TRIP AVEC LE NARCO-TOURISME HALLUCINOGÈNE!

Une grande partie de l’emprise mentale sous ayahuasca se met insidieusement en place après/ou en même temps que l’emprise chimique. Cette conséquence provoque une modification cognitive et comportementale par l’adhésion à des croyances au surnaturel.

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On sait aujourd’hui que la consommation d’alcool et de drogues à l’adolescence, en continu durant toute cette tranche de vie a une forte probabilité de se prolonger plus tard dans la vie. L’âge moyen de l’initiation est de 14 ans pour une consommation régulière ou non d’alcool, et 14/15 ans pour l’usage de drogues avec ou sans dépendance. Telles sont les conclusions du Professeur Joël Swendsen et des ses collègues de l’Université de Bordeaux qui ont examiné la prévalence, l’âge d’apparition et les facteurs socio-démographiques pour une étude financée par le NIMH (National Institute mental Health), et publiée le 2 avril 2012 dans les archives of General Psychiatry.  Cette nouvelle étude démontre que la consommation de  drogues est un véritable problème de santé publique qui se pose. Même si quelques années ont passé, cette constatation est d’actualité.

 

Il est devenu quasiment impossible pour les professionnels de la santé de parler des effets néfastes des drogues, notamment sur les réseaux sociaux, vecteurs idéaux de désinformation médicale et où les médecines parallèles défendues avec acharnement par les charlatans dominent. De ce fait, la consommation des drogues est devenu un fait de société presque normal, et cela ne date pas d’hier. Si l’on connaît surtout le cannabis, la cocaïne, l’héroïne ou autres drogues de synthèse, il y en a d’autres plus confidentielles prises dans le cadre de la psycho-spiritualité new âge, cet hybride  qui fait le fond de commerce des charlatans de la psychothérapie formés à des méthodes pseudo-scientifiques. Soupir.

L’une de ces dérives concerne le mésusage du chamanisme. Il ne s’agit pas de mettre au banc des accusés le chamanisme et les chamans, une tradition millénaire et respectable mais de dénoncer les pillages cultuels du chamanisme par des Occidentaux sans scrupules. Notamment celle des ayahuasqueros, les chamans de la forêt amazonienne. Leur conception de la maladie est à l’opposé de celle de la maladie occidentale, et est d’origine magique causée par un sortilège. Dans un cadre rituel et curatif, ils font boire à ceux qui ont été envoutés un breuvage sacré appelé l’ayahuasca, un breuvage millénaire composé de deux plantes que l’on trouve en abondance dans la forêt amazonienne. D’abord , il y a  l’ayahuasca qui est une liane qui a donné son nom au breuvage sacré, et l’autre la chacruna qui contient du DMT, un stupéfiant prohibé sur le plan international. La combinaison des deux est hautement hallucinogène, et ses effets sont proches du LSD, le psychoactif de référence. Les Amazoniens la surnomment « La liane de la mort ou le Vin des morts. La potion psychédélique est légale au Pérou où elle est utilisée en médecine primaire pour soigner les populations locales.

En 2008, un reportage d’Envoyé Spécial,  avait diffusé en prime time, a eu pour thème le tourisme hallucinogène au Pérou.  Même s’il date, son décryptage est toujours d’actuel car ce tourisme hallucinant continue toujours, même si les médias mainstream s’en désintéressent. Ces voyages sont tout un programme! On part au Pérou en petit groupe effectuer un « voyage initiatique et spirituel ». Dans le reportage de Envoyé Spécial, le tourisme hallucinogène est un fait de société décrit comme « un mouvement culturel » animé « par un désir de reconversion spirituelle». Les participants sont recrutés sur le net.

Le reportage reprend, sans le mentionner, une partie du rapport de la MIVILUDES 2005 sur les dérives sectaires du chamanisme amazonien, mais il occulte cet aspect sulfureux pour que le sujet devienne passe-partout, et banalise l’absorption de cet hallucinogène psychédélique.  En 2009, le rapport de la MIVILUDES multiplie les mises en garde. Pourquoi ce séjour au Pérou est-il tendancieux, induit-il en erreur sur la tradition des ayhuasqueros amazoniens? Et  est ce bien raisonnable d’ingérer l’ayahuasca ?

 

Selon le rapport de la MIVILUDES 2009, l’absorption de ce breuvage peut se «révéler particulièrement violent», qu’il amène à «un douloureux voyage sur soi-même avec vomissements, convulsions physiques, profonde détresse mentale, même lorsque cette substance est absorbée dans de bonnes conditions, c’est-à-dire sous la surveillance d’un chaman expérimenté ».

Malheureusement, l’attrait exotique, la recherche de solutions miracles en dehors de la médecine scientifique l’emportent sur le principe de précaution, et les avis éclairés des professionnels de la santé. Les arguments pseudo-scientifiques de la thérapie chamanique ont le vent en poupe parmi les moutons de Panurge des adeptes  des médecines alternatives.

 

Comment ces voyages « hallucinants » et « hallucinogènes » sont-ils organisés? Des personnes ayant des soucis existentiels sont recrutées sur des forums pour aller séjourner au Pérou dans l’un de ces camps de vacances hallucinogène “tendance” monté par un chaman péruvien. Leur projet n’est pas de converser à bâtons rompus sur les us et coutumes locales mais de suivre une thérapie chamanique à base d’ayahuasca, cet hallucinogène puissant susceptible de résoudre tous les maux par « des expériences mystiques dans le labyrinthe de l’inconscient ».

On voit dans ce reportage d’Envoyé Spécial, un chaman de père en fils depuis des générations. Ce qui serait en soi rassurant si l’on n’avait pas lu le rapport 2005 de la MIVILUDES, et si l’on n’avait pas eu vent des cas de décompensations psychiatriques, de cas de suicides quelques mois après l’avoir prise, des comas et des morts par overdose. Sous la houlette de ce chaman comparé à un « psychothérapeute (sic) », les touristes présentés dans le reportage ingèrent l’hallucinogène amazonien à doses massives pour soigner les maux existentiels que la médecine occidentale ne saurait pas prendre en charge efficacement.

Ce séjour, c’est du sérieux! Le camp est fermé et gardé nuit et jour par des hommes armés jusqu’aux dents;  une nourriture frugale non carnée est proposée aux vacanciers astreints à une diète stricte pour ingérer l’hallucinogène afin de ne pas provoquer des incompatibilités dans l’organisme et les rendre malades. Avoir des hallucinations comparables à celles du L.S.D n’est pas le symptôme d’un trouble psychique, bien au contraire! Le monde à l’envers! Dépersonnalisation/déréalisation ainsi que d’autres joyeusetés psychiatriques sont  vivement encouragées pour évoluer spirituellement. Le reportage montre que le logement des vacanciers est spartiate, et des séances de groupe où les vacanciers ingèrent des doses massives d’hallucinogène en l’espace d’une douzaine de jours encadrés par le chaman et ses assistants.

L’une des séquences les plus troublantes du reportage « à la frontière du surnaturel » est celle d’une vacancière en transe investie par l’esprit d’un jaguar. Cette métamorphose a des airs de parenté avec la lycanthropie, cette faculté de se changer en loup-garou renvoyant aux affaires de sorciers et à l’ensorcellement au Moyen Âge.

Les dérives de l’ayahuasca ne résident pas uniquement dans une emprise chimique mais aussi sur l’action pharmacologique spécifique censée traiter les addictions au cannabis notamment. Particularité qui oppose les scientifiques rationalistes à ceux du MAPS (The Multidisciplinary Association for Psychedelics Studies), un organisme privé financé par des fonds tout aussi privés où le pire côtoie le meilleur. Le MAPS regroupe les scientifiques prosélytes des psychédéliques dans le soin psychique à la place des molécules officielles et des psychothérapies alternatives, se substituant aux psychothérapies officielles (psychanalyse, TCC).

On  trouve dans la base de données Pubmed des articles scientifiques de bonne facture dans le PLos One ou  dans des revues de pharmacologie;   celui de Favaro qui a étudié les effets à long terme sur la mémoire ou les effets neurotoxiques de l’ayahuasca chez le rat. Et il y a bien une étude préliminaire sur l’action antidépressive de l’hallucinogène. Des études préliminaires, et éventuellement des essais pré-cliniques sont la norme pour des futurs médicaments. C’est vrai que des scientifiques se sont penchés sur les effets des drogues hallucinogènes à l’instar du chercheur David Nutt du département de neuropharmacologie et de l’imagerie moléculaire à l’Imperial College de Londres. Franz Vollenwerder de l’Université de Zurich, est aussi l’un de ces très rares scientifiques à poursuivre des recherches sur les psychédéliques. Mais si ce pan de la recherche peut s’avérer éventuellement prometteur, il faudra que les psychédéliques étudiés démontrent qu’ils sont plus efficaces que celle des molécules commercialisées, suivant les règles de l’Evidence Based Médecine. Et cette méconnaissance du grand public sur les protocoles de la recherche scientifique favorise les charlatans du chamanisme et du narco-tourisme.

Une grande partie de l’emprise mentale sous ayahuasca se met insidieusement en place après/ou en même temps que l’emprise chimique. Cette conséquence provoque une modification cognitive et comportementale par l’adhésion à des croyances au surnaturel. L’un des objectifs recherché dans la thérapie chamanique à l’usage des Occidentaux est d’occulter leur mode de pensée cartésien pour déstructurer leur vision du monde à l’origine de leur mal être. La pensée magique devient alors un mode de fonctionnement qui doit être prioritaire par rapport à la pensée rationnelle. L’irrationnel devient l’indice de normalité nécessaire de la nouvelle personnalité. Ce process de double emprise (chimique et cognitive) se fait en partie lors des phases hallucinatoires lorsque la personne est fortement suggestible et est dépendante d’une aide extérieure pendant la phase d’ivresse spécifique à cette drogue. La grande difficulté pour recueillir les propos des victimes est d’arriver à lever leurs résistances liées à cette pensée magique ; elle induit chez les victimes des peurs irrationnelles liées à l’existence de la magie noire, de la sorcellerie, bref à la réalité du paranormal.

 

Le contrepoint d’un médecin péruvien  (non chaman) interviewé est sans appel : il se montre très réservé sur ce tourisme hallucinogène, et il déconseille fortement l’hallucinogène aux Occidentaux qu’il évalue dangereux pour eux. Les recommandations des dirigeants des centres de vacances hallucinogènes listant les contre-indications pour ceux qui souffrent d’hypertension, de troubles cardiaques ou qui suivent un traitement antidépresseur sont nettement insuffisantes. Pour réduire les risques liées à la prise du psychédélique amazonien, il faudrait que les vacanciers se munissent d’une expertise psychiatrique et de plusieurs certificats médicaux.

C’est en fait, un véritable narco-tourisme. L’ambassade de France au Pérou met en garde les voyageurs sur son site interne même si le Pérou a classé l’ayahuasca au patrimoine culturel de la nation. Alors si vous êtes tenté par ce tourisme hallucinogène, ce sera à vos risques et périls.

Si le reportage date de 2008,  les faits décrits ne sont pas obsolètes. Le tourisme hallucinogène continue à prospérer. Son masque est aussi sous le label d’éco-tourisme, et ces stages découvertes sont présentés « comme une protection contre les maux de la société  contemporaine matérialiste».

Les années ont passé, mais ces faits sont toujours actuels, et même s’il ne s’agit que de cas isolés de nature sectaire, l’ayahuasca est une drogue très prisée par les cadres de la Silicon Valley. On la consomme comme du café à San Francisco. Si vous doutez des mises en garde sur la dangerosité de l’ayahuasca, lisez ces quelques témoignages récents avant de prendre la liane de la mort: en 2009, deux touristes italiens sont retrouvés en Équateur découpés à la tronçonneuse. En 2014, un Canadien poignarde un Britannique au Pérou.

Alors, êtes vous toujours tentés par un trip aux portes de la perception qui peut vous laisser sur le carreau? Si oui, alors à vos risques et périls, et vous avez en prime même la  vidéo reportage de Envoyé Spécial!

 

 

 

 

DE LA SOUMISSION CHIMIQUE!

Le pharmacologue Gilbert Pépin a mis en exergue la double soumission – chimique et sectaire – des victimes de l’ayahuasca.

 

Femme medecine Caroline Meniere
©Caroline Meniere
Dans son roman Le Meilleur des Mondes, Aldous Huxley évoque la sujétion psychologique des populations avec le Soma,  une drogue qui rend heureux. Grâce aux progrès des neurosciences et de la psychopharmacologie, la soumission chimique est aujourd’hui devenue réalité. Les  substances qui permettent d’assujettir autrui ne manquent pas. 
 La soumission chimique est l’administration à des fins criminelles ou délictuelles d’une substance psychoactive à l’insu de la victime.  L’emprise chimique abolit les réflexes de protection et les réactions de défense,  et il devient facile de profiter sans scrupules de la diminution des performances intellectuelles ou physiques de quelqu’un, de l’amener à agir contre ses intérêts, de le contrôler. L’assujettir, le mettre sous emprise mentale et physique.
Les substances utilisées, dans ce cadre là, mettent en jeu des mécanismes cérébraux inhibiteurs responsables des troubles de la vigilance et de la mémoire. Dans le cerveau,  le degré de vigilance est commandé par le cortex frontal, partie antérieure de l’encéphale, connectée au thalamus, qui reçoit notamment les informations visuelles et auditives de l’extérieur. Pour diminuer la vigilance, il y a des actions complexes du thalamus qui agissent sur le cortex frontal, soit en l’excitant, soit en l’inhibant.

Certaines molécules sont connues pour induire la soumission chimique. À l’instar du gamma-OH ou GHB, la drogue des violeurs, un hypnotique puissant uniquement prescrit sur ordonnance médicale. Le GHB agit sur le siège de la volonté en diminuant l’activité de la partie frontale du cerveau. L’action de ce type de molécules sur le cortex a une autre conséquence chez les victimes: une victime violée sous l’emprise d’une substance chimique sera amnésique de son viol. Durant le temps d’action de la drogue, les souvenirs ne sont pas stockés; ce qui rend difficile l’identification des délinquants sexuels.

Il est possible d’abaisser les seuils de résistance, d’obtenir  artificiellement la confiance d’autrui pour le manipuler avec certaines molécules comme la vasopressine et l’ocytocine, connues comme les hormones de l’amour et de l’attachement. Des neuropeptides diffusées sous forme de spray. L’ocytocine agit sur la perception de la peur, ce qui est démontré par les travaux de Peter Kirsch de l’Université de Giessen (Allemagne). Avec l’ocytocine, un délinquant sexuel obtient la confiance d’une proie sexuelle.

La soumission chimique est un procédé psychosectaire en pleine expansion. Beaucoup de personnes « en recherche » sont séduites actuellement par la pratique du chamanisme, et vont tomber dans le piège de la soumission chimique en ingérant des psychostimulants naturels présentés comme des recettes ancestrales. Sous couvert de développement personnel ou de psychothérapie, des charlatans proposent des ersatz de pratiques chamaniques conjuguées à des drogues puissantes. L’idée de ces chamans de pacotille est de provoquer des États Modifiés de Conscience (EMC) que l’on présente aux victimes comme des « visions chamaniques » propices à une évolution spirituelle.

Ces faux chamans s’inspirent d’authentiques traditions chamaniques qui utilisent des drogues dans leurs rituels. Particulièrement, celle de l’Amazonie et son hallucinogène puissant, l’ayahuasca, une décoction à base de plantes locale comme le banisteriopsis et dont l’effet psychotrope est obtenu avec la psychotria viridis (DMT). Les Indiens d’Amazonie la surnomme en claquant des dents, la « Liane de la Mort» ou  le vin des Morts. Ses effets sont proches de ceux du L.S.D, le psychoactif de référence. De nombreuses victimes sont tombées sous l’emprise chimique et sectaire de l’ayahuasca, malgré l’interdiction justifiée en France, depuis 2005, de la décoction. En Europe, la drogue amazonienne est diffusée par des micro-groupes, fonctionnant en  « système clos », et  elle a acquis le statut d’un outil chimique de manipulation redoutable définis sur le mode de groupes totalitaires, d’officines sectaires. 

Le pharmacologue Gilbert Pépin a mis en exergue la double soumission -chimique et sectaire-des victimes de l’ayahuasca. Consommée ainsi, on a observé des décompensations psychiatriques, des suicides quelques mois après l’avoir prise, des comas et des morts par overdose.

Dans le même registre, les observateurs constatent également la montée en puissance préoccupante de l’iboga, un bois sacré hallucinogène originaire du  Gabon, de la tradition des Bwitis. Il  est aussi appelé le L.S.D africain, ce qui évoque, sans détour, sa parenté pharmacologique avec la molécule chimique du même nom. Dans une édition de 2007, le journal le Parisien rapporte la mort d’un jeune toxicomane alsacien de 26 ans, qui au cours d’un stage de chamanisme africain en Ardèche, avait consommé de l’iboga.

Au regard des progrès fulgurants de la soumission chimique, la plus grande vigilance est de rigueur » constate le Dr Patrick Barriot, enseignant à la faculté de médecine de Montpellier.

Sources
:
Communication, société de médecine légale et de criminologie de France, séance
du 11 septembre 2000: “Un  Nouvel hallucinogène en Europe: l’ayahuasca ou vin de l’esprit”, G.Pépin, M.Chèze, F.Billaut, Y.Gaillard.
In annales de Toxicologie Analytique, vol XVI, n°1, 2004, “Ayahuasca: liane de l’âme, chamans et soumissions chimiques “Ayahuasca: liane de l’âme, chamans et soumission chimique”, G.Pepin, M.Chèze, F.Billaut, Y.Gaillard.