LES PERSONNALITÉS MULTIPLES FONT LEUR CINÉMA

Les trois visages d’Eve évoque le sulfureux trouble mental de la Personnalités Multiple qui va défrayer la chronique et favoriser des pratiques douteuses de psychothérapie.

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En 1957, le film les Trois visages d’Eve remporte plusieurs oscars, et l’héroïne du film Eve est interprétée par Jane Woodward. Ce film évoque par anticipation le sulfureux trouble mental de la Personnalité Multiple répertorié qui sera répertorié dans le DSM III en 1980. Le DSM I et II de 1952 et 1968 n’en faisaient pas mention.

Le synopsis du film les Trois visages d’Eve s’inspire de la véritable histoire de Chris Costner-Sizemore, une femme souffrant du trouble de la Personnalité multiples. Son cas est relaté dans le livre Les Trois Visages d’Eve écrit par son psychiatre H.Thigpen qui vendit ses droits à Hollywood. Alors revenons à ce film inspiré d’une histoire vraie. Mère et épouse attentive, Eve, femme est une timide et effacée, et elle souffre de maux de tête et de trous de mémoire gênants. Elle est totalement amnésique de ses faits et gestes pendant plusieurs heures voire plusieurs jours. Elle consulte un psychiatre renommé, le Dr Luther, qui pratique l’hypnose. Lors d’une séance, le Dr Luther découvre en elle une autre personnalité, avec laquelle il dialogue. C’est Eve l’obscure qui ne songe qu’à s’amuser. Elle sait tout des faits et gestes d’Eve la discrète alors que cette dernière ignore tout de ce  peut faire son double obscur. Le Dr Luther veut comprendre les deux facettes de sa patiente et il  les prend en thérapie alternativement toutes les deux.

Excédé par les multiples facettes de la personnalité d’Eve, son  mari la quitte en leur laissant leur fille Bonnie. Le Dr Luther fait interner Eve à la suite d’une tentative de meurtre par son double obscur sur sa fille Bonnie. Le médecin est convaincu que la double personnalité de sa patiente n’est pas son véritable Soi et que son trouble remonte à l’enfance après un trauma dont elle serait amnésique. Elle doit absolument s’en souvenir pour guérir. Sous hypnose, elle se souvient qu’on l’avait obligée à embrasser dans son cercueil sa grand-mère morte lorsqu’elle avait six ans. Le chagrin aidant ajouté à la terreur d’être confrontée physiquement à la mort, avait amené Eve à se fractionner en deux personnalités distinctes.

Ô surprise, lors des séances d’hypnose, va émerger Jane, une nouvelle personnalité nettement plus posée et équilibrée. Jane ne comprend rien à la situation mais peu à peu elle arrive  à réunifier sa mémoire en se souvenant des faits et gestes des deux visages d’Eve incluant cette nouvelle facette d’elle. Le Dr Luther continue de dialoguer avec les trois visages de sa patiente et il s’aperçoit, au cours d’une séance, qu’Eve la discrète et Eve la rebelle ont cessé d’exister. Les trois personnalités sont enfin unifiées en Jane. Guérie, Jane va se remarier avec Earl, un homme qu’elle a rencontré lorsqu’elle était Jane et retrouve sa fille Bonnie.

Les trois visages d’Eve évoque le sulfureux trouble mental de la Personnalités Multiple qui va défrayer la chronique et favoriser des pratiques douteuses de psychothérapie. Mais quelles sont les différences entre l’héroïne du film Eve et Chris Costner-Sizemore?

Chris avait développé des personnalités multiples après avoir été témoin de deux accidents en l’espace de trois mois, lorsqu’elle était enfant. D’abord sa mère gravement blessé et un homme scié dans une entreprise de bois. Selon les psychiatres qui l’ont suivie, Chris n’aurait pas seulement eu trois identités mais une bonne vingtaine. Ses personnalités se présentaient par groupe de trois lorsque la personnalité consciente de Chris s’effaçait. Le livre les Trois visages d’Eve a été écrit son psychiatre H.Thigpen, avec peu de contribution de Chris., et n’a concerné que deux de ses personnalités.

Par la suite, Chris a écrit deux livres non traduits en Français  respectivement I’m Eve et Mind of My Own, The Woman Who Was Known As Eve Tells the Story  of Her Triumph Over Multiple Personality Disorder qui fourmillent de détails que n’ont pas donné ses md15783318666psychiatres. Pour elle, elle ne s’est pas sentie dissociée par ses personnalités contrairement à ce qu’ils pensaient mais a toujours affirmé que ces personnalités existaient à l’intérieur d’elle. Après avoir eu ses personnalités réunifiées avec ses différents psychiatres, elle a affirmé qu’à chaque étape de sa vie a correspondu un alter ego. Selon elle, c’était Eve White qui s’était marié avec son premier mari et qui était la mère de la fille née de leur union, et pas celle qui avait réunifié sa personnalité. À la sortie du livre Les Trois Visages d’Eve et ensuite le livre, Chris Costner-Sizemore a très mal vécu cet engouement médiatique autour de son cas, et elle a réussi après une procédure judiciaire à faire annuler le contrat qu’avait passé le psychiatre Thigpen avec la 20th Century Fox.

À partir des années des années 70,  le trouble de la personnalité multiple va devenir une maladie mentale populaire, et pour de nombreux thérapeutes un créneau de thérapie par hypnose ou sérum de vérité (Amytal). Il se caractérise par la présence de deux personnalités (voire plus) nommées les alter ego qui tour à tour prennent le contrôle de la personne appelée hôte. Les alter ego se conduisent à l’opposé de la personnalité et ils émergent curieusement toujours sous hypnose ou sous sérum de vérité (Amytal). C’est à dire lorsque la personne est en état modifié de conscience. L’identité des alter ego était parfois surprenante: changement de sexe, tortues Ninja, vies antérieures, cochons, tigres, singes, etc. Ce syndrome s’était tellement banalisé que lors des procès d’assises, les avocats et les jurés débattaient de savoir si l’accusé n’avait pas tué sous l’emprise d’un alter. Ce qui permettait de le déclarer irresponsable pénalement et de l’interner.

L’origine du trouble de la Personnalités Multiple va être au fil du temps imputée à un trauma subi dans l’enfance, et corrélé à l’abus sexuel (inceste, pédophilie). Il sera  intégré au modèle post-traumatique de l’abus sexuel chez l’enfant, générant des mauvaises pratiques thérapeutiques et des procès pour abus sexuels entraînant en cascade des erreurs judiciaires.

La popularité des multiples personnalités véhiculée par les livres, le cinéma et les médias va faire exploser le nombre de cas chez les femmes.  Les chiffres qui suivent sont extraits du livre Science and Pseudo Science in Clinical Pyschology: avant 1960, on en recensait deux cas par décennie. 14 cas de 1944 à 1965, en 1986, 6000 et en 1998 40000 jusqu’à ce que la communauté scientifique remplace l’appellation du trouble de la Personnalité Multiples par celle du Trouble Dissociatif de l’Identité. Freud était plus que sceptique sur l’existence des personnalités multiples, et il pensait que c’était induit par les suggestions du thérapeute, et n’oublions pas qu’il avait été formé à l’école de Charcot où l’on soignait l’hystérie.

Le psychologue Nicholas Spanos, en 1994, décrypte le Trouble de la Personnalité Multiples comme étant le produit de constructions sociales établies par le corpus médical, légitimées et entretenues par l’interaction sociale entre les patients conditionnés à faire surgir des alter ego, le grand public et les médias. Cet élément socio-culturel est de la même nature que les rites de possession ou la sorcellerie au Moyen-Age. N. Spanos dénonce cette usine à gaz à fabriquer des faux souvenirs, des entités à gogo et la thèse des souvenirs refoulés sous le concept pseudo-scientifique de l’amnésie dissociative (battue en brèche aujourd’hui par les dernières découvertes des neurosciences).

La sociologue et critique féministe américaine Elaine Showwalter place les personnalités multiples dans le groupe des syndromes ayant un fondement hystérique à l’instar du syndrome de la guerre du golf, des rites sataniques et du syndrome des faux souvenirs. Elle a créé, à cet effet, le néologisme d’hystoire qui est la contraction du mot histoire et de celui  d’hystérie. Ces mini-épidémies sont une forme contemporaine de l’hystérie de conversion décrite par Charcot et Freud à la fin du XIX siècle.

Chris Costner-Sizemore est l’une des patientes les plus célèbres diagnostiquées du Trouble dissociatif de l’identité, et son cas figure parmi  les dix les plus fascinants de l’histoire de la psychologie dont ceux de Phineas Gage et le garçon sauvage de l’Aveyron.

 Notes: Après bien des controverses et des dérives de la psychothérapie, le Trouble de la Personnalité Multiple va être remplacé par celui du Trouble Dissociatif de l’Identité (TDI) dans le DSM IV. L’une des particularités du DID est l’amnésie dissociative qui se décrit par des trous de mémoire portant sur des tranches de vie allant de quelques heures à plusieurs jours.Cette amnésie concerne uniquement les faits et gestes des alter ego. Elle est définie comme asymétrique parce que l’hôte n’a pas conscience des faits et gestes de ses alter ego et pas le contraire.  Il y a toute une controverse scientifique sur ce sujet qui égare le grand public sur les conséquences d’un trauma psychologique qui altère la mémoire.

Le film les Trois Visages d’Eve

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