FAUT-IL VRAIMENT NORMALISER NOS ÉMOTIONS?

Face à la médicalisation de certaines émotions, dans le même registre, on trouve la « dictature du bonheur.»

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Flower Girl – Helen M. Turner 1920

Au sujet des émotions, le psychanalyste Carl Gustav Jung a écrit que « sans émotion, il est impossible de transformer les ténèbres en lumière et l’apathie en mouvement ». Il serait  bien surpris de voir que la plupart de  nos émotions sont aujourd’hui médicalisées.

C’est ce que constate Christopher Laine dans son livre « Comment la psychiatrie et l’industrie pharmaceutique ont médicalisé nos émotions », publié en 2007, et toujours d’actualité sur le fond. L’auteur dénonce les conflits d’intérêts entre la psychiatrie et l’industrie pharmaceutique. Ces conflits d’intérêts auraient impacté la nosographie des manuels de diagnostic des maladies mentales comme celui du DSM. Création de troubles psychiatriques pour répondre au marché du médicament et aux profits de l’industrie pharmaceutique, au détriment de  l’éthique des besoins du malade. Comment a-t-on pu en arriver là? C’est tout un poème!

Le DSM ne se base pas sur des observations cliniques mais sur le recueil d’opinion des spécialistes. Le 18 mai 2013, le DSM V remplace l’édition précédente datant de 2000. La version française est sortie le 17 juin 2015. Lors de sa sortie, c’est une levée de boucliers de la part de nombreux professionnels de la santé mentale.  Dont Allen Frances qui avait  dirigé l’édition du DSM IV en 1994, l’un plus virulents contradicteurs. Le NIMH (National Institute of Mental Heath)-le plus gros financier de la recherche en santé mentale- se désolidarise également et pointe du doigt les défaillances scientifiques de cette nouvelle version. Cette fronde est beaucoup plus consensuelle que les deux précédentes révisions de 1980 et 1994. Le DSM est une bible pour les scientifiques et les chercheurs, et jouit d’une influence considérable à l’échelle mondiale. Dès sa création en 1952, le DSM est la référence de l’OMS.

Car l’histoire du DSM est une saga. Elle remonte à 1927 et ses prémices à 1917. Dans ce temps là, compte tenu de la pléthore de diagnostics suivant les institutions locales étasuniennes, il était impossible de faire des statistiques médicales à l’échelle du pays. En 1927, l’Académie de médecine de New York décide de classifier les maladies mentales. Sa volonté est de simplifier les maladies pour débarrasser la psychiatrie de toute théorie. Les références de nature symbolique empruntées à la mythologie grecque et à la psychanalyse (Freud était honni) qui faisaient partie du jargon de la psychiatrie sont délaissées.

En 1928, a lieu la première conférence pour cette simplification. Ses participants sont des spécialistes mais aussi des politiciens. Après diverses classifications, la première version du Medical va voir le jour en 1932, et sera testée sur des hôpitaux soigneusement sélectionnés. Jusqu’en 1952, date d’apparition du DSM, il y aura deux versions du Medical, respectivement en 1933 et en 1942. Au début de la deuxième guerre mondiale, les psychiatres civils et militaires jouent le jeu en classifiant les troubles. Seulement, les médecins militaires sont confrontés aux troubles psychiques spécifiques à la guerre qui ne rentrent pas dans cette classification commune. La névrose de guerre évoquée par Freud! La Medical 203 intègre les pathologies de guerre et les questions liées au traumatisme.

En 1944, la Marine fera sa propre classification, et ce ne sera que plus tard que la psychiatrie militaire fera entrer dans le DSM le Stress Post-traumatique avec ses Vétérans du Viet-Nam. Le DSM, dès 1952 s’est complètement fermé aux concepts freudiens. Parallèlement s’est développé son homologue le CIM, et la dernière version étant le CIM-10 publiée par l’OMS, plus proche des subtilités de la psychiatrie européenne et plus ouvert à la psychanalyse. Mais c’est le même état esprit qui marque ces deux manuels de  diagnostic.

En 1952, le DSM recensait 6 pathologies contre aujourd’hui 410 troubles, et en rajouter 10 de plus dans les dernières versions. Selon certains, les troubles recensés sont des termes fourre-tout qui serviraient de prétexte à la prescription à tout-va de médicaments. Les conflits d’intérêts entre ceux qui participent aux travaux du DSM et l’industrie pharmaceutique sont notoires. Si l’année 52 vit la sortie du DSM, elle vit aussi l’arrivée des premiers médicaments anti-psychotiques comme la chlorpromazine. 1955 voit aussi le jour du « Mental Health Study Act «  voté par le congrès américain , qui fournit le cadre juridique autorisant les donations attribuées à la recherche psycho-pharmacologique. Et faire, au fil des ans de l’industrie pharmaceutique, un lobby.

Il y a eu dans certaines versions notamment celle du DSM III des troubles inénarrables. Celui qui a fait couler le plus d’encre est celui du Trouble de la Personnalité Multiple emprunté au cinéma (mais si, mais si!).  Grâce au film « Les trois Visages d’Eve » qui a inauguré un afflux massif de patientes chez les thérapeutes. À la suite d’un trauma, des patient(e)s étaient censé(e)s posséder plusieurs personnalités appelées les hôtes, indépendantes les unes des autres, et qui empoisonnaient mentalement la vie du patient. Certains patients pouvaient  avoir plus de quarante hôtes qui s’exprimaient tour à tour lorsqu’un thérapeute les interpellaient! On a trouvé des gens qui prétendaient être Spock, le héros de la série Star Strek, des animaux ou des personnages de l’histoire. La liste est ébouriffante et on peut en trouver des exemples dans l’excellent livre « Science and Pseudoscience in clinical psychological ». Devant les dégâts délirants causés par cette pathologie controversée, le Trouble  de la Personnalités Multiple sera remplacé par celui du Trouble Dissociatif de l’identité. Là, plus d’hôtes mais juste deux personnalités  du style Mr Hyde et Dr Jeykill (c’est déjà pas mal). Il s’observerait rarement en Europe (sauf  en Espagne) et resterait cantonné aux pays anglo-saxons.

Parmi les autres maladies mentales inscrites au registre du DSM, il y a eu l’homosexualité qui fût retirée en 1987. Dans les années 70, sous l’impulsion de certains psychologues comme Margaret Thaler Singer, il fût tenté la volonté d’inclure le Syndrome des Faux Souvenirs) dans le DSM. De faux souvenirs d’abus sexuels oubliés pendant des décennies causés par des méthodes douteuses avaient envoyé des gens innocents en prison, et ils étaient liés au trouble de la personnalité multiple et au Trouble Dissociatif de l’Identité (ou et à d’autres troubles répertoriés dans le DSM) . Ce ne fût pas suivi car le syndrome des faux souvenirs était à l’origine un terme inventé par des avocats, et qui ne fût pas repris par la psychiatrie même si des spécialistes se penchent sur la question. Aujourd’hui, les neurosciences prouvent l’existence des faux souvenirs et confortent les expériences de psychologie sur la manipulation de la mémoire. Dont les travaux de la psychologue cognitiviste Élisabeth Loftus.

Les experts dénoncent les simplifications dangereuses du DSM car elles enferment des patients dans ces catégories. Or, toute maladie est évolutive et c’est aussi valable pour les troubles de la psyché; le diagnostic ne vaut qu’à l’instant où il est posé. Concernant les troubles du comportement, l’hyperactivité et la dépression, l’adolescent atypique risque de prendre une bonne dose de neuroleptiques sous prétexte qu’il présente un risque de syndrome psychotique (s’il n’est pas schizophrène ou autre). On a de la peine à croire. Alors pourquoi un tel engouement pour le DSM? Il a été imposé par les compagnies d’assurance et l’industrie pharmaceutique a trouvé le bon filon pour s’en servir de grille  de référence pour une prescription intensive de psychotropes. Cela ne pourrait pas être grave si l’on se contentait de prendre le DSM comme un étiquetage superficiel de manifestations comportementales incluant l’environnement du patient, et était juste un guide-line. Mais c’est rarement le cas.

Les critiques envers le DSM sont salutaires. Déjà, le regretté Édouard Zarifian, auteur d’un rapport concernant la prescription et l’utilisation des médicaments psychotropes en France datant de 1995 (et toujours d’actualité sur le fond) avait pointé une utilisation abusive du DSM en pratique médicale. Originellement, le DSM était à l’origine un répertoire de critères de diagnostics destinés à la recherche.  S’il faut être critique certes, il faut aussi évoquer le risque de rejeter tous les psychotropes qui peuvent soulager des patients lorsqu’ils sont prescrits à bon escient. Ils ont sorti de l’internement un grand nombre de malades souffrant de troubles psychiatriques sévères et invalidants, en  atténuant leurs souffrances psychiques et leur permettre de vivre normalement . Très souvent, dans de nombreux troubles, une prise en charge psychothérapeutique donne d’excellents résultats sans médicaments ou s’il y a prescription, c’est conjointement avec une psychothérapie. Quand on prend l’exemple d’un épisode majeur de la dépression, une cure d’antidépresseur est souvent nécessaire un laps de temps mais est toujours recommandé avec une psychothérapie.
À côté de certains troubles répertoriés et justifiés, il y a certains comportements comme la41xbZZL5RFL._SX295_BO1,204,203,200_ timidité, considérée autrefois comme étrangère au domaine de la psychiatrie, qui se retrouve aujourd’hui dans le DSM. Les émotions  exacerbées deviennent des pathologies. La timidité, la tristesse liées à un deuil ou aux ennuis de la condition humaine, et des émotions naturelles à priori peuvent se retrouver classées dans les répertoires des maladies mentales si le diagnostic est anarchique.

Prenons l’exemple de la timidité. Pour Christophe André, spécialiste des phobies, la vraie différence se fait sur l’importance du handicap: « La vie du timide est faite d’occasions ratées, explique-t-il. La question consiste à évaluer la part de ratages acceptable dans une existence. De plus, les timides, légers ou graves, sont plutôt des personnes qui s’adaptent…Le phobique social, lui, peut voir la même personne régulièrement sans que son angoisse décline. Bien au contraire, il a de plus en plus peur d’être démasqué puisqu’il lui manque l’estime de soi, qu’il se sent inintéressant ou ridicule.»

Face à la médicalisation de certaines émotions, dans le même registre, on retrouve la « dictature du bonheur »impliquant la course acharnée au bien-être. Et qu’est-il proposé pour réguler ses émotions? Et bien tout le créneau des médecines douces ou les thérapies alternatives. De l’homéopathie, de la phytothérapie, des compléments alimentaires et des thérapies diverses et farfelues avec le risque de charlatanisme ou de mauvaises pratiques qui peuvent aggraver le mal-être et de passer à côté d’un véritable trouble de la psyché qui nécessite une prise en charge par un professionnel de la santé malade (psychiatre, médecin généraliste et psychologue clinicien). Le développement personnel va prendre le relais de la psychiatrie avec le risque de mettre le patient sous emprise mentale dans un circuit  qui annihile la personnalité et le libre-arbitre par des psychothérapeutes formés n’importe comment et sans culture scientifique de base, notamment sur le cerveau et la mémoire.

Si le vocabulaire est différent de celui de la psychiatrie, sans dire que les émotions négatives sont des maladies,,  on va vous promettre d’être toujours de bonne humeur si vous les éradiquez. C’est la méthode Coué déclinée sur tous les tons. Les coachs du développement personnel sont là pour vous encadrer et vous guider dans votre vie. Reconnaissons que ce sont sans les effets secondaires des psychotropes , accusés de tous les maux! L’équilibre, le Bonheur avec un B majuscule, la confiance en vos ressources cachées, bref une nouvelle votre vie vous attend, mais sous réserve que vous fassiez le nécessaire. Les livres, les publicités des stages de développement personnel vous promettant une évolution psycho-spirituelle ont pris le relais des anciennes publicités des psychotropes. Quelle est la différence avec celle du Paxil en 1999 où l’on voit une jeune femme rayonnante témoignant d’une nouvelle renaissance :« je peux voir mon futur… je peux goûter au succès… je peux toucher ma vie…»?  L’attitude Coué-positiviste gomme vos insatisfactions ordinaires. Que ce soit l’industrie pharmaceutique ou le développement personnel, on vous propose une orientation, un style de vie et de pensée. « Osez changer » est le maître mot!

Notre société est tourné vers le culte de la performance et toutes les émotions qui composent notre personnalité doivent être en permanence positives. Aucune baisse de l’humeur n’est tolérée, et devient vite pathologique si elle dépasse un certain laps de temps! Nous devons baigner en permanence dans un océan de béatitude!  Même si c’est exagéré, on nous le promet. Il faut entretenir des pensées positives, profiter du bonheur d’être en vie et pour être heureux et il y  a des recettes que l’on aurait qualifié il y a une vingtaine d’années de « psychologisme ». Que faut-il dire à un patient qui va suivre des séances de Reiki entre deux séances dans un CMP pu en cabinet libéral? Si vous n’accédez pas à la zénitude, culpabilisez car vous n’avez pas fait ce qu’il fallait pour accéder au « Bonheur », la nouvelle philosophie du troisième millénaire. Et finalement comme l’a écrit l’écrivain Yukio Mishima: “Les émotions n’ont aucun goût pour l’ordre établi.”

AU SUJET DU LIVRE « SCIENCE ET PSEUDO SCIENCE EN PSYCHOLOGIE CLINIQUE ».

C’est un livre fondamental pour toute personne soucieuse de s’informer judicieusement sur les psychothérapies pseudo scientifiques à partir de la littérature scientifique.

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La pseudo science avance masquée. Nous ne sommes pas toujours critiques face à la multiplication des études qualifiées de scientifiques sur des thèmes à forte connotation idéologique, et publiées dans la presse grand public. Nous les prenons comme des vérités. Ors, beaucoup de ces publications sont de la « Junk Science ».

Depuis plus de trente ans, certaines théories et techniques de psychothérapie prétendent traiter les troubles de la psyché, et ce sans avoir fait la preuve de leur efficacité, de la rigueur scientifique voire de l’éthique. Certaines d’entre-elles ont même aggravé ou déstabilisé psychologiquement des patients qui ont fait confiance à des thérapeutes incompétents. Ces derniers mal formés, parfois malhonnêtes, bref douteux.

Les chapelles ou les courant de psychothérapie, diagnostics basés sur des grilles de lecture ou des théories pseudo scientifiques sont légion. Et comment s’y retrouver dans cette jungle?

L’image mise en avant dans  ce post est celle de la couverture du livre Science and Pseudoscience in Clinical Psychology de Scott O. Lilienfeld, Steven Jay Lynn et Jeffrey M.Lohr. Uniquement disponible en langue anglaise. Fort dommage qu’il ne soit pas traduit en français mais le seul titre est éloquent sur son contenu: la science versus pseudo science en psychologie clinique. C’est un livre fondamental pour les étudiants en médecine,  les étudiants en psychologie, des juristes, des chercheurs et toute personne soucieuse de s’informer judicieusement sur les dérives des psychothérapies à partir de la littérature scientifique.

L’une des particularités de cet ouvrage est d’avoir été répertorié un temps dans la base de données Pubmed/Medline.

Dans cet ouvrage, les rédacteurs et les auteurs-contributeurs représentent divers milieux cliniques et universitaires. Le texte et divisé en 5 sections. Il fait état des controverses dans l’évaluation et le diagnostic les controverses générales en psychothérapie. Aussi dans le traitement des troubles spécifiques chez l’adulte et chez l’enfant également. De nombreux sujets sont abordés, tel que l’autisme, le stress post-traumatique, celui de l’identité dissociative et les antidépresseurs (y compris ceux à base de plantes). Chaque sujet cite la littérature scientifique qui soit confirme, soit réfute chaque méthode de traitement proposé à partir de la littérature scientifique.

Il y a eu deux versions de ce livre. La première date de 2003 (celle répertoriée surdownload-1 Pubmed). Et la seconde de 2013. Je suggère de disposer des deux éditions car certains chapitres de La première version sont différents de la seconde version même si l’esprit est le même. La direction collégiale comme Scott O. Lilienfeld, Steven Jay Lynn et Jeffrey M.Lohr n’a pas changé, mais certains auteurs ne figurent plus dans la deuxième version. Dont l’excellente psychiatre Margaret Thaler Singer, Phd, department of psychologie, state University of New York at Binghammon (NY).

Margaret est l’auteure du livre « Crazy Therapies » qui dénonce les thérapies du New Age qui particpent joyeusement à diffuser la pseudo science en psychiatrie et en psychologie. Livre non plus traduit en français. Elle a voulu introduire dans le DSM (le manuel si honni en France des troubles psychiatriques), le False Memory Syndrome, traduisible en français par les « faux souvenirs induits » causés par des thérapies pseudo scientifiques à base de suggestion et de manipulation de la mémoire. Fausses accusation d’inceste, notamment qui ont amené des pères devant les tribunaux et en prison, tout ceci à cause d’experts-thérapeutes qui avaient falsifié la mémoire de leurs filles.  Dans la première version du livre Science and Pseudoscience, Margaret Thaler Singer a contribué au chapitre 7 intitulé « New Age thérapie ». Malheureusement, malgré sa pugnacité, sa proposition d’inclure le syndrome des faux souvenirs dans le DSM fut rejetée. Elle est décédée en 2003, mais son regard acéré sur les dérives des psychothérapies est toujours d’actualité.

Dans la deuxième version, il y a de nouveaux auteurs qui évoquent également les faux souvenirs est la malléabilité de la mémoire. Dont la psychologue cognitiviste  Élisabeth Loftus, auteure du livre incontournable « Le Syndrome des faux souvenirs, ces psys qui manipulent la mémoire ». Dans cette deuxième version du livre Science and Pseudo science, elle a participé à la co-écriture du chapitre 8 intitulé « Constructing The Past , problematic memory Recovery Techniques in psychothérapy ». Tout un programme!

L’ouvrage « Science and Peudoscience » a reçu l’aval de nombreux professionnels de la santé mentale.

« Il représente une tentative très bienvenue de séparer le blé de l’ivraie dans les pratiques de santé mentale. Cette livre incisif et éclairant doit être amplement lu par les professionnels de la santé mentale, les stagiaires et les médecins qui ont besoin de savoir de quoi il retourne sur les pratiques de santé mentale pour orienter leurs patients.» (Journal de l’Association médicale américaine (la première édition), l’une des revues scientifiques majeures.)

Ou encore « Un livre important. L’accent est mis de plus en plus sur l’évaluation et la thérapie « fondées sur des preuves », mais la science peut être utilisée de manière substantielle ou rhétorique. Ce livre fait un excellent travail en distinguant les deux d’une manière cliniquement pertinente. Ceux qui vendent des thérapies pseudo scientifiques illégitimes à des personnes en détresse violent l’impératif moral de « ne pas faire de mal ». La deuxième édition mise à jour met à jour les principales controverses actuelles et sa liste d’auteurs est impressionnante. Une lecture obligatoire pour les professionnels de la santé comportementale. » (William O’Donohue, Ph.D., Département de psychologie et directeur, Centre de traitement des victimes d’actes criminels, Université du Nevada, Reno)

« Face à des mythes et à des interprétations erronées des pratiques de psychologie clinique, cette deuxième édition transmet des connaissances importantes dans un format accessible. En plus des mises à jour d’experts sur les chapitres existants, il y a plusieurs nouveaux chapitres que je trouve particulièrement précieux. Le chapitre sur la thérapie d’attachement apporte des corrections indispensables aux incompréhensions dangereuses et le chapitre sur la science de la psychothérapie a été largement réécrit, apportant de nouveaux points puissants ( Sherryl H. Goodman, Ph.D., Samuel Candler Dobbs Professeur de psychologie, Université Emory; Éditeur, Journal of Abnormal Psychology )

Ce livre constitue une base de données sérieuses pour toute personne voulant s’informer suivant les règles de « l’Evidence Based Science ».

https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC353046/

 

Vidéo sur les Faux souvenirs:

 

 

 

TRIP AVEC LE NARCO-TOURISME HALLUCINOGÈNE!

Une grande partie de l’emprise mentale sous ayahuasca se met insidieusement en place après/ou en même temps que l’emprise chimique. Cette conséquence provoque une modification cognitive et comportementale par l’adhésion à des croyances au surnaturel.

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On sait aujourd’hui que la consommation d’alcool et de drogues à l’adolescence, en continu durant toute cette tranche de vie a une forte probabilité de se prolonger plus tard dans la vie. L’âge moyen de l’initiation est de 14 ans pour une consommation régulière ou non d’alcool, et 14/15 ans pour l’usage de drogues avec ou sans dépendance. Telles sont les conclusions du Professeur Joël Swendsen et des ses collègues de l’Université de Bordeaux qui ont examiné la prévalence, l’âge d’apparition et les facteurs socio-démographiques pour une étude financée par le NIMH (National Institute mental Health), et publiée le 2 avril 2012 dans les archives of General Psychiatry.  Cette nouvelle étude démontre que la consommation de  drogues est un véritable problème de santé publique qui se pose. Même si quelques années ont passé, cette constatation est d’actualité.

 

Il est devenu quasiment impossible pour les professionnels de la santé de parler des effets néfastes des drogues, notamment sur les réseaux sociaux, vecteurs idéaux de désinformation médicale et où les médecines parallèles défendues avec acharnement par les charlatans dominent. De ce fait, la consommation des drogues est devenu un fait de société presque normal, et cela ne date pas d’hier. Si l’on connaît surtout le cannabis, la cocaïne, l’héroïne ou autres drogues de synthèse, il y en a d’autres plus confidentielles prises dans le cadre de la psycho-spiritualité new âge, cet hybride  qui fait le fond de commerce des charlatans de la psychothérapie formés à des méthodes pseudo-scientifiques. Soupir.

L’une de ces dérives concerne le mésusage du chamanisme. Il ne s’agit pas de mettre au banc des accusés le chamanisme et les chamans, une tradition millénaire et respectable mais de dénoncer les pillages cultuels du chamanisme par des Occidentaux sans scrupules. Notamment celle des ayahuasqueros, les chamans de la forêt amazonienne. Leur conception de la maladie est à l’opposé de celle de la maladie occidentale, et est d’origine magique causée par un sortilège. Dans un cadre rituel et curatif, ils font boire à ceux qui ont été envoutés un breuvage sacré appelé l’ayahuasca, un breuvage millénaire composé de deux plantes que l’on trouve en abondance dans la forêt amazonienne. D’abord , il y a  l’ayahuasca qui est une liane qui a donné son nom au breuvage sacré, et l’autre la chacruna qui contient du DMT, un stupéfiant prohibé sur le plan international. La combinaison des deux est hautement hallucinogène, et ses effets sont proches du LSD, le psychoactif de référence. Les Amazoniens la surnomment « La liane de la mort ou le Vin des morts. La potion psychédélique est légale au Pérou où elle est utilisée en médecine primaire pour soigner les populations locales.

En 2008, un reportage d’Envoyé Spécial,  avait diffusé en prime time, a eu pour thème le tourisme hallucinogène au Pérou.  Même s’il date, son décryptage est toujours d’actuel car ce tourisme hallucinant continue toujours, même si les médias mainstream s’en désintéressent. Ces voyages sont tout un programme! On part au Pérou en petit groupe effectuer un « voyage initiatique et spirituel ». Dans le reportage de Envoyé Spécial, le tourisme hallucinogène est un fait de société décrit comme « un mouvement culturel » animé « par un désir de reconversion spirituelle». Les participants sont recrutés sur le net.

Le reportage reprend, sans le mentionner, une partie du rapport de la MIVILUDES 2005 sur les dérives sectaires du chamanisme amazonien, mais il occulte cet aspect sulfureux pour que le sujet devienne passe-partout, et banalise l’absorption de cet hallucinogène psychédélique.  En 2009, le rapport de la MIVILUDES multiplie les mises en garde. Pourquoi ce séjour au Pérou est-il tendancieux, induit-il en erreur sur la tradition des ayhuasqueros amazoniens? Et  est ce bien raisonnable d’ingérer l’ayahuasca ?

 

Selon le rapport de la MIVILUDES 2009, l’absorption de ce breuvage peut se «révéler particulièrement violent», qu’il amène à «un douloureux voyage sur soi-même avec vomissements, convulsions physiques, profonde détresse mentale, même lorsque cette substance est absorbée dans de bonnes conditions, c’est-à-dire sous la surveillance d’un chaman expérimenté ».

Malheureusement, l’attrait exotique, la recherche de solutions miracles en dehors de la médecine scientifique l’emportent sur le principe de précaution, et les avis éclairés des professionnels de la santé. Les arguments pseudo-scientifiques de la thérapie chamanique ont le vent en poupe parmi les moutons de Panurge des adeptes  des médecines alternatives.

 

Comment ces voyages « hallucinants » et « hallucinogènes » sont-ils organisés? Des personnes ayant des soucis existentiels sont recrutées sur des forums pour aller séjourner au Pérou dans l’un de ces camps de vacances hallucinogène “tendance” monté par un chaman péruvien. Leur projet n’est pas de converser à bâtons rompus sur les us et coutumes locales mais de suivre une thérapie chamanique à base d’ayahuasca, cet hallucinogène puissant susceptible de résoudre tous les maux par « des expériences mystiques dans le labyrinthe de l’inconscient ».

On voit dans ce reportage d’Envoyé Spécial, un chaman de père en fils depuis des générations. Ce qui serait en soi rassurant si l’on n’avait pas lu le rapport 2005 de la MIVILUDES, et si l’on n’avait pas eu vent des cas de décompensations psychiatriques, de cas de suicides quelques mois après l’avoir prise, des comas et des morts par overdose. Sous la houlette de ce chaman comparé à un « psychothérapeute (sic) », les touristes présentés dans le reportage ingèrent l’hallucinogène amazonien à doses massives pour soigner les maux existentiels que la médecine occidentale ne saurait pas prendre en charge efficacement.

Ce séjour, c’est du sérieux! Le camp est fermé et gardé nuit et jour par des hommes armés jusqu’aux dents;  une nourriture frugale non carnée est proposée aux vacanciers astreints à une diète stricte pour ingérer l’hallucinogène afin de ne pas provoquer des incompatibilités dans l’organisme et les rendre malades. Avoir des hallucinations comparables à celles du L.S.D n’est pas le symptôme d’un trouble psychique, bien au contraire! Le monde à l’envers! Dépersonnalisation/déréalisation ainsi que d’autres joyeusetés psychiatriques sont  vivement encouragées pour évoluer spirituellement. Le reportage montre que le logement des vacanciers est spartiate, et des séances de groupe où les vacanciers ingèrent des doses massives d’hallucinogène en l’espace d’une douzaine de jours encadrés par le chaman et ses assistants.

L’une des séquences les plus troublantes du reportage « à la frontière du surnaturel » est celle d’une vacancière en transe investie par l’esprit d’un jaguar. Cette métamorphose a des airs de parenté avec la lycanthropie, cette faculté de se changer en loup-garou renvoyant aux affaires de sorciers et à l’ensorcellement au Moyen Âge.

Les dérives de l’ayahuasca ne résident pas uniquement dans une emprise chimique mais aussi sur l’action pharmacologique spécifique censée traiter les addictions au cannabis notamment. Particularité qui oppose les scientifiques rationalistes à ceux du MAPS (The Multidisciplinary Association for Psychedelics Studies), un organisme privé financé par des fonds tout aussi privés où le pire côtoie le meilleur. Le MAPS regroupe les scientifiques prosélytes des psychédéliques dans le soin psychique à la place des molécules officielles et des psychothérapies alternatives, se substituant aux psychothérapies officielles (psychanalyse, TCC).

On  trouve dans la base de données Pubmed des articles scientifiques de bonne facture dans le PLos One ou  dans des revues de pharmacologie;   celui de Favaro qui a étudié les effets à long terme sur la mémoire ou les effets neurotoxiques de l’ayahuasca chez le rat. Et il y a bien une étude préliminaire sur l’action antidépressive de l’hallucinogène. Des études préliminaires, et éventuellement des essais pré-cliniques sont la norme pour des futurs médicaments. C’est vrai que des scientifiques se sont penchés sur les effets des drogues hallucinogènes à l’instar du chercheur David Nutt du département de neuropharmacologie et de l’imagerie moléculaire à l’Imperial College de Londres. Franz Vollenwerder de l’Université de Zurich, est aussi l’un de ces très rares scientifiques à poursuivre des recherches sur les psychédéliques. Mais si ce pan de la recherche peut s’avérer éventuellement prometteur, il faudra que les psychédéliques étudiés démontrent qu’ils sont plus efficaces que celle des molécules commercialisées, suivant les règles de l’Evidence Based Médecine. Et cette méconnaissance du grand public sur les protocoles de la recherche scientifique favorise les charlatans du chamanisme et du narco-tourisme.

Une grande partie de l’emprise mentale sous ayahuasca se met insidieusement en place après/ou en même temps que l’emprise chimique. Cette conséquence provoque une modification cognitive et comportementale par l’adhésion à des croyances au surnaturel. L’un des objectifs recherché dans la thérapie chamanique à l’usage des Occidentaux est d’occulter leur mode de pensée cartésien pour déstructurer leur vision du monde à l’origine de leur mal être. La pensée magique devient alors un mode de fonctionnement qui doit être prioritaire par rapport à la pensée rationnelle. L’irrationnel devient l’indice de normalité nécessaire de la nouvelle personnalité. Ce process de double emprise (chimique et cognitive) se fait en partie lors des phases hallucinatoires lorsque la personne est fortement suggestible et est dépendante d’une aide extérieure pendant la phase d’ivresse spécifique à cette drogue. La grande difficulté pour recueillir les propos des victimes est d’arriver à lever leurs résistances liées à cette pensée magique ; elle induit chez les victimes des peurs irrationnelles liées à l’existence de la magie noire, de la sorcellerie, bref à la réalité du paranormal.

 

Le contrepoint d’un médecin péruvien  (non chaman) interviewé est sans appel : il se montre très réservé sur ce tourisme hallucinogène, et il déconseille fortement l’hallucinogène aux Occidentaux qu’il évalue dangereux pour eux. Les recommandations des dirigeants des centres de vacances hallucinogènes listant les contre-indications pour ceux qui souffrent d’hypertension, de troubles cardiaques ou qui suivent un traitement antidépresseur sont nettement insuffisantes. Pour réduire les risques liées à la prise du psychédélique amazonien, il faudrait que les vacanciers se munissent d’une expertise psychiatrique et de plusieurs certificats médicaux.

C’est en fait, un véritable narco-tourisme. L’ambassade de France au Pérou met en garde les voyageurs sur son site interne même si le Pérou a classé l’ayahuasca au patrimoine culturel de la nation. Alors si vous êtes tenté par ce tourisme hallucinogène, ce sera à vos risques et périls.

Si le reportage date de 2008,  les faits décrits ne sont pas obsolètes. Le tourisme hallucinogène continue à prospérer. Son masque est aussi sous le label d’éco-tourisme, et ces stages découvertes sont présentés « comme une protection contre les maux de la société  contemporaine matérialiste».

Les années ont passé, mais ces faits sont toujours actuels, et même s’il ne s’agit que de cas isolés de nature sectaire, l’ayahuasca est une drogue très prisée par les cadres de la Silicon Valley. On la consomme comme du café à San Francisco. Si vous doutez des mises en garde sur la dangerosité de l’ayahuasca, lisez ces quelques témoignages récents avant de prendre la liane de la mort: en 2009, deux touristes italiens sont retrouvés en Équateur découpés à la tronçonneuse. En 2014, un Canadien poignarde un Britannique au Pérou.

Alors, êtes vous toujours tentés par un trip aux portes de la perception qui peut vous laisser sur le carreau? Si oui, alors à vos risques et périls, et vous avez en prime même la  vidéo reportage de Envoyé Spécial!

 

 

 

 

ALTER SCIENCE ET PSEUDO-SCIENTISME

Alexandre Moatti démontre dans cet essai très complet comment l’alterscience nous informe – en creux ou en négatif- sur le fonctionnement de la science elle-même. Il cite certains de ses scientifiques renommés qui se sont détournés de la science.

La pensée irrationnelle fait des ravages dans les sciences humaines, la psychologie, et touche curieusement de plus en plus la médecine et tout le domaine de la science. L’un des meilleurs exemples est l’opposition, depuis plusieurs semaines, sur les réseaux sociaux, entre anti vaccins et partisans de la vaccination obligatoire. Si tout débat est légitime, de nombreux mensonges de nature pseudo-scientifique (ou omissions d’ailleurs) peuvent polluer le débat (ou tout débat d’ailleurs sur n’importe quel sujet) et se propager comme une traînée de poudre. Ce post ne vous propose pas de refaire le monde autour de l’intérêt de la vaccination et de ses composants supposés toxiques, mais plutôt d’ouvrir une brèche sur la pensée irrationnelle et les croyances dont ont pu faire preuve, par le passé des scientifiques renommés. Et ce, avec un livre qui remet les pendules à l’heure sur les théories dites alternatives: « Alter Science, Postures, Dogmes, Idéologies » d’Alexandre Moatti. L’auteur est chercheur associé au Laboratoire SPHERE de philosophie et histoire des sciences à l’Université Paris-Diderot. Cet ouvrage date de 2013, mais il est toujours d’actualité et donne matière à réflexion sur certains débats qui agitent régulièrement les actualités médicales et scientifiques..

 

Quel est le sujet du livre?
Un article du site Science et Pseudo Science résume ainsi la pensée de Moatti: il « constate un certain rejet de la science contemporaine et de ses productions : rejet, non seulement de l’utilisation technique qui peut être faite de telle ou telle découverte, mais aussi rejet de la démarche et de l’expertise scientifique voire de l’activité de recherche elle-même.»L’alter science se distingue du pseudo-scientisme comme par exemple l’astrologie. Avec l’alter science, on est dans le domaine des croyances dont la diffusion est facilitée par une certaine notoriété déjà existante de celui qui la diffuse…

Alexandre Moatti démontre dans cet essai très complet comment l’alterscience nous informe – en creux ou en négatif- sur le fonctionnement de la science elle-même. Il cite certains de ses scientifiques renommés qui se sont détournés de la science. L’auteur distingue l’alterscience des pseudo-sciences comme par exemple l’astrologie. L’alterscience relève du domaine des croyances dont la diffusion est facilitée par la notoriété déjà existante de celui qui la propage.
« On connaissait les magiciens de la guérison, les conteurs de cosmogonies exotiques et tous ceux qui ont recours à la pensée magique pour expliquer le monde ou les tourmentes des corps. Voici maintenant les « alterscientifiques » : sous ce mot l’auteur, regroupe des hommes de sciences, souvent reconnus, qui, à un âge avancé, développent une théorie alternative.

Et à l’aide d’exemples, Alexandre Moatti appuie sa démonstration.

Les raisons des  dérives de ces scientifiques sont multiples. Certains sont des scientifiques autrefois reconnus, aujourd’hui en mal d’attention, comme le climatosceptique Claude Allègre, mais d’autres adhèrent à une idéologie, comme les deux prix Nobel de physique, Philipp Lenard (Nobel 1905) et Johannes Stark (Nobel 1919) qui commencèrent à théoriser une « Physique allemande » tout en s’engageant aux côtés d’Hitler.

La version contemporaine, moins connue est le mouvement « solidarité et progrès » de Lyndon Larouche (né en 1922) dont le représentant en France est Jacques Cheminade, candidat aux élections présidentielles en 1995 et à d’autres. S’engageant en faveur l’énergie nucléaire – le titre de leur revue Fusion en dit long- et vantant les mérites de la conquête spatiale, développant une autre histoire des sciences, contestant la physique quantique probabiliste – à cause de la limite qu’elle oppose à la connaissance humaine.

D’aucuns ont eu une révélation! C’est le cas de l’ingénieur Hörbiger, qui un soir d’automne 1894, en observant la Lune a eu l’idée qu’elle était fait d’un bloc de glace, de quoi développer une cosmogonie de glace. À travers une dizaine d’exemples – depuis l’affaire des avions renifleurs jusqu’aux tenants du géocentrisme, Alexandre Moatti démontre dans cet essai très complet comment l’alterscience nous informe – en creux ou en négatif- sur le fonctionnement de la science elle-même.

Et qui ne se souvient pas de la fameuse imposture scientifique de la « mémoire de l’eau » du Dr Jacques Benvenista? C’était en 1988, et c’est sous ce titre « Une découverte française pourrait bouleverser les fondements de la physique: la mémoire de l’eau » que le  journal le Monde titra cette supposée nouvelle révolution copernicienne. De la physique quantique? Que nenni! Le Dr Jacques Benveniste, médecin et biologiste directeur de l’unité 200 de l’Inserm avait découvert que l’eau avait une « mémoire », et offrait ainsi une légitimité rationnelle au fonctionnement sous-jacent de l’homéopathie, supposant démentir les arguments de ses détracteurs sur son efficacité et un unique effet placebo.

La fameuse revue Nature se prêta au jeu de cette théorie en proposant une expérimentation sur la mémoire de l’eau et sa conclusion fût la suivante: Elle « accusa le coup et publia un rectificatif concluant : « L’hypothèse selon laquelle l’eau garderait la mémoire d’une substance qu’on y a diluée est aussi inutile que fantaisiste. ». Mais trop tard, le mal était fait, Nature (et le Monde du même coup) s’était ridiculisé en publiant un article avant d’en avoir vérifié le contenu (ce ne sera pas la seule fois) cédant aux sirènes du scoop, tout le tapage médiatique de l’extraordinaire « nouvelle » fit certainement beaucoup plus de bruit que celle de son démenti.» (

L’intérêt de cet ouvrage est indéniable et il développe l’esprit sceptique et cerne avec des exemples pertinents les parti-pris anti-scientifiques. Et il s’en trouve des alterscientifiques pour brouiller les fondements de la science.

 

Notes: 

 Extrait de l’article du site « Moatti1 constate un certain rejet de la science contemporaine et de ses productions : rejet, non seulement de l’utilisation technique qui peut être faite de telle ou telle découverte, mais aussi rejet de la démarche et de l’expertise scientifique voire de l’activité de recherche elle-même. Son objectif, dans cet ouvrage, est de dégager, en s’appuyant sur des exemples contemporains et historiques, les traits de pourfendeurs de la science. Ceux-ci, souvent scientifiques ou ingénieurs de formation ou même de profession, s’élèvent contre la science académique et développent, en parallèle à celle-ci, une science « autre » qui est aussi une science « altérée », que l’auteur appelle justement, en référence à ces deux aspects, « alterscience ». Ces dérives sont retrouvées dans les divers domaines scientifiques, la physique, la cosmologie, la biologie : en fait, l’alterscience a, souvent, une visée explicative globale et s’inscrit en opposition au réductionnisme scientifique.»

LORSQUE L’ENFANT TÉMOIGNE

Les expériences de laboratoire les plus connues sur les distorsions de la mémoire sont celles de la psychologue cognitiviste Élisabeth Loftus, experte auprès des tribunaux américains.

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Dans les années 50, tandis qu’il opère sous anesthésie locale, le neurologue canadien Wilder Pienfield a l’idée de stimuler le lobe temporal de ses patients épileptiques. C’est l’occasion idéale de leur faire décrire leurs sensations. Une quarantaine de patients rapportent avoir des flash-back. Qu’entendent-ils par ce terme de flash-back? Ils les décrivent comme des images mentales sensorielles qu’ils interprètent comme des souvenirs. Ces récits sont extrêmement convaincants pour ceux qui les écoutent car ils sont structurés et cohérents. Penfield en tire la conclusion que les expériences et les émotions sont inscrites de façon indélébile dans notre cerveau. Dans ses écrits, Penfield explique ces flash-back comme des souvenirs oubliés, et il comparera la mémoire à un magnétophone : « les souvenirs laissent une trace permanente dans le cerveau… comme si un magnétophone les avait enregistré».

Évidemment, aujourd’hui, le magnétoscope est un objet obsolète, et si Penfield était encore de ce monde, il parlerait de disque dur d’ordinateur, du Cloud et pourquoi pas de « Replay », ces programmes de télé et de radio que l’on peut visionner ou entendre à volonté. Peu importe l’analogie que l’on lui attribue, ce qu’il faut retenir, c’est l’idée du fonctionnement pseudo-scientifique de la mémoire.

Car l’analogie du magnétoscope de Wilder Penfield fera le lit théorique de la flopée des techniques douteuses censées récupérer les souvenirs oubliés lors d’un traumatisme.  L’amnésie de ces faits protègerait de la souffrance insupportable d’un trauma. Cette forme d’amnésie qui sert de scénario fantastique à des films de télé ou de cinéma dignes de Hitchock!

Elle est connue sous le nom d’amnésie traumatique ou dissociative. Ce qu’il faut souligner, c’est le mésusage de ces termes avec probablement une controverse scientifique. Le médecin blogueur Marc Gozlan explique remarquablement les réalités biomédicales de l’amnésie dissociative, et le lecteur curieux pourra s’y reporter. Bref, l’image du magnétoscope s’est popularisée et  s’est ancrée dans les mentalités collectives pour parler de la mémoire et la formation  des souvenirs.  Sans connaissances et mises à jour sur le fonctionnement de la mémoire sur les règles de l’Evidence Based medecine, il est délicat de faire témoigner à la barre des jeunes enfants ou des adultes racontant leurs souvenirs d’enfance.

Aujourd’hui, les observations du neurologue canadien Wilder Penfield sont battues en brèche par les dernières découvertes neuroscientifiques sur l’encodage des souvenirs. Il ne faut pas jeter la pierre à Penfield et le décrire comme un charlatan; nous étions dans les années 50 et l’imagerie médicale n’existait pas. Sa cartographie des zones du cerveau est encore d’actualité, et il est un précurseur de la neurochirurgie. Aujourd’hui, les neurosciences démontrent que le neurologue canadien a tort sur le fonctionnement de la mémoire. Elle n’est en aucun cas un processus mécanique prévisible et fiable qui marche comme un magnétoscope. La mémoire n’est pas un archivage d’images et d’expériences comme dans un film; elle est organisée en réseau d’innombrables activités distinctes, accomplies chacune dans une aire du cerveau (visible sur l’imagerie médicale).

Dans les années 70, des psychologues spécialisés dans les distorsions de la mémoire déduisent qu’ils sont reconstruits par assemblages de morceaux de fiction et de faits, et que des faux souvenirs peuvent être induits par les attentes ou les suggestions de l’entourage. Les expériences de laboratoire les  plus connues sur le sujet sont celles de la psychologue Élisabeth Loftus, experte auprès des tribunaux américains. Oui, cela semble impossible, mais on peut inciter des gens à se rappeler un événement d’une manière différente dont ils l’avaient mémorisé. Et ce juste par la suggestion!  À partir du moment, où l’on a un souvenir falsifié, on y croit aussi fortement que s’il s’agissait d’un souvenir authentique. On peut même jusqu’à remplacer d’anciens « vrais » souvenirs par de nouveaux « faux »souvenirs. C’est incroyable, mais c’est scientifiquement démontré.

L’un des étudiants d’Elisabeth Loftus, Jim Croan a créé un faux souvenir chez son frère de 14 ans, Chris. Il le persuada, à partir de détails consignés dans un journal mêlant vraies et fausses anecdotes de leur enfance, qu’il s’était perdu dans une galerie commerciale lorsqu’il avait cinq ans. Quand Chris apprit que le souvenir de la galerie commerciale était faux, il n’arrivera pas y croire un bon bout de temps.

Aujourd’hui, les neurosciences confirment les expériences de laboratoire de psychologie expérimentale sur la distorsion de la mémoire faites dans les années 70. Récemment, des neuroscientifiques américains sont parvenus à créer des souvenirs de peur artificiels chez des rongeurs. C’est la mémoire déclarative que les chercheurs ont manipulé chez la souris en  lui implantant ces faux souvenirs. C’est celle qui permet de stocker (à court et à long terme) des données telles que numéros de téléphone, noms, lieux, etc. Et c’est elle qui est concernée par les faux souvenirs. L’autre mémoire est la mémoire implicite qui  intervient dans les apprentissages complexes, et elle ne rentre pas en jeu dans la distorsion de la mémoire et des faux souvenirs; même si les deux formes de mémoire sont interactives. On penserait qu’avec toutes ces nouvelles connaissances relatives sur les distorsions de la mémoire, on connaisse comment marche la mémoire et se forment les souvenirs, vrais ou faux.

 

Ce n’est pas le cas. C’est ce que constate le psychologue Mark Lhowe (Université de Londres), interviewé en 2012 par Dan Vergano du National Geographic. Six années se sont écoulées depuis cette interview,  mais les préjugés sur la mémoire infantile sont toujours aussi tenaces. Elles sont toujours ancrées chez les fonctionnaires de police, la justice, les jurés et les avocats. Particulièrement pour tout ce qui touche aux témoignages de jeunes enfants appelés à la barre pour des faits qui se sont déroulés durant leur enfance. Idem pour des adultes appelés à la barre pour parler de faits qui se sont passés lorsqu’ils étaient petits, vingt ou trente ans après. Les neuroscientifiques sont très sceptiques face à la parole de l’enfant. Pourquoi? L’une des croyances répandues dans le milieu de justice aux Etats-Unis et en Europe, est celle  de la précision des souvenirs des enfants, et cela peut suffire à faire condamner quelqu’un pour un crime, sans autres preuves. Ils ignorent (la plupart du temps) comment se forment les souvenirs, comment ils s’altèrent avec le temps, et l’impact des émotions et du stress sur leur consolidation. Jusqu’à l’âge de neuf ans, la mémoire n’est pas suffisamment développée pour se rappeler de manière fiable des faits marquants. On ne peut saisir qu’un aperçu de ces événements sans pouvoir rentrer dans les détails.

L’une des plus célèbres affaires de témoignages manipulés d’enfants fut celle de McMartin dans les années 80, en Californie. Il s’agissait d’accusations d’abus sexuels et de rites sataniques pratiqués sur les enfants d’une maternelle. Les charges ne furent abandonnées que 10 ans après car on s’est aperçu que les souvenirs d’abus avaient été implantés dans l’esprit des enfants par les enquêteurs, et ensuite pris au pied de la lettre par la justice.

Malgré ces affaires retentissantes qui incitent à la vigilance, et en l’état actuel des connaissances scientifiques qui entérinent la malléabilité de la mémoire, la justice et la police restent toujours aussi confiants dans le témoignages des enfant. Notamment, ils ne savent pas que la mémoire se développe lentement au cours de l’enfance, et que la plupart des souvenirs sont complètement effacés avant l’âge de 18 mois. C’est ce qu’on appelle l’amnésie infantile. Après cette période, les souvenirs ne sont pas aussi détaillés que ceux un adulte; idem pour un adulte qui raconte ses souvenirs d’enfance. Les souvenirs des enfants sont connu pour être fragmentés et décontextualisés. Un récit trop détaillé doit inciter à la prudence. Il est forcément brodé ou créé, et sans nul doute inconsciemment. Ce qui ne veut pas dire qu’il ne s’est rien passé, et que l’enfant ment sur toute la ligne. Les jeunes enfants peuvent avoir raison sur le factuel mais leur récit ne peut pas être détaillé. Par exemple, s’il parle de la couleur d’un vêtement ou du temps qu’il faisait le jour de cet événement, cela doit éveiller les soupçons. Chez tout le monde, les vrais souvenirs se  déforment avec le temps.

C’est encore une idée reçue de penser que les souvenirs d’événements stressants ou traumatiques soient conservés plus longtemps que les autres. Il y a confusion entre la conservation des souvenirs et  la prégnance d’images mentales (flash-back) observées dans la mémoire traumatique et le stress post-traumatique. En 2006, une enquête montre que plus de la moitié des juges et les officiers de police et des jurés pensent que les expériences traumatisantes peuvent être oubliées sur de longues périodes, une forme d’amnésie, et peuvent resurgir à la surface de la mémoire par divers moyens. Et c’est ce que pense  encore un quart des experts auprès des tribunaux. Lorsqu’on fait appel à des témoignages oculaires d’enfants ou d’adultes racontant des tranches de vie sur leur petite enfance, il faudrait tenir compte de l’âge auxquels les souvenirs ont été formés pour l’événement concerné, le type d’informations contenues dans le récit, et la durée de rétention de cette information: quelques semaines, quelques mois, un an ou deux, ce n’est pas dix ans, vingt ou trente ans…

Alors, quels sont les processus cérébraux qui font la fiabilité d’un témoignage? Le stockage des souvenirs? Leur récupération? Ou encore une combinaison ? En fait, il s’agirait d’une combinaison qui varie lorsque l’information a été codée, stockée en fonction de l’âge et comment elle s’est conservée au fil du temps. L’encodage des souvenirs, c’est tout un processus qui varie avec al maturité du cerveau!
Malgré la vague de faux souvenirs constatée  outre-Atlantique dans les années 80, et qui touche dix ans plus tard -dans une moindre mesure l’Europe-, il n’existe à l’heure actuelle aucun « protocole » pour savoir si les souvenirs sont vrais ou faux, savoir comment ils ont été encodés et comment ils ont été conservés. Pour être efficace et faire condamner les vrais coupables, l’ensemble du système judiciaire aurait besoin de savoir comment marche la mémoire (en général et lors d’un traumatisme) afin qu’il y ait moins d’idées reçues pseudo-scientifiques ou obsolètes sur son fonctionnement ; connaître le mécanisme de la reconstruction d’un souvenir, la mémoire de distorsion et la mémoire traumatique.

 

En conclusion, lorsqu’on s’appuie sur le témoignage d’un enfant, on ne peut avoir qu’un instantané du passé et non pas un verbatim de ce passé. Nous avons tous cette étrange impression que nous nous rappelons d’une façon exacte le passé. Et non ! Nos souvenirs ne reproduisent jamais fidèlement la réalité. Il sont toujours reconstruits. Notre mémoire nous aide à comprendre nos expériences passées. Elle ne marche pas comme un magnétoscope ou un film qui visionne le passé. Si analogie, il y a, elle serait une lentille adaptée et modelée par nos expériences pour appréhender notre environnement. Notre mémoire nous aide à interpréter le présent et anticiper l’avenir.

Sources:
 

MÉMOIRE CELLULAIRE ET PSEUDO-SCIENCE.

La théorie de la mémoire cellulaire s’est propagée dans l’approche psycho-spirituelle, holistique et new age.

David Inshaw https://www.tuttartpitturasculturapoesiamusica.com

Les anciens habitants de Nouvelle-Zélande mangeaient l’œil et le cœur de leurs ennemis courageux pour s’approprier leur force et leur bravoure. Au-delà du cannibalisme, il y a l’idée de mémoire cellulaire si chère aujourd’hui à de nombreux charlatans de la médecine alternative, du développement personnel et des dérives de la psychothérapie.

Le vocable de « mémoire cellulaire » est dévoyé par la pseudo-science. Il est d’abord un concept scientifique qui figure sur les bases de données scientifiques de Pubmed, et il est usité en génétique (entre autres). Ainsi, la chercheuse Edith Heard a fait un cycle de conférence au Collège de France sur la relation entre l’épigénétique et la mémoire cellulaire. C’est sans ambiguité lorsqu’on lit son questionnement: comment l’information contenue dans nos gènes est-elle lue? Mémorisée? Interprétée?

La mémoire cellulaire, ne veut pas dire (non plus) les traces laissées par un traumatisme physique (fracture) ou une maladie, décelables en médecine.

La mémoire cellulaire ne s’applique pas (non plus) à l’une des dernières découvertes  scientifiques qui affirme que le ventre est un deuxième cerveau. Au sens où  le ventre est tapissé de neurones, et producteur de sérotonine (neurotransmetteur clé du système nerveux). Cette découverte ferait du ventre une sorte de «carte d’identité» qui agit sur notre comportement. Mais ceci est une autre histoire qui n’a rien à voir avec le sujet de ce post mais qu’il fallait écrire noir sur blanc pour ne pas engendrer de confusion…

La mémoire cellulaire est une croyance pseudo-scientifique répandue dans le grand public par la médecine alternative et l’alterscience qui prétendent reconstruire une science différente. Selon cette croyance, les cellules du corps humain contiennent des indices sur nos goûts et également tous nos souvenirs autobiographiques, en dehors de notre code génétique et des cellules ( synapses, neurones, matière blanche) du cerveau étudiées en neurosciences.

Dans les pseudo-sciences, la mémoire cellulaire présente dans le corps et les cellules fonctionne comme celle de l’esprit, et garde le souvenir de traumatismes psychiques dont on ne se souviendrait pas. On retrouve le concept d’amnésie sélective qui a fait le lit des techniques de pseudo-thérapies pour retrouver les souvenirs, enfouis dans la mémoire pour se protéger d’un trauma psychique violent. Trou noir de la mémoire, par exemple, décrypté comme un symptôme du Stress-Post-Traumatique (ESPT), et non répertorié dans le DSM V ou le CIM 10 ou autre grille clinique d’inspiration psychanalytique.

La mémoire cellulaire relève de la pensée magique, et pour notre grand bonheur de cinéphiles ou de lecteurs, elle est source de scénarios haletants au grand écran et de thrillers passionnants. Dans son livre « Les mains d’Orlac », Maurice Renard raconte qu’un pianiste de renom, à la suite d’un accident, se voit greffer les mains d’un assassin. Le pianiste va être de plus en plus habité par l’instinct meurtrier de son donneur. Dans le film Body Part, autre variante: le psychiatre d’une prison perd un bras dans un accident, et se fait greffer le bras d’un tueur psychopathe qui a été exécuté. Petit à petit, le membre greffé se met à agir contre la volonté de son nouveau propriétaire.

Lorsqu’il s’agit d’une fiction cinématographique, c’est vraiment sympa, mais malheureusement, l’idée qu’un(e) transplanté(e) du cœur -ou autre organe- puisse recevoir une partie de la mémoire autobiographique du donneur est une croyance irrationnelle. Et lorsqu’il s’agit de la greffe du cœur, il y a, en sus, une connotation symbolique très forte. Car cet organe est perçu dans l’inconscient collectif  comme le siège de l’âme, des sentiments et des émotions. Hippocrate, fondateur de la médecine l’a souligné avec les croyances de son époque: « le cœur possède le feu inné et la respiration a pour but de le refroidir. La raison humaine se trouve dans le ventricule gauche et commande au reste de l’âme.»

La théorie de la mémoire cellulaire s’est propagée dans l’approche psycho-spirituelle, holistique et new age. Certains thérapeutes proposent sans sourciller des séminaires de guérison du corps de l’esprit et de l’âme avec cette conception de la mémoire cellulaire. Sans compter les dérives sectaires. Ainsi, le fondateur de la scientologie, L.Ron Hubbard a spéculé dans la Dianétique que la mémoire cellulaire pourrait expliquer comment les engrammes travaillent.
L’engramme est un enregistrement complexe de la mémoire inconsciente, qui n’est plus accessible au mental analytique. Notons que la scientologie a dévoyé le concept d’engramme, qui en neurophysiologie, est la trace biologique de la mémoire dans le cerveau.

Gary Schwartz, professeur à l’université d’Arizona de psychiatrie et autres titres universitaires ronflants, affirme avoir recueilli 70 cas où les greffés auraient hérité des traits de leurs donateurs. Ses histoires sont convaincantes et cohérentes. Il comprendrait le mécanisme par lequel fonctionne la mémoire cellulaire. On serait presque tenté de le croire (si on est impressionné par son prestige d’universitaire), s’il n’avait écrit un livre (traduit en français) « Extraordinaires contacts avec l’au-delà. » Carton rouge, on est pleine parapsychologie! Gary Schwartz fait partie des ces alterscientifiques, de ces gens formés à la science, qui conçoivent une science différente, une autre science, et qui mobilisent leurs connaissances scientifiques et leur capacité de raisonnement en faveur de leurs théories alternatives ou de leur idéologie.

Le livre de notre bon Gary est préfacé par Deepak Chopra, lui aussi un émule de la mémoire cellulaire et  un alterscientifique. Deepak Chopra est l’inventeur de la médecine globale (une alterscience) et il ne manque d’y aller de sa petite histoire psycho-spirituelle qui prouverait (selon lui) l’existence de la mémoire cellulaire, sa survie par-delà la mort physique. C’est selon Deepak Chopra, une nouvelle approche de l’univers, de la physique, de la biologie et un bouleversement de l’approche médicale. Séduisant, n’est ce pas?

Deepak Chopra cite le livre de Claire Sylvia, une jeune femme de 40 ans aux portes de la mort. Elle est miraculeusement épargnée par la Grande Faucheuse grâce à une transplantation massive d’organes. Désormais, elle devra apprendre à vivre, à respirer avec le coeur et les poumons d’un autre. Bouleversement physique? Bien sur! Mais Claire, au fil des jours, va se découvrir une nouvelle vitalité, des comportements inhabituels et des goûts étranges qu’elle n’avait pas avant ses greffes d’organes. L’esprit du donneur se serait-il transmis à elle ? Elle en est convaincue.

Force est de consater que si l’on est dans l’empathie, la fibre de la sensibilité est touchée lorsqu’on lit ces témoignages bouleversants! Se pencher sur les arguments pseudo-scientifiques de la mémoire cellulaire serait presque indécent, et c’est comme ça qu’ils passent comme une lettre à la poste. L’art des charlatans est justement de savoir parler au coeur, de savoir mettre en exergue la dimension psycho-spirituelle et de toucher au tréfonds de la sensibilité et du compassionnel. Et ça fait pleurer dans les chaumières…

La théorie de la mémoire cellulaire est encouragée dans les médias, les livres  de développement personnel à fort succès littéraire à rendre jaloux un auteur mineur, à la télévision et par des people. L’une des dernières en date est l’actrice Charlotte Valandray qui a subi une greffe de coeur, et qui croit à cette mémoire transmise du donneur au transplanté. Elle raconte dans son livre qu’elle est en forte empathie avec le mari de la donneuse, qu’elle peut décrire des lieux en Inde où elle n’est jamais allée…

La validité de la mémoire cellulaire ne repose sur aucune fondement scientifique, mais sur la collecte de témoignages de personnes transplantées. Force est de constater qu’ils sont touchants, et de reconnaître que les greffés sont remplis de gratitude envers leur donneur anonyme qui leur a sauvé la vie. Mais à tous ceux qui croient à la mémoire cellulaire après une greffe, qu’ils consultent les sites officiels et médicaux qui publient des témoignages de greffés empreints de dignité. Sans approche holistique, psycho-spirituelle et course à la belle âme!
C’est autrement bouleversant de réaliser que la médecine fait des miracles, et permet à des malades aux portes de la mort de vivre pleinement grâce à la transplantation. Comme celui de Séverine greffée coeur-poumon: « cette greffe est une renaissance complète, non seulement pour moi, mais pour toute ma famille. On m’a fait un cadeau exceptionnel…»

De nombreuses techniques dénoncées comme psycho-sectaires contribuent à banaliser la théorie de la mémoire cellulaire. L’une des plus croquignolettes est le décodage biologique ou décodage cellulaire qui a détourné de la médecine conventionnelle des cancéreux qui auraient pu être guéris, et morts prématurément par la faute de charlatans rejetant la médecine conventionnelle. Dans d’atroces souffrances en fin de vie!

Le premier théoricien du décodage biologique est le sulfureux Ryke Geerd Hamer. Médecin de formation. Sa méthode est contestée par les autorités médicales et scientifiques, dénoncées par les instances de lutte contre les dérives sectaires, et Hamer a eu de nombreux démêlés avec la justice (Allemagne, Autriche, France, Espagne).
Une deuxième génération de thérapeutes en décodage a relayé les principes de Hamer en les complexifiant, les intégrant parfois à la médecine conventionnelle. On trouve,  en vrac, la psycho-immunologie, la biologie des êtres vivants (BTEV) et la déprogrammation biologique et le biodécodage. Le décodage biologique part du principe de l’amnésie sélective. Le corps a oublié une émotion désagréable à l’origine de la maladie ou du mal-être. L’objectif du décodage biologique est de réveiller la mémoire du corps, d’accéder aux informations contenues dans les cellules.Tout est dit.

La mémoire cellulaire sert aussi de preuve aux vies antérieures. L’ineffable Annie Givaudan décrit les marques de naissance comme les signes évidents de la mémoire cellulaire de notre corps physique: « une tâche sur le corps, un creux, une malformation physique, un grain de beauté… sont autant de présences de mémoires cellulaires sur notre corps. Les douleurs morales, les peines et les chocs vécus autrefois (vies antérieures) s’inscrivent aussi dans nos cellules et nous continuons à reproduire un mal-être.» Allons y gaiement dans la pensée magique et le trip new âge!

Des livres sur les Fleurs de Bach (un placebo attrape-gogo) parlent de l’action des élixirs sur la mémoire cellulaire: « Notre corps est constitué de cellules qui récèlent un pouvoir de conscience et un mode vibratoire. Ces cellules ont enregistré des expériences négatives et positives.» Pas de panique, tout est sous contrôle: juste quelques gouttes de Fleurs de Bach pour rééquilibrer les mauvaises vibrations. Le flacon standard se vend près de 40 euros. De quoi se ruer sur l’achat d’actions des laboratoires qui les fabriquent s’ils sont cotés en bourse!  Le pire est que la grande distribution les vend dans le rayon para-pharmacie.

Alors quand on est sceptique, comment démonter la mémoire cellulaire?
Les prétendues mémoires interprétées comme celles du donneur sont des faux souvenirs. La mémoire humaine est très malléable, et elle peut être affectée par des influences extérieures et les croyances irrationnelles.

Une greffe d’organe est une expérience qui change la vie, littéralement, et elle est permise grâce à la mort de quelqu’un d’autre, souvent dans un accident. Il n’est pas surprenant que le greffé modifie son regard sur la vie, et change de personnalité.

C’est ce que reconnaît Djamila qui témoigne sur le site www.france-coeur-poumon.asso.fr: « après ma greffe, le mieux-être physique a été immédiat. Psychologiquement, c’est plus compliqué. Il faut que j’apprivoise ma nouvelle vie. Je suis quelqu’un d’autre, j’aborde la vie différemment. J’ai envie d’être en symbiose avec mon nouveau rein.»

Et pour ceux qui sont dans la pensée magique, certains de ces changements peuvent être facilement interprétés comme étant ceux  des goûts et les aversions du donneur. Les greffés (consciemment ou inconsciemment) peuvent s’interroger sur l’identité du donneur, et par un mécanisme psychologique complexe, émettre des projections et avoir l’illusion qu’une autre personne leur semble vivre maintenant à l’intérieur. Comme un alter ego.

Il y a plusieurs pistes logiques possibles pour lesquelles les greffés ont l’impression d’adopter l’identité du donneur. Les suites d’une transplantation sont lourdes, et peuvent occasionner des troubles psychiques chez certaines personnes. C’est répertorié et un suivi psychologique est souvent préconisé. Les effets secondaires des médicaments antirejet peuvent aussi modifier certaines habitudes. On sait que les dérivés de la cortisone  (Prednisone) prescrits aux transplantés  ouvrent l’appétit, d’où rien d’étonnant à ce qu’un greffé se mette à aimer les gâteaux, projetant ainsi l’idée que le donneur était un amateur de pâtisseries. Ors, c’est le médicament anti-rejet qui participe à l’appétence aux sucreries.

Malheureusement, si l’on tape sur le moteur de recherche google, on voit apparaître un nombre extraordinaires de propositions de stages ou de thérapeutes spécialistes de la mémoire cellulaire pour vous soulager de vos souffrances passées, présentes et à venir. Une véritable jungle dévolue à la pseudo science. Ne vous y laissez pas prendre! La mémoire cellulaire est une théorie-pseudo-scientifique malgré son jargon séducteur.

Sources:

http://anthropologiesante.revues.org/539#tocto2n1

http://benjamine.skynetblogs.be/tag/décodage+biologique

http://www.sciencesetavenir.fr/sante/20110928.OBS1294/biologie-totale-une-condamnation-en-belgique.html
http://www.pseudo-sciences.org/spip.php?article746
http://www.college-de-france.fr/site/edith-heard/course-2012-2013.htm
http://www.sceptiques.qc.ca/forum/charlotte-valandrey-de-coeur-inconnu-t9492.html
http://www.sceptiques.qc.ca/dictionnaire/cellular.html
http://www.france-coeur-poumon.asso.fr/pdf/brochures/brochure_don_organe.pdf
http://www.mondenouveau.fr/index.php?option=com_content&task=view&id=265

 

 

UNE THÉRAPIE MORTELLE!

Lors d’une séance brutale de contention, Candace a suffoqué sous le poids des couvertures, de celui de sa mère et des thérapeutes.

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©Norman Rockwell, Affcetion

 

Certaines thérapies pseudo-scientifiques peuvent s’avérer dangereuses jusqu’à être mortelles, et au nom de croyances psychologiques irrationnelles. Le législateur est alors  d’intervenir pour éviter de nouvelles victimes. C’est ce qui s’est passé en septembre 2002 avec le Parlement américain met hors la loi la Thérapie de l’Attachement (AT) incluant une forme de  Rebirth. Cette loi a  du être votée après la mort, dans des conditions atroces, de la petite Candace Newmaker, âgée de 10 ans. Cette enfant n’est pas la seule victime. Cette thérapie dangereuse, a tué d’autres enfants outre Atlantique. En juin 2002, l’American Psychiatric Association avait officiellement pris position contre les dérives de la Thérapie de l’Attachement et cette forme de Rebirth en  dénonçant ses formes coercitives telles que la torture et la violation des droits de l’enfant.

 

Ce Rebirth meurtrier fait partie du kit de la thérapie de l’attachement. Il a été développé par un groupe underground de thérapeutes dont les concepteurs sont Robert Zaslow, Foster Cline, sans omettre Jacqui Schiff, l’une des théoriciennes clefs de l’analyse transactionnelle. Cette vision est aux antipodes de l’approche des professionnels de la pédopsychiatrie et de l’enfance et s’apparente au « dressage pavlovien ». Il faut distinguer ce rebirth meurtrier  de  la méthode de la Respiration Consciente, mise au point par Léonard Orr dans les années 60. Les deux ont en commun d’être des thérapies pseudo-scientifiques du style New Age, mais ceci est une autre histoire.

Comment des thérapeutes censés être bienveillants ont pu concocter une méthode violant les droits de l’enfant? Ces fous, car ce sont des fous sans états d’âme, se proposaient de traiter le RAD, syndrome de l’attachement.

Le RAD (Reactive attachment Disorder) est consigné dans le DSM. C’est un syndrome initialement observé, dans les années 80, chez les orphelins roumains adoptés dans des pays occidentaux. Ces enfants avaient des difficultés à s’attacher à ceux qui les entouraient dans les premières étapes de la vie. Il concerne une toute petite frange d’enfants adoptés.Ces thérapeutes criminels ont élargi et banalisé ce diagnostic rare sur les enfants supposés ne pas manifester une affection débordante envers leur parent adoptif; leur spectre de diagnostic  allait de l’autisme, à l’hyperactivité, à la dépression, etc…ayant jeté aux orties les critères du DSM pour appliquer les leurs. Il faut aussi préciser que leur philosophie est à l’opposé de la théorie de l’attachement de Johnn Bolwby, figure centrale dans le développement de la pédopsychiatrie. Pour ces thérapeutes criminels, l’enfant doit rendre ses parents heureux en se soumettant entièrement à leur autorité.

Une fois le diagnostic posé, on proposait aux parents adoptifs des méthodes de reparentage pour obtenir de l’enfant l’attachement désiré et son obéissance totale. Le Rebirthing propose d’éradiquer par la manière forte  le désordre de l’attachement de l’enfant adopté pour éviter que l’enfant ne devienne un grand criminel, à l’instar de celle de l’Américain Ted Boundy, enfant adopté et devenu à l’âge adulte,  dans les  années 1980, un célèbre Serial Killer.Ces méthodes  incluent un contact visuel de l’enfant avec le parent lorsqu’il l’ordonne, de contention physique, de coups et  d’injonctions destinés à le terroriser, incluant une phase d’une régression censée faire retrouver les souvenirs de la naissance et de la vie intra utérine.

Ce rebirth mortel ferait revivre à l’enfant sa naissance ou la vie intra-utérine – occultée de sa mémoire – avec sa mère biologique; et cette amnésie l’empêcherait de développer des liens affectifs avec ses parents adoptifs. Or, concernant la mémoire d’une supposée reviviscence de sa naissance (ou de sa vie intra-utérine), c’est scientifiquement  impossible. Les premiers souvenirs remontent à l’âge de trois ans après la période d’amnésie infantile évoquée en premier par Freud. Les enfants sont incapables de traduire des souvenirs en images verbales jusqu’à l’âge de six, sept ou huit ans. Des études récentes montrent que le cerveau des enfants n’est pas suffisamment développé pour former et conserver des souvenirs complexes de souvenirs sur le mode de l’encodage des souvenirs d’un cerveau adulte.

Aux fins de diagnostic du désordre affectif d’un enfant, ce courant criminel du rebirthing utilisait une grille, connue pour ses limites, qu’ils avaient pompeusement nommé RAD (Randolph Attachment Disorder questionnaire) .
Les items sont au nombre de 18, et pour s’en faire un petit aperçu, en voici quelques uns:
-superficiellement engageant ou charmant (item 1)-
-vols (item 2)-
-Manque de conscience (12)
-Relations appauvries avec ses proches. (item 13)
-fascination par le feu (14)
-construction anormale du discours (item 18)
Avec cette méthode de « rebirthing », les thérapeutes Connel Watkins et Julie Ponders ont  torturé jusqu’à ce que mort s’ensuive, durant deux semaines, la petite Candace. Ils s’étaient inspirés des pratiques d’un certain Douglas Gosney qui recommandait de faire revivre à l’enfant  chaque étape de sa naissance en plusieurs séances. D.Gosney avait adapté la technique du rebirth à la thérapie de l’attachement. Ces techniques de reparentage furent synthétisées à partir de son travail avec Arthur Janov, l’inventeur du cri primal et de cinq années passées au côté de William Emerson.

 

La boîte à outils de ces  thérapeutes fous comprend plusieurs méthodes coercitives:-La thérapie par compression ou contention consiste par exemple à étouffer l’enfant    sous une couverture pour renaître. C’est ce qui se passa avec Candace.

-Une autre est une Séance de câlin où l’on force l’enfant à manifester de la tendresse à l’égard de ses parents adoptifs pour les rendre heureux.

-Et la troisième est la phase dite de consolidation, un process thérapeutique criminel où est évalué l’attachement de l’enfant à sa mère adoptive.
Lors d’une séance brutale de contention, Candace a suffoqué sous le poids des couvertures, de celui de sa mère et des thérapeutes. Le martyre de la fillette a a duré près de 70 minutes, comme en témoigne l’enregistrement vidéo. Ce qui est délirant, c’est que la mère adoptive de Candace était infirmière en psychiatrie; elle est restée de marbre aux appels de détresse de sa fille. Candace fût mise en position foetale et emballée fermement dans une couverture jusqu’à la tête (sécurisée par un noeud), symbolisant ainsi le ventre maternel.

Quatre grands coussins et neuf oreillers furent placés autour d’elle, pendant que deux thérapeutes et deux assistantes se mettaient à califourchon sur  elle. Un poids de 300 kilos pour une enfant pesant 31 kilos. Candace devait pour renaître sortir la tête première  de ses draps. Se appels à l’aide furent perçus comme un caprice et une crise de colère (faisant partie de la thérapie). Il lui fût répondu: « Marche ou crève ». Candace répliqua: « crever pour aller au paradis? »… oui, lui répondirent alors ces monstres…Elle mourut ainsi étouffée; Le drap déchiré près de ses pieds témoigne de sa lutte pour sortir de l’enfer de cette coercition physique monstrueuse.

Lors du procès, les deux thérapeutes Connell Watkins et Julie Ponders ne manifestèrent aucun remord. Elles furent toutes les deux condamnées à 16 ans de réclusion, le minimum pour maltraitance ayant entraîné la mort d’un enfant. La mère adoptive ne fût pas poursuivie mais sa réaction a de quoi  laisser pantois. On lui avait proposé d’appeler en mémoire de sa fille morte « la loi Candace » interdisant le rebirthing , et elle déclina cette invitation par ces mots: « non, ce serait lui faire trop d’honneur.»

Candace ne fût pas la seule enfant à mourir avec cette thérapie barbare. En 1996, David Polreisbeys, un enfant russe adopté et diagnostiqué comme souffrant de RAD, et soigné comme tel par les méthodes du reparentage. Il fut battu à mort par sa mère adoptive avec une cuillère en bois sur les conseils des thérapeutes.

En 1995, Krystal Tibbeys âgée de trois ans fût tuée par son père adoptif. Les thérapeutes lui avait enseigné comment faire une thérapie de l’attachement à la maison pour dresser l’enfant. Il devait s’allonger sur la tête de l’enfant, et devait appuyer fortement  sur son estomac pour induire une respiration abdominale dans l’espoir de déclencher la colère refoulée de Krystal. Les côtes brisées, l’enfant mourut étouffée.

Deux ans après la mort de Candace, une enfant de quatre ans, Cassandra mourut dans des conditions atroces au cours  d’une séance « d’intervention paradoxale » conseillée par les thérapeutes du reparentage. Comme elle avait volé le soda de sa soeur, les parents l’ont ligoté et lui ont versé environ deux litres d’eau dans le gosier. L’enfant mourut noyée pour avoir bu trop d’eau. La  thérapeute était celle qui avaitt tué  Krystal.

Aujourd’hui, grâce à la loi Candace, ce rebirthing fait l’objet d’une interdiction dans de nombreux états aux Etats Unis.

 

La rédaction de ce post n’aurait pas pu avoir lieu si certains de mes amis médecins et moi-même n’avions pas correspondu avec la regrettée Patricia Crossman, une psychologue qui n’a pas hésité a rendre un « Awards » qu’elle avait obtenu en tant que praticienne confirmée de l’analyse Transactionnelle. Lorsqu’elle s’est aperçue des dérives de cette méthode, elle n’a eu de cesse de dénoncer les dérives de cette thérapie. Et c’est au cours de l’un de ses articles sur le net, jeté comme une bouteille à la mer, que sommes rentrés en contact avec elle.