CE SI MYSTÉRIEUX PLACÉBO!

La plupart des connaissances sur le placebo ont été acquises par l’étude de la douleur.

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Une récente étude américaine, publiée dans la revue Pain, bouscule les connaissances sur l’effet placebo. Cette publication concerne des malades souffrant de lombalgie qui ont reçu un placebo. Le placebo est un médicament sans principes actifs, un leurre prescrit par votre médecin. Et vous n’y voyez que du feu car il ne vous dit pas que c’est un faux traitement! Le placebo n’a donc aucun effet pharmacologique sur la  maladie qu’il est censé traiter. Selon les études cliniques, un placebo produirait des effets positifs entre 15 et 30 pour cent. S’il peut (éventuellement) soigner, il y a un revers de la médaille. Un placebo peut aussi engendrer des effets indésirables, et  augmenter les symptômes d’une maladie. C’est l’effet nocebo.

Le premier médecin qui a constaté l’effet placebo est Paracelse (1493 -1541). Il avait remarqué que l’acte thérapeutique, en lui-même, améliorait (légèrement) la santé des patients. Ce n’est qu’après la deuxième guerre mondiale que les placebos ont été étudiés, et ce après l’immense scandale de la Thalidomide. Comme tous les médicaments à l’époque, la Thalidomide n’avait pas été testée chez la femme enceinte. Largement prescrite aux femmes enceintes pour soulager leurs nausées matinales, elle provoqua de graves malformations chez le nourrisson. Depuis 1962, les essais cliniques de médicaments ont l’obligation d’inclure un groupe de patients recevant un faux traitement avec un placebo. Aujourd’hui, chaque médicament doit faire la preuve de son efficacité  qui doit être supérieure au placebo. L’influence du placebo est fascinante car elle relève d’une Terra Incognita se situant entre la psychologie et la pharmacologie. Après la découverte des endorphines appelées opioïdes que le corps produit lors d’un effort, les chercheurs vont orienter leurs études sur la relation entre les opioïdes et les placebos.

En quoi l’étude américaine, publiée dans la revue Pain, sur l’administration d’un placebo chez les malades souffrant du dos est innovante ?

Il est couramment admis que  l’effet placebo s’appuie sur la crédulité des patients qui pensent recevoir un médicament actif pour leur maladie. L’innovation de l’étude de la revue Pain est que les patients savaient qu’ils prenaient un placebo, et ô miracle, ça a marché!
L’étude serait la première du genre chez les personnes souffrant de lombalgie. Cette étude a porté sur 97 personnes. Avant de suivre le traitement placebo, une infirmière avait expliqué au patient pendant quinze bonnes minutes qu’il allait prendre un placebo, en plus de son traitement habituel.
Pour les besoins de l’étude, les patients ont été scindés en deux groupes; l’un reçoit le traitement standard uniquement (groupe témoin) et l’autre le placebo.
Les résultats sont surprenants: 30 % de réduction de la douleur pour le groupe ayant reçu le placebo vs 9 et 16 % pour le groupe témoin.

Incontestablement, il a été constaté une réduction de la douleur plus forte que les patients qui n’avait pas reçu le placebo.

Ces résultats montrent que l’effet placebo est susceptible de marcher même quand le patient sait qu’il avale un leurre. Il est donc inutile de  mentir à un patient pour lui faire prendre un placebo. Claudia Carvalho qui a participé à l’étude émet son avis: « Ce n’est pas un traitement, ce n’est pas une panacée, mais les patients se sentent mieux à coup sûr. Le placebo (pris délibérément) garde une signification clinique car il soulage les patients. Il  symbolise la médecine.»

Sur cette étude américaine et l’effet placebo en général, la psychologie médicale est à même de suggérer des pistes de réflexion avec quelques paramètres sélectionnés (il y en a d’autres) comme le mode de représentation psychologie de la douleur (différent de la sensation et du seuil de la douleur même s’ils interagissent). Ou les réactions et les adaptations du malade à la maladie et aux thérapeutiques. Ou encore L’attitude du patient déterminante pour l’évolution de la maladie, et l’incontournable relation médecin malade.

Le placebo a un impact sur les réactions physiologiques du malade. La maladie influence la psychologie individuelle. Les représentations culturelles de la maladie et la forme galénique du médicament sont aussi à prendre en compte. Le but est de faire évoluer la relation médecin/malade (de type paternaliste) vers l’autonomie du patient qui permettra une meilleure observance du traitement. L’efficacité du placebo dépend de la personnalité du sujet, de la façon dont on a lui présenté le protocole et de la relation médecin/malade. Dans l’étude publiée dans Pain, une infirmière a consacré un bon quart d’heure au patient  pour lui expliquer qu’il prenait un placebo!

Une mise en garde s’impose. L’étude de Pain est une approche scientifique où la douleur est étudiée sous l’angle de la médecine et de l’apport des neurosciences dans la connaissance du circuit neuronal, et ainsi permettre à un patient de mieux suivre son traitement. C’est tout l’enjeu de la médecine comportementale, une discipline à part entière qui s’appuie sur une démarche scientifique, d’analyse et de comportement de santé.

Le mal de dos est le fond de commerce privilégié de nombreux charlatans qui prétendent vous soulager. À la condition expresse que vous acceptiez leur grille de lecture qui dévoie l’approche psychosomatique de la médecine. Ainsi, selon ces charlatans au culot monstre « ès spécialiste en thérapies alternatives », le mal de dos est lié à des émotions négatives. Ainsi les lombes représentent la liberté, la sécurité et la survie. Et un point au milieu du dos est le signe d’une trahison et qu’on est poignardé dans le dos. Les douleurs dans la région des trapèzes est ce que l’on accepte d’assumer dans nos relations pour avoir la paix.  Et ainsi de suite suivant chaque zone du dos concernée. Inquiétez vous si l’on vous parle de séances de Reiki ou de libération psycho-émotionnelle pour vous soulager. Jamais votre médecin généraliste ne vous parlera ainsi. Ou si l’on vous harponne dans un salon de bien-être et de médecine douce pour parler de votre mal de dos, fuyez!

Après cet aparté sur le charlatanisme revenons à l’action du placebo sur la douleur. Il y a de nombreuses raisons pour que les patients disent avoir moins mal! Notamment le désir d’être cohérent lorsque son soignant l’interroge. Certains auteurs comme Clark (1969), Feather &al (1972), Allan et Siegel (2002) observent que l’effet placebo est créé par des biais cognitif.  Suivant la théorie de la détection du signal. L’attente d’un traitement crée en lui-même une incertitude quant à l’information sensorielle de la douleur et la réponse au placebo. C’est un cas d’erreur perceptive. Le style cognitif général est positivement associé à la réponse antalgique  du placebo. Afin de voir si l’effet placebo  est réel, et de définir les résultats physiologiques qui sont à même significatifs, certains auteurs ont combiné les études comportementales, la neuro-imagerie et des études psycho-physiologiques.

Les mécanismes psychologiques de l’effet placebo sont à corréler avec les immanquables suggestions verbales, le conditionnement et des mécanismes culturels sur la maladie et la douleur. Les signaux verbaux peuvent de créer de fortes attentes qui influenceraient la réponse du cerveau, conduisant à la libération d’opioïdes endogènes et de dopamine.

 

La plupart des connaissances sur le placebo ont été acquises par l’étude de la douleur. Le patient peut éprouver un effet antalgique simplement en anticipant le soulagement. L’interprétation des suggestions verbales dans la communication entre le thérapeute et le patient a également été montré pour soulager l’inquiétude qui catalyse souvent la souffrance. En clair, l’effet placebo conditionne l’individu pour ce que ça marche! Déjà, par la couleur d’une pilule qui  ressemble au vrai  médicament. L’effet analgésique du placebo doit être modulée par la réduction des émotions négatives. La douleur augmente les émotions, la nervosité et l’anxiété. Or, l’impact des émotions négatives va induire des réponses analgésiques plus fortes ou nulles confirmant que le stress réduit l’effet du placebo.  Selon la terminologie de la psychologie médicale, c’est lié au « degré de prédisposition à l’optimisme ».

En 2004, Tor D.Wager et ses collègues de l’Université du Michigan à Ann Arbor ont cherché à comprendre l’effet placebo du côté de la transmission de la douleur jusqu’au cerveau. Le chemin de la douleur est identique pour tous. La sensation de la « douleur » est transmise au cerveau via tous les nerfs présents dans l’ensemble du corps.  Tor. D.Wager et ses collègues se sont centrés sur le rôle du thalamus, site de traitement de la douleur et de la souffrance. « Les données du thalamus sont alors décryptées par le cerveau, et converties en une image sensible: c’est le moment où nous ressentons les choses» (Dr J-M Lemarchant). Les personnes qui ont vu leur niveau  de douleur diminuer rapidement avec le placebo présentaient une baisse importante d’activité au niveau de certaines zones du cerveau et notamment du thalamus.

Par contre, cette diminution de la douleur n’est pas observée dans d’autres zones cérébrales impliquées dans la sensation de douleur. Le travail de Tor.D.Wager a suggéré que l’effet placebo commence dans les parties les plus évolutives du cerveau pour aller vers les zones qui libèrent les opioïdes.  Selon Tor D.Wager, l’effet placebo serait du au fait que le cerveau adapte son interprétation de la douleur selon l’état émotionnel et psychique de la personne. Les processus biochimiques sous-jacent entraînés par les placebo ne sont pas les mêmes chez tout le monde.Certaines zones du cerveau (à part le cortex pariétal) sont suractivées pour tenter de contrer la douleur notamment sont stimulées les voie des opioïdes endogènes, des endocannabinoides, sérotoninergique et dopaminergique.

Un point remarquable à signaler est que l’on peut pharmacologiquement contrôler l’effet bénéfique du placebo en l’abaissant = en donnant au patient Le Narcan, une substance, qui est un antagoniste pur et sans danger qui annule l’effet des opioïdes et fait immédiatement resurgir chez le patient sa douleur initiale.

On pensait que pour obtenir l’effet placebo, il fallait trouver des patients crédules mais les études de Petrovic et de Tor D.Wager ont lié l’effet placebo à des processus neurobiologiques réels. Aujourd’hui, les placebos sont largement reconnus, et pas seulement comme un mirage psychologique. On pensait également  que pour obtenir un effet placebo satisfaisant, il fallait que les médecins mentent au patient, augmentant ainsi le risque d’altérer l’alliance thérapeutique et la relation médecin/malade.

L’étude publiée dans Pain a un précédent qui concerne un autre type de douleur. En 2010, Ted Kaptchuk, chercheur médical à Harvard, a montré que certains patients atteints du syndrome du côlon irrité, qui avaient  pris en toute connaissance de cause un placebo, voyaient leur état s’améliorer, suggérant déjà que mentir au patient était inutile. Le mal de dos et le colon irritable sont les champs étude de la médecine comportementale, et les deux études sur le placebo pris sciemment par les patients correspondent parfaitement au champ d’action de cette discipline.

Toutes ces observations sur le placebo sont bénéfiques pour les médecins. Cela démontre toute l’importance d’élaborer un rituel de soin qui améliore l’effet placebo et le soulagement du patient. Et de prendre en compte que notre cerveau est capable de repérer un bon nombre de signaux potentiels. Comme la façon dont le médecin est habillé, sa gestuelle, ses mimiques, et bien évidemment les mots qu’il choisit pour recommander le traitement. Et encore la forme galénique du placebo, et même l’environnement dans lequel le protocole de prescription est présenté.

L’intérêt de cette étude est de montrer que le  placebo n’est plus un simple mirage psychologique. Pour que ça soit efficace, il est inutile de mentir au patient en lui  disant que c’est un vrai médicament qu’il va prendre. Le placebo peut être inclus comme une prescription à part entière dans le rituel de soins. Cela renforce l’alliance thérapeutique et la relation médecin/malade. Comme le souligne le Dr Jean-Marie Lemarchant, « Dans certaines affections, c’est la façon de donner qui vaut plus que ce que l’on donne. »

En complément de ce post, propos recueillis auprès du Dr Jean-Marie Lemarchant, Médecin chef honoraire des Hôpitaux Publics qualifiés en gastro-entérologue et endocrinologie: « Alors que l’expérimentateur, lui, est au courant, on parle d’un simple aveugle. Lorsque l’expérimentateur ignore également à quel groupe il est assigné le sujet, on parle d’étude en double aveugle. Enfin lorsque le patient et l’expérimentateur connaissent tous deux l’appartenance au groupe recevant le placébo, on parle d’étude ouverte. »
Sources:

SE SOUVENIR DE SA NAISSANCE AVEC LE CRI PRIMAL, VRAIMENT?

En 2015, l’APA confirme que le cri primal crée des faux souvenirs de naissance.

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©Christian Schloe

À partir des années 60, les thérapies New-Age prolifèrent. Parmi elles, le Cri Primal mise au point par Arthur Janov.

Le Cri Primal est une thérapie de psychologie humaniste. Abraham Maslow est le fondateur de l’approche dite humaniste. C’est un modèle de psychothérapie qui cherche à relancer chez la personne, en thérapie, sa tendance auto-innée à se réguler,  à développer son potentiel. La psychologie humaniste est un bon concept, malheureusement, c’est dans ce courant  que se trouvent massivement les pratiques douteuses de psychothérapie et leurs théories pseudo-scientifiques.

C’est à l’occasion de la sortie du livre le Cri Primal en 1970, que le grand public va découvrir son auteur Arthur Janov. Rapidement, ce livre devient un best-seller à l’échelle mondiale. La même année, Arthur Janov et sa femme Vivian Francès vont fonder avec une vingtaine de personnes l’Institut Primal à Los Angeles. La notoriété de Janov s’envole auprès des médias mainstream au point de faire la Une de Vogue, et séduire des célébrités comme John Lennon et Yoko Ono.

La théorie du cri primal repose sur l’idée que toutes les maladies mentales comme la dépression, les psychoses et les maladies psychosomatiques proviennent des « souvenirs refoulés » lors « du premier trauma qui se produit à la naissance ».
Janov a repris à son compte (en partie) la théorie de Otto Rank, un dissident de Freud. Otto Rank parla le premier du trauma de la naissance comme vécu primordial et réservoir du mal-être futur. Le traumatisme de la naissance n’est pas forcément celui qui se passe au moment de l’accouchement, et il faut l’interpréter dans le sens d’une perte, d’une séparation dans la vie perceptive et psychique du nourrisson avec sa mère. Pour Otto Rank, les relations avec la mère sont ambivalentes alors que Freud restera centré sur l’Oedipe.
Les thérapies verbales ne trouvent pas grâce auprès de Janov. Selon lui, elles ne solliciteraient que le cortex cérébral et les aires du cerveau en relation avec le mental. L’origine de la souffrance ne peut pas être soignée si le système nerveux central n’est pas sollicité.

Fort de la théorie de Otto Rank qui divise encore les psychanalystes, Janov va entraîner ses émules thérapeutes à faire retrouver aux patients les souvenirs de leur naissance. Et là, ça se corse!

Dans l’approche théorique de Janov, les deux premières années de la vie sont cruciales pour le développement de la psyché de l’enfant. Inconscient de ce premier trauma que constitue la naissance, il prend forcément un mauvais départ dans la vie. Qu’à cela ne tienne, le Cri Primal peut remédier à ce handicap si le patient récupère -en pleine conscience- le souvenir de sa naissance.
Accéder à ces premiers traumas n’est pas une mince affaire, et ça ne ne se fait pas en une seule séance de Cri Primal! Il faut pour cela que le patient s’engage à participer aux nombreux séminaires du Dr Janov! Tout est prévu!

Au fil des séminaires, les souffrances primaires ainsi débusquées, la méthode de Janov devient « une fontaine de Jouvence » qui permet de résister à toutes les maladies. Janov ira même jusquà affirmer qu’un patient n’a plus besoin de suivre une autre thérapie, avec  le cri primal, il accède à la pleine maîtrise de sa vie. Ce n’est pas un miracle, c’est de la pseudo-science qui défie les lois de la mémoire, et qui ne repose pas sur les règles de l’Evidence Based Médecine!

Outre le livre culte de Janov, il y en a eu pléthore sur cette fameuse révolution primaire. Une fois la mode passée, la plupart d’entre eux ne furent plus réédités. En 1972, Simon et Shuster, deux émules de Janov, ne tarissent pas d’éloges sur les indications du cri primal: alcoolisme, addiction aux drogues, dépression et troubles bipolaires.

En 1991, la deuxième vague du « nouveau cri primal » est présentée comme une amélioration de la méthode, et son champ d’indications s’élargit. Hypertension, cancer, troubles de la libido, phobies, migraines etc. La panacée universelle.

Janov était convaincu que sa méthode était la seule efficace. Mais attention, Janov sélectionnait ses praticiens, et seuls ceux formés dans son institut avaient l’autorisation de pratiquer. Plus tard, il développa l’idée que le cri primal pouvait être une thérapie familiale salvatrice contre l’injustice, la guerre et la maladie mentale.

Pour Janov, « la souffrance primitive » est provoquée par les souvenirs refoulés qu’il résume avec cette magnifique formule: « La maladie mentale est un cri silencieux».

Quand les patients retrouvent la mémoire perdue des traumas des deux premières années de la vie, en sus de celles de sa naissance, cela se manifeste corporellement: on se roule par terre, on hurle de colère, signes révélateurs de leur naissance.
Régression salavatrice (selon lui) au stade du nourrisson ou des deux premières années de la vie.  Ce process est la période primale. Pour que cette régression se fasse dans les meilleures conditions, la salle est aménagée avec des couvertures et des oreillers pour ne pas se blesser et pouvoir crier tout son soul.

La colère est pour Janov un élément essentiel à revivre dans les processus primals. La lecture de cet extrait du cri Primal laisse songeur: « Je crois que le coléreux est le sujet qui n’est pas aimé – celui qui n’a pu être ce qu’il était réellement. En général, il est en colère contre ses parents parce qu’ils ne l’ont pas laissé être lui-même, et en colère contre lui-même parce qu’Il continue à renier son moi. Mais c’est le besoin qui est fondamental, la colère est l’effet secondaire. Elle survient quand le besoin n’est pas satisfait. Lorsque nous considérons le processus primal, nous constatons qu’il se déroule avec une rigueur presque mathématique. Les premiers primals ont souvent pour sujet la colère. Dans la seconde série, il s’agit de la souffrance et dans le troisième, du besoin d’amour. Le besoin et la non-satisfaction de ce besoin cause en général la plus violente douleur. Le processus primal se déroule comme la vie, mais en sens inverse.»

Janov fut l’un des premiers à induire le « syndrome des faux souvenirs »(False Memory Syndrome), le cri primal étant l’une des « premières thérapies de la régression ». Ou encore appelée en anglais MRT (memory recovered therapy).
Ces techniques de la mémoire récupérée cherchaient à faire retrouver des souvenirs enfouis dans l’inconscient à la suite d’un trauma durant l’enfance. Ainsi, des faux souvenirs d’inceste (ou de pédophilie) ont été créés de toutes pièces avec des conséquences tragiques. Certaines personnes se sont retrouvées derrière les barreaux, de longues années pour délinquance sexuelle.

Concernant le syndrome des faux souvenirs d’abus sexuels, Janov n’est pas concerné par sa propagation. Les souvenirs des processus primals sont déjà une épopée à eux seuls, sans qu’on y rajoute les abus sexuels. Mais ses méthodes étaient douteuses pour les faire surgir surtout lorsqu’on sait que la période de l’amnésie infantile est absolue jusqu’à l’âge de deux ans, et qu’ensuite, il y a une amnésie relative jusque vers cinq-six ans où les souvenirs sont épars et incomplets. Se souvenir de sa naissance avec le cri primal, c’est un exploit qui défie les connaissances scientifiques sur le fonctionnement de la mémoire!

Les sessions de Cri Primal se déroulaient dans un hôtel coupé de toute communication (Radio, TV, lecture). Avant de commencer les séminaires, Janov mettait ses patients en privation de sommeil. L’isolement et le manque de sommeil sont des techniques importantes qui, souvent amènent les patients vers le cri primal. La privation de sommeil abaisse les défenses. Il y a eu de sacrées dérives avec Joseph Hart et Richard Corriae, deux émules de Janov. Ils avaient fait dévêtir leurs patients, et les avaient ensuite battu. Le centre ferma, en 1980, à la suite de plaintes et de poursuites judiciaires.

 La méthode de Janov ne fait pas l’unanimité parmi les psychothérapeutes. En 2015, l’APA dans le Journal « Psychology of Consciousness », confirme que le cri primal (avec d’autre thérapies) crée des faux souvenirs de naissance. C’est évident quand ils sont supposés concerner la période de l’amnésie infantile.

La psychanalyste Alice Miller s’est tout d’abord montrée élogieuse envers le Cri Primal, et par la suite, elle s’est rétractée. Selon elle, le Cri Primal pouvait être dangereux s’il n’était pas encadré par des professionnels. Notamment, elle critiqua les croyances sur la force cathartique lors des périodes primales. Si amélioration, il y avait, elle n’était que provisoire. Alice Miller critiqua aussi l’intensité des stages et le «risque de développer une addiction à la douleur».

Le site Pubmed (en langue anglaise) publie quelques articles critiques sur la méthode de Janov. Même s’ils datent des années 80.

En 1989, sur le plan médical, PritkinJ, Balin R et Young H évoquent le risque du syndrome de Mallory-Weiss (déchirure superficielle de la muqueuse à la jonction de l’oesophage et de l’estomac). À force de crier à pleins poumons, comment s’en étonner.

Des comportementalistes évoquent la mauvaise orientation conceptuelle de cette méthode, en considérant que le cri Primal est une approche exotique et à l’éclectisme théorique informe. Voire dangereuse susceptible d’aggraver l’état du malade.

Malgré les nombreuses mises en garde, on ne peut que constater que les racines historiques du cri Primal sont toujours actuelles. Cette méthode séduit encore beaucoup de personnes attirées par le développement personnel et les thérapies alternatives.

De nombreux thérapeutes proposent encore des stages de Cri Primal en France et en Europe, et certains soignants sont toujours élogieux envers cette méthode New Age.

Le livre « Le Cri Primal est toujours un best-seller, et son contenu théorique peu scientifique malgré les affirmations de son auteur, pour qui n’a pas l’esprit critique peut toujours séduire. Surtout si certains passages du livre rejoignent des réflexions personnelles sur la souffrance de la vie et le trauma  de la naissance. La naissance et la mort sont les deux extrêmes de la vie, et il faut bien accepter adulte que « l’enfance est un voyage oublié » (Jean Mallard).
Et si vous voulez vraiment crier, hurler à pleins poumons, vous pouvez toujours le faire derrière votre ordinateur…

 

Sources

Les sources de ce post viennent d’un article de Martin Gardner,  « Primal Scream: A Persistent New Age Therapy », publié dans la revue Sceptique Skeptical Inquirer, il y a plus de 15 ans. 

AUTOUR DU FILM HOLY SMOKE: UNE HISTOIRE D’EMPRISE MENTALE

De nombreuses personnes furent brisées par les techniques de déprogrammation. Une approche pseudo-scientifique à la violence égale aux techniques d’endoctrinement des groupes totalitaires.

Sorti en 1999, Holy Smoke est l’un des films les plus troublants de Jane Campion. Il évoque la difficulté de déconditionner une personne sous l’emprise d’une religion marginale (ou secte). Évaluer le degré d’emprise ou l’adhésion nocive à des croyances spirituelles (ou autres), avec perte du libre arbitre, notion très subjective admettons-le, est difficile à évaluer. Comment définir les critères d’un groupe totalitaire comme une secte?

Holy Smoke met en présence deux protagonistes: Ruth (incarnée par Kate Winslet),  une Américaine convertie à un syncrétisme religieux new age et hindouiste, et un déprogrammeur, P.J Waters (joué par Harvey Keitel). Au cours d’un voyage en Inde, Ruth, tombe sous l’emprise d’un gourou prénommé Baba. Inquiète par son changement d’attitude et ses nouvelles croyances opposées à l’éducation religieuse qui lui avait été inculquée, sa famille demande à un déprogrammeur P.J Waters, de faire revenir la jeune femme à la raison, de la déconditionner.

On assiste dans ce film à des scènes de deprogramming où P.J Waters séquestre Ruth, emploie des méthodes coercitives ( physiques et morales ) pour l’inciter à quitter la secte de Baba et soigner sa psyché endoctrinée. Tombant amoureux de la jeune femme, il échoue dans sa mission,  et ses certitudes seront bouleversées. Ruth restera en Inde chez Baba.

Le film est étrange et déstabilisant en dehors de l’histoire d’amour entre un homme et une femme, et des scènes torrides qui y sont liées. On peut se demander si Ruth est vraiment aliénée à ce groupe religieux marginal, si elle joue de ses charmes pour éviter la coercition mentale et physique employée par Waters pour faire retomber la pression. Holy Smoke est d’abord une fiction mais Jane Campion s’est inspirée de faits réels fort courants dans les années 1990.

L’identité du gourou Baba est à peine déguisée. Il a réellement existé et est mort en 2011. C’était un gourou de Puttaparthi (nord de l’Inde), faiseur de miracles. Il comptait cent millions d’adeptes dont beaucoup d’Occidentaux en quête de recherche spirituelle. Les enseignements de Baba étaient un syncrétisme d’Hindouisme et de Christianisme. Du New Age pur jus. Baba s’était autoproclamé à 14 ans la réincarnation de Saï Baba de Shirdi, un saint de l’Hindouisme mort en 1918. Notre bon Baba de Puttaparthi avait soi-disant la capacité de matérialiser des objets symboliques, de l’or, des bijoux et de la cendre sacrée devant ses adeptes.
Ses devises étaient des plus louables: « aimer tout le monde, servir tour le monde, aider toujours, ne jamais blesser.». C’est ça la force de l’appel des sirènes des religions marginales: le développement de la spiritualité supposée irréalisable dans les religions traditionnelles. La séduction à partir de bons sentiments et la promesse d’une vie dans l’Au Delà paradisiaque, ou bien encore celle d’une meilleure réincarnation.

En 1999, coup de théâtre! L’Unesco annonce qu’elle retire tout partenariat avec l’association de Satya Saï Baba, en raison d’actes de pédophilie perpétrés par le gourou. Ces actes n’ont jamais été prouvés par voie de justice mais on trouve sur le net de nombreux témoignages d’Occidentaux, relayés notamment par le GEMPPI.

Baba a été accusé de charlatanisme. Il réalisait des tours de magie en les faisant passer pour des miracles. Réalisant la supercherie, certains adeptes se sont détournés de lui. De reconnaitre que pour les gens de son village, il s’est montré un bon samaritain. Il a créé un véritable trust, et la fortune de « Babaji » (saint homme) a été estimée à 170 millions de dollars.

Cette fortune provenait essentiellement des dons des adeptes occidentaux en quête de spiritualité. Avec cette fortune, il a fait construire une ville moderne et un hôpital où il est mort. Ses centres d’enseignement pour Occidentaux étaient décrits comme des villages comparables à ceux du Club Med. Distributions gratuites et à foison de glaces, et buffet luxuriant à l’Occidentale.

La face obscure de Baba à l’instar des deux visages de Janus montre qu’il était un gourou, terminologie culturelle en Inde, mais en Occident, elle renvoie à une personnalité totalitaire (et charismatique) comme on peut l’observer dans les groupes sectaires. Il a été rapporté que certains de ses adeptes avaient subi un conditionnement mental à partir d’E.M.C (état modifié de conscience). C’est une pratique de manipulation bien connue, et dans les grands rassemblements, les individus sont particulièrement suggestibles. Les états d’auto-hypnose durables peuvent favoriser des hallucinations individuelles et collectives.

L’autre versant du film est celui d’une spécialité qui est celle du « déprogrammeur de sectes ». Cette pratique controversée est apparue aux États-Unis à la fin des années 70, en plein boum du New Age, foisonnant de nouveaux mouvements religieux (NMR). La déprogrammation fait usage de la force en enlevant et en séquestrant l’adepte pour le forcer à abjurer ses nouvelles croyances jugées erronées ou dangereuses. La coercition physique, ni plus ni moins.

Comment a-t-on pu concevoir une telle une méthode, ayant pignon sur rue, à base de coercition mentale et physique pour sortir les gens des groupes sectaires?

Les parents qui se tournaient vers les déprogrammeurs ont été séduits par ces méthodes d’exfiltration et de déconditionnement suivies de re-conditionnement. Comme si le cerveau d’une personne était programmable à l’instar d’un ordinateur. La technique était présentée sous le masque d’une méthode scientifique agréée officiellement.

Le deprogramming s’est développé sans contrôle jusqu’en 1980. Pour Anton Shupe et Susan E.Darnel, la théorie du deprogramming est pseudo-scientifique. À leur début, ces spécialistes des sectes, intervenaient en évoquant leurs actions comme de la déprogrammation. L’idée reposait sur le postulat de l’endoctrinement, du lavage de cerveau subis par les adeptes. Cela supposait que « les jeunes convertis étaient incapables de gérer leur propre vie et de prendre des décisions » (Shupe et Bromley 1980). Les premiers exfiltreurs de sectes pensaient que l’opinion publique plébiscitait leurs méthodes. Ils cherchaient à restaurer la personnalité antérieure de l’adepte, et leurs méthodes reposaient sur la coercition mentale et physique. Elles étaient justifiées comme «un mal nécessaire ou une réponse appropriée à une crise sociale et mentale» (Delgado, 1977, 1984). Finalement, pour les chercheurs en sciences sociales, la déprogrammation fût perçue comme de la répression spirituelle.

La plupart des chercheurs en sciences sociales se sont opposés au développement du rôle interprétatif et pseudo-scientifique de la déprogrammation en santé mentale. Depuis 1990, il n’y a quasiment plus d’enlèvements par les déprogrammeurs. Ils ont été remplacés par des consultations et des programmes de départ volontaire des adeptes de ces sectes: l’exit counseling, plus efficace et moins controversé que la déprogrammation.

Les réussites des Exit Counseling (conseillers de sortie) reposent sur les processus de changement d’attitude connu en psychologie sociale, la théorie de l’engagement et la modification comportementale. Mais « ces conseillers en sortie » continuent de décrire leurs succès en termes de contrôle mental et de personnalité réorganisée. Si leurs méthodes sont critiquées par les sociologues de la religion, elles auraient plus la faveur des professionnels de la santé mentale. Sans qu’on en sache plus. Probablement par des béhavioristes et comportementalistes.

Un grand nombre des techniques pour faire sortir quelqu’un d’une secte proviennent d’un certain Joe Szimhart. Il a été impliqué dans 300 cas dont 10% d’exfiltrations forcées. En 1991, il a arrêté ces deprogrammings forcés en raison d’accusations criminelles portées contre lui lors de l’échec d’une déprogrammation dans l’Idaho.  Une profession lucrative lorsqu’on sait que les honoraires de Szimhart en 1991 se situaient entre 300 et 400 dollars par jour. Un quart seulement de ses consultations par téléphone étaient gratuites.

 Le sociologue Kent a interrogé des centaines d’adeptes, d’ex adeptes, des membres de leur famille qui  avaient été concernés par la déprogrammation. À cette époque, les déprogrammations forcées étaient fréquentes. Les parents qui faisaient appel aux déprogrammeurs croyaient sincèrement que leurs enfants étaient victimes d’un lavage de cerveau du à certaines techniques totalitaires attribuées aux religions marginales.

Il faut remettre la notion de lavage de cerveau dans le contexte des années 70. Cette notion a marqué l’esprit de l’opinion publique par des faits divers médiatisés comme l’affaire Charles Manson et l’assassinat de Sharon Tate, la compagne de Polansky et celle de Patricia Hearst, fille d’un magnat de la presse, kidnappée qui va tomber amoureuse de son ravisseur. Et en 1978, il y a eu l’assassinat suicide de Jim Jones et de ses disciples à Jonestown (Guyana, colonie britannique). Jim Jones était le pasteur d’un groupe religieux d’inspiration protestante qui avait fondé le « Temple du  peuple », une colonie agraire. Il mena des centaines d’adeptes dont 300 enfants dans un suicide collectif au cyanure. La thèse de l’assassinat est mêlée à celle du suicide collectif dans cette tragédie.

Toutes ces affaires médiatisées ont contribué à ancrer dans l’esprit du public la notion de groupe religieux dangereux et liberticide, et permis aux déprogrammeurs de première génération de proposer leurs services pour aider les parents, victimes indirectes de ces religions marginales. Le remède fût parfois pire que le mal. De nombreuses personnes furent brisées par les techniques de déprogrammation. Une approche pseudo-scientifique à la violence égale aux techniques d’endoctrinement des groupes totalitaires. Les personnes étaient privées de sommeil et surveillées en permanence par les déprogrammeurs. Le harcèlement était incessant à la manière des interrogatoires policiers. Les victimes étaient poussées à bout dans leurs retranchements psychologiques, et à un certain moment craquaient en faisant repentance.

L’un des indices de succès du déprogramming, interprété comme un signe de la libération de la personne (comme s’il s’agissait d’un exorcisme) était le « soulagement émotionnel » de la victime. Elle a enfin retrouvé la raison!

Quelques témoignages, relatés de-ci de-là, montrent la brutalité des méthodes censées rééduquer la personne qui était supposée avoir subi un « lavage de cerveau ». Entre autres, celui de David Moore, adepte de Hare Krishna à Los Angelès, qui fut enlevé et séquestré dans une chambre de motel à Chula Vista (Californie). Il fût malmené par un déprogrammeur commandité par ses propres parents, qui selon lui, l’a battu et harcelé mentalement, torturé avec de la glace sur le corps jour et nuit afin de lui faire renier ses croyances religieuses.

Une adepte de Moon, Sherri, 26 ans fût séquestrée chez elle pendant 75 jours avant de pouvoir s’échapper. Les fenêtres avaient été scellées et les serrures changées et fût soumise à l’Inquisition par les déprogrammeurs. Sans résultat.

Brian Sabourin, un adepte de Moon, vécut la même épreuve qui se solda par une dépression.

Dans les années 80, Le psychiatre Robert Jay Lifton recommande de bannir la terminologie de lavage de cerveau. Ce terme a engendré beaucoup de confusion. Robert Jay Lifton, dans son ouvrage « Psychologie du totalitarisme » a dégagé huit critères permettant d’évaluer le totalitarisme idéologique et sa mise en oeuvre dans des groupes, institutions, etc.

Robert Jay Lifton s’est illustré dans l’étude des méfaits de la guerre sur la psyché humaine. En 1961, il s’est penché que la manipulation mentale pratiquées par les sectes ou la Chine maoïste. Il a créé le terme de « Though-Terminating cliché ». Il s’agit de phrases, d’aphorismes ou de notions aptes à empêcher une réflexion d’aboutir. C’est un procédé rhétorique de manipulation utilisé régulièrement pour souder une société, une communauté religieuse. C’est un raisonnement fallacieux.

Le psychologue Edgard.H.Schein a posé le problème de l’endoctrinement généralement accepté dans notre culture et celui des prisonniers de guerre américains en Corée poussés par leurs geôliers à devenir communistes. Il s’est interrogé pour savoir si la méthode tient au contenu de l’endoctrinement ou bien à la persuasion coercitive. « Dans sa structure fondamentale, la persuasion coercitive chinoise n’est pas tellement différente de la persuasion coercitive dans les institutions de notre société dont le but est de modifier les croyances et les valeurs fondamentales.»  Pour Shein, les techniques de « lavage de cerveau » dans les camps de prisonniers ont généralement été inefficaces. Elles n’obtiennent que la modification du comportement sur le court terme. Son point de vue a été critiqué par ceux qui allèguent une modification profonde de la psyché dans le cas des techniques prosélytes utilisées dans les religions marginales ou groupes totalitaires. Edgar Shein reconnaît la difficulté de discerner la coercition acceptée et la coercition subie. L’information reste encore le meilleur moyen de prévention sur les techniques de prosélytisme des groupes totalitaires.

Après, le degré d’emprise mentale avec celle de la perte du libre arbitre reste à définir, et  c’est subjectif. Si l’on aide un adepte à sortir d’une secte, comment l’aider à se reconstruire en sachant qu’il est impossible de retrouver sa personnalité antérieure?  L’ex-adepte doit pouvoir s’insérer dans la société et vivre comme tout le monde.

Le métier de déprogrammeur a changé depuis ses débuts. En 1988, un ancien adepte de Moon,  Steven Hassan a créé le concept d’exit-counseling, exfiltreur de secte. Il avait lui-même subi un deprogramming qui l’avait laissé sur le carreau. Il a quitté la secte mais l’esprit en miettes: « Je comprends que mes parents m’aient fait subir ce qu’on appelle « un deprogramming »mais je n’en suis pas sorti indemne d’une certaine façon, ils ont utilisé les mêmes armes que la secte. » Pendant des années, il mettra au point une méthode basée non sur la contrainte mais sur le dialogue avec la famille et l’adepte. Un exit counseling réussi « est le fruit d’un long travail en amont et d’une collaboration étroite avec les proches de la victime. » Steven Hassan est à la tête d’une véritable entreprise, le Freedom Of Mind Resource Center (Massassuchets). Il a exfiltré des centaines de personnes.

Et l’exit counseling en Europe?

Il existe en Italie et a été introduit en France depuis quelque années par un avocat. Il a été utilisé, notamment, avec une partie des « reclus de Monflanquin ». L’affaire se termina par la condamnation à dix ans de prison du gourou Thierry Tilly. L’exit counseling est très peu connu en France. Il est coûteux (parfois plus de 20 000 euros), et il serait mis en oeuvre des techniques de psychologie comportementale.

L’équipe, selon le Nouvel Obs, se compose de cinq personnes: un détective, deux psychologues, un psychanalyste et un avocat. Sous la supervision d’un avocat chargé du respect du cadre légal. « L’intervention se monte comme une interpellation dans le milieu judiciaire », raconte un gendarme en contact avec le groupe. Cette technique étant confidentielle en France, il est de bon aloi d’être dans la suspension du jugement tout en s’interrogeant de savoir s’il n’y a pas d’autres méthodes prônées par les professionnels de la santé mentale pour aider les victimes à sortir du piège de l’emprise mentale. Voilà l’état des lieux de l’exit counseling d’aujourd’hui, et on ne dispose pas suffisamment de données pour évaluer l’efficacité et le bien fondé de cette méthode sur le plan de la psyché. « Le totalitarisme veut atteindre la racine même de la pensée et de la sensibilité, tuer la source de l’indépendance intellectuelle et morale en chaque individu…il veut se substituer à nous en chacun de nous, régner en maître à l’intérieur des consciences.» (Jean-François Revel).

Holy Smoke de Jane Campion reste un film sur les incertitudes de la spiritualité, le choix des croyances religieuses et le libre arbitre, et sur la manipulation mentale. Nous sommes tous manipulés et tous manipulateurs.

Sources:
http://tempsreel.nouvelobs.com/societe/20140716.OBS3843/l-exit-counseling-ou-comment-exfiltrer-les-adeptes-des-sectes.html

AU SUJET DU FILM RÉGRESSION ET DES ADORATEURS DE SATAN.

Ce thriller s’inspire de faits réels qui ont secoué l’Amérique des années 90, obsédée par la violence des cultes sataniques réels ou imaginaires.

« Régression » est le titre d’un film réalisé en 2015 par Alejandro Amenabar, et joué par Emma Watson et Ethan Hawke. Ce thriller s’inspire de faits réels qui ont secoué l’Amérique des années 90, obsédée par la violence des cultes sataniques réels ou imaginaires. Au cours de cette période, les rumeurs sur les adorateurs du Diable vont se multiplier, jusqu’à l’hystérie collective. Les médias, avides de sensationnalisme, font circuler des vidéos dites tournées par les adorateurs de Satan. Elles montrent des messes noires où des adolescentes se feraient violer et où des bébés seraient sacrifiés. Beaucoup d’Américains vont croire aux exactions des adorateurs de Satan. Réalisé en 1991, le résultat du sondage Gallup est révélateur des croyances irrationnelles de l’époque. À la question posée « Croyez-vous à l’existence du diable? », 60 % des Américains ont répondu « oui » contre 17% en France.

Le contexte dans lequel s’est développé cette hystérie collective est particulier. Outre Atlantique, les adorateurs de Satan ont pignon sur rue à l’instar de ceux de l’Église sataniste d’Anton Sanzdor LaVay. Surnommé « le pape noir », il fonde son église en 1966. Son sens aigu de la communication attirera vers lui comme un aimant des célébrités comme Sammy Davis Jr et Jane Mansfield! Ses idées sulfureuses lui font interdire l’entrée du Canada et celle d’autres pays. Dès les années 80,  les télévangélistes, pentecôtistes, fondamentalistes et les thérapeutes de cette mouvance dénoncent sur de simples rumeurs les activités criminelles des satanistes. Même si les cultes étaient glauques et déroutants, les allégations sur les sacrifices humains étaient infondées; ce qui sera confirmé par le FBI. Cette vague d’allégations mensongères sera connue sous le nom de « Satanic Panic » ( littéralement panique satanique). Une dénomination culturelle anglo-saxonne l’hystérie collective liée au satanisme.

Le film « Régression » montre l’étrange atmosphère d’une panique sataniste qui s’est emparée  d’une petite ville du Minnesota en 1990. Un gars du pays, Doug Gray se rend au poste de police pour dire qu’il a violé sa fille Angela lorsqu’elle était adolescente.

Ce qui est surprenant dans cette confession, c’est que Doug n’a gardé strictement aucun souvenir de cet abus. Amnésie totale! Pourtant, il est intimement persuadé d’avoir commis cet inceste et il veut être jugé. L’affaire est confiée au pragmatique inspecteur Bruce Kenner qui interroge Angela. Et là, le mystère s’épaissit! Elle ne se souvient pas d’avoir été abusée par son père. Diable, une victime et un père incestueux qui ne se souviennent, ni l’un ni l’autre, de ce crime sexuel? Mystère! L’ambiance familiale n’étant pas de tout repos, la jeune femme se réfugie dans la communauté évangéliste dirigée par le révérend Beaumont. Ce dernier croit à l’existence et à l’influence de Satan sur ses ouailles.

Désarçonné par l’amnésie de Doug et celle de sa fille, l’inspecteur Kenner s’adjoint les services d’un hypnotiseur de renom, le docteur Kenneth Raines. Ce spécialiste prétend faire remonter les souvenirs de trauma d’abus refoulés dans la mémoire. À l’aide de son pendule, le bon docteur hypnotise Angela qui prétend alors se souvenir d’une vieille femme et d’une messe noire.

Au cours de son enquête, Kenner sera troublé par les propos et les visions d’Angela. Il lui arrivera de croire aux témoignages des personnes qu’il interrogera sur les rites sataniques locaux. Dont ceux d’Angela et du pasteur Beaumont. Il sera tenté de croire aux rites sataniques, mais la raison l’emportera pour élucider cette affaire diabolique.

Doug est innocent, est il s’avèrera que sa fille est une manipulatrice sous l’emprise psychologique du charismatique révérend Beaumont. Pour prouver à ses fidèles l’existence du diable, le pasteur les droguait avec des substances hallucinogènes. En réalité, dans cette petite ville tranquille du Minnesota, il n’y a jamais eu de rites sataniques.

Outre son synopsis basée sur des faits réels, ce qui singularise ce thriller, c’est que la police s’adjoint les services d’un praticien spécialisé dans les « thérapies fondées sur la régression » (d’où le titre du film). Leur acronyme anglais est MRT pour Recovered Memory therapy.  Sa traduction en français est toujours approximative, et bien qu’imparfaite, on peut retenir celle de thérapie de la « mémoire récupérée ». Utilisée pour faire remémorer des souvenirs, des images et des sensations enfouies dans la mémoire, en faisant régresser le patient du stade conscient à un état plus archaïque.

Dans le film « Régression », l’hypnose est la technique de MRT employée pour le père et la fille, et elle était souvent préconisée pour aider les victimes diagnostiquées du SRA (Satanic Ritual Abuse). Ce diagnostic ébouriffant ne figure dans aucun manuel de diagnostic des troubles mentaux dont le si décrié DSM, la bible américaine des maladies mentales, faut-il préciser!

Le diagnostic surréaliste de SRA soufflé par les Évangélistes permettait de remettre dans le droit chemin ces âmes sous l’emprise du Diable. Des conférenciers, souvent d’anciens policiers, vont gagner un argent fou en organisant des séminaires sur le dépistage des rites sataniques à l’usage des travailleurs sociaux, éducateurs et soignants.

Quant à l’attitude de l’inspecteur Kenneth dans le film, rien d’étonnant non plus, si l’on se réfère aux propos d’un shérif du comté de San-Bernardino (Californie): « Nous avons sacrément besoin d’experts en crimes occultes ! » 

Pour poser un diagnostic de SRA, il faut le patient réponde à plusieurs critères dont celui d’avoir été violenté par ses parents, membres d’une secte sataniste. D’avoir été forcé à participer à des rites sataniques cannibales où l’on tuait et mangeait des bébés. Les adolescentes, enceintes des oeuvres du Diable, étaient contraintes d’avorter dans des conditions épouvantables. Dans certaines affaires de SRA, pour vérifier les allégations de viol, la justice demandait un examen gynécologique, et on s’apercevait, ô surprise, que la supposée victime des messes noires était vierge.

L’une des particularités du SRA est l’oubli total par la victime de ces viols, l’amnésie traumatique. Ce qui est bien montré dans le film d’Alejandro Amenabar. Si l’hypnose est mise en cause dans « Régression’, il ne s’agit pas de jeter l’opprobre sur l’hypnose médicale mais sur ses dérives sectaires. Dans les années 90, l’hypnose dévoyée était un outil d’investigation privilégié pour les autorités et la justice. C’était bien avant la police scientifique et les tests d’ADN!

L’hypnose était une « technique de la mémoire récupérée » préconisée dans les cas d’abus sexuels oubliés. Comme toutes les autres MRT, son fondement théorique reposait à l’époque sur un fonctionnement pseudo-scientifique de la mémoire. Dans cette optique, la mémoire est une banque de données qui fonctionne sur un mode linéaire comme un magnétoscope. Il suffit de revenir en arrière dans le temps pour accéder à tous les souvenirs. Ors, les neurosciences ont démontré que la mémoire ne fonctionne pas comme un magnétoscope ou le disque d’un ordinateur. Même avec les progrès de l’IA!

Les thérapies de la régression utilisent la suggestion et les états modifiés de conscience  (EMC) permettant au sujet d’accéder à ses souvenirs perdus. Sous la conduite du thérapeute qui le met en EMC, le sujet va avoir des flashs, des images ou des bribes de scènes du trauma originel qui sont interprétés comme les souvenirs du trauma.

Les « thérapies de la régression » ont induit en erreur nombre de patients entre les mains de praticiens incompétents. Ces thérapeutes étaient la plupart de bonne volonté, et ont pensé sincèrement que leurs patients avaient été réellement été violentés. Or, il est aujourd’hui prouvé que ces « thérapies de la régression » ont falsifié la mémoire en causant des faux souvenirs d’abus sexuels.

Les flashs et visions diverses étaient en fait des fantasmes, des états hypnagogiques ou des hallucinations produites par le haut niveau de suggestibilité du patient, et induits par les suggestions et croyances irrationnelles du thérapeute.

Au cours de cette vague sataniste, le SRA était un diagnostic courant. Certains thérapeutes s’étaient spécialisés dans le « Satanic ritual abuse therapy (thérapie des rites sataniques), une variante de MRT.

Dans le Minnesota, il y a eu d’autres affaires avec des spécialistes du SRA. L’ordre des médecins avait interdit à un certain Dr Fredrickson de prendre en thérapie des patients diagnostiqués de SRA. L’ordre encadrera sa pratique de l’hypnose et de l’imagerie guidée pour éviter les allégations mensongères d’abus sexuels. Ce principe de précaution imposé à un praticien, s’explique par le fait que les MRT comme l’hypnose mal pratiquée, l’imagerie guidée, le reparenting et rebirthing entre autres  ont participé à créer une déferlante de faux souvenirs, qui se sont propagés dans l’imaginaire populaire par les médias, causant une hystérie collective.

Dans le film Régression, le réalisateur a su montrer les impressions, le ressenti et les images mentales d’une régression et de ses faux souvenirs, notamment avec Doug qui, sous la houlette du thérapeute aura des images du viol de sa fille. Outre certaines dérives de psychothérapie, le film Régression montre que l’être humain est gouverné par ses fantasmes, son irrationalité, ses émotions et ses croyances. Il peut être influencé par ses affects et les croyances populaires.

Notes:

La théorie qui sous-tend les MRT est « l’amnésie dissociative » (aujourd’hui remplacée par celui d’amnésie traumatique, particulièrement en France). L’oubli total d’un trauma! Aucun souvenir! Cette amnésie dite traumatique est présentée comme un mécanisme de défense « fréquent », « banal » voire « quasi-systématique » ou bien encore à grande échelle » mis en place par la (es) victime(s) pour faire face au traumatisme d’un événement insupportable s’il était resté conscient. Seulement voilà, si la littérature scientifique évoque la rareté de « l’amnésie dissociative ». D’ailleurs, aujourd’hui, se substituerait à celui d’amnésie dissociative, le terme d’amnésie traumatique. Le seul point commun est celui d’un « stress intense »qui peut occasionner des formes spécifiques d’amnésie comme le relate un article récemment publié dans la revue Brain, mais la réalité biologique et médicale de l’amnésie, répertoriée dans la littérature scientifique, est différente de cette explication sous-tendant le mécanisme de la mémoire qui fonctionne comme un magnétoscope où il suffit d’appuyer sur le bouton « Marche » ou « Arrêt » , « Pause » et « Retour en arrière »  de la mémoire en la manipulant pour retouver les souvenirs à gogo.

Le terme dissociatif est apparu dans le DSM-IV, la classification des troubles mentaux de l’Association américaine de psychiatrie, pour remplacer celui de psychogène, trop vague. La dissociation a été définie en 1893 par le pyschologue et médecin français Pierre Janet comme un état « crépusculaire », caractérisé par un rétrécissement du champ de la conscience.

 La note ci-dessous figure également dans l’article « L’affaire Ramona,une sombre histoure de sérum de vérité ». Le médecin blogueur Marc Gozlan, dans son article, « Ces Patients frappés d’amnésie après un stress intense » publié sur son blog Réalités Biomédicales, évoque en ces termes l’amnésie dissociative:  « Il est très rare qu’une série de cas d’amnésie dissociative soit publiée dans la littérature médicale. Une étude, parue en septembre 2017 dans la revue Brain, fait état de 53 cas examinés entre 1990 et 2008 au St Thomas’s Hospital de Londres par le Pr Michael Koperman et ses collègues. Il aura donc fallu près de vingt ans pour cumuler ces cas. On comptait trois hommes pour une femme.» Et  l’article de Marc Gozlan détaille l’étude anglaise avec les expressions de ce trouble de la mémoire comme la fugue dissociative, l’amnésie rétrograde prolongée et les trous de mémoire, l’altération des mémoires sémantique personnelle, et autobiographique. L’amnésie dissociative existe et présente de multiples facettes. La lecture de l’article de Marc Gozlan permet de saisir le fonctionnement scientifique de la mémoire, et de constater que l’amnésie dissociative,  même si elle est rare, fait l’objet de publications répertoriées dans des revues spécialisées. Mais elle n’a malgré les similitudes du vocabulaire, aucun rapport avec cette amnésie traumatique « à grande échelle » et « quasi générale » qui concernerait les victimes d’un trauma.  Et cité dans l’article de Marc Gozlan, à paraître un article de Thomas-Antérion C. L’amnésie dissociative. Neuropsychologie (sous presse, 2018).
Sources:
https://fr.wikipedia.org/wiki/Église_de_Satan
http://www.telerama.fr/cinema/films/regression,493207.phphttps://www.monde-diplomatique.fr/1991/02/CARLANDER/43263

L’AFFAIRE RAMONA, UNE SOMBRE HISTOIRE DE SÉRUM DE VÉRITÉ!

Lors du procès, le psychiatre G.H Pope cite les travaux de la psychologue cognitiviste Elisabeth Loftus qui a mené diverses expériences sur la malléabilité de la mémoire.

Adriana Villagra
©Adriana Villagra

L’affaire Ramona est l’histoire d’un procès qui s’est tenu aux Etats-Unis dans les années 90. Ramona est le père de trois filles. Depuis qu’elle poursuit ses études dans le secondaire, son aînée Holly souffre de boulimie et de dépression.

Inquiète, l’épouse de Ramona envoie Holly consulter un  psychothérapeute, et suivre une thérapie familiale dans un hôpital. Lors du premier entretien, le praticien n’y va pas par quatre chemins:  il explique doctement que 90 % des personnes souffrant de boulimie ont été victimes d’un abus sexuel durant leur enfance. Holly rétorque qu’elle n’a aucun souvenir d’un abus quelconque, mais curieusement, au cours de sa thérapie, elle a d’étranges flash-backs. Ils se manifestent par de brèves images mentales où elle voit son père sur elle.

Le thérapeute les décrypte comme des souvenirs d’inceste. Il envisage alors de mettre Holly sous amytal de sodium, un supposé sérum de vérité, pour avoir la confirmation que son père a bien abusé d’elle. Cela peut choquer aujourd’hui en 2018,  mais c’était l’usage dans les années 80/90, de recourir à l’amytal comme une technique adjuvante pour faire retrouver la mémoire (MRT, acronyme en anglais). Sous Amytal, Holly confirme l’inceste.

Après six mois de psychothérapie, les thérapeutes reprogramment une nouvelle séance sous Amytal, et là encore Holly tient les mêmes propos que ceux de la première séance.

Le recours à l’Amytal avait été demandé pour confronter le père à sa fille, et ainsi prouver l’inceste. Sans savoir de quoi il retourne, le 15 mars 1990, Ramona est convoqué à l’hôpital,  et quand il rentre dans la salle d’examen, il aperçoit au chevet de Holly groggy par la drogue,  son épouse et les thérapeutes.

Holly, sous sérum de vérité, redit qu’elle a été violée par son père entre l’âge de cinq et huit ans. Ramona proteste en disant que c’est une allégation mensongère. Son épouse et les psychologues doutent de sa bonne foi et l’exhortent à avouer le supposé inceste. Ramona propose qu’on l’interroge sous Amytal comme on l’a fait pour Holly. On lui refuse.

Ramona est dévasté moralement par ces accusations infondées. Les ennuis s’accumulent. Un an après, sa femme demande le divorce. Cadre supérieur dans une société viticole, il est licencié. La perte de son emploi est la conséquence des rumeurs d’inceste qui courent sur lui. Pugnace, il entame des poursuites judiciaires contre les deux thérapeutes de Holly et l’hôpital. Les avocats de Holly invoquent le fait que sa fille est satisfaite de cette prise en charge thérapeutique, et que de toute façon, Ramona n’a pas le droit d’interférer et d’entamer des poursuites pénales. L’affaire est portée devant les tribunaux.

À la barre, les experts des deux parties vont se succéder. Certains comme l’expert psychiatre G.Harrisson Pope viennent plaider la cause de Ramona. Pour eux, l’origine de la boulimie n’est pas liée à un abus sexuel durant l’enfance, de même la validité d’un témoignage sous sérum de vérité qui est à prendre avec des pincettes sur la fiabilité des souvenirs. Malléabilité de la mémoire connue avec les supposés sérums de vérité. Ils considèrent les souvenirs de Holly faux. Alors pourquoi parlent-ils de faux souvenirs? Car pour eux, ces supposés souvenirs d’inceste ont été récupérés sous une thérapie qui provoque un état altéré de conscience et où la suggestibilité du sujet joue un rôle important. Ces experts soulignent le pseudo-scientisme de la théorie des souvenirs refoulés qui créeraient une amnésie sur de longues années (voire des décennies). Comme un mécanisme automatique de protection destiné à occulter la douleur d’un trauma survenu durant l’enfance, et pour la soigner, il faut qu’on se souvienne du trauma.

Du côté des défenseurs de Holly, c’est un autre son de cloche. Eux, affirment que la thérapie a été menée correctement, et qu’elle présente bien avec sa boulimie tous les symptômes d’une victime d’inceste.

Afin d’étayer leur diagnostic, ils invoquent ses goûts alimentaires qui constituent des preuves tangibles. Holly n’aime pas la mayonnaise, déteste les soupes à la crème ou le fromage fondu, et elle n’accepte de manger des bananes que coupées en petits morceaux. On peut s’étonner de cet étalage sur ses goûts alimentaires. Et bien, parce que pour ces experts, ces aliments évoquent le sperme que Holly devait avaler au cours de fellations. Ils parlent de l’image désastreuse de son corps, de ses inhibitions sexuelles et des symptômes dépressifs qu’ils décryptent comme des souvenirs inconscients d’inceste.

Le procès Ramona est exemplaire pour plusieurs raisons. Dabord, c’est le procès d’une catégorie de thérapeutes proclamant qu’il est possible de faire se souvenir d’un trauma oublié durant des décennies à l’aide de techniques douteuses qui n’ont pas fait les preuves de leur efficacité scientifique.

Ensuite, il dénonce les aberrations de la « théorie de la  mémoire recouvrée » et des thérapies (ou techniques) génératrices de faux souvenirs. Côté mémoire, il est impossible de parler « d’amnésie » totale sur des décennies lors d’un violent trauma. Ici un inceste, même si après un stress intense, une amnésie peut se produire et est rapportée dans la littérature scientifique.

Holly a reconnu qu’elle avait complètement oublié ce trauma, et qu’elle ne s’est souvenue des actes incestueux des années plus tard que sous la double influence des thérapeutes et du sérum de vérité.

Évidemment, le temps est une notion subjective et le délai de prescription pour dénoncer un agresseur sexuel est important. Libérer la parole des victimes à l’âge adulte est une entreprise délicate, surtout dans les cas d’un très grand traumatisme comme l’abus sexuel chez l’enfant. Dans l’affaire Ramona, il s’agit de dénoncer les pratiques douteuses de professionnels de la psychothérapie qui manipulent la mémoire.

On peut-être sceptique sur l’existence des faux souvenirs, surtout lorsqu’il s’agit d’abus sexuels! Ils peuvent être des paravents utilisés par des parents incestueux ou des pédophiles pour camoufler leurs crimes. Il faut être vigilant, oui, à ce que ce ne soit pas le cas, mais les faux souvenirs d’abus sexuels existent bel et bien! L’affaire Ramona n’est qu’une affaire parmi d’autres qui ont agité les États-Unis à partir des années 1980.

Les faux souvenirs ne se cantonnent pas à l’abus sexuel. On a vu défiler tout un inventaire ébouriffant. C’est allé des enlèvements par des E.T en passant par les rituels sataniques, aux sacrifices de bébés où des femmes de milieux conservateurs anti-avortement déclaraient être enceintes après avoir participé de force à des orgies. Affabulations dignes de thrillers!

Alors, quels sont les arguments qui ont permis d’innocenter Ramona, et de prouver les faux souvenirs de Holly?

G.H Harrisson Pope, l’un des experts psychiatres, du procès Ramona, doute fort qu’une victime d’abus sexuel, violée entre l’âge de sept ou huit ans, soit amnésique au sens où on le prétend dans la « théorie de la mémoire retrouvée »! Une véritable victime mettrait ce trauma dans un coin de sa mémoire mais en aurait conscience. Elle s’en souviendrait en filigrane mais serait bloquée pour en parler.

G.H Pope évoque le travail de Judith Herman sur les « Survivantes d’inceste » (appelées ainsi comme les survivants de la guerre du Viet-Nam). Dans son best-seller Father-Daughter  (Père-Fille, 1980) Judith Lewis Herman décrit 40 cas de femmes victimes d’inceste. La plupart d’entre elles ont gardé, au cours du temps, le souvenir de ces abus. Six ans plus tard, dans un article publié dans une revue de psychologie, elle cite 14 de ses patientes qui, elles seraient totalement amnésiques. Les médias et les livres de vulgarisation sur l’inceste ont relayé cette étude,  alors que sa méthodologie était biaisée. Cette étude a fortement contribué à diffuser la théorie des souvenirs refoulés chez les survivant(e)s d’inceste. Un blocage, au sens du comportement réactionnel à faire face à cette situation.

G.Harrisson Pope donne son point de vue sur les aliments détestés par Holly, et il est contraire à ceux qui défendent Holly. D’abord, ces aliments sont riches en calories et bourratifs. Leur aversion par Holly ne constitue nullement la preuve d’un abus sexuel. Les patients boulimiques sont capables d’ingérer de grandes quantités de nourriture très caloriques, et ensuite de se faire vomir. Ce que n’a jamais fait Holly.

Au cours du procès, le psychiatre G.H Pope cite les travaux de la psychologue cognitiviste et spécialiste de la mémoire humaine Élisabeth Loftus, qui a mené diverses expériences sur la malléabilité de la mémoire. Elle a réussi à implanter, au cours d’une expérience de laboratoire, des faux souvenirs dans un groupe d’adultes à titre expérimental. Elle les a persuadés qu’ils s’étaient perdus, enfant, dans un centre commercial. Ce qui ne s’était jamais produit.

Et il y a la « suggestibilité » des sujets sous thérapie! Certaines personnes sont-elles plus ou moins influençables que d’autres?

Mainfestement, on peut l’être par périodes, lorsqu’on souffre de dépression, de troubles du comportement alimentaire ou autres. Mais on ne peut jamais affirmer que la cause d’une dépression et à fortiori d’autres troubles) est due à un abus sexuel comme dans le procès Ramona, et c’est pourtant ce qui se dit dans la plupart des ouvrages de vulgarisation. Ces troubles peuvent atteindre tout le monde, et ils ne sont pas spécifiques aux victimes d’inceste.

Et la fiabilité du sérum de vérité pour tirer les vers du nez? Depuis la fin du XIXe siècle, on sait que certaines drogues falsifient la mémoire en augmentant le potentiel de suggestibilité ou les confabulations. Il y a tout une littérature autour des substances altérant la conscience qui ont développé de fausses croyances autour de l’abus sexuel (hors GHB, la drogue des violeurs). Dans les premières décennies du XX siècle, les médecins administraient les sédatifs et anesthésiants aux patients(e)s dûment chaperonnés. On savait que sous l’emprise de certaines substances, des patientes pouvaient accuser leur médecin de viol, et toute intrusion d’ustensiles médicaux dans le corps pouvaient donner lieu à des interprétations fantaisistes.

Le verdict du procès Ramona montre l’absence de fiabilité des techniques censées faire retrouver des souvenirs oubliés sur une longue période. Sans entraver son libre-choix, une personne voulant suivre une thérapie au risque élevé de suggestibilité et susceptible de créer des faux souvenirs, doit en être informée et la choisir en connaissance de cause.

Le cas Ramona pose clairement le risque bénéfice/risque d’une thérapie. Ramona a été lavé de tout soupçon d’inceste. Les fausses convictions implantées chez des patients renforcent le fait qu’elles sont au centre du mal-être de la personne. Les faux souvenirs sont un mauvais départ s’ils sont pris au pied de la lettre. On ne peut pas prendre en charge une victime d’un  véritable inceste comme celle qui a des « faux souvenirs ». Ce serait faire injure aux victimes.

Côté mémoire, est-il possible d’envisager une « amnésie totale » (parfois sur des décennies) lors d’un violent trauma,  et notamment lors d’un inceste comme dans le cas de Holly, la fille de Ramona? Souvenirs réprimés par dissociation avec une mémoire fonctionnant comme un magnétoscope où il suffit d’appuyer sur « ON » ou « OFF » pour retrouver l’instant T traumatisme?  Et cerise sur le gâteau, visible sous IRM ? Vraiment? Non, pas vraiment !

L’on ne peut constater que dans le syndrome des faux souvenirs, le terme « d’amnésie dissociative » revient souvent sur le tapis pour justifier l’oubli total  d’un trauma sur des décennies. Aujourd’hui, il est remplacé par celui d’amnésie traumatique, mais le mécanisme reste le même. En fait, le terme d’amnésie est joyeusement dévoyé pour expliquer que la mémoire fonctionne comme un magnétoscope, et qu’il est possible de  récupérer d’une façon « quasi miraculeuse » des souvenirs par une technique altérant la conscience. Comme chez Holly, le recours à l’amytal.

Il y a clairement un mésusage du terme amnésie qui sert à brouiller les pistes pour parler des conséquences d’un trauma sur la mémoire. En l’état des connaissances scientifiques actuelles, soulignons que  le terme « d’amnésie dissociative » fait  l’objet de publications (rares) répertoriées récemment dans la littérature scientifique. On peut éventuellement envisager l’idée d’une controverse scientifique entre spécialistes, mais il faut la distinguer des explications pseudo-scientifiques sur le fonctionnement de la mémoire dans le cas des faux souvenirs, récupérés par des techniques douteuses à base d’États Modifiés de Conscience. À savoir que les dites techniques n’ont pas fait la preuve de leur efficacité suivant les règles de l’Evidence Based Médecine.

Pour en savoir plus sur l’amnésie dissociative, le lecteur peut se reporter à l’article dûment documenté du Dr Marc Gozlan sur son blog réalités Biomédicales « Ces patients frappés d’amnésie après un stress intense ». C’est une approche rigoureuse qui ne fait aucune part à l’approximation scientifique, et si l’on retrouve le terme d’amnésie dissociative, cela n’enlève rien à l’existence des faux souvenirs induits (non évoqués dans  le dit article).

L’amnésie dissociative est un vocable scientifique qui sert à désigner certaines formes d’amnésie, et n’est pas un concept à lui seul. L’une de ses caractéristiques est de ne pas se voir sous I.R.M, contrairement à ce que prétendent ceux qui évoquent « l’amnésie traumatique » en cause dans les faux souvenirs.

Le danger des faux souvenirs d’inceste, outre le risque d’erreurs judiciaires, nuit aux vraies victimes d’inceste. Le point de vue du Dr G.H Pope est sans ambiguité : « oui, nous ne devons jamais ignorer la réalité de l’abus sexuel durant l’enfance, mais nous devons trouver des solutions quand ces souvenirs sont faux. »

Note: 

Le médecin blogueur Marc Gozlan dans son article « Ces Patients frappés d’amnésie après un stress intense » publié sur le blog Réalités Biomédicales, évoque en ces termes l’amnésie dissociative:  « Il est très rare qu’une série de cas d’amnésie dissociative soit publiée dans la littérature médicale. Une étude, parue en septembre 2017 dans la revue Brain, fait état de 53 cas examinés entre 1990 et 2008 au St Thomas’s Hospital de Londres par le Pr Michael Koperman et ses collègues. Il aura donc fallu près de vingt ans pour cumuler ces cas. On comptait trois hommes pour une femme.» Et  l’article de Marc Gozlan détaille l’étude anglaise avec les expressions de ce trouble de la mémoire comme la fugue dissociative, l’amnésie rétrograde prolongée et les trous de mémoire, l’altération des mémoires sémantique personnelle, et autobiographique. L’amnésie dissociative existe et présente de multiples facettes. La lecture de l’article de Marc Gozlan permet de saisir le fonctionnement scientifique de la mémoire, et de constater que l’amnésie dissociative, même si elle est rare, fait l’objet de publications répertoriées dans des revues spécialisées. Mais elle n’a malgré les similitudes du vocabulaire, aucun rapport avec cette amnésie traumatique « à grande échelle » et « quasi générale » qui concernerait les victimes d’un trauma.  

Et cité dans l’article de Marc Gozlan, à paraître un article de Thomas-Antérion C. L’amnésie dissociative. Neuropsychologie (sous presse, 2018).

Pour en savoir plus: 

http://realitesbiomedicales.blog.lemonde.fr/2017/11/15/ces-patients-frappes-damnesie-apres-un-stress-intense/

https://www.cambridge.org/core/journals/irish-journal-of-psychological-medicine/article/false-memory-syndrome-balancing-the-evidence-for-and-against/8CE54B731E32DD54BE4F04067A3A79FC

Une première version de l’article « L’affaire Ramona, une sombre histoire de sérum de vérité » a précédemment été publié le 23 octobre 2013. Il a été enrichi par de nouvelles données en l’état des nouvelles connaissances scientifiques:  https://autreregardsurlapsychologie.blogspot.fr/2013/10/laffaire-ramona-une-sombre-histoire-de.html

L’EXPÉRIENCE DE MORT IMMINENTE, SCIENCE OU PARAPSYCHOLOGIE?

Les explications scientifiques des E.M.I et l’étude de ses mécanismes psychologiques sont rares.

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Qui n’a pas lu sur le net ces étranges acronymes « E.M.I » et « N.D.E » qui signifient respectivement « Expérience de Mort Imminente » et sa traduction anglaise « Near Death Expérience. Le recueil des témoignages de personnes revenues de l’Au-delà intéressent fortement les parapsychologues et les charlatans. Pourtant, les E.M.I./N.D.E, aux frontières de l’étrange, sont des phénomènes cliniques étudiés par les scientifiques.

Comment  les définir ?
Des survivants, déclarés pourtant cliniquement morts, après un arrêt cardiaque, réanimées, à leur réveil déconcertent leur entourage médical et familial par un étrange récit digne de la série culte « X FILes » qui défie la raison.

Les N.D.E se produisent dans des circonstances particulières de l’ordre du « trauma » comme une noyade, une opération ou un suicide raté; c’est un choc violent où la personne a failli mourir.

Les expérienceurs (ceux qui  ont vécu une E.M.I) décrivent tous plusieurs impressions!
Notamment, celle de quitter son corps et de l’observer de l’extérieur. C’est la décorporation. D’autres vont voir un tunnel ou se trouver sur  le seuil d’une porte virtuelle, aveuglés et attirés par une lumière blanche, brillante et chaude. Et d’autres affirment avoir parlé dans l’Au-delà avec des êtres de lumière ou des disparus. La sensation qui leur  reste de leur voyage « aux portes de la mort » est une sensation de paix, de légèreté, de sérénité qui  perdure et abolit la peur de la mort. Curieusement, tous les  témoignages de N.D.E sont rassurants et positifs.

Les « expérienceurs » gardent une certaine nostalgie pour les” paradis célestes” entrevus; la vie de certains va s’en trouver chamboulée. Malheureusement, ils vont souvent rencontrer sur leur route des charlatans qui vont les entretenir dans des croyances irrationnelles qui peuvent se révéler destructrices.

Chantre des travaux sur les N.D.E, le Dr Raymond Moody, philosophe, psychiatre et auteur d’ouvrages populaires sur le sujet, s’est toujours montré prudent pour aborder ce sujet à la frontière de la parapsychologie. Selon lui, le phénomène des N.D.E n’est pas rare du tout. Les N.D.E équivaudraient au « Deute Roptmos » (Deux fois évanoui) des Grecs. Il est reproductible à volonté.

Il est possible, en l’état  des  connaissances scientifiques, « d’injecter » avec des psychotropes toutes les expériences virtuelles dans le système nerveux central. Dans les années 50, un programme de manipulation mentale de la C.I.A a été consacré à ce genre de recherches avec le L.S.D et autres produits psychoactifs.
 Et l’implantation de croyances irrationnelles sous forme de « visions » ou de « faux souvenirs » a été amplement démontré. Pour les neuroscientifiques, l’E.M.I résulterait d’un mode de fonctionnement particulier d’une zone du cerveau située dans le lobe temporal droit, le gyrus angulaire, lui même proche de zones impliquées dans la vision, l’ouïe, l’équilibre et le toucher.

En 1995, le Dr Michael Persinger, a stimulé plusieurs aires du cerveau pour déclencher des phénomènes comparables aux EMI en stimulant différentes aires du lobe temporal. Il n’a pas réussi à réaliser une EMI complète décrite par les « expérienceurs », mais il a réussi au moins à déclencher chez les sujets des visions mystiques et des sensations de décorporation.

Le Dr Sam Parnia, directeur de recherche en en soins intensifs à l’université de médecine de New-York a voulu aller plus loin que la collecte de témoignages de N.D.E; terme qu’il semble réfuter. Avec son équipe de 17 chercheurs venus de tous les États-Unis et du Royaume-Uni, il  a voulu comprendre, tout d’abord, ce qu’était «l’expérience mentale et cognitive de la mort» et étudier ce qui se passait dans la tête de quelqu’un qui a eu  à un arrêt cardiaque, et dont le coeur est reparti. 50 pour cent des interrogés pour cette étude affirmaient se souvenir de quelque chose alors qu’ils étaient cliniquement morts.

Selon les auteurs de l’étude, 7 grands thèmes reviennent le plus fréquemment dans les témoignages:
-Sentiment de peur-
-Visions d’animaux ou de plantes-
-Une lumière vive-
-Violence et de persécution-
-Impression de déjà-vu-
-Vision d’un membre de sa famille-
-Souvenir des évènements qui ont suivi l’arrêt cardiaque-

Les gens vivraient une véritable expérience cognitive au moment de la mort et parler de souvenirs proprement dits seraient hasardeux.  Ils étaient, pour la plupart, sous sédatifs et  Sam Parnia émet l’hypothèse que leur inconscient a enregistré une expérience particulière. Il note que chez certaines personnes, certains symptômes sont similaires  à  ceux d’un Stress-Post-Traumatique.

En 2001, une étude hollandaise sur les N.D.E chez les rescapés d’arrêt cardiaque, est  publiée dans la prestigieuse revue anglaise “The Lancet”.  Elle est menée par le Dr P.Van Lommel et porte sur 344 patients, qui après un arrêt cardiaque, ont été ranimés dans 10 hôpitaux hollandais. Les résultats de cette étude montrent que l’E.M.I n’est pas une  constante. Seuls 18% des patients interrogés disent avoir vécu une N.D.E,  parmi lesquels 12% relatent une « expérience profonde ». Si l’on s’en tenait à une explication purement physiologique, telle qu’une anoxie cérébrale, la plupart des patients déclarés cliniquement morts devraient avoir vécu une N.D.E. Ce n’est pas le cas! L’étude de P.Van Lommel apporte du poids à l’hypothèse survivaliste, c’est à dire que la conscience survit à la mort du corps. Cette conception a été critiquée par Jason J.Braitwaite, non pas sur les données récoltées mais sur les conclusions survivalistes.  L’étude de Lommel ne fournit pas la preuve que l’esprit et le cerveau sont séparés du cerveau. Ses conclusions relèvent du domaines des croyances et de la foi. Il faut toutefois retenir que la méthodologie de la collecte des données et acceptable.

Selon Jimo Borjin, professeur de neurologie à l’Université du Michigan principal auteur de travaux  sur les E.M.I publiés dans les comptes rendus de l’Académie des Sciences du 12 au 16 août  2013,  les sensations et visions, comme celle d’une lumière intense correspondent à un regain d’activité cérébrale quand la circulation sanguine cesse dans le cerveau. Cette recherche a été effectuée sur des rats, et  est la première à analyser « les effets neurophysiologistes d’un cerveau mourant », précise Jimo Borjin. « Nous sommes partis de l’idée que si cette expérience résulte d’une activité cérébrale, elle devrait pouvoir être détectée chez les hommes comme chez les animaux, même après l’arrêt de la circulation  du sang dans le cerveau », explique la neurologue. Le cerveau serait ainsi capable d’une activité électrique bien organisée aux premiers stades de la mort clinique, caractéristique d’un état de conscience.

L’étude du Michigan est contestée par chercheurs comme Chris Chambler car cette recherche n’ayant été menée que sur des rats, on ne sait pas s’ils ont un état de conscience, et on ne peut pas comparer un encéphalogramme d’un humain à celui d’un rat.

Les explications scientifiques des E.M.I et l’étude de ses mécanismes psychologiques sont rares. Si elles rendent compte des aspects cognitifs des croyances religieuses, impliquant des aspects affectifs et motivationnels, elles sont difficilement évaluables et compatibles avec la rigueur scientifique.

Alors vrais ou faux souvenirs, les EM.I/N.D.E? Un certain Johnson a fait une publication disant que ces expériences sont des faux souvenirs ou des reconstructions de souvenirs d’expériences vécues en rapport avec les causes de l’arrêt cardiaque. Ce n’est pas l’avis de tout la monde sur la planète des sceptiques.

Dans le cadre de sa thèse, Vanessa Charland-Verville, neuropsychologue à l’Université de Liège, a étudié ce phénomène. Elle constate que l’expérience des E.M.I est plus réelle que la réalité. S’appuyant sur le Memory characteristic questionnaire, Vanessa Charland-Verville a d’abord comparé  des souvenirs réels avec des souvenirs imaginés. Ces derniers  sont beaucoup moins intenses que des souvenirs réels. Pour les faux souvenirs, il est hasardeux de les comparer à des souvenirs imaginés ou des E.M.I. Concernant ces derniers, ils ne sont pas comparables à des souvenirs imaginés ou des faux souvenirs.  Et Il est également difficile des les apparenter à des hallucinations ou à des rêves. Il se passe manifestement quelque chose dans le cerveau que la science n’a pas encore élucidé.

Le sujet des E.M.I/N.D.E reste encore un sujet sulfureux pour les acteurs de la santé. Sur le net, la plupart des explications relèvent  de l’irrationnel, voisinent avec le spiritisme, la parapsychologie, la réincarnation, les OVNI, les voyages astraux et autres phénomènes surnaturels.
 D’aucuns affirment que la France négligerait l’étude scientifique de ce phénomène, laissant le champ libre aux dérives sectaires.

Les chemins de l’au-delà seraient-ils eux aussi semés d’embûches? La NDE garde encore beaucoup de ses mystères scientifiques.

Pour en savoir plus: 
Revue “Cerveau et Psycho” n°3, sept-nov 2003
Dr P.Van Lommel, “Expérience de mort imminente chez les rescapés d’arrêt cardiaque: une étude prospective aux Pays Bas”, The Lancet, 2001; 358: 2039-2045.

Émission diffusée le 10/01/2006 sur France 5 : le magazine de la santé au quotidien: l’Expérience de Mort Imminente.
http://www.linternaute.com/science/biologie/dossier/les-enigmatiques-experiences-de-mort-imminente/le-cerveau-la-source-des-emi.shtml
http://www.sciencesetavenir.fr/sante/20141009.OBS1649/un
http://scepticismescientifique.blogspot.fr/2008/10/critique-de-ltude-sur-les-emi-de-van.html-etat-de-conscience-observe-apres-la-mort-vraiment.html?xtor=RSS-24
http://iands-france.org.pagesperso-orange.fr/res_root.html
http://soocurious.com/fr/mort-imminente-experience-deces/
http://scepticismescientifique.blogspot.fr/2013/12/transcription-de-lepisode-213-les.html