L’EXPÉRIENCE DE MORT IMMINENTE: QUE DIT LA SCIENCE? (PARTIE I)

Curieusement, tous les témoignages de N.D.E sont positifs.Les expérienceurs gardent une certaine nostalgie de cette Terra Incognita entrevue. Cette expérience va bouleverser la vie de certains.

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Qui n’a pas lu sur le net ces étranges acronymes de « E.M.I » et de « N.D.E »? Ils signifient respectivement « Expérience de Mort Imminente » avec sa traduction anglaise de « Near Death Expérience. Ce sont des expériences subjectives d’états non ordinaire de conscience que peuvent vivre certaines personnes dans certaines circonstances de l’ordre du trauma si l’on veut un point de comparaison: accident, arrêt cardiaque, noyade, suicide raté, effets secondaires de psychotropes etc. Des « survivants », déclarés cliniquement morts, après un arrêt cardiaque, réanimés, à leur réveil déconcertent leur entourage médical et familial par un étrange récit digne de la série culte « X FILes » qui défie la raison.

L’EMI concernerait les premiers stades de la mort, et leur étude couvre le champ de la psychologie, de la psychiatrie et du monde médical en général; c’est intéressant de les considérer avec pragmatisme, et de voir comment la science traite ce sujet de l’ordre de l’irrationnel car malheureusement les charlatans et marchands du New Age s’en sont emparés, et les N.D.E voisinent avec l’astrologie et autres facéties qui agacent le corps médical.

Les expérienceurs (ceux qui ont vécu une E.M.I) décrivent tous plusieurs impressions: l’impression de quitter leur corps et de l’observer de l’extérieur. C’est la décorporation. D’autres vont voir un tunnel ou se trouver sur  le seuil d’une porte virtuelle, aveuglés et attirés par une lumière blanche, brillante et chaude. Et encore d’autres affirment avoir parlé dans l’Au-delà avec des êtres de lumière ou des disparus. La sensation qui leur  reste de leur voyage « aux portes de la mort » est une sensation de paix, de légèreté, de sérénité qui  perdure et abolit la peur de la mort. Curieusement, tous les  témoignages de N.D.E sont positifs.Les « expérienceurs » gardent une certaine nostalgie pour la Terra Incognita entrevue;  la vie de certains va être chamboulée.

Le chantre des travaux sur les N.D.E est le Dr Raymond Moody, philosophe et psychiatre et auteur du best-seller (publié en 1975) La vie après la vie s’est toujours montré prudent pour aborder ce sujet sulfureux. Selon lui, le phénomène des N.D.E n’est pas rare du tout. Les N.D.E seraient reproductibles à volonté.

Effectivement, il est possible, en l’état  des  connaissances scientifiques « d’injecter » toutes les expériences virtuelles dans le système nerveux central. Dans les années 50, un programme de manipulation mentale de la C.I.A a été consacré à ce genre de recherches avec le L.S.D et autres produits psychoactifs. Et l’implantation de croyances irrationnelles sous forme de « visions » ou de « faux souvenirs » a été amplement démontré. Pour les neuroscientifiques, l’E.M.I résulterait d’un mode de fonctionnement particulier d’une zone du cerveau située dans le lobe temporal droit, le gyrus angulaire, lui même proche de zones impliquées dans la vision, l’ouïe, l’équilibre et le toucher.

En 2001, une étude hollandaise sur les N.D.E, chez les rescapés d’arrêt cardiaque, a été publiée dans la prestigieuse revue anglaise “The Lancet”. Menée par le Dr P.Van Lommel, elle porte sur 344 patients, qui après un arrêt cardiaque, ont été ranimés dans 10 hôpitaux hollandais. Les résultats de cette étude montrent que l’E.M.I n’est pas une  constante. Seuls 18% des patients interrogés disent avoir vécu une N.D.E,  parmi lesquels 12% relatent une « expérience profonde ». Si l’on s’en tenait à une explication purement physiologique, telle qu’une anoxie cérébrale, la plupart des patients déclarés cliniquement morts devraient avoir vécu une N.D.E. Ce n’est pas le cas!

L’étude de Van Lommel apporte du poids à l’hypothèse survivaliste, c’est à dire que la conscience survit à la mort du corps. Cette conception a été critiquée par Jason J.Braitwaite, non pas sur les données récoltées mais sur ces conclusions survivalistes. J.Braitwaite est un neuropsychologue spécialisé dans l’étude des facteurs neurocognitifs sous-jacents aux troubles de la conscience (hallucinations, perceptions aberrantes et distorsions perceptives). L’étude de Lommel ne fournit pas la preuve que l’esprit et le cerveau sont séparés du cerveau. Ses conclusions relèvent du domaines des croyances et de la foi. Toutefois, il faut retenir que la méthodologie de la collecte des données est acceptable.

Encore des expériences connues sur les E.M.I. Celles du neuroscientifique Michael Persinger en 1995. Il a stimulé artificiellement plusieurs aires du lobe temporal pour déclencher des phénomènes comparables aux EMI. Il n’a pas réussi à réaliser une EMI complète décrite par les « expérienceurs », mais il a réussi au moins à déclencher chez les sujets des visions mystiques et des sensations de décorporation. Même s’il semble que ce qui suit s’éloigne des des E.M.I, il faut évoquer l’approche rock’an roll de M.Persinger avec ses études sur l’expérience religieuse et la sensation d’une présence invisible dans la pièce.

Des chercheurs suédois ont voulu réitérer l’expérience de Michael Persinger sur les visions mystiques, mais échec et mat. Leur conclusion fut que l’expérience était corrélée à la personnalité et à la suggestibilité des sujets. Ce en quoi, Michael Persinger, dans le International Journal of neuroscience, argue que les chercheurs suédois s’étaient plantés dans leur programme informatique et avaient négligé la configuration magnétique qui induisait la présence éthérée dans la pièce; il réfute ainsi la notion de suggestibilité. On peut également s’étonner qu’un neuroscientifique comme Michael Persinger ait publié un rapport sur la communication télépathique avec le médium Sean Harribance. Ce dernier prône sur son site la thérapie par champ biologique traitant le cancer par des moyens non invasifs. Alors, s’il semble que les propos de Michael Persinger soient séduisants sur les états non ordinaires de conscience, le scepticisme reste de rigueur.

Avec l’étude Aware, Le Dr Sam Parnia, directeur de recherche sur la réanimation en soins intensifs à l’université de médecine de New-York a voulu aller plus loin que la collecte de témoignages de N.D.E; terme qu’il semble réfuter. Avec son équipe composée de 17 chercheurs venus de tous les États-Unis et du Royaume-Uni, Sam Parnia a voulu comprendre, tout d’abord, ce qu’était « l’expérience mentale et cognitive de la mort », étudier ce qui se passait dans la tête de quelqu’un qui a eu  à un arrêt cardiaque, et dont le coeur est reparti.

39 pour cent des interrogés pour cette étude affirmaient se souvenir de quelque chose alors qu’ils étaient cliniquement morts. Au final, si cette étude, la plus vaste à ce jour sur le sujet, « ne permet pas de conclure à la réalité ou à la signification des expériences d’E.M.I rapportées par certains patients, en raison de la trop faible incidence du phénomène de souvenirs visuels (2%), elle ne permet pas non plus de les désavouer  et requiert de poursuivre les études dans ce domaine » indique Sam Parnia [

Selon les auteurs de l’étude, sept grands thèmes reviennent le plus fréquemment dans les témoignages:
-Sentiment de peur-
-Visions d’animaux ou de plantes-
-Une lumière vive-
-Violence et persécution-
-Impression de déjà-vu-
-Vision d’un proche –
-Souvenir des évènements qui ont suivi l’arrêt cardiaque-

Les gens vivent une véritable expérience cognitive au moment de la mort, parler de souvenirs proprement dits seraient hasardeux.  Ils étaient, pour la plupart, sous sédatifs et Sam Parnia pose l’hypothèse que leur inconscient a enregistré une expérience particulière. Sam Parnia note que l’on peut trouver chez certaines personnes des symptômes faisant penser à un Stress-Post-Traumatique.

La suite à venir des rapports entre les E.M.I et la science dans une deuxième partie.

ÉCOPSYCHOLOGIE, UNE NOUVELLE DISCIPLINE POUR REMÉDIER À L’ÉCO ANXIÉTÉ? VRAIMENT?

Ce si sympathique néologisme d’écopsychologie est un piège abscons, et avant-tout un concept marketing.

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L’écologie évoque  la science du climat mais aussi s’intéresse à la santé mentale! Et bien oui, les souffrances de la psyché pourraient aussi se mettre au vert avec l’écopsychologie. Soigner la terre, guérir l’esprit, serait l’un de ses fondements!

Le synonyme d’écopsychologie serait (selon certains sites web) la psychologie environnementale, une discipline à part entière qui  est « l’étude des interrelations entre l’individu et son environnement physique et social, dans ses dimensions spatiales et temporelles ». L’excellent livre de Gabriel Moser, Psychologie Environnementale qui est représentatif du sérieux de la discipline de psychologie environnementale sans connotation idéologique. Cet «ouvrage vise à la compréhension des rapports entre l’individu, la société et l’environnement, d’une part, et la mise à disposition de savoir-faire et d’outils d’intervention au niveau de l’habitat, du lieu de travail, de la ville, de l’environnement global dans le cadre du développement durable, d’autre part. » Même si l’approche ne répond pas aux critères de « l’Evidence Based Science », la psychologie environnementale peut s’avérer une source de réflexion pertinente.

Aujourd’hui, en dehors des programmes politiques qui ne sont pas l’objet de ce blog, il y a une recrudescence du préfixe « éco » accolé à des mots basiques aux fins de donner une connotation écologique ou environnementale. Certains ont un véritable sens et peuvent être acceptables. L’un d’eux est celui de l’éco-anxiété dont les conséquences sont répertoriées dans des articles répertoriés dans Pubmed.

Qu’est ce que l’éco-anxiété? Ce terme a été créeé en 1997 par la Belgo Canadienne Véronique Lapaige, médecin chercheuse en santé publique et santé mentale. Elle a pris soin de préciser qu’il ne s’agissait pas d’une nouvelle pathologie mentale, mais selon elle cette forme d’anxiété repose sur l’adhésion à la thèse du réchauffement climatique à laquelle elle est sensible.

L’éco-anxiété est une anxiété chronique face aux bouleversements environnementaux. Selon le dictionnaire Oxford, c’est une inquiétude extrême face aux dommages actuels et futurs causés à l’environnement par l’activité humaine et le changement climatique. Ce mal toucherait les jeunes générations. Des jeunes adultes de 18 à 34 ans. Le portrait-robot (non validé scientifiquement) serait celui d’une femme habitant en ville, diplômée et de moins de 45 ans.

Il n’y a pas de consensus notamment médical sur cette supposée nouvelle forme d’anxiété qui ne figure pas dans le DSM V. Ce n’est ni un syndrome ni un diagnostic psychiatrique. Notons que l’American Pyschological Association a bien défini l’éco-anxiété comme la peur chronique d’une catastrophe environnementale (a chronic fear of environnemental doom).

On trouve dans la base de données Pubmed des articles sur l’éco-anxiété qui peut amener quelqu’un en psychothérapie car elle est source de détresse et altère la vie quotidienne. Il s’en trouve un sur le changement climatique (que personne ne nie) et qui induirait différents types de « syndromes psychoterratiques » émergents tels que l’éco-anxiété mais aussi l’éco-culpabilité et l’éco-chagrin, outre la détresse qu’ils peuvent causer facilitent un comportement respectueux envers l’environnement. J’ai du mal à croire à une méthodologie rigoureuse concernant ces syndromes terratiques.

Si l’éco-anxiété n’est pas un trouble mental, il n’en reste pas moins qu’elle se manifeste par un certain nombre de symptômes. Selon les psychiatre Antoine Pelissolo et Célie Massini, « les personnes qui déclarent souffrir d’éco-anxiété rapportent des symptômes du champ des troubles anxieux : attaques de panique, angoisse, insomnies, pensées obsessionnelles, troubles alimentaires (anorexie, hyperphagie), émotions négatives (peur, tristesse, impuissance, désespoir, frustration, colère, paralysie). Ces symptômes sont à l’origine d’une perturbation notable de la vie quotidienne chez certains individus et les consultations pour ce motif seraient de plus en plus nombreuses, notamment aux États-Unis16 ».

Mais revenons au terme d’écopsychologie, qui à mon sens est sujet à des interprétations et à des dérives. L’écopyschologie est manifestement une discipline inédite  qui s’est développé outre Atlantique depuis les années 1990. Elle a séduit des psychologues de la région de San Francisco où une formation est dispensée à l’université de Santa Barbara! Durant cette décennie, la presse française a encensé pendant plusieurs semaines cette nouvelle discipline du développement durable à la rubrique Santé ou Bien-Être. On est en droit de se demander si l’écopsychologie est un nouvel OPNI (Objet Psychique Non Identifié en relation avec la santé),  l’écopsychologie ne figure pas dans Medline/Pubmed qui référence les études scientifiques. Face à cette lacune des cautions scientifiques, le scepticisme s’impose. Tout en reconnaissant que sur Pubmed, il se trouve parfois des articles surprenants dans leur méthodologie scientifique.

L’écopsychologie n’est pas une nouvelle discipline. C’est Theodor Roszak, sociologue et auteur de science-fiction, qui popularisa en 1995 le terme d’écopsychologie. Il se serait inspiré des travaux de Gregory Bateson, l’instigateur du courant systémique et l’un des piliers de l’école de Palo Alto. Gregory Bateson avait évoqué, en son temps, l’écologie de l’esprit où « les progrès en sciences proviennent toujours d’une combinaison de pensées décousues et de pensées rigoureuses. » Cette alliance permettant de faire progresser la science en fonction des besoins des sociétés.

En écologie, le pragmatisme de la science est nécessaire. Depuis les années soixante, on assiste à une crise de la science au profit de l’inflation du pseudo-scientisme. L’écologie en découd souvent (sauf exception) avec l’esprit scientifique en général, et c’est souvent l’auberge espagnole. Lorsque l’écologie parle de santé publique, la prudence est de rigueur pour ne pas jeter les gens entre les mains de charlatans sous le prétexte que la terre perd la boule, et que par effet domino, les terriens aussi.

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« JIKKA » ET AUTRES INNOVATIONS EN PSYCHOLOGIE ENVIRONNEMENTALE POUR SÉNIORS DÉPENDANTS.

La psychologie environnementale est une branche de la psychologie, très peu connue et méconnue, qui pourrait être associée à la gérontologie, améliorant ainsi le bien-être psychologique des séniors.

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La psychologie environnementale étudie les interellations entre l’homme et son environnement physique et social dans ses dimensions spatio-temporelles. Les comportements, les cognitions, émotions de l’individu sont affectés par la manière dont il perçoit et agit sur son environnement. La psychologie environnementale est une branche de la psychologie, très peu connue et méconnue, qui pourrait être associée à la gérontologie, et aiderait à améliorer et à restaurer le bien-être psychologique des séniors occulté par une vision purement technocratique et médicale voire gériatrique constatée dans les Ehpad avec le Covid-19 (et ses variants).

Alors comment créer, selon les principes de la psychologie environnementale, des conditions environnementales et sociales favorisant la qualité de vie des séniors dépendants, et induisant leur bien-être psychologique? Sans maltraitance systémique ou systématique portant atteinte à leurs droits et à leur dignité?

Déjà, avant la pandémie et le lockdown des résidents d’Ehpad, j’avais évoqué sur ce blog l’étude de Jessica Finley publiée en 2015, véritable plaidoyer sur l’influence de la nature améliorant le bien-être physique et moral des séniors. Il y a des paysages manifestement thérapeutiques. C’est comme l’art, contempler un massif de fleurs ou un étang apaise les tensions psychologiques. Encore plus d’actualité aujourd’hui avec la pandémie! De plus de plus de voix s’élèvent contre le modèle des maisons de retraite à l’instar du gérontologue Peter Janssen. Ce sont souvent des lieux totalitaires comme le furent autrefois les hôpitaux psychiatriques étudiés par le sociologue Irvin Goffman.

La psychologie environnementale étudie avec l’architecture l’impact de l’environnement bâti sur la psyché. À tout âge! On sait que les personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer s’adaptent mieux aux installations à petite échelle et à domicile (quand c’est possible). Une lumière du jour insuffisante est associée à une augmentation des symptômes dépressifs. Indirectement, l’environnement impacte la santé mentale. Alors, imaginez chez les personnes âgées!

En matière d’innovation architecturale favorisant la qualité de vie des séniors et d’un ancrage dans la verdure, j’ai flashé sur Jikko, une maison japonaise érigée en bois composée de cinq petites structures ressemblant à des cabanes, et nichée en pleine verdure, à deux pas du Mont Fuji. Il y aurait plus 70000 centenaires au Japon, un pays qui compte 1,5 millions d’habitants et avec une espérance de vie moyenne de 83,9 ans (la plus élevée de la planète).

Jikko, est décrit comme une maison forestière sorti tout droit d’un conte de fées. Une maison de Hobbit.  « Les structures ressemblant à des cabanes ont été construites à différentes hauteurs pour rappeler les montagnes environnantes.» L’architecte japonais Issei Suma a conçu Jikka pour être « quelque chose d’aussi simple qu’une hutte primitive et quelque chose d’aussi saint qu’une chapelle ».

Jikka signifie littéralement en japonais « La maison des parents ». L’idée a été imaginée par deux sexagénaires (dont l’une est la mère de l’architecte Issei Suma) qui préparaient et livraient à Tokyo des repas à domicile aux personnes âgées. Elles ont constaté que la plupart de leurs aînés étaient isolées dans des petits appartements. Leur idée était de libérer les proches du poids d’être aidant pour une personne âgée. En plus du bâtiment d’habitation Jikka dispose d’un restaurant, d’un potager partagé et d’une piscine accessible aux fauteuils roulants car en spirale. Même s’il y a une vie collective, Les résidents ont leur propre logement; ils sont soignés et accompagnés sur place, et les bénévoles sont les bienvenus pour aider au bon fonctionnement de cette maison de retraite innovante. Le restaurant de Jikka est ouvert aux visiteurs à midi et pour le thé.

Le Japon est un peu loin pour déjeuner ou prendre une tasse de thé et admirer les lieux, mais Jikka pourrait inspirer des architectes français pour repenser l’environnement actuel de la prise en charge des séniors dépendants. Il y a en France et dans des pays occidentaux des initiatives environnementales de qualité qui pourraient être développées à grande échelle, et autres plutôt que que repenser le modèle de la maison de retraite ou l’Ehpad à l’infini. Car il est évident que ce modèle est obsolète ainsi que le souligne le gérontologue Peter Janssen dans un récent article du Courrier International ainsi qu’Adeline Herrera-Comas spécialiste des politiques du vieillissement.

Car les initiatives qui rentrent dans le cadre de la psychologie environnementale existent dans notre pays. L’une des alternatives à l’Ehpad est la « colocation entre personnes âgées dépendantes ». Comme à Grandfontaine dans le Doubs en Franche-Comté. Comment ça se passe?C’est une maison double avec quatorze locataires avec Patricia la maîtresse de maison qui gère six auxilaires de vie. Il y a une pièce centrale où les locataires prennent leur repas ensemble. Il y a un espace extérieur, et il arrive que les locataires déjeunent dehors quand il fait beau. Chaque locataire a sa chambre d’environ trente mètres carrés avec salle de bains qu’il peut meubler à sa guise. La seule contrainte est de déjeuner ensemble. L’esprit de cette colocation sous l’égide d’Âges et vie ressemble fortement aux pensions de famille du XIX siècle étaient courantes pour les jeunes travaillant dans les grandes villes et loins de leur famille.

La différence avec un Ehpad est que cette structure n’est pas médicalisée. Ni infirmier ni aide-soignant à demeure. Mais à la demande, les médecins et soignants se déplacent. Chaque résident a son bip d’appel. La maîtresse de maison et son adjointe habitent sur place et sont d’astreinte à tour de rôle jour et nuit.

L’une des meilleures approches de psychologie environnementale reste tout de même le maintien à domicile. C’est ce que fait la Suède depuis les années 50. Les chiffres sont éloquents. En 2015, 95% des personnes âgées vivaient à domicile et 4,2 % en établissement. « Le personal assistant » correspond à une aide à domicile qui peut accompagner une personne âgée chez le médecin et lui tenir compagnie. Une profession innovante. c’est une autre approche que la France. Selon Dominique Acker,« l’autonomie est considérée comme un tout et la personne est au centre.»

Une initiative originale de psychologie architecturale est celui des tiny-houses, très en vogue aux États-Unis avec ses villages de séniors . « De plus, les mini-maisons peuvent être facilement adaptées pour répondre aux besoins physiques et psychologiques des personnes âgées : perte d’autonomie, accès en fauteuil roulant, assistance visuelle ou vocale, etc.» est-il rapporté par le journaliste Laurent Tournelle.

Ces exemples d’initiatives en psychologie environnementale démontrent qu’il est possible d’innover dans la prise en charge des personnes âgées dépendantes en leur proposant une qualité de vie humaniste.

PSYCHOLOGIE DE LA SANTÉ CHEZ LES SÉNIORS.

Les auteurs vont à contre courant de la recherche actuelle sur les séniors qui se concentre principalement sur l’atténuation des facteurs de risque pour la santé sans s’attacher aux facteurs de protection qui contribuent à la longévité.

L’American Psychological Association (APA) a récemment publié sur son site le résumé d’un article sur le bien-être psychologique des séniors en relation avec la mortalité. Il ne sera accessible qu’en février 2023. Alors pourquoi déjà l’évoquer?

La démarche de cet article m’a apparue pertinente car elle relève de la psychologie positiviste (au bon sens du terme). Les auteurs vont à contre courant de la recherche actuelle sur les séniors qu’ils dénoncent car elle se concentre principalement sur l’atténuation des risques pour la santé sans s’attacher aux facteurs de protection qui contribuent à une vie plus longue et en meilleure santé. Certes, il n’y a pas de bien-être psychologique sans un (relatif) bien-être physique, et ce à tous les âges; la pandémie actuelle le montre bien avec le Covid long qui ne frappe pas que les séniors!

Qu’est ce que l’approche de la psychologie positiviste? Ce courant proche du mouvement du Potentiel Humain date de 1998. Elle se construit par des recherches évaluées par des pairs. La psychologie positiviste se centre sur l’équilibre mental, les forces, le développement optimal et l’épanouissement humain. Elle s’appuie sur l’épistémologie en recourant aux méthodes  qualitatives et à la psychologie clinique. Il faut aussi évoquer brièvement les dérives de la psychologie positiviste qui verse dans l’idéologie New age. Ce n’est pas le cas de cet article.

Les auteurs ont étudié des associations entre le bien-être psychologique et la mortalité parmi un échantillon d’adultes de plus de 50 ans avec 14 ans de suivi sur la mortalité. Le bien-être psychologique se compose de plusieurs items comme l’affect positif, l’envie de vivre (peut-on oser aller jusqu’à la joie de vivre mais n’est ce pas exagéré comme terme? ), des projets de vie favorisant l’accomplissement, les interactions avec autrui (sociales et familiales) et un tempérament optimiste. Un besoin d’accomplissement plus élevé dans la vie, l’affect positif, l’optimisme, le soutien social et la soif de vivre prédisent une mortalité plus faible. Plus ces items sont optimum, plus ils sont associés à une augmentation de la durée de vie de deux à quatre ans à partir de 50 ans.

Cette étude fournit des preuves solides entre le bien-être psychologique qui prédit un risque de mortalité plus faible et qui modifie l’association entre l’éducation et la mortalité. L’association inverse entre l’éducation et la mortalité devient plus forte à des niveaux plus élevés quand il y a des projets de vie et d’affect positif. Par conséquent, les efforts visant à promouvoir la satisfaction de vivre, le soutien social et l’optimisme peuvent favoriser une vie plus longue où finalement les disparités en matière d’éducation jouent un moindre rôle .

La trame de cet article est excessivement intéressante pour aider les personnes du grand âge à qui les politiques de santé proposent principalement des solutions techniques et de prise en charge médicale, en occultant leur psyché presque devenue invisible et infantilisés. Durant la pandémie, de nombreux résidents d’Ehpad se sont vus confisquer d’un seul coup lors des confinements tout ce qui fait un projet de vie, les interactions sociales et familiales, l’abolition des besoins de l’affect au profit de décisions technocratiques destinées à uniquement protéger leur vie physique. Et comme dégât collatéral, il a été constaté chez certains leur mort psychique engendrée par des syndromes de glissement et une mort prématurée (hors Covid).

Ce qui est appréciable dans cet article est cette approche psychologique bienveillante envers les séniors qui détonne par à rapport à l’avalanche de recommandations médicales auquels ils sont sujets jusqu’à la tombe (en excluant les maladies chroniques impactant la qualité de vie).

Le Dr Jean Doubovtezky fait remarquer dans un article sur son blog « Le Surdiagnostic: une notion essentielle » qui s’applique parfaitement aux séniors (en relatif bonne santé) sur les facteur de risque:« En réalité, très souvent, ce qu’on dépiste chez une personne en bonne santé, qui ne se plaint de rien, n’est pas une maladie, mais seulement un « facteur de risque » de maladie : une situation dans laquelle le risque d’être un jour malade est augmenté. Ainsi l’hypertension, la diminution de la densité des os (en l’absence de fracture anormale), l’hypercholestérolémie ne sont pas des maladies.»Alors pourquoi médicaliser à tout prix l’avancée en âge et la vieillesse quand elle n’impacte pas la qualité de vie?

Ne serait pas aussi revenir aux fondamentaux comme la pyramide de Maslow? Elle tient compte de la psychologie globale de l’être. Pour les séniors, il serait salvateur de dépasser la base de la pyramide concernant les besoins physiologiques et les besoins de sécurité en prenant en compte le besoin d’accomplissement qui en est le sommet. L’aboutissement de toute une vie.

Il serait temps d’appliquer une approche bienveillante envers les séniors pour favoriser leur bien-être psychologique et leur santé mentale.