WILD WILD COUNTRY

Ce sont six épisodes d’une heure où l’on ne s’ennuie pas un seul instant.

Si vous êtes intéréssé par la mécanique des sectes, ne manquez pas Wild Wild Country, un documentaire fabuleux proposé par Netflix. Il figure dans la bibliographie et la filmographie du dernier rapport de la MIVILUDES. Conçu comme un thriller haletant, c’est une plongée dans l’univers sectaire du gourou Bhagwan Shree Rajneesh connu en Occident sous le nom d’Osho (nom qu’il prit dans la décennie 1970/1980).

Ce documentaire réalisé par Chapman et Maclain Way est un travail colossal d’archives, montage de séquences et d’interviews des protagonistes de l’époque aussi bien dans le camp des adeptes d’Osho et de ceux qui l’ont combattu. Et c’est là où c’est magistral car cela permet au spectateur de prendre la mesure du phénomène sectaire à l’instar de jurés lors d’un procès. Ce sont six épisodes d’une heure où l’on ne s’ennuie pas un seul instant.

Tout commence en 1981, dans le comté de Wasco (Oregon) près du village d’Antelope peuplé de quarante six âmes. Ses habitants sont des conservateurs (Républicains) à la retraite, d’anciens ouvriers venus s’offrir un ranch pour y couler des jours heureux. L’un d’eux, John Silvertooth décrit Wasco comme « Une bourgade tranquille au milieu de nulle part. Isolée du monde.» Le petit coin de paradis des retraités va être chamboulé du jour au lendemain par l’arrivée des adeptes de la secte de Bhagwan Shree Rajnesh chargés de préparer le terrain pour l’installation du gourou en Amérique, réputée pour sa liberté religieuse érigée en droit fondamental. Plus de cinq ans de luttes intestines entre les habitants et la secte. Et pas des moindres: des violations en série des lois sur la fiscalité, sur l’immigration, la constitution d’une milice privée armée jusqu’aux dents, des tentatives de meurtre sur les membres influents de la secte et une attaque bioterroriste.

Mais qui est Bagwhan Shree Rajnesh? Quelques précisions sur lui et aussi quelques recherches personnelles que j’ai faites en dehors du synopsis du documentaire.

Rajneesh est né en Inde en 1931, et il est un « Godman ». Ce terme est important pour comprendre l’engouement autour de Rajneesh. « Godman désigne en Inde un demi-dieu possédant des pouvoirs paranormaux divers comme par exemple celui de guérison, de télépathie et le don d’influencer le futur. Ces demi-dieux qui sortent du lot de la condition humaine ordinaire ont souvent l’aval de larges pans de la société, et notamment de politiques qui souscrivent à leurs oeuvres de bienfaisance (construction d’hôpitaux ou d’écoles) auprès d’une population démunie et croyante en la roue de l’existence karmique (ou de la roue du Dharma). Face à ces croyances populaires, la FIRA (Federation of Indian Rationalist Associations ou Fédération des associations rationalistes indiennes a pour vocation de montrer en Inde les secrets de fabrication de ces charlatans, illusionnistes à la Houdini. L’un de ces Godman est Satya Baba évoqué dans ma recension du film Holy Smoke.

Notre demi-dieu Rajhness/Osho est bardé de diplômes. Il a obtenu en 1952, l’équivalent de l’agrégation de philosophie, et devient en 1957, professeur des universités. Il critiquait l’orthodoxie des religions et se considérait comme un athée irreligieux et à l’opposé des préceptes de vie fondés sur l’ascétisme et la frugalité. Ce que démontrera plus tard son train de vie fondé sur les donations de ses fidèles occidentaux.

Les disciples initiés de Bagwhan Shree Rajnesh vêtus d’orange s’appellent les néo-sannyasans. Ils étaient vêtus de vêtements orange. L’origine vient sans doute du mot sanscrit « sannyasā » généralement traduit par « renonciation ». C’est le renoncement au monde intronisé par le maître spirituel. Il s’agit du quatrième stade de la vie brahmanique où les désirs et les attachements sont brûlés dans le feu de la connaissance symbolisé par le port d’une robe orange.

