SE SOUVENIR DE SA NAISSANCE AVEC LE CRI PRIMAL, VRAIMENT?

Janov fut l’un des premiers à induire le « syndrome des faux souvenirs »(False Memory Syndrome), le cri primal étant l’une des « premières thérapies de la régression ».

Pop art image of a young woman screaming in terror.

À partir des années 60, dans le domaine de la psychothérapie, les thérapies du New-Age prolifèrent bon train. Certaines d’entre elles, pour ne pas dire toutes semblent relever de la fiction, mais elles ont bel et bien existé et existent encore faisant le lit du charlatanisme. Elles dévoient la fonction de la psychothérapie qui se définit  comme « un traitement psychologique pour un trouble mental, pour des perturbations comportementales ou pour tout autre problème entraînant une souffrance ou une détresse psychologique qui a pour but de favoriser, chez le client, des changements significatifs dans son fonctionnement cognitif. »

Les psychothérapies du new Age ne répondent pas à cette exigence éthique de la psychothérapie, loin s’en faut. Dans leur livre « Crazy Therapies », Singer et Lalich décrivent une longue liste de ces thérapies ébouriffantes du New Age! L’une d’elles est le « Cri Primal » mise au point par Arthur Janov. Le principe est le suivant: « il est est préconisé de crier pour se débarrasser de la « douleur primale » qui vous enferme dans le cercle vicieux des émotions négatives et des maladies de toutes sortes.

Comment classer le Cri Primal parmi les courants de l’époque?

Le Cri Primal est une thérapie de psychologie humaniste dont on peut attribuer la paternité à Abraham Maslow . C’est un modèle de psychothérapie qui cherche à relancer chez la personne, en thérapie, sa tendance auto-innée à se réguler,  à développer son potentiel. Sur le fond, la psychologie humaniste est un concept captivant et à ne pas rejeter, même si on peut lui reprocher aujourd’hui qu’elle ne réponde pas aux critères de « l’Evidence Based Medecine » (les mots qui fâchent). La pensée d’Abraham Maslow figurait au programme de certaines facs de psychologie. Malheureusement, c’est dans ce courant  que se trouvent massivement les pratiques douteuses de psychothérapie avec leurs théories pseudo-scientifiques.  

Le grand public va découvrir Arthur Janov à l’occasion de la sortie de son livre le Cri Primal en 1970. Rapidement, ce livre devient un best-seller à l’échelle mondiale. Jusqu’à cette soudaine notoriété, A. Janov était un psychiatre conventionnel. La même année, Arthur Janov et sa femme Vivian Francès vont fonder avec une vingtaine de personnes l’Institut Primal à Los Angeles. La notoriété de Janov s’envole auprès des médias mainstream au point de faire la Une de Vogue, et séduire des célébrités comme John Lennon et Yoko Ono.

La théorie du cri primal repose sur l’idée que toutes les maladies mentales comme la dépression, les psychoses et les maladies psychosomatiques proviennent des « souvenirs refoulés » lors « du premier trauma qui se produit à la naissance ».

Janov a repris à son compte (en partie) la théorie d’Otto Rank, un dissident de Freud. Otto Rank parla le premier du trauma de la naissance comme vécu primordial et réservoir du mal-être futur. Le traumatisme de la naissance n’est pas forcément celui qui se passe au moment de l’accouchement, et il faut l’interpréter dans le sens d’une perte, d’une séparation dans la vie perceptive et psychique du nourrisson avec sa mère. Pour Otto Rank, les relations avec la mère sont ambivalentes alors que Freud restera centré sur l’Oedipe.

Les thérapies verbales ne trouvent pas grâce auprès de Janov. Selon lui, elles ne solliciteraient que le cortex cérébral et les aires du cerveau en relation avec le mental. L’origine de la souffrance ne peut pas être soignée si le système nerveux central n’est pas sollicité. Car Janov se targue contrairement à la psychanalyse de s’appuyer sur les avancées scientifiques relatives à de nombreux paramètres physiologiques comme le rythme cardiaque, la pression artérielle, etc. Un retour à la normale de certains paramètres physiologiques conduisait Janov à parler de « guérison primale ».

Fort de la théorie de Otto Rank qui divise encore les psychanalystes, Janov va entraîner ses émules thérapeutes à faire retrouver aux patients les souvenirs de leur naissance. Et là, ça se corse

Dans l’approche théorique de Janov, les deux premières années de la vie sont cruciales pour le développement de la psyché de l’enfant. Inconscient de ce premier trauma que constitue la naissance, il prend forcément un mauvais départ dans la vie. Qu’à cela ne tienne, le Cri Primal peut remédier à ce handicap si le patient récupère -en pleine conscience- le souvenir de sa naissance.   Accéder à ces premiers traumas n’est pas une mince affaire, et ça ne ne se fait pas en une seule séance de Cri Primal! Il faut pour cela que le patient s’engage à participer aux nombreux séminaires du Dr Janov! Tout est prévu!

