de Gabriel Moser,, Psychologie Environnementale qui est représentatif du sérieux de la discipline de psychologie environnementale sans connotation idéologique. Cet «ouvrage vise à la compréhension des rapports entre l’individu, la société et l’environnement, d’une part, et la mise à disposition de savoir-faire et d’outils d’intervention au niveau de l’habitat, du lieu de travail, de la ville, de l’environnement global dans le cadre du développement durable, d’autre part. » Même si l’approche ne répond pas aux critères de « l’Evidence Based Science », la psychologie environnementale peut s’avérer une source de réflexion pertinente.

Mais gardons le terme d’écopsychologie, qui à mon sens est sujet à des interprétations et à des dérives. L’écopyschologie est manifestement une discipline inédite  qui s’est développé outre Atlantique depuis les années 1990. Elle a séduit des psychologues de la région de San Francisco où une formation est dispensée à l’université de Santa Barbara! Durant cette décennie, La presse française a encensé pendant plusieurs semaines cette nouvelle discipline du développement durable à la rubrique Santé ou Bien-Être. On est en droit de se demander si l’écopsychologie est un nouvel OPNI (Objet Psychique Non Identifié en relation avec la santé),  l’écopsychologie ne figure pas dans Medline/Pubmed qui référence les études scientifiques. Face à cette lacune des cautions scientifiques, le scepticisme s’impose.

L’écopsychologie n’est pas une nouvelle discipline. C’est Theodor Roszak, sociologue et auteur de science-fiction, qui popularisa en 1995 le terme d’écopsychologie. Il se serait inspiré des travaux de Gregory Bateson, l’instigateur du courant systémique et l’un des piliers de l’école de Palo Alto. Gregory Bateson avait évoqué, en son temps, l’écologie de l’esprit où « les progrès en sciences proviennent toujours d’une combinaison de pensées décousues et de pensées rigoureuses. » Cette alliance permettant de faire progresser la science en fonction des besoins des sociétés. 
En écologie, le pragmatisme est nécessaire. Depuis les années soixante, on assiste à une crise de la science au profit de l’inflation du pseudo-scientisme. L’écologie en découd souvent (sauf exception) avec l’esprit scientifique en général, et c’est souvent l’auberge espagnole. Lorsque l’écologie parle de santé publique, la prudence est de rigueur pour ne pas jeter les gens entre les mains de charlatans sous le prétexte que la terre perd la boule, et que par effet domino, les terriens aussi.

Théodor Roszak est perçu comme un visionnaire critique de la science, mais ce n’est pas l’avis de tous. Pour le philosophe australien John Passmore, sa notoriété aurait provoqué une méconnaissance de la nature de la science, en la diabolisant car le sociologue n’a parlé que de ses dégâts, de la déshumanisation qui a créé un monde aseptisé. Afin de sauver l’humanité des désastres de la science, Théodor Roszack pense qu’il est urgent de réinstaurer l’imaginaire et la créativité. En 1969, le sociologue avait vulgarisé le néologisme de contreculture, et sa vision du monde est holistique. Terme dévoyé par le New Age avec le mythe de Gaia qui draine beaucoup d’émules de l’écologie fâchés avec la science.

L’écopsychologie étudie l’action de l’environnement sur la psychologie, et l’effet de la nature sur l’équilibre des êtres humains. C’est un sophisme de dire qu’il y a des interactions entre la santé et l’environnement. La dégradation des écosystèmes, la mutation des biotopes, et les pollutions diverses ont ou auront si on n’y prend garde une action néfaste sur la santé de milliard d’individus.
Ainsi, les pesticides seraient incriminés dans de nombreuses maladies et on les soupçonne avec diverses pollutions d’être à l’origine de nombreuses maladies et de cancers. Du côté de la santé mentale, on étudie l’influence de l’environnement architectural sur l’équilibre psychologique. Des projets architecturaux sont élaborés pour favoriser les performances, renouer avec la convivialité. On construit des résidences adaptées aux personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer.

Des études anglo-saxonnes montrent les bienfaits de promenades dans des espaces verts pour les enfants hyperactifs et les personnes souffrant de dépression, permettant ainsi d’alléger la prescription de psychotropes. Ces interactions entre la santé mentale et l’environnement correspondent à l’esprit écologique mis en exergue par Gregory Bateson, sans être légitimées en tant qu’actes relevant de l’écopsychologie. Un peu de bon sens!

La lecture de sites autoproclamés, de cette nouvelle chapelle du développement durable a de quoi laisser rêveur. On apprend ainsi qu’on peut-être éco-anxieux (l’éco-anxiété étant liée aux comportements des autres), et que pour se soigner, on peut consulter un écothérapeute qui pratique une écothérapie individuelle ou de groupe. Probablement, rémunéré avec des éco-honoraires à l’éco-acte!

C’est déjà tout un poème d’être consensuel autour d’un diagnostic en psychopathologie, s’il faut encore faire rentrer dans la danse de nouvelles maladies mentales écologiques, on n’est pas sorti de l’auberge! Avec de l’imagination, on peut décliner toute la nosographie des troubles psychiques du DSM V ou du CIM 10. Le jeu consiste simplement à accoler devant le préfixe éco. On peut imaginer l’éco-névrose, l’éco-dépression, l’éco-schizophrénie, l’éco-addiction à des éco-drogues et la liste des nouvelles maladies mentales n’est pas exhaustive. Certains chantres de l’écopsychologie sont manifestement les héritiers directs du New Age. Ces éco-gourous définissent l’écopsychologie comme de la psychologie spirituelle qui vous éveille à la spiritualité en triturant vos chakras, votre kundalini et le reste de votre anatomie occulte, pour vous faire accéder aux paradis verts de l’ère du Verseau.

Ce si sympathique néologisme d’écopsychologie est un piège abscons, et avant-tout un concept marketing. L’un des dangers est que cette discipline pseudoscientifique soit confondue avec l’éco-santé validée par l’OMS (Organisation mondiale de la santé), où les interactions entre la santé et l’environnement font l’objet d’une véritable démarche scientifique. Je préfère nettement le concept de psychologie environnementale. L’absence de rigueur scientifique risque de nuire gravement à la bonne santé de l’écologie en confortant les propos du très sceptique Freeman Dyson (1) qui y voit « une nouvelle religion séculière mondiale.» Judith Curry, climatologue au CV scientifique prestigieux fait aussi partie de ces sceptiques.

NDLR : Pour connaître un peu mieux Freeman Dyson et ses prises de position sur les dogmes en cours de l’écologie, notamment le réchauffement climatique, consulter l’article de Nicholas Dawidoff, » Sceptique par principe » publié dans le New-York Times et repris par Courrier International n° 974 du 2 au 8 juillet 2009.
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TRIP AVEC LE NARCO-TOURISME HALLUCINOGÈNE!

Une grande partie de l’emprise mentale sous ayahuasca se met insidieusement en place après/ou en même temps que l’emprise chimique. Cette conséquence provoque une modification cognitive et comportementale par l’adhésion à des croyances au surnaturel.

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On sait aujourd’hui que la consommation d’alcool et de drogues à l’adolescence, en continu durant toute cette tranche de vie a une forte probabilité de se prolonger plus tard dans la vie. L’âge moyen de l’initiation est de 14 ans pour une consommation régulière ou non d’alcool, et 14/15 ans pour l’usage de drogues avec ou sans dépendance. Telles sont les conclusions du Professeur Joël Swendsen et des ses collègues de l’Université de Bordeaux qui ont examiné la prévalence, l’âge d’apparition et les facteurs socio-démographiques pour une étude financée par le NIMH (National Institute mental Health), et publiée le 2 avril 2012 dans les archives of General Psychiatry.  Cette nouvelle étude démontre que la consommation de  drogues est un véritable problème de santé publique qui se pose. Même si quelques années ont passé, cette constatation est d’actualité.

