TOUT SE JOUE AVANT L’ÂGE DE SIX ANS! VRAIMENT?

Un mauvais départ se répercute tout au long de la vie d’adulte, et il y a les traumatismes de l’enfance comme la maltraitance (sous toutes ses formes) qui laissent des empreintes post-traumatiques.

J’ai emprunté le titre de ce post au fameux best-seller écrit par le Dr Fitzhurgh Dodson « Tout se joue avant l’âge de 6 ans »! La première édition de ce livre date de 1970, et il a ensuite été régulièrement réédité . Cela ne signifie que j’agrée totalement au point de vue de l’auteur, même si certains de ses propos sont pertinents! Avouez que l’idée que tout se joue  avant six ans est tout de même sacrément fataliste! Ors, elle s’est imposée comme une évidence psychologique auprès de nombreux parents, y compris de certains professionnels de la santé.  Tout est-il déterminé avant l’âge de 6 ans ? Et même avant?  Cette affirmation vous rappelle-t-elle quelque chose

Mais qu’entend-on par cette expression? La personnalité de l’adulte se construit-elle vraiment durant les cinq premières années de sa vie, et parfois avant l’âge de trois ans?

Le livre de Dodson est devenu un manuel pour de nombreux parents et des mères obnubilées par les progrès de leur enfant, dans cette étape du rôle maternel que Winnicott appelait « la préoccupation maternelle primaire !

La vision du « tout se joue avant six ans est très pessimiste, et s’inscrit dans la lignée du déterminisme psychologique suivant laquelle la vie psychique est totalement déterminée. Elle serait  dépendante de ses antécédents, et ne comporterait aucune liberté. Pour F.Dodson, durant les cinq premières années de sa vie, chaque enfant passe par les stades des acquisitions fondamentales –marche, langage, propreté, socialisation, estime de soi-. Les stimulations intellectuelles reçue au cours du développement de ces acquisitions durant ces cinq premières années sont importantes pour son intelligence adulte. Sur le point de la stimulation intellectuelle, passage obligé par les écrans!  La psychanalyste Sophie Maripoulos, sans citer Dodson, évoque dans un rapport sur les enfants et les écrans, la malnutrition  culturelle due au manque d’attention et d’accompagnement des parents dans l’éveil des tout-petits.

À la sortie du livre « Tout se joue avant six ans » en 1970, les connaissances en  neurosciences n’étaient pas aussi avancées qu’aujourd’hui. Certes le développement cérébral est influencé par la génétique, notamment l’intelligence et ses 40 gènes, mais il  ne faut pas sous estimer les facteurs relationnels, affectifs et environnementaux. Les certitudes, mal interprétées selon certains spécialistes, sont agaçantes !
La petite enfance est une période très riche dans la vie, mais rien n’est jamais joué. Certains apprentissages se font toute la vie, l’environnement, les expériences de la vie, les événements (heureux ou malheureux), les crises, et les rencontres influencent la personnalité de l’adulte. Bref, dans le fatum, il y a une part de hasard qui fait que la vie réserve aussi des bonnes surprises.
 

Toutes les théories psychologiques sont d’accord pour dire que des relations affectives de qualité nouées dès l’enfance avec les parents, ou des figures de substitution laissent une empreinte indélébile et essentielle, qui influenceront les relations adultes. Évidemment! Un mauvais départ se répercute tout au long de la vie d’adulte, et il y a les traumatismes de l’enfance comme la maltraitance (sous toutes ses formes) qui laissent des empreintes post-traumatiques. 

Des chercheurs suisses de l’École polytechnique fédérale de Lausanne sous la houlette de Carmen Sandi ont constaté que les blessures invisibles de l’enfance laissent une empreinte biologique qui perdure dans le cerveau adulte.  L’équipe suisse a montré (chez des rats) que les traumatismes chez l’enfant conduisaient à des comportements agressifs visibles  sur certaines zones du cerveau. Comme l’altération du cortex orbitofrontal identiques à celles retrouvées chez les humains violents. Cette connaissance sur les conséquences des traumatismes a des implications médicales, mais également thérapeutiques et sociales.
« Cette recherche montre que les personnes exposées aux traumatismes dans l’enfance ne souffrent pas seulement sur le plan psychologique mais elles subissent une réelle altération dans leur cerveau» (Carmen Sandi).
 

La plupart des chercheurs en psychologie s’accordent pour dire que les traumatismes de la petite enfance (ceux qui surviennent avant l’âge de six ans) sont à l’origine de beaucoup de dépressions et de troubles anxieux, et d’autres troubles. Une autre étude, celle de l’université de McGill de Montréal montre également que les abus et maltraitance laissent une empreinte chimique dans le cerveau. Il s’agit d’une modification de gènes dont l’enfant a besoin a besoin pour se construire un système de défense contre le stress. Une fois modifiée par l’expérience de l’abus sexuel, ces gènes restent altérés toute la vie, rendant les victimes plus vulnérables aux aléas de la vie. 

 
Sans s’arrêter à des événements traumatisants extrêmes (violence, abus sexuels abandon), les interactions destructrices et répétées avec les adultes sont néfastes dans la construction de la personnalité. C’est du désamour et de l’atteinte à l’estime de soi, ni plus ni moins. On entend par désamour les humiliations répétées, le manque d’affection et de compassion d’autrui, les négligences envers la santé mentale et physique. Les inactions des parents sont également destructrices;  elles font douter de la valeur de l’enfant et entachent son estime de soi. Les encouragements prodigués par les adultes sont essentiels à la sécurité affective et l’absence de retroaction positive est extrêmement dommageable à l’estime de soi. Les parents ou  les adultes ne sont pas les seuls acteurs des actions de démolition mentale. Les enfants sont parfois cruels entre eux. L’ostracisme, l’exclusion, l’intimidation par les autres enfants sont extrêmement traumatisantes pour un jeune enfant.
 
Même si le futur adulte est marqué au fer rouge par ses traumatismes, la vision déterministe où tout est  joué durant l’enfance est catastrophique. Elle risque d’enfermer l’autre prisonnier de son passé, et de ne pas l’encourager à dépasser ses problèmes !
 
Freud, en son temps, avait souligné l’inégalité des réactions des patients à la névrose face à un même événement. Jung a parlé de cette notion du « Soi », ce noyau subtil de la personnalité qui peut aider à surmonter les épreuves. Le très médiatique et contesté pédopsychiatre Marcel Rufo prend le contre-pied de F.Dodson de cette fausse croyance que « tout se joue avant six ans ».
 
La notion de résilience, développée par Boris Cyrulnick, démonte ce déterminisme, et est est une formidable leçon d’optimisme où tout est possible à tout âge! La résilience, c’est cette capacité à rebondir, et à reprendre le développement positif de sa vie après l’adversité.
Il n’y a pas de fatalité au malheur. « Les enfants qui ont connu la violence, l’abandon, l’orphelinat, la misère ou encore la guerre seront des enfants blessés et des adultes blessés tout au long de leur vie. Mais ces enfants ne sont ni foutus, ni sans valeurs (Boris Cyrulnick).» 
Les deux périodes pendant lesquelles se mettent en place les processus de résilience sont d’une part, la période qui précède l’acquisition du langage où l’enfant se façonne, se  » tricote  » avec la propre histoire de ses parents. D’autre part, la période qui sur l’acquisition du langage, où l’enfant acquiert la possibilité de se représenter son passé et son avenir et donc de donner un sens à sa vie et ainsi d’agir en la métamorphosant.
 
Conclusion : tout ne se passe pas avant six ans, ni même à trois ans ! On peut à tout âge revivre, et la résilience marche toute la vie, et jusqu’à 120 ans! 
 
