MISCELLANÉES VIRALES SUR LE THÈME DE LA DANSE MACABRE.

« Cette danse des macchabées se déroulait dans les églises le samedi saint, à l’époque où curieusement se célébrait le nouvel an romain. Le peuple étant très religieux, le squelette de la danse macabre ne prêchait pas le néant.»

Fresque de la Danse Macabre exposée au musée régional de Koper (Slovénie). ©Auteur inconnu

Le SARS-COV-2, ce diabolique virus est omniprésent dans le monde médical, la recherche, les réseaux sociaux et les médias. Comme l’a écrit le journaliste médico-scientifique Marc Gozlan dans son billet de blog, « Il était une fois les coronavirus »« Depuis le début de l’année, le nombre de publications scientifiques relatives au coronavirus SARS-COV-2 explose. On recense dans la base de données biomédicales PubMed près de 1 800 articles comportant dans leur titre le terme coronavirus, Covid-19 ou SARS-CoV-2.»

La pandémie de Covid-19, a toutes les raisons d’être fortement anxiogène car son taux de létalité est supérieur à celui d’une grippe saisonnière, et il y a un fort risque de syndrome respiratoire aigu nécessitant d’être pris en charge dans un service de réanimation. De plus en plus, les scientifiques découvrent les multiples facettes de la dangerosité du Covid-19! Des symptômes cardiovasculaires, d’autres neurologiques et une contamination possible par voie oculaire, entre autres!

La pandémie de cette année n’est pas la seule épidémie virale de l’histoire. Le siècle dernier et le début du troisième millénaire ont connu des pandémies meurtrières comme celle de la « grippe espagnole », due à une souche H1 N1 aurait fait entre 20 et 50 millions de morts. En 2002, le SRAS-Cov, en 2019, nouvelle épidémie de rougeole, entre 2014 et 2016, la fièvre Ebola, de 2008 à 20015, le virus dengue, depuis 2015, le virus Zika, et l’une des plus connues car elle fut politisée dans notre pays avec une préconisation de vaccination, la grippe A (H1N1). Et sans oublier aussi le VIH, depuis 1981 qui a fait 32 millions de morts.

Trois millions de personnes sont infectées par le virus dans le monde. 206.811 sont à ce jour décédées, dont 22.856 en France. ..le taux de létalité du virus est évalué entre 2 % et 3 %. Par ailleurs, il est rapporté par les professionnels sanitaires que la majorité des victimes du coronavirus COVID-19 étaient âgées (les personnes de plus de 80 ans sont les plus à risque) ou atteintes de pathologies antérieures.

Les caractères inédits du Covid-19 est qu’aucun pays pays n’est épargné, et ce qui l’est encore plus est la mesure prise par des gouvernements de confiner les habitants chez eux entrainant un arrêt quasi-mondial de l’économie. Rester chez soi, ne pas aller au bureau, ne pas aller au spectacle, bref circuler à sa guise, un besoin élémentaire qui figurerait sur la première marche de la pyramide de Maslow s’il l’avait su en son temps, et nous l’avions oublié! La libre circulation aussi indispensable que l’air que nous respirons! Il n’y a pour l’instant aucun traitement ni vaccin pour contrer le virus, et seuls la limitation des contacts sociaux, l’arrêt des transports, des regroupements sont les seuls moyens efficaces avec des mesures hygiéniques, la distanciation sociale pour contenir l’épidémie. That’s life! Il y a aussi un sentiment d’impuissance et d’incompréhension qui nous envahit! Les progrès de la science et de la médecine ont permis un sacré allongement de la durée de vie en pleine forme, l’éradication de certaines maladies avec les médicaments et la vaccination. Symboliquement et inconsciemment nous leur attribuions une fonction presque thaumaturge! La réalité nous rattrape durement! Et bien non, aucune martingale pharmaceutique n’est efficace à ce jour pour empêcher le Covid-19 de prospérer, d’être mortel et de laisser des séquelles invalidantes!

Le Covid-19 évoque le rapport que nous avons avec la mort en Occident. Evidemment, nous savons que nous ne sommes pas immortels comme le héros du film Highlander qui traverse les siècles éternellement jeune tandis que ses proches vieillissent et meurent. Ou bien encore comme l’alchimiste le Comte de Saint-Germain réputé lui aussi « immortel »! Cette épidémie virale nous confronte directement avec les allégories de la Grande Faucheuse et des quatre cavaliers de l’Apocalypse évoqués lors des fléaux de la guerre de cent ans voire l’Argameddon. En psychologie en tout être humain, à tous les niveaux de son existence, coexistent la mort et la vie. L’Éros et le Thanatos. En psychologie, la mort est en psychothérapie souvent symbolique, pour accéder à un état psychologique à un niveau supérieur. En dehors des soins palliatifs, il ne s’agit pas de la mort physique, il s’agit de nos états d’âme! Tout notre environnement extérieur, notre mode de vie que certains appellent consumériste et superficiel nous éloignent de cette fin inéluctable, de la putréfaction des chairs, même si autour de nous, nos proches disparaissent et que nous savons nous aussi, nous les suivrons. Les décès par Covid-19 nous semblent profondément injuste car dans l’inconscient collectif, c’est une mort avant terme! Ô combien ce sont des séniors de plus de 80 ans les plus durement frappés!

