SURDOUÉ OU ZÈBRE?

L’intellect et l’émotion se mêlent dans une population particulière de surdoués appelés les zèbres.

 

Qui n’a pas été tenté sur les réseaux sociaux de remplir ces tests gratuits et ludiques évaluant l’intelligence? Ils sont plus ou moins fiables et s’adressent au plus grand nombre!
 
L’intelligence est incontestablement au sommet du modèle hiérarchique des capacités cognitives qui comprend un niveau moyen de facteurs de groupe tels que les domaines cognitifs, des aptitudes verbales, spatiales et de la mémoire. Le noyau de l’intelligence est cette capacité à raisonner, à planifier, à résoudre des problèmes, à appréhender des idées complexes, à apprendre rapidement et être capable de tirer les leçons de l’expérience.
Il peut y avoir des adultes à haut potentiel, et avec des intelligences spécifiques incapables de répondre à ce genre de test ou plutôt de quizz vite fait que l’on peut charger sur son smartphone ou sa tablette, histoire de faire passer le temps dans une rame de métro bondé!
 
Et passer des tests d’intelligence n’est-il pas quelque part un dispositif de servitude volontaire comme le soulignait La Boétie? Inutile de rappeler, que seuls les tests agréés chez un psychologue permettent d’obtenir un résultat fiable. Le psychologue a un diplôme universitaire et a suivi une formation sur les tests s’il veut se spécialiser en psychométrie.

Le premier vrai test de QI ou échelle métrique d’intelligence a été mis au point en 1904 par Alfred Binet (1857-1911) et Théodore Simon (1873-1961) à l’instigation du ministère français de l’éducation. La mission de ces deux psychologues était de développer un test pour différencier les enfants qui présente une insuffisance intellectuelle de ceux qui était simplement paresseux. Évidemment, c’était une autre époque avec une autre conception de l’enfant et de son éducation. Le test Binet a été traduit en plusieurs langues, et dans les années 70, on  a utilisé le Stanford Binet mis au point en 1916 par le psychologue américain Lewis Terman qui s’est inspiré amplement de l’échelle de Binet. Il existe aujourd’hui de nombreux tests aux acronymes comprenant des épreuves verbales et des épreuves cognitives, s’adressant soit à l’enfant soit à l’adulte (le WAIS, le WAIS-R, la NEMI, le  test de Cattel, etc… ). Mais il ne faut pas aussi se focaliser sur les mesures du QI. Le QI ne fait pas tout.

Et aujourd’hui, d’aucuns affirment qu’il y aurai un recul du Quotient intellectuel via l’effet Flynn. Les causes les plus vulgarisées de la baisse du QI sont le déclin de l’éducation, la possibilité que les gens les plus intelligents fassent moins d’enfants ou encore l’accélération de nos modes de vie. À partir des années 90, les médias vont s’intéresser au quotient émotionnel développé dans le best-seller de Daniel Goleman « Emotional Intelligence « . Ce concept flou au départ  va devenir une piste prometteuse pour de nombreux chercheurs et pour la psychologie. Jusque là, on estimait que le Q.I était le garant d’une réussite sociale pour celui qui avait explosé les scores des échelles métriques de QI. L’intelligence émotionnelle attire de nombreuses critiques de la part des scientifiques; ils estiment que pour un grand nombre, elle représente une qualité qui ne peut être mesurée par un test de Q.I, par exemple la motivation, la confiance, l’optimisme ou le bon caractère. Il y a manifestement aujourd’hui  une prise en compte des émotions dans la préhension de la psychologie de l’individu.

De plus en plus, on se situe dans une perspective cognitiviste avec un ancrage neurobiologique. Même s’il n’existe pas au sans strict senso un gène de l’intelligence, l’on sait, à l’âge adulte, 60 à 80% serait liée à la génétique. Une récente découverte parle de 40 gènes identifiés mais l’environnement serait bien plus fort que la génétique. 

L’intellect et l’émotion se mêlent dans une population particulière de surdoués appelés les zèbres. Le mythe du surdoué hyper-performant et sur-avantagés est décrit avec brio par la psychologue clinicienne Jeanne Siaud-Facchin dans son livre « Trop  intelligent pour être heureux? « .
Il y a une polémique autour du terme zèbre quand il s’agit d’une comparaison subjective entre les caractéristiques des membres de la Mensa (club élitiste qui regroupe les personnes au fort QI), et les membres du forum Zebra Crossing.
Les membres de la Mensa sont sélectionnés par un test de Q.I démontrant que leur intelligence se situe dans les 2 %  au sommet de la courbe ; les membres du zebra crossing sont a priori des personnes qui se reconnaissent dans la définition de la psychologue Jeanne Siaud-Facchin dans son livre Trop intelligent pour être heureux? 

Pourquoi ne reprendre quelques extraits du blog d’un zèbre pour lire entre les lignes son état d’esprit?  Certains de ses propos recoupent ceux qui ont été dits précédemment.
« Le terme de zèbre est un mot poétique et imagé visant tout simplement à remplacer les usuels :

– surdoué (néologisme employé pour la première fois en 1946 par le neuropsychiatre espagnol Julian de Ajuriaguerra)

– doué(souvent préféré à « surdoué », le « sur » véhiculant de fait une notion de supériorité dérangeante)
– EIP (Enfant Intellectuellement Précoce, terme très trompeur, mais qui a la faveur des autorités françaises, sans aucun doute car très politiquement correct. C’est donc celui retenu pour les rapports & notes de l’Education Nationale, les textes de loi)
– précoce
– intellectuellement précoce
– HP(à Haut Potentiel)
– HPI(à Haut Potentiel Intellectuel)
– HQI(Haut Quotient Intellectuel)
– THQI(Très Haut Quotient Intellectuel, se rapporte généralement aux gens ayant un QI à partir de 145)
– sentinelle(terme inventé par Olivier REVOL)
– APIE(Atypique Personne dans l’Intelligence et l’Emotion, selon le terme inventé par Jean-François LAURENT)
– HN(Hors Norme)
– surefficient intellectuel (ou également surefficient mental)
 
Autant de mots pour ne décrire qu’un seul état, tous convergeant vers une même notion : la désignation d’un personne surdouée (qu’elle soit enfant ou adulte). Mais ces mots sont souvent pesants tant ils sont lourds d’idées reçues
 
Ils mettent d’autant plus mal à l’aise qu’ils ne contribuent pas à comprendre de quoi il est question en réalité, bien au contraire. Chacun de ces mot renvoie en effet inévitablement, dans l’esprit commun, à de faux-semblants & des préjugés dont il est par la suite très difficile de s’extirper.
Par ailleurs, mots que les surdoués eux mêmes, n’aiment généralement pas employer pour parler de leur propre condition. Car teintés d’une présomption de sentiment supériorité, de réussite acquise mise en avant, d’élitisme. Ils sont généralement synonymes de grande prétention, & si souvent à l’origine d’énormes malentendus
Ce mot, « zèbre », a été trouvé au début des années 2000 par la psychologue française Jeanne SIAUD-FACCHIN, spécialiste du surdouement, qui s’est beaucoup investie dans ce domaine depuis plusieurs années.
Elle est notamment l’auteure de deux excellents ouvrages de vulgarisation sur ce thème.
 
Il s’agit ainsi d’un terme de substitution ayant pour objectif d’adoucir la manière d’envisager ces personnes présentant une différence par rapport à la majorité de la population. En tentant de remplacer (& donc, d’éviter d’emblée) les mots équivoques, le but était de réduire, voire d’anéantir (  ), les incompréhensions habituelles liées aux termes classiques de « surdoué » ou « précoce ».
 
J. Siaud-Facchin écrit à ce propos dans son 1er ouvrage (« L’enfant surdoué : l’aider à grandir, l’aider à réussir« , réédité & réactualisé en 2012) :
 Et dans celui qu’elle consacre aux adultes surdoués (« Trop intelligent pour être heureux ? L’adulte surdoué« ) :
 
Le zèbre, cet animal différent, cet équidé qui est le seul que l’homme ne peut apprivoiser, qui se distingue nettement des autres dans la savane tout en utilisant ses rayures pour se dissimuler, qui a besoin des autres pour vivre et prend un soin très important de ses petits, qui est tellement différent tout en étant pareil. Et puis, comme nos empreintes digitales, les rayures des zèbres sont uniques et leur permettre de se reconnaître entre eux. Chaque zèbre est différent.
Je continuerai à défendre tous ces gens « rayés » comme si ces rayures évoquaient aussi des coups de griffe que la vie peut leur donner. Je continuerai à leur expliquer que leurs rayures sont aussi de formidables particularités qui peuvent les sauver d’un grand nombre de pièges et de dangers. Qu’elles sont magnifiques et qu’ils peuvent en être fiers. Sereinement.
 