 

Vidéo/conférence du Pr Marcel Rufo

 

 

 

 

Sources:
http://www.radio-canada.ca/nouvelles/science/2013/01/17/003-traumatisme-enfance-violence.shtml
Boris-Cyrulnik Les-vilains petits canards

AU SUJET DU LIVRE GAGATORIUM, QUATRE ANS DANS UN MOUROIR DORÉ

Si je sors vivante de mon gagatorium, me suis-je promis, je témoignerai pour tous les vieux qui n’ont pas la parole.

En déballant mes cartons de déménagement, j’ai retrouvé le livre « Gagatorium » quatre ans dans un mouroir doré écrit par Christine Ravenne en 2013. Il est toujours d’actualité car l’auteure décrit ce qui se peut se passer dans une « maison de retraite ». Avec verve, cette ancienne journaliste et conseillère en formation auprès d’entreprises, surnomme l’EPHAD où elle a séjourné « gagatorium ». Cette pétulante sénior de quatre vingt ans à l’époque avait décidé de prendre la plume pour dénoncer les conditions de vie dans certains EPHAD!

Quelques extraits de ses propos dont certains figurent sur le site Babelio:

« J’ai 80 ans et je ne supporte pas d’être enfermée, même dans un mouroir doré sur tranche. Si je sors vivante de mon gagatorium, me suis-je promis, je témoignerai pour tous les vieux qui n’ont pas la parole. Après quatre ans de cauchemar, j’ai enfin pu m’évader de la résidence privée et très bling-bling de Ker-Eden. Mais j’y ai laissé ma santé et mon modeste patrimoine. Aujourd’hui, j’accuse ! J’accuse la mafia de “l’or gris” de commettre bien des abus, en toute impunité, et d’exercer une maltraitance physique, morale et financière sur les vieux. J’accuse les pouvoirs publics, responsables du vide juridique abyssal qui permet tous ces abus. J’accuse les familles, trop souvent indifférentes, qui ferment les yeux. Malmenés, plumés, bâillonnés, ce sont vos parents qui vivent dans des gagatoriums. Demain, si vous n’y prenez garde, ce sera vous. »

Je vais entrer dans ma quatrième année au poulailler. Je suis à bout de souffle , mais toujours là . Dommage qu’il n’y ait pas de cocotier dans la jardin de Ker-Eden.

Mais pour un diabétique , l’alcool , ça ne pardonne pas, Il avait même renoncé à l’autogestion de son diabète , assisté matin et soir par les infirmières.

La loi de Ker-Eden n’est inscrite nulle part , mais elle est impérative . Les remises à Moïse ! < tu ne tueras point…..( la directrice ) Tu obéiras en tout temps et en tout lieu .Tu paieras tes servitudes sans jamais poser de questions ……
Et tu mangeras ton poids en gâteaux , car Dieu et la directrice t’aiment……..>

L’histoire se termine bien pour elle car elle a retrouvé sa liberté, et vit seule aujourd’hui. D’autres séniors n’ont pas cette chance, contraints au silence! En 2013, année de la parution du livre de Christie Ravenne, un scandale de maltraitance avait éclaté à l’hôpital de Gisors. Deux aides soignantes de l’EHPD auraient maltraité des patients âgés et très vulnérables. Cinq photos retrouvées sur place montrent les victimes dans des positions et  tenues dégradantes (dénudées, couches culottes). Tous des séniors gravement handicapés et placés sous tutelle.

L’année 2019 n’est pas épargnée! Une sénior de 98 ans  dépendante a été victime de maltraitance par le personnel de nuit. Les enfants, soupçonnant des actes graves avaient caché une caméra dans la chambre de leur mère. 

Parfois, le personnel soignant prend la plume pour dénoncer les conditions dégradantes de vie des personnes âgées et dépendantes. Comme Hella Khieref, aide-soignante dans son livre Le Scandale des EPHAD.

Des histoires sordides, il y en a plein d’autres! Et encore, et encore! En 2018, plus de 3500 signalements ont été recensés! 400 de plus que l’année précédente. Soit une hausse de 13%. Le plus souvent, il s’agit de maltraitance psychologique qui ont lieu au domicile de la personne. Le sujet reste tabou, et Gagatorium est hélas encore d’actualité!