Lors d’une une interview, le philosophe André Comte-Sponville, a répondu à une question sur le rapport que nous entretenons aujourd’hui avec la mort, s’il a changé avec le SARS-COVID2, si mourir était devenu inacceptable aujourd’hui « Elle l’a toujours été, répond le philosophe mais comme on y pense de moins en moins, on s’en effraie de plus en plus, lorsqu’elle s’approche. Tout se passe comme si les médias découvraient que nous sommes mortels! Vous parlez d’un scoop! »…« Mais ce n’est pas une raison pour ne parler plus que de ça, comme font nos télévisions depuis un mois, ni pour avoir en permanence « la peur au ventre », comme je l’ai tant entendu répéter ces derniers jours. Un journaliste m’a demandé – je vous jure que c’est vrai – si c’était la fin du monde! Vous vous rendez compte? Nous sommes confrontés à une maladie dont le taux de létalité est de 1 ou 2% (sans doute moins, si on tient compte des cas non diagnostiqués), et les gens vous parlent de fin du monde.»

Mais psychologiquement, comment s’accommodait-on les siècles passées, au temps des grandes épidémies infectieuses où la mort était plus omniprésente dans la vie quotidienne? Le Moyen Age a vu défiler des fléaux mortels comme la peste, le scorbut, le typhus, les dysenteries. Et la mortalité infantile, parlons en! Un nouveau-né sur quatre mourrait dans sa première année, et c’est tout juste si un enfant sur quatre aussi soufflait ses deux bougies, sans oublier les femmes qui mouraient souvent en couches. Certains avancent l’idée d’un déni de la mort actuellement, je penche plutôt que nous avons repoussé mentalement dans le temps, l’échéance fatale due l’allongement de la durée de vie. Et avons sans doute perdu nos racines symboliques et spirituelles; la spiritualité est à voir au sens large et indépendante des religions.

La mort était plus apprivoisée qu’aujourd’hui que les siècles passés? Manifestement, au Moyen Age, elle n’était pas occultée comme aujourd’hui. Comme en témoigne les représentations de la « Danse Macabre « dans les églises au XV siècle. Ce genre de peintures fut très en vogue au XIV et XV ème siècle, celui des grandes épidémies et des grands fléaux qui décimaient des populations entières.

Où se trouvent ces vestiges de la Danse Macabre? L’un d’eux dans l’église de la Chaise-Dieu (Haute-Loire). Vingt-trois personnages, de toutes les catégories sociales y sont représentées dans une posture particulière. Tous, du plus puissant au plus faible, sont logés à la même enseigne. Ils sont en chemin tirés par la mort en tenue de squelette. Chaque personne symbolise un état d’esprit et un statut social. Ainsi deux militaires, en sens contraire de la marche, alors que leur mission première est de mourir pour leur pays. Le juriste est malmené par la Mort qui lui enfonce son chapeaux sur les yeux, lui signifiant ainsi qu’il n’a rien su de la vérité de son vivant.

Hyppolite Fourtout affirme que macabre viendrait de saint Macaire. D’autres pensent que ce mot dérive du poète Macaber. L’archéologue Grasset d’Orcet a une autre interprétation sur ces origines. Elle serait une référence au dieu étrusque de la mort, armé d’un marteau qui en latin se nommait marca, ou marcula.

Cette danse des macchabées se déroulait dans les églises le samedi saint, à l’époque où curieusement se célébrait le nouvel an romain. Le peuple étant très religieux, le squelette de la danse macabre ne prêchait pas le néant. Grasset d’Orcet rajoute son grain de sel local. Dans le Cantal , les Ioniens se nommaient Jas, un peuple de cavaliers. Leur centre politique et religieux était le Mont du Cavalier (Mons Celticus). Étant cavaliers, ils étaient naturellement faucheurs d’où l’origine de l’emblème de la faux ou falco. C’était l’arme du squelette de la danse macabre. Leur déesse était Chloris, déesse des herbages , fille de Teutatès et épouse de Nélée, l’Impitoyable ou la Mort.

Une autre fresque de la « Danse Macabre » se trouve dans la chapelle Kermaria-An-Iskuit (Plouha, Côtes d’Amor); l’iconographie est légèrement différente de celle de la Chaise-Dieu. « Les figures, qui se tiennent par la main, représentent des personnages vivants, de tous âges et de toutes conditions sociales, séparés par des cadavres décharnés qui rythment la farandole. La danse commence au sud (côté chapelle seigneuriale) et se termine sur la face nord. Elle se compose d’une trentaine de personnages de 1,30 mètres de haut, qui apparaissent selon un ordre social décroissant.

L’acteur, l’auteur chargé de rédiger les sentences inscrites sous chaque personnage, mène traditionnellement la sarabande, mais son image a disparu ainsi que celles du pape et de l’empereur. Sont visibles le cardinal, le roi, le patriarche, le connétable, l’archevêque, le chevalier et l’évêque (écuyer, l’abbé, le bailli et l’astrologue, qu’on aurait dû trouver de chaque côté du vitrail, ont également disparu). La danse reprend avec le bourgeois, le chartreux, le sergent. Viennent ensuite quatre personnages qui ne sont pas séparés par des squelettes : le médecin avec sa fiole de médicament et la femme qui s’accroche au bras de ses deux voisins, le mendiant et l’usurier. L’alternance reprend avec l’amoureux en pourpoint, le ménestrel avec son biniou, le laboureur avec sa serpe et son hoyau, et enfin le cordelier (l’image de l’enfant ayant également disparu).»

La danse macabre évoque le rapport ambigu que les hommes entretiennent avec la mort et est lié aux croyances.

Pour égayer ce post mélancolique, et en guise de conclusion, une citation d’Alex Bocat pour mettre du baume au coeur : « Je vous rappelle que la mort ne prend pas de rendez-vous, alors donnez rendez-vous à votre vie.»

LES CHIENS, AUXILIAIRES DANS LE DÉPISTAGE DU COVID-19, POURQUOI PAS?

« Nous savons que d’autres maladies respiratoires ressemblant au Covid-19 modifient notre odeur corporelle, il y a donc de très fortes chances que les chiens soient capables de le détecter» (ProfesseurJames Logan)

Les chiens seraient capables de détecter à l’odeur les personnes contaminées par le COVID-19! Quand j’ai lu cette information, nous étions le premier avril et j’ai cru que c’était une blague comme cela est coutumier ce jour là! Un poisson d’avril! J’avais tort car c’est une information très sérieuse qui nous vient du Royaume Uni.

Des chiens vont être dressés pour repérer les personnes asymptomatiques ou non atteintes par le COVID-19. C’est la Medical Detection Dogs (MDD, UK) qui s’y colle! Insolite mais le dressage des chiens à l’odeur du COVID-19 ne sort pas tel un lapin du chapeau, il rentre dans une démarche générale qui explique cette initiative (écrite sur leur site), due au fait que le Royaume Uni a un taux catastrophique de survie au cancer en Europe en raison d’un diagnostic tardif! Inutile de critiquer le système de santé du Royaume Uni, nous avons fort à faire en ce moment avec nos services hospitaliers débordés par les patients atteints au COVID-19, le manque de masques et protections diverses de nos soignants qui sont contaminés à un rythme terrifiant! Bref après cet aparté, revenons au sujet de ce post! La MDD se propose d’améliorer les diagnostics précoces à l’avenir en dressant des chiens au flair hors pair!

Les chiens s’avèrent des auxiliaires de santé précieux car ils sont capables des détecter des cancers, des maladies neurologiques et des infections bactériennes. Les recherches de la MDD se font en partenariat avec des universités au Royaume Uni et étrangères, avec le NHS Trusts et l’Imperial College de Londres.

COVID-19 ou autre maladie, le principe du dressage du chien est le suivant. Les chercheur du MDD partent du principe que le nez du chien est un excellent bio-capteur. Dans nombre de maladies, le chien est capable de renifler des traces infimes de maladies; les chercheurs comparent cette faculté olfactive comme l’équivalent d’une cuillère à sucre dans deux piscines olympiques. Quelques parties par billions (par mille milliards).

Les maladies respiratoires ont une odeur spécifique, et le COVID-19 est l’une d’elles, alors dressage en vue de ces chiens de détection biologique. Il y a quatre types de chiens de détection biologique. Bien qu’il n’y ait rien encore sur leur site des éléments concernant le COVID-19, j’ai retenu deux types de chien par déduction: les chiens de détection bactérienne et les chiens détectant le paludisme. Dans les deux cadres, les chiens sont dressés à tester de grandes zones, et pour le paludisme, l’une des fonctions du chien qui pourrait s’appliquer au COVID-19. Les chiens peuvent être utilisés pour identifier facilement les individus infectés par le paludisme. En filtrant les voyageurs. Ils ont l’avantage d’être une technique non invasive, ne nécessitant pas d’échantillons sanguins et de laboratoire et de ravir les nombreux amis des animaux. Et sans oublier l’aspect anti stress car les chiens sont aussi des auxiliaires précieux en psychothérapie comme je l’ai écrit dans le post « Au sujet du rôle des animaux en psychothérapie ».

Pour le COVID-19, le MDD travaillera en partenariat avec la London School of Hygiène and Tropical Medecine (LSHTM) qui a travaillé sur le paludisme. Ainsi selon le communiqué et les propos du Pr James Logan, chef du département du contrôle des maladie à la LSHTM. : « Les chiens à la recherche de Covid-19 seraient formés de la même manière que ceux que l’organisme a déjà formés pour détecter des maladies comme le cancer, la maladie de Parkinson et les infections bactériennes : en reniflant des échantillons (…) et en indiquant quand ils ont trouvé l’odeur, explique la Medical Detection Dogs dans son communiqué. Ils sont également capables de détecter des changements subtils de température de la peau donc ils pourraient éventuellement indiquer si quelqu’un a de la fièvre« . « Nous savons que d’autres maladies respiratoires ressemblant au Covid-19 modifient notre odeur corporelle, il y a donc de très fortes chances que les chiens soient capables de le détecter« .

D’après la MDD, les chiens pourraient être entrainés à détecter les variations de température et trier 250 personnes par heure. Ils ne seraient pas utilisés pour le confinement mais plutôt comme système de détection dans les aéroports , les lieux publics et les centres commerciaux.

Cette initiative de faire confiance aux facultés des chiens pour le COVID-19 n’est pas saugrenue. Il ne s’agit pas d’une lubie anthropomorphique où l’on projette les facultés humaines sur les chiens. Ils sont manifestement performants en médecine pure. Marc Gozlan, journaliste médico-scientifique et médecin de formation, l’a évoqué dans son article « Les crises d’épilepsie ont une odeur que des chiens entrainés peuvent reconnaitre » .

Au total, les chiens ont su distinguer l’odeur prélevée lors d’une crise d’épilepsie bien mieux que ne l’aurait prédit le hasard (14 % dans la mesure où un seul réceptacle contenait une odeur de crise parmi les sept présentés). Ainsi, dans 67 % à 100 % des cas, les chiens ont donné la bonne réponse. Autrement dit, ils ont eu le comportement approprié en se figeant devant le réceptacle qui renfermait l’odeur de la personne en crise. De même, les chiens ne se sont pas arrêtés devant un récipient ne contenant pas l’odeur d’un patient au moment de sa crise dans 95 % à 100% de cas. Les performances de cette détection olfactive canine pour l’épilepsie sont donc élevées. Pour trois chiens, le taux de succès était de 100 % dans tous les essais, écrit Marc Gozlan.

L’utilisation des chiens dans la détection de certaines maladies comme le cancer a débuté en 1989 à la suite d’une publication dans la prestigieuse revue The Lancet. En dehors de son caractère sympathique, le chien ne serait qu’un auxiliaire! Les gestes dits barrières comme le lavage des main, la distance physique de plus de 1 mètre, les tests adéquats, isolement en cas de positivité au COVID-19, géolocalisation ciblée sur les testés positifs et port du masque sont à ce jour les données scientifiques les plus fiables. Avec les traitements prescrits par le corps médical suivant les règles de l’Evidence Based Medecine et non préconisés par Madame Michu. Ne voyez dans ce post sur le dressage des chiens de détection biologique une quelconque incitation à se passer de la science; les biais cognitifs autour des animaux sont nombreux et j’ai moi-même un chat gâté et pourri chez lequel j’habite.