Concernant nos néo-sannyasans, c’est le contrepied! Pas de renoncement à une libido active qui prône l’amour libre, celle de la période hippie du « Peace and Love », pas de mortification matérielle quand on sait que Baghawann shree Rajneesh avait une collection importante de rolls-royce. Les adeptes d’Osho étaient aussi appelés les Orange People (ça sonne comme un groupe de Pop Music) et plus tard, les robes furent rouges, roses et marrons.

Osho est le créateur de la méditation dynamique particulièrement adaptée aux Occidentaux. Dans le film, on voit les adeptes se livrer à cette pratique de dynamique de groupe avec des manifestations corporelles où le cri est présent, et quelques explications à son sujet s’imposent car la méthode d’Osho diffère des autres formes de méditation. Elle a inspiré nombre de thérapies du Mouvement du potentiel humain où de nombreux thérapeutes du new Age sont venus dans ses ashrams faire leurs classes .

La méditation dure une heure, et cinq phases d’exercices successifs sont proposées. Contrairement aux autres formes de méditation qui requièrent de faire le vide dans ses pensées et prônent le calme, la méditation dynamique semble en être le contrepied. Elle implique d’être à l’écoute de soi, sur le « qui vive ». « La méditation dynamique est une méditation chaotique, une folie méthodique.» Tout ce qui est réprimé en vous doit sortir.»

-La première phase est la respiration chaotique et rapide par le nez.

-La deuxième phase est la libération de la folie engrangée lors de la première phase. Je la compare au quart d’heure de folie du chat où le félin partage un moment de joie intense avec ses maîtres en miaulant, sautant de meuble en meuble, jetant ses jouets à grelot avec force vigueur dans toutes les pièces de la maison. C’est pour moi le résumé de la méditation dynamique et sans spécisme! Avec mauvais esprit, j’en conviens!

Bref, pour revenir à des propos moins excentriques, lors de la deuxième phase de la méditation dynamique, tout est permis: De l’expression corporelle intense au cri libérant les émotions les plus enfouies et libérant le conditionnement sociétal: Si vous voulez sauter, sautez.Si vous voulez danser, dansez. « Si vous voulez hurler, hurlez. (ce n’est ni plus ni moins le cri primal)! Bagwhann a été fasciné par les nouvelles thérapies (tout un poème de dérives de la psychothérapie) testées à l’Institut Big Esalen, et il les a introduites dans sa méditation dynamique avec des psychologues.

-La troisième phase de la méditation dynamique tourne autour du son « HOU » (ou « HOO »). Un mantra. Après 30 minutes de cet exercice vocal accompagné de libération physique, à l’injonction « Stop », l’adepte doit rester pétrifié tel une statue de pierre durant 15 minutes dans la position dans laquelle il observe son propre corps.

La récompense suprême pour la pratique de cette méditation dynamique est d’acquérir, la lumière, la joie et la présence divine. C’est tentant, avouez le, pour qui aime le New Age! Hors champ du documentaire, j’ai trouvé sur le site Pubmed un article du Jclin Diagn Res, publié en 2016, sur l’effet de la méditation dynamique d’Osho sur le niveau de cortisol sérique.

Succinctement résumé, si le taux de cortisol sérique est élevé, c’est votre santé mentale qui est affectée. La baisse du taux de cortisol agit sur le stress. Il est ainsi écrit en conclusion de cet article « que la méditation dynamique Osho produit des effets anti-stress. Le mécanisme d’action pourrait principalement être attribué à la libération d’émotions refoulées et d’inhibitions et de traumatismes psychologiques. Ainsi, la méditation dynamique pourrait être recommandée pour l’amélioration du stress et des troubles physiques et mentaux liés au stress. ». Le but d’une telle étude était (ou est) d’introduire la méditation dynamique dans les hôpitaux.

Mais peut-on séparer une technique de méditation de l’idéologie sectaire d’Osho même s’il est mort? Son enseignement demeure et reste encore une entreprise lucrative. Cette étude est un cheval de Troie, un classique des dérives sectaires de la psychothérapie.

J’ai voulu en savoir plus sur le journal JCDR, et comme on peut le lire noir sur blanc, c’est une revue indienne émanant d’une fondation spécialisée dans la médecine aryuvédique. De plus, cette revue indienne ne participe plus à PMC, c.a.d à l’archive qui donne accès gratuitement au texte intégral d’articles de revues biomédicales et des sciences de la vie, lancée en février 2000 par la National Library of Medicine des National Institutes of Health (NLM/NIH) aux États-Unis. De la pseudo-science qui avance masquée même s’il est fait mention du taux de cortisol.

Après ces digressions, revenons au documentaire Wild Wild Country. L’arrivée de l’avant-garde néo-sannyasan comprenant sa disciple secrétaire et porte-parole d’Osho Ma Anand Sheel perturbe la vie de cette bourgade. C’est Ma Anand Sheel et son mari qui achètent le Big Muddy Ranch près d’Antilope, et très vite, le ranch se transforme en une ville moderne grâce aux adeptes issus de tous les corps de métier du BTP et de la société civile qui vont mettre la main à la pâte et au porte-feuille. De l’ingénieur à l’architecte en passant par l’agriculteur et autres métiers. La ville sera rebaptisée Rajneeshpuram et comprendra des hôtels,un aéroport, des boutiques et 8000 mètres carrés de halls de réunion sous la gérance de Ma Anand Sheel. « Les images d’archives » montrant la construction de cette ville en un temps record sont impressionnantes, et on peut mesurer le succès de cette secte à ce monde grouillant dans la ville. La Babylone du New Age.

La tension continue de monter entre la secte et les habitants. Certains habitants son harcelés par les néo-sannyasans qui épient leurs moindre faits et gestes et les photographient dès qu’ils sortent de chez eux. le ton monte et les habitants songent à déloger les adeptes par les armes. Pour riposter, A.Sheel le bras droit d’Osho va créer sa milice avec des adeptes formés au tir et armés de Uzi.

Les adeptes de la secte réussissent à s’introduire petit à petit dans le conseil municipal pour imposer leurs règles, mais ils voulaient plus de pouvoir. Ils souhaitaient neutraliser la population votante de la ville pour gagner les élections de 1984 dans le comté de Wasco. Ma Ananda Sheel avec une poignée de disciples met au point une attaque bioterroriste. C’est une intoxication alimentaire en contaminant délibérément une douzaine des bars à salades des restaurants locaux du comté avec la bactérie responsable de la salmonelle. 750 personnes furent empoisonnées, 45 personnes furent hospitalisées et il n’y a pas eu de décès. Cette contamination et décrite comme la première attaque bioterroriste aux États-Unis et la plus importante de l’histoire américaine. Ma Ananda Sheel sera arrêtée en 1985 en Allemagne puis extradée aux États-Unis en 1986. Elle sera condamnée à 24 ans de prison, à une forte amende et à des dommages et intérêts pour le comté de Wasco. Elle sera relâchée au bout de deux ans pour bonne conduite.

Et Osho dans le reportage? Évidemment, on le voit arriver accueilli dans l’ashram tel une rock star par ses adeptes dans l’une de ses 93 Rolls-royce. Les archives font état du silence public d’Osho qui cessa le 30 octobre 1984. Ses nombreuses démêlées avec la justice américaine mèneront à son arrestation à bord d’un jet privé loué avec une poignée d’adeptes en route vers les Bermudes. Il sera condamné à dix ans de prison avec sursis et à une forte amende et assigné à quitter les États-Unis sans y revenir au moins avant cinq ans. Par la suite, ses tribulations continuèrent de pays en pays jusqu’à sa mort le 19 janvier 1990 à Puna (Inde).

Le groupe va disparaitre après l’attaque bioterroriste de The Dalles. et les habitants ont repris le cours de leur vie. Aujourd’hui Antelope est devenu l’un des plus grands camps de jeunes Chrétiens du monde.

Dans Wild Wild Country, les interviews des protagonistes éclipsent Osho qui en devient presque un personnage secondaire. Outre le personnage de Ma Ananda Sheer, l’un des avocats d’Osho, Philippe Toelker à travers ses interviews montre les zones d’ombre que l’on peut trouver chez certains adeptes partagés après la disparition de l’ashram américain entre nostalgie et regrets de ne pas avoir pu continuer l’oeuvre d’Osho.

Le portrait de Ma ananda Sheel est celui qui a le plus retenu mon attention. Si on ne peut s’empêcher de trouver Philippe Toelker sympathique par son pragmatisme et sa vision des faits exposée factuellement, Ma Ananda Sheel est un personnage trouble. Et ce qui est fascinant, c’est sa faculté à rebondir après le démantèlement de la ville de Rajneehpuram, elle s’est installée dans la Suisse profonde et a repris son nom de femmes mariée, Sheela Bernstein.

Elle a ouvert un centre pour handicapés constitué de deux maisons; l’un est Matrusasdem et l’autre Bapusaden. C’est le foyer de la dernière chance et des exclus du système de prise en charge classique.«Nous sommes connus pour traiter des patients difficiles qui n’ont pas trouvé de place dans d’autres instituts à cause de leur handicap. Nous avons des gens qui ont visité 15 autres foyers et aucun n’a fonctionné pour eux», dit Sheela. Le fonctionnement de son centre est atypique et s’est inspirée quelque part des ashrams d’Osho. L’état suisse couvre une partie ou totalement les frais d’hébergemenbt des pensionnaires.

Ce qui est intriguant c’est qu’elle garde dans sa chambre une photo d’Osho à qui elle sert du champagne. Surprenant quand on sait qu’Osho a rejeté sur elle l’entière responsabilité de l’attaque de The Dalles et qu’il l’a déchue de ses reponsabilités dans son ashram américain. Elle continue à parler de lui en termes élogieux: « C’est une couronne que je porte encore aujourd’hui et je n’ai jamais eu honte. Ce fut un honneur de vivre près d’hommes comme Bhagwan. Il a eu une influence majeure sur mon expérience de vie, qui en retour influence mon travail», dit-elle.

Et c’est bien toute la problématique de l’endoctrinement sectaire. C’est un processus en trois étapes: d’abord la séduction (l’attrait de la nouveauté, Peace and Love, exotisme car l’herbe est plus verte ailleurs pour la spiritualité), puis vient la destruction de l’ancienne personnalité avec l’enseignement du gourou et la rupture avec l’ancien mode de vie, et la dernière étape est celle de la reconstruction de la personnalité suivant les normes du groupe sectaire. Et justement, les interviews des figures majeures du mouvement d’Osho montrent cette problématique de l’endoctrinement sectaire. Et il y a un impossible retour en arrière sur la personnalité d’antan quand on sort de la secte. La prévention reste le meilleur outil de lutte contre les dérives sectaires.

LE TOUCHER THÉRAPEUTIQUE, UNE MÉTHODE QUI A REMPORTÉ UN NOBEL IGN!

Le Toucher Thérapeutique est une version de l’antique imposition des mains, un geste rituel et sacramentel signifiant un transfert d’énergie ou de puissance, sans connotation religieuse. La médiumnité.

Dans leur livre Crazy Therapies, la psychologue Margaret Singer et la sociologue Janja Lich ont dénoncé en leur temps et sans concession les thérapies du New Age fondées sur la pseudo-science et la pensée irrationnelle bien loin de critères méthodologiques et scientifiques requis sur lesquelles reposent la psychiatrie et la psychologie.

La liste de ces thérapies alternatives est longue, et est un puits sans fond. En lisant un article publié sur l’excellent site The Skeptic, j’en ai trouvé une forte éloquente! Il s’agit du Toucher Thérapeutique, méthode créée en 1972 en pleine période du New Age. « Une nouvelle arnaque venue des États-Unis ». Il touche le domaine infirmier et s’inclut dans les pratiques alternatives.

Le Toucher thérapeutique (TT) est approuvé par de nombreuses associations d’infirmières au Canada, et cette technique est « appliquée dans de nombreux hôpitaux, enseignée, selon le site de Passeport Santé, dans plus de 100 universités et collèges, dans 75 pays à travers le monde. Diable! Quel succès! C’est le monde infirmier concerné en premier lieu, il y a une explication fort simple à sa diffusion dans ce milieu paramédical. Elle est probablement le résultat de l’entregent d’une infirmière qui a mis au point le Toucher Thérapeutique…et qui a établi un partenariat avec…une guérisseuse adepte des sciences occultes devant l’éternité.

Il s’agit respectivement de Dolorès Krieger, professeure de sciences infirmières à l’université de New York et de Dora Van Gelder Kunz occultiste, guérisseuse intuitive et présidente de la Société de Théosophie de 1975 à 1989. Dora dialoguait couramment avec les fées dans Central Park, et forte de son expérience, elle en fit un livre « Le vrai monde des fées » publié en 1977. En plein boum du New Age !

Dora Kunz va devenir le guide spirituel de l’infirmière Dolorès Krieger. Cette dernière devait également être théosophe si l’on en croit le financement qu’elle reçut de la société de thésophie plus tard pour développer la méthode du Toucher Thérapeutique. Les deux femmes ont collaboré avec des allergologues, des immunologies et semblerait-il avec des neuropsychiatres. Il faut noter la participation active de Bernard Grad, un biologiste canadien qui a expérimenté le domaine de la guérison paranormale, et qui s’est intéressé un temps à la théorie pseudo-scientifique de l’énergie de l’orgone postulée par le disciple dissident freudien Wilhem Reich. Bernard Grad avait l’habitude depuis la mort de sa fille de s’entourer de guérisseurs. Devenu professeur agrégé à l’Université du Québec, il a acquis sa notoriété pour ses recherches sur le cancer.

Le TT fondé par Dolorès Krieger et Dora Van Gelder Kunz a remporté un prix! Celui du prix Ig-Nobel! L’ignobel (jeu de mots en prix Nobel et adjectif en anglais ignobel) honore des scientifiques, des institutions, des personnalités publiques ou même d’illustres inconnus pour des recherches qui ne peuvent pas ou ne devraient pas être reproduites!

Dans cette méthode aux incontestables relents ésotériques, l’un des fondements théoriques repose sur l’existence d’un champ énergétique comme le Chi des Orientaux, le prana sanskrit en relation avec le souffle et les chakras, des roues énergétiques. Le TT est une méthode qui débloquerait les énergies du champ énergétique. Souligné par le site The Skeptic, ces références orientalistes seraient moins évoquées actuellement pour ne pas provoquer l’ire du milieu académique des soignants. À moins qu’il ne s’agissse d’un effet « cheval de Troie, fort courant dans les pratiques de thérapie du New Age.

Comment se présente la technique du TT? Contrairement à ce que l’on pourrait penser, il n’y a pas de contact direct avec le client: -L’intervenant se centre intérieurement, et après cette phase de recueillement, il évalue l’état du champ énergétique de son client grâce à l’énergie de ses mains, et aux fins d’élimination des scories, il effectue un balayage du champ énergétique. Pour rééquilbrer le champ énergétique, l’intervenant va projeter des pensées, des sons et des couleurs apaisantes.

Ne tergiversons pas, le TT est une version moderne de l’antique imposition des mains, un geste rituel et sacramentel signifiant un transfert d’énergie ou de puissance, sans connotation religieuse. La médiumnité.

Pire encore, le TT a une similitude trompeuse ou encore ce qu’on appelle un faux ami avec d’autres méthodes de massage pratiquées par des kinésithérapeutes par exemple, qui sans être prouvées suivant les règles de l’Evidence Based Medecine sont « acceptables », ô combien même si on est un sceptique acharné envers les thérapies alternatives et complémentaires.

Il y a notamment celle du toucher-massage, développée dans les années 80. Le toucher-massage (TM) est une marque déposée et développée en 1986 par Joël Savatofski, masseur-kinésithérapeute et psychologue de formation. Il a fondé l’École Européenne de Toucher-Massage, un institut d’enseignement et de recherche pédagogique sur l’art de masser. Il forme les soignants aux attitudes bienveillantes et aux gestes favorisant le bien-être par le massage pour accompagner les patients dans les meilleures conditions. Le TM est un soin d’accompagnement, non médicamenteux, centré sur la personnes plutôt que sur sa maladie. Elle s’apparente au courant humaniste et proche du potentiel humain qui a toute sa place dans l’arsenal des psychothérapies quand ce n’est pas dévoyé (ce qui est une autre histoire).

Ainsi, à l’initiative d’Armelle Simon, infirmière sophrologue au service d’hématologie du CHU de Nantes, le Toucher-Massage est introduit comme soin de support pour les personnes atteintes de cancer. Le TM s’avère bénéfique chez les personnes atteintes de leucémie et confinées parfois six semaines dans une chambre stérile avec des contacts physiques réduits pour éviter les infections. En 2015, Armelle Simo, a évalué sur 62 volontaires la baisse de l’anxiété après une séance de TM sur l’échelle de Spielberger. L’anxiété baissait de 11,5 sur la dite échelle qui va de 20 à 80 contre 0,9 points pour un groupe. Une pratique acceptable, donc! Et évoquons en un mot les unités de soins palliatifs où ce type de massage a toute sa place car la fin de vie est un moment particulier.

Incontestablement, le vocable toucher-massage englobe en général toutes les formes de massothérapie, signifiant étymologiquement le massage qui soigne et pratiqué par des kinés. Après, si le mot de massothérapie gêne, retenez celui de massage qui est générique. D’où la nécessité de démarquer la massothérapie de la technique new age du Toucher thérapeutique et de ses dérivés. Les bienfaits de la massothérapie sont innombrables. Notamment sur l’anxiété, pour soulager des douleurs lombaires et musculaires et améliorer la qualité de vie des cancéreux.

Dès les années 1980, les travaux sur les prématurés de la psychologue Tiffany Field de l’université de Miami ont montré les bénéfices du massage. Les bébés massés après leur naissance pendant 5 à 15 jours prenaient plus de poids que les autres et étaient hospitalisés en moyenne 3 à 6 fois de moins. Ce mode opératoire élaboré par Tiffany Field serait appliqué dans 38% des services de néonatalité américains. En 2009, l’équipe du neurologue Andrea Guzetta de l’université de Pise a montré que les effets des massages sont tout aussi efficaces quand ils sont pratiqués par la mère que par les soignants. Le psychanalyste John Bowlby, connu pour sa théorie de l’attachement du nourrisson avait mis en évidence les besoins fondamentaux des nouveaux-nés au niveau des contacts physiques, nécessaires pour développer une relation d’attachement bénéfique à un développement social et émotionnel optimum.

Sur Pubmed, on trouve des articles consacrés aux thérapies complémentaires et tactiles en pratique infirmière, et ô surprise, elles portent le label « holistique ». Par là, incluant l’individu dans sa globalité incluant dimension de la psyché autre que le corps et la maladie, et ce terme est propre à la pensée new age. Il existe d’ailleurs un journal officiel de l’American Holistic Nurses Association et l’on trouve dans cette association des propositions de formations en aromathérapie, le TT/guérisseur (le Nobel Ign), la médiation, la visualisation, le yoga et le Taï Chi. Le ton est donné!

Si manifestement, il existe des études sur le TT et ses effets sur l’anxiété, il est constaté qu’aucun essai contrôle randomisé ou quasi-randomisé n’a été identifié. Donc circulez, il n’y a rien à voir! Tous ces articles répertoriés dans Pubmed montrent que malgré l’absence de colonne vertébrale scientifique, ces thérapies complémentaires et alternatives sont de plus en plus pratiquées introduites dans le milieu hospitalier, et font partie de l’arsenal infirmier. Sont-elle les bienvenues ou décriées? Sont-elles l’occasion de nouer une alliance thérapeutique avec les patients, d’entrer dans cette dimension subjective de la relation soignant/soigné? Question d’éthique! Faut-il être tolérant envers ce type de pratique comme le TT même si ça fait du bien au patient? Insister sur leur inocuité?

Alors, revenons à l’article de Mahlon Wagner du site Skeptic, et même si ça ne concerne pas la France, ce qui est écrit est factuel. Il cite un certain Dr Imre Kerner qui veut réguler la formation en TT en exigeant des praticiens de TT une formation initiale en soins infirmiers ou en médecine. C’est une pratique souvent utilisée dans des formations non académiques de demander à des praticiens ou des psychothérapeutes de rentrer dans un cadre formel avec des diplômes officiels. Un cheval de Troie idéal. I.Kerner a des liens avec une église spiritualiste fondée par une guérisseuse et voyante autoproclamée et aussi avec un chaman. Sans compter ses diatribes antiscience et il accepte bien que le TT repose sur la médecine énergétique. Tout un programme pseudo-scientifique.

Le Toucher Thérapeutique mérite bien son prix Nobel IGN.

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