WILD WILD COUNTRY

Ce sont six épisodes d’une heure où l’on ne s’ennuie pas un seul instant.

Si vous êtes intéréssé par la mécanique des sectes, ne manquez pas Wild Wild Country, un documentaire fabuleux proposé par Netflix. Il figure dans la bibliographie et la filmographie du dernier rapport de la MIVILUDES. Conçu comme un thriller haletant, c’est une plongée dans l’univers sectaire du gourou Bhagwan Shree Rajneesh connu en Occident sous le nom d’Osho (nom qu’il prit dans la décennie 1970/1980).

Ce documentaire réalisé par Chapman et Maclain Way est un travail colossal d’archives, montage de séquences et d’interviews des protagonistes de l’époque aussi bien dans le camp des adeptes d’Osho et de ceux qui l’ont combattu. Et c’est là où c’est magistral car cela permet au spectateur de prendre la mesure du phénomène sectaire à l’instar de jurés lors d’un procès. Ce sont six épisodes d’une heure où l’on ne s’ennuie pas un seul instant.

Tout commence en 1981, dans le comté de Wasco (Oregon) près du village d’Antelope peuplé de quarante six âmes. Ses habitants sont des conservateurs (Républicains) à la retraite, d’anciens ouvriers venus s’offrir un ranch pour y couler des jours heureux. L’un d’eux, John Silvertooth décrit Wasco comme « Une bourgade tranquille au milieu de nulle part. Isolée du monde.» Le petit coin de paradis des retraités va être chamboulé du jour au lendemain par l’arrivée des adeptes de la secte de Bhagwan Shree Rajnesh chargés de préparer le terrain pour l’installation du gourou en Amérique, réputée pour sa liberté religieuse érigée en droit fondamental. Plus de cinq ans de luttes intestines entre les habitants et la secte. Et pas des moindres: des violations en série des lois sur la fiscalité, sur l’immigration, la constitution d’une milice privée armée jusqu’aux dents, des tentatives de meurtre sur les membres influents de la secte et une attaque bioterroriste.

Mais qui est Bagwhan Shree Rajnesh? Quelques précisions sur lui et aussi quelques recherches personnelles que j’ai faites en dehors du synopsis du documentaire.

Rajneesh est né en Inde en 1931, et il est un « Godman ». Ce terme est important pour comprendre l’engouement autour de Rajneesh. « Godman désigne en Inde un demi-dieu possédant des pouvoirs paranormaux divers comme par exemple celui de guérison, de télépathie et le don d’influencer le futur. Ces demi-dieux qui sortent du lot de la condition humaine ordinaire ont souvent l’aval de larges pans de la société, et notamment de politiques qui souscrivent à leurs oeuvres de bienfaisance (construction d’hôpitaux ou d’écoles) auprès d’une population démunie et croyante en la roue de l’existence karmique (ou de la roue du Dharma). Face à ces croyances populaires, la FIRA (Federation of Indian Rationalist Associations ou Fédération des associations rationalistes indiennes a pour vocation de montrer en Inde les secrets de fabrication de ces charlatans, illusionnistes à la Houdini. L’un de ces Godman est Satya Baba évoqué dans ma recension du film Holy Smoke.

Notre demi-dieu Rajhness/Osho est bardé de diplômes. Il a obtenu en 1952, l’équivalent de l’agrégation de philosophie, et devient en 1957, professeur des universités. Il critiquait l’orthodoxie des religions et se considérait comme un athée irreligieux et à l’opposé des préceptes de vie fondés sur l’ascétisme et la frugalité. Ce que démontrera plus tard son train de vie fondé sur les donations de ses fidèles occidentaux.

Les disciples initiés de Bagwhan Shree Rajnesh vêtus d’orange s’appellent les néo-sannyasans. Ils étaient vêtus de vêtements orange. L’origine vient sans doute du mot sanscrit « sannyasā » généralement traduit par « renonciation ». C’est le renoncement au monde intronisé par le maître spirituel. Il s’agit du quatrième stade de la vie brahmanique où les désirs et les attachements sont brûlés dans le feu de la connaissance symbolisé par le port d’une robe orange.

Concernant nos néo-sannyasans, c’est le contrepied! Pas de renoncement à une libido active qui prône l’amour libre, celle de la période hippie du « Peace and Love », pas de mortification matérielle quand on sait que Baghawann shree Rajneesh avait une collection importante de rolls-royce. Les adeptes d’Osho étaient aussi appelés les Orange People (ça sonne comme un groupe de Pop Music) et plus tard, les robes furent rouges, roses et marrons.

Osho est le créateur de la méditation dynamique particulièrement adaptée aux Occidentaux. Dans le film, on voit les adeptes se livrer à cette pratique de dynamique de groupe avec des manifestations corporelles où le cri est présent, et quelques explications à son sujet s’imposent car la méthode d’Osho diffère des autres formes de méditation. Elle a inspiré nombre de thérapies du Mouvement du potentiel humain où de nombreux thérapeutes du new Age sont venus dans ses ashrams faire leurs classes .

La méditation dure une heure, et cinq phases d’exercices successifs sont proposées. Contrairement aux autres formes de méditation qui requièrent de faire le vide dans ses pensées et prônent le calme, la méditation dynamique semble en être le contrepied. Elle implique d’être à l’écoute de soi, sur le « qui vive ». « La méditation dynamique est une méditation chaotique, une folie méthodique.» Tout ce qui est réprimé en vous doit sortir.»

-La première phase est la respiration chaotique et rapide par le nez.

-La deuxième phase est la libération de la folie engrangée lors de la première phase. Je la compare au quart d’heure de folie du chat où le félin partage un moment de joie intense avec ses maîtres en miaulant, sautant de meuble en meuble, jetant ses jouets à grelot avec force vigueur dans toutes les pièces de la maison. C’est pour moi le résumé de la méditation dynamique et sans spécisme! Avec mauvais esprit, j’en conviens!