 

Il est devenu quasiment impossible pour les professionnels de la santé de parler des effets néfastes des drogues, notamment sur les réseaux sociaux, vecteurs idéaux de désinformation médicale et où les médecines parallèles défendues avec acharnement par les charlatans dominent. De ce fait, la consommation des drogues est devenu un fait de société presque normal, et cela ne date pas d’hier. Si l’on connaît surtout le cannabis, la cocaïne, l’héroïne ou autres drogues de synthèse, il y en a d’autres plus confidentielles prises dans le cadre de la psycho-spiritualité new âge, cet hybride  qui fait le fond de commerce des charlatans de la psychothérapie formés à des méthodes pseudo-scientifiques. Soupir.

L’une de ces dérives concerne le mésusage du chamanisme. Il ne s’agit pas de mettre au banc des accusés le chamanisme et les chamans, une tradition millénaire et respectable mais de dénoncer les pillages cultuels du chamanisme par des Occidentaux sans scrupules. Notamment celle des ayahuasqueros, les chamans de la forêt amazonienne. Leur conception de la maladie est à l’opposé de celle de la maladie occidentale, et est d’origine magique causée par un sortilège. Dans un cadre rituel et curatif, ils font boire à ceux qui ont été envoutés un breuvage sacré appelé l’ayahuasca, un breuvage millénaire composé de deux plantes que l’on trouve en abondance dans la forêt amazonienne. D’abord , il y a  l’ayahuasca qui est une liane qui a donné son nom au breuvage sacré, et l’autre la chacruna qui contient du DMT, un stupéfiant prohibé sur le plan international. La combinaison des deux est hautement hallucinogène, et ses effets sont proches du LSD, le psychoactif de référence. Les Amazoniens la surnomment « La liane de la mort ou le Vin des morts. La potion psychédélique est légale au Pérou où elle est utilisée en médecine primaire pour soigner les populations locales.

En 2008, un reportage d’Envoyé Spécial,  avait diffusé en prime time, a eu pour thème le tourisme hallucinogène au Pérou.  Même s’il date, son décryptage est toujours d’actuel car ce tourisme hallucinant continue toujours, même si les médias mainstream s’en désintéressent. Ces voyages sont tout un programme! On part au Pérou en petit groupe effectuer un « voyage initiatique et spirituel ». Dans le reportage de Envoyé Spécial, le tourisme hallucinogène est un fait de société décrit comme « un mouvement culturel » animé « par un désir de reconversion spirituelle». Les participants sont recrutés sur le net.

Le reportage reprend, sans le mentionner, une partie du rapport de la MIVILUDES 2005 sur les dérives sectaires du chamanisme amazonien, mais il occulte cet aspect sulfureux pour que le sujet devienne passe-partout, et banalise l’absorption de cet hallucinogène psychédélique.  En 2009, le rapport de la MIVILUDES multiplie les mises en garde. Pourquoi ce séjour au Pérou est-il tendancieux, induit-il en erreur sur la tradition des ayhuasqueros amazoniens? Et  est ce bien raisonnable d’ingérer l’ayahuasca ?

 

Selon le rapport de la MIVILUDES 2009, l’absorption de ce breuvage peut se «révéler particulièrement violent», qu’il amène à «un douloureux voyage sur soi-même avec vomissements, convulsions physiques, profonde détresse mentale, même lorsque cette substance est absorbée dans de bonnes conditions, c’est-à-dire sous la surveillance d’un chaman expérimenté ».

Malheureusement, l’attrait exotique, la recherche de solutions miracles en dehors de la médecine scientifique l’emportent sur le principe de précaution, et les avis éclairés des professionnels de la santé. Les arguments pseudo-scientifiques de la thérapie chamanique ont le vent en poupe parmi les moutons de Panurge des adeptes  des médecines alternatives.

 

Comment ces voyages « hallucinants » et « hallucinogènes » sont-ils organisés? Des personnes ayant des soucis existentiels sont recrutées sur des forums pour aller séjourner au Pérou dans l’un de ces camps de vacances hallucinogène “tendance” monté par un chaman péruvien. Leur projet n’est pas de converser à bâtons rompus sur les us et coutumes locales mais de suivre une thérapie chamanique à base d’ayahuasca, cet hallucinogène puissant susceptible de résoudre tous les maux par « des expériences mystiques dans le labyrinthe de l’inconscient ».

On voit dans ce reportage d’Envoyé Spécial, un chaman de père en fils depuis des générations. Ce qui serait en soi rassurant si l’on n’avait pas lu le rapport 2005 de la MIVILUDES, et si l’on n’avait pas eu vent des cas de décompensations psychiatriques, de cas de suicides quelques mois après l’avoir prise, des comas et des morts par overdose. Sous la houlette de ce chaman comparé à un « psychothérapeute (sic) », les touristes présentés dans le reportage ingèrent l’hallucinogène amazonien à doses massives pour soigner les maux existentiels que la médecine occidentale ne saurait pas prendre en charge efficacement.

Ce séjour, c’est du sérieux! Le camp est fermé et gardé nuit et jour par des hommes armés jusqu’aux dents;  une nourriture frugale non carnée est proposée aux vacanciers astreints à une diète stricte pour ingérer l’hallucinogène afin de ne pas provoquer des incompatibilités dans l’organisme et les rendre malades. Avoir des hallucinations comparables à celles du L.S.D n’est pas le symptôme d’un trouble psychique, bien au contraire! Le monde à l’envers! Dépersonnalisation/déréalisation ainsi que d’autres joyeusetés psychiatriques sont  vivement encouragées pour évoluer spirituellement. Le reportage montre que le logement des vacanciers est spartiate, et des séances de groupe où les vacanciers ingèrent des doses massives d’hallucinogène en l’espace d’une douzaine de jours encadrés par le chaman et ses assistants.

L’une des séquences les plus troublantes du reportage « à la frontière du surnaturel » est celle d’une vacancière en transe investie par l’esprit d’un jaguar. Cette métamorphose a des airs de parenté avec la lycanthropie, cette faculté de se changer en loup-garou renvoyant aux affaires de sorciers et à l’ensorcellement au Moyen Âge.

Les dérives de l’ayahuasca ne résident pas uniquement dans une emprise chimique mais aussi sur l’action pharmacologique spécifique censée traiter les addictions au cannabis notamment. Particularité qui oppose les scientifiques rationalistes à ceux du MAPS (The Multidisciplinary Association for Psychedelics Studies), un organisme privé financé par des fonds tout aussi privés où le pire côtoie le meilleur. Le MAPS regroupe les scientifiques prosélytes des psychédéliques dans le soin psychique à la place des molécules officielles et des psychothérapies alternatives, se substituant aux psychothérapies officielles (psychanalyse, TCC).

On  trouve dans la base de données Pubmed des articles scientifiques de bonne facture dans le PLos One ou  dans des revues de pharmacologie;   celui de Favaro qui a étudié les effets à long terme sur la mémoire ou les effets neurotoxiques de l’ayahuasca chez le rat. Et il y a bien une étude préliminaire sur l’action antidépressive de l’hallucinogène. Des études préliminaires, et éventuellement des essais pré-cliniques sont la norme pour des futurs médicaments. C’est vrai que des scientifiques se sont penchés sur les effets des drogues hallucinogènes à l’instar du chercheur David Nutt du département de neuropharmacologie et de l’imagerie moléculaire à l’Imperial College de Londres. Franz Vollenwerder de l’Université de Zurich, est aussi l’un de ces très rares scientifiques à poursuivre des recherches sur les psychédéliques. Mais si ce pan de la recherche peut s’avérer éventuellement prometteur, il faudra que les psychédéliques étudiés démontrent qu’ils sont plus efficaces que celle des molécules commercialisées, suivant les règles de l’Evidence Based Médecine. Et cette méconnaissance du grand public sur les protocoles de la recherche scientifique favorise les charlatans du chamanisme et du narco-tourisme.

