LE TOURISME PROCRÉATIF DES BÉBÉS-ÉPROUVETTE !

Le tourisme procréatif a de beaux jours devant lui car il se trouve facilité par la législation en bioéthique plus ou moins permissive d’un pays à un autre.

35-ans-de-bebes-eprouvettes_exact1900x908_l.jpgLa loi sur la Procréation Médicalement Assistée (PMA) sera révisée au semestre 2019. La  définition stricto sensu est celle-ci: la procréation médicalement assistée (PMA), également appelée Assistance Médicale à la Procréation (AMP) est un ensemble de pratiques cliniques et biologiques où la médecine intervient dans la procréation.

La bioéthique suit l’évolution des mentalités d’une société donnée, et certains projets de modification de la loi en bioéthique sur la PMA font déjà l’objet de débats houleux sur les réseaux sociaux, les médias mainstream et les talk-shows télévisés. Dans ce post,  je traite de la Fécondation in Vitro (FIV) et la Gestation pour Autrui (GPA) fera l’objet d’un autre post. Il y a dix ans, la bioéthique de la PMA était un sujet confidentiel restreint au cercle des soignants et des juristes, et qui laissait  indifférent le grand public. Et pourtant, les professionnels de la santé avaient déjà pointé les dérives, et aujourd’hui, elles n’ont fait qu’empirer à cause de l’absence de législation internationale. Ces dérives qui existent depuis une bonne dizaine d’années sont aujourd’hui relayées dans les médias main-stream et les réseaux sociaux, non pas à des fins de réflexion éthique sur la parentalité, le devenir et les droits de l’enfant mais instrumentalisées pour servir les intérêts de lobbies.

Certains politiques souhaiteraient que la PMA  sorte du champ de la bioéthique au motif que c’est d’abord une question éthique et philosophique avant d’être médicale. Vraiment? Et le suivi de la grossesse qui s’en charge? Les députés ou les sénateurs? C’est oublier toute l’histoire de la PMA où la science médicale est omniprésente. Le centre  de gravité est l’évolution de la science médicale. Louise Brown est le premier bébé-éprouvette  née le 25 juillet 1975 et les médecins à l’origine de sa naissance sont Patrick Steptoe et Bob Edwards. Quatre ans après, avec l’aide du gynécologue René Frydman et du biologiste Jacques Testard, Amandine va naître. La Procréation Assistée est une véritable révolution médicale qui a permis, permet et permettra aux couples infertiles en mal d’enfant de devenir parents.  Selon une étude de l’Ined publiée en juin 2018, en France, un enfant sur trente est conçu par FIV.

La bioéthique ne peut pas tout encadrer. La difficulté majeure réside à ne pas se montrer trop libertaire ou trop coercitif et solliciter la liberté de conscience, la faculté de discernement de chacun. Comment trouver un juste milieu à partir de la seule notion de bien et de mal qui sont des notions subjectives et influencées par le modèle de civilisation? Malheureusement, aujourd’hui, le débat sur la PMA s’est politisé et il est devenu impossible de s’affranchir de la réflexion en dehors de l’hystérie collective voire des « hystoires » pour reprendre l’excellent néologisme de la féministe et critique littéraire Élaine Showalter. Toute réflexion de fond est absente et la règle du jeu est le lynchage en règle et le « name and shame » pour les célébrités affichant publiquement leur recours à la PMA!  On est sommé de choisir son camp, chacun étant sur de son bon droit et de maitriser cette question de bioéthique. Quelle chance d’avoir des certitudes! Et l’enfant dans tout ça? Bref…

Qui est concerné en France par la PMA? Actuellement, elle est réservée aux couples hétérosexuels, uniquement si l’un des deux futurs parents souffre d’une infertilité constatée médicalement. Les couples séparés n’y ont pas droit. La limite d’âge pour les femmes est de 43 ans, et cette année, la justice administrative ayant statué, les hommes de 60 ans sont officiellement trop âgés pour procréer, limitant leur accès à la PMA.  Les gamètes de l’un et l’autre sont totalement gratuits ; mais il en est autrement dans d’autres pays. Chez nous, il est notoire qu’il y a une carence en dons d’ovules et que la technique de FIV diffère sur certains points de celle d’autres pays comme l’Espagne et la technique de vitrification. Aujourd’hui, la technique de vitrification qui attirait les couples français en Espagne est pratiquée en France depuis peu, mais elle est réservée à un nombre limité de cas; lorsque les précédentes techniques autorisées ont échoué. Les futurs parents ont de quoi être perdus quand on sait que les avis scientifiques sont partagés sur l’efficacité d’une technique particulière.Les protocoles des FIV ( fécondation in vitro) sont différents suivants les causes de l’infertilité à traiter: le don de sperme, don de gamètes, don d’ovocytes avec technique de vitrification ou non.

Lorsqu’on commence à évoquer ce sujet sensible, la suspension du jugement sur le désir d’enfant s’impose. Tout projet parental mérite qu’on s’y attarde.  Si on a l’occasion de lire ou d’entendre des témoignages de ces personnes qui recourent à la PMA, nos certitudes, nos croyances et notre éthique personnelle en prennent un coup et l’on a tendance à évaluer la situation à partir de nos propres certitudes. La moraline, le néologisme de Friedrich Nietszche, ne fera pas avancer la réflexion sur la PMA et aura l’effet inverse attendu. La parade pour contourner la loi française est rodée! Le consensus peut déjà se faire autour des dérives de la PMA et des FIV, récurrentes en l’absence de législation internationale. Et c’est déjà pas mal!

Les dérives éthiques sont grandement facilitées par la disparité des techniques et la législation qui est différente d’un pays à un autre. La législation internationale est le point névralgique des dérives de la PMA. L’un des grands paradoxes de la bioéthique est que si la la PMA est le bébé de la science médicale, elle n’est plus entre les mains des médecins. D’autres acteurs de la société sont rentrés dans la danse. De ce fait, l’éthique est instable car elle échappe totalement à la relation médecin/malade telle qu’elle est décryptée en systémique à partir du modèle hérité d’Hippocrate.

Si d’aventure la législation sur les FIV était ouverte à toutes pour toutes, très vite la France serait à cours de dons de sperme et serait obligée d’aller en piocher à l’étranger dans une banque de sperme qui a pignon sur rue. Ce risque de pénurie est déjà pointé par  l’agence de la biomédecine. Ou bien alors il faudra rémunérer le don de gamètes. C’est mathématique. Ou bien alors ouvrir une banque de sperme comme celle de la société Cryos, une banque européenne de sperme. Cryos International est la première banque de sperme qui pratique à l’échelle industrielle la vente de gamètes, et notamment par correspondance. Elle fournit à la France un fort contingent de gamètes puisque la France en manque déjà. C’est écrit sur le site de Cryos noir sur blanc…

Le malheur des couples souffrant d’infertilité est exploité à des fins peu humanistes dignes du Meilleur des Mondes, le fameux roman publié en 1934 par Aldous Huxley. Ce livre décrit une société où les pays ont disparu au profit d’un seul état mondialisé à la gouvernance totalitaire. Dans ce Nouveau Monde, les êtres humains sont répartis sur une hiérarchie pyramidale à trois niveaux. Si la sexualité demeure pour l’équilibre de l’individu, la reproduction sexuée n’a plus court et la procréation est assistée en laboratoire ressemblant en cela à la FIV d’aujourd’hui. Les embryons ne grandissent plus dans le ventre de leur mère mais en laboratoire dans des bocaux. Déjà, à cette étape pré-berceau, l’embryon est psychologiquement conditionné à son futur rôle d’adulte. Son utilitarisme réside dans le fait que le petit d’homme en grandissant va trouver normal sa position sur la pyramide sociale. Aldous Huxley -au passage frère du biologiste Julian Huxley, théoricien de l’eugénisme- avait pressenti en son temps le risque du progrès médical ainsi que ses possibles répercussions sur l’organisation de la société humaine.

Si on ne veille pas au grain, les couples stériles sont susceptibles de se comporter à leur insu en consommateurs de science médicale, et les médecins de ne devenir que des scientifiques purs et durs, complices du dévoiement d’une avancée majeure de la science qui donne envie de croire à l’existence de miracles, attribués d’ordinaire à quelque divinité supérieure. Les dérives de la bioéthique se développent toujours dans un cadre législatif et profitent des failles de la législation internationale ou existante de pays à pays.

La morale est une notion subjective mais lorsqu’il y a une transaction financière qui prévaut sur les services médicaux rendus, on est en droit de s’interroger sur la motivation de la démarche initiale. On veut faire un enfant pour soi, pour son couple, pour la société ou…pour l’enfant à vivre lui-même.

Lorsque, pour diverses raisons, les FIV ne marchent pas pour les personnes qui désirent être parents, beaucoup n’hésitent pas à se tourner vers le tourisme procréatif. Et comment les blâmer lorsque la liste d’attente pour le don d’ovocytes est saturée en France ou que leur profilne rentre pas dans la législation française? Elles n’ont d’autres ressources que d’aller voir si l’herbe est plus verte ailleurs. Ainsi, en Espagne, en Grèce, République tchèque et Roumanie, il n’y a pas de pénurie de don d’ovocytes car il est rémunéré. Faut-il s’en indigner ?

Le tourisme procréatif a de beaux jours devant lui car il se trouve facilité par la législation en bioéthique plus ou moins permissive d’un pays à un autre. Ainsi, contrairement à la France, dans d’autres pays européens, le recours au FIV est toléré pour les femmes de plus de 43 ans, les célibataires et les couples homosexuels. De plus  en plus de femmes célibataires en âge de procréer font appel aux cliniques de fertilité installées à l’étranger, notamment en Espagne. Il n’est plus rare que la génération Y ait de plus en plus de femmes autour d’elle qui se sont tournées vers le tourisme procréatif car l’horloge biologique tourne et il est difficile de faire des rencontres si on a job prenant ou qu’on n’a pas envie de s’inscrire sur les sites de rencontre où le pire côtoie le meilleur! Doit-on dire à ces jeunes femmes de faire un enfant dans le dos d’un homme d’un soir et de se déclarer ensuite mère célibataire? Sans commentaires sur la notion implicite de bien et de mal! Si le tourisme procréatif marche si bien, c’est qu’il y a des disparités législatives d’un pays à un autre, et démontrent qu’il y a une hypocrisie manifeste au niveau de la législation française et européenne. Il y aurait une nécessité urgente à harmoniser la législation pour que les dérives mercantiles cessent.

Et il avant de brailler, il serait urgent de réviser les lois sur l’adoption pour diminuer le nombre de PMA. Autour de la PMA, il y a tout un commerce douteux qui s’est développé. Lorsque vous tapez sur le moteur de recherche Google, l’aspirant/parent peut faire son marché virtuel à partir des nombreux sites racoleurs, et comparer les prix. De nombreuses cliniques étrangères se sont spécialisées dans les FIV et est ouverte sans restriction à tous les couples. Les tarifs varient d’un pays à un autre. Ils peuvent aller de 2 500 €uros en Grèce  et à 12 000 €uros en Espagne. Le moins que l’on puisse dire, c’est que la Procréation Assistée est un véritable Business. Ces cliniques étrangères affichent un super bilan financier (malgré la crise), et l’une des plus prisées est celle du Dr Rumpick à Prague. On veut bien laisser à ce dernier le bénéfice du doute sur son engagement humaniste lié à son serment d’Hippocrate, mais on est en droit de s’interroger sur la façon dont il procède pour que sa clinique soit rentable. J’admets volontiers faire preuve de mauvaise foi en sortant de son contexte cet extrait qui date de 2009, mais j’émets l’hypothèse que c’est toujours d’actualité! Je trouve que la recette (économique) du bon docteur pour remplir sa clinique est surprenante: « Ici, la main d’oeuvre est toujours très bon marché comparé aux pays de l’Ouest, ce qui nous permet de pratiquer ces tarifs. Les médicaments et la préparation coûtent la même chose partout dans le monde, mais le travail des docteurs et des chercheurs est moins cher ici, ce qui entraîne un prix total inférieur.» Le désir d’enfant est-il quantifiable et a-t-il un coût low-cost ?

L’Espagne est devenue l’Eldorado des FIV. Ce pays ne connait pas la pénurie de dons d’ovocytes car ils sont rémunérés à hauteur de 900 euros. et les femmes de plus de 43 ans peuvent y avoir accès.  Et sur le site Co-parents, on peut lire ceci: Elles peuvent bénéficier d’une prise en charge des soins par la Caisse Primaire d’Assurance Maladie (CPAM) à hauteur de 1550 €, sous certaines conditions uniquement

Dans ce registre, certains pays de l’union européenne comme la république tchèque, les futurs parents peuvent choisir la couleur des cheveux, des yeux de l’enfant à naître, et il est possible de repousser l’âge de la maternité. La Grèce autorise les FIV jusqu’à 50 ans et en République tchèque, il est possible pour des femmes âgées de presque 60 ans de donner naissance. Ce sont des données factuelles. Après, on a des cas particuliers qui laissent songeur. En 2016, dans l’état de l’Haryana (Inde), une femme de 70 ans a accouché d’un petit garçon en bonne santé après avoir bénéficié d’une FIV. Les ovules proviennent de la mère et le sperme de l’époux âgé de 79 ans, le couple étant stérile après 46 ans de mariage. En 2008, toujours en Inde, c’était une femme de 72 ans. On a l’impression que c’est plus de la médecine expérimentale que de l’aide à la procréation pour satisfaire un désir d’enfant.

Le tourisme procréatif est un moyen simple de contourner la loi française depuis belle lurette. Et si les femmes femmes n’ont pas les moyens de se rendre dans une clinique de fertilité en Espagne, elles peuvent toujours commander « un bébé en un seul clic » sur le net! La société Cryos, une banque européenne de sperme, propose la vente de gamètes par correspondance après avoir choisi par catalogue les caractéristiques génétiques du donneur.

Comment se passe la vente en ligne d’une FIV avec Cryos? Et bien comme sur votre d’achat préféré en ligne! La future mère après l’avoir choisi sur catalogue clique sur le géniteur choisi « , et le met dans l’icône « landeau » qui remplace l’icône panier des sites commerciaux. L’étape suivante est celle que nous connaissons tous quand nous achetons sur le net « mode de paiement par carte bancaire ». Le paiement dûment enregistré, quelques jours plus tard, la future maman se voit livrer sa dose de sperme à domicile dans une bonbonne étanche. Il est joint au colis un mode d’emploi pour qu’elle puisse faire sa FIV chez elle. D’abord, elle doit faire décongeler les paillettes, et ensuite s’installer dans une position confortable pour les introduire avec une canule. (Nicole Bétrencourt, Un Bébé en un seul clic! )

Le tourisme procréatif reste sujet à des dérives, et de réécrire à nouveau que c’est au niveau de la législation internationale qu’il faudrait agir. La PMA est devenu un enjeu politique où l’enfant conçu par FIV est devenu otage. Pas uniquement de la part des parents qui y ont eu recours mais aussi du regard de la société sur sa conception. Ces enfants conçus par PMA seront-ils ostracisés tout au long de leur enfance un de ces quatre ? Cela dépasse l’orientation sexuelle des parents. Et il y aussi la question de la filiation et des origines biologiques. Tant d’inconnues en bioéthique…

Et puisque le Meilleur des Mondes risque d’être en marche avec la PMA, de citer Aldous Huxley:

« Je suis terrifié de voir mes prophéties réalisées»

À suivre dans un prochain post d’autres réflexions sur la PMA…

©NBT

Depuis une dizaine d’années,  je me passionne pour ce sujet qui touche aux droits del’enfant et à l’évolution de notre société. En dehors des lobbies divers et politiques. C’est une démarche personnelle après avoir suivi les séminaires en bioéthique organisés par le Centre d’éthique de Cochin.  La première version de cet article sur la PMA (Procréation Médicalement Assistée) a été rédigé en 2009 et publiée sur le site EXMED. Encore d’actualité sur de nombreux points, cet article est  complété et enrichi. Ce post est factuel, et est un état des lieux de ce qui se passe en France et à l’étranger pour la PMA.  Le lecteur est libre de l’interpréter à sa guise.

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Amandine

COMMANDER UN BÉBÉ EN UN SEUL CLIC!

«Nous passons d’une conception de l’enfant comme un don à une conception de l’enfant comme une donnée que l’on contrôle.» (Thomas Ploug)

Au premier semestre de l’année prochaine, aura lieu la révision de la loi en bioéthique. La PMA (Procréation Médicalement Assistée) sera l’un des sujets sensibles au programme avec la Fécondation In Vitro (FIV).

En France, la P.M.A est « réservée aux couples hétérosexuels en âge de procréer qui n’arrivent pas à avoir un enfant naturellement par des voies naturelles ». Les naissances  par FIV sont les plus fréquentes. Selon l’origine de la stérilité la PMA fait appel à une ou plusieurs techniques différentes, de l’insémination artificielle à la congélation des embryons. Les protocoles des FIV varient suivant les causes à traiter. Les FIV se font en partie à partir du don de gamètes qui consistent à donner anonymement et gratuitement son sperme ou ses ovocytes (avec technique de vitrification ou non). L’une des particularités de notre pays est que le don de gamètes est totalement gratuit ce qui n’est pas le cas dans d’autres pays où les donneurs sont rémunérés.

Les personnes stériles qui ne rentrent pas dans les critères de la législation française, et qui ont envie d’avoir un enfant vont se tourner vers d’autres pays où la législation de la PMA est plus souple. Cela peut heurter les sensibilités mais comment critiquer la souffrance de femmes désireuses d’avoir un enfant? La suspension du jugement s’impose. Là, ce n’est pas gagné…

De nombreuses femmes vont braver la loi française en faisant appel à des banques de sperme. En avril 2017, l’émission Sept à huit a diffusé un documentaire sur la société Cryos, une banque européenne de sperme qui montre cet aspect du tourisme procréatif.

Cryos International est la première banque de sperme qui pratique à l’échelle industrielle la vente de gamètes, et notamment par correspondance. Si vous tapez sur le moteur de recherche Google, la société Cryos est la banque de sperme qui apparaît en premier. Cette société a été créée en 1991 et est basé à Arthus au Danemark. Son créateur Ole Schau (63 ans), n’a aucune formation médicale, et il est titulaire d’un diplôme d’une grande école de commerce.

Alors, comment ces femmes s’y prennent-elles pour contourner la loi française et obtenir une FIV en s’adressant à Cryos? Elles la commandent tout simplement via le site internet Cryos, et choisissent le père biologique sur catalogue. Il est aujourd’hui possible, à l’étranger, de choisir certains critères génétiques du futur enfant comme la couleur de ses yeux, de ses cheveux et de sa peau et autres caractéristiques.

En créant Cryos, Ole Schau voulait aider les  femmes stériles. « Je voulais rendre service aux gens » affirme-t-il à qui veut l’entendre, « et puisqu’ils rêvent de petits Aryens blonds yeux bleus », Ole Schau les comble. Face aux accusations d’eugénisme (on est en droit de s’interroger à ce sujet), il répond: « toute notre société est fondée sur la sélection naturelle. Il est normal que des parents puissent choisir un géniteur selon leurs critères.». Il y a quelques années, Cryos avait suscité une vive polémique pour avoir refusé des donneurs roux. L’une des raisons invoquées par le fondateur de Cryos est qu’il n’y avait pas suffisamment de demandes. Dans l’une de ses interview, Olé Schau lance à ce sujet: «en même temps, nous manquons cruellement de diversité ethnique».

30 ans plus tard, Cryos est la plus grande banque de sperme européenne. Cryos est officiellement une banque de tissus autorisée au titre de la directive européenne sur les tissus et les cellules, et est conforme à la législation européenne. Il faut rappeler qu’il est interdit en France d’acheter des cellules vivantes, mais Cryos s’est bien débrouillé en surfant sur la législation. Cryos emploie aujourd’hui une centaine de personnes. L’entreprise génère entre 13 et 20 millions d’euros. Elle aurait dans sa base de données plus de 700 donneurs et plus de 100 litres de sperme congelé. Record homologué dans le Guinness book.

Comment est constitué le catalogue virtuel qui permet de choisir les caractéristiques génétiques du donneur à  transmette à son enfant? Chaque donneur de la banque de sperme est anonyme et référencé par un numéro. Le poids, la taille (les pères doivent mesurer au minimum 1,70 m) la couleur des cheveux, celle des yeux, le niveau d’études et l’ethnie sont précisés sur le catalogue.

Comment se passe la vente en ligne d’une FIV avec Cryos? Et bien comme sur votre d’achat préféré en ligne! La future mère après l’avoir choisi sur catalogue clique sur le géniteur choisi « , et le met dans l’icône « landeau » qui remplace l’icône panier des sites commerciaux. L’étape suivante est celle que nous connaissons tous quand nous achetons sur le net « mode de paiement par carte bancaire ».

Le paiement dûment enregistré, quelques jours plus tard, la future maman se voit livrer sa dose de sperme à domicile dans une bonbonne étanche. Il est joint au colis un mode d’emploi pour qu’elle puisse faire sa FIV chez elle. D’abord, elle doit faire décongeler les paillettes, et ensuite s’installer dans une position confortable pour les introduire avec une canule.

Alors pourquoi ces femmes choisissent-elles le packaging Cryos? Les raisons seraient principalement financières. Ce serait moins onéreux que d’aller dans une clinique de fertilité espagnole dont le coût avoisine les quinze mille euros.

Faites les calculs! Avec Cryos, un achat en ligne coûte trois mille euros. Alors, peut-on parler de FIV Low Cost ? Avec la formule VPC, la femme a une chance sur trois de tomber enceinte. Selon Cryos, il y aurait  près de 23 000 naissances en France avec leur formule. Dans un article de Paris Match, on peut lire que Cryos, en 2016, serait à l’origine de 246 grossesses en France. Les femmes célibataires représenteraient 40 % de sa clientèle, et Ole Schau pense que bientôt ce sera 70 % des célibataires qui feront appel au packaging Cryos.

La loi danoise prévoit qu’un donneur de sperme ne peut être à l’origine de plus de  douze grossesses. La législation internationale étant très vague, pour engranger des bénéfices, Cryos va exporter 90 % de sa collecte dans plus de soixante dix pays. Cliniques privées (avec parfois des ristournes) et pour des particuliers.  Cette diversification de l’activité de Cryos est une corne d’abondance pour la société en contournant en toute légalité les quotas fixés par les législations internationales. Comme n’importe quelle société commerciale, Cryos sponsorise des publicités sur les réseaux sociaux pour recruter de futures clientes. Est ce la FIV ou le désir d’enfant qui se marchande?

Alors maintenant que se passe-t-il du côté du donneur anonyme? Cryos rémunère le don de sperme contrairement à la France. Si elle a le sens des affaires, la banque est aussi très exigeante sur la qualité des spermatozoïdes des donneurs. Huit candidats sur dix seraient recalés. Les maladies génétiques ou sexuellement transmissibles sont systématiquement dépistées. Les donneurs signent un contrat et touchent 60 euros par don (parfois plus en fonction des critères génétiques). C’est l’occasion d’arrondir les fins de mois avec une somme variant entre 300 et 1600 euros. La majorité des pères affirment que leur motivation principale n’est pas financière mais guidée par l’altruisme, et ainsi exaucer le désir d’enfant de femmes infertiles.

Le Danemark a récemment modifié sa loi sur l’anonymat des pères biologiques. Il y a maintenant la possibilité de lever l’anonymat du père si l’enfant à sa majorité le souhaite en s’adressant un association spécialisée. Ainsi, une jeune fille conçue par FIV a pu grâce à cette association retrouver son père biologique et trois demi-frères. Un père qui s’est fait connaître reste en contact avec sa fille biologique. Et même le grand-père biologique a voulu connaître sa petite-fille! Et le devenir de l’enfant dans tout ça? Grande interrogation, n’est ce pas?

Le choix d’un bébé sur catalogue préoccupe Thomas Ploug, membre du Conseil d’éthique et professeur à l’université d’Aalbourg : « une tendance inquiétante se dessine, note-t-il. Nous passons d’une conception de l’enfant comme un don à  une conception de l’enfant comme une donnée que l’on contrôle. Plus vous le profilez, plus vous en faites un objet. Ce ne peut qu’avoir des conséquences sur la façon dont les parents se comportent avec lui, sur leur dévouement. Bien sur, c’est infime, et dans la plupart des cas, cela se passe bien. C’est une question de dignité. Un objet, on peut s’en lasser et s’en débarrasser.»

On peut trouver sur le site de Cryos le témoignage d’un homme conçu en 1979 par FIV et avec un donneur anonyme. Ses parents ne lui avaient pas révélé les circonstances de sa naissance, comme cela était préconisé à l’époque, et ce pour ne pas déstabiliser psychologiquement l’enfant: « Je ne l’ai appris qu’à l’âge de 30 ans. J’étais alors en thérapie car je n’allais pas bien. C’est ma mère qui me l’a révélé, et c’est comme si j’avais enfin vu la lumière. J’avais tout pressenti. Depuis longtemps, je me cherchais des pères putatifs, alors même que mes relations avec mon père étaient bonnes. Lorsque j’ai su, j’étais très soulagé. Mais, après la phase d’euphorie, j’ai fait une dépression. Ma vie était bâtie sur un mensonge. J’ai mis beaucoup de temps à digérer. Le centre de don a refusé de me donner le nom du donneur. Je suis contre cet anonymat.» Il est hanté par le fait « qu’il lui manque une partie de son histoire ».

Ces bébés sur catalogue sont un fait de société rendu possible par la science médicale. On peut aussi penser aux risques d’eugénisme si tous les enfants sont ainsi conçus!  Où est l’éthique dans tout ça quand on, constate que le « désir d’enfant » fait prospérer un commerce bien lucratif. L’avenir nous dira ce qu’il advient psychologiquement de tous ces enfants conçus ainsi sur catalogue. Aujourd’hui, il est trop tôt pour se prononcer mais on pense au « Meilleur des Monde » de Aldous Huxley et on aimerait que ce ne soit pas une sinistre prophétie.

L’un des moyens d’éviter les dérives éthiques, le droit à l’enfant plutôt que les droits des enfants, surtout la GPA (Gestation Pour Autrui), serait de réviser les lois sur l’adoption afin qu’un maximum d’orphelins soient adoptés dans les meilleures conditions, limitant ainsi le recours à la PMA.