COVID-19: SES CONSÉQUENCES DÉLÉTÈRES SUR LA PSYCHÉ!

« Je remets en cause la folie hygiéniste qui, sous prétexte de protéger les personnes âgées arrivées dans la dernière trajectoire de leur vie, impose des situations proprement inhumaines» (Marie de Hennezel)

Et si nous parlions de la santé mentale en temps de Covid-19? En ces temps de confinement passé et présent (allégé parait-il) ? En ces temps de protocoles sanitaires et de distanciation sociale qui bouleversent notre vie et nos rapports sociaux? Réflexe pavlovien, je me surprends à penser à un troisième confinement qui nous tomberait sur le paletot l’année prochaine.

La pandémie du Covid-19 rabat les carte de la « santé mentale » collective et individuelle. Dans un récent article du Figaro, le philosophe Damien Le Gay, président du comité national d’éthique funéraire, évoque une vague de dépression inédite par son ampleur! Le philosophe parle des résultats de l’enquête faite par Santé Publique France:« … le taux d’anxiété des Français a doublé en raison du confinement. Fin mars 2020 on est passé de 13,5% à 26,5%. Puis, après le déconfinement la situation s’est améliorée. Et là, en novembre, le taux a retrouvé celui de mars 2020. La part des dépressifs, elle aussi à doublée. En mars 2020 on est passé de 9,7 à 19,9 %. Et là, de nouveau, avec le second confinement, on constate que 21 % de la population est en état dépressif – soit deux fois plus qu’à la fin de septembre.»

Et Damien Le Gay évoque l’enquête de la fondation Jean Jaurès sur l’idéation suicidaire: « Selon cette étude, 20 % des Français envisagent de se suicider. Et comme le précise l’étude, les «passages à l’acte», en règle générale, viennent plutôt après les crises que pendant. Autre enseignement de l’étude: les «violences conjugales», sur lesquelles le gouvernement et la sphère médiatique ne cessent de communiquer, ne concernent que 1% des français.»

La dépression et les troubles anxieux sont définis par l’OMS et répertoriés dans le DSM 5 (plutôt réservé à la littérature scientifique) et le CIM 11. Sans rentrer dans les détails d’un diagnostic de dépression, je partage cette définition du CPPR, centre Phoenix: trouble mental courant, caractérisé par la tristesse, la perte d’intérêt, de plaisir, sentiments de culpabilité, faible estime de soi, troubles du sommeil, de l’appétit, sensation de fatigue, manque de concentration. Et cette souffrance psychique peut mener au suicide qui n’est pas évoqué dans cette définition. Un épisode dépressif majeur non pris en charge par un professionnel de la santé peut gâcher la vie de nombreuses années (voire dix ans), et mener à une dépression résistante et à des symptômes résiduels. Il faut aussi de pas confondre démoralisation, mal-être avec des troubles anxieux, un épisode dépressif qui nécessite une vraie prise en charge par des professionnels de la santé. Concernant la pandémie, on évoque parfois le Stress post-traumatique.

Une récente enquête de l’OMS confirme que la pandémie impacte les services de santé mentale. Le principal effet constaté est un taux élevé de stress et d’anxiété. De nombreux articles dans la presse mainstream sont sortis sur le sujet, et les lecteurs ont l’embarras du choix. Le site Pubmed comporte au sujet de l’impact sur la psyché de la Covid comporte plus de 1600 références d’articles.

Quelles sont les catégories de personnes concernées par la dépression et l’anxiété voire autres troubles? Nul question de hiérarchiser la souffrance psychologique en fonction du statut professionnel, de l’âge ou des circonstances où elle est apparue. Toute souffrance morale si elle débouche sur un trouble psychique nécessite la même attention en toute équité si le diagnostic est correctement posé par un professionnel de la santé.

D’abord, parlons des soignants qui sont en première ligne de la pandémie. Une revue systématique de la littérature scientifique et une méta-analyse a montré la prévalence de l’anxiété, de troubles de l’humeur et de l’insomnie chez le personnel soignant confronté à la pandémie dont beaucoup ont été confrontés à la mort de leurs collègues et confrères. Les conclusions sans sans appel: L’anxiété a été évaluée dans 12 études, avec une prévalence combinée de 23 · 2% et la dépression dans 10 études, avec un taux de prévalence de 22 · 8%. Enfin, la prévalence de l’insomnie a été estimée à 38,9% dans 5 études. Les femmes présenteraient des taux plus élevés de symptômes effectifs que les hommes et le personnel médical.

Toujours chez les soignants, il est maintenant acquis que le principal impact psychologique à ce jour est le taux plus élevé de stress et d’anxiété et d’épuisement professionnel qui accroit leur vulnérabilité. La réorganisation des services en urgence dans un climat d’incertitude et une « certaine » désorganisation » au niveau de l’attribution des protections (masques, blouses et gants) contribuent à cette prévalence. Beaucoup de soignants ont été comparés à des « combattants sur le front ». Ils ont été exposés directement à une forte charge virale et à un épuisement physique face à l’afflux de patients ainsi qu’à des questions éthiques relatives à des prises de décision qu’ils n’auraient pas souhaité. Interdire les visites ou la présentation du défunt contraire à l’éthique même du choix de leur métier, et créant un sentiment de culpabilité.

La prévalence de la dépression chez les soignants était déjà remarquée hors contexte de la pandémie. Une partie de la littérature scientifique mentionne des conduites suicidaires. Concernant la Covid-19, cinq suicides ont été médiatisés dont deux infirmières en réanimation italiennes et un médecin généraliste français. Difficile pour l’instant de s’en faire une idée quand certains de leurs collègues meurent de la Covid-19.

Si dans les services de réanimation, les soignants sont confrontés plus que dans d’autres services à la mort, la situation est inédite avec le SARS-Cov-2. Les conditions brutales et récurrente des décès les ont profondément ébranlés psychologiquement même pour les plus aguerris.

Le témoignage de Sonia, infirmière en dit long sur ce « vécu émotionnel insoutenable » dans la prise en charge des patients en réanimation: « Nous prenons en charge des patients qui sont en phase critique et que nous n’arrivons pas toujours à sauverLes morts par étouffement, ce sont des morts compliquées… On fait tout notre possible pour accompagner au mieux les patients, avec les sédations, mais en tant que professionnel c’est très inhabituel, ça nous heurte, assure-t-elle. Les conditions sont aussi très différentes de l’ordinaire à cause du contexte. Ça nous fait extrêmement mal de savoir que les patients vont décéder seuls. On s’efforce de les accompagner jusqu’au bout, mais le rythme est soutenu et on arrive parfois trop tard..

Il y aurait encore fort à dire sur l’épuisement psychologique et physique des soignants; certains renoncent même à exercer. Exprimons leur toute notre gratitude pour leur engagement professionnel!

Le confinement généralisé a malmené psychologiquement les séniors dans les EHPAD. J’avais évoqué dans un post en juin dernier le lourd tribut des séniors dans les EHPAD et de la souffrance de leurs familles qui ne pouvaient assister à leurs derniers moments. Dans un précédent billet, j’avais fait un parallèle entre les EHPAD et les institutions totalitaires observées par le sociologue américain Irving Goffman. Bien après nous, les résidents des EHPAD retrouvèrent le droit de revoir leurs familles, mais jamais dans les conditions optimum d’avant la pandémie. Et il faut aussi revenir sur cette absence d’accompagnement de fin de vie que vécurent les proches qui rend un deuil difficile voire insupportable. Ces restrictions ont renforcé le sentiment d’isolement des personnes âgées et chez certaines d’un syndrome de glissement. Il fut décrit en 1956 par Jean Carrié et il toucherait 1 à 4% des personnes âgées hospitalisées et il peut mener à la mort. Pour certains auteurs, il est considéré comme une forme de dépression. Selon le gériatre Yves Delomier, ce syndrome marque un état de grande déstabilisation somatique et psychique d’évolution gravissime.

Et bien avant l’annonce du second confinement, à la vue de la flambée des contaminations, les grands séniors des EHPAD furent déjà dès début octobre sur le « banc de touche » privés d’activités sociales et visites contingentées. S’il existe des associations chargées de représenter les intérêts des séniors, mention spéciale pour la nouvelle association « Citoyennâge » pour porter la voix des résidents en EHPAD. Le président Philippe Wender (83 ans) ancien cadre informatique, résident d’EHPAD avec son épouse souffrant de la maladie d’Alzheimer: « La société a trop tendance à s’exprimer en notre nom»… »Nous les vieux, on ne nous demande pas notre avis »… »On est dans une société où on veut préserver la sécurité au détriment de la liberté », déplore M. Wender, pour qui « la vieillesse n’est pas un naufrage »… »c’est stigmatisant de fixer une limite » d’âge pour autoriser ou non les gens à circuler à nouveau librement. D’autant que, face au Covid-19, « l’âge n’est pas le seul facteur de fragilité ». 

L’ancien militaire, Georges Gerfault, 95 printemps, lui aussi n’est pas en reste: A partir du 11 mai, chaque citoyen français pouvait se retrouver, naviguer, partir dans un périmètre délimité, alors que nous, résidents en maison de retraite, subissions toujours le confinement. C’est à ce moment-là que j’ai ressenti de la révolte…J’ai réalisé qu’une part de mes responsabilités individuelles m’avaient été enlevées car j’étais une personne âgée », a-t-il ajouté, soulignant qu’on ne vit pas les contraintes de la même manière à 20 ans qu’à 95 ans. Les projets, pour nous, c’est maintenant, pas demain.»

Dans un entretien accordé au Figaro, la psychologue clinicienne Marie de Hennezel parle du dilemme éthique de la protection des personnes âgées fragiles avec la difficulté de préserver leurs droits. Pour elle, « cela a été une faute de confiner strictement nos vieux » . Et elle cite le cas d’une personne de 94 ans: « La peur génère des comportements inhumains. On m’a rapporté l’histoire d’une vieille dame de 94 ans qui s’est retrouvée strictement enfermée dans sa chambre avec interdiction d’ouvrir sa fenêtre. Cette consigne avait été donnée par crainte du risque de suicide. Imaginez ne pas pouvoir regarder le ciel, respirez l’air du dehors! Cela m’a scandalisée. Les Ehpad ne sont quand même pas des prisons! Les résidents y sont chez eux. Leur chambre est considérée comme un domicile. J’ai reçu beaucoup de témoignages sur des personnes qui ont cessé de s’alimenter, qui ont perdu leurs facultés cognitives. En voulant les protéger, on leur a parfois nui.»

Et lors du premier confinement, ce bouleversement anthropologique du deuil a chamboulé les familles lors de la perte de l’un de leurs proches en Ehpad que Marie de Hennezel résume en une formule choc: « Ne pas pouvoir dire adieu à un proche, ajourner les rites d’accompagnement et les rites funéraires rend le deuil impossible ». Dans son dernier livre L’Adieu Interdit (que je n’ai pas encore lu) Marie De Hennezel revient sur les conditions inhumaines et inacceptables du confinement strict des personnes âgées. « Je remets en cause la folie hygiéniste qui, sous prétexte de protéger les personnes âgées arrivées dans la dernière trajectoire de leur vie, impose des situations proprement inhumaines. 

Et la liste noire des effet psychologiques de la pandémie et des confinements s’allonge avec les commerçants astreints à la fermeture administrative car « vendant des besoins non essentiels ». Une enquête réalisée du 21 au 28 septembre par l’institut Ifop pour la fondation Jean Jaurès révèle que, comme 27% des dirigeants d’entreprise et 27% des chômeurs, 25% des commerçants et artisans ont eu l’intention réelle de se suicider en 2020, notamment depuis la fin du premier confinement. Parmi ces derniers, 42% confient avoir été hospitalisés après une tentative. Il est connu que les crises économiques entrainent des vagues de suicide. Marie Pezé, docteur en psychologie responsable du réseau national de consultations de souffrance au travail, constate « une dégradation générale de la santé » de ses patients avec des tableaux cliniques allant «d’une très grande fatigue à des décompensations psychiatriques en mode délirant».

Les jeunes générations ne sont pas épargnées. Santé Publique France a pointé une « augmentation significative » des troubles dépressifs chez les 18-24 ans. Personne n’est épargné psychologiquement par cette pandémie et le confinement.

Et avec cette recrudescence des épisodes dépressifs, de l’anxiété et des troubles du sommeil, il faudra s’attendre à une hausse conséquente de la prescription de psychotropes. En France, la consommation de benzodiazépines reste élevée. L’impact psychologique de cette pandémie est indéniable: risques accrus de chômage, inquiétudes pour soi et ses proches, confinement et isolement.

Augmentation des traitements type Xanax, Lexomil et Valium tout comme les somnifères. Est-ce étonnant? Faut-il blâmer les médecins prescripteurs des psychotropes? Ce sont souvent les médecins généralistes en première ligne qui recueillent la souffrance psychologique de leurs patients.

On peut noircir des pages et des pages avec la souffrance psychique due à la pandémie et au confinement. En guise de conclusion pour ce post, de la joie et de la gaieté avec ce couple de séniors qui devrait inspirer les jeunes générations qui pensent que les « vieux » sont des personnes fragiles qui n’ont comme perspective que de rester confinés….

Sources:

https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/32437915/

https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/32362345/

http://www.cercle-d-excellence-psy.org/informations/cim-et-dsm/rapports-cim-dsm/

https://www.thelancet.com/journals/lanpsy/article/PIIS2215-0366(20)30462-4/fulltext

https://www.ox.ac.uk/news/2020-11-10-almost-20-covid-19-patients-receive-psychiatric-diagnosis-within-90-days

https://www.researchgate.net/publication/340831704_Consequences_psychopathologiques_du_confinement

https://www.infirmiers.com/profession-infirmiere/presentation/mort-sentie-tout-de-suite-soignants-racontent-choc-epidemie.html

LA REMÉDIATION COGNITIVE, UNE PRATIQUE INNOVANTE!

La base de données Pubmed fait état de nombreux articles scientifiques sur la Remédiation Cognitive.

Les patients dépressifs se plaignent souvent d’altérations cognitives comme des difficultés attentionnelles, de concentration et de troubles de la mémoire. Durant un épisode dépressif majeur, le cerveau fonctionne au ralenti, et il faut beaucoup d’efforts pour retrouver ses capacités cognitives.
Une méthode peut leur être proposée pour restaurer en partie les capacités cognitives: il s’agit de la remédiation cognitive (RC). On peut la définir succinctement comme une approche clinique visant à provoquer un accroissement de l’efficacité cognitive généralisée dans le but d’améliorer durablement l’adaptation globale, l’autonomie, le bien-être de l’enfant et de l’adolescent. Cette méthode s’est développée dans le champ de la psychologie du développement. C’est une forme d’accompagnement thérapeutique autonome et cohérente.  Cette méthode cible d’autres troubles et toutes les difficultés cognitives.

Ainsi sur le site web Remédiation Cognitive composé de professionnels rigoureux (psychiatres, neuropsychologues), on peut lire qu’elle « est proposée lorsqu’une évaluation neuropsychologique a objectivé des troubles cognitifs (difficulté à mémoriser une information, à planifier des tâches, etc), que ces troubles cognitifs ont des répercussions sur la vie de tous les jours et que la réduction de ces répercussions favorisera la mise en œuvre d’un projet concret.»

Comment se pratique-t-elle? 
La Remédiation Cognitive se fait sous forme d’exercices de logique et de mémoire sur un logiciel d’entraînement cérébral grand public. Le choix des exercices est adapté aux difficultés des dépressifs. L’idée de proposer des exercices aux dépressifs est venue aux soignants qui ont observé que les dépressifs hospitalisés faisaient des sudoku, des jeux fléchés ou des mots croisés. 

Ces exercices se font dans un cadre thérapeutique et ils comportent plusieurs niveaux où les patients peuvent se trouver en situation d’échec. Chaque exercice contient 10 niveaux de difficultés pré-définis. 


Les exercices entrainent les fonctions cognitives altérées comme l’attention, la mémoire de travail (la capacité de retenir de retenir des informations à court terme, quelques secondes à quelques minutes pour réaliser de informations cognitives comme retenir un numéro de téléphone), des fonctions exécutives (rendant les patients incapables de structurer comportement et langage).


La base de données Medline/Pubmed fait état de nombreux articles scientifiques sur la RC. Outre son indication dans la dépression d’autres pathologies peuvent bénéficier de la RC comme les séquelles de lésions cérébrales, démences séniles de type Alzheimer, psychoses infantiles, hyperactivité de l’enfant et schizophrénie (avec d’autres formes de psychothérapie).

D’ailleurs dans la schizophrénie, deux méta-analyses attestent de son efficacité.

La Remédiation Cognitive est pratiquée par des professionnels de la santé: psychologues, neuropsychologues, orthophonistes, médecins ou infirmiers spécialement formés.
Une précision s’impose: la RC ressemble par certains de ses exercices à ceux de l’entraînement cognitif destinés à des sujets sans déficit cognitif et qui souhaitent maintenir leurs capacités cognitives. L’entraînement cérébral regroupe des techniques employées en prévention du vieillissement en dehors de toute indication médicale. Comme le programme d’entraînement cérébral du Dr Kawashima, Happy Neuron,Coach Cerebral, etc.

La Remédiation Cognitive, à visée thérapeutique, est un véritable traitement rééducatif destiné à améliorer la vie professionnelle et sociale des patients atteints d’altérations cognitives. L’article du Dr Isabelle Amado, psychiatre à Sainte Anne et du Dr Llyod l. Sederer, directeur médical du centre de santé mentale de New York  publié dans le Huffington Post en 2013 et reproduit ci-dessous dans son intégralité évoque les enjeux  et les applications de la Remédiation Cognitive en psychiatrie.

« Jean a 23 ans. Il souffre depuis ses 17 ans d’une schizophrénie, une pathologie mentale sévère et invalidante entraînant des difficultés de fonctionnement à l’école, au travail et dans sa famille. Au début, ses symptômes étaient au premier plan et des idées de persécution envahissaient l’ensemble de ses activités. Souffrant d’hallucinations auditives, il se sentait isolé socialement, et souffrait des troubles du comportement. Avec le traitement  et un soutien psychologique ses symptômes se sont améliorés. Cependant ses problèmes de mémoire, d’attention, d’organisation et de traitement de l’information le freinait pour construire une vie satisfaisante.

Amélie a 42 ans et a souffert d’une pathologie mentale durant 10 ans, qualifiée pour certains de trouble bipolaire, pour d’autres de troubles schizo-affectifs (coexistence de symptômes psychotiques et troubles de l’humeur). Son humeur a été considérablement améliorée par des traitements et une psychothérapie, mais elle est dans l’impossibilité de retourner à son métier dans la restauration ou d’assumer ses responsabilités familiales et affective auprès de son mari et de ses deux enfants. Il est difficile de maintenir des relations sociales lorsqu’on ne peut prêter attention aux personnes qui nous entourent ou de se souvenir de ce que ces personnes nous disent. Le travail et les responsabilités quotidiennes d’une personne qui souhaite rester autonome peuvent devenir insurmontables lorsqu’on a des difficultés pour traiter, mémoriser ou organiser l’information. Il existe actuellement des traitements, des programmes thérapeutiques d’entraînement qui réduisent les déficits cognitifs associés à certaines pathologies mentales. La Remédiation Cognitive (CR) est un thérapeutique innovante en psychiatrie, et si vous ou l’un de vos proches peut en bénéficier alors vous aimeriez certainement en savoir plus, afin de voir si ce traitement peut l’aider.

La RC est un thérapeutique qui a pour but de réduire les difficultés cognitives, à différentier des symptômes psychotiques ou des troubles de l’humeur. L’ensemble des thérapies, y compris le traitement et certaines formes de psychothérapies, réduisent partiellement certains symptômes comme les difficultés de concentration. La RC est centrée sur l’incapacité que peuvent entraîner des troubles de l’attention, de la mémoire ou de la planification.

La RC se pratique avec différents programmes -qui sont maintenant disponibles- avec des sessions d’entraînement et des exercices qui peuvent même être ludiques (Medalia and Saperstein, 2013). Les sujets qui s’y engagent sont souvent très motivés, ce qui diffère parfois de l’attitude que les patients peuvent avoir face à certains traitements ou certaines prises en charge. La RC fournit aussi des stratégies pour résoudre des problèmes complexes : planifier une matinée de courses, se rendre d’un lieu à un autre, répondre à des responsabilités professionnelles, scolaires ou universitaires. Elle apporte au patient plus de confiance en soi et en ses capacités cognitives.


L’un des principe fondamentaux de ce traitement, est que l’amélioration cognitive constatée à la fin des sessions puisse être transférée sur des tâches de la vie quotidienne. De fait, les gains acquis durant la remédiation permettent à la personne de mieux appliquer les programmes de réhabilitation pour se maintenir ou reprendre ses études, pour obtenir un emploi ou garder son emploi (Killackey et al. 2008, Bell et al. 2005).
Un bénéfice important de la RC, c’est aussi d’améliorer les aptitudes à interagir dans des situations sociales, dans une conversation, à apprécier les intentions et les émotions d’autres personnes; ce que d’aucuns appellent « intelligence émotionnelle » – ces aptitudes qui vont de pair avec un épanouissement pour chacun d’entre nous, pas seulement pour les patients qui souffrent d’une pathologie mentale sévère-. Plus encore, La RC peut aider les patients qui souffrent de pathologie mentale, qui souvent sous estiment leur gêne au quotidien, à mieux prendre conscience de leurs difficultés et des retentissements que celles-ci ont sur leur vie personnelle et professionnelle.

La RC se définit comme une pratique interventionnelle d’entraînement intellectuel qui cible les difficultés cognitives par l’utilisation de techniques d’apprentissage. Elle se fonde sur l’apprentissage massif, la répétition d’exercices, l’apprentissage de stratégies pour résoudre des problèmes complexes, et le développement de moyens de résoudre les difficultés au niveau du travail ou qui limitent l’efficience au quotidien.

Ces programmes sont proposés à un patient, ou via son entourage familial et après un bilan approfondi. Ils sont recommandés lorsque les patients sont stabilisés cliniquement, loin d’un épisode aigu, et compliant pour s’y engager. Les cliniciens spécialistes de ces programmes peuvent accroitre la motivation des patients en leur proposant des programmes qui répondent aux souhaits des patients traités – à avoir plus d’amis, gagner sa vie, ou avoir une vie sociale (Choi et al. 2010).

La RC est surtout préconisée pour des pathologies de type schizophrénique, ou psychose associée; mais également pour des troubles bipolaires. En Europe, des programmes se développent pour des sujets ayant une pathologie métabolique ou génétique rare avec symptômes psychiatriques (ex syndrome vélocardiofacial), ou pour les problèmes cognitifs associés à l’anorexie mentale de l’adolescente (Tchanturia et al. 2013). Chez l’enfant, des programmes existent pour des problèmes « dysexecutifs » (semblables aux difficultés de fonctionnement décrites plus haut pour l’adulte) : hyperactivité déficit de l’attention (THADA), jeunes ayant des troubles du spectre autistique avec un bon fonctionnement cognitif, ou des difficultés d’apprentissage sévères.

La RC a d’autant plus de chance de réussir si elle s’intègre à un projet ou à des perspectives de réhabilitation (Amado et al. 2011), Lehman, A: American Journal of Psychiatry, Editorial, 2012, « Making a Difference »). Du fait qu’il s’agisse de programmes de trois à six mois, se pratiquant avec un thérapeute, c’est un investissement autant pour le patient que pour l’équipe soignante. L’investissement devient alors nettement supérieur au coût lorsque la RC sert de tremplin pour un meilleur fonctionnement. Idéalement, tout programme doit être inclus dans un programme de réhabilitation qui offre des aides pratiques pour retourner au travail ou à l’école, ou pour vivre de manière autonome (McGurk and Wykes, 2008). Cela signifie qu’avec une programme de RC et de réhabilitation, une personne a plus de chances d’accroître son autonomie, de terminer ses études ou de parachever l’objectif auquel elle s’est astreinte à travailler, avoir une vie sociale ou assumer ses responsabilités quotidiennes.


Les bénéfices de cette thérapie sont cliniques, cognitif et fonctionnels. Elle améliore la composante dépressive existante chez certains patients, possiblement du fait d’une meilleure confiance en soi et de la dynamique de succès qui s’amorce. Bien que l’amélioration cognitive soit modeste, elle est irréfutable et régulièrement retrouvée (Wykes et al. 2011). En imagerie cérébrale, des structures cruciales pour le fonctionnement cérébral, localisées dans le lobe frontal, hypoactives avant programme, se réactivent après le programme parallèlement à une amélioration de la mémoire de travail (Penades et al. 2013); en outre un arrêt de la perte de matière grise (au niveau des cellules cérébrales) a été observé, deux ans après une thérapie comportementale incluant de la RC (Eyck et al. 2010).


La RC est relativement récente en psychiatrie et en santé mentale. Cependant ses bases scientifiques, elles, ne sont pas récentes : elles reposent sur les fantastiques avancées des neurosciences cognitives.

Le temps est venu d’inclure cette thérapie dans l’apanage de soins psychiatriques comme standard de prise en charge en soins courant proposé aux patients et aux familles de patients avec pathologie mentale sévère, en particulier pour la schizophrénie et les troubles schizo-affectifs.

Cela implique que ces techniques soient d’abord introduites dans des centres cliniques de références, à la pointe de l’innovation.

Ensuite ces pratiques vont être implantées à plus large échelle à travers des programmes de soins sur la base de standards de bonne pratique pour les patients (et les familles) avec la nécessité de former les équipes soignantes à ces programmes dans tous les centres de santé mentale.

La RC va, de manière évidente, changer la vie de nos patients freinés par la maladie mentale. Nous nous devons d’offrir ce nouveau traitement pour nos patients et leurs proches.»© Isabelle Amado, Llyod Sederer

Sources:
http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/?term=cognitive+remediation+therapyhttp://www.psychomedia.qc.ca/lexique/definition/memoire-de-travailhttp://www.huffingtonpost.fr/isabelle-amado-md-phd/quest-ce-que-la-remediation-cognitive_b_3728095.html
http://eclat-graa.org/wp-content/uploads/2013/11/Atelier_malletteRMS_CRT.pdf
http://www.allodocteurs.fr/actualite-sante-la-remediation-cognitive-une-therapie-innovante-dans-le-traitement-de-la-depression-12024.asp?1=1
https://www.cairn.info/revue-developpements-2009-3-page-5.htm

VIDÉO SUR LA REMÉDIATION COGNITIVE AVEC LE DR ISABELLE AMADO