OSER ÊTRE QUELQU’UN DE BIEN! ÉLOGE DE LA GENTILLESSE!

Juste quelqu’un de bien
Quelqu’un de bien
Le cœur à portée de main (Enzo)

Malheureusement, l’actualité heurte trop souvent notre sensibilité et nous sommes souvent bousculés dans nos certitudes et nos croyances! Qui n’a pas éprouvé cette sensation admirablement décrite par Irvin Yalom, professeur émérite en psychiatrie de l’université Stanford, dans son livre « La Malédiction du chat hongrois »: « Nous sommes des créatures en quête de sens, qui doivent s’accommoder de l’inconvénient d’être lancées dans un univers qui n’a intrinsèquement aucun sens.»

Sans aller jusqu’au mal-être ou la rupture psychique, comment résister au bruit et la fureur ambiante sans renoncer à notre personnalité? Devons nous forcément nous laisser submerger par la violence autour de nous, celle qui fait l’actualité et qui se répand autour de nous dans une sorte de compétition darwinienne (mal digérée et donc dévoyée) où le plus fort doit gagner en étant méchant? Devons nous perdre notre identité et nous transformer en une sorte de loup-garou derrière nos écrans et réserver certaines de nos qualités intrinsèques à la vie réelle dans toutes les sphères (familiale, amoureuse, amicale et professionnelle)?

Et si nous parlions de certaines qualités comme la gentillesse, souvent assimilée à bêtise ou du moins à la faiblesse d’esprit? L’étiquette la plus péjorative étant celle du bisounours pour disqualifier celui qui est gentil! Et pourtant la psychologie s’intéresse à cette forme de communication que Carl Rogers qualifiait de non violente! La gentillesse est étroitement liée à l’empathie, liée elle-même dans le cercle vertueux de la morale. Et ça commence dès le berceau! C’est ce qu’a démontré le psychologue Martin Hoffman dans Empathy. Les nourrissons sont sensibles à la détresse d’autrui. Lorsqu’un bébé pleure, il peut lui aussi se mettre à l’unisson de son chagrin en se mettant à pleurer lui aussi. Ce serait génétique! Plus précisément, certaines hormones comme l’ocytocine favorisent le comportement maternel, le lien conjugal et la confiance en soi.

Du côté des neurosciences, des images réalisées sous IRM ont montré que le cortex cingulaire antérieur subgenual pourrait être le siège de l’empathie et de la gentillesse. Juste une piste d’après une expérience réalisée par une équipe universitaire d’Oxford sur des joueurs, et donc prudence car rien n’est confirmé.

Alors comment la gentillesse se manifeste-t-elle au niveau des actes? Et pourquoi pas justement l’illustrer avec les paroles de la chanson de Enzo, « Juste quelqu’un de bien »

Juste quelqu’un de bien
Quelqu’un de bien
Le cœur à portée de main

J’dis bonjour à la boulangère
Je tiens la porte à la vieille dame
Des fleurs pour la fête des mères

Sans tomber dans la soupe du développement personnel et la moraline, on vous démontre par A+B que l’excès de gentillesse peut vous nuire, et on va vous apprendre à être dans le camp des méchants ! Vraiment? Les attaches de la psychologie sont celles de la philosophie, et cela malgré l’apport des neurosciences, de la génétique ou de la science. La philosophie doit être intégrée à la pratique professionnelle, et pour moi elle est la cousine germaine de l’éthique professionnelle.

Récemment, j’ai lu une excellente interview de Laurence Devillairs qui va vous décomplexer d’être gentil! Cette philosophe est l’auteure d’« Être quelqu’un de bien »(ou devenir une bonne personne ne peut-être qu’une vocation de femmes ou d’hommes libres). Je n’ai pas lu le livre, mais les propos recueillis par Clément Pétreault (du journal Le Point) sont séduisants, et j’avais vraiment envie de vous le faire partager. Alors, vous e découvrirez ci-dessous. Bonne lecture, et comme j’ai cité Enzo, j’ai également partagé sa chanson « Juste quelqu’un de bien » !

Le Point : Pourquoi s’intéresser aux gentils ? Au fond, ce sont un peu les perdants de l’époque ? 

Laurence Devillairs : Cette fascination pour les méchants et les cyniques me paraît convenue et démodée ! Il y a certes une banalité du bien, mais cette banalité ne demande pas de coup d’éclat, elle réclame modestement de suspendre la fatalité du « c’est comme ça » pour faire advenir le bien, faire changer le cours des choses malgré les contingences, les envies, les intérêts, les détestations ou les sympathies. La gentillesse est tout sauf une facilité : c’est un talent. Prenez les exemples dans le cinéma : le méchant est un obsessionnel monolithique, égoïste et calculateur. Il est perçu comme plus intelligent, plus manipulateur et donc plus stratège. Mais le gentil est souple, capable de faire la bonne action au bon moment. Il saisit l’instant. Le cinéma fait porter le poids narratif aux méchants, alors que c’est sans grand intérêt ! Le gentil découvre le devoir qu’il se doit à lui-même, les actes que le bien lui réclame d’accomplir, c’est ça qui fait l’histoire ! Dans les « James Bond », les méchants sont obsédés par le plaisir du mal, ils sont robotiques et bardés de technique. Le méchant de « James Bond » révèle la pauvreté du méchant. Alors que James Bond, lui, est hyper-humain, il y va à mains nues. 

Vous invitez à être quelqu’un de bien et pourtant vous fustigez la bienveillance… Pourquoi ? 

Il y a une confusion entre la gentillesse et la bienveillance. La bienveillance est une attitude plus qu’une conduite, c’est une morale de proximité, qui consiste à vouloir consoler ou aplanir le malheur de l’autre, si possible de l’autre qui me ressemble le plus. Mais il y a des chagrins qu’on ne doit pas consoler. La morale de proximité ne suffit pas à faire la gentillesse, car la morale exige beaucoup plus que la compassion. La gentillesse, c’est se mettre à la place de l’autre au sens strict. Le bon samaritain n’est pas bienveillant et Dieu merci ! S’il l’était, il se contenterait de regarder ou de consoler, mais là, non ! Le bon samaritain doit voir le voyageur, le toucher et se mettre à sa place, il se démène, il remue ciel et terre… Il a suspendu le cours normal des choses pour faire advenir quelque chose d’autre. En fait, qu’on le veuille ou non, la morale nous gêne et nous contraint à l’action. Ce qui compte, c’est ce qui se passe ici et maintenant. 

Etre quelqu’un de bien, est-ce la promesse de devenir quelqu’un d’ennuyeux ? 

Non ! Etre quelqu’un de bien, ce n’est pas simplement obéir aux règles, aux convenances et aux conventions, c’est accomplir avant tout des actes de liberté. En morale, il n’y a que deux catégories : le lâche et le courageux. Quelqu’un de bien n’est pas un surhomme, il n’a pas d’aide divine, c’est « seulement » un héros, mais un héros ordinaire, qui aurait pu ne pas faire le bien, qui est comme tout le monde menacé par la possibilité de faire le mal, mais qui a le courage, la liberté, de faire le choix du bien. Exister, c’est en effet savoir que tout ne se vaut pas, c’est refuser une forme d’athéisme moral, c’est-à-dire la croyance qui voudrait qu’exister suffit, indépendamment de toute idée de bien ou de mal. L’athée moral, celui qui « ne voit pas le problème », est beaucoup plus dangereux que le tueur en série. 


LE COLORIAGE POUR ADULTES: ART-THÉRAPIE OU MARKETING?

L’activité de coloriage s’apparente aux bienfaits de l’écriture manuscrite. Si écrire à la main est bon pour le cerveau, le coloriage doit s’avérer également positif.

On pensait la pratique du coloriage réservée aux enfants de moins de dix ans ans. J’en offre d’ailleurs aux jeunes enfants de ma famille! Je me souviens avec délice des albums à colorier que ma mère m’offrait quand j’étais malade! Un rituel réconfortant du haut de mes huit ans! Pour l’enfant, cette activité facilite le développement psychomoteur de l’enfant, sa concentration et la précision du geste écrit.

Après cet épisode Madeleine de Proust, devenue adulte, je constate que je pourrai de nouveau gribouiller à mon aise! Les albums à colorier sont devenus pour les adultes un phénomène de mode! Il a démarré simultanément, en 2012, en France et aux États-Unis!

