FAUT-IL VRAIMENT NORMALISER NOS ÉMOTIONS?

Face à la médicalisation de certaines émotions, dans le même registre, on trouve la « dictature du bonheur.»

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Flower Girl – Helen M. Turner 1920

Au sujet des émotions, le psychanalyste Carl Gustav Jung a écrit que « sans émotion, il est impossible de transformer les ténèbres en lumière et l’apathie en mouvement ». Il serait  bien surpris de voir que la plupart de  nos émotions sont aujourd’hui médicalisées.

C’est ce que constate Christopher Laine dans son livre « Comment la psychiatrie et l’industrie pharmaceutique ont médicalisé nos émotions », publié en 2007, et toujours d’actualité sur le fond. L’auteur dénonce les conflits d’intérêts entre la psychiatrie et l’industrie pharmaceutique. Ces conflits d’intérêts auraient impacté la nosographie des manuels de diagnostic des maladies mentales comme celui du DSM. Création de troubles psychiatriques pour répondre au marché du médicament et aux profits de l’industrie pharmaceutique, au détriment de  l’éthique des besoins du malade. Comment a-t-on pu en arriver là? C’est tout un poème!

Le DSM ne se base pas sur des observations cliniques mais sur le recueil d’opinion des spécialistes. Le 18 mai 2013, le DSM V remplace l’édition précédente datant de 2000. La version française est sortie le 17 juin 2015. Lors de sa sortie, c’est une levée de boucliers de la part de nombreux professionnels de la santé mentale.  Dont Allen Frances qui avait  dirigé l’édition du DSM IV en 1994, l’un plus virulents contradicteurs. Le NIMH (National Institute of Mental Heath)-le plus gros financier de la recherche en santé mentale- se désolidarise également et pointe du doigt les défaillances scientifiques de cette nouvelle version. Cette fronde est beaucoup plus consensuelle que les deux précédentes révisions de 1980 et 1994. Le DSM est une bible pour les scientifiques et les chercheurs, et jouit d’une influence considérable à l’échelle mondiale. Dès sa création en 1952, le DSM est la référence de l’OMS.

Car l’histoire du DSM est une saga. Elle remonte à 1927 et ses prémices à 1917. Dans ce temps là, compte tenu de la pléthore de diagnostics suivant les institutions locales étasuniennes, il était impossible de faire des statistiques médicales à l’échelle du pays. En 1927, l’Académie de médecine de New York décide de classifier les maladies mentales. Sa volonté est de simplifier les maladies pour débarrasser la psychiatrie de toute théorie. Les références de nature symbolique empruntées à la mythologie grecque et à la psychanalyse (Freud était honni) qui faisaient partie du jargon de la psychiatrie sont délaissées.

En 1928, a lieu la première conférence pour cette simplification. Ses participants sont des spécialistes mais aussi des politiciens. Après diverses classifications, la première version du Medical va voir le jour en 1932, et sera testée sur des hôpitaux soigneusement sélectionnés. Jusqu’en 1952, date d’apparition du DSM, il y aura deux versions du Medical, respectivement en 1933 et en 1942. Au début de la deuxième guerre mondiale, les psychiatres civils et militaires jouent le jeu en classifiant les troubles. Seulement, les médecins militaires sont confrontés aux troubles psychiques spécifiques à la guerre qui ne rentrent pas dans cette classification commune. La névrose de guerre évoquée par Freud! La Medical 203 intègre les pathologies de guerre et les questions liées au traumatisme.

En 1944, la Marine fera sa propre classification, et ce ne sera que plus tard que la psychiatrie militaire fera entrer dans le DSM le Stress Post-traumatique avec ses Vétérans du Viet-Nam. Le DSM, dès 1952 s’est complètement fermé aux concepts freudiens. Parallèlement s’est développé son homologue le CIM, et la dernière version étant le CIM-10 publiée par l’OMS, plus proche des subtilités de la psychiatrie européenne et plus ouvert à la psychanalyse. Mais c’est le même état esprit qui marque ces deux manuels de  diagnostic.