Bref, pour revenir à des propos moins excentriques, lors de la deuxième phase de la méditation dynamique, tout est permis: De l’expression corporelle intense au cri libérant les émotions les plus enfouies et libérant le conditionnement sociétal: Si vous voulez sauter, sautez.Si vous voulez danser, dansez. « Si vous voulez hurler, hurlez. (ce n’est ni plus ni moins le cri primal)! Bagwhann a été fasciné par les nouvelles thérapies (tout un poème de dérives de la psychothérapie) testées à l’Institut Big Esalen, et il les a introduites dans sa méditation dynamique avec des psychologues.

-La troisième phase de la méditation dynamique tourne autour du son « HOU » (ou « HOO »). Un mantra. Après 30 minutes de cet exercice vocal accompagné de libération physique, à l’injonction « Stop », l’adepte doit rester pétrifié tel une statue de pierre durant 15 minutes dans la position dans laquelle il observe son propre corps.

La récompense suprême pour la pratique de cette méditation dynamique est d’acquérir, la lumière, la joie et la présence divine. C’est tentant, avouez le, pour qui aime le New Age! Hors champ du documentaire, j’ai trouvé sur le site Pubmed un article du Jclin Diagn Res, publié en 2016, sur l’effet de la méditation dynamique d’Osho sur le niveau de cortisol sérique.

Succinctement résumé, si le taux de cortisol sérique est élevé, c’est votre santé mentale qui est affectée. La baisse du taux de cortisol agit sur le stress. Il est ainsi écrit en conclusion de cet article « que la méditation dynamique Osho produit des effets anti-stress. Le mécanisme d’action pourrait principalement être attribué à la libération d’émotions refoulées et d’inhibitions et de traumatismes psychologiques. Ainsi, la méditation dynamique pourrait être recommandée pour l’amélioration du stress et des troubles physiques et mentaux liés au stress. ». Le but d’une telle étude était (ou est) d’introduire la méditation dynamique dans les hôpitaux.

Mais peut-on séparer une technique de méditation de l’idéologie sectaire d’Osho même s’il est mort? Son enseignement demeure et reste encore une entreprise lucrative. Cette étude est un cheval de Troie, un classique des dérives sectaires de la psychothérapie.

J’ai voulu en savoir plus sur le journal JCDR, et comme on peut le lire noir sur blanc, c’est une revue indienne émanant d’une fondation spécialisée dans la médecine aryuvédique. De plus, cette revue indienne ne participe plus à PMC, c.a.d à l’archive qui donne accès gratuitement au texte intégral d’articles de revues biomédicales et des sciences de la vie, lancée en février 2000 par la National Library of Medicine des National Institutes of Health (NLM/NIH) aux États-Unis. De la pseudo-science qui avance masquée même s’il est fait mention du taux de cortisol.

Après ces digressions, revenons au documentaire Wild Wild Country. L’arrivée de l’avant-garde néo-sannyasan comprenant sa disciple secrétaire et porte-parole d’Osho Ma Anand Sheel perturbe la vie de cette bourgade. C’est Ma Anand Sheel et son mari qui achètent le Big Muddy Ranch près d’Antilope, et très vite, le ranch se transforme en une ville moderne grâce aux adeptes issus de tous les corps de métier du BTP et de la société civile qui vont mettre la main à la pâte et au porte-feuille. De l’ingénieur à l’architecte en passant par l’agriculteur et autres métiers. La ville sera rebaptisée Rajneeshpuram et comprendra des hôtels,un aéroport, des boutiques et 8000 mètres carrés de halls de réunion sous la gérance de Ma Anand Sheel. « Les images d’archives » montrant la construction de cette ville en un temps record sont impressionnantes, et on peut mesurer le succès de cette secte à ce monde grouillant dans la ville. La Babylone du New Age.

La tension continue de monter entre la secte et les habitants. Certains habitants son harcelés par les néo-sannyasans qui épient leurs moindre faits et gestes et les photographient dès qu’ils sortent de chez eux. le ton monte et les habitants songent à déloger les adeptes par les armes. Pour riposter, A.Sheel le bras droit d’Osho va créer sa milice avec des adeptes formés au tir et armés de Uzi.

Les adeptes de la secte réussissent à s’introduire petit à petit dans le conseil municipal pour imposer leurs règles, mais ils voulaient plus de pouvoir. Ils souhaitaient neutraliser la population votante de la ville pour gagner les élections de 1984 dans le comté de Wasco. Ma Ananda Sheel avec une poignée de disciples met au point une attaque bioterroriste. C’est une intoxication alimentaire en contaminant délibérément une douzaine des bars à salades des restaurants locaux du comté avec la bactérie responsable de la salmonelle. 750 personnes furent empoisonnées, 45 personnes furent hospitalisées et il n’y a pas eu de décès. Cette contamination et décrite comme la première attaque bioterroriste aux États-Unis et la plus importante de l’histoire américaine. Ma Ananda Sheel sera arrêtée en 1985 en Allemagne puis extradée aux États-Unis en 1986. Elle sera condamnée à 24 ans de prison, à une forte amende et à des dommages et intérêts pour le comté de Wasco. Elle sera relâchée au bout de deux ans pour bonne conduite.

Et Osho dans le reportage? Évidemment, on le voit arriver accueilli dans l’ashram tel une rock star par ses adeptes dans l’une de ses 93 Rolls-royce. Les archives font état du silence public d’Osho qui cessa le 30 octobre 1984. Ses nombreuses démêlées avec la justice américaine mèneront à son arrestation à bord d’un jet privé loué avec une poignée d’adeptes en route vers les Bermudes. Il sera condamné à dix ans de prison avec sursis et à une forte amende et assigné à quitter les États-Unis sans y revenir au moins avant cinq ans. Par la suite, ses tribulations continuèrent de pays en pays jusqu’à sa mort le 19 janvier 1990 à Puna (Inde).

Le groupe va disparaitre après l’attaque bioterroriste de The Dalles. et les habitants ont repris le cours de leur vie. Aujourd’hui Antelope est devenu l’un des plus grands camps de jeunes Chrétiens du monde.