Une grande partie de l’emprise mentale sous ayahuasca se met insidieusement en place après/ou en même temps que l’emprise chimique. Cette conséquence provoque une modification cognitive et comportementale par l’adhésion à des croyances au surnaturel. L’un des objectifs recherché dans la thérapie chamanique à l’usage des Occidentaux est d’occulter leur mode de pensée cartésien pour déstructurer leur vision du monde à l’origine de leur mal être. La pensée magique devient alors un mode de fonctionnement qui doit être prioritaire par rapport à la pensée rationnelle. L’irrationnel devient l’indice de normalité nécessaire de la nouvelle personnalité. Ce process de double emprise (chimique et cognitive) se fait en partie lors des phases hallucinatoires lorsque la personne est fortement suggestible et est dépendante d’une aide extérieure pendant la phase d’ivresse spécifique à cette drogue. La grande difficulté pour recueillir les propos des victimes est d’arriver à lever leurs résistances liées à cette pensée magique ; elle induit chez les victimes des peurs irrationnelles liées à l’existence de la magie noire, de la sorcellerie, bref à la réalité du paranormal.

 

Le contrepoint d’un médecin péruvien  (non chaman) interviewé est sans appel : il se montre très réservé sur ce tourisme hallucinogène, et il déconseille fortement l’hallucinogène aux Occidentaux qu’il évalue dangereux pour eux. Les recommandations des dirigeants des centres de vacances hallucinogènes listant les contre-indications pour ceux qui souffrent d’hypertension, de troubles cardiaques ou qui suivent un traitement antidépresseur sont nettement insuffisantes. Pour réduire les risques liées à la prise du psychédélique amazonien, il faudrait que les vacanciers se munissent d’une expertise psychiatrique et de plusieurs certificats médicaux.

C’est en fait, un véritable narco-tourisme. L’ambassade de France au Pérou met en garde les voyageurs sur son site interne même si le Pérou a classé l’ayahuasca au patrimoine culturel de la nation. Alors si vous êtes tenté par ce tourisme hallucinogène, ce sera à vos risques et périls.

Si le reportage date de 2008,  les faits décrits ne sont pas obsolètes. Le tourisme hallucinogène continue à prospérer. Son masque est aussi sous le label d’éco-tourisme, et ces stages découvertes sont présentés « comme une protection contre les maux de la société  contemporaine matérialiste».

Les années ont passé, mais ces faits sont toujours actuels, et même s’il ne s’agit que de cas isolés de nature sectaire, l’ayahuasca est une drogue très prisée par les cadres de la Silicon Valley. On la consomme comme du café à San Francisco. Si vous doutez des mises en garde sur la dangerosité de l’ayahuasca, lisez ces quelques témoignages récents avant de prendre la liane de la mort: en 2009, deux touristes italiens sont retrouvés en Équateur découpés à la tronçonneuse. En 2014, un Canadien poignarde un Britannique au Pérou.

Alors, êtes vous toujours tentés par un trip aux portes de la perception qui peut vous laisser sur le carreau? Si oui, alors à vos risques et périls, et vous avez en prime même la  vidéo reportage de Envoyé Spécial!

 

 

 

 

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ALTER SCIENCE ET PSEUDO-SCIENTISME: POSTURES, DOGMES, IDÉOLOGIES

Alexandre Moatti démontre dans cet essai très complet comment l’alterscience nous informe – en creux ou en négatif- sur le fonctionnement de la science elle-même. Il cite certains de ses scientifiques renommés qui se sont détournés de la science.

La pensée irrationnelle fait des ravages dans les sciences humaines, la psychologie, et touche curieusement de plus en plus la médecine et tout le domaine de la science. L’un des meilleurs exemples est l’opposition, depuis plusieurs semaines, sur les réseaux sociaux, entre anti vaccins et partisans de la vaccination obligatoire. Si tout débat est légitime, de nombreux mensonges de nature pseudo-scientifique (ou omissions d’ailleurs) peuvent polluer le débat (ou tout débat d’ailleurs sur n’importe quel sujet) et se propager comme une traînée de poudre. Ce post ne vous propose pas de refaire le monde autour de l’intérêt de la vaccination et de ses composants supposés toxiques, mais plutôt d’ouvrir une brèche sur la pensée irrationnelle et les croyances dont ont pu faire preuve, par le passé des scientifiques renommés. Et ce, avec un livre qui remet les pendules à l’heure sur les théories dites alternatives: « Alter Science, Postures, Dogmes, Idéologies » d’Alexandre Moatti. L’auteur est chercheur associé au Laboratoire SPHERE de philosophie et histoire des sciences à l’Université Paris-Diderot. Cet ouvrage date de 2013, mais il est toujours d’actualité et donne matière à réflexion sur certains débats qui agitent régulièrement les actualités médicales et scientifiques..

 

Quel est le sujet du livre?
Un article du site Science et Pseudo Science résume ainsi la pensée de Moatti: il « constate un certain rejet de la science contemporaine et de ses productions : rejet, non seulement de l’utilisation technique qui peut être faite de telle ou telle découverte, mais aussi rejet de la démarche et de l’expertise scientifique voire de l’activité de recherche elle-même.»L’alter science se distingue du pseudo-scientisme comme par exemple l’astrologie. Avec l’alter science, on est dans le domaine des croyances dont la diffusion est facilitée par une certaine notoriété déjà existante de celui qui la diffuse…

Alexandre Moatti démontre dans cet essai très complet comment l’alterscience nous informe – en creux ou en négatif- sur le fonctionnement de la science elle-même. Il cite certains de ses scientifiques renommés qui se sont détournés de la science. L’auteur distingue l’alterscience des pseudo-sciences comme par exemple l’astrologie. L’alterscience relève du domaine des croyances dont la diffusion est facilitée par la notoriété déjà existante de celui qui la propage.
« On connaissait les magiciens de la guérison, les conteurs de cosmogonies exotiques et tous ceux qui ont recours à la pensée magique pour expliquer le monde ou les tourmentes des corps. Voici maintenant les « alterscientifiques » : sous ce mot l’auteur, regroupe des hommes de sciences, souvent reconnus, qui, à un âge avancé, développent une théorie alternative.

Et à l’aide d’exemples, Alexandre Moatti appuie sa démonstration.

Les raisons des  dérives de ces scientifiques sont multiples. Certains sont des scientifiques autrefois reconnus, aujourd’hui en mal d’attention, comme le climatosceptique Claude Allègre, mais d’autres adhèrent à une idéologie, comme les deux prix Nobel de physique, Philipp Lenard (Nobel 1905) et Johannes Stark (Nobel 1919) qui commencèrent à théoriser une « Physique allemande » tout en s’engageant aux côtés d’Hitler.

La version contemporaine, moins connue est le mouvement « solidarité et progrès » de Lyndon Larouche (né en 1922) dont le représentant en France est Jacques Cheminade, candidat aux élections présidentielles en 1995 et à d’autres. S’engageant en faveur l’énergie nucléaire – le titre de leur revue Fusion en dit long- et vantant les mérites de la conquête spatiale, développant une autre histoire des sciences, contestant la physique quantique probabiliste – à cause de la limite qu’elle oppose à la connaissance humaine.

D’aucuns ont eu une révélation! C’est le cas de l’ingénieur Hörbiger, qui un soir d’automne 1894, en observant la Lune a eu l’idée qu’elle était fait d’un bloc de glace, de quoi développer une cosmogonie de glace. À travers une dizaine d’exemples – depuis l’affaire des avions renifleurs jusqu’aux tenants du géocentrisme, Alexandre Moatti démontre dans cet essai très complet comment l’alterscience nous informe – en creux ou en négatif- sur le fonctionnement de la science elle-même.

Et qui ne se souvient pas de la fameuse imposture scientifique de la « mémoire de l’eau » du Dr Jacques Benvenista? C’était en 1988, et c’est sous ce titre « Une découverte française pourrait bouleverser les fondements de la physique: la mémoire de l’eau » que le  journal le Monde titra cette supposée nouvelle révolution copernicienne. De la physique quantique? Que nenni! Le Dr Jacques Benveniste, médecin et biologiste directeur de l’unité 200 de l’Inserm avait découvert que l’eau avait une « mémoire », et offrait ainsi une légitimité rationnelle au fonctionnement sous-jacent de l’homéopathie, supposant démentir les arguments de ses détracteurs sur son efficacité et un unique effet placebo.