Au fil des séminaires, les souffrances primaires ainsi débusquées, la méthode de Janov devient « une fontaine de Jouvence » qui permet de résister à toutes les maladies. Janov ira même jusqu’à affirmer qu’un patient n’a plus besoin de suivre une autre thérapie, avec  le cri primal, il accède à la pleine maîtrise de sa vie. Ce n’est pas un miracle, c’est de la pseudo-science qui défie les lois de la mémoire, et qui ne repose pas sur les règles de l’Evidence Based Médecine!

Outre le livre culte de Janov, il y en a eu pléthore sur cette fameuse révolution primaire. Une fois la mode passée, la plupart d’entre eux ne furent plus réédités. En 1972, Simon et Shuster, deux émules de Janov, ne tarissent pas d’éloges sur les indications du cri primal: alcoolisme, addiction aux drogues, dépression et troubles bipolaires.

En 1991, la deuxième vague du « nouveau cri primal » est présentée comme une amélioration de la méthode, et son champ d’indications s’élargit. Hypertension, cancer, troubles de la libido, phobies, migraines etc. La panacée universelle.

Janov était convaincu que sa méthode était la seule efficace. Et Janov était pointilleux sur la sélection de ses praticiens, et seuls ceux formés dans son institut avaient l’autorisation de pratiquer. Plus tard, il développa l’idée que le cri primal pouvait être une thérapie familiale salvatrice contre l’injustice, la guerre et la maladie mentale.

Pour Janov, « la souffrance primitive » est provoquée par les souvenirs refoulés qu’il résume avec cette magnifique formule: « La maladie mentale est un cri silencieux ». La formule, il faut le reconnaître est admirable, peut-être pas dans le sens de Janov mais comme celui d’une souffrance dénigrée qui engendre une forme d’ostracisme .

Avec le Cri Primal, quand les patients retrouvent la mémoire perdue des traumas des deux premières années de la vie, en sus de celles de sa naissance, elle se manifeste corporellement: on se roule par terre, on hurle de colère, signes révélateurs de leur naissance. Régression salavatrice (selon lui) au stade du nourrisson ou des deux premières années de la vie.  Ce process est la période primale. Pour que cette régression se fasse dans les meilleures conditions, la salle est aménagée avec des couvertures et des oreillers pour ne pas se blesser et pouvoir crier tout son soul.    

La colère est pour Janov un élément essentiel à revivre dans les processus primals. La lecture de cet extrait du cri Primal laisse songeur: « Je crois que le coléreux est le sujet qui n’est pas aimé – celui qui n’a pu être ce qu’il était réellement. En général, il est en colère contre ses parents parce qu’ils ne l’ont pas laissé être lui-même, et en colère contre lui-même parce qu’Il continue à renier son moi. Mais c’est le besoin qui est fondamental, la colère est l’effet secondaire. Elle survient quand le besoin n’est pas satisfait. Lorsque nous considérons le processus primal, nous constatons qu’il se déroule avec une rigueur presque mathématique. Les premiers primals ont souvent pour sujet la colère. Dans la seconde série, il s’agit de la souffrance et dans le troisième, du besoin d’amour. Le besoin et la non-satisfaction de ce besoin cause en général la plus violente douleur. Le processus primal se déroule comme la vie, mais en sens inverse.»

Janov fut l’un des premiers à induire le « syndrome des faux souvenirs »(False Memory Syndrome), le cri primal étant l’une des « premières thérapies de la régression ». Ou encore appelée en anglais MRT (memory recovered therapy).
Ces techniques de la mémoire récupérée cherchaient à faire retrouver des souvenirs enfouis dans l’inconscient à la suite d’un trauma durant l’enfance. Ainsi, des faux souvenirs d’inceste (ou de pédophilie) ont été créés de toutes pièces avec des conséquences tragiques. Certaines personnes se sont retrouvées derrière les barreaux, de longues années pour délinquance sexuelle qu’elles n’avaient jamais commises. Et à l’époque, le mouvement Meetoo n’existait pas!

À sa décharge, concernant le syndrome des faux souvenirs d’abus sexuels, Janov n’est pas concerné par sa propagation. Les souvenirs des processus primals sont déjà une épopée à eux seuls, sans qu’on y rajoute les abus sexuels. Mais ses méthodes étaient douteuses pour les faire surgir surtout lorsqu’on sait que la période de l’amnésie infantile est absolue jusqu’à l’âge de deux ans, et qu’ensuite, il y a une amnésie relative jusque vers cinq-six ans où les souvenirs sont épars et incomplets. Se souvenir de sa naissance avec le cri primal, c’est un exploit qui défie les connaissances scientifiques sur le fonctionnement de la mémoire!  

Les sessions de Cri Primal se déroulaient dans un hôtel coupé de toute communication (Radio, TV, lecture). Avant de commencer les séminaires, Janov mettait ses patients en privation de sommeil. L’isolement et le manque de sommeil sont des techniques importantes qui, souvent amènent les patients vers le cri primal. La privation de sommeil abaisse les défenses.

Il y a eu de sacrées dérives avec Joseph Hart et Richard Corriae, deux émules de Janov. Ils avaient fait dévêtir leurs patients, et les avaient ensuite battu. Le centre ferma, en 1980, à la suite de plaintes et de poursuites judiciaires. La méthode de Janov ne fait pas l’unanimité parmi les psychothérapeutes. En 2015, l’APA dans le Journal « Psychology of Consciousness », confirme que le cri primal (avec d’autre thérapies) crée des faux souvenirs de naissance. C’est évident quand ils sont supposés concerner la période de l’amnésie infantile.

La psychanalyste Alice Miller s’est tout d’abord montrée élogieuse envers le Cri Primal, et par la suite, elle s’est rétractée. Selon elle, le Cri Primal pouvait être dangereux s’il n’était pas encadré par des professionnels. Notamment, elle critiqua les croyances sur la force cathartique lors des périodes primales. Si amélioration, il y avait, elle n’était que provisoire. Alice Miller critiqua aussi l’intensité des stages et le « risque de développer une addiction à la douleur ».

Le site Pubmed (en langue anglaise) publie quelques articles critiques sur la méthode de Janov même s’ils datent des années 80. En 1989, sur le plan médical, PritkinJ, Balin R et Young H évoquent le risque du syndrome de Mallory-Weiss (déchirure superficielle de la muqueuse à la jonction de l’oesophage et de l’estomac). À force de crier à pleins poumons, comment s’en étonner.  

Des comportementalistes évoquent la mauvaise orientation conceptuelle de cette méthode, en considérant que le cri Primal est une approche exotique et à l’éclectisme théorique informe. Voire dangereuse susceptible d’aggraver l’état du malade.

Malgré les nombreuses mises en garde, on ne peut que constater que les racines historiques du cri Primal sont toujours actuelles. Cette méthode séduit encore beaucoup de personnes attirées par le développement personnel et les thérapies alternatives.

De nombreux thérapeutes proposent encore des stages de Cri Primal en France et en Europe, et certains soignants sont toujours élogieux envers cette méthode New Age.

Le livre « Le Cri Primal » est toujours un best-seller, et son contenu théorique peu scientifique malgré les affirmations de son auteur, pour qui n’a pas l’esprit critique peut toujours séduire. Surtout si certains passages du livre rejoignent des réflexions personnelles sur la souffrance de la vie et le trauma  de la naissance. La naissance et la mort sont les deux extrêmes de la vie, et il faut bien accepter adulte que « l’enfance est un voyage oublié » (Jean Mallard).
Et si vous voulez vraiment crier, hurler à pleins poumons, vous pouvez toujours le faire derrière votre ordinateur ou en pleine nature

Sources

Les sources de ce post viennent d’un article de Martin Gardner,  « Primal Scream: A Persistent New Age Therapy », publié dans la revue Sceptique Skeptical Inquirer, il y a plus de 15 ans. 

https://en.wikipedia.org/wiki/Primal_therapy http://www.constellations-je-nous.com/article-17622693.html
https://en.wikipedia.org/wiki/Primal_therapy
https://fr.wikipedia.org/wiki/Psychologie_humaniste
http://memovocab.perso.sfr.fr/glossaire/glossa_af/amnesie_infantile.html

SOUMISSION CHIMIQUE ET DÉRIVE SECTAIRE.

L’emprise chimique abolit les réflexes de protection et les réactions de défense, et il devient aisé de profiter sans scrupules de la diminution des performances intellectuelles ou physiques de quelqu’un, de l’amener à agir contre ses intérêts et de le contrôler.

Dans son roman dystopique « Le Meilleur des Mondes », Aldous Huxley évoque la sujétion psychologique des populations avec le Soma,  une drogue qui rend heureux. Artificielle, elle est présentée comme un simple médicament censé résoudre tous les maux de la société et se substitue à l’alcool et le tabac. À forte dose, le soma plonge l’utilisateur dans un sommeil béat.

Avec les avancées de la psychopharmacologie, la soumission chimique est aujourd’hui une réalité peu connue. Les  substances qui permettent d’assujettir autrui ne manquent pas.  Quelques précisions s’imposent. Ce post est centré sur la sujétion chimique plus que sur l’addiction que l’on va succinctement résumer à l’envie irrépressible de faire ou de consommer quelque chose en dépit des efforts du sujet pour s’en empêcher. Mais sujétion et addiction peuvent être interdépendants incontestablement, et relèvent de l’addictologie.

Alors comment définir la soumission chimique?

