LA REMÉDIATION COGNITIVE, UNE PRATIQUE INNOVANTE!

La base de données Pubmed fait état de nombreux articles scientifiques sur la Remédiation Cognitive.

Les patients dépressifs se plaignent souvent d’altérations cognitives comme des difficultés attentionnelles, de concentration et de troubles de la mémoire. Durant un épisode dépressif majeur, le cerveau fonctionne au ralenti, et il faut beaucoup d’efforts pour retrouver ses capacités cognitives.
Une méthode peut leur être proposée pour restaurer en partie les capacités cognitives: il s’agit de la remédiation cognitive (RC). On peut la définir succinctement comme une approche clinique visant à provoquer un accroissement de l’efficacité cognitive généralisée dans le but d’améliorer durablement l’adaptation globale, l’autonomie, le bien-être de l’enfant et de l’adolescent. Cette méthode s’est développée dans le champ de la psychologie du développement. C’est une forme d’accompagnement thérapeutique autonome et cohérente.  Cette méthode cible d’autres troubles et toutes les difficultés cognitives.

Ainsi sur le site web Remédiation Cognitive composé de professionnels rigoureux (psychiatres, neuropsychologues), on peut lire qu’elle « est proposée lorsqu’une évaluation neuropsychologique a objectivé des troubles cognitifs (difficulté à mémoriser une information, à planifier des tâches, etc), que ces troubles cognitifs ont des répercussions sur la vie de tous les jours et que la réduction de ces répercussions favorisera la mise en œuvre d’un projet concret.»

Comment se pratique-t-elle? 
La Remédiation Cognitive se fait sous forme d’exercices de logique et de mémoire sur un logiciel d’entraînement cérébral grand public. Le choix des exercices est adapté aux difficultés des dépressifs. L’idée de proposer des exercices aux dépressifs est venue aux soignants qui ont observé que les dépressifs hospitalisés faisaient des sudoku, des jeux fléchés ou des mots croisés. 

Ces exercices se font dans un cadre thérapeutique et ils comportent plusieurs niveaux où les patients peuvent se trouver en situation d’échec. Chaque exercice contient 10 niveaux de difficultés pré-définis. 


Les exercices entrainent les fonctions cognitives altérées comme l’attention, la mémoire de travail (la capacité de retenir de retenir des informations à court terme, quelques secondes à quelques minutes pour réaliser de informations cognitives comme retenir un numéro de téléphone), des fonctions exécutives (rendant les patients incapables de structurer comportement et langage).


La base de données Medline/Pubmed fait état de nombreux articles scientifiques sur la RC. Outre son indication dans la dépression d’autres pathologies peuvent bénéficier de la RC comme les séquelles de lésions cérébrales, démences séniles de type Alzheimer, psychoses infantiles, hyperactivité de l’enfant et schizophrénie (avec d’autres formes de psychothérapie).

D’ailleurs dans la schizophrénie, deux méta-analyses attestent de son efficacité.

La Remédiation Cognitive est pratiquée par des professionnels de la santé: psychologues, neuropsychologues, orthophonistes, médecins ou infirmiers spécialement formés.
Une précision s’impose: la RC ressemble par certains de ses exercices à ceux de l’entraînement cognitif destinés à des sujets sans déficit cognitif et qui souhaitent maintenir leurs capacités cognitives. L’entraînement cérébral regroupe des techniques employées en prévention du vieillissement en dehors de toute indication médicale. Comme le programme d’entraînement cérébral du Dr Kawashima, Happy Neuron,Coach Cerebral, etc.

La Remédiation Cognitive, à visée thérapeutique, est un véritable traitement rééducatif destiné à améliorer la vie professionnelle et sociale des patients atteints d’altérations cognitives. L’article du Dr Isabelle Amado, psychiatre à Sainte Anne et du Dr Llyod l. Sederer, directeur médical du centre de santé mentale de New York  publié dans le Huffington Post en 2013 et reproduit ci-dessous dans son intégralité évoque les enjeux  et les applications de la Remédiation Cognitive en psychiatrie.

