RÉFLEXIONS AUTOUR DE LA CULTURE SCIENTIFIQUE!

«Inventez une charlatanerie, n’importe laquelle, vous trouverez toujours des hommes qui diront que ça marche, tant notre besoin d’illusion est intense.»(Boris Cyrulnick)

Sur leur rapport à la science et à la chimie, en Octobre 2018, un sondage IFOP pour BASF a interrogé sur leur rapport à la science et à la chimie des Français, des Britanniques, des Allemands et des Américains. Nos compatriotes ont étés invités à évaluer le niveau de leur culture scientifique. 27% des Français l’estiment satisfaisante et parmi eux 34% des Français l’estiment « lacunaire »contre 54% des Allemands, 40% des Britanniques et 45% des Américains qui eux pensent qu’elle est satisfaisante. Seuls 7% de nos voisins allemands pensent que la leur est lacunaire 7%! Cette auto évaluation des sondés s’expliquerait par la place de l’enseignement des sciences à l’école ainsi que dans le degré de confiance collective en la capacité d’innovation et technologique de son pays.

Dans ce sondage, un tableau montre que 56% des Français ont estimé que la science ne tient pas suffisamment de place dans les débats de société. Les autres pays ne sont pas en reste, mais souvenons nous que l’auto-évaluation de leur culture scientifique n’est pas la nôtre et qu’il s’agit d’un sentiment bien subjectif si l’on se penche sur les chiffres des tableaux .

Page 15 du sondage Ipsos: https://www.ifop.com/wp-content/uploads/2018/10/115725-Rapport-03.09.2018-1.pdf

Pour Gaston Bachelard, « la culture scientifique demande un effort de la pensée ». Il a même insisté sur la nécessité d’une démarche de « catharsis intellectuelle en vue d’accéder à une culture scientifique ». Les connaissances scientifiques lacunaires montrent qu’il ne s’agit pas d’une ignorance totale de la science, mais principalement d’une incapacité globale à s’informer, trier les messages (souvent contradictoires), afin de se forger une conscience et une opinion sur les défis de la science.

La science évolue constamment et elle n’est pas figée. D’ailleurs, concernant la médecine, le terme « Evidence based medecine » ou sa traduction française « la médecine fondée sur les faits » illustre cette démarche pour définir la meilleure stratégie pour soigner, selon le sacro-saint principe « du primum non nocere », c’est à dire d’abord ne pas nuire. En partant du principe qu’aucun remède n’est dénué d’effets secondaires, mais il faut que les bénéfices soient supérieurs aux risques.

L’un des principaux dangers qui guette les personnes qui ont une culture scientifique lacunaire est la désinformation scientifique. Force est de constater que le discours pseudo-scientifique avec une idéologie dilatoire est parfois plus convaincant et ludique que l’information scientifique taxée de rigide et factuelle. On vous rétorque alors le mantra « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme» de Michel Montaigne. Un lieu commun.

Côté désinformation, l’actualité est en plein dans le mille! Le sondage IFOP, s’il date de plus de deux ans est encore d’actualité au onzième mois du virus Covid-19. Cette culture scientifique insatisfaisante, l’incapacité à trier des informations fiables, s’illustrent notamment par l’adhésion surprenante de nombre de Français à des thèses dites alterscientifiques (néologisme de A.Moatti) ou plus connues comme celles de « complotistes », « rassuristes »! « Charlatans ». Vous les appelez comme vous voulez, c’est le principe de l’incitation à la désinformation scientifique qu’il faut retenir. La frontière entre les faits scientifiques basés sur des preuves et les allégations convaincantes de personnalités aux titres ronflants et la pseudo-science est devenue floue pour une grande partie de l’opinion publique. Madame Michu s’en donne à coeur joie et se passionne pour la virologie et l’épidémiologie vues par l’alter science!

Avant la pandémie, la médecine et la psychologie étaient déjà les grands terrains de prédilection du pseudo-scientisme et des fake news. Depuis de nombreuses années, il est connu que la psychothérapie est gangrénée par des méthodes douteuses, inspirée du New Age, reposant sur des concepts pseudo-scientifiques, occasionnant des dégâts dans la psyché et entachant la profession de psychothérapeute. La MIVILUDES recueille régulièrement les plaintes des victimes de ces psychothérapeutes au pré-requis scientifique indigent et manipulateurs. Chamanisme dévoyé, faux souvenirs d’inceste, médecine quantique, reiki, n’en sont que des exemples parmi d’autres que j’ai eu l’occasion d’approfondir de nombreuses années avec le milieu associatif lié à la MIVILUDES.

La désinformation prospère avec cette inculture scientifique au fil des années. Déjà, lors de son audition au sénat en 2013 sur les dérives thérapeutiques et les dérives sectaires, j’avais relevé dans un média mainstream ces propos du professeur Loïc Capron : « il existe une forme de laisser-aller intellectuel qui ne résiste plus aux assauts de la charlatanerie.» Nous sommes en 2021 et c’est toujours pertinent!

Alors comment définir le charlatanisme? De reconnaître que la définition du charlatan est souvent imprécise mais ce qu’il faut retenir c’est qu’il peut-être un professionnel dûment diplômé! Il peut être le charlatan de quelqu’un s’il pratique une méthode peu consensuelle ou reposant sur un pré-requis insuffisant. Très souvent, lorsqu’on parle de charlatanisme, il s’agit du rejet de toute autre méthode que celle dite conventionnelle.  