Un zèbre est donc un surdoué, tout simplement. Ce n’est rien de plus, rien d’autre, rien « au dessus » ou « au delà » du surdoué tel qu’il est défini classiquement en psychologie 
A savoir :
– un QI généralement supérieur à 130 sur l’échelle de Weschler – mais pas toujours
– une personnalité atypique
– un mode de pensée singulier (avec par exemple, une pensée dite « en arborescence »… mais pas que !)
 
Le tout, bien sûr, validé par un bilan psychométrique réalisé par un psychologue spécialisé & maitrisant les outils & l’analyse des différentes tests !
 
Il est important de redire combien seul un bilan & l’avis d’un spécialiste peuvent attester ou non d’un surdouement. Se penser zèbre n’est pas toujours être zèbre ! De même (chose très fréquente…), se sentir nul n’est pas toujours être idiot »

Sources:

http://les-tribulations-dun-petit-zebre.com/2009/07/11/pourquoi-le-nom-de-zebre/

http://www.zebras-crossing.org/doku.php?id=articles:zebre

 









	

LE BONHEUR, SI JE VEUX!

il faut accepter que le bonheur n’aille pas en crescendo. Penser le contraire est une pure chimère!

Le bonheur, c’est vraiment le Graal de la psyché. Si vous voulez être heureux, allez vivre au Bhoutan réputé comme le « pays du bonheur immédiat »avec son indicateur de richesse: le bonheur national brut.

Comment définir le bonheur? Pour Le Petit Robert, le bonheur est un état de la conscience pleinement satisfait avec comme synonymes le bien-être, le plaisir, le contentement, l’euphorie et l’extase.

Les sciences humaines listent certains facteurs qui déterminent cette sensation de bien-être, et elle n’est pas exhaustive:
-La santé car il n’y a pas de bien-être psychologique sans bien-être physique. L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) décrit la santé comme un état complet de bien-être physique et social, et  qui n’est pas seulement une absence de maladie ou d’infirmité.

-La qualité des relations nouées avec les autres est essentielle. Nous sommes des animaux sociaux, et nous avons  besoin de nourritures affectives.
-L’activité professionnelle est aussi un gage d’épanouissement  personnel, et ce malgré tout ce qui se dit sur la souffrance au travail. On constate qu’à l’heure actuelle où le taux de chômage est très élevé, le nombre de dépressions et de suicides est en nette augmentation. Le travail est un facteur de lien social.
-L’argent est une condition propice au bien-être. Il y a de nombreuses études sur les relations entre le niveau de revenus (la richesse) et le bien-être. Elles démontrent que la la précarité (se référer au chômage et sa perte de revenus) ne prédispose pas au bonheur. Par contre, le bonheur n’augmente pas en fonction d’un certain niveau de revenus.
– L’âge entrerait en ligne de compte sans qu’on puisse l’expliquer. On est heureux en général à 20 ans, moins à 40 ans pour finalement se sentir heureux à partir de 60 ans. Alors, n’ayons pas peur de vieillir avec sérénité!
La revue Sciences Humaines dans son article « Les leçons de la science du bonheur, » cite la  religion comme une source de bonheur. Le sujet de la religion est délicat car mal compris, on serait tenté de penser que les non croyants et les non pratiquants ne seront pas heureux. Vraiment? Peut-être est-il plus judicieux d’évoquer certaines valeurs morales encouragées dans la spiritualité (au sens large) comme l’altruisme, la gratitude et la compassion à l’instar  des émotions positives qui renforcent cet état de bonheur. Sous réserve que l’environnement et les relations aux autres soit propices au développement des ces qualités sans moraline.
 

Le  bonheur ou l’état de bien-être ( ou ses équivalents) est étudié dans certains courants de la psychologie. Comme dans l’approche humaniste fondée sur une vision positive de l’être humain. Elle propose aux patients de relancer sa tendance auto-innée à s’auto-actualiser (résilience), rechercher une croissance psychologique et à développer son potentiel. Elle est appelée la troisième force comparée à la psychanalyse et au comportementalisme. Elle est apparue, à partir des années 40, avec Abraham Maslow rendu célèbre par sa pyramide des besoins, devenue un grand classique des sciences humaines. Sa pensée mérite d’être étudiée même si certains des ses héritiers ont dévoyé sa pensée.

 
Le courant humaniste est lié au mouvement du potentiel humain. Ce mouvement part du principe que les problèmes individuels sont liés à la société  ou à l’environnement; une société qui fait des individus des victimes. Et les maladies étant causées par la société.
Cette démarche est intéressante. Malheureusement, ce courant est souvent dévoyé. Car pour remédier à cette victimisation sociétale, il incombe à l’individu de développer le potentiel qui est en lui, comme par magie, en développant tout simplement la pensée magique au détriment de la pensée rationnelle. Sur un ton caustique, deux psychologues sceptiques, Margaret Singer et Lalich  dans la première version de l’ouvrage Science and ¨Pseudo Science en psychologie clinique ont résumé l’esprit des aberrations de ce courant: « aussi longtemps que nous pouvons trouver quelqu’un à blâmer, nous pouvons changer ».
 
Un autre courant, très voisin du courant humaniste, est la psychologie positiviste lancée en 1998. Elle se construit par des recherches  scientifiques évaluées par des pairs. C’est dans ce courant que l’on trouve la science du bonheur. La psychologie positiviste a comme point commun avec le courant humaniste de centrer son intérêt sur l’équilibre mental, les forces, le développement optimal et l’épanouissement humain. La psychologie positiviste a tenté de se démarquer en ignorant les travaux humanistes, en s’appuyant sur l’épistémologie et en recourant aux méthodes  qualitatives.
 
Malgré ces différences très difficiles à cerner, la psychologie positiviste et le courant humaniste ont souvent une connotation New Age dans leurs dérives. Il y a notamment cette volonté avec certains charlatans de changer la personnalité de base, d’inculquer chez leurs patients de nouvelles croyances psycho-spirituelles; axées sur le développement de l’âme, afin de faire accéder au bien être. Elles zappent les troubles de la psyché de l’ordre de la psychopathologie (ou de la névrose). Modification radicale de la personnalité d’origine, sans anamnèse, avec promesse illusoire d’accéder au bonheur, en s’appuyant uniquement sur la pensée positive et l’emprise mentale.
 
Loin du charlatanisme, la psychologie positiviste et le courant humaniste sont des approches intéressantes. Elles intègrent la psychologie clinique. Comme leader du courant humaniste, on trouve Carl Rogers (1902/1987). Concernant la psychologie positiviste, on trouve Christophe André. Il est psychiatre à l’hôpital Saint-Anne et dirige une unité spécialisée dans le traitement de l’anxiété et des phobies. Sa pratique de la psychologie positiviste inclut les TCC (Thérapies Cognitives et Comportementales). Même s’il est connu du grand public comme le « spécialiste du bonheur » ( entre guillemets), sa pratique se centre principalement autour de la prévention de l’anxiété et de la dépression. Troubles de la psyché qui n’engendrent pas la sérénité et le bonheur; les causes en sont multifactorielles.

La psychologie humaniste et positiviste sont souvent confondues dans l’esprit du grand public avec la pensée positive. Celle-ci repose sur des ouvrages populaires qui ne sont pas écrits par des spécialistes de la santé mentale-psychologues, psychiatres ou médecin- qui s’ils ne sont pas des gourous deviennent des maîtres à penser qui influencent leurs lecteurs en leur faisant croire, que le bonheur le bien-être, le succès et toutes les bonnes choses de la vie arrivent d’un coup de baguette magique. La pensée irrationnelle dans toute sa splendeur! L’un des best-sellers de la pensée positive est le livre d’un pasteur protestant, Norman Vincent Peale, La Puissance de la pensée positive (1952). La pensée positive, c’est aussi la méthode Coué, une prophétie auto réalisatrice fondée sur la suggestion et l’auto-hypnose.

L’état de bonheur permanent n’existe pas. Il faut avant tout arrêter de se gâcher la vie, et ne pas « laisser trop d’espace au malheur, faire face aux soucis quotidiens…Le bonheur c’est le bien-être + la conscience.» (Christophe André).
La tyrannie de l’attitude positive est destructrice. Si l’optimisme est à encourager, il faut aussi une pincée de pessimisme modéré. C’est nécessaire car le pessimisme, est « un facteur potentiel de préparation à l’action qui participe également au bien-être psychologique lorsque les personnes ont mis en œuvre les moyens d’action utiles pour éviter l’apparition d’un événement négatif.» (Jacques Lecomte).
 
L’état de bien-être recherché dans la « science du bonheur » n’est pas le sentiment océanique.  Expression utilisée par Romain Rolland et repris par Freud, dans Malaise dans la civilisation. Freud le  décrit comme une sensation d’éternité ou un sentiment de quelque chose d’illimité et d’infini. Il s’interrogeait sur l’émotion religieuse, et contrairement àRomain Rolland, il l’a décrite comme une vue intellectuelle associée un élément affectif. Le sentiment océanique est un vague souvenir de la fusion symbiotique avec la mère. On trouve un aspect négatif du sentiment océanique dans un contexte sectaire. Le sujet a l’impression d’être englobé dans un grand tout cosmique, après avoir perdu tout esprit critique et son libre arbitre, s’identifiant massivement au gourou  et au groupe et régressant vers des vécus archaïques.
 
Mais comment le bonheur se manifeste-t-il ? La théorie du flow de Mihalyi Csikszentmihaly postule que l’on est le plus heureux lorsqu’on est absorbé dans une activité, qui procure à la fois maîtrise et plaisir.

il faut accepter que le bonheur n’aille pas en crescendo,  et le penser serait une pure illusion! Une pure chimère et un déni de la réalité rattrapé par les soucis de la vie quotidienne!

 

L’idéaliser sous forme de croyance serait une pure illusion et un déni de la réalité.

Peut-on imaginer son bonheur futur à partir de ce qui nous fait plaisir aujourd’hui? Ce ne serait pas le cas selon Daniel Todd Gilbert (Université de Harvard)! Le cerveau ferait de graves erreurs de perception lorsqu’il tente d’imaginer son futur bonheur. L’une des illusions d’optique dans l’approche du bonheur est que rien ne garantit que ce qui nous fait plaisir aujourd’hui nous rendra heureux demain. Alors, il faut accepter l’imprévu et le changement, et vivre l’instant présent du bonheur.

Certains neuro-scientifiques affirment que le bonheur est dans les gènes. On naîtrait avec « un niveau de bonheur de base » vers lequel on revient toujours, comme après un échec et comme après un succès.

Même si l’on a hérité d’un faible niveau d’aptitude au bonheur, il est toujours possible d’élaborer des stratégies pour l’augmenter. Il convient d’être circonspect vis  à vis de cette forme de déterminisme génétique appliquée aux neurosciences. Une étude américano-britannique publiée en avril 2013 par Nature Reviews Neuroscience émet des doutes sur les protocoles et études neuro-scientifiques. Elle observe des négligences méthodologiques sur la taille des échantillons. La tentation du cherry picking, cette pratique qui consiste à sélectionner les résultats pour les arranger est grande. Alors pour le bonheur, il faut être circonspect même si on sait qu’il y quatre neuromédiateurs du bonheur qui interagissent dans notre cerveau: la sérotonine (un antidépresseur), les endorphines (hormones du bonheur),  les endomorphines (les sensations agréables) et la dopamine (neuromédiateur du plaisir).

Le bonheur est finalement une philosophie et une alchimie personnelle. C’est trouver les clés en soi. Selon Sénèque, « la vie heureuse est, celle qui est en accord avec sa propre nature. » C’est tout simplement  apprécier les moments agréables, les partager avec autrui pour renforcer cet état de bien-être.

Et accepter que « nous sommes des intermittents du bonheur, et ce dernier ne fera tout au long de notre vie, qu’apparaître et disparaître. « (Christophe André)

Vidéo

ÉLISABETH KUBLER-ROSS, UNE PIONNIÈRE DE LA THANATOLOGIE!

Elle a brisé l’omerta autour de la mort en développant les soins palliatifs et cette nouvelle philosophie qui fait le fondement de la thanatologie moderne.

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Élisabeth Kubler-Ross et ses soeurs

La naissance et la mort sont les deux extrêmes de la vie, et avec l’allongement de l’espérance de vie grâce aux progrès de la médecine, la grande faucheuse a disparu de notre imaginaire collectif. Nous vivons dans un esprit d’immortalité tant que notre santé est excellente! Ce n’était pas le cas au Moyen Age où la mort était omniprésente, et rappelée par des représentations sur les murs des églises et dans les cimetières de la danse macabre, une sarabande qui mêle morts et vivants indistinctement du statut social, pour leur rappeler qu’ils ne sont pas immortels. Et dans la mythologie grecque, Thanatos personnifiait la mo rt, et il était également le frère jumeau d’Hypnos, la personnification du sommeil, et de Moros, la fatalité.

Aujourd’hui, le symbolisme qui entourait la mort a disparu au profit de la médicalisation de la fin de vie que les lois encadrent. Il existe une discipline méconnue qui est celle de la thanatologie. En 1994, Louis-Vincent Thomas, professeur d’anthropologie à la Sorbonne avait souligné que la thanatologie était d’abord et avant tout une réflexion anthropologique approfondie qui concerne la totalité de la vie, la totalité du fait humain, la totalité même de la culture.
L’une des pionnières de la thanatologie est Élisabeth Kubler-Ross. Ses nombreux ouvrages sur l’acte de mourir ont tous connu un succès planétaire, jusqu’à parfois être aujourd’hui dévoyés par l’idéologie new age. En 1999, le Times Magazine a consacré Elisabeth Kubler-Ross comme l’une des cent personnalités qui a influencé le vingtième siècle. Son best-seller « Les Derniers instants de la vie » (publié en 1969) a bouleversé les mentalités sur la mort. Elle décrypte dans cet ouvrage les cinq stades qui précèdent l’acte de mourir et qui présentent des similarités avec ceux de la phase de deuil.

Cette femme d’exception, née à Zurich le 8 juillet 1926, est la dernière d’une fratrie de triplettes. Elle quitta son pays natal pour les États-Unis en 1958 pour y suivre son mari, Robert Ross, surnommé Manny, qu’elle avait rencontré en Suisse au cours de ses études de médecine. Pendant les années 1960, elle devient médecin-résident de l’hôpital Glen au Community Hospital de Glenn Cove à Baltimore (Maryland) sous la direction de Francis X. Moore. Le Dr Moore par son humanisme a marqué l’esprit des résidents de l’époque et Élisabeth Kubler-Ross.

La vocation d’Elisabeth Kubler-Ross pour l’accompagnement prise des « personnes en fin de vie » est émaillée de faits marquants. En 1945, elle devient membre du Service International pour la Paix et dans ce cadre, elle  va visiter le camp de concentration de Majdanek.  Elle va découvrir sur les murs les dessins des prisonniers qui y ont passé leurs dernières heures. Ce sont des papillons noirs. Elle va les interpréter comme le symbole de la transformation que l’être humain vit au moment de la mort, et qui doit être perçue comme une étape de croissance de l’être humain que l’on ne connaît que lorsqu’on meurt.

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Thanatos, dieu grec de la mort

Dans les années 1970, le Dr. Kubler-Ross est considérée comme le chef de file de la thanatologie. Elle va animer des ateliers un peu partout dans le monde sur l’accompagnement aux mourants. C’est la pleine époque de la contre-culture où la science côtoie le New Age, et cette époque charnière a probablement favorisé la popularité d’Elisabeth Kubler-Ross. Cette femme d’exception a toujours été animée par le souffle de révolutionner l’aide aux autres. En 1981, elle achète une ferme de 300 acres en Virginie, le Head Waters pour y créer un centre de médecine alternative, le Healing Waters.

Elle va prendre en charge les nouveau-nés atteints du SIDA qu’aucune équipe médicale ne voulait assister. Avec l’apparition du virus HIV, la mort était omniprésente plus qu’avec d’autres maladies, et assimilé à l’incurabilité comme le cancer. C’était en l’état des connaissances scientifiques de l’époque, et d’aujourd’hui, le regard de la société et les traitements du Sida ont changé.