« Jean a 23 ans. Il souffre depuis ses 17 ans d’une schizophrénie, une pathologie mentale sévère et invalidante entraînant des difficultés de fonctionnement à l’école, au travail et dans sa famille. Au début, ses symptômes étaient au premier plan et des idées de persécution envahissaient l’ensemble de ses activités. Souffrant d’hallucinations auditives, il se sentait isolé socialement, et souffrait des troubles du comportement. Avec le traitement  et un soutien psychologique ses symptômes se sont améliorés. Cependant ses problèmes de mémoire, d’attention, d’organisation et de traitement de l’information le freinait pour construire une vie satisfaisante.

Amélie a 42 ans et a souffert d’une pathologie mentale durant 10 ans, qualifiée pour certains de trouble bipolaire, pour d’autres de troubles schizo-affectifs (coexistence de symptômes psychotiques et troubles de l’humeur). Son humeur a été considérablement améliorée par des traitements et une psychothérapie, mais elle est dans l’impossibilité de retourner à son métier dans la restauration ou d’assumer ses responsabilités familiales et affective auprès de son mari et de ses deux enfants. Il est difficile de maintenir des relations sociales lorsqu’on ne peut prêter attention aux personnes qui nous entourent ou de se souvenir de ce que ces personnes nous disent. Le travail et les responsabilités quotidiennes d’une personne qui souhaite rester autonome peuvent devenir insurmontables lorsqu’on a des difficultés pour traiter, mémoriser ou organiser l’information. Il existe actuellement des traitements, des programmes thérapeutiques d’entraînement qui réduisent les déficits cognitifs associés à certaines pathologies mentales. La Remédiation Cognitive (CR) est un thérapeutique innovante en psychiatrie, et si vous ou l’un de vos proches peut en bénéficier alors vous aimeriez certainement en savoir plus, afin de voir si ce traitement peut l’aider.

La RC est un thérapeutique qui a pour but de réduire les difficultés cognitives, à différentier des symptômes psychotiques ou des troubles de l’humeur. L’ensemble des thérapies, y compris le traitement et certaines formes de psychothérapies, réduisent partiellement certains symptômes comme les difficultés de concentration. La RC est centrée sur l’incapacité que peuvent entraîner des troubles de l’attention, de la mémoire ou de la planification.

La RC se pratique avec différents programmes -qui sont maintenant disponibles- avec des sessions d’entraînement et des exercices qui peuvent même être ludiques (Medalia and Saperstein, 2013). Les sujets qui s’y engagent sont souvent très motivés, ce qui diffère parfois de l’attitude que les patients peuvent avoir face à certains traitements ou certaines prises en charge. La RC fournit aussi des stratégies pour résoudre des problèmes complexes : planifier une matinée de courses, se rendre d’un lieu à un autre, répondre à des responsabilités professionnelles, scolaires ou universitaires. Elle apporte au patient plus de confiance en soi et en ses capacités cognitives.


L’un des principe fondamentaux de ce traitement, est que l’amélioration cognitive constatée à la fin des sessions puisse être transférée sur des tâches de la vie quotidienne. De fait, les gains acquis durant la remédiation permettent à la personne de mieux appliquer les programmes de réhabilitation pour se maintenir ou reprendre ses études, pour obtenir un emploi ou garder son emploi (Killackey et al. 2008, Bell et al. 2005).
Un bénéfice important de la RC, c’est aussi d’améliorer les aptitudes à interagir dans des situations sociales, dans une conversation, à apprécier les intentions et les émotions d’autres personnes; ce que d’aucuns appellent « intelligence émotionnelle » – ces aptitudes qui vont de pair avec un épanouissement pour chacun d’entre nous, pas seulement pour les patients qui souffrent d’une pathologie mentale sévère-. Plus encore, La RC peut aider les patients qui souffrent de pathologie mentale, qui souvent sous estiment leur gêne au quotidien, à mieux prendre conscience de leurs difficultés et des retentissements que celles-ci ont sur leur vie personnelle et professionnelle.

