IVRES PARADIS, BONHEURS HÉROÏQUES!

Le test du marshmallow est une étude de gratification conduite par le psychologue Walter Mischel en 1972. Un bonbon est offert à chaque enfant. S’il résiste à la tentation de le manger tout de suite, il en recevra deux plus tard.

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Dans son essai « Ivres Paradis, Bonheurs héroïques », Boris Cyrulnik théorise la fonction du héros, sa face obscure séduisante, qui peut aussi parfois le transformer en meneur  de groupe totalitaire, « planteur de haine et pourvoyeur du pire. » C’est avec des anecdotes empruntées à l’histoire que Boris Cyrulnik parle de l’héroïsation de ces hommes et de ces femmes tout à fait ordinaires, qui dans certaines circonstances ont une conduite héroïque.  Ce sont les héros de la vie quotidienne. On ne choisit pas d’être un héros, ce sont les circonstances qui s’en chargent, et c’est le récit, le fait d’en parler qui leur donne vie. Sans narration, pas de héros.

Le besoin de s’identifier à des figures héroïques s’explique d’abord par la condition humaine, elle même! La vie est un champ de bataille: « pas d’existence sans épreuves, pas d’affections sans abandon, pas de lien sans déchirure, pas de société sans solitude. » D’où cette tendance dès l’enfance à s’identifier au héros. Une partie du livre évoque la genèse de la figure du héros. Qu’elle soit positive ou obscure, elle se constitue dès l’enfance avec la mémoire et l’anticipation qui définissent le modèle opérateur interne (MIO), concept développé par John Bolwby.

Le MIO est un processus qui définit la représentation du temps. Il permet d’attribuer au présent une connotation de bonheur passé et à venir. Mais il y a son contraire qui est la maltraitance. Si le MIO est basé sur la maltraitance, il sera en attente d’une autre maltraitance. Dans ce cas là, tout n’est pas perdu pour l’avenir. Boris Cyrulnik reste optimiste. Pour ne pas être prisonnier de son passé, il faut du temps pour effacer cette mémoire des évènements douloureux  qui lui ont appris à se conditionner pour le malheur. Pour s’en libérer, il devra apprendre à devenir autonome, inhiber les  réponses réflexes et s’entrainer à juger par lui-même afin d’échapper aux pressions du groupe, qui inhibent le libre-arbitre.

L’auteur cite le test du marshmallow qui montre qu’un enfant peut acquérir très tôt cette forme de liberté qui constitue à freiner ses impulsions. Le test du marshmallow est une étude de gratification conduite par le psychologue Walter Mischel en 1972. Un bonbon est offert à chaque enfant. S’il résiste à la tentation de le manger tout de suite, il en recevra deux plus tard. Apprendre  à ne pas répondre à une stimulation immédiate est le premier degré du libre-arbitre. Cette observation expérimentale démonte que le cerveau est sculpté par le milieu, et est entraîné à fonctionner sur des modes différents. On peut dépasser le fatum. Mais la vulnérabilité acquise est résiliable.

Avec Boris Cyrulnik, le vulgarisateur de la résilience, l’espoir est toujours présent pour changer le cours de la vie. Il y a un processus culturel qui mène à l’altéricide. Le besoin du héros est un indicateur de la défaillance de l’individu dans le groupe. Il faut apprendre à résister aux épidémies de croyances ou émotionnelles. L’un des exemples cité par l’auteur est le Maccarthisme. Plus l’émotion est intense, plus elle obscurcit la raison et plus l’individu se soumet à des représentations  coupées de la réalité. La soumission a des avantages: « quand on suit le courant, on n’a que des amis, on éprouve la vertueuse colère des indignés au nom de la moralité, on élimine les dissidents, et quant au blasphème, on met à mort les mécréants. Mais qui sont ces Héros ou d’ailleurs ces Héroïnes qui peuvent servir d’exemple? Identifier des personnalités, des actes comme héroïques permet-il la résilience?

Tout simplement, ces héros sont des hommes ou des femmes qui ont su dire « Non ». Boris Cyrulnik évoque l’histoire de Germaine Tillion download. Elle n’a pas agi pour être héroïne, ce sont les récits qui l’ont lui ont attribué le statut d’héroïne. La mort du héros est une promotion, une offrande au groupe, une conséquence presque divine. Boris Cyrulnik réfute le terme d’attentat-suicide, pour lui, c’est une mort consacrée, un hymne après la mort.Vivre en société implique de renoncer à une part de soi. Des coutumes jugées barbares peuvent être morales dans certaines civilisations. Comme dans le cas de l’immolation aztèque où des enfants étaient offerts en sacrifice aux dieux. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, ces enfants étaient aimés et non détestés. L’auteur fait un parallèle entre l’immolation des Aztèques et la bataille de Verdun. Les deux sacrifices possèdent la même fonction psychologique qui est celle d’accepter la mise à mort des quelques éléments afin que le groupe aille mieux.

Boris Cyrulnik évoque les conflits modernes où les civils et les enfants meurent plus que les soldats contrairement aux guerres précédentes. D’où ce sentiment d’impuissance. Il parle aussi de la contagion des idées à travers l’exemple du suicide. La contagion des idées est nette pour le suicide. Quand une personnalité se suicide, on note un pic de suicide dans les jours qui suivent. À fortiori, lorsqu’il s’agit d’une femme. Si l’héroïsation est possible, c’est que le réel est si atroce qu’il devient nécessaire que toute représentation soit métamorphosée, autrement, il serait insupportable.

L’idéal ne se conduit plus au fond de soi pour réparer une blessure et reconquérir une place dans la société comme le ferait un processus de résilience. L’idéal est hors de soi, dans la doxa qui gouverne les masses.Le héros peut devenir l’étendard des idéologies extrêmes. Dans toute population, il y a un contingent d’individus peu émotifs dont l’attachement est évitant.  L’obéissance cesse d’être un facteur d’adaptation.

Le recrutement d’un terroriste est chose aisée! Une simple campagne publicitaire sur les réseaux sociaux! De même qu’il y a des épidémies de suicide, il y a des épidémies d’assassinats mystiques et idéologiques. L’individu flottant sans liberté intérieure est susceptible de succomber dans des idéologies extrêmes. Que le cerveau soit altéré par une maladie ou par un appauvrissement du milieu culturel, les effets relationnels sont les mêmes. Le marketing politique emporte la conviction en inscrivant dans la mémoire une image et quelques mots qui pétrifient la pensée.

En guise de conclusion, quelques extraits de « Ivres paradis, bonheurs héroïques »:

« Quand les représentations sociales apportent de tels bénéfices tragiques, les adaptations sont claires.-Si vous voulez être heureux, sans vous poser de questions, chantez avec le chœur, soumettez vous.-Si vous préférez devenir vous-même, rebellez vous, vous paierez plus tard»

Et si notre société avait tout simplement besoin de faire un acte de résilience collective?

https://www.youtube.com/watch?v=cwyAYplxLng&w=560&h=315%5DSource: http://bibliobs.nouvelobs.com/idees/20160413.OBS8458/boris-cyrulnik-et-c-est-ainsi-qu-on-fabrique-des-gogos-armes.htmlhttps://books.google.fr/booksid=BZUoDAAAQBAJ&pg=PT410&lpg=PT410&dq=MIO+neurosciences&source=bl&ots=oKeebhTzor&sig=mXwTSM6GzomLtOJUxjZhojBa8PA&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwiqsd229cfNAhVB1BoKHWZQBbwQ6AEILDAC#v=onepage&q=MIO%20neurosciences&f=falseTest du Marshmallow

 Test du Marshmallow

LA NATURE AIDE À BIEN VIEILLIR!

L’importance de la nature est fondamentale sur le bien être physique et moral des séniors! Comme l’admet Jessica Finlay, cette étude est « empirique », bien que répertoriée dans Pubmed.

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Les seniors qui se connectent quotidiennement à la nature en tirent de vrais bénéfices, affirme une étude parue récemment.
Avoir accès à la nature (parcs, points d’eau…) permettrait de rester en bonne santé et de mieux vieillir. C’est ce que révèle la chercheuse Jessica Finlay dans une étude parue récemment.

Quels sont les bienfaits pour le corps et pour l’esprit ?

Passer chaque jour un moment dans la nature améliorerait la qualité de vie, la santé morale et physique des personnes âgées. Telle est la conclusion d’une étude anglo-saxonne menée par Jessica Finlay et son équipe de l’Université du Minnesota, publiée en juillet 2015, dans « Health and Nature », une revue spécialisée en psychologie de l’environnement.

 

La maison de retraite réduit les libertés individuelles. On peut se faire une idée à partir des observations du sociologue américain Irving Goffman sur les institutions totalitaires comme les hôpitaux psychiatriques (et autres lieux). « L’institution totale est un lieu de chamboulement où l’individu se voit déposséder de sa liberté, de ses allées et venues; son périmètre de vie se rétrécit, et la notion de temps est soumise aux contraintes de l’institution buraucratique ».

Les résultats de cette étude sur les bienfaits de la nature chez les séniors peuvent sembler pour les jeunes ou les moins jeunes une évidence en cette période estivale!  C’est l’occasion pour beaucoup d’entre nous d’aller se ressourcer au bord de la mer, dans la campagne ou à la montagne. Quand on est en pleine possession de ses capacités physiques et mentales, il semble facile de bouger à sa convenance, prendre sa voiture ou le train pour aller se promener dans les bois, aller sur la plage. Ors, ce n’est pas toujours le cas pour les personnes âgées. Notamment pour celles qui souffrent de pathologies diverses, invalidantes et qui sont dépendantes, isolées ou encore en maison de retraite médicalisée jusqu’à la fin de leurs jours. Alors interrogeons nous sur la qualité de vie de nos aînés quand ils sont coupés de la nature, avec parfois la sensation d’être claquemurés dans une institution ou une maison de retraite.

Car une maison de retraite reste un cadre de vie contraint, qui réduit les libertés individuelles de la personne qui s’est résignée à finir ses vieux jours là-bas pour diverses raisons. Qu’en est-il de leur psyché, en sachant que selon les résultats des dernières enquêtes réalisées en France, 33% des résidents d’établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad), souffriraient de dépression? Outre cela, le risque de suicide est plus élevé chez les seniors de plus de 85 ans, deux fois plus que pour les jeunes de 25 à 44 ans. Or, le fait d’être triste ou pessimiste ne doit pas être considéré comme normal pour une personne âgée, et il n’est peut-être pas besoin de leur administrer des doses massives de psychotropes, dont on sait aujourd’hui que l’excès est délétère.

 

C’est un autre paradigme que proposent dans leurs conclusions Jessica Finlay et son équipe de l’université du Minnesota sur les effets bénéfiques de la nature chez les séniors en maison de retraite sont novatrices, même si ce que s’y raconte semble des lieux communs pour les plus jeunes. L’importance de la nature est fondamentale sur le bien être physique et moral des séniors! Comme le reconnaît Jessica Finlay, cette étude est « empirique », bien que répertoriée dans la base de données scientifiques de Medline qui cite les études sérieuses. C’est d’abord une réflexion pour les politiques de prise en charge des personnes âgées, en construisant des espaces qui accueillent les personnes sur l’ensemble de leur vie.

Les pouvoirs publics pensent d’abord à la construction d’aire de jeux pour les enfants mais rarement à des bancs pour que les grands-parents puissent les regarder s’amuser. Cette importance de la nature sur le bien-être physique et moral de nos aînés s’inscrit dans un courant humaniste qui est celui de la psychologie de l’environnement. Il étudie comment l’environnement physique immédiat d’une personne affecte sa psyché, son bien-être physique et mental, ainsi que son comportement.

 

Et également dans le courant de la psychologie positive, qui est l’étude scientifique des forces du fonctionnement optimal et des déterminants du bien-être. La notion de paysage thérapeutique, avec l’importance des espaces verts et aquatiques, met l’accent sur la dimension hédonique, liée à l’augmentation des émotions agréables et comportant également une dimension endémonique, avec le sentiment que la vie a du sens jusqu’au dernier souffle.

Cette étude anglo-saxonne s’oppose à la notion de pathologisation, de médicalisation forcenée de la personne âgée au détriment de la qualité de vie, l’épanouissement de soi.

Avoir accès à la nature influence la qualité de vie, alors pensons y pour nous aînés et dans les propositions politiques de la prise en charge de la dépendance des séniors. Alors, quel est l’impact positif de la nature observé par Jessica Finlay sur le bien-être de nos aînés ?

Avoir accès chaque jour à la nature influence leur qualité de vie. Un environnement boisé, un parc, ainsi que des étendues d’eaux avec des bassins, des lacs, des fontaines, une rivière, augmentent leur bien-être physique, moral et la connectivité spirituelle.

Un étang, un banc avec vue sur des massifs fleuris est quelque chose de positif. Le simple bourdonnement d’une abeille sur les fleurs, ou même le fait d’avoir vue sur des pots de fleurs sur un rebord de fenêtre est important pour une personne en maison de retraite.

Jessica Finlay parle de mettre en place des espaces de socialisation pour faciliter les34cb3a5b1ea24f2eb5a7fbbc5f7aa4cb-1 interactions sociales et les rencontres intergénérationnelles en proposant des activités avec les amis, les familles et les voisins dehors. Comme le souligne Jessica Finlay, « avoir accès à des espaces verts et aquatiques encourage les aînés à avoir envie de sortir. C’est un facteur de motivation pour rester actif physiquement, garder le moral et avoir envie de nouer des relations sociales ».

– Faire de la natation, marcher dans l’eau ou avoir un contact avec la nature permettent d’accroître l’immunité et d’avoir une meilleure résistance physique. Le simple fait d’avoir des points d’eau comme des piscines et des pataugeoires favorisent les activités physiques.
-Être motivé pour sortir  et ainsi éviter la dépression

 

Ces milieux naturels permettent, en maison de retraite, de trouver des raisons de sortir, de franchir une simple porte pour aller dehors, de quitter ce cadre de vie contraint. Certains seniors ont perdu l’habitude d’un acte aussi simple. C’est important pour la qualité de vie d’éviter la sensation d’ennui, l’isolement, la solitude subie et le sentiment d’inutilité, qui sont facteurs de dépression.

Avec cette étude,  la chercheuse Jessica Finlay applique aux aînés les mêmes principes de psychologie positive qui favorisent le bonheur comme pour les plus jeunes. Elle propose trois conseils pour bien vieillir :
1.Focus sur le bien-être global. La santé mentale et sociale est tout aussi importante que la santé physique.
2.Laisser aux aînés en maison de retraite la liberté de sortir. En clair, ne pas les confiner à l’intérieur de quatre murs.
3.Priorité au contact quotidien avec la nature. Avoir la possibilité et s’asseoir dans un parc, regardez l’eau couler d’une fontaine ou même de simples plantes.
Alors il est grand temps que les préceptes de cette étude soient suivis d’effets. Tout comme la nature, soyons bienveillants envers les personnes âgées.
Cet article a paru sur le site du Nouvel Obs Plus, le 19 juillet 2015

LA VIE EN MOUVEMENT D’OLIVER SACKS

Être en mouvement, l’esprit et le corps toujours en mouvement est la leçon de vie d’Oliver Sacks.

Trois ans se sont écoulés depuis le décès du regretté neurologue Oliver Sacks d’enchanter mes premières lectures d’étudiante en psychologie. J’étais déjà passionnée par les rouages de la psyché humaine mais Oliver Sacks m’a conforté dans le choix de mon cursus universitaire.

Une vie en mouvement, toujours en mouvement, c’est ce qui caractérise celle du célèbre neurologue et écrivain Oliver Sacks mort le 30 août 2015. Il avait 82 ans. En février 2015, il avait révélé dans le New York Times, souffrir d’un cancer en phase terminale. Avec sérénité, il expliquait « se sentir intensément vivant », et poursuivant, « je dois maintenant choisir vivre les mois qui me reste. Je veux vivre de la façon la plus riche, la plus profonde, et la plus prolifique qui soit.» Il laisse une œuvre considérable empreinte d’humanité et de créativité dans la relation médecin/malade, bouleversant les schémas traditionnels de la médecine neurologique.

Oliver Sacks accéda à la célébrité avec la sortie de son livre en 1982 « L’homme qui prenait sa femme pour un chapeau » où il raconte lcet homme souffrant d’agnosie visuelle qui a donné son titre au livre. En fait le cas de cet homme qui ne savait que reconnaître les formes géométriques comme un chapeau mais incapable de reconnaitre les visages n’est que l’un des cas relatés dans ce livre, et qui lui a donné son titre.  Cet ouvrage se compose en fait de 24 essais des cas les plus bizarres que le neurologie a rencontré dans sa pratique.
De son oeuvre immense, il nous reste un livre testament « En Mouvement, une vie », sorti en 2015, juste avant sa mort. Il a été publié en français au début de l’année 2016. C’est une autobiographie et aussi un testament sur la complexité de l’être humain face à la maladie invalidante. comme dans ses autres ouvrages, il montre cette capacité qu’ont certains malades à faire preuve de résilience et à trouver des schémas d’adaptation. Tout au long de sa carrière, Oliver Sacks se centrera sur la stabilité psychique de ses patients atteints des pires troubles neurologiques.

Dans cette autobiographie « En Mouvement », Oliver Sacks raconte son enfance, ses études et ses voyages. Son talent de narrateur est tel que lorsqu’il déroule le fil de sa vie et raconte d’une façon inlassable sa relation avec ses patients qui arrivent à vivre au plein sens du terme avec leur handicap neurologique, on a l’impression de l’avoir en face de soi et d’être proche de lui. C’est une plongée, sans fard ni honte, dans son intimité affective, familiale et professionnelle. C’est aussi une leçon de pratique clinique et de psychothérapie. Aussi une leçon d’espoir sur la faculté d’adaptation du cerveau à des maladies neurologiques, qui permet de comprendre comment le cerveau normal s’adapte, réagit à la perception, la mémoire et l’individualité.

Oliver Sacks est né en 1933 en Angleterre. Comme il le reconnaît lui même dans son autobiographie, il a reçu la meilleure des éducations britanniques. Sa mère était chirurgienne et anatomiste, et son père médecin généraliste. Pour sa famille, ça ne faisait aucun doute: « il était entendu que je serai médecin depuis mon quatorzième anniversaire.» Outre ses parents, deux de ses frères le seront également. Admis à Oxford, il étudia la médecine dans les années 50 où un fossé infranchissable semblait séparer la neurophysiologie du vécu réel des patients en proie à des troubles neurologiques. L’un des talents d’Oliver Sacks est en face d’avoir su s’effacer face à ses patients et de critiquer ses grilles de diagnostic face à leur douleur psychique. Sa préoccupation première était de comprendre leur psyché pour adapter sa thérapie. Étudiant, il ne s’était pas inscrit à des cours de psychologie, mais il allait néanmoins assister à ceux de James Gibson qui faisait des expériences de psychologie visuelle. Déjà, Oliver était fasciné par les distorsions visuelles qui chamboulaient la compréhension visuelle, l’intuition et le bon sens.

À 27 ans, il quitta l’Angleterre pour se rendre Outre-Atlantique. Il voulait s’éloigner de son frère schizophrénique qu’il estimait «mal soigné» par la psychiatrie de l’époque. Celui-ci était sous tranquillisant, et il avait certes moins de crise mais il avait sombré dans le désespoir et était devenue apathique, les facultés mentales diminuées. Il devint absolument incapable d’avoir une vie intellectuelle; sa passion et sa raison de vivre était dans les livres et dans la stimulation de son intellect. C’est à la maladie de son frère qu’Oliver Sacks impute sa vocation de scientifique envers le « dysfonctionnement cérébro-mental ». Côté loisirs, arrivé aux États-Unis, Oliver Sacks était un passionné de randonnées moto et d’haltérophilie. Il se décrit comme solitaire et passera tente cinq ans de sa vie sans relation affective et intime, dévoué à ses patients sans esprit carriériste. Il évoque sa période amphétamines qui faillit lui coûter sa carrière en sus de sa santé mentale.

Son succès littéraire immense débuta avec « L’Homme qui prenait sa femme pour un chapeau », ce cas étrange de cet homme atteint d’agnosie visuelle. Dans son dernier livre, il raconte aussi ses déboires avec ses éditeurs et ses notes. Il définit son intellect en désordre et d’un illogisme manifeste. Étourdi, il lui est arrivé de perdre dans des circonstances rocambolesques des notes peaufinées durant des mois. Et ce tout au long de sa vie !

L’un des temps fort de « En Mouvement » est le chapitre l’Éveil, en écho au titre d’un livre, d’un film et d’une série de documentaires. En 67, Oliver Sacks était médecin-résident au Beth Abraham. On lui avait enseigné lors de ses études que la neurologie et la psychiatrie étaient deux disciplines indépendantes Quand il fut au chevet des malades, il découvrit que pour saisir la réalité globale de ses patients, et les prendre en charge, il se devait être autant psychiatre que neurologue. Au Beth Abraham, il y avait (comme dans d’autres hôpitaux) des rescapés de la pandémie de la maladie du sommeil (encéphalite léthargique) qui avait sévi durant les années 20.  Les soignants avaient observé de brèves rémissions de ces patients murés en eux-mêmes, à l’apparence figée semblable à une statue, mais des épisodes de rémission laissaient penser que leur psyché était intacte. Notamment lorsqu’ils entendaient de la musique, ils étaient capable d’esquisser des pas de danse! D’ailleurs, dans sa pratique Oliver  s’appuya toujours sur la musicothérapie. Certains symptômes de ces rescapés de la maladie du sommeil ressemblaient à ceux de la maladie de Parkinson. Leur point commun était un déficit en dopamine. Ces patients avaient été délaissés par la médecine car jugés irrécupérables, et ils étaient internés dans des centres jusqu’à leur mort.

Oliver Sacks eût l’idée de leur prescrire de la L-Dopa, l’anti-parkinsonien de référence,  pour lutter contre ce déficit. Le neurologue constata des éveils chez ces patients, qui non seulement étaient physiques, mais également intellectuels perceptuels et émotionnels. À côté de cette administration de L-dopa, de la musicothérapie était adjointe. Mais il y a l’envers de la médaille. Ces réveils de ces personnalités figées dans le temps ne se feront pas toujours en douceur. Certains malades seront en proie à des hallucinations, des délires paranoïaques et érotomaniaques. Ce qui déclencha une levée de bouclier contre lui de la part de ses confrères. Ils écrivirent de violentes charges contre lui dans le JAMA d’octobre 1970 sans qu’il puisse y répondre.

S’il n’y avait que ça! Il fût aussi attaqué tout au long de sa carrière pour écrire des livres racontant des cas, accusé d’instrumentaliser à des fins éditorialistes ses patients selon ses détracteurs. En 1973, Oliver Sacks publia l’Éveil, et en 1974, dans la série de documentaires réalisés, par la télévision britannique Discovery, certains des ses patients acceptèrent de s’y montrer à visage découvert pour témoigner de leur amélioration (même transitoire) sous L-Dopa. Et en 1990, le film du même nom que le livre joué par Robin Williams et Robert de Niro. Ses travaux à l’hôpital Beth Abraham ont contribué au développement de l’Institute For Music And Neurologic Functiun et à la musicothérapie.

Vers  la fin de sa vie, il va adhérer à la théorie d’Edelman sur le darwinisme neuronal. Selon lui, « l’individualité est profondément inscrite en nous dès le départ au niveau neuronal.»… Dans son acceptation la plus large, le darwinisme neuronal soutient que nous sommes destinés, bon gré mal gré, à seul fin de nous particulariser et de nous développer- de Nous frayer chacun un chemin individuel tout au long de notre existence.» Le cerveau est bien plus qu’un assemblage de modules autonomes qui seraient un par un incontournables pour une fonction mentale spécifique». C’est un orchestre réunissant des centaines d’instruments différents, qui se dirige tout seul, bien que la partition et le répertoire changent en permanence. » Être en mouvement, l’esprit et le corps toujours en mouvement est la leçon de vie d’Oliver Sacks.

TRIP AVEC LE NARCO-TOURISME HALLUCINOGÈNE!

Une grande partie de l’emprise mentale sous ayahuasca se met insidieusement en place après/ou en même temps que l’emprise chimique. Cette conséquence provoque une modification cognitive et comportementale par l’adhésion à des croyances au surnaturel.

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On sait aujourd’hui que la consommation d’alcool et de drogues à l’adolescence, en continu durant toute cette tranche de vie a une forte probabilité de se prolonger plus tard dans la vie. L’âge moyen de l’initiation est de 14 ans pour une consommation régulière ou non d’alcool, et 14/15 ans pour l’usage de drogues avec ou sans dépendance. Telles sont les conclusions du Professeur Joël Swendsen et des ses collègues de l’Université de Bordeaux qui ont examiné la prévalence, l’âge d’apparition et les facteurs socio-démographiques pour une étude financée par le NIMH (National Institute mental Health), et publiée le 2 avril 2012 dans les archives of General Psychiatry.  Cette nouvelle étude démontre que la consommation de  drogues est un véritable problème de santé publique qui se pose. Même si quelques années ont passé, cette constatation est d’actualité.

 

Il est devenu quasiment impossible pour les professionnels de la santé de parler des effets néfastes des drogues, notamment sur les réseaux sociaux, vecteurs idéaux de désinformation médicale et où les médecines parallèles défendues avec acharnement par les charlatans dominent. De ce fait, la consommation des drogues est devenu un fait de société presque normal, et cela ne date pas d’hier. Si l’on connaît surtout le cannabis, la cocaïne, l’héroïne ou autres drogues de synthèse, il y en a d’autres plus confidentielles prises dans le cadre de la psycho-spiritualité new âge, cet hybride  qui fait le fond de commerce des charlatans de la psychothérapie formés à des méthodes pseudo-scientifiques. Soupir.

L’une de ces dérives concerne le mésusage du chamanisme. Il ne s’agit pas de mettre au banc des accusés le chamanisme et les chamans, une tradition millénaire et respectable mais de dénoncer les pillages cultuels du chamanisme par des Occidentaux sans scrupules. Notamment celle des ayahuasqueros, les chamans de la forêt amazonienne. Leur conception de la maladie est à l’opposé de celle de la maladie occidentale, et est d’origine magique causée par un sortilège. Dans un cadre rituel et curatif, ils font boire à ceux qui ont été envoutés un breuvage sacré appelé l’ayahuasca, un breuvage millénaire composé de deux plantes que l’on trouve en abondance dans la forêt amazonienne. D’abord , il y a  l’ayahuasca qui est une liane qui a donné son nom au breuvage sacré, et l’autre la chacruna qui contient du DMT, un stupéfiant prohibé sur le plan international. La combinaison des deux est hautement hallucinogène, et ses effets sont proches du LSD, le psychoactif de référence. Les Amazoniens la surnomment « La liane de la mort ou le Vin des morts. La potion psychédélique est légale au Pérou où elle est utilisée en médecine primaire pour soigner les populations locales.

En 2008, un reportage d’Envoyé Spécial,  avait diffusé en prime time, a eu pour thème le tourisme hallucinogène au Pérou.  Même s’il date, son décryptage est toujours d’actuel car ce tourisme hallucinant continue toujours, même si les médias mainstream s’en désintéressent. Ces voyages sont tout un programme! On part au Pérou en petit groupe effectuer un « voyage initiatique et spirituel ». Dans le reportage de Envoyé Spécial, le tourisme hallucinogène est un fait de société décrit comme « un mouvement culturel » animé « par un désir de reconversion spirituelle». Les participants sont recrutés sur le net.

Le reportage reprend, sans le mentionner, une partie du rapport de la MIVILUDES 2005 sur les dérives sectaires du chamanisme amazonien, mais il occulte cet aspect sulfureux pour que le sujet devienne passe-partout, et banalise l’absorption de cet hallucinogène psychédélique.  En 2009, le rapport de la MIVILUDES multiplie les mises en garde. Pourquoi ce séjour au Pérou est-il tendancieux, induit-il en erreur sur la tradition des ayhuasqueros amazoniens? Et  est ce bien raisonnable d’ingérer l’ayahuasca ?

 

Selon le rapport de la MIVILUDES 2009, l’absorption de ce breuvage peut se «révéler particulièrement violent», qu’il amène à «un douloureux voyage sur soi-même avec vomissements, convulsions physiques, profonde détresse mentale, même lorsque cette substance est absorbée dans de bonnes conditions, c’est-à-dire sous la surveillance d’un chaman expérimenté ».

Malheureusement, l’attrait exotique, la recherche de solutions miracles en dehors de la médecine scientifique l’emportent sur le principe de précaution, et les avis éclairés des professionnels de la santé. Les arguments pseudo-scientifiques de la thérapie chamanique ont le vent en poupe parmi les moutons de Panurge des adeptes  des médecines alternatives.

 

Comment ces voyages « hallucinants » et « hallucinogènes » sont-ils organisés? Des personnes ayant des soucis existentiels sont recrutées sur des forums pour aller séjourner au Pérou dans l’un de ces camps de vacances hallucinogène “tendance” monté par un chaman péruvien. Leur projet n’est pas de converser à bâtons rompus sur les us et coutumes locales mais de suivre une thérapie chamanique à base d’ayahuasca, cet hallucinogène puissant susceptible de résoudre tous les maux par « des expériences mystiques dans le labyrinthe de l’inconscient ».

On voit dans ce reportage d’Envoyé Spécial, un chaman de père en fils depuis des générations. Ce qui serait en soi rassurant si l’on n’avait pas lu le rapport 2005 de la MIVILUDES, et si l’on n’avait pas eu vent des cas de décompensations psychiatriques, de cas de suicides quelques mois après l’avoir prise, des comas et des morts par overdose. Sous la houlette de ce chaman comparé à un « psychothérapeute (sic) », les touristes présentés dans le reportage ingèrent l’hallucinogène amazonien à doses massives pour soigner les maux existentiels que la médecine occidentale ne saurait pas prendre en charge efficacement.

Ce séjour, c’est du sérieux! Le camp est fermé et gardé nuit et jour par des hommes armés jusqu’aux dents;  une nourriture frugale non carnée est proposée aux vacanciers astreints à une diète stricte pour ingérer l’hallucinogène afin de ne pas provoquer des incompatibilités dans l’organisme et les rendre malades. Avoir des hallucinations comparables à celles du L.S.D n’est pas le symptôme d’un trouble psychique, bien au contraire! Le monde à l’envers! Dépersonnalisation/déréalisation ainsi que d’autres joyeusetés psychiatriques sont  vivement encouragées pour évoluer spirituellement. Le reportage montre que le logement des vacanciers est spartiate, et des séances de groupe où les vacanciers ingèrent des doses massives d’hallucinogène en l’espace d’une douzaine de jours encadrés par le chaman et ses assistants.

L’une des séquences les plus troublantes du reportage « à la frontière du surnaturel » est celle d’une vacancière en transe investie par l’esprit d’un jaguar. Cette métamorphose a des airs de parenté avec la lycanthropie, cette faculté de se changer en loup-garou renvoyant aux affaires de sorciers et à l’ensorcellement au Moyen Âge.

Les dérives de l’ayahuasca ne résident pas uniquement dans une emprise chimique mais aussi sur l’action pharmacologique spécifique censée traiter les addictions au cannabis notamment. Particularité qui oppose les scientifiques rationalistes à ceux du MAPS (The Multidisciplinary Association for Psychedelics Studies), un organisme privé financé par des fonds tout aussi privés où le pire côtoie le meilleur. Le MAPS regroupe les scientifiques prosélytes des psychédéliques dans le soin psychique à la place des molécules officielles et des psychothérapies alternatives, se substituant aux psychothérapies officielles (psychanalyse, TCC).

On  trouve dans la base de données Pubmed des articles scientifiques de bonne facture dans le PLos One ou  dans des revues de pharmacologie;   celui de Favaro qui a étudié les effets à long terme sur la mémoire ou les effets neurotoxiques de l’ayahuasca chez le rat. Et il y a bien une étude préliminaire sur l’action antidépressive de l’hallucinogène. Des études préliminaires, et éventuellement des essais pré-cliniques sont la norme pour des futurs médicaments. C’est vrai que des scientifiques se sont penchés sur les effets des drogues hallucinogènes à l’instar du chercheur David Nutt du département de neuropharmacologie et de l’imagerie moléculaire à l’Imperial College de Londres. Franz Vollenwerder de l’Université de Zurich, est aussi l’un de ces très rares scientifiques à poursuivre des recherches sur les psychédéliques. Mais si ce pan de la recherche peut s’avérer éventuellement prometteur, il faudra que les psychédéliques étudiés démontrent qu’ils sont plus efficaces que celle des molécules commercialisées, suivant les règles de l’Evidence Based Médecine. Et cette méconnaissance du grand public sur les protocoles de la recherche scientifique favorise les charlatans du chamanisme et du narco-tourisme.

Une grande partie de l’emprise mentale sous ayahuasca se met insidieusement en place après/ou en même temps que l’emprise chimique. Cette conséquence provoque une modification cognitive et comportementale par l’adhésion à des croyances au surnaturel. L’un des objectifs recherché dans la thérapie chamanique à l’usage des Occidentaux est d’occulter leur mode de pensée cartésien pour déstructurer leur vision du monde à l’origine de leur mal être. La pensée magique devient alors un mode de fonctionnement qui doit être prioritaire par rapport à la pensée rationnelle. L’irrationnel devient l’indice de normalité nécessaire de la nouvelle personnalité. Ce process de double emprise (chimique et cognitive) se fait en partie lors des phases hallucinatoires lorsque la personne est fortement suggestible et est dépendante d’une aide extérieure pendant la phase d’ivresse spécifique à cette drogue. La grande difficulté pour recueillir les propos des victimes est d’arriver à lever leurs résistances liées à cette pensée magique ; elle induit chez les victimes des peurs irrationnelles liées à l’existence de la magie noire, de la sorcellerie, bref à la réalité du paranormal.

 

Le contrepoint d’un médecin péruvien  (non chaman) interviewé est sans appel : il se montre très réservé sur ce tourisme hallucinogène, et il déconseille fortement l’hallucinogène aux Occidentaux qu’il évalue dangereux pour eux. Les recommandations des dirigeants des centres de vacances hallucinogènes listant les contre-indications pour ceux qui souffrent d’hypertension, de troubles cardiaques ou qui suivent un traitement antidépresseur sont nettement insuffisantes. Pour réduire les risques liées à la prise du psychédélique amazonien, il faudrait que les vacanciers se munissent d’une expertise psychiatrique et de plusieurs certificats médicaux.

C’est en fait, un véritable narco-tourisme. L’ambassade de France au Pérou met en garde les voyageurs sur son site interne même si le Pérou a classé l’ayahuasca au patrimoine culturel de la nation. Alors si vous êtes tenté par ce tourisme hallucinogène, ce sera à vos risques et périls.

Si le reportage date de 2008,  les faits décrits ne sont pas obsolètes. Le tourisme hallucinogène continue à prospérer. Son masque est aussi sous le label d’éco-tourisme, et ces stages découvertes sont présentés « comme une protection contre les maux de la société  contemporaine matérialiste».

Les années ont passé, mais ces faits sont toujours actuels, et même s’il ne s’agit que de cas isolés de nature sectaire, l’ayahuasca est une drogue très prisée par les cadres de la Silicon Valley. On la consomme comme du café à San Francisco. Si vous doutez des mises en garde sur la dangerosité de l’ayahuasca, lisez ces quelques témoignages récents avant de prendre la liane de la mort: en 2009, deux touristes italiens sont retrouvés en Équateur découpés à la tronçonneuse. En 2014, un Canadien poignarde un Britannique au Pérou.

Alors, êtes vous toujours tentés par un trip aux portes de la perception qui peut vous laisser sur le carreau? Si oui, alors à vos risques et périls, et vous avez en prime même la  vidéo reportage de Envoyé Spécial!