Mais quels seraient les bénéfices du coloriage? Chez l’adulte, il favoriserait la concentration et apporterait le calme. Colorier ces albums aurait des vertus thérapeutiques insoupçonnées! Même une action supposée sur l’insomnie! L’engouement des adultes pour ces coloriages est tel, que les albums sont en tête des ventes des ouvrages de loisirs créatifs. Leur nombre de ventes est comparable à celui des livres sur la méditation ou les massages. Anne Le Meur, responsable éditoriale chez Hachette Loisirs, est surprise de cet engouement des adultes pour les coloriages. Selon elle, l’une des raisons qu’elle évoque est celle-ci: « très sollicités par les écrans, le flux des mails, les gens veulent revenir vers du papier, vers des activités plus calmes sur lesquelles ils peuvent se concentrer». « Les inspirations sont multiples. Les thématiques autour des animaux – surtout les chats —, les fleurs ou encore les grandes expos du moment plaisent beaucoup», révèle Anne Le Meur. » Analyse pertinente!

Ces fameux gribouillages à compléter sont venus d’Angleterre, par l’entremise de maisons d’édition spécialisées dans les dessins. Les best-sellers portent sur les mandalas, les jardins, ou encore, sur des pièces de mode (My fashion Coloriage). Ayant retrouvé leur âme d’enfant, les fans  se font un plaisir de publier leurs oeuvres sur les réseaux sociaux et You Tube.

L’esprit de ces albums de coloriage sont catégorisés dans les labels comme «art thérapie», «mindfulness» ou «anti-stress», situant l’acte de colorier quelque part entre la psychothérapie et la méditation. Ces vertus me semblent quelque peu exagérées!

En cherchant des données « relativement sérieuses » (j’ai zappé pubmed), je suis tombée sur l’origine de ces albums, très éloignée de la psychothérapie! Elle remonte à 1960 et faisait dans la farce séditieuse et la satire sociale! Critique de l’American Way of Life, du conformisme et de la société de consommation. Ces albums furent politisés pour dénoncer les obsessions politiques du gouvernement américain de l’époque. Ainsi, Le « John Birch Society Coloring Book » tourne en ridicule le groupement anticommuniste qui porte ce nom et raille la paranoïa ambiante en affichant une page blanche avec cette légende: « Combien de communistes parvenez-vous à trouver sur cette image? J’en ai trouvé onze. Cela demande de l’entraînement.» Cet aspect politique de l’album à colorier n’a pas disparu. On peut encore choisir son personnage politique fétiche à colorier. De Hilary Clinton à Donald Trump.

Alors quel est le public de ces albums à colorier? Essentiellement des femmes, de tous âges! Des jeunes filles aux vieilles dames! C’est à se demander si cette activité  n’a pas remplacé le tricot, la broderie et tapisserie  d’antan. Et après tout, j’ose appliquer les vertus du tricot à ceux des albums à colorier. Ses vertus thérapeutiques ont été étudiées par le docteur Herbert Bendon, de l’institut du cerveau à Harvard: un moyen de mettre le corps en mode relaxation. En tricotant, le taux de cortisol baisse (hormones du stress) alors que celui de la dopamine et de la sérotonine(hormones du bien être) augmente. Évidemment, la méthodologie concernant les vertus thérapeutique du tricot est légère; cette affirmation sympathique ne précise pas si elle est exempte des lobbies de la laine ou de ceux prônant la femme au foyer. Bref, des conflits d’intérêts! Mais les propos du Dr Herbert Benson méritent toute notre attention. Il a écrit de nombreux articles publiés sur la base de données Pubmed sur la relation entre le corps et l’esprit. Il est surtout connu pour son best-seller de 1975, The Relaxation Response, dans lequel il décrit comment l’esprit peut influencer les niveaux de stress par le biais d’outils tels que la méditation.

Revenons à nos moutons! Les albums à colorier sont estampillés bien-être ou art-thérapie. Mais est ce vraiment de l’art-thérapie ou une simple activité ludique?

L’art-thérapie est apparue dans les années 30. Et ce à partir d’observations d’enseignants en arts plastiques qui avaient remarqué que les dessins libres et spontanés des enfants étaient très intéressants, et pouvaient être un support pour décrypter le plan émotionnel et symbolique. L’art thérapie est une discipline des sciences humaines, même si elle ne répond pas aux critères scientifiques rigoureux. « Le projet vaste (de l’art-thérapie) concerne le mieux-être global de la personne », écrit Jean-Pierre Klein, pionnier de l’art-thérapie en France. Psychiatre, auteur dramatique, il dirige une école de formation d’art-thérapeutes. L’art-thérapie est une forme de psychothérapie qui englobe l’expression et la réflexion tant picturale que verbale.

Les problèmes abordés en art thérapie sont analogues à ceux d’une psychothérapie verbale classique. Le processus thérapeutique est engagé par la création d’une œuvre avec le matériel d’arts plastiques tout en discutant avec le ou la thérapeute. L’art-thérapie va permettre à la personne d’exprimer un potentiel thérapeutique à travers la création. Elle renforce la créativité, et comme les rêves les créations (ou le geste lorsqu’il s’agit de la danse) qui sont des expressions de l’inconscient. L’activité créatrice aide à réduire le stress et l’intrusion de la pensée négative. L’art thérapie aborde les problèmes cliniques et aident les personnes qui désirent explorer et renforcer leur créativité. Introduite dans les différents secteurs de la santé, des services sociaux, de l’éducation et des services communautaires, elle rend d’immenses services. Aujourd’hui, la base de données Pubmed (recueil des données scientifiques) fait état de nombreux articles scientifiques sur l’art thérapie. Elle est souvent indiquée en traitement complémentaire, et dans la réhabilitation sociale de personnes souffrant de troubles psychiques. Le spectre de son application est large: schizophrénie, autisme, dépression, maladie d’Alzheimer, soins palliatifs, etc…

Navrée, malgré les accroches marketing, les albums de coloriage pour adultes ne sont pas vraiment de l’art thérapie, ô combien les maisons d’éditions et les sites de vente en ligne affirment le contraire! Mais si c’est du marketing pur et dur, c’est une activité dénuée de dangers et ludique. L’activité de coloriage s’apparente aux bienfaits de l’écriture manuscrite. Si écrire à la main est bon pour le cerveau, le coloriage doit s’avérer également positif. Il met en jeu un nouveau processus cérébral sans en faire une panacée thérapeutique si on est vraiment stressé.

Pour Patrick Collignan, coach spécialisé dans l’approche cognitive comportementale, « le coloriage est une source de relaxation en soi, car cela permet de se concentrer sur quelque chose d’agréable en soi qui nécessite suffisamment d’attention pour ne pas laisser les pensées négatives vagabonder…Les personnes qui choisissent le coloriage prennent du plaisir à en faire, vraisemblablement lié à un plaisir d’enfance…On peut également mobiliser les zones adaptatives du cerveau si on fait appel à sa créativité. le coloriage demande d’aller l’harmonie des couleurs, de se projeter dans le futur en imaginant le résultat final.»

Certaines bonnes âmes s’indignent de cette activité qu’elles jugent infantilisantes et qui se ferait au détriment d’autres plus culturelles et adultes! Faisons fi de ces râleurs professionnels! Ne nous privons pas de gribouiller sur ces albums à notre guise! Et pourquoi pas en famille s’échanger des crayons de couleurs et les piquer à ses enfants? Finalement, je me demande si je ne vais pas m’y mettre. En prime, je vous ai déniché deux dessins à colorier que vous pouvez imprimer et colorier à votre guise si le coeur vous en dit ! Un chat et un chien! Entre la Ronronthérapie et la Cynothérapie, vous avez le choix!

Chat à colorier

Sources:http://www.teteamodeler.com/scolarite/psycologie/coloriage1.asphttp://www.rfi.fr/culture/20140505-art-therapie-succes-coloriages-adultes/http://www.aatq.org/arttherapyhttp://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/23073547http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/23073547,21247921,23886343,17952163,7809739,10264527,13568530,12997661,3853059,18879851,3185221,10298784,12980060,13844954,5139569?report=docsum

http://www.lemonde.fr/vous/article/2014/05/07/le-coloriage-pour-adultes-un-retour-a-l-enfance-bienfaiteur_4412501_3238.htmlhttp://mercredietcie.blogspot.fr/2010/11/les-vertus-du-tricot.html

BIBLIOTHÉRAPIE POUR TOUS DANS LA DÉPRESSION!