La RC se définit comme une pratique interventionnelle d’entraînement intellectuel qui cible les difficultés cognitives par l’utilisation de techniques d’apprentissage. Elle se fonde sur l’apprentissage massif, la répétition d’exercices, l’apprentissage de stratégies pour résoudre des problèmes complexes, et le développement de moyens de résoudre les difficultés au niveau du travail ou qui limitent l’efficience au quotidien.

Ces programmes sont proposés à un patient, ou via son entourage familial et après un bilan approfondi. Ils sont recommandés lorsque les patients sont stabilisés cliniquement, loin d’un épisode aigu, et compliant pour s’y engager. Les cliniciens spécialistes de ces programmes peuvent accroitre la motivation des patients en leur proposant des programmes qui répondent aux souhaits des patients traités – à avoir plus d’amis, gagner sa vie, ou avoir une vie sociale (Choi et al. 2010).

La RC est surtout préconisée pour des pathologies de type schizophrénique, ou psychose associée; mais également pour des troubles bipolaires. En Europe, des programmes se développent pour des sujets ayant une pathologie métabolique ou génétique rare avec symptômes psychiatriques (ex syndrome vélocardiofacial), ou pour les problèmes cognitifs associés à l’anorexie mentale de l’adolescente (Tchanturia et al. 2013). Chez l’enfant, des programmes existent pour des problèmes « dysexecutifs » (semblables aux difficultés de fonctionnement décrites plus haut pour l’adulte) : hyperactivité déficit de l’attention (THADA), jeunes ayant des troubles du spectre autistique avec un bon fonctionnement cognitif, ou des difficultés d’apprentissage sévères.

La RC a d’autant plus de chance de réussir si elle s’intègre à un projet ou à des perspectives de réhabilitation (Amado et al. 2011), Lehman, A: American Journal of Psychiatry, Editorial, 2012, « Making a Difference »). Du fait qu’il s’agisse de programmes de trois à six mois, se pratiquant avec un thérapeute, c’est un investissement autant pour le patient que pour l’équipe soignante. L’investissement devient alors nettement supérieur au coût lorsque la RC sert de tremplin pour un meilleur fonctionnement. Idéalement, tout programme doit être inclus dans un programme de réhabilitation qui offre des aides pratiques pour retourner au travail ou à l’école, ou pour vivre de manière autonome (McGurk and Wykes, 2008). Cela signifie qu’avec une programme de RC et de réhabilitation, une personne a plus de chances d’accroître son autonomie, de terminer ses études ou de parachever l’objectif auquel elle s’est astreinte à travailler, avoir une vie sociale ou assumer ses responsabilités quotidiennes.


Les bénéfices de cette thérapie sont cliniques, cognitif et fonctionnels. Elle améliore la composante dépressive existante chez certains patients, possiblement du fait d’une meilleure confiance en soi et de la dynamique de succès qui s’amorce. Bien que l’amélioration cognitive soit modeste, elle est irréfutable et régulièrement retrouvée (Wykes et al. 2011). En imagerie cérébrale, des structures cruciales pour le fonctionnement cérébral, localisées dans le lobe frontal, hypoactives avant programme, se réactivent après le programme parallèlement à une amélioration de la mémoire de travail (Penades et al. 2013); en outre un arrêt de la perte de matière grise (au niveau des cellules cérébrales) a été observé, deux ans après une thérapie comportementale incluant de la RC (Eyck et al. 2010).


La RC est relativement récente en psychiatrie et en santé mentale. Cependant ses bases scientifiques, elles, ne sont pas récentes : elles reposent sur les fantastiques avancées des neurosciences cognitives.

Le temps est venu d’inclure cette thérapie dans l’apanage de soins psychiatriques comme standard de prise en charge en soins courant proposé aux patients et aux familles de patients avec pathologie mentale sévère, en particulier pour la schizophrénie et les troubles schizo-affectifs.

