LES DÉRIVES DU CHAMANISME AMAZONIEN, UN AVATAR DU NEW AGE

Le vocabulaire employé par les charlatans du chamanisme est un métalangage observé dans les dérives sectaires.

Photo d’un jaguar, félin de la forêt amazonienne, ©Gerry Ellis

La spiritualité du New Age est un bric-à-brac composé de psychologie de comptoir. C’est un nouveau prêt-à-penser religieux qui donne l’illusion d’une spiritualité faite sur mesure pour faire évoluer votre psyché en vous promettant le bonheur. Depuis ses origines en effet, le New Age est très lié au développement personnel. La société New Age, décrite en 1985, par Marilyn Ferguson dans son livre Les Enfants du Verseau est celle de l’âge du Verseau résumée en une seule expression: « l’ère de l’interconnexion. » Des esprits entre eux avec les mondes invisibles et l’Au-delà. La conquête du Bonheur par la psycho-spiritualité passe par la case « connaissance de soi », intrinsèquement liée à la «construction d’un soi spirituel». Un marché du temple Transpersonnel où l’ésotérisme prime sur la pensée rationnelle et où l’on promet la quatrième dimension.

Pour épouser cette nouvelle norme psycho-spirituelle, on doit emprunter l’autoroute brumeuse du surnaturel et de l’irrationnel promises par des séminaires d’évolution psycho-spirituelle. Les techniques pratiquées dans les stages de développement personnel sont une véritable épopée de la manipulation mentale. Ils font la bonne fortune des thérapeutes de l’ère du Verseau dévoyant nombre de courants de la psychologie. Le vocabulaire est édifiant, et est souvent emprunté à la spiritualité orientale mise à la sauce occidentale. La thérapie de couple se métamorphose en espace ouvert où les hommes et les femmes dépassent leurs peurs transmises depuis la nuit des temps. Les stages où l’on réapprend à respirer (sic) sont rebaptisés “respiration et rythme ancestraux”. Le décodage biologique -rien à voir avec l’A.D.N-et la conscience quantique – rien à voir avec la science des quanta-permettent de trouver le sens caché des «maux et des mots»du stagiaire. L’accompagnement en relation d’aide se fait psychocorporel multi-référentiel.  

Dans cet état d’esprit de l’ère de l’interconnexion new age, des personnes en recherche spirituelle vont se tourner vers le chamanisme amazonien. Il est d’ailleurs plus judicieux de parler de néo-chamanisme, terme employé dans le dernier rapport de la MIVILUDES!

Il existe une myriade de propagateurs de la foi chamanique, aussi occidentaux que vous et moi, qui ont été soi-disant qui instaurent des circuits touristiques au Pérou. Ils mettent sous emprise mentale avec l’ayahusca, une drogue puissante et hallucinogène aux effets comparables au LSD et interdite en France depuis 2005. Sur le plan anthropologique, c’est une boisson sacrée utilisée depuis des millénaires par les Indiens amazoniens. Elle est encore appelée Yagé ou liane de la mort. Ce breuvage se compose de deux lianes issues du biotope amazonien: le banisteriopsis et la chacruna, du DMT, substance interdite sur le plan international.

Ce n’est pas le goût de l’interdit ou la consommation d’une drogue qui incite à absorber l’ayahuasca durant des stages new age, mais le cadre d’un chamanisme magnifié par un étrange paradoxe: « la plus ancienne religion de l’humanité », de plus en plus délaissée par les poulations locales, séduit les Occidentaux convertis à la pensée bobo ou écolo et en quête illusoire de retour à la nature qui se serait perdue en Occident! Un syncrétisme new Age type. Le chamanisme amazonien dévoyé est un bidouillage pseudo-mystique éloigné des racines authentiques des ayahuasqueros! Sur le plan anthropologique, celui de Claude Levi-Strauss, il faut remettre les pendules à l’heure pour démarquer des pratiques dévoyées et sectaires du chamanisme amazonien.

Chez les authentiques Indiens, la cérémonie d’ayahuasca présente la particularité d’être une performance chamanique s’inscrivant dans un culte religieux. Et il en était déjà ainsi bien avant l’arrivée des missionnaires. Mais le New Age est un courant puissant qui capte et illusionne des personnes en quête de développement personnel! Il y a pléthore de livres de développement personnel, presque des bréviaires, qui se transmettent de bouche à oreille qui séduisent. J’ai noté quelques titres de livre de développement personnel sur le chamanisme qui en disent long sur le dévoiement anthropologique du chamanisme: « Le manuel du chaman », « Réveille le chaman en toi », « 50 exercices de chamanisme » etc…

La tradition amazonienne est respectable contrairement aux dérives sectaires du chamanisme amazonien. Je l’apparente au folklore populaire de de nos pays en Occident où les légendes, les croyances envers des êtres invisibles et la sorcellerie faisaient partie intégrante des mentalités collectives. S’appuyant sur les superstitions et la pensée magique, à l’opposé de la pensée rationnelle qui devrait caractériser toute démarche psychothérapeutique.