Alors qu’est devenue son auteure? Christie Ravenne a gagné contre la maison de retraite qui avait porté plainte contre elle pour diffamation, estimant que des pages du livre nuisaient à la réputation de leur établissement. Aujourd’hui, elle est peut-être tombée dans l’oubli médiatique, mais on peut la remercier pour son livre, son esprit caustique, et surtout son regard positif sur la vie, et en lui souhaitant une vieillesse heureuse dans les meilleures conditions matérielles souhaitables.

Prendre soin de nos aînés doit être un véritable enjeu sociétal, en changeant radicalement notre regard sur la vieillesse. Car comme l’a écrit Carl.Gustav Jung dans L’Homme à la découverte de son âme », Il est assez stérile d’étiqueter les gens et de les presser dans des catégories. » L’âge est l’une de ces catégories qu’il faut faire voler en éclats. Et de terminer ce post avec Christie Ravenne: Non, la vie n’est pas une maladie. « L’existence humaine, c’est l’art difficile de vivre une vie de mortel… sans en faire une maladie ! »

Sources:

http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2013/06/10/01016-20130610ARTFIG00375-gisors-suspicion-de-maltraitance-sur-des-personnes-agees.phphttp://www.social-sante.gouv.fr/actualite-presse,42/breves,2325/les-ehpad-sont-ils-des-lieux,15622.html

 

 
 
 
 

PRÉFÉREZ VOUS LIRE SUR UN ÉCRAN OU SUR UN LIVRE PAPIER?

Le principal n’est-il pas de lire et d’y trouver du plaisir? Laisser à chacun le choix de son support!

Bibliothèque Sainte-Geneviève (Paris)

Aujourd’hui, avec internet et les moteurs de recherche, nous accédons à la connaissance d’une manière différente des générations précédentes. Illimitée, et c’est un véritable bouleversement culturel! Nos méthodes de travail intellectuelles s’en trouvent profondément bouleversées. En quelques clics, on accède en quelques secondes à une quasi infinité de documents sans se déplacer physiquement! De bonne ou de mauvaise facture et avec parfois en prime des fakenews, surtout dans le domaine scientifique! Pour mes deux premiers livres, j’ai du passer de longues heures à la Bibliothèque Sainte-Geneviève pour consulter de nombreuses sources! Et pendant ce temps-là, mon éditeur trépignait car je prenais du retard pour rendre mon manuscrit! Certes, temps béni qui m’a permis de contempler ce haut-lieu historique, mais j’avoue que c’est bien pratique de faire des recherches pour mon blog avec le net! Bref, manifestement, la lecture sur le net et sur écran modifient profondément nos capacités cognitives. Faut-il être forcément être nostalgique du livre papier? Les avis divergent sur la modification des processus cognitifs suivant le support de lecture.

Thierry Baccino, professeur de psychologie cognitive et ergonomique, liste les aspects négatifs mais aussi les bienfaits de la lecture sur écran

La lecture sur écran peut entraîner une désorientation cognitive
Enrichissement incontestable de l’information mais sans boulimie afin de ne pas tomber dans cette désorientation cognitive!

On lit plus vite sur un support papier que sur un écran à cause de la luminosité des écrans, et la compréhension du texte lu n’est pas la même.

Et Thierry Baccino souligne la détérioration de la mémoire spatiale du texte! Qui ne l’a pas expérimenté!