Cela implique que ces techniques soient d’abord introduites dans des centres cliniques de références, à la pointe de l’innovation.

Ensuite ces pratiques vont être implantées à plus large échelle à travers des programmes de soins sur la base de standards de bonne pratique pour les patients (et les familles) avec la nécessité de former les équipes soignantes à ces programmes dans tous les centres de santé mentale.

La RC va, de manière évidente, changer la vie de nos patients freinés par la maladie mentale. Nous nous devons d’offrir ce nouveau traitement pour nos patients et leurs proches.»© Isabelle Amado, Llyod Sederer

Sources:
http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/?term=cognitive+remediation+therapyhttp://www.psychomedia.qc.ca/lexique/definition/memoire-de-travailhttp://www.huffingtonpost.fr/isabelle-amado-md-phd/quest-ce-que-la-remediation-cognitive_b_3728095.html
http://eclat-graa.org/wp-content/uploads/2013/11/Atelier_malletteRMS_CRT.pdf
http://www.allodocteurs.fr/actualite-sante-la-remediation-cognitive-une-therapie-innovante-dans-le-traitement-de-la-depression-12024.asp?1=1
https://www.cairn.info/revue-developpements-2009-3-page-5.htm

VIDÉO SUR LA REMÉDIATION COGNITIVE AVEC LE DR ISABELLE AMADO

BIBLIOTHÉRAPIE POUR TOUS DANS LA DÉPRESSION!

La bibliothérapie est réservée aux cas non urgents, et est conçue comme la première phase d’un traitement. En aucun cas, elle ne doit se substituer aux traitements classiques de la dépression.

 
 
3b877f2893c15791bf7141a80f6d269e

Le National Health Service (NHS) britannique impose de longs délais d’attente pour consulter un médecin. Dans le cas de la dépression, on sait que mal prise en charge, elle peut gâcher la vie d’une personne pendant 10 ans à cause de ses complications, démontrées par les articles scientifiques recensés sur Pubmed. De ce fait,  la bibliothérapie outre Manche a été prescrite à des milliers de patients souffrant de dépression. 

 
La bibliothérapie est reconnue, outre Manche, depuis 2013. L’origine de ce terme remontrerait à la première guerre mondiale pour prendre en charge les soldats souffrant de stress post-traumatique (selon la terminologie actuelle). Elle est attribué au pasteur Samuel Crothers qui l’a utilisé dans un article de l’Atlantic Monthlay en 1916. La pionnière de cette discipline est l’infirmière et bibliothécaire Sadie Peterson Delanay. Elle traitait ses patients avec des lectures soigneusement sélectionnées avec l’équipe médicale, et voyait ainsi leur état s’améliorer.
 

La bibliothérapie a pris son essor à partir des années 2000 avec le livre  « Remèdes littéraires » d’Ella Berthoud  et Susan Elderkin. Si le principe est sympathique, certaines de leurs préconisations ne sont pas très académiques et ne vont pas dans le sens de la reconnaissance de la bibliothérapie comme une pratique médicale. Ce n’est pas très sérieux, ainsi que l’a relevé la journaliste Françoise Dargent dans un article du Figaro. Lire Robinson Crusoe serait censé aider en cas de pessimisme intense, et l’Insoutenable légèreté de l’être, de Milan Kundera combatte la dépression. Vraiment?  À mon sens, c’est un dévoiement de la bibliothérapie que je qualifie d’inspiration new age et tendance bien-être. 

 
Comment la bibliothérapie marche-t-elle dans la dépression? D’abord, elle est réservée aux cas non urgents et est conçue comme la première phase d’un traitement. La bibliothérapie, en aucun cas, ne  doit se substituer aux traitements classiques de la dépression (ou autres troubles). Elle serait plus efficace en complément d’un traitement classique. Un livre de développement personnel est prescrit à l’instar d’une pilule aux patients déprimés. 
 
