La revue Neurology a publié une étude montrant que l’écriture et la lecture ont une incidence significative sur les facultés cognitives. C’est à la portée de tout le monde en thérapie préventive.
La maladie d’Alzheimer, une maladie neurodégénérative qui affecte les fonctions cérébrales, en particulier la mémoire est la nouvelle épée de Damoclès de ces prochaines décennies. En France, 800 000 personnes seraient concernées. Les causes de la maladie d’Alzheimer sont multifactorielles, et évoluent en fonction des observations, souvent faites sur le rat et aussi au gré des publications régulières dans des revues scientifiques.
La détection de cette maladie est devenue un enjeu de recherche. Faisons un rapide tour d’horizon des dernières avancées. Ainsi, un nouveau test détecte une signature protéique spécifique à la maladie d’Alzheimer: le taux du biomarqueur bêta-amyloïde. C’est une belle avancée mais la ponction lombaire reste privilégiée car elle permet de mesurer non seulement la protéine bêta-amyloïde mais aussi la protéine tau, et ainsi que le rappelle le Dr Panchal, la signature d’Alzheimer est composée du taux des deux protéines.
À côté de ces considérations purement scientifiques et prometteuses, de nombreuses études sont menées pour prévenir et retarder cette maladie à travers des comportements qui stimulent les fonctions cognitives. Des chercheurs se sont demandés si la stimulation intellectuelle, l’exercice mental ne pourraient pas avoir un effet protecteur contre la démence. Et aussi le départ à la retraite. Partir à la retraite à 65 ans, ce serait 15 % de risque en moins. Si on considère que cette étude est biaisée sur le plan méthodologique parce qu’elle n’a pris en compte que les dossiers de travailleurs indépendants et on a aussi l’impression d’un discours très orienté idéologiquement sur les « bienfaits supposés » de la retraite tardive, cette hypothèse mérite d’être élargie à d’autres professions. Et pourquoi pas mais en allant plus loin dans la méthodologie. Pour Carole Dufouil, directrice de recherche à l’ISERM« l’hypothèse principale est que le travail contribuerait à préserver la réserve cognitive.» Est-il possible d’en dire autant pour les professions requérant des efforts physiques intenses? Ceci est probablement une autre histoire. Mais la piste de la réserve cognitive reste à privilégier. « La réserve cognitive est dépendante du niveau d’éducation, de l’activité professionnelle, des activités de loisirs et des interactions sociales tout au long de la vie», et l’entretenir est à la portée de tout le monde. Son rôle doit donc être pris très au sérieux dans la prévention de la maladie d’Alzheimer. De nombreuses études montrent qu’il est possible en stimulant son cerveau avec des exercices mentaux de ralentir le déclin cognitif. La revue Neurology a publié une étude montrant que l’écriture et la lecture ont une incidence significative sur les facultés cognitives. C’est à la portée de tout le monde en thérapie préventive.
Afin de se faire une idée sur les bienfaits de l’écriture et de la lecture, voici la retranscription des résultats de cette étude dans l’article « Lecture et écriture ralentissent le développement de la démence sénile » publié » sur le site Actualittés.« Leur étude porte sur 294 personnes, dont l’activité intellectuelle a été passée en revue. Prashanthi Vemuri, et Elizabeth C. Mormino, tous deux docteurs en philosophie travaillent à la clinique Mayo de Rochester, dans le Minnesota. Ils rappellent que la démence sénile, qui affecte une très grande proportion de personnes dans nos sociétés, a par ailleurs un coût très important, en termes de soins. D’autant que, s’il n’existe pas de traitement permettant d’enrayer la dégénérescence, le mode de vie exerce une très forte influence sur les risques de démence. « Un facteur, dans le mode de vie, qui a démontré une capacité à retarder l’apparition de démence sénile passe par la pratique d’une activité cognitive stimulante, comme la lecture, l’écriture et le jeu. Cependant, les mécanismes par lesquels ces activités ont des effets protecteurs sur l’organisme sont encore peu clairs », expliquent les scientifiques.
Les résultats de leurs recherches semblent bien indiquer qu’en fonction de l’activité cérébrale que l’on a pu avoir durant ses plus vertes années, on assiste à un ralentissement du déclin cognitif. Cependant, une activité cérébrale qui diminue avec le temps, peut justement être provoquée par la maladie d’Alzheimer, soulignent les chercheurs. « Nous avons prouvé pour la première fois que l’augmentation de l’activité cognitive va de pair avec une réduction du déclin mental, liée à une pathologie de type démence », assure le docteur Wilson. Leurs observations doivent encore être prises avec des pincettes, avant tout parce qu’il est impossible d’effectuer un essai clinique réellement significatif, et que l’activité professionnelle doit également être prise en compte. « Nos résultats suggèrent qu’il est tout de même une bonne idée de faire en sorte d’exercer son cerveau avec une activité cognitive quotidienne, si ce n’est pas déjà le cas. » Si la pathologie ne peut pas être soignée, il serait possible de rendre les gens plus résistants en leur faisant pratiquer une activité cérébrale régulière.