La soumission chimique est l’administration à des fins criminelles ou délictuelles d’une substance psychoactive à l’insu de la victime.  L’emprise chimique abolit les réflexes de protection et les réactions de défense,  et il devient aisé de profiter sans scrupules de la diminution des performances intellectuelles ou physiques de quelqu’un, de l’amener à agir contre ses intérêts et de le contrôler. L’assujettir, le mettre sous emprise mentale et physique.   Les substances utilisées, dans ce cadre là, mettent en jeu des mécanismes cérébraux inhibiteurs responsables des troubles de la vigilance et de la mémoire. Dans le cerveau,  le degré de vigilance est commandé par le cortex frontal, partie antérieure de l’encéphale, connectée au thalamus, qui reçoit notamment les informations visuelles et auditives de l’extérieur. Pour diminuer la vigilance, il y a des actions complexes du thalamus qui agissent sur le cortex frontal, soit en l’excitant, soit en l’inhibant.

Certaines molécules sont connues pour induire la soumission chimique. À l’instar du gamma-OH ou GHB, la drogue des violeurs, un hypnotique puissant uniquement prescrit sur ordonnance médicale. Le GHB agit sur le siège de la volonté en diminuant l’activité de la partie frontale du cerveau. L’action de ce type de molécules sur le cortex a une autre conséquence chez les victimes: une victime violée sous l’emprise d’une substance chimique sera amnésique de son viol. Durant le temps d’action de la drogue, les souvenirs ne sont pas stockés; ce qui rend difficile l’identification des délinquants sexuels.

Il est possible d’abaisser les seuils de résistance, d’obtenir  artificiellement la confiance d’autrui pour le manipuler avec certaines molécules comme la vasopressine et l’ocytocine, connues comme les hormones de l’amour et de l’attachement. Des neuropeptides diffusées sous forme de spray. L’ocytocine agit sur la perception de la peur, ce qui est démontré par les travaux de Peter Kirsch de l’Université de Giessen (Allemagne). Avec l’ocytocine, un délinquant sexuel peut obtenir la confiance d’une proie sexuelle.

La soumission chimique est un procédé psychosectaire peu connu, et pourtant elle date d’une bonne vingtaine d’années, et on peut la classer dans les dérives des psychothérapies ou du développement personnel du New Age. Des Crazy thérapies (ces thérapies dingues) pour reprendre le titre du livre de la psychologue Margaret Singer et du sociologue Janja Lalich. L’une d’elles concerne le chamanisme à la croisée du développement personnel et de la psychothérapie.

Beaucoup de personnes « en recherche » sont séduites actuellement par la pratique du chamanisme, et vont tomber dans le piège de la soumission chimique en ingérant des psychostimulants naturels présentés comme des recettes ancestrales. Sous couvert de développement personnel, de psychothérapie voire de médecines alternatives, des charlatans proposent des ersatz de pratiques chamaniques conjuguées à des drogues puissantes. L’idée de ces chamans de pacotille est de provoquer des États Modifiés de Conscience (EMC) que l’on présente aux victimes comme des « visions chamaniques » propices à une évolution spirituelle.

Ces faux chamans s’inspirent d’authentiques traditions chamaniques qui utilisent des drogues dans leurs rituels. Particulièrement, celle de l’Amazonie et son hallucinogène puissant, l’ayahuasca, une décoction à base de plantes locale comme le banisteriopsis Caapi et dont l’effet psychotrope est obtenu avec la psychotria viridis (DMT). Les Indiens d’Amazonie la surnomme en claquant des dents, la « Liane de la Mort » ou  le vin des Morts. Son ingestion entraîne une modification des perceptions et des phénomènes hallucinatoires.

Ses effets sont proches de ceux du L.S.D, le psychoactif de référence. De nombreuses victimes sont tombées sous l’emprise chimique et sectaire de l’ayahuasca, malgré l’interdiction justifiée en France, depuis 2005, de la décoction. En Europe, la drogue amazonienne est diffusée par des micro-groupes, fonctionnant en  « système clos », et  elle a acquis le statut d’un outil chimique de manipulation redoutable définis sur le mode de groupes totalitaires, d’officines sectaires. Le pharmacologue Gilbert Pépin, il y a plus de dix ans, a mis en exergue la double soumission -chimique et sectaire-des victimes de l’ayahuasca. Consommée ainsi, on a observé des décompensations psychiatriques, des suicides quelques mois après l’avoir prise, des comas et des morts par overdose.  

Toutefois, j’ai trouvé en faisant des recherches sur le net, un plaidoyer presque favorable à l’ayahuasca. Le Dr Antoine Lagaude, psychiatre et addictologue à la clinique de la Ramée à Bruxelles, lui accorderait des vertus en psychothérapie pour faciliter l’introspection. Dans une interview accordée au magazine féminin Elle, il précise que ces études manquent de références scientifiques et que si la dépendance à l’ayahuasca est faible, l’expérience n’est tout de même pas sans risques. « Certains cas de psychoses induites et de décompensation de maladies préexistantes ont été décrits.»

On peut trouver également sur Pubmed un article qui se présente comme une revue systématique de sept études sur 130 patients portant sur l’ayahuasca dans le traitement de la dépression et de l’anxiété. Ni concluant, ni prometteur pour l’instant comme l’indique la conclusion: « Bien que des preuves supplémentaires soient nécessaires, les psychédéliques semblent être efficaces pour réduire considérablement les symptômes de dépression et d’anxiété et sont bien tolérés.»