La fameuse revue Nature se prêta au jeu de cette théorie en proposant une expérimentation sur la mémoire de l’eau et sa conclusion fût la suivante: Elle « accusa le coup et publia un rectificatif concluant : « L’hypothèse selon laquelle l’eau garderait la mémoire d’une substance qu’on y a diluée est aussi inutile que fantaisiste. ». Mais trop tard, le mal était fait, Nature (et le Monde du même coup) s’était ridiculisé en publiant un article avant d’en avoir vérifié le contenu (ce ne sera pas la seule fois) cédant aux sirènes du scoop, tout le tapage médiatique de l’extraordinaire « nouvelle » fit certainement beaucoup plus de bruit que celle de son démenti.» (

L’intérêt de cet ouvrage est indéniable et il développe l’esprit sceptique et cerne avec des exemples pertinents les parti-pris anti-scientifiques. Et il s’en trouve des alterscientifiques pour brouiller les fondements de la science.

 

Notes: 

 Extrait de l’article du site « Moatti1 constate un certain rejet de la science contemporaine et de ses productions : rejet, non seulement de l’utilisation technique qui peut être faite de telle ou telle découverte, mais aussi rejet de la démarche et de l’expertise scientifique voire de l’activité de recherche elle-même. Son objectif, dans cet ouvrage, est de dégager, en s’appuyant sur des exemples contemporains et historiques, les traits de pourfendeurs de la science. Ceux-ci, souvent scientifiques ou ingénieurs de formation ou même de profession, s’élèvent contre la science académique et développent, en parallèle à celle-ci, une science « autre » qui est aussi une science « altérée », que l’auteur appelle justement, en référence à ces deux aspects, « alterscience ». Ces dérives sont retrouvées dans les divers domaines scientifiques, la physique, la cosmologie, la biologie : en fait, l’alterscience a, souvent, une visée explicative globale et s’inscrit en opposition au réductionnisme scientifique.»

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FAUT-IL OUBLIER LA PYRAMIDE DE MASLOW?

Abraham Maslow est d’abord connu pour sa pyramide des besoins à 5 niveaux qu’il créa en 1942. Cette pyramide constitue l’une des théories de la motivation.

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Au XX siècle, la psychologie s’est en priorité centrée sur le trouble mental, et ce au détriment  d’une vision globale de l’être humain.  Et pourtant, le courant humaniste a su replacer la personne humaine au centre de la recherche en psychologie. Il a été élaboré en réponse au mécanisme béhavioriste refusant d’inclure la conscience parce que non mesurable et le déterminisme réductionniste de la psychanalyse classique.
Alors commençons par le début !

 

Abraham  Maslow (1908/1970) est considéré comme le père de la psychologie humaniste . Il a d’abord enseigné la psychologie à l’université du Wisconsin. Puis, il a fait un bref séjour dans l’industrie de 1947 à 1949 pour redevenir enseignant à l’université du Massassuchets.

A.Maslow définit l’esprit de la psychologie humaniste comme suit: « Lorsque nous demanderons un homme de nous parler de la vie, de sa vie nous traitons avec son essence même. » Conception très proche de ce que Jung nommait le Soi, le centre de la personnalité tout entière. Le Soi rassemble le conscient et l’inconscient. Le Soi étant une entitée sur-ordonnée au Moi, il constitue une personnalité plus ample. D’ailleurs, dans sa théorisation, il s’est efforcé d’intégrer la pensée de Jung mais aussi celles d’Adler, de Jung, Levy, Fromm, Horney ou Goldstein. Le courant humaniste est étroitement lié au mouvement du potentiel humain. Dans cette conception, les problèmes individuels sont liés à l’environnement ou la société, et les qualités intrinsèques à chaque personnes ne sont pas mises en lumière, causant ainsi une névrose. C’est une vision différente de Freud et de Jung, qui pensent que le Mal a son siège dans la nature elle-même.

Concernant la nature humaine, Maslow est bienveillant : « Cette structure intérieure (de chacun) n’est pas d’abord simplement et nécessairement mauvaise. Les besoins  fondamentaux concernant la vie, la sécurité, la propriété, l’affectivité, l’estime des autres de soi, la réalisation personnelle, les émotions humaines fondamentales et les capacités humaines essentielles sont neutres, pré-moraux  ou même positivement bons. L’agressivité, le sadisme, la cruauté et la malice ne semblent pas être des éléments primaires mais constituer plutôt de violentes réactions à la frustration et aux besoins des émotions.»

Abraham Maslow est d’abord connu pour sa pyramide des besoins à 5 niveaux qu’il créa en 1942. Cette pyramide constitue l’une des théories de la motivation. On entend par motivation des forces qui agissent sur la personne (ou à l’intérieur de sa psyché) pour la pousser à se conduire d’une certaine manière, orientée vers un objectif. Et par besoins, pour A.Maslow, ce sont les manques ressentis d’ordre physiologique, psychologique ou sociologique. Cette représentation s’est imposée dans le domaine de la psychologie du travail et la théorie des organisations. Même si elle est critiquable sur de nombreux points.

 

Il existe sur le web de nombreux articles qui expliquent, de long en large, chaque étape de la pyramide, et le lecteur curieux peut s’il le souhaite faire des recherches plus approfondies. Succinctement, au bas de la pyramide, il y a d’abord les besoins qui poussent l’être humain à agir, à parler et à se socialiser. Besoin de nourriture, de sécurité, l’appartenance et d’amour.

Pour Maslow,  lorsqu’un besoin est satisfait, l’homme peut passer a besoin supérieur (ce qu’il ne fait pas toujours),  et au sommet de la pyramide, se trouve le besoin de réalisation personnelle du potentiel humain. « La plénitude de son humanité » (1968).En 1970, en plus des 5 besoins, il rajoute celui du  besoin cognitif  (cognitive need), le besoin de savoir et de comprendre. Également, le besoin esthétique (Aesthetic need) et le besoin de transcendance, de dépassement de soi. Au sujet de la réalisation personnelle, A.Maslow évoque les expériences paroxystiques (Peark Experiences), c’est à dire les moments de bonheur, d’extase et de vécu intense. Ces expériences permettent une intégration profonde des différentes facettes de soi, « au service d’une plus grande maturité ». Cette dernière étape, celle du potentiel humain a ouvert la boite de Pandore du développement personnel et de la pensée positive. Il suffirait simplement de changer en soi pour créer l’abondance, la richesse et le bonheur. Pensez juste et tout arrive par enchantement, et si vous n’y arrivez pas, c’est de votre faute! Combien de personnes ayant foi dans les gourous du développement personnel ont été dévastées psychologiquement! Et le tout s’appuyant sur des théories pseudo-scientifiques.

La pyramide des besoins de Malow est ultra connue (même si elle est réfutée aujourd’hui) en psychologie du travail et délaissée sur le plan clinique. Pourtant l’expérience de Kevin Healy, consultable sur le site Pubmed, intègre la pensée de Maslow dans la clinique. Kevin Healy a une expérience de 30 ans comme consultant psychiatrique dans le domaine de la psychothérapie. Il rejoint Maslow sur les motivations et la satisfaction des besoins physiologiques ,supports de l’homéostasie. Le besoin de sécurité est d’abord celui de l’enfant. Vient ensuite le besoin d’amour qui inclut de donner de recevoir de l’amour, et qui ne rime pas forcément avec le sexe. Quand les besoins primaires sont satisfaits viennent ensuite les autres jusqu’à l’auto réalisation qu’on doit accomplir pour être heureux.

