AU SUJET DU LIVRE « SCIENCE ET PSEUDO SCIENCE EN PSYCHOLOGIE CLINIQUE ».

C’est un livre fondamental pour toute personne soucieuse de s’informer judicieusement sur les psychothérapies pseudo scientifiques à partir de la littérature scientifique.

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La pseudo science avance masquée. Nous ne sommes pas toujours critiques face à la multiplication des études qualifiées de scientifiques sur des thèmes à forte connotation idéologique, et publiées dans la presse grand public. Nous les prenons comme des vérités. Ors, beaucoup de ces publications sont de la « Junk Science ».

Depuis plus de trente ans, certaines théories et techniques de psychothérapie prétendent traiter les troubles de la psyché, et ce sans avoir fait la preuve de leur efficacité, de la rigueur scientifique voire de l’éthique. Certaines d’entre-elles ont même aggravé ou déstabilisé psychologiquement des patients qui ont fait confiance à des thérapeutes incompétents. Ces derniers mal formés, parfois malhonnêtes, bref douteux.

Les chapelles ou les courant de psychothérapie, diagnostics basés sur des grilles de lecture ou des théories pseudo scientifiques sont légion. Et comment s’y retrouver dans cette jungle?

L’image mise en avant dans  ce post est celle de la couverture du livre Science and Pseudoscience in Clinical Psychology de Scott O. Lilienfeld, Steven Jay Lynn et Jeffrey M.Lohr. Uniquement disponible en langue anglaise. Fort dommage qu’il ne soit pas traduit en français mais le seul titre est éloquent sur son contenu: la science versus pseudo science en psychologie clinique. C’est un livre fondamental pour les étudiants en médecine,  les étudiants en psychologie, des juristes, des chercheurs et toute personne soucieuse de s’informer judicieusement sur les dérives des psychothérapies à partir de la littérature scientifique.

L’une des particularités de cet ouvrage est d’avoir été répertorié un temps dans la base de données Pubmed/Medline.

Dans cet ouvrage, les rédacteurs et les auteurs-contributeurs représentent divers milieux cliniques et universitaires. Le texte et divisé en 5 sections. Il fait état des controverses dans l’évaluation et le diagnostic les controverses générales en psychothérapie. Aussi dans le traitement des troubles spécifiques chez l’adulte et chez l’enfant également. De nombreux sujets sont abordés, tel que l’autisme, le stress post-traumatique, celui de l’identité dissociative et les antidépresseurs (y compris ceux à base de plantes). Chaque sujet cite la littérature scientifique qui soit confirme, soit réfute chaque méthode de traitement proposé à partir de la littérature scientifique.

Il y a eu deux versions de ce livre. La première date de 2003 (celle répertoriée surdownload-1 Pubmed). Et la seconde de 2013. Je suggère de disposer des deux éditions car certains chapitres de La première version sont différents de la seconde version même si l’esprit est le même. La direction collégiale comme Scott O. Lilienfeld, Steven Jay Lynn et Jeffrey M.Lohr n’a pas changé, mais certains auteurs ne figurent plus dans la deuxième version. Dont l’excellente psychiatre Margaret Thaler Singer, Phd, department of psychologie, state University of New York at Binghammon (NY).

Margaret est l’auteure du livre « Crazy Therapies » qui dénonce les thérapies du New Age qui particpent joyeusement à diffuser la pseudo science en psychiatrie et en psychologie. Livre non plus traduit en français. Elle a voulu introduire dans le DSM (le manuel si honni en France des troubles psychiatriques), le False Memory Syndrome, traduisible en français par les « faux souvenirs induits » causés par des thérapies pseudo scientifiques à base de suggestion et de manipulation de la mémoire. Fausses accusation d’inceste, notamment qui ont amené des pères devant les tribunaux et en prison, tout ceci à cause d’experts-thérapeutes qui avaient falsifié la mémoire de leurs filles.  Dans la première version du livre Science and Pseudoscience, Margaret Thaler Singer a contribué au chapitre 7 intitulé « New Age thérapie ». Malheureusement, malgré sa pugnacité, sa proposition d’inclure le syndrome des faux souvenirs dans le DSM fut rejetée. Elle est décédée en 2003, mais son regard acéré sur les dérives des psychothérapies est toujours d’actualité.

Dans la deuxième version, il y a de nouveaux auteurs qui évoquent également les faux souvenirs est la malléabilité de la mémoire. Dont la psychologue cognitiviste  Élisabeth Loftus, auteure du livre incontournable « Le Syndrome des faux souvenirs, ces psys qui manipulent la mémoire ». Dans cette deuxième version du livre Science and Pseudo science, elle a participé à la co-écriture du chapitre 8 intitulé « Constructing The Past , problematic memory Recovery Techniques in psychothérapy ». Tout un programme!

L’ouvrage « Science and Peudoscience » a reçu l’aval de nombreux professionnels de la santé mentale.

« Il représente une tentative très bienvenue de séparer le blé de l’ivraie dans les pratiques de santé mentale. Cette livre incisif et éclairant doit être amplement lu par les professionnels de la santé mentale, les stagiaires et les médecins qui ont besoin de savoir de quoi il retourne sur les pratiques de santé mentale pour orienter leurs patients.» (Journal de l’Association médicale américaine (la première édition), l’une des revues scientifiques majeures.)

Ou encore « Un livre important. L’accent est mis de plus en plus sur l’évaluation et la thérapie « fondées sur des preuves », mais la science peut être utilisée de manière substantielle ou rhétorique. Ce livre fait un excellent travail en distinguant les deux d’une manière cliniquement pertinente. Ceux qui vendent des thérapies pseudo scientifiques illégitimes à des personnes en détresse violent l’impératif moral de « ne pas faire de mal ». La deuxième édition mise à jour met à jour les principales controverses actuelles et sa liste d’auteurs est impressionnante. Une lecture obligatoire pour les professionnels de la santé comportementale. » (William O’Donohue, Ph.D., Département de psychologie et directeur, Centre de traitement des victimes d’actes criminels, Université du Nevada, Reno)

« Face à des mythes et à des interprétations erronées des pratiques de psychologie clinique, cette deuxième édition transmet des connaissances importantes dans un format accessible. En plus des mises à jour d’experts sur les chapitres existants, il y a plusieurs nouveaux chapitres que je trouve particulièrement précieux. Le chapitre sur la thérapie d’attachement apporte des corrections indispensables aux incompréhensions dangereuses et le chapitre sur la science de la psychothérapie a été largement réécrit, apportant de nouveaux points puissants ( Sherryl H. Goodman, Ph.D., Samuel Candler Dobbs Professeur de psychologie, Université Emory; Éditeur, Journal of Abnormal Psychology )

Ce livre constitue une base de données sérieuses pour toute personne voulant s’informer suivant les règles de « l’Evidence Based Science ».

https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC353046/

 

Vidéo sur les Faux souvenirs:

 

 

 

AUTISME: LA COMMUNICATION FACILITÉE, UNE PSEUDO-SCIENCE!

La Communication Facilitée est une thérapie pseudo-scientifique qui vient rejoindre la cohorte des thérapies alternatives.

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Simple Clavier en bois, juste esthétique
En France, depuis 2005, les plans sur l’autisme se succèdent sans grand résultat. Notre pays aurait toujours 20 ou 30 ans de retard par à rapport à d’autres pays modèles. Il y aurait un fossé entre l’Amérique du Nord et l’Europe sur l’utilisation de méthodes qui donnent des résultats satisfaisants. La désaffection des pouvoirs publics pour la prise en charge des autistes peut inciter leurs parents à se tourner vers des méthodes pseudo-scientifiques.

 

L’une d’elles est la Communication Facilitée (CF) ou Psychophanie. Elle a été conçue en 1992 par l’Australienne Rosemary Crossley, enseignante. Elle s’adressait d’abord au départ aux enfants souffrant de paralysie cérébrale, puis a été étendue aux personnes atteintes d’autisme. La théorie de base de la CF est que la sociabilité et la communication sont gravement altérées dans l’autisme. Le dysfonctionnement moteur des autistes est indépendant de leur psyché. Malgré son pseudo scientisme, la CF va devenir populaire grâce à des shows télévisés, et se diffuser par l’intermédiaire de cliniciens renommés outre-Atlantique. Dans les années 90, rapidement, la  Communication Facilitée va devenir la méthode de référence pour la prise en charge de l’autisme et d’autres troubles envahissants du développement (TED). Un département spécial dévolue à la CF va être créé par l’université de Syracuse (état de New York)  pour former  en pagaille des thérapeutes. Ainsi que le souligne Brian J. Gorman: « La communication facilitée étonne parce qu’elle est allée plus loin que toute autre science bidon à la mode, et que son effet a été ressenti au sein de la famille, de l’école, des universités, du droit et même des arts.»

Comment se pratique la Communication Facilitée?
La CF a sa novlangue. Le thérapeute est appelé « Facilitant », et aucun apprentissage et prérequis  n’est exigé.  Le patient, lui, est le « Facilité ». Le Facilitant doit juste faire preuve de sensibilité, et solliciter la pensée irrationnelle, pour ne pas dire magique et ésotérique. Le facilitant s’adresse à l’âme du facilité qui, elle n’est pas handicapée. C’est le principe de la télépathie et de la parapsychologie.

Il n’y a pas de support agréé pour la CS. Il faut simplement qu’il y ait un clavier avec des lettres et un pictogramme. Pour que le contact passe d’âme à âme, le facilitant saisit fermement la main du Facilité, sans dépasser son index et la pose sur le clavier. Alors, le Facilité va pouvoir délivrer des messages sous la guidance du Facilitant qui va les lire à haute voix. D_Q_NP_958905-MLM25086219355_102016-QOn pense au Oui Ja, cette planche composée de lettres et de chiffres utilisée dans les séances de spiritisme pour communiquer avec  les esprits! Certains autistes, en communiquant grâce à la CF, auraient révélé des dons littéraires prodigieux, constituant ainsi des preuves pour démontrer que c’est une méthode miraculeuse.

La Communication Facilitée a fait l’objet de plusieurs études scientifiques rigoureuses (autour de 70), et les conclusions sont sans ambages sur les messages supposés être ceux des autistes. Leur origine est attribuée aux facilitants sans qu’ils en soient conscients.

« L’intellectual Disability Review Panel », une commission d’étude des handicapés intellectuels qui s’est penchée sur la CF souligne que les personnes atteintes de handicap mental sont « extrêmement influençables et facilement sous l’emprise de personnes ne mesurant pas à quel point, elles les influencent.» Le pouvoir de la suggestion en a égaré plus d’un! Maryanne Gary et Robert Michael, deux psychologues de l’université Victoria de Wellington ont exploré les relations entre la suggestion, la cognition et le comportement.

En 1994, l’APA (American Psychological) prend position contre la CF: «la communication facilitée est une procédure de communication controverse non prouvée, aucune démonstration scientifique ne vient soutenir son efficacité. »

En 2004, en France le Conseil National de l’Ordre des Médecins émet un avis défavorable sur la CF. Deux ans après, en 2006, la CF est dénoncée à son tour dans le rapport d’enquête de la commission parlementaire sur les sectes comme une pratique portant atteinte à la dignité des enfants handicapés: «…la communication facilitée ne peut être réduite à n’être qu’une version modernisée du spiritisme, et somme toute, un procédé charlatanesque comme un autre. Cette supercherie ne fait que tirer profit du désarroi es parents des handicapés; elle porte atteinte aux droits fondamentaux des enfants•»

L’ambiguité de cette méthode réside dans le fait qu’on peut la confondre avec Communication Augmentée et Alternée (CAA), elle aussi appliquée aux autistes, et pratiquée par des orthophonistes. Certains de leurs éléments se ressemblent furieusement. La communication augmentée et empirique, et elle utilise le même type de matériel que la CF.  Et vice versa. Pour le néophyte, difficile de se repérer dans les deux méthodes à partir du moment où un clavier d’ordinateur ressemble à un autre, et il n’y a pas de matériel labellisé pour l’une ou l’autre méthode.

La CAA a commencé dans les années 50 pour aider ceux qui avaient perdu la capacité de parler avec une opération et s’est diffusé ensuite à toutes sortes de handicaps. L’évaluation des capacités d’un utilisateur en CAA nécessite un bilan visuel et cognitif ainsi que l’évaluation de ses forces et faiblesses en matière de langage et de communication. Même empirique, la CAA n’est pas du paranormal mais une aide efficace sous condition qu’elle ne soit pas amalgamée à la CF, comme on peut le voir sur certains sites d’orthophonistes.

Ce qui différencie la Communication Alternative et Augmentée de la CF et que le dispositif fait appel a la volonté l’utilisateur, y compris le plus petit mouvement musculaire. Mais parfois sur certains sites consacrés aux méthodes conseillées pour les autistes, on parle de la CAA au même titre que de la CF.  Alors vigilance! Surtout en France!

En 2004, un article de Nouvelles Clés fait état d’un millier de facilitants formés dont plus de 200 thérapeutes professionnels, médecins ou paramédicaux. Lors d’un entretien accordé à Nouvelles Clés, Anne-Marguerite Vexiau prétend mettre en contact grâce à la CF la conscience des foetus et des embryons, et propose un registre spirituel ou transpersonnel: « L’action des morts tient toujours une place dans les propos des Facilités, et tout spécialement celle des enfants perdus à la naissance. »(Notes d’Anne-Marguerite Vexiau confiées à Nouvelles Clés). On est en pleine parapsychologie et spiritualité new-âge!

