BLUE MONDAY: LA PROPHÉTIE QUI SE VEND TOUTE SEULE.

Le Blue Monday n’est pas un diagnostic, mais de la psychologie de comptoir. C’est un mythe rentable entretenu par la suggestibilité, et fabriqué de toutes pièces par le marketing.

Saisonnalité de l’humeur et confusion médiatique

Janvier est le mois où la nuit tombe tôt et, où le matin, la lumière se fait attendre. Les jours sont courts. À cela s’ajoute la date supposément maudite du troisième lundi de janvier. Cette année, il tombait le 19 janvier et porte un nom désormais bien installé dans l’imaginaire collectif : le Blue Monday.

Le Blue Monday est censé être le jour le plus triste et le plus déprimant de l’année. Vous vous souvenez peut-être de ce que vous faisiez ce jour-là! Avez-vous lu les journaux, écouté les médias, intégré l’idée que cette journée devait être particulièrement sinistre? Ou bien votre humeur était-elle simplement celle d’un lundi ordinaire ? Pour ma part, c’était un jour comme un autre. Je n’ai appris que tardivement que c’était une journée maudite.

Quelle est l’origine de cette journée si particulière du mois de janvier ?
Le terme Blue Monday dériverait de l’expression allemande datant du XVIᵉ siècle, « blauer Montag », qui désignait un lundi chômé, souvent après les fêtes ou des excès d’alcool. Le Blue Monday également à une forme de mélancolie liée à la reprise de l’activité professionnelle le premier jour de la semaine, après le week-end.

Si le Blue Monday a gagné en popularité dans les médias et sur les réseaux sociaux, c’est à la suite d’une campagne publicitaire du voyagiste Sky Travel, lancée en janvier 2005, et présentée sous un vernis psychologique censé combattre la dépression.

Cette campagne affirmait que le troisième lundi du mois de janvier était le jour le plus sinistre de l’année, en invoquant la convergence de plusieurs facteurs : la météo, la brièveté des journées, le froid et le spleen de l’après-fêtes. Pour donner à cette affirmation un caractère scientifique, le voyagiste fit publier un communiqué de presse signé par le docteur Cliff Arnall, psychologue au Centre for Lifelong Learning, rattaché à l’université de Cardiff.

Les psychologues ont rapidement été vent debout contre ce communiqué signé par Cliff Arnall, dénonçant une opération commerciale dénuée de toute rigueur scientifique. Arnall tenta de se justifier en affirmant qu’il fallait, par tous les moyens, faire avancer la recherche en psychologie. Ses collègues ne furent guère convaincus par ces explications.

Les dessous de cette opération marketing, cherchant à se parer d’un vernis scientifique, sont révélateurs. On pourrait presque, ironiquement, saluer l’imagination débordante des publicitaires: l’opération fut en effet un franc succès pour Sky Travel, à défaut de faire progresser la recherche en psychologie.

Le Blue Monday persiste aujourd’hui dans l’imaginaire collectif, tout en véhiculant une vision erronée de la santé mentale.

La dépression, comme d’autres troubles psychiques, n’est ni une affaire de calendrier ni de conditions météorologiques. La confondre avec une simple baisse de moral saisonnière associée à un jour précis de l’année revient à méconnaître la profondeur et la complexité de ces pathologies.

Osons le dire: le Blue Monday relève avant tout une mascarade fondé sur un argument commercial. Pour la petite histoire, le communiqué signé par Cliff Arnall avait été pré-rédigé par le service marketing du voyagiste, puis transmis à plusieurs universitaires.

Le fameux remède qui est de partir en voyage pour atténuer les effets du Blue Monday, n’est pas le résultat d’une étude universitaire rigoureuse. Selon plusieurs sources médiatiques, Cliff Arnall aurait été rémunéré environ 1 200 livres sterling par Sky Travel pour cette contribution. Cela suffit à souligner la nature strictement commerciale de l’origine du concept.

Il s’agit, de fait, d’un conflit d’intérêts manifeste! Un universitaire est payé par un voyagiste pour produire un discours pseudo-scientifique favorisant des intérêts commerciaux. Un mélange des genres pour le moins douteux, qui explique la réaction critique de ses pairs. ll s’agit d’une captation symbolique du mal-être psychique à des fins commerciales comme vendre des voyages en exploitant une humeur supposée collective.

Il faut également souligner que ce communiqué de presse s’accompagnait d’une équation aux faux airs algébriques, censée renforcer l’argumentaire du voyage salvateur qui ferait oublier le Blue Monday.

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HÉRITAGES IMAGINAIRES

Une analyse critique de la psychogénéalogie, distinguant rigueur généalogique, interprétation psychanalytique et dérives pseudo-scientifiques. Retour sur les glissements conceptuels.

Généalogie et psychogénéalogie : rigueur, interprétation, confusion

@NBT

À partir des années 1970, la généalogie connaît un regain d’intérêt marqué dans les sociétés occidentales. Aux États-Unis, cet engouement est largement attribué à la diffusion de la série télévisée Roots, adaptée du livre d’Alex Haley, retraçant la saga d’une famille afro-américaine depuis ses origines africaines. La diffusion de cette série sur la chaîne ABC constitue un moment charnière et a permis de populariser la recherche généalogique auprès d’un large public. Elle a démontré qu’il était possible de reconstruire une histoire familiale sur plusieurs générations à partir de sources historiques, malgré des lacunes de l’état civil, les manques de certaines archives administratives ou les traumatismes de l’histoire.

De l’autre côté de l’Atlantique, en France, l’intérêt pour la généalogie s’est accru progressivement à partir des années 1980. Une étude menée en 2011 par un sociologue auprès de près de 11 000 généalogistes a mis en évidence plusieurs facteurs déclencheurs. Pour les générations les plus âgées, la disparition progressive des ascendants les place en tête de ligne générationnelle, suscitant un besoin de transmission et de clarification de l’histoire familiale. Les photographies anciennes, les silences, les non-dits et les romans familiaux alimentent alors le désir de se tourner vers les archives officielles afin d’établir des faits vérifiables et de reconstituer des trajectoires familiales. Quoi qu’il en soit, la généalogie s’est imposée comme un loisir structuré et durable, aussi bien aux États-Unis qu’en France.

L’intérêt de la filiation ne date pas d’hier. Dès l’Antiquité, l’œuvre du poète grec Hésiode, « La Théogonie », qui retrace l’origine et la filiation des dieux, est parfois citée comme l’une des premières tentatives de mise en récit généalogique. Loin d’être une simple curiosité, la généalogie était alors un véritable pouvoir pour revendiquer une descendance divine ou héroïque aux fins de légitimer une famille royale ou une cité. Sans relever d’une démarche scientifique au sens moderne, ce type de récit témoigne d’un besoin ancestral d’inscrire les individus dans une lignée pour justifier leur rang et leur rôle dans la société.

Aujourd’hui, un Français sur deux a déjà entrepris des recherches sur sa famille afin d’en comprendre l’histoire et de la transmettre aux générations futures. Pour beaucoup cependant, cette démarche s’avère complexe. Si la généalogie n’est pas une science expérimentale à proprement parler, elle exige en revanche une rigueur méthodologique élevée lorsqu’elle est pratiquée selon les règles établies par les généalogistes. Elle repose sur des bases factuelles issues de disciplines connexes telles que l’histoire, la paléographie, l’archivistique ou encore la démographie historique.

À partir de ces fondements, la généalogie mobilise des sources précises et codifiées : actes d’état civil (naissances, mariages, décès), registres paroissiaux, actes notariés, archives judiciaires, recensements, archives militaires, minutes et tables décennales. L’une des règles centrales de la discipline est que toute information doit être sourcée, et non approximative. Chaque donnée doit être localisable, datée, référencée et reproductible par tout chercheur.

À ce titre, la généalogie documentaire peut être rapprochée, par ses exigences de vérifiabilité et de traçabilité, de certaines pratiques de la science expérimentale: on n’est pas dans l’interprétation, mais dans l’établissement de faits.

La généalogie repose sur un ensemble de principes méthodologiques stricts tels que la cohérence des documents, l’authenticité des sources, la prise en compte du contexte historique, la comparaison des sources disponibles et la hiérarchisation des preuves. Ses cadres institutionnels sont solides, puisqu’elle s’appuie sur les archives nationales et départementales, sur des normes de conservation précises et sur des règles d’accès légales clairement définies.

Cette pratique s’inscrit dans ce triptyque: droit / histoire / administration. Les actes et documents consultés relèvent d’un cadre juridique car ils sont produits dans un contexte historique donné et sont conservés selon des procédures administratives normalisées. Dans ce cadre, il n’y a pas d’interprétation subjective des faits eux-mêmes, si ce n’est celle inhérente au travail de recherche (choix des sources, organisation des données). Les informations établies restent factuelles, vérifiables et contrôlables. Ce caractère peut paraître austère, voire ennuyeux, mais il constitue précisément la garantie de la rigueur et de la fiabilité de la démarche généalogique.

Malheureusement, on observe depuis plusieurs décennies un glissement sémantique et conceptuel de la généalogie vers une pratique se réclamant d’une approche transgénérationnelle et psychologique, communément désignée sous le terme de psychogénéalogie, aussi appelée analyse transgénérationnelle.

Contrairement à la généalogie documentaire, cette approche ne repose pas sur un cadre méthodologique validé scientifiquement, mais sur une interprétation subjective du roman familial, visant à attribuer aux non-dits, aux répétitions et aux événements du passé une portée explicative directe sur le présent. Elle est généralement classée parmi les pseudosciences, en raison de l’absence de critères de falsifiabilité et de validation empirique. De nombreuses dérives sectaires ont par ailleurs été signalées, ce qui justifie un examen critique rigoureux de ses fondements et de ses usages.

Développée dans les années 1970 par Anne Ancelin Schützenberger, la psychogénéalogie s’inscrit dans le parcours d’une psychologue dont la trajectoire académique et internationale est représentative de son époque. Formée en France et à l’étranger, elle a été en contact avec plusieurs figures majeures de la psychologie, de l’anthropologie et des théories de la communication, telles que Carl Rogers, Margaret Mead, Gregory Bateson et Paul Watzlawick. Ces références ont largement influencé les approches relationnelles et systémiques du XXe siècle, et constituent le socle théorique dans lequel la psychogénéalogie a émergé.

Anne Ancelin Schützenberger a introduit le génogramme, un outil de représentation graphique visant à situer un individu au sein de sa constellation familiale. Pris isolément, le génogramme constitue un instrument descriptif, permettant de visualiser des liens de parenté, des événements de vie ou des répétitions factuelles au sein d’une lignée. Il est parfois utilisé par des professionnels comme support de discussion ou de repérage.

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VOEUX DE NOUVELLE ANNÉE: LUCIDITÉ CONTRE LA DÉSINFORMATION.

À l’heure des fake news et de la désinformation, ce blog choisit la lucidité, la méthode et le refus des certitudes faciles.

J’ai réouvert ce blog en septembre dernier avec la volonté de dépasser les idées reçues et de remettre en perspective les discours simplistes. L’objectif est d’offrir une analyse critique et exigeante sur ce qui se dit et se fait sous l’étiquette « psychologie » et, plus largement, dans le champ des pseudo-sciences. Depuis, cinq billets ont tracé quelques lignes de force, pas un credo, juste une direction.

Le premier texte publié à la rentrée, Démystifier le charlatanisme avec l’humour : la voie du Palmashow, posait d’emblée l’une des lignes directrices de ce blog : montrer que l’esprit critique n’exclut ni l’ironie ni la culture populaire, et que l’humour peut être un outil efficace pour déconstruire les discours pseudo-scientifiques sans les sacraliser ni les dramatiser.

Dans Noël, cadeaux, injonction au bonheur, j’ai souligné combien nos rituels culturels peuvent être à la fois porteurs de lien et de contraintes émotionnelles implicites, une fête n’est pas nécessairement une norme qui s’impose à toutes et tous de la même façon.

Quand le quotidien change de règles explore, à travers des récits concrets, comment les schémas relationnels automatiques (méfiance, jeux à somme nulle) se fissurent parfois au contact d’un geste gratuit.

L’article Blessés de l’âme revient sur la souffrance invisible des soldats de 14-18 et sur la genèse de ce que nous appelons aujourd’hui le stress post-traumatique, nous rappelant que la souffrance humaine n’est pas toujours visible, mais qu’elle reste profondément réelle.

Les autres billets publiés cet automne ont fait dialoguer critique des pseudo-solutions simplistes, humour lucide et scepticisme bienveillant face aux discours trop lisses, une invitation à lire plus large, plus profond, moins en pilote automatique.

Ce travail critique ne concerne pas seulement le faux ou l’irrationnel, mais aussi la question de l’autorité scientifique. L’un des fils conducteurs de ce blog porte sur les dérives internes de la science, lorsqu’elle cesse d’être une méthode pour devenir un argument d’autorité.

L’histoire des sciences, et plus encore celle de la psychologie, montre que les erreurs ne viennent pas seulement de l’irrationnel, mais aussi de certitudes prématurées, de consensus fragiles, d’angles morts institutionnels, et parfois d’un mélange trouble entre bonnes intentions, pression sociale et simplification excessive.

Débunker, ici, c’est faire de la science : exercer l’esprit critique, interroger les méthodes, confronter les hypothèses aux faits, et refuser toute sacralisation qui dispenserait de penser.

Un merci sincère à vous qui avez lu ces billets, ou simplement effleuré ce site au détour d’un lien. Merci non pas pour un chiffre, ni pour une performance, mais pour votre attention, souvent silencieuse, toujours singulière.

Pour l’année à venir, je ne formule pas de vœux spectaculaires.
Je nous souhaite davantage de lucidité que de certitudes, plus de méthode que de désinfoirmation, et le maintien d’un esprit critique vivant, y compris, et surtout là  où il dérange.

Que 2026 laisse encore de la place au doute fécond, à la pensée rigoureuse, et à cette forme de liberté intellectuelle qui consiste à ne pas confondre science, croyance et autorité.

NOËL, CADEAUX, INJONCTION AU BONHEUR.

Les fêtes de fin d’année sont souvent présentées comme une parenthèse enchantée. Pourtant, derrière cette norme collective, tout le monde ne vit pas Noël de la même façon.

QUAND LE RITUEL COLLECTIF SE HEURTE AUX EXPÉRIENCES INDIVIDUELLES

Et si nous parlions de la trêve des confiseurs et des traditions des fêtes de fin d’année ?

Entre Noël et le jour de l’an, cette parenthèse est souvent présentée comme un temps à part. Les réunions festives se succèdent, les familles se retrouvent, et l’on voit parfois, dans les rues ou au bord de la mer, plusieurs générations marcher ensemble, aider les plus âgés et partager un moment simple.

Autour de tables dressées avec la vaisselle d’apparat, on déguste des mets délicats. C’est également le temps de l’échange de cadeaux, rituel largement partagé, qui matérialise l’idée de lien, de générosité et de continuité familiale.

La dimension commerciale de Noël suscite régulièrement des critiques.Émile Cioran parlait à ce sujet d’un « cauchemar de l’opulence », soulignant l’ambivalence d’un moment où la générosité affichée côtoie l’excès. Mais au-delà de ces débats, la fête demeure un rituel collectif, profondément ancré dans notre culture.

L’esprit de Noël repose ainsi sur un mélange de profane et de sacré, auquel chacun se prête, parfois avec plaisir, parfois à contrecœur, mais qui s’impose comme une norme collective. L’échange de cadeaux en est l’expression la plus visible. Dans nos sociétés contemporaines, il relève à la fois du don et de la marchandise, mais obéit à une logique bien connue qui est celle de donner, recevoir et rendre.

Ce rituel, censé renforcer les liens, peut aussi devenir une contrainte émotionnelle, tant il engage des attentes implicites, des obligations symboliques et une injonction à l’adhésion. Plus qu’à d’autres moments de l’année, il ne s’agit pas seulement de participer, mais de manifester la bonne attitude, de montrer que l’on a intériorisé l’esprit de Noël.

Avant même d’être offert, le cadeau de Noël s’inscrit dans une logique exigeante. La recherche du cadeau qui fait plaisir mobilise du temps, de l’argent et une charge émotionnelle non négligeable. À Noël plus qu’à d’autres moments, le consommateur rationnel demeure une abstraction. 

La variété des options, surtout pendant les festivités de fin d’année, ne garantit pas le bien-être. La quête effrénée des cadeaux peut rapidement tourner au cauchemar.

Pendant les fêtes de fin d’année, il est de bon ton de se montrer enjoué, euphorique et joyeux à tout prix en plus d’être généreux. Mais la tyrannie de la positivité nous rattrape à Noël, et tout le monde n’aime pas Noël et les fêtes de fin d’année en général. D’ailleurs, pour les personnes qui détestent Noël, on dit qu’ils sont noëlophobes. Ce n’est pas une pathologie reconnue officiellement, mais il faut tenir compte du mal-être, voire de la déprime que vivent certaines personnes à l’approche des fêtes de fin d’année.

Sans rejeter complètement les fêtes de fin d’année, il faut quand même souligner le revers de la médaille pour certaines personnes.

Il est parfois salvateur de résister aux injonctions qui entourent les fêtes de fin d’année. Rien n’oblige à les passer en famille lorsque celle-ci est dysfonctionnelle, conflictuelle ou simplement source de mal-être.

La sacralisation des retrouvailles familiales occulte trop souvent une réalité plus triviale : partager un repas ritualisé avec des personnes que l’on n’apprécie pas, que l’on ne voit qu’une fois par an, et dans un cadre chargé d’attentes implicites, peut s’avérer éprouvant.

Les fêtes de fin d’année s’accompagnent souvent d’une levée implicite des frontières. Sous prétexte de convivialité, certaines questions, sur la vie sentimentale, le travail ou la santé psychique, deviennent soudain légitimes. Or, rien n’oblige à tout partager. Poser des limites sur ce que l’on souhaite dire, ou taire, relève aussi d’une forme de préservation de soi.

La consommation d’alcool, fréquente lors des repas de fêtes, participe aussi à cette levée implicite des frontières, rendant dicibles des propos qui, hors de ce cadre ritualisé, resteraient contenus notamment lorsqu’ils concernent la sphère intime ou des sujets sociétaux clivants.

À Noël comme à d’autres moments, la préservation de soi peut passer par des choix à contre-courant de la norme, sans que ceux-ci aient à être justifiés, critiqués ou pathologisés

Il y a des personnes qui passent Noël seules pour diverses raisons: deuil, maladie, éloignement de la famille, séparation, conflits familiaux. Et c’est vrai que chez certaines personnes, la période des fêtes ravivent un profond sentiment de solitude car la société, les films et la publicité donnent l’illusion que c’est une période magique et idyllique. 

Mais il y en a d’autres, qui choisissent délibérément la solitude. C’est une parenthèse, pour eux, de retrait temporaire du monde loin de l’agitation supposée, festive. Il est important de rappeler que la solitude, dans ce contexte, n’ai pas vécu comme une punition. Si pour certaines personnes, passer les fêtes seules demeure une expérience difficile, chargée de tristesse ou de manque. Mais pour d’autres, cette mise à distance relève d’un choix, parfois mûrement réfléchi, et peut constituer une forme de libération qu’ils n’auraient pas eu s’ils avaient suivi les injonction sociétales.

Se soustraire à des configurations familiales conflictuelles, à des attentes émotionnelles excessives ou à des rituels vécus comme contraignants, n’est pas nécessairement un renoncement au lien, mais parfois une manière de se préserver, voire de se retrouver. La solitude n’est alors ni un échec social ni une anomalie psychologique, mais une modalité possible, légitime de vivre sereinement cette période.

Noël demeure un rituel collectif puissant, chargé de symboles, de normes et d’attentes implicites. Mais ces attentes ne s’imposent pas de la même manière à tous, et n’ont pas à être vécues sur un mode uniforme.

Reconnaître la diversité des manières de vivre cette période entre enthousiasme, distance, retrait, sobriété ou indifférence, relève moins d’une lecture psychologique que d’une liberté d’être, qui suppose aussi une suspension du jugement. Suspendre le jugement sur soi comme sur les autres, face aux injonctions festives, permet peut-être de redonner à ces fêtes leur véritable essence à savoir un espace où chacun peut exister sans avoir à se justifier, et ainsi vivre comme il lui semble.