 

Selon lui, Maslow, avait déjà anticipé 20 ans plus tôt les conséquences psychologiques de l’abus de l’enfant,  de l’inceste,  de la séparation et du divorce des parents signant la mort de la famille. Les enfants peuvent s’accrocher à leurs parents par le besoin de sécurité, que par l’espoir de se faire aimer d’eux. A.Maslow anticipa le travail de John Bowlby (1907/1990) sur l’attachement. Il observe que les personnes fortes sont celles qui ont eu leurs besoins de base satisfaits plus, particulièrement dans la petite enfance. Ils ont ainsi pu développer une force intérieure pour appréhender le présent et le futur. Ils peuvent établir des relations profondes avec les autres,  supporter la haine le rejet et la persécution. Il semble probable selon Maslow que la plupart des gratifications viennent des deux premières années de l’enfance. Son travail a permis  d’ouvrir la voie aux idées sur le développement de l’enfant. Et sur ce plan là, A.Maslow n’est pas cité.
De nombreuses critiques sont à formuler sur la pyramide des besoins, notamment sa place dans la théorie des Organisations. Cette simplicité est un faux ami du fonctionnement de la motivation. Et finalement, malgré les apparences, les besoins ne sont pas définis. Mais rien n’empêche d’élargir le concept des besoins avec d’autres apports. Tout modèle est par définition figé, et il est toujours possible de s’en servir comme base de réflexion pour aller plus loin.

 

Dans son article « réseaux sociaux », Pamela Rutlodge souligne que Maslow élude le rôle du lien social. Il organise les groupes de besoins humains en niveau dans une structure hiérarchique.  C’est comparable à la logique des jeux vidéo : « Vous devez remplir les exigences un ensemble de besoin avant de pouvoir passer au niveau supérieur. » le problème, il est la. Aucun de ses besoins n’est possible sans interaction à l’autre, sans lien social et collaboration. Notre dépendance à l’égard de l’autre grandit à mesure que les sociétés sont devenues plus complexes. La connexion à l’autre est une condition préalable à la survie physique et émotionnelle.

Une fois un niveau franchi sur la pyramide, il n’est pas acquis pour toujours. Toute personne est capable de remonter en fluctuant dans la hiérarchie vers le niveau de réalisation personnelle. Malheureusement,  il y a des grains de sable. Les progrès sont souvent perturbés (par défaut) pour répondre au besoin de niveau inférieur. Une expérience de vie (divorce, perte d’emploi, accident, guerre) peut amener la personne à fluctuer sur les niveaux de la hiérarchie. Et ce, tout au long de sa vie. À un moment donné, les besoins peuvent être simultanés ou contradictoires.

Sur le plan philosophique, il y manquerait la notion de liberté, et pourquoi pas, celle si chère à Épicure? L’on ne peut atteindre la liberté que si l’on est relativement indépendant de la pression des contraintes de notre environnement. Et pour y accéder, nous devrions nous demander lesquels de nos besoins et désirs sont essentiels et lesquels ne le sont pas.

On peut aussi critiquer Maslow sur sa méthodologie. L’aspect scientifique de ses recherches n’est pas très rigoureux. C’est vrai! Sa démarche est principalement empirique! Maslow n’a jamais présenté des données pour prouver la pertinence de sa pyramide c’est de l’empirisme pur. Et cela ne veut pas dire non plus qu’il ait forcément tort. La hiérarchie des besoins de Maslow est enseignée comme une façon de comprendre la motivation. La pyramide ne fait pas le distinguo entre les besoins et les désirs.

Il lui est également reproché  de ne proposer aucune piste pour expliquer et traiter les situations de démotivation. Sa théorie est avant tout faite d’hypothèses. De données brutes qui ne sont pas applicables à tout le monde. Et selon certains, ses idées sont très spécifiques à la culture individualiste de l’Amérique. La vieille Europe n’échappe pas non plus cette critique !

Certains ont souligné les définitions culturelles des besoins suivant les pays et aussi la difficulté  de mesurer leur bien fondé, et de les généraliser à des  populations Et en dehors et ses différences culturelles, la pyramide des besoins peine à tenir compte des besoins individuels suivant la personnalité de chacun.

La pyramide des besoins est pour beaucoup un modèle obsolète, et il y a d’autres angles de vue pour appréhender la motivation et les besoins. Ce qu’il faut retenir de la pensée d’A.Maslow, c’est qu’il a ouvert la voie à des idées pionnières qui tiennent compte de la psychologie globale de l’être. Et ça, c’est primordial. Et nous y reviendrons dans ce blog.

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LA RÉSIGNATION ACQUISE N’EST PAS UNE FATALITÉ!

La théorie de l’impuissance apprise constitue une référence classique de la dépression, et elle est utilisée dans les essais thérapeutiques des antidépresseurs.

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Connaissez-vous la théorie de l’impuissance apprise (learned helplessness) qui décrit la situation d’un sujet vivant une situation douloureuse, et qui n’arrive pas à s’en sortir?Lorsque cette situation se répète, il intériorise ce sentiment d’impuissance au point de se résigner alors qu’il a toutes les ressources en lui pour rebondir.

Le concept d’impuissance apprise a été proposé, en 1975, par Martin Seligman, professeur de psychologie expérimentale sous le terme de théorie de l’impuissance apprise. «Au coeur du phénomène du pessimisme s’en trouve un autre: celui de l’impuissance.» (Seligman). Cette théorie a ensuite été reformulée avec l’aide d’Abraham et de Teasdale, en 1978 sous le terme « d’attribution et impuissance apprise ». Et en 1989, Metalsky et Allay ont révisé et complété ce concept sous le terme de «Théorie du manque d’espoir ou de désespoir.»

Quel que soit le nom qui lui est donnée, au fil du temps comme impuissance, théorie du manque d’espoir ou du désespoir, ce qu’il faut retenir c’est que cet état mental négatif fait accepter sa condition comme une fatalité, paralyse toute stratégie d’action, et est immuable. Il a un impact cognitif sur le comportement présent, sape le comportement futur et détruit la confiance en soi. Seligman le décrit ainsi: «on peut définir l’impuissance acquise comme une réaction d’abandon où l’on jette l’éponge parce que l’on a la conviction que rien de ce que ‘on fait n’aura un quelconque résultat.»

La théorie de Martin Seligman s’inscrit dans le paradigme suivant de la psychologie: le conditionnement opérant (ou instrumental). Seligman a élaboré sa théorie à partir d’expériences réalisées sur les chiens soumis à des choc électriques), et il en a conclu l’idée générale que la conduite humaine (et animale)  est conditionnée par les conséquences qu’un individu anticipe à partir de son comportement suite à ses expériences. La récompense attendue serait la base de toute motivation. Il est donc possible de favoriser des comportements induits par renforcement ou à l’inverse, de provoquer des comportements d’évitement par punition.

La résignation acquise, c’est une modification comportementale induite par l’exposition à des chocs incontrôlables. Des évènements déplaisants. Cette exposition à l’incontrôlabilité provoque chez certaines personnes des baisses de performance, une incapacité à trouver la solution pour régler le problème posé. Au niveau motivationnel, c’est un ralentissement à inciter une réponse, à l’action. Cette « résignation acquise » va provoquer un déficit cognitif qui rend encore plus difficile d’apprendre que les événements dépendent de moyens mis en oeuvre pour agir et un déficit motivationnel entravant la possibilité de réponses volontaires. Elle entraîne également un déficit émotionnel sur le versant dépressif.Seligman soutient que l’impuissance apprise joue un rôle central dans la dépression. Toutefois, ce n’est pas parce qu’on va vivre des évènements aversifs que la résignation effective est automatique. Seligman a observé avec ses collègues que certaines personnes ont la faculté de s’ajuster activement et positivement face à un échec ou à une déception alors que d’autres sont déprimées et se sentent impuissantes. S’adapter du mieux possible aux événements déplaisants et incontrôlables est ce qu’on appelle la résilience, également mise en lumière par Seligman. Tout dépend du style d’attribution, c’est à dire la façon dont les personnes trouvent un sens à un évènement négatif, et cela va influencer leur avenir, la dépression, etc.