Depuis 2010, la pratique de la CF n’est pas recommandée par la HAS (Haute Autorité de Santé): « Les techniques de Communication Facilitée où un adulte guide le bras de l’enfant, n’ont pas fait la preuve de leur efficacité, et sont jugées inappropriées pour les enfants/adolescents avec TED. Il est recommandé de ne plus les utiliser. La Communication Facilitée ne doit pas être confondue avec la mise à dispositions d’aides  techniques ou supports à la communication (images, pictogrammes).»

Miguel Maneira, directeur fondateur « d’Autismes et Potentiels », étrille l’Association d’Anne-Marguerite Vexiau « Ta Main Pour Parler (TMPP) », le site dévolu à la CF. Il insiste sur son site web sur les sérieux préjudices de la CF constatés aux USA, en Espagne, l’Écosse et la Nouvelle Zélande. Parmi les dérives nuisibles de la CF, les sceptiques ont remarqué une similitude entre la CF et les thérapies de la régression, visant à faire  resurgir des souvenirs refoulés. Des parents lors de messages délivrés par leur enfant (sous la guidance  de facilitants) ont été accusés d’inceste, et se sont retrouvés devant les tribunaux.

Mary Morton, l’une des principales responsables de la CF avait noté que: «La Communication facilitée n’est jamais aussi rapide, ni aussi aisée qu’une conversation normale…le message peut-être incomplet. Les lettres ou les mots choisis peuvent ne pas correspondre à ce que veut exprimer le sujet.» Cette affirmation de Mary Morton sur les (fausses) limites de la CF donne le ton sur l’absence de sérieux scientifique de la Communication Facilitée.

 

Dans le cas des accusations d’inceste, sans faire preuve de mauvais esprit, on est en droit d’affirmer que c’est l’imprécision et la compréhension des messages des facilités qui ont précipité les parents devant les tribunaux! À l’instar du Oui Ja, dont les druides se servaient comme une planche maléfique pour communiquer avec les forces démoniaques, la  CF se transforme en méthode diabolique. Lors de procès outre-Atlantique, les tribunaux avaient mis au point des parades pour confondre les Facilitants, et montrer l’absence de fiabilité de la CF. L’une d’elles consistait à envoyer le facilitateur dans une pièce voisine, afin qu’il ne puisse ni voir, ni entendre pour ne pas influencer l’enfant. Pendant l’absence du facilitant, des objets étaient donnés à l’enfant qu’il devait nommer, et on faisait revenir le facilitant pour l’aider à donner les réponses sur les principes de la CF! Inutile de dire que dans ce cadre là, les résultats de la CF furent loin d’être miraculeux !

Et l’état des lieux aujourd’hui sur la Communication Facilitée? La formation est prospère, et un site officiel lui est consacré malgré les mises en garde des sceptiques. On constate souvent que les Facilitants se targuent d’être bénévoles, et ont à leur actif d’autres méthodes de thérapies critiquées par les sceptiques comme la psychogénéalogie, les constellations familiales,le décodage émotionnel, etc.

La Communication Facilitée est une thérapie pseudo-scientifique qui vient rejoindre la cohorte des thérapies alternatives.

 

Notes: Les causes de l’autisme sont toujours incertaines. Pendant longtemps, les mères furent longtemps tenues responsables de l’autisme de leur enfant. Le psychiatre australien Léo Kanner, dans les années 50 avec Bruno Bettleheim et son fameux livre sur les autistes « La Forteresse Vide » contribuèrent à diffuser ce message anti-parents. Aujourd’hui, avec le développement des neurosciences, les revues de vulgarisation scientifique parlent des dernières pistes. Cela va du faux pli dans le cerveau (anomalies détecté dans l’aire de Brocca) identifié par des chercheurs du CNRS. La prise d’antidépresseurs pendant la grossesse augmenterait le risque de développer un TSA. Les différences d’âge des parents : augmentation de risque pour le fœtus de TSA pour les plus 40 ans, et en flèche pour les petits 50 ans. Et encore un lien avec les vaccins, et le diabète de grossesse. Voilà quelques unes de ces (supposées causes) non exhaustives.

Sources:

AVEZ VOUS DÉJÀ ÉTÉ ENLEVÉ PAR DES ALIENS? MOI NON!

La thérapie pour traiter le trauma des personnes kidnappées par des extraterrestres connut son heure de gloire dans les années 60/70 outre Atlantique.

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Le titre de ce post « Avez vous déjà été enlevé par des Aliens? Moi non!  » est volontairement provocateur!

Et n’omettez pas le A majuscule pour Aliens, après tout, ils sont des citoyens de la galaxie comme nous! Mais l’esprit de ce blog n’a pas changé, et il pourfend les dérives des psychothérapies. Alors revenons à nos moutons…

l’histoire de ce cas est relaté dans l’excellent livre Science and Pseudoscience in Clinical Psychology (non traduit en français) des auteurs Scott O. Lilenfield, et de Steven Jay Lynn.

Myra souffre de son dos, et la douleur devenant intolérable, elle se décide à consulter son généraliste. Pour la soulager, il préconise des séances de relaxation, et l’adresse à un psychologue spécialisé dans le traitement de la douleur par hypnose. Les premiers rendez-vous se passent sans histoire. Myra noue avec son thérapeute une alliance thérapeutique classique. Mais les rendez-vous vont rapidement prendre une tournure du troisième type. Au fil des séances, le thérapeute attribue ses douleurs dorsales à un abus sexuel qu’elle aurait subi enfant. Il aurait été perpétré par son père. C’est du moins ce qu’elle lui aurait affirmé sous transe hypnotique. Et de fil en aiguille, les abus sexuels ne s’arrêtent pas qu’à l’inceste. Son oncle aurait eu également des gestes déplacés à son égard.

Seulement voilà, lorsqu’elle n’est plus sous transe hypnotique, elle est amnésique de ces abus intrafamiliaux, et malgré cela, le thérapeute lui soutient mordicus que c’est réellement arrivé. Lors d’une séance, elle lui aurait raconté (toujours sous hypnose) avoir été enlevée par des extraterrestres (E.T). L’OVNI, de forme ovoïde, s’est posé dans la cour derrière la maison de son oncle pour la kidnapper. À bord du vaisseau spatial, les E.T vont pratiquer sur Myra des examens gynécologiques invasifs. Et son mal de dos en est l’une des séquelles.

L’ineffable hypnotiseur et ufologue de son état vante à Myra le bien-fondé des séances d’hypnose; cette méthode est parfaitement adaptée aux victimes d’enlèvement extraterrestre. Car elle permet de raviver les souvenirs enfouis dans l’inconscient, dus à la violence du trauma que représente un enlèvement extraterrestre. Pourquoi?
Parce que les E.T hypnotisent leurs victimes pour effacer de leur mémoire le souvenir de cet enlèvement!  Logique ! Non ? Tenez vous bien, durant trois ans, le thérapeute lui fera suivre une « Thérapie de la Mémoire Retrouvée »  pour qu’elle se souvienne coûte que coûte de ce kidnapping extraterrestre! Au fond d’elle même, Myra sentait bien qu’il ne s’intéressait à elle que lorsqu’elle parlait de ce qu’elle avait vécu à bord du vaisseau spatial, mais elle était sous son emprise.

Au fil des séances d’hypnose, Myra se plaint « d’avoir de moins en moins les idées claires,  elle est ensuquée, perpétuellement épuisée et coupée de ses émotions». Qu’à cela ne tienne, le thérapeute augmentera la durée des séances. Pas moins de 3 heures et pouvant aller jusqu’à 4 heures,  et ce trois fois par semaine. Par ailleurs, il lui interdit de prendre les médicaments prescrits par son médecin généraliste; ceux-ci risquent d’interférer avec sa thérapie pour raviver ses souvenirs.

Le coût de ces séances n’était pas donné, et les économies de Myra fondent comme neige au soleil. Elle arrête sa thérapie faute de pouvoir régler les honoraires de son thérapeute. Après s’être informée sur les dérives de la thérapie de l’enlèvement extraterrestre, elle consulte un avocat et  porte plainte contre le thérapeute. Et les deux parties trouvent un accord pour dédommager Myra du préjudice subi.

 

L’histoire de Myra n’est pas isolée. La thérapie pour traiter le trauma des personnes  kidnappées par  extraterrestre connut son heure de gloire dans les années 60/70 outre Atlantique. On se doute qu’elle est pseudo-scientifique. Elle repose sur un ensemble de doctrines issues de plusieurs ouvrages qui ont comme point commun de postuler que les extraterrestres ont créé artificiellement l’humanité. C’est la théorie des anciens astronautes. Ainsi les mystérieux dessins de Nazca (au Pérou) seraient des pistes d’atterrissage de ces êtres venus d’une autre planète. Les pharaons égyptiens seraient en fait des anciens astronautes venus délivrer des enseignements à l’humanité. En France, toute une littérature ésotérique s’en est emparée, popularisée par les livres de Robert Charroux. De nombreux mouvements sectaires ont fait des E.T leur fond de commerce. Comme la scientologie et la secte de Rael. Claude Vorilhon dit Rael a créé autour des Ufaunotes une secte. Les puys dans le Massif Central sont devenus des pistes d’atterrissage à l’instar de celles de Nazca. Dans les années 70, il a persuadé  ses disciples de la venue des soucoupes volantes. Nombre de People de l’époque ont attendu en vain ces fameux vaisseaux au sommet d’un puy auvergnat!

Le mythe moderne de l’affaire Roswell, maintenu par des mécanismes psychosociologiques, a marqué le début de cet engouement. En juillet 1947,  un OVNI se serait écrasé au sol près de Roswell, au Nouveau Mexique (Etats-Unis). En fait, il s’agirait de la chute d’un ballon-sonde ultra secret mis au point par les Américains, et  destiné à espionner la Russie. L’ufologie s’est particulièrement développée lors du mouvement New Age, et l’avènement de ses thérapies farfelues qui provoquèrent des dommages dans la psyché. L’un de  ces  préjudices qui a encombré les tribunaux américains dans les décennies 70/80 est le False Memory Syndrome (Syndrome des faux souvenirs) induit par une thérapie à base d’EMC (État Modifié de Conscience) comme l’hypnose.  C’est le cas de Myra!

Des thérapeutes se sont spécialisés dans la victimologie de l’enlèvement ET. « Les patients zéro » de la vague de la thérapie de la « Rencontre du troisième type » remontent à 1961. Les époux Betty et Barney Hill  furent enlevés par les Petits Gris ( une espèce d’E.T) en pleine cambrousse, alors qu’ils revenaient du Canada. En proie à de terrifiants cauchemars dus à cette expérience du troisième type traumatisante, ils vont consulter le Dr Benjamin Simon un spécialiste de l’hypnose. Miraculeusement, leurs souvenirs bloqués vont être ravivés, et la thérapie va être un franc succès! Parait-il! Et le top départ de la vague de la thérapie d’enlèvement E.T est donné.

À l’époque, les connaissances scientifiques sur le fonctionnement de la mémoire n’étaient pas celles d’aujourd’hui, validées par les neurosciences et l’IRM qui permet de visualiser les aires du cerveau. On pensait que la mémoire fonctionnait comme un disque dur, et qu’il suffisait de revenir en arrière pour trouver le souvenir traumatisant grâce à l’hypnose. Comment agit l’hypnose sur la mémoire? Si l’hypnose (bien pratiquée) favorise l’émergence de souvenirs, elle n’augmente pas la qualité de la mémoire. Et là, c’est crucial. Le journaliste scientifique Michael Shermer, en 2002, a  inventorié la littérature scientifique et  confirme qu’il est impossible de récupérer des souvenirs malgré ce que les hypnothérapeutes prétendent. La mémoire est un phénomène complexe impliquant des distorsions, des suppressions et des ajouts, et est un processus de fabrication complète.»

L’histoire de Myra n’est pas isolée. Certaines femmes racontèrent (toujours sous hypnose) avoir été engrossées par FIV et utilisées comme mères porteuses pour donner le jour à des enfants mutants (génétique humaine et extraterrestre). Des polices d’assurance proposèrent à leurs clientes une assurance spécifique contre les grossesses non désirées provoquées par les Petits Gris, ou encore une assurance-vie en cas de décès imputable aux Aliens. L’histoire de Myra peut prêter à sourire pour les sceptiques, et on peut se demander comment elle a pu tomber dans le piège d’une thérapie pseudo-scientifique. Mais des spécialistes se sont penchées sur la victimologie E.T.

Le professeur Mc Nally de Harvard a passé 10 ans à étudier les témoignages de victimes supposées victimes des E.T.

Il a dégagé 5 constantes chez ces témoins :

1) Ce sont des personnes souffrant de paralysie post sommeil (paralysie hypnopompique). Parmi ses manifestations, l’activité physique du corps est bloquée. La personne se croit réveillée mais ne peut plus bouger. Cet état s’accompagne d’hallucinations visuelles (comme des lumières clignotantes qui font penser à celles d’un OVNI), ou auditives accompagnées d’un sentiment de panique. C’est une sorte de semi éveil.  Dans cet état, elle peut avoir l’impression d’une présence (souvent maléfique) dans la pièce et se sentir en danger.
2) On pense que 25% des gens éprouveront au moins une fois dans leur vie une paralysie du sommeil. Alors rien d’extraordinaire, sauf pour les ufologues qui, visiblement sont fâchés avec la science.
3) Pour le syndrome des faux souvenirs, MacNally a constaté que les témoins d’enlèvement extraterrestre échouaient aux tests de mémoire classique comparés à d’autres groupes de personnes non enlevées par des extraterrestres. Deux fois plus sur des souvenirs autobiographiques.
4)   Ces personnes ont la particularité d’avoir une imagination débordante, des images vivaces et un fort indice de suggestibilité.
5)  Leurs croyances sont à l’opposé de la science. Elles sont de type New Age et ces personnes sont friandes de médecines alternatives, de guérison holistique, d’astrologie et de divination. Ils adhèrent aux thèses de l’ufologie et de la Science Fantasy.
Toutefois, McNally note que ces personnes ne sont ni stressées, ni déprimées, ni psychotiques et ne semblent pas avoir de problème de santé mentale évident. Alors, on peut toujours blaguer en disant que finalement, les 5 constantes dégagées par McNally ont été implantées par les E.T dans la psyché de  ceux qu’ils ont enlevés! Qui sait ? La vérité est ailleurs…Trêve de plaisanterie!

 

Faut-il nécessairement nier toute forme de vie extraterrestre? Non, il faut simplement voir ce que la science dit à son sujet. Très sérieusement,  elle s’occupe de chercher des traces de vie extraterrestre sur des exoplanètes. Le programme américain SETI (Search Extra Terrestrial Intelligence) a lancé le projet d’observer 2000 naines rouges (espèces d’étoiles) dans l’espoir d’y détecter un signal extraterrestre. En 2015, Stephen Hawking lançait la fondation « Break Through Listen » pour dénicher un signe d’intelligence extraterrestre. L’exobiologiste André Brack pense que la vie peut-être présente sous forme de bactéries.  Et pour le paléontologue Sébastien Steyer « une intelligence extraterrestre est envisageable mais peu probable».

Ces scientifiques renommés acceptent l’hypothèse que d’autres planètes sont habitables, et peuvent contenir une forme de vie, mais jamais, oh non jamais ils n’ont adhéré aux thèses science-fantasy des ufologues, aux soucoupes volantes ou aux Petits Gris. Ni conforté la victimologie d’enlèvement extraterrestre. La tête dans les étoiles mais les pieds sur terre!
L’astrophysicien Roland Lehoucq pense que s’il s’est développé des formes de vie, elles le seraient à partir d’une chimie différente de la nôtre. Les représentations d’Aliens par les auteurs de SF se sont calquées sur notre chimie. Et ces formes de vie n‘ont pas pu emprunter les mêmes chemins que la terre.  « La physique, cependant est universelle, et les mêmes contraintes doivent s’appliquer partout.»

 

Alors, dommage pour ceux qui croient aux Petits Gris, et  s’il y a eu une  rencontre du troisième type, il ne s’agit que de faux souvenirs dus à la manipulation de leur  mémoire.

MÉMOIRE CELLULAIRE ET PSEUDO-SCIENCE.

La théorie de la mémoire cellulaire s’est propagée dans l’approche psycho-spirituelle, holistique et new age.

David Inshaw https://www.tuttartpitturasculturapoesiamusica.com

Les anciens habitants de Nouvelle-Zélande mangeaient l’œil et le cœur de leurs ennemis courageux pour s’approprier leur force et leur bravoure. Au-delà du cannibalisme, il y a l’idée de mémoire cellulaire si chère aujourd’hui à de nombreux charlatans de la médecine alternative, du développement personnel et des dérives de la psychothérapie.

Le vocable de « mémoire cellulaire » est dévoyé par la pseudo-science. Il est d’abord un concept scientifique qui figure sur les bases de données scientifiques de Pubmed, et il est usité en génétique (entre autres). Ainsi, la chercheuse Edith Heard a fait un cycle de conférence au Collège de France sur la relation entre l’épigénétique et la mémoire cellulaire. C’est sans ambiguité lorsqu’on lit son questionnement: comment l’information contenue dans nos gènes est-elle lue? Mémorisée? Interprétée?

La mémoire cellulaire, ne veut pas dire (non plus) les traces laissées par un traumatisme physique (fracture) ou une maladie, décelables en médecine.

La mémoire cellulaire ne s’applique pas (non plus) à l’une des dernières découvertes  scientifiques qui affirme que le ventre est un deuxième cerveau. Au sens où  le ventre est tapissé de neurones, et producteur de sérotonine (neurotransmetteur clé du système nerveux). Cette découverte ferait du ventre une sorte de «carte d’identité» qui agit sur notre comportement. Mais ceci est une autre histoire qui n’a rien à voir avec le sujet de ce post mais qu’il fallait écrire noir sur blanc pour ne pas engendrer de confusion…

La mémoire cellulaire est une croyance pseudo-scientifique répandue dans le grand public par la médecine alternative et l’alterscience qui prétendent reconstruire une science différente. Selon cette croyance, les cellules du corps humain contiennent des indices sur nos goûts et également tous nos souvenirs autobiographiques, en dehors de notre code génétique et des cellules ( synapses, neurones, matière blanche) du cerveau étudiées en neurosciences.

Dans les pseudo-sciences, la mémoire cellulaire présente dans le corps et les cellules fonctionne comme celle de l’esprit, et garde le souvenir de traumatismes psychiques dont on ne se souviendrait pas. On retrouve le concept d’amnésie sélective qui a fait le lit des techniques de pseudo-thérapies pour retrouver les souvenirs, enfouis dans la mémoire pour se protéger d’un trauma psychique violent. Trou noir de la mémoire, par exemple, décrypté comme un symptôme du Stress-Post-Traumatique (ESPT), et non répertorié dans le DSM V ou le CIM 10 ou autre grille clinique d’inspiration psychanalytique.

La mémoire cellulaire relève de la pensée magique, et pour notre grand bonheur de cinéphiles ou de lecteurs, elle est source de scénarios haletants au grand écran et de thrillers passionnants. Dans son livre « Les mains d’Orlac », Maurice Renard raconte qu’un pianiste de renom, à la suite d’un accident, se voit greffer les mains d’un assassin. Le pianiste va être de plus en plus habité par l’instinct meurtrier de son donneur. Dans le film Body Part, autre variante: le psychiatre d’une prison perd un bras dans un accident, et se fait greffer le bras d’un tueur psychopathe qui a été exécuté. Petit à petit, le membre greffé se met à agir contre la volonté de son nouveau propriétaire.

Lorsqu’il s’agit d’une fiction cinématographique, c’est vraiment sympa, mais malheureusement, l’idée qu’un(e) transplanté(e) du cœur -ou autre organe- puisse recevoir une partie de la mémoire autobiographique du donneur est une croyance irrationnelle. Et lorsqu’il s’agit de la greffe du cœur, il y a, en sus, une connotation symbolique très forte. Car cet organe est perçu dans l’inconscient collectif  comme le siège de l’âme, des sentiments et des émotions. Hippocrate, fondateur de la médecine l’a souligné avec les croyances de son époque: « le cœur possède le feu inné et la respiration a pour but de le refroidir. La raison humaine se trouve dans le ventricule gauche et commande au reste de l’âme.»

La théorie de la mémoire cellulaire s’est propagée dans l’approche psycho-spirituelle, holistique et new age. Certains thérapeutes proposent sans sourciller des séminaires de guérison du corps de l’esprit et de l’âme avec cette conception de la mémoire cellulaire. Sans compter les dérives sectaires. Ainsi, le fondateur de la scientologie, L.Ron Hubbard a spéculé dans la Dianétique que la mémoire cellulaire pourrait expliquer comment les engrammes travaillent.
L’engramme est un enregistrement complexe de la mémoire inconsciente, qui n’est plus accessible au mental analytique. Notons que la scientologie a dévoyé le concept d’engramme, qui en neurophysiologie, est la trace biologique de la mémoire dans le cerveau.

Gary Schwartz, professeur à l’université d’Arizona de psychiatrie et autres titres universitaires ronflants, affirme avoir recueilli 70 cas où les greffés auraient hérité des traits de leurs donateurs. Ses histoires sont convaincantes et cohérentes. Il comprendrait le mécanisme par lequel fonctionne la mémoire cellulaire. On serait presque tenté de le croire (si on est impressionné par son prestige d’universitaire), s’il n’avait écrit un livre (traduit en français) « Extraordinaires contacts avec l’au-delà. » Carton rouge, on est pleine parapsychologie! Gary Schwartz fait partie des ces alterscientifiques, de ces gens formés à la science, qui conçoivent une science différente, une autre science, et qui mobilisent leurs connaissances scientifiques et leur capacité de raisonnement en faveur de leurs théories alternatives ou de leur idéologie.

Le livre de notre bon Gary est préfacé par Deepak Chopra, lui aussi un émule de la mémoire cellulaire et  un alterscientifique. Deepak Chopra est l’inventeur de la médecine globale (une alterscience) et il ne manque d’y aller de sa petite histoire psycho-spirituelle qui prouverait (selon lui) l’existence de la mémoire cellulaire, sa survie par-delà la mort physique. C’est selon Deepak Chopra, une nouvelle approche de l’univers, de la physique, de la biologie et un bouleversement de l’approche médicale. Séduisant, n’est ce pas?

Deepak Chopra cite le livre de Claire Sylvia, une jeune femme de 40 ans aux portes de la mort. Elle est miraculeusement épargnée par la Grande Faucheuse grâce à une transplantation massive d’organes. Désormais, elle devra apprendre à vivre, à respirer avec le coeur et les poumons d’un autre. Bouleversement physique? Bien sur! Mais Claire, au fil des jours, va se découvrir une nouvelle vitalité, des comportements inhabituels et des goûts étranges qu’elle n’avait pas avant ses greffes d’organes. L’esprit du donneur se serait-il transmis à elle ? Elle en est convaincue.

Force est de consater que si l’on est dans l’empathie, la fibre de la sensibilité est touchée lorsqu’on lit ces témoignages bouleversants! Se pencher sur les arguments pseudo-scientifiques de la mémoire cellulaire serait presque indécent, et c’est comme ça qu’ils passent comme une lettre à la poste. L’art des charlatans est justement de savoir parler au coeur, de savoir mettre en exergue la dimension psycho-spirituelle et de toucher au tréfonds de la sensibilité et du compassionnel. Et ça fait pleurer dans les chaumières…

La théorie de la mémoire cellulaire est encouragée dans les médias, les livres  de développement personnel à fort succès littéraire à rendre jaloux un auteur mineur, à la télévision et par des people. L’une des dernières en date est l’actrice Charlotte Valandray qui a subi une greffe de coeur, et qui croit à cette mémoire transmise du donneur au transplanté. Elle raconte dans son livre qu’elle est en forte empathie avec le mari de la donneuse, qu’elle peut décrire des lieux en Inde où elle n’est jamais allée…

La validité de la mémoire cellulaire ne repose sur aucune fondement scientifique, mais sur la collecte de témoignages de personnes transplantées. Force est de constater qu’ils sont touchants, et de reconnaître que les greffés sont remplis de gratitude envers leur donneur anonyme qui leur a sauvé la vie. Mais à tous ceux qui croient à la mémoire cellulaire après une greffe, qu’ils consultent les sites officiels et médicaux qui publient des témoignages de greffés empreints de dignité. Sans approche holistique, psycho-spirituelle et course à la belle âme!
C’est autrement bouleversant de réaliser que la médecine fait des miracles, et permet à des malades aux portes de la mort de vivre pleinement grâce à la transplantation. Comme celui de Séverine greffée coeur-poumon: « cette greffe est une renaissance complète, non seulement pour moi, mais pour toute ma famille. On m’a fait un cadeau exceptionnel…»

De nombreuses techniques dénoncées comme psycho-sectaires contribuent à banaliser la théorie de la mémoire cellulaire. L’une des plus croquignolettes est le décodage biologique ou décodage cellulaire qui a détourné de la médecine conventionnelle des cancéreux qui auraient pu être guéris, et morts prématurément par la faute de charlatans rejetant la médecine conventionnelle. Dans d’atroces souffrances en fin de vie!

Le premier théoricien du décodage biologique est le sulfureux Ryke Geerd Hamer. Médecin de formation. Sa méthode est contestée par les autorités médicales et scientifiques, dénoncées par les instances de lutte contre les dérives sectaires, et Hamer a eu de nombreux démêlés avec la justice (Allemagne, Autriche, France, Espagne).
Une deuxième génération de thérapeutes en décodage a relayé les principes de Hamer en les complexifiant, les intégrant parfois à la médecine conventionnelle. On trouve,  en vrac, la psycho-immunologie, la biologie des êtres vivants (BTEV) et la déprogrammation biologique et le biodécodage. Le décodage biologique part du principe de l’amnésie sélective. Le corps a oublié une émotion désagréable à l’origine de la maladie ou du mal-être. L’objectif du décodage biologique est de réveiller la mémoire du corps, d’accéder aux informations contenues dans les cellules.Tout est dit.

La mémoire cellulaire sert aussi de preuve aux vies antérieures. L’ineffable Annie Givaudan décrit les marques de naissance comme les signes évidents de la mémoire cellulaire de notre corps physique: « une tâche sur le corps, un creux, une malformation physique, un grain de beauté… sont autant de présences de mémoires cellulaires sur notre corps. Les douleurs morales, les peines et les chocs vécus autrefois (vies antérieures) s’inscrivent aussi dans nos cellules et nous continuons à reproduire un mal-être.» Allons y gaiement dans la pensée magique et le trip new âge!

Des livres sur les Fleurs de Bach (un placebo attrape-gogo) parlent de l’action des élixirs sur la mémoire cellulaire: « Notre corps est constitué de cellules qui récèlent un pouvoir de conscience et un mode vibratoire. Ces cellules ont enregistré des expériences négatives et positives.» Pas de panique, tout est sous contrôle: juste quelques gouttes de Fleurs de Bach pour rééquilibrer les mauvaises vibrations. Le flacon standard se vend près de 40 euros. De quoi se ruer sur l’achat d’actions des laboratoires qui les fabriquent s’ils sont cotés en bourse!  Le pire est que la grande distribution les vend dans le rayon para-pharmacie.

Alors quand on est sceptique, comment démonter la mémoire cellulaire?
Les prétendues mémoires interprétées comme celles du donneur sont des faux souvenirs. La mémoire humaine est très malléable, et elle peut être affectée par des influences extérieures et les croyances irrationnelles.

Une greffe d’organe est une expérience qui change la vie, littéralement, et elle est permise grâce à la mort de quelqu’un d’autre, souvent dans un accident. Il n’est pas surprenant que le greffé modifie son regard sur la vie, et change de personnalité.

C’est ce que reconnaît Djamila qui témoigne sur le site www.france-coeur-poumon.asso.fr: « après ma greffe, le mieux-être physique a été immédiat. Psychologiquement, c’est plus compliqué. Il faut que j’apprivoise ma nouvelle vie. Je suis quelqu’un d’autre, j’aborde la vie différemment. J’ai envie d’être en symbiose avec mon nouveau rein.»

Et pour ceux qui sont dans la pensée magique, certains de ces changements peuvent être facilement interprétés comme étant ceux  des goûts et les aversions du donneur. Les greffés (consciemment ou inconsciemment) peuvent s’interroger sur l’identité du donneur, et par un mécanisme psychologique complexe, émettre des projections et avoir l’illusion qu’une autre personne leur semble vivre maintenant à l’intérieur. Comme un alter ego.

Il y a plusieurs pistes logiques possibles pour lesquelles les greffés ont l’impression d’adopter l’identité du donneur. Les suites d’une transplantation sont lourdes, et peuvent occasionner des troubles psychiques chez certaines personnes. C’est répertorié et un suivi psychologique est souvent préconisé. Les effets secondaires des médicaments antirejet peuvent aussi modifier certaines habitudes. On sait que les dérivés de la cortisone  (Prednisone) prescrits aux transplantés  ouvrent l’appétit, d’où rien d’étonnant à ce qu’un greffé se mette à aimer les gâteaux, projetant ainsi l’idée que le donneur était un amateur de pâtisseries. Ors, c’est le médicament anti-rejet qui participe à l’appétence aux sucreries.

Malheureusement, si l’on tape sur le moteur de recherche google, on voit apparaître un nombre extraordinaires de propositions de stages ou de thérapeutes spécialistes de la mémoire cellulaire pour vous soulager de vos souffrances passées, présentes et à venir. Une véritable jungle dévolue à la pseudo science. Ne vous y laissez pas prendre! La mémoire cellulaire est une théorie-pseudo-scientifique malgré son jargon séducteur.

Sources:

http://anthropologiesante.revues.org/539#tocto2n1

http://benjamine.skynetblogs.be/tag/décodage+biologique

http://www.sciencesetavenir.fr/sante/20110928.OBS1294/biologie-totale-une-condamnation-en-belgique.html
http://www.pseudo-sciences.org/spip.php?article746
http://www.college-de-france.fr/site/edith-heard/course-2012-2013.htm
http://www.sceptiques.qc.ca/forum/charlotte-valandrey-de-coeur-inconnu-t9492.html
http://www.sceptiques.qc.ca/dictionnaire/cellular.html
http://www.france-coeur-poumon.asso.fr/pdf/brochures/brochure_don_organe.pdf
http://www.mondenouveau.fr/index.php?option=com_content&task=view&id=265

 

 

SE SOUVENIR DE SA NAISSANCE AVEC LE CRI PRIMAL, VRAIMENT?

En 2015, l’APA confirme que le cri primal crée des faux souvenirs de naissance.

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©Christian Schloe

À partir des années 60, les thérapies New-Age prolifèrent. Parmi elles, le Cri Primal mise au point par Arthur Janov.

Le Cri Primal est une thérapie de psychologie humaniste. Abraham Maslow est le fondateur de l’approche dite humaniste. C’est un modèle de psychothérapie qui cherche à relancer chez la personne, en thérapie, sa tendance auto-innée à se réguler,  à développer son potentiel. La psychologie humaniste est un bon concept, malheureusement, c’est dans ce courant  que se trouvent massivement les pratiques douteuses de psychothérapie et leurs théories pseudo-scientifiques.

C’est à l’occasion de la sortie du livre le Cri Primal en 1970, que le grand public va découvrir son auteur Arthur Janov. Rapidement, ce livre devient un best-seller à l’échelle mondiale. La même année, Arthur Janov et sa femme Vivian Francès vont fonder avec une vingtaine de personnes l’Institut Primal à Los Angeles. La notoriété de Janov s’envole auprès des médias mainstream au point de faire la Une de Vogue, et séduire des célébrités comme John Lennon et Yoko Ono.

La théorie du cri primal repose sur l’idée que toutes les maladies mentales comme la dépression, les psychoses et les maladies psychosomatiques proviennent des « souvenirs refoulés » lors « du premier trauma qui se produit à la naissance ».
Janov a repris à son compte (en partie) la théorie de Otto Rank, un dissident de Freud. Otto Rank parla le premier du trauma de la naissance comme vécu primordial et réservoir du mal-être futur. Le traumatisme de la naissance n’est pas forcément celui qui se passe au moment de l’accouchement, et il faut l’interpréter dans le sens d’une perte, d’une séparation dans la vie perceptive et psychique du nourrisson avec sa mère. Pour Otto Rank, les relations avec la mère sont ambivalentes alors que Freud restera centré sur l’Oedipe.
Les thérapies verbales ne trouvent pas grâce auprès de Janov. Selon lui, elles ne solliciteraient que le cortex cérébral et les aires du cerveau en relation avec le mental. L’origine de la souffrance ne peut pas être soignée si le système nerveux central n’est pas sollicité.

Fort de la théorie de Otto Rank qui divise encore les psychanalystes, Janov va entraîner ses émules thérapeutes à faire retrouver aux patients les souvenirs de leur naissance. Et là, ça se corse!

Dans l’approche théorique de Janov, les deux premières années de la vie sont cruciales pour le développement de la psyché de l’enfant. Inconscient de ce premier trauma que constitue la naissance, il prend forcément un mauvais départ dans la vie. Qu’à cela ne tienne, le Cri Primal peut remédier à ce handicap si le patient récupère -en pleine conscience- le souvenir de sa naissance.
Accéder à ces premiers traumas n’est pas une mince affaire, et ça ne ne se fait pas en une seule séance de Cri Primal! Il faut pour cela que le patient s’engage à participer aux nombreux séminaires du Dr Janov! Tout est prévu!

Au fil des séminaires, les souffrances primaires ainsi débusquées, la méthode de Janov devient « une fontaine de Jouvence » qui permet de résister à toutes les maladies. Janov ira même jusquà affirmer qu’un patient n’a plus besoin de suivre une autre thérapie, avec  le cri primal, il accède à la pleine maîtrise de sa vie. Ce n’est pas un miracle, c’est de la pseudo-science qui défie les lois de la mémoire, et qui ne repose pas sur les règles de l’Evidence Based Médecine!

Outre le livre culte de Janov, il y en a eu pléthore sur cette fameuse révolution primaire. Une fois la mode passée, la plupart d’entre eux ne furent plus réédités. En 1972, Simon et Shuster, deux émules de Janov, ne tarissent pas d’éloges sur les indications du cri primal: alcoolisme, addiction aux drogues, dépression et troubles bipolaires.

En 1991, la deuxième vague du « nouveau cri primal » est présentée comme une amélioration de la méthode, et son champ d’indications s’élargit. Hypertension, cancer, troubles de la libido, phobies, migraines etc. La panacée universelle.

Janov était convaincu que sa méthode était la seule efficace. Mais attention, Janov sélectionnait ses praticiens, et seuls ceux formés dans son institut avaient l’autorisation de pratiquer. Plus tard, il développa l’idée que le cri primal pouvait être une thérapie familiale salvatrice contre l’injustice, la guerre et la maladie mentale.

Pour Janov, « la souffrance primitive » est provoquée par les souvenirs refoulés qu’il résume avec cette magnifique formule: « La maladie mentale est un cri silencieux».

Quand les patients retrouvent la mémoire perdue des traumas des deux premières années de la vie, en sus de celles de sa naissance, cela se manifeste corporellement: on se roule par terre, on hurle de colère, signes révélateurs de leur naissance.
Régression salavatrice (selon lui) au stade du nourrisson ou des deux premières années de la vie.  Ce process est la période primale. Pour que cette régression se fasse dans les meilleures conditions, la salle est aménagée avec des couvertures et des oreillers pour ne pas se blesser et pouvoir crier tout son soul.

La colère est pour Janov un élément essentiel à revivre dans les processus primals. La lecture de cet extrait du cri Primal laisse songeur: « Je crois que le coléreux est le sujet qui n’est pas aimé – celui qui n’a pu être ce qu’il était réellement. En général, il est en colère contre ses parents parce qu’ils ne l’ont pas laissé être lui-même, et en colère contre lui-même parce qu’Il continue à renier son moi. Mais c’est le besoin qui est fondamental, la colère est l’effet secondaire. Elle survient quand le besoin n’est pas satisfait. Lorsque nous considérons le processus primal, nous constatons qu’il se déroule avec une rigueur presque mathématique. Les premiers primals ont souvent pour sujet la colère. Dans la seconde série, il s’agit de la souffrance et dans le troisième, du besoin d’amour. Le besoin et la non-satisfaction de ce besoin cause en général la plus violente douleur. Le processus primal se déroule comme la vie, mais en sens inverse.»

Janov fut l’un des premiers à induire le « syndrome des faux souvenirs »(False Memory Syndrome), le cri primal étant l’une des « premières thérapies de la régression ». Ou encore appelée en anglais MRT (memory recovered therapy).
Ces techniques de la mémoire récupérée cherchaient à faire retrouver des souvenirs enfouis dans l’inconscient à la suite d’un trauma durant l’enfance. Ainsi, des faux souvenirs d’inceste (ou de pédophilie) ont été créés de toutes pièces avec des conséquences tragiques. Certaines personnes se sont retrouvées derrière les barreaux, de longues années pour délinquance sexuelle.

Concernant le syndrome des faux souvenirs d’abus sexuels, Janov n’est pas concerné par sa propagation. Les souvenirs des processus primals sont déjà une épopée à eux seuls, sans qu’on y rajoute les abus sexuels. Mais ses méthodes étaient douteuses pour les faire surgir surtout lorsqu’on sait que la période de l’amnésie infantile est absolue jusqu’à l’âge de deux ans, et qu’ensuite, il y a une amnésie relative jusque vers cinq-six ans où les souvenirs sont épars et incomplets. Se souvenir de sa naissance avec le cri primal, c’est un exploit qui défie les connaissances scientifiques sur le fonctionnement de la mémoire!

Les sessions de Cri Primal se déroulaient dans un hôtel coupé de toute communication (Radio, TV, lecture). Avant de commencer les séminaires, Janov mettait ses patients en privation de sommeil. L’isolement et le manque de sommeil sont des techniques importantes qui, souvent amènent les patients vers le cri primal. La privation de sommeil abaisse les défenses. Il y a eu de sacrées dérives avec Joseph Hart et Richard Corriae, deux émules de Janov. Ils avaient fait dévêtir leurs patients, et les avaient ensuite battu. Le centre ferma, en 1980, à la suite de plaintes et de poursuites judiciaires.

 La méthode de Janov ne fait pas l’unanimité parmi les psychothérapeutes. En 2015, l’APA dans le Journal « Psychology of Consciousness », confirme que le cri primal (avec d’autre thérapies) crée des faux souvenirs de naissance. C’est évident quand ils sont supposés concerner la période de l’amnésie infantile.

La psychanalyste Alice Miller s’est tout d’abord montrée élogieuse envers le Cri Primal, et par la suite, elle s’est rétractée. Selon elle, le Cri Primal pouvait être dangereux s’il n’était pas encadré par des professionnels. Notamment, elle critiqua les croyances sur la force cathartique lors des périodes primales. Si amélioration, il y avait, elle n’était que provisoire. Alice Miller critiqua aussi l’intensité des stages et le «risque de développer une addiction à la douleur».

Le site Pubmed (en langue anglaise) publie quelques articles critiques sur la méthode de Janov. Même s’ils datent des années 80.

En 1989, sur le plan médical, PritkinJ, Balin R et Young H évoquent le risque du syndrome de Mallory-Weiss (déchirure superficielle de la muqueuse à la jonction de l’oesophage et de l’estomac). À force de crier à pleins poumons, comment s’en étonner.

Des comportementalistes évoquent la mauvaise orientation conceptuelle de cette méthode, en considérant que le cri Primal est une approche exotique et à l’éclectisme théorique informe. Voire dangereuse susceptible d’aggraver l’état du malade.

Malgré les nombreuses mises en garde, on ne peut que constater que les racines historiques du cri Primal sont toujours actuelles. Cette méthode séduit encore beaucoup de personnes attirées par le développement personnel et les thérapies alternatives.

De nombreux thérapeutes proposent encore des stages de Cri Primal en France et en Europe, et certains soignants sont toujours élogieux envers cette méthode New Age.

Le livre « Le Cri Primal est toujours un best-seller, et son contenu théorique peu scientifique malgré les affirmations de son auteur, pour qui n’a pas l’esprit critique peut toujours séduire. Surtout si certains passages du livre rejoignent des réflexions personnelles sur la souffrance de la vie et le trauma  de la naissance. La naissance et la mort sont les deux extrêmes de la vie, et il faut bien accepter adulte que « l’enfance est un voyage oublié » (Jean Mallard).
Et si vous voulez vraiment crier, hurler à pleins poumons, vous pouvez toujours le faire derrière votre ordinateur…

 

Sources

Les sources de ce post viennent d’un article de Martin Gardner,  « Primal Scream: A Persistent New Age Therapy », publié dans la revue Sceptique Skeptical Inquirer, il y a plus de 15 ans.