 Avec un texte sur papier, il arrive parfois que l’on se souvienne de l’endroit du texte où l’on avait trouvé une information. Parfois même on ne souvient plus de l’information mais seulement de sa localisation (dans le texte ou dans le livre). […]

« Lire sur un ordinateur ou sur papier active les mêmes zones cérébrales, selon Thierry Baccino. Sauf que lorsque nous lisons sur écran, c’est essentiellement pour rechercher des informations. Or cette activité, souvent liée à la prise de décision, mobilise quant à elle les aires frontales du cerveau. »

Nous ne lirions que 20 % du texte que nous trouvons sur le Web. Il est Indiscutable que les mouvements des yeux sont différents suivant que nous lisions sur un écran ou sur un livre. La lecture s’avère plus lente que sur la page d’un livre. Pour compenser cette perte de vitesse, nous aurions tendance à pratiquer une lecture rapide en sautant des mots et des phrases. Mea culpa! Ce qui parfois gêne la compréhension du texte. Manifestement, en modifiant notre manière de lire, Internet agit sur notre appareil neuronal, et est susceptible d’affaiblir notre capacité à comprendre les textes alambiqués. Mais nous sommes en 2019, et la conception d’une « bonne et mauvaise lecture » varie d’une époque à une autre.

Que l’on se montre sceptique ou pas, sur la lecture sur écran est aujourd’hui incontournable; la culture passe aujourd’hui par les canaux numériques. En leur temps, les livres papier furent vivement critiqués dont la prose. Au XVIII siècle, l’on reprochait à la littérature libertine de trop échauffer l’imagination. Que dirait-on aujourd’hui face à l’envahissement de la pornographie sur les écrans? C’était de la gnognotte!

Connaître les travers de la lecture sur le net ne signifie pas la diaboliser, mais l’aménager, et ne pas se priver des autres supports de lecture traditionnels. Les uns ne sont pas incompatibles avec les autres. Mais enlevons nous de l’esprit qu’un texte sur le net « se lit d’une seule traite » lorsqu’il dépasse plus d’une phrase avec un verbe, un sujet et un complément.

L’étude des mécanismes psychologiques de la lecture, et tout ce qui a trait à la plasticité neuronale lors de cette activité est un immense champ de recherche. Même si notre cerveau est plastique, les connaissances permettant de lire ne sont pas précablées pour cette activité (tout d’ailleurs comme pour les autres), et l’enfant doit se soumettre à un apprentissage de plusieurs années pour maîtriser la lecture.

Andrew Dillon de l’université du Texas , « nous sommes dans une nouvelle ère du comportement, face à l’information, et nous commençons à en voir les conséquences ». 

D’abord, il y a l’apprentissage du décodage visuel des signes écrits, et c’est l’aire occipitale qui est sollicitée. Et ensuite, il y a un ensemble de processus cognitifs résumé par Jean Dortier dans son article La plasticité, une adaptation permanente, s’appuyant sur les travaux de Stanislas Dehaenne: La lecture est un processus comportant plusieurs phases et mettant en lien la reconnaissance des formes et l’accès au sens, via toute une série d’étapes où sont impliquées les aires visuelles, les aires auditives (voie phonologique) et les aires du langage (qui donnent sens aux mots).


Lecture sur support papier ou sur écran, le principe d’acquisition de base reste le même. Pour Olivier Houdé, le cerveau reste le même mais ce sont les circuits qui changent. C’est le cortex préfrontal qui d’abord agit notamment chez l’enfant, au détriment de la « résistance cognitive », théorie révolutionnaire d’Olivier Houdé qui est la capacité du cerveau à inhiber les automatismes de pensée pour nous permettre de réfléchir
. Et il préconise un changement des apprentissages de la lecture qui repose sur la théorie des intelligences multiples.

Le sujet des bénéfices ou des désagréments de la lecture sur les écrans par à rapport aux livres papier est inépuisable! Le principal n’est-il pas de lire et d’y trouver du plaisir? Laisser à chacun le choix de son support! Faites à votre guise, le principal est de lire! Lisez, écrivez pour stimuler votre réserve cognitive! Et il y a aussi la bibliothérapie! À suivre !

Conférence sur la résistance cognitive par Olivier Houdé

Sources:

http://www.actualitte.com/societe/les-ecrans-et-la-lecture-en-profondeur-le-cerveau-s-adapte-49407.htm
http://www.washingtonpost.com/local/serious-reading-takes-a-hit-from-online-scanning-and-skimming-researchers-say/2014/04/06/088028d2-b5d2-11e3-b899-20667de76985_story.html
http://www.journaldunet.com/ebusiness/expert/53569/l-illetrisme-numerique-est-un-vrai-probleme-de-societe.shtml  

HORS LES MURS DE LA PRISON AVEC LA LECTURE!

Le personnel pénitentiaire a évalué le livre de Mathilda Matten comme pornographique et incitant à la violence. Ce serait une mauvaise lecture pour Andrès Martinez qui n’est pas un ange!





L’impact positif de la lecture sur l’humeur n’est plus à démontrer. Sans parler de bibliothérapie stricto sensu, il nous semble également naturel de lire les livres de notre choix! 

Pourtant cet acte aussi simple peut s’avérer parfois compliqué pour un détenu anglo-saxon. En novembre 2013, un article m’avait fait sursauter! Sous l’ère Cameron, les prisonniers ne devaient plus recevoir de livres, des magazines, papeterie et timbres. Le but étant selon le gouvernement de Cameron  de soumettre les prisonniers à «des conditions plus spartiates», afin d’accélérer leur «réhabilitation ».

Alors comment un détenu peut-il tenir le coup moralement s’il ne peut plus lire à sa guise? On sait que les épisodes dépressifs majeurs sont fréquents en prison et difficiles à traiter. L’écrivain nigérian Kunle  Ajibade, enfermé trois ans et demi dans les années 30 dans les geôles britanniques de l’époque, estime que, « malgré les odeurs d’excréments, d’urine de rat et de pourriture », recevoir des livres l’a aidé à garder le moral.  Notamment la copie de The View The Ground de Martha Gelhom (correspondante de guerre du XXe siècle) s’est avérée salvatrice pour son moral : « Je témoigne du pouvoir thérapeutique de la lecture et de la littérature, surtout dans les moments sombres. On ne peut se dire humain et nier à un prisonnier la possibilité de s’en sortir par l’esprit », écrit-il.

Outre ce droit fondamental de s’évader par l’esprit, il se pose parfois aux détenus anglo-saxons des restrictions sur le choix de leurs livres. Il y a la bonne et mauvaise littérature, celle qui a une bonne ou une mauvaise influence sur le comportement du détenu. S’il est prouvé que la bibliothérapie agit positivement, certains livres auraient l’effet inverse, allant jusqu’à des incitations à la violence. Ce dernier point est surtout cité pour les jeux vidéo violents, le cinéma et la télévision. La violence imaginaire, évoquée dans les médias, impacterait la violence réelle. Tout ceci au conditionnel, les études scientifiques étant souvent contradictoires.

Cette notion d’incitation à la violence va jusqu’à faire interdire certains livres dans les prisons américaines. Cette censure est souvent laissée à la discrétion du personnel pénitentiaire.

En 2013, Andres Martinez, incarcéré dans le pénitentiaire de Pelican Bay en a fait les frais. Il s’est vu interdire de lire The Silver Crown (non traduit en français) de Mathilde Matten, auteure populaire d’une trilogie de Fantasy. Le thème du livre est la lycanthropie: l’héroïne, à la nuit tombée, tue des loups garous et va un beau jour follement tomber amoureuse de l’un d’eux. Des passages contiennent des scènes d’un érotisme torride entre la Belle et la Bête.

Le personnel pénitentiaire a évalué le livre de Mathilda Matten comme pornographique et incitant à la violence. Ce serait une mauvaise lecture pour Andrès Martinez qui n’est pas un ange! Il est incarcéré pour tentative de meurtre et soupçonné, au sein de la prison, d’appartenir à un  gang mexicain. Les surveillants ont invoqué le fameux amendement des « livres douteux ». Surprenant quand on sait que le magazine Playboy circule librement dans cette prison. Mais Andrès Martinez n’avait vraiment pas envie de feuilleter Play Boy; il voulait absolument lire le livre de Mathilde Matten.