Toujours dans le registre des dérives du chamanisme, les observateurs constatent également la montée en puissance préoccupante de l’iboga, un bois sacré hallucinogène originaire du  Gabon, de la tradition des Bwitis. Il  est aussi appelé le L.S.D africain, ce qui évoque, sans détour, sa parenté pharmacologique avec la molécule chimique du même nom. Dans une édition de 2007, le journal le Parisien rapporte la mort d’un jeune toxicomane alsacien de 26 ans, qui au cours d’un stage de chamanisme africain en Ardèche, avait consommé de l’iboga. Son cas est rapporté en 2012 dans les Annales de Toxicologie Analytique dans les prélèvements post-mortem.

Au regard des progrès fulgurants de la soumission chimique, la plus grande vigilance est de rigueur » constate le Dr Patrick Barriot, enseignant à la faculté de médecine de Montpellier.

Sources: https://www.pourlascience.fr/sd/neurobiologie/la-soumission-chimique-1688.php http://scienceactumagazine.unblog.fr/2009/03/18/locytocine-lhormone-de-lattachement/ Communication, société de médecine légale et de criminologie de France, séancedu 11 septembre 2000: “Un  Nouvel hallucinogène en Europe: l’ayahuasca ou vin de l’esprit”, G.Pépin, M.Chèze, F.Billaut, Y.Gaillard.In annales de Toxicologie Analytique, vol XVI, n°1, 2004, “Ayahuasca: liane de l’âme, chamans et soumissions chimiques “Ayahuasca: liane de l’âme, chamans et soumission chimique”, G.Pepin, M.Chèze, F.Billaut, Y.Gaillard.

Note de l’auteure: Ce post est une version enrichie d’un précédent post publié en mars 2018.

LES GROUPES BALINT SONT-ILS VRAIMENT DÉMODÉS POUR AMÉLIORER LA RELATION ENTRE LES SOIGNANTS ET LES PATIENTS?

Le groupe se compose de 8 à 12 soignants qui se retrouvent régulièrement pour réfléchir autour de la présentation d’un cas clinique où la relation médecin/malade est difficile.

©NBT

La psychologie médicale étudie la fonction soignante, le malade et sa maladie. Toute situation de relation et d’interaction médecin/patient. Délibérément, j’élargis la psychologie médicale aux autres catégories de soignants que les médecins, même si « académiquement » l’objet de cette discipline était dévolue à la relation médecin/malade. La psyché des patients réagit aux mêmes règles, avec certes des attentes et des nuances différentes suivant la catégorie de soignants auxquels ils ont affaire.

Les aspects psychologiques concernent les nombreux champs de la médecine.

-Les facteurs de causalité ou de prédisposition de la maladie (maladies psychosomatiques et maladies fonctionnelles).

-Comportement et adaptation du malade à la maladie et aux thérapeutiques comme le déni, l’anxiété ou la dépression) déterminants pour l’attitude du patient et l’évolution de la maladie.

-Attentes d’ordre relationnelles et émotionnelles coexistant avec la maladie et ses symptômes vis à vis du médecin et également son environnement (affectif, professionnel et relationnel).

-Et les multiples aspects de la relation médecin/malade

« Penser le soin »n’est pas une attitude inédite. Dès les années 30, la dimension relationnelle médecin/malade avait été proposée dans le cadre de la formation continue des généralistes par Michael Balint, l’inventeur des groupes du même nom.

Michael Balint était un psychiatre et psychanalyste d’origine hongroise, né en 1896 et mort en 1970 à Londres. Son père, médecin généraliste, incita son fils à suivre son chemin. Michael Balint va d’abord s’orienter vers la médecine psychosomatique, et parallèlement à ses études de médecine, il suit des études de chimie. Côté psychothérapie (même si le mot n’a pas la même connotation qu’aujourd’hui) il suit une psychanalyse, dont une tranche avec le neurologue Ferenczi Sandor décrit comme l’enfant terrible de la psychanalyse tant ses relations sont ambigües avec Freud, et qui contrairement à d’autres psychanalystes de l’entourage de Freud « va regarder en face les traumatismes sexuels infantiles, et lutter – à ses dépens – contre le déni collectif qui alimente le tabou tragique de l’inceste. » Sandor Ferenczi avait été lui-même violé dans son enfance. Ces quelques mots sur le psychanalyste Sandor Ferenczi sont importants pour comprendre l’état d’esprit de Michael Balint dans son parcours professionnel.

À partir de 1925, il va participer à l’organisation de l’institut de psychanalyse et d’une polyclinique de psychothérapie psychanalytique dont il va devenir le directeur en 1933 à la mort de Sandor Ferenczi. En 1938, Michael Balint fuit la Hongrie avec son épouse et s’installe à Manchester, en Grande Bretagne où Alice Balint meurt brutalement à son arrivée.