Personnalité hors du commun, Elisabeth Kubler-Ross a délibérément tourné le dos à la pratique médicale qu’on lui avait enseigné au cours des ses études afin de soigner différemment. Elle a brisé l’omerta autour de la mort en développant les soins palliatifs et cette nouvelle philosophie qui fait le fondement de la thanatologie moderne. Outre-Atlantique, elle est pour de nombreux médecins l’une des instigatrices du mouvement des hospices modernes qui démarra après la deuxième guerre mondiale. 
Elisabeth Kubler-Ross a contribué à l’instauration des « intentions de fin de vie » (living will). Elles se présentent sous la forme d’un document légal qui permet à chacun de ceux qui le souhaite de faire connaître ses volontés en matière de prise en charge thérapeutique, et notamment lors de la phase terminale et faire part de ses volontés si jamais il était plongé dans un état végétatif. Ce document requiert un certificat du médecin référent et l’avis d’un autre médecin sur l’état du patient en fin de vie. Les intentions de fin de vie sont seulement consultées lorsque le patient n’est plus en état de faire connaître ses dernières volontés.
Après un incendie qui détruisit sa ferme et de sérieux ennuis de santé, Elisabeth Kubler-Ross déménagera à Scottsdale (Arizona) en 1995 près de son fils Kenneth et elle y prendra sa retraite. Elle décédera le 24 août 2004. Sur son monument funéraire est inscrite cette superbe épitaphe : « Diplômée pour danser avec les Galaxies.»
Que reste-t-il aujourd’hui de l’héritage d’Elisabeth Kubler Ross?
Lorsqu’on consulte les sites qui parlent d’elle, on est en droit de s’interroger. Il y a un fossé entre les sites certifiés Hon et HAS sur le soins palliatifs et ceux voués à la mémoire d’Elisabeth Kubler-Ross. Chez ces derniers, la nouvelle spiritualité et la biographie légendaire l’emportent nettement sur le nouveau regard porté sur l’accompagnement des mourants qu’elle a su transmettre et qui fait le fondement de la thanatologie moderne, et correspond au concept de soins palliatifs formalisé par l’O.M.S (Organisation Mondiale de la Santé).
La vocation d’Elisabeth Kubler-Ross d’accompagner les personnes en fin de vie lui serait venue après une EMI ( État de Mort Imminent). Peu importe qu’elle l’ait vécu ou que ce soit une légende, que cela ait bouleversé son regard sur la mort, et ensuite orienté son choix de vie, c’est une affaire personnelle qui n’entre pas en ligne de compte pour pouvoir accompagner les personnes en fin de vie.

Si la pensée d’Elisabeth Kubler-Ross est dévoyée par le New Age,  son héritage est celui d’un médecin qui a levé le tabou de la mort. Elle a su se détourner détourné de la médecine scientiste de ses confrères pour innover dans la prise en charge des personnes en fin de vie.
Note :Au début de l’année prochaine, la révision de la loi en bioéthique rouvrira le dossier sensible qui oppose les partisans de l’euthanasie et ceux favorables au « laisser-mourir »sans acharnement thérapeutique inscrit dans la loi Léonetti. En juillet 2013, le Centre national d’éthique publie son rapport contre la légalisation de l’euthanasie. « Le Comité souhaite que les « directives anticipées » de fin de vie émises par un patient atteint d’une maladie grave, rédigées en présence d’un médecin traitant, deviennent « contraignantes pour les soignants sauf exception dûment justifiée par écrit ». A l’heure actuelle, malgré leur nom de « directives », la loi ne les considère que comme des « souhaits », les décisions étant prises par les médecins.» Cette sémantique fait abstraction des croyances des patients et des soignants. Le terme croyance correspond à des réalités distinctes, et il existe plusieurs types de réalités distinctes qui vont de la simple opinion à l’irrationalité en passant par l’émotionnel. La fin de vie n’échappe pas aux croyances, et il y a toujours une part d’irrationalité car nous avons du mal à conceptualiser notre propre inexistance psychologique, en dehors de la spiritualité et des croyances religieuses d’une vie après la mort.

ET SI NOUS PARLIONS DES ÉPIDÉMIES PSYCHOLOGIQUES?

À partir des années 1990, les États-Unis vont devenir le foyer privilégié de maladies psychogènes et de ces mutations de l’hystérie, amplifiées par les médias modernes et les peurs millénaristes de la fin du XX siècle.

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©Hulya Özdemir

De nombreux débats sur la planète virtuelle -les réseaux sociaux, les forums et les médias mainstream- obéissent à des lois qui favorisent les épidémies psychologiques qu’on peut aussi nommer hystérie collective. Ces épidémies psychologiques organisent le fonctionnement de la psyché sur un mode manichéen où tout est soit blanc ou bien tout noir, et ainsi favorise un comportement grégaire. La demie-mesure avec des arguments nuancés disparaît au profit de généralités ou de sophismes.
Les épidémies mentales, la contagion mentale ou les folies collectives (on peut les appeler comme on veut) ont toujours existé. Le médecin et psychologue Georges Dumas avait déjà décrypté, en son temps, le phénomène de la contagion mentale et des épidémies psychologiques à travers les émotions. Écrit en 1911, sa définition est toujours actuelle même si le vocable est différent, changeant ainsi la forme sans changer celui du fond qui correspond aux mêmes mécanismes. Ainsi, sous l’angle des sciences humaines -psychologie, sociologie voire de la psychiatrie-Georges Dumas définit  la contagion mentale comme un mécanisme par lequel les états moteurs, affectifs, représentatifs se propagent d’un individu à un autre et ils ne diffèrent d’opinion que lorsqu’il s’agit de caractériser avec précision ce mécanisme.

 

Et pourquoi ne pas inclure dans ces épidémies psychologiques et leur contagion mentale  la psychologie des foules avec leur unité mentale spécifique? L’ouvrage de Gustave Lebon, « La Psychologie des foules » (datant de 1895) reste encore la meilleure grille d’analyse. Les caractères spéciaux  de la foule sont qu’elle est toujours dominée par l’inconscient, l’occultation de la personnalité individuelle, la disparition de la vie cérébrale au profit de l’émotionnel et l’abaissement de l’intelligence. La foule ainsi constituée, la contagion va s’effectuer par la suggestibilité.

Après avoir cité ces deux auteurs incontournables, où en sommes nous aujourd’hui? Il y a aujourd’hui l’apport de Freud dans ces folies collectives. Des auteurs contemporains ont formulé l’hypothèse que certains troubles psychiatriques ou psychosomatiques seraient des formes contemporaines de l’hystérie de conversion décrite par Charcot et Freud à la fin du XIX siècle. Ils fonctionnent sur le mode opératoire d’une épidémie virale. Ces épidémies psychologiques sont liées aux mouvements sociaux et leur impact collectif est favorisé par les médias, le net et les réseaux sociaux.

En 1977, le ton fut donné par la féministe et critique littéraire américaine Elaine Showalter qui élabore finement cette notion d’épidémie psychologique avec le néologisme « d’hystoire ». Il peut faire sursauter les puristes mais il est pertinent à bien d’égards. « Hystoire » comme on s’en doute est la contraction du mot histoire et de celui d’hystérie. Le livre où elle développe cette thèse est  « Hystories: Epidemics Hysterical and Modern medias » ( livre non traduit en français), et il figure en bonne place dans un article du journal The Lancet, une revue de bonne facture, publié le 30 mai 1998. Cette grille contentd’analyse est pertinente sur de nombreux points, mais vivement critiquée par les associations de patients et de médecins pour ce néologisme et cette explication audacieuse sur certaines de ces épidémies psychologiques. En fait, Elaine Showalter est une féministe de la première heure, celle où l’on parle d’émancipation féminine et non d’un rejet de tout ce qui est masculin et d’un patriarcat forcené où l’homme a oppressé la femme pendant des millénaires. La critique littéraire Elaine Showalter attribue la propagation de ces nouvelles épidémies psychologiques à  la troisième vague des féministes, celle que l’on appelle le féminisme victimaire. Le néo-féminisme.

 

Comment se manifestent ces nouvelles formes d’hystéries individuelles qui se propagent comme des épidémies infectieuses? Elaine Showalter étaye son concept « d’hystoire » à l’aide d’anecdotes:

-Dans le Midwest, une infirmière, atteinte du syndrome de fatigue chronique, se suicide avec l’aide du Dr Jack Kevorkian, encore appelé Dr Death, pionnier de l’euthanasie  qui aidait à mourir les cas médicaux les plus graves.

-Dans le Yorkshire, un jeune vétéran atteint du syndrome de la guerre du Golf voit sa carrière et son mariage détruits.

-Et le cas de Ramona, cadre dans une grande entreprise licencié de son entreprise car il est accusé d’inceste par sa fille Holly, victime de faux souvenirs après une thérapie sous Amythal (sérum de vérité). Le tribunal accordera à M. Ramona des dommages et intérêts en réparation du préjudice subi. Cette histoire est évoquée dans mon post L’affaire Ramona, une sombre histoire de sérum de vérité.