Les 294 personnes sondées pour cette étude avaient une moyenne d’âge de 80 ans. Certains avaient depuis longtemps une activité intellectuelle régulière, d’autres ne s’y étaient mis que récemment. En outre, la moitié avait développé une démence ou des troubles cognitifs légers, au cours des six dernières années. Tout a été passé en revue : écriture, lecture, jeux de puzzles ou de cartes, visite de musée. Et jusqu’à leur mort, en moyenne 5,8 ans après le début de l’étude, chacun a pris part à un test annuel. S’en est suivi une autopsie de leur cerveau. Celles-ci ont permis aux scientifiques de constater que 14 % des différences dans le déclin mental pourrait être attribué à l’exercice intellectuel et de la quantité d’activités auxquelles les gens ont pris part. Un taux de déclin mental de 32 % a été constaté chez ceux qui avaient une activité régulière, contre un taux de 48 % de croissance de leur démence pour les autres. Le taux de déclin cognitif était plus élevé dès lors que les personnes avaient une activité cognitive récente. « Je dirais que l’engagement dans des activités cérébrales est important à tous les stades de la vie », souligne le Dr Robert Wilson. Finalement, leur étude démontre que, si la pathologie ne peut pas être soignée, il serait possible de rendre les gens plus résistants de par ce type d’activité. La perte de connaissance qu’une maladie comme Alzheimer entraîne pourrait alors être retardée, si elle ne peut pas être évitée. »
La base de données Pubmed fait état de nombreux articles scientifiques sur la Remédiation Cognitive.
Les patients dépressifs se plaignent souvent d’altérations cognitives comme des difficultés attentionnelles, de concentration et de troubles de la mémoire. Durant un épisode dépressif majeur, le cerveau fonctionne au ralenti, et il faut beaucoup d’efforts pour retrouver ses capacités cognitives. Une méthode peut leur être proposée pour restaurer en partie les capacités cognitives: il s’agit de la remédiation cognitive (RC). On peut la définir succinctement comme une approche clinique visant à provoquer un accroissement de l’efficacité cognitive généralisée dans le but d’améliorer durablement l’adaptation globale, l’autonomie, le bien-être de l’enfant et de l’adolescent. Cette méthode s’est développée dans le champ de la psychologie du développement. C’est une forme d’accompagnement thérapeutique autonome et cohérente. Cette méthode cible d’autres troubles et toutes les difficultés cognitives.
Ainsi sur le site web Remédiation Cognitive composé de professionnels rigoureux (psychiatres, neuropsychologues), on peut lire qu’elle « est proposée lorsqu’une évaluation neuropsychologique a objectivé des troubles cognitifs (difficulté à mémoriser une information, à planifier des tâches, etc), que ces troubles cognitifs ont des répercussions sur la vie de tous les jours et que la réduction de ces répercussions favorisera la mise en œuvre d’un projet concret.»
Comment se pratique-t-elle? La Remédiation Cognitive se fait sous forme d’exercices de logique et de mémoire sur un logiciel d’entraînement cérébral grand public. Le choix des exercices est adapté aux difficultés des dépressifs. L’idée de proposer des exercices aux dépressifs est venue aux soignants qui ont observé que les dépressifs hospitalisés faisaient des sudoku, des jeux fléchés ou des mots croisés. Ces exercices se font dans un cadre thérapeutique et ils comportent plusieurs niveaux où les patients peuvent se trouver en situation d’échec. Chaque exercice contient 10 niveaux de difficultés pré-définis. Les exercices entrainent les fonctions cognitives altérées comme l’attention, la mémoire de travail (la capacité de retenir de retenir des informations à court terme, quelques secondes à quelques minutes pour réaliser de informations cognitives comme retenir un numéro de téléphone), des fonctions exécutives (rendant les patients incapables de structurer comportement et langage). La base de données Medline/Pubmed fait état de nombreux articles scientifiques sur la RC. Outre son indication dans la dépression d’autres pathologies peuvent bénéficier de la RC comme les séquelles de lésions cérébrales, démences séniles de type Alzheimer, psychoses infantiles, hyperactivité de l’enfant et schizophrénie (avec d’autres formes de psychothérapie). D’ailleurs dans la schizophrénie, deux méta-analyses attestent de son efficacité.