La bibliothérapie est réservée aux cas non urgents, et est conçue comme la première phase d’un traitement. En aucun cas, elle ne doit se substituer aux traitements classiques de la dépression.

 
 
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Le National Health Service (NHS) britannique impose de longs délais d’attente pour consulter un médecin. Dans le cas de la dépression, on sait que mal prise en charge, elle peut gâcher la vie d’une personne pendant 10 ans à cause de ses complications, démontrées par les articles scientifiques recensés sur Pubmed. De ce fait,  la bibliothérapie outre Manche a été prescrite à des milliers de patients souffrant de dépression. 

 
La bibliothérapie est reconnue, outre Manche, depuis 2013. L’origine de ce terme remontrerait à la première guerre mondiale pour prendre en charge les soldats souffrant de stress post-traumatique (selon la terminologie actuelle). Elle est attribué au pasteur Samuel Crothers qui l’a utilisé dans un article de l’Atlantic Monthlay en 1916. La pionnière de cette discipline est l’infirmière et bibliothécaire Sadie Peterson Delanay. Elle traitait ses patients avec des lectures soigneusement sélectionnées avec l’équipe médicale, et voyait ainsi leur état s’améliorer.
 

La bibliothérapie a pris son essor à partir des années 2000 avec le livre  « Remèdes littéraires » d’Ella Berthoud  et Susan Elderkin. Si le principe est sympathique, certaines de leurs préconisations ne sont pas très académiques et ne vont pas dans le sens de la reconnaissance de la bibliothérapie comme une pratique médicale. Ce n’est pas très sérieux, ainsi que l’a relevé la journaliste Françoise Dargent dans un article du Figaro. Lire Robinson Crusoe serait censé aider en cas de pessimisme intense, et l’Insoutenable légèreté de l’être, de Milan Kundera combatte la dépression. Vraiment?  À mon sens, c’est un dévoiement de la bibliothérapie que je qualifie d’inspiration new age et tendance bien-être. 

 
Comment la bibliothérapie marche-t-elle dans la dépression? D’abord, elle est réservée aux cas non urgents et est conçue comme la première phase d’un traitement. La bibliothérapie, en aucun cas, ne  doit se substituer aux traitements classiques de la dépression (ou autres troubles). Elle serait plus efficace en complément d’un traitement classique. Un livre de développement personnel est prescrit à l’instar d’une pilule aux patients déprimés. 
 
Mais qu’on ne s’y trompe pas, la bibliothérapie a fait ses preuves par essais cliniques comme n’importe quel traitement. L’abstract d’un article publié dans La Revue de Psychologie clinique montre que « la bibliothérapie semble être efficace dans la réduction à long terme des symptômes dépressifs chez l’adulte, fournissant un traitement rapide et abordable susceptible de réduire d’autres médicaments. Les résultats de la présente analyse suggèrent que la bibliothérapie pourrait jouer un rôle important dans le traitement d’un problème de santé mentale grave. Des études complémentaires devraient être menées pour renforcer la preuve de l’efficacité de la bibliothérapie
 
Pour être validés comme potentiellement thérapeutiques, les livres sont soumis à des essais comparatifs. Les symptômes dépressifs des patients avant et après la lecture du livre testé sont comparés à ceux des patients « sans bibliothérapie ». Les ouvrages qui ont reçu le label scientifique figurent en bonne place dans les bibliothèques locales du Royaume Uni. L’un de ces livres thérapeutiques ayant satisfait aux exigences des essais est celui  du psychiatre David Burns « Se Libérer de l’anxiété » sans médicaments, la thérapie cognitive: un auto-traitement révolutionnaire de la dépression ».
 
La Bibliothérapie ne s’adresse pas qu’aux adultes, elle s’adresse désormais aussi aux enfants dans une cinquantaine d’états étasuniens. C’est ce que propose le programme Reach out of Read, créé par le Dr Barry Zuckerman et le Dr Robert Neddlman. Dans le Wisconsin, la directrice de Reach Out Of Read, Nasvara, bibliothécaire et pédiatre préconise la lecture plusieurs minutes juste avant l’endormissement des enfants. Ses ordonnances sont en fait des listes de lectures. Le Dr Perri Klass, du Bellevue Hospital Center, a observé l’attitude des enfants envers les livres suivant leur âge. Jusqu’à six mois, l’enfant porte le livre à sa bouche comme s’il le goûtait. Vers 12 mois, l’enfant pointe du doigt dans le livre des éléments qui l’intéressent, et à partir de 18 mois, il tourne les pages. À partir de deux ans, il est capable de rester assis et d’écouter les histoires qu’on lui raconte.
 
Ce programme américain de bibliothérapie est appliqué par 12000 pédiatres américains, et vise à élargir la pratique médicale et la relation au patient; et celle de la relation parent/enfant indirectement. Le but est de résoudre le déficit de parole des jeunes enfants, permettant l’enrichissement du vocabulaire dans ces années cruciales d’apprentissage. La bibliothérapie ne dénonce pas les supports numériques, elle les fait coexister avec le livre imprimé. Pour avoir fait ses preuves, le livre papier reste le pivot de la lecture. Au-delà de l’intérêt des histoires et des récits, le livre imprimé développe l’individualité, l’empathie et l’altérité; tout ce qui forge une personnalité équilibrée. La bibliothérapie, prescrite en pédiatrie, permet une nouvelle pratique médicale qui n’est pas basée uniquement sur la pharmacopée. C’est une approche créative de la relation médecin/patient.

Barry Zuckerman précise: «… de tout ce que nous savons sur le développement du cerveau, les enfants nous apportent une compréhension dans l’apprentissage des compétences qui mènent à la lecture, depuis la naissance. Et c’est primordial, surtout depuis les trois premières années de leur vie. Le programme est une occasion unique pour les pédiatres, car ces derniers voient les enfants régulièrement, et que les parents apprécient leurs suggestions.»

Les bienfaits de certains genres de littérature sur l’enfant sont amplement connus. De nombreux penseurs et psychanalystes  comme Freud, Louise Von Franz, Mélanie Klein, Otto Rank  et d’autres se sont penchés sur l’impact des contes de fées sur la psyché de l’enfant.

Dans « Psychanalyse des conte de fées », Bruno Bettelheim a décrypté les contes de fées comme un rite de passage entre le monde de l’enfant et celui des parents. Ce que les enfants ressentent vis-à-vis d’un récit est très important dans leur développement émotionnel. Le conte donne du sens à leur vie, et il est formulé dans un langage symbolique accessible à leur imaginaire. La simplicité des situations et des personnages sur un mode manichéen (bons et méchants, géants, ogres) est un excellent exutoire aux pensées et sentiments réprimés dans la vie réelle. Bruno Bettelheim analyse les contes de fées suivant la rhétorique psychanalytique. Ainsi, le conte des « Trois petits cochons » mettent en scène l’opposition entre le principe de plaisir et le principe de réalité. Celui de « Blanche Neige » se rattache aux conflits oedipiens, et « La  Gardienne d’oie » à celui de l’inceste.

Pour Bruno Bettelheim « raconter un conte de fées, exprimer toutes les images qu’il contient, c’est un peu semer des graines dans l’esprit de l’enfant. Certaines commenceront tout de suite à faire leur travail dans le conscient de l’enfant; d’autres stimuleront des processus dans l’inconscient. D’autres vont rester longtemps en sommeil jusqu’à ce que l’esprit de l’enfant ait atteint un stade favorable à leur germination, et d’autres ne prendront jamais racine. »

S’il est pertinent de citer les pionniers de la bibliothérapie, il est bon de revenir à la méthodologie scientifique. La dépression et l’anxiété sont les troubles mentaux les plus courants chez l’enfant et l’adolescent. La bibliothérapie est un traitement utilisant des matériels écrits pour des problèmes de santé mentale. Ses principaux avantages sont la facilité d’utilisation, le faible coût, les besoins en personnel et une plus grande confidentialité. Pourtant, peu de méta-analyses ont porté sur l’effet de la bibliothérapie sur la dépression et les troubles anxieux chez les enfants et les adolescents, ce qui signifie d’emblée que c’est une méthode complémentaire. Selon les conclusions de la revue Neuropsychiatric Disease and Treatment, la bibliothérapie pourrait être plus bénéfique dans le traitement de la dépression chez les adolescents, mais présente des effets moins robustes pour l’anxiété chez les enfants. Des études cliniques complémentaires bien définies doivent être réalisées pour confirmer ces résultats.