-Dans le Massachusetts, un professeur de Harvard, lauréat du prix Pulitzer, prétend que les Petits Gris (des aliens) en visitant les États-Unis enlèvent et se livrent à des expérimentations sexuelles sur des milliers d’Américains.

-Dans l’Oklahoma, un militaire traduit en cour martiale, Timothy McVeigh raconte à ses avocats que le gouvernement , lui a implanté une puce dans le corps durant  la guerre du Golfe pour le contrôler.
-Dans le Montana, des adeptes de la théorie du complot prétendent que le gouvernement fédéral, armé de bombes et d’hélicoptères noirs, modifient chimiquement le sang des citoyens des États-Unis pour créer un nouvel ordre mondial.

Pour elle, ces cas disparates illustrent ces hystéries individuelles qui produisent des épidémies psychologiques. En prônant cette thèse du grand retour de l’hystérie, Elaine Showalter prend le contre-pied des spécialistes qui parlaient de sa disparition.

Certains médecins ont affirmé que la médecine moderne identifiait l’hystérie comme une maladie organique méconnue, ont eu raison d’elle. Des historiens et des sociologues l’ont reléguée comme un trouble  de l’ère victorienne, et qui grâce à l’émancipation féminine a diminué. Les psychiatres des années 70 expliquèrent que les hystéries de conversion n’étaient en somme que des expressions de l’anxiété, et que le développement de la psychanalyse avait éradiqué ces formes extrêmes. Selon l’analyste britannique Harold Merskey, les hystéries de conversion ne se produisent plus que dans les zones non psychanalytiques (Afrique du Sud, Corée du Sud, Sri Lanka ou Nigeria). Rappelons que nous sommes en 1978, et l’ethnopsychiatrie n’était pas encore très développée pour expliquer des manifestations culturelles perçues comme des troubles de la psyché pour des Occidentaux mais tolérées dans d’autres sociétés.

 

Elaine Sholwater ne fait que reprendre les théories freudiennes psychanalytiques, fort peu appréciées outre Atlantique, et même si l’auteure de ce post n’est pas branchée psychanalyse, il fat admettre une certaine pertinence dans le concept qui explique des troubles de la psyché qui se retrouvent répertoriées dans le DSM au fur et à mesure de ses révisions.  L’hystérie n’a pas disparu mais a simplement emprunté d’autres formes que celle du temps de Freud. À partir des années 1990, les États-Unis vont devenir le foyer privilégié de maladies psychogènes, et de ces mutations de l’hystérie, amplifiées par les médias modernes et les peurs millénaristes de la fin du XX siècle. Les hystériques modernes trouvent toujours des sources externes à leurs problèmes psychiques: un virus, une atteinte à la pudeur qui se traduit par un abus, une guerre chimique, un complot satanique ou encore l’infiltration étrangère. Un siècle après Freud, de nombreuses personnes refusent toujours des explications psychologiques à leurs symptômes. La cause serait extérieure et non névrotique.

Les psychothérapies new-age, le fondamentalisme religieux, la paranoïa politique forment, entre autres, le creuset de ces nouvelles hystéries virulentes et contagieuses en ce siècle. On pourrait y inclure la sensibilité électromagnétique. La panique atteint des proportions épidémiques, et  l’hystérie se manifestant par la suprématie de la pensée magique cherche des boucs émissaires et des ennemis sous les traits de médecins antipathiques, de pères incestueux, de commerce avec  le diable, d’extraterrestres et de complots gouvernementaux. Les hystoires sont plus contagieuses que par le passé avec la technologie high-tech qui diffuse à flots continus toutes sortes d’informations (des vraies et des fakenews). Les bouleversements écologiques, l’urbanisation intense, les voyages low-cost, ajoutés à l’interaction humaine favorisent ces mutations de l’hystérie. Elles se répandent par des histoires qui circulent et s’auto-entretiennent avec les livres de développement personnel, des articles de journaux, des talk-shows télévisés, des séries cultes, des films, l’Internet et même la critique littéraire avide de populisme. Ces hystéries se multiplient rapidement et de façon incontrôlée à travers les médias populaires, les e –mail et les réseaux sociaux.

 

Selon le point de vue d’Elaine Showalter, l’hystérie n’est qu’un symptôme culturel de l’anxiété et du stress. Les conflits qui produisent les symptômes hystériques sont authentiques et universels. Les  hystériques ne sont pas des tricheur(se)s, et les thérapeutes qui diagnostiquent les hystoires  sont (la plupart du temps) sincères dans leur diagnostic.Et il y a dans tous les cas une réelle souffrance psychologique à prendre en charge. Les épidémies psychologiques sont construites sur la souffrance des patients, les soins pseudo-scientifiques de la psyché, les membres du clergé, les parents dévoués, la police, le féminisme victimaire et le communautarisme.

Si Elaine Showalter dénonce les techniques de thérapies à base de drogues ou pseudo-scientifiques, supposées faire remémorer des souvenirs oubliés depuis des lustres, les livres de développement personnel, elle croit au rôle essentiel du professionnel  de la psychothérapie et de la psychopharmacologie pour aider les gens dans la vie quotidienne à lutter contre ces épidémies d’hystéries.
Est-il possible de les arrêter ces épidémies psychologiques? Difficile à l’ère du virtuel mais on peut déjà les endiguer avec de la persévérance pour contrer  cette contagion mentale entretenue par la presse, les rumeurs, les peurs collectives te les théories du complot. Accepter l’interdépendance entre l’esprit et le corps, et reconnaître les syndromes hystériques comme une psychopathologie universelle de la vie quotidienne avant de démanteler les mythologies stigmatisant. Il faut défendre certaines idées de Freud compatibles avec les avancées de la science, et rétablir la confiance dans la psychothérapie avec des professionnels aguerris et avec une bonne formation scientifique de base.
Il faut dénoncer la nocivité des talk-shows TV et des livres de développement personnel qui sont parole d’évangile pour le grand public, et notamment les femmes qui n’ont souvent pas accès à d’autres sources d’information. Autrement dit, éduquer à l’esprit critique.

Le livre  développant la notion d’hystoire a provoqué la colère de certains professionnels de la santé et des patients qui souffrent des troubles évoqués par Elaine Showalter. La controverse a essentiellement porté sur le SFC (syndrome de fatigue physique).  On a reproché à Elaine de ne pas être médecin et de ne pas être assez scientifique. Mais elle n’a peut-être pas tout à fait tort! Le SFC est encore un mystère pour la science! La cause de cette fatigue extrême n’est pas connue. Ainsi que le fait remarquer le Pr de Korwin«Cela est très déroutant car, malgré de très nombreux travaux réalisés, sa physiopathologie n’est toujours pas élucidée» . Les médecins n’ont pas de solution et la prise en charge repose sur un soutien  psychologique.

Concernant le syndrome de la guerre du Golfe, les scientifiques soulignent le fait qu’il n’est pas forcément lié au stress psychologique du combat, mais peut-être aussi à l’exposition à certains agents chimiques sur le théâtre des opérations, et qui  pourrait être corrélé à l’augmentation des cancers du cerveau. D’autres troubles évoqués par Elaine Showalter comme celui du syndrome des faux souvenirs s’est propagé en France par le biais de pseudo-thérapies. Grâce aux avancées neuroscientifiques sur le fonctionnement de la mémoire, il est plus facile aujourd’hui, de dénoncer le côté pseudo-scientifique de ces techniques douteuses qui ont fait le lit des faux souvenirs. Si son néologisme d’hystoire est controversé, l’analyse d’Elaine Showalter sur les nouvelles formes des épidémies psychologiques reste pertinente sur de nombreux points.

 

Sources:

IVRES PARADIS, BONHEURS HÉROÏQUES!

Le test du marshmallow est une étude de gratification conduite par le psychologue Walter Mischel en 1972. Un bonbon est offert à chaque enfant. S’il résiste à la tentation de le manger tout de suite, il en recevra deux plus tard.

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Dans son essai « Ivres Paradis, Bonheurs héroïques », Boris Cyrulnik théorise la fonction du héros, sa face obscure séduisante, qui peut aussi parfois le transformer en meneur  de groupe totalitaire, « planteur de haine et pourvoyeur du pire. » C’est avec des anecdotes empruntées à l’histoire que Boris Cyrulnik parle de l’héroïsation de ces hommes et de ces femmes tout à fait ordinaires, qui dans certaines circonstances ont une conduite héroïque.  Ce sont les héros de la vie quotidienne. On ne choisit pas d’être un héros, ce sont les circonstances qui s’en chargent, et c’est le récit, le fait d’en parler qui leur donne vie. Sans narration, pas de héros.