En 1952, le DSM recensait 6 pathologies contre aujourd’hui 410 troubles, et en rajouter 10 de plus dans les dernières versions. Selon certains, les troubles recensés sont des termes fourre-tout qui serviraient de prétexte à la prescription à tout-va de médicaments. Les conflits d’intérêts entre ceux qui participent aux travaux du DSM et l’industrie pharmaceutique sont notoires. Si l’année 52 vit la sortie du DSM, elle vit aussi l’arrivée des premiers médicaments anti-psychotiques comme la chlorpromazine. 1955 voit aussi le jour du « Mental Health Study Act «  voté par le congrès américain , qui fournit le cadre juridique autorisant les donations attribuées à la recherche psycho-pharmacologique. Et faire, au fil des ans de l’industrie pharmaceutique, un lobby.

Il y a eu dans certaines versions notamment celle du DSM III des troubles inénarrables. Celui qui a fait couler le plus d’encre est celui du Trouble de la Personnalité Multiple emprunté au cinéma (mais si, mais si!).  Grâce au film « Les trois Visages d’Eve » qui a inauguré un afflux massif de patientes chez les thérapeutes. À la suite d’un trauma, des patient(e)s étaient censé(e)s posséder plusieurs personnalités appelées les hôtes, indépendantes les unes des autres, et qui empoisonnaient mentalement la vie du patient. Certains patients pouvaient  avoir plus de quarante hôtes qui s’exprimaient tour à tour lorsqu’un thérapeute les interpellaient! On a trouvé des gens qui prétendaient être Spock, le héros de la série Star Strek, des animaux ou des personnages de l’histoire. La liste est ébouriffante et on peut en trouver des exemples dans l’excellent livre « Science and Pseudoscience in clinical psychological ». Devant les dégâts délirants causés par cette pathologie controversée, le Trouble  de la Personnalités Multiple sera remplacé par celui du Trouble Dissociatif de l’identité. Là, plus d’hôtes mais juste deux personnalités  du style Mr Hyde et Dr Jeykill (c’est déjà pas mal). Il s’observerait rarement en Europe (sauf  en Espagne) et resterait cantonné aux pays anglo-saxons.

Parmi les autres maladies mentales inscrites au registre du DSM, il y a eu l’homosexualité qui fût retirée en 1987. Dans les années 70, sous l’impulsion de certains psychologues comme Margaret Thaler Singer, il fût tenté la volonté d’inclure le Syndrome des Faux Souvenirs) dans le DSM. De faux souvenirs d’abus sexuels oubliés pendant des décennies causés par des méthodes douteuses avaient envoyé des gens innocents en prison, et ils étaient liés au trouble de la personnalité multiple et au Trouble Dissociatif de l’Identité (ou et à d’autres troubles répertoriés dans le DSM) . Ce ne fût pas suivi car le syndrome des faux souvenirs était à l’origine un terme inventé par des avocats, et qui ne fût pas repris par la psychiatrie même si des spécialistes se penchent sur la question. Aujourd’hui, les neurosciences prouvent l’existence des faux souvenirs et confortent les expériences de psychologie sur la manipulation de la mémoire. Dont les travaux de la psychologue cognitiviste Élisabeth Loftus.

Les experts dénoncent les simplifications dangereuses du DSM car elles enferment des patients dans ces catégories. Or, toute maladie est évolutive et c’est aussi valable pour les troubles de la psyché; le diagnostic ne vaut qu’à l’instant où il est posé. Concernant les troubles du comportement, l’hyperactivité et la dépression, l’adolescent atypique risque de prendre une bonne dose de neuroleptiques sous prétexte qu’il présente un risque de syndrome psychotique (s’il n’est pas schizophrène ou autre). On a de la peine à croire. Alors pourquoi un tel engouement pour le DSM? Il a été imposé par les compagnies d’assurance et l’industrie pharmaceutique a trouvé le bon filon pour s’en servir de grille  de référence pour une prescription intensive de psychotropes. Cela ne pourrait pas être grave si l’on se contentait de prendre le DSM comme un étiquetage superficiel de manifestations comportementales incluant l’environnement du patient, et était juste un guide-line. Mais c’est rarement le cas.