Dans Wild Wild Country, les interviews des protagonistes éclipsent Osho qui en devient presque un personnage secondaire. Outre le personnage de Ma Ananda Sheer, l’un des avocats d’Osho, Philippe Toelker à travers ses interviews montre les zones d’ombre que l’on peut trouver chez certains adeptes partagés après la disparition de l’ashram américain entre nostalgie et regrets de ne pas avoir pu continuer l’oeuvre d’Osho.

Le portrait de Ma ananda Sheel est celui qui a le plus retenu mon attention. Si on ne peut s’empêcher de trouver Philippe Toelker sympathique par son pragmatisme et sa vision des faits exposée factuellement, Ma Ananda Sheel est un personnage trouble. Et ce qui est fascinant, c’est sa faculté à rebondir après le démantèlement de la ville de Rajneehpuram, elle s’est installée dans la Suisse profonde et a repris son nom de femmes mariée, Sheela Bernstein.

Elle a ouvert un centre pour handicapés constitué de deux maisons; l’un est Matrusasdem et l’autre Bapusaden. C’est le foyer de la dernière chance et des exclus du système de prise en charge classique.«Nous sommes connus pour traiter des patients difficiles qui n’ont pas trouvé de place dans d’autres instituts à cause de leur handicap. Nous avons des gens qui ont visité 15 autres foyers et aucun n’a fonctionné pour eux», dit Sheela. Le fonctionnement de son centre est atypique et s’est inspirée quelque part des ashrams d’Osho. L’état suisse couvre une partie ou totalement les frais d’hébergemenbt des pensionnaires.

Ce qui est intriguant c’est qu’elle garde dans sa chambre une photo d’Osho à qui elle sert du champagne. Surprenant quand on sait qu’Osho a rejeté sur elle l’entière responsabilité de l’attaque de The Dalles et qu’il l’a déchue de ses reponsabilités dans son ashram américain. Elle continue à parler de lui en termes élogieux: « C’est une couronne que je porte encore aujourd’hui et je n’ai jamais eu honte. Ce fut un honneur de vivre près d’hommes comme Bhagwan. Il a eu une influence majeure sur mon expérience de vie, qui en retour influence mon travail», dit-elle.

Et c’est bien toute la problématique de l’endoctrinement sectaire. C’est un processus en trois étapes: d’abord la séduction (l’attrait de la nouveauté, Peace and Love, exotisme car l’herbe est plus verte ailleurs pour la spiritualité), puis vient la destruction de l’ancienne personnalité avec l’enseignement du gourou et la rupture avec l’ancien mode de vie, et la dernière étape est celle de la reconstruction de la personnalité suivant les normes du groupe sectaire. Et justement, les interviews des figures majeures du mouvement d’Osho montrent cette problématique de l’endoctrinement sectaire. Et il y a un impossible retour en arrière sur la personnalité d’antan quand on sort de la secte. La prévention reste le meilleur outil de lutte contre les dérives sectaires.

LE TOUCHER THÉRAPEUTIQUE, UNE MÉTHODE QUI A REMPORTÉ UN NOBEL IGN!

Le Toucher Thérapeutique est une version de l’antique imposition des mains, un geste rituel et sacramentel signifiant un transfert d’énergie ou de puissance, sans connotation religieuse. La médiumnité.

Dans leur livre Crazy Therapies, la psychologue Margaret Singer et la sociologue Janja Lich ont dénoncé en leur temps et sans concession les thérapies du New Age fondées sur la pseudo-science et la pensée irrationnelle bien loin de critères méthodologiques et scientifiques requis sur lesquelles reposent la psychiatrie et la psychologie.

La liste de ces thérapies alternatives est longue, et est un puits sans fond. En lisant un article publié sur l’excellent site The Skeptic, j’en ai trouvé une forte éloquente! Il s’agit du Toucher Thérapeutique, méthode créée en 1972 en pleine période du New Age. « Une nouvelle arnaque venue des États-Unis ». Il touche le domaine infirmier et s’inclut dans les pratiques alternatives.

Le Toucher thérapeutique (TT) est approuvé par de nombreuses associations d’infirmières au Canada, et cette technique est « appliquée dans de nombreux hôpitaux, enseignée, selon le site de Passeport Santé, dans plus de 100 universités et collèges, dans 75 pays à travers le monde. Diable! Quel succès! C’est le monde infirmier concerné en premier lieu, il y a une explication fort simple à sa diffusion dans ce milieu paramédical. Elle est probablement le résultat de l’entregent d’une infirmière qui a mis au point le Toucher Thérapeutique…et qui a établi un partenariat avec…une guérisseuse adepte des sciences occultes devant l’éternité.

Il s’agit respectivement de Dolorès Krieger, professeure de sciences infirmières à l’université de New York et de Dora Van Gelder Kunz occultiste, guérisseuse intuitive et présidente de la Société de Théosophie de 1975 à 1989. Dora dialoguait couramment avec les fées dans Central Park, et forte de son expérience, elle en fit un livre « Le vrai monde des fées » publié en 1977. En plein boum du New Age !

Dora Kunz va devenir le guide spirituel de l’infirmière Dolorès Krieger. Cette dernière devait également être théosophe si l’on en croit le financement qu’elle reçut de la société de thésophie plus tard pour développer la méthode du Toucher Thérapeutique. Les deux femmes ont collaboré avec des allergologues, des immunologies et semblerait-il avec des neuropsychiatres. Il faut noter la participation active de Bernard Grad, un biologiste canadien qui a expérimenté le domaine de la guérison paranormale, et qui s’est intéressé un temps à la théorie pseudo-scientifique de l’énergie de l’orgone postulée par le disciple dissident freudien Wilhem Reich. Bernard Grad avait l’habitude depuis la mort de sa fille de s’entourer de guérisseurs. Devenu professeur agrégé à l’Université du Québec, il a acquis sa notoriété pour ses recherches sur le cancer.

Le TT fondé par Dolorès Krieger et Dora Van Gelder Kunz a remporté un prix! Celui du prix Ig-Nobel! L’ignobel (jeu de mots en prix Nobel et adjectif en anglais ignobel) honore des scientifiques, des institutions, des personnalités publiques ou même d’illustres inconnus pour des recherches qui ne peuvent pas ou ne devraient pas être reproduites!

Dans cette méthode aux incontestables relents ésotériques, l’un des fondements théoriques repose sur l’existence d’un champ énergétique comme le Chi des Orientaux, le prana sanskrit en relation avec le souffle et les chakras, des roues énergétiques. Le TT est une méthode qui débloquerait les énergies du champ énergétique. Souligné par le site The Skeptic, ces références orientalistes seraient moins évoquées actuellement pour ne pas provoquer l’ire du milieu académique des soignants. À moins qu’il ne s’agissse d’un effet « cheval de Troie, fort courant dans les pratiques de thérapie du New Age.

Comment se présente la technique du TT? Contrairement à ce que l’on pourrait penser, il n’y a pas de contact direct avec le client: -L’intervenant se centre intérieurement, et après cette phase de recueillement, il évalue l’état du champ énergétique de son client grâce à l’énergie de ses mains, et aux fins d’élimination des scories, il effectue un balayage du champ énergétique. Pour rééquilbrer le champ énergétique, l’intervenant va projeter des pensées, des sons et des couleurs apaisantes.

Ne tergiversons pas, le TT est une version moderne de l’antique imposition des mains, un geste rituel et sacramentel signifiant un transfert d’énergie ou de puissance, sans connotation religieuse. La médiumnité.

Pire encore, le TT a une similitude trompeuse ou encore ce qu’on appelle un faux ami avec d’autres méthodes de massage pratiquées par des kinésithérapeutes par exemple, qui sans être prouvées suivant les règles de l’Evidence Based Medecine sont « acceptables », ô combien même si on est un sceptique acharné envers les thérapies alternatives et complémentaires.

Il y a notamment celle du toucher-massage, développée dans les années 80. Le toucher-massage (TM) est une marque déposée et développée en 1986 par Joël Savatofski, masseur-kinésithérapeute et psychologue de formation. Il a fondé l’École Européenne de Toucher-Massage, un institut d’enseignement et de recherche pédagogique sur l’art de masser. Il forme les soignants aux attitudes bienveillantes et aux gestes favorisant le bien-être par le massage pour accompagner les patients dans les meilleures conditions. Le TM est un soin d’accompagnement, non médicamenteux, centré sur la personnes plutôt que sur sa maladie. Elle s’apparente au courant humaniste et proche du potentiel humain qui a toute sa place dans l’arsenal des psychothérapies quand ce n’est pas dévoyé (ce qui est une autre histoire).

Ainsi, à l’initiative d’Armelle Simon, infirmière sophrologue au service d’hématologie du CHU de Nantes, le Toucher-Massage est introduit comme soin de support pour les personnes atteintes de cancer. Le TM s’avère bénéfique chez les personnes atteintes de leucémie et confinées parfois six semaines dans une chambre stérile avec des contacts physiques réduits pour éviter les infections. En 2015, Armelle Simo, a évalué sur 62 volontaires la baisse de l’anxiété après une séance de TM sur l’échelle de Spielberger. L’anxiété baissait de 11,5 sur la dite échelle qui va de 20 à 80 contre 0,9 points pour un groupe. Une pratique acceptable, donc! Et évoquons en un mot les unités de soins palliatifs où ce type de massage a toute sa place car la fin de vie est un moment particulier.

Incontestablement, le vocable toucher-massage englobe en général toutes les formes de massothérapie, signifiant étymologiquement le massage qui soigne et pratiqué par des kinés. Après, si le mot de massothérapie gêne, retenez celui de massage qui est générique. D’où la nécessité de démarquer la massothérapie de la technique new age du Toucher thérapeutique et de ses dérivés. Les bienfaits de la massothérapie sont innombrables. Notamment sur l’anxiété, pour soulager des douleurs lombaires et musculaires et améliorer la qualité de vie des cancéreux.

Dès les années 1980, les travaux sur les prématurés de la psychologue Tiffany Field de l’université de Miami ont montré les bénéfices du massage. Les bébés massés après leur naissance pendant 5 à 15 jours prenaient plus de poids que les autres et étaient hospitalisés en moyenne 3 à 6 fois de moins. Ce mode opératoire élaboré par Tiffany Field serait appliqué dans 38% des services de néonatalité américains. En 2009, l’équipe du neurologue Andrea Guzetta de l’université de Pise a montré que les effets des massages sont tout aussi efficaces quand ils sont pratiqués par la mère que par les soignants. Le psychanalyste John Bowlby, connu pour sa théorie de l’attachement du nourrisson avait mis en évidence les besoins fondamentaux des nouveaux-nés au niveau des contacts physiques, nécessaires pour développer une relation d’attachement bénéfique à un développement social et émotionnel optimum.

Sur Pubmed, on trouve des articles consacrés aux thérapies complémentaires et tactiles en pratique infirmière, et ô surprise, elles portent le label « holistique ». Par là, incluant l’individu dans sa globalité incluant dimension de la psyché autre que le corps et la maladie, et ce terme est propre à la pensée new age. Il existe d’ailleurs un journal officiel de l’American Holistic Nurses Association et l’on trouve dans cette association des propositions de formations en aromathérapie, le TT/guérisseur (le Nobel Ign), la médiation, la visualisation, le yoga et le Taï Chi. Le ton est donné!

Si manifestement, il existe des études sur le TT et ses effets sur l’anxiété, il est constaté qu’aucun essai contrôle randomisé ou quasi-randomisé n’a été identifié. Donc circulez, il n’y a rien à voir! Tous ces articles répertoriés dans Pubmed montrent que malgré l’absence de colonne vertébrale scientifique, ces thérapies complémentaires et alternatives sont de plus en plus pratiquées introduites dans le milieu hospitalier, et font partie de l’arsenal infirmier. Sont-elle les bienvenues ou décriées? Sont-elles l’occasion de nouer une alliance thérapeutique avec les patients, d’entrer dans cette dimension subjective de la relation soignant/soigné? Question d’éthique! Faut-il être tolérant envers ce type de pratique comme le TT même si ça fait du bien au patient? Insister sur leur inocuité?

Alors, revenons à l’article de Mahlon Wagner du site Skeptic, et même si ça ne concerne pas la France, ce qui est écrit est factuel. Il cite un certain Dr Imre Kerner qui veut réguler la formation en TT en exigeant des praticiens de TT une formation initiale en soins infirmiers ou en médecine. C’est une pratique souvent utilisée dans des formations non académiques de demander à des praticiens ou des psychothérapeutes de rentrer dans un cadre formel avec des diplômes officiels. Un cheval de Troie idéal. I.Kerner a des liens avec une église spiritualiste fondée par une guérisseuse et voyante autoproclamée et aussi avec un chaman. Sans compter ses diatribes antiscience et il accepte bien que le TT repose sur la médecine énergétique. Tout un programme pseudo-scientifique.

Le Toucher Thérapeutique mérite bien son prix Nobel IGN.

AU SUJET DU RAPPORT DE LA MIVILUDES (2021).

Depuis de nombreuses années, les dérives sectaires sont dans le champ de la santé et de la psychothérapie.

©NBT

Le dernier rapport de la MIVILUDES, s’étendant sur la période 2018/2020, m’a inspiré un ensemble de réflexions sur mon expérience passée dans le milieu associatif qui lui est lié et que j’ai côtoyé de nombreuses années. Certaines personnes avec lesquelles j’ai travaillé sont décédées mais l’héritage de leur engagement contre les dérives sectaires demeure profondément ancré en moi.

Mes études universitaires de psychologie clinique (3 °cycle) ne m’ont pas donné « la science infuse » sur la mécanique des sectes pour reprendre le titre du livre du psychiatre Jean-Marie Abgrall (à lire en lecture de fond pour tous ceux qui ne le connaissent pas). S’occuper des dérives sectaires et notamment de celles des psychothérapies est une école de la modestie car il est facile de verser en tant que psychologue dans la pseudo-science et les thérapies qui peuvent aggraver les maux de la psyché! Être titulaire d’un diplôme ne garantit pas l’éthique ni un niveau acceptable de connaissances scientifiques mises à jour régulièrement pour éviter les dérapages! Le « primum non nocere » emprunté au serment d’Hippocrate devrait être également le mantra de tout psychologue en charge d’une patientèle!

Un petit historique sur la MIVILUDES s’impose même ce qui suit enfonce des portes ouvertes! Il et intéressant de voir comment l’idée de dénoncer les dérives sectaires s’est imposée. Dans les années 1970, les dérives sectaires étaient des phénomènes marginaux, attribués avec une certaine bienveillance à la contre-culture et au libre choix de sa spiritualité. C’était la fameuse vague du New-Age. Ce sont des drames familiaux, liés aux sectes, qui ont suscité le développement du milieu associatif. En 1974, l’ADF (UNADFI depuis 1982) fut créée par Guy et Claire Champollion, suite à l’embrigadement de leur fils de 18 ans auprès de la secte MOON. Roger Ikor, lauréat du prix Goncourt 1955, dont le fils s’était suicidé sous l’emprise du zen macrobiotique en 1978 fonda en 1981 le CCMM (le Centre contre les Manipulations Mentales). Devant l’ampleur du phénomène, les associations souhaitaient un organisme dévolu aux sectes. Il fut créé en 1998 la MILS (La Mission interministérielle de lutte contre les sectes). Il semblerait que ce ne soit pas une création originale mais un concept remis au goût du jour pour les besoins de la cause anti-sectaire, sorti d’un carton des archives administratives des années 40. J’ai eu deux témoignages fiables à ce sujet, mais comme Google et les autres moteurs de recherche restent muets comme des carpes, impossible de confirmer ou d’infirmer ces allégations.

Soulignons un tournant majeur contre les dérives sectaires avec la promulgation de la loi du 12 juin 2001 dite la loi About-Picard tendant à renforcer la prévention et la répression des mouvements sectaires portant atteinte aux droits de l’homme et aux libertés. Cette loi se centre sur l’emprise mentale au coeur des dérives sectaires.

En 2002, la MILS est devenue MIVILUDES attachée au cabinet de premier ministre. Et par décret du 15 juillet 2020, la MIVILUDES a été rattachée au Ministère de l’intérieur. À l’heure d’aujourd’hui, il est impossible de savoir si ce rattachement sera salvateur pour réduire les risques sectaires. Est-ce que cela va améliorer la prise en charge des victimes et faciliter des décisions judiciaires pour dénoncer un mouvement sectaire? Est-ce uniquement un transfert d’un service à un autre? Ou-est-ce encore une complication administrative type mille-feuilles dont la France a le secret? L’avenir nous le dira mais je suis sceptique.

Le dernier rapport de la MIVILUDES liste les partenariats avec des ordres professionnels dont la CNOCD (Conseil national de l’ordre des dentistes), le CNOM (Conseil national de l’ordre des médecins), le CNMOK (conseil national de l’ordre des masseurs-kinésithérapeutes), le CNOP (Conseil national de l’ordre des pharmaciens), le CNOSF ( conseil national de l’ordre des sages-femmes). Ces partenariats sont appréciables mais il est fort regrettable que les psychologues n’aient pas été cités. Lors du remaniement du titre de psychothérapeute en 2012, des fédérations de psychologues comme la FFPP (Fédération Française des Psychologues et de Psychologie) avaient été consultées. Et certains psychologues, en relation avec le milieu associatif, ont fait et font encore du bénévolat en rencontrant les familles de victimes ou les victimes. Coucou la MIVILUDES, pensez à cette profession complémentaire à toutes celles qui figurent dans votre rapport!

Deux tableaux publiés dans ce dernier rapport montrent les domaines touchés par les dérives sectaires. Depuis de nombreuses années, elles sont dans le champ de la santé et de la psychothérapie et il est fort salvateur que des médecins aient pris conscience de l’ampleur du phénomène; ce qui n’était pas le cas il y une dizaine d’années. Certains médecins sont fort actifs sur les réseaux sociaux au sujet du complotisme et de Qanon qui se sont accentués avec la pandémie et des médecines alternatives.

Certaines thématiques listées par la MIVILUDES ne datent pas d’hier, et elles se sont aggravées. En 2006, on parlait du reiki, des enfants indigo de la kinésiologie, des stages de jeûne et du néochamanisme (dans lequel j’ai été impliquée directement avec l’ayahuasca) dans le rapport de 2006. Le rapport évoque parmi ses sujets d’inquiétude le Chindaï et le coaching. J’avais déjà noté dans un article d’Exmed, en 2007, les dérives de la psychologie positive avec la notion de « coach de vie ». Pour dire que ça ne date pas d’hier et que le mal s’est répandu comme une tâche d’huile.

Il est difficile de sortir d’un groupe sectaire ou de se défaire de l’emprise mentale! La meilleure action reste la prévention, et dans ce domaine, il faut citer le site Prevent Sectes qui fut une mine d’informations en son temps. Il fut animé par Mathieu Cossu à partir de 1998. Il a été fait Chevalier de la légion d’honneur le 19 janvier 2007 pour son engagement sans égal envers les victimes. À la suite d’un procès (j’étais présente) dont les sectes ont le secret pour contrer ceux qui les dénoncent, Mathieu Cossu a arrêté son activité de webmaster. Le lien vers le site a disparu quand j’ai écrit ce post,et par hasard en faisant d’autres recherches pour un autre sujet, j’ai pu récupérer sa nouvelle adresse: https://prevensectes.me/. C’est une base de données appréciable, et on voit que les mêmes charlatans qui sévissent aujourd’hui étaient déjà cités dans les années 2000! C’est le travail d’un engagement de plusieurs années qui reste et qui est fort utile aux nouveaux bénévoles qui ont pris le relais. Il reste toutefois des difficultés à accéder à l’intégralité du site au prétexte du droit à l’oubli! Je veux bien mais faut-il tout recommencer tout à zéro? Par contre, de s’étonner que restent encore les critiques ad hominem qui descendent en flamme le webmaster retraité. Repetita bis, coucou la MIVILUDES!

Malgré le fait qu’il ne soit plus mis à jour, si vous voulez vous documenter sur les dérives de la psychothérapie, allez sur le site de l’association Psychothérapie Vigilance. Il reste toujours une bonne base d’articles dénonçant les dérives des « dérapeutes » de la psychothérapie.

Au fil des ans, le rapport de la MIVILUDES dépasse le stade de l’artisanat de ses débuts que j’ai connu, et j’ai parfois l’impression qu’on a effacé un travail collectif passé sans linéarité avec le présent. Juste une impression personnelle!

L’expansion des réseaux sociaux permet de diffuser des informations sur les dérives sectaires, et c’est un point extrêmement positif. L’un des comptes twitter le plus actif et pertinent est celui de Grégoire Perra, professeur de philosophie et lanceur d’alerte sur les écoles Steiner-Waldorf et l’Anthroposophie. Avec Élisabeth Feytit, il a écrit le livre « Une vie en anthroposophie, la face cachée des écoles Steiner-Waldorf. Grégoire Perra tient également un blog où l’on peut trouver des informations sur les dérives sectaires de l’anthroposophie.

En conclusion, concernant la nature des sectes, je cite le regretté père Jacques Trouslard que j’ai souvent rencontré pour mes recherches: Exactement. Je crois que les sectes se ressemblent comme des sœurs jumelles, des fausses jumelles, dizygotes ou bivitellines, si vous le désirez. En ce sens qu’entre elles, il n’y a pas de différence de nature, mais seulement une différence de degré. Pourquoi ? Parce que ce qui caractérise une secte c’est « sa nature coercitive », à savoir la manipulation mentale qui porte gravement atteinte à la dignité et à la liberté de la personne humaine. Bien entendu, certaines sectes peuvent être plus dangereuses les unes que les autres. Mais je me méfie de la classification de secte absolue qui risquerait de faire oublier ou de négliger les petites sectes, dangereuses elles aussi, quoiqu’à un degré différent .

Les dérives sectaires, un vrai problème qui va de pair avec l’inculture scientifique. « Malheureusement, La désinformation prospère avec cette inculture scientifique au fil des années. Déjà, lors de son audition au sénat en 2013 sur les dérives thérapeutiques et les dérives sectaires, j’avais relevé dans un média mainstream ces propos du professeur Loïc Capron : « il existe une forme de laisser-aller intellectuel qui ne résiste plus aux assauts de la charlatanerie.» Nous sommes en 2021 et c’est toujours pertinent!»

That’s all folks!

Bande Annonce sur Wild Wild Country, un documentaire fabuleux sur Osho. À voir Sur Netflix!

https://fr.wikipedia.org/wiki/Lutte_antisectes_en_France

SE SOUVENIR DE SA NAISSANCE AVEC LE CRI PRIMAL, VRAIMENT?

Janov fut l’un des premiers à induire le « syndrome des faux souvenirs »(False Memory Syndrome), le cri primal étant l’une des « premières thérapies de la régression ».

Pop art image of a young woman screaming in terror.

À partir des années 60, dans le domaine de la psychothérapie, les thérapies du New-Age prolifèrent bon train. Certaines d’entre elles, pour ne pas dire toutes semblent relever de la fiction, mais elles ont bel et bien existé et existent encore faisant le lit du charlatanisme. Elles dévoient la fonction de la psychothérapie qui se définit  comme « un traitement psychologique pour un trouble mental, pour des perturbations comportementales ou pour tout autre problème entraînant une souffrance ou une détresse psychologique qui a pour but de favoriser, chez le client, des changements significatifs dans son fonctionnement cognitif. »

Les psychothérapies du new Age ne répondent pas à cette exigence éthique de la psychothérapie, loin s’en faut. Dans leur livre « Crazy Therapies », Singer et Lalich décrivent une longue liste de ces thérapies ébouriffantes du New Age! L’une d’elles est le « Cri Primal » mise au point par Arthur Janov. Le principe est le suivant: « il est est préconisé de crier pour se débarrasser de la « douleur primale » qui vous enferme dans le cercle vicieux des émotions négatives et des maladies de toutes sortes.

Comment classer le Cri Primal parmi les courants de l’époque?

Le Cri Primal est une thérapie de psychologie humaniste dont on peut attribuer la paternité à Abraham Maslow . C’est un modèle de psychothérapie qui cherche à relancer chez la personne, en thérapie, sa tendance auto-innée à se réguler,  à développer son potentiel. Sur le fond, la psychologie humaniste est un concept captivant et à ne pas rejeter, même si on peut lui reprocher aujourd’hui qu’elle ne réponde pas aux critères de « l’Evidence Based Medecine » (les mots qui fâchent). La pensée d’Abraham Maslow figurait au programme de certaines facs de psychologie. Malheureusement, c’est dans ce courant  que se trouvent massivement les pratiques douteuses de psychothérapie avec leurs théories pseudo-scientifiques.  

Le grand public va découvrir Arthur Janov à l’occasion de la sortie de son livre le Cri Primal en 1970. Rapidement, ce livre devient un best-seller à l’échelle mondiale. Jusqu’à cette soudaine notoriété, A. Janov était un psychiatre conventionnel. La même année, Arthur Janov et sa femme Vivian Francès vont fonder avec une vingtaine de personnes l’Institut Primal à Los Angeles. La notoriété de Janov s’envole auprès des médias mainstream au point de faire la Une de Vogue, et séduire des célébrités comme John Lennon et Yoko Ono.

La théorie du cri primal repose sur l’idée que toutes les maladies mentales comme la dépression, les psychoses et les maladies psychosomatiques proviennent des « souvenirs refoulés » lors « du premier trauma qui se produit à la naissance ».

Janov a repris à son compte (en partie) la théorie d’Otto Rank, un dissident de Freud. Otto Rank parla le premier du trauma de la naissance comme vécu primordial et réservoir du mal-être futur. Le traumatisme de la naissance n’est pas forcément celui qui se passe au moment de l’accouchement, et il faut l’interpréter dans le sens d’une perte, d’une séparation dans la vie perceptive et psychique du nourrisson avec sa mère. Pour Otto Rank, les relations avec la mère sont ambivalentes alors que Freud restera centré sur l’Oedipe.

Les thérapies verbales ne trouvent pas grâce auprès de Janov. Selon lui, elles ne solliciteraient que le cortex cérébral et les aires du cerveau en relation avec le mental. L’origine de la souffrance ne peut pas être soignée si le système nerveux central n’est pas sollicité. Car Janov se targue contrairement à la psychanalyse de s’appuyer sur les avancées scientifiques relatives à de nombreux paramètres physiologiques comme le rythme cardiaque, la pression artérielle, etc. Un retour à la normale de certains paramètres physiologiques conduisait Janov à parler de « guérison primale ».

Fort de la théorie de Otto Rank qui divise encore les psychanalystes, Janov va entraîner ses émules thérapeutes à faire retrouver aux patients les souvenirs de leur naissance. Et là, ça se corse

Dans l’approche théorique de Janov, les deux premières années de la vie sont cruciales pour le développement de la psyché de l’enfant. Inconscient de ce premier trauma que constitue la naissance, il prend forcément un mauvais départ dans la vie. Qu’à cela ne tienne, le Cri Primal peut remédier à ce handicap si le patient récupère -en pleine conscience- le souvenir de sa naissance.   Accéder à ces premiers traumas n’est pas une mince affaire, et ça ne ne se fait pas en une seule séance de Cri Primal! Il faut pour cela que le patient s’engage à participer aux nombreux séminaires du Dr Janov! Tout est prévu!

Au fil des séminaires, les souffrances primaires ainsi débusquées, la méthode de Janov devient « une fontaine de Jouvence » qui permet de résister à toutes les maladies. Janov ira même jusqu’à affirmer qu’un patient n’a plus besoin de suivre une autre thérapie, avec  le cri primal, il accède à la pleine maîtrise de sa vie. Ce n’est pas un miracle, c’est de la pseudo-science qui défie les lois de la mémoire, et qui ne repose pas sur les règles de l’Evidence Based Médecine!

Outre le livre culte de Janov, il y en a eu pléthore sur cette fameuse révolution primaire. Une fois la mode passée, la plupart d’entre eux ne furent plus réédités. En 1972, Simon et Shuster, deux émules de Janov, ne tarissent pas d’éloges sur les indications du cri primal: alcoolisme, addiction aux drogues, dépression et troubles bipolaires.

En 1991, la deuxième vague du « nouveau cri primal » est présentée comme une amélioration de la méthode, et son champ d’indications s’élargit. Hypertension, cancer, troubles de la libido, phobies, migraines etc. La panacée universelle.

Janov était convaincu que sa méthode était la seule efficace. Et Janov était pointilleux sur la sélection de ses praticiens, et seuls ceux formés dans son institut avaient l’autorisation de pratiquer. Plus tard, il développa l’idée que le cri primal pouvait être une thérapie familiale salvatrice contre l’injustice, la guerre et la maladie mentale.

Pour Janov, « la souffrance primitive » est provoquée par les souvenirs refoulés qu’il résume avec cette magnifique formule: « La maladie mentale est un cri silencieux ». La formule, il faut le reconnaître est admirable, peut-être pas dans le sens de Janov mais comme celui d’une souffrance dénigrée qui engendre une forme d’ostracisme .

Avec le Cri Primal, quand les patients retrouvent la mémoire perdue des traumas des deux premières années de la vie, en sus de celles de sa naissance, elle se manifeste corporellement: on se roule par terre, on hurle de colère, signes révélateurs de leur naissance. Régression salavatrice (selon lui) au stade du nourrisson ou des deux premières années de la vie.  Ce process est la période primale. Pour que cette régression se fasse dans les meilleures conditions, la salle est aménagée avec des couvertures et des oreillers pour ne pas se blesser et pouvoir crier tout son soul.    

La colère est pour Janov un élément essentiel à revivre dans les processus primals. La lecture de cet extrait du cri Primal laisse songeur: « Je crois que le coléreux est le sujet qui n’est pas aimé – celui qui n’a pu être ce qu’il était réellement. En général, il est en colère contre ses parents parce qu’ils ne l’ont pas laissé être lui-même, et en colère contre lui-même parce qu’Il continue à renier son moi. Mais c’est le besoin qui est fondamental, la colère est l’effet secondaire. Elle survient quand le besoin n’est pas satisfait. Lorsque nous considérons le processus primal, nous constatons qu’il se déroule avec une rigueur presque mathématique. Les premiers primals ont souvent pour sujet la colère. Dans la seconde série, il s’agit de la souffrance et dans le troisième, du besoin d’amour. Le besoin et la non-satisfaction de ce besoin cause en général la plus violente douleur. Le processus primal se déroule comme la vie, mais en sens inverse.»

Janov fut l’un des premiers à induire le « syndrome des faux souvenirs »(False Memory Syndrome), le cri primal étant l’une des « premières thérapies de la régression ». Ou encore appelée en anglais MRT (memory recovered therapy).
Ces techniques de la mémoire récupérée cherchaient à faire retrouver des souvenirs enfouis dans l’inconscient à la suite d’un trauma durant l’enfance. Ainsi, des faux souvenirs d’inceste (ou de pédophilie) ont été créés de toutes pièces avec des conséquences tragiques. Certaines personnes se sont retrouvées derrière les barreaux, de longues années pour délinquance sexuelle qu’elles n’avaient jamais commises. Et à l’époque, le mouvement Meetoo n’existait pas!

À sa décharge, concernant le syndrome des faux souvenirs d’abus sexuels, Janov n’est pas concerné par sa propagation. Les souvenirs des processus primals sont déjà une épopée à eux seuls, sans qu’on y rajoute les abus sexuels. Mais ses méthodes étaient douteuses pour les faire surgir surtout lorsqu’on sait que la période de l’amnésie infantile est absolue jusqu’à l’âge de deux ans, et qu’ensuite, il y a une amnésie relative jusque vers cinq-six ans où les souvenirs sont épars et incomplets. Se souvenir de sa naissance avec le cri primal, c’est un exploit qui défie les connaissances scientifiques sur le fonctionnement de la mémoire!  

Les sessions de Cri Primal se déroulaient dans un hôtel coupé de toute communication (Radio, TV, lecture). Avant de commencer les séminaires, Janov mettait ses patients en privation de sommeil. L’isolement et le manque de sommeil sont des techniques importantes qui, souvent amènent les patients vers le cri primal. La privation de sommeil abaisse les défenses.

Il y a eu de sacrées dérives avec Joseph Hart et Richard Corriae, deux émules de Janov. Ils avaient fait dévêtir leurs patients, et les avaient ensuite battu. Le centre ferma, en 1980, à la suite de plaintes et de poursuites judiciaires. La méthode de Janov ne fait pas l’unanimité parmi les psychothérapeutes. En 2015, l’APA dans le Journal « Psychology of Consciousness », confirme que le cri primal (avec d’autre thérapies) crée des faux souvenirs de naissance. C’est évident quand ils sont supposés concerner la période de l’amnésie infantile.

La psychanalyste Alice Miller s’est tout d’abord montrée élogieuse envers le Cri Primal, et par la suite, elle s’est rétractée. Selon elle, le Cri Primal pouvait être dangereux s’il n’était pas encadré par des professionnels. Notamment, elle critiqua les croyances sur la force cathartique lors des périodes primales. Si amélioration, il y avait, elle n’était que provisoire. Alice Miller critiqua aussi l’intensité des stages et le « risque de développer une addiction à la douleur ».

Le site Pubmed (en langue anglaise) publie quelques articles critiques sur la méthode de Janov même s’ils datent des années 80. En 1989, sur le plan médical, PritkinJ, Balin R et Young H évoquent le risque du syndrome de Mallory-Weiss (déchirure superficielle de la muqueuse à la jonction de l’oesophage et de l’estomac). À force de crier à pleins poumons, comment s’en étonner.  

Des comportementalistes évoquent la mauvaise orientation conceptuelle de cette méthode, en considérant que le cri Primal est une approche exotique et à l’éclectisme théorique informe. Voire dangereuse susceptible d’aggraver l’état du malade.

Malgré les nombreuses mises en garde, on ne peut que constater que les racines historiques du cri Primal sont toujours actuelles. Cette méthode séduit encore beaucoup de personnes attirées par le développement personnel et les thérapies alternatives.

De nombreux thérapeutes proposent encore des stages de Cri Primal en France et en Europe, et certains soignants sont toujours élogieux envers cette méthode New Age.

Le livre « Le Cri Primal » est toujours un best-seller, et son contenu théorique peu scientifique malgré les affirmations de son auteur, pour qui n’a pas l’esprit critique peut toujours séduire. Surtout si certains passages du livre rejoignent des réflexions personnelles sur la souffrance de la vie et le trauma  de la naissance. La naissance et la mort sont les deux extrêmes de la vie, et il faut bien accepter adulte que « l’enfance est un voyage oublié » (Jean Mallard).
Et si vous voulez vraiment crier, hurler à pleins poumons, vous pouvez toujours le faire derrière votre ordinateur ou en pleine nature

Sources

Les sources de ce post viennent d’un article de Martin Gardner,  « Primal Scream: A Persistent New Age Therapy », publié dans la revue Sceptique Skeptical Inquirer, il y a plus de 15 ans. 

https://en.wikipedia.org/wiki/Primal_therapy http://www.constellations-je-nous.com/article-17622693.html
https://en.wikipedia.org/wiki/Primal_therapy
https://fr.wikipedia.org/wiki/Psychologie_humaniste
http://memovocab.perso.sfr.fr/glossaire/glossa_af/amnesie_infantile.html