Il a alors saisi la cour d’Appel de San Francisco pour faire lever cette mesure restrictive. Le tribunal a donné raison au prisonnier, estimant que les gardiens n’avaient pas évalué correctement le contenu du livre, qui présentait une réelle qualité littéraire sans être pour autant de la littérature majeure. Selon le tribunal, les grands thèmes développés dans Silver Crown comme l’amour, la loyauté, le destin, la vengeance, la trahison ou encore la métamorphose des lycanthropes, ne constituaient nullement des incitations à la violence.

Si le fait divers d’Andrès Martinez paraît surprenant, il faut le replacer dans le contexte de  l’état de  Californie très pointilleuse sur les livres à mettre entre les mains des détenus.Très à cheval sur tout ce qui touche à la pornographie, notamment. Le personnel pénitentiaire n’a fait qu’appliquer le principe de précaution et respecter la loi californienne. Happy End pour Andrès Martinez qui a du dévorer le livre de Mathilde Madden…

Ce n’est pas la première fois qu’un livre est interdit dans les prisons américaines. L’Attrapes Cœur, roman de J.D Salinger l’a été aussi bien longtemps. Il faut dire que ce livre a été source de scandale outre Atlantique. Écrit après la seconde guerre mondiale, l’Attrapes Coeur a été placé sur la «banned book list» (liste des livres bannis et censurés) aux États Unis.

Dans les années 50, la notion d’antihéros débute aux États-Unis et choquera pendant longtemps les Américains. Les thèmes du livre (prostitution, décrochage scolaire, obsession de la sexualité), le langage familier, relâché et obscène de Salinger ont été jugés sulfureux et susceptibles d’exercer une mauvaise influence sur les adolescents. La rumeur affirme que L’Attrape Coeurs pourrait avoir amené, dans une moindre mesure, Mark David Chapman à tuer le chanteur John Lennon. Lors de son arrestation, on a trouvé un exemplaire du bouquin sur lui. .

Au Texas, 10 000 livres seraient interdits dont Freaknomics, un ouvrage de d’économie décalé! A l’inverse, rapporte le site ActuaLitté, Mein Kampf d’Adolf Hitler ou des livres signés par un ex-leader du Ku Klux Klan sont autorisés ». Diable!

Et encore, le site ActuaLLité rapporte que l’administration de Pennsylvanie prévoit d’interdire l’envoi d’ouvrages, au motif qu’ils alimentent le trafic de drogues. Mais la vente d’ebooks pourrait être autorisée.

Par contre, au Brésil, un article lu vaut quatre jours de prison en moins! Pour bénéficier de la réduction maximale de 48 jours chaque année en lisant jusqu’à 12 ouvrages de littérature générale, philosophie ou sciences, les conditions sont draconiennes! Le détenu a quatre semaines pour lire un livre et ensuite rédiger une dissertation sur le sujet. Un ancien détenu Erwan Janes soutient cette initiative pour les raisons suivantes:

Les livres que j’ai lus en prison ne m’ont pas permis de gagner du temps, mais m’ont aidé à devenir ce que j’aurais dû être…

Contrairement aux prisonniers brésiliens, je n’ai pas bénéficié d’une réduction de peine pour lire des livres – mais ils m’ont énormément aidé. 
Dites-moi quels livres vous recommanderiez aux détenus

Les détenus sont sujets à la dépression. Dans une dépression, il ya de nombreux troubles cognitifs dont celui de l’attention, d’une focalisation sur les émotions négatives et d’une baisse de l’humeur. La bibliothérapie permet de détourner l’attention du dépressif, et de lui redonner le gout de l’effort cognitif, et de stimuler son imagination. 

Sources:

http://www.actualitte.com/societe/erotisme-et-loups-garous-ne-font-pas-bon-menage-en-prison-42998.htm

http://fr.wikipedia.org/wiki/L’Attrape-cœurs

http://www.marianne.net/Prisons-britanniques%C2%A0-defense-de-lire_a239326.html