En France, une équipe de vétérinaires de la région parisienne va aussi entrainer des chiens déjà dressés à détecter des maladies virales ovines à sentit l’odeur du Covid-19 des contaminés. Le mode opératoire consistera à ce qu’ils reniflent la sueur prélevée sous les aisselles. Selon Dominique Greanjan, chef du service vétérinaire des sapeurs pompiers de Paris sur des chiens déjà formés « il faut une semaine pour intégrer une nouvelle odeur à leur bibliothèque de référence.»

En guise de conclusion, suite à la pandémie, la SPA constate de nombreux abandons d’animaux car leurs maîtres pensent qu’ils sont responsables de la transmission du virus. il n’en est rien ainsi qu’il est écrit dans la revue Sciences et Avenir: Dans un communiqué de presse émis le 24 mars 2020, l’Académie de médecine qui regroupe des médecins et des vétérinaires, rappelle que « deux chiens ont été testés positifs » à Hong-Kong dont le maître avaient le Covid-19. A noter toutefois que le premier chien avait un « très faible taux de virus » et que les tests suivants ont été « négatifs ». Ils n’avaient aucun signe clinique. Ensuite, le Service public fédéral de Santé publique belge a expliqué lors d’une conférence de presse, le 27 mars, que des vétérinaires de la faculté de médecine vétérinaire de Liège ont pu mettre en évidence que le chat d’une personne atteinte par le coronavirus avait été infecté par son propriétaire et avait développé des symptômes. Un type de transmission de « l’Homme vers l’animal et non pas de l’animal vers l’Homme », souligne Emmanuel André, virologue et porte-parole interfédéral Covid-19. Ce phénomène, extrêmement rare, nécessiterait un contact quotidien. « Il n’y a aujourd’hui aucune raison de penser que les animaux peuvent être vecteurs de l’épidémie », rappelle le virologue. Quoiqu’il en soit « surtout ne désinfecter pas votre chat, cela pourrait nuire gravement à son intégrité physique ! », rappelle le Dr Jeannin.

S’il y a manifestement un réservoir animal de transmission du virus, il ne s’agit nullement de nos animaux de compagnie qui doivent aussi rester confinés comme nous. Les deux animaux à cibler dans cette pandémie sont les chauves -souris déjà responsables du SRAS et l’hôte intermédiaire du COVID-19 serait le pangolin. Alors pour nos animaux de compagnie, circulez il n’y a rien à voir! Et bonne chance aux chiens de la Medical Detection Dogs qui seront dressés à renifler l’odeur du COVID-19.

VIDÉO SUR LA DETECTION MEDICAL DOGS

DANS LA JUNGLE DES APPS, CES LOGICIELS INCONTOURNABLES!

En aucun cas, elles ne remplacent le cerveau humain! Comme l’a écrit Georges Orwell, «Vous ne possédez rien, en dehors de quelques centimètres cubes de votre crâne.»

Apps pour propriétaires de chats!

Qui n’a pas installé sur son smartphone ou tablette des applications connues sous le nom d’Apps? Les Apps, logiciels et programmes, apportent de nouvelles fonctions à votre appareil, sont censées vous faire gagner du temps et vous faciliter navigation sur le web. On a l’embarras du choix parmi les plus de 3,8 millions (entre Android et Apple) d’apps; elles vont du divertissement, à l’économie, la santé et la psychologie! Celle que j’ai mise en illustration est destinée aux propriétaires de chat! Celles qui sont le plus utilisées sont celles des réseaux sociaux et des moteurs de recherche, parait-il et c’est une jungle dans laquelle il faut évoluer.

Certaines personnes gèrent leur emploi du temps grâce à ces fameuses applis et autres gadgets high tech. On peut avoir plus de 400 applis installées sur son smartphone ou sa tablette. Si ces fameuses icônes sont censées nous simplifier la vie, je n’en doute pas un seul instant, ne risquent-elles pas à long terme de rendre paresseuses nos fonctions cognitives comme la mémoire et le raisonnement si on en abuse? Une nouvelle forme d’addiction?

Rentrons dans le vif du sujet! Comment ces apps, aux dessins si sympathiques, agissent au long cours sur la pensée? Et plus précisément, référons aux deux vitesses de la pensée décrites avec brio par Daniel Kahneman dans son livre incontournable « Système 1, Système 2, les deux vitesses de la pensée. L’auteur a simplifié sa théorie en choisissant des nombres. Ce qu’il faut retenir sur ces 2 systèmes en interaction.

-Système 1 se singularise par la rapidité; il est intuitif et émotionnel. «Il fonctionne automatiquement et rapidement, avec peu ou pas d’efforts»

Sytème 2 est un système de contrainte! « Il accorde de l’attention aux activités mentales contraignantes qui le nécessitent, y compris des calculs complexes. Le fonctionnement du Système 2 est souvent associé à l’expérience subjective de l’action, du choix et de la concentration.»

Revenons aux « Apps »! À mon sens, elles font appel au Système 1. Votre mental repère sur l’écran l’icône choisie et votre doigt va ouvrir l’application. Le même principe marche avec la commande vocale. C’est un réflexe conditionné qui n’a impliqué aucun cheminement cognitif complexe, sauf un raccourci et le résultat de votre choix de l’Apps que vous avez installé! Votre Système 2 aura très peu été sollicité, voire pas du tout. C’est rapide, simple et efficace dans l’instantanéité mais est susceptible d’induire de la paresse cognitive. Si votre activité cognitive est importante ou si l’Apps vous aide professionnellement, c’est moindre! Mais est-ce que toutes les Apps installées sur votre portable vous facilitent la vie?

En référence au « Big Brothers » d’Orwell, l’Américaine Sarah Rotman, analyste au Forrester resarch, appelle cette technnologie « Big Mother ». Le risque qui nous guette n’est-il pas d’être submergés par le monde virtuel ? De faire de ces Apps une béquille incessante et nous infantilisant? Et risquons nous pas de perdre notre libre arbitre en nous mettant dans une forme de dépendance compulsive nous incitant à les utiliser à tout va? Certaines applis sont totalement délirantes et se substituent carrément à la volonté et aux fonctions cognitives, n’ayons pas peur de le dire!

Parfois, le but recherché de ces Apps est justement de doper la volonté qui vous fait défaut! L’une d’elles sonne si on reste trop longtemps couché sur son canapé? Si Ivan Petrovitch Pavlov était encore vivant, célèbre pour son étude sur le conditionnement et la mémoire, il n’utiliserait pas ses chiens mais une manne d’Apps et de cobayes humains pour parfaire sa théorie!

Côté régime alimentaire, j’en ai déniché une qui vaut le détour, celle de la britannique « Food Trainer » conçue par une équipe de scientifiques de l’université d’Exeter pour lutter contre les fringales! On y joue dix minutes par jour, et hop on n’a plus envie de grignoter des cochonneries alimentaires! Le petit jeu consiste à cliquer le plus vite possible sur des aliments entourés d’un halo vert-ça fonctionne comme les feux de signalisation- les aliments sains! Dois-je préciser que le chocolat et le fromage que nous sommes nombreux à adorer sont entourés de rouge? En « reprogrammant » le système de récompense du cerveau, les scientifiques expliquent augmenter « l’activité dans certaines parties du cortex préfrontal impliquées dans le contrôle de notre comportement, et en réduisant l’activité dans les parties du cerveau impliquées dans la préparation de l’exécution d’une action » sont les conclusions de l’équipe scientifique. Bien! C’est distrayant mais je reste songeuse devant l’aspect scientifique qui vous éduquerait aux aliments bons pour la santé!

Chez certaines personnes, les Apps sont devenue une véritable addiction technologique! Le New York Times   a surnommé ce mal « l’App Burnout », une forme de « burn out lié aux applications ». On peut surtout souffrir d’épuisement cognitif! Comment notre cerveau peut-il gérer 259 applications sur son mobile ou sa tablette sans engendrer un comportement compulsif et de la surcharge cognitive! Et le côté chronophage? La plupart des gens en utiliseraient une vingtaine. On ne peut que pratiquer le zapping sans effort de concentration et en utilisant l’Apps adéquate en fonction de ses (supposés) besoins!

Le regard d’une femme sur la technologie, extrait d’un journal numérique en dit long: « Bien sûr, de nouveaux jeux et services à la mode comme Tiny Tower et Draw Something flottent encore et deviennent à la mode. Mais ils disparaissent généralement, du moins pour moi. Bien que je télécharge constamment de nouvelles applications pour mon travail, il est rare que l’une fasse partie intégrante de ma routine quotidienne. Je n’ai tout simplement pas le temps d’en utiliser plus que je n’en utilise déjà. ?»

Le développement personnel vous promet monts et merveilles avec certaines Apps. Plus besoin de vous rendre dans un monastère pour apprendre à méditer. Certaines applications vous apprendraient à méditer et vous mèneraient sur les chemins de la sérénité. La technologie vous branche directement avec la zénitude! Vous avez l’embarras du choix. j’ai noté pour vous l’application américaine Headspace, fondée par un ancien étudiant en sciences sportives qui est devenu moine bouddhiste, mais est revenue aux États-Unis proposer ses services de méditation. Un franc succès pour cette application qui rallie toute la Silicon Valley et que Google et Linkedin offrent à leurs employés. Tous les cas de figure sont étudiés et vous pouvez méditer en toute situation!

Si l’on est sceptique sur le bien-fondé de cette application, il faut aller sur leur page web! L’essai est gratuit, et n’hésitez pas à me faire un retour de votre expérience! On peut y lire que « 25 études publiées montrent l’impact de Headspace sur des résultats tels que le stress, la concentration et la compassion.» Vous avez un nombre impressionnant de guides de méditation en toute situation émotionnelle à en avoir le vertige. De la parentalité consciente, la méditation pour perdre du poids, Comment être plus reconnaissant, etc…

Il serait complètement illusoire de penser que l’on peut se passer des Apps! On peut-être critique mais certaines touchent le domaine de la santé, et il faut rester ouvert! Pour s’en convaincre, il faut aller sur Pubmed, la base de données scientifiques et médicales qui recense les articles sur le sujet! Manifestement, certaines applications de santé peuvent faciliter les soins en auto surveillance ou en guide-line!

Rathbone Al et Prescot J de l’école d’éducation de l’université de Bolton au Royaume-Uni sont dithyrambiques sur les bienfaits des Apps! Voici ce qu’ils en disent: « Parallèlement aux applications , il est prouvé que la réception de messages SMS (SMS), qui impliquent de la psychoéducation, des rappels de médicaments et des liens vers des pages Web informatives utiles, peut également être avantageuse pour le bien-être mental et physique d’un patient. Les applications et services SMS mHealth disponibles et leur qualité en constante amélioration nécessitent un examen systématique dans le domaine en ce qui concerne la réduction des symptômes, l’adhésion à l’intervention et la convivialité.»

Une autre étude britannique, celle de Grist R, Porter J et Stallard de l’université de Bath est plus nuancée sur l’apport des Apps en santé mentale des pré adolescents et adolescents. « Dans l’ensemble, les données de recherche sont actuellement insuffisantes pour soutenir l’efficacité des applications pour les enfants, les préadolescents et les adolescents ayant des problèmes de santé mentale . Compte tenu du nombre et du rythme auquel les applications mHealth sont publiées sur les magasins d’applications, des études de recherche méthodologiquement robustes évaluant leur sécurité, leur efficacité et leur efficacité sont rapidement nécessaires.»

Toutes les études sur le bien-fondé des applications mettent en lumière la nécessité d’une meilleure méthodologie pour démontrer leur utilité! Ou du moins le changement en comportement de santé comme dans l’étude australienne de Mac Kay FH, Wright A, Shill J, Stephen H et Uccelini M: «Des études ont examiné des applications liées aux domaines suivants: alcool, asthme, allaitement, cancer, dépression, diabète, santé généralecondition physique, maux de tête, maladies cardiaques, VIH, hypertension, carence en fer / anémie, basse vision, pleine conscience, obésité, douleur, activité physique, tabagisme, gestion du poids et santé des femmes. Conclusion Afin d’exploiter le potentiel des applications de santé mobiles pour le changement de comportement et la santé , nous avons besoin de meilleures façons d’évaluer la qualité et l’efficacité des applications . Cet examen n’est pas en mesure de suggérer une seule approche des meilleures pratiques pour évaluer les applications de santé mobiles.»

Si les auteurs de l’étude, Mani M, Kavanagh D.J, Stoynanov SR, s’accordenr à reconnaitre les bienfaits de la « Pleine Conscience« , ils se montrent critiques sur la pertinence des Apps Iphone sur cette méthode! « Bien que de nombreuses applications prétendent être liées à la pleine conscience, la plupart étaient des applications de méditation guidées , des minuteries ou des rappels…Peu de preuves sont disponibles sur l’efficacité des applications dans le développement de la pleine conscience.»

En résumé, les Apps ont un avenir prometteur dans le domaine de la santé, mais comme l’Intelligence Artificielle et la robot-thérapie, elles en sont à leurs balbutiements! À suivre donc…

Il peut y avoir manifestement une forme d’asservissement à la High Tech, incluant les Apps, évidemment. L’utilisation intensive peut-être anxiogène et addictive. C’est assez paradoxal de savoir que les cadres et pontes des sociétés High Tech ont pris conscience que l’excès d’écrans est nuisible! Bill Gates, fondateur de Microsoft a limité le temps que ses enfants pouvaient passer derrière les écrans. Et Steve Jobs, lui en faisait autant: Une journaliste du New York Times se rappelle avoir demandé au cofondateur d’Apple : « Alors, vos enfants doivent adorer l’iPad ? » et s’être vu répondre, à sa grande stupéfaction : « Ils ne l’ont pas utilisé, (…) nous limitons la technologie que nos enfants ont le droit d’utiliser à la maison. »

La tendance actuelle est au Digital Detox, un concept de voyage déconnecté! Aucun accès à la Wifi ni à la 4G, sans ordinateurs, tablettes, liseuse électronique. Nada! Et avec les smartphones bloqués au début du voyage par une application qui permet uniquement d’appeler. C’est fou d’en arriver là…

Sans jeter le bébé avec l’eau du bain, ces applis sont des aides précieuses et facilitent la vie. En aucun cas, elles ne remplacent le cerveau humain! Comme  l’a écrit Georges Orwell, «Vous ne possédez rien, en dehors de quelques centimètres cubes de votre crâne.»

ÉTAT DES LIEUX DE LA CONSOMMATION DE PSYCHOTROPES EN FRANCE!

Dans son rapport, publié en 1996, concernant la prescription et l’utilisation de médicaments en France, le regretté Édouard Zarifian, psychiatre hospitalier universitaire à Caen avait écrit: « La France consomme plus de médicaments que les pays de niveau économique comparable. Les psychotropes, en particulier, sont trois fois moins utilisés en Allemagne ou en Grande-Bretagne. En France, « l’évolution totale de la classe de psychotropes est due à l’augmentation des ventes d’antidépresseurs. Cette classe thérapeutique a connu une augmentation de 5,63 % par an en moyenne de 1990 à 1994 », soit une hausse en dépenses de 10 % par an. « Si le taux de croissance de la Grande-Bretagne paraît plus élevé que celui de la France dans la période 1990-1994, il faut noter que le volume de prescriptions [d’antidépresseurs] en France en 1990 était de 40 % supérieur à celui de la Grande-Bretagne à la même époque. […]»

En 2020, les propos d’Édouard Zarifian sont-ils toujours d’actualité? Je me suis appliquée à trouver des données fiables mais les chiffres de consommation des psychotropes peuvent varier d’un site à un autre, aussi sérieux soient-ils! Ces chiffres sont utiles pour donner une idée de grandeur de l’ampleur de la consommation et l’évolution au fil des années.

D’abord, qu’entend par psychotropes? C’est un médicament qui agit sur la psychisme. Ils sont regroupés en cinq catégories: les antidépresseurs, les anxiolytiques (ou tranquillisants), et souvent souvent des benzodiazépines, les hypnotiques (ou somnifères), les antipsychotiques (neuroleptiques), les régulateurs de l’humeur et les psychostimulants (Ritaline) et sont délivrés uniquement sur ordonnance médicale. Les spécialités les plus consommées sont les benzodiazépines (18%), 9,7 % d’antidépresseurs, les hypnotiques 8,8 % et 0,7% de régulateurs de l’humeur. Toutes ces spécialités restent indispensables dans l’arsenal thérapeutique, sous condition qu’elles soient prescrites à bon escient. Si un regard critique s’imposer sur un excès de consommation, il n’est pas question de les remplacer par de la poudre à perlimpinpin.

En 2012, il s’est vendu 131 millions de boîtes de médicaments psychotropes en France. Et ô surprise, la France est tête du peloton avec une tranche d’âge de 18 à 75 ans (voire plus) et concernerait 17,4% de la population serait concernée . À quelques variables chiffres près

Les femmes en consomment plus que les hommes. 22, 7% de femmes contre 12,9% pour les hommes, et plus elles avancent en âge, plus la consommation augmente jusqu’à 75 ans. Les adolescents ne sont pas épargnés et comme pour les adultes, ce sont les adolescentes qui en prennent le plus: 23,4% contre 13,8%. Et dans un tiers des cas, ce ne sont pas les médecins qui prescrivent en première intention ces psychotropes, mais leurs parents qui prennent sur leur bonnet de leur en donner car leur médecin leur ont fait une ordonnance!

Par à rapport aux années précédentes, ça s’améliore en 2017! Les chiffres de remboursement des psychotropes montrent une baisse des ventes de psychotropes. Baisse de 6% sur les anxiolytiques durant la période 2012-2017. La diminution la plus importante concerne les hypnotiques avec -28%. En 2015, les Français occupaient la deuxième place parmi huit pays européens pour la consommation de benzodiazépines, soit 20% de moins qu’en Espagne mais 5 fois plus qu’en Allemagne. Concernant les personnes âgées, la consommation de psychotropes est préoccupante en Ehpad, même si au fil des ans, elle diminue.

Indépendamment de la baisse constatée au fil des ans, les Français consomment toujours énormément ces substances! Compte tenu de cette forte consommation, on est en droit de se demander s’ils en ont vraiment besoin plus que dans d’autres pays! Le Français est râleur mais est-il tellement si déprimé ou si anxieux pour prendre à gogo des psychotropes. Et bien, un début de réponse sur le bien-fondé de cette surconsommation. Il y aurait un décalage entre ceux qui prennent environ qui se situerait aux alentours de 10% et ceux pour lesquels la prescription serait justifiée, et qui elle se situerait à 5 %. Même si les données chiffrées sont floues, on n’est pas très loin de la réalité où les psychotropes deviennent des molécules de confort, un fourre-tout thérapeutique masquant des causes diverses pouvant aller au simple état d’âme (pas forcément pathologique) ou alors une indication forcenée qui ne nécessite pas un remède de cheval mais quand même prescrite. Et sans compter un mésusage de l’indication initiale de ces molécules dans le dopage cérébral.

On peut trouver dans le rapport du Dr Édouard Zarifian des explications lumineuses dont on aimerait qu’elles soient dépassées en 2020, mais il n’en est rien. Voici quelques phrases assassines qui n’ont pas pris une ride. Hélas, trois fois hélas!

Il n’existe actuellement aucune réflexion dans le milieu médical, et en particulier dans le milieu psychiatrique académique, sur l’éthique de la prescription de médicaments psychotropes. Les leaders d’opinion restent muets face à l’abaissement de la limite entre le normal et le pathologique, ouvrant de nouveaux marchés à la prescription ; […] ils acceptent la banalisation de l’utilisation des psychotropes pour lesquels il n’existe nulle part de pharmacovigilance spécifique de leurs possibles effets psychiques indésirables. […] Il existe une intentionnalité claire de fournir exclusivement aux médecins généralistes ou spécialistes, par la voie de discours académiques, une représentation monolithique réduite aux seuls symptômes accessibles aux seuls médicaments. » Alors que « pratiquement toutes les études cliniques, épidémiologiques, médico-économiques, sont suscitées, financées et exploitées au plan statistique de manière autonome par l’industrie ou par des sous-traitants qu’elle rémunère. »

Nous manquons beaucoup d’études pharmacologiques réalisées en toute indépendance afin de vérifier ce qu’à moyen et long terme ces molécules [les antidépresseurs inhibiteurs de la recapture de la sérotonine, comme la fluoxétine, ou ProzacÆ] ont comme action sur la transmission dopaminergique comme le font les psychostimulants plus classiques, qu’il s’agisse des amphétamines ou de la cocaïne. […] »

En décembre 1998, la revue médicale et indépendante Prescrire publiait un article sur les poins forts du rapport Zarifian incluant un historique éloquent. Le psychiatre constate la tendance de ses confrères (généralistes et psychiatres) à prescrire larga manu ces molécules. Selon lui, ils se centrent uniquement sur le « symptôme isolé » décrit dans le DSM. Le manuel américain des troubles psychiatriques à l’origine était destiné à la recherche, et les symptômes potentiellement décrits dans le DSM manuel américain favorisent la prescription des psychotropes surtout celle des antidépresseurs, et ce encouragée par l’industrie pharmaceutique. « L’efficacité des psychotropes, qui sont arrivés tous à la fois entre 1952 et 1965 dans le désert de la pharmacopée psychiatrique, a pu faire croire à certains que les symptômes psychiatriques n’avaient d’autre fonction que d’être des cibles pour les médicaments. C’est la notion de “target symptom” ou symptômes cibles décrits aux États-Unis par Fryhan.»

De charybde en scylla, on est arrivé au symptôme cible qui tient lieu de description de la personnalité dépressive ou disthymique, menant à une construction organiciste de la psychologie par un « système de poupées russes ». Ainsi, la prescription à gogo des psychotropes est facilitée en détournant le DSM au profit de l’industrie pharmaceutique. Le marketing de l’industrie pharmaceutique s’appuie sur des situations de vie de patients dans leur vie quotidienne, psychiatrisant leurs souffrances existentielles et orienter les prescriptions des médecins. Pour favoriser les ordonnances de psychotropes, le marketing va utiliser un langage pseudo-scientifique emprunté à la neurobiologie, sous le couvert du DSM à la botte de l’industrie pharmaceutique. Ainsi, toujours pour trouver le plus de target symptômes nécessitant une prescription de psychotropes. L’une des démonstrations les plus éclatantes est le passage des 180 critères du DSM 1 à celui de 300 dans le DSM IV et V.

Le marketing pharmaceutique va donner l’illusion que toute difficulté existentielle engendrant des bouleversements émotionnels va se résoudre comme par enchantement par la prescription d’un psychotrope.

Dessin humoristique extrait du livre Comment l’industrie pharmaceutique ont médicalisé nos émotions de Christopher Lane). 2007

À l’époque, les effets indésirables des psychotropes n’étaient pas connus comme aujourd’hui. On connait maintenant le risque d’abus, de dépendance et de syndrome de sevrage concernant les benzodiazépines, leurs effets secondaires indésirables comme des troubles de la mémoire, une altération des fonctions psychomotrices (risque de chute par exemple) et des troubles du comportement. Les traitements d’antidépresseurs doivent être prescrits le plus longtemps possible, et chez certains patients parfois à vie, et ce sans qu’il ne soit évoqué les effets secondaires de ces molécules ni leur changement de personnalité au long cours.

Cet extrait de l’article de la revue Prescrire appuie là où ça fait mal : « La pharmacovigilance des médicaments psychotropes est pratiquement axée sur les effets somatiques indésirables de ces traitements•» L’hépatoxicité et autres effets secondaires) sont mises en avant ainsi que les manifestations corporelles mais les changements de personnalité induits au long terme ne le seront pas!

Si cette forte consommation de psychotropes existe, c’est parce qu’il y a aussi collusion entre l’industrie pharmaceutique et de nombreux leaders d’opinion des milieux académiques. Dans l’enseignement médical, les matières comme pharmacologie, la neurologie et les médicaments sont encouragées. Les psychothérapies validées suivant les règles de l’Evidence Based Medecine ne font pas partie de l’arsenal thérapeutique car trop onéreuses et trop longues.

Ainsi, selon Prescrire, n’est-il guère étonnant que l’on continuera à voir apparaitre de nouvelles classes de psychotropes et d’antidépresseurs à visée comportementale comme dans le domaine de la violence. La maîtrise pharmacologique des enfants désobéissants avec la ©Ritaline comme aux États-Unis, et en soulignant aussi le mésusage de cette molécule dans le dopage cérébral ainsi que je l’avais écrit dans le post « Autour du film « Sans limites »: Le dopage cérébral »!

La forte consommation de psychotropes a aussi été dénoncée par le critique littéraire et historien anglais Christopher Lane dans son livre Comment la psychiatrie et l’industrie pharmaceutique ont médicalisé nos émotions paru en 2007. Là aussi, comme pour le rapport Zarfian, le sujet est encore actuel. Bien qu’il ne soit pas un spécialiste de la santé mentale, Christopher Lane complète avec réussite les observations d’Édouard Zarifian. Dans son livre, il évoque le changement de personnalité sous psychotropes: La neuropsychiatrie nous prodigue des «congés chimiques hors du moi intolérable», mais n’est-ce pas pour nous habituer aux peurs ordinaires et aux chagrins quotidiens, et nous faire souffrir finalement davantage. Comme le dit Hamm dans Fin de partie de Samuel Beckket: « vous êtes sur terre, c’est sans remède! Les neuropsychiatres et leurs mentors de l’industrie auront pourtant dépensé sans compter leur temps et leurs dollars pour nous convaincre du contraire

Quelles sont les dernières nouvelles de ce début d’année concernant la consommation de psychotropes? En France, la consommation d’anti-dépresseurs se situerait dans la moyenne! Cela ne veut pas dire que ceux qui n’en ont pas besoin n’en prennent plus. C’est l’Islande où il se vend le plus de boîtes d’antidépresseurs. Les remarques formulées plus haut sont toujours actuels y compris sur le rapport Zarifian. Sur la consommation d’antidépresseurs, j’ai recensé un article pertinent sur les disparités de consommation suivant les régions. Les trois régions où l’on consommerait le plus d’antidépresseurs seraient le Limousin, l’Auvergne et le Poitou-Charentes. L’une des explications avancées serait la vieillesse, le handicap célibat et le nombre de couples sans enfants. Ceci serait à prouver car il y a probablement d’autres raisons.

Si la consommation d’antidépresseurs diminue depuis 2000, celle des benzodiazépines reste fort élevée. La France en occupe le deuxième rang de la consommation de cette spécialité en Europe, derrière l’Espagne. Il reste encore fort à faire!

En conclusion de ce post, hommage à Édouard Zarifian. Il n’a pas uniquement écrit le rapport de 1996 sur les psychotropes, il a été aussi l’auteur prolixe de nombreux best sellers dont Les Jardiniers de la folie, et voici quelques phrases extraites de son livre Des Paradis plein la tête.

Ecoute-moi, toi mon semblable, mon frère. Tu as peur parce que tu te crois faible, parce que tu penses que l’avenir est sans issue et la vie sans espoir. … Pourtant, tu as d’authentiques paradis dans la tête. Ce ne sont pas des paradis chimiques, c’est toi, toi tout entier dans ta singularité d’homme avec les forces qui t’habitent et que tu as oubliées peut-être. Car c’est l’homme qu’il faut retrouver dans l’individu pour rendre l’existence viable.(Des paradis plein la tête

Si la consommation d’antidépresseurs diminue depuis 2000, celle des benzodiazépines reste fort élevée. La France en occupe le deuxième rang de la consommation de cette spécialité en Europe, derrière l’Espagne.

SOURCES:

pourquoidocteur.fr/Articles/Question-d-actu/31301-Quelles-regions-France-l-on-consomme-d-antidepresseurshttps://www.prescrire.org/docus/PO2008_ZarifianLRP168.pdf