IVRES PARADIS, BONHEURS HÉROÏQUES!

Le test du marshmallow est une étude de gratification conduite par le psychologue Walter Mischel en 1972. Un bonbon est offert à chaque enfant. S’il résiste à la tentation de le manger tout de suite, il en recevra deux plus tard.

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Dans son essai « Ivres Paradis, Bonheurs héroïques », Boris Cyrulnik théorise la fonction du héros, sa face obscure séduisante, qui peut aussi parfois le transformer en meneur  de groupe totalitaire, « planteur de haine et pourvoyeur du pire. » C’est avec des anecdotes empruntées à l’histoire que Boris Cyrulnik parle de l’héroïsation de ces hommes et de ces femmes tout à fait ordinaires, qui dans certaines circonstances ont une conduite héroïque.  Ce sont les héros de la vie quotidienne. On ne choisit pas d’être un héros, ce sont les circonstances qui s’en chargent, et c’est le récit, le fait d’en parler qui leur donne vie. Sans narration, pas de héros.

Le besoin de s’identifier à des figures héroïques s’explique d’abord par la condition humaine, elle même! La vie est un champ de bataille: « pas d’existence sans épreuves, pas d’affections sans abandon, pas de lien sans déchirure, pas de société sans solitude. » D’où cette tendance dès l’enfance à s’identifier au héros. Une partie du livre évoque la genèse de la figure du héros. Qu’elle soit positive ou obscure, elle se constitue dès l’enfance avec la mémoire et l’anticipation qui définissent le modèle opérateur interne (MIO), concept développé par John Bolwby.

Le MIO est un processus qui définit la représentation du temps. Il permet d’attribuer au présent une connotation de bonheur passé et à venir. Mais il y a son contraire qui est la maltraitance. Si le MIO est basé sur la maltraitance, il sera en attente d’une autre maltraitance. Dans ce cas là, tout n’est pas perdu pour l’avenir. Boris Cyrulnik reste optimiste. Pour ne pas être prisonnier de son passé, il faut du temps pour effacer cette mémoire des évènements douloureux  qui lui ont appris à se conditionner pour le malheur. Pour s’en libérer, il devra apprendre à devenir autonome, inhiber les  réponses réflexes et s’entrainer à juger par lui-même afin d’échapper aux pressions du groupe, qui inhibent le libre-arbitre.

L’auteur cite le test du marshmallow qui montre qu’un enfant peut acquérir très tôt cette forme de liberté qui constitue à freiner ses impulsions. Le test du marshmallow est une étude de gratification conduite par le psychologue Walter Mischel en 1972. Un bonbon est offert à chaque enfant. S’il résiste à la tentation de le manger tout de suite, il en recevra deux plus tard. Apprendre  à ne pas répondre à une stimulation immédiate est le premier degré du libre-arbitre. Cette observation expérimentale démonte que le cerveau est sculpté par le milieu, et est entraîné à fonctionner sur des modes différents. On peut dépasser le fatum. Mais la vulnérabilité acquise est résiliable.

Avec Boris Cyrulnik, le vulgarisateur de la résilience, l’espoir est toujours présent pour changer le cours de la vie. Il y a un processus culturel qui mène à l’altéricide. Le besoin du héros est un indicateur de la défaillance de l’individu dans le groupe. Il faut apprendre à résister aux épidémies de croyances ou émotionnelles. L’un des exemples cité par l’auteur est le Maccarthisme. Plus l’émotion est intense, plus elle obscurcit la raison et plus l’individu se soumet à des représentations  coupées de la réalité. La soumission a des avantages: « quand on suit le courant, on n’a que des amis, on éprouve la vertueuse colère des indignés au nom de la moralité, on élimine les dissidents, et quant au blasphème, on met à mort les mécréants. Mais qui sont ces Héros ou d’ailleurs ces Héroïnes qui peuvent servir d’exemple? Identifier des personnalités, des actes comme héroïques permet-il la résilience?

Tout simplement, ces héros sont des hommes ou des femmes qui ont su dire « Non ». Boris Cyrulnik évoque l’histoire de Germaine Tillion download. Elle n’a pas agi pour être héroïne, ce sont les récits qui l’ont lui ont attribué le statut d’héroïne. La mort du héros est une promotion, une offrande au groupe, une conséquence presque divine. Boris Cyrulnik réfute le terme d’attentat-suicide, pour lui, c’est une mort consacrée, un hymne après la mort.Vivre en société implique de renoncer à une part de soi. Des coutumes jugées barbares peuvent être morales dans certaines civilisations. Comme dans le cas de l’immolation aztèque où des enfants étaient offerts en sacrifice aux dieux. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, ces enfants étaient aimés et non détestés. L’auteur fait un parallèle entre l’immolation des Aztèques et la bataille de Verdun. Les deux sacrifices possèdent la même fonction psychologique qui est celle d’accepter la mise à mort des quelques éléments afin que le groupe aille mieux.

Boris Cyrulnik évoque les conflits modernes où les civils et les enfants meurent plus que les soldats contrairement aux guerres précédentes. D’où ce sentiment d’impuissance. Il parle aussi de la contagion des idées à travers l’exemple du suicide. La contagion des idées est nette pour le suicide. Quand une personnalité se suicide, on note un pic de suicide dans les jours qui suivent. À fortiori, lorsqu’il s’agit d’une femme. Si l’héroïsation est possible, c’est que le réel est si atroce qu’il devient nécessaire que toute représentation soit métamorphosée, autrement, il serait insupportable.

L’idéal ne se conduit plus au fond de soi pour réparer une blessure et reconquérir une place dans la société comme le ferait un processus de résilience. L’idéal est hors de soi, dans la doxa qui gouverne les masses.Le héros peut devenir l’étendard des idéologies extrêmes. Dans toute population, il y a un contingent d’individus peu émotifs dont l’attachement est évitant.  L’obéissance cesse d’être un facteur d’adaptation.

Le recrutement d’un terroriste est chose aisée! Une simple campagne publicitaire sur les réseaux sociaux! De même qu’il y a des épidémies de suicide, il y a des épidémies d’assassinats mystiques et idéologiques. L’individu flottant sans liberté intérieure est susceptible de succomber dans des idéologies extrêmes. Que le cerveau soit altéré par une maladie ou par un appauvrissement du milieu culturel, les effets relationnels sont les mêmes. Le marketing politique emporte la conviction en inscrivant dans la mémoire une image et quelques mots qui pétrifient la pensée.

En guise de conclusion, quelques extraits de « Ivres paradis, bonheurs héroïques »:

« Quand les représentations sociales apportent de tels bénéfices tragiques, les adaptations sont claires.-Si vous voulez être heureux, sans vous poser de questions, chantez avec le chœur, soumettez vous.-Si vous préférez devenir vous-même, rebellez vous, vous paierez plus tard»

Et si notre société avait tout simplement besoin de faire un acte de résilience collective?

https://www.youtube.com/watch?v=cwyAYplxLng&w=560&h=315%5DSource: http://bibliobs.nouvelobs.com/idees/20160413.OBS8458/boris-cyrulnik-et-c-est-ainsi-qu-on-fabrique-des-gogos-armes.htmlhttps://books.google.fr/booksid=BZUoDAAAQBAJ&pg=PT410&lpg=PT410&dq=MIO+neurosciences&source=bl&ots=oKeebhTzor&sig=mXwTSM6GzomLtOJUxjZhojBa8PA&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwiqsd229cfNAhVB1BoKHWZQBbwQ6AEILDAC#v=onepage&q=MIO%20neurosciences&f=falseTest du Marshmallow

 Test du Marshmallow

LA NATURE AIDE À BIEN VIEILLIR!

L’importance de la nature est fondamentale sur le bien être physique et moral des séniors! Comme l’admet Jessica Finlay, cette étude est « empirique », bien que répertoriée dans Pubmed.

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Les seniors qui se connectent quotidiennement à la nature en tirent de vrais bénéfices, affirme une étude parue récemment.
Avoir accès à la nature (parcs, points d’eau…) permettrait de rester en bonne santé et de mieux vieillir. C’est ce que révèle la chercheuse Jessica Finlay dans une étude parue récemment.

Quels sont les bienfaits pour le corps et pour l’esprit ?

Passer chaque jour un moment dans la nature améliorerait la qualité de vie, la santé morale et physique des personnes âgées. Telle est la conclusion d’une étude anglo-saxonne menée par Jessica Finlay et son équipe de l’Université du Minnesota, publiée en juillet 2015, dans « Health and Nature », une revue spécialisée en psychologie de l’environnement.

 

La maison de retraite réduit les libertés individuelles. On peut se faire une idée à partir des observations du sociologue américain Irving Goffman sur les institutions totalitaires comme les hôpitaux psychiatriques (et autres lieux). « L’institution totale est un lieu de chamboulement où l’individu se voit déposséder de sa liberté, de ses allées et venues; son périmètre de vie se rétrécit, et la notion de temps est soumise aux contraintes de l’institution buraucratique ».

Les résultats de cette étude sur les bienfaits de la nature chez les séniors peuvent sembler pour les jeunes ou les moins jeunes une évidence en cette période estivale!  C’est l’occasion pour beaucoup d’entre nous d’aller se ressourcer au bord de la mer, dans la campagne ou à la montagne. Quand on est en pleine possession de ses capacités physiques et mentales, il semble facile de bouger à sa convenance, prendre sa voiture ou le train pour aller se promener dans les bois, aller sur la plage. Ors, ce n’est pas toujours le cas pour les personnes âgées. Notamment pour celles qui souffrent de pathologies diverses, invalidantes et qui sont dépendantes, isolées ou encore en maison de retraite médicalisée jusqu’à la fin de leurs jours. Alors interrogeons nous sur la qualité de vie de nos aînés quand ils sont coupés de la nature, avec parfois la sensation d’être claquemurés dans une institution ou une maison de retraite.

Car une maison de retraite reste un cadre de vie contraint, qui réduit les libertés individuelles de la personne qui s’est résignée à finir ses vieux jours là-bas pour diverses raisons. Qu’en est-il de leur psyché, en sachant que selon les résultats des dernières enquêtes réalisées en France, 33% des résidents d’établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad), souffriraient de dépression? Outre cela, le risque de suicide est plus élevé chez les seniors de plus de 85 ans, deux fois plus que pour les jeunes de 25 à 44 ans. Or, le fait d’être triste ou pessimiste ne doit pas être considéré comme normal pour une personne âgée, et il n’est peut-être pas besoin de leur administrer des doses massives de psychotropes, dont on sait aujourd’hui que l’excès est délétère.

 

C’est un autre paradigme que proposent dans leurs conclusions Jessica Finlay et son équipe de l’université du Minnesota sur les effets bénéfiques de la nature chez les séniors en maison de retraite sont novatrices, même si ce que s’y raconte semble des lieux communs pour les plus jeunes. L’importance de la nature est fondamentale sur le bien être physique et moral des séniors! Comme le reconnaît Jessica Finlay, cette étude est « empirique », bien que répertoriée dans la base de données scientifiques de Medline qui cite les études sérieuses. C’est d’abord une réflexion pour les politiques de prise en charge des personnes âgées, en construisant des espaces qui accueillent les personnes sur l’ensemble de leur vie.

Les pouvoirs publics pensent d’abord à la construction d’aire de jeux pour les enfants mais rarement à des bancs pour que les grands-parents puissent les regarder s’amuser. Cette importance de la nature sur le bien-être physique et moral de nos aînés s’inscrit dans un courant humaniste qui est celui de la psychologie de l’environnement. Il étudie comment l’environnement physique immédiat d’une personne affecte sa psyché, son bien-être physique et mental, ainsi que son comportement.

 

Et également dans le courant de la psychologie positive, qui est l’étude scientifique des forces du fonctionnement optimal et des déterminants du bien-être. La notion de paysage thérapeutique, avec l’importance des espaces verts et aquatiques, met l’accent sur la dimension hédonique, liée à l’augmentation des émotions agréables et comportant également une dimension endémonique, avec le sentiment que la vie a du sens jusqu’au dernier souffle.

Cette étude anglo-saxonne s’oppose à la notion de pathologisation, de médicalisation forcenée de la personne âgée au détriment de la qualité de vie, l’épanouissement de soi.

Avoir accès à la nature influence la qualité de vie, alors pensons y pour nous aînés et dans les propositions politiques de la prise en charge de la dépendance des séniors. Alors, quel est l’impact positif de la nature observé par Jessica Finlay sur le bien-être de nos aînés ?

Avoir accès chaque jour à la nature influence leur qualité de vie. Un environnement boisé, un parc, ainsi que des étendues d’eaux avec des bassins, des lacs, des fontaines, une rivière, augmentent leur bien-être physique, moral et la connectivité spirituelle.

Un étang, un banc avec vue sur des massifs fleuris est quelque chose de positif. Le simple bourdonnement d’une abeille sur les fleurs, ou même le fait d’avoir vue sur des pots de fleurs sur un rebord de fenêtre est important pour une personne en maison de retraite.

Jessica Finlay parle de mettre en place des espaces de socialisation pour faciliter les34cb3a5b1ea24f2eb5a7fbbc5f7aa4cb-1 interactions sociales et les rencontres intergénérationnelles en proposant des activités avec les amis, les familles et les voisins dehors. Comme le souligne Jessica Finlay, « avoir accès à des espaces verts et aquatiques encourage les aînés à avoir envie de sortir. C’est un facteur de motivation pour rester actif physiquement, garder le moral et avoir envie de nouer des relations sociales ».

– Faire de la natation, marcher dans l’eau ou avoir un contact avec la nature permettent d’accroître l’immunité et d’avoir une meilleure résistance physique. Le simple fait d’avoir des points d’eau comme des piscines et des pataugeoires favorisent les activités physiques.
-Être motivé pour sortir  et ainsi éviter la dépression

 

Ces milieux naturels permettent, en maison de retraite, de trouver des raisons de sortir, de franchir une simple porte pour aller dehors, de quitter ce cadre de vie contraint. Certains seniors ont perdu l’habitude d’un acte aussi simple. C’est important pour la qualité de vie d’éviter la sensation d’ennui, l’isolement, la solitude subie et le sentiment d’inutilité, qui sont facteurs de dépression.

Avec cette étude,  la chercheuse Jessica Finlay applique aux aînés les mêmes principes de psychologie positive qui favorisent le bonheur comme pour les plus jeunes. Elle propose trois conseils pour bien vieillir :
1.Focus sur le bien-être global. La santé mentale et sociale est tout aussi importante que la santé physique.
2.Laisser aux aînés en maison de retraite la liberté de sortir. En clair, ne pas les confiner à l’intérieur de quatre murs.
3.Priorité au contact quotidien avec la nature. Avoir la possibilité et s’asseoir dans un parc, regardez l’eau couler d’une fontaine ou même de simples plantes.
Alors il est grand temps que les préceptes de cette étude soient suivis d’effets. Tout comme la nature, soyons bienveillants envers les personnes âgées.
Cet article a paru sur le site du Nouvel Obs Plus, le 19 juillet 2015

ÉCOPSYCHOLOGIE? VRAIMENT?

L’un des dangers est que cette discipline soit confondue avec l’éco-santé validée par l’OMS.

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L’écologie, également connue sous les noms de bioécologie, bionomie ou science de l’environnement ou environnementale, est la science qui étudie les êtres vivants dans leur milieu et les interactions entre eux. L’écologie évoque  la science du climat mais aussi s’intéresse à la santé mentale! Et bien oui, les souffrances de la psyché peuvent  aussi se mettre au vert avec l’écopsychologie. Soigner la terre, guérir l’esprit, serait l’un de ses fondements!

 

Le synonyme d’écopsychologie serait (selon certains sites web) la psychologie environnementale, une discipline à part entière qui  est « l’étude des interrelations entre l’individu et son environnement physique et social, dans ses dimensions spatiales et temporelles ». L’excellent livre de Gabriel Moser,, Psychologie Environnementale qui est représentatif du sérieux de la discipline de psychologie environnementale sans connotation idéologique. Cet «ouvrage vise à la compréhension des rapports entre l’individu, la société et l’environnement, d’une part, et la mise à disposition de savoir-faire et d’outils d’intervention au niveau de l’habitat, du lieu de travail, de la ville, de l’environnement global dans le cadre du développement durable, d’autre part. » Même si l’approche ne répond pas aux critères de « l’Evidence Based Science », la psychologie environnementale peut s’avérer une source de réflexion pertinente.

Mais gardons le terme d’écopsychologie, qui à mon sens sujet à des interprétations et à des dérives. L’écopyschologie est manifestemebt une discipline inédite  qui s’est développé outre Atlantique depuis les années 1990. Elle a séduit des psychologues de la région de San Francisco où une formation est dispensée à l’université de Santa Barbara! Durant cette décennie, La presse française a encensé pendant plusieurs semaines cette nouvelle discipline du développement durable à la rubrique Santé ou Bien-Être. On est en droit de se demander si l’écopsychologie est un nouvel OPNI (Objet Psychique Non Identifié en relation avec la santé),  l’écopsychologie ne figure pas dans Medline/Pubmed qui référence les études scientifiques. Face à cette lacune des cautions scientifiques, le scepticisme s’impose.