Il y a quelques années, ces dérives touchaient très peu la médecine mais aujourd’hui, avec la COVID-19, elle est touchée en plein coeur, et elles pèsent sur la parole scientifique liée au virus. La pandémie est aussi celle de l’ère de la prolifération des faux prophètes qui drainent une adhésion surprenante sur les réseaux sociaux.

Dans un récent article au titre éloquent de « Onze mois à suivre les experts autoproclamés », le Dr Christian Lehmann mesure l’étendue du désastre qui affaiblit la parole médicale: …j’avais sous-estimé la présence des adeptes du chaos dans nos rangs » et de poursuivre « Depuis le début de la pandémie, certains experts autoproclamés n’ont eu de cesse de porter une parole prétendument disruptive, d’aller à l’encontre des recommandations sanitaires comme des informations scientifiques disponibles...Et encore, écrit-il « La vérité scientifique, le simple respect de la méthode scientifique, la vérification des sources, tout ceci importe peu. …Si demain un nouvel charlatan pique l’intérêt du public, il aura l’honneur des plateaux…Et puis La vérité scientifique, le simple respect de la méthode scientifique, la vérification des sources, tout ceci importe peu. Si demain un nouvel charlatan pique l’intérêt du public, il aura l’honneur des plateaux. » Le docteur Christian Lehmann a merveilleusement résumé la situation.

Alors comment également, ne pas citer dans la continuité du « Primum non nocere »qui sous-tend l’éthique médicale, l’inquiétude du président de l’ordre des médecins, Patrick Bouet, sur certains de ses confrères: « ..une partie du monde médical, heureusement très minoritaire, participe à la vague complotiste ». « Sollicités sur les réseaux sociaux, et parfois dans des médias audiovisuels, un certain nombre de médecins confondent conviction personnelle et réalité médicale. Ils font des amalgames et déclarent des choses non conformes à la réalité scientifique. C’est contraire à notre ADN de soignants. Nous avons déjà engagé des actions et continuerons à être attentifs. Nous recevons des courriers avec des signalements et autres éléments qui nous poussent à la vigilance. » prévient Patrick Bouet 

La cerise sur le gâteau est que parmi ces experts autoproclamés, on retrouve des politiques. Depuis quand une figure politique décide-t-elle du bien-fondé de la prescription d’une molécule supposée miraculeuse, et en fait inefficace contre le virus (RCT à l’appui et non observationnelles) et aux effets secondaires potentiellement dangereux aux fins de s’opposer à des décisions de santé publique et à la parole médicale? Depuis quand des chefs de parti et des députés dénigrent-ils la parole des virologues, épidémiologistes et aux médecins pour prescrire une molécule? Bientôt dans les programmes politiques on pourra lire: « poudre de perlimpinpin à gogo » en vente libre chez votre pharmacien?

Dans ces croisades alter scientifiques, c’est la pensée magique ou irrationnelle qui domine au détriment de la pensée analytique fondée sur des connaissances scientifiques, en perpétuelle évolution. L’adhésion à ces théories alternatives relève de la « foi », la même qui anime les religions avec tout son cortège de croyances. La porte ouverte au charlatanisme!

Comme l’a écrit Boris Cyrulnick« Inventez une charlatanerie, n’importe laquelle, vous trouverez toujours des hommes qui diront que ça marche, tant notre besoin d’illusion est intense.»

POST COVID-19: N’OUBLIONS PAS QUE LA NATURE PEUT AIDER LES SÉNIORS À BIEN VIEILLIR!

« Les catégorisations de l’âge correspondent au regard subjectif que la société porte sur elle-même selon les circonstances». (D.Boulbès)

Voici deux ans, j’avais écrit le billet sur les bienfaits de la nature chez les séniors. Je n’ai pas changé d’avis sur la nécessité de proposer aux personnes âgées de « baigner dans la nature ». Mais la pandémie Covid-19 est passée par là depuis mars dernier. Le confinement indifférencié a bouleversé cette approche ancrée dans la nature, et j’en arrive aujourd’hui à la qualifier de romantique ou du moins utopique au vu du traitemen qu’ont subi certaines personnes âgées en institution! Dans les médias et sur les réseaux sociaux, les mots  » protégeons nos vieux » ou nos « aînés » ont souvent été lâchés pour justifier la raison de ce confinement indifférencié qui a privé tout le monde de ses libertés élémentaires dont celui de circuler, et il était recommandé en priorité aux personnes de plus de 70 ans de pratiquer un confinement total. Car si les formes sévères du Covid-19 avec mortalité ont touché, selon les statistiques, les personnes âgées de plus de 80 ans, des moins de 60 ans sont aussi décédées. Définir la vieillesse n’est pas aisé.

Car ce serait oublier que la notion de vieillesse a évolué depuis la seconde moitié du XX° siècle avec les progrès de la science médicale. Comme l’a souligné Dominique Boulbès, auteur de la Silver économie, « Les catégorisations de l’âge correspondent au regard subjectif que la société porte sur elle-même selon les circonstances ». Ce sont des étiquettes qui ne correspondent pas à la réalité vécue. Le pire c’est que sont les plus âgés d’entre nous qui usent et en abusent de ces étiquettes! De rappeler que le mot vieillard désignait alors les quadragénaires selon César-Pierre Richelet en 1680. On parle aujourd’hui du quatrième âge pour les grands séniors de plus de 80 ans, et ils constituent la majorité des résidents d’EHPAD et sont souvent dépendants.

