LA RONRONTHÉRAPIE: UNE THÉRAPIE AU POIL!

©Terry Runyan
 
 
 

Les animaux font d’excellents auxiliaires thérapeutiques qui ont tout à fait leur place en psychothérapie. L’un de ceux qui pratiquent une thérapie au poil et zen est le chat. 11 millions de foyers français possèdent un de ces charmants félins, et la catmania n’est pas près de s’éteindre. Je fais partie des adorateurs de Bastet, la déesse chat égyptienne, et je suis l’humain de compagnie de Cachemire, un beau chartreux de onze ans!  

Le ronronnement du chat occupe l’attention des chercheurs. Au-delà de son écoute, le doux bruitage du chat est bénéfique pour l’esprit de l’homme. C’est ce qu’explique Jean-Yves Gauchet, vétérinaire à Toulouse, le véritable inventeur de la ronron thérapie en France. La révélation de ce phénomène lui est venue presque par hasard, peut-on lire sur le site Micetto au sujet du livre de Véronique Aïache « La  Ronron-Thérapie ».
« Tout a commencé en avril 2002, se rappelle t’il. Des statistiques, démontraient qu’après des lésions ou des fractures, les chats avaient cinq fois moins de séquelles que les chiens, et retrouvaient la forme trois fois plus vite. D’où l’hypothèse d’une authentique action réparatrice du ronronnement » 

Les bienfaits du ronron sont comparables à ceux de la musicothérapie: 

« Il apaise et agit comme un médicament sans effet secondaire…Quand l’organisme lutte contre des situations pénibles, comme le stress, le ronronnement du chat émet des vibrations sonores apaisantes et bienfaisantes, un peu comme la musique ». 

Cette détente est due à la fréquence hertzienne pour le vétérinaire.
« C’est par le tympan mais aussi les corpuscules de Pacini, des terminaisons nerveuses situées au ras de la peau, que nous percevons le ronron qui émet des fréquences basses, entre 20 et 50 hertz. Des pensées positives et de bien-être sont alors transmises à notre cerveau ».
Dans le cerveau, le ronronnement agit sur le circuit hippocampe-amygdale, une structure étroitement liée au déclenchement de la peur. Ecouter le doux bruit du ronronnement de son chat entraîne une production de sérotonine, l’hormone du bonheur, impliquée dans la qualité du sommeil et de l’humeur.
 
Jean-Yves Gauchet croit au couple thérapeutique formé entre le chat et son maître, où chacun s’occupe de la santé de l’autre. C’est ce qu’il nous dit dans son livre « Mon Chat et moi, on se soigne. » L’ouvrage, se divisé en deux parties: l’une où sont énumérées les vertus thérapeutiques du chat sur son maître, et l’autre  où le maître apprend à faire plaisir à son chat. 
Et certains chats sont aussi exceptionnels que le nôtre! Il y a Oscar, un chat hors du commun! L’étonnante faculté de ce chat est de prévenir le personnel soignant d’une maison de retraite de la mort imminente de l’un de leurs pensionnaires. L’histoire insolite sur les capacités d’Oscar montre que les animaux dans les services de soins palliatifs permettent d’exorciser, d’apaiser l’angoisse de mort des malades et la tristesse de la famille qui voit partir l’un des siens. Après que cela ne soit pas très rigoureux sur le plan scientifique, c’est une autre histoire. Au moins, c’est apaisant et a le mérite de démontrer les bienfaits de la ronronthérapie et zoothérapie en général.
 
Les bienfaits de la ronron thérapie ne datent pas d’hier. Ils  étaient déjà étudiés dans les années 50. Dans son livre « La ronron thérapie », la journaliste santé, Véronique Aïache rapporte les résultats d’une étude menée dans les années 1950 par le corps médical américain sur le ronronnement. Le stress, l’insomnie ou l’anxiété pourraient se soigner ponctuellement grâce au ronron. Une étude de 1983 a constaté que la stimulation vibratoire entre 50-150 Hz soulagé la souffrance dans 82% des personnes souffrant de douleur aiguë et chronique. Plusieurs études, au cours des 20 dernières années ont confirmé que l’utilisation de cette thérapie à basse fréquence (vibrations entre 20-140 Hz) est thérapeutique pour la croissance osseuse / guérison de la fracture, soulagement de la douleur / la réduction de gonflement, la cicatrisation des plaies, la croissance et la réparation musculaire / réparation du tendon, la mobilité des articulations et le soulagement de la dyspnée (essoufflement).

 

À tous les âges de la vie, le chat est un auxiliaire précieux. Le ronronnement du chat aurait un effet sur un bébé trop remuant dans le ventre de sa mère.
Dans les maisons de retraite qui acceptent les animaux, les chats réconfortent les résidents et brisent leur isolement. Une étude de la California’ Loma Linda University a montré que le fait de regarder des vidéos drôles, mettant entre autres des chats,  20 minutes par jour améliorait la mémoire des séniors et renforçait leur sytème immunitaire. 

 

Autre témoignage, celui de Bruno Hardy, cadre de santé, sur l’effet thérapeutique des chats dans une maison de retraite des Yvelines:

« L’une de nos clientes souffre d’un trouble du comportement et seule la présence de son chat l’apaise, il l’aide à l’endormissement.»

Les Japonais s’entourent de ces félins pour rester zen. Leur mythologie sur le chat est prolixe. Il y a une légende qui parle du chat Tama qui vivait avec un moine dans un temple. Il sauva de la foudre le seigneur d’un district au début de l’ère Edo (1603-1867) en levant sa patte pour l’inviter à se réfugier dans le temple. À sa mort, le seigneur reconnaissant fit enterré  avec tous les honneurs réservés aux grands de ce monde. Au Japon, on trouve de nombreuses statuettes du manuki-neko, un chat levant sa patte au niveau de l’oreille. C’est un symbole de chance et de prospérité pour son possesseur. 

Aussi n’est-il pas étonnant que là-bas les bars à chats aient un énorme succès. Les Japonais viennent s’y détendre après le travail, en buvant un thé tout en caressant les animaux. Il s’en est ouvert un à qui ne désemplit pas.

Si vous n’avez pas de chat, vous pouvez toujours vous procurer un enregistrement de « ronrons » thérapeutiques. Vous pouvez suivre  également des séances de sophrologie où vous écouterez  le ronronnement du chat pendant la phase relaxation profonde, à une fréquence de 25 à 50 hertz; celle qui favorise un état profond de bien-être et une diminution immédiate du stress. Le ronron est adjoint à d’autres suggestions verbales, inductions sonores ou images mentales de manière à mieux gérer le stress ou les émotions.
 
Les bénéfices de la ronronthérapie sont incontestés sur notre santé mentale , toutefois certaines maladies psychiatriques et neurologiques peuvent être transmises par le chat. Tout futur médecin devrait être formé à ces éventualités qui peuvent retarder le diagnostic.  C’est ce que décrit Marc Gozlan, journaliste médico-scientifique et médecin de formation, dans son article « Sa schizophrénie» était due…au chat  publié sur son excellent blog Réalités Biomédicales.  Marc Gozlan y décrit une forme neurologique très rare de la bartonellose, maladie infectieuse, responsable de la maladie des griffes du chat dont est affectée un  adolescent américain de 14 ans diagnostiqué schizophrénique pendant deux ans. 
 

« Le jeune garçon et sa famille ont payé un lourd tribut émotionnel, social et financier pendant deux ans. « Outre le stress quotidien induit par sa maladie chez tous les membres de la famille, la mère a quitté son emploi pour lui fournir des soins à domicile, et les animaux domestiques ont été retirés de la maison (en raison des délires du garçon)…

Ce cas clinique est hors norme dans la mesure où le jeune patient aura été examiné et traité par un grand nombre de médecins (pédiatre, cardiologue, neurologue, infectiologue, dermatologue, immunologiste, optométriste, endocrinologue, gastroentérologue) avant que le diagnostic de sa maladie ne soit finalement posé et qu’un lourd traitement anti-infectieux ne soit prescrit.

Et n’oublions pas ceux qui souffrent d’ailurophobie (la phobie des chats). Mais la zoothérapie  vous propose un large éventail de thérapies cool avec d’autres animaux. (Chien, lapin, cheval avec l’équithérapie, le dauphin avec la delphinothérapie).
 
La ronron thérapie et la zoothérapie, si elles ne sont pas démontrées scientifiquement suivant les règles de l’Evidence Based Medecine révèlent des vertus insoupçonnées. La relation homme/animal est enrichissante pour nous. Nos chiens, nos chats, chevaux et tous les autres animaux sont de précieux alliés pour notre santé. Alors ne nous en privons pas.
 
Au fait, non seulement, mon chat ronronne  avec un bruit d’hélicoptère comme tous les chartreux, mais il ronfle tout aussi tout aussi fort! D’ici à ce qu’on se penche sur les vertus du ronflement félin, il n’y a qu’un pas…
 
 
Vidéo « ronronthérapie »
 
 
Sources:

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SOURIEZ, C’EST SYMPA!

Les femmes surpasseraient les hommes dans la reconnaissance des sourires sincères et en général, elles seraient plus douées pour la reconnaissance des expressions faciales que les hommes.

 

 

Le sourire est essentiel chez l’homme et l’expression de nos émotions. En souriant, nous révélons à autrui une part de nous-même.

En 1988, une étude devenue célèbre, enseignée en psychologie et publiée dans la revue Psychological Science disait que le sourire influençait notre humeur. Alors, faudrait-il se forcer à sourire? Pas si simple, c’est que montre quelques années plus tard la duplication de cette étude. Elle dément la conclusion originale, à savoir que le sourire agissant sur l’humeur n’était pas conforté ( la rétroaction faciale totale). Ce n’est pas faute d’avoir essayé, et en essayant de coller le plus possible à l’étude originale. 17 laboratoires du monde entiers et 1894 étudiants avaient été mobilisés. Mais les uns et les autres se renvoient la balles sur les biais méthodologiques. Il est cité dans un article de Christian Jarret pour le Huffington Post une recherche impliquant des personnes ayant eu des injections de Botox. 

Mais comment reconnaitre un sourire sincère? Sébastien Korb de l’Université du  Wisconsin-Madison et Didier Granjean de l’Université de Genève et leurs collègues ont montré que nous évaluons la sincérité  d’un sourire en le reproduisant en « miniature » par des micro contractions  automatiques invisibles de notre  propre visage. Un sourire authentique exprime une réelle émotion positive comme la joie ou les plaisir par exemple. Nous comprenons autrui en activant les mêmes schémas musculaires que lui;  nous rejouons dans notre corps avec  ces micro contractions une version miniature de l’expression d’autrui. Cette théorie se fonde sur les travaux de Williams James (fin XIX siècle) et sur la découverte des neurones miroirs (ces neurones qui s’activent de la même façon quand on effectue une action et quand on regarde un autre la faire. On s’est aperçu que si l’on empêchait quelqu’un d’effectuer ces micro contractions mimétiques, en lui mettant un crayon dans la bouche, on distinguait moins bien la sincérité des sourires.

 
Les sourires, perçus comme les plus authentiques, impliquent tous les muscles (corrugateur, orbiculaire, grand zygomatique et le masséter). Maintenant comme le souligne Didier Grandjean, il est possible de falsifier un sourire car tous les muscles peuvent être contractés de façon volontaire et consciente , sans que cela soit sous-tendu par une émotion. Cela nécessite une parfaite maîtrise et technique.
 

Une étude de l’université du Nouveau-Mexique, décrypte le sourire comme une attitude de soumission, et qui définirait notre statut social. La leçon à retenir serait  que lorsqu’on est un dominant, on ne doit pas sourire! À ne pas prendre au pied de la lettre, évidemment!

Les mannequins de haute couture sourient moins que celles qui représentent des marques de moindre importance. Les footballeurs les plus puissants sourient moins que les plus chétifs.

Cette étude est antinomique avec toutes celles qui démontrent les vertus d’un « sourire qui vient du fond du cœur ». Notre sourire définit notre humanité. Le sourire authentique est le révélateur du Soi, du noyau de la psyché est le reflet de nos émotions positives les plus profondes.

Bien sur, il y a les sourires de façade qui correspondent à l’hypocrisie des conventions sociales et ceux qui ne sont pas liés à des émotions positives.

Le  sourire a aussi  une forte composante culturelle. Comme au Japon. Le voyageur occidental sera frappé par ces visages qui lui semblent inexpressifs. Le japonais ne regarde pas dans les yeux comme nous. C’est contraire à sa culture. La pudeur, la timidité, les usages défendent le japonais de laisser transparaître sur son visage ses émotions et ses sentiments. La neutralité du visage a valeur de consensus. Malgré les apparences, au Japon, le sourire est l’expression la plus codifiée, et est présent dans toutes les situations. Ce qui a fait dire au jésuite Luis Froid que « les salutations se font toujours et sans faute avec un faux sourire».

Contagion émotionnelle ou pas, impact des neurones miroirs, un sourire amène souvent le sourire chez l’autre. Il y a toujours une émotion positive derrière un sourire authentique. Le sourire authentique exprime l’empathie, l’altruisme, l’intérêt que l’on porte à l’autre. Il permet de mettre en confiance l’autre, et de poser les prémices d’une relation de qualité. Sourire le plus souvent possible permet d’éprouver un bien-être intérieur. C’est ce que disait le psychologue William James au XIXe siècle. Les gens qui sourient souvent sont perçus comme ayant plus de self contrôle, à l’aise avec les autres et nettement plus séduisants que ceux qui  ne sourient pas. (Sin Lau, 1982).
 
Allez, quelques mots sur le « genré » ou tout au moins l’aptitude que l’on soit d’un sexe ou d’un autre pour reconnaitre la sincérité d’un sourire! Les femmes surpasseraient les hommes dans la reconnaissance des sourires sincères et en général, elles seraient plus douées pour la reconnaissance  des expressions faciales que les hommes. Est-ce génétique ou une construction sociale?  On n’en sait pas plus….
 
Il y a une croyance largement partagée par des médias populaires que sourire fait paraitre plus jeune que l’on n’est! Fausse croyance selon les résultats d’une recherche publiée dans le Psychonomic bulletin & Review l’année dernière.
 
En surfant sur le net pour ce post, mon regard a été attiré par le titre d’un encadré surprenant affirmant que « sourire, c’est mourir un peu ». Intriguée, j’ai poursuivi ma lecture pour en savoir plus. Sourire sur commande est certes bon pour les relations sociales mais très mauvais pour la santé! Et ce démontré par une étude du département de psychologie du travail de l’université de Francfort auprès d’hôtesses de l’air, professionnelles du sourire. Avec les vendeurs, elles seraient plus exposées au burn out. « La cordialité donne des rides mais provoque un affaiblissement des défenses immunitaires, accompagné de  stress, de dépression, de troubles de la personnalité. Bref, souriez mais pas trop.» Vraiment? 
 
L’étude de Sin Lau sur l’effet du sourire sur la personne reste la référence de base. Une personne qui sourit est perçue comme plus agréable et plus intelligente qu’une autre qui ne sourit pas.
 
Le bien-être engendré par un sourire ne fait pas que du bien à soi, il contagieux pour l’entourage. Une étude menée par la British Dental Health Foundation a montré que le fait de sourire améliore considérablement l’humeur.
 
Et puis, au diable l’étude  du Nouveau-Mexique qui met du darwinisme social derrière l’une des expressions les plus spontanées qui signe notre humanité. Alors ne nous en privons pas, et comme le dit Robert Choin :
« Le sourire est chez l’homme “l’empreinte de Dieu« . La bête ne sourit pas, et quand les hommes deviennent des loups entre eux, ils ne savent plus sourire.  »
 
 Sources :
 
 
 

	

UN TOIT POUR LES SANS-ABRIS AVEC LE PROGRAMME HOUSE FIRST!

Le programme Housing-First a permis de sortir de la rue des vétérans qui avaient fait la guerre d’Irak!


 

Sam Tsembens, psychologue au département de psychiatrie de la faculté de Colombia, est l’instigateur de « Pathways to Housing », baptisé « Housing First Model »  (PHF) en 2003. Ce programme de logement original s’adresse aux personnes sans-abri souffrant de troubles mentaux et souvent de toxicomanie.

Ce programme de réinsertion sociale et psychologique permet à des sans-abris, souffrant de troubles mentaux et d’addictions, d’être logés dans des conditions décentes tout en étant soignés.

Quand il a élaboré son programme, Sam Tsembens est parti de l’idée que le logement est un droit fondamental pour tous, y compris pour les personnes sans-abri souffrant de troubles mentaux. Sa vision est celle de la psychologie humaniste, et des deux premiers stade de l ‘incontournable Pyramide des besoins élaborée par Abraham Maslow. La satisfaction des besoins physiologiques et des besoins de sécurité au bas de la pyramide ne peuvent se concevoir que dans un environnement stable et non anxiogène. Le logement est l’une des conditions requises. Selon Sam Tsembens, le fléau des sans-abris souffrant de troubles mentaux et d’addictions doit être combattu par une nouvelle approche radicalement différente des programmes classiques.

 

Le sans-abri chronique qui souffre de troubles mentaux et d’addictions est aspiré dans le cercle vicieux du « cycle de survie »:
-rue
-hospitalisation
-placement temporaire dans une institution ou parfois prison
-rue.
Il est évident que ce cycle de survie est mortifère, et les structures traditionnelles empêchent de rompre le cycle de survie pour ceux qui souffrent de maladies mentales. Sam Tsembens a voulu démontrer l’efficacité de son programme pour sortir les gens de la rue, en leur offrant un toit sur la tête pour leur redonner confiance en eux et leur proposer des soins adaptés. PHF inverse le processus de prise en charge des programmes traditionnels qui traitent d’abord les troubles mentaux sans considérer l’aspect stressant et hautement anxiogène d’être dans la rue. L’idée novatrice de ce programme est de séparer le traitement du logement.

 
Le Housing First Model a été  soumis à l’épreuve de l’essai randomisé pour voir s’il permettait de casser le cercle vicieux de la rue pour n’en faire plus qu’un lointain souvenir. Dans cet essai randomisé, Sam Tsembens a voulu démontrer l’efficacité de son modèle qui permet à un sans-abri de se prendre en charge, de devenir autonome et améliorer sa coopération avec les différents services qui doivent s’occuper de lui. Dans un essai randomisé, les sujets sont pris au hasard pour éviter les biais de sélection (origine sociale, historique, etc). Cet essai randomisé a démontré que le PHF réduisait les coûts de la collectivité ainsi que la fréquence des séjours en hôpital psychiatrique. L’une des questions qui s’est posée avec le PHF a été la suivante: les sans abris, drogués ou souffrant deux troubles mentaux sévères sont-ils capables de se reprendre en main chez eux et sans structure permanente médicalisée qui les surveille jour et nuit?
 
Cette idée toute simple de mettre un toit au-dessus de la tête de ces personnes satisfait les besoins fondamentaux comme le sentiment de sécurité qui n’est possible que dans un refuge permanent. Séparer le logement de la  prise en charge thérapeutique favorise le libre arbitre, le choix, l’auto détermination et permet ainsi de réguler son mal-être
 
La contrepartie demandée aux sans-abri est la suivante: la compliance au au traitement, tendre vers la stabilité psychiatrique et être abstinent dans le cas des addictions. Le client du PHF a aussi des obligations financières dont celle de s’acquitter d’un loyer à la quote part de 30 % par mois. Chaque semaine, il reçoit la visite de l’un des collaborateurs du PHF qui lui pose chaque fois la question suivante : « comment puis-je vous aider? ». En fonction de la réponse, il adapte la stratégie de prise en charge. 95% des protégés de PHF préfèrent un logement individuel. L’un des anciens sans-abris évoque sa douleur morale et l’importance d’un chez-soi: « J’ai marché durant des années sans avoir une seule clé, que ce soit celle d’une voiture, de maison ou de posséder un simple trousseau de clés…Je ne pense pas que les gens comprennent, ce que c’est d’être sans trousseau de clés.»
 
La visite du logement pour le sans-abri est un temps fort du programme. Également pour le travailleur social de PHF qui l’accompagne; c’est pour lui l’occasion d’observer ses réactions pour lui offrir l’aide dont il a besoin.

Il y a deux variantes du programme PHF. Il y a the Assertive Community Treatment (ACT) pour les personnes souffrant de troubles psychiatriques, et le Intensive Case Management (ICM) pour des personnes atteintes de troubles moins sévères.

Le programme comporte des protocoles de pratique d’intervention qui ont fait leurs preuves suivant les règles de « l’Evidence Based Program » pour diminuer la souffrance.
 
Ce programme a été critiqué pour avoir centré la résolution des problèmes sur le seul fait de mettre un toit sur la tête des sans abris. Or, le logement n’est qu’une étape du programme PHF, et il faut évoquer les échecs inévitables. Des personnes doivent être relogées parfois deux ou trois fois avant que le programme ne porte ses fruits.
 
Les accompagnateurs de PHF sont joignables  vingt quatre heures sur vingt quatre. Quand il y a des rechutes, ils sont dans la suspension du jugement. Afin de comprendre ce qui fait souffrir son client, ils continuent de lui poser cette question inlassablement: « Comment puis-je vous aider? »
 
Avant d’obtenir un logement définitif, le Graal du programme, il y a plusieurs étapes à suivre pour l’ancien sans-abri:
-Placement dans un logement collectif
-logement transitoire
-logement permanent.
 
Le programme Housing-First a permis de sortir de la rue des vétérans qui avaient fait la guerre d’Irak (et d’autres). En 2010, Le Federal Interagency  Council a validé cette méthode, et considère que c’est l’approche  la plus pertinente pour en finir avec les sans-abris chroniques.

 

Le modèle Housing-First sur le principe de l’essai randomisé a été appliqué avec succès dans cinq villes canadiennes. Cet essai comparatif randomisé du programme canadien incluant 2 200 personnes donne encore plus du  poids au modèle Housing first,  et l’a ainsi rendu attractif pour l’Europe en recherche de solutions pour les sans-abris. Un programme adapté aux pays européens semble se développer au fil des années si l’on se réfère au site Housing First Guide Europe. Il se peut que Housing-First soit sans doute plus adapté aux mentalités nord-américaines. Il a au moins le mérite de conjuguer le soin psychique et de loger le sans-abri chronique qui souffre de maladies mentales. En tout cas,  saluons cette belle initiative de Sam Tsembens! 

 
 

ÉCOPSYCHOLOGIE? VRAIMENT?

L’un des dangers est que cette discipline soit confondue avec l’éco-santé validée par l’OMS.

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L’écologie, également connue sous les noms de bioécologie, bionomie ou science de l’environnement ou environnementale, est la science qui étudie les êtres vivants dans leur milieu et les interactions entre eux. L’écologie évoque  la science du climat mais aussi s’intéresse à la santé mentale! Et bien oui, les souffrances de la psyché peuvent  aussi se mettre au vert avec l’écopsychologie. Soigner la terre, guérir l’esprit, serait l’un de ses fondements!

 

Le synonyme d’écopsychologie serait (selon certains sites web) la psychologie environnementale, une discipline à part entière qui  est « l’étude des interrelations entre l’individu et son environnement physique et social, dans ses dimensions spatiales et temporelles ». L’excellent livre de Gabriel Moser,, Psychologie Environnementale qui est représentatif du sérieux de la discipline de psychologie environnementale sans connotation idéologique. Cet «ouvrage vise à la compréhension des rapports entre l’individu, la société et l’environnement, d’une part, et la mise à disposition de savoir-faire et d’outils d’intervention au niveau de l’habitat, du lieu de travail, de la ville, de l’environnement global dans le cadre du développement durable, d’autre part. » Même si l’approche ne répond pas aux critères de « l’Evidence Based Science », la psychologie environnementale peut s’avérer une source de réflexion pertinente.

Mais gardons le terme d’écopsychologie, qui à mon sens sujet à des interprétations et à des dérives. L’écopyschologie est manifestemebt une discipline inédite  qui s’est développé outre Atlantique depuis les années 1990. Elle a séduit des psychologues de la région de San Francisco où une formation est dispensée à l’université de Santa Barbara! Durant cette décennie, La presse française a encensé pendant plusieurs semaines cette nouvelle discipline du développement durable à la rubrique Santé ou Bien-Être. On est en droit de se demander si l’écopsychologie est un nouvel OPNI (Objet Psychique Non Identifié en relation avec la santé),  l’écopsychologie ne figure pas dans Medline/Pubmed qui référence les études scientifiques. Face à cette lacune des cautions scientifiques, le scepticisme s’impose.

 

L’écopsychologie n’est pas une nouvelle discipline. C’est Theodor Roszak, sociologue et auteur de science-fiction, qui popularisa en 1995 le terme d’écopsychologie. Il se serait inspiré des travaux de Gregory Bateson, l’instigateur du courant systémique et l’un des piliers de l’école de Palo Alto. Gregory Bateson avait évoqué, en son temps, l’écologie de l’esprit où « les progrès en sciences proviennent toujours d’une combinaison de pensées décousues et de pensées rigoureuses. » Cette alliance permettant de faire progresser la science en fonction des besoins des sociétés. 
En écologie, le pragmatisme est nécessaire. Depuis les années soixante, on assiste à une crise de la science au profit de l’inflation du pseudo-scientisme. L’écologie en découd souvent (sauf exception) avec l’esprit scientifique en général, et c’est souvent l’auberge espagnole. Lorsque l’écologie parle de santé publique, la prudence est de rigueur pour ne pas jeter les gens entre les mains de charlatans sous le prétexte que la terre perd la boule, et que par effet domino, les terriens aussi.

Théodor Roszak est perçu comme un visionnaire critique de la science, mais ce n’est pas l’avis de tous. Pour le philosophe australien John Passmore, sa notoriété aurait provoqué une méconnaissance de la nature de la science, en la diabolisant car le sociologue n’a parlé que de ses dégâts, de la déshumanisation qui a créé un monde aseptisé. Afin de sauver l’humanité des désastres de la science, Théodor Roszack pense qu’il est urgent de réinstaurer l’imaginaire et la créativité. En 1969, le sociologue avait vulgarisé le néologisme de contreculture, et sa vision du monde est holistique. Terme dévoyé par le New Age avec le mythe de Gaia qui draine beaucoup d’émules de l’écologie fâchés avec la science.

 

L’écopsychologie étudie l’action de l’environnement sur la psychologie, et l’effet de la nature sur l’équilibre des êtres humains. C’est un sophisme de dire qu’il y a des interactions entre la santé et l’environnement. La dégradation des écosystèmes, la mutation des biotopes, et les pollutions diverses ont ou auront si on n’y prend garde une action néfaste sur la santé de milliard d’individus.
Ainsi, les pesticides seraient incriminés dans de nombreuses maladies et on les soupçonne avec diverses pollutions d’être à l’origine de nombreuses maladies et de cancers. Du côté de la santé mentale, on étudie l’influence de l’environnement architectural sur l’équilibre psychologique. Des projets architecturaux sont élaborés pour favoriser les performances, renouer avec la convivialité. On construit des résidences adaptées aux personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer.

Des études anglo-saxonnes montrent les bienfaits de promenades dans des espaces verts pour les enfants hyperactifs et les personnes souffrant de dépression, permettant ainsi d’alléger la prescription de psychotropes. Ces interactions entre la santé mentale et l’environnement correspondent à l’esprit écologique mis en exergue par Gregory Bateson, sans être légitimées en tant qu’actes relevant de l’écopsychologie. Un peu de bon sens!

La lecture de sites autoproclamés, de cette nouvelle chapelle du développement durable a de quoi laisser rêveur. On apprend ainsi qu’on peut-être éco-anxieux (l’éco-anxiété étant liée aux comportements des autres), et que pour se soigner, on peut consulter un écothérapeute qui pratique une écothérapie individuelle ou de groupe. Probablement, rémunéré avec des éco-honoraires à l’éco-acte!

C’est déjà tout un poème d’être consensuel autour d’un diagnostic en psychopathologie, s’il faut encore faire rentrer dans la danse de nouvelles maladies mentales écologiques, on n’est pas sorti de l’auberge! Avec de l’imagination, on peut décliner toute la nosographie des troubles psychiques du DSM V ou du CIM 10. Le jeu consiste simplement à accoler devant le préfixe éco. On peut imaginer l’éco-névrose, l’éco-dépression, l’éco-schizophrénie, l’éco-addiction à des éco-drogues et la liste des nouvelles maladies mentales n’est pas exhaustive. Certains chantres de l’écopsychologie sont manifestement les héritiers directs du New Age. Ces éco-gourous définissent l’écopsychologie comme de la psychologie spirituelle qui vous éveille à la spiritualité en triturant vos chakras, votre kundalini et le reste de votre anatomie occulte, pour vous faire accéder aux paradis verts de l’ère du Verseau.

 

Ce si sympathique néologisme d’écopsychologie est un piège abscons, et avant-tout un concept marketing. L’un des dangers est que cette discipline pseudoscientifique soit confondue avec l’éco-santé validée par l’OMS (Organisation mondiale de la santé), où les interactions entre la santé et l’environnement font l’objet d’une véritable démarche scientifique. Je préfère nettement le concept de psychologie environnementale. L’absence de rigueur scientifique risque de nuire gravement à la bonne santé de l’écologie en confortant les propos du très sceptique Freeman Dyson (1) qui y voit « une nouvelle religion séculière mondiale.» Judith Curry, climatologue au CV scientifique prestigieux fait aussi partie de ces sceptiques.

NDLR : Pour connaître un peu mieux Freeman Dyson et ses prises de position sur les dogmes en cours de l’écologie, notamment le réchauffement climatique, consulter l’article de Nicholas Dawidoff, » Sceptique par principe » publié dans le New-York Times et repris par Courrier International n° 974 du 2 au 8 juillet 2009.

