ÉLECTROCHOCS ET SOUMISSION À L’AUTORITÉ!

Sous l’influence d’une figure d’autorité, des personnes soumises à un stress intense sont capables d’administrer des chocs électriques, potentiellement mortels à autrui.

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La fameuse expérience sur la soumission à l’autorité réalisée par  le psychosociologue Stanley Milgram dans les années 60 est-elle toujours d’actualité et reproductible ?
 
L’idée de Stanley Milgram était d’étudier la réflexion d’Hannah Arendt sur la banalité du mal qui avait mené à l’horreur de l’Holocauste. Fils d’immigrés juifs, il cherchait à comprendre comment l’holocauste avait pu avoir lieu. L’arrestation d’Heichmann le 11mai 1960, puis son transfert vers Israël avait projeté sur le devant de la scène l’horreur de l’holocauste. Stanley Milgram pensait qu’il fallait laisser tomber l’analyse de la personnalité pour se centrer sur les stratégies d’adaptation face à une figure d’autorité, lorsqu’elle peut les inciter autrui à commettre des actes contraire à son éthique.
 

Pour sa recherche, Milgram et son équipe de chercheurs vont recruter une quarantaine de volontaires par voie d’annonce dans le journal local de New Haven. Pour jouer le rôle du scientifique, Milgram fait appel à un professeur de biologie et lui fait porter une blouse grise pour que ce soit encore plus crédible. Vêtement non anodin car la blouse grise est un symbole d’autorité pouvant faciliter l’obéissance des volontaires. Les cobayes humains ignorent le véritable motif de cette expérience car l’équipe ment délibérément pour que leurs directives soient suivies à la lettre.

Les scientifiques les mettent aux commandes d’un générateur électrique supposé envoyer une décharge électrique aux personnes branchées sur lui par des électrodes. Les volontaires ignorent qu’il s’agit d’une fausse machine, et que la personne reliée à elle est un comparse de l’équipe scientifique. Notamment un expert-comptable avec une bonne tête de victime. On leur ment en leur disant que l’intensité du courant est proportionnel au nombre d’erreurs. Et on leur dit d’appuyer à chaque faute au questionnaire sur le bouton « on » pour électrocuter. Plus elle se trompe, plus la décharge électrique s’intensifie !

Donc, à  chaque erreur du comparse de Milgram, les volontaires exécutent à la lettre la consigne en appuyant sur le bouton « On ». À chaque décharge, allant en crescendo, le comparse simule la souffrance par des mimiques.

Le 7 août 1961, les résultats de l’expérience tombent et ils sont terrifiants!

65 % des sujets  acceptent sur ordre de l’expérimentateur d’infliger des chocs électriques allant jusqu’à 450 volts au comparse pour le punir.  En clair, des personnes soumises à un stress intense sont capables d’administrer des chocs électriques potentiellement mortels à quelqu’un lorsqu’ils sont sous l’influence d’une figure d’autorité. Et ce, malgré des supplications et des cris de douleur à fendre l’âme. L’empathie est annihilée.

Ces résultats dépriment Milgram! Dans une lettre adressée au directeur de la NSF (National Science Foundation), il écrit les mots suivants: « Les résultats sont terrifiants et déprimants…jadis, je m’étais naïvement demandée si, dans toute l’étendue des États-Unis, un gouvernement malfaisant arriverait à trouver  suffisamment d’infirmes moraux pour pourvoir en gardiens un réseau de camp de la mort. Je commence à penser qu’on pourrait  recruter la totalité à New Haven »

Outre le statut de figure d’autorité du scientifique, il y a selon Milgram un transfert de responsabilité: « la disparition du sentiment de responsabilité est la conséquence la plus importante de la soumission à l’autorité.» C’est ce qui fait  que ce n’est plus n’est la personnalité du sujet qui domine mais son contexte. D’autres chercheurs ont complété le point de vue de Milgram. Selon A.Haslam, ce n’est pas par obéissance aveugle que les volontaires vont jusqu’au bout, mais parce qu’ils sont « des adeptes engagés ». Laurence Kohlberg, en reproduisant l’expérience, a montré que les personnes qui avaient une éthique élevée, et un grand sentiment de responsabilité s’arrêtaient plus tôt de pousser le bouton. Cette tendance à administrer des chocs électriques à son prochain qui fait des erreurs serait aussi due au « souci du travail bien fait » (mais si, mais si!) et à l’amabilité (mais oui, mais oui! ).
 

Alors aujourd’hui, l’expérience des années 60 est-elle encore reproductible? Qui a suivi en mars 2012 sur France 2 l’émission Le Jeu de la mort ou Zone Xtrême? 