Le besoin de s’identifier à des figures héroïques s’explique d’abord par la condition humaine, elle même! La vie est un champ de bataille: « pas d’existence sans épreuves, pas d’affections sans abandon, pas de lien sans déchirure, pas de société sans solitude. » D’où cette tendance dès l’enfance à s’identifier au héros. Une partie du livre évoque la genèse de la figure du héros. Qu’elle soit positive ou obscure, elle se constitue dès l’enfance avec la mémoire et l’anticipation qui définissent le modèle opérateur interne (MIO), concept développé par John Bolwby.

Le MIO est un processus qui définit la représentation du temps. Il permet d’attribuer au présent une connotation de bonheur passé et à venir. Mais il y a son contraire qui est la maltraitance. Si le MIO est basé sur la maltraitance, il sera en attente d’une autre maltraitance. Dans ce cas là, tout n’est pas perdu pour l’avenir. Boris Cyrulnik reste optimiste. Pour ne pas être prisonnier de son passé, il faut du temps pour effacer cette mémoire des évènements douloureux  qui lui ont appris à se conditionner pour le malheur. Pour s’en libérer, il devra apprendre à devenir autonome, inhiber les  réponses réflexes et s’entrainer à juger par lui-même afin d’échapper aux pressions du groupe, qui inhibent le libre-arbitre.

L’auteur cite le test du marshmallow qui montre qu’un enfant peut acquérir très tôt cette forme de liberté qui constitue à freiner ses impulsions. Le test du marshmallow est une étude de gratification conduite par le psychologue Walter Mischel en 1972. Un bonbon est offert à chaque enfant. S’il résiste à la tentation de le manger tout de suite, il en recevra deux plus tard. Apprendre  à ne pas répondre à une stimulation immédiate est le premier degré du libre-arbitre. Cette observation expérimentale démonte que le cerveau est sculpté par le milieu, et est entraîné à fonctionner sur des modes différents. On peut dépasser le fatum. Mais la vulnérabilité acquise est résiliable.

Avec Boris Cyrulnik, le vulgarisateur de la résilience, l’espoir est toujours présent pour changer le cours de la vie. Il y a un processus culturel qui mène à l’altéricide. Le besoin du héros est un indicateur de la défaillance de l’individu dans le groupe. Il faut apprendre à résister aux épidémies de croyances ou émotionnelles. L’un des exemples cité par l’auteur est le Maccarthisme. Plus l’émotion est intense, plus elle obscurcit la raison et plus l’individu se soumet à des représentations  coupées de la réalité. La soumission a des avantages: « quand on suit le courant, on n’a que des amis, on éprouve la vertueuse colère des indignés au nom de la moralité, on élimine les dissidents, et quant au blasphème, on met à mort les mécréants. Mais qui sont ces Héros ou d’ailleurs ces Héroïnes qui peuvent servir d’exemple? Identifier des personnalités, des actes comme héroïques permet-il la résilience?

Tout simplement, ces héros sont des hommes ou des femmes qui ont su dire « Non ». Boris Cyrulnik évoque l’histoire de Germaine Tillion download. Elle n’a pas agi pour être héroïne, ce sont les récits qui l’ont lui ont attribué le statut d’héroïne. La mort du héros est une promotion, une offrande au groupe, une conséquence presque divine. Boris Cyrulnik réfute le terme d’attentat-suicide, pour lui, c’est une mort consacrée, un hymne après la mort.Vivre en société implique de renoncer à une part de soi. Des coutumes jugées barbares peuvent être morales dans certaines civilisations. Comme dans le cas de l’immolation aztèque où des enfants étaient offerts en sacrifice aux dieux. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, ces enfants étaient aimés et non détestés. L’auteur fait un parallèle entre l’immolation des Aztèques et la bataille de Verdun. Les deux sacrifices possèdent la même fonction psychologique qui est celle d’accepter la mise à mort des quelques éléments afin que le groupe aille mieux.

Boris Cyrulnik évoque les conflits modernes où les civils et les enfants meurent plus que les soldats contrairement aux guerres précédentes. D’où ce sentiment d’impuissance. Il parle aussi de la contagion des idées à travers l’exemple du suicide. La contagion des idées est nette pour le suicide. Quand une personnalité se suicide, on note un pic de suicide dans les jours qui suivent. À fortiori, lorsqu’il s’agit d’une femme. Si l’héroïsation est possible, c’est que le réel est si atroce qu’il devient nécessaire que toute représentation soit métamorphosée, autrement, il serait insupportable.

L’idéal ne se conduit plus au fond de soi pour réparer une blessure et reconquérir une place dans la société comme le ferait un processus de résilience. L’idéal est hors de soi, dans la doxa qui gouverne les masses.Le héros peut devenir l’étendard des idéologies extrêmes. Dans toute population, il y a un contingent d’individus peu émotifs dont l’attachement est évitant.  L’obéissance cesse d’être un facteur d’adaptation.

Le recrutement d’un terroriste est chose aisée! Une simple campagne publicitaire sur les réseaux sociaux! De même qu’il y a des épidémies de suicide, il y a des épidémies d’assassinats mystiques et idéologiques. L’individu flottant sans liberté intérieure est susceptible de succomber dans des idéologies extrêmes. Que le cerveau soit altéré par une maladie ou par un appauvrissement du milieu culturel, les effets relationnels sont les mêmes. Le marketing politique emporte la conviction en inscrivant dans la mémoire une image et quelques mots qui pétrifient la pensée.

En guise de conclusion, quelques extraits de « Ivres paradis, bonheurs héroïques »:

« Quand les représentations sociales apportent de tels bénéfices tragiques, les adaptations sont claires.-Si vous voulez être heureux, sans vous poser de questions, chantez avec le chœur, soumettez vous.-Si vous préférez devenir vous-même, rebellez vous, vous paierez plus tard»

Et si notre société avait tout simplement besoin de faire un acte de résilience collective?

https://www.youtube.com/watch?v=cwyAYplxLng&w=560&h=315%5DSource: http://bibliobs.nouvelobs.com/idees/20160413.OBS8458/boris-cyrulnik-et-c-est-ainsi-qu-on-fabrique-des-gogos-armes.htmlhttps://books.google.fr/booksid=BZUoDAAAQBAJ&pg=PT410&lpg=PT410&dq=MIO+neurosciences&source=bl&ots=oKeebhTzor&sig=mXwTSM6GzomLtOJUxjZhojBa8PA&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwiqsd229cfNAhVB1BoKHWZQBbwQ6AEILDAC#v=onepage&q=MIO%20neurosciences&f=falseTest du Marshmallow

 Test du Marshmallow

OSCAR, UN CHAT HORS DU COMMUN!

Le Dr David Dosa a publié le livre « Un Chat médium nommé Oscar » qui raconte l’étonnante faculté de ce chat. Et Oscar a évidemment sa page facebook « Oscarthecat, régulièrement mise à jour »

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On parle souvent du sixième sens des animaux. Vraiment? C’est de la science fiction. Toutefois, certains de leurs comportements est intriguant et semble relever de la parapsychologie. Il n’en est rien, c’est tout simplement un pan de leurs capacités qui sont ignorées. Selon le naturaliste Marc Giraud, « la science officielle est indifférente à ce genre de phénomène.»

L’un de ces animaux aux capacités énigmatiques pour la science est Oscar, un chat hors du commun! Ce félin fait partie de l’équipe soignante du Dr Dosa, gériatre et professeur adjoint à l’Université Brown à Rhode Island. Oscar est né en 2005, et est un sénior aujourd’hui  de 13 ans. Il a été adopté encore chaton dans un refuge pour animaux, et  il a grandi au sein de l’unité du centre de réadaptation Steere House à Providence, (Rhode Island) où les patients sont atteints de la maladie d’Alzheimer, de Parkinson et autres maladies neuro dégénératives. Aux derniers stades où les malades sont généralement inconscients de leur environnement.

Oscar, la mascotte de ce service de gériatrie, a accédé à la notoriété par le biais d’un article publié sur lui en juillet 2007 dans le New England Journal of Medicine rédigé par le David Dosa. Le gériatre décrit les rondes d’Oscar dans son service, ce don extraordinaire où son comportement récurrent avertit l’équipe médicale de la mort imminente de patients en phase terminale. Quand un résident est sur le point de mourir, il monte sur son lit et se blottit en boule contre lui jusqu’à son dernier souffle.