La Remédiation Cognitive est pratiquée par des professionnels de la santé: psychologues, neuropsychologues, orthophonistes, médecins ou infirmiers spécialement formés. Une précision s’impose: la RC ressemble par certains de ses exercices à ceux de l’entraînement cognitif destinés à des sujets sans déficit cognitif et qui souhaitent maintenir leurs capacités cognitives. L’entraînement cérébral regroupe des techniques employées en prévention du vieillissement en dehors de toute indication médicale. Comme le programme d’entraînement cérébral du Dr Kawashima, Happy Neuron,Coach Cerebral, etc. La Remédiation Cognitive, à visée thérapeutique, est un véritable traitement rééducatif destiné à améliorer la vie professionnelle et sociale des patients atteints d’altérations cognitives. L’article du Dr Isabelle Amado, psychiatre à Sainte Anne et du Dr Llyod l. Sederer, directeur médical du centre de santé mentale de New York publié dans le Huffington Post en 2013 et reproduit ci-dessous dans son intégralité évoque les enjeux et les applications de la Remédiation Cognitive en psychiatrie.
« Jean a 23 ans. Il souffre depuis ses 17 ans d’une schizophrénie, une pathologie mentale sévère et invalidante entraînant des difficultés de fonctionnement à l’école, au travail et dans sa famille. Au début, ses symptômes étaient au premier plan et des idées de persécution envahissaient l’ensemble de ses activités. Souffrant d’hallucinations auditives, il se sentait isolé socialement, et souffrait des troubles du comportement. Avec le traitement et un soutien psychologique ses symptômes se sont améliorés. Cependant ses problèmes de mémoire, d’attention, d’organisation et de traitement de l’information le freinait pour construire une vie satisfaisante.
Amélie a 42 ans et a souffert d’une pathologie mentale durant 10 ans, qualifiée pour certains de trouble bipolaire, pour d’autres de troubles schizo-affectifs (coexistence de symptômes psychotiques et troubles de l’humeur). Son humeur a été considérablement améliorée par des traitements et une psychothérapie, mais elle est dans l’impossibilité de retourner à son métier dans la restauration ou d’assumer ses responsabilités familiales et affective auprès de son mari et de ses deux enfants. Il est difficile de maintenir des relations sociales lorsqu’on ne peut prêter attention aux personnes qui nous entourent ou de se souvenir de ce que ces personnes nous disent. Le travail et les responsabilités quotidiennes d’une personne qui souhaite rester autonome peuvent devenir insurmontables lorsqu’on a des difficultés pour traiter, mémoriser ou organiser l’information. Il existe actuellement des traitements, des programmes thérapeutiques d’entraînement qui réduisent les déficits cognitifs associés à certaines pathologies mentales. La Remédiation Cognitive (CR) est un thérapeutique innovante en psychiatrie, et si vous ou l’un de vos proches peut en bénéficier alors vous aimeriez certainement en savoir plus, afin de voir si ce traitement peut l’aider.
La RC est un thérapeutique qui a pour but de réduire les difficultés cognitives, à différentier des symptômes psychotiques ou des troubles de l’humeur. L’ensemble des thérapies, y compris le traitement et certaines formes de psychothérapies, réduisent partiellement certains symptômes comme les difficultés de concentration. La RC est centrée sur l’incapacité que peuvent entraîner des troubles de l’attention, de la mémoire ou de la planification.
La RC se pratique avec différents programmes -qui sont maintenant disponibles- avec des sessions d’entraînement et des exercices qui peuvent même être ludiques (Medalia and Saperstein, 2013). Les sujets qui s’y engagent sont souvent très motivés, ce qui diffère parfois de l’attitude que les patients peuvent avoir face à certains traitements ou certaines prises en charge. La RC fournit aussi des stratégies pour résoudre des problèmes complexes : planifier une matinée de courses, se rendre d’un lieu à un autre, répondre à des responsabilités professionnelles, scolaires ou universitaires. Elle apporte au patient plus de confiance en soi et en ses capacités cognitives.
L’un des principe fondamentaux de ce traitement, est que l’amélioration cognitive constatée à la fin des sessions puisse être transférée sur des tâches de la vie quotidienne. De fait, les gains acquis durant la remédiation permettent à la personne de mieux appliquer les programmes de réhabilitation pour se maintenir ou reprendre ses études, pour obtenir un emploi ou garder son emploi (Killackey et al. 2008, Bell et al. 2005). Un bénéfice important de la RC, c’est aussi d’améliorer les aptitudes à interagir dans des situations sociales, dans une conversation, à apprécier les intentions et les émotions d’autres personnes; ce que d’aucuns appellent « intelligence émotionnelle » – ces aptitudes qui vont de pair avec un épanouissement pour chacun d’entre nous, pas seulement pour les patients qui souffrent d’une pathologie mentale sévère-. Plus encore, La RC peut aider les patients qui souffrent de pathologie mentale, qui souvent sous estiment leur gêne au quotidien, à mieux prendre conscience de leurs difficultés et des retentissements que celles-ci ont sur leur vie personnelle et professionnelle.
La RC se définit comme une pratique interventionnelle d’entraînement intellectuel qui cible les difficultés cognitives par l’utilisation de techniques d’apprentissage. Elle se fonde sur l’apprentissage massif, la répétition d’exercices, l’apprentissage de stratégies pour résoudre des problèmes complexes, et le développement de moyens de résoudre les difficultés au niveau du travail ou qui limitent l’efficience au quotidien.
Ces programmes sont proposés à un patient, ou via son entourage familial et après un bilan approfondi. Ils sont recommandés lorsque les patients sont stabilisés cliniquement, loin d’un épisode aigu, et compliant pour s’y engager. Les cliniciens spécialistes de ces programmes peuvent accroitre la motivation des patients en leur proposant des programmes qui répondent aux souhaits des patients traités – à avoir plus d’amis, gagner sa vie, ou avoir une vie sociale (Choi et al. 2010).
La RC est surtout préconisée pour des pathologies de type schizophrénique, ou psychose associée; mais également pour des troubles bipolaires. En Europe, des programmes se développent pour des sujets ayant une pathologie métabolique ou génétique rare avec symptômes psychiatriques (ex syndrome vélocardiofacial), ou pour les problèmes cognitifs associés à l’anorexie mentale de l’adolescente (Tchanturia et al. 2013). Chez l’enfant, des programmes existent pour des problèmes « dysexecutifs » (semblables aux difficultés de fonctionnement décrites plus haut pour l’adulte) : hyperactivité déficit de l’attention (THADA), jeunes ayant des troubles du spectre autistique avec un bon fonctionnement cognitif, ou des difficultés d’apprentissage sévères.
La RC a d’autant plus de chance de réussir si elle s’intègre à un projet ou à des perspectives de réhabilitation (Amado et al. 2011), Lehman, A: American Journal of Psychiatry, Editorial, 2012, « Making a Difference »). Du fait qu’il s’agisse de programmes de trois à six mois, se pratiquant avec un thérapeute, c’est un investissement autant pour le patient que pour l’équipe soignante. L’investissement devient alors nettement supérieur au coût lorsque la RC sert de tremplin pour un meilleur fonctionnement. Idéalement, tout programme doit être inclus dans un programme de réhabilitation qui offre des aides pratiques pour retourner au travail ou à l’école, ou pour vivre de manière autonome (McGurk and Wykes, 2008). Cela signifie qu’avec une programme de RC et de réhabilitation, une personne a plus de chances d’accroître son autonomie, de terminer ses études ou de parachever l’objectif auquel elle s’est astreinte à travailler, avoir une vie sociale ou assumer ses responsabilités quotidiennes.
Les bénéfices de cette thérapie sont cliniques, cognitif et fonctionnels. Elle améliore la composante dépressive existante chez certains patients, possiblement du fait d’une meilleure confiance en soi et de la dynamique de succès qui s’amorce. Bien que l’amélioration cognitive soit modeste, elle est irréfutable et régulièrement retrouvée (Wykes et al. 2011). En imagerie cérébrale, des structures cruciales pour le fonctionnement cérébral, localisées dans le lobe frontal, hypoactives avant programme, se réactivent après le programme parallèlement à une amélioration de la mémoire de travail (Penades et al. 2013); en outre un arrêt de la perte de matière grise (au niveau des cellules cérébrales) a été observé, deux ans après une thérapie comportementale incluant de la RC (Eyck et al. 2010).
La RC est relativement récente en psychiatrie et en santé mentale. Cependant ses bases scientifiques, elles, ne sont pas récentes : elles reposent sur les fantastiques avancées des neurosciences cognitives.
Le temps est venu d’inclure cette thérapie dans l’apanage de soins psychiatriques comme standard de prise en charge en soins courant proposé aux patients et aux familles de patients avec pathologie mentale sévère, en particulier pour la schizophrénie et les troubles schizo-affectifs.
Cela implique que ces techniques soient d’abord introduites dans des centres cliniques de références, à la pointe de l’innovation.
Ensuite ces pratiques vont être implantées à plus large échelle à travers des programmes de soins sur la base de standards de bonne pratique pour les patients (et les familles) avec la nécessité de former les équipes soignantes à ces programmes dans tous les centres de santé mentale.
La bibliothérapie est réservée aux cas non urgents, et est conçue comme la première phase d’un traitement. En aucun cas, elle ne doit se substituer aux traitements classiques de la dépression.
Le National Health Service (NHS) britannique impose de longs délais d’attente pour consulter un médecin. Dans le cas de la dépression, on sait que mal prise en charge, elle peut gâcher la vie d’une personne pendant 10 ans à cause de ses complications, démontrées par les articles scientifiques recensés sur Pubmed. De ce fait, la bibliothérapie outre Manche a été prescrite à des milliers de patients souffrant de dépression.
La bibliothérapie est reconnue, outre Manche, depuis 2013. L’origine de ce terme remontrerait à la première guerre mondiale pour prendre en charge les soldats souffrant de stress post-traumatique (selon la terminologie actuelle). Elle est attribué au pasteur Samuel Crothers qui l’a utilisé dans un article de l’Atlantic Monthlay en 1916. La pionnière de cette discipline est l’infirmière et bibliothécaire Sadie Peterson Delanay. Elle traitait ses patients avec des lectures soigneusement sélectionnées avec l’équipe médicale, et voyait ainsi leur état s’améliorer.
La bibliothérapie a pris son essor à partir des années 2000 avec le livre « Remèdes littéraires » d’Ella Berthoud et Susan Elderkin. Si le principe est sympathique, certaines de leurs préconisations ne sont pas très académiques et ne vont pas dans le sens de la reconnaissance de la bibliothérapie comme une pratique médicale. Ce n’est pas très sérieux, ainsi que l’a relevé la journaliste Françoise Dargent dans un article du Figaro. Lire Robinson Crusoe serait censé aider en cas de pessimisme intense, et l’Insoutenable légèreté de l’être, de Milan Kundera combatte la dépression. Vraiment? À mon sens, c’est un dévoiement de la bibliothérapie que je qualifie d’inspiration new age et tendance bien-être.
Comment la bibliothérapie marche-t-elle dans la dépression? D’abord, elle est réservée aux cas non urgents et est conçue comme la première phase d’un traitement. La bibliothérapie, en aucun cas, ne doit se substituer aux traitements classiques de la dépression (ou autres troubles). Elle serait plus efficace en complément d’un traitement classique. Un livre de développement personnel est prescrit à l’instar d’une pilule aux patients déprimés.
Mais qu’on ne s’y trompe pas, la bibliothérapie a fait ses preuves par essais cliniques comme n’importe quel traitement. L’abstract d’un article publié dans La Revue de Psychologie clinique montre que « la bibliothérapie semble être efficace dans la réduction à long terme des symptômes dépressifs chez l’adulte, fournissant un traitement rapide et abordable susceptible de réduire d’autres médicaments. Les résultats de la présente analyse suggèrent que la bibliothérapie pourrait jouer un rôle important dans le traitement d’un problème de santé mentale grave. Des études complémentaires devraient être menées pour renforcer la preuve de l’efficacité de la bibliothérapie.»
Pour être validés comme potentiellement thérapeutiques, les livres sont soumis à des essais comparatifs. Les symptômes dépressifs des patients avant et après la lecture du livre testé sont comparés à ceux des patients « sans bibliothérapie ». Les ouvrages qui ont reçu le label scientifique figurent en bonne place dans les bibliothèques locales du Royaume Uni. L’un de ces livres thérapeutiques ayant satisfait aux exigences des essais est celui du psychiatre David Burns « Se Libérer de l’anxiété » sans médicaments, la thérapie cognitive: un auto-traitement révolutionnaire de la dépression ».
La Bibliothérapie ne s’adresse pas qu’aux adultes, elle s’adresse désormais aussi aux enfants dans une cinquantaine d’états étasuniens. C’est ce que propose le programme Reach out of Read, créé par le Dr Barry Zuckerman et le Dr Robert Neddlman. Dans le Wisconsin, la directrice de Reach Out Of Read, Nasvara, bibliothécaire et pédiatre préconise la lecture plusieurs minutes juste avant l’endormissement des enfants. Ses ordonnances sont en fait des listes de lectures. Le Dr Perri Klass, du Bellevue Hospital Center, a observé l’attitude des enfants envers les livres suivant leur âge. Jusqu’à six mois, l’enfant porte le livre à sa bouche comme s’il le goûtait. Vers 12 mois, l’enfant pointe du doigt dans le livre des éléments qui l’intéressent, et à partir de 18 mois, il tourne les pages. À partir de deux ans, il est capable de rester assis et d’écouter les histoires qu’on lui raconte.