Les critiques envers le DSM sont salutaires. Déjà, le regretté Édouard Zarifian, auteur d’un rapport concernant la prescription et l’utilisation des médicaments psychotropes en France datant de 1995 (et toujours d’actualité sur le fond) avait pointé une utilisation abusive du DSM en pratique médicale. Originellement, le DSM était à l’origine un répertoire de critères de diagnostics destinés à la recherche.  S’il faut être critique certes, il faut aussi évoquer le risque de rejeter tous les psychotropes qui peuvent soulager des patients lorsqu’ils sont prescrits à bon escient. Ils ont sorti de l’internement un grand nombre de malades souffrant de troubles psychiatriques sévères et invalidants, en  atténuant leurs souffrances psychiques et leur permettre de vivre normalement . Très souvent, dans de nombreux troubles, une prise en charge psychothérapeutique donne d’excellents résultats sans médicaments ou s’il y a prescription, c’est conjointement avec une psychothérapie. Quand on prend l’exemple d’un épisode majeur de la dépression, une cure d’antidépresseur est souvent nécessaire un laps de temps mais est toujours recommandé avec une psychothérapie.
À côté de certains troubles répertoriés et justifiés, il y a certains comportements comme la41xbZZL5RFL._SX295_BO1,204,203,200_ timidité, considérée autrefois comme étrangère au domaine de la psychiatrie, qui se retrouve aujourd’hui dans le DSM. Les émotions  exacerbées deviennent des pathologies. La timidité, la tristesse liées à un deuil ou aux ennuis de la condition humaine, et des émotions naturelles à priori peuvent se retrouver classées dans les répertoires des maladies mentales si le diagnostic est anarchique.

Prenons l’exemple de la timidité. Pour Christophe André, spécialiste des phobies, la vraie différence se fait sur l’importance du handicap: « La vie du timide est faite d’occasions ratées, explique-t-il. La question consiste à évaluer la part de ratages acceptable dans une existence. De plus, les timides, légers ou graves, sont plutôt des personnes qui s’adaptent…Le phobique social, lui, peut voir la même personne régulièrement sans que son angoisse décline. Bien au contraire, il a de plus en plus peur d’être démasqué puisqu’il lui manque l’estime de soi, qu’il se sent inintéressant ou ridicule.»

Face à la médicalisation de certaines émotions, dans le même registre, on retrouve la « dictature du bonheur »impliquant la course acharnée au bien-être. Et qu’est-il proposé pour réguler ses émotions? Et bien tout le créneau des médecines douces ou les thérapies alternatives. De l’homéopathie, de la phytothérapie, des compléments alimentaires et des thérapies diverses et farfelues avec le risque de charlatanisme ou de mauvaises pratiques qui peuvent aggraver le mal-être et de passer à côté d’un véritable trouble de la psyché qui nécessite une prise en charge par un professionnel de la santé malade (psychiatre, médecin généraliste et psychologue clinicien). Le développement personnel va prendre le relais de la psychiatrie avec le risque de mettre le patient sous emprise mentale dans un circuit  qui annihile la personnalité et le libre-arbitre par des psychothérapeutes formés n’importe comment et sans culture scientifique de base, notamment sur le cerveau et la mémoire.