Le style d’attribution se scinde (succinctement) en deux groupes: le style dépressif et le style défensif. Les personnes du style défensif peuvent  induire trop d’illusions positives sur soi face aux évènements incontrôlables, et cet excès peut être négatif. Par contre, elles ont tendance à vivre insouciantes et présentent peu de risques d’avoir des troubles de la psyché comme la dépression et l’anxiété. Elles courent aussi le risque d’être moins adaptées socialement. Malgré cela, ce sont les personnes du style dépressif qui payent le plus lourd tribu en étant plus souvent malades et en mourant plus jeunes (selon certaines études).

Il faut prendre en compte une dimension interculturelle dans les styles d’attribution. Les systèmes de croyances culturelles offrent aux personnes plusieurs interprétations de l’expérience qui influencent leur réactions face à des évènements déplaisants. Par exemple, aux États-Unis, les personnes croyant en Dieu ont tendance à avoir des styles d’attribution plus défensifs que les non croyants. Lors de la chute du mur de Berlin, les Allemands de l’ex RDA étaient plus du style dépressif que les Allemands de l’Ouest. Les différences de régime politique des deux « Allemagnes » ont fortement influencé l’émergence du style d’attribution dans l’une et l’autre.

Dans le langage courant, l’impuissance apprise se traduit par des paroles et un dialogue intérieur autodépréciatif comme « je ne vais pas y arriver », je ne suis pas fait pour cela », « je suis trop vieux pour faire du sport », je n’ai plus vingt ans, alors je ne peux plus déménager », « je suis trop stupide pour réussir cet examen ». Les situations dans la vie courante sont nombreuses, et il nous arrive de les vivre tous…

La psychologue Charisse Nixon a réussi à induire la résignation dans un groupe d’élèves en leur proposant des anagrammes dont les deux premiers étaient impossibles à résoudre. Le groupe va évidemment échouer à résoudre ces énigmes. Son vécu, au delà de la frustration induite lors des deux premières tâches, va conditionner son comportement ultérieur, et les élèves n’arriveront pas à résoudre le troisième anagramme pourtant réalisable. L’attitude des personnes est résignée même dans des situations où elles auraient pu s’en sortir.

Une recherche d’emploi peut se solder par des échecs systématiques, et à terme éteindre toute forme de combativité. D’un point de vue clinique, il est fréquent de trouver chez un demandeur d’emploi ce sentiment d’impuissance apprise. Au départ, il est motivé et à plein d’espoir, au fil du temps, il va réaliser que les efforts engagés ne portent pas leurs fruits, et la résignation acquise va s’installer. Et de fil en aiguille, sa santé mentale va se dégrader.

La théorie du désespoir peut également contribuer à affaiblir la santé physique suite à la mauvaise image qu’ont les personnes d’elles-même. Cette santé chancelante peut inclure une mauvaise alimentation, une absence d’exercice physique et de traitements médicaux car ils sont persuadés qu’ils ne peuvent rien changer, et que c’est comme ça, un point c’est tout. Le système immunitaire peut-être même affaibli.

Seligman a tenté de transférer son modèle théorique à la pratique thérapeutique auprès de populations d’enfants dépressifs et de jeunes diabétiques. La théorie de l’impuissance apprise constitue une référence classique de la dépression et est utilisée dans les essais thérapeutiques des antidépresseurs.

Mais il est possible de casser le cercle vicieux de l’impuissance acquise en suivant une psychothérapie, d’inspiration TCC (Thérapie comportementale et Cognitive); ce qui n’exclut pas une approche psychanalytique si chère à la France. Martin E.P Seligman est l’un des fondateurs de la psychologie positive qui permet aux personnes d’être performantes ou d’être optimistes. D’augmenter ses émotions positives. Seligman considère que la psychologie s’est uniquement centrée sur la maladie mentale et a négligé le fonctionnement optimal, le sens et le bonheur. D’où cette nouvelle façon de voir pour  casser le noeud gordien de « l’impuissance acquise »!

La psychologie positive est «l’étude des conditions et processus qui contribuent à l’épanouissement ou au fonctionnement optimal de gens et des groupes. Il y a trois niveaux d’étude: personnel, interpersonnel et social. Il ne s’agit pas de renier les connaissances acquises sur les souffrances de la psyché, et les moyens d’y remédier. Il est important de cerner avec rigueur les troubles mentaux, mais il faut aussi mettre l’accent sur l’épanouissement humain et le favoriser.

Martin H.P Seligman est l’auteur de plusieurs livres dont la « Force de l’optimisme », « La Fabrique du bonheur », Vivre la psychologie positive ,Comment être heureux au quotidien
«L’émotion positive est plus qu’une sensation agréable: c’est le signal de la croissance, de l’accumulation du capital psychologique.» (Pour un nouvel art du bonheur et du bien-être)

Sources:

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ABUS DE FAIBLESSE ET AUTRES MANIPULATIONS

Il est tout à fait possible de sortir du statut de victime et d’échapper aux manipulateurs. L’efficacité d’une manipulation ne dépend pas de la prédisposition d’une personne mais de l’habileté du manipulateur.

 

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Le livre « Abus de Faiblesse, et autres manipulations » de Marie-France Hirigoyen, publié en 2012, est à lire plutôt deux fois qu’une! L’auteure est psychiatre, psychanalyste et victimologue.

Elle n’en est pas à son premier coup d’essai. Déjà en 1999, Marie-France Hirigoyen avait publié « Le Harcèlement moral, la violence perverse au quotidien, et ses analyses sont à l’origine de la loi sanctionnant le harcèlement moral. Son livre « Abus de Faiblesse et autres manipulations » est un ouvrage majeur sur la manipulation mentale à mettre entre toutes les mains. Nous sommes tous manipulés, tous manipulateurs à des degrés divers. Marie-France Hirigoyen décrypte avec finesse, à l’aide de faits divers, les frontières à ne pas franchir pour aliéner l’autre, le mettre sous sujétion mentale pour pas devenir victime de « personnes de mauvaise compagnie ».

Le postulat de départ est le suivant:  « La manipulation fait partie de la vie, ce qui fait la différence, c’est l’intentionnalité.» À partir de la loi sur l’abus de faiblesse, l’auteur analyse les situations où un individu « profite » d’une personne vulnérable ou trop crédule. Un escroc qui profite de la faiblesse d’une femme pour lui soutirer de l’argent, une dame âgée qui fait d’un jeune protégé son héritier, une épouse abandonnée qui persuade ses enfants que leur père ne les aime pas, un homme riche et puissant qui force une relation sexuelle avec une subordonnée, et tous les chantages affectifs qui perturbent nos vies minuscules… Autant de cas qui démontrent que l’abus de faiblesse s’exerce dans tous les domaines des rapports humains. Personnes âgées, enfants, adultes en état de sujétion psychologique: où commence l’influence normale et saine et où commence la manipulation?

En se fondant sur son expérience clinique, l’auteur interroge la notion de consentement et les dérives des comportements inappropriés, une expression dont le flou indique, ô combien, nous sommes démunis face aux limites à poser aux autres sans être liberticide ou asocial. Au terme de cette quête aussi précise qu’inspirée, Marie-France Hirigoyen démontre que le statut de victime n’est pas irréversible.
Dans son livre, Marie-France Hirigoyen ne manque pas  de citer l’excellent ouvrage de Robert Vincent Joule et de Léon Beauvois « Petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens» . Les deux psychosociologues on fait la synthèse de ces techniques de persuasion destinée à provoquer le consentement de l’autre, lui laisser l’illusion d’un sentiment de liberté dans sa décision.

Marie-France Hirigoyen décrit quelques unes de ces techniques qui peuvent mener à l’abus de faiblesse: notamment, la technique du pied dans la porte où on obtient d’abord l’accord d’une personne à une petite requête qu’on lui soumet, et en fait préparatoire pour obtenir une requête plus importante. Par exemple, on commence par demander l’heure à quelqu’un avant de lui demander de l’argent pour prendre le bus, la probabilité d’obtenir de l’argent sera beaucoup plus grande s’il n’y avait pas eu cette requête préparatoire.

Le doigt pris dans l’engrenage, au nom du principe de cohérence, une personne peut se retrouver dans un processus d’escalade, et son engagement demandera de plus en plus d’investissement et qui s’avérera de plus en plus aliénant pour elle.

La technique de l’amorçage part du principe que les gens ont du mal à revenir sur une décision qu’ils ont prise et on amène un sujet à réaliser petit à petit un acte dont on lui cache (provisoirement) le coût réel. On lui annonce après la réalité de la situation avec ses contraintes. L’interlocuteur se sent alors obligé de maintenir sa référence. Le leurre conduit un sujet à prendre une décision qui finalement ne se concrétisera pas. On lui présentera néanmoins une alternative pour réduire sa frustration. Et la mise sous emprise va marquer une nouvelle étape qui s’installe dans le temps au point de créer une véritable relation pathologique. C’est un phénomène naturel qui peut advenir dans tout rapport humain,  et n’est pas toujours négatif

Marie-France Hirigoyen parle de l’emprise mentale exercé par un adulte sur un enfant, et elle le décrypte à travers un syndrome contesté qui est celui de l’aliénation parentale, décrit en 1986,  par Richard Gardner, pédopsychiatre à l’Université de Columbia.

Et il y a dans cet ouvrage l’incontournable sujétion amoureuse et sexuelle! Cette thématique tombe en plein dans le mille depuis l’affaire Weinstein et les hashtags maudits #BalanceTonPorc et #MeToo. Rappelons le, l’analyse de Marie-France Hirigoyen date de 2012, et ce qui se passe aujourd’hui relève de sa grille de lecture psychiatrique. Marie-France Hirigoyen décrit le stalking, proche du harcèlement par intrusion. Dans ce type de harcèlement, un individu s’infiltre dans la vie de l’autre, envahit son intimité par des intentions non désirées, que celles-ci soient positives ou négatives. Dans presque tous les pays anglo-saxons, des lois anti-stalking ont été adoptées contrairement à la France.

Depuis l’affaire Weinstein, notre pays se déchire entre néo-féministes et leurs opposants sur les violences sexuelles faites majoritairement aux femmes, et même si les hommes peuvent  être concernés, les chiffres sont implacables. On a parfois l’impression en lisant certains propos (sur le net) que l’emprise mentale et l’abus de faiblesse n’existent pas,  et ne concernent que des personnalités faibles. Bref ils sont joyeusement occultés. La victime est dans son tort si elle entame une quelconque action, même s’il faut s’interroger sur d’éventuelles allégations mensongères. Il est manifeste que ce sujet, brulant d’actualité, est en train d’échapper aux professionnels de la santé car  l’idéologie politique et la réthorique manichéenne prennent le pas sur tout discours rationnel,  laissant sur le bord de la route nombre de victimes anonymes dépassées par tous ces discours clivants. Le climat médiatique est tellement tendu qu’on peut s’interroger sur l’accueil que recevraient aujourd’hui les ouvrages de Marie-France Hirigoyen s’ils étaient publiés cette année. Lynchage virtuel ou « Name and Shame » en perspective, probablement! Mais après ce focus sur l’actualité, revenons au sujet du livre.

Dans son livre, Marie-France Hirigoyen brosse le portrait des manipulateurs et imposteurs. Qui ne connaît l’ouvrage le Harcèlement Moral ou elle décrit les pervers narcissiques. Le portrait psychologique du harceleur pervers narcissique a été dévoyé par le grand public, et dans cet ouvrage sur l’abus de faiblesse, elle remet les pendules à l’heure. Selon elle, il ne faut pas taxer quelqu’un trop vite de pervers. Un individu normalement névrosé peut recourir à des défenses perverses, sans autant pour être une personnalité pathologique. Et les comportements pervers se sont banalisés.

La psychanalyste fait le distinguo entre les classifications françaises inspirées de la psychanalyse où l’on parle de perversion morale ou de perversion de caractères la classification anglo-saxonne fondée sur une approche clinique purement descriptive. Elle place ces pathologies de caractère entre les personnalités narcissiques et les personnalités antisociales ou psychopathes.

Ce ne sont que quelques thèmes qui sont abordés dans ce post mais on ne peut que recommander de lire ce livre pour la richesse de ces exemples qui font écho en chacun de nous. Car tout le monde peut-être victime d’un manipulateur, d’un imposteur ou d’un escroc.

Même la communauté psychanalytique n’y a pas échappé avec le psychanalyste Masud Khan, d’origine pakistanaise. Il avait entrepris une psychanalyse avec Donald Winnicott  et va devenir analyste et formateur en 1959 après s’être spécialisé en psychanalyse d’enfants. Il sera banni de la communauté psychanalytique pour de nombreuses transgressions inacceptables comme en 1976,  où il est accusé de relations sexuelles avec des étudiantes et des analysantes. En 1987-1988, il fait des remarques antisémites dans son étude analytique. À noter que les travaux de Masud Khan sur le « le traumatisme cumulatif » sont encore cités par certains psychanalystes.

Tous les cas évoqué dans le livre de Marie-France Hirigoyen ne sont pas exceptionnels, et peuvent arriver à tout le monde. Cela peut aller de l’embrigadement dans une secte, de la sujétion amoureuse ou de l’escroquerie commerciale. La psychiatre a un talent  rare pour déculpabiliser le lecteur. Le message est positf! Il est tout à fait possible de sortir du statut de victime et d’échapper aux manipulateurs. L’efficacité d’une manipulation ne dépend pas de la prédisposition d’une personne mais de l’habileté du manipulateur!
« Plus Ils sont subtils, plus grand est le risque de se faire piéger, quelque soit la vigilance de l’interlocuteur.»
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LES PERSONNALITÉS MULTIPLES, ENTRE THRILLER ET MALADIE MENTALE.

Entre les années 60 et 80, les Etats-Unis assistent à une recrudescence des identités multiples. C’est la maladie mentale la plus controversée de l’histoire du DSM.

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©Vladimir Dunjic

 

Entre 1977 et 1979, une vague de meurtres sordides terrorise les habitants de la ville de Los Angeles! Des jeunes femmes, kidnappées dans la ville, sont retrouvées mortes après avoir été étranglées dans les collines voisines. Le corps des victimes était déposé sur le même versant de la colline dans une position dégradante. Au départ, la police pensait que c’était l’oeuvre d’un seul homme, et le surnomme « l’étrangleur des collines ». Malgré des investigations poussées, la police ne trouve aucun indice qui puisse la mettre sur la  piste du sérial Killer.

Enfin, en 1979, la police arrête les auteurs présumés de ces meurtres, Kenneth Bianchi, un agent de sécurité, ainsi que son cousin, Angelo Buono. La police avait trouvé au domicile de Kenneth Bianchi des bijoux appartenant aux victimes. Les deux serial-killers ont eu une enfance chaotique, et c’est la personnalité de Kenneth Bianchi qui requiert une attention particulière. Sa mère, une prostituée, l’abandonna à la naissance. Il fut adopté à l’âge de trois mois par le couple Bianchi. Sa mère adoptive Francès Scoliono eut du fil à retordre avec cet enfant. Kenneth Bianchi souffrit dès son plus jeune âge de troubles profonds de la personnalité. Sa mère adoptive le décrit comme mythomane et manipulateur depuis la naissance. Il était aussi épileptique depuis ses cinq ans et il s’ajouta  un problème de comportement passif-agressif. Un enfant difficile.

Lorsqu’il sera arrêté, Kenneth Bianchi arguera qu’il souffre du trouble de la personnalité multiple (TPM), une maladie répertoriée à l’époque dans l’axe II du DSM-III, la bible américaine de maladies mentales. Le TPM se caractérise par la présence de deux ou plusieurs personnalités distinctes, les alters, qui prennent le contrôle de la personnalité principale, l’hôte. Le « dédoublement de personnalité » ou la « multiplicité psychologique ». La personnalité principale ignorant l’existence de ses alters, et l’incapacité de se souvenir des faits et gestes des autres personnalités. À chaque changement de personnalité, l’hôte souffre de troubles de la mémoire et d’amnésie.

Kenneth Bianchi pense ainsi plaider l’irresponsabilité pénale puisqu’il souffre de TPM.  Sous hypnose, la technique officielle des expertises psychiatriques dans les années 80, il va affirmer que c’est son double maléfique Steve  qui a tué les jeunes femmes car « elles l’avaient bien cherché».

L’avocat de la partie civile pense que Kenneth Bianchi est un simulateur qui cherche par tous les moyens  à échapper à la chaise électrique, et il demandera une contre-expertise au Docteur Orne, spécialiste des personnalités multiples. Orne va démontrer que le serial-killer simule, et a falsifié son état hypnotique. Peu de temps après, Kenneth Bianchi avouera son mensonge. Après un feuilleton judiciaire inénarrable, les deux cousins vont être condamnés à la prison à perpétuité.

Entre les années 60 et 80, les Etats-Unis assistent à une recrudescence des identités multiples. C’est la maladie mentale la plus controversée de l’histoire du DSM. En 1994, le TPM est transformé en Trouble Dissociatif de l’Identité (TDI) la suite de faux souvenirs d’abus sexuels lors de (toujours aussi faux) rites sataniques.

Anciennement Trouble des personnalités multiples et aujourd’hui Trouble Dissociatif de l’Identité, c’est l’un des troubles les plus sévères des troubles dissociatifs (DSM-5). Il se caractérise par de profonds troubles de la mémoire, de l’identité, de la conscience et/ou perception de l’environnement. Et de la (supposée) présence de plusieurs personnalités prenant le contrôle de l’hôte. Ce qui s’en rapproche le plus est le phénomène de possession.

Comment on est en arrivé outre-Atlantique à diagnostiquer une maladie mentale qui ressemble à de la science fantasy ou à un thriller? La première conception des identités multiples vient de la célèbre fiction de Robert Louis Stevenson, Dr Jeykill et Mr Hyde. Jusque là rien à dire car on demande à une fiction de la créativité.

Côté psychologie, il faut revenir aux fondamentaux. À la fin du XIX° siècle, le neurologue Pierre Janet introduisit la théorie de la dissociation mentale. Janet l’envisage comme un déficit d’intégration du Moi (mémoire, perception). Il va examiner le pouvoir dissolvant de l’émotion, et son effet sur les souvenirs qui vont entrer dans les phénomènes de désagrégation psychologique (succinctement résumé car plus complexe). Freud ne partagera pas la conception de Janet, et envisagera la dissociation avec ses manifestations comme un mécanisme de défense pour se protéger des traumas réels ou fantasmés (succinctement résumé, là aussi).

Freud et ses successeurs vont se montrer sceptiques sur l’existence des identités multiples, car ils mettent en avant, dans la plupart des cas observés, l’impact de la suggestion induite par le thérapeute. Son influence.

La notion de personnalités multiples fascine les auteurs et chercheurs durant la fin du XIX ème siècle et une partie du XX ème siècle. Très peu de cas seront répertoriés jusqu’à celui de Miss Beauchamp rapporté par le psychologue Morton Prince en 1905, et dans les années 50, celui de Chris Sizemore qui inspira le film « Les Trois visages d’Eve » d’après le best-seller écrit par ses trois psychiatres.

Ce n’est qu’à partir des années 70, que le nombre de MPD va exploser outre-Atlantique. En 1986, le cas de MPD dépassera les 6000, et va coïncider avec la sortie du best-seller Sybil. Ce livre raconte l’histoire authentique d’une jeune femme possédant 16 identités. Mécanisme de défense mise en place à la suite des violences sexuelles subies durant son enfance. Par la suite, il sera systématiquement attribué l’origine du TPM à un abus sexuel subi durant l’enfance. Les alters se conduisent à l’opposé de la personnalité et ils émergent curieusement toujours sous hypnose ou sous sérum de vérité (Amytal). C’est à dire lorsque la personne est plongée en état modifié de conscience.

L’origine du trouble des personnalités multiples va être au fil du temps imputé à un trauma subi dans l’enfance, et corrélé à l’abus sexuel (inceste, pédophilie). Le TPM sera intégré au modèle post-traumatique de l’abus sexuel chez l’enfant, générant des mauvaises pratiques thérapeutiques et des procès infondés pour abus sexuels entraînant en cascade des erreurs judiciaires.

Les spécialistes de ce trouble de la personnalité avaient leur recette pour la prise en charge de ce trouble. Il fallait déjà pour en guérir appeler un par un les alters, ces autres personnalités pour les réunifier en une seule personnalité. La méthode utilisée pour contacter les identités était l’hypnose (rien à voir avec l’hypnose médicale répertoriée dans Medline). Quelques thérapeutes comme Allison en 1974, avancèrent l’idée que leurs patients avaient un « aidant alter » capable de connaître les autres identités, et de pouvoir favoriser leur intégration en une seule personnalité.

Le fonctionnement de la mémoire est l’un des indices précieux pour diagnostiquer le TPM (ou DID). Les patients souffrent d’amnésie, qui va de quelques heures à plusieurs jours, où ils sont incapables de se souvenir de ce qu’ils ont pu faire, et de la prise de contrôle de leurs alters. Alors, que les alters connaissent parfaitement les faits et gestes et la personnalité de leur hôte.
Loin des clichés des fictions, ce trouble est toujours pris au sérieux. La controverse autour du DID résiderait non pas sur son existence mais sur son étiologie. Il y a une forte composante culturelle, et l’influence des médias impacte la nature des identités multiples.

Et dans la littérature médicale, il a été rapporté des alters ébouriffants dignes de la Science Fantasy. Il peuvent être d’un sexe différent de l’hôte, Monsieur Spoke de Star Treck, une tortue Ninja, des tigres, des gorilles, des licornes, la fiancée de Satan et même Madonna. Encore plus surprenant, c’est que ces identités multiples peuvent souffrir d’allergies, de troubles du rythme cardiaque, avoir besoin de lunettes alors que l’hôte n’en porte pas.

Selon Scott O.Lilienfeld et Cie dans Science and Pseudo-Science, In Clinical Psychology, estiment que 1 à 2 % des Américains souffrent de DID, en majorité des femmes. Il est principalement diagnostiqué aux Etats-Unis et au Canada, et inexistant en Europe. Cette dominante culturelle si spécifique aux personnalités multiples, et qui est une grande inconnue en France peut être assimilée à la schizophrénie, elle aussi répertoriée dans le DSM. Or, la schizophrénie ne se traduit pas par « une dissociation de l’esprit du malade en plusieurs identité distinctes mais par une personnalité qui a du mal à fixer les contours de sa propre identité.» Or, dans la très grande majorité des cas de TDI, les voix viennent de l’intérieur de l’individu, tandis que, chez les schizophrènes, les voix qu’ils entendent viennent de l’extérieur.

Alors le DSM-5 si controversé parle-il encore des identités multiples ?
Le DID y figure toujours, et se caractérise toujours par deux ou plus alters, par une amnésie, et avec des symptômes invalidants, et que cela ne soit pas du à la prise de substances stupéfiantes, etc…Le DID peut recouper celui des troubles dissociatifs (DD).

Dans le registre état modifié de conscience, pas tout à fait, DID ni/ou DD mais avec un changement de personnalité, Le DSM-5 inclut les expériences de possession avec le trouble de Possession Pathologique (Pathological Possession).

C’est à se demander si le DSM-V ne rend pas fou, et il serait peut-être temps de faire un petit tour du monde normal du pathologique.

Sources:

https://fr.wikipedia.org/wiki/Kenneth_Bianchi

http://questionspsy.leforum.eu/t2676-La-Dissociation.htm

http://www.dissociation.com/index/definition/