Les grands séniors en EHPAD ont payé un lourd tribut en terme de mortalité avec la Covid-19, et dans des conditions que nous ne souhaiterions pas à notre pire ennemi! Difficile d’avoir le nombre exact de décès en EHPAD! Juste des tendances: 57 % au Canada, 55 % en Irlande et près de la moitié des victimes recensées en France et en Belgique.Et ce n’est pas imputable aux équipes soignantes mais à une bureaucratie tatillonne, une insuffisance de matériel de protection des équipes soignantes et de tests à grande échelle! Des salariés d’EHPAD ont fait preuve d’un dévouement sans faille en restant confinés en non stop avec les résidents à l’instar de celui de Mansle en Charente. Juste de l’altruisme et de la bienveillance et qu’ils en soient remerciés!

Les grands séniors ont été isolés de manière stricte pour limiter les risques de contamination et sans leurs proches aux derniers instants de leur vie. Des psychiatres et gérontologues ont tiré la sonnette d’alarme devant cette situation indigne! Le psychiatre Serge Hefez a perdu lui même sa mère durant cette période de confinement en EHPAD mais a eu en portant des protections pu lui dire « Adieu »; ce dont furent privés de nombreux proches ayant eu leurs parents en EHPAD en fin de vie! Les paroles de Serge Hefez sont éclairantes: « On ne peut pas faire son deuil si on n’a pas accompagné son proche à la fin de sa vieToute la noblesse et la dignité en fin de vie d’un proche est de les accompagner, leur tenir la main, les rassurer, être près d’eux pour ce passage de la vie à la mort et pourtant beaucoup en sont privés. On perd notre humanité, on entre dans une espèce de barbarie en étant dans un hygiénisme trop protecteur alors même que la mort fait partie du rythme de la vie »  

Alors quelles réflexions envisager autour des grands séniors? Y aura-t-il à chaque épidémie de grippe comme seule solution le confinement total des séniors? Les désocialiser et leur mettre le moral au trente sixième dessous en les isolant dans leur chambre et en limitant leur relations sociales et familiales dans leur dernier lieu de vie? Aucune application high tech comme Face time ou autre tablette (voire un robot) ne remplacera un contact charnel avec autrui! Ou bien de clamer haut et fort que des animations sont mises en place pour les distraire comme s’ils étaient des enfants à qui on offre un spectacle de marionnettes? Ainsi font font les marionnettes! Bref , de décider ce qui est bien à leur place, le principal étant de préserver des vies au détriment de la qualité de vie! Ça donne bonne conscience. Vraiment?

Alors peut-être avant de lancer des grands plans politiques nébuleux pour améliorer le sort des personnes âgées, il faut reconnaitre que la maison de retraite réduit, par essence, les libertés individuelles. Même s’il n’a pas parlé des maisons de retraite, les observations du sociologue américain Irving Goffman sur les institutions totalitaires comme les hôpitaux psychiatriques (et la prison) s’appliquent à elles. Un EHPAD est une institution totale, celui décrit par Goffman comme suit:  « L’institution totale est un lieu de chamboulement où l’individu se voit déposséder de sa liberté, de ses allées et venues; son périmètre de vie se rétrécit, et la notion de temps est soumise aux contraintes de l’institution buraucratique ». Parfaite illustration de ce qui s’est passé lors du confinement! Les nécessités technocratiques de la pandémie ont démontré que la vie privée et la vie institutionnelle dans les EHPAD ne faisaient plus qu’un. Le règlement s’est immiscé dans l’intimité des résidents et a impacté celle de ses proches. L’exigence thérapeutique s’est transformé en contrôle social. Allez demander aux familles ce qu’ils en ont pensé…Les grands séniors dans les EHPAD ont été les derniers à être déconfinés! Que dire de témoignages de personnes de 92 ans parfaitement valides et privées de sortie? Et le nombre de visiteurs restreints, tout ça, car il était impossible de protéger les équipes soignantes et de faire passer des tests à grande échelle!

Alors, peut-être serait-il judicieux à l’avenir de revenir aux préceptes simples préconisés dans l’étude anglo-saxonne de Jessica Findlay sur les bienfaits de la nature pour les séniors parue en 2015, « dans Health and Nature », une revue spécialisée en psychologie de l’environnement. Quand les séniors se connectent quotidiennement à elle, ils en tirent de vrais bénéfices, affirme cette étude. Avoir accès à la nature (parcs, points d’eau…) permettrait de rester en bonne santé et de mieux vieillir.

Passer chaque jour un moment dans la nature améliorerait la qualité de vie, la santé morale et physique des personnes âgées. Les résultats de cette étude sur les bienfaits de la nature chez les séniors peuvent sembler pour les jeunes ou les moins jeunes une évidence en cette période estivale!  C’est l’occasion pour beaucoup d’entre nous d’aller se ressourcer au bord de la mer, dans la campagne ou à la montagne. Quand on est en pleine possession de ses capacités physiques et mentales, il semble facile de bouger à sa convenance, prendre sa voiture ou le train pour aller se promener dans les bois, aller sur la plage. Ors, ce n’est pas toujours le cas pour les personnes âgées. Notamment pour celles qui souffrent de pathologies diverses, invalidantes, dépendantes, isolées ou encore en maison de retraite médicalisée jusqu’à la fin de leurs jours. Nous en avons eu une petite idée avec la laisse de 1 km et la longe de 100 km octroyées généreusement lors de la limitation de nos déplacements pendant le confinement. Et les bois, forêts, parcs et plages fermées.

Alors commençons par nous interroger nous sur la qualité de vie de nos aînés quand ils sont coupés de la nature, avec parfois la sensation d’être claquemurés dans une institution ou une maison de retraite. Car une maison de retraite reste un cadre de vie contraint, qui réduit les libertés individuelles de la personne qui s’est résignée à finir ses vieux jours là-bas pour diverses raisons. Et ce durcissement des contraintes sanitaires dues au Covid-19 a aggravé leur conditions de vie. Qu’en est-il de leur psyché, en sachant que selon des enquêtes réalisées en France en 2015, 33% des résidents d’établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad), souffriraient de dépression? Outre cela, le risque de suicide est plus élevé chez les seniors de plus de 85 ans, deux fois plus que pour les jeunes de 25 à 44 ans. Or, le fait d’être triste ou pessimiste ne doit pas être considéré comme normal pour une personne âgée, et il n’est peut-être pas besoin de leur administrer des doses massives de psychotropes, dont on sait aujourd’hui que l’excès est délétère.

C’est un autre paradigme que proposent dans leurs conclusions Jessica Finlay et son équipe de l’université du Minnesota sur les effets bénéfiques de la nature chez les séniors en maison de retraite sont novatrices, même si ce que s’y raconte semble des lieux communs pour les plus jeunes. L’importance de la nature est fondamentale sur le bien être physique et moral des séniors! Comme le reconnaît la gérontologue Jessica Finlay, cette étude est « empirique », bien que répertoriée dans la base de données scientifiques de Medline qui cite les études sérieuses. C’est d’abord une réflexion pour les politiques de prise en charge des personnes âgées, en construisant des espaces qui accueillent les personnes sur l’ensemble de leur vie. Les pouvoirs publics pensent d’abord à la construction d’aire de jeux pour les enfants mais rarement à des bancs pour que les grands-parents puissent les regarder s’amuser. Cette importance de la nature sur le bien-être physique et moral de nos aînés s’inscrit dans un courant humaniste qui est celui de la psychologie de l’environnement. Il étudie comment l’environnement physique immédiat d’une personne affecte sa psyché, son bien-être physique et mental, ainsi que son comportement.

Et également dans le courant de la psychologie positive, qui est l’étude scientifique des forces du fonctionnement optimal et des déterminants du bien-être. La notion de paysage thérapeutique, avec l’importance des espaces verts et aquatiques, met l’accent sur la dimension hédonique, liée à l’augmentation des émotions agréables et comportant également une dimension endémonique, avec le sentiment que la vie a du sens jusqu’au dernier souffle.

Cette étude anglo-saxonne s’oppose à la notion de pathologisation, de médicalisation forcenée de la personne âgée au détriment de la qualité de vie, l’épanouissement de soi. Avoir accès à la nature influence la qualité de vie, alors pensons y pour nous aînés et dans les propositions politiques de la prise en charge de la dépendance des séniors. Alors, quel est l’impact positif de la nature observé par Jessica Finlay sur le bien-être de nos aînés ?

Avoir accès chaque jour à la nature influence leur qualité de vie. Un environnement boisé, un parc, ainsi que des étendues d’eaux avec des bassins, des lacs, des fontaines, une rivière, augmentent leur bien-être physique, moral et la connectivité spirituelle.Un étang, un banc avec vue sur des massifs fleuris est quelque chose de positif. Le simple bourdonnement d’une abeille sur les fleurs, ou même le fait d’avoir vue sur des pots de fleurs sur un rebord de fenêtre est important pour une personne en maison de retraite.

Jessica Finlay parle de mettre en place des espaces de socialisation pour faciliter les interactions sociales et les rencontres intergénérationnelles en proposant des activités avec les amis, les familles et les voisins dehors. Comme le souligne Jessica Finlay, « avoir accès à des espaces verts et aquatiques encourage les aînés à avoir envie de sortir. C’est un facteur de motivation pour rester actif physiquement, garder le moral et avoir envie de nouer des relations sociales ».– Faire de la natation, marcher dans l’eau ou avoir un contact avec la nature permettent d’accroître l’immunité et d’avoir une meilleure résistance physique. Le simple fait d’avoir des points d’eau comme des piscines et des pataugeoires favorisent les activités physiques.-Être motivé pour sortir  et ainsi éviter la dépression

Ces milieux naturels permettent, en maison de retraite, de trouver des raisons de sortir, de franchir une simple porte pour aller dehors, de quitter ce cadre de vie contraint. Certains seniors ont perdu l’habitude d’un acte aussi simple. C’est important pour la qualité de vie d’éviter la sensation d’ennui, l’isolement, la solitude subie et le sentiment d’inutilité, qui sont facteurs de dépression.

La chercheuse Jessica Finlay applique aux aînés les mêmes principes de psychologie positive qui favorisent le bonheur comme pour les plus jeunes. Elle propose trois conseils pour bien vieillir :

1.Focus sur le bien-être global. La santé mentale et sociale est tout aussi importante que la santé physique.

2.Laisser aux aînés en maison de retraite la liberté de sortir. En clair, ne pas les confiner à l’intérieur de quatre murs.

3. Priorité au contact quotidien avec la nature. Avoir la possibilité et s’asseoir dans un parc, regardez l’eau couler d’une fontaine ou même de simples plantes. Alors il est grand temps que les préceptes de cette étude soient suivis d’effets.

Tout comme la nature, soyons bienveillants envers les personnes âgées. Et aucune pandémie ne justifie la privation des libertés des plus âgés d’entre nous au motif que l’on sauve des vies. La liberté!

ÉTAT DES LIEUX DE LA CONSOMMATION DE PSYCHOTROPES EN FRANCE!

Dans son rapport, publié en 1996, concernant la prescription et l’utilisation de médicaments en France, le regretté Édouard Zarifian, psychiatre hospitalier universitaire à Caen avait écrit: « La France consomme plus de médicaments que les pays de niveau économique comparable. Les psychotropes, en particulier, sont trois fois moins utilisés en Allemagne ou en Grande-Bretagne. En France, « l’évolution totale de la classe de psychotropes est due à l’augmentation des ventes d’antidépresseurs. Cette classe thérapeutique a connu une augmentation de 5,63 % par an en moyenne de 1990 à 1994 », soit une hausse en dépenses de 10 % par an. « Si le taux de croissance de la Grande-Bretagne paraît plus élevé que celui de la France dans la période 1990-1994, il faut noter que le volume de prescriptions [d’antidépresseurs] en France en 1990 était de 40 % supérieur à celui de la Grande-Bretagne à la même époque. […]»

En 2020, les propos d’Édouard Zarifian sont-ils toujours d’actualité? Je me suis appliquée à trouver des données fiables mais les chiffres de consommation des psychotropes peuvent varier d’un site à un autre, aussi sérieux soient-ils! Ces chiffres sont utiles pour donner une idée de grandeur de l’ampleur de la consommation et l’évolution au fil des années.

D’abord, qu’entend par psychotropes? C’est un médicament qui agit sur la psychisme. Ils sont regroupés en cinq catégories: les antidépresseurs, les anxiolytiques (ou tranquillisants), et souvent souvent des benzodiazépines, les hypnotiques (ou somnifères), les antipsychotiques (neuroleptiques), les régulateurs de l’humeur et les psychostimulants (Ritaline) et sont délivrés uniquement sur ordonnance médicale. Les spécialités les plus consommées sont les benzodiazépines (18%), 9,7 % d’antidépresseurs, les hypnotiques 8,8 % et 0,7% de régulateurs de l’humeur. Toutes ces spécialités restent indispensables dans l’arsenal thérapeutique, sous condition qu’elles soient prescrites à bon escient. Si un regard critique s’imposer sur un excès de consommation, il n’est pas question de les remplacer par de la poudre à perlimpinpin.

En 2012, il s’est vendu 131 millions de boîtes de médicaments psychotropes en France. Et ô surprise, la France est tête du peloton avec une tranche d’âge de 18 à 75 ans (voire plus) et concernerait 17,4% de la population serait concernée . À quelques variables chiffres près

Les femmes en consomment plus que les hommes. 22, 7% de femmes contre 12,9% pour les hommes, et plus elles avancent en âge, plus la consommation augmente jusqu’à 75 ans. Les adolescents ne sont pas épargnés et comme pour les adultes, ce sont les adolescentes qui en prennent le plus: 23,4% contre 13,8%. Et dans un tiers des cas, ce ne sont pas les médecins qui prescrivent en première intention ces psychotropes, mais leurs parents qui prennent sur leur bonnet de leur en donner car leur médecin leur ont fait une ordonnance!

Par à rapport aux années précédentes, ça s’améliore en 2017! Les chiffres de remboursement des psychotropes montrent une baisse des ventes de psychotropes. Baisse de 6% sur les anxiolytiques durant la période 2012-2017. La diminution la plus importante concerne les hypnotiques avec -28%. En 2015, les Français occupaient la deuxième place parmi huit pays européens pour la consommation de benzodiazépines, soit 20% de moins qu’en Espagne mais 5 fois plus qu’en Allemagne. Concernant les personnes âgées, la consommation de psychotropes est préoccupante en Ehpad, même si au fil des ans, elle diminue.

Indépendamment de la baisse constatée au fil des ans, les Français consomment toujours énormément ces substances! Compte tenu de cette forte consommation, on est en droit de se demander s’ils en ont vraiment besoin plus que dans d’autres pays! Le Français est râleur mais est-il tellement si déprimé ou si anxieux pour prendre à gogo des psychotropes. Et bien, un début de réponse sur le bien-fondé de cette surconsommation. Il y aurait un décalage entre ceux qui prennent environ qui se situerait aux alentours de 10% et ceux pour lesquels la prescription serait justifiée, et qui elle se situerait à 5 %. Même si les données chiffrées sont floues, on n’est pas très loin de la réalité où les psychotropes deviennent des molécules de confort, un fourre-tout thérapeutique masquant des causes diverses pouvant aller au simple état d’âme (pas forcément pathologique) ou alors une indication forcenée qui ne nécessite pas un remède de cheval mais quand même prescrite. Et sans compter un mésusage de l’indication initiale de ces molécules dans le dopage cérébral.

On peut trouver dans le rapport du Dr Édouard Zarifian des explications lumineuses dont on aimerait qu’elles soient dépassées en 2020, mais il n’en est rien. Voici quelques phrases assassines qui n’ont pas pris une ride. Hélas, trois fois hélas!

Il n’existe actuellement aucune réflexion dans le milieu médical, et en particulier dans le milieu psychiatrique académique, sur l’éthique de la prescription de médicaments psychotropes. Les leaders d’opinion restent muets face à l’abaissement de la limite entre le normal et le pathologique, ouvrant de nouveaux marchés à la prescription ; […] ils acceptent la banalisation de l’utilisation des psychotropes pour lesquels il n’existe nulle part de pharmacovigilance spécifique de leurs possibles effets psychiques indésirables. […] Il existe une intentionnalité claire de fournir exclusivement aux médecins généralistes ou spécialistes, par la voie de discours académiques, une représentation monolithique réduite aux seuls symptômes accessibles aux seuls médicaments. » Alors que « pratiquement toutes les études cliniques, épidémiologiques, médico-économiques, sont suscitées, financées et exploitées au plan statistique de manière autonome par l’industrie ou par des sous-traitants qu’elle rémunère. »

Nous manquons beaucoup d’études pharmacologiques réalisées en toute indépendance afin de vérifier ce qu’à moyen et long terme ces molécules [les antidépresseurs inhibiteurs de la recapture de la sérotonine, comme la fluoxétine, ou ProzacÆ] ont comme action sur la transmission dopaminergique comme le font les psychostimulants plus classiques, qu’il s’agisse des amphétamines ou de la cocaïne. […] »

En décembre 1998, la revue médicale et indépendante Prescrire publiait un article sur les poins forts du rapport Zarifian incluant un historique éloquent. Le psychiatre constate la tendance de ses confrères (généralistes et psychiatres) à prescrire larga manu ces molécules. Selon lui, ils se centrent uniquement sur le « symptôme isolé » décrit dans le DSM. Le manuel américain des troubles psychiatriques à l’origine était destiné à la recherche, et les symptômes potentiellement décrits dans le DSM manuel américain favorisent la prescription des psychotropes surtout celle des antidépresseurs, et ce encouragée par l’industrie pharmaceutique. « L’efficacité des psychotropes, qui sont arrivés tous à la fois entre 1952 et 1965 dans le désert de la pharmacopée psychiatrique, a pu faire croire à certains que les symptômes psychiatriques n’avaient d’autre fonction que d’être des cibles pour les médicaments. C’est la notion de “target symptom” ou symptômes cibles décrits aux États-Unis par Fryhan.»

De charybde en scylla, on est arrivé au symptôme cible qui tient lieu de description de la personnalité dépressive ou disthymique, menant à une construction organiciste de la psychologie par un « système de poupées russes ». Ainsi, la prescription à gogo des psychotropes est facilitée en détournant le DSM au profit de l’industrie pharmaceutique. Le marketing de l’industrie pharmaceutique s’appuie sur des situations de vie de patients dans leur vie quotidienne, psychiatrisant leurs souffrances existentielles et orienter les prescriptions des médecins. Pour favoriser les ordonnances de psychotropes, le marketing va utiliser un langage pseudo-scientifique emprunté à la neurobiologie, sous le couvert du DSM à la botte de l’industrie pharmaceutique. Ainsi, toujours pour trouver le plus de target symptômes nécessitant une prescription de psychotropes. L’une des démonstrations les plus éclatantes est le passage des 180 critères du DSM 1 à celui de 300 dans le DSM IV et V.

Le marketing pharmaceutique va donner l’illusion que toute difficulté existentielle engendrant des bouleversements émotionnels va se résoudre comme par enchantement par la prescription d’un psychotrope.

Dessin humoristique extrait du livre Comment l’industrie pharmaceutique ont médicalisé nos émotions de Christopher Lane). 2007

À l’époque, les effets indésirables des psychotropes n’étaient pas connus comme aujourd’hui. On connait maintenant le risque d’abus, de dépendance et de syndrome de sevrage concernant les benzodiazépines, leurs effets secondaires indésirables comme des troubles de la mémoire, une altération des fonctions psychomotrices (risque de chute par exemple) et des troubles du comportement. Les traitements d’antidépresseurs doivent être prescrits le plus longtemps possible, et chez certains patients parfois à vie, et ce sans qu’il ne soit évoqué les effets secondaires de ces molécules ni leur changement de personnalité au long cours.

Cet extrait de l’article de la revue Prescrire appuie là où ça fait mal : « La pharmacovigilance des médicaments psychotropes est pratiquement axée sur les effets somatiques indésirables de ces traitements•» L’hépatoxicité et autres effets secondaires) sont mises en avant ainsi que les manifestations corporelles mais les changements de personnalité induits au long terme ne le seront pas!

Si cette forte consommation de psychotropes existe, c’est parce qu’il y a aussi collusion entre l’industrie pharmaceutique et de nombreux leaders d’opinion des milieux académiques. Dans l’enseignement médical, les matières comme pharmacologie, la neurologie et les médicaments sont encouragées. Les psychothérapies validées suivant les règles de l’Evidence Based Medecine ne font pas partie de l’arsenal thérapeutique car trop onéreuses et trop longues.

Ainsi, selon Prescrire, n’est-il guère étonnant que l’on continuera à voir apparaitre de nouvelles classes de psychotropes et d’antidépresseurs à visée comportementale comme dans le domaine de la violence. La maîtrise pharmacologique des enfants désobéissants avec la ©Ritaline comme aux États-Unis, et en soulignant aussi le mésusage de cette molécule dans le dopage cérébral ainsi que je l’avais écrit dans le post « Autour du film « Sans limites »: Le dopage cérébral »!

La forte consommation de psychotropes a aussi été dénoncée par le critique littéraire et historien anglais Christopher Lane dans son livre Comment la psychiatrie et l’industrie pharmaceutique ont médicalisé nos émotions paru en 2007. Là aussi, comme pour le rapport Zarfian, le sujet est encore actuel. Bien qu’il ne soit pas un spécialiste de la santé mentale, Christopher Lane complète avec réussite les observations d’Édouard Zarifian. Dans son livre, il évoque le changement de personnalité sous psychotropes: La neuropsychiatrie nous prodigue des «congés chimiques hors du moi intolérable», mais n’est-ce pas pour nous habituer aux peurs ordinaires et aux chagrins quotidiens, et nous faire souffrir finalement davantage. Comme le dit Hamm dans Fin de partie de Samuel Beckket: « vous êtes sur terre, c’est sans remède! Les neuropsychiatres et leurs mentors de l’industrie auront pourtant dépensé sans compter leur temps et leurs dollars pour nous convaincre du contraire

Quelles sont les dernières nouvelles de ce début d’année concernant la consommation de psychotropes? En France, la consommation d’anti-dépresseurs se situerait dans la moyenne! Cela ne veut pas dire que ceux qui n’en ont pas besoin n’en prennent plus. C’est l’Islande où il se vend le plus de boîtes d’antidépresseurs. Les remarques formulées plus haut sont toujours actuels y compris sur le rapport Zarifian. Sur la consommation d’antidépresseurs, j’ai recensé un article pertinent sur les disparités de consommation suivant les régions. Les trois régions où l’on consommerait le plus d’antidépresseurs seraient le Limousin, l’Auvergne et le Poitou-Charentes. L’une des explications avancées serait la vieillesse, le handicap célibat et le nombre de couples sans enfants. Ceci serait à prouver car il y a probablement d’autres raisons.

Si la consommation d’antidépresseurs diminue depuis 2000, celle des benzodiazépines reste fort élevée. La France en occupe le deuxième rang de la consommation de cette spécialité en Europe, derrière l’Espagne. Il reste encore fort à faire!

En conclusion de ce post, hommage à Édouard Zarifian. Il n’a pas uniquement écrit le rapport de 1996 sur les psychotropes, il a été aussi l’auteur prolixe de nombreux best sellers dont Les Jardiniers de la folie, et voici quelques phrases extraites de son livre Des Paradis plein la tête.

Ecoute-moi, toi mon semblable, mon frère. Tu as peur parce que tu te crois faible, parce que tu penses que l’avenir est sans issue et la vie sans espoir. … Pourtant, tu as d’authentiques paradis dans la tête. Ce ne sont pas des paradis chimiques, c’est toi, toi tout entier dans ta singularité d’homme avec les forces qui t’habitent et que tu as oubliées peut-être. Car c’est l’homme qu’il faut retrouver dans l’individu pour rendre l’existence viable.(Des paradis plein la tête

Si la consommation d’antidépresseurs diminue depuis 2000, celle des benzodiazépines reste fort élevée. La France en occupe le deuxième rang de la consommation de cette spécialité en Europe, derrière l’Espagne.

SOURCES:

pourquoidocteur.fr/Articles/Question-d-actu/31301-Quelles-regions-France-l-on-consomme-d-antidepresseurshttps://www.prescrire.org/docus/PO2008_ZarifianLRP168.pdf

ENCORE CE SI MYSTÉRIEUX PLACEBO: ACTE II

Le placebo renforce l’alliance thérapeutique et la relation médecin/malade.

Placebos vintage

En mars 2018, j’avais rédigé le post « Ce si mystérieux placebo »! J’y décrivais sa spécificité qui est celle d’un médicament sans principes actifs, un leurre prescrit par votre médecin. 

En voici quelques grandes lignes- des extraits à vrai dire- pour rappeler les grandes lignes de mon post de l’an dernier.

« La plupart des connaissances sur le placebo ont été acquises par l’étude de la douleur. Le patient peut éprouver un effet antalgique simplement en anticipant le soulagement. L’interprétation des suggestions verbales dans la communication entre le thérapeute et le patient a également été montré pour soulager l’inquiétude qui catalyse souvent la souffrance. En clair, l’effet placebo conditionne l’individu pour ce que ça marche! Déjà, par la couleur d’une pilule qui  ressemble au vrai  médicament. L’effet analgésique du placebo doit être modulé par la réduction des émotions négatives.» 

Certaines zones du cerveau sont plus particulièrement ciblées par le placebo. J’ai cité les travaux de Tor D.Wager, professeur de psychologie et de neurosciences à l’Université du Colorado à Boulder. Il a suggéré que l’effet placebo commence dans les parties les plus évolutives du cerveau pour aller vers les zones qui libèrent les opioïdes.  L’effet placebo serait du au fait que le cerveau adapte son interprétation de la douleur selon l’état émotionnel et psychique de la personne. Il y a bien évidemment d’autres travaux et d’autres d’auteurs qui ont brillamment travaillé sur ce sujet. Ce sera pour un autre post consacré à ce sujet inépuisable! En attendant si le coeur vous en dit, vous pouvez consulter le site Pubmed, base de données incontournable qui répertorie les articles scientifiques dans les revues spécialisées. Mais en faisant ces recherches, garder son esprit critique car parfois, il peut y avoir des biais méthodologiques ou des falsifications d’études. Toutefois, pour en revenir au placébo, j’ai repéré (à la hâte) quelques articles sur le placebo qui paraissent acceptables en première lecture (plutôt survol).

https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/24909245

https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/26132938

https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/23899563

Pour compléter mon ancien post dont j’ai repris quelques extraits, je vous propose d’autres articles que je n’ai pas rédigé mais que j’ai plaisir à vous soumettre.

D’abord celui de Marc Gozlan, journaliste médico-scientifique et médecin de formation, webmaster du blog Réalités Biomédicales.

Dans son article « Nous sommes inégaux devant le placebo », Marc Gozlan évoque cette inégalité devant le placebo étudié dans le cadre de la dépression, comme étant due à des variants génétiques. Des études ont démontré que plusieurs gènes sont concernés, et ceci étant observable par l’IRM et l’IRMf .

Voici quelques points forts de l’article:

Plusieurs gènes associés à la réponse placebo sont impliqués dans le métabolisme de neurotransmetteurs. Or, on sait que la séquence ADN d’un même gène ­n’est pas exactement identique d’une personne à l’autre. On parle de « polymorphisme génétique ». Récemment, des études ont montré que certains de ces « variants génétiques » sont associés à l’effet placebo dans la douleur, les troubles anxieux et la dépression. Ainsi, des variants génétiques affectant les voies de la dopamine semblent influencer la réponse placebo dans la dépression majeure et pourraient servir de biomarqueurs pour différencier les patients répondeurs et non répondeurs au placebo.

Ces travaux revêtent un intérêt considérable depuis que des études ont montré que la réponse au placebo est importante dans le traitement de l’épisode dépressif majeur. Cela pourrait expliquer les résultats d’une méta-analyse montrant que l’efficacité observée dans les groupes placebo atteint 65 % de celle enregistrée dans les groupes de patients traités par antidépresseur dans les essais cliniques. Cette proportion est encore plus élevée lorsqu’on inclut les résultats d’essais non publiés. »

Indépendamment de cet article de Marc Gozlan très documenté scientifiquement, j’en ai relevé un autre du Dr Guy-André Pelouze, chirurgien cardio-vasculaire. À première vue, cet article publié sur le site European Scientist semble plus éloigné du placebo que le précédent! Le sujet principal est le remboursement de l’homéopathie. Mais j’ai noté son extrême pertinence sur un passage parlant du placébo. L’homéopathie est un placébo comme un autre.

À ce sujet, voici ce que raconte le Dr Guy-André Pelouze:

« …c’est que les français n’auront même pas bénéficié d’une information de qualité sur ce qu’est l’effet placébo. Nous avons comme les animaux, enfouis dans notre cerveau et recouverts de médiation inhibitrice culturelle et sociale des programmes d’auto-guérison. Nous réagissons à l’adversité par notre système neurovégétatif, immunitaire, anabolique pour guérir. Nous pouvons diminuer drastiquement la douleur, influencer nos choix alimentaires et notre sommeil face à une infection un traumatisme etc… Dans le groupe humain du paléolithique, ces programmes étaient activés spontanément ou sous la médiation des anciens. Nous avons confié ces cas au médecin depuis des siècles. Tout acte de soin, produit un effet le plus souvent placebo mais dans certains, nocebo. C’est un sujet assez bien connu en psychologie évolutionniste. Donc les dilutions homéo avec ou sans sucre ont un effet placebo comme les manipulations d’un ostéo, comme les piqûres d’un acupuncteur, comme la piqûre de la méso comme toute médication allopathique, comme, je le répète, tout acte de soin. Cet effet placebo c’est le cerveau du patient qui le génère et il peut pour certains symptômes améliorer 30% des patients y compris durablement. L’observation que, dans le cas de l’homéopathie il n’y a que l’effet placebo est intéressante car double : il est impossible de mettre en évidence expérimentalement d’effet intrinsèque de la dilution, mais il n’y a pas non plus d’effet secondaire, de complications, nous y reviendrons. »

Toutes les observations sur le placebo sont bénéfiques pour les médecins. Cela démontre toute l’importance d’élaborer un rituel de soin qui améliore l’effet placebo et le soulagement du patient. Et de prendre en compte que notre cerveau est capable de repérer un bon nombre de signaux potentiels. Comme la façon dont le médecin est habillé, sa gestuelle, ses mimiques, et bien évidemment les mots qu’il choisit pour recommander le traitement. Et encore la forme galénique du placebo, et même l’environnement dans lequel le protocole de prescription est présenté.

Le  placebo n’est plus un simple mirage psychologique. Pour que ça soit efficace, il est inutile de mentir au patient en lui  disant que c’est un vrai médicament qu’il va prendre. Le placebo peut être inclus comme une prescription à part entière dans le rituel de soins. Le placebo renforce l’alliance thérapeutique et la relation médecin/malade. Comme le souligne le Dr Jean-Marie Lemarchant, Médecin chef honoraire des Hôpitaux Publics qualifiés en gastro-entérologue et endocrinologie: « Dans certaines affections, c’est la façon de donner qui vaut plus que ce que l’on donne. »