Une partie de notre cerveau est consacré à la lecture. « La lecture fait appel à une région bien précise au sein de la mosaïque de régions spécialisées du cortex temporal ventral» (Stanislas Dehaenne). C’est ainsi que Stanislas Dehaene a découvert avec le neurologue Laurent Cohen, que la lecture développe une aire de la forme visuelle des mots, cachée dans la région du cortex occipito-temporal de l’hémisphère gauche. 

Si la bibliothérapie doit encore faire ses preuves, elle a l’énorme avantage de jouer le rôle de rééducation cognitive à l’instar de la remédiation cognitive. Dans une dépression, il ya de nombreux troubles cognitifs dont celui de l’attention, d’une focalisation sur les émotions négatives et d’une baisse de l’humeur. La bibliothérapie permet de détourner l’attention du dépressif, et de lui redonner le gout de l’effort cognitif, et de stimuler son imagination. Mais la bibliothérapie reste encore en France une pratique médicale peu courante et marginale.

VIDÉO SUR LES NEURONES DE LA LECTURE PAR STANISLAS DEHAENNE

POURQUOI FAUT-IL LIRE ÉLOGE DE LA LUCIDITÉ?

Sommes nous capables face à cette injonction du bonheur à tout prix de détecter ces illusions, ces faux bonheurs pour faire place nette à de vrais bonheurs où la lucidité est présente?

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Le bonheur est le Graal moderne de la psyché. Sa quête est devenue l’injonction sociétale des temps modernes. Depuis l’Antiquité, les philosophes ont proposé leur conception du bonheur. Comme Épicure qui avait remarqué la propension des hommes à se précipiter vers des choses qui ne les satisfont pas. Et le bonheur, si je veux, ce n’est pas si simple! 

Si le bonheur est  une belle idée, il est aujourd’hui  « étouffé sous un poids croissant d’illusions mensongères et convaincant qu’il importe de dénoncer» comme l’a justement écrit le psychiatre Christophe André. Être heureux à tout prix peut justement avoir l’effet inverse, engendrer des frustrations et faire de nous des éternels insatisfaits. Sommes nous capables face à cette injonction du bonheur à tout prix de détecter ces illusions, ces faux bonheurs pour faire place nette à de vrais bonheurs où la lucidité est présente?

La lucidité est le fonctionnement normal des facultés intellectuelles qui met en oeuvre la raison, s’opposant à la pensée irrationnelle que l’on trouve souvent dans le dévoiement du développement personnel qui fait miroiter le bonheur à portée de main. Dans son livre « Eloge de la lucidité », Kilios Kotsou nous livre quelques clefs  pour débusquer cette quête pathologique du bonheur avec un B majuscule! Loin d’être un livre  de développement personnel voire de pensée positive, cet ouvrage repose sur les données issues de la psychologie positive, un courant de recherche  qui est l’étude des forces du fonctionnement optimal et des déterminants du bien-être (ce qu’on appelle communément la science du bonheur) qui font l’objet d’une littérature scientifique.

Kilios Kotsou est docteur en psychologie, et chercheur au sein  de la chaire mindfullness, bien-être au travail et paix économique de Grenoble École de management. Sa démarche se centre plus précisément sur l’intelligence émotionnelle. Il est l’auteur de plusieurs articles scientifiques parues dans des revues d’excellente qualité dont le PloS one (2016) ou Psychiatry Research (2013).  Son livre « Eloge de la lucidité » a remporté le Prix Psychologies-Fnac 2015.

Ce que Ilios Kotsou propose à ses lecteurs dans Éloge de la lucidité,  c’est de se libérer des illusions qui empêchent d’être heureux. Comme le souligne Christophe André, chef de file de la psychologie positive en France, dans la préface, « pour accéder au bonheur, il faut accepter adversité, souffrance, imperfection ; bref, accepter, tout entière, la réalité de ce monde.»

Dans son introduction, Ilios Kotsou propose deux définitions scientifiques du bonheur: la première est la conception hédonique du bonheur (plaisir ou émotions positives, et absence de douleurs ou d’émotions négatives). Et la deuxième est la conception eudoménique du bonheur (en référence au sentiment de notre vie indépendamment des évènements déplaisants ou de l’inconfort) .

L’auteur de l’Éloge de la lucidité n’hésite pas à démonter les mécanismes  des livres de développement personnel qui promettent le bonheur. Notamment, le livre de Wayne Dyer Le Pouvoir de l’intention, Réalisez tous vos désirs en vous connectant à l’intelligence universelle » dont le présupposé idéologique est le suivant: « quand nous sommes connectés à l’intention, une harmonie règne en nous et autour de nous; on se sent inspiré et heureux, nos projets se réalisent, les relations deviennent sereines, les évènements agissent en notre faveur.» Un autre ouvrage auquel s’attaque Ilios Kotsou est celui de Joe Vitale « Zéro Limite », le programme secret » hawaien pour l’abondance, la santé, la paix et plus encore » qui expose une méthode où les désirs se réalisent et transforment la vie professionnelle, amoureuse et personnelle. Ces deux livres qu’il critique vivement sont en fait des recettes de pensée magique. Aucun fondement scientifique sur ces deux bouquins de développement personnel. Selon Ilios Kotsou,  ces livres sont les exemples type des mirages du bonheur vendus comme des « évidences », et il propose des  alternatives susceptibles  pour s’en sortir. D’abord il y a le piège de l’idéalisation autour de l’idée même de bonheur. On vend le bonheur à travers le marketing sans souffrances. Le bonheur est valorisé à l’extrême sous sa facette hédonique, en mettant l’accent sur l’épanouissement individuel, l’atteinte du plaisir et l’évitement de la douleur. Ilios Kotsou note que la recherche effrénée du bonheur peut mener à l’individualisme et à l’isolement,  ce qui est paradoxal car le contraire du but recherché.

Lutter contre les dangers pour échapper à l’inconfort psychologique (émotions négatives, insatisfaction, frustration, anxiété, tristesse) par l’évitement émotionnel peut engendrer le paradoxe des dépendances. Nous avons tous nos stratégies d’évitement qui à court terme ne sont pas nuisibles mais à long terme peuvent augmenter notre mal-être. Ilios Kotsou fait bien le distinguo entre la pensée positive présentée dans les livres de développement personnel et la psychologie positive. Si l’on en croit les gourous de la pensée positive, notre vie serait le reflet de nos pensées, et qu’il est possible de les contrôler pour atteindre le bien-être. Daniel Wegner, psychologue à Harvard  a testé ce qui se  passe quand nous essayons de contrôler nos pensées. La tentative de supprimer une pensée conduit à une intensification subséquente de celle-ci par un effet « rebond ».

C’est comme pour les obsessions! Essayer de les supprimer par la pensée positive est inefficace. Si c’était le cas, elle guérirait les personnes souffrant de troubles obsessionnels compulsifs qui se caractérisent justement par des pensées intrusives répétées et anxiogènes. Et sans parler du «retour de flammes» de l’auto suggestion positive au cœur des best-sellers de pensée positive. Cette technique est fondée sur a répétition d’un mantra comme par exemple « Je suis forte et puissante, et rien dans le monde ne peut m’arrêter.

Le professeur en psychologie Joanne Wood de l’université de Kent a constaté que ceux qui avaient une faible estime d’eux-mêmes se sentaient encore plus mal après de l’autosuggestion positive. Er ceux qui ont déjà une forte estime d’eux-mêmes, et bien c’est le jeu des sommes nulles mis en évidence par  Paul Watzlawick. C’est à dire que ça ne sert à rien chez eux.

Et présupposer que la pensée positive peut tout résoudre avec un programme de rééducation de la pensée » peut entraîner un fort sentiment de culpabilité comme effet secondaire négatif. Et cela peut s’avérer dangereuse pour des personnes souffrant de maladies graves (comme le cancer entre autre).  La pensée positive n’est ni plus ni moins que de la pensée magique.

Il y a également le  fameux mythe de l’estime de soi développé par des chantres  de la pensée positive à l’instar de Norman Vincent Peale, Nathaniel Branden.  Ce dernier fait un lien douteux entre faible estime de soi et violence. L’estime de soi n’a jamais favorisé des résultats professionnels, et elle ne prédit pas la qualité ni la durée des relations.  Et la poursuite de soi est au centre du fonctionnement des personnalités narcissiques. La quête de l’estime de soi peut se révéler un facteur de stress et d’anxiété, facteur de vulnérabilité, etc. Ilios Kitsou s’appuie sur les travaux de Léon Festinger su la dissonance cognitive. Alors pour emprunter les chemins de la lucidité, que faut-il faire suivant la psychologie positive?

D’abord se chouchouter psychologiquement. Se montrer tolérant sur son mal-être psychologique. En psychologie la tolérance est en psychologie clinique appelée « l’acceptation » qui est le consentement à rester en contact avec ses expériences intérieures désagréables (émotions, sensations). Mise en évidence scientifiquement, l’acceptation a un effet protecteur sur les aléas de la vie.
Si l’on prend conscience de ses émotions négatives, de son mal-être intérieur et en étant tolérant envers ses failles psychologiques,  cesser de lutter contre ces émotions désagréables, c’est les transformer en désespoir créatif.
« Tolérer nos inconforts et nos états d’âme désagréables nous permet de dégager un espace d’ouverture : au lieu de réagir automatiquement à nos expériences, il nous est proposé de les observer pour ensuite tenter de choisir le comportement le plus adapté à la situation.»

Le monde n’existe pas uniquement à travers nos pensées, et il faut faire la différence entre le monde réel et celui de nos pensées. Il faut apprendre à se montrer plus d’indulgence envers soi. Le professeur de psychologie clinique Paul Gilbert la mis au point une thérapie de groupe dénommée « formation à la compassion,» pour aider justement à acquérir à développer ces qualités de compassion envers elles-mêmes, surtout si elles sont enclines à s’en vouloir lors de contextes difficiles. Il faut aussi apprendre à détecter les croyances relatives à notre identité, sans se demander si elles sont vraies ou fausses mais simplement savoir se détacher de ces pensées qui influencent notre comportement. On peut aussi observer son expérience en restant en contact avec le moment présent en pratiquant une technique comme le Mindfullness, une forme de méditation qui se propage actuellement (en prenant soin de trouver un praticien compétent et et formé avec un pré requis scientifique universitaire).

Acquérir cette forme de lucidité pointée par Ilios Kotsou permet la prise de conscience que notre vie comportera, un jour ou l’autre sa part d’inconfort ; sans céder toutefois à des peurs irrationnelles en craignant que que l’épée de Damoclès s’abattra sur vous…
« La lucidité est une clef pour comprendre que le résultat de nos actions ne dépend pas uniquement de nous…par la conscience que les douleurs sont indissociables du fait même d’être en vie, la lucidité nous conduit à vivre en prenant des risques : celui d’aimer, de s’engager, de s’échouer .»(Ilios Koutso)

Voilà juste les grandes lignes de cet ouvrage, et j’espère que ce post vous donnera envie de lire « Éloge de la lucidité », et  à défaut exercer votre esprit critique sur les tartes à la crème du développement personnel.

Vidéo d’une conférence de Ilios Koutso sur l’intelligence émotionnelle.

ÉLECTROCHOCS ET SOUMISSION À L’AUTORITÉ!

Sous l’influence d’une figure d’autorité, des personnes soumises à un stress intense sont capables d’administrer des chocs électriques, potentiellement mortels à autrui.

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La fameuse expérience sur la soumission à l’autorité réalisée par  le psychosociologue Stanley Milgram dans les années 60 est-elle toujours d’actualité et reproductible ?
 
L’idée de Stanley Milgram était d’étudier la réflexion d’Hannah Arendt sur la banalité du mal qui avait mené à l’horreur de l’Holocauste. Fils d’immigrés juifs, il cherchait à comprendre comment l’holocauste avait pu avoir lieu. L’arrestation d’Heichmann le 11mai 1960, puis son transfert vers Israël avait projeté sur le devant de la scène l’horreur de l’holocauste. Stanley Milgram pensait qu’il fallait laisser tomber l’analyse de la personnalité pour se centrer sur les stratégies d’adaptation face à une figure d’autorité, lorsqu’elle peut les inciter autrui à commettre des actes contraire à son éthique.
 

Pour sa recherche, Milgram et son équipe de chercheurs vont recruter une quarantaine de volontaires par voie d’annonce dans le journal local de New Haven. Pour jouer le rôle du scientifique, Milgram fait appel à un professeur de biologie et lui fait porter une blouse grise pour que ce soit encore plus crédible. Vêtement non anodin car la blouse grise est un symbole d’autorité pouvant faciliter l’obéissance des volontaires. Les cobayes humains ignorent le véritable motif de cette expérience car l’équipe ment délibérément pour que leurs directives soient suivies à la lettre.

Les scientifiques les mettent aux commandes d’un générateur électrique supposé envoyer une décharge électrique aux personnes branchées sur lui par des électrodes. Les volontaires ignorent qu’il s’agit d’une fausse machine, et que la personne reliée à elle est un comparse de l’équipe scientifique. Notamment un expert-comptable avec une bonne tête de victime. On leur ment en leur disant que l’intensité du courant est proportionnel au nombre d’erreurs. Et on leur dit d’appuyer à chaque faute au questionnaire sur le bouton « on » pour électrocuter. Plus elle se trompe, plus la décharge électrique s’intensifie !

Donc, à  chaque erreur du comparse de Milgram, les volontaires exécutent à la lettre la consigne en appuyant sur le bouton « On ». À chaque décharge, allant en crescendo, le comparse simule la souffrance par des mimiques.

Le 7 août 1961, les résultats de l’expérience tombent et ils sont terrifiants!

65 % des sujets  acceptent sur ordre de l’expérimentateur d’infliger des chocs électriques allant jusqu’à 450 volts au comparse pour le punir.  En clair, des personnes soumises à un stress intense sont capables d’administrer des chocs électriques potentiellement mortels à quelqu’un lorsqu’ils sont sous l’influence d’une figure d’autorité. Et ce, malgré des supplications et des cris de douleur à fendre l’âme. L’empathie est annihilée.

Ces résultats dépriment Milgram! Dans une lettre adressée au directeur de la NSF (National Science Foundation), il écrit les mots suivants: « Les résultats sont terrifiants et déprimants…jadis, je m’étais naïvement demandée si, dans toute l’étendue des États-Unis, un gouvernement malfaisant arriverait à trouver  suffisamment d’infirmes moraux pour pourvoir en gardiens un réseau de camp de la mort. Je commence à penser qu’on pourrait  recruter la totalité à New Haven »

Outre le statut de figure d’autorité du scientifique, il y a selon Milgram un transfert de responsabilité: « la disparition du sentiment de responsabilité est la conséquence la plus importante de la soumission à l’autorité.» C’est ce qui fait  que ce n’est plus n’est la personnalité du sujet qui domine mais son contexte. D’autres chercheurs ont complété le point de vue de Milgram. Selon A.Haslam, ce n’est pas par obéissance aveugle que les volontaires vont jusqu’au bout, mais parce qu’ils sont « des adeptes engagés ». Laurence Kohlberg, en reproduisant l’expérience, a montré que les personnes qui avaient une éthique élevée, et un grand sentiment de responsabilité s’arrêtaient plus tôt de pousser le bouton. Cette tendance à administrer des chocs électriques à son prochain qui fait des erreurs serait aussi due au « souci du travail bien fait » (mais si, mais si!) et à l’amabilité (mais oui, mais oui! ).
 

Alors aujourd’hui, l’expérience des années 60 est-elle encore reproductible? Qui a suivi en mars 2012 sur France 2 l’émission Le Jeu de la mort ou Zone Xtrême? 

Cinquante après l’expérience de Yale, France 2 voulait démontrer l’impact de l’emprise autoritaire de la télévision sur les téléspectateurs. Laproduction va s’inspirer du protocole scientifique de Stanley Milgram. La chaîne est conseillée par une équipe de psychosociologues pour mieux coller à l’expérience de Yale. Il y a des changements non sur le fond mais sur les formes. L’autorité n’est plus incarnée par un scientifique mais par une animatrice de télévision. Le décor et l’ambiance du plateau sont celles d’un jeu télévisé pour leurrer les candidats choisis pour cette expérience.

Le candidat recruté par la production ne sait pas que celui qui est interrogé est un comédien. Il a pour consigne d’appuyer sur le bouton « choc électrique » lorsque celui-ci se trompe dans les réponses du questionnaire. Dans l’émission les candidats vont  se comporter comme les volontaires de Milgram. Ils appuieront sur la manette à  chaque erreur, malgré le visage du comédien tordu de douleur, et les spasmes de son corps simulant l’électrocution.

Quelle éthique pour une telle émission? Ce questionnement fût déjà soulevé au temps de Milgram. Les spécialistes de l’époque s’étaient penchés dessus pour savoir si l’expérience était conforme au code de déontologie des psychologues américains, l’APA (American Association Psychologist).

La psychologue Diane Baumrind, en 1964, avait souligné que malgré le consentement éclairé des sujets participants à l’expérience, ils s’étaient sentis piégés et en avaient gardé un souvenir amer. Mais S.Milgram  répondra à ces critiques, en précisant les précautions dont il s’était entouré pour ne pas nuire aux volontaires.  Il affirmera que cette expérience est « une opportunité pour en savoir plus sur eux, et plus généralement sur le moteur de l’action humaine».

A la même époque, Léon Festinger parlait de la dissonance cognitive, cette tension interne, ce malaise psychique éprouvé lorsqu’on est confronté à des situations contraires à ses valeurs…

Dans le jeu de la mort, on l’entrevoit dans cette étrange dynamique interactive entre les participants. Leurs réactions ressemblent fort à une stratégie de rationalisation collective destinée à réduire la dissonance cognitive. D’ailleurs à eux aussi, on leur a menti en leur disant que c’était un jeu télévisé. Sur quels critères ont-ils été recrutés? 
 
Toutes les objections, soulevées à l’époque de Milgram, se posent pour le jeu de la mort. Peut-on parler de manipulation subliminale?
Le téléspectateur l’est manifestement, mais c’est quasiment indécelable! Contrairement aux candidats du « Jeu de la mort », il sait par les bandes annonces et les échos de la presse que c’est un faux jeu et un programme enregistré à l’avance, en non de la télé-réalité. Il sait que les candidats à l’émission ont été piégés façon « caméra cachée ». 
Le nom de Milgram est évoqué en long et en large, et son expérience est manifestement présentée d’une façon rigoureuse par les psychosociologues interviewés. Mais qui, hormis les spécialistes des sciences humaines, connaît Milgram? Inconnu au bataillon pour le grand public!
 

Ors, cette manipulation est de l’ordre du subliminal. Elle apparaît en filigrane dans le montage de l’émission. Des extraits filmés montrent « comme des flashs » la révolution étudiante de Tien Anmem et des camps nazis entre deux séances de plateau télévisé. La télévision démontre l’un de ses aspects pervers où le subliminal est susceptible d’induire en infra-liminal la banalisation de la violence. Point régulièrement soulevé dans les jeux vidéo (entre autres) !

Cette face cachée du jeu de la mort dévoie l’expérience de Milgram et ce, malgré la bonne volonté des psychosociologues recrutés par France 2. La belle illusion a consisté à faire croire que l’on pense que c’est l’équipe scientifique qui mène le jeu. Or, il n’en est rien. C’est la chaîne et le réalisateur qui sont les véritables décideurs. Cette bien curieuse émission a  d’ailleurs irrité des politiciens.

La recherche sur l’obéissance de Milgram est toujours d’actualité pour qui veut regarder sous l’angle des sciences humaines les rapports humains, et décrypter certains faits de l’actualité. Mais quelle est la limite à ne pas dépasser pour faire respecter l’autorité? Et pouvons nous passer de l’autorité, nous en affranchir? 

Sources

SURDOUÉ OU ZÈBRE?

L’intellect et l’émotion se mêlent dans une population particulière de surdoués appelés les zèbres.

 

Qui n’a pas été tenté sur les réseaux sociaux de remplir ces tests gratuits et ludiques évaluant l’intelligence? Ils sont plus ou moins fiables et s’adressent au plus grand nombre!
 
L’intelligence est incontestablement au sommet du modèle hiérarchique des capacités cognitives qui comprend un niveau moyen de facteurs de groupe tels que les domaines cognitifs, des aptitudes verbales, spatiales et de la mémoire. Le noyau de l’intelligence est cette capacité à raisonner, à planifier, à résoudre des problèmes, à appréhender des idées complexes, à apprendre rapidement et être capable de tirer les leçons de l’expérience.
Il peut y avoir des adultes à haut potentiel, et avec des intelligences spécifiques incapables de répondre à ce genre de test ou plutôt de quizz vite fait que l’on peut charger sur son smartphone ou sa tablette, histoire de faire passer le temps dans une rame de métro bondé!
 
Et passer des tests d’intelligence n’est-il pas quelque part un dispositif de servitude volontaire comme le soulignait La Boétie? Inutile de rappeler, que seuls les tests agréés chez un psychologue permettent d’obtenir un résultat fiable. Le psychologue a un diplôme universitaire et a suivi une formation sur les tests s’il veut se spécialiser en psychométrie.

 

Le premier vrai test de QI ou échelle métrique d’intelligence a été mis au point en 1904 par Alfred Binet (1857-1911) et Théodore Simon (1873-1961) à l’instigation du ministère français de l’éducation. La mission de ces deux psychologues était de développer un test pour différencier les enfants qui présente une insuffisance intellectuelle de ceux qui était simplement paresseux. Évidemment, c’était une autre époque avec une autre conception de l’enfant et de son éducation. Le test Binet a été traduit en plusieurs langues, et dans les années 70, on  a utilisé le Stanford Binet mis au point en 1916 par le psychologue américain Lewis Terman qui s’est inspiré amplement de l’échelle de Binet. Il existe aujourd’hui de nombreux tests aux acronymes comprenant des épreuves verbales et des épreuves cognitives, s’adressant soit à l’enfant soit à l’adulte (le WAIS, le WAIS-R, la NEMI, le  test de Cattel, etc… ). Mais il ne faut pas aussi se focaliser sur les mesures du QI. Le QI ne fait pas tout.

Et aujourd’hui, d’aucuns affirment qu’il y aurai un recul du Quotient intellectuel via l’effet Flynn. Les causes les plus vulgarisées de la baisse du QI sont le déclin de l’éducation, la possibilité que les gens les plus intelligents fassent moins d’enfants ou encore l’accélération de nos modes de vie. À partir des années 90, les médias vont s’intéresser au quotient émotionnel développé dans le best-seller de Daniel Goleman « Emotional Intelligence « . Ce concept flou au départ  va devenir une piste prometteuse pour de nombreux chercheurs et pour la psychologie. Jusque là, on estimait que le Q.I était le garant d’une réussite sociale pour celui qui avait explosé les scores des échelles métriques de QI. L’intelligence émotionnelle attire de nombreuses critiques de la part des scientifiques; ils estiment que pour un grand nombre, elle représente une qualité qui ne peut être mesurée par un test de Q.I, par exemple la motivation, la confiance, l’optimisme ou le bon caractère. Il y a manifestement aujourd’hui  une prise en compte des émotions dans la préhension de la psychologie de l’individu.

De plus en plus, on se situe dans une perspective cognitiviste avec un ancrage neurobiologique. Même s’il n’existe pas au sans strict senso un gène de l’intelligence, l’on sait, à l’âge adulte, 60 à 80% serait liée à la génétique. Une récente découverte parle de 40 gènes identifiés mais l’environnement serait bien plus fort que la génétique. 

L’intellect et l’émotion se mêlent dans une population particulière de surdoués appelés les zèbres. Le mythe du surdoué hyper-performant et sur-avantagés est décrit avec brio par la psychologue clinicienne Jeanne Siaud-Facchin dans son livre « Trop  intelligent pour être heureux? « .
Il y a une polémique autour du terme zèbre quand il s’agit d’une comparaison subjective entre les caractéristiques des membres de la Mensa (club élitiste qui regroupe les personnes au fort QI), et les membres du forum Zebra Crossing.
Les membres de la Mensa sont sélectionnés par un test de Q.I démontrant que leur intelligence se situe dans les 2 %  au sommet de la courbe ; les membres du zebra crossing sont a priori des personnes qui se reconnaissent dans la définition de la psychologue Jeanne Siaud-Facchin dans son livre Trop intelligent pour être heureux? 

Pourquoi ne reprendre quelques extraits du blog d’un zèbre pour lire entre les lignes son état d’esprit?  Certains de ses propos recoupent ceux qui ont été dits précédemment.
« Le terme de zèbre est un mot poétique et imagé visant tout simplement à remplacer les usuels :

– surdoué (néologisme employé pour la première fois en 1946 par le neuropsychiatre espagnol Julian de Ajuriaguerra)

– doué(souvent préféré à « surdoué », le « sur » véhiculant de fait une notion de supériorité dérangeante)
– EIP (Enfant Intellectuellement Précoce, terme très trompeur, mais qui a la faveur des autorités françaises, sans aucun doute car très politiquement correct. C’est donc celui retenu pour les rapports & notes de l’Education Nationale, les textes de loi)
– précoce
– intellectuellement précoce
– HP(à Haut Potentiel)
– HPI(à Haut Potentiel Intellectuel)
– HQI(Haut Quotient Intellectuel)
– THQI(Très Haut Quotient Intellectuel, se rapporte généralement aux gens ayant un QI à partir de 145)
– sentinelle(terme inventé par Olivier REVOL)
– APIE(Atypique Personne dans l’Intelligence et l’Emotion, selon le terme inventé par Jean-François LAURENT)
– HN(Hors Norme)
– surefficient intellectuel (ou également surefficient mental)
 
Autant de mots pour ne décrire qu’un seul état, tous convergeant vers une même notion : la désignation d’un personne surdouée (qu’elle soit enfant ou adulte). Mais ces mots sont souvent pesants tant ils sont lourds d’idées reçues
 
Ils mettent d’autant plus mal à l’aise qu’ils ne contribuent pas à comprendre de quoi il est question en réalité, bien au contraire. Chacun de ces mot renvoie en effet inévitablement, dans l’esprit commun, à de faux-semblants & des préjugés dont il est par la suite très difficile de s’extirper.
Par ailleurs, mots que les surdoués eux mêmes, n’aiment généralement pas employer pour parler de leur propre condition. Car teintés d’une présomption de sentiment supériorité, de réussite acquise mise en avant, d’élitisme. Ils sont généralement synonymes de grande prétention, & si souvent à l’origine d’énormes malentendus
Ce mot, « zèbre », a été trouvé au début des années 2000 par la psychologue française Jeanne SIAUD-FACCHIN, spécialiste du surdouement, qui s’est beaucoup investie dans ce domaine depuis plusieurs années.
Elle est notamment l’auteure de deux excellents ouvrages de vulgarisation sur ce thème.
 
Il s’agit ainsi d’un terme de substitution ayant pour objectif d’adoucir la manière d’envisager ces personnes présentant une différence par rapport à la majorité de la population. En tentant de remplacer (& donc, d’éviter d’emblée) les mots équivoques, le but était de réduire, voire d’anéantir (  ), les incompréhensions habituelles liées aux termes classiques de « surdoué » ou « précoce ».
 
J. Siaud-Facchin écrit à ce propos dans son 1er ouvrage (« L’enfant surdoué : l’aider à grandir, l’aider à réussir« , réédité & réactualisé en 2012) :
 Et dans celui qu’elle consacre aux adultes surdoués (« Trop intelligent pour être heureux ? L’adulte surdoué« ) :
 
Le zèbre, cet animal différent, cet équidé qui est le seul que l’homme ne peut apprivoiser, qui se distingue nettement des autres dans la savane tout en utilisant ses rayures pour se dissimuler, qui a besoin des autres pour vivre et prend un soin très important de ses petits, qui est tellement différent tout en étant pareil. Et puis, comme nos empreintes digitales, les rayures des zèbres sont uniques et leur permettre de se reconnaître entre eux. Chaque zèbre est différent.
Je continuerai à défendre tous ces gens « rayés » comme si ces rayures évoquaient aussi des coups de griffe que la vie peut leur donner. Je continuerai à leur expliquer que leurs rayures sont aussi de formidables particularités qui peuvent les sauver d’un grand nombre de pièges et de dangers. Qu’elles sont magnifiques et qu’ils peuvent en être fiers. Sereinement.
 
Un zèbre est donc un surdoué, tout simplement. Ce n’est rien de plus, rien d’autre, rien « au dessus » ou « au delà » du surdoué tel qu’il est défini classiquement en psychologie 
A savoir :
– un QI généralement supérieur à 130 sur l’échelle de Weschler – mais pas toujours
– une personnalité atypique
– un mode de pensée singulier (avec par exemple, une pensée dite « en arborescence »… mais pas que !)
 
Le tout, bien sûr, validé par un bilan psychométrique réalisé par un psychologue spécialisé & maitrisant les outils & l’analyse des différentes tests !
 
Il est important de redire combien seul un bilan & l’avis d’un spécialiste peuvent attester ou non d’un surdouement. Se penser zèbre n’est pas toujours être zèbre ! De même (chose très fréquente…), se sentir nul n’est pas toujours être idiot »

 

Sources:

http://les-tribulations-dun-petit-zebre.com/2009/07/11/pourquoi-le-nom-de-zebre/

http://www.zebras-crossing.org/doku.php?id=articles:zebre

 









	

LE BONHEUR, SI JE VEUX!

il faut accepter que le bonheur n’aille pas en crescendo. Penser le contraire est une pure chimère!

Le bonheur, c’est vraiment le Graal de la psyché. Si vous voulez être heureux, allez vivre au Bhoutan réputé comme le « pays du bonheur immédiat »avec son indicateur de richesse: le bonheur national brut.

Comment définir le bonheur? Pour Le Petit Robert, le bonheur est un état de la conscience pleinement satisfait avec comme synonymes le bien-être, le plaisir, le contentement, l’euphorie et l’extase.

Les sciences humaines listent certains facteurs qui déterminent cette sensation de bien-être, et elle n’est pas exhaustive:
-La santé car il n’y a pas de bien-être psychologique sans bien-être physique. L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) décrit la santé comme un état complet de bien-être physique et social, et  qui n’est pas seulement une absence de maladie ou d’infirmité.

-La qualité des relations nouées avec les autres est essentielle. Nous sommes des animaux sociaux, et nous avons  besoin de nourritures affectives.
-L’activité professionnelle est aussi un gage d’épanouissement  personnel, et ce malgré tout ce qui se dit sur la souffrance au travail. On constate qu’à l’heure actuelle où le taux de chômage est très élevé, le nombre de dépressions et de suicides est en nette augmentation. Le travail est un facteur de lien social.
-L’argent est une condition propice au bien-être. Il y a de nombreuses études sur les relations entre le niveau de revenus (la richesse) et le bien-être. Elles démontrent que la la précarité (se référer au chômage et sa perte de revenus) ne prédispose pas au bonheur. Par contre, le bonheur n’augmente pas en fonction d’un certain niveau de revenus.
– L’âge entrerait en ligne de compte sans qu’on puisse l’expliquer. On est heureux en général à 20 ans, moins à 40 ans pour finalement se sentir heureux à partir de 60 ans. Alors, n’ayons pas peur de vieillir avec sérénité!
La revue Sciences Humaines dans son article « Les leçons de la science du bonheur, » cite la  religion comme une source de bonheur. Le sujet de la religion est délicat car mal compris, on serait tenté de penser que les non croyants et les non pratiquants ne seront pas heureux. Vraiment? Peut-être est-il plus judicieux d’évoquer certaines valeurs morales encouragées dans la spiritualité (au sens large) comme l’altruisme, la gratitude et la compassion à l’instar  des émotions positives qui renforcent cet état de bonheur. Sous réserve que l’environnement et les relations aux autres soit propices au développement des ces qualités sans moraline.
 

Le  bonheur ou l’état de bien-être ( ou ses équivalents) est étudié dans certains courants de la psychologie. Comme dans l’approche humaniste fondée sur une vision positive de l’être humain. Elle propose aux patients de relancer sa tendance auto-innée à s’auto-actualiser (résilience), rechercher une croissance psychologique et à développer son potentiel. Elle est appelée la troisième force comparée à la psychanalyse et au comportementalisme. Elle est apparue, à partir des années 40, avec Abraham Maslow rendu célèbre par sa pyramide des besoins, devenue un grand classique des sciences humaines. Sa pensée mérite d’être étudiée même si certains des ses héritiers ont dévoyé sa pensée.

 
Le courant humaniste est lié au mouvement du potentiel humain. Ce mouvement part du principe que les problèmes individuels sont liés à la société  ou à l’environnement; une société qui fait des individus des victimes. Et les maladies étant causées par la société.
Cette démarche est intéressante. Malheureusement, ce courant est souvent dévoyé. Car pour remédier à cette victimisation sociétale, il incombe à l’individu de développer le potentiel qui est en lui, comme par magie, en développant tout simplement la pensée magique au détriment de la pensée rationnelle. Sur un ton caustique, deux psychologues sceptiques, Margaret Singer et Lalich  dans la première version de l’ouvrage Science and ¨Pseudo Science en psychologie clinique ont résumé l’esprit des aberrations de ce courant: « aussi longtemps que nous pouvons trouver quelqu’un à blâmer, nous pouvons changer ».
 
Un autre courant, très voisin du courant humaniste, est la psychologie positiviste lancée en 1998. Elle se construit par des recherches  scientifiques évaluées par des pairs. C’est dans ce courant que l’on trouve la science du bonheur. La psychologie positiviste a comme point commun avec le courant humaniste de centrer son intérêt sur l’équilibre mental, les forces, le développement optimal et l’épanouissement humain. La psychologie positiviste a tenté de se démarquer en ignorant les travaux humanistes, en s’appuyant sur l’épistémologie et en recourant aux méthodes  qualitatives.
 
Malgré ces différences très difficiles à cerner, la psychologie positiviste et le courant humaniste ont souvent une connotation New Age dans leurs dérives. Il y a notamment cette volonté avec certains charlatans de changer la personnalité de base, d’inculquer chez leurs patients de nouvelles croyances psycho-spirituelles; axées sur le développement de l’âme, afin de faire accéder au bien être. Elles zappent les troubles de la psyché de l’ordre de la psychopathologie (ou de la névrose). Modification radicale de la personnalité d’origine, sans anamnèse, avec promesse illusoire d’accéder au bonheur, en s’appuyant uniquement sur la pensée positive et l’emprise mentale.
 
Loin du charlatanisme, la psychologie positiviste et le courant humaniste sont des approches intéressantes. Elles intègrent la psychologie clinique. Comme leader du courant humaniste, on trouve Carl Rogers (1902/1987). Concernant la psychologie positiviste, on trouve Christophe André. Il est psychiatre à l’hôpital Saint-Anne et dirige une unité spécialisée dans le traitement de l’anxiété et des phobies. Sa pratique de la psychologie positiviste inclut les TCC (Thérapies Cognitives et Comportementales). Même s’il est connu du grand public comme le « spécialiste du bonheur » ( entre guillemets), sa pratique se centre principalement autour de la prévention de l’anxiété et de la dépression. Troubles de la psyché qui n’engendrent pas la sérénité et le bonheur; les causes en sont multifactorielles.

La psychologie humaniste et positiviste sont souvent confondues dans l’esprit du grand public avec la pensée positive. Celle-ci repose sur des ouvrages populaires qui ne sont pas écrits par des spécialistes de la santé mentale-psychologues, psychiatres ou médecin- qui s’ils ne sont pas des gourous deviennent des maîtres à penser qui influencent leurs lecteurs en leur faisant croire, que le bonheur le bien-être, le succès et toutes les bonnes choses de la vie arrivent d’un coup de baguette magique. La pensée irrationnelle dans toute sa splendeur! L’un des best-sellers de la pensée positive est le livre d’un pasteur protestant, Norman Vincent Peale, La Puissance de la pensée positive (1952). La pensée positive, c’est aussi la méthode Coué, une prophétie auto réalisatrice fondée sur la suggestion et l’auto-hypnose.

L’état de bonheur permanent n’existe pas. Il faut avant tout arrêter de se gâcher la vie, et ne pas « laisser trop d’espace au malheur, faire face aux soucis quotidiens…Le bonheur c’est le bien-être + la conscience.» (Christophe André).
La tyrannie de l’attitude positive est destructrice. Si l’optimisme est à encourager, il faut aussi une pincée de pessimisme modéré. C’est nécessaire car le pessimisme, est « un facteur potentiel de préparation à l’action qui participe également au bien-être psychologique lorsque les personnes ont mis en œuvre les moyens d’action utiles pour éviter l’apparition d’un événement négatif.» (Jacques Lecomte).
 
L’état de bien-être recherché dans la « science du bonheur » n’est pas le sentiment océanique.  Expression utilisée par Romain Rolland et repris par Freud, dans Malaise dans la civilisation. Freud le  décrit comme une sensation d’éternité ou un sentiment de quelque chose d’illimité et d’infini. Il s’interrogeait sur l’émotion religieuse, et contrairement àRomain Rolland, il l’a décrite comme une vue intellectuelle associée un élément affectif. Le sentiment océanique est un vague souvenir de la fusion symbiotique avec la mère. On trouve un aspect négatif du sentiment océanique dans un contexte sectaire. Le sujet a l’impression d’être englobé dans un grand tout cosmique, après avoir perdu tout esprit critique et son libre arbitre, s’identifiant massivement au gourou  et au groupe et régressant vers des vécus archaïques.
 
Mais comment le bonheur se manifeste-t-il ? La théorie du flow de Mihalyi Csikszentmihaly postule que l’on est le plus heureux lorsqu’on est absorbé dans une activité, qui procure à la fois maîtrise et plaisir.

il faut accepter que le bonheur n’aille pas en crescendo,  et le penser serait une pure illusion! Une pure chimère et un déni de la réalité rattrapé par les soucis de la vie quotidienne!

 

L’idéaliser sous forme de croyance serait une pure illusion et un déni de la réalité.

Peut-on imaginer son bonheur futur à partir de ce qui nous fait plaisir aujourd’hui? Ce ne serait pas le cas selon Daniel Todd Gilbert (Université de Harvard)! Le cerveau ferait de graves erreurs de perception lorsqu’il tente d’imaginer son futur bonheur. L’une des illusions d’optique dans l’approche du bonheur est que rien ne garantit que ce qui nous fait plaisir aujourd’hui nous rendra heureux demain. Alors, il faut accepter l’imprévu et le changement, et vivre l’instant présent du bonheur.

Certains neuro-scientifiques affirment que le bonheur est dans les gènes. On naîtrait avec « un niveau de bonheur de base » vers lequel on revient toujours, comme après un échec et comme après un succès.

Même si l’on a hérité d’un faible niveau d’aptitude au bonheur, il est toujours possible d’élaborer des stratégies pour l’augmenter. Il convient d’être circonspect vis  à vis de cette forme de déterminisme génétique appliquée aux neurosciences. Une étude américano-britannique publiée en avril 2013 par Nature Reviews Neuroscience émet des doutes sur les protocoles et études neuro-scientifiques. Elle observe des négligences méthodologiques sur la taille des échantillons. La tentation du cherry picking, cette pratique qui consiste à sélectionner les résultats pour les arranger est grande. Alors pour le bonheur, il faut être circonspect même si on sait qu’il y quatre neuromédiateurs du bonheur qui interagissent dans notre cerveau: la sérotonine (un antidépresseur), les endorphines (hormones du bonheur),  les endomorphines (les sensations agréables) et la dopamine (neuromédiateur du plaisir).

Le bonheur est finalement une philosophie et une alchimie personnelle. C’est trouver les clés en soi. Selon Sénèque, « la vie heureuse est, celle qui est en accord avec sa propre nature. » C’est tout simplement  apprécier les moments agréables, les partager avec autrui pour renforcer cet état de bien-être.

Et accepter que « nous sommes des intermittents du bonheur, et ce dernier ne fera tout au long de notre vie, qu’apparaître et disparaître. « (Christophe André)

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