Cinquante après l’expérience de Yale, France 2 voulait démontrer l’impact de l’emprise autoritaire de la télévision sur les téléspectateurs. Laproduction va s’inspirer du protocole scientifique de Stanley Milgram. La chaîne est conseillée par une équipe de psychosociologues pour mieux coller à l’expérience de Yale. Il y a des changements non sur le fond mais sur les formes. L’autorité n’est plus incarnée par un scientifique mais par une animatrice de télévision. Le décor et l’ambiance du plateau sont celles d’un jeu télévisé pour leurrer les candidats choisis pour cette expérience.

Le candidat recruté par la production ne sait pas que celui qui est interrogé est un comédien. Il a pour consigne d’appuyer sur le bouton « choc électrique » lorsque celui-ci se trompe dans les réponses du questionnaire. Dans l’émission les candidats vont  se comporter comme les volontaires de Milgram. Ils appuieront sur la manette à  chaque erreur, malgré le visage du comédien tordu de douleur, et les spasmes de son corps simulant l’électrocution.

Quelle éthique pour une telle émission? Ce questionnement fût déjà soulevé au temps de Milgram. Les spécialistes de l’époque s’étaient penchés dessus pour savoir si l’expérience était conforme au code de déontologie des psychologues américains, l’APA (American Association Psychologist).

La psychologue Diane Baumrind, en 1964, avait souligné que malgré le consentement éclairé des sujets participants à l’expérience, ils s’étaient sentis piégés et en avaient gardé un souvenir amer. Mais S.Milgram  répondra à ces critiques, en précisant les précautions dont il s’était entouré pour ne pas nuire aux volontaires.  Il affirmera que cette expérience est « une opportunité pour en savoir plus sur eux, et plus généralement sur le moteur de l’action humaine».

A la même époque, Léon Festinger parlait de la dissonance cognitive, cette tension interne, ce malaise psychique éprouvé lorsqu’on est confronté à des situations contraires à ses valeurs…

Dans le jeu de la mort, on l’entrevoit dans cette étrange dynamique interactive entre les participants. Leurs réactions ressemblent fort à une stratégie de rationalisation collective destinée à réduire la dissonance cognitive. D’ailleurs à eux aussi, on leur a menti en leur disant que c’était un jeu télévisé. Sur quels critères ont-ils été recrutés? 
 
Toutes les objections, soulevées à l’époque de Milgram, se posent pour le jeu de la mort. Peut-on parler de manipulation subliminale?
Le téléspectateur l’est manifestement, mais c’est quasiment indécelable! Contrairement aux candidats du « Jeu de la mort », il sait par les bandes annonces et les échos de la presse que c’est un faux jeu et un programme enregistré à l’avance, en non de la télé-réalité. Il sait que les candidats à l’émission ont été piégés façon « caméra cachée ». 
Le nom de Milgram est évoqué en long et en large, et son expérience est manifestement présentée d’une façon rigoureuse par les psychosociologues interviewés. Mais qui, hormis les spécialistes des sciences humaines, connaît Milgram? Inconnu au bataillon pour le grand public!
 

Ors, cette manipulation est de l’ordre du subliminal. Elle apparaît en filigrane dans le montage de l’émission. Des extraits filmés montrent « comme des flashs » la révolution étudiante de Tien Anmem et des camps nazis entre deux séances de plateau télévisé. La télévision démontre l’un de ses aspects pervers où le subliminal est susceptible d’induire en infra-liminal la banalisation de la violence. Point régulièrement soulevé dans les jeux vidéo (entre autres) !

Cette face cachée du jeu de la mort dévoie l’expérience de Milgram et ce, malgré la bonne volonté des psychosociologues recrutés par France 2. La belle illusion a consisté à faire croire que l’on pense que c’est l’équipe scientifique qui mène le jeu. Or, il n’en est rien. C’est la chaîne et le réalisateur qui sont les véritables décideurs. Cette bien curieuse émission a  d’ailleurs irrité des politiciens.

La recherche sur l’obéissance de Milgram est toujours d’actualité pour qui veut regarder sous l’angle des sciences humaines les rapports humains, et décrypter certains faits de l’actualité. Mais quelle est la limite à ne pas dépasser pour faire respecter l’autorité? Et pouvons nous passer de l’autorité, nous en affranchir? 

Sources

SURDOUÉ OU ZÈBRE?

L’intellect et l’émotion se mêlent dans une population particulière de surdoués appelés les zèbres.

 

Qui n’a pas été tenté sur les réseaux sociaux de remplir ces tests gratuits et ludiques évaluant l’intelligence? Ils sont plus ou moins fiables et s’adressent au plus grand nombre!
 
L’intelligence est incontestablement au sommet du modèle hiérarchique des capacités cognitives qui comprend un niveau moyen de facteurs de groupe tels que les domaines cognitifs, des aptitudes verbales, spatiales et de la mémoire. Le noyau de l’intelligence est cette capacité à raisonner, à planifier, à résoudre des problèmes, à appréhender des idées complexes, à apprendre rapidement et être capable de tirer les leçons de l’expérience.
Il peut y avoir des adultes à haut potentiel, et avec des intelligences spécifiques incapables de répondre à ce genre de test ou plutôt de quizz vite fait que l’on peut charger sur son smartphone ou sa tablette, histoire de faire passer le temps dans une rame de métro bondé!
 
Et passer des tests d’intelligence n’est-il pas quelque part un dispositif de servitude volontaire comme le soulignait La Boétie? Inutile de rappeler, que seuls les tests agréés chez un psychologue permettent d’obtenir un résultat fiable. Le psychologue a un diplôme universitaire et a suivi une formation sur les tests s’il veut se spécialiser en psychométrie.

 

Le premier vrai test de QI ou échelle métrique d’intelligence a été mis au point en 1904 par Alfred Binet (1857-1911) et Théodore Simon (1873-1961) à l’instigation du ministère français de l’éducation. La mission de ces deux psychologues était de développer un test pour différencier les enfants qui présente une insuffisance intellectuelle de ceux qui était simplement paresseux. Évidemment, c’était une autre époque avec une autre conception de l’enfant et de son éducation. Le test Binet a été traduit en plusieurs langues, et dans les années 70, on  a utilisé le Stanford Binet mis au point en 1916 par le psychologue américain Lewis Terman qui s’est inspiré amplement de l’échelle de Binet. Il existe aujourd’hui de nombreux tests aux acronymes comprenant des épreuves verbales et des épreuves cognitives, s’adressant soit à l’enfant soit à l’adulte (le WAIS, le WAIS-R, la NEMI, le  test de Cattel, etc… ). Mais il ne faut pas aussi se focaliser sur les mesures du QI. Le QI ne fait pas tout.

Et aujourd’hui, d’aucuns affirment qu’il y aurai un recul du Quotient intellectuel via l’effet Flynn. Les causes les plus vulgarisées de la baisse du QI sont le déclin de l’éducation, la possibilité que les gens les plus intelligents fassent moins d’enfants ou encore l’accélération de nos modes de vie. À partir des années 90, les médias vont s’intéresser au quotient émotionnel développé dans le best-seller de Daniel Goleman « Emotional Intelligence « . Ce concept flou au départ  va devenir une piste prometteuse pour de nombreux chercheurs et pour la psychologie. Jusque là, on estimait que le Q.I était le garant d’une réussite sociale pour celui qui avait explosé les scores des échelles métriques de QI. L’intelligence émotionnelle attire de nombreuses critiques de la part des scientifiques; ils estiment que pour un grand nombre, elle représente une qualité qui ne peut être mesurée par un test de Q.I, par exemple la motivation, la confiance, l’optimisme ou le bon caractère. Il y a manifestement aujourd’hui  une prise en compte des émotions dans la préhension de la psychologie de l’individu.

De plus en plus, on se situe dans une perspective cognitiviste avec un ancrage neurobiologique. Même s’il n’existe pas au sans strict senso un gène de l’intelligence, l’on sait, à l’âge adulte, 60 à 80% serait liée à la génétique. Une récente découverte parle de 40 gènes identifiés mais l’environnement serait bien plus fort que la génétique. 

L’intellect et l’émotion se mêlent dans une population particulière de surdoués appelés les zèbres. Le mythe du surdoué hyper-performant et sur-avantagés est décrit avec brio par la psychologue clinicienne Jeanne Siaud-Facchin dans son livre « Trop  intelligent pour être heureux? « .
Il y a une polémique autour du terme zèbre quand il s’agit d’une comparaison subjective entre les caractéristiques des membres de la Mensa (club élitiste qui regroupe les personnes au fort QI), et les membres du forum Zebra Crossing.
Les membres de la Mensa sont sélectionnés par un test de Q.I démontrant que leur intelligence se situe dans les 2 %  au sommet de la courbe ; les membres du zebra crossing sont a priori des personnes qui se reconnaissent dans la définition de la psychologue Jeanne Siaud-Facchin dans son livre Trop intelligent pour être heureux? 

Pourquoi ne reprendre quelques extraits du blog d’un zèbre pour lire entre les lignes son état d’esprit?  Certains de ses propos recoupent ceux qui ont été dits précédemment.
« Le terme de zèbre est un mot poétique et imagé visant tout simplement à remplacer les usuels :

– surdoué (néologisme employé pour la première fois en 1946 par le neuropsychiatre espagnol Julian de Ajuriaguerra)

– doué(souvent préféré à « surdoué », le « sur » véhiculant de fait une notion de supériorité dérangeante)
– EIP (Enfant Intellectuellement Précoce, terme très trompeur, mais qui a la faveur des autorités françaises, sans aucun doute car très politiquement correct. C’est donc celui retenu pour les rapports & notes de l’Education Nationale, les textes de loi)
– précoce
– intellectuellement précoce
– HP(à Haut Potentiel)
– HPI(à Haut Potentiel Intellectuel)
– HQI(Haut Quotient Intellectuel)
– THQI(Très Haut Quotient Intellectuel, se rapporte généralement aux gens ayant un QI à partir de 145)
– sentinelle(terme inventé par Olivier REVOL)
– APIE(Atypique Personne dans l’Intelligence et l’Emotion, selon le terme inventé par Jean-François LAURENT)
– HN(Hors Norme)
– surefficient intellectuel (ou également surefficient mental)
 
Autant de mots pour ne décrire qu’un seul état, tous convergeant vers une même notion : la désignation d’un personne surdouée (qu’elle soit enfant ou adulte). Mais ces mots sont souvent pesants tant ils sont lourds d’idées reçues
 
Ils mettent d’autant plus mal à l’aise qu’ils ne contribuent pas à comprendre de quoi il est question en réalité, bien au contraire. Chacun de ces mot renvoie en effet inévitablement, dans l’esprit commun, à de faux-semblants & des préjugés dont il est par la suite très difficile de s’extirper.
Par ailleurs, mots que les surdoués eux mêmes, n’aiment généralement pas employer pour parler de leur propre condition. Car teintés d’une présomption de sentiment supériorité, de réussite acquise mise en avant, d’élitisme. Ils sont généralement synonymes de grande prétention, & si souvent à l’origine d’énormes malentendus
Ce mot, « zèbre », a été trouvé au début des années 2000 par la psychologue française Jeanne SIAUD-FACCHIN, spécialiste du surdouement, qui s’est beaucoup investie dans ce domaine depuis plusieurs années.
Elle est notamment l’auteure de deux excellents ouvrages de vulgarisation sur ce thème.
 
Il s’agit ainsi d’un terme de substitution ayant pour objectif d’adoucir la manière d’envisager ces personnes présentant une différence par rapport à la majorité de la population. En tentant de remplacer (& donc, d’éviter d’emblée) les mots équivoques, le but était de réduire, voire d’anéantir (  ), les incompréhensions habituelles liées aux termes classiques de « surdoué » ou « précoce ».
 
J. Siaud-Facchin écrit à ce propos dans son 1er ouvrage (« L’enfant surdoué : l’aider à grandir, l’aider à réussir« , réédité & réactualisé en 2012) :
 Et dans celui qu’elle consacre aux adultes surdoués (« Trop intelligent pour être heureux ? L’adulte surdoué« ) :
 
Le zèbre, cet animal différent, cet équidé qui est le seul que l’homme ne peut apprivoiser, qui se distingue nettement des autres dans la savane tout en utilisant ses rayures pour se dissimuler, qui a besoin des autres pour vivre et prend un soin très important de ses petits, qui est tellement différent tout en étant pareil. Et puis, comme nos empreintes digitales, les rayures des zèbres sont uniques et leur permettre de se reconnaître entre eux. Chaque zèbre est différent.
Je continuerai à défendre tous ces gens « rayés » comme si ces rayures évoquaient aussi des coups de griffe que la vie peut leur donner. Je continuerai à leur expliquer que leurs rayures sont aussi de formidables particularités qui peuvent les sauver d’un grand nombre de pièges et de dangers. Qu’elles sont magnifiques et qu’ils peuvent en être fiers. Sereinement.
 
Un zèbre est donc un surdoué, tout simplement. Ce n’est rien de plus, rien d’autre, rien « au dessus » ou « au delà » du surdoué tel qu’il est défini classiquement en psychologie 
A savoir :
– un QI généralement supérieur à 130 sur l’échelle de Weschler – mais pas toujours
– une personnalité atypique
– un mode de pensée singulier (avec par exemple, une pensée dite « en arborescence »… mais pas que !)
 
Le tout, bien sûr, validé par un bilan psychométrique réalisé par un psychologue spécialisé & maitrisant les outils & l’analyse des différentes tests !
 
Il est important de redire combien seul un bilan & l’avis d’un spécialiste peuvent attester ou non d’un surdouement. Se penser zèbre n’est pas toujours être zèbre ! De même (chose très fréquente…), se sentir nul n’est pas toujours être idiot »

 

Sources:

http://les-tribulations-dun-petit-zebre.com/2009/07/11/pourquoi-le-nom-de-zebre/

http://www.zebras-crossing.org/doku.php?id=articles:zebre

 









	

LE BONHEUR, SI JE VEUX!

il faut accepter que le bonheur n’aille pas en crescendo. Penser le contraire est une pure chimère!

Le bonheur, c’est vraiment le Graal de la psyché. Si vous voulez être heureux, allez vivre au Bhoutan réputé comme le « pays du bonheur immédiat »avec son indicateur de richesse: le bonheur national brut.

Comment définir le bonheur? Pour Le Petit Robert, le bonheur est un état de la conscience pleinement satisfait avec comme synonymes le bien-être, le plaisir, le contentement, l’euphorie et l’extase.

Les sciences humaines listent certains facteurs qui déterminent cette sensation de bien-être, et elle n’est pas exhaustive:
-La santé car il n’y a pas de bien-être psychologique sans bien-être physique. L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) décrit la santé comme un état complet de bien-être physique et social, et  qui n’est pas seulement une absence de maladie ou d’infirmité.

-La qualité des relations nouées avec les autres est essentielle. Nous sommes des animaux sociaux, et nous avons  besoin de nourritures affectives.
-L’activité professionnelle est aussi un gage d’épanouissement  personnel, et ce malgré tout ce qui se dit sur la souffrance au travail. On constate qu’à l’heure actuelle où le taux de chômage est très élevé, le nombre de dépressions et de suicides est en nette augmentation. Le travail est un facteur de lien social.
-L’argent est une condition propice au bien-être. Il y a de nombreuses études sur les relations entre le niveau de revenus (la richesse) et le bien-être. Elles démontrent que la la précarité (se référer au chômage et sa perte de revenus) ne prédispose pas au bonheur. Par contre, le bonheur n’augmente pas en fonction d’un certain niveau de revenus.
– L’âge entrerait en ligne de compte sans qu’on puisse l’expliquer. On est heureux en général à 20 ans, moins à 40 ans pour finalement se sentir heureux à partir de 60 ans. Alors, n’ayons pas peur de vieillir avec sérénité!
La revue Sciences Humaines dans son article « Les leçons de la science du bonheur, » cite la  religion comme une source de bonheur. Le sujet de la religion est délicat car mal compris, on serait tenté de penser que les non croyants et les non pratiquants ne seront pas heureux. Vraiment? Peut-être est-il plus judicieux d’évoquer certaines valeurs morales encouragées dans la spiritualité (au sens large) comme l’altruisme, la gratitude et la compassion à l’instar  des émotions positives qui renforcent cet état de bonheur. Sous réserve que l’environnement et les relations aux autres soit propices au développement des ces qualités sans moraline.
 

Le  bonheur ou l’état de bien-être ( ou ses équivalents) est étudié dans certains courants de la psychologie. Comme dans l’approche humaniste fondée sur une vision positive de l’être humain. Elle propose aux patients de relancer sa tendance auto-innée à s’auto-actualiser (résilience), rechercher une croissance psychologique et à développer son potentiel. Elle est appelée la troisième force comparée à la psychanalyse et au comportementalisme. Elle est apparue, à partir des années 40, avec Abraham Maslow rendu célèbre par sa pyramide des besoins, devenue un grand classique des sciences humaines. Sa pensée mérite d’être étudiée même si certains des ses héritiers ont dévoyé sa pensée.

Le courant humaniste est lié au mouvement du potentiel humain. Ce mouvement part du principe que les problèmes individuels sont liés à la société  ou à l’environnement; une société qui fait des individus des victimes. Et les maladies étant causées par la société.
Cette démarche est intéressante. Malheureusement, ce courant est souvent dévoyé. Car pour remédier à cette victimisation sociétale, il incombe à l’individu de développer le potentiel qui est en lui, comme par magie, en développant tout simplement la pensée magique au détriment de la pensée rationnelle. Sur un ton caustique, deux psychologues sceptiques, Margaret Singer et Lalich  dans la première version de l’ouvrage Science and ¨Pseudo Science en psychologie clinique ont résumé l’esprit des aberrations de ce courant: « aussi longtemps que nous pouvons trouver quelqu’un à blâmer, nous pouvons changer ».
 
Un autre courant, très voisin du courant humaniste, est la psychologie positiviste lancée en 1998. Elle se construit par des recherches  scientifiques évaluées par des pairs. C’est dans ce courant que l’on trouve la science du bonheur. La psychologie positiviste a comme point commun avec le courant humaniste de centrer son intérêt sur l’équilibre mental, les forces, le développement optimal et l’épanouissement humain. La psychologie positiviste a tenté de se démarquer en ignorant les travaux humanistes, en s’appuyant sur l’épistémologie et en recourant aux méthodes  qualitatives.
 
Malgré ces différences très difficiles à cerner, la psychologie positiviste et le courant humaniste ont souvent une connotation New Age dans leurs dérives. Il y a notamment cette volonté avec certains charlatans de changer la personnalité de base, d’inculquer chez leurs patients de nouvelles croyances psycho-spirituelles; axées sur le développement de l’âme, afin de faire accéder au bien être. Elles zappent les troubles de la psyché de l’ordre de la psychopathologie (ou de la névrose). Modification radicale de la personnalité d’origine, sans anamnèse, avec promesse illusoire d’accéder au bonheur, en s’appuyant uniquement sur la pensée positive et l’emprise mentale.
 
Loin du charlatanisme, la psychologie positiviste et le courant humaniste sont des approches intéressantes. Elles intègrent la psychologie clinique. Comme leader du courant humaniste, on trouve Carl Rogers (1902/1987). Concernant la psychologie positiviste, on trouve Christophe André. Il est psychiatre à l’hôpital Saint-Anne et dirige une unité spécialisée dans le traitement de l’anxiété et des phobies. Sa pratique de la psychologie positiviste inclut les TCC (Thérapies Cognitives et Comportementales). Même s’il est connu du grand public comme le « spécialiste du bonheur » ( entre guillemets), sa pratique se centre principalement autour de la prévention de l’anxiété et de la dépression. Troubles de la psyché qui n’engendrent pas la sérénité et le bonheur; les causes en sont multifactorielles.

La psychologie humaniste et positiviste sont souvent confondues dans l’esprit du grand public avec la pensée positive. Celle-ci repose sur des ouvrages populaires qui ne sont pas écrits par des spécialistes de la santé mentale-psychologues, psychiatres ou médecin- qui s’ils ne sont pas des gourous deviennent des maîtres à penser qui influencent leurs lecteurs en leur faisant croire, que le bonheur le bien-être, le succès et toutes les bonnes choses de la vie arrivent d’un coup de baguette magique. La pensée irrationnelle dans toute sa splendeur! L’un des best-sellers de la pensée positive est le livre d’un pasteur protestant, Norman Vincent Peale, La Puissance de la pensée positive (1952). La pensée positive, c’est aussi la méthode Coué, une prophétie auto réalisatrice fondée sur la suggestion et l’auto-hypnose.

L’état de bonheur permanent n’existe pas. Il faut avant tout arrêter de se gâcher la vie, et ne pas « laisser trop d’espace au malheur, faire face aux soucis quotidiens…Le bonheur c’est le bien-être + la conscience.» (Christophe André).
La tyrannie de l’attitude positive est destructrice. Si l’optimisme est à encourager, il faut aussi une pincée de pessimisme modéré. C’est nécessaire car le pessimisme, est « un facteur potentiel de préparation à l’action qui participe également au bien-être psychologique lorsque les personnes ont mis en œuvre les moyens d’action utiles pour éviter l’apparition d’un événement négatif.» (Jacques Lecomte).
 
L’état de bien-être recherché dans la « science du bonheur » n’est pas le sentiment océanique.  Expression utilisée par Romain Rolland et repris par Freud, dans Malaise dans la civilisation. Freud le  décrit comme une sensation d’éternité ou un sentiment de quelque chose d’illimité et d’infini. Il s’interrogeait sur l’émotion religieuse, et contrairement àRomain Rolland, il l’a décrite comme une vue intellectuelle associée un élément affectif. Le sentiment océanique est un vague souvenir de la fusion symbiotique avec la mère. On trouve un aspect négatif du sentiment océanique dans un contexte sectaire. Le sujet a l’impression d’être englobé dans un grand tout cosmique, après avoir perdu tout esprit critique et son libre arbitre, s’identifiant massivement au gourou  et au groupe et régressant vers des vécus archaïques.
 
Mais comment le bonheur se manifeste-t-il ? La théorie du flow de Mihalyi Csikszentmihaly postule que l’on est le plus heureux lorsqu’on est absorbé dans une activité, qui procure à la fois maîtrise et plaisir.

il faut accepter que le bonheur n’aille pas en crescendo,  et le penser serait une pure illusion! Une pure chimère et un déni de la réalité rattrapé par les soucis de la vie quotidienne!

 

L’idéaliser sous forme de croyance serait une pure illusion et un déni de la réalité.

Peut-on imaginer son bonheur futur à partir de ce qui nous fait plaisir aujourd’hui? Ce ne serait pas le cas selon Daniel Todd Gilbert (Université de Harvard)! Le cerveau ferait de graves erreurs de perception lorsqu’il tente d’imaginer son futur bonheur. L’une des illusions d’optique dans l’approche du bonheur est que rien ne garantit que ce qui nous fait plaisir aujourd’hui nous rendra heureux demain. Alors, il faut accepter l’imprévu et le changement, et vivre l’instant présent du bonheur.

Certains neuro-scientifiques affirment que le bonheur est dans les gènes. On naîtrait avec « un niveau de bonheur de base » vers lequel on revient toujours, comme après un échec et comme après un succès.

Même si l’on a hérité d’un faible niveau d’aptitude au bonheur, il est toujours possible d’élaborer des stratégies pour l’augmenter. Il convient d’être circonspect vis  à vis de cette forme de déterminisme génétique appliquée aux neurosciences. Une étude américano-britannique publiée en avril 2013 par Nature Reviews Neuroscience émet des doutes sur les protocoles et études neuro-scientifiques. Elle observe des négligences méthodologiques sur la taille des échantillons. La tentation du cherry picking, cette pratique qui consiste à sélectionner les résultats pour les arranger est grande. Alors pour le bonheur, il faut être circonspect même si on sait qu’il y quatre neuromédiateurs du bonheur qui interagissent dans notre cerveau: la sérotonine (un antidépresseur), les endorphines (hormones du bonheur),  les endomorphines (les sensations agréables) et la dopamine (neuromédiateur du plaisir).

Le bonheur est finalement une philosophie et une alchimie personnelle. C’est trouver les clés en soi. Selon Sénèque, « la vie heureuse est, celle qui est en accord avec sa propre nature. » C’est tout simplement  apprécier les moments agréables, les partager avec autrui pour renforcer cet état de bien-être.

Et accepter que « nous sommes des intermittents du bonheur, et ce dernier ne fera tout au long de notre vie, qu’apparaître et disparaître. « (Christophe André)

Vidéo

ÉLISABETH KUBLER-ROSS, UNE PIONNIÈRE DE LA THANATOLOGIE!

Elle a brisé l’omerta autour de la mort en développant les soins palliatifs et cette nouvelle philosophie qui fait le fondement de la thanatologie moderne.

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Élisabeth Kubler-Ross et ses soeurs

La naissance et la mort sont les deux extrêmes de la vie, et avec l’allongement de l’espérance de vie grâce aux progrès de la médecine, la grande faucheuse a disparu de notre imaginaire collectif. Nous vivons dans un esprit d’immortalité tant que notre santé est excellente! Ce n’était pas le cas au Moyen Age où la mort était omniprésente, et rappelée par des représentations sur les murs des églises et dans les cimetières de la danse macabre, une sarabande qui mêle morts et vivants indistinctement du statut social, pour leur rappeler qu’ils ne sont pas immortels. Et dans la mythologie grecque, Thanatos personnifiait la mo rt, et il était également le frère jumeau d’Hypnos, la personnification du sommeil, et de Moros, la fatalité.

Aujourd’hui, le symbolisme qui entourait la mort a disparu au profit de la médicalisation de la fin de vie que les lois encadrent. Il existe une discipline méconnue qui est celle de la thanatologie. En 1994, Louis-Vincent Thomas, professeur d’anthropologie à la Sorbonne avait souligné que la thanatologie était d’abord et avant tout une réflexion anthropologique approfondie qui concerne la totalité de la vie, la totalité du fait humain, la totalité même de la culture.
L’une des pionnières de la thanatologie est Élisabeth Kubler-Ross. Ses nombreux ouvrages sur l’acte de mourir ont tous connu un succès planétaire, jusqu’à parfois être aujourd’hui dévoyés par l’idéologie new age. En 1999, le Times Magazine a consacré Elisabeth Kubler-Ross comme l’une des cent personnalités qui a influencé le vingtième siècle. Son best-seller « Les Derniers instants de la vie » (publié en 1969) a bouleversé les mentalités sur la mort. Elle décrypte dans cet ouvrage les cinq stades qui précèdent l’acte de mourir et qui présentent des similarités avec ceux de la phase de deuil.

Cette femme d’exception, née à Zurich le 8 juillet 1926, est la dernière d’une fratrie de triplettes. Elle quitta son pays natal pour les États-Unis en 1958 pour y suivre son mari, Robert Ross, surnommé Manny, qu’elle avait rencontré en Suisse au cours de ses études de médecine. Pendant les années 1960, elle devient médecin-résident de l’hôpital Glen au Community Hospital de Glenn Cove à Baltimore (Maryland) sous la direction de Francis X. Moore. Le Dr Moore par son humanisme a marqué l’esprit des résidents de l’époque et Élisabeth Kubler-Ross.

La vocation d’Elisabeth Kubler-Ross pour l’accompagnement prise des « personnes en fin de vie » est émaillée de faits marquants. En 1945, elle devient membre du Service International pour la Paix et dans ce cadre, elle  va visiter le camp de concentration de Majdanek.  Elle va découvrir sur les murs les dessins des prisonniers qui y ont passé leurs dernières heures. Ce sont des papillons noirs. Elle va les interpréter comme le symbole de la transformation que l’être humain vit au moment de la mort, et qui doit être perçue comme une étape de croissance de l’être humain que l’on ne connaît que lorsqu’on meurt.

thanatos
Thanatos, dieu grec de la mort

Dans les années 1970, le Dr. Kubler-Ross est considérée comme le chef de file de la thanatologie. Elle va animer des ateliers un peu partout dans le monde sur l’accompagnement aux mourants. C’est la pleine époque de la contre-culture où la science côtoie le New Age, et cette époque charnière a probablement favorisé la popularité d’Elisabeth Kubler-Ross. Cette femme d’exception a toujours été animée par le souffle de révolutionner l’aide aux autres. En 1981, elle achète une ferme de 300 acres en Virginie, le Head Waters pour y créer un centre de médecine alternative, le Healing Waters.

Elle va prendre en charge les nouveau-nés atteints du SIDA qu’aucune équipe médicale ne voulait assister. Avec l’apparition du virus HIV, la mort était omniprésente plus qu’avec d’autres maladies, et assimilé à l’incurabilité comme le cancer. C’était en l’état des connaissances scientifiques de l’époque, et d’aujourd’hui, le regard de la société et les traitements du Sida ont changé.

Personnalité hors du commun, Elisabeth Kubler-Ross a délibérément tourné le dos à la pratique médicale qu’on lui avait enseigné au cours des ses études afin de soigner différemment. Elle a brisé l’omerta autour de la mort en développant les soins palliatifs et cette nouvelle philosophie qui fait le fondement de la thanatologie moderne. Outre-Atlantique, elle est pour de nombreux médecins l’une des instigatrices du mouvement des hospices modernes qui démarra après la deuxième guerre mondiale. 
Elisabeth Kubler-Ross a contribué à l’instauration des « intentions de fin de vie » (living will). Elles se présentent sous la forme d’un document légal qui permet à chacun de ceux qui le souhaite de faire connaître ses volontés en matière de prise en charge thérapeutique, et notamment lors de la phase terminale et faire part de ses volontés si jamais il était plongé dans un état végétatif. Ce document requiert un certificat du médecin référent et l’avis d’un autre médecin sur l’état du patient en fin de vie. Les intentions de fin de vie sont seulement consultées lorsque le patient n’est plus en état de faire connaître ses dernières volontés.
Après un incendie qui détruisit sa ferme et de sérieux ennuis de santé, Elisabeth Kubler-Ross déménagera à Scottsdale (Arizona) en 1995 près de son fils Kenneth et elle y prendra sa retraite. Elle décédera le 24 août 2004. Sur son monument funéraire est inscrite cette superbe épitaphe : « Diplômée pour danser avec les Galaxies.»
Que reste-t-il aujourd’hui de l’héritage d’Elisabeth Kubler Ross?
Lorsqu’on consulte les sites qui parlent d’elle, on est en droit de s’interroger. Il y a un fossé entre les sites certifiés Hon et HAS sur le soins palliatifs et ceux voués à la mémoire d’Elisabeth Kubler-Ross. Chez ces derniers, la nouvelle spiritualité et la biographie légendaire l’emportent nettement sur le nouveau regard porté sur l’accompagnement des mourants qu’elle a su transmettre et qui fait le fondement de la thanatologie moderne, et correspond au concept de soins palliatifs formalisé par l’O.M.S (Organisation Mondiale de la Santé).
La vocation d’Elisabeth Kubler-Ross d’accompagner les personnes en fin de vie lui serait venue après une EMI ( État de Mort Imminent). Peu importe qu’elle l’ait vécu ou que ce soit une légende, que cela ait bouleversé son regard sur la mort, et ensuite orienté son choix de vie, c’est une affaire personnelle qui n’entre pas en ligne de compte pour pouvoir accompagner les personnes en fin de vie.

Si la pensée d’Elisabeth Kubler-Ross est dévoyée par le New Age,  son héritage est celui d’un médecin qui a levé le tabou de la mort. Elle a su se détourner détourné de la médecine scientiste de ses confrères pour innover dans la prise en charge des personnes en fin de vie.
Note :Au début de l’année prochaine, la révision de la loi en bioéthique rouvrira le dossier sensible qui oppose les partisans de l’euthanasie et ceux favorables au « laisser-mourir »sans acharnement thérapeutique inscrit dans la loi Léonetti. En juillet 2013, le Centre national d’éthique publie son rapport contre la légalisation de l’euthanasie. « Le Comité souhaite que les « directives anticipées » de fin de vie émises par un patient atteint d’une maladie grave, rédigées en présence d’un médecin traitant, deviennent « contraignantes pour les soignants sauf exception dûment justifiée par écrit ». A l’heure actuelle, malgré leur nom de « directives », la loi ne les considère que comme des « souhaits », les décisions étant prises par les médecins.» Cette sémantique fait abstraction des croyances des patients et des soignants. Le terme croyance correspond à des réalités distinctes, et il existe plusieurs types de réalités distinctes qui vont de la simple opinion à l’irrationalité en passant par l’émotionnel. La fin de vie n’échappe pas aux croyances, et il y a toujours une part d’irrationalité car nous avons du mal à conceptualiser notre propre inexistance psychologique, en dehors de la spiritualité et des croyances religieuses d’une vie après la mort.