En anthropologie, le chamanisme amazonien est une religion de la nature animée par des entités invisibles qui communiquent avec l’ayahuasquero. La plante née du corps du défunt “Aya” fait la lumière sur le rôle joué par les innombrables divinités du panthéon inca. Ces dernières dirigeaient pratiquement chaque acte de la vie quotidienne. La maladie était la conséquence d’une offense commise à leur égard. Pour guérir leurs patients, les médecins entraient en contact avec les esprits pour s’attirer à nouveau leur faveur. Leur action sur les forces surnaturelles en faisait des prêtres-sorciers, des intermédiaires entre le Ciel et les hommes. Le pouvoir temporel ne faisait qu’un avec le pouvoir spirituel. Non seulement les prêtres incas soignaient le mal mais ils offraient également aux dieux des sacrifices, faisaient des incantations magiques et pratiquaient l’art de la divination.  

La pratique reposait sur la superstition. Cet état d’esprit s’est transmis à l’insolite relation qui lie l’ayahusquero ou curandero à celui qui vient le consulter. Dans l’esprit populaire des Amazoniens, l’origine des maladies est liée à des maléfices. Les maladies magiques font partie des croyances et des superstitions entourant la prise de l’ayahuasca. Pour ces populations aussi superstitieuses que déshéritées, qu’elles résident dans les bidonvilles ou dans une région isolée du bassin amazonien, il existe différentes sortes de maladies. Pour celles qui relèvent du fatum, la médecine populaire à base de plantes médicinales s’en charge tout comme par le passé chez nous l’herboriste. Et pour celles qui ont des causes surnaturelles, magie blanche et magie noire s’affrontent. 

En Amérique du sud, les chamans et les peuples amérindiens croient dur comme fer aux maladies magiques. Si une fièvre, une douleur ordinaire, un mal résiste à un soin approprié, il ne peut que s’agir de la malveillance d’une personne qui a eu recours aux services d’un sorcier, un brujero, pour nuire sur les plans invisibles à son ennemi.  On raconte que le brujero est capable de lancer virtuellement sur autrui une épine ou une flèche véhiculant des substances nocives. Un autre cas de figure est celui d’un esprit de la nature outragé par la violation d’un tabou. Il se venge en rendant malade l’auteur de l’affront. L’âme de l’imprudent est alors capturé par l’esprit des bois ou de l’eau. C’est de cette façon que les indigènes expliquent le mal del agua (le choc de l’eau) ou du mal del aire (le choc de l’air).

En Amazonie, les maladies magiques les plus fréquemment rencontrées sont: – le sustro qui se traduit par la perte de l’âme du patient. – le pulsario, plus spécifique aux femmes, qui se manifeste par une sensation de boule dans l’estomac et une angoisse paroxystique ; – le daño, pur acte de magie noire, provoqué par une puissante potion versée à l’insu de la victime dans sa boisson ou lancée tard la nuit sur sa porte ; – le mal de ojo (le mauvais œil ), B-A-BA de la magie universelle, est dû au mauvais sort jeté par un ennemi ; – le mal de la tierra ( le mal de la terre) est provoqué en marchant sur les scories psychiques laissées sur le sol par un autre malade. Le descriptif de ces maladies est fort éloigné de la nosographie médicale occidentale et s’apparente à la sorcellerie des anciennes campagnes

Ne croyez pas, cher lecteur, que le Pérou n’a pas le monopole des maladies provoquées par envoûtement. L’histoire de la sorcellerie française en est truffée. Dans l’Auvergne des siècles derniers, le cauchemar nocturne était attribué à une suffocation exercée sur la poitrine du dormeur par une sorcière déguisée en chat noir appelée Cauquemare.

Ce parallèle entre les ayahuasqueros et la sorcellerie française est destinée à montrer l’épicentre de la conception superstitieuse du monde dans le New Age! Dans les maladies dites psychosomatiques, le corps exprime indibutablement un mal-être psychique. Les traitements classiques déçoivent parfois malgré les compétences des médecins, mais qu’à cela ne tiennent nos bons chamans du New Age ont l’art du baratin en prétendant les guérir avec l’ayahuasca dans tout désordre de la psyché et du corps.

Pour ces charlatans, l’union du psychique et du corporel est insuffisante pour appréhender le mécanisme de ces maladies. Alors ils rajoutent l’Âme au psyché et à la Soma. Pour séduire les adeptes, le « supplément d’âme » fait toute la différence. Dans les dérives du chamanisme amazonien, l’ayahusca traiterait superbement les maux physiques et les maux psychiques en contribuant au rééquilibrage des « désordres énergétiques du noyau spirituel ». Le vocabulaire employé par les charlatans du chamanisme est un métalangage observé dans les dérives sectaires. Il a une double connotation: rassurer mais également éveiller chez celui qui l’entend une adhésion incondition-nelle. Un nouveau sens étant donné aux maladies magiques, la médecine hallucinante à base d’ayahuasca s’adresse à tout le monde. Un nouvel axiome est posé: médecine millénaire, l’ayahuasca ne peut que restaurer le bien-être du corps, de l’esprit et de l’âme.

Est-ce étonnant que dans ces conditions sectaires, après la prise du yagué, la presse ait rapporté des décès, et sans compter les décompensations psychiatriques qu’il est difficile de chiffrer. Au Rainforest Healing Center, près d’Iquitos en pleine forêt amazonienne, organisant des retraites spirituelles avec l’hallucinogène amazonien, Nelson Deschênes âgé de 33 ans s’est suicidé après avoir ingéré du yagué. Kevin Rodriguez, journaliste au quotidien péruvien Pro & Contra écrit dans sohn article: « il s’est mis à avoir des hallucinations. C’est à ce moment qu’il a pris un couteau et qu’il s’est infligé plusieurs coups. Il a ensuite été transporté à l’hôpital et est mort neuf jours plus tard.»

En 2012, il y a eu d’autres morts après avoir bu du yagué. « Dernièrement, au Pérou, un soit disant guérisseur s’est trompé dans les doses d’ Ayahuasca administrées pour une action de purification ce qui a entraîné la mort de Kyle Nolan, 18 ans, venu chercher  » un nouveau départ». Le supposé chaman a enterré le corps de la victime dans un champ! Un vrai thriller!

En consultant la base de données Pubmed, on peut s’étonner qu’on puisse trouver des articles scientifiques. L’un d’eux étudie l’ayahuasca dans la thérapie enthogénique, un OPNI (Objet Psychologique Non Identifié) dans l’approche humaniste et transpersonnelle, parfaite illustration de la vague New Age!

L’ayahuasca est aussi étudié par essai randomisé versus placebo dans la dépression résistante aux traitements classiques. Mais il s’agit le plus souvent d’études localisées en Amérique latine, et elles sont rares, et elles relatent des épisodes psychotiques accentués si les personnes sont déjà atteintes des troubles psychiatriques. En fait, on s’aperçoit rapidement que ces articles favorables à l’ayahuasca s’inscrivent dans la recherche psychédélique qui étudie le potentiel thérapeutique des psychédéliques comme le LSD, le peyolt, l’ibogaïne contre la toxicomanie. C’est une autre approche à prendre avec des pincettes que je n’encourage pas à suivre, sauf à en parler avec son médecin traitant. Il y a suffisamment de psychothérapies sans prise d’hallucinogène qui sont efficaces.

L’anthropologie est une discipline passionnante, et le chamanisme est fascinant mais est-il fait pour les Occidentaux? Ce qu’il faut retenir, c’est qu’au sujet du yagué, le fossé est grand entre cette authentique tradition amazonienne et celle des charlatans du chamanisme. Lorsqu’une victime tombe sur un faux chaman, elle est droguée à plusieurs titres: à un stupéfiant, l’ayahuasca et à un système de pensée sectaire centré sur l’occultisme et le néo-chamanisme. La suggestibilité opère sur de supposées aptitudes paranormales des uns ou des autres, comparées aux facultés magiques des chamans. Méthode ancestrale, le chamanisme est malheureusement en train de devenir une pseudo médecine alternative à part entière, qui prospère sur la crédulité, le narcissisme et la volonté de puissance d’Occidentaux en mal d’identité.  

Sources:
Chamanes au fil du temps, Francis Huxley Jeremy Narby, (Albin Michel),

Claude Levi-Strauss, Le Cru et le Cuit, (Plon, 1964),

Hallucinogènes et Chamanisme, Michaël Harner,  (Terra Magna, 1992

Les Jivaros,: les cascades sacrées, Michael Harner, Poche

Notes personnelles  

AU SUJET DU RAPPORT DE LA MIVILUDES (2021).

Depuis de nombreuses années, les dérives sectaires sont dans le champ de la santé et de la psychothérapie.

©NBT

Le dernier rapport de la MIVILUDES, s’étendant sur la période 2018/2020, m’a inspiré un ensemble de réflexions sur mon expérience passée dans le milieu associatif qui lui est lié et que j’ai côtoyé de nombreuses années. Certaines personnes avec lesquelles j’ai travaillé sont décédées mais l’héritage de leur engagement contre les dérives sectaires demeure profondément ancré en moi.

Mes études universitaires de psychologie clinique (3 °cycle) ne m’ont pas donné « la science infuse » sur la mécanique des sectes pour reprendre le titre du livre du psychiatre Jean-Marie Abgrall (à lire en lecture de fond pour tous ceux qui ne le connaissent pas). S’occuper des dérives sectaires et notamment de celles des psychothérapies est une école de la modestie car il est facile de verser en tant que psychologue dans la pseudo-science et les thérapies qui peuvent aggraver les maux de la psyché! Être titulaire d’un diplôme ne garantit pas l’éthique ni un niveau acceptable de connaissances scientifiques mises à jour régulièrement pour éviter les dérapages! Le « primum non nocere » emprunté au serment d’Hippocrate devrait être également le mantra de tout psychologue en charge d’une patientèle!

Un petit historique sur la MIVILUDES s’impose même ce qui suit enfonce des portes ouvertes! Il et intéressant de voir comment l’idée de dénoncer les dérives sectaires s’est imposée. Dans les années 1970, les dérives sectaires étaient des phénomènes marginaux, attribués avec une certaine bienveillance à la contre-culture et au libre choix de sa spiritualité. C’était la fameuse vague du New-Age. Ce sont des drames familiaux, liés aux sectes, qui ont suscité le développement du milieu associatif. En 1974, l’ADF (UNADFI depuis 1982) fut créée par Guy et Claire Champollion, suite à l’embrigadement de leur fils de 18 ans auprès de la secte MOON. Roger Ikor, lauréat du prix Goncourt 1955, dont le fils s’était suicidé sous l’emprise du zen macrobiotique en 1978 fonda en 1981 le CCMM (le Centre contre les Manipulations Mentales). Devant l’ampleur du phénomène, les associations souhaitaient un organisme dévolu aux sectes. Il fut créé en 1998 la MILS (La Mission interministérielle de lutte contre les sectes). Il semblerait que ce ne soit pas une création originale mais un concept remis au goût du jour pour les besoins de la cause anti-sectaire, sorti d’un carton des archives administratives des années 40. J’ai eu deux témoignages fiables à ce sujet, mais comme Google et les autres moteurs de recherche restent muets comme des carpes, impossible de confirmer ou d’infirmer ces allégations.

Soulignons un tournant majeur contre les dérives sectaires avec la promulgation de la loi du 12 juin 2001 dite la loi About-Picard tendant à renforcer la prévention et la répression des mouvements sectaires portant atteinte aux droits de l’homme et aux libertés. Cette loi se centre sur l’emprise mentale au coeur des dérives sectaires.

En 2002, la MILS est devenue MIVILUDES attachée au cabinet de premier ministre. Et par décret du 15 juillet 2020, la MIVILUDES a été rattachée au Ministère de l’intérieur. À l’heure d’aujourd’hui, il est impossible de savoir si ce rattachement sera salvateur pour réduire les risques sectaires. Est-ce que cela va améliorer la prise en charge des victimes et faciliter des décisions judiciaires pour dénoncer un mouvement sectaire? Est-ce uniquement un transfert d’un service à un autre? Ou-est-ce encore une complication administrative type mille-feuilles dont la France a le secret? L’avenir nous le dira mais je suis sceptique.

Le dernier rapport de la MIVILUDES liste les partenariats avec des ordres professionnels dont la CNOCD (Conseil national de l’ordre des dentistes), le CNOM (Conseil national de l’ordre des médecins), le CNMOK (conseil national de l’ordre des masseurs-kinésithérapeutes), le CNOP (Conseil national de l’ordre des pharmaciens), le CNOSF ( conseil national de l’ordre des sages-femmes). Ces partenariats sont appréciables mais il est fort regrettable que les psychologues n’aient pas été cités. Lors du remaniement du titre de psychothérapeute en 2012, des fédérations de psychologues comme la FFPP (Fédération Française des Psychologues et de Psychologie) avaient été consultées. Et certains psychologues, en relation avec le milieu associatif, ont fait et font encore du bénévolat en rencontrant les familles de victimes ou les victimes. Coucou la MIVILUDES, pensez à cette profession complémentaire à toutes celles qui figurent dans votre rapport!

Deux tableaux publiés dans ce dernier rapport montrent les domaines touchés par les dérives sectaires. Depuis de nombreuses années, elles sont dans le champ de la santé et de la psychothérapie et il est fort salvateur que des médecins aient pris conscience de l’ampleur du phénomène; ce qui n’était pas le cas il y une dizaine d’années. Certains médecins sont fort actifs sur les réseaux sociaux au sujet du complotisme et de Qanon qui se sont accentués avec la pandémie et des médecines alternatives.

Certaines thématiques listées par la MIVILUDES ne datent pas d’hier, et elles se sont aggravées. En 2006, on parlait du reiki, des enfants indigo de la kinésiologie, des stages de jeûne et du néochamanisme (dans lequel j’ai été impliquée directement avec l’ayahuasca) dans le rapport de 2006. Le rapport évoque parmi ses sujets d’inquiétude le Chindaï et le coaching. J’avais déjà noté dans un article d’Exmed, en 2007, les dérives de la psychologie positive avec la notion de « coach de vie ». Pour dire que ça ne date pas d’hier et que le mal s’est répandu comme une tâche d’huile.

Il est difficile de sortir d’un groupe sectaire ou de se défaire de l’emprise mentale! La meilleure action reste la prévention, et dans ce domaine, il faut citer le site Prevent Sectes qui fut une mine d’informations en son temps. Il fut animé par Mathieu Cossu à partir de 1998. Il a été fait Chevalier de la légion d’honneur le 19 janvier 2007 pour son engagement sans égal envers les victimes. À la suite d’un procès (j’étais présente) dont les sectes ont le secret pour contrer ceux qui les dénoncent, Mathieu Cossu a arrêté son activité de webmaster. Le lien vers le site a disparu quand j’ai écrit ce post,et par hasard en faisant d’autres recherches pour un autre sujet, j’ai pu récupérer sa nouvelle adresse: https://prevensectes.me/. C’est une base de données appréciable, et on voit que les mêmes charlatans qui sévissent aujourd’hui étaient déjà cités dans les années 2000! C’est le travail d’un engagement de plusieurs années qui reste et qui est fort utile aux nouveaux bénévoles qui ont pris le relais. Il reste toutefois des difficultés à accéder à l’intégralité du site au prétexte du droit à l’oubli! Je veux bien mais faut-il tout recommencer tout à zéro? Par contre, de s’étonner que restent encore les critiques ad hominem qui descendent en flamme le webmaster retraité. Repetita bis, coucou la MIVILUDES!

Malgré le fait qu’il ne soit plus mis à jour, si vous voulez vous documenter sur les dérives de la psychothérapie, allez sur le site de l’association Psychothérapie Vigilance. Il reste toujours une bonne base d’articles dénonçant les dérives des « dérapeutes » de la psychothérapie.

Au fil des ans, le rapport de la MIVILUDES dépasse le stade de l’artisanat de ses débuts que j’ai connu, et j’ai parfois l’impression qu’on a effacé un travail collectif passé sans linéarité avec le présent. Juste une impression personnelle!

L’expansion des réseaux sociaux permet de diffuser des informations sur les dérives sectaires, et c’est un point extrêmement positif. L’un des comptes twitter le plus actif et pertinent est celui de Grégoire Perra, professeur de philosophie et lanceur d’alerte sur les écoles Steiner-Waldorf et l’Anthroposophie. Avec Élisabeth Feytit, il a écrit le livre « Une vie en anthroposophie, la face cachée des écoles Steiner-Waldorf. Grégoire Perra tient également un blog où l’on peut trouver des informations sur les dérives sectaires de l’anthroposophie.

En conclusion, concernant la nature des sectes, je cite le regretté père Jacques Trouslard que j’ai souvent rencontré pour mes recherches: Exactement. Je crois que les sectes se ressemblent comme des sœurs jumelles, des fausses jumelles, dizygotes ou bivitellines, si vous le désirez. En ce sens qu’entre elles, il n’y a pas de différence de nature, mais seulement une différence de degré. Pourquoi ? Parce que ce qui caractérise une secte c’est « sa nature coercitive », à savoir la manipulation mentale qui porte gravement atteinte à la dignité et à la liberté de la personne humaine. Bien entendu, certaines sectes peuvent être plus dangereuses les unes que les autres. Mais je me méfie de la classification de secte absolue qui risquerait de faire oublier ou de négliger les petites sectes, dangereuses elles aussi, quoiqu’à un degré différent .

Les dérives sectaires, un vrai problème qui va de pair avec l’inculture scientifique. « Malheureusement, La désinformation prospère avec cette inculture scientifique au fil des années. Déjà, lors de son audition au sénat en 2013 sur les dérives thérapeutiques et les dérives sectaires, j’avais relevé dans un média mainstream ces propos du professeur Loïc Capron : « il existe une forme de laisser-aller intellectuel qui ne résiste plus aux assauts de la charlatanerie.» Nous sommes en 2021 et c’est toujours pertinent!»

That’s all folks!

Bande Annonce sur Wild Wild Country, un documentaire fabuleux sur Osho. À voir Sur Netflix!

https://fr.wikipedia.org/wiki/Lutte_antisectes_en_France

LES GROUPES BALINT SONT-ILS VRAIMENT DÉMODÉS POUR AMÉLIORER LA RELATION ENTRE LES SOIGNANTS ET LES PATIENTS?

Le groupe se compose de 8 à 12 soignants qui se retrouvent régulièrement pour réfléchir autour de la présentation d’un cas clinique où la relation médecin/malade est difficile.

©NBT

La psychologie médicale étudie la fonction soignante, le malade et sa maladie. Toute situation de relation et d’interaction médecin/patient. Délibérément, j’élargis la psychologie médicale aux autres catégories de soignants que les médecins, même si « académiquement » l’objet de cette discipline était dévolue à la relation médecin/malade. La psyché des patients réagit aux mêmes règles, avec certes des attentes et des nuances différentes suivant la catégorie de soignants auxquels ils ont affaire.

Les aspects psychologiques concernent les nombreux champs de la médecine.

-Les facteurs de causalité ou de prédisposition de la maladie (maladies psychosomatiques et maladies fonctionnelles).

-Comportement et adaptation du malade à la maladie et aux thérapeutiques comme le déni, l’anxiété ou la dépression) déterminants pour l’attitude du patient et l’évolution de la maladie.

-Attentes d’ordre relationnelles et émotionnelles coexistant avec la maladie et ses symptômes vis à vis du médecin et également son environnement (affectif, professionnel et relationnel).

-Et les multiples aspects de la relation médecin/malade

« Penser le soin »n’est pas une attitude inédite. Dès les années 30, la dimension relationnelle médecin/malade avait été proposée dans le cadre de la formation continue des généralistes par Michael Balint, l’inventeur des groupes du même nom.

Michael Balint était un psychiatre et psychanalyste d’origine hongroise, né en 1896 et mort en 1970 à Londres. Son père, médecin généraliste, incita son fils à suivre son chemin. Michael Balint va d’abord s’orienter vers la médecine psychosomatique, et parallèlement à ses études de médecine, il suit des études de chimie. Côté psychothérapie (même si le mot n’a pas la même connotation qu’aujourd’hui) il suit une psychanalyse, dont une tranche avec le neurologue Ferenczi Sandor décrit comme l’enfant terrible de la psychanalyse tant ses relations sont ambigües avec Freud, et qui contrairement à d’autres psychanalystes de l’entourage de Freud « va regarder en face les traumatismes sexuels infantiles, et lutter – à ses dépens – contre le déni collectif qui alimente le tabou tragique de l’inceste. » Sandor Ferenczi avait été lui-même violé dans son enfance. Ces quelques mots sur le psychanalyste Sandor Ferenczi sont importants pour comprendre l’état d’esprit de Michael Balint dans son parcours professionnel.

À partir de 1925, il va participer à l’organisation de l’institut de psychanalyse et d’une polyclinique de psychothérapie psychanalytique dont il va devenir le directeur en 1933 à la mort de Sandor Ferenczi. En 1938, Michael Balint fuit la Hongrie avec son épouse et s’installe à Manchester, en Grande Bretagne où Alice Balint meurt brutalement à son arrivée.

Après la guerre, Michael Balint s’installe à Londres, et de 1948 à 1961, il travaille à la Tavistock Clinic, le premier centre de thérapie analytique anglais fondé en 1920 par le psychiatre Hugh Crichton-Miller qui avait travaillé sur les névroses de guerre sous la double influence de Freud et de Jung . Depuis son ouverture, la vocation de la Tavistock Clinic était d’étudier les relations humaines. Elle est toujours active avec de nombreux départements et est devenue une fondation depuis 2006. Il a été reproché lors des premiers temps de la Tavisktock Clinic, d’être trop éclectique et pas assez rigoriste dans les principes de la psychanalyse. Il faut aussi replacer cette remarque dans le contexte de l’époque en se souvenant que la psychanalyse était une révolution dans la prise en charge des patients souffrant des troubles de la psyché.

À Manchester, Balint va se spécialiser dans la psychologie de l’enfant. Quand il intègre la Tavistock Clinic, il s’intéresse au travail sur le groupe du psychiatre Bion. Psychiatre militaire et principal disciple de Mélanie Klein, en traitant les névroses de guerre, Bion constate qu’un traitement individuel n’est pas adapté, mais qu’il fallait prendre en charge tous ces patients par « petits groupes ». Pour Bion, un groupe fonctionne comme une unité, comme un tout développant une logique propre au delà de celle des individus.

C’est dans cet environnement éclectique que Balint et sa troisième épouse Enid travailleuse sociale rencontrée à la clinique, vont créer les fameux groupes Balint de renommée internationale.

Il semblerait, selon un article, publié dans la revue CAIRN que ce soit la relation difficile entre Balint et son père, médecin généraliste, homme froid et rigide qui l’aurait incité à créer ces fameux séminaires de formation recherche à destination des médecins généralistes. « C’est sans doute son père que Michæl Balint aurait aimé sensibiliser au vécu de ses « enfants-patients », c’est à lui qu’il aurait voulu apprendre à être attentif à leurs sentiments et à leurs problèmes.»

L’ouvrage fondamental de M.Balint est « Le médecin, son malade et la maladie publié en 1996 dont voici le synopsis: « Pourquoi, malgré de sérieux efforts de part et d’autre, la relation entre malade et médecin est-elle si souvent insatisfaisante, voire malheureuse, alors même que le médicament de beaucoup le plus fréquemment utilisé en médecine générale est précisément le médecin ?»

Le but d’un groupe Balint est de reconnaitre les émotions du patient ainsi que celles du soignant et trouver ainsi la meilleure interaction favorable et utile au malade. Cela va des non-dits aux actes manqués ou aux mots employés en sus de l’empathie à la base du métier de soignant.

Comment fonctionne un groupe Balint? Il faut préciser que ce n’est pas un groupe thérapeutique pour les soignants. Si ces derniers ont des problèmes, le groupe Balint n’a pas vocation à les soigner. Ce n’est pas non plus un séminaire de cas cliniques. L’histoire du malade est juste un point de départ pour étudier la relation du soignant avec son patient, et ainsi voir comment le soignant peut aider favorablement le patient à évoluer.

Le groupe se compose de 8 à 12 soignants qui se retrouvent régulièrement pour réfléchir autour de la présentation d’un cas clinique où la relation médecin/malade est difficile. Sur le terrain de la psychanalyse. Alors, compte tenu aujourd’hui de la diversité des approches théoriques en psychothérapie c’est peut-être pour certains soignants un frein pour participer à des groupes Balint. Mais la philosophie mise au point reste séduisante et éthique. Apprécier ou non la psychanalyse est une autre histoire.

Les règles de fonctionnement d’un groupe Balint sont les suivantes, et figurent sur le site officiel des groupes Balint:

  • la spontanéité avec laquelle le rapporteur du cas le raconte
  • les associations libres des idées et des ressentis
  • absence de notes
  • le respect de la parole des autres sans évaluation ni jugement
  • la confidentialité

Que reste-t-il aujourd’hui de l’héritage de Balint qui pourrait inspirer encore des réflexions des soignants sur leur relation avec les patients soit hospitalisés ou dans le cadre de consultations individuelles. Et tant qu’on y est, incluons aussi les téléconsultations qui se sont développées durant la pandémie.

Il y a de nombreuses réponses sur le site officiel de la Société Médicale Balint qui propose des formations à tout type de soignants ainsi que de nombreux textes sur l’approche de Balint. Il y a un point sur lequel avait insisté Balint, c’est la supervision.

De réécrire une nouvelle fois que la psychanalyse n’a plus la même influence qu’au temps de Balint, mais cette évolution peut encore faire émerger chez les médecins et soignant des réflexions sur la rencontre thérapeutique avec certains critères élaborés par Balint.

Balint avait insisté en son temps sur l’urgence d’une « conversion communautaire de la médecine et de l’hygiène mentale ». Qu’aurait-il pensé de des médecins de plateaux interviewés à longueur de journée sur pandémie actuelle ! Leurs propos « alarmistes ou rassuristes », déversés à jet continu sur les réseaux sociaux risquent à la longue d’avoir un fort impact sur la relation médecin/malade; celle qui se forge au fil intimiste des consultations dans les cabinets médicaux des généralistes et des spécialistes. C’est à l’opposé de l’esprit des groupes de Balint!

Au nom du « principe de sauver des vies » incluant des mesures sanitaires liberticides (peut-on affirmer le contraire?), la médecine se révèle avec la pandémie d’abord techniciste, hyper spécialisée sans âme et occulte l’aspect psychologique d’une prise en charge. Tout ce qu’avait dénoncé Balint! Restons optimiste car la médecine générale reste le pivot de la médecine de ville, et les patients ne s’y trompent pas! Et la médecine générale est la source de la pensée de Balint!

La relation médecin/malade se résume dans ces quelques mots de Balint: « qu’il soit capable d’acquérir suffisamment d’habileté personnelle pour jouir de ce que la vie adulte peut offrir. […] Il faut veiller sans cesse à ce que le patient reste – ou devienne – capable d’établir et de maintenir un contact intime et durable avec les autres.»

RÉFLEXIONS AUTOUR DE LA CULTURE SCIENTIFIQUE!

«Inventez une charlatanerie, n’importe laquelle, vous trouverez toujours des hommes qui diront que ça marche, tant notre besoin d’illusion est intense.»(Boris Cyrulnick)

Sur leur rapport à la science et à la chimie, en Octobre 2018, un sondage IFOP pour BASF a interrogé sur leur rapport à la science et à la chimie des Français, des Britanniques, des Allemands et des Américains. Nos compatriotes ont étés invités à évaluer le niveau de leur culture scientifique. 27% des Français l’estiment satisfaisante et parmi eux 34% des Français l’estiment « lacunaire »contre 54% des Allemands, 40% des Britanniques et 45% des Américains qui eux pensent qu’elle est satisfaisante. Seuls 7% de nos voisins allemands pensent que la leur est lacunaire 7%! Cette auto évaluation des sondés s’expliquerait par la place de l’enseignement des sciences à l’école ainsi que dans le degré de confiance collective en la capacité d’innovation et technologique de son pays.

Dans ce sondage, un tableau montre que 56% des Français ont estimé que la science ne tient pas suffisamment de place dans les débats de société. Les autres pays ne sont pas en reste, mais souvenons nous que l’auto-évaluation de leur culture scientifique n’est pas la nôtre et qu’il s’agit d’un sentiment bien subjectif si l’on se penche sur les chiffres des tableaux .

Page 15 du sondage Ipsos: https://www.ifop.com/wp-content/uploads/2018/10/115725-Rapport-03.09.2018-1.pdf

Pour Gaston Bachelard, « la culture scientifique demande un effort de la pensée ». Il a même insisté sur la nécessité d’une démarche de « catharsis intellectuelle en vue d’accéder à une culture scientifique ». Les connaissances scientifiques lacunaires montrent qu’il ne s’agit pas d’une ignorance totale de la science, mais principalement d’une incapacité globale à s’informer, trier les messages (souvent contradictoires), afin de se forger une conscience et une opinion sur les défis de la science.

La science évolue constamment et elle n’est pas figée. D’ailleurs, concernant la médecine, le terme « Evidence based medecine » ou sa traduction française « la médecine fondée sur les faits » illustre cette démarche pour définir la meilleure stratégie pour soigner, selon le sacro-saint principe « du primum non nocere », c’est à dire d’abord ne pas nuire. En partant du principe qu’aucun remède n’est dénué d’effets secondaires, mais il faut que les bénéfices soient supérieurs aux risques.

L’un des principaux dangers qui guette les personnes qui ont une culture scientifique lacunaire est la désinformation scientifique. Force est de constater que le discours pseudo-scientifique avec une idéologie dilatoire est parfois plus convaincant et ludique que l’information scientifique taxée de rigide et factuelle. On vous rétorque alors le mantra « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme» de Michel Montaigne. Un lieu commun.

Côté désinformation, l’actualité est en plein dans le mille! Le sondage IFOP, s’il date de plus de deux ans est encore d’actualité au onzième mois du virus Covid-19. Cette culture scientifique insatisfaisante, l’incapacité à trier des informations fiables, s’illustrent notamment par l’adhésion surprenante de nombre de Français à des thèses dites alterscientifiques (néologisme de A.Moatti) ou plus connues comme celles de « complotistes », « rassuristes »! « Charlatans ». Vous les appelez comme vous voulez, c’est le principe de l’incitation à la désinformation scientifique qu’il faut retenir. La frontière entre les faits scientifiques basés sur des preuves et les allégations convaincantes de personnalités aux titres ronflants et la pseudo-science est devenue floue pour une grande partie de l’opinion publique. Madame Michu s’en donne à coeur joie et se passionne pour la virologie et l’épidémiologie vues par l’alter science!

Avant la pandémie, la médecine et la psychologie étaient déjà les grands terrains de prédilection du pseudo-scientisme et des fake news. Depuis de nombreuses années, il est connu que la psychothérapie est gangrénée par des méthodes douteuses, inspirée du New Age, reposant sur des concepts pseudo-scientifiques, occasionnant des dégâts dans la psyché et entachant la profession de psychothérapeute. La MIVILUDES recueille régulièrement les plaintes des victimes de ces psychothérapeutes au pré-requis scientifique indigent et manipulateurs. Chamanisme dévoyé, faux souvenirs d’inceste, médecine quantique, reiki, n’en sont que des exemples parmi d’autres que j’ai eu l’occasion d’approfondir de nombreuses années avec le milieu associatif lié à la MIVILUDES.

La désinformation prospère avec cette inculture scientifique au fil des années. Déjà, lors de son audition au sénat en 2013 sur les dérives thérapeutiques et les dérives sectaires, j’avais relevé dans un média mainstream ces propos du professeur Loïc Capron : « il existe une forme de laisser-aller intellectuel qui ne résiste plus aux assauts de la charlatanerie.» Nous sommes en 2021 et c’est toujours pertinent!

Alors comment définir le charlatanisme? De reconnaître que la définition du charlatan est souvent imprécise mais ce qu’il faut retenir c’est qu’il peut-être un professionnel dûment diplômé! Il peut être le charlatan de quelqu’un s’il pratique une méthode peu consensuelle ou reposant sur un pré-requis insuffisant. Très souvent, lorsqu’on parle de charlatanisme, il s’agit du rejet de toute autre méthode que celle dite conventionnelle.  

Il y a quelques années, ces dérives touchaient très peu la médecine mais aujourd’hui, avec la COVID-19, elle est touchée en plein coeur, et elles pèsent sur la parole scientifique liée au virus. La pandémie est aussi celle de l’ère de la prolifération des faux prophètes qui drainent une adhésion surprenante sur les réseaux sociaux.

Dans un récent article au titre éloquent de « Onze mois à suivre les experts autoproclamés », le Dr Christian Lehmann mesure l’étendue du désastre qui affaiblit la parole médicale: …j’avais sous-estimé la présence des adeptes du chaos dans nos rangs » et de poursuivre « Depuis le début de la pandémie, certains experts autoproclamés n’ont eu de cesse de porter une parole prétendument disruptive, d’aller à l’encontre des recommandations sanitaires comme des informations scientifiques disponibles...Et encore, écrit-il « La vérité scientifique, le simple respect de la méthode scientifique, la vérification des sources, tout ceci importe peu. …Si demain un nouvel charlatan pique l’intérêt du public, il aura l’honneur des plateaux…Et puis La vérité scientifique, le simple respect de la méthode scientifique, la vérification des sources, tout ceci importe peu. Si demain un nouvel charlatan pique l’intérêt du public, il aura l’honneur des plateaux. » Le docteur Christian Lehmann a merveilleusement résumé la situation.

Alors comment également, ne pas citer dans la continuité du « Primum non nocere »qui sous-tend l’éthique médicale, l’inquiétude du président de l’ordre des médecins, Patrick Bouet, sur certains de ses confrères: « ..une partie du monde médical, heureusement très minoritaire, participe à la vague complotiste ». « Sollicités sur les réseaux sociaux, et parfois dans des médias audiovisuels, un certain nombre de médecins confondent conviction personnelle et réalité médicale. Ils font des amalgames et déclarent des choses non conformes à la réalité scientifique. C’est contraire à notre ADN de soignants. Nous avons déjà engagé des actions et continuerons à être attentifs. Nous recevons des courriers avec des signalements et autres éléments qui nous poussent à la vigilance. » prévient Patrick Bouet 

La cerise sur le gâteau est que parmi ces experts autoproclamés, on retrouve des politiques. Depuis quand une figure politique décide-t-elle du bien-fondé de la prescription d’une molécule supposée miraculeuse, et en fait inefficace contre le virus (RCT à l’appui et non observationnelles) et aux effets secondaires potentiellement dangereux aux fins de s’opposer à des décisions de santé publique et à la parole médicale? Depuis quand des chefs de parti et des députés dénigrent-ils la parole des virologues, épidémiologistes et aux médecins pour prescrire une molécule? Bientôt dans les programmes politiques on pourra lire: « poudre de perlimpinpin à gogo » en vente libre chez votre pharmacien?

Dans ces croisades alter scientifiques, c’est la pensée magique ou irrationnelle qui domine au détriment de la pensée analytique fondée sur des connaissances scientifiques, en perpétuelle évolution. L’adhésion à ces théories alternatives relève de la « foi », la même qui anime les religions avec tout son cortège de croyances. La porte ouverte au charlatanisme!

Comme l’a écrit Boris Cyrulnick« Inventez une charlatanerie, n’importe laquelle, vous trouverez toujours des hommes qui diront que ça marche, tant notre besoin d’illusion est intense.»