 

L’écopsychologie n’est pas une nouvelle discipline. C’est Theodor Roszak, sociologue et auteur de science-fiction, qui popularisa en 1995 le terme d’écopsychologie. Il se serait inspiré des travaux de Gregory Bateson, l’instigateur du courant systémique et l’un des piliers de l’école de Palo Alto. Gregory Bateson avait évoqué, en son temps, l’écologie de l’esprit où « les progrès en sciences proviennent toujours d’une combinaison de pensées décousues et de pensées rigoureuses. » Cette alliance permettant de faire progresser la science en fonction des besoins des sociétés. 
En écologie, le pragmatisme est nécessaire. Depuis les années soixante, on assiste à une crise de la science au profit de l’inflation du pseudo-scientisme. L’écologie en découd souvent (sauf exception) avec l’esprit scientifique en général, et c’est souvent l’auberge espagnole. Lorsque l’écologie parle de santé publique, la prudence est de rigueur pour ne pas jeter les gens entre les mains de charlatans sous le prétexte que la terre perd la boule, et que par effet domino, les terriens aussi.

Théodor Roszak est perçu comme un visionnaire critique de la science, mais ce n’est pas l’avis de tous. Pour le philosophe australien John Passmore, sa notoriété aurait provoqué une méconnaissance de la nature de la science, en la diabolisant car le sociologue n’a parlé que de ses dégâts, de la déshumanisation qui a créé un monde aseptisé. Afin de sauver l’humanité des désastres de la science, Théodor Roszack pense qu’il est urgent de réinstaurer l’imaginaire et la créativité. En 1969, le sociologue avait vulgarisé le néologisme de contreculture, et sa vision du monde est holistique. Terme dévoyé par le New Age avec le mythe de Gaia qui draine beaucoup d’émules de l’écologie fâchés avec la science.

 

L’écopsychologie étudie l’action de l’environnement sur la psychologie, et l’effet de la nature sur l’équilibre des êtres humains. C’est un sophisme de dire qu’il y a des interactions entre la santé et l’environnement. La dégradation des écosystèmes, la mutation des biotopes, et les pollutions diverses ont ou auront si on n’y prend garde une action néfaste sur la santé de milliard d’individus.
Ainsi, les pesticides seraient incriminés dans de nombreuses maladies et on les soupçonne avec diverses pollutions d’être à l’origine de nombreuses maladies et de cancers. Du côté de la santé mentale, on étudie l’influence de l’environnement architectural sur l’équilibre psychologique. Des projets architecturaux sont élaborés pour favoriser les performances, renouer avec la convivialité. On construit des résidences adaptées aux personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer.

Des études anglo-saxonnes montrent les bienfaits de promenades dans des espaces verts pour les enfants hyperactifs et les personnes souffrant de dépression, permettant ainsi d’alléger la prescription de psychotropes. Ces interactions entre la santé mentale et l’environnement correspondent à l’esprit écologique mis en exergue par Gregory Bateson, sans être légitimées en tant qu’actes relevant de l’écopsychologie. Un peu de bon sens!

La lecture de sites autoproclamés, de cette nouvelle chapelle du développement durable a de quoi laisser rêveur. On apprend ainsi qu’on peut-être éco-anxieux (l’éco-anxiété étant liée aux comportements des autres), et que pour se soigner, on peut consulter un écothérapeute qui pratique une écothérapie individuelle ou de groupe. Probablement, rémunéré avec des éco-honoraires à l’éco-acte!

C’est déjà tout un poème d’être consensuel autour d’un diagnostic en psychopathologie, s’il faut encore faire rentrer dans la danse de nouvelles maladies mentales écologiques, on n’est pas sorti de l’auberge! Avec de l’imagination, on peut décliner toute la nosographie des troubles psychiques du DSM V ou du CIM 10. Le jeu consiste simplement à accoler devant le préfixe éco. On peut imaginer l’éco-névrose, l’éco-dépression, l’éco-schizophrénie, l’éco-addiction à des éco-drogues et la liste des nouvelles maladies mentales n’est pas exhaustive. Certains chantres de l’écopsychologie sont manifestement les héritiers directs du New Age. Ces éco-gourous définissent l’écopsychologie comme de la psychologie spirituelle qui vous éveille à la spiritualité en triturant vos chakras, votre kundalini et le reste de votre anatomie occulte, pour vous faire accéder aux paradis verts de l’ère du Verseau.

 

Ce si sympathique néologisme d’écopsychologie est un piège abscons, et avant-tout un concept marketing. L’un des dangers est que cette discipline pseudoscientifique soit confondue avec l’éco-santé validée par l’OMS (Organisation mondiale de la santé), où les interactions entre la santé et l’environnement font l’objet d’une véritable démarche scientifique. Je préfère nettement le concept de psychologie environnementale. L’absence de rigueur scientifique risque de nuire gravement à la bonne santé de l’écologie en confortant les propos du très sceptique Freeman Dyson (1) qui y voit « une nouvelle religion séculière mondiale.» Judith Curry, climatologue au CV scientifique prestigieux fait aussi partie de ces sceptiques.

NDLR : Pour connaître un peu mieux Freeman Dyson et ses prises de position sur les dogmes en cours de l’écologie, notamment le réchauffement climatique, consulter l’article de Nicholas Dawidoff, » Sceptique par principe » publié dans le New-York Times et repris par Courrier International n° 974 du 2 au 8 juillet 2009.

ÉLOGE DE LA SIESTE: 1, 2, 3 DORMEZ !

En l’absence de troubles du sommeil sévère, une courte sieste de moins d’une demi-heure en début d’après-midi augmente la vigilance et maintient les performances cognitives.

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C’est le temps des vacances, et pourquoi ne pas en profiter pour faire la sieste? Incitation à la paresse? Pas forcément Faire une courte pause de sommeil dans la journée est l’occasion de remettre les pendules à l’heure avec le « manque de sommeil chronique » (souvent nommé improprement  « dette de sommeil) qui serait l’un des maux du monde moderne.

 

Bien dormir est fondamental.  Durant notre sommeil, notre cerveau se nettoie de ses déchets et toxines grâce au système glymphatique, selon une étude américaine publiée en 2013. Le sommeil servirait, selon l’hypothèse des chercheurs de l’Université de Rochester (New-York), à nettoyer notre cerveau encrassé lors de l’état d’éveil. Durant le sommeil, déchets et toxines accumulés pendant la phase d’éveil seraient emportés dans un flux du liquide orchestré par des cellules spécialisées, dites « cellules gliales ». Cette forme d’auto nettoyage serait indispensable pour la survie de neurones.Le manque de sommeil est responsable de fatigue chronique, de manque de concentration, de somnolence diurne et a de nombreux effets sur la santé, notamment cardiovasculaire, le diabète, etc. Comme le souligne le Docteur Najib Ayas, spécialiste des troubles du sommeil au Women’s Hospital de Boston « les gens devraient considérer qu’un sommeil adapté à leurs besoins n’est pas un luxe mais fait partie de l’hygiène de vie ».

23 aires d’autoroutes auraient dédié depuis 2013 des espaces PHO35e52c0a-f3a9-11e2-af92-034b0987c419-805x453sieste pour  lutter contre la somnolence. Des coussins géants et des kits de sieste sont proposés aux automobilistes.
Et en dehors des vacances, pourquoi ne pas faire de la sieste une habitude de vie quotidienne? Nous consacrons, en moyenne, un tiers de notre existence à dormir. L’impact des troubles du sommeil sur la santé mentale est  régulièrement étudié chez l’adulte, l’enfant ou l’adolescent n’est plus à démontrer.

Bien dormir est bénéfique pour notre cerveau. Un bon sommeil influence la créativité; l’idéal serait de dormir huit heures par nuit afin que notre cerveau ait le temps de restructurer les souvenirs avant de les stocker. Les déficits cognitifs et mémoriels engendrés par la privation de sommeil sont étudiés, sous toutes les coutures, par les chercheurs en neurosciences. Une bonne nuit de sommeil permet de mieux assimiler ce que l’on a appris dans la journée. Chez les enfants, le sommeil paradoxal est excessivement important pour faciliter le processus de mémorisation et d’apprentissage.

Ors, le déficit de sommeil est important chez les jeunes. Près de 30 % des 15/19 ans sont en dette de sommeil, et à 15 ans, 25 % des adolescents dorment moins de sept heures par nuit. Alors que leur durée de sommeil devrait se situer entre huit et  neuf heures par nuit, avec un coucher qui n’excède pas 22:00. On connaît aujourd’hui le rôle délétère des écrans qui  réduisent la durée de sommeil de 30 à 45  minutes. La lumière vive des tablettes ont un impact sur la sécrétion de mélatonine (l’hormone du sommeil).

En 2012, une étude INSV/MGEN un tiers des Français dorment mal, au point de devenir de gros consommateurs de psychotropes (hypnotiques), loin devant les Belges. 1/4 des Français se plaignent de manque de sommeil. Ce serait les 55/67 ans les plus concernés par le manque de sommeil.  En 50 ans, les Français (toutes générations confondues) auraient perdu environ une heure de sommeil. Alors la sieste pourrait remédier à ces nuits trop courtes? Des hommes politiques tels que Winston Churchill ou Napoléon s’y adonnaient. Einstein et Édison aussi.

De nombreux chercheurs soutiennent que la sieste est issue d’un rythme biologique inné chez les mammifères, dont nous! Entre 14 et 15 H, notre vigilance diminue. 10 minutes de sieste suffiraient à nous remettre en forme. La sieste n’est pas réservée qu’aux tout-petits. En l’absence de troubles du sommeil sévère, une courte sieste de moins d’une demi-heure en début d’après-midi augmente la vigilance et maintient les performances cognitives. Si chez nous, cette proposition est associée à la fainéantise ou aux vacances, ce n’est pas le cas dans d’autres pays. Les Asiatiques sont les plus décomplexés vis à vis du sommeil, et pour eux dormir est une activité naturelle au même titre que se nourrir. En Chine, sous l’impulsion de Mao, l’article 49 de la constitution stipule que « tout travailleur a droit à la sieste », et au Japon, la plupart des grandes entreprises mettent à la disposition de leurs employés des « salons de sieste ».

 

Les variations sont nombreuses autour de la sieste, mais le mode opératoire reste inchangé: on s’allonge, on ferme les yeux, on se détend et on laisse l’attention flotter. On est là pour se détendre et oser ce droit salvateur à la paresse.

Si on n’a pas le temps de piquer son petit roupillon chez soi, il y a des propositions de sieste fort sympathiques, parfois insolites, et qui n’ont rien de crapuleuses.

Le monde de l’entreprise est directement concerné par cet éloge de la sieste, aux fins de réduire les risques psychosociaux. Si un salarié fait une sieste, il sera reposé, détendu et travaillera mieux. Sans affirmer que la sieste est le remède miracle pour éviter les risques psychosociaux.
Orange (anciennement France Télécom), tristement célèbre pour ses risques psychosociaux élevés parmi ses salariés, expérimente  à Lyon  des calm-chairs dans des calm-spaces. Un espace est aménagé avec des lumières et des musiques relaxantes où sont mis à la disposition des salariés des fauteuils-caissons. Des séquences sonores et lumineuses scientifiquement approuvées qui stimulent la mélatonine ont été spécialement développées pour des siestes de 10, 15 et 20 minutes…
Depuis 2017,  le sud-ouest Parisien de Renault,  a créé un espace de sieste permet mis à la disposition des 1.200 employés de la structure pour se ressourcer efficacement. En un an, la fréquentation est passée de 40 personnes par jour en moyenne à 60 et ce sans que l’entreprise ait besoin de communiquer dessus.

À la Banque Postale, tous les salariés de l’entreprise ont accès librement à la salle zen dédiée à la sieste. Les employés peuvent y rester le temps qu’ils veulent. En général, la moyenne est de l’ordre de 10 à 30 minutes. Un fond musical est diffusé en continu et changé tous les jours. Des activités sont régulièrement organisées dans la salle, comme par exemple des séances « micro détente ».

« Faire la sieste pour mieux travailler » s’avère un métier à part entière. La sieste, ça ne zen-bar--sieste-pas-chers’improvise pas, ça se gère comme n’importe quel business. Des entreprises se sont spécialisées dans la sieste au travail et l’aménagement de calm-spaces. Les boîtes à sieste se louent environ 900 €uros par mois. En France, en Belgique, au Japon et aux Etats-Unis se créent des bars à sieste (yellow spas).

Alors la sieste, pour bien se porter, un remède à consommer sans modération. Pourquoi pas? Et si la sieste était aussi un éloge à la lenteur qui s’oppose à la culture de la performance? Comme la écrit l’écrivain Grégoire Lacroix, « La plus belle heure de la vie est la sieste.»

 

Sources: