LES FANTÔMES FACE À LA SCIENCE!

La suggestion joue un rôle non négligeable dans la croyance au paranormal et aux fantômes.

Depuis la crise liée au Covid, la parole scientifique est remise en cause et il y a un engouement pour les parasciences et les croyances au paranormal. Un peu plus de 40 % des Français croient aux fantômes.

Dans le film culte S.O.S Fantômes sorti en 1971, quatre professeurs d’université au chômage, décident d’ouvrir une société d’investigations paranormales. Ils doivent lutter contre un dieu sumérien malveillant. Il s’agit d’une fiction fort sympathique qui reprend la thématique des croyances irrationnelles sur l’existence des fantômes dans la parapsychologie.

Selon l’une des études du psychologue Richard Wiseman, professeur à l’université de la Hetfordshire, 25 % des Britanniques auraient déclaré avoir vu au moins une fois dans leur vie un fantôme. Il semblerait qu’au fil du temps, les fantômes côtoient de plus en plus nos voisins d’outre Manche. En 1950, ils n’étaient que 5% des Britanniques qui les voyaient, 14 % en 1980, 19 % en 2003 et 25 % aujourd’hui. Cette montée en puissance de la croyance aux fantômes est révélatrice du retour de la pensée magique, et à une remise en cause du scientisme depuis une trentaine d’années! S’il n’y avait que les croyances au paranormal concernées, aujourd’hui, les fakenews scientifiques malmènent la méthodologie scientifique!

Le psychologue Richard Wiseman étudie d’une manière rigoureuse le sujet de la « pensée magique » ou de la pensée irrationnelle. Il a publié sur cette thématique plus de 100 articles, notamment dans des revues scientifiques comme Nature, Pyschological Bulletin ou le PlosOne.

Sur son blogRichard Wiseman relate ses recherches dans les lieux hantés. Dont Hampton Court Palace qui serait hanté selon les dires de certains par le fantôme de Catherine Howard, cinquième épouse du roi Henri VIII reconnue coupable d’adultère et fut décapitée. Au XIX siècle, une partie du château fait l’objet de phénomènes étranges dans la galerie où elle avait été trainée en arrière après s’être jetée aux pieds du roi son époux pour demander qu’on la gracie. Richard Wiseman et son équipe de chercheurs ont été sollicités pour enquêter scientifiquement, trouver des réponses rationnelles à ces supposées présences fantomatiques. Selon lui, « ces expériences ne semblaient pas être induites par les connaissances historiques de ces gens sur ces lieux, (avant leur visite); les personnes qui croyaient en l’existence de fantômes aient rapporté plus d’expériences que les mécréants. Certaines de ces expériences ont été causées par des phénomènes naturels, tels que des courants d’air subtils et des changements de température de l’air, et il y avait des preuves provisoires reliant ces endroits où les participants ont rapporté leurs expériences avec certains types d’activité géomagnétique.» Le géomagnétisme n’est pas une activité paranormale!

Les fantômes ne se manifestent pas qu’en Grande-Bretagne, et nous en avons aussi en France. Ainsi, des événements paranormaux se seraient produits dans une maison en août 2014 Un couple de retraités aurait eu sa maison saccagée par des esprits frappeurs. Les médias nationaux comme TF1 et FR3 avaient relayé ce fait divers paranormal au même titre qu’une prouesse scientifique.Ceux qui croient au paranormal ont en été pour leurs frais avec cette histoire de phénomène de hantise. Il s’agissait d’un canular monté de toutes pièces par la propriétaire de la maison et de son neveu de 12 ans.

La suggestion joue un rôle non négligeable dans la croyance au paranormal et aux fantômes, plus particulièrement celle qui est verbale. Et bien évidemment confortée par les médias. Souligné par Richard Wiseman, « Je pense que cela est principalement dû à un nombre croissant d’évocations de fait paranormaux à la télévision. Un simple événement tel qu’un bruissement reste le même, mais la perception psychologique que l’on en a est modifiée ». 

Il y a des lieux qui inspirent ces croyances au paranormal et à la hantise. Ils sont souvent liées au folklore populaire. Une architecture bizarroïde dans un endroit isolé, un meurtre ou un propriétaire asocial et hop la légende de la maison est faite. Parmi ces endroits hantés, il y a la Maison qui saigne à St Quentin dans l’Aisn. les habitants se sont plaints d’entendre la nuit des bruits de casserole ou des gémissements. Les habitants affirment avoir vu les murs qui saignent. La maison finira par être démolie et on découvrira des squelettes de soldats allemands de la première guerre mondiale.

Comment les neurosciences expliquent-elles (hors canular) certains fondements de ces croyances irrationnelles fondées sur des distorsions de la réalité, des hallucinations parapsychologiques, des sensations étranges de présences invisibles auxquelles on donne le nom de fantôme, d’esprit. Cela peut-il arriver à tout le monde ou faut-il souffrir de troubles psychiques pour voir des fantômes?

Une équipe de l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) vient de montrer qu’un tel « sentiment de présence » pouvait être généré en laboratoire, à l’aide d’un robot, par la simple perturbation du mécanisme de perception spatio-temporelle. Cette équipe publie dans la revue Current Biology un article décrivant ce dispositif. De nombreux travaux avaient déjà associé ces « apparitions » à des perturbations cérébrales chez des schizophrènes, épileptiques, migraineux… Autrement dit, les fantômes n’existaient que dans nos têtes.

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UN AUTRE REGARD SUR LA VIEILLESSE AVEC LES SUPERAGERS!

La vieillesse est un mirador qui permet d’avoir une vue panoramique sur la vie (Dona Maurice Zannou)

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Un article publié dans JNeurosci a suscité ma curiosité. Il évoque le substrat biologique lié au vieillissement cognitif exceptionnel observé chez certains séniors appelés les « SuperAgers »! Cette dénomination se retrouve dans des revues scientifiques consacrées au vieillissement. La Northwestern University SuperAging Research (Chicago) et ses programmes scientifiques et médicaux étudient ces personnes exceptionnelles.

Le terme de SuperAge bouscule les idées reçues sur le déclin cognitif lié à l’âge et les préjugés liés au vieillissement popularisés par l’expression OK Boomer. Ce n’est pas un terme fantaisiste. Il s’appuie sur les données scientifiques de la psychologie du vieillissement et la neuropsychologie.

Remettons les pendules à l’heure. Comment définir un SuperAger? Je reste volontairement floue sur cette notion de personne âgée car je considère qu’il y a une part sociétale importante qui participe au clivage des générations; même si à partir du curseur déterminé par l’âge chronologique (pas forcément en adéquation avec l’âge physiologique), c’est le pré carré de la gérontologie et de la gériatrie. Mais également, celui de la psychologie du vieillissement, une nouvelle spécialité qui s’est développée depuis des années 90, compte tenu du vieillissement de la population mondiale.

Le terme de SuperAger est clairement délimité dans la recherche médicale. Des critères ont été développés pour identifier des nouvelles caractéristiques anatomiques, biologiques, génétiques associées au phénotype et psychosociales du SuperAger. Il y a l’âge ( celui de 80 ans et +), la performance de la mémoire épisodique et les capacités cognitives.

Ces personnes ont des capacités cognitives et de mémoire similaires à des personnes beaucoup plus jeunes. Le terme de superager a été popularisé par les travaux de neuroscientifiques américains qui ont montré que certaines personnes âgées avaient un cerveau aussi performant que des personnes beaucoup plus jeunes qu’elles. Des personnes de plus de 80 ans qui obtiennent des résultats similaires à des personnes âgées de vingt à trente ans de moins qu’elles aux tests de mémoire, c’est pas mal, non?

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QUAND L’EMDR INDUIT DES FAUX SOUVENIRS.

Les faux souvenirs d’abus sexuels induits par une mauvaise prise en charge psychothérapeutique sont un sujet sérieux qui concerne les professionnels de la santé mentale mais aussi le grand public.

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Dans ce blog, certains de mes posts traitent d’un sujet sulfureux qui est celui des faux souvenirs d’abus sexuel induits par une mauvaise thérapie. La mémoire corrompue et falsifiée par une psychothérapie à base de suggestibilité, et est susceptible d’amener un patient à porter des accusations graves d’abus sexuels sur un proche alors que ces violences ne se sont jamais produites.

Les faux souvenirs d’abus sexuels induits par une mauvaise prise en charge psychothérapeutique sont un sujet sérieux qui concerne les professionnels de la santé mentale mais aussi le grand public.

Pour les lecteurs intéressés par les conséquences des faux souvenirs sur la santé mentale des victimes et les conséquences sur leur entourage (certaines personnes accusées à tort de viol derrière les barreaux,) voici quelques uns de ces cas cliniques que vous pouvez lire (ou relire) sur mon blog : Psychothérapie d’une princesse satanique, L’affaire Ramona, Au sujet du film Régression et des adorateurs de Satan, Se souvenir de sa naissance avec le Cri Primal.

Le sujet de ce post est encore celui des faux souvenirs induits par une thérapie à base de suggestibilité. La technique sur la sellette est celle de l’EMDR, et cette dérive de la psychothérapie se passe en Italie. Un psychothérapeute italien a été condamné à de la prison pour avoir induit de faux souvenirs d’abus sexuels chez Sara, une adolescente de quinze ans. La justice a bien identifié le coupable à l’origine des faux souvenirs induits.

C’est une première en Italie. Les dessous de cette affaire sont décrits dans l’article « Un psychothérapeute italien condamné à de la prison pour avoir induit de faux souvenirs » et à lire sur le blog Réalités Biomédicales du journaliste Marc Gozlan, médecin de formation.

Marc Gozlan explique dans son article le déroulement du process des faux souvenirs induits. La technique de l’EMDR n’est pas sans risque car mal appliquée, elle peut falsifier la mémoire. C’est « un procédé oculaire qui réduit la vivacité et la charge émotionnelle liée à la mémoire autobiographique, et permet au cerveau de digérer l’évènement traumatisant...Cela souligne avec force « la nécessité d’une formation appropriée et de programmes éducatifs pour les thérapeutes sur la science de la mémoire », estiment Henry Otgaar et ses collègues criminologues et psychologues.»(sic)

Le psychothérapeute italien est condamné à quatre ans de prison avec interdiction de pratiquer la psychologie et la psychothérapie pendant deux ans. « Le tribunal a motivé son verdict en déclarant que de faux souvenirs ont été implantés par des « méthodes hautement suggestives et inductrices » afin que Sara soit convaincue d’avoir été sexuellement abusée par son père.» (sic)

L’un des points forts de cet article, c’est celui des dialogues entre Sara et son psychothérapeute. Ils mettent en lumière les erreurs à éviter pour conduire un entretien en psychothérapie. Et on voit bien la suggestion du thérapeute qui aiguille les propos de Sara qui aurait été abusée par un ami de son père et par son père.

L’histoire de Sara pose la question de la formation des thérapeutes sur la science de la mémoire et de celle de l’utilisation éthique des techniques suggestives en thérapie.

Faut-il ou non les utiliser? Sont-elles adaptées à tout le monde? Quelle est la balance bénéfice/risque? Depuis les années 80, les dérives des techniques à base de suggestion ont bien été cernées avec les risques de générer des faux souvenirs, mais et il semblerait qu’elles soient toujours prolixes. Derrière certaines de ces techniques, on retrouve souvent cette vieille croyance sur l’existence de traumatismes refoulés dans la mémoire depuis X temps. Comment ne pas se référer à cette étude américaine publiée en 2019 dans Clinical Psychological Science qui indiquait que 9 % des 2 326 patients en  thérapie s’étaient vus interrogés sur l’existence de souvenirs refoulés. »(Sic)

Scott O.Lilienfield (1960-2020) défenseur des traitements et méthodes fondées sur les preuves dans le domaine et coauteur de l’ouvrage « Science et pseudo science en psychologie clinique »a dans son livre « 50 mythes de la psychologie populaire » consacré un chapitre sur les croyances infondées concernant le fonctionnement de la mémoire telles que la mémoire fonctionne comme une vidéo en appuyant sur la touche replay, la mémoire réprimée lors de traumas, etc. Données hélas toujours d’actualité!

Pour lire l’intégralité de cette histoire passionnante, rendez vous sur l’excellent blog Realités Biomédicales du journaliste Marc Gozlan, et ne manquez pas de vous référer à la biographie sur les faux souvenirs qui se trouvent à la fin de son article.

PSYCHOTHÉRAPIE D’UNE PRINCESSE SATANIQUE

Le cas clinique de de la Princesse Satanique est la plus célèbre affaire de supposé rite sexuel sataniste. En réparation du préjudice causé par cette dérive de la psychothérapie, Patricia obtint 10,6 millions de dollars de dommages et intérêts.

Nous sommes en 1995. documentaire. Frontline, chaîne de TV diffuse l’émission « A la recherche de Satan » où l’une des séquences montre Patricia Burgus en thérapie avec le psychiatre Bennet Braun. Son histoire estracontée e dans « Science and Pseudoscience in clinical psychology », ouvrage qui répertorie les dérives des psychothérapies et leurs fondements pseudo-scientifiques.

Patricia est mère au foyer. Elle a vingt neuf ans. Après la naissance de son fils en 1982, elle souffre de dépression post-partum. Pour en venir à bout, elle va suivre une thérapie avec une travailleuse sociale. Rien d’extraordinaire en cela car beaucoup de femmes soufrent de dépression post-partum et une prise en charge médicale adéquate permet de la traiter.

Cette thérapeute utilise la méthode du jeu de rôle et incite Patricia à parler avec une voix d’enfant, en attribuant des surnoms à chacune de ses humeurs comme Super slow et Religious One (Patricia était très croyante). Elle lui met entre les mains une brochure sur le trouble des personnalité multiples (TPM), ce qui convainc Patricia qu’elle en en souffre. La psychothérapeute la recommande au docteur Braun, psychiatre et spécialiste du TPM, exerçant au prestigieux hôpital presbytérien de Chicago.

Pendant plus de deux ans, Patricia va être internée. Lors de ce séjour, elle suivra quotidiennement des séances d’hypnose, prendra des psychotropes puissants, et sera attachée régulièrement avec des sangles de cuir. Patricia ne souffre pas que de dépression post-partum mais surtout du « Trouble des Multiples Personnalités », l’une des conséquences du Rite sataniques d’Abus Sexuels (ASRS). Une notion née en 1980 et employée par Lawrence Pazder, un psychiatre canadien.

Pour comprendre l’aberration du rituel satanique, il faut évoquer en quelques mots l’Amérique des années 90 obsédée par la violence des cultes sataniques, réels ou imaginaires. Durant cette période, les rumeurs sur les adorateurs du Diable vont aller bon train et faire tâche d’huile jusqu’à l’hystérie collective. Les médias font circuler des vidéos supposées tournées par les adorateurs de Satan. Enregistrement de messes noires où des adolescentes seraient violées ainsi que des sacrifices rituels des bébés. De quoi faire froid dans le dos! Après enquête, le FBI a affirmera qu’il n’y avait absolument aucune preuve de l’existence d’un seul cas d’abus rituel satanique dans toute l’Amérique.

Cette vague d’allégations mensongères est connue sous le nom de Satanic Panic ou panique satanique. Une dénomination culturelle anglo-saxonne de l’hystérie collective liée au satanisme.

Le contexte dans lequel s’est développé cette hystérie collective est particulier. Outre Atlantique, les adorateurs de Satan ont pignon sur rue à l’instar de ceux de l’Église sataniste d’Anton Sanzdor LaVay. Surnommé « le pape noir », il fonde son église en 1966. Dès les années 80, des télévangélistes, des Pentecôtistes, fondamentalistes et encore plus surprenant des thérapeutes dénoncent sur de simples rumeurs les activités criminelles des satanistes.

L’abus sexuel ritualisé sataniste « étiquetait » des personnes violées au cours de messes noires et totalement amnésiques de ces violences. Il se manifestait par un Trouble des Personnalités Multiples suivant les critères du DSM de l’époque. Ce trouble se caractérise par la présence de deux ou plusieurs personnalités distinctes, les alters qui prennent le contrôle de la personnalité principale, l’hôte. Ce dernier ignore l’existence de ses autres personnalités et n’en garde aucun souvenir.

Aujourd’hui, le trouble des personnalités multiples ne figure plus comme tel et a été remplacé par le trouble dissociatif de l’identité ( TDI). À l’époque où existait le TPM, et c’est important pour comprendre l’affaire Patricia Burgus, il a été démontré que c’était les thérapeutes qui induisaient les faux souvenirs et le Trouble des Personnalités Multiples des techniques de récupération des souvenirs à base de suggestion provoquant des États Modifiés de conscience (EMC). Sous la conduite du thérapeute zélé qui le met en EMC, le sujet va avoir des flashs, des images ou des bribes de scènes du trauma originel qui sont automatiquement interprétés comme les souvenirs du trauma.

Pour être diagnostiqué comme souffrant de suites de rites sataniques d’abus sexuels, le patient devait répondre à plusieurs critères dont celui d’avoir été violenté par ses parents membre d’une secte sataniste, avoir participé à des rites cannibales et à des sacrifices de bébés. Tous ces critères seront remplis pour Patricia par le Dr Braun. Sous son influence et conditionnée à bloc, Patricia en arrivera à dire, de bonne foi, qu’elle avait été violée par des panthères, des tigres et des gorilles.

Le bon Docteur fit non seulement hospitaliser Patricia mais également ses deux fils, âgés respectivement de quatre et cinq ans car eux aussi supposés souffrir du Trouble des Multiples Personnalités car étant un signe de famille dysfonctionnelle. Ils alléguèrent que leur mère pratiquait bien un culte satanique, qu’ils avaient eux aussi participé à des rites cannibales où l’on dévorait des bébés encore vivants. Ce fut pris comme argent comptant par l’équipe médicale. Au fil de la thérapie, l’équipe médicale les amena à intégrer le fait qu’ils étaient des « tueurs nés ». La thérapie des enfants de Patricia comprenait des menottes et l’utilisation d’armes à feu pour voir si leur maniement leur était familier. Mieux que le film de Roman Polansky, Rosemary’s Baby, non?

Selon l’équipe médicale, Patricia était une mère incestueuse envers ses fils, était l’hôte de trois cent personnalités, une « princesse satanique » en charge de neuf états américains, et s’était livrée au cannibalisme sur plus de deux mille cadavres.

Le délirant Dr Braun soutint mordicus à la « Princesse Satanique que la viande du hamburger apporté par son mari était d’origine humaine. Au bout de trois ans d’internement, comme l’assurance-santé de Patricia ne couvrait plus ses frais, Patricia sortit de l’hôpital. L’assurance maladie avait déboursé pour elle et ses trois fils la coquette somme de 3 millions de dollars.

Mais comment a-t-on pu laisser le Dr Braun, pourtant psychiatre et exerçant dans un prestigieux hôpital détruire la vie de sa patiente et de ses enfants, abuser de sa confiance?

Le Dr Braun était l’un des leaders du mouvement des souvenirs récupérés. Au milieu des années 1980, il avait publié une vingtaine d’articles sur le trouble des personnalités multiples. Il avait à hôpital de Chicago une unité dédiée à son traitement; son cheval de bataille était le satanisme.

Le cas clinique de la « Princesse Satanique »est la plus célèbre affaire de supposé rite sexuel sataniste. En réparation du préjudice causé par cette dérive de la psychothérapie, Patricia obtint 10,6 millions de dollars de dommages et intérêts. L’ordre professionnel de l’Illinois raya le Dr Braun du conseil de l’ordre pendant deux ans suivi d’une période de probation de cinq ans.

Le docteur Braun contesta le paiement de cette indemnité. Il resta droit dans ses bottes en soutenant que son diagnostic et son traitement étaient adaptés. « il ne croit pas avoir fait quoi que ce soit mal » déclara son avocat en affirmant qu’il ne pouvait pas donner de détails supplémentaires au risque de violer la confidentialité patient/médecin.

L’histoire de Patricia Burgus n’est pas isolée. Il y a eu d’autres affaires judiciaires d’abus rituels satanistes, démontrant qu’il était possible de falsifier la mémoire des patients et de leur faire croire qu’ils avaient fait des actes innommables en pratiquant avec eux « une thérapie fondée sur la régression et des souvenirs récupérés». Les techniques de la mémoire récupérée les plus fréquentes sont l’imagerie guidée, l’hypnose (non médicale) induisaient ces faux souvenirs de messes noires.

Ces thérapies basées sur les « expériences émotionnelles du passé » prises pour des vérités ont pu se propager grâce à la lame de fond du New Age. L’un de ses chantres  est la journaliste américaine Marilyn Ferguson, qui avec son best-seller « La Révolution du Verseau » diffusa les principes de base de cette révolution spirituelle. Une nouvelle approche des psychothérapies fut proposée par l’institut d’Esalen en Californie, et les scientifiques du New Age fondèrent le mouvement de la « Gnose de Princeton ». Bien loin des règles de « l’Evidence Based Medecine», et en créant d’innombrables dégâts dans la psyché de clients qui leur firent confiance, et en propageant des théories pseudo-scientifiques qui perdurent encore dans le développement personnel.

Notes: Le mode opératoire lors d’un diagnostic de ASRS était le suivant : Dans la plupart des cas répertoriés, les clients suivaient une thérapie (soit individuelle ou de groupe) avec un thérapeute adepte du New Age, et en rupture avec la pratique traditionnelle de la psychiatrie. Le thérapeute adhérait aux croyances spirituelles et  pseudo-scientifiques du New Age. La plupart du temps, ces thérapeutes du New Age n’obtenaient pas l’aval des ordres des professionnels car les méthodes étaient considérées comme expérimentales, et peu fiables.

Certains praticiens étaient diplômés en médecine, et appartenaient à des ordres professionnels qui encadraient tant bien que mal leurs pratiques lorsqu’elles dérapaient. Ainsi pour le Dr Fredrickson, qui pratiquait l’hypnose sur les personnes supposées souffrir de d’abus sexuel ritualisé sataniste, l’Ordre n’avait pas réussi à faire comprendre aux patients que «l’hypnose peut donner l’impression d’avoir des souvenirs vivaces, qui en fait sont faux mais contribue à renforcer des convictions (d’avoir été abusé) ». (Walter-Singleton, 1999).

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