L’étonnante capacité d’Oscar aurait plusieurs explications: immobilité précurseur de la mort chez ces patients, odorat particulièrement développé pour sentir les cétones, les substances dégagées par les cellules mourantes. Ou bien, il ne serait attiré par certaines phéromones. Ce qui est sur, est que la mascotte du service ne câline que les personnes qui n’ont plus que quelques heures à vivre.

Oscar a présidé la mort de plus de 100 résidents de ce service. Sa seule présence au chevet d’un patient est interprétée par les médecins et le personnel de maison de soins infirmiers comme un indicateur fiable de sa mort imminente. Lorsqu’on le voit lové sur un lit, le personnel soignant avertit alors la famille pour qu’elle se rende au chevet du mourant. Oscar a tenu compagnie à des malade qui seraient morts seuls, sans proche à leur chevet. Pour son  attitude dévouée, il est hautement considéré par les médecins, le personnel de Steere House et les familles des résidents.

Comment se passe une journée pour Oscar?  Il n’est pas le plus sociable des chats, et ne se laisse câliner par personne affirme le personnel soignant. Il se promène dans le service, semblant repérer parmi les résidents lequel quittera ce bas monde ce jour-là. Oscar démarre sa ronde et croise Mme P qui vit dans cette unité spécialisée dans la maladie d’Alzheimer depuis trois ans maintenant. Elle ne reconnait plus ses proches  malgré le fait qu’ils viennent la voir tous les jours.

Les cheveux en bataille, Mme P déambule sans but dans les couloirs. Perdue dans son monde intérieur, elle se dirige vers Oscar. Dérangé dans sa promenade, Oscar la regarde attentivement et quand elle passe devant lui, il émet un sifflement doux qui semble dire: « laisse-moi tranquille. » Elle l’ignore et continue son chemin dans le couloir. Oscar semble soulagé. Mme P n’est pas sur le point de mourir et Oscar n’a pas besoin de rester auprès d’elle.

Oscar revient au staff médical et saute sur le bureau pour boire de l’eau dans son bol et manger des croquettes. Repus, il va reprendre sa tournée par l’aile ouest. Il contourne un résident qui ronfle paisiblement, affaissé sur un canapé.

Oscar arrive à la chambre 313, et se faufile par la porte est ouverte,. Mme K. repose paisiblement dans son lit, sa respiration est régulière mais peu profonde. Elle est entourée des photos de ses petits-enfants et de celles du jour de son mariage. En dépit de ces souvenirs qui l’entourent, elle est seule. Oscar saute sur son lit et la renifle. Il fait une pause et se blottit en boule contre elle. Une heure se passe. Oscar est toujours là, contre Mme K. Une infirmière entre alors dans la chambre pour vérifier l’état de sa patiente. Elle remarque la présence d’Oscar, et alors quitte précipitamment la  chambre pour retourner à son bureau, attrape le dossier de Mme K et passe quelques coups de fil.

Une demi-heure après, la famille arrive. Le personnel dispose des sièges supplémentaires pour que les proches puissent veiller Mme K. Un prêtre vient lui administrer les derniers sacrements. Malgré tout ce branle-bas de combat, Oscar n’a pas bougé d’un poil et ronronne doucement en pétrissant Mme K.

L’un des petits fils demande à sa mère, « Que fait ce chat ici?»
Sa mère, les yeux remplis de larmes, lui répond: « Il est là pour aider ta grand-mère à partir au ciel. »Trente minutes plus tard, Mme K. rend son dernier souffle. Alors Oscar se redresse, regarde autour de lui, s’en va de la chambre, si tranquillement que la famille en pleurs ne s’aperçoit pas de son départ.

De retour au staff, Oscar lape de l’eau et se recroqueville pour un long repos. Sa journée 27545578_10159985349855582_7125791746833714363_nest finie. Il n’y aura plus de décès aujourd’hui. Tous les accompagnements de fin de vie par Oscar sont tout aussi attendrissants les uns que les autres. La mascotte du service a sa plaque accrochée sur un mur pour services rendus. Elle est gravée à son effigie et porte cette mention élogieuse: « Pour sa compassion dans cette unité de soins palliatifs, cette plaque est décernée à Oscar le chat

Sans briser le rêve anthropomorphique qui n’enlève rien aux qualités d’Oscar, la critique sceptique s’impose. Les spécialistes animaliers mettent d’abord l’accent sur les qualités innées des animaux.

Ainsi, le Dr Jill Goldman, spécialiste du comportement animal à Laguna Beach (Californie) estime que les chats ont un super odorat, et avance l’hypothèse que si Oscar reste auprès des mourants, c’est un comportement appris en association avec une certaine odeur propre à la mort.
Le Dr Thomas Graves, un spécialiste des chats dans l’Ilinois  a déclaré à la BCC: « Les chats peuvent souvent sentir quand leurs maîtres sont malades ou quand un autre animal est malade. Ils peuvent sentir que le temps va changer, et ils sont réputés pour pressentir les tremblements de terre.» Alors, ces spécialistes ne sont pas surpris par cette sorte de sixième sens du monde animal. Rien de parapsychologique, dans le don d’Oscar. Son don est juste rare.

Nicolas Gauvrit, dans la revue Science et Pseudo-sciences parle, lui, des biais cognitifs, des corrélations illusoires ou des erreurs statistiques induites par l’équipe soignante. «Il n’y a pas la moindre preuve scientifique qu’Oscar ressente quoi que ce soit, et les considérations sur les causes possibles sont donc prématurées…»

Ces précisions n’enlèvent rien au côté sympathique de l’article publié dans le New England. Certains sceptiques précisent, à juste raison, qu’il s’agit d’un témoignage informel qui a été cité par les médias comme s’il s’agissait d’un article de recherche, alors que ce n’est pas le cas. Ce témoignage met simplement l’accent sur cette nouvelle discipline qu’est la médiation animale ou la zoothérapie qui fait du bien au moral des malades. Et c’est certainement le but de la publication du Dr Dosa:  casser le côté inhumain de la fin, de vie en milieu hospitalier, et le désarroi des patients souffrant de maladies neuro dégénératives. Et comment s’y prendre si ce n’est rendre faire le buzz avec un chat hors du commun?

Le Dr David Dosa a publié le livre « Un Chat médium nommé Oscar » traduit dans 20 pays qui raconte l’étonnante faculté de ce chat. Et Oscar a évidemment sa page facebook « Oscarthecat, régulièrement mise à jour ».david-dosa-oscar

Cette histoire insolite sur les capacités d’Oscar montre que les animaux dans les services de soins palliatifs permettent d’exorciser, d’apaiser l’angoisse de mort des malades et la tristesse de la famille qui voit partir l’un des siens. Après que cela ne soit pas très rigoureux sur le plan scientifique, c’est une autre histoire. Mais au moins, c’est apaisant…

Et voici une réflexion touchante d’un lecteur de ce livre trouvé sur le site Babelio. Ce n’est peut-être pas scientifique mais elle témoigne de l’importance de la médiation animale, de la zoothérapie.

On aimerait finir ses jours dans cet établissement où chaque patient est entouré d’une remarquable équipe médicale et…de chats. 
Ce récit est écrit par le médecin qui accompagne les malades en phase terminale et note quelques anecdotes sur les patients en fin de vie et leurs proches.
Facile à lire, il donne à réfléchir (Merci Belavio pour ce témoignage)
©NBT
Vidéo Oscar the cat
Notes:
Définition de la zoothérapie
En 1988, l’institut de zoothérapie du Québec donne de la Thérapie Assistée par l’Animal la définition suivante : « activité qui s’exerce, sous forme individuelle ou de groupe, à l’aide d’un animal familier, soigneusement sélectionné et entraîné, introduit par un intervenant qualifié dans l’environnement immédiat d’une personne chez qui l’on cherche à susciter des réactions visant à maintenir ou à améliorer son potentiel cognitif, physique, psychosocial ou affectif.»

LA VIE EN MOUVEMENT D’OLIVER SACKS

Être en mouvement, l’esprit et le corps toujours en mouvement est la leçon de vie d’Oliver Sacks.

Trois ans se sont écoulés depuis le décès du regretté neurologue Oliver Sacks d’enchanter mes premières lectures d’étudiante en psychologie. J’étais déjà passionnée par les rouages de la psyché humaine mais Oliver Sacks m’a conforté dans le choix de mon cursus universitaire.

Une vie en mouvement, toujours en mouvement, c’est ce qui caractérise celle du célèbre neurologue et écrivain Oliver Sacks mort le 30 août 2015. Il avait 82 ans. En février 2015, il avait révélé dans le New York Times, souffrir d’un cancer en phase terminale. Avec sérénité, il expliquait « se sentir intensément vivant », et poursuivant, « je dois maintenant choisir vivre les mois qui me reste. Je veux vivre de la façon la plus riche, la plus profonde, et la plus prolifique qui soit.» Il laisse une œuvre considérable empreinte d’humanité et de créativité dans la relation médecin/malade, bouleversant les schémas traditionnels de la médecine neurologique.

Oliver Sacks accéda à la célébrité avec la sortie de son livre en 1982 « L’homme qui prenait sa femme pour un chapeau » où il raconte lcet homme souffrant d’agnosie visuelle qui a donné son titre au livre. En fait le cas de cet homme qui ne savait que reconnaître les formes géométriques comme un chapeau mais incapable de reconnaitre les visages n’est que l’un des cas relatés dans ce livre, et qui lui a donné son titre.  Cet ouvrage se compose en fait de 24 essais des cas les plus bizarres que le neurologie a rencontré dans sa pratique.
De son oeuvre immense, il nous reste un livre testament « En Mouvement, une vie », sorti en 2015, juste avant sa mort. Il a été publié en français au début de l’année 2016. C’est une autobiographie et aussi un testament sur la complexité de l’être humain face à la maladie invalidante. comme dans ses autres ouvrages, il montre cette capacité qu’ont certains malades à faire preuve de résilience et à trouver des schémas d’adaptation. Tout au long de sa carrière, Oliver Sacks se centrera sur la stabilité psychique de ses patients atteints des pires troubles neurologiques.

Dans cette autobiographie « En Mouvement », Oliver Sacks raconte son enfance, ses études et ses voyages. Son talent de narrateur est tel que lorsqu’il déroule le fil de sa vie et raconte d’une façon inlassable sa relation avec ses patients qui arrivent à vivre au plein sens du terme avec leur handicap neurologique, on a l’impression de l’avoir en face de soi et d’être proche de lui. C’est une plongée, sans fard ni honte, dans son intimité affective, familiale et professionnelle. C’est aussi une leçon de pratique clinique et de psychothérapie. Aussi une leçon d’espoir sur la faculté d’adaptation du cerveau à des maladies neurologiques, qui permet de comprendre comment le cerveau normal s’adapte, réagit à la perception, la mémoire et l’individualité.

Oliver Sacks est né en 1933 en Angleterre. Comme il le reconnaît lui même dans son autobiographie, il a reçu la meilleure des éducations britanniques. Sa mère était chirurgienne et anatomiste, et son père médecin généraliste. Pour sa famille, ça ne faisait aucun doute: « il était entendu que je serai médecin depuis mon quatorzième anniversaire.» Outre ses parents, deux de ses frères le seront également. Admis à Oxford, il étudia la médecine dans les années 50 où un fossé infranchissable semblait séparer la neurophysiologie du vécu réel des patients en proie à des troubles neurologiques. L’un des talents d’Oliver Sacks est en face d’avoir su s’effacer face à ses patients et de critiquer ses grilles de diagnostic face à leur douleur psychique. Sa préoccupation première était de comprendre leur psyché pour adapter sa thérapie. Étudiant, il ne s’était pas inscrit à des cours de psychologie, mais il allait néanmoins assister à ceux de James Gibson qui faisait des expériences de psychologie visuelle. Déjà, Oliver était fasciné par les distorsions visuelles qui chamboulaient la compréhension visuelle, l’intuition et le bon sens.

 

À 27 ans, il quitta l’Angleterre pour se rendre Outre-Atlantique. Il voulait s’éloigner de son frère schizophrénique qu’il estimait «mal soigné» par la psychiatrie de l’époque. Celui-ci était sous tranquillisant, et il avait certes moins de crise mais il avait sombré dans le désespoir et était devenue apathique, les facultés mentales diminuées. Il devint absolument incapable d’avoir une vie intellectuelle; sa passion et sa raison de vivre était dans les livres et dans la stimulation de son intellect. C’est à la maladie de son frère qu’Oliver Sacks impute sa vocation de scientifique envers le « dysfonctionnement cérébro-mental ». Côté loisirs, arrivé aux États-Unis, Oliver Sacks était un passionné de randonnées moto et d’haltérophilie. Il se décrit comme solitaire et passera tente cinq ans de sa vie sans relation affective et intime, dévoué à ses patients sans esprit carriériste. Il évoque sa période amphétamines qui faillit lui coûter sa carrière en sus de sa santé mentale.

Son succès littéraire immense débuta avec « L’Homme qui prenait sa femme pour un chapeau », ce cas étrange de cet homme atteint d’agnosie visuelle. Dans son dernier livre, il raconte aussi ses déboires avec ses éditeurs et ses notes. Il définit son intellect en désordre et d’un illogisme manifeste. Étourdi, il lui est arrivé de perdre dans des circonstances rocambolesques des notes peaufinées durant des mois. Et ce tout au long de sa vie !

 

L’un des temps fort de « En Mouvement » est le chapitre l’Éveil, en écho au titre d’un livre, d’un film et d’une série de documentaires. En 67, Oliver Sacks était médecin-résident au Beth Abraham. On lui avait enseigné lors de ses études que la neurologie et la psychiatrie étaient deux disciplines indépendantes Quand il fut au chevet des malades, il découvrit que pour saisir la réalité globale de ses patients, et les prendre en charge, il se devait être autant psychiatre que neurologue. Au Beth Abraham, il y avait (comme dans d’autres hôpitaux) des rescapés de la pandémie de la maladie du sommeil (encéphalite léthargique) qui avait sévi durant les années 20.  Les soignants avaient observé de brèves rémissions de ces patients murés en eux-mêmes, à l’apparence figée semblable à une statue, mais des épisodes de rémission laissaient penser que leur psyché était intacte. Notamment lorsqu’ils entendaient de la musique, ils étaient capable d’esquisser des pas de danse! D’ailleurs, dans sa pratique Oliver  s’appuya toujours sur la musicothérapie. Certains symptômes de ces rescapés de la maladie du sommeil ressemblaient à ceux de la maladie de Parkinson. Leur point commun était un déficit en dopamine. Ces patients avaient été délaissés par la médecine car jugés irrécupérables, et ils étaient internés dans des centres jusqu’à leur mort.

Oliver Sacks eût l’idée de leur prescrire de la L-Dopa, l’anti-parkinsonien de référence,  pour lutter contre ce déficit. Le neurologue constata des éveils chez ces patients, qui non seulement étaient physiques, mais également intellectuels perceptuels et émotionnels. À côté de cette administration de L-dopa, de la musicothérapie était adjointe. Mais il y a l’envers de la médaille. Ces réveils de ces personnalités figées dans le temps ne se feront pas toujours en douceur. Certains malades seront en proie à des hallucinations, des délires paranoïaques et érotomaniaques. Ce qui déclencha une levée de bouclier contre lui de la part de ses confrères. Ils écrivirent de violentes charges contre lui dans le JAMA d’octobre 1970 sans qu’il puisse y répondre.

S’il n’y avait que ça! Il fût aussi attaqué tout au long de sa carrière pour écrire des livres racontant des cas, accusé d’instrumentaliser à des fins éditorialistes ses patients, selon ses détracteurs, . En 1973, Oliver Sacks publia l’Éveil, et en 1974, dans la série de documentaires réalisés, par la télévision britannique Discovery, certains des ses patients acceptèrent de s’y montrer à visage découvert pour témoigner de leur amélioration (même transitoire) sous L-Dopa. Et en 1990, le film du même nom que le livre joué par Robin Williams et Robert de Niro. Ses travaux à l’hôpital Beth Abraham ont contribué au développement de l’Institute For Music And Neurologic Functiun et à la musicothérapie.

Vers  la fin de sa vie, il va adhérer à la théorie d’Edelman sur le darwinisme neuronal. Selon lui, « l’individualité est profondément inscrite en nous dès le départ au niveau neuronal.»… Dans son acceptation la plus large, le darwinisme neuronal soutient que nous sommes destinés, bon gré mal gré, à seul fin de nous particulariser et de nous développer- de Nous frayer chacun un chemin individuel tout au long de notre existence.» Le cerveau est bien plus qu’un assemblage de modules autonomes qui seraient un par un incontournables pour une fonction mentale spécifique». C’est un orchestre réunissant des centaines d’instruments différents, qui se dirige tout seul, bien que la partition et le répertoire changent en permanence. » Être en mouvement, l’esprit et le corps toujours en mouvement est la leçon de vie d’Oliver Sacks.