Ce programme américain de bibliothérapie est appliqué par 12000 pédiatres américains, et vise à élargir la pratique médicale et la relation au patient; et celle de la relation parent/enfant indirectement. Le but est de résoudre le déficit de parole des jeunes enfants, permettant l’enrichissement du vocabulaire dans ces années cruciales d’apprentissage. La bibliothérapie ne dénonce pas les supports numériques, elle les fait coexister avec le livre imprimé. Pour avoir fait ses preuves, le livre papier reste le pivot de la lecture. Au-delà de l’intérêt des histoires et des récits, le livre imprimé développe l’individualité, l’empathie et l’altérité; tout ce qui forge une personnalité équilibrée. La bibliothérapie, prescrite en pédiatrie, permet une nouvelle pratique médicale qui n’est pas basée uniquement sur la pharmacopée. C’est une approche créative de la relation médecin/patient.
Barry Zuckerman précise: «… de tout ce que nous savons sur le développement du cerveau, les enfants nous apportent une compréhension dans l’apprentissage des compétences qui mènent à la lecture, depuis la naissance. Et c’est primordial, surtout depuis les trois premières années de leur vie. Le programme est une occasion unique pour les pédiatres, car ces derniers voient les enfants régulièrement, et que les parents apprécient leurs suggestions.»
Les bienfaits de certains genres de littérature sur l’enfant sont amplement connus. De nombreux penseurs et psychanalystes comme Freud, Louise Von Franz, Mélanie Klein, Otto Rank et d’autres se sont penchés sur l’impact des contes de fées sur la psyché de l’enfant.
Dans « Psychanalyse des conte de fées », Bruno Bettelheim a décrypté les contes de fées comme un rite de passage entre le monde de l’enfant et celui des parents. Ce que les enfants ressentent vis-à-vis d’un récit est très important dans leur développement émotionnel. Le conte donne du sens à leur vie, et il est formulé dans un langage symbolique accessible à leur imaginaire. La simplicité des situations et des personnages sur un mode manichéen (bons et méchants, géants, ogres) est un excellent exutoire aux pensées et sentiments réprimés dans la vie réelle. Bruno Bettelheim analyse les contes de fées suivant la rhétorique psychanalytique. Ainsi, le conte des « Trois petits cochons » mettent en scène l’opposition entre le principe de plaisir et le principe de réalité. Celui de « Blanche Neige » se rattache aux conflits oedipiens, et « La Gardienne d’oie » à celui de l’inceste.
Pour Bruno Bettelheim « raconter un conte de fées, exprimer toutes les images qu’il contient, c’est un peu semer des graines dans l’esprit de l’enfant. Certaines commenceront tout de suite à faire leur travail dans le conscient de l’enfant; d’autres stimuleront des processus dans l’inconscient. D’autres vont rester longtemps en sommeil jusqu’à ce que l’esprit de l’enfant ait atteint un stade favorable à leur germination, et d’autres ne prendront jamais racine. »
S’il est pertinent de citer les pionniers de la bibliothérapie, il est bon de revenir à la méthodologie scientifique. La dépression et l’anxiété sont les troubles mentaux les plus courants chez l’enfant et l’adolescent. La bibliothérapie est un traitement utilisant des matériels écrits pour des problèmes de santé mentale. Ses principaux avantages sont la facilité d’utilisation, le faible coût, les besoins en personnel et une plus grande confidentialité. Pourtant, peu de méta-analyses ont porté sur l’effet de la bibliothérapie sur la dépression et les troubles anxieux chez les enfants et les adolescents, ce qui signifie d’emblée que c’est une méthode complémentaire. Selon les conclusions de la revue Neuropsychiatric Disease and Treatment, la bibliothérapie pourrait être plus bénéfique dans le traitement de la dépression chez les adolescents, mais présente des effets moins robustes pour l’anxiété chez les enfants. Des études cliniques complémentaires bien définies doivent être réalisées pour confirmer ces résultats.
Une partie de notre cerveau est consacré à la lecture. « La lecture fait appel à une région bien précise au sein de la mosaïque de régions spécialisées du cortex temporal ventral» (Stanislas Dehaenne). C’est ainsi que Stanislas Dehaene a découvert avec le neurologue Laurent Cohen, que la lecture développe une aire de la forme visuelle des mots, cachée dans la région du cortex occipito-temporal de l’hémisphère gauche.
Si la bibliothérapie doit encore faire ses preuves, elle a l’énorme avantage de jouer le rôle de rééducation cognitive à l’instar de la remédiation cognitive. Dans une dépression, il ya de nombreux troubles cognitifs dont celui de l’attention, d’une focalisation sur les émotions négatives et d’une baisse de l’humeur. La bibliothérapie permet de détourner l’attention du dépressif, et de lui redonner le gout de l’effort cognitif, et de stimuler son imagination. Mais la bibliothérapie reste encore en France une pratique médicale peu courante et marginale.
VIDÉO SUR LES NEURONES DE LA LECTURE PAR STANISLAS DEHAENNE
À l’occasion de la Saint Valentin, un petit un tour d’horizon sur certaines études qui parlent de la psychologie du couple. Très subjectif et il faut le prendre sur un ton badin car ce qui compte, c’est l’alchimie du couple et elle est unique. Alors, commençons par une étude menée par le psychologue Richard Wiseman dans le cadre du Festival international des sciencesd’Édimbourg. il est possible d’évaluer l’harmonie d’un couple n observant sa position quand il dort. La question centrale est: sont-ils collés ou non? Dormir collé l’un à l’autre nous rendrait plus heureux. Bien!
L’étude présentée par Richard Wiseman est ludique et conforte « le bonheur de dormir ensemble » lorsqu’on est en couple. Le lit est bien évidemment le lieu privilégié de l’intimité du couple. Outre celui de l’érotisme, ça coule de source, partager le même lit permet aussi au couple de se retrouver lorsque les contingences matérielles et l’éducation des enfants les séparent la journée.
Et puis, c’est bien connu après s’être disputé, on se réconcilie sur l’oreiller!
Concernant l’étude de Richard Wiseman qui affirme que le bonheur dans le couple est lié aux positions du sommeil des deux partenaires, montrons nous sceptiques même s’il fait partie des sceptiques et a publié une quarantaine d’articles scientifiques. Il a commencé sa carrière comme magicien avant de se tourner vers la psychologie, et cela en fait un personnage sympathique! Côté méthodologie, le psychologue a établi une grille d’analyse pour déterminer si l’on est plus indécis ou sensible aux critiques des autres, si l’on dort en position fœtale, plus confiant et ouvert, si l’on dort sur le dos. Mesurer le bonheur des couples suivant le fait que les deux dorment en regardant dans la même direction ou dos à dos, s’ils se touchent ou pas est étonnant! Dans notre sommeil nous bougeons, et le couple peut donc, au cours de la nuit, passer alternativement de la position royale à la position fœtale, dormir dos à dos ou face à face, s’éloigner ou se toucher. Passer de l’état d’introverti à celui d’extraverti ! Tout le monde à la même enseigne! Évidemment, mon commentaire se veut ironique. On aimerait vraiment connaître la méthodologie de Richard Wiseman dans cette étude ! Il n’est pas si facile de bien dormir, et dans les positions académiques décrites par Richard Wiseman, et nous bougeons 40 fois au cours de la nuit (hors troubles du sommeil). C’est vraiment dommage d’évaluer uniquement un couple à travers la façon dont il se comporte quand il dort! Décrypter les positions dans le sommeil suivant la personnalité est typique de la synergologie, qui est la science du comportement et des gestes. Force est de constater que la synergologie est populaire et connaît un étonnant succès éditorial dans le domaine de la vulgarisation des sciences humaines.
La synergologie a été fondée par le Philippe Truchet en 1996, et elle n’est qu’une pseudoscience qui essaye de capter une légitimité scientifique en se démarquant comme une discipline à part entière.
Elle n’a aucun fondement acceptable dans « la connaissance de l’autre » que ce soit dans la vulgarisation psychologique de la connaissance de soi. C’est une discipline autoproclamée malgré sa popularité!
Certes, les gestes, le regard, la voix sont importants pour cerner l’autre, mais la communication non verbale est liée à la communication verbale, et les deux sont indissociables. Et pourtant, la pseudo science de la synergologie se réclame de courants tout à fait sérieux comme ceux de Gregory Bateson, Paul Watzlawick, Edward T. Hall, des personnalités du monde des sciences humaines hors pair qui n’ont jamais prétendu que l’on pouvait connaître autrui uniquement à travers la communication non verbale.
La synergologie n’a pas fait ses preuves au niveau de la science. La communication dans le couple passe avant tout dans l’engagement, le dialogue et la vie commune pour ceux qui le souhaitent. Même si l’on se montre sceptique envers les résultats de Richard Wiseman, tout n’est pas négatif. Les couples qui se touchent en dormant seraient plus heureux. Les statistiques semblent exagérées mais le principe est sympathique. L’importance du toucher est primordial pour entretenir le bonheur dans le couple. Elle permet l’intersensorialité et le soutien de l’excitation sexuelle. Le contact tactile dans le couple est important en dehors de la vie sexuelle. Le toucher est le premier sens éveillé, et il faut l’entretenir tout au long de la vie. La psychologie néglige souvent d’étudier cette dimension du toucher dans le bonheur. La tendresse, l’amour dans le couple se manifeste aussi dans les gestes du toucher, en dehors de la sexualité. En dehors du sommeil, à l’état de veille également, et en dehors du lit ! L’étude est biaisée dès le départ car affirmer que les couples qui dorment en se touchant et se faisant face sont plus heureux est vraiment réducteur. Ce genre d’étude présentée au festival d’Édimburg peut impressionner le grand public qui y voit un gage de sérieux, mais les professionnels de la médecine, la psychologie et la psychanalyse qui connaissent le BA-Ba de la méthodologie scientifique sont plus réservés. Les querelles de chapelles sont nombreuses dans le domaine des théories de la psyché, mais tous unanimement, dénonceront la connaissance de l’autre uniquement à travers sa communication non-verbale, et pire encore sa position dans le lit lorsqu’il dort.
On est loin des idées de Freud, des manifestations inconscientes et de la vie nocturne ou effectivement l’esprit continue à travailler. Ne serait-ce qu’à travers les rêves. Faut-il vraiment culpabiliser les couples qui ne dorment pas « ensemble » ? Qu’est-ce qui se passe si l’autre décrypte qu’il est incompatible avec son partenaire à travers sa position dans son sommeil ? Ils se séparent ? Et tous ceux ne dorment pas dans le même lit ? Ceux qui dorment dans des lits jumeaux ? Ceux qui font chambre à part ? Ils ne seront pas heureux? Plus sérieusement, ce genre d’étude induit des généralités sur le comportement, qui sont à prendre avec des pincettes. Il s’en passe des choses dans un lit, mais tout couple a le droit, sans culpabiliser, de se demander s’ils sont vraiment faits pour dormir ensemble.
Une donnée à considérer est celle de la dimension transculturelle du sommeil et de la chambre à coucher étroitement liée à l’intimité et qui a évolué en Occident au fil du temps. Prenons l’exemple japonais. Une autre conception de l’intimité avec la chambre à coucher et le lit. Les Japonais déroulent chaque soir dans la chambre à tatamis leur futon, et les pièces sont séparées par des cloisons coulissantes garnies de papier de riz, très peu isolantes à tout point de vue. Il n’y a également pas de matérialisation de la chambre avec les Touaregs qui utilisent plusieurs habitats (tentes en nattes ou en peaux de chèvres).
Le bonheur de dormir ensemble n’est pas systématique. Décrypter la personnalité de l’autre et son degré de bonheur à travers son sommeil l’est encore moins. Dormir à deux, c’est plus difficile qu’il n’y paraît. Il y a une dimension transculturelle du lit et une dimension de confort. De plus en plus, il y a une demande de lits de plus en larges. Cela vous étonne-t-il? Nous passons en moyenne vingt-quatre ans dans notre lit! Le professeur Damien Léger du centre du sommeil et de la vigilance de l’AP-HP de Paris fait remarquer que pour les couples, c’est la plus longue période passée ensemble. Et il y a des non-dits dans le couple à ce sujet. Il voit « très régulièrement des personnes qui ont du mal à dormir à deux, mais qui n’osent pas l’avouer ». Certains couples optent pour des lits jumeaux ou des chambres séparées parce qu’ils ressentent cette promiscuité comme une perte d’espace vital. D’autres, comme une contrainte qui nuit à la qualité de leur sommeil. Il y a également les adeptes des lits en grande largeur ou chacun vit sa nuit de rêve dans la position qui lui convient. Avant de décrypter l’autre à travers les positions dans son sommeil, il faut plutôt privilégier le dialogue, l’écoute et l’empathie tous les jours.
Et peut-être, lorsqu’on a décidé de vivre sous le même toit, choisir son lit ensemble, et ne pas hésiter à dire à l’autre comment on a envie de dormir. Se rendre chez un spécialiste de la literie sera plus salvateur pour le couple la nuit. Et le manuel du Kama Sutra favorisera plus le bonheur du couple que l’étude des positions dans le sommeil de Richard Wiseman ! Les recettes du bonheur ne sont pas toutes faites! À chaque couple son alchimie personnelle pour être heureux ensemble. Y compris la nuit! Car la nuit c’est sacré.