AUTOUR DU FILM « SANS LIMITES »: LE DOPAGE CÉRÉBRAL!

La découverte de cette molécule de fiction, le NZT, repose sur le mythe pseudo-scientifique où nous n’utiliserions que 10 % de notre cerveau.

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Le dopage cognitif est en plein essor. Connaissez vous ces molécules censées doper les fonctions cérébrales, les smart-drugs encore appelées nootropes ou bien encore nootropiques?
Les smart-drugs »sont des médicaments qui améliorent les capacités cognitives et dont  la réputation  est de doper les capacités cérébrales. Aux fins de stimulation cérébrale, ces nootropiques sont souvent des médicaments détournés de leur usage. Beaucoup de  lycéens américains développent une addiction à la Ritaline, des traders de Wall Street se gavent d’amphétanimes.

Ces molécules licites,  aux  indications précises, comme pour les troubles du sommeil (narcolepsie, hypersomnie) ne sont délivrées que sur prescription médicale. Or, sur le web certains sites peu scrupuleux proposent à la vente ces produits pour censés stimuler l’intelligence. Leur marketing les détourne de leur principale indication et leur utilisation relève du mésusage médicamenteux avec le risque d’effets secondaires. Et pourtant le nombre de leurs utilisateurs ne cesse de croître. Les smart-drugs inspirent les auteurs de film et de série TV.

Alors pourquoi ne pas parler de ces nootropiques à travers le film « Sans Limites » -sorti en 2011 et interprété par Bradley Cooper et Robert De Niro- ?

Eddie Mora, le personnage principal du film (joué par le sexy Bradley Cooper), est un écrivain paralysé par l’angoisse de la page blanche. Lorsque sa petite amie le quitte, il sombre dans la dépression. Son ex beau-frère, ancien dealer, va lui faire découvrir un produit révolutionnaire de l’industrie pharmaceutique, le NZT-48, qui permet d’exploiter le potentiel du cerveau au maximum. Cette pilule jamais été testée. Rappelons que le NZT-48, est une smart-drug de fiction pour ceux qui seraient tentés de croire que le NZT existe réellement. Grâce à cette drogue, la mémoire d’Eddie est surhumaine. Il peut désormais se souvenir de tout ce qu’il a lu, vu ou entendu. Il devient capable d’apprendre n’importe quelle langue en une journée, de résoudre des équations complexes et ainsi fasciner tout ceux qu’il rencontre.

Mais toutes ces merveilleuses capacités ne sont possibles que s’il est sous l’influence du NZT, et une seule pilule a suffi à le rendre accro. Notre héros va écrire son livre en trois jours et enthousiasmer son éditrice. Il va ajouter d’autres cordes à son arc en devenant l’un des plus grands traders de Wall Street. Malheureusement, cette montée en puissance des facultés cognitives de notre héros s’accompagne des terribles effets secondaires du NZT qui sont ceux du sevrage d’une drogue puissante, et notre héros apprendra que tous ceux qui ont pris cette pilule sont décédés d’overdose.

Le film « Sans Limites » a le mérite de montrer l’envers du décor avec ce héros qui sombre dans les affres de la dépendance. Cette fiction développe avec pertinence ce que sont les smart-drugs, ces psychostimulants capables d’amplifier les capacités cognitives. Mais est ce vraiment possible et est-ce  sans danger ?

Voyons quelles sont les ressemblances entre le NZT du film et certaines « vraies » molécules  qui sont des psychostimulants. Manifestement, il y a de fortes ressemblances du NZT avec le LSD, la Ritaline et le Modafinil.

La découverte de cette molécule de fiction, le NZT, repose sur le mythe pseudo scientifique où nous n’utiliserions que 10 % de notre cerveau. Et que prendre le NZT permettrait de faire fonctionner son cerveau à 100 % de son potentiel. Et certains des effets du NZT sont proches des psychédéliques comme l’Ectasy, voire le LSD comme cette abolition du temps et de l’espace où les couleurs sont plus vives et les contours des objets plus précis.

Rappelons que malgré ces aspects séduisants, dits récréatifs se cache la dure réalité des effets secondaires. Toutes les drogues psychédéliques sont prohibées dans tous les pays au vu de leurs redoutables effets secondaires au long terme. Comme des suicides au long terme dus à un effet flash-back du produit des années après son absorption.

Les smart-drugs comme le NZT-48 agissent directement sur les neurones, en augmentant la quantité de monoamines au niveau des connexions synaptiques, en particulier la dopamine et la noradrénaline. Il en résulte en effet réel sur l’activité cérébrale: accélération de la perception, surexcitation, amélioration de la vigilance, de la clairvoyance et des performances cognitives (amélioration de la mémoire). Ils augmentent la concentration et l’attention.

Il y a toutefois un revers de la médaille qui doit attirer l’attention de celui qui serait tenté d’en prendre.L’une des smart-drugs le plus connu est le Methylphénidate (Ritaline) prescrit dans l’hyperactivité de l’enfant et la narcolepsie. Son mécanisme d’action est décrit comme celui de la cocaïne. Compte tenu de l’importance des mésusages de cette molécule, le Méthylphénidate fait partie de la liste des médicaments surveillés de près par l’Afssaps. Ses effets secondaires sont ceux de la Cocaïne. Détourné de sa prescription initiale, en 10 ans, la Ritaline aurait tué aux Etats-Unis plus de 186 personnes (les chiffres doivent être sous estimés).

Pour continuer sur l’aspect nootrope, le NZT ressemble également au Modafinil (Provigil, Modiadal).  Et l’effet du Modafinil ressemble à celui des amphétamines. C’est un stimulant utilisé dans le traitement la narcolepsie et de l’hypersomnie idiopathique. Il permet à quelqu’un qui souffre de fatigue inhabituelle de rester éveillé sans effet secondaire et de rester performant intellectuellement. Le Modafinil bloque la recapture de la noradrenaline; celle-ci, suivant un processus complexe agit sur les neurones, provoquant le sommeil des noyaux ventrolatéral préoptique. Il est présenté sur de nombreux sites de vulgarisations comme une molécule agissant comme la cocaïne sans ses effets secondaires et sans addiction.

Le Modafinil serait pris par un quart des étudiants britanniques, et en France, il est en passe de supplanter le Guronson (caféine pharmaceutique) chez les étudiants.Le Modafinil, outre son usage dans les troubles du déficit de l’attention serait utilisé par certains médecins comme traitement d’appoint de la baisse des facultés cérébrales pouvant faire suite une chimiothérapie, comme aide au sevrage de l’addiction la cocaïne. Toujours sur prescription médicale et sans le mésusage de booster des facultés intellectuelles.

Le Modafinil, est-il vraiment sans danger? Le Modafinil a été développé en France dans les années 70. Cette molécule aurait été utilisée par les soldats français lors de la guerre du Golfe il est par les soldats américains en Irak et en Afghanistan, dans leur permettre de rester opérationnel pendant 35 heures sans dormir. Même si les indications du Modafinil sont assez larges, l’EMA (l’Agence Européenne des Médicaments) recommande désormais son usage dans la narcolepsie. Il est parfois détourné avec la bénédiction de la FDA par les personnes ayant un emploi avec des horaires décalés (pompiers, personnel d’hôpital, etc), il peut être un produit de dopage pour des sportifs de haut niveau.

Au niveau de l’amélioration des performances cognitives, une étude contradictoire  à la méthodologie peu fiable affirme que les effets bénéfiques  du Modafinil marcheraient sur des personnes avec un petit QI (100-112). Évaluer l’intelligence uniquement avec le Q.I fait débat, et on peut envisager une dérive de type transhumaniste. L’augmentation du QI pour certaines parties de la population grâce à une pilule a de quoi faire frémir, et l’idée de sujétion mentale est digne du Meilleur des Mondes de Huxley. Le « neuroenhancement » est un concept anglo-saxon qui concerne la prise de psychostimulants par des sujets sains en dehors d’une indication médicale ou d’un contexte festif, afin d’améliorer les capacités cognitives, mentales et cérébrales. En 2009, devant l’augmentation aux États-Unis des demandes de ces nootropes, l’Académie de neurologie a publié des recommandations sur « une l’éthique responsable » de ces prescriptions.

Le but des smart-drugs est d’améliorer les performances cognitives. Depuis une dizaine d’année, tout un pan de la recherche explore les effets des stimulants cognitfs chez la malades et les bien-portants. Effets de substances naturelles (caféine, ginseng, gingko-biloba) et de substances médicamenteuses. C’est le Modafinil qui retient plus l’attention. Des chercheurs d’Oxford ont déclaré le Modafinil cet été comme une smart-drug « sûre », dépourvue d’effets secondaires à court terme chez les sujets sains. Le Modafinil serait capable d’améliorer la flexibilité mentale, la planification, la mémoire de travail; tout ce qui permet d’être fluide au niveau cognitif. Selon le psychiatre Raphaël Gaillard: « le Modafinil augmente la libération de la noradrénaline et de la dopamine, deux des principaux neurotransmetteurs qui stimulent les processus cognitifs.» Affaire à suivre…

Prendre des smart-drugs n’est pas anodin et dénué d’effets secondaires. Laurent Lecardeur, psychologue au CHU de Caen et chercheur sur le dopage cognitif constate cette banalisation inquiétante des smart drugs dans l’article Le marché de l’amélioration humaine, Vers un dopage généralisé de la cognition? et s’en inquiète: « …la consommation d’amphétamines (méthylphénidate, modafinil, bupropion) détournées de leur indication et sans prescription, sont utilisées par un nombre croissant d’étudiants (jusqu’à 20%), qui veulent diminuer le stress en période de révision, acquérir des facultés de concentration plus importantes ou tout simplement réussir , quels que soient les risques d’effets secondaires et de dépendance.»   Le chiffre de 20 pour cent est énorme et laisse présager un retour de bâton pour les usagers au niveau de leur santé physique et mentale. Laurent Lecardeur dénonce également des  technologies « plus ou moins validées » en vente libre. À l’instar des battements binauraux (fichiers qui permettraient de réduire les troubles de l’attention. Et d’autres comme la stimulation cérébrale, qui tout en renforçant certaines fonctions pourraient s’avérer délétères.

Dans la catégorie des nootropes, il faut évoquer ce marché pseudo-médicamenteux en Hand writing Placebo with markerpleine expansion. C’est celui des compléments alimentaires qui n’ont absolument aucune  utilité médicale. Des cocktails de molécules sont vendus prétendant stimuler les facultés intellectuelles. Belle illusion!

Les laboratoire spécialisés dans les compléments alimentaires utilisent  les techniques les charlatans de toujours comme des pseudo-études cliniques et un pseudo-jargon scientifique. En ce qui concerne les compléments alimentaires, supposés agir sur le cerveau et améliorer les performances intellectuelles, c’est mission impossible.

L’effet réel du pseudo-nootrope est celui de l’effet placebo: « autrement dit, le seul effet de ce traitement est de faire croire qu’ils en ont un.» Et pour conclure ce post, revenons à la fiction du film « Sans Limites »! Quant aux qualités attribuées au NZT-48, il y a une certaine morale. Happy End pour notre héros Eddie Morra! Après des rebondissements spectaculaires, il va réussir à se sevrer de cette pilule magique, tout en gardant une grande partie de son potentiel. Alors il serait plus raisonnable d’envisager un effet de la suggestion ou placebo du NZT fictif plutôt que d’envisager un effet réel sur la cognition?  La morale scientifique serait sauvegardée si vous regardez ce film très sympathique. Mais attention, c’est une fiction…

Je remercie chaleureisement Laurent Lecardeur, psychologue au CHU de Caen, centre Esquirol CNRS de m’avoir envoyé son article « Le marché de l’amélioration humaine, vers  un dopage généralisé de la cognition? » publié dans le Quotidien du médecin le jeudi 17 décembre 2015. 

Pour en savoir plus, une vidéo sur les limites des Smart-Drugs:

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