Après la guerre, Michael Balint s’installe à Londres, et de 1948 à 1961, il travaille à la Tavistock Clinic, le premier centre de thérapie analytique anglais fondé en 1920 par le psychiatre Hugh Crichton-Miller qui avait travaillé sur les névroses de guerre sous la double influence de Freud et de Jung . Depuis son ouverture, la vocation de la Tavistock Clinic était d’étudier les relations humaines. Elle est toujours active avec de nombreux départements et est devenue une fondation depuis 2006. Il a été reproché lors des premiers temps de la Tavisktock Clinic, d’être trop éclectique et pas assez rigoriste dans les principes de la psychanalyse. Il faut aussi replacer cette remarque dans le contexte de l’époque en se souvenant que la psychanalyse était une révolution dans la prise en charge des patients souffrant des troubles de la psyché.

À Manchester, Balint va se spécialiser dans la psychologie de l’enfant. Quand il intègre la Tavistock Clinic, il s’intéresse au travail sur le groupe du psychiatre Bion. Psychiatre militaire et principal disciple de Mélanie Klein, en traitant les névroses de guerre, Bion constate qu’un traitement individuel n’est pas adapté, mais qu’il fallait prendre en charge tous ces patients par « petits groupes ». Pour Bion, un groupe fonctionne comme une unité, comme un tout développant une logique propre au delà de celle des individus.

C’est dans cet environnement éclectique que Balint et sa troisième épouse Enid travailleuse sociale rencontrée à la clinique, vont créer les fameux groupes Balint de renommée internationale.

Il semblerait, selon un article, publié dans la revue CAIRN que ce soit la relation difficile entre Balint et son père, médecin généraliste, homme froid et rigide qui l’aurait incité à créer ces fameux séminaires de formation recherche à destination des médecins généralistes. « C’est sans doute son père que Michæl Balint aurait aimé sensibiliser au vécu de ses « enfants-patients », c’est à lui qu’il aurait voulu apprendre à être attentif à leurs sentiments et à leurs problèmes.»

L’ouvrage fondamental de M.Balint est « Le médecin, son malade et la maladie publié en 1996 dont voici le synopsis: « Pourquoi, malgré de sérieux efforts de part et d’autre, la relation entre malade et médecin est-elle si souvent insatisfaisante, voire malheureuse, alors même que le médicament de beaucoup le plus fréquemment utilisé en médecine générale est précisément le médecin ?»

Le but d’un groupe Balint est de reconnaitre les émotions du patient ainsi que celles du soignant et trouver ainsi la meilleure interaction favorable et utile au malade. Cela va des non-dits aux actes manqués ou aux mots employés en sus de l’empathie à la base du métier de soignant.

Comment fonctionne un groupe Balint? Il faut préciser que ce n’est pas un groupe thérapeutique pour les soignants. Si ces derniers ont des problèmes, le groupe Balint n’a pas vocation à les soigner. Ce n’est pas non plus un séminaire de cas cliniques. L’histoire du malade est juste un point de départ pour étudier la relation du soignant avec son patient, et ainsi voir comment le soignant peut aider favorablement le patient à évoluer.

Le groupe se compose de 8 à 12 soignants qui se retrouvent régulièrement pour réfléchir autour de la présentation d’un cas clinique où la relation médecin/malade est difficile. Sur le terrain de la psychanalyse. Alors, compte tenu aujourd’hui de la diversité des approches théoriques en psychothérapie c’est peut-être pour certains soignants un frein pour participer à des groupes Balint. Mais la philosophie mise au point reste séduisante et éthique. Apprécier ou non la psychanalyse est une autre histoire.

Les règles de fonctionnement d’un groupe Balint sont les suivantes, et figurent sur le site officiel des groupes Balint:

  • la spontanéité avec laquelle le rapporteur du cas le raconte
  • les associations libres des idées et des ressentis
  • absence de notes
  • le respect de la parole des autres sans évaluation ni jugement
  • la confidentialité

Que reste-t-il aujourd’hui de l’héritage de Balint qui pourrait inspirer encore des réflexions des soignants sur leur relation avec les patients soit hospitalisés ou dans le cadre de consultations individuelles. Et tant qu’on y est, incluons aussi les téléconsultations qui se sont développées durant la pandémie.

Il y a de nombreuses réponses sur le site officiel de la Société Médicale Balint qui propose des formations à tout type de soignants ainsi que de nombreux textes sur l’approche de Balint. Il y a un point sur lequel avait insisté Balint, c’est la supervision.

De réécrire une nouvelle fois que la psychanalyse n’a plus la même influence qu’au temps de Balint, mais cette évolution peut encore faire émerger chez les médecins et soignant des réflexions sur la rencontre thérapeutique avec certains critères élaborés par Balint.

Balint avait insisté en son temps sur l’urgence d’une « conversion communautaire de la médecine et de l’hygiène mentale ». Qu’aurait-il pensé de des médecins de plateaux interviewés à longueur de journée sur pandémie actuelle ! Leurs propos « alarmistes ou rassuristes », déversés à jet continu sur les réseaux sociaux risquent à la longue d’avoir un fort impact sur la relation médecin/malade; celle qui se forge au fil intimiste des consultations dans les cabinets médicaux des généralistes et des spécialistes. C’est à l’opposé de l’esprit des groupes de Balint!

Au nom du « principe de sauver des vies » incluant des mesures sanitaires liberticides (peut-on affirmer le contraire?), la médecine se révèle avec la pandémie d’abord techniciste, hyper spécialisée sans âme et occulte l’aspect psychologique d’une prise en charge. Tout ce qu’avait dénoncé Balint! Restons optimiste car la médecine générale reste le pivot de la médecine de ville, et les patients ne s’y trompent pas! Et la médecine générale est la source de la pensée de Balint!

La relation médecin/malade se résume dans ces quelques mots de Balint: « qu’il soit capable d’acquérir suffisamment d’habileté personnelle pour jouir de ce que la vie adulte peut offrir. […] Il faut veiller sans cesse à ce que le patient reste – ou devienne – capable d’établir et de maintenir un contact intime et durable avec les autres.»

RÉFLEXIONS AUTOUR DE LA CULTURE SCIENTIFIQUE!

«Inventez une charlatanerie, n’importe laquelle, vous trouverez toujours des hommes qui diront que ça marche, tant notre besoin d’illusion est intense.»(Boris Cyrulnick)

Sur leur rapport à la science et à la chimie, en Octobre 2018, un sondage IFOP pour BASF a interrogé sur leur rapport à la science et à la chimie des Français, des Britanniques, des Allemands et des Américains. Nos compatriotes ont étés invités à évaluer le niveau de leur culture scientifique. 27% des Français l’estiment satisfaisante et parmi eux 34% des Français l’estiment « lacunaire »contre 54% des Allemands, 40% des Britanniques et 45% des Américains qui eux pensent qu’elle est satisfaisante. Seuls 7% de nos voisins allemands pensent que la leur est lacunaire 7%! Cette auto évaluation des sondés s’expliquerait par la place de l’enseignement des sciences à l’école ainsi que dans le degré de confiance collective en la capacité d’innovation et technologique de son pays.

Dans ce sondage, un tableau montre que 56% des Français ont estimé que la science ne tient pas suffisamment de place dans les débats de société. Les autres pays ne sont pas en reste, mais souvenons nous que l’auto-évaluation de leur culture scientifique n’est pas la nôtre et qu’il s’agit d’un sentiment bien subjectif si l’on se penche sur les chiffres des tableaux .

Page 15 du sondage Ipsos: https://www.ifop.com/wp-content/uploads/2018/10/115725-Rapport-03.09.2018-1.pdf

Pour Gaston Bachelard, « la culture scientifique demande un effort de la pensée ». Il a même insisté sur la nécessité d’une démarche de « catharsis intellectuelle en vue d’accéder à une culture scientifique ». Les connaissances scientifiques lacunaires montrent qu’il ne s’agit pas d’une ignorance totale de la science, mais principalement d’une incapacité globale à s’informer, trier les messages (souvent contradictoires), afin de se forger une conscience et une opinion sur les défis de la science.

La science évolue constamment et elle n’est pas figée. D’ailleurs, concernant la médecine, le terme « Evidence based medecine » ou sa traduction française « la médecine fondée sur les faits » illustre cette démarche pour définir la meilleure stratégie pour soigner, selon le sacro-saint principe « du primum non nocere », c’est à dire d’abord ne pas nuire. En partant du principe qu’aucun remède n’est dénué d’effets secondaires, mais il faut que les bénéfices soient supérieurs aux risques.

L’un des principaux dangers qui guette les personnes qui ont une culture scientifique lacunaire est la désinformation scientifique. Force est de constater que le discours pseudo-scientifique avec une idéologie dilatoire est parfois plus convaincant et ludique que l’information scientifique taxée de rigide et factuelle. On vous rétorque alors le mantra « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme» de Michel Montaigne. Un lieu commun.

Côté désinformation, l’actualité est en plein dans le mille! Le sondage IFOP, s’il date de plus de deux ans est encore d’actualité au onzième mois du virus Covid-19. Cette culture scientifique insatisfaisante, l’incapacité à trier des informations fiables, s’illustrent notamment par l’adhésion surprenante de nombre de Français à des thèses dites alterscientifiques (néologisme de A.Moatti) ou plus connues comme celles de « complotistes », « rassuristes »! « Charlatans ». Vous les appelez comme vous voulez, c’est le principe de l’incitation à la désinformation scientifique qu’il faut retenir. La frontière entre les faits scientifiques basés sur des preuves et les allégations convaincantes de personnalités aux titres ronflants et la pseudo-science est devenue floue pour une grande partie de l’opinion publique. Madame Michu s’en donne à coeur joie et se passionne pour la virologie et l’épidémiologie vues par l’alter science!

Avant la pandémie, la médecine et la psychologie étaient déjà les grands terrains de prédilection du pseudo-scientisme et des fake news. Depuis de nombreuses années, il est connu que la psychothérapie est gangrénée par des méthodes douteuses, inspirée du New Age, reposant sur des concepts pseudo-scientifiques, occasionnant des dégâts dans la psyché et entachant la profession de psychothérapeute. La MIVILUDES recueille régulièrement les plaintes des victimes de ces psychothérapeutes au pré-requis scientifique indigent et manipulateurs. Chamanisme dévoyé, faux souvenirs d’inceste, médecine quantique, reiki, n’en sont que des exemples parmi d’autres que j’ai eu l’occasion d’approfondir de nombreuses années avec le milieu associatif lié à la MIVILUDES.

La désinformation prospère avec cette inculture scientifique au fil des années. Déjà, lors de son audition au sénat en 2013 sur les dérives thérapeutiques et les dérives sectaires, j’avais relevé dans un média mainstream ces propos du professeur Loïc Capron : « il existe une forme de laisser-aller intellectuel qui ne résiste plus aux assauts de la charlatanerie.» Nous sommes en 2021 et c’est toujours pertinent!

Alors comment définir le charlatanisme? De reconnaître que la définition du charlatan est souvent imprécise mais ce qu’il faut retenir c’est qu’il peut-être un professionnel dûment diplômé! Il peut être le charlatan de quelqu’un s’il pratique une méthode peu consensuelle ou reposant sur un pré-requis insuffisant. Très souvent, lorsqu’on parle de charlatanisme, il s’agit du rejet de toute autre méthode que celle dite conventionnelle.  

Il y a quelques années, ces dérives touchaient très peu la médecine mais aujourd’hui, avec la COVID-19, elle est touchée en plein coeur, et elles pèsent sur la parole scientifique liée au virus. La pandémie est aussi celle de l’ère de la prolifération des faux prophètes qui drainent une adhésion surprenante sur les réseaux sociaux.

Dans un récent article au titre éloquent de « Onze mois à suivre les experts autoproclamés », le Dr Christian Lehmann mesure l’étendue du désastre qui affaiblit la parole médicale: …j’avais sous-estimé la présence des adeptes du chaos dans nos rangs » et de poursuivre « Depuis le début de la pandémie, certains experts autoproclamés n’ont eu de cesse de porter une parole prétendument disruptive, d’aller à l’encontre des recommandations sanitaires comme des informations scientifiques disponibles...Et encore, écrit-il « La vérité scientifique, le simple respect de la méthode scientifique, la vérification des sources, tout ceci importe peu. …Si demain un nouvel charlatan pique l’intérêt du public, il aura l’honneur des plateaux…Et puis La vérité scientifique, le simple respect de la méthode scientifique, la vérification des sources, tout ceci importe peu. Si demain un nouvel charlatan pique l’intérêt du public, il aura l’honneur des plateaux. » Le docteur Christian Lehmann a merveilleusement résumé la situation.

Alors comment également, ne pas citer dans la continuité du « Primum non nocere »qui sous-tend l’éthique médicale, l’inquiétude du président de l’ordre des médecins, Patrick Bouet, sur certains de ses confrères: « ..une partie du monde médical, heureusement très minoritaire, participe à la vague complotiste ». « Sollicités sur les réseaux sociaux, et parfois dans des médias audiovisuels, un certain nombre de médecins confondent conviction personnelle et réalité médicale. Ils font des amalgames et déclarent des choses non conformes à la réalité scientifique. C’est contraire à notre ADN de soignants. Nous avons déjà engagé des actions et continuerons à être attentifs. Nous recevons des courriers avec des signalements et autres éléments qui nous poussent à la vigilance. » prévient Patrick Bouet 

La cerise sur le gâteau est que parmi ces experts autoproclamés, on retrouve des politiques. Depuis quand une figure politique décide-t-elle du bien-fondé de la prescription d’une molécule supposée miraculeuse, et en fait inefficace contre le virus (RCT à l’appui et non observationnelles) et aux effets secondaires potentiellement dangereux aux fins de s’opposer à des décisions de santé publique et à la parole médicale? Depuis quand des chefs de parti et des députés dénigrent-ils la parole des virologues, épidémiologistes et aux médecins pour prescrire une molécule? Bientôt dans les programmes politiques on pourra lire: « poudre de perlimpinpin à gogo » en vente libre chez votre pharmacien?

Dans ces croisades alter scientifiques, c’est la pensée magique ou irrationnelle qui domine au détriment de la pensée analytique fondée sur des connaissances scientifiques, en perpétuelle évolution. L’adhésion à ces théories alternatives relève de la « foi », la même qui anime les religions avec tout son cortège de croyances. La porte ouverte au charlatanisme!

Comme l’a écrit Boris Cyrulnick« Inventez une charlatanerie, n’importe laquelle, vous trouverez toujours des hommes qui diront que ça marche, tant notre besoin d’illusion est intense.»