Mais qu’on ne s’y trompe pas, la bibliothérapie a fait ses preuves par essais cliniques comme n’importe quel traitement. L’abstract d’un article publié dans La Revue de Psychologie clinique montre que « la bibliothérapie semble être efficace dans la réduction à long terme des symptômes dépressifs chez l’adulte, fournissant un traitement rapide et abordable susceptible de réduire d’autres médicaments. Les résultats de la présente analyse suggèrent que la bibliothérapie pourrait jouer un rôle important dans le traitement d’un problème de santé mentale grave. Des études complémentaires devraient être menées pour renforcer la preuve de l’efficacité de la bibliothérapie
 
Pour être validés comme potentiellement thérapeutiques, les livres sont soumis à des essais comparatifs. Les symptômes dépressifs des patients avant et après la lecture du livre testé sont comparés à ceux des patients « sans bibliothérapie ». Les ouvrages qui ont reçu le label scientifique figurent en bonne place dans les bibliothèques locales du Royaume Uni. L’un de ces livres thérapeutiques ayant satisfait aux exigences des essais est celui  du psychiatre David Burns « Se Libérer de l’anxiété » sans médicaments, la thérapie cognitive: un auto-traitement révolutionnaire de la dépression ».
 
La Bibliothérapie ne s’adresse pas qu’aux adultes, elle s’adresse désormais aussi aux enfants dans une cinquantaine d’états étasuniens. C’est ce que propose le programme Reach out of Read, créé par le Dr Barry Zuckerman et le Dr Robert Neddlman. Dans le Wisconsin, la directrice de Reach Out Of Read, Nasvara, bibliothécaire et pédiatre préconise la lecture plusieurs minutes juste avant l’endormissement des enfants. Ses ordonnances sont en fait des listes de lectures. Le Dr Perri Klass, du Bellevue Hospital Center, a observé l’attitude des enfants envers les livres suivant leur âge. Jusqu’à six mois, l’enfant porte le livre à sa bouche comme s’il le goûtait. Vers 12 mois, l’enfant pointe du doigt dans le livre des éléments qui l’intéressent, et à partir de 18 mois, il tourne les pages. À partir de deux ans, il est capable de rester assis et d’écouter les histoires qu’on lui raconte.
 
Ce programme américain de bibliothérapie est appliqué par 12000 pédiatres américains, et vise à élargir la pratique médicale et la relation au patient; et celle de la relation parent/enfant indirectement. Le but est de résoudre le déficit de parole des jeunes enfants, permettant l’enrichissement du vocabulaire dans ces années cruciales d’apprentissage. La bibliothérapie ne dénonce pas les supports numériques, elle les fait coexister avec le livre imprimé. Pour avoir fait ses preuves, le livre papier reste le pivot de la lecture. Au-delà de l’intérêt des histoires et des récits, le livre imprimé développe l’individualité, l’empathie et l’altérité; tout ce qui forge une personnalité équilibrée. La bibliothérapie, prescrite en pédiatrie, permet une nouvelle pratique médicale qui n’est pas basée uniquement sur la pharmacopée. C’est une approche créative de la relation médecin/patient.

Barry Zuckerman précise: «… de tout ce que nous savons sur le développement du cerveau, les enfants nous apportent une compréhension dans l’apprentissage des compétences qui mènent à la lecture, depuis la naissance. Et c’est primordial, surtout depuis les trois premières années de leur vie. Le programme est une occasion unique pour les pédiatres, car ces derniers voient les enfants régulièrement, et que les parents apprécient leurs suggestions.»

Les bienfaits de certains genres de littérature sur l’enfant sont amplement connus. De nombreux penseurs et psychanalystes  comme Freud, Louise Von Franz, Mélanie Klein, Otto Rank  et d’autres se sont penchés sur l’impact des contes de fées sur la psyché de l’enfant.

