UN TOIT POUR LES SANS-ABRIS AVEC LE PROGRAMME HOUSE FIRST!

Le programme Housing-First a permis de sortir de la rue des vétérans qui avaient fait la guerre d’Irak!


 

Sam Tsembens, psychologue au département de psychiatrie de la faculté de Colombia, est l’instigateur de « Pathways to Housing », baptisé « Housing First Model »  (PHF) en 2003. Ce programme de logement original s’adresse aux personnes sans-abri souffrant de troubles mentaux et souvent de toxicomanie.

Ce programme de réinsertion sociale et psychologique permet à des sans-abris, souffrant de troubles mentaux et d’addictions, d’être logés dans des conditions décentes tout en étant soignés.

Quand il a élaboré son programme, Sam Tsembens est parti de l’idée que le logement est un droit fondamental pour tous, y compris pour les personnes sans-abri souffrant de troubles mentaux. Sa vision est celle de la psychologie humaniste, et des deux premiers stade de l ‘incontournable Pyramide des besoins élaborée par Abraham Maslow. La satisfaction des besoins physiologiques et des besoins de sécurité au bas de la pyramide ne peuvent se concevoir que dans un environnement stable et non anxiogène. Le logement est l’une des conditions requises. Selon Sam Tsembens, le fléau des sans-abris souffrant de troubles mentaux et d’addictions doit être combattu par une nouvelle approche radicalement différente des programmes classiques.

 

Le sans-abri chronique qui souffre de troubles mentaux et d’addictions est aspiré dans le cercle vicieux du « cycle de survie »:
-rue
-hospitalisation
-placement temporaire dans une institution ou parfois prison
-rue.
Il est évident que ce cycle de survie est mortifère, et les structures traditionnelles empêchent de rompre le cycle de survie pour ceux qui souffrent de maladies mentales. Sam Tsembens a voulu démontrer l’efficacité de son programme pour sortir les gens de la rue, en leur offrant un toit sur la tête pour leur redonner confiance en eux et leur proposer des soins adaptés. PHF inverse le processus de prise en charge des programmes traditionnels qui traitent d’abord les troubles mentaux sans considérer l’aspect stressant et hautement anxiogène d’être dans la rue. L’idée novatrice de ce programme est de séparer le traitement du logement.

 
Le Housing First Model a été  soumis à l’épreuve de l’essai randomisé pour voir s’il permettait de casser le cercle vicieux de la rue pour n’en faire plus qu’un lointain souvenir. Dans cet essai randomisé, Sam Tsembens a voulu démontrer l’efficacité de son modèle qui permet à un sans-abri de se prendre en charge, de devenir autonome et améliorer sa coopération avec les différents services qui doivent s’occuper de lui. Dans un essai randomisé, les sujets sont pris au hasard pour éviter les biais de sélection (origine sociale, historique, etc). Cet essai randomisé a démontré que le PHF réduisait les coûts de la collectivité ainsi que la fréquence des séjours en hôpital psychiatrique. L’une des questions qui s’est posée avec le PHF a été la suivante: les sans abris, drogués ou souffrant deux troubles mentaux sévères sont-ils capables de se reprendre en main chez eux et sans structure permanente médicalisée qui les surveille jour et nuit?
 
Cette idée toute simple de mettre un toit au-dessus de la tête de ces personnes satisfait les besoins fondamentaux comme le sentiment de sécurité qui n’est possible que dans un refuge permanent. Séparer le logement de la  prise en charge thérapeutique favorise le libre arbitre, le choix, l’auto détermination et permet ainsi de réguler son mal-être
 
La contrepartie demandée aux sans-abri est la suivante: la compliance au au traitement, tendre vers la stabilité psychiatrique et être abstinent dans le cas des addictions. Le client du PHF a aussi des obligations financières dont celle de s’acquitter d’un loyer à la quote part de 30 % par mois. Chaque semaine, il reçoit la visite de l’un des collaborateurs du PHF qui lui pose chaque fois la question suivante : « comment puis-je vous aider? ». En fonction de la réponse, il adapte la stratégie de prise en charge. 95% des protégés de PHF préfèrent un logement individuel. L’un des anciens sans-abris évoque sa douleur morale et l’importance d’un chez-soi: « J’ai marché durant des années sans avoir une seule clé, que ce soit celle d’une voiture, de maison ou de posséder un simple trousseau de clés…Je ne pense pas que les gens comprennent, ce que c’est d’être sans trousseau de clés.»
 
La visite du logement pour le sans-abri est un temps fort du programme. Également pour le travailleur social de PHF qui l’accompagne; c’est pour lui l’occasion d’observer ses réactions pour lui offrir l’aide dont il a besoin.

Il y a deux variantes du programme PHF. Il y a the Assertive Community Treatment (ACT) pour les personnes souffrant de troubles psychiatriques, et le Intensive Case Management (ICM) pour des personnes atteintes de troubles moins sévères.

Le programme comporte des protocoles de pratique d’intervention qui ont fait leurs preuves suivant les règles de « l’Evidence Based Program » pour diminuer la souffrance.
 
Ce programme a été critiqué pour avoir centré la résolution des problèmes sur le seul fait de mettre un toit sur la tête des sans abris. Or, le logement n’est qu’une étape du programme PHF, et il faut évoquer les échecs inévitables. Des personnes doivent être relogées parfois deux ou trois fois avant que le programme ne porte ses fruits.
 
Les accompagnateurs de PHF sont joignables  vingt quatre heures sur vingt quatre. Quand il y a des rechutes, ils sont dans la suspension du jugement. Afin de comprendre ce qui fait souffrir son client, ils continuent de lui poser cette question inlassablement: « Comment puis-je vous aider? »
 
Avant d’obtenir un logement définitif, le Graal du programme, il y a plusieurs étapes à suivre pour l’ancien sans-abri:
-Placement dans un logement collectif
-logement transitoire
-logement permanent.
 
Le programme Housing-First a permis de sortir de la rue des vétérans qui avaient fait la guerre d’Irak (et d’autres). En 2010, Le Federal Interagency  Council a validé cette méthode, et considère que c’est l’approche  la plus pertinente pour en finir avec les sans-abris chroniques.

 

Le modèle Housing-First sur le principe de l’essai randomisé a été appliqué avec succès dans cinq villes canadiennes. Cet essai comparatif randomisé du programme canadien incluant 2 200 personnes donne encore plus du  poids au modèle Housing first,  et l’a ainsi rendu attractif pour l’Europe en recherche de solutions pour les sans-abris. Un programme adapté aux pays européens semble se développer au fil des années si l’on se réfère au site Housing First Guide Europe. Il se peut que Housing-First soit sans doute plus adapté aux mentalités nord-américaines. Il a au moins le mérite de conjuguer le soin psychique et de loger le sans-abri chronique qui souffre de maladies mentales. En tout cas,  saluons cette belle initiative de Sam Tsembens! 

 
 

Auteur : Nicole Bétrencourt

Psychologue clinicienne, psychosociologue

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