Si le vocabulaire est différent de celui de la psychiatrie, sans dire que les émotions négatives sont des maladies,,  on va vous promettre d’être toujours de bonne humeur si vous les éradiquez. C’est la méthode Coué déclinée sur tous les tons. Les coachs du développement personnel sont là pour vous encadrer et vous guider dans votre vie. Reconnaissons que ce sont sans les effets secondaires des psychotropes , accusés de tous les maux! L’équilibre, le Bonheur avec un B majuscule, la confiance en vos ressources cachées, bref une nouvelle votre vie vous attend, mais sous réserve que vous fassiez le nécessaire. Les livres, les publicités des stages de développement personnel vous promettant une évolution psycho-spirituelle ont pris le relais des anciennes publicités des psychotropes. Quelle est la différence avec celle du Paxil en 1999 où l’on voit une jeune femme rayonnante témoignant d’une nouvelle renaissance :« je peux voir mon futur… je peux goûter au succès… je peux toucher ma vie…»?  L’attitude Coué-positiviste gomme vos insatisfactions ordinaires. Que ce soit l’industrie pharmaceutique ou le développement personnel, on vous propose une orientation, un style de vie et de pensée. « Osez changer » est le maître mot!

Notre société est tourné vers le culte de la performance et toutes les émotions qui composent notre personnalité doivent être en permanence positives. Aucune baisse de l’humeur n’est tolérée, et devient vite pathologique si elle dépasse un certain laps de temps! Nous devons baigner en permanence dans un océan de béatitude!  Même si c’est exagéré, on nous le promet. Il faut entretenir des pensées positives, profiter du bonheur d’être en vie et pour être heureux et il y  a des recettes que l’on aurait qualifié il y a une vingtaine d’années de « psychologisme ». Que faut-il dire à un patient qui va suivre des séances de Reiki entre deux séances dans un CMP pu en cabinet libéral? Si vous n’accédez pas à la zénitude, culpabilisez car vous n’avez pas fait ce qu’il fallait pour accéder au « Bonheur », la nouvelle philosophie du troisième millénaire. Et finalement comme l’a écrit l’écrivain Yukio Mishima: “Les émotions n’ont aucun goût pour l’ordre établi.”

PSYCHOTHÉRAPIE D’UNE PRINCESSE SATANIQUE!

Patricia Burgus, surnommée la « Princesse Satanique, obtint lors d’un procès 10,6 millions de dollars de dommages et intérêts pour le préjudice causé par un diagnostic lié à des rituels sataniques.

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L’histoire de Patricia Burgus figure dans le livre « Science and Pseudoscience in clinical psychology ». En 1995, Frontline, une chaîne nationale TV de documentaire diffuse l’émission « A la recherche de Satan ». Un reportage montre Patricia Burgus suivant une thérapie avec le psychiatre Dr Bennet Braun.

Patricia est une mère au foyer qui souffre de dépression post-partum. Elle consulte alors le psychiatre Bennet Braun. Jusque là, rien d’extraordinaire car de nombreuses femmes soufrent de dépression post-partum, et une prise en charge médicale adéquate permet de les traiter. Seulement, voilà Patricia Burgus va être hospitalisée trois ans à l’hôpital presbytérien de Chicago. Pourquoi si longtemps même si la dépression post-partum nécessite une attention particulière? À cause du diagnostic du Dr Bennet qui la suit! Patricia souffrirait du « Trouble des Multiples Personnalités » (TMP), l’une des manifestations de l’étrange diagnostic du Rituel satanique d’Abus Sexuels (Satanic Ritual Abuse, SRA)».

Le diagnostic du rituel satanique d’abus sexuel n’est pas le fruit de l’imagination d’un auteur de thriller ou d’un cinéaste, il a réellement existé! Il faut le replacer, en quelques mots, dans le contexte de l’époque. L’Amérique des années 90 est obsédée par la violence des cultes sataniques, réels ou imaginaires. Au cours de cette période, les rumeurs sur les adorateurs du Diable vont bon train, se multiplier jusqu’à l’hystérie collective. Les médias, avides de sensationnalisme, font circuler des vidéos dites tournées par les adorateurs de Satan. Elles montrent des messes noires où des adolescentes seraient soi-disant violées et des sacrifices rituels des bébés. 