ALTER SCIENCE ET PSEUDO-SCIENTISME

Alexandre Moatti démontre dans cet essai très complet comment l’alterscience nous informe – en creux ou en négatif- sur le fonctionnement de la science elle-même. Il cite certains de ses scientifiques renommés qui se sont détournés de la science.

La pensée irrationnelle fait des ravages dans les sciences humaines, la psychologie, et touche curieusement de plus en plus la médecine et tout le domaine de la science. L’un des meilleurs exemples est l’opposition, depuis plusieurs semaines, sur les réseaux sociaux, entre anti vaccins et partisans de la vaccination obligatoire. Si tout débat est légitime, de nombreux mensonges de nature pseudo-scientifique (ou omissions d’ailleurs) peuvent polluer le débat (ou tout débat d’ailleurs sur n’importe quel sujet) et se propager comme une traînée de poudre. Ce post ne vous propose pas de refaire le monde autour de l’intérêt de la vaccination et de ses composants supposés toxiques, mais plutôt d’ouvrir une brèche sur la pensée irrationnelle et les croyances dont ont pu faire preuve, par le passé des scientifiques renommés. Et ce, avec un livre qui remet les pendules à l’heure sur les théories dites alternatives: « Alter Science, Postures, Dogmes, Idéologies » d’Alexandre Moatti. L’auteur est chercheur associé au Laboratoire SPHERE de philosophie et histoire des sciences à l’Université Paris-Diderot. Cet ouvrage date de 2013, mais il est toujours d’actualité et donne matière à réflexion sur certains débats qui agitent régulièrement les actualités médicales et scientifiques..

 

Quel est le sujet du livre?
Un article du site Science et Pseudo Science résume ainsi la pensée de Moatti: il « constate un certain rejet de la science contemporaine et de ses productions : rejet, non seulement de l’utilisation technique qui peut être faite de telle ou telle découverte, mais aussi rejet de la démarche et de l’expertise scientifique voire de l’activité de recherche elle-même.»L’alter science se distingue du pseudo-scientisme comme par exemple l’astrologie. Avec l’alter science, on est dans le domaine des croyances dont la diffusion est facilitée par une certaine notoriété déjà existante de celui qui la diffuse…

Alexandre Moatti démontre dans cet essai très complet comment l’alterscience nous informe – en creux ou en négatif- sur le fonctionnement de la science elle-même. Il cite certains de ses scientifiques renommés qui se sont détournés de la science. L’auteur distingue l’alterscience des pseudo-sciences comme par exemple l’astrologie. L’alterscience relève du domaine des croyances dont la diffusion est facilitée par la notoriété déjà existante de celui qui la propage.
« On connaissait les magiciens de la guérison, les conteurs de cosmogonies exotiques et tous ceux qui ont recours à la pensée magique pour expliquer le monde ou les tourmentes des corps. Voici maintenant les « alterscientifiques » : sous ce mot l’auteur, regroupe des hommes de sciences, souvent reconnus, qui, à un âge avancé, développent une théorie alternative.

Et à l’aide d’exemples, Alexandre Moatti appuie sa démonstration.

Les raisons des  dérives de ces scientifiques sont multiples. Certains sont des scientifiques autrefois reconnus, aujourd’hui en mal d’attention, comme le climatosceptique Claude Allègre, mais d’autres adhèrent à une idéologie, comme les deux prix Nobel de physique, Philipp Lenard (Nobel 1905) et Johannes Stark (Nobel 1919) qui commencèrent à théoriser une « Physique allemande » tout en s’engageant aux côtés d’Hitler.

La version contemporaine, moins connue est le mouvement « solidarité et progrès » de Lyndon Larouche (né en 1922) dont le représentant en France est Jacques Cheminade, candidat aux élections présidentielles en 1995 et à d’autres. S’engageant en faveur l’énergie nucléaire – le titre de leur revue Fusion en dit long- et vantant les mérites de la conquête spatiale, développant une autre histoire des sciences, contestant la physique quantique probabiliste – à cause de la limite qu’elle oppose à la connaissance humaine.

D’aucuns ont eu une révélation! C’est le cas de l’ingénieur Hörbiger, qui un soir d’automne 1894, en observant la Lune a eu l’idée qu’elle était fait d’un bloc de glace, de quoi développer une cosmogonie de glace. À travers une dizaine d’exemples – depuis l’affaire des avions renifleurs jusqu’aux tenants du géocentrisme, Alexandre Moatti démontre dans cet essai très complet comment l’alterscience nous informe – en creux ou en négatif- sur le fonctionnement de la science elle-même.

Et qui ne se souvient pas de la fameuse imposture scientifique de la « mémoire de l’eau » du Dr Jacques Benvenista? C’était en 1988, et c’est sous ce titre « Une découverte française pourrait bouleverser les fondements de la physique: la mémoire de l’eau » que le  journal le Monde titra cette supposée nouvelle révolution copernicienne. De la physique quantique? Que nenni! Le Dr Jacques Benveniste, médecin et biologiste directeur de l’unité 200 de l’Inserm avait découvert que l’eau avait une « mémoire », et offrait ainsi une légitimité rationnelle au fonctionnement sous-jacent de l’homéopathie, supposant démentir les arguments de ses détracteurs sur son efficacité et un unique effet placebo.

La fameuse revue Nature se prêta au jeu de cette théorie en proposant une expérimentation sur la mémoire de l’eau et sa conclusion fût la suivante: Elle « accusa le coup et publia un rectificatif concluant : « L’hypothèse selon laquelle l’eau garderait la mémoire d’une substance qu’on y a diluée est aussi inutile que fantaisiste. ». Mais trop tard, le mal était fait, Nature (et le Monde du même coup) s’était ridiculisé en publiant un article avant d’en avoir vérifié le contenu (ce ne sera pas la seule fois) cédant aux sirènes du scoop, tout le tapage médiatique de l’extraordinaire « nouvelle » fit certainement beaucoup plus de bruit que celle de son démenti.» (

L’intérêt de cet ouvrage est indéniable et il développe l’esprit sceptique et cerne avec des exemples pertinents les parti-pris anti-scientifiques. Et il s’en trouve des alterscientifiques pour brouiller les fondements de la science.

 

Notes: 

 Extrait de l’article du site « Moatti1 constate un certain rejet de la science contemporaine et de ses productions : rejet, non seulement de l’utilisation technique qui peut être faite de telle ou telle découverte, mais aussi rejet de la démarche et de l’expertise scientifique voire de l’activité de recherche elle-même. Son objectif, dans cet ouvrage, est de dégager, en s’appuyant sur des exemples contemporains et historiques, les traits de pourfendeurs de la science. Ceux-ci, souvent scientifiques ou ingénieurs de formation ou même de profession, s’élèvent contre la science académique et développent, en parallèle à celle-ci, une science « autre » qui est aussi une science « altérée », que l’auteur appelle justement, en référence à ces deux aspects, « alterscience ». Ces dérives sont retrouvées dans les divers domaines scientifiques, la physique, la cosmologie, la biologie : en fait, l’alterscience a, souvent, une visée explicative globale et s’inscrit en opposition au réductionnisme scientifique.»

AVEZ VOUS DÉJÀ ÉTÉ ENLEVÉ PAR DES ALIENS? MOI NON!

La thérapie pour traiter le trauma des personnes kidnappées par des extraterrestres connut son heure de gloire dans les années 60/70 outre Atlantique.

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Le titre de ce post « Avez vous déjà été enlevé par des Aliens? Moi non!  » est volontairement provocateur!

Et n’omettez pas le A majuscule pour Aliens, après tout, ils sont des citoyens de la galaxie comme nous! Mais l’esprit de ce blog n’a pas changé, et il pourfend les dérives des psychothérapies. Alors revenons à nos moutons…

l’histoire de ce cas est relaté dans l’excellent livre Science and Pseudoscience in Clinical Psychology (non traduit en français) des auteurs Scott O. Lilenfield, et de Steven Jay Lynn.

Myra souffre de son dos, et la douleur devenant intolérable, elle se décide à consulter son généraliste. Pour la soulager, il préconise des séances de relaxation, et l’adresse à un psychologue spécialisé dans le traitement de la douleur par hypnose. Les premiers rendez-vous se passent sans histoire. Myra noue avec son thérapeute une alliance thérapeutique classique. Mais les rendez-vous vont rapidement prendre une tournure du troisième type. Au fil des séances, le thérapeute attribue ses douleurs dorsales à un abus sexuel qu’elle aurait subi enfant. Il aurait été perpétré par son père. C’est du moins ce qu’elle lui aurait affirmé sous transe hypnotique. Et de fil en aiguille, les abus sexuels ne s’arrêtent pas qu’à l’inceste. Son oncle aurait eu également des gestes déplacés à son égard.

Seulement voilà, lorsqu’elle n’est plus sous transe hypnotique, elle est amnésique de ces abus intrafamiliaux, et malgré cela, le thérapeute lui soutient mordicus que c’est réellement arrivé. Lors d’une séance, elle lui aurait raconté (toujours sous hypnose) avoir été enlevée par des extraterrestres (E.T). L’OVNI, de forme ovoïde, s’est posé dans la cour derrière la maison de son oncle pour la kidnapper. À bord du vaisseau spatial, les E.T vont pratiquer sur Myra des examens gynécologiques invasifs. Et son mal de dos en est l’une des séquelles.

L’ineffable hypnotiseur et ufologue de son état vante à Myra le bien-fondé des séances d’hypnose; cette méthode est parfaitement adaptée aux victimes d’enlèvement extraterrestre. Car elle permet de raviver les souvenirs enfouis dans l’inconscient, dus à la violence du trauma que représente un enlèvement extraterrestre. Pourquoi?
Parce que les E.T hypnotisent leurs victimes pour effacer de leur mémoire le souvenir de cet enlèvement!  Logique ! Non ? Tenez vous bien, durant trois ans, le thérapeute lui fera suivre une « Thérapie de la Mémoire Retrouvée »  pour qu’elle se souvienne coûte que coûte de ce kidnapping extraterrestre! Au fond d’elle même, Myra sentait bien qu’il ne s’intéressait à elle que lorsqu’elle parlait de ce qu’elle avait vécu à bord du vaisseau spatial, mais elle était sous son emprise.

Au fil des séances d’hypnose, Myra se plaint « d’avoir de moins en moins les idées claires,  elle est ensuquée, perpétuellement épuisée et coupée de ses émotions». Qu’à cela ne tienne, le thérapeute augmentera la durée des séances. Pas moins de 3 heures et pouvant aller jusqu’à 4 heures,  et ce trois fois par semaine. Par ailleurs, il lui interdit de prendre les médicaments prescrits par son médecin généraliste; ceux-ci risquent d’interférer avec sa thérapie pour raviver ses souvenirs.

Le coût de ces séances n’était pas donné, et les économies de Myra fondent comme neige au soleil. Elle arrête sa thérapie faute de pouvoir régler les honoraires de son thérapeute. Après s’être informée sur les dérives de la thérapie de l’enlèvement extraterrestre, elle consulte un avocat et  porte plainte contre le thérapeute. Et les deux parties trouvent un accord pour dédommager Myra du préjudice subi.

 

L’histoire de Myra n’est pas isolée. La thérapie pour traiter le trauma des personnes  kidnappées par  extraterrestre connut son heure de gloire dans les années 60/70 outre Atlantique. On se doute qu’elle est pseudo-scientifique. Elle repose sur un ensemble de doctrines issues de plusieurs ouvrages qui ont comme point commun de postuler que les extraterrestres ont créé artificiellement l’humanité. C’est la théorie des anciens astronautes. Ainsi les mystérieux dessins de Nazca (au Pérou) seraient des pistes d’atterrissage de ces êtres venus d’une autre planète. Les pharaons égyptiens seraient en fait des anciens astronautes venus délivrer des enseignements à l’humanité. En France, toute une littérature ésotérique s’en est emparée, popularisée par les livres de Robert Charroux. De nombreux mouvements sectaires ont fait des E.T leur fond de commerce. Comme la scientologie et la secte de Rael. Claude Vorilhon dit Rael a créé autour des Ufaunotes une secte. Les puys dans le Massif Central sont devenus des pistes d’atterrissage à l’instar de celles de Nazca. Dans les années 70, il a persuadé  ses disciples de la venue des soucoupes volantes. Nombre de People de l’époque ont attendu en vain ces fameux vaisseaux au sommet d’un puy auvergnat!

Le mythe moderne de l’affaire Roswell, maintenu par des mécanismes psychosociologiques, a marqué le début de cet engouement. En juillet 1947,  un OVNI se serait écrasé au sol près de Roswell, au Nouveau Mexique (Etats-Unis). En fait, il s’agirait de la chute d’un ballon-sonde ultra secret mis au point par les Américains, et  destiné à espionner la Russie. L’ufologie s’est particulièrement développée lors du mouvement New Age, et l’avènement de ses thérapies farfelues qui provoquèrent des dommages dans la psyché. L’un de  ces  préjudices qui a encombré les tribunaux américains dans les décennies 70/80 est le False Memory Syndrome (Syndrome des faux souvenirs) induit par une thérapie à base d’EMC (État Modifié de Conscience) comme l’hypnose.  C’est le cas de Myra!

Des thérapeutes se sont spécialisés dans la victimologie de l’enlèvement ET. « Les patients zéro » de la vague de la thérapie de la « Rencontre du troisième type » remontent à 1961. Les époux Betty et Barney Hill  furent enlevés par les Petits Gris ( une espèce d’E.T) en pleine cambrousse, alors qu’ils revenaient du Canada. En proie à de terrifiants cauchemars dus à cette expérience du troisième type traumatisante, ils vont consulter le Dr Benjamin Simon un spécialiste de l’hypnose. Miraculeusement, leurs souvenirs bloqués vont être ravivés, et la thérapie va être un franc succès! Parait-il! Et le top départ de la vague de la thérapie d’enlèvement E.T est donné.

À l’époque, les connaissances scientifiques sur le fonctionnement de la mémoire n’étaient pas celles d’aujourd’hui, validées par les neurosciences et l’IRM qui permet de visualiser les aires du cerveau. On pensait que la mémoire fonctionnait comme un disque dur, et qu’il suffisait de revenir en arrière pour trouver le souvenir traumatisant grâce à l’hypnose. Comment agit l’hypnose sur la mémoire? Si l’hypnose (bien pratiquée) favorise l’émergence de souvenirs, elle n’augmente pas la qualité de la mémoire. Et là, c’est crucial. Le journaliste scientifique Michael Shermer, en 2002, a  inventorié la littérature scientifique et  confirme qu’il est impossible de récupérer des souvenirs malgré ce que les hypnothérapeutes prétendent. La mémoire est un phénomène complexe impliquant des distorsions, des suppressions et des ajouts, et est un processus de fabrication complète.»

L’histoire de Myra n’est pas isolée. Certaines femmes racontèrent (toujours sous hypnose) avoir été engrossées par FIV et utilisées comme mères porteuses pour donner le jour à des enfants mutants (génétique humaine et extraterrestre). Des polices d’assurance proposèrent à leurs clientes une assurance spécifique contre les grossesses non désirées provoquées par les Petits Gris, ou encore une assurance-vie en cas de décès imputable aux Aliens. L’histoire de Myra peut prêter à sourire pour les sceptiques, et on peut se demander comment elle a pu tomber dans le piège d’une thérapie pseudo-scientifique. Mais des spécialistes se sont penchées sur la victimologie E.T.

Le professeur Mc Nally de Harvard a passé 10 ans à étudier les témoignages de victimes supposées victimes des E.T.

Il a dégagé 5 constantes chez ces témoins :

1) Ce sont des personnes souffrant de paralysie post sommeil (paralysie hypnopompique). Parmi ses manifestations, l’activité physique du corps est bloquée. La personne se croit réveillée mais ne peut plus bouger. Cet état s’accompagne d’hallucinations visuelles (comme des lumières clignotantes qui font penser à celles d’un OVNI), ou auditives accompagnées d’un sentiment de panique. C’est une sorte de semi éveil.  Dans cet état, elle peut avoir l’impression d’une présence (souvent maléfique) dans la pièce et se sentir en danger.
2) On pense que 25% des gens éprouveront au moins une fois dans leur vie une paralysie du sommeil. Alors rien d’extraordinaire, sauf pour les ufologues qui, visiblement sont fâchés avec la science.
3) Pour le syndrome des faux souvenirs, MacNally a constaté que les témoins d’enlèvement extraterrestre échouaient aux tests de mémoire classique comparés à d’autres groupes de personnes non enlevées par des extraterrestres. Deux fois plus sur des souvenirs autobiographiques.
4)   Ces personnes ont la particularité d’avoir une imagination débordante, des images vivaces et un fort indice de suggestibilité.
5)  Leurs croyances sont à l’opposé de la science. Elles sont de type New Age et ces personnes sont friandes de médecines alternatives, de guérison holistique, d’astrologie et de divination. Ils adhèrent aux thèses de l’ufologie et de la Science Fantasy.
Toutefois, McNally note que ces personnes ne sont ni stressées, ni déprimées, ni psychotiques et ne semblent pas avoir de problème de santé mentale évident. Alors, on peut toujours blaguer en disant que finalement, les 5 constantes dégagées par McNally ont été implantées par les E.T dans la psyché de  ceux qu’ils ont enlevés! Qui sait ? La vérité est ailleurs…Trêve de plaisanterie!

 

Faut-il nécessairement nier toute forme de vie extraterrestre? Non, il faut simplement voir ce que la science dit à son sujet. Très sérieusement,  elle s’occupe de chercher des traces de vie extraterrestre sur des exoplanètes. Le programme américain SETI (Search Extra Terrestrial Intelligence) a lancé le projet d’observer 2000 naines rouges (espèces d’étoiles) dans l’espoir d’y détecter un signal extraterrestre. En 2015, Stephen Hawking lançait la fondation « Break Through Listen » pour dénicher un signe d’intelligence extraterrestre. L’exobiologiste André Brack pense que la vie peut-être présente sous forme de bactéries.  Et pour le paléontologue Sébastien Steyer « une intelligence extraterrestre est envisageable mais peu probable».

Ces scientifiques renommés acceptent l’hypothèse que d’autres planètes sont habitables, et peuvent contenir une forme de vie, mais jamais, oh non jamais ils n’ont adhéré aux thèses science-fantasy des ufologues, aux soucoupes volantes ou aux Petits Gris. Ni conforté la victimologie d’enlèvement extraterrestre. La tête dans les étoiles mais les pieds sur terre!
L’astrophysicien Roland Lehoucq pense que s’il s’est développé des formes de vie, elles le seraient à partir d’une chimie différente de la nôtre. Les représentations d’Aliens par les auteurs de SF se sont calquées sur notre chimie. Et ces formes de vie n‘ont pas pu emprunter les mêmes chemins que la terre.  « La physique, cependant est universelle, et les mêmes contraintes doivent s’appliquer partout.»

 

Alors, dommage pour ceux qui croient aux Petits Gris, et  s’il y a eu une  rencontre du troisième type, il ne s’agit que de faux souvenirs dus à la manipulation de leur  mémoire.

COMMENT L’ISLANDE LUTTE CONTRE LA TOXICOMANIE ET LES ADDICTIONS

Le programme de prévention primaire de lutte contre la toxicomanie et les addictions mis en place en Islande repose sur le pragmatisme et le bon sens, et les résultats obtenus prouvent que ça marche.

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Le rapport annuel de l’Observatoire Européen des Drogues et des Toxicomanies de 2017, fait état d’une évolution inquiétante du marché des opiacés,  et ce avec un nombre important de surdoses mortelles. Le cannabis reste avec la cocaïne l’une des substances illicites le plus consommée par les jeunes Européens de 15 à 34 ans.  En Europe, contrairement aux U.S.A, le canabis est souvent fumé avec du tabac. L’année dernière 16,6 millions de jeunes ont consommé du cannabis, et chez les adultes de 15 à  64 ans, 22,1 millions en ont consommé au cours des 12 derniers mois, et 83,2 millions au cours de leur vie. Il existe de fortes disparités suivant les pays. La consommation de cannabis est en baisse en Allemagne, Espagne et Royaume-Uni contrairement à la France qui la voit augmenter depuis 2010. Le cannabis continue est associé à d’autres problèmes de santé; et il est la drogue  à l’origine de  la plupart des traitements déclarés pour consommation de drogue. Concernant l’alcool, l’OMS constate que l’Europe arrive en tête du classement mondial concernant sa consommation. Selon un rapport de l’OCDE en 2015, la France figure parmi les premiers pays en terme de consommation d’alcool. Si sa consommation diminue régulièrement dans notre pays, 10% des adultes sont aujourd’hui en difficulté avec l’alcool.

 

L’alcool est la substance la plus consommée chez les jeunes de 16 à 16 ans. C’est ce que révèle le rapport de l’ESPAD (European School Survey Project on Alcohol and Other Drugs). 78% des jeunes qui ont répondu à cette enquête avouent en avoir consommé à l’âge de 13 ans. Et ne parlons pas du Binge Drinking! S’il est constaté une baisse du tabagisme et de la consommation d’alcool, il faut noter que les élèves européens consomment plus d’alcool que leurs homologues américains. Ors, c’est prouvé suivant les règles de «l’Evidence Based Médecine», la consommation précoce d’alcool et de drogue augmente considérablement les risques de problèmes de santé. Ces chiffres sur les substances addictives, concernent principalement les jeunes! Ors, un pays fait exception à cette règle exponentielle et il pourrait servir d’exemple: l’Islande.

Ce ne fût pas toujours le cas en Islande,  et il faut remonter à une vingtaine d’années! Lorsqu’on compare la consommations de cannabis, d’alcool et de tabac entre 1998 et 2016, la diminution est drastique, et les jeunes sont quasi abstinents.
Les statistiques le prouvent:
-En 1998, 17% les jeunes Islandais de 15 à 16 ans consommaient du cannabis, et en 2016, plus que 7% !
-En 1998, 42% consommaient de l’alcool, et ils ne sont plus que 5% en 2006,
-Et en 1998, ils étaient 23% à fumer versus 3% en 2016.
Aujourd’hui, l’Islande fait figure d’exemple au classement des adolescents les plus « clean » sur le chapitre des addictions. Ils sont quasi-abstinents.

C’est le psychologue et professeur américain, Harvey Milkman qui a contribué à implanter à l’échelle nationale le modèle de prévention primaire islandais. Harvey Milkman enseigne une partie de l’année à Reykjavik, et est l’auteur de nombreux ouvrages de référence consacrés à la drogue.

Au début des années 70, Harvey Milkman  a assisté au phénomène de masse de l’usage de drogues de toutes sortes. Quand il était en stage à l’hôpital psychiatrique de Bellevue (New York), le LSD était déjà présent (et il n’était pas encore interdit), et de nombreuses personnes fumaient de la marijuana. Et la prise de certains types de médicaments (psychotropes, amphétamines) s’était aussi répandue. C’est tout naturellement que son doctorat va porter sur ces substances psychoactives et psychostimulantes. Il fait le lien entre la prise de certaines substances et la pression psychologique (le stress) inhérente à chacun. Le stress est un élément incontournable de notre vie. Il est très difficile à définir car ses effets varient d’une personne à l’autre.Indispensable à court terme mais dangereux s’il se prolonge. Il peut avoir un effet positif ou négatif. Par exemple, il peut favoriser la mémorisation ou bien au contraire la diminuer. Prendre de l’héroïne ou des amphétamines serait un choix orienté pour affronter son type de stress. Selon Harvey Milkman, les utilisateurs d’héroïne veulent l’atténuer, et ceux des amphétamines veulent au contraire en profiter en le décuplant.

Sous la houlette du National Institute of Drug Abuse,  après sa thèse, Harvey Milkman rejoint un groupe de chercheurs censé répondre aux questions suivantes:

-Pourquoi certaines personnes commencent-elles à se droguer?

-Pourquoi continuent-elles ?

-Où se situe leur seuil de tolérance ?

-Peuvent-elles arrêter ?

-Et à quel moment, en reprennent-elles?

Toutes ces interrogations s’appliquent aux collégiens. La chimie du cerveau joue un rôle prépondérant  L’immaturité du cerveau adolescent et en particulier du cortex préfrontal (visible sur IRM) explique en partie l’instabilité du comportement, et leur goût du risque engendrant des comportements à risque. Leur cerveau est sous l’influence des hormones liées à la puberté. Cette grande production d’hormones dans leur cerveau influence directement la production de sérotonine. Dépendants de la chimie de leur cerveau, les adolescents peuvent obtenir cet effet dans le cerveau en volant des radios ou des voitures ou par des substances psychostimulantes. L’alcool modifie la chimie du cerveau d’abord par un effet sédatif qui désinhibe (à doses limitées) et réduire l’anxiété. Harvey Milkman pense que les « gens peuvent devenir dépendants de l’alcool, des voitures, de l’argent, du sexe, de la nourriture trop riche, de la cocaïne-bref, à n’importe quoi. L’idée de dépendance comportementale est devenue notre marque de fabrique»

À partir de cette constatation comportementaliste, l’idée de mettre en place un programme social autour de personnes qui veulent modifier leur psyché sans les effets délétères des drogues a germé.

En 1992, Harvey Milkman et son équipe de Denver ont obtenu une subvention qui offrait aux adolescents des solutions alternatives aux drogues et à la criminalité. Leur programme s’adressait aux enfants à partir de 14 ans qui se droguaient ou qui étaient tombés dans la petite délinquance. Mais on leur a présenté ce programme innovant d’une autre manière que celle des autres programmes qui avaient échoué. L’esprit de ce programme est contenue dans ces propos: « nous ne leur avons pas dit, vous venez pour un traitement. Nous leur avons dit que nous allions leur enseigner tout ce qu’ils voulaient apprendre: la musique, la danse, le hip hop, l’art, les arts martiaux.»

L’idée part du principe que ces différentes activités peuvent modifier la chimie de leur cerveau et leur donner ce dont ils avaient besoin pour mieux être armés dans leur vie. Réduire leur anxiété et leur donner confiance en eux. Ces jeunes recrues ont alors acquis une formation suivant les principes de la psychologie humaniste et positive: l’amélioration de leurs pensées, estime de soi et interactions sociales de qualité. Plus qu’une une simple prévention, c’est le développement des compétences personnelles pour maîtriser sa vie, et ainsi agir sur la tentation de se droguer. Le programme était prévu pour une durée de trois mois, et certains jeunes y sont restés cinq ans.

En 1991, Milkman est invité en Islande pour parler de ce travail, de ses découvertes et de ses idées. Il est alors devenu consultant pour le premier centre résidentiel de traitement de la toxicomanie pour adolescents en Islande, dans la ville de Tindar. « L’idée est qu’il fallait occuper les enfants par des activités constructives qui leur plaisent, et donner aux enfants de meilleures choses à faire», explique-t-il.

Des enquêtes ont été effectuées en Islande pour analyser les comportements de ceux qui consommaient de l’alcool et des drogues avec ceux qui n’en prenaient pas. Les différences sont sans appel. Quelques facteurs ont émergé comme fortement protecteurs: la participation à des activités organisées – en particulier le sport – trois ou quatre fois par semaine, le temps total passé avec les parents pendant la semaine, l’école, et pas de sortie le soir. Les études ont montré qu’il fallait créer des conditions dans lesquelles les enfants peuvent mener une vie saine, et s’épanouir. Les méthodes sont simples pour modifier positivement la chimie de leur cerveau. À partir de cette enquête et de la recherche de Harvey Milkman, un nouveau plan national de lutte a été progressivement introduit. D’abords, les lois ont été modifiées. Il est devenu illégal d’acheter du tabac avant l’âge de 18 ans et de 20 pour l’alcool. La publicité sur le tabac et l’alcool a été interdite. Les liens entre les parents et l’école ont été renforcés par des organisations parentales qui, par la loi, devaient exister au sein de chaque école avec des représentants des parents. On a encouragé les parents à participer à des réunions de groupe sur l’importance d’accorder du temps à leurs enfants plutôt que sur un « temps de qualité» occasionnel, sur la façon de parler à leurs enfants de la vie, de surveiller leurs fréquentations et de leur interdire de sortir le soir.

 

Une loi,  qui est toujours en vigueur aujourd’hui, a été adoptée. Elle  interdit aux enfants âgés entre 13 et 16 ans d’être dehors après 22 heures en hiver et minuit en été. Les parents signent une charte rédigée par le Home and School (l’organisme national de coordination des organisations parentales), dont le contenu varie selon le groupe d’âge. Ainsi, les enfants âgés de 13 ans et plus, les parents peuvent s’engager à respecter toutes les recommandations et, par exemple, ne pas permettre à leurs enfants d’avoir des fêtes en leur absence, ne pas acheter d’alcool et de veiller à leur bien-être. Ceci afin de restaurer l’autorité parentale à la maison. Aucun autre pays n’a apporté autant de résultats significatifs que l’Islande. Le programme  de prévention primaire de lutte contre la toxicomanie et les addictions mis en place en Islande repose sur le pragmatisme et le bon sens, et les résultats obtenus prouvent que ça marche.

Notes:
Les jeunes Suédois en âge scolaire sont peu nombreux à en avoir consommé au cours de leur vie : 5% pour les filles et 7% chez les garçons alors qu’en France, on a 26% chez les filles et 30% chez les garçons.
Toujours d’après le rapport, après le cannabis, le psychostimulant les plus consommé est la  cocaïne, surtout dans les pays de l’ouest et du sud. On estime à environ 2,4 millions le nombre des jeunes adultes de 15 à 34 ans (1,9 % de cette tranche d’âge) ayant consommé de la cocaïne au cours des 12 derniers mois. «Bon nombre de personnes  qui consomment de la cocaïne le font à titre récréatif, en particulier le week-end ou pendant leurs vacances.