Dans « Psychanalyse des conte de fées », Bruno Bettelheim a décrypté les contes de fées comme un rite de passage entre le monde de l’enfant et celui des parents. Ce que les enfants ressentent vis-à-vis d’un récit est très important dans leur développement émotionnel. Le conte donne du sens à leur vie, et il est formulé dans un langage symbolique accessible à leur imaginaire. La simplicité des situations et des personnages sur un mode manichéen (bons et méchants, géants, ogres) est un excellent exutoire aux pensées et sentiments réprimés dans la vie réelle. Bruno Bettelheim analyse les contes de fées suivant la rhétorique psychanalytique. Ainsi, le conte des « Trois petits cochons » mettent en scène l’opposition entre le principe de plaisir et le principe de réalité. Celui de « Blanche Neige » se rattache aux conflits oedipiens, et « La  Gardienne d’oie » à celui de l’inceste.

Pour Bruno Bettelheim « raconter un conte de fées, exprimer toutes les images qu’il contient, c’est un peu semer des graines dans l’esprit de l’enfant. Certaines commenceront tout de suite à faire leur travail dans le conscient de l’enfant; d’autres stimuleront des processus dans l’inconscient. D’autres vont rester longtemps en sommeil jusqu’à ce que l’esprit de l’enfant ait atteint un stade favorable à leur germination, et d’autres ne prendront jamais racine. »

S’il est pertinent de citer les pionniers de la bibliothérapie, il est bon de revenir à la méthodologie scientifique. La dépression et l’anxiété sont les troubles mentaux les plus courants chez l’enfant et l’adolescent. La bibliothérapie est un traitement utilisant des matériels écrits pour des problèmes de santé mentale. Ses principaux avantages sont la facilité d’utilisation, le faible coût, les besoins en personnel et une plus grande confidentialité. Pourtant, peu de méta-analyses ont porté sur l’effet de la bibliothérapie sur la dépression et les troubles anxieux chez les enfants et les adolescents, ce qui signifie d’emblée que c’est une méthode complémentaire. Selon les conclusions de la revue Neuropsychiatric Disease and Treatment, la bibliothérapie pourrait être plus bénéfique dans le traitement de la dépression chez les adolescents, mais présente des effets moins robustes pour l’anxiété chez les enfants. Des études cliniques complémentaires bien définies doivent être réalisées pour confirmer ces résultats.

Une partie de notre cerveau est consacré à la lecture. « La lecture fait appel à une région bien précise au sein de la mosaïque de régions spécialisées du cortex temporal ventral» (Stanislas Dehaenne). C’est ainsi que Stanislas Dehaene a découvert avec le neurologue Laurent Cohen, que la lecture développe une aire de la forme visuelle des mots, cachée dans la région du cortex occipito-temporal de l’hémisphère gauche. 

Si la bibliothérapie doit encore faire ses preuves, elle a l’énorme avantage de jouer le rôle de rééducation cognitive à l’instar de la remédiation cognitive. Dans une dépression, il ya de nombreux troubles cognitifs dont celui de l’attention, d’une focalisation sur les émotions négatives et d’une baisse de l’humeur. La bibliothérapie permet de détourner l’attention du dépressif, et de lui redonner le gout de l’effort cognitif, et de stimuler son imagination. Mais la bibliothérapie reste encore en France une pratique médicale peu courante et marginale.

VIDÉO SUR LES NEURONES DE LA LECTURE PAR STANISLAS DEHAENNE

LA RÉSIGNATION ACQUISE N’EST PAS UNE FATALITÉ!

La théorie de l’impuissance apprise constitue une référence classique de la dépression, et elle est utilisée dans les essais thérapeutiques des antidépresseurs.

8a4385eeb71f7538ac0e479c057e0616

Connaissez-vous la théorie de l’impuissance apprise (learned helplessness) qui décrit la situation d’un sujet vivant une situation douloureuse, et qui n’arrive pas à s’en sortir?Lorsque cette situation se répète, il intériorise ce sentiment d’impuissance au point de se résigner alors qu’il a toutes les ressources en lui pour rebondir.

Le concept d’impuissance apprise a été proposé, en 1975, par Martin Seligman, professeur de psychologie expérimentale sous le terme de théorie de l’impuissance apprise. «Au coeur du phénomène du pessimisme s’en trouve un autre: celui de l’impuissance.» (Seligman). Cette théorie a ensuite été reformulée avec l’aide d’Abraham et de Teasdale, en 1978 sous le terme « d’attribution et impuissance apprise ». Et en 1989, Metalsky et Allay ont révisé et complété ce concept sous le terme de «Théorie du manque d’espoir ou de désespoir.»

Quel que soit le nom qui lui est donnée, au fil du temps comme impuissance, théorie du manque d’espoir ou du désespoir, ce qu’il faut retenir c’est que cet état mental négatif fait accepter sa condition comme une fatalité, paralyse toute stratégie d’action, et est immuable. Il a un impact cognitif sur le comportement présent, sape le comportement futur et détruit la confiance en soi. Seligman le décrit ainsi: «on peut définir l’impuissance acquise comme une réaction d’abandon où l’on jette l’éponge parce que l’on a la conviction que rien de ce que ‘on fait n’aura un quelconque résultat.»

La théorie de Martin Seligman s’inscrit dans le paradigme suivant de la psychologie: le conditionnement opérant (ou instrumental). Seligman a élaboré sa théorie à partir d’expériences réalisées sur les chiens soumis à des choc électriques), et il en a conclu l’idée générale que la conduite humaine (et animale)  est conditionnée par les conséquences qu’un individu anticipe à partir de son comportement suite à ses expériences. La récompense attendue serait la base de toute motivation. Il est donc possible de favoriser des comportements induits par renforcement ou à l’inverse, de provoquer des comportements d’évitement par punition.

La résignation acquise, c’est une modification comportementale induite par l’exposition à des chocs incontrôlables. Des évènements déplaisants. Cette exposition à l’incontrôlabilité provoque chez certaines personnes des baisses de performance, une incapacité à trouver la solution pour régler le problème posé. Au niveau motivationnel, c’est un ralentissement à inciter une réponse, à l’action. Cette « résignation acquise » va provoquer un déficit cognitif qui rend encore plus difficile d’apprendre que les événements dépendent de moyens mis en oeuvre pour agir et un déficit motivationnel entravant la possibilité de réponses volontaires. Elle entraîne également un déficit émotionnel sur le versant dépressif.Seligman soutient que l’impuissance apprise joue un rôle central dans la dépression. Toutefois, ce n’est pas parce qu’on va vivre des évènements aversifs que la résignation effective est automatique. Seligman a observé avec ses collègues que certaines personnes ont la faculté de s’ajuster activement et positivement face à un échec ou à une déception alors que d’autres sont déprimées et se sentent impuissantes. S’adapter du mieux possible aux événements déplaisants et incontrôlables est ce qu’on appelle la résilience, également mise en lumière par Seligman. Tout dépend du style d’attribution, c’est à dire la façon dont les personnes trouvent un sens à un évènement négatif, et cela va influencer leur avenir, la dépression, etc.

Le style d’attribution se scinde (succinctement) en deux groupes: le style dépressif et le style défensif. Les personnes du style défensif peuvent  induire trop d’illusions positives sur soi face aux évènements incontrôlables, et cet excès peut être négatif. Par contre, elles ont tendance à vivre insouciantes et présentent peu de risques d’avoir des troubles de la psyché comme la dépression et l’anxiété. Elles courent aussi le risque d’être moins adaptées socialement. Malgré cela, ce sont les personnes du style dépressif qui payent le plus lourd tribu en étant plus souvent malades et en mourant plus jeunes (selon certaines études).

Il faut prendre en compte une dimension interculturelle dans les styles d’attribution. Les systèmes de croyances culturelles offrent aux personnes plusieurs interprétations de l’expérience qui influencent leur réactions face à des évènements déplaisants. Par exemple, aux États-Unis, les personnes croyant en Dieu ont tendance à avoir des styles d’attribution plus défensifs que les non croyants. Lors de la chute du mur de Berlin, les Allemands de l’ex RDA étaient plus du style dépressif que les Allemands de l’Ouest. Les différences de régime politique des deux « Allemagnes » ont fortement influencé l’émergence du style d’attribution dans l’une et l’autre.

Dans le langage courant, l’impuissance apprise se traduit par des paroles et un dialogue intérieur autodépréciatif comme « je ne vais pas y arriver », je ne suis pas fait pour cela », « je suis trop vieux pour faire du sport », je n’ai plus vingt ans, alors je ne peux plus déménager », « je suis trop stupide pour réussir cet examen ». Les situations dans la vie courante sont nombreuses, et il nous arrive de les vivre tous…

La psychologue Charisse Nixon a réussi à induire la résignation dans un groupe d’élèves en leur proposant des anagrammes dont les deux premiers étaient impossibles à résoudre. Le groupe va évidemment échouer à résoudre ces énigmes. Son vécu, au delà de la frustration induite lors des deux premières tâches, va conditionner son comportement ultérieur, et les élèves n’arriveront pas à résoudre le troisième anagramme pourtant réalisable. L’attitude des personnes est résignée même dans des situations où elles auraient pu s’en sortir.

Une recherche d’emploi peut se solder par des échecs systématiques, et à terme éteindre toute forme de combativité. D’un point de vue clinique, il est fréquent de trouver chez un demandeur d’emploi ce sentiment d’impuissance apprise. Au départ, il est motivé et à plein d’espoir, au fil du temps, il va réaliser que les efforts engagés ne portent pas leurs fruits, et la résignation acquise va s’installer. Et de fil en aiguille, sa santé mentale va se dégrader.

La théorie du désespoir peut également contribuer à affaiblir la santé physique suite à la mauvaise image qu’ont les personnes d’elles-même. Cette santé chancelante peut inclure une mauvaise alimentation, une absence d’exercice physique et de traitements médicaux car ils sont persuadés qu’ils ne peuvent rien changer, et que c’est comme ça, un point c’est tout. Le système immunitaire peut-être même affaibli.

Seligman a tenté de transférer son modèle théorique à la pratique thérapeutique auprès de populations d’enfants dépressifs et de jeunes diabétiques. La théorie de l’impuissance apprise constitue une référence classique de la dépression et est utilisée dans les essais thérapeutiques des antidépresseurs.

Mais il est possible de casser le cercle vicieux de l’impuissance acquise en suivant une psychothérapie, d’inspiration TCC (Thérapie comportementale et Cognitive); ce qui n’exclut pas une approche psychanalytique si chère à la France. Martin E.P Seligman est l’un des fondateurs de la psychologie positive qui permet aux personnes d’être performantes ou d’être optimistes. D’augmenter ses émotions positives. Seligman considère que la psychologie s’est uniquement centrée sur la maladie mentale et a négligé le fonctionnement optimal, le sens et le bonheur. D’où cette nouvelle façon de voir pour  casser le noeud gordien de « l’impuissance acquise »!

La psychologie positive est «l’étude des conditions et processus qui contribuent à l’épanouissement ou au fonctionnement optimal de gens et des groupes. Il y a trois niveaux d’étude: personnel, interpersonnel et social. Il ne s’agit pas de renier les connaissances acquises sur les souffrances de la psyché, et les moyens d’y remédier. Il est important de cerner avec rigueur les troubles mentaux, mais il faut aussi mettre l’accent sur l’épanouissement humain et le favoriser.

Martin H.P Seligman est l’auteur de plusieurs livres dont la « Force de l’optimisme », « La Fabrique du bonheur », Vivre la psychologie positive ,Comment être heureux au quotidien
«L’émotion positive est plus qu’une sensation agréable: c’est le signal de la croissance, de l’accumulation du capital psychologique.» (Pour un nouvel art du bonheur et du bien-être)

Sources: