LA VIE EN MOUVEMENT D’OLIVER SACKS

Être en mouvement, l’esprit et le corps toujours en mouvement est la leçon de vie d’Oliver Sacks.

Trois ans se sont écoulés depuis le décès du regretté neurologue Oliver Sacks d’enchanter mes premières lectures d’étudiante en psychologie. J’étais déjà passionnée par les rouages de la psyché humaine mais Oliver Sacks m’a conforté dans le choix de mon cursus universitaire.

Une vie en mouvement, toujours en mouvement, c’est ce qui caractérise celle du célèbre neurologue et écrivain Oliver Sacks mort le 30 août 2015. Il avait 82 ans. En février 2015, il avait révélé dans le New York Times, souffrir d’un cancer en phase terminale. Avec sérénité, il expliquait « se sentir intensément vivant », et poursuivant, « je dois maintenant choisir vivre les mois qui me reste. Je veux vivre de la façon la plus riche, la plus profonde, et la plus prolifique qui soit.» Il laisse une œuvre considérable empreinte d’humanité et de créativité dans la relation médecin/malade, bouleversant les schémas traditionnels de la médecine neurologique.

Oliver Sacks accéda à la célébrité avec la sortie de son livre en 1982 « L’homme qui prenait sa femme pour un chapeau » où il raconte lcet homme souffrant d’agnosie visuelle qui a donné son titre au livre. En fait le cas de cet homme qui ne savait que reconnaître les formes géométriques comme un chapeau mais incapable de reconnaitre les visages n’est que l’un des cas relatés dans ce livre, et qui lui a donné son titre.  Cet ouvrage se compose en fait de 24 essais des cas les plus bizarres que le neurologie a rencontré dans sa pratique.
De son oeuvre immense, il nous reste un livre testament « En Mouvement, une vie », sorti en 2015, juste avant sa mort. Il a été publié en français au début de l’année 2016. C’est une autobiographie et aussi un testament sur la complexité de l’être humain face à la maladie invalidante. comme dans ses autres ouvrages, il montre cette capacité qu’ont certains malades à faire preuve de résilience et à trouver des schémas d’adaptation. Tout au long de sa carrière, Oliver Sacks se centrera sur la stabilité psychique de ses patients atteints des pires troubles neurologiques.

Dans cette autobiographie « En Mouvement », Oliver Sacks raconte son enfance, ses études et ses voyages. Son talent de narrateur est tel que lorsqu’il déroule le fil de sa vie et raconte d’une façon inlassable sa relation avec ses patients qui arrivent à vivre au plein sens du terme avec leur handicap neurologique, on a l’impression de l’avoir en face de soi et d’être proche de lui. C’est une plongée, sans fard ni honte, dans son intimité affective, familiale et professionnelle. C’est aussi une leçon de pratique clinique et de psychothérapie. Aussi une leçon d’espoir sur la faculté d’adaptation du cerveau à des maladies neurologiques, qui permet de comprendre comment le cerveau normal s’adapte, réagit à la perception, la mémoire et l’individualité.

Oliver Sacks est né en 1933 en Angleterre. Comme il le reconnaît lui même dans son autobiographie, il a reçu la meilleure des éducations britanniques. Sa mère était chirurgienne et anatomiste, et son père médecin généraliste. Pour sa famille, ça ne faisait aucun doute: « il était entendu que je serai médecin depuis mon quatorzième anniversaire.» Outre ses parents, deux de ses frères le seront également. Admis à Oxford, il étudia la médecine dans les années 50 où un fossé infranchissable semblait séparer la neurophysiologie du vécu réel des patients en proie à des troubles neurologiques. L’un des talents d’Oliver Sacks est en face d’avoir su s’effacer face à ses patients et de critiquer ses grilles de diagnostic face à leur douleur psychique. Sa préoccupation première était de comprendre leur psyché pour adapter sa thérapie. Étudiant, il ne s’était pas inscrit à des cours de psychologie, mais il allait néanmoins assister à ceux de James Gibson qui faisait des expériences de psychologie visuelle. Déjà, Oliver était fasciné par les distorsions visuelles qui chamboulaient la compréhension visuelle, l’intuition et le bon sens.

À 27 ans, il quitta l’Angleterre pour se rendre Outre-Atlantique. Il voulait s’éloigner de son frère schizophrénique qu’il estimait «mal soigné» par la psychiatrie de l’époque. Celui-ci était sous tranquillisant, et il avait certes moins de crise mais il avait sombré dans le désespoir et était devenue apathique, les facultés mentales diminuées. Il devint absolument incapable d’avoir une vie intellectuelle; sa passion et sa raison de vivre était dans les livres et dans la stimulation de son intellect. C’est à la maladie de son frère qu’Oliver Sacks impute sa vocation de scientifique envers le « dysfonctionnement cérébro-mental ». Côté loisirs, arrivé aux États-Unis, Oliver Sacks était un passionné de randonnées moto et d’haltérophilie. Il se décrit comme solitaire et passera tente cinq ans de sa vie sans relation affective et intime, dévoué à ses patients sans esprit carriériste. Il évoque sa période amphétamines qui faillit lui coûter sa carrière en sus de sa santé mentale.

Son succès littéraire immense débuta avec « L’Homme qui prenait sa femme pour un chapeau », ce cas étrange de cet homme atteint d’agnosie visuelle. Dans son dernier livre, il raconte aussi ses déboires avec ses éditeurs et ses notes. Il définit son intellect en désordre et d’un illogisme manifeste. Étourdi, il lui est arrivé de perdre dans des circonstances rocambolesques des notes peaufinées durant des mois. Et ce tout au long de sa vie !

L’un des temps fort de « En Mouvement » est le chapitre l’Éveil, en écho au titre d’un livre, d’un film et d’une série de documentaires. En 67, Oliver Sacks était médecin-résident au Beth Abraham. On lui avait enseigné lors de ses études que la neurologie et la psychiatrie étaient deux disciplines indépendantes Quand il fut au chevet des malades, il découvrit que pour saisir la réalité globale de ses patients, et les prendre en charge, il se devait être autant psychiatre que neurologue. Au Beth Abraham, il y avait (comme dans d’autres hôpitaux) des rescapés de la pandémie de la maladie du sommeil (encéphalite léthargique) qui avait sévi durant les années 20.  Les soignants avaient observé de brèves rémissions de ces patients murés en eux-mêmes, à l’apparence figée semblable à une statue, mais des épisodes de rémission laissaient penser que leur psyché était intacte. Notamment lorsqu’ils entendaient de la musique, ils étaient capable d’esquisser des pas de danse! D’ailleurs, dans sa pratique Oliver  s’appuya toujours sur la musicothérapie. Certains symptômes de ces rescapés de la maladie du sommeil ressemblaient à ceux de la maladie de Parkinson. Leur point commun était un déficit en dopamine. Ces patients avaient été délaissés par la médecine car jugés irrécupérables, et ils étaient internés dans des centres jusqu’à leur mort.

Oliver Sacks eût l’idée de leur prescrire de la L-Dopa, l’anti-parkinsonien de référence,  pour lutter contre ce déficit. Le neurologue constata des éveils chez ces patients, qui non seulement étaient physiques, mais également intellectuels perceptuels et émotionnels. À côté de cette administration de L-dopa, de la musicothérapie était adjointe. Mais il y a l’envers de la médaille. Ces réveils de ces personnalités figées dans le temps ne se feront pas toujours en douceur. Certains malades seront en proie à des hallucinations, des délires paranoïaques et érotomaniaques. Ce qui déclencha une levée de bouclier contre lui de la part de ses confrères. Ils écrivirent de violentes charges contre lui dans le JAMA d’octobre 1970 sans qu’il puisse y répondre.

S’il n’y avait que ça! Il fût aussi attaqué tout au long de sa carrière pour écrire des livres racontant des cas, accusé d’instrumentaliser à des fins éditorialistes ses patients selon ses détracteurs. En 1973, Oliver Sacks publia l’Éveil, et en 1974, dans la série de documentaires réalisés, par la télévision britannique Discovery, certains des ses patients acceptèrent de s’y montrer à visage découvert pour témoigner de leur amélioration (même transitoire) sous L-Dopa. Et en 1990, le film du même nom que le livre joué par Robin Williams et Robert de Niro. Ses travaux à l’hôpital Beth Abraham ont contribué au développement de l’Institute For Music And Neurologic Functiun et à la musicothérapie.

Vers  la fin de sa vie, il va adhérer à la théorie d’Edelman sur le darwinisme neuronal. Selon lui, « l’individualité est profondément inscrite en nous dès le départ au niveau neuronal.»… Dans son acceptation la plus large, le darwinisme neuronal soutient que nous sommes destinés, bon gré mal gré, à seul fin de nous particulariser et de nous développer- de Nous frayer chacun un chemin individuel tout au long de notre existence.» Le cerveau est bien plus qu’un assemblage de modules autonomes qui seraient un par un incontournables pour une fonction mentale spécifique». C’est un orchestre réunissant des centaines d’instruments différents, qui se dirige tout seul, bien que la partition et le répertoire changent en permanence. » Être en mouvement, l’esprit et le corps toujours en mouvement est la leçon de vie d’Oliver Sacks.

TRIP AVEC LE NARCO-TOURISME HALLUCINOGÈNE!

Une grande partie de l’emprise mentale sous ayahuasca se met insidieusement en place après/ou en même temps que l’emprise chimique. Cette conséquence provoque une modification cognitive et comportementale par l’adhésion à des croyances au surnaturel.

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On sait aujourd’hui que la consommation d’alcool et de drogues à l’adolescence, en continu durant toute cette tranche de vie a une forte probabilité de se prolonger plus tard dans la vie. L’âge moyen de l’initiation est de 14 ans pour une consommation régulière ou non d’alcool, et 14/15 ans pour l’usage de drogues avec ou sans dépendance. Telles sont les conclusions du Professeur Joël Swendsen et des ses collègues de l’Université de Bordeaux qui ont examiné la prévalence, l’âge d’apparition et les facteurs socio-démographiques pour une étude financée par le NIMH (National Institute mental Health), et publiée le 2 avril 2012 dans les archives of General Psychiatry.  Cette nouvelle étude démontre que la consommation de  drogues est un véritable problème de santé publique qui se pose. Même si quelques années ont passé, cette constatation est d’actualité.

 

Il est devenu quasiment impossible pour les professionnels de la santé de parler des effets néfastes des drogues, notamment sur les réseaux sociaux, vecteurs idéaux de désinformation médicale et où les médecines parallèles défendues avec acharnement par les charlatans dominent. De ce fait, la consommation des drogues est devenu un fait de société presque normal, et cela ne date pas d’hier. Si l’on connaît surtout le cannabis, la cocaïne, l’héroïne ou autres drogues de synthèse, il y en a d’autres plus confidentielles prises dans le cadre de la psycho-spiritualité new âge, cet hybride  qui fait le fond de commerce des charlatans de la psychothérapie formés à des méthodes pseudo-scientifiques. Soupir.

L’une de ces dérives concerne le mésusage du chamanisme. Il ne s’agit pas de mettre au banc des accusés le chamanisme et les chamans, une tradition millénaire et respectable mais de dénoncer les pillages cultuels du chamanisme par des Occidentaux sans scrupules. Notamment celle des ayahuasqueros, les chamans de la forêt amazonienne. Leur conception de la maladie est à l’opposé de celle de la maladie occidentale, et est d’origine magique causée par un sortilège. Dans un cadre rituel et curatif, ils font boire à ceux qui ont été envoutés un breuvage sacré appelé l’ayahuasca, un breuvage millénaire composé de deux plantes que l’on trouve en abondance dans la forêt amazonienne. D’abord , il y a  l’ayahuasca qui est une liane qui a donné son nom au breuvage sacré, et l’autre la chacruna qui contient du DMT, un stupéfiant prohibé sur le plan international. La combinaison des deux est hautement hallucinogène, et ses effets sont proches du LSD, le psychoactif de référence. Les Amazoniens la surnomment « La liane de la mort ou le Vin des morts. La potion psychédélique est légale au Pérou où elle est utilisée en médecine primaire pour soigner les populations locales.

En 2008, un reportage d’Envoyé Spécial,  avait diffusé en prime time, a eu pour thème le tourisme hallucinogène au Pérou.  Même s’il date, son décryptage est toujours d’actuel car ce tourisme hallucinant continue toujours, même si les médias mainstream s’en désintéressent. Ces voyages sont tout un programme! On part au Pérou en petit groupe effectuer un « voyage initiatique et spirituel ». Dans le reportage de Envoyé Spécial, le tourisme hallucinogène est un fait de société décrit comme « un mouvement culturel » animé « par un désir de reconversion spirituelle». Les participants sont recrutés sur le net.

Le reportage reprend, sans le mentionner, une partie du rapport de la MIVILUDES 2005 sur les dérives sectaires du chamanisme amazonien, mais il occulte cet aspect sulfureux pour que le sujet devienne passe-partout, et banalise l’absorption de cet hallucinogène psychédélique.  En 2009, le rapport de la MIVILUDES multiplie les mises en garde. Pourquoi ce séjour au Pérou est-il tendancieux, induit-il en erreur sur la tradition des ayhuasqueros amazoniens? Et  est ce bien raisonnable d’ingérer l’ayahuasca ?

 

Selon le rapport de la MIVILUDES 2009, l’absorption de ce breuvage peut se «révéler particulièrement violent», qu’il amène à «un douloureux voyage sur soi-même avec vomissements, convulsions physiques, profonde détresse mentale, même lorsque cette substance est absorbée dans de bonnes conditions, c’est-à-dire sous la surveillance d’un chaman expérimenté ».

Malheureusement, l’attrait exotique, la recherche de solutions miracles en dehors de la médecine scientifique l’emportent sur le principe de précaution, et les avis éclairés des professionnels de la santé. Les arguments pseudo-scientifiques de la thérapie chamanique ont le vent en poupe parmi les moutons de Panurge des adeptes  des médecines alternatives.

 

Comment ces voyages « hallucinants » et « hallucinogènes » sont-ils organisés? Des personnes ayant des soucis existentiels sont recrutées sur des forums pour aller séjourner au Pérou dans l’un de ces camps de vacances hallucinogène “tendance” monté par un chaman péruvien. Leur projet n’est pas de converser à bâtons rompus sur les us et coutumes locales mais de suivre une thérapie chamanique à base d’ayahuasca, cet hallucinogène puissant susceptible de résoudre tous les maux par « des expériences mystiques dans le labyrinthe de l’inconscient ».

On voit dans ce reportage d’Envoyé Spécial, un chaman de père en fils depuis des générations. Ce qui serait en soi rassurant si l’on n’avait pas lu le rapport 2005 de la MIVILUDES, et si l’on n’avait pas eu vent des cas de décompensations psychiatriques, de cas de suicides quelques mois après l’avoir prise, des comas et des morts par overdose. Sous la houlette de ce chaman comparé à un « psychothérapeute (sic) », les touristes présentés dans le reportage ingèrent l’hallucinogène amazonien à doses massives pour soigner les maux existentiels que la médecine occidentale ne saurait pas prendre en charge efficacement.

Ce séjour, c’est du sérieux! Le camp est fermé et gardé nuit et jour par des hommes armés jusqu’aux dents;  une nourriture frugale non carnée est proposée aux vacanciers astreints à une diète stricte pour ingérer l’hallucinogène afin de ne pas provoquer des incompatibilités dans l’organisme et les rendre malades. Avoir des hallucinations comparables à celles du L.S.D n’est pas le symptôme d’un trouble psychique, bien au contraire! Le monde à l’envers! Dépersonnalisation/déréalisation ainsi que d’autres joyeusetés psychiatriques sont  vivement encouragées pour évoluer spirituellement. Le reportage montre que le logement des vacanciers est spartiate, et des séances de groupe où les vacanciers ingèrent des doses massives d’hallucinogène en l’espace d’une douzaine de jours encadrés par le chaman et ses assistants.

L’une des séquences les plus troublantes du reportage « à la frontière du surnaturel » est celle d’une vacancière en transe investie par l’esprit d’un jaguar. Cette métamorphose a des airs de parenté avec la lycanthropie, cette faculté de se changer en loup-garou renvoyant aux affaires de sorciers et à l’ensorcellement au Moyen Âge.

Les dérives de l’ayahuasca ne résident pas uniquement dans une emprise chimique mais aussi sur l’action pharmacologique spécifique censée traiter les addictions au cannabis notamment. Particularité qui oppose les scientifiques rationalistes à ceux du MAPS (The Multidisciplinary Association for Psychedelics Studies), un organisme privé financé par des fonds tout aussi privés où le pire côtoie le meilleur. Le MAPS regroupe les scientifiques prosélytes des psychédéliques dans le soin psychique à la place des molécules officielles et des psychothérapies alternatives, se substituant aux psychothérapies officielles (psychanalyse, TCC).

On  trouve dans la base de données Pubmed des articles scientifiques de bonne facture dans le PLos One ou  dans des revues de pharmacologie;   celui de Favaro qui a étudié les effets à long terme sur la mémoire ou les effets neurotoxiques de l’ayahuasca chez le rat. Et il y a bien une étude préliminaire sur l’action antidépressive de l’hallucinogène. Des études préliminaires, et éventuellement des essais pré-cliniques sont la norme pour des futurs médicaments. C’est vrai que des scientifiques se sont penchés sur les effets des drogues hallucinogènes à l’instar du chercheur David Nutt du département de neuropharmacologie et de l’imagerie moléculaire à l’Imperial College de Londres. Franz Vollenwerder de l’Université de Zurich, est aussi l’un de ces très rares scientifiques à poursuivre des recherches sur les psychédéliques. Mais si ce pan de la recherche peut s’avérer éventuellement prometteur, il faudra que les psychédéliques étudiés démontrent qu’ils sont plus efficaces que celle des molécules commercialisées, suivant les règles de l’Evidence Based Médecine. Et cette méconnaissance du grand public sur les protocoles de la recherche scientifique favorise les charlatans du chamanisme et du narco-tourisme.

Une grande partie de l’emprise mentale sous ayahuasca se met insidieusement en place après/ou en même temps que l’emprise chimique. Cette conséquence provoque une modification cognitive et comportementale par l’adhésion à des croyances au surnaturel. L’un des objectifs recherché dans la thérapie chamanique à l’usage des Occidentaux est d’occulter leur mode de pensée cartésien pour déstructurer leur vision du monde à l’origine de leur mal être. La pensée magique devient alors un mode de fonctionnement qui doit être prioritaire par rapport à la pensée rationnelle. L’irrationnel devient l’indice de normalité nécessaire de la nouvelle personnalité. Ce process de double emprise (chimique et cognitive) se fait en partie lors des phases hallucinatoires lorsque la personne est fortement suggestible et est dépendante d’une aide extérieure pendant la phase d’ivresse spécifique à cette drogue. La grande difficulté pour recueillir les propos des victimes est d’arriver à lever leurs résistances liées à cette pensée magique ; elle induit chez les victimes des peurs irrationnelles liées à l’existence de la magie noire, de la sorcellerie, bref à la réalité du paranormal.

 

Le contrepoint d’un médecin péruvien  (non chaman) interviewé est sans appel : il se montre très réservé sur ce tourisme hallucinogène, et il déconseille fortement l’hallucinogène aux Occidentaux qu’il évalue dangereux pour eux. Les recommandations des dirigeants des centres de vacances hallucinogènes listant les contre-indications pour ceux qui souffrent d’hypertension, de troubles cardiaques ou qui suivent un traitement antidépresseur sont nettement insuffisantes. Pour réduire les risques liées à la prise du psychédélique amazonien, il faudrait que les vacanciers se munissent d’une expertise psychiatrique et de plusieurs certificats médicaux.

C’est en fait, un véritable narco-tourisme. L’ambassade de France au Pérou met en garde les voyageurs sur son site interne même si le Pérou a classé l’ayahuasca au patrimoine culturel de la nation. Alors si vous êtes tenté par ce tourisme hallucinogène, ce sera à vos risques et périls.

Si le reportage date de 2008,  les faits décrits ne sont pas obsolètes. Le tourisme hallucinogène continue à prospérer. Son masque est aussi sous le label d’éco-tourisme, et ces stages découvertes sont présentés « comme une protection contre les maux de la société  contemporaine matérialiste».

Les années ont passé, mais ces faits sont toujours actuels, et même s’il ne s’agit que de cas isolés de nature sectaire, l’ayahuasca est une drogue très prisée par les cadres de la Silicon Valley. On la consomme comme du café à San Francisco. Si vous doutez des mises en garde sur la dangerosité de l’ayahuasca, lisez ces quelques témoignages récents avant de prendre la liane de la mort: en 2009, deux touristes italiens sont retrouvés en Équateur découpés à la tronçonneuse. En 2014, un Canadien poignarde un Britannique au Pérou.

Alors, êtes vous toujours tentés par un trip aux portes de la perception qui peut vous laisser sur le carreau? Si oui, alors à vos risques et périls, et vous avez en prime même la  vidéo reportage de Envoyé Spécial!

 

 

 

 

AU SUJET DU RÔLE DES ANIMAUX EN THÉRAPIE.

Levinson devint l’instigateur de la Pet Therapy dans les années 60.

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À Saint-Brieuc (Côtes d’Armor), un EPHAD a accueilli à la plus grande joie de ses pensionnaires, un chien d’assistance. Même genre d’initiative à Pézillac-la-Rivière  (Pyrénées Orientales) un chiot il y a deux ans. Le rôle des animaux incitent les résidents à créer du lien, à s’ouvrir au monde extérieur, et à reprendre confiance en eux. octobre 2014, lle droit français reconnaît que les animaux sont des êtres vivants doués de sensibilité. Jusqu’à présent, ils étaient considérés comme des biens ou des meubles (comme une chaise). Les nombreux amoureux et possesseurs d’animaux n’ont pas attendu l’évolution du droit français pour s’en rendre compte.

La France compterait une population de 63 millions d’animaux familiers. Avoir un animal pour combattre la solitude arrive en tête  des raisons invoquées sur de nombreux sites. Cela paraît généraliste et sous-entend que l’animal est un substitut de l’humain,  et dénigre l’amour des animaux. C’est presque un reproche visant à culpabiliser le ou les propriétaires d’animaux de compagnie qui seraient défaillants dans la relation à l’Autre, et n’ont d’autre choix que de faire un transfert sur ces «boules de poils à quatre pattes ».L’animal est bien présent dans les sciences humaines. La psychologie se sert de l’éthologie animale. L’étude du comportement animal  est comparé avec celui des hommes, notamment sur le langage, certaines taches cognitives, empathie et émotions diverses, etc.

Parfois, il y a eu un surinvestissement sur certaines capacités cognitives attribuées aux animaux supposées se calquer à celles de l’homme. Ce fut le cas sur l’acquisition du langage chez les grands singes. Il y a eu trois grandes décennies d’expériences scientifiques sur le langage chez les primates, se contredisant parfois les unes avec les autres. Les études sur les singes montrent qu’ils disposent de capacités cognitives sous-jacentes au langage. Comme l’affirme le linguiste Noam Chomsky, (peu fan des études sur les singes parlants) : «le langage n’est pas une spécificité génétique de l’homme mais une compétence dont on retrouve les racines chez les grands singes.»

En 2014, un selfie fût attribué à un macaque. L’éthologue Frans de Waal de l’université d’Emory (Atlanta) met les choses au point: «Les macaques de Sulawesi ne reconnaissent pas leur reflet»… « Mais ils sont intéressés, ils grimacent». Seuls quelques grands mammifères ont passé avec succès le test du miroir imaginé par le psychanalyste Jacques Lacan qu’il destinait à l’enfant. Les orques et les dauphins s’examinent en utilisant le test du miroir. Les félins ont été recalés au test. La reconnaissance de soi existerait également chez la pie.

On sait aujourd’hui que les rats peuvent apprendre les règles abstraites qu’ils pourront appliquer à de nouvelles situations.  Et parfois la mémoire de l’animal est comparée à celle de l’homme, et certains résultats peuvent s’avérer surprenants. Lors d’une étude menée par des chercheurs de l’université de Kyoto, Ayumu un singe s’est révélée à la fois plus rapide et plus efficace que les étudiants humains recrutés pour l’occasion.

Ces expériences scientifiques et comportementalistes apportent la preuve que l’animal est un être sensible, et qu’il faut penser le rapport homme/animal en thérapie. L’effet bénéfique de l’animal sur l’homme était déjà reconnu au XVIIe siècle. Au 18e et XIXe siècle, diverses espèces d’animaux étaient intégrées au sein de plusieurs institutions de soins en Angleterre et ailleurs. On introduisait des Lapins et des volailles dans les asiles pour que les patients prennent soin d’eux et se responsabilisent. La Yord Retreat, un asile anglais ouvert en 1796, servit de modèle pour les autres asiles dans le monde et fut la pionnière dans l’utilisation intensive d’animaux pour faciliter les thérapies. Pour la première fois, les patients atteints de troubles mentaux pouvaient circuler librement dans les enceintes d’un bâtiment, où des animaux domestiques avaient été introduits.

La Thérapie Assistée par l’Animal (TAA) est une méthode d’intervention utilisée comme auxiliaire aux thérapies conventionnelles ou l’animal joue un rôle de médiateur entre le thérapeute et la personne dans le besoin. La TAA est à distinguer de l’Activité Assistée par l’Animal (AAA), qui est, de manière générale, une méthode préventive utilisant l’animal dans le but d’améliorer la qualité de vie de la personne ciblée en la motivant À participer à des activités récréatives  où l’animales est le centre d’intérêt. Ce qui est différent dans la TAA ou l’animal est  un médiateur. Difficile de faire la différence mais il y a une subtilité supplémentaire avec la TAA. C’est avant tout une façon de travailler, et non une profession. En France, on parle plutôt de zoothérapie.

Dans les années 70, deux psychiatres américains, Samuel et Elisabeth Corson, en mettant en présence des chiens et des adolescents perturbés ne réagissant ni aux neuroleptiques, ni aux électrochocs (c’était le protocole thérapeutique de l’époque) obtiennent des résultats prometteurs.

Le docteur vétérinaire Ange Condorcet, étudiant dans les écoles, des hôpitaux psychiatriques et les cabinets vétérinaires la relation particulière entre l’enfant et son animal familier, découvre le chien comme déclencheur de communication.

C’est  Boris Levinson, psyschologue à l’université de Yeshiva aux USA, le principal pionnier de la TFA (thérapie facilitée par l’animal) qui démontra, en 1950, le rôle thérapeutique complémentaire de l’animal durant des séances de thérapie. Une interaction s’établit par hasard au cours d’une consultation  entre le chien du psychologue et un jeune autiste avec lequel il joua. Cette interaction privilégiée permit à l’enfant de parler pour la première fois. L’enfant demanda à revoir le docteur Jingles (le chien) qui était pour lui « un drôle de médecin». Levinson devint l’instigateur de la Pet Therapy dans les années 60.

L’animal, par sa simple présence, renforce le lien de confiance entre le thérapeute et le patient. Le thérapeute accompagné de son animal se voit attribuer les mêmes qualités que celui-ci : amical, tranquille, rassurant, etc. Comme il ne parle pas, la projection sur l’animal est facilité. Il peut aider à exprimer et à partager des sentiments et des émotions.

C’est à partir de 1980, que la TAA a pris son essor aux Etats-Unis. Au Canada, en Suisse des associations de TAA sont déclarées d’utilité publique. C’est une méthode clinique qui cherche à favoriser les liens naturels qui existent entre les humains et les animaux à des fins préventives et curatives.

En 1988, l’institut de zoothérapie du Québec en donne la définition suivante: « activité qui s’exerce, sous forme individuelle ou de groupe, à l’aide d’un animal familier, soigneusement sélectionné et entraîné, introduit par un intervenant qualifié dans l’environnement immédiat d’une personne chez qui l’on cherche à susciter des réactions visant à maintenir ou à améliorer son potentiel cognitif, physique, psychosocial ou affectif.»

Pour Caroline Bouchard, responsable de l’association internationale pour la Zoothérapie, «la TAA réunit des praticiens des sciences médicales et des sciences humaines dans une action concertée visant à améliorer le cadre de vie, créer un cadre favorable aux traitements des maladies mentales  ou physiques, et a contribuer en général au mieux-être de la communauté.»

Une psychologue clinicienne canadienne décrit avec passion sa pratique de TAA :  « Je travaille avec des animaux dans ma pratique privée auprès de mes patients. Surtout chez les enfants et les adolescents mais aussi chez les adultes parfois. Les gens apprécient beaucoup la présence des chats. Nous en avons quatre (Philomène, Félix, Wilson et Zorro). Nous avons aussi quelques chiens occasionnellement, et dans notre salle des animaux, un furet, des lapins, deux cochons d’Inde, deux tourterelles rieuses et…. Léo le hérisson !»

« Dans un premier temps, ça a un effet apaisant chez le patient. L’animal peut aussi être utilisé pour évoquer les symptômes d’un enfant ou encore de ses pensées ou ses émotions, ce qui est moins confrontant pour lui. C’est aussi agréable pour le thérapeute puisqu’il aime la présence des animaux lui aussi. »

La TAA est bénéfique aux personnes âgées placées en institution.

Mc Quillen ajoute que des activités régulières de TFA offertes dans une unité de soins de longue durée en Saskatchewan ont permis d’alléger l’isolement et la privation sensorielle des participants. Il attire l’attention sur l’importance du toucher affectif que procure l’animal pour les personnes en institution ayant des privations sensorielles et ayant une diminution de relations significatives.  (Fick KM. The influence of an animal on social interactions of nursing home residents in a groupe setting. The American Journal of Occupational Therapy. 47, 529-534 ; 1992.)

Si aujourd’hui, des chiens sont accueillis dans des EPHAD, c’est bien la mise en pratique (bien tardive au passage) des résultats d’une enquête nationale AFIRAC & ADHEPA qui date de 1994. Elle avait démontré  les bénéfices suivants, dus à la présence d’un chien : une augmentation du sentiment d’utilité, des contacts sociaux, de la vigilance, de la mobilité et de l’autonomie .

Dans un excellent mémoire de thèse déniché sur le net, avec une méthodologie pointue digne de l’Evidence Based Medecine, Monique Hacklinger décrit les bénéfices du contact visuel entre le chien et les personnes âgées :

« Au cours de plusieurs séances de TFA j’ai pu remarquer que cette interaction « œil  à œil  » était recherchée, provoquée très souvent par les résidentes. Elles appellent le chien, prennent sa tête dans leurs mains, tiennent sa patte, posent la main sur sa tête, l’embrassent. Elles ont besoin de ce regard qui ne juge pas, ne renvoie pas d’image négative, dévalorisante. Image qui leur est si souvent renvoyée par le miroir ou le regard de l’Autre.» et elle poursuit: « L’animal installe, par sa présence, un système de relations triangulaires et joue le rôle de médiateur social. Il ne s’agit plus d’une relation entre deux êtres humains mais d’une relation entre deux individus, la personne âgée démente et le thérapeute, qui passe par un intermédiaire : le chien.»

Après un long travail méthodologique et d’observation avec son propre chien Grower, et conforme à l’obtention d’un diplôme de troisième cycle de psychologie et de psychopathologie du vieillissement, Monique Hacklinger conclut que la présence d’un chien améliore la communication et la socialisation des personnes âgées atteintes de la maladie d’Alzheimer (ou démentes).

En France, il n’existe pas de profession de TAA réglementée par la législation. On préconise au moins une formation de base paramédicale ou médico-sociale pour après se spécialiser dans la TTA  de l’animal de son choix : TAA par le cheval, par le chien, les cétacés.

Malgré le flou qui entoure la TAA, certaines études universitaires montrent qu’il faut la prendre au sérieux, et qu’en France, elle devrait intéresser plus de professionnels de la psychiatrie, de la psychanalyse et de la psychologie.

Mes remerciements à Sylvie Corneau, psychologue clinicienne au Canada, pour m’avoir inspirée pour ce post, il y a deux ans. Une première version de ce post a été publié sur le précédent blog :

https://autreregardsurlapsychologie.blogspot.com/2016/12/penser-la-therapie-avec-les-animaux.html

Sources:
http://www.sciencesetavenir.fr/insolite/20140917.OBS9423/ceci-n-est-pas-un-selfie-de-macaque.html

http://www.la-croix.com/Actualite/France/Pourquoi-changer-le-statut-juridique-de-l-animal-2014-10-30-1256871

http://www.psychoweb.fr/news/27-intelligence-animale/

http://www.sciencesetavenir.fr/fondamental/20120112.OBS8650/si-les-singes-savaient-parler.html

http://www.scienceshumaines.com/burrhus-frederic-skinner-1904-1990-l-apprentissage-au-coeur-de-l-humain_fr_22622.html

http://www.relation-aide.com/dos_description.php?id=132

http://en.wikipedia.org/wiki/The_Retreat

http://www.ohmymag.com/best-friends/zootherapie-des-chiens-adoptes-par-des-maisons-de-retraite_art117212.html

AUTISME: LA COMMUNICATION FACILITÉE, UNE PSEUDO-SCIENCE!

La Communication Facilitée est une thérapie pseudo-scientifique qui vient rejoindre la cohorte des thérapies alternatives.

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Simple Clavier en bois, juste esthétique
En France, depuis 2005, les plans sur l’autisme se succèdent sans grand résultat. Notre pays aurait toujours 20 ou 30 ans de retard par à rapport à d’autres pays modèles. Il y aurait un fossé entre l’Amérique du Nord et l’Europe sur l’utilisation de méthodes qui donnent des résultats satisfaisants. La désaffection des pouvoirs publics pour la prise en charge des autistes peut inciter leurs parents à se tourner vers des méthodes pseudo-scientifiques.

L’une d’elles est la Communication Facilitée (CF) ou Psychophanie. Elle a été conçue en 1992 par l’Australienne Rosemary Crossley, enseignante. Elle s’adressait d’abord au départ aux enfants souffrant de paralysie cérébrale, puis a été étendue aux personnes atteintes d’autisme. La théorie de base de la CF est que la sociabilité et la communication sont gravement altérées dans l’autisme. Le dysfonctionnement moteur des autistes est indépendant de leur psyché. Malgré son pseudo scientisme, la CF va devenir populaire grâce à des shows télévisés, et se diffuser par l’intermédiaire de cliniciens renommés outre-Atlantique. Dans les années 90, rapidement, la  Communication Facilitée va devenir la méthode de référence pour la prise en charge de l’autisme et d’autres troubles envahissants du développement (TED). Un département spécial dévolue à la CF va être créé par l’université de Syracuse (état de New York)  pour former  en pagaille des thérapeutes. Ainsi que le souligne Brian J. Gorman: « La communication facilitée étonne parce qu’elle est allée plus loin que toute autre science bidon à la mode, et que son effet a été ressenti au sein de la famille, de l’école, des universités, du droit et même des arts.»

Comment se pratique la Communication Facilitée?
La CF a sa novlangue. Le thérapeute est appelé « Facilitant », et aucun apprentissage et prérequis  n’est exigé.  Le patient, lui, est le « Facilité ». Le Facilitant doit juste faire preuve de sensibilité, et solliciter la pensée irrationnelle, pour ne pas dire magique et ésotérique. Le facilitant s’adresse à l’âme du facilité qui, elle n’est pas handicapée. C’est le principe de la télépathie et de la parapsychologie.

Il n’y a pas de support agréé pour la CS. Il faut simplement qu’il y ait un clavier avec des lettres et un pictogramme. Pour que le contact passe d’âme à âme, le facilitant saisit fermement la main du Facilité, sans dépasser son index et la pose sur le clavier. Alors, le Facilité va pouvoir délivrer des messages sous la guidance du Facilitant qui va les lire à haute voix. D_Q_NP_958905-MLM25086219355_102016-QOn pense au Oui Ja, cette planche composée de lettres et de chiffres utilisée dans les séances de spiritisme pour communiquer avec  les esprits! Certains autistes, en communiquant grâce à la CF, auraient révélé des dons littéraires prodigieux, constituant ainsi des preuves pour démontrer que c’est une méthode miraculeuse.

La Communication Facilitée a fait l’objet de plusieurs études scientifiques rigoureuses (autour de 70), et les conclusions sont sans ambages sur les messages supposés être ceux des autistes. Leur origine est attribuée aux facilitants sans qu’ils en soient conscients.

« L’intellectual Disability Review Panel », une commission d’étude des handicapés intellectuels qui s’est penchée sur la CF souligne que les personnes atteintes de handicap mental sont « extrêmement influençables et facilement sous l’emprise de personnes ne mesurant pas à quel point, elles les influencent.» Le pouvoir de la suggestion en a égaré plus d’un! Maryanne Gary et Robert Michael, deux psychologues de l’université Victoria de Wellington ont exploré les relations entre la suggestion, la cognition et le comportement.

En 1994, l’APA (American Psychological) prend position contre la CF: «la communication facilitée est une procédure de communication controverse non prouvée, aucune démonstration scientifique ne vient soutenir son efficacité. »

En 2004, en France le Conseil National de l’Ordre des Médecins émet un avis défavorable sur la CF. Deux ans après, en 2006, la CF est dénoncée à son tour dans le rapport d’enquête de la commission parlementaire sur les sectes comme une pratique portant atteinte à la dignité des enfants handicapés: «…la communication facilitée ne peut être réduite à n’être qu’une version modernisée du spiritisme, et somme toute, un procédé charlatanesque comme un autre. Cette supercherie ne fait que tirer profit du désarroi es parents des handicapés; elle porte atteinte aux droits fondamentaux des enfants•»

L’ambiguité de cette méthode réside dans le fait qu’on peut la confondre avec Communication Augmentée et Alternée (CAA), elle aussi appliquée aux autistes, et pratiquée par des orthophonistes. Certains de leurs éléments se ressemblent furieusement. La communication augmentée et empirique, et elle utilise le même type de matériel que la CF.  Et vice versa. Pour le néophyte, difficile de se repérer dans les deux méthodes à partir du moment où un clavier d’ordinateur ressemble à un autre, et il n’y a pas de matériel labellisé pour l’une ou l’autre méthode.

La CAA a commencé dans les années 50 pour aider ceux qui avaient perdu la capacité de parler avec une opération et s’est diffusé ensuite à toutes sortes de handicaps. L’évaluation des capacités d’un utilisateur en CAA nécessite un bilan visuel et cognitif ainsi que l’évaluation de ses forces et faiblesses en matière de langage et de communication. Même empirique, la CAA n’est pas du paranormal mais une aide efficace sous condition qu’elle ne soit pas amalgamée à la CF, comme on peut le voir sur certains sites d’orthophonistes.

Ce qui différencie la Communication Alternative et Augmentée de la CF et que le dispositif fait appel a la volonté l’utilisateur, y compris le plus petit mouvement musculaire. Mais parfois sur certains sites consacrés aux méthodes conseillées pour les autistes, on parle de la CAA au même titre que de la CF.  Alors vigilance! Surtout en France!

En 2004, un article de Nouvelles Clés fait état d’un millier de facilitants formés dont plus de 200 thérapeutes professionnels, médecins ou paramédicaux. Lors d’un entretien accordé à Nouvelles Clés, Anne-Marguerite Vexiau prétend mettre en contact grâce à la CF la conscience des foetus et des embryons, et propose un registre spirituel ou transpersonnel: « L’action des morts tient toujours une place dans les propos des Facilités, et tout spécialement celle des enfants perdus à la naissance. »(Notes d’Anne-Marguerite Vexiau confiées à Nouvelles Clés). On est en pleine parapsychologie et spiritualité new-âge!

Depuis 2010, la pratique de la CF n’est pas recommandée par la HAS (Haute Autorité de Santé): « Les techniques de Communication Facilitée où un adulte guide le bras de l’enfant, n’ont pas fait la preuve de leur efficacité, et sont jugées inappropriées pour les enfants/adolescents avec TED. Il est recommandé de ne plus les utiliser. La Communication Facilitée ne doit pas être confondue avec la mise à dispositions d’aides  techniques ou supports à la communication (images, pictogrammes).»

Miguel Maneira, directeur fondateur « d’Autismes et Potentiels », étrille l’Association d’Anne-Marguerite Vexiau « Ta Main Pour Parler (TMPP) », le site dévolu à la CF. Il insiste sur son site web sur les sérieux préjudices de la CF constatés aux USA, en Espagne, l’Écosse et la Nouvelle Zélande. Parmi les dérives nuisibles de la CF, les sceptiques ont remarqué une similitude entre la CF et les thérapies de la régression, visant à faire  resurgir des souvenirs refoulés. Des parents lors de messages délivrés par leur enfant (sous la guidance  de facilitants) ont été accusés d’inceste, et se sont retrouvés devant les tribunaux.

Mary Morton, l’une des principales responsables de la CF avait noté que: «La Communication facilitée n’est jamais aussi rapide, ni aussi aisée qu’une conversation normale…le message peut-être incomplet. Les lettres ou les mots choisis peuvent ne pas correspondre à ce que veut exprimer le sujet.» Cette affirmation de Mary Morton sur les (fausses) limites de la CF donne le ton sur l’absence de sérieux scientifique de la Communication Facilitée.

Dans le cas des accusations d’inceste, sans faire preuve de mauvais esprit, on est en droit d’affirmer que c’est l’imprécision et la compréhension des messages des facilités qui ont précipité les parents devant les tribunaux! À l’instar du Oui Ja, dont les druides se servaient comme une planche maléfique pour communiquer avec les forces démoniaques, la  CF se transforme en méthode diabolique. Lors de procès outre-Atlantique, les tribunaux avaient mis au point des parades pour confondre les Facilitants, et montrer l’absence de fiabilité de la CF. L’une d’elles consistait à envoyer le facilitateur dans une pièce voisine, afin qu’il ne puisse ni voir, ni entendre pour ne pas influencer l’enfant. Pendant l’absence du facilitant, des objets étaient donnés à l’enfant qu’il devait nommer, et on faisait revenir le facilitant pour l’aider à donner les réponses sur les principes de la CF! Inutile de dire que dans ce cadre là, les résultats de la CF furent loin d’être miraculeux !

Et l’état des lieux aujourd’hui sur la Communication Facilitée? La formation est prospère, et un site officiel lui est consacré malgré les mises en garde des sceptiques. On constate souvent que les Facilitants se targuent d’être bénévoles, et ont à leur actif d’autres méthodes de thérapies critiquées par les sceptiques comme la psychogénéalogie, les constellations familiales,le décodage émotionnel, etc.

La Communication Facilitée est une thérapie pseudo-scientifique qui vient rejoindre la cohorte des thérapies alternatives.

Notes: Les causes de l’autisme sont toujours incertaines. Pendant longtemps, les mères furent longtemps tenues responsables de l’autisme de leur enfant. Le psychiatre australien Léo Kanner, dans les années 50 avec Bruno Bettleheim et son fameux livre sur les autistes « La Forteresse Vide » contribuèrent à diffuser ce message anti-parents. Aujourd’hui, avec le développement des neurosciences, les revues de vulgarisation scientifique parlent des dernières pistes. Cela va du faux pli dans le cerveau (anomalies détecté dans l’aire de Brocca) identifié par des chercheurs du CNRS. La prise d’antidépresseurs pendant la grossesse augmenterait le risque de développer un TSA. Les différences d’âge des parents : augmentation de risque pour le fœtus de TSA pour les plus 40 ans, et en flèche pour les petits 50 ans. Et encore un lien avec les vaccins, et le diabète de grossesse. Voilà quelques unes de ces (supposées causes) non exhaustives.

Sources: