UNE DIABOLIQUE AFFAIRE!

La famille De Védrines, notables du Sud-Ouest, est restée sous l’emprise du gourou de Monflanquin durant longue onze années!

Casting du téléfilm Diabolique diffusé sur France 3 en avril 2016

En avril 2016, France 3 a diffusé le téléfilm « Diabolique »de Gabriel Arghon, inspiré d’un fait réel, celui des reclus de Monflanquin, un dossier qui a occupé de nombreuses années la MIVILUDES.

Si cette affaire semble passée, elle est toujours d’actualité. Exemplaire, elle montre la notion d’emprise d’emprise mentale sur un groupe de personnes, en l’occurence une famille. Un homme sans scrupules que l’on peut qualifier sans l’ombre d’un doute de gourou a abusé financièrement et psychologiquement d’une famille entière.

Thierry Tilly, ce gourou a été condamné en juin 2013 par la cour d’appel de Bordeaux à dix ans de prison pour avoir ruiné une famille de notables bordelais par des méthodes douteuses de manipulation mentale. En 2012, il avait été condamné  à huit ans de prison pour « abus de faiblesse sur personnes en état de sujétion psychologique, détention arbitraire et violences volontaires ».

Le procureur a requis dix ans de prison contre ce « mythomane stratégique », qui affecte l’innocence. Le jugement a suivi la réquisition du procureur, et l’on ne peut que s’en féliciter pour les victimes.  La famille De Védrines, notables du Sud-Ouest, est restée sous l’emprise du gourou de Monflanquin durant longue onze années! Une tranche de vie conséquente!

La presse s’est largement faite l’écho de cette affaire, et le lecteur curieux peut consulter à travers le web l’historique de cette manipulation mentale, et les résumés du procès qui a opposé les victimes à Thierry Tilly.  Les témoignages des victimes sont éloquents du calvaire qu’ils ont vécu pendant onze ans. Ghislaine Marchand raconte que « c’était un cauchemar terrible. Plus j’avance et plus je me rends compte à quel point nous avons été esquintés». Christine de Védrines, l’une des onze victimes, surnomme Thierry Tilly, « l’Escroc », « le Manipulateur »,  « le Caméléon » ou encore le « Fantôme ». Elle se livre sans  fard ni honte dans son livre « Nous n’étions pas armés ».  Un témoignage courageux!


Thierry Tilly a usé de toutes les techniques de manipulation mentale pour dépouiller cette famille de tous leurs biens. Cette mise sous emprise mentale s’est faite par une série de pressions et de techniques psychologiques qui mènent à la sujétion mentale. On a de la peine à croire qu’une famille entière ait été victime d’un gourou. Et pourtant, cela peut arriver à n’importe qui ! C’est l’une des difficultés majeures à faire passer ce message, à laquelle se heurtent les associations qui luttent contre les dérives sectaires. Nous sommes tous manipulés à des degrés divers, et nous sommes aussi également tous des manipulateurs.  

Il faut évoquer la personnalité du gourou, et son équilibre mental. Celui de Monflanquin a soulé la Cour par son incohérence, son délire, sa mythomanie. Thierry Tilly va se prétendre tour à tour roi d’Israël, neveu de la reine d’Angleterre, membre de la famille qu’il vient d’escroquer. Il s’est également  vanté d’être agent secret et victime d’un complot maçonnique dont il voulait protéger la famille. Rien que ça!

Face à une personnalité comme celle de Thierry Tilly -ou d’un autre gourou- d’aucuns évoqueraient le registre de la personnalité du Pervers Narcissique. Cette étiquette popularisée par le livre de Marie-France Hirigoyen Le Harcèlement moral, la violence perverse au quotidien, a été dévoyée et fait aujourd’hui l’objet de livres supposant délivrer aux lecteurs les recettes pour y échapper. Si cela marchait réellement, ça se saurait, et on les aurait éradiqués depuis belle lurette de la surface de la terre. Ce n’est pas si simple de se mettre à l’abri d’une personnalité si diabolique. Dans son autre livre « Abus de faiblesse et autres manipulations », ouvrage majeur sur la manipulation mentale à mettre entre toutes les mains, Marie-France Hirigoyen estime que nous sommes tous manipulés, tous manipulateurs à des degrés divers. Il y a des frontières à ne pas franchir pour aliéner l’autre, le mettre sous sujétion mentale pour pas devenir victime de « personnes de mauvaise compagnie ».

Le profilage du gourou de Monflanquin est celle de tout manipulateur qui met sous emprise ses victimes à des fins liberticides. Un gourou sait cerner la personnalité, et exploiter ses failles par la coercition mentale et physique. Qui n’a pas ses faiblesses psychologiques ? Le génie du manipulateur est  justement de les repérer et de s’en servir pour détruire l’autre.

Toute sujétion psychologique présente les trois phases interactives:
séduction/Destruction/Reconstruction.

Cet engrenage infernal va conduire les victimes à la soumission aveugle qui détruit la psyché. Ce n’est qu’après être sorti de cet engrenage infernal que les victimes peuvent prendre de la distance et réaliser l’horreur de cette sujétion psychologique aveugle, de la perte de leur libre-arbitre.   Ces trois phases s’observent dans l’affaire de Monflanquin. 

D’abord,  celle de la séduction.  Thierry Tilly est présenté dans les règles de l’art. Doté d’un charisme hors norme comme tout gourou, il arrive à  gagner au fil du temps  la confiance de la famille. «La puissance de son regard était quasi hypnotique. Il nous a rendus prisonniers de nous-mêmes», témoigne Philippe de Védrines. Christine de Védrines témoigne, conforte les témoignages des autres membres de sa famille: « Il a passé du temps à écouter Ghislaine (sa belle soeur), il savait tout sur nous et nos comptes en banque, analyse -t-elle! . C’est quelqu’un de très intelligent qui vous scanne et détecte rapidement vos défauts et vos qualités.


« Il a gagné la confiance de ma belle-sœur et de ma belle-mère, dont l’influence était prépondérante dans cette famille matriarcale».«Il est arrivé nimbé de pouvoirs extraordinaires et apportait à chacun les réponses qu’il attendait » assure-t-elle. 


Et Charles-Henry note qu’il « a réussi à placer ses pions partout pour tirer les ficelles. Avec un petit bout de vérité, il faisait un gros mensonge».   Une fois la confiance installée, Thierry Tilly est passé à la seconde phase qui est celle de la destruction de la personnalité. Il va semer la zizanie en exploitant les rivalités familiales, les mesquineries confortant le fameux adage « Diviser pour mieux régner ». Il isole la famille du reste du monde, et en dicte leur mode de vie. Ils vont être onze à vivre reclus sans téléphone, volets fermés dans le château familial de Monflanquin, dans le Lot et Garonne. Le harcèlement moral, les mensonges diffamatoires notamment sur la fidélité conjugale de Christine de Védrines feront partie de sa boîte à outils du parfait manipulateur. L’un des enfants serait né d’un inceste avec son père, le pire étant que son mari le croira un temps.

Thierry Tilly exploitera le manque de confiance de Christine de Védrines pour l’épuiser moralement. Il utilisera avec elle la coercition physique avec la complicité involontaire des autres membres de la famille, car sous sujétion mentale et incapables de prendre du recul et de mesurer la portée de la violence physique et morale. Thierry Tilly la séquestrera plusieurs jours dans une pièce, et la forcera de rester sur une chaise face au mur. « Je suis devenue moins qu’un être humain, un sous-homme », écrit-elle dans son livre.

Elle n’est pas la seule à parler de cette mise sous emprise. « Tilly a mis un pistolet psychologique sur nos tempes et passait son temps à nous dresser les uns contre les autres. Il séduit sa proie, puis il l’enserre, l’englue, l’épuise» (Ghislaine de Védrines).

« C’est un prédateur. Il a pris notre argent, mais en plus il nous a cassés » accuse Diane, la plus jeune de la famille, qu’il a réussi à faire travailler 90 heures par semaine, en Angleterre.

La reconstruction de la personnalité des uns et des autres selon les desiderata machiavéliques du gourou de Monflanquin, a permis à ce dernier de dépouiller la famille de son patrimoine qui s’élevait à plusieurs millions d’euros. Christine de Védrines aura un jour un déclic sur Thierry Tilly, et en mars 2009, elle s’enfuira pour échapper au gourou. Elle contactera un avocat bordelais spécialisé dans les dossiers manipulation mentale, et aidera sa famille à sortir de l’emprise de Thierry Tilly jusqu’au procès de 2012 mais qui les aura laissé ruinés moralement et financièrement.

Si le dossier pénal est clos, l’affaire s’est poursuivie au civil après la condamnation de Thierry Tilly. La famille a tenté de récupérer le château à Monflanquin qui avait été vendu en  2008 lorsque la famille était séquestrée à Oxford par le gourou. La cour d’appel d’Agen a rejeté la requête des époux de Védrines en estimant que le nouveau propriétaire était de bonne foi.

Et qu’est devenu Thierry Tilly? Il est sorti de prison en juillet 2017 après avoir purgé une peine de dix ans. À sa sortie et à la suite d’un malaise sur la voie publique, il a été interné dans une UMD.

Quelques mots sur l’expertise psychiatrique faite par Daniel Zagury sur Thierry Tilly: M. Tilly a procédé comme un «psychanalyste dévoyé»: engrangeant d’abord les confidences de Ghislaine de Védrines, puis celles de ses frères, enfants, nièces et neveux, il s’est trouvé en mesure de maîtriser toutes les frustrations et non-dits de cette famille de la noblesse protestante qui trouvait enfin une oreille attentive. Agissant comme dans un «abus de transfert», il a alors monté les uns contre les autres, démiurge incontesté et terrifiant plongeant ses proies dans une régression infantile totale pour mieux les dévaliser. «Les Védrines ne sont pas devenus bêtes d’un coup, note le psychiatre, mais leur intelligence a été mise en jachère.»

Si ce fait divers « Le mot de la fin » de ce post sur cette sordide histoire de manipulation mentale revient à Christine de Védrines qui justifie le titre de son livre : « J’ai intitulé mon livre « Nous n’étions pas armés car nous sommes des gens naïfs, qui n’avaient jamais été  confrontés aux mensonges. Nous sommes tombés sur un être  machiavélique qui a exploité nos failles. »   Cela peut arriver à n’importe qui.

Sources: http://www.ladepeche.fr/article/2013/04/25/1613450-comment-tilly-a-tisse-sa-toile.htmlhttp://www.leparisien.fr/magazine/grand-angle/l-affaire-dans-les-griffes-du-gourou-27-05-2013-2840561.phphttp://www.lexpress.fr/actualite/societe/justice/le-gourou-de-monflanquin-assure-etre-le-roi-d-israel-et-le-neveu-de-la-reine-d-angleterre_1243123.html

COMPLIANCE: POUVOIR, MANIPULATION, OBÉISSANCE

Ce film est basé sur un fait réel qui s’est passé aux États-Unis. Entre 1992 et 2004, un homme va appeler plus de soixante dix supérettes et fast-foods, et manipuler insidieusement psychologiquement les managers.

 
« Compliance, Pouvoir, Manipulation, Obéissance » est un drame psychologique de Craig Zobel sorti en 2012. Lors d’une journée particulièrement chargée, Sandra, gérante d’un Mc Do dans l’Ohio, reçoit l’appel d’un homme qui se présente comme un policier. Son correspondant accuse Becky, l’une de ses employées, d’avoir volé un client. Sur un ton péremptoire, il lui demande d’isoler Becky dans l’arrière-boutique, et de la surveiller jusqu’à ce qu’il puisse lui-même l’interroger. Pendant plusieurs heures, la gérante et une partie de l’équipe du McDo vont obéir au doigt et à l’oeil à cet homme qu’ils auront en permanence au bout du fil. En fait de policier, il s’agit d’un imposteur. Cet emprunt d’identité, celle d’une figure d’autorité légale va faciliter l’obéissance de ses victimes pour son canular de mauvais goût.

 

Ce film est basé par un fait réel qui s’est passé aux États-Unis. Entre 1992 et 2004, un homme va appeler plus de soixant-dix supérettes et fast-foods, et manipuler insidieusement leurs managers. Le mode opératoire de son canular est bien rôdé! Il demande à parler au responsable, et au cours de la conversation téléphonique, il accuse l’une des employées de vol. Par personne interposée et prétextant qu’il est loin du fast-food, il donne des ordres qu’il présente comme la procédure légale dans le cas d’un vol. Les actes qu’il demande de faire faire sont dégradants, et portent atteinte à la dignité humaine des victimes. L’un de ses appels  induisent un viol. C’est ce tragique fait divers que raconte, dans son intégralité, le réalisateur Craig Zobel. Ce film montre un huis-clos prenant où la gérante avec l’aide d’employés fidèles, et la victime du viol tombent dans une dynamique de groupe glauque orchestrée par le mystificateur.

Dans le film, les employés du fast-food auront deux types de réactions qui vont isoler la gérante. D’abord, il y a ceux qui ne veulent pas être mêlés à une affaire policière, et qui sont indifférents au sort de Becky. Ils sont là pour gagner leur croûte et servir les clients. Et les autres dévoués à Sandra, leur manager, qui la suivront aveuglément, sans se douter qu’elle-même applique à la lettre les instructions du faux policier. Sandra impose une série d’humiliations à Becky. Elle reste de marbre face à sa détresse car elle est encouragée au bout du fil par son interlocuteur. Elle fera fi de la pudeur de la jeune femme en lui faisant subir une fouille au corps complète,  en lui ordonnant de se dévêtir et de rester nue pour ne pas qu’elle cache l’argent volé sur elle. Pendant ce temps là, c’est le coup de feu au Mc Do, et  les clients affluent; il  doit tourner coûte que coûte, sans états d’âme des employés. En tant que manager, Sandra est obligée de s’absenter souvent de la pièce où est enfermée Becky. Cette affaire de vol est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Avant l’appel du plaisantin, Sandra et son équipe étaient déjà stressés. Un livreur les avait tancés car une partie des denrées étaient gâchées à cause de la porte du frigo restée ouverte une partie de la nuit. Débordée, Sandra charge alors un employé masculin de surveiller la voleuse. Pendant son absence, malheureusement, l’employé va profiter de la vulnérabilité de violer Becky  qui était nue et terrorisée.

Ce fait divers glauque ramène à la fameuse expérience du psychosociologue Milgram  à la soumission à l’autorité. Dans les années 60, des cobayes humains acceptent, sur commande d’une figure d’autorité,  d’infliger des chocs élecriques à autrui malgré leurs leurs supplications et cris de douleurs simulés car il n’y avait pas de courant électrique;  ce que les volontaire ignoraient. Dans le fastfood, personne ne reçoit de courant électrique mais Sandra et ses employés sont soumis un stress intense: l’activité commerciale impérative, le scandale d’un vol qui les pousse à faire confiance à un inconnu, investi d’un statut d’autorité légale (du moins, le pensent-ils!). Outre la référence à la soumission à l’autorité de Milgram, il y a dans ce sordide fait divers la sujétion à l’autorité, la manipulation et l’abus de faiblesse décrits par Marie-France Hirigoyen dans son livre Abus de faiblesse et autres manipulations.

Ce qui s’est passé dans ce Mc Do peut-il arriver à n’importe lequel d’entre nous? Gardons-nous toujours notre libre arbitre face à une figure d’autorité? Ou encore, savons nous prendre de la distance pour résister à la manipulation de personnes avec lesquelles nous avons noué des liens affectifs ?

Et le manipulateur dans tout ça? Il table sur la bêtise de sa victime (c’est ce qu’il pense); il sait maîtriser ses émotions et joue sur le registre de la séduction et de l’assurance. Sa voix a toujours été ferme comme celle que l’on peut attendre d’un représentant de l’ordre. Il est machiavélique et dénué d’empathie. Nous avons du mal à accepter qu’il y ait des gens toxiques qui nuisent délibérément à autrui et qui affectent notre innocence ; celle qui fait que l’on n’est pas sur la défensive dans nos relations.

La soumission à l’autorité concerne chacun de nous, à des degrés divers, et dans toutes les sphères de la vie. Il est évident que le faux policier savait que le choix de ce statut induirait la soumission de ses victimes. Dans ce Mac Do, c’est le téléphone qui sert de vecteur à l’escroc pour jouer au « gendarme et au voleur ». Le monde du virtuel et ses modes de communication sont susceptibles de faire partie de la boîte à outils du parfait manipulateur. Les escroqueries de toute sortes (financières et morales) se déclinent à volonté dans le virtuel. On peut imaginer n’importe quel mauvais coup pour manipuler l’autre par SMS, les réseaux sociaux, les  webcams et le net. Et c’est souvent bien ficelé et indétectable au premier coup d’oeil…

Notes:

Compliance est un mot que l’on n’a pas l’habitude d’entendre ou d’écrire. Il est issu de l’anglais. En français, on l’emploie en pharmacothérapie. Il désigne le respect par les patients des prescriptions de son médecin. L’un de ses synonymes est observance. Il signifie aussi abandon et abdication. Et c’est ce qui colle parfaitement au comportement de Sandra et de ses employés qui vont suivre les injonctions déguisées de l’imposteur. Au fil du film, le spectateur a de la peine à croire à la véracité de ce fait divers.