Le contexte dans lequel s’est développé cette hystérie collective est particulier. Outre Atlantique, les adorateurs de Satan ont pignon sur rue à l’instar de ceux de l’Église sataniste d’Anton Sanzdor LaVay. Surnommé « le pape noir », il fonde son église en 1966.

Dès les années 80, des télévangélistes, des Pentecôtistes, fondamentalistes et encore plus surprenant des thérapeutes qui dénoncent sur de simples rumeurs les activités criminelles des satanistes. Même si les cultes étaient glauques et déroutants, les allégations sur les sacrifices humains étaient infondées; ce qui sera confirmé par le FBI. Cette vague d’allégations mensongères sera connue sous le nom de « Satanic Panic » ( littéralement panique satanique). Une dénomination culturelle anglo-saxonne de l’hystérie collective liée au satanisme.

Et un trouble mental, celui du « Rituel Satanique d’abus sexuel » (RSA) fut circonscrit au satanisme! Cet étrange diagnostic « étiquetait » des personnes supposées avoir été violées au cours de messes noires, dont elles seraient totalement amnésiques, et se manifestant par le Trouble dissociatif de l’identité (TDI) – anciennement  TPM Trouble des Personnalités Multiples) suivant les critères du DSM. Ce trouble se caractérise par la présence de deux ou plusieurs personnalités distinctes, les alters qui prennent le contrôle de la personnalité principale, l’hôte. Ce dernier ignore l’existence de ses alters et n’en garde aucun souvenir. Le TDI figure parmi les troubles dissociatifs les plus controversés du DSM (sous toutes ses versions), et ce qu’il faut retenir, et c’est important pour comprendre l’affaire Patricia Burgus, c’est que certains auteurs pointent le fait que le TDI est causé par  les thérapeutes eux-mêmes! Ce sont eux  qui créent des symptômes de TDI via des méthodes à base États Modifiés de conscience (EMC) et de suggestion. Cette croyance implique également que les personnes atteintes de TDI sont plus susceptibles d’être manipulées par les suggestions que d’autres.

Pour poser un diagnostic de SRA, le patient devait répondre à plusieurs critères dont celui d’avoir été violenté par ses parents, membres d’une secte sataniste. Sous la contrainte, avoir participé à des rites sataniques cannibales où l’on sacrifiait des bébés. L’une des particularités du SRA est l’oubli total par la victime de ces viols, l’amnésie traumatique. Et pour faire remonter les souvenirs enfouis des rites sataniques, les médecins et psychothérapeutes utilisaient des méthodes particulières, dont les thérapies de la régression utilisant la suggestion et les EMC.  Sous la conduite du thérapeute qui le met en EMC, le sujet va avoir des flashs, des images ou des bribes de scènes du trauma originel qui sont interprétés comme les souvenirs du trauma.

C’est ce type de prise en charge qui fût proposé à Patricia Burgus par le Dr Bennet Braun! Le bon Dr Braun fit également hospitaliser avec Patricia, ses deux fils, âgés respectivement de quatre et cinq ans. Ses fils, eux aussi, souffraient du Trouble des Multiples Personnalités, et ils alléguèrent que leur mère pratiquait bien un culte 3YoMGf7G46QYyecWT7RyravjozQ-185x278satanique, qu’ils avaient avec elle participé à des rites cannibales où l’on dévorait des bébés encore vivants. Au fil de la thérapie, l’équipe médicale les amena à intégrer le fait qu’ils étaient des « tueurs nés ». Mieux que le film de Roman Polansky, Rosemary’s Baby, non?

Au cours de cette diabolique thérapie, Patricia Burgus fût aussi persuadée par l’équipe médicale d’avoir été une mère incestueuse envers ses fils, d’être l’hôte de trois cent alters, de porter le titre de « princesse satanique » en charge de neuf états et d’avoir pratiqué le cannibalisme sur plus de deux mille cadavres. Le délirant Dr Braun soutint mordicus à la « Princesse Satanique que la viande du hamburger apporté par son mari lors d’une réunion familiale, était en fait d’origine humaine. Au bout de trois ans d’internement, comme l’assurance-santé de Patricia arrivait à son terme et refusait de casquer encore plus, elle fût  enfin autorisée à sortir de l’hôpital. L’assurance avait déboursé pour elle et ses trois fils la coquette somme de 3 millions de dollars.

Est-on surpris d’apprendre que le Dr Braun était un chaud partisan du « Mouvement pour la mémoire retrouvée par la régression». D’autres patients, pour des faits similaires, poursuivirent en justice également le praticien.

C’est d’ailleurs l’affaire la plus célèbre de SRA et Patricia Burgus fut surnommée la « Princesse Satanique ». Patricia Burges obtint 10,6 millions de dollars de dommages et intérêts pour le préjudice causé pour le diagnostic délirant lié aux rituels sataniques. Après l’affaire Patricia Burgus, l’ordre professionnel de l’Illinois raya le Dr Braun du conseil de l’ordre pendant deux ans suivi d’une période de probation de cinq ans.

Si ce genre d’affaires (en plus de la panique satanique) a pu avoir lieu, c’est parce que certains thérapeutes inculquaient à leurs patients la croyance que leur mal-être psychologique avait été causé par un abus sexuel lors d’un enlèvement par des extra-terrestres ou lors de rites sataniques, que cela était du à des vies passées, etc. Dans les années 70/90, la panique satanique, forme d’hystérie collective a aboli le pragmatisme et le bon sens de certains thérapeutes. Ils ont déstabilisé psychologiquement des patients qui se seraient bien passés de les consulter. Des cas judiciaires de SRA ont été répertoriés, démontrant qu’il était possible de falsifier la mémoire des patients et de leur faire croire qu’ils avaient fait des actes innommables en pratiquant avec eux «une thérapie fondée sur la régression».

Les thérapies fondées sur la régression, les plus fréquentes sont l’imagerie guidée, l’hypnose (non médicale), et sont censées faire remémorer les souvenirs d’abus sexuels au cours de messes noires mais aussi d’enlèvements par des extra-terrestres. Ces méthodes utilisant la suggestion via les états modifiés de conscience comme dans  le channeling permettent de contacter les entités invisibles ou de retrouver ses traumas de vies antérieures.

Ces thérapies du New Age basées sur les « expériences subjectives passées » prises pour des vérités ont pu se propager grâce à la lame de fond du New Age. L’un de ses chantres  est la journaliste américaine Marilyn Ferguson, qui avec son best-seller « La Révolution du Verseau » diffusa les principes de base de cette révolution spirituelle. Une nouvelle approche des psychothérapies fut proposée par l’institut d’Esalen en Californie, et les scientifiques du New Age fondèrent le mouvement de la «Gnose de Princeton». Bien loin des règles de « l’Evidence Based Medecine», et en créant d’innombrables dégâts dans la psyché de clients qui leur firent confiance, et en propageant des théories pseudo-scientifiques qui perdurent encore dans le développement personnel.

Ci-dessous la vidéo de l’émission « À la recherche de Satan »

https://youtu.be/qlW9GNb70Xg


Notes: Le mode opératoire lors d’un diagnostic de SRA était le suivant : Dans la plupart des cas répertoriés, les clients suivaient une thérapie (soit individuelle ou de groupe) avec un thérapeute adepte du New Age, et en rupture avec la pratique traditionnelle de la psychiatrie. Le thérapeute adhérait aux croyances spirituelles et  pseudo-scientifiques du New Age. La plupart du temps, ces thérapeutes du New Age n’obtenaient pas l’aval des ordres des professionnels car les méthodes étaient considérées comme expérimentales, et peu fiables.

Certains praticiens étaient diplômés en médecine, et appartenaient à des ordres professionnels qui encadraient tant bien que mal leurs pratiques lorsqu’elles dérapaient. Ainsi pour le Dr Fredrickson, qui pratiquait l’hypnose sur les personnes supposées souffrir de SRA, l’Ordre n’avait pas réussi à faire comprendre aux patients que «l’hypnose peut donner l’impression d’avoir des souvenirs vivaces, qui en fait sont faux mais contribue à renforcer des convictions (d’avoir été abusé) ». (Walter-Singleton, 1999).

https://prezi.com/eaql-z0wy30y/patricia-burgus/

AU SUJET DU LIVRE « SCIENCE ET PSEUDO SCIENCE EN PSYCHOLOGIE CLINIQUE ».

C’est un livre fondamental pour toute personne soucieuse de s’informer judicieusement sur les psychothérapies pseudo scientifiques à partir de la littérature scientifique.

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La pseudo science avance masquée. Nous ne sommes pas toujours critiques face à la multiplication des études qualifiées de scientifiques sur des thèmes à forte connotation idéologique, et publiées dans la presse grand public. Nous les prenons comme des vérités. Ors, beaucoup de ces publications sont de la « Junk Science ».

Depuis plus de trente ans, certaines théories et techniques de psychothérapie prétendent traiter les troubles de la psyché, et ce sans avoir fait la preuve de leur efficacité, de la rigueur scientifique voire de l’éthique. Certaines d’entre-elles ont même aggravé ou déstabilisé psychologiquement des patients qui ont fait confiance à des thérapeutes incompétents. Ces derniers mal formés, parfois malhonnêtes, bref douteux.

Les chapelles ou les courant de psychothérapie, diagnostics basés sur des grilles de lecture ou des théories pseudo scientifiques sont légion. Et comment s’y retrouver dans cette jungle?

L’image mise en avant dans  ce post est celle de la couverture du livre Science and Pseudoscience in Clinical Psychology de Scott O. Lilienfeld, Steven Jay Lynn et Jeffrey M.Lohr. Uniquement disponible en langue anglaise. Fort dommage qu’il ne soit pas traduit en français mais le seul titre est éloquent sur son contenu: la science versus pseudo science en psychologie clinique. C’est un livre fondamental pour les étudiants en médecine,  les étudiants en psychologie, des juristes, des chercheurs et toute personne soucieuse de s’informer judicieusement sur les dérives des psychothérapies à partir de la littérature scientifique.

L’une des particularités de cet ouvrage est d’avoir été répertorié un temps dans la base de données Pubmed/Medline.

Dans cet ouvrage, les rédacteurs et les auteurs-contributeurs représentent divers milieux cliniques et universitaires. Le texte et divisé en 5 sections. Il fait état des controverses dans l’évaluation et le diagnostic les controverses générales en psychothérapie. Aussi dans le traitement des troubles spécifiques chez l’adulte et chez l’enfant également. De nombreux sujets sont abordés, tel que l’autisme, le stress post-traumatique, celui de l’identité dissociative et les antidépresseurs (y compris ceux à base de plantes). Chaque sujet cite la littérature scientifique qui soit confirme, soit réfute chaque méthode de traitement proposé à partir de la littérature scientifique.

Il y a eu deux versions de ce livre. La première date de 2003 (celle répertoriée surdownload-1 Pubmed). Et la seconde de 2013. Je suggère de disposer des deux éditions car certains chapitres de La première version sont différents de la seconde version même si l’esprit est le même. La direction collégiale comme Scott O. Lilienfeld, Steven Jay Lynn et Jeffrey M.Lohr n’a pas changé, mais certains auteurs ne figurent plus dans la deuxième version. Dont l’excellente psychiatre Margaret Thaler Singer, Phd, department of psychologie, state University of New York at Binghammon (NY).

Margaret est l’auteure du livre « Crazy Therapies » qui dénonce les thérapies du New Age qui particpent joyeusement à diffuser la pseudo science en psychiatrie et en psychologie. Livre non plus traduit en français. Elle a voulu introduire dans le DSM (le manuel si honni en France des troubles psychiatriques), le False Memory Syndrome, traduisible en français par les « faux souvenirs induits » causés par des thérapies pseudo scientifiques à base de suggestion et de manipulation de la mémoire. Fausses accusation d’inceste, notamment qui ont amené des pères devant les tribunaux et en prison, tout ceci à cause d’experts-thérapeutes qui avaient falsifié la mémoire de leurs filles.  Dans la première version du livre Science and Pseudoscience, Margaret Thaler Singer a contribué au chapitre 7 intitulé « New Age thérapie ». Malheureusement, malgré sa pugnacité, sa proposition d’inclure le syndrome des faux souvenirs dans le DSM fut rejetée. Elle est décédée en 2003, mais son regard acéré sur les dérives des psychothérapies est toujours d’actualité.

Dans la deuxième version, il y a de nouveaux auteurs qui évoquent également les faux souvenirs est la malléabilité de la mémoire. Dont la psychologue cognitiviste  Élisabeth Loftus, auteure du livre incontournable « Le Syndrome des faux souvenirs, ces psys qui manipulent la mémoire ». Dans cette deuxième version du livre Science and Pseudo science, elle a participé à la co-écriture du chapitre 8 intitulé « Constructing The Past , problematic memory Recovery Techniques in psychothérapy ». Tout un programme!

L’ouvrage « Science and Peudoscience » a reçu l’aval de nombreux professionnels de la santé mentale.

« Il représente une tentative très bienvenue de séparer le blé de l’ivraie dans les pratiques de santé mentale. Cette livre incisif et éclairant doit être amplement lu par les professionnels de la santé mentale, les stagiaires et les médecins qui ont besoin de savoir de quoi il retourne sur les pratiques de santé mentale pour orienter leurs patients.» (Journal de l’Association médicale américaine (la première édition), l’une des revues scientifiques majeures.)

Ou encore « Un livre important. L’accent est mis de plus en plus sur l’évaluation et la thérapie « fondées sur des preuves », mais la science peut être utilisée de manière substantielle ou rhétorique. Ce livre fait un excellent travail en distinguant les deux d’une manière cliniquement pertinente. Ceux qui vendent des thérapies pseudo scientifiques illégitimes à des personnes en détresse violent l’impératif moral de « ne pas faire de mal ». La deuxième édition mise à jour met à jour les principales controverses actuelles et sa liste d’auteurs est impressionnante. Une lecture obligatoire pour les professionnels de la santé comportementale. » (William O’Donohue, Ph.D., Département de psychologie et directeur, Centre de traitement des victimes d’actes criminels, Université du Nevada, Reno)

« Face à des mythes et à des interprétations erronées des pratiques de psychologie clinique, cette deuxième édition transmet des connaissances importantes dans un format accessible. En plus des mises à jour d’experts sur les chapitres existants, il y a plusieurs nouveaux chapitres que je trouve particulièrement précieux. Le chapitre sur la thérapie d’attachement apporte des corrections indispensables aux incompréhensions dangereuses et le chapitre sur la science de la psychothérapie a été largement réécrit, apportant de nouveaux points puissants ( Sherryl H. Goodman, Ph.D., Samuel Candler Dobbs Professeur de psychologie, Université Emory; Éditeur, Journal of Abnormal Psychology )

Ce livre constitue une base de données sérieuses pour toute personne voulant s’informer suivant les règles de « l’Evidence Based Science ».

https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC353046/

 

Vidéo sur les Faux souvenirs: