LA RÉSIGNATION ACQUISE N’EST PAS UNE FATALITÉ!

La théorie de l’impuissance apprise constitue une référence classique de la dépression, et elle est utilisée dans les essais thérapeutiques des antidépresseurs.

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Connaissez-vous la théorie de l’impuissance apprise (learned helplessness) qui décrit la situation d’un sujet vivant une situation douloureuse, et qui n’arrive pas à s’en sortir?Lorsque cette situation se répète, il intériorise ce sentiment d’impuissance au point de se résigner alors qu’il a toutes les ressources en lui pour rebondir.

Le concept d’impuissance apprise a été proposé, en 1975, par Martin Seligman, professeur de psychologie expérimentale sous le terme de théorie de l’impuissance apprise. «Au coeur du phénomène du pessimisme s’en trouve un autre: celui de l’impuissance.» (Seligman). Cette théorie a ensuite été reformulée avec l’aide d’Abraham et de Teasdale, en 1978 sous le terme « d’attribution et impuissance apprise ». Et en 1989, Metalsky et Allay ont révisé et complété ce concept sous le terme de «Théorie du manque d’espoir ou de désespoir.»

Quel que soit le nom qui lui est donnée, au fil du temps comme impuissance, théorie du manque d’espoir ou du désespoir, ce qu’il faut retenir c’est que cet état mental négatif fait accepter sa condition comme une fatalité, paralyse toute stratégie d’action, et est immuable. Il a un impact cognitif sur le comportement présent, sape le comportement futur et détruit la confiance en soi. Seligman le décrit ainsi: «on peut définir l’impuissance acquise comme une réaction d’abandon où l’on jette l’éponge parce que l’on a la conviction que rien de ce que ‘on fait n’aura un quelconque résultat.»

La théorie de Martin Seligman s’inscrit dans le paradigme suivant de la psychologie: le conditionnement opérant (ou instrumental). Seligman a élaboré sa théorie à partir d’expériences réalisées sur les chiens soumis à des choc électriques), et il en a conclu l’idée générale que la conduite humaine (et animale)  est conditionnée par les conséquences qu’un individu anticipe à partir de son comportement suite à ses expériences. La récompense attendue serait la base de toute motivation. Il est donc possible de favoriser des comportements induits par renforcement ou à l’inverse, de provoquer des comportements d’évitement par punition.

La résignation acquise, c’est une modification comportementale induite par l’exposition à des chocs incontrôlables. Des évènements déplaisants. Cette exposition à l’incontrôlabilité provoque chez certaines personnes des baisses de performance, une incapacité à trouver la solution pour régler le problème posé. Au niveau motivationnel, c’est un ralentissement à inciter une réponse, à l’action. Cette « résignation acquise » va provoquer un déficit cognitif qui rend encore plus difficile d’apprendre que les événements dépendent de moyens mis en oeuvre pour agir et un déficit motivationnel entravant la possibilité de réponses volontaires. Elle entraîne également un déficit émotionnel sur le versant dépressif.Seligman soutient que l’impuissance apprise joue un rôle central dans la dépression. Toutefois, ce n’est pas parce qu’on va vivre des évènements aversifs que la résignation effective est automatique. Seligman a observé avec ses collègues que certaines personnes ont la faculté de s’ajuster activement et positivement face à un échec ou à une déception alors que d’autres sont déprimées et se sentent impuissantes. S’adapter du mieux possible aux événements déplaisants et incontrôlables est ce qu’on appelle la résilience, également mise en lumière par Seligman. Tout dépend du style d’attribution, c’est à dire la façon dont les personnes trouvent un sens à un évènement négatif, et cela va influencer leur avenir, la dépression, etc.

Le style d’attribution se scinde (succinctement) en deux groupes: le style dépressif et le style défensif. Les personnes du style défensif peuvent  induire trop d’illusions positives sur soi face aux évènements incontrôlables, et cet excès peut être négatif. Par contre, elles ont tendance à vivre insouciantes et présentent peu de risques d’avoir des troubles de la psyché comme la dépression et l’anxiété. Elles courent aussi le risque d’être moins adaptées socialement. Malgré cela, ce sont les personnes du style dépressif qui payent le plus lourd tribu en étant plus souvent malades et en mourant plus jeunes (selon certaines études).

Il faut prendre en compte une dimension interculturelle dans les styles d’attribution. Les systèmes de croyances culturelles offrent aux personnes plusieurs interprétations de l’expérience qui influencent leur réactions face à des évènements déplaisants. Par exemple, aux États-Unis, les personnes croyant en Dieu ont tendance à avoir des styles d’attribution plus défensifs que les non croyants. Lors de la chute du mur de Berlin, les Allemands de l’ex RDA étaient plus du style dépressif que les Allemands de l’Ouest. Les différences de régime politique des deux « Allemagnes » ont fortement influencé l’émergence du style d’attribution dans l’une et l’autre.

Dans le langage courant, l’impuissance apprise se traduit par des paroles et un dialogue intérieur autodépréciatif comme « je ne vais pas y arriver », je ne suis pas fait pour cela », « je suis trop vieux pour faire du sport », je n’ai plus vingt ans, alors je ne peux plus déménager », « je suis trop stupide pour réussir cet examen ». Les situations dans la vie courante sont nombreuses, et il nous arrive de les vivre tous…

La psychologue Charisse Nixon a réussi à induire la résignation dans un groupe d’élèves en leur proposant des anagrammes dont les deux premiers étaient impossibles à résoudre. Le groupe va évidemment échouer à résoudre ces énigmes. Son vécu, au delà de la frustration induite lors des deux premières tâches, va conditionner son comportement ultérieur, et les élèves n’arriveront pas à résoudre le troisième anagramme pourtant réalisable. L’attitude des personnes est résignée même dans des situations où elles auraient pu s’en sortir.

Une recherche d’emploi peut se solder par des échecs systématiques, et à terme éteindre toute forme de combativité. D’un point de vue clinique, il est fréquent de trouver chez un demandeur d’emploi ce sentiment d’impuissance apprise. Au départ, il est motivé et à plein d’espoir, au fil du temps, il va réaliser que les efforts engagés ne portent pas leurs fruits, et la résignation acquise va s’installer. Et de fil en aiguille, sa santé mentale va se dégrader.

La théorie du désespoir peut également contribuer à affaiblir la santé physique suite à la mauvaise image qu’ont les personnes d’elles-même. Cette santé chancelante peut inclure une mauvaise alimentation, une absence d’exercice physique et de traitements médicaux car ils sont persuadés qu’ils ne peuvent rien changer, et que c’est comme ça, un point c’est tout. Le système immunitaire peut-être même affaibli.

Seligman a tenté de transférer son modèle théorique à la pratique thérapeutique auprès de populations d’enfants dépressifs et de jeunes diabétiques. La théorie de l’impuissance apprise constitue une référence classique de la dépression et est utilisée dans les essais thérapeutiques des antidépresseurs.

Mais il est possible de casser le cercle vicieux de l’impuissance acquise en suivant une psychothérapie, d’inspiration TCC (Thérapie comportementale et Cognitive); ce qui n’exclut pas une approche psychanalytique si chère à la France. Martin E.P Seligman est l’un des fondateurs de la psychologie positive qui permet aux personnes d’être performantes ou d’être optimistes. D’augmenter ses émotions positives. Seligman considère que la psychologie s’est uniquement centrée sur la maladie mentale et a négligé le fonctionnement optimal, le sens et le bonheur. D’où cette nouvelle façon de voir pour  casser le noeud gordien de « l’impuissance acquise »!

La psychologie positive est «l’étude des conditions et processus qui contribuent à l’épanouissement ou au fonctionnement optimal de gens et des groupes. Il y a trois niveaux d’étude: personnel, interpersonnel et social. Il ne s’agit pas de renier les connaissances acquises sur les souffrances de la psyché, et les moyens d’y remédier. Il est important de cerner avec rigueur les troubles mentaux, mais il faut aussi mettre l’accent sur l’épanouissement humain et le favoriser.

Martin H.P Seligman est l’auteur de plusieurs livres dont la « Force de l’optimisme », « La Fabrique du bonheur », Vivre la psychologie positive ,Comment être heureux au quotidien
«L’émotion positive est plus qu’une sensation agréable: c’est le signal de la croissance, de l’accumulation du capital psychologique.» (Pour un nouvel art du bonheur et du bien-être)

Sources:

L’OUBLI DES SOUVENIRS INFANTILES

Vous souvenez-vous de vos premiers pas ? De vos premiers jouets ? De votre arrivée à la crèche ? Certainement pas. (Guillaume Jacquemont)

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©Vivian Maieur

 

Pourquoi oublie-t-on ses souvenirs d’enfance? Une série d’expériences sur des rongeurs suggère que dans la petite enfance, la formation de neurones efface les souvenirs. De nouveaux neurones viennent tous les jours s’intégrer dans les circuits du gyrus denté de l’hippocampe. Ils favorisent la formation de nouveaux souvenirs, mais également l’oubli des anciens en perturbant les réseaux de connexion préexistante. Pendant l’enfance, où cette formation est particulièrement importante, l’oubli est plus prononcé.

Pour en savoir plus, voici la retranscription intégrale d’un article de Guillaume Jacquemont, Pourquoi oublie-t-on ses souvenirs d’enfance?  ©NBT

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« Vous souvenez-vous de vos premiers pas ? De vos premiers jouets ? De votre arrivée à la crèche ? Certainement pas. Comme de nombreuses espèces, l’homme oublie la plupart de ses souvenirs infantiles. Katherine Akers et ses collègues de l’Hôpital pour les enfants malades, à Toronto, ont montré, chez les rongeurs, que cela résulte en partie de la formation importante de nouveaux neurones (ou neurogenèse) pendant l’enfance.

Le stockage des souvenirs s’effectue dans plusieurs aires cérébrales, en particulier dans l’hippocampe. Avec le bulbe olfactif, c’est aussi l’une des deux principales zones où de nouveaux neurones se forment à l’âge adulte – bien qu’en quantité moindre que dans l’enfance.

La mémorisation renforce certaines connexions (ou synapses) entre neurones et en affaiblit d’autres. Ainsi, dans le cerveau, un souvenir est codé par une configuration particulière de modifications de synapses. Dès lors, la formation de nouveaux neurones, qui établissent des connexions avec les anciens, pourrait être à double tranchant. D’un côté, elle participerait à la mise en place de nouveaux réseaux lors de la mémorisation – et des expériences ont montré que la neurogenèse adulte favorise l’enregistrement de souvenirs voisins (deux endroits ressemblants, par exemple, ne sont pas fondus en un seul souvenir mais ils sont stockés tous les deux et discriminés par la suite). D’un autre côté, elle perturberait les réseaux neuronaux existants – et des simulations sur ordinateur suggèrent qu’elle effacerait ainsi certains souvenirs.

C’est cette dernière hypothèse qu’ont testée les neurobiologistes à travers une série d’expériences. Ils ont d’abord fait mémoriser une réaction de peur à des souriceaux et des souris adultes : les animaux étaient placés dans une enceinte et un léger choc électrique à la patte leur était systématiquement administré en présence d’un certain décor. Quand on les replaçait dans ce décor par la suite, ils se figeaient, comme tétanisés, au lieu d’explorer l’enceinte.

La durée pendant laquelle les souris ont gardé la mémoire de cette peur a été analysée en les confrontant à l’environnement effrayant de 1 à 28 jours après l’apprentissage. Les souris adultes manifestaient toujours autant de réaction de peur au bout de 28 jours, tandis que les souriceaux, chez qui la neurogenèse est bien plus importante, en montraient vite beaucoup moins : ils oubliaient plus rapidement le conditionnement.

Peut-on alors accélérer l’oubli en stimulant la neurogenèse dans l’hippocampe ? Pour le déterminer, les neurobiologistes ont appris une réaction de peur conditionnée à des souris adultes, puis leur ont fait pratiquer diverses activités favorisant la formation de nouveaux neurones, telles que l’exercice physique (de la course dans une roue). Et en effet, quand elles étaient confrontées au contexte « effrayant » par la suite, ces souris manifestaient moins de peur que leurs congénères qui n’avaient pas couru.

À l’inverse, peut-on fixer les souvenirs infantiles en ralentissant la neurogenèse? C’est ce qu’ont ensuite examiné les chercheurs. Ils ont conditionné des souriceaux à avoir peur d’un certain contexte, puis ils ont diminué le taux de formation de nouveaux neurones chez une partie d’entre eux en leur administrant diverses substances pharmacologiques. Les souriceaux à la neurogenèse ralentie se souvenaient plus de leur peur que leurs congénères non traités.

Les chercheurs ont répété ce conditionnement chez des cochons d’inde et des dègues du Chili (un autre petit rongeur) âgés de quelques jours. Ces espèces ayant une longue gestation, leur cerveau est mature à la naissance et leur neurogenèse infantile est moins importante que celle des souriceaux. De fait, ils gardent le conditionnement en mémoire, tandis que les souriceaux l’oublient. Les neurobiologistes ont ensuite augmenté artificiellement la neurogenèse des cochons d’inde et des dègues du Chili, qui se sont mis à oublier plus vite, puis l’ont diminuée, augmentant ainsi la persistance de leur souvenir.

Selon Alexandra Veyrac, du Centre de Recherche en Neurosciences de Lyon et du Centre de Neurosciences Paris-Sud, cette étude est la première à explorer de façon approfondie le rôle de la neurogenèse infantile. Elle renseigne aussi sur la neurogenèse adulte : celle-ci serait plus limitée car le cerveau doit faire un compromis entre l’apprentissage constant de nouvelles informations (favorisé par la formation de nouveaux neurones), parfois très importantes, et leur mémorisation à long terme (perturbée par les nouveaux neurones).

En outre, pour A. Veyrac, le lien entre neurogenèse et oubli doit encore être approfondi. Ainsi, des expériences chez les rongeurs montrent que l’on se souvient toute sa vie d’odeurs apprises dès le plus jeune âge, en particulier celles associées à la mère, alors que le bulbe olfactif (qui intervient dans la mémorisation des odeurs) est aussi le siège d’une neurogenèse après la naissance. Cette persistance des souvenirs olfactifs est-elle due à une neurogenèse moins intense dans le bulbe olfactif que dans l’hippocampe ? Au fait que les nouveaux neurones s’y intègrent différemment dans les réseaux, qu’ils perturbent moins ? À d’autres raisons ? Cela reste à déterminer.»

 

 

COMPLIANCE: POUVOIR, MANIPULATION, OBÉISSANCE

Ce film est basé sur un fait réel qui s’est passé aux États-Unis. Entre 1992 et 2004, un homme va appeler plus de soixante dix supérettes et fast-foods, et manipuler insidieusement psychologiquement les managers.

 
« Compliance, Pouvoir, Manipulation, Obéissance » est un drame psychologique de Craig Zobel sorti en 2012. Lors d’une journée particulièrement chargée, Sandra, gérante d’un Mc Do dans l’Ohio, reçoit l’appel d’un homme qui se présente comme un policier. Son correspondant accuse Becky, l’une de ses employées, d’avoir volé un client. Sur un ton péremptoire, il lui demande d’isoler Becky dans l’arrière-boutique, et de la surveiller jusqu’à ce qu’il puisse lui-même l’interroger. Pendant plusieurs heures, la gérante et une partie de l’équipe du McDo vont obéir au doigt et à l’oeil à cet homme qu’ils auront en permanence au bout du fil. En fait de policier, il s’agit d’un imposteur. Cet emprunt d’identité, celle d’une figure d’autorité légale va faciliter l’obéissance de ses victimes pour son canular de mauvais goût.

 

Ce film est basé par un fait réel qui s’est passé aux États-Unis. Entre 1992 et 2004, un homme va appeler plus de soixant-dix supérettes et fast-foods, et manipuler insidieusement leurs managers. Le mode opératoire de son canular est bien rôdé! Il demande à parler au responsable, et au cours de la conversation téléphonique, il accuse l’une des employées de vol. Par personne interposée et prétextant qu’il est loin du fast-food, il donne des ordres qu’il présente comme la procédure légale dans le cas d’un vol. Les actes qu’il demande de faire faire sont dégradants, et portent atteinte à la dignité humaine des victimes. L’un de ses appels  induisent un viol. C’est ce tragique fait divers que raconte, dans son intégralité, le réalisateur Craig Zobel. Ce film montre un huis-clos prenant où la gérante avec l’aide d’employés fidèles, et la victime du viol tombent dans une dynamique de groupe glauque orchestrée par le mystificateur.

Dans le film, les employés du fast-food auront deux types de réactions qui vont isoler la gérante. D’abord, il y a ceux qui ne veulent pas être mêlés à une affaire policière, et qui sont indifférents au sort de Becky. Ils sont là pour gagner leur croûte et servir les clients. Et les autres dévoués à Sandra, leur manager, qui la suivront aveuglément, sans se douter qu’elle-même applique à la lettre les instructions du faux policier. Sandra impose une série d’humiliations à Becky. Elle reste de marbre face à sa détresse car elle est encouragée au bout du fil par son interlocuteur. Elle fera fi de la pudeur de la jeune femme en lui faisant subir une fouille au corps complète,  en lui ordonnant de se dévêtir et de rester nue pour ne pas qu’elle cache l’argent volé sur elle. Pendant ce temps là, c’est le coup de feu au Mc Do, et  les clients affluent; il  doit tourner coûte que coûte, sans états d’âme des employés. En tant que manager, Sandra est obligée de s’absenter souvent de la pièce où est enfermée Becky. Cette affaire de vol est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Avant l’appel du plaisantin, Sandra et son équipe étaient déjà stressés. Un livreur les avait tancés car une partie des denrées étaient gâchées à cause de la porte du frigo restée ouverte une partie de la nuit. Débordée, Sandra charge alors un employé masculin de surveiller la voleuse. Pendant son absence, malheureusement, l’employé va profiter de la vulnérabilité de violer Becky  qui était nue et terrorisée.

Ce fait divers glauque ramène à la fameuse expérience du psychosociologue Milgram  à la soumission à l’autorité. Dans les années 60, des cobayes humains acceptent, sur commande d’une figure d’autorité,  d’infliger des chocs élecriques à autrui malgré leurs leurs supplications et cris de douleurs simulés car il n’y avait pas de courant électrique;  ce que les volontaire ignoraient. Dans le fastfood, personne ne reçoit de courant électrique mais Sandra et ses employés sont soumis un stress intense: l’activité commerciale impérative, le scandale d’un vol qui les pousse à faire confiance à un inconnu, investi d’un statut d’autorité légale (du moins, le pensent-ils!). Outre la référence à la soumission à l’autorité de Milgram, il y a dans ce sordide fait divers la sujétion à l’autorité, la manipulation et l’abus de faiblesse décrits par Marie-France Hirigoyen dans son livre Abus de faiblesse et autres manipulations.

Ce qui s’est passé dans ce Mc Do peut-il arriver à n’importe lequel d’entre nous? Gardons-nous toujours notre libre arbitre face à une figure d’autorité? Ou encore, savons nous prendre de la distance pour résister à la manipulation de personnes avec lesquelles nous avons noué des liens affectifs ?

Et le manipulateur dans tout ça? Il table sur la bêtise de sa victime (c’est ce qu’il pense); il sait maîtriser ses émotions et joue sur le registre de la séduction et de l’assurance. Sa voix a toujours été ferme comme celle que l’on peut attendre d’un représentant de l’ordre. Il est machiavélique et dénué d’empathie. Nous avons du mal à accepter qu’il y ait des gens toxiques qui nuisent délibérément à autrui et qui affectent notre innocence ; celle qui fait que l’on n’est pas sur la défensive dans nos relations.

La soumission à l’autorité concerne chacun de nous, à des degrés divers, et dans toutes les sphères de la vie. Il est évident que le faux policier savait que le choix de ce statut induirait la soumission de ses victimes. Dans ce Mac Do, c’est le téléphone qui sert de vecteur à l’escroc pour jouer au « gendarme et au voleur ». Le monde du virtuel et ses modes de communication sont susceptibles de faire partie de la boîte à outils du parfait manipulateur. Les escroqueries de toute sortes (financières et morales) se déclinent à volonté dans le virtuel. On peut imaginer n’importe quel mauvais coup pour manipuler l’autre par SMS, les réseaux sociaux, les  webcams et le net. Et c’est souvent bien ficelé et indétectable au premier coup d’oeil…

Notes:

Compliance est un mot que l’on n’a pas l’habitude d’entendre ou d’écrire. Il est issu de l’anglais. En français, on l’emploie en pharmacothérapie. Il désigne le respect par les patients des prescriptions de son médecin. L’un de ses synonymes est observance. Il signifie aussi abandon et abdication. Et c’est ce qui colle parfaitement au comportement de Sandra et de ses employés qui vont suivre les injonctions déguisées de l’imposteur. Au fil du film, le spectateur a de la peine à croire à la véracité de ce fait divers. 

LE RECUL ACTUEL DU QUOTIENT INTELLECTUEL EST-IL INQUIÉTANT?

Cette baisse du QI a été constatée par les résultats d’une recherche menée par Edward Dutton et Richard Flynn, professeur émérite en sciences politiques à l’université d’Otago à Dunegin.

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©René Magritte
 
Le Quotient intellectuel (QI) des Français est en chute libre ou bien encore l’inquiétant recul du Quotient intellectuel, tels sont les titres alarmistes de la presse grand public.
En France, le QI aurait baissé de 4 points entre 1990 et 2009, et atteint aujourd’hui 98 alors qu’en 1999, il était de 101,1. Cette chute ne concerne pas que la France, elle est globale. Elle toucherait aussi la Norvège, le Danemark et le Royaume Uni. Taux estimé de décroissance: 1 point vers le bas par génération. Cette baisse du QI a été constatée  par les résultats d’une recherche menée par Edward Dutton et Richard Flynn, professeur émérite en sciences politiques à l’université d’Otago à Dunegin (Nouvelle Zélande).

Inquiétant, n’est ce pas? Allons nous indéfiniment perdre des points de QI dans les prochaines décennies?

Pour comprendre ce qu’il en est, quelques généralités sur le QI. Le quotient intellectuel (QI) est le résultat d’un test psychométrique censé fournir une indication quantitative standardisée de l’intelligence humaine. Un test de QI ne mesure que l’intelligence de base ou l’intelligence innée.

L’observation de cette baisse du QI est à corréler avec l’effet Flynn (EF), du chercheur du même nom. Le terme fut inventé par Richard Hermstein et Charles Murray (auteurs de Bell Curve). L’effet Flynn désigne une découverte à propos des résultats des tests de QI et partant du postulat qu’ils s’améliorent de génération en génération. L’effet Flynn a été conçu pour évoquer l’augmentation de la moyenne du QI de 3 à 5 points environ tous les 10 ans. L’EF n’est qu’une tendance.  Il revient à dire que la somme des résultats des tests d’une population donnée est toujours inférieure à la somme des résultats individuels. Suivant les dernières observations, ce serait maintenant l’inverse.

Peut-on affirmer que l’effet Flynn a atteint sa limite?
Si son existence est largement reconnue, sa signification et son explication font l’objet de débat. Et pour cette raison, la baisse alarmiste du QI général est à pondérer en fonction des outils méthodologiques.

Mais que capture vraiment l’effet Flynn? Comment définir l’intelligence? Existent-ils d’autres évaluations de l’intelligence autres que celle du QI qui permettraient d’être plus optimistes sur cette baisse générale du QI?

L’intelligence est incontestablement au sommet du modèle hiérarchique des capacités cognitives qui comprend un niveau moyen de facteurs de groupe tels que les domaines cognitifs, des aptitudes verbales, spatiales et de la mémoire. Le noyau de l’intelligence est cette capacité à raisonner, à planifier, à résoudre des problèmes, à appréhender des idées complexes, à apprendre rapidement et être capable de tirer les leçons de l’expérience. Les tests les plus connus servant à mesurer le QI que l’on retrouve dans les études scientifiques sont le WAIS et le WAIS-R de Weschler, le WISC, le Stanford-Binet, la NEMI, le Culture Fair Intelligence (Catell). A l’intérieur de ces tests, i y a des sous-tests qui affinent le type d’intelligence.

La plupart des tests de QI sont fortement associés à l’intelligence fluide suggérant moins une augmentation de l’intelligence cristallisée. L’intelligence fluide et l’intelligence cristallisée (respectivement Gf et Gc) sont des facteurs de l‘intelligence initialement identifiées en 1941 par Raymond Catell repris et développés par John L-Horn pour la théorie Gf-Gc qui en découle. Celle-ci met en évidence un modèle hiérarchique de l’intelligence englobant la mémoire à long terme (Glr), la mémoire à court terme (Gsm) ou encore la vitesse de traitement (Gs).

Là où ça devient complexe, c’est quand on se penche sur les causes de l’intelligence. Force est de constater que la science s’aligne sur des valeurs ou une idéologie en vogue à un moment donné. Alors là, tout est permis, le pire comme le meilleur! Certaines interprétations peuvent s’avérer tendancieuses si elles servent une idéologie douteuse.

Génétique et QI :
Certaines études font le lien entre sélection génétique et le niveau d’intelligence. L’anthropologue Sir Francis Galton, en 1869, fut le premier à affirmer que le génie était héréditaire, et il apparait comme le fondateur de la psychologie différentielle.

Dans les tests de QI, on part du principe que, la part de l’héritabilité de l’intelligence augmente d’environ 20% dans la petite enfance et (peut-être) à 80% à l’âge adulte. Aucun trait n’est hérité à 100 pour cent, d’où l’importance des influences génétiques et environnementales conduisant à l’interaction entre les gènes et l’environnement. C’est l’épigénétique.

En 1955, le psychologue de l’éducation, Cyril Burt publie sa première enquête sur le sujet de l’héritabilité du QI en s’appuyant sur l’observation de vrais jumeaux, selon les lois classiques de Mendel. Ce psychologue exercera une influence considérable au ministère de l’éducation en Grande Bretagne. On basera les admissions dans les classes supérieures sur des tests de QI, et ce dès l’âge de 11 ans. Son étude sur l’héritabilité du QI se révèlera biaisée, mais pendant des années, elle servira à justifier la réussite socio-économique par classe sociale en Angleterre. Il faudra attendre sa mort en 1971 pour que les biais méthodologiques de ses études soient dénoncés. La recherche de Cyril Burt était mal conduite. On parlera de fraude scientifique et on traitera d’imposteur mais à l’époque, la psychologie était une discipline balbutiante, moins scientifique qu’aujourd’hui avec ses nouveaux outils d’investigation scientifique et les neurosciences.

L’observatoire de zététique cite ces psychologues qui pensent que le QI est à la fois déterminé par des facteurs sociaux et génétiques. L’idée est la suivante  (grosso modo): 50% de facteurs génétiques, 50% de facteurs sociaux. En fonction de cela, les inégalités dans la réussite scolaire et professionnelle entre groupes ethniques s’expliquent par le fait qu’ils n’ont pas évolué dans le même environnement. Les tenants de cette posture sont Richard Lyn, Jensen, Philippe Rushton, Hermstein et Murray (The Bell curve). Précisons  que les études scientifiques anglo-saxonnes entre groupes ethniques font partie de la méthodologie admise dans la recherche, et elles  ne  déclenchent pas un tollé comme en France. Force est de constater que dans la vulgarisation scientifique,  c’est la porte ouverte aux dérives interprétatives.

Dans le volume 53 de la Revue Intelligence, se trouve un article de Dutton et Lynne de 2015 qui traite des des causes biologiques (en relation avec l’effet Jansen) liées l’immigration, incriminées dans la baisse du QI des Français entre 1999 et 2008. Tout esprit curieux est libre d’aller consulter les articles de Jansen, et d’en tirer les conclusions qu’il souhaite. En prenant garde que la méthodologie et les résultats d’une recherche n’ont pas la même connotation interprétative pour un scientifique que pour un néophyte. Si l’on accepte uniquement le mécanisme de l’héritabilité du QI, ce serait admettre le peu d’effets de l’environnement. Les gènes ont besoin d’un environnement approprié pour s’exprimer. Aujourd’hui, on sait que les différences entre groupes (notamment ethniques), ne sont pas. uniquement d’ordre génétique ou biologique, mais peuvent être culturels.

Dans les années 90, Robert Plomin du King’s College a essayé d’identifier les gènes propres à l’intelligence. Le séquençage du génome humain s’avérait prometteur mais l’utilisation des techniques d’ADN s’est avérée bien plus complexe que prévu. Les études d’association pangémonique (en anglais : genome-wide association studies ou GWAS) furent utilisées pour déterminer les facteurs génétiques responsables des facultés cognitives. Et ainsi on pensait trouver le gène de l’intelligence. Au départ, les GWAS avaient été conçues pour identifier les facteurs de risque associés à la vulnérabilité aux maladies. Les chercheurs, sans trouver un gène spécifique à  l’intelligence, ont démontré que l’intelligence est influencée par de nombreux gènes.  Bref, aucune localisation du QI dans le cerveau.

En 2007, A.Mingroni, avance une autre explication sur l’arrêt de l’effet Flynn en lien avec l’épigénétique. Il fait le parallèle avec la vigueur des hybrides, connue sous le nom de hétérosis, terme utilisé dans l’élevage. A.Mingroni conjugue le rôle du génotype et celui de l’environnement. Des caractéristiques individuelles ont évolué au cours du temps comme la taille, le volume du cerveau, la myopie, l’hyperactivité et d’autres facteurs qui entrainent la recherche et la valorisation d’autres qualités intellectuelles et de formes différentes d’intelligence difficilement quantifiables par le QI.

L’évolution du QI au cours du temps :

Les causes les plus vulgarisées de la baisse du QI sont le déclin de l’éducation, la possibilité que les gens les plus intelligents fassent moins d’enfants ou encore l’accélération de nos modes de vie.

En mai 2013, la revue Intelligence affirme que les hommes étaient plus intelligents à l’époque victorienne qu’aujourd’hui. À la fin du XIX siècle, avec l’explosion de l’innovation technologique le génie humain aurait décliné. En 1889, le temps de réaction moyen  (Gs) d’un homme était de 183 millisecondes alors qu’il serait de 253 millisecondes en 2004. La baisse du QI serait de 1,23 point par génération, soit 14 points.

Que se cache derrière cette affirmation ? Juste quelques pistes de réflexion.
James Flynn reconnaît que les tests de QI ne sont pas de bonnes mesures psychologiques. Selon lui, si l’on fait l’hypothèse que l’intelligence générale a progressé sur 60 ans, on devrait alors voir davantage les compétences progresser. Ors, il faut prendre en compte les biais culturels car les priorités ont changé. Les jeunes obtiennent de très bons scores dans certains sous-tests, ce qui leur procure un bon QI. Ce qui ne veut pas dire que leur intelligence générale a progressé par à rapport à celle de leurs parents ou grands-parents. L’importance croissante des sciences a généré de grands bouleversements. Selon Flynn, « elle a libéré la logique du concret, nous permettant de travailler sur des abstractions sans références concrètes.» Nos aïeux n’étaient pas moins intelligents mais leur intelligence était ancrée dans la vie quotidienne. C’était un autre mode de vie qui entraînait un autre fonctionnement cognitif, et sur lequel il nous serait difficile de revenir. Il n’y a aucune nostalgie à avoir, c’est une sélection darwinienne propre à la psychologie évolutionniste.

 

Restons optimistes pour l’avenir. Tout ne tourne pas autour du QI et de l’EF. Il y a aujourd’hui  une prise en compte des émotions dans la préhension de la psychologie de l’individu et de son intelligence. Avec le Quotient Émotionnel notamment!

Ce sont les chercheurs Mayer et Salovery  qui ont initié le travail autour de l’intelligence émotionnelle. Popularisé par Goleman, le concept d’intelligence émotionnelle va devenir une piste prometteuse pour de nombreux chercheurs et pour la psychologie. Jusque là, on estimait que le Q.I était le garant d’une réussite sociale pour celui qui avait explosé les scores des échelles métriques de QI.

L’intelligence émotionnelle attire de nombreuses critiques de la part des spécialistes. Le QE est un ensemble de qualités qui n’apparait pas des tests de Q.I comme la motivation, la confiance, l’optimisme ou le bon caractère. On trouve dans la base de données Pubmed des études sur le QE. Comme  le style de parentage relié à l’anxiété de l’enfant dans les soins dentaires. Nous avons besoin du QE pour comprendre les autres et nous adapter aux situations sociales. L’architecture neuronale en identifiant le réseau lié aux aspects sociaux et affectifs (régions frontales et pariétales) ont montré l’existence de l’intelligence émotionnelle; et c’est particulièrement visible chez les personnes atteintes de lésions cérébrales.

Une étude de Aron Barbey, publiée en 2013, dans le journal Social Cognitive Affective Neuroscience portant sur 153 vétérans du Vietnam montre que chez des patients souffrant de lésions cérébrales, il y a une interdépendance de l’intelligence générale et émotionnelle dans le processus de guérison.
Pour Howard Gardner, il y aurait sept intelligences: musicale, corporelle-kinesthésique, spatiale, verbale, logico-mathémtique, introspective, interpersonnelle. À chacune de ces intelligences correspond une zone spécifique du cerveau vérifiable par l’imagerie cérébrale. H.Gardner en a rajouté une huitième relative à l’écologie, mais elle est non vérifiable par IRM.

Il faut aussi tenir compte des compétences adaptatives (communication, autonomie dans la vie quotidienne, socialisation, motricité) évaluées par l’échelle des compétences de Vineland. Par contre, les compétences de l’être humain pour faire face aux difficultés matérielles sont restées stables au cours du XX siècle alors que le QI a progressé.

Quelques  causes biologiques et médicales du déclin du QI.
-Les facteurs influençant le QI sont la naissance prématurée, l’hypothyroïdie,  la trisomie. Un déclin marqué du quotient intellectuel (jusqu’à 8 points entre les deux mesures) a été retrouvé chez ceux qui ont commencé à consommer du cannabis très jeune.
-Chez les enfants ayant un QI bas au dessous de 50, et dont le QI des parents est normal, une analyse des séquences de leur génome montrait des mutations apparues après la naissance et dénommées « De novo ». Elles sont retrouvées dans 50% des cas et concernent 11 gènes connus comme étant liés aux facultés intellectuelles. Donc contrairement aux hypothèses antérieures, la baisse du QI des enfants ne le serait pas à cause de facteurs génétiques, mais adviendrait après la naissance par les mutations chromosomiques Dé Novo. Certains ont mis en avance le rôle capital de l’âge du père sur le risque de survenue de ces dites mutations.
-On sait déjà depuis plusieurs décennies que certaines substances toxiques comme le plomb affectent le développement du cerveau chez l’enfant, ce qui entraîne une baisse du QI, des changements comportementaux (réduction de la faculté de concentration et hausse des comportements antisociaux, par exemple) et une baisse des résultats scolaires.

Et sur la mouvance écologique, la thèse très controversée des perturbateurs endocriniens. Selon l’endocrinologue Barbara Demainex, les perturbateurs endocriniens affecteraient le développement du cerveau, favoriseraient les désordres de type autistique ou des troubles de l’attention. Bref, la pollution altèrerait notre intelligence et  notre santé. Ainsi le QI des générations futures baisserait inéluctablement l’on suit cette thèse à la lettre.

Restons optimistes sur la baisse du QI. Si l’on se réfère aux observations du  professeur Cathy Price (University College of London), le QI n’est pas stable au cours de la vie, et rien ne serait joué jusqu’à 20 ans. Cathy Price a mené une recherche en deux temps portant sur 33 adolescents âgés de 12 à 16 ans (moyenne de 14 ans). D’abord en 2004, puis en 2007/2008 lorsqu’ils avaient environ 18 ans. Lorsque le cerveau est stimulé il se développe de nouvelles connexions entre les neurones, permettant une possibilité de gagner ou de perdre 20 points de QI. C’est ce qui s’est produit avec les adolescents observés par Cathy Price. Les différents QI des jeunes ont ainsi varié de 77 à 135 points lors du premier test et de 87 à 143 points au second. Ces résultats ont été visibles sous IRM.

Les zones du cerveau ont montré une relation directe entre leur activité et l’évolution du QI. Celles correspondant à la lecture, la dénomination d’objets ou encore la résolution de problèmes s’activant davantage chez ceux dont le QI a augmenté. C’est ainsi que Patrick Lemaire, professeur en psychologie, spécialiste du développement et du vieillissement  (CNRS & Université de Provence) pense que les adultes et la société doivent porter une attention toute particulière à l’éducation et à l’environnement des jeunes puisque cela influence directement leurs capacités intellectuelles. Dans les populations les plus fragiles, il est indispensable de tout faire pour stimuler les adolescents pour qu’ils maintiennent qu’ils augmentent leur QI. Avoir la possibilité de gagner ou de perdre 20 points, c’est vraiment colossal.»

Si le QI et l’effet Flynn sont amplement utilisés pour « mesurer »  une certaines conception de l’intelligence, il faudrait envisager de s’en détourner pour prédire le devenir des performances scolaires ou professionnelles en s’intéressant aux autres formes d’intelligence. Un bon nombre de mécanismes psychologiques qui permettent à l’homme d’interagir avec son environnement  sont des adaptations, au sens de la théorie de la sélection naturelle. Dans les tests de QI, les potentialités d’apprentissage et de réorganisation fonctionnelle du cerveau, tout au long de la vie sont très importants et préalablement largement sous-estimés.

 

Je remercie le Dr Jean-Marie Lemarchant, Médecin chef honoraire de Service des Hôpitaux Publics qualifié en gastro-entérologie et Endocrinologie nutrition pour la relecture de ce post et ses suggestions.

Notes:

Aux États-Unis, on estime qu’entre 1971 et 2002, les élèves de CM1 et de 4 ème ont Progressé de 4 points de QI. En revanche, en terminale, on n’enregistre aucune progression. Flynn émet des hypothèses. Les enfants ont mobilisé les compétences calculatrices dès leur plus jeune âge mais n’ont fait aucun progrès dans le raisonnement mathématique.
Les neurosciences cognitives ont fait d’énormes progrès dans la compréhension de l’architecture neuronale de l’intelligence humaine en identifiant un réseau largement distribué des régions frontales et pariétales qui soutiennent un comportement intelligent dirigé vers un objectif. On a pu mesurer les contributions de ce réseau aux aspects sociaux et affectifs avec des patients atteints de lésions cérébrales.  Lié à l‘intelligence émotionnel.

Sources:
http://sante.lefigaro.fr/actualite/2012/08/07/18773-maladies-genetiques-risque-augmente-avec-lage-pere
http://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0160289615001221http://www.zetetique.fr/index.php/forum/15-science/22891-qi-facteur-socio-culturel-ou-genetique-https://fr.wikipedia.org/wiki/James_R._Flynn
http://www.who.int/mediacentre/factsheets/fs379/fr/

 

LES FLASHBACKS D’UN VÉTÉRAN DU VIETNAM

L’une des croyances est de penser que les flashbacks sont des souvenirs à part entière. Ce n’est pas toujours le cas. Les personnes souffrant de Stress Post Traumatique peuvent très bien avoir des flashbacks d’évènements qu’ils n’ont pas vécu.

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 Les attentats récurrents qui frappent depuis plusieurs années les pays occidentaux n’ont pas que des conséquences matérielles. Les témoins directs ou indirects de ces scènes peuvent développer des séquelles psychologiques très lourdes, dont l’état de Stress Post Traumatique (ESPT). L’étude I.M.P.A.C.T.S publiée en février 2017 montre que six mois après les attentats qui ont endeuillé la France en janvier 2015, 20 pour cent des personnes touchées par les événements souffraient d’un État de Stress Post-traumatique.

Quelle est l’origine de ce trouble?
En 1889, le neurologue allemand Hermann Oppenheim emploie  le terme de « névrose traumatique » pour décrire les troubles psychiques des accidentés de la construction du chemin de fer. Par la suite, le terme a été élargi aux symptômes psychologiques des soldats sur la ligne de feu durant la première guerre mondiale souffrant du choc des tranchées appelé le choc de l’obus ou syndrome de l’obusite ( shell shock ). Dans ses écrits de guerre et d’après-guerre, Freud va parler de névrose de guerre; plusieurs de ses disciples observent ce trouble comme médecins militaires.

C’est avec la guerre du Vietnam et ses vétérans que la psychiatrie militaire américaine va cerner, dans les années 70, le stress post-traumatique. Il désigne un trouble anxieux sévère qui se manifeste à la suite d’une expérience vécue comme traumatique. Les études sur ce trouble sont d’abord centrées sur les vétérans  du Vietnam où sont mis en évidence les séquelles psychologiques et somatiques causées par les combats.
En 1974, sous l’influence des féministes américaines, les médecins Burgess et Holmstrom, de l’hôpital Boston City View vont décrire les similarités des troubles des vétérans du Vietnam avec ceux des victimes de viol dans le « Rape Trauma Syndrome » (syndrome du viol), faisant connaître les conséquences sur la psyché des violences sexuelles faites aux femmes et aux enfants (inceste, pédophilie) occultées jusqu’alors.

Le Stress Post-Traumatique est introduit dans le DSM III en 1980 et dans le CIM 10, en 1990. Parmi les symptômes ESPT se trouve celui de l’intrusion, élément d’une triade comprenant l’évitement et l’hyperstimulation. Les trois éléments étant interactifs et non cloisonnés. Un symptôme peut être prédominant sur un autre.

Lors de l’intrusion, la personne revit l’événement traumatisant. Il ne s’agit pas que de réminiscences, il y a une incapacité à empêcher les images mentales relatives au trauma d’envahir la psyché et elles tournent en boucle. Des images prégnantes envahissent la psyché, hantent la personne et engendrent une grande souffrance mentale. Ces images récurrentes sont appelées « flashbacks »,  et s’accompagnent la plupart du temps d’angoisses récurrentes. Les cauchemars sont également une autre manifestation de l’intrusion.

L’une des croyances, fortement ancrée, est de penser que les flashbacks sont des souvenirs à part entière, et ce n’est pas toujours le cas. Les personnes souffrant de Stress Post Traumatique peuvent très bien avoir des flashbacks d’évènements qu’ils n’ont jamais vécu.

C’est ce qui s’est arrivé à un vétéran qui a servi dans l’unité d’élite des Marines durant la guerre du Vietnam. Il avait fréquemment été présent sur des scènes de guerre, et il avait été diagnostiqué comme souffrant de Stress Post Traumatique. Dans ses flashbacks, il voyait des combats au corps à corps avec les soldats ennemis et des civils. Des rats écharpaient ses vêtements lorsqu’il était de garde dans son abri de fortune. Lors d’un combat, il avait été blessé à la jambe droite, et depuis il devait marcher avec une béquille .

Huit mois après avoir été pris en charge pour ses troubles, l’ancien Marines va quitter la ville pour emménager à la campagne dans une maison isolée. Ce déménagement va susciter chez lui une nouvelle vague de flashbacks sur le thème de sa jambe blessée. À noter qu’un déménagement est souvent anxiogène, et il est chez certaines personnes source de mal-être voire de dépression.

Lors des flashbacks, l’ancien Marines se voyait sur un champ de bataille où blessé, on était venu le secourir pour le transférer dans un hôpital militaire.
« C’était le chaos, disait-il à ceux qui l’écoutaient, « les corps des  soldats morts étaient sur ceux des soldats blessés qui eux, gémissaient de douleur, et je hurlais à plein poumons ». Il avait l’impression de sentir les odeurs putrides des cadavres en décomposition, l’urine et le sang, à la fois des morts et des vivants. Il décrivit les quatre hommes en blouse blanche de l’équipe soignante venue le secourir et parla de l’haleine alcoolisée du médecin qui l’avait examiné. Il décrivit la trousse d’urgence, grande comme une boîte à ongles, et des chiffons sales faisant office de pansements pour tamponner ses blessures. Lorsqu’il racontait ces scènes, le vétéran était au trente-sixième-dessous. Il disait « cela est-il réellement arrivé? Cela me semble si réel et pourtant, c’est ce que j’ai vécu…»

Pourtant, de nombreux détails clochait sur les circonstances où il s’était blessé la jambe. En fait, il n’avait pas été blessé sur un champ de bataille mais lors du crash d’un hélicoptère. L’ancien Marines était un passionné  d’histoire. Il décrivait avec précision les uniformes des soldats qu’il voyait dans ses flashbacks. C’était ceux de la guerre de sécession: pantalon bleu avec rayure jaune sur le côté, des épaulettes et des boutons dorés. Quant aux armes, il s’agissait des baïonnettes dont étaient équipées les Nordistes. Et au fil du temps, dans d’autres flashbacks, il se voyait blessé par un soldat allemand de l’armée du Kaiser lors de la première guerre mondiale. Inutile de préciser que les références à la guerre de Sécession et à celle de l’armée allemande du Kaiser étaient spatio-temporellement à côté de la plaque avec la guerre du Viet-Nam qui s’est déroulée de 1954 à 1975…

L’histoire de ce Marines montre que les flash-back ne sont pas forcément des souvenirs qui témoignent de la réalité, même si le récit est particulièrement convaincant. Selon les psychiatres Lipinsky J.FJr, et G.H Pope, le diagnostic de stress post-traumatique ne peut reposer uniquement sur les flash-backs décryptés comme des souvenirs de l’événement traumatique, ni servir de preuve unique pour poser un diagnostic de Stress Post Traumatique.

Ce genre de croyances peut conduire à des bévues sur le décryptage des flashbacks relatifs à des abus sexuels durant l’enfance. Ils sont décryptés systématiquement comme de souvenirs réels de l’abus sexuel par des thérapeutes mal formés. L’histoire de ce Marines est répertoriée dans un article scientifique des psychiatres JF jr Lipinsky et G.H Pope. C’est un coup de pied au derrière des praticiens utilisant les Thérapies de la Mémoire Retrouvée »pour récupérer les flash-backs, qui sont, pour eux, des souvenirs fiables sur l’origine du trauma.

Pour G.H.Pope, et J.F Jr, Lipinsky, « …des flash-back de faux événements peuvent se produire en intermittence avec des flash-back d’expériences réelles.» Ce qui n’enlève rien à la réalité des symptômes du Stress Post Traumatique vécus soit par des soldats ou des victimes d’abus sexuels.

L’état de stress post traumatique (ESPT) est un problème de santé publique et une question d’actualité (violences civiles militaires et catastrophes); son retentissement sur la psyché de la victime n’est pas négligeable, notamment sur les altérations mnésiques.

Sources:

Unusual Flashbacks in a Vietnam veteran, référence JF, jr Lipinsky, G.H Pope, do »flashbacks » represent obsessional imagery?, compr psychiatry 1994, 35:245-247
http://fr.wikipedia.org/wiki/Trouble_de_stress_post-traumatique
http://www.u1077.caen.inserm.fr/memoire-et-amnesies/la-memoire-dans-l’etat-de-stress-post-traumatique-etude-multicentrique-en-neuroimagerie-«-stress-et-memoire-emotionnelle-»/

ABUS DE FAIBLESSE ET AUTRES MANIPULATIONS

Il est tout à fait possible de sortir du statut de victime et d’échapper aux manipulateurs. L’efficacité d’une manipulation ne dépend pas de la prédisposition d’une personne mais de l’habileté du manipulateur.

 

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Le livre « Abus de Faiblesse, et autres manipulations » de Marie-France Hirigoyen, publié en 2012, est à lire plutôt deux fois qu’une! L’auteure est psychiatre, psychanalyste et victimologue.

Elle n’en est pas à son premier coup d’essai. Déjà en 1999, Marie-France Hirigoyen avait publié « Le Harcèlement moral, la violence perverse au quotidien, et ses analyses sont à l’origine de la loi sanctionnant le harcèlement moral. Son livre « Abus de Faiblesse et autres manipulations » est un ouvrage majeur sur la manipulation mentale à mettre entre toutes les mains. Nous sommes tous manipulés, tous manipulateurs à des degrés divers. Marie-France Hirigoyen décrypte avec finesse, à l’aide de faits divers, les frontières à ne pas franchir pour aliéner l’autre, le mettre sous sujétion mentale pour pas devenir victime de « personnes de mauvaise compagnie ».

Le postulat de départ est le suivant:  « La manipulation fait partie de la vie, ce qui fait la différence, c’est l’intentionnalité.» À partir de la loi sur l’abus de faiblesse, l’auteur analyse les situations où un individu « profite » d’une personne vulnérable ou trop crédule. Un escroc qui profite de la faiblesse d’une femme pour lui soutirer de l’argent, une dame âgée qui fait d’un jeune protégé son héritier, une épouse abandonnée qui persuade ses enfants que leur père ne les aime pas, un homme riche et puissant qui force une relation sexuelle avec une subordonnée, et tous les chantages affectifs qui perturbent nos vies minuscules… Autant de cas qui démontrent que l’abus de faiblesse s’exerce dans tous les domaines des rapports humains. Personnes âgées, enfants, adultes en état de sujétion psychologique: où commence l’influence normale et saine et où commence la manipulation?

En se fondant sur son expérience clinique, l’auteur interroge la notion de consentement et les dérives des comportements inappropriés, une expression dont le flou indique, ô combien, nous sommes démunis face aux limites à poser aux autres sans être liberticide ou asocial. Au terme de cette quête aussi précise qu’inspirée, Marie-France Hirigoyen démontre que le statut de victime n’est pas irréversible.
Dans son livre, Marie-France Hirigoyen ne manque pas  de citer l’excellent ouvrage de Robert Vincent Joule et de Léon Beauvois « Petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens» . Les deux psychosociologues on fait la synthèse de ces techniques de persuasion destinée à provoquer le consentement de l’autre, lui laisser l’illusion d’un sentiment de liberté dans sa décision.

Marie-France Hirigoyen décrit quelques unes de ces techniques qui peuvent mener à l’abus de faiblesse: notamment, la technique du pied dans la porte où on obtient d’abord l’accord d’une personne à une petite requête qu’on lui soumet, et en fait préparatoire pour obtenir une requête plus importante. Par exemple, on commence par demander l’heure à quelqu’un avant de lui demander de l’argent pour prendre le bus, la probabilité d’obtenir de l’argent sera beaucoup plus grande s’il n’y avait pas eu cette requête préparatoire.

Le doigt pris dans l’engrenage, au nom du principe de cohérence, une personne peut se retrouver dans un processus d’escalade, et son engagement demandera de plus en plus d’investissement et qui s’avérera de plus en plus aliénant pour elle.

La technique de l’amorçage part du principe que les gens ont du mal à revenir sur une décision qu’ils ont prise et on amène un sujet à réaliser petit à petit un acte dont on lui cache (provisoirement) le coût réel. On lui annonce après la réalité de la situation avec ses contraintes. L’interlocuteur se sent alors obligé de maintenir sa référence. Le leurre conduit un sujet à prendre une décision qui finalement ne se concrétisera pas. On lui présentera néanmoins une alternative pour réduire sa frustration. Et la mise sous emprise va marquer une nouvelle étape qui s’installe dans le temps au point de créer une véritable relation pathologique. C’est un phénomène naturel qui peut advenir dans tout rapport humain,  et n’est pas toujours négatif

Marie-France Hirigoyen parle de l’emprise mentale exercé par un adulte sur un enfant, et elle le décrypte à travers un syndrome contesté qui est celui de l’aliénation parentale, décrit en 1986,  par Richard Gardner, pédopsychiatre à l’Université de Columbia.

Et il y a dans cet ouvrage l’incontournable sujétion amoureuse et sexuelle! Cette thématique tombe en plein dans le mille depuis l’affaire Weinstein et les hashtags maudits #BalanceTonPorc et #MeToo. Rappelons le, l’analyse de Marie-France Hirigoyen date de 2012, et ce qui se passe aujourd’hui relève de sa grille de lecture psychiatrique. Marie-France Hirigoyen décrit le stalking, proche du harcèlement par intrusion. Dans ce type de harcèlement, un individu s’infiltre dans la vie de l’autre, envahit son intimité par des intentions non désirées, que celles-ci soient positives ou négatives. Dans presque tous les pays anglo-saxons, des lois anti-stalking ont été adoptées contrairement à la France.

Depuis l’affaire Weinstein, notre pays se déchire entre néo-féministes et leurs opposants sur les violences sexuelles faites majoritairement aux femmes, et même si les hommes peuvent  être concernés, les chiffres sont implacables. On a parfois l’impression en lisant certains propos (sur le net) que l’emprise mentale et l’abus de faiblesse n’existent pas,  et ne concernent que des personnalités faibles. Bref ils sont joyeusement occultés. La victime est dans son tort si elle entame une quelconque action, même s’il faut s’interroger sur d’éventuelles allégations mensongères. Il est manifeste que ce sujet, brulant d’actualité, est en train d’échapper aux professionnels de la santé car  l’idéologie politique et la réthorique manichéenne prennent le pas sur tout discours rationnel,  laissant sur le bord de la route nombre de victimes anonymes dépassées par tous ces discours clivants. Le climat médiatique est tellement tendu qu’on peut s’interroger sur l’accueil que recevraient aujourd’hui les ouvrages de Marie-France Hirigoyen s’ils étaient publiés cette année. Lynchage virtuel ou « Name and Shame » en perspective, probablement! Mais après ce focus sur l’actualité, revenons au sujet du livre.

Dans son livre, Marie-France Hirigoyen brosse le portrait des manipulateurs et imposteurs. Qui ne connaît l’ouvrage le Harcèlement Moral ou elle décrit les pervers narcissiques. Le portrait psychologique du harceleur pervers narcissique a été dévoyé par le grand public, et dans cet ouvrage sur l’abus de faiblesse, elle remet les pendules à l’heure. Selon elle, il ne faut pas taxer quelqu’un trop vite de pervers. Un individu normalement névrosé peut recourir à des défenses perverses, sans autant pour être une personnalité pathologique. Et les comportements pervers se sont banalisés.

La psychanalyste fait le distinguo entre les classifications françaises inspirées de la psychanalyse où l’on parle de perversion morale ou de perversion de caractères la classification anglo-saxonne fondée sur une approche clinique purement descriptive. Elle place ces pathologies de caractère entre les personnalités narcissiques et les personnalités antisociales ou psychopathes.

Ce ne sont que quelques thèmes qui sont abordés dans ce post mais on ne peut que recommander de lire ce livre pour la richesse de ces exemples qui font écho en chacun de nous. Car tout le monde peut-être victime d’un manipulateur, d’un imposteur ou d’un escroc.

Même la communauté psychanalytique n’y a pas échappé avec le psychanalyste Masud Khan, d’origine pakistanaise. Il avait entrepris une psychanalyse avec Donald Winnicott  et va devenir analyste et formateur en 1959 après s’être spécialisé en psychanalyse d’enfants. Il sera banni de la communauté psychanalytique pour de nombreuses transgressions inacceptables comme en 1976,  où il est accusé de relations sexuelles avec des étudiantes et des analysantes. En 1987-1988, il fait des remarques antisémites dans son étude analytique. À noter que les travaux de Masud Khan sur le « le traumatisme cumulatif » sont encore cités par certains psychanalystes.

Tous les cas évoqué dans le livre de Marie-France Hirigoyen ne sont pas exceptionnels, et peuvent arriver à tout le monde. Cela peut aller de l’embrigadement dans une secte, de la sujétion amoureuse ou de l’escroquerie commerciale. La psychiatre a un talent  rare pour déculpabiliser le lecteur. Le message est positf! Il est tout à fait possible de sortir du statut de victime et d’échapper aux manipulateurs. L’efficacité d’une manipulation ne dépend pas de la prédisposition d’une personne mais de l’habileté du manipulateur!
« Plus Ils sont subtils, plus grand est le risque de se faire piéger, quelque soit la vigilance de l’interlocuteur.»

À PARTIR DE QUEL ÂGE, PEUT-ON AVOIR DES SOUVENIRS?

A 7 ans, les souvenirs de la prime enfance s’effacent pour laisser le champ libre à une mémoire autobiographique plus riche et plus complexe.

 

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©Norman Rockwell

L’ensemble de nos expériences, de nos connaissances et de nos apprentissages sont  engrangés dans notre mémoire, et se réactivent avec les souvenirs.  La mémoire est une représentation du passé, une capacité fondamentale qui joue un rôle vital dans le fonctionnement social, affectif et cognitif. On a longtemps pensé que les enfant ne pouvaient pas se souvenir d’évènements comme les adultes. Cette croyance s’est basée sur le fait que les personnes se souviennent rarement d’évènements personnels datant d’avant l’âge de trois ans et demi; et cette période est appelée amnésie infantile.

Freud fût l’un des premiers à parler de l’amnésie infantile, et ce dans ses Trois Essais sur la théorie de  la sexualité (1915/1916). Freud y affirme que la plupart d’entre nous ne se souviennent plus de leurs souvenirs les plus précoces (durant les trois premières années de leur vie).

Les détracteurs de Freud parlent de fariboles. Selon eux, Freud ne s’est pas appuyé sur la biologie de la mémoire mais l’a vu comme un «phénomène essentiellement psychique». Cette théorie a fait le lit de dérives en psychothérapie en laissant supposer que les souvenirs étaient récupérables à volonté. Avant de décrier les concepts psychanalytiques, de jeter le bébé avec l’eau du bain, il faut remettre les pendules à l’heure. L’apport de Freud est incontestable, et il faut  simplement réactualiser son concept d’amnésie infantile en l’état des connaissances scientifiques sur le fonctionnement de la mémoire. Depuis 1925, il s’en est passé de l’eau sous le pont…

Ainsi, aucun distinguo n’avait été fait comme aujourd’hui entre les différentes divisions de la mémoire. La mémoire de travail qui permet de retenir des représentations pendant plusieurs secondes, et la mémoire à long terme qui permet de se remémorer des évènements tout au long de notre vie. Et dans cette mémoire à long terme, la mémoire non déclarative incluant les habiletés d’apprentissage et l’amorçage  et celle déclarative. Les souvenirs non déclaratifs sont inaccessibles à la conscience,  et la mémoire déclarative est présente dès la naissance. Quand on parle de se rappeler des  souvenirs, c’est de la mémoire déclarative dont il s’agit. C’est se souvenir consciemment de noms, d’objets et des évènements.

À l’époque de Freud, on pensait que les enfants étaient incapables de former des représentations stables des événements et, ne parvenaient pas s’en souvenir. Cette croyance se basait sur le fait que les adultes ne se souviennent de fait qu’à partir de l’âge de trois ans et demi. Or, on sait aujourd’hui, grâce aux progrès de l’électrophysiologie et de la neuro imagerie, que les enfants sont dotés d’une mémoire autobiographique, et qu’ils stockent des souvenirs d’événements. Que leur mémoire autobiographique fonctionne sur un modus operandi différent de l’âge l’adulte.

Concernant l’enfant de moins de trois ans, il est difficile de mesurer avec fiabilité la mémoire déclarative. Les tests sont plus adaptés à des enfants plus âgés ou à des adultes.

Le cerveau des enfants se développe rapidement de la naissance jusqu’à la deuxième année de leur vie. Mais ce développement est inégal suivant les zones du cerveau, surtout en ce qui concerne les zones du cerveau concernées par la mémoire déclarative. Ainsi, une partie des cellules de l’hippocampe (lobe temporal média) nécessaire à la mémoire déclarative serait formée dès la période prénatale, excepté les cellules du gyrus denté de l’hippocampe qui ne sembleraient parvenir à maturité avant l’âge de 12 à 15 mois. Le cortex préfrontal impliqué dans la fonction mnésique atteint son maximum entre 15 et 24 mois. Et des changements ont lieu jusqu’à l’adolescence.

Cette « amnésie infantile » est une faculté d’oubli salutaire pour la construction de la mémoire. Des chercheurs de l’université d’Emory (Atlanta, USA) se sont livrés à une étude sur la capacité d’enfant de trois ans à se souvenir; et ce pendant plusieurs années à des âges différents -5, 6, 7, 8 ans- sur des événements simples comme une fête d’anniversaire ou une visite au zoo.

Les enfants de 5 à 7, ans se souvenaient de 65 à 73 % de ce qu’ils avaient vécu  avant leur trois ans, les enfants de 8 et 9 ans  que de 35%. La mémoire des plus âgés était plus précise et plus riche alors que celle des plus jeunes est  « plus éparse, et plus aléatoire».

A 7 ans, les souvenirs de la prime enfance s’effacent pour laisser le champ libre à une mémoire autobiographique plus riche et plus complexe. Cette faculté d’oubli, cette amnésie infantile est aussi importante que la mémorisation.

Dans son livre autobiographique, « Je me souviens »… Boris Cyrulnik parle de son enfance à Bordeaux, de son arrestation, et de son évasion pour échapper aux rafles des soldats allemands. Il ne parle pas de souvenirs antérieurs avant l’âge de cinq ans. Il reconnaît que ce ne sont pas des histoires mais des odeurs, des sons, des couleurs en toile de fond du souvenir. Il parle de flashs comme d’avoir été refusé à la porte d’un orphelinat, fuyant une institution encapuchonné. Ses souvenirs «ne forment pas un ensemble cohérent», mais plutôt un patchwork d’où émergent des images très precises : des morceaux de vérités claires dans un ensemble flou incertain.»

Ce n’est que dans la relation à l’autre que nos souvenirs se construisent. Dans l’étude d’Emory ce sont les parents qui posaient les questions à leurs enfants sur ces évènements. Autrui, ici les parents, sont déterminants car ils participent à la construction des souvenirs de leurs enfants.

Ce qui a été dit, précédemment, concerne la mémoire normale, et l’on pourrait supposer qu’il en est différemment pour la mémoire d’un enfant qui a vécu un trauma. C’est ce qu’écrit Boris CyrulniK dans « Je me souviens »: « La mémoire traumatique est faite d’images hyperprécises, et qu’autour de ces flashs, on recompose une histoire…ce sont des morceaux de vérité qu’on arrange, comme dans une chimère, toutes les parties sont vraies, mais la chimère n’existe pas »

L’étude d’Emory sur des enfants qui suivent un développement normal s’applique-t-elle à des enfants qui ont vécu des événements tragiques et traumatisants? Comment leur mémoire fonctionne-t-elle? Déjà, au départ, il est difficile d’appliquer les critères du stress post-traumatique de l’adulte à un enfant, et les chercheurs en sélectionnent quelques uns en les recentrant sur une description comportementale des symptômes. Alors toutes les supputations sur ce qu’a vécu un enfant sont permises, et le professionnel doit s’entourer de précautions avant de se livrer à des interprétations subjectives. L’un des dangers principaux est de méconnaître le fonctionnement de la mémoire d’un enfant lorsqu’un adulte raconte des souvenirs de traumas avant l’âge de 7 ans, et en fait un souvenir avec une mémoire d’adulte.

La mémoire et les souvenirs sont intimement liés aux étapes de la conscience. La mémoire est dépendante de la vie mentale. Celle de l’enfant est beaucoup plus limitée que celle des adultes chargée de réminiscences, de réflexes, de rêveries et d’anticipation, de productions imaginaires. La capacité et la construction des souvenirs chez l’enfant sont liés aux étapes de conscience décrites par Piaget.

Les progrès de la neuro imagerie et de la physiologie de la mémoire ne doivent pas faire oublier que le développement de la mémoire n’est pas linéaire, et s’accompagne d’autres facultés comme le langage, la capacité de raconter, les stratégies mnésiques, le raisonnement et la capacité de résoudre des problèmes.
Alors, l’amnésie infantile, oui, elle existe comme faculté d’oubli indispensable liée aux étapes de la conscience. Et les connaissances scientifiques actuelles sur le fonctionnement de la mémoire, oui, peuvent  coexister avec la psychanalyse. Mais avec les neurosciences qui appliquent les règles de l’Evidence Based Medecine.

 

Sources:

https://www.sciencesetavenir.fr/sante/les-souvenirs-de-la-petite-enfance-s-effacent-a-partir-de-7-ans_19042

http://www.larecherche.fr/savoirs/dossier/surprises-memoire-infantile-01-07-2001-68953
http://www.pseudo-sciences.org/spip.php?article1548
http://psycha.ru/fr/dictionnaires/laplanche_et_pontalis/voc20.html
http://www.enfant-encyclopedie.com/documents/Bauer-PathmanFRxp.pdf

http://www.enfant-encyclopedie.com/cerveau/selon-experts/la-memoire-et-le-developpement-precoce-du-cerveau