LES FLASHBACKS D’UN VÉTÉRAN DU VIETNAM

L’une des croyances est de penser que les flashbacks sont des souvenirs à part entière. Ce n’est pas toujours le cas. Les personnes souffrant de Stress Post Traumatique peuvent très bien avoir des flashbacks d’évènements qu’ils n’ont pas vécu.

d0560593dfa8f835c626ca5f23d73dc8

 Les attentats récurrents qui frappent depuis plusieurs années les pays occidentaux n’ont pas que des conséquences matérielles. Les témoins directs ou indirects de ces scènes peuvent développer des séquelles psychologiques très lourdes, dont l’état de Stress Post Traumatique (ESPT). L’étude I.M.P.A.C.T.S publiée en février 2017 montre que six mois après les attentats qui ont endeuillé la France en janvier 2015, 20 pour cent des personnes touchées par les événements souffraient d’un État de Stress Post-traumatique.

Quelle est l’origine de ce trouble?
En 1889, le neurologue allemand Hermann Oppenheim emploie  le terme de « névrose traumatique » pour décrire les troubles psychiques des accidentés de la construction du chemin de fer. Par la suite, le terme a été élargi aux symptômes psychologiques des soldats sur la ligne de feu durant la première guerre mondiale souffrant du choc des tranchées appelé le choc de l’obus ou syndrome de l’obusite ( shell shock ). Dans ses écrits de guerre et d’après-guerre, Freud va parler de névrose de guerre; plusieurs de ses disciples observent ce trouble comme médecins militaires.

C’est avec la guerre du Vietnam et ses vétérans que la psychiatrie militaire américaine va cerner, dans les années 70, le stress post-traumatique. Il désigne un trouble anxieux sévère qui se manifeste à la suite d’une expérience vécue comme traumatique. Les études sur ce trouble sont d’abord centrées sur les vétérans  du Vietnam où sont mis en évidence les séquelles psychologiques et somatiques causées par les combats.
En 1974, sous l’influence des féministes américaines, les médecins Burgess et Holmstrom, de l’hôpital Boston City View vont décrire les similarités des troubles des vétérans du Vietnam avec ceux des victimes de viol dans le « Rape Trauma Syndrome » (syndrome du viol), faisant connaître les conséquences sur la psyché des violences sexuelles faites aux femmes et aux enfants (inceste, pédophilie) occultées jusqu’alors.

Le Stress Post-Traumatique est introduit dans le DSM III en 1980 et dans le CIM 10, en 1990. Parmi les symptômes ESPT se trouve celui de l’intrusion, élément d’une triade comprenant l’évitement et l’hyperstimulation. Les trois éléments étant interactifs et non cloisonnés. Un symptôme peut être prédominant sur un autre.

Lors de l’intrusion, la personne revit l’événement traumatisant. Il ne s’agit pas que de réminiscences, il y a une incapacité à empêcher les images mentales relatives au trauma d’envahir la psyché et elles tournent en boucle. Des images prégnantes envahissent la psyché, hantent la personne et engendrent une grande souffrance mentale. Ces images récurrentes sont appelées « flashbacks »,  et s’accompagnent la plupart du temps d’angoisses récurrentes. Les cauchemars sont également une autre manifestation de l’intrusion.

L’une des croyances, fortement ancrée, est de penser que les flashbacks sont des souvenirs à part entière, et ce n’est pas toujours le cas. Les personnes souffrant de Stress Post Traumatique peuvent très bien avoir des flashbacks d’évènements qu’ils n’ont jamais vécu.

C’est ce qui s’est arrivé à un vétéran qui a servi dans l’unité d’élite des Marines durant la guerre du Vietnam. Il avait fréquemment été présent sur des scènes de guerre, et il avait été diagnostiqué comme souffrant de Stress Post Traumatique. Dans ses flashbacks, il voyait des combats au corps à corps avec les soldats ennemis et des civils. Des rats écharpaient ses vêtements lorsqu’il était de garde dans son abri de fortune. Lors d’un combat, il avait été blessé à la jambe droite, et depuis il devait marcher avec une béquille .

Huit mois après avoir été pris en charge pour ses troubles, l’ancien Marines va quitter la ville pour emménager à la campagne dans une maison isolée. Ce déménagement va susciter chez lui une nouvelle vague de flashbacks sur le thème de sa jambe blessée. À noter qu’un déménagement est souvent anxiogène, et il est chez certaines personnes source de mal-être voire de dépression.

Lors des flashbacks, l’ancien Marines se voyait sur un champ de bataille où blessé, on était venu le secourir pour le transférer dans un hôpital militaire.
« C’était le chaos, disait-il à ceux qui l’écoutaient, « les corps des  soldats morts étaient sur ceux des soldats blessés qui eux, gémissaient de douleur, et je hurlais à plein poumons ». Il avait l’impression de sentir les odeurs putrides des cadavres en décomposition, l’urine et le sang, à la fois des morts et des vivants. Il décrivit les quatre hommes en blouse blanche de l’équipe soignante venue le secourir et parla de l’haleine alcoolisée du médecin qui l’avait examiné. Il décrivit la trousse d’urgence, grande comme une boîte à ongles, et des chiffons sales faisant office de pansements pour tamponner ses blessures. Lorsqu’il racontait ces scènes, le vétéran était au trente-sixième-dessous. Il disait « cela est-il réellement arrivé? Cela me semble si réel et pourtant, c’est ce que j’ai vécu…»

Pourtant, de nombreux détails clochait sur les circonstances où il s’était blessé la jambe. En fait, il n’avait pas été blessé sur un champ de bataille mais lors du crash d’un hélicoptère. L’ancien Marines était un passionné  d’histoire. Il décrivait avec précision les uniformes des soldats qu’il voyait dans ses flashbacks. C’était ceux de la guerre de sécession: pantalon bleu avec rayure jaune sur le côté, des épaulettes et des boutons dorés. Quant aux armes, il s’agissait des baïonnettes dont étaient équipées les Nordistes. Et au fil du temps, dans d’autres flashbacks, il se voyait blessé par un soldat allemand de l’armée du Kaiser lors de la première guerre mondiale. Inutile de préciser que les références à la guerre de Sécession et à celle de l’armée allemande du Kaiser étaient spatio-temporellement à côté de la plaque avec la guerre du Viet-Nam qui s’est déroulée de 1954 à 1975…

L’histoire de ce Marines montre que les flash-back ne sont pas forcément des souvenirs qui témoignent de la réalité, même si le récit est particulièrement convaincant. Selon les psychiatres Lipinsky J.FJr, et G.H Pope, le diagnostic de stress post-traumatique ne peut reposer uniquement sur les flash-backs décryptés comme des souvenirs de l’événement traumatique, ni servir de preuve unique pour poser un diagnostic de Stress Post Traumatique.

Ce genre de croyances peut conduire à des bévues sur le décryptage des flashbacks relatifs à des abus sexuels durant l’enfance. Ils sont décryptés systématiquement comme de souvenirs réels de l’abus sexuel par des thérapeutes mal formés. L’histoire de ce Marines est répertoriée dans un article scientifique des psychiatres JF jr Lipinsky et G.H Pope. C’est un coup de pied au derrière des praticiens utilisant les Thérapies de la Mémoire Retrouvée »pour récupérer les flash-backs, qui sont, pour eux, des souvenirs fiables sur l’origine du trauma.

Pour G.H.Pope, et J.F Jr, Lipinsky, « …des flash-back de faux événements peuvent se produire en intermittence avec des flash-back d’expériences réelles.» Ce qui n’enlève rien à la réalité des symptômes du Stress Post Traumatique vécus soit par des soldats ou des victimes d’abus sexuels.

L’état de stress post traumatique (ESPT) est un problème de santé publique et une question d’actualité (violences civiles militaires et catastrophes); son retentissement sur la psyché de la victime n’est pas négligeable, notamment sur les altérations mnésiques.

Sources:

Unusual Flashbacks in a Vietnam veteran, référence JF, jr Lipinsky, G.H Pope, do »flashbacks » represent obsessional imagery?, compr psychiatry 1994, 35:245-247
http://fr.wikipedia.org/wiki/Trouble_de_stress_post-traumatique
http://www.u1077.caen.inserm.fr/memoire-et-amnesies/la-memoire-dans-l’etat-de-stress-post-traumatique-etude-multicentrique-en-neuroimagerie-«-stress-et-memoire-emotionnelle-»/

ABUS DE FAIBLESSE ET AUTRES MANIPULATIONS

Il est tout à fait possible de sortir du statut de victime et d’échapper aux manipulateurs. L’efficacité d’une manipulation ne dépend pas de la prédisposition d’une personne mais de l’habileté du manipulateur.

 

9782253169383-001-T


Le livre « Abus de Faiblesse, et autres manipulations » de Marie-France Hirigoyen, publié en 2012, est à lire plutôt deux fois qu’une! L’auteure est psychiatre, psychanalyste et victimologue.

Elle n’en est pas à son premier coup d’essai. Déjà en 1999, Marie-France Hirigoyen avait publié « Le Harcèlement moral, la violence perverse au quotidien, et ses analyses sont à l’origine de la loi sanctionnant le harcèlement moral. Son livre « Abus de Faiblesse et autres manipulations » est un ouvrage majeur sur la manipulation mentale à mettre entre toutes les mains. Nous sommes tous manipulés, tous manipulateurs à des degrés divers. Marie-France Hirigoyen décrypte avec finesse, à l’aide de faits divers, les frontières à ne pas franchir pour aliéner l’autre, le mettre sous sujétion mentale pour pas devenir victime de « personnes de mauvaise compagnie ».

Le postulat de départ est le suivant:  « La manipulation fait partie de la vie, ce qui fait la différence, c’est l’intentionnalité.» À partir de la loi sur l’abus de faiblesse, l’auteur analyse les situations où un individu « profite » d’une personne vulnérable ou trop crédule. Un escroc qui profite de la faiblesse d’une femme pour lui soutirer de l’argent, une dame âgée qui fait d’un jeune protégé son héritier, une épouse abandonnée qui persuade ses enfants que leur père ne les aime pas, un homme riche et puissant qui force une relation sexuelle avec une subordonnée, et tous les chantages affectifs qui perturbent nos vies minuscules… Autant de cas qui démontrent que l’abus de faiblesse s’exerce dans tous les domaines des rapports humains. Personnes âgées, enfants, adultes en état de sujétion psychologique: où commence l’influence normale et saine et où commence la manipulation?

En se fondant sur son expérience clinique, l’auteur interroge la notion de consentement et les dérives des comportements inappropriés, une expression dont le flou indique, ô combien, nous sommes démunis face aux limites à poser aux autres sans être liberticide ou asocial. Au terme de cette quête aussi précise qu’inspirée, Marie-France Hirigoyen démontre que le statut de victime n’est pas irréversible.
Dans son livre, Marie-France Hirigoyen ne manque pas  de citer l’excellent ouvrage de Robert Vincent Joule et de Léon Beauvois « Petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens» . Les deux psychosociologues on fait la synthèse de ces techniques de persuasion destinée à provoquer le consentement de l’autre, lui laisser l’illusion d’un sentiment de liberté dans sa décision.

Marie-France Hirigoyen décrit quelques unes de ces techniques qui peuvent mener à l’abus de faiblesse: notamment, la technique du pied dans la porte où on obtient d’abord l’accord d’une personne à une petite requête qu’on lui soumet, et en fait préparatoire pour obtenir une requête plus importante. Par exemple, on commence par demander l’heure à quelqu’un avant de lui demander de l’argent pour prendre le bus, la probabilité d’obtenir de l’argent sera beaucoup plus grande s’il n’y avait pas eu cette requête préparatoire.

Le doigt pris dans l’engrenage, au nom du principe de cohérence, une personne peut se retrouver dans un processus d’escalade, et son engagement demandera de plus en plus d’investissement et qui s’avérera de plus en plus aliénant pour elle.

La technique de l’amorçage part du principe que les gens ont du mal à revenir sur une décision qu’ils ont prise et on amène un sujet à réaliser petit à petit un acte dont on lui cache (provisoirement) le coût réel. On lui annonce après la réalité de la situation avec ses contraintes. L’interlocuteur se sent alors obligé de maintenir sa référence. Le leurre conduit un sujet à prendre une décision qui finalement ne se concrétisera pas. On lui présentera néanmoins une alternative pour réduire sa frustration. Et la mise sous emprise va marquer une nouvelle étape qui s’installe dans le temps au point de créer une véritable relation pathologique. C’est un phénomène naturel qui peut advenir dans tout rapport humain,  et n’est pas toujours négatif

Marie-France Hirigoyen parle de l’emprise mentale exercé par un adulte sur un enfant, et elle le décrypte à travers un syndrome contesté qui est celui de l’aliénation parentale, décrit en 1986,  par Richard Gardner, pédopsychiatre à l’Université de Columbia.

Et il y a dans cet ouvrage l’incontournable sujétion amoureuse et sexuelle! Cette thématique tombe en plein dans le mille depuis l’affaire Weinstein et les hashtags maudits #BalanceTonPorc et #MeToo. Rappelons le, l’analyse de Marie-France Hirigoyen date de 2012, et ce qui se passe aujourd’hui relève de sa grille de lecture psychiatrique. Marie-France Hirigoyen décrit le stalking, proche du harcèlement par intrusion. Dans ce type de harcèlement, un individu s’infiltre dans la vie de l’autre, envahit son intimité par des intentions non désirées, que celles-ci soient positives ou négatives. Dans presque tous les pays anglo-saxons, des lois anti-stalking ont été adoptées contrairement à la France.

Depuis l’affaire Weinstein, notre pays se déchire entre néo-féministes et leurs opposants sur les violences sexuelles faites majoritairement aux femmes, et même si les hommes peuvent  être concernés, les chiffres sont implacables. On a parfois l’impression en lisant certains propos (sur le net) que l’emprise mentale et l’abus de faiblesse n’existent pas,  et ne concernent que des personnalités faibles. Bref ils sont joyeusement occultés. La victime est dans son tort si elle entame une quelconque action, même s’il faut s’interroger sur d’éventuelles allégations mensongères. Il est manifeste que ce sujet, brulant d’actualité, est en train d’échapper aux professionnels de la santé car  l’idéologie politique et la réthorique manichéenne prennent le pas sur tout discours rationnel,  laissant sur le bord de la route nombre de victimes anonymes dépassées par tous ces discours clivants. Le climat médiatique est tellement tendu qu’on peut s’interroger sur l’accueil que recevraient aujourd’hui les ouvrages de Marie-France Hirigoyen s’ils étaient publiés cette année. Lynchage virtuel ou « Name and Shame » en perspective, probablement! Mais après ce focus sur l’actualité, revenons au sujet du livre.

Dans son livre, Marie-France Hirigoyen brosse le portrait des manipulateurs et imposteurs. Qui ne connaît l’ouvrage le Harcèlement Moral ou elle décrit les pervers narcissiques. Le portrait psychologique du harceleur pervers narcissique a été dévoyé par le grand public, et dans cet ouvrage sur l’abus de faiblesse, elle remet les pendules à l’heure. Selon elle, il ne faut pas taxer quelqu’un trop vite de pervers. Un individu normalement névrosé peut recourir à des défenses perverses, sans autant pour être une personnalité pathologique. Et les comportements pervers se sont banalisés.

La psychanalyste fait le distinguo entre les classifications françaises inspirées de la psychanalyse où l’on parle de perversion morale ou de perversion de caractères la classification anglo-saxonne fondée sur une approche clinique purement descriptive. Elle place ces pathologies de caractère entre les personnalités narcissiques et les personnalités antisociales ou psychopathes.

Ce ne sont que quelques thèmes qui sont abordés dans ce post mais on ne peut que recommander de lire ce livre pour la richesse de ces exemples qui font écho en chacun de nous. Car tout le monde peut-être victime d’un manipulateur, d’un imposteur ou d’un escroc.

Même la communauté psychanalytique n’y a pas échappé avec le psychanalyste Masud Khan, d’origine pakistanaise. Il avait entrepris une psychanalyse avec Donald Winnicott  et va devenir analyste et formateur en 1959 après s’être spécialisé en psychanalyse d’enfants. Il sera banni de la communauté psychanalytique pour de nombreuses transgressions inacceptables comme en 1976,  où il est accusé de relations sexuelles avec des étudiantes et des analysantes. En 1987-1988, il fait des remarques antisémites dans son étude analytique. À noter que les travaux de Masud Khan sur le « le traumatisme cumulatif » sont encore cités par certains psychanalystes.

Tous les cas évoqué dans le livre de Marie-France Hirigoyen ne sont pas exceptionnels, et peuvent arriver à tout le monde. Cela peut aller de l’embrigadement dans une secte, de la sujétion amoureuse ou de l’escroquerie commerciale. La psychiatre a un talent  rare pour déculpabiliser le lecteur. Le message est positf! Il est tout à fait possible de sortir du statut de victime et d’échapper aux manipulateurs. L’efficacité d’une manipulation ne dépend pas de la prédisposition d’une personne mais de l’habileté du manipulateur!
« Plus Ils sont subtils, plus grand est le risque de se faire piéger, quelque soit la vigilance de l’interlocuteur.»

À PARTIR DE QUEL ÂGE, PEUT-ON AVOIR DES SOUVENIRS?

A 7 ans, les souvenirs de la prime enfance s’effacent pour laisser le champ libre à une mémoire autobiographique plus riche et plus complexe.

 

d61e4ded8474d8aa9a161ef00af5aaa0
©Norman Rockwell

L’ensemble de nos expériences, de nos connaissances et de nos apprentissages sont  engrangés dans notre mémoire, et se réactivent avec les souvenirs.  La mémoire est une représentation du passé, une capacité fondamentale qui joue un rôle vital dans le fonctionnement social, affectif et cognitif. On a longtemps pensé que les enfant ne pouvaient pas se souvenir d’évènements comme les adultes. Cette croyance s’est basée sur le fait que les personnes se souviennent rarement d’évènements personnels datant d’avant l’âge de trois ans et demi; et cette période est appelée amnésie infantile.

Freud fût l’un des premiers à parler de l’amnésie infantile, et ce dans ses Trois Essais sur la théorie de  la sexualité (1915/1916). Freud y affirme que la plupart d’entre nous ne se souviennent plus de leurs souvenirs les plus précoces (durant les trois premières années de leur vie).

Les détracteurs de Freud parlent de fariboles. Selon eux, Freud ne s’est pas appuyé sur la biologie de la mémoire mais l’a vu comme un «phénomène essentiellement psychique». Cette théorie a fait le lit de dérives en psychothérapie en laissant supposer que les souvenirs étaient récupérables à volonté. Avant de décrier les concepts psychanalytiques, de jeter le bébé avec l’eau du bain, il faut remettre les pendules à l’heure. L’apport de Freud est incontestable, et il faut  simplement réactualiser son concept d’amnésie infantile en l’état des connaissances scientifiques sur le fonctionnement de la mémoire. Depuis 1925, il s’en est passé de l’eau sous le pont…

Ainsi, aucun distinguo n’avait été fait comme aujourd’hui entre les différentes divisions de la mémoire. La mémoire de travail qui permet de retenir des représentations pendant plusieurs secondes, et la mémoire à long terme qui permet de se remémorer des évènements tout au long de notre vie. Et dans cette mémoire à long terme, la mémoire non déclarative incluant les habiletés d’apprentissage et l’amorçage  et celle déclarative. Les souvenirs non déclaratifs sont inaccessibles à la conscience,  et la mémoire déclarative est présente dès la naissance. Quand on parle de se rappeler des  souvenirs, c’est de la mémoire déclarative dont il s’agit. C’est se souvenir consciemment de noms, d’objets et des évènements.

À l’époque de Freud, on pensait que les enfants étaient incapables de former des représentations stables des événements et, ne parvenaient pas s’en souvenir. Cette croyance se basait sur le fait que les adultes ne se souviennent de fait qu’à partir de l’âge de trois ans et demi. Or, on sait aujourd’hui, grâce aux progrès de l’électrophysiologie et de la neuro imagerie, que les enfants sont dotés d’une mémoire autobiographique, et qu’ils stockent des souvenirs d’événements. Que leur mémoire autobiographique fonctionne sur un modus operandi différent de l’âge l’adulte.

Concernant l’enfant de moins de trois ans, il est difficile de mesurer avec fiabilité la mémoire déclarative. Les tests sont plus adaptés à des enfants plus âgés ou à des adultes.

Le cerveau des enfants se développe rapidement de la naissance jusqu’à la deuxième année de leur vie. Mais ce développement est inégal suivant les zones du cerveau, surtout en ce qui concerne les zones du cerveau concernées par la mémoire déclarative. Ainsi, une partie des cellules de l’hippocampe (lobe temporal média) nécessaire à la mémoire déclarative serait formée dès la période prénatale, excepté les cellules du gyrus denté de l’hippocampe qui ne sembleraient parvenir à maturité avant l’âge de 12 à 15 mois. Le cortex préfrontal impliqué dans la fonction mnésique atteint son maximum entre 15 et 24 mois. Et des changements ont lieu jusqu’à l’adolescence.

Cette « amnésie infantile » est une faculté d’oubli salutaire pour la construction de la mémoire. Des chercheurs de l’université d’Emory (Atlanta, USA) se sont livrés à une étude sur la capacité d’enfant de trois ans à se souvenir; et ce pendant plusieurs années à des âges différents -5, 6, 7, 8 ans- sur des événements simples comme une fête d’anniversaire ou une visite au zoo.

Les enfants de 5 à 7, ans se souvenaient de 65 à 73 % de ce qu’ils avaient vécu  avant leur trois ans, les enfants de 8 et 9 ans  que de 35%. La mémoire des plus âgés était plus précise et plus riche alors que celle des plus jeunes est  « plus éparse, et plus aléatoire».

A 7 ans, les souvenirs de la prime enfance s’effacent pour laisser le champ libre à une mémoire autobiographique plus riche et plus complexe. Cette faculté d’oubli, cette amnésie infantile est aussi importante que la mémorisation.

Dans son livre autobiographique, « Je me souviens »… Boris Cyrulnik parle de son enfance à Bordeaux, de son arrestation, et de son évasion pour échapper aux rafles des soldats allemands. Il ne parle pas de souvenirs antérieurs avant l’âge de cinq ans. Il reconnaît que ce ne sont pas des histoires mais des odeurs, des sons, des couleurs en toile de fond du souvenir. Il parle de flashs comme d’avoir été refusé à la porte d’un orphelinat, fuyant une institution encapuchonné. Ses souvenirs «ne forment pas un ensemble cohérent», mais plutôt un patchwork d’où émergent des images très precises : des morceaux de vérités claires dans un ensemble flou incertain.»

Ce n’est que dans la relation à l’autre que nos souvenirs se construisent. Dans l’étude d’Emory ce sont les parents qui posaient les questions à leurs enfants sur ces évènements. Autrui, ici les parents, sont déterminants car ils participent à la construction des souvenirs de leurs enfants.

Ce qui a été dit, précédemment, concerne la mémoire normale, et l’on pourrait supposer qu’il en est différemment pour la mémoire d’un enfant qui a vécu un trauma. C’est ce qu’écrit Boris CyrulniK dans « Je me souviens »: « La mémoire traumatique est faite d’images hyperprécises, et qu’autour de ces flashs, on recompose une histoire…ce sont des morceaux de vérité qu’on arrange, comme dans une chimère, toutes les parties sont vraies, mais la chimère n’existe pas »

L’étude d’Emory sur des enfants qui suivent un développement normal s’applique-t-elle à des enfants qui ont vécu des événements tragiques et traumatisants? Comment leur mémoire fonctionne-t-elle? Déjà, au départ, il est difficile d’appliquer les critères du stress post-traumatique de l’adulte à un enfant, et les chercheurs en sélectionnent quelques uns en les recentrant sur une description comportementale des symptômes. Alors toutes les supputations sur ce qu’a vécu un enfant sont permises, et le professionnel doit s’entourer de précautions avant de se livrer à des interprétations subjectives. L’un des dangers principaux est de méconnaître le fonctionnement de la mémoire d’un enfant lorsqu’un adulte raconte des souvenirs de traumas avant l’âge de 7 ans, et en fait un souvenir avec une mémoire d’adulte.

La mémoire et les souvenirs sont intimement liés aux étapes de la conscience. La mémoire est dépendante de la vie mentale. Celle de l’enfant est beaucoup plus limitée que celle des adultes chargée de réminiscences, de réflexes, de rêveries et d’anticipation, de productions imaginaires. La capacité et la construction des souvenirs chez l’enfant sont liés aux étapes de conscience décrites par Piaget.

Les progrès de la neuro imagerie et de la physiologie de la mémoire ne doivent pas faire oublier que le développement de la mémoire n’est pas linéaire, et s’accompagne d’autres facultés comme le langage, la capacité de raconter, les stratégies mnésiques, le raisonnement et la capacité de résoudre des problèmes.
Alors, l’amnésie infantile, oui, elle existe comme faculté d’oubli indispensable liée aux étapes de la conscience. Et les connaissances scientifiques actuelles sur le fonctionnement de la mémoire, oui, peuvent  coexister avec la psychanalyse. Mais avec les neurosciences qui appliquent les règles de l’Evidence Based Medecine.

 

Sources:

https://www.sciencesetavenir.fr/sante/les-souvenirs-de-la-petite-enfance-s-effacent-a-partir-de-7-ans_19042

http://www.larecherche.fr/savoirs/dossier/surprises-memoire-infantile-01-07-2001-68953
http://www.pseudo-sciences.org/spip.php?article1548
http://psycha.ru/fr/dictionnaires/laplanche_et_pontalis/voc20.html
http://www.enfant-encyclopedie.com/documents/Bauer-PathmanFRxp.pdf

http://www.enfant-encyclopedie.com/cerveau/selon-experts/la-memoire-et-le-developpement-precoce-du-cerveau

 

 

LES PERSONNALITÉS MULTIPLES, ENTRE THRILLER ET MALADIE MENTALE.

Entre les années 60 et 80, les Etats-Unis assistent à une recrudescence des identités multiples. C’est la maladie mentale la plus controversée de l’histoire du DSM.

72fa6a1f25bca915dd0e53d94c3ad2de
©Vladimir Dunjic

 

Entre 1977 et 1979, une vague de meurtres sordides terrorise les habitants de la ville de Los Angeles! Des jeunes femmes, kidnappées dans la ville, sont retrouvées mortes après avoir été étranglées dans les collines voisines. Le corps des victimes était déposé sur le même versant de la colline dans une position dégradante. Au départ, la police pensait que c’était l’oeuvre d’un seul homme, et le surnomme « l’étrangleur des collines ». Malgré des investigations poussées, la police ne trouve aucun indice qui puisse la mettre sur la  piste du sérial Killer.

Enfin, en 1979, la police arrête les auteurs présumés de ces meurtres, Kenneth Bianchi, un agent de sécurité, ainsi que son cousin, Angelo Buono. La police avait trouvé au domicile de Kenneth Bianchi des bijoux appartenant aux victimes. Les deux serial-killers ont eu une enfance chaotique, et c’est la personnalité de Kenneth Bianchi qui requiert une attention particulière. Sa mère, une prostituée, l’abandonna à la naissance. Il fut adopté à l’âge de trois mois par le couple Bianchi. Sa mère adoptive Francès Scoliono eut du fil à retordre avec cet enfant. Kenneth Bianchi souffrit dès son plus jeune âge de troubles profonds de la personnalité. Sa mère adoptive le décrit comme mythomane et manipulateur depuis la naissance. Il était aussi épileptique depuis ses cinq ans et il s’ajouta  un problème de comportement passif-agressif. Un enfant difficile.

Lorsqu’il sera arrêté, Kenneth Bianchi arguera qu’il souffre du trouble de la personnalité multiple (TPM), une maladie répertoriée à l’époque dans l’axe II du DSM-III, la bible américaine de maladies mentales. Le TPM se caractérise par la présence de deux ou plusieurs personnalités distinctes, les alters, qui prennent le contrôle de la personnalité principale, l’hôte. Le « dédoublement de personnalité » ou la « multiplicité psychologique ». La personnalité principale ignorant l’existence de ses alters, et l’incapacité de se souvenir des faits et gestes des autres personnalités. À chaque changement de personnalité, l’hôte souffre de troubles de la mémoire et d’amnésie.

Kenneth Bianchi pense ainsi plaider l’irresponsabilité pénale puisqu’il souffre de TPM.  Sous hypnose, la technique officielle des expertises psychiatriques dans les années 80, il va affirmer que c’est son double maléfique Steve  qui a tué les jeunes femmes car « elles l’avaient bien cherché».

L’avocat de la partie civile pense que Kenneth Bianchi est un simulateur qui cherche par tous les moyens  à échapper à la chaise électrique, et il demandera une contre-expertise au Docteur Orne, spécialiste des personnalités multiples. Orne va démontrer que le serial-killer simule, et a falsifié son état hypnotique. Peu de temps après, Kenneth Bianchi avouera son mensonge. Après un feuilleton judiciaire inénarrable, les deux cousins vont être condamnés à la prison à perpétuité.

Entre les années 60 et 80, les Etats-Unis assistent à une recrudescence des identités multiples. C’est la maladie mentale la plus controversée de l’histoire du DSM. En 1994, le TPM est transformé en Trouble Dissociatif de l’Identité (TDI) la suite de faux souvenirs d’abus sexuels lors de (toujours aussi faux) rites sataniques.

Anciennement Trouble des personnalités multiples et aujourd’hui Trouble Dissociatif de l’Identité, c’est l’un des troubles les plus sévères des troubles dissociatifs (DSM-5). Il se caractérise par de profonds troubles de la mémoire, de l’identité, de la conscience et/ou perception de l’environnement. Et de la (supposée) présence de plusieurs personnalités prenant le contrôle de l’hôte. Ce qui s’en rapproche le plus est le phénomène de possession.

Comment on est en arrivé outre-Atlantique à diagnostiquer une maladie mentale qui ressemble à de la science fantasy ou à un thriller? La première conception des identités multiples vient de la célèbre fiction de Robert Louis Stevenson, Dr Jeykill et Mr Hyde. Jusque là rien à dire car on demande à une fiction de la créativité.

Côté psychologie, il faut revenir aux fondamentaux. À la fin du XIX° siècle, le neurologue Pierre Janet introduisit la théorie de la dissociation mentale. Janet l’envisage comme un déficit d’intégration du Moi (mémoire, perception). Il va examiner le pouvoir dissolvant de l’émotion, et son effet sur les souvenirs qui vont entrer dans les phénomènes de désagrégation psychologique (succinctement résumé car plus complexe). Freud ne partagera pas la conception de Janet, et envisagera la dissociation avec ses manifestations comme un mécanisme de défense pour se protéger des traumas réels ou fantasmés (succinctement résumé, là aussi).

Freud et ses successeurs vont se montrer sceptiques sur l’existence des identités multiples, car ils mettent en avant, dans la plupart des cas observés, l’impact de la suggestion induite par le thérapeute. Son influence.

La notion de personnalités multiples fascine les auteurs et chercheurs durant la fin du XIX ème siècle et une partie du XX ème siècle. Très peu de cas seront répertoriés jusqu’à celui de Miss Beauchamp rapporté par le psychologue Morton Prince en 1905, et dans les années 50, celui de Chris Sizemore qui inspira le film « Les Trois visages d’Eve » d’après le best-seller écrit par ses trois psychiatres.

Ce n’est qu’à partir des années 70, que le nombre de MPD va exploser outre-Atlantique. En 1986, le cas de MPD dépassera les 6000, et va coïncider avec la sortie du best-seller Sybil. Ce livre raconte l’histoire authentique d’une jeune femme possédant 16 identités. Mécanisme de défense mise en place à la suite des violences sexuelles subies durant son enfance. Par la suite, il sera systématiquement attribué l’origine du TPM à un abus sexuel subi durant l’enfance. Les alters se conduisent à l’opposé de la personnalité et ils émergent curieusement toujours sous hypnose ou sous sérum de vérité (Amytal). C’est à dire lorsque la personne est plongée en état modifié de conscience.

L’origine du trouble des personnalités multiples va être au fil du temps imputé à un trauma subi dans l’enfance, et corrélé à l’abus sexuel (inceste, pédophilie). Le TPM sera intégré au modèle post-traumatique de l’abus sexuel chez l’enfant, générant des mauvaises pratiques thérapeutiques et des procès infondés pour abus sexuels entraînant en cascade des erreurs judiciaires.

Les spécialistes de ce trouble de la personnalité avaient leur recette pour la prise en charge de ce trouble. Il fallait déjà pour en guérir appeler un par un les alters, ces autres personnalités pour les réunifier en une seule personnalité. La méthode utilisée pour contacter les identités était l’hypnose (rien à voir avec l’hypnose médicale répertoriée dans Medline). Quelques thérapeutes comme Allison en 1974, avancèrent l’idée que leurs patients avaient un « aidant alter » capable de connaître les autres identités, et de pouvoir favoriser leur intégration en une seule personnalité.

Le fonctionnement de la mémoire est l’un des indices précieux pour diagnostiquer le TPM (ou DID). Les patients souffrent d’amnésie, qui va de quelques heures à plusieurs jours, où ils sont incapables de se souvenir de ce qu’ils ont pu faire, et de la prise de contrôle de leurs alters. Alors, que les alters connaissent parfaitement les faits et gestes et la personnalité de leur hôte.
Loin des clichés des fictions, ce trouble est toujours pris au sérieux. La controverse autour du DID résiderait non pas sur son existence mais sur son étiologie. Il y a une forte composante culturelle, et l’influence des médias impacte la nature des identités multiples.

Et dans la littérature médicale, il a été rapporté des alters ébouriffants dignes de la Science Fantasy. Il peuvent être d’un sexe différent de l’hôte, Monsieur Spoke de Star Treck, une tortue Ninja, des tigres, des gorilles, des licornes, la fiancée de Satan et même Madonna. Encore plus surprenant, c’est que ces identités multiples peuvent souffrir d’allergies, de troubles du rythme cardiaque, avoir besoin de lunettes alors que l’hôte n’en porte pas.

Selon Scott O.Lilienfeld et Cie dans Science and Pseudo-Science, In Clinical Psychology, estiment que 1 à 2 % des Américains souffrent de DID, en majorité des femmes. Il est principalement diagnostiqué aux Etats-Unis et au Canada, et inexistant en Europe. Cette dominante culturelle si spécifique aux personnalités multiples, et qui est une grande inconnue en France peut être assimilée à la schizophrénie, elle aussi répertoriée dans le DSM. Or, la schizophrénie ne se traduit pas par « une dissociation de l’esprit du malade en plusieurs identité distinctes mais par une personnalité qui a du mal à fixer les contours de sa propre identité.» Or, dans la très grande majorité des cas de TDI, les voix viennent de l’intérieur de l’individu, tandis que, chez les schizophrènes, les voix qu’ils entendent viennent de l’extérieur.

Alors le DSM-5 si controversé parle-il encore des identités multiples ?
Le DID y figure toujours, et se caractérise toujours par deux ou plus alters, par une amnésie, et avec des symptômes invalidants, et que cela ne soit pas du à la prise de substances stupéfiantes, etc…Le DID peut recouper celui des troubles dissociatifs (DD).

Dans le registre état modifié de conscience, pas tout à fait, DID ni/ou DD mais avec un changement de personnalité, Le DSM-5 inclut les expériences de possession avec le trouble de Possession Pathologique (Pathological Possession).

C’est à se demander si le DSM-V ne rend pas fou, et il serait peut-être temps de faire un petit tour du monde normal du pathologique.

Sources:

https://fr.wikipedia.org/wiki/Kenneth_Bianchi

http://questionspsy.leforum.eu/t2676-La-Dissociation.htm

http://www.dissociation.com/index/definition/

 

 

CE SI MYSTÉRIEUX PLACÉBO!

La plupart des connaissances sur le placebo ont été acquises par l’étude de la douleur.

PS002_effet-placebo-esprit-guerit-1b

Une récente étude américaine, publiée dans la revue Pain, bouscule les connaissances sur l’effet placebo. Cette publication concerne des malades souffrant de lombalgie qui ont reçu un placebo. Le placebo est un médicament sans principes actifs, un leurre prescrit par votre médecin. Et vous n’y voyez que du feu car il ne vous dit pas que c’est un faux traitement! Le placebo n’a donc aucun effet pharmacologique sur la  maladie qu’il est censé traiter. Selon les études cliniques, un placebo produirait des effets positifs entre 15 et 30 pour cent. S’il peut (éventuellement) soigner, il y a un revers de la médaille. Un placebo peut aussi engendrer des effets indésirables, et  augmenter les symptômes d’une maladie. C’est l’effet nocebo.

Le premier médecin qui a constaté l’effet placebo est Paracelse (1493 -1541). Il avait remarqué que l’acte thérapeutique, en lui-même, améliorait (légèrement) la santé des patients. Ce n’est qu’après la deuxième guerre mondiale que les placebos ont été étudiés, et ce après l’immense scandale de la Thalidomide. Comme tous les médicaments à l’époque, la Thalidomide n’avait pas été testée chez la femme enceinte. Largement prescrite aux femmes enceintes pour soulager leurs nausées matinales, elle provoqua de graves malformations chez le nourrisson. Depuis 1962, les essais cliniques de médicaments ont l’obligation d’inclure un groupe de patients recevant un faux traitement avec un placebo. Aujourd’hui, chaque médicament doit faire la preuve de son efficacité  qui doit être supérieure au placebo. L’influence du placebo est fascinante car elle relève d’une Terra Incognita se situant entre la psychologie et la pharmacologie. Après la découverte des endorphines appelées opioïdes que le corps produit lors d’un effort, les chercheurs vont orienter leurs études sur la relation entre les opioïdes et les placebos.

En quoi l’étude américaine, publiée dans la revue Pain, sur l’administration d’un placebo chez les malades souffrant du dos est innovante ?

Il est couramment admis que  l’effet placebo s’appuie sur la crédulité des patients qui pensent recevoir un médicament actif pour leur maladie. L’innovation de l’étude de la revue Pain est que les patients savaient qu’ils prenaient un placebo, et ô miracle, ça a marché!
L’étude serait la première du genre chez les personnes souffrant de lombalgie. Cette étude a porté sur 97 personnes. Avant de suivre le traitement placebo, une infirmière avait expliqué au patient pendant quinze bonnes minutes qu’il allait prendre un placebo, en plus de son traitement habituel.
Pour les besoins de l’étude, les patients ont été scindés en deux groupes; l’un reçoit le traitement standard uniquement (groupe témoin) et l’autre le placebo.
Les résultats sont surprenants: 30 % de réduction de la douleur pour le groupe ayant reçu le placebo vs 9 et 16 % pour le groupe témoin.

Incontestablement, il a été constaté une réduction de la douleur plus forte que les patients qui n’avait pas reçu le placebo.

Ces résultats montrent que l’effet placebo est susceptible de marcher même quand le patient sait qu’il avale un leurre. Il est donc inutile de  mentir à un patient pour lui faire prendre un placebo. Claudia Carvalho qui a participé à l’étude émet son avis: « Ce n’est pas un traitement, ce n’est pas une panacée, mais les patients se sentent mieux à coup sûr. Le placebo (pris délibérément) garde une signification clinique car il soulage les patients. Il  symbolise la médecine.»

Sur cette étude américaine et l’effet placebo en général, la psychologie médicale est à même de suggérer des pistes de réflexion avec quelques paramètres sélectionnés (il y en a d’autres) comme le mode de représentation psychologie de la douleur (différent de la sensation et du seuil de la douleur même s’ils interagissent). Ou les réactions et les adaptations du malade à la maladie et aux thérapeutiques. Ou encore L’attitude du patient déterminante pour l’évolution de la maladie, et l’incontournable relation médecin malade.

Le placebo a un impact sur les réactions physiologiques du malade. La maladie influence la psychologie individuelle. Les représentations culturelles de la maladie et la forme galénique du médicament sont aussi à prendre en compte. Le but est de faire évoluer la relation médecin/malade (de type paternaliste) vers l’autonomie du patient qui permettra une meilleure observance du traitement. L’efficacité du placebo dépend de la personnalité du sujet, de la façon dont on a lui présenté le protocole et de la relation médecin/malade. Dans l’étude publiée dans Pain, une infirmière a consacré un bon quart d’heure au patient  pour lui expliquer qu’il prenait un placebo!

Une mise en garde s’impose. L’étude de Pain est une approche scientifique où la douleur est étudiée sous l’angle de la médecine et de l’apport des neurosciences dans la connaissance du circuit neuronal, et ainsi permettre à un patient de mieux suivre son traitement. C’est tout l’enjeu de la médecine comportementale, une discipline à part entière qui s’appuie sur une démarche scientifique, d’analyse et de comportement de santé.

Le mal de dos est le fond de commerce privilégié de nombreux charlatans qui prétendent vous soulager. À la condition expresse que vous acceptiez leur grille de lecture qui dévoie l’approche psychosomatique de la médecine. Ainsi, selon ces charlatans au culot monstre « ès spécialiste en thérapies alternatives », le mal de dos est lié à des émotions négatives. Ainsi les lombes représentent la liberté, la sécurité et la survie. Et un point au milieu du dos est le signe d’une trahison et qu’on est poignardé dans le dos. Les douleurs dans la région des trapèzes est ce que l’on accepte d’assumer dans nos relations pour avoir la paix.  Et ainsi de suite suivant chaque zone du dos concernée. Inquiétez vous si l’on vous parle de séances de Reiki ou de libération psycho-émotionnelle pour vous soulager. Jamais votre médecin généraliste ne vous parlera ainsi. Ou si l’on vous harponne dans un salon de bien-être et de médecine douce pour parler de votre mal de dos, fuyez!

Après cet aparté sur le charlatanisme revenons à l’action du placebo sur la douleur. Il y a de nombreuses raisons pour que les patients disent avoir moins mal! Notamment le désir d’être cohérent lorsque son soignant l’interroge. Certains auteurs comme Clark (1969), Feather &al (1972), Allan et Siegel (2002) observent que l’effet placebo est créé par des biais cognitif.  Suivant la théorie de la détection du signal. L’attente d’un traitement crée en lui-même une incertitude quant à l’information sensorielle de la douleur et la réponse au placebo. C’est un cas d’erreur perceptive. Le style cognitif général est positivement associé à la réponse antalgique  du placebo. Afin de voir si l’effet placebo  est réel, et de définir les résultats physiologiques qui sont à même significatifs, certains auteurs ont combiné les études comportementales, la neuro-imagerie et des études psycho-physiologiques.

Les mécanismes psychologiques de l’effet placebo sont à corréler avec les immanquables suggestions verbales, le conditionnement et des mécanismes culturels sur la maladie et la douleur. Les signaux verbaux peuvent de créer de fortes attentes qui influenceraient la réponse du cerveau, conduisant à la libération d’opioïdes endogènes et de dopamine.

 

La plupart des connaissances sur le placebo ont été acquises par l’étude de la douleur. Le patient peut éprouver un effet antalgique simplement en anticipant le soulagement. L’interprétation des suggestions verbales dans la communication entre le thérapeute et le patient a également été montré pour soulager l’inquiétude qui catalyse souvent la souffrance. En clair, l’effet placebo conditionne l’individu pour ce que ça marche! Déjà, par la couleur d’une pilule qui  ressemble au vrai  médicament. L’effet analgésique du placebo doit être modulée par la réduction des émotions négatives. La douleur augmente les émotions, la nervosité et l’anxiété. Or, l’impact des émotions négatives va induire des réponses analgésiques plus fortes ou nulles confirmant que le stress réduit l’effet du placebo.  Selon la terminologie de la psychologie médicale, c’est lié au « degré de prédisposition à l’optimisme ».

En 2004, Tor D.Wager et ses collègues de l’Université du Michigan à Ann Arbor ont cherché à comprendre l’effet placebo du côté de la transmission de la douleur jusqu’au cerveau. Le chemin de la douleur est identique pour tous. La sensation de la « douleur » est transmise au cerveau via tous les nerfs présents dans l’ensemble du corps.  Tor. D.Wager et ses collègues se sont centrés sur le rôle du thalamus, site de traitement de la douleur et de la souffrance. « Les données du thalamus sont alors décryptées par le cerveau, et converties en une image sensible: c’est le moment où nous ressentons les choses» (Dr J-M Lemarchant). Les personnes qui ont vu leur niveau  de douleur diminuer rapidement avec le placebo présentaient une baisse importante d’activité au niveau de certaines zones du cerveau et notamment du thalamus.

Par contre, cette diminution de la douleur n’est pas observée dans d’autres zones cérébrales impliquées dans la sensation de douleur. Le travail de Tor.D.Wager a suggéré que l’effet placebo commence dans les parties les plus évolutives du cerveau pour aller vers les zones qui libèrent les opioïdes.  Selon Tor D.Wager, l’effet placebo serait du au fait que le cerveau adapte son interprétation de la douleur selon l’état émotionnel et psychique de la personne. Les processus biochimiques sous-jacent entraînés par les placebo ne sont pas les mêmes chez tout le monde.Certaines zones du cerveau (à part le cortex pariétal) sont suractivées pour tenter de contrer la douleur notamment sont stimulées les voie des opioïdes endogènes, des endocannabinoides, sérotoninergique et dopaminergique.

Un point remarquable à signaler est que l’on peut pharmacologiquement contrôler l’effet bénéfique du placebo en l’abaissant = en donnant au patient Le Narcan, une substance, qui est un antagoniste pur et sans danger qui annule l’effet des opioïdes et fait immédiatement resurgir chez le patient sa douleur initiale.

On pensait que pour obtenir l’effet placebo, il fallait trouver des patients crédules mais les études de Petrovic et de Tor D.Wager ont lié l’effet placebo à des processus neurobiologiques réels. Aujourd’hui, les placebos sont largement reconnus, et pas seulement comme un mirage psychologique. On pensait également  que pour obtenir un effet placebo satisfaisant, il fallait que les médecins mentent au patient, augmentant ainsi le risque d’altérer l’alliance thérapeutique et la relation médecin/malade.

L’étude publiée dans Pain a un précédent qui concerne un autre type de douleur. En 2010, Ted Kaptchuk, chercheur médical à Harvard, a montré que certains patients atteints du syndrome du côlon irrité, qui avaient  pris en toute connaissance de cause un placebo, voyaient leur état s’améliorer, suggérant déjà que mentir au patient était inutile. Le mal de dos et le colon irritable sont les champs étude de la médecine comportementale, et les deux études sur le placebo pris sciemment par les patients correspondent parfaitement au champ d’action de cette discipline.

Toutes ces observations sur le placebo sont bénéfiques pour les médecins. Cela démontre toute l’importance d’élaborer un rituel de soin qui améliore l’effet placebo et le soulagement du patient. Et de prendre en compte que notre cerveau est capable de repérer un bon nombre de signaux potentiels. Comme la façon dont le médecin est habillé, sa gestuelle, ses mimiques, et bien évidemment les mots qu’il choisit pour recommander le traitement. Et encore la forme galénique du placebo, et même l’environnement dans lequel le protocole de prescription est présenté.

L’intérêt de cette étude est de montrer que le  placebo n’est plus un simple mirage psychologique. Pour que ça soit efficace, il est inutile de mentir au patient en lui  disant que c’est un vrai médicament qu’il va prendre. Le placebo peut être inclus comme une prescription à part entière dans le rituel de soins. Cela renforce l’alliance thérapeutique et la relation médecin/malade. Comme le souligne le Dr Jean-Marie Lemarchant, « Dans certaines affections, c’est la façon de donner qui vaut plus que ce que l’on donne. »

En complément de ce post, propos recueillis auprès du Dr Jean-Marie Lemarchant, Médecin chef honoraire des Hôpitaux Publics qualifiés en gastro-entérologue et endocrinologie: « Alors que l’expérimentateur, lui, est au courant, on parle d’un simple aveugle. Lorsque l’expérimentateur ignore également à quel groupe il est assigné le sujet, on parle d’étude en double aveugle. Enfin lorsque le patient et l’expérimentateur connaissent tous deux l’appartenance au groupe recevant le placébo, on parle d’étude ouverte. »
Sources:

L’ACCÈS AUX SOINS EN PRISON.

Un détenu sur sept souffre d’une maladie mentale. Pour tous les observateurs, la détention est la forme ultime de l’exclusion sociale et le miroir de notre société.

Van Gogh, The Prison Courtyard

Une prison est un lieu de détention qui prive l’individu de sa liberté pour un certain laps de temps. Une peine d’emprisonnement est la conséquence directe d’une décision de justice. Aux yeux de l’opinion publique, elle est perçue comme la plus sévère par à rapport aux autres types de peine comme le port du bracelet électronique ou les travaux d’intérêt général. Paul Dhaeyer, juge au Tribunal de première instance de Charleroi, rappelle les origines de la peine de prison ainsi: « Mais cette reine des peines » est relativement récente. En réalité, elle a vu le jour avec la révolution française. La peine de prison fut introduite à l’époque comme peine de référence pour remplacer les supplices qui avaient cours sous l’ancien régime et dont la cruauté était souvent sans rapport avec le crime réprimé. Le législateur de l’époque a sciemment voulu que ces peines soient plus « douces » que le crime ou le délit commis par le condamné. Dans l’esprit qui régnait à ce moment, la peine privative de liberté devait servir avant tout à l’amendement du condamné. La « douceur » de la peine devait en outre donné une leçon d’humanité et de civilisation à celui qui avait plus ou moins enfreint les règles de la société civilisée.»

Pour le sociologue américain Erving Goffman, la prison est une institution totale, concept qu’il a développé après avoir observé l’hôpital psychiatrique. L’institution totale est un lieu de chamboulement où l’individu se voit déposséder de sa liberté, de ses allées et venues; son périmètre de vie se rétrécit, et la notion de temps est soumise aux contraintes de l’institution buraucratique. Goffman s’est placé du point de vue de ceux qui sont soumis aux contraintes de l’institution totale, et il les a appelés les « reclus ». Les détenus sont des reclus au sens stricto sensu, tel que défini par Goffman. Stendhal a résumé le statut du détenu par à rapport à l’homme libre: «le pire des malheurs en prison, c’est de ne pouvoir fermer sa porte». Dans l’exercice de leur profession, les soignants subissent de plein fouet les contraintes bureaucratiques de l’institution totale.

L’institution totale crée un espace temps où se confondent lieu de travail, lieu de vie et lieu de loisir. Une vie sociale existe entre les reclus, mais l’une des caractéristiques de l’institution totale est de chambouler la psyché des détenus.

L’accès aux soins pour les détenus est une épopée, et il n’est absolument pas comparable à celui du système de santé dehors. C’est un système invisible, et où la référence à la prison est soulignée comme une marque au fer rouge. Ainsi, peut-on voir au CHRU de Lille, un pôle intitulé « Psychiatrie, médecine légale et médecine en milieu pénitentiaire ». Car l’exercice médical en milieu carcéral est différent de l’exercice en milieu libéral ou hospitalier. Dans leur livre Psychiatrie en milieu carcéral, les psychiatres Pierre Thomas et Catherine Adins-Avinée font remarquer qu’il y a en prison plus de comorbidité, plus de précarité, plus d’actes médico-légaux dont la pénalisation peut parfois paraître démesurée par rapport à l’acte et le contexte dans lequel il a été commis. La prison, devient un lieu de vie pour des patients psychiatriques marginalisés. Un article du Quotidien du Médecin, publié le 23 mars, fait cet amer constat factuel : « les actions de réduction des risques et des dommages (RdRD), en particulier liés à l’usage de substances psychoactives, peinent à franchir les portes des prisons. En janvier 2016 pourtant, la loi de modernisation de notre système de santé reconnaît que la politique de réduction des risques s’applique également aux personnes détenues « selon des modalités adaptées au milieu carcéral ».

L’état de santé des patients incarcérés est bien plus altéré que des personnes dehors du même âge et de même condition. Un détenu sur sept souffre d’une maladie mentale. Pour tous les observateurs, la détention est la forme ultime de l’exclusion sociale et le miroir de notre société. La prison reste toujours « une institution totale » comme l’a décrite Goffman. Les conditions de détention sont tributaires des politiques carcérales, et il est difficile de faire évoluer le regard de la société sur les conditions de détention, ainsi que sur le détenu après « la levée des écrous ». Les médias en parlent lorsqu’il y a des flambées de violence de la part des détenus envers le personnel pénitentiaire, et après,  silence radio. Faut-il pour cela se laver les mains des prisons en considérant que le détenu l’a bien cherché, et qu’il n’avait pas à transgresser les lois de la société civilisée? Morale et société, tout un programme! L’accès aux soins est un droit pour tous, et c’est à se demander si les politiques carcérales prennent en compte les difficultés d’accès aux soins en prison.

Les conditions d’accès aux soins seraient-elles facilitées si la France s’inspirait des prisons ouvertes comme au Danemark où la surpopulation carcérale est inexistante? Ou si on généralisait d’autres type de peines comme le bracelet électronique ou les travaux d’intérêt général? En fonction de la nature des délits, cela s’entend! C’est un débat de société.

La difficulté d’acccès aux soins des détenus ne date pas d’hier. Sur l’exercice de la médecine carcérale, voici le témoignage du Dr Philippe Deharvengt, ex médecin des prisons. Ce témoignage date de 1995, et il est (hélas) toujours d’actualité sur de nombreux points malgré la énième politique carcérale. Il a joué en vain le rôle de lanceur d’alerte. Le changement dans la continuité.

Trélissac , Août 1995
Docteur Philippe DEHARVENGT
Médecin Chef de la Maison d’Arrêt de Périgueux
Médecin au Centre de Détention de Neuvic
C.S.M.F. 24Dr Philippe Deharvengt

L’exercice médical en milieu carcéral est-il différent de l’exercice libéral ou hospitalier ?

Sans aucun doute la réponse est  » OUI « . Et cela pour de multiples raisons!
« Non qu’il existat plusieurs façons d’exercer ; encore moins que la population pénale fut médicalement une  » sous-population « , indigne de la qualité des soins due à la population libre . Mais la Médecine Pénitentiaire est confrontée à de lourdes contraintes, et la population pénale comporte sa spécificité propre dans les domaines épidémiologique, psychiatrique, culturel, social, médico-légal , etc.

La première particularité, et non la moindre, de la Médecine en milieu carcéral, est l’absence de libre choix du Médecin par le Patient. L’incarcération entraîne la perte d’un grand nombre de libertés, tout en garantissant certains droits, dont le droit à la santé. Mais les détenus n’ont pas le choix du Médecin; celui-ci apparaît ainsi comme « commis d’office »; ce qui n’enlève rien à sa responsabilité professionnelle, bien au contraire!

Mais cela change bien des choses dans la relation Médecin-Malade. N’ayant pas choisi son Médecin, le détenu a naturellement tendance à considérer celui qui lui est imposé comme un représentant de l’Administration Pénitentiaire, celle-ci étant elle-même au service de l’Appareil Judiciaire (mais, n’en va-t-il pas de même pour les grandes administrations: Mines , S.N.C.F, Poste, Armée etc..dans lesquelles les Médecins sont à la fois juges et parties, toutes fonctions confondues: aptitude au travail, responsabilité de l’employeur, éducation pour la santé, campagnes de prévention, soins aux assujettis et à leurs ayant-droits?

Il s’en suit une inévitable réaction de défiance, souvent majorée par des revendications sinistrosiques et des tentatives de manipulations opportunistes.
Autre spécificité , la pathologie carcérale. C’est un lieu commun de dire que la population pénale est un concentré de l’exclusion , de la marginalité, du mal des banlieues.
Lieu commun d’évoquer la drogue . . . Elle est omniprésente. Dehors, bien sûr; mais aussi intra muros . . . Elle s’infiltre . . . Comment? Comme toutes les poudres! . . . Elle alimente toutes les pressions, tous les rackets, toutes les violences. Chaque consultation peut masquer une demande toxicomaniaque, une déviation thérapeutique, soit pour l’usage de l’intéressé lui-même, soit, et c’est fréquent, pour un co-détenu exerçant un racket.

Chacune de nos prescriptions doit être pensée dans ce sens.

D’autre part, la vie carcérale est par elle-même fortement pathogène, agissant comme un miroir grossissant, quand ce n’est comme un révélateur, de la pathologie en milieu libre.
Il y a d’abord le traumatisme de l’incarcération, qui fait suite à l’épreuve de la garde-à-vue. La plupart des tentatives de suicide ont lieu dans les dix premiers jours de la détention.
Il y a surtout les relations entre détenus: la violence omniprésente, le racket déjà mentionné, et aussi la ségrégation. Les authentiques truands -les caïds- mènent la vie dure aux « pointeurs », c’est ainsi qu’en jargon carcéral on désigne les violeurs et pédophiles de tous poils!

C’est, dans bien des cas, l’analphabétisation, l’absence d’accès antérieur aux soins médicaux, psychiatriques, dentaires, l’absence de notions d’hygiène élémentaire. C’est  évidemment, la séro-prévalance du V.I.H, des Hépatites, des M.S.T mais c’est aussi la pathologie psychiatrique, les tentatives de suicide, les auto-mutilations, également le retour en force de la tuberculose ( qu’elle soit ou non une infection opportuniste du V.I.H. Et  d’une façon générale, toutes les pathologies liées à l’exclusion, difficultés auxquelles, il faut bien souvent ajouter l’obstacle de la langue. 1/4 voire 1/3 des détenus ne comprennent pas ou comprennent mal le Français .

Il faudrait également parler du Secret Médical, qui, malheureusement, dans ce milieu clos qu’est la Prison, prend trop souvent des allures de secret de Polichinelle.
Docteur Philippe DEHARVENGT

Le Dr Philippe DEHARVENGT, aujourd’hui à la retraite continue à dénoncer les conditions d’accès aux soins des détenus. Pour lui, « la prévention en milieu carcéral relève de l’utopie… Cela tient à la particularité de la population pénale, mais aussi au manque de moyens humains et matériels…»

 

En guise de conclusion, si ce témoignage vous a intéressé, vous pouvez consulter la suite des propos du Dr Philippe Deharvengt.

Cliquez alors sur le lien suivant: http://prison.eu.org/spip.php?article6080

 

Source : Les souverains

https://www.lequotidiendumedecin.fr/actualites/evenement/2018/03/22/surpopulation-carcerale-manque-de-moyens_856327

http://prison.eu.org/spip.php?article710
http://prison.eu.org/spip.php?article6080
http://journals.openedition.org/sociologie/3200

https://www.unitheque.com/Livre/elsevier_-_masson/Psychiatrie_en_milieu_carceral-50320.html

http://www.em-consulte.com/en/article/976838
http://www.em-consulte.com/en/article/976838
https://fr.wikipedia.org/wiki/Idéal-type

DE LA SOUMISSION CHIMIQUE!

Le pharmacologue Gilbert Pépin a mis en exergue la double soumission – chimique et sectaire – des victimes de l’ayahuasca.

 

Femme medecine Caroline Meniere
©Caroline Meniere
Dans son roman Le Meilleur des Mondes, Aldous Huxley évoque la sujétion psychologique des populations avec le Soma,  une drogue qui rend heureux. Grâce aux progrès des neurosciences et de la psychopharmacologie, la soumission chimique est aujourd’hui devenue réalité. Les  substances qui permettent d’assujettir autrui ne manquent pas. 
 La soumission chimique est l’administration à des fins criminelles ou délictuelles d’une substance psychoactive à l’insu de la victime.  L’emprise chimique abolit les réflexes de protection et les réactions de défense,  et il devient facile de profiter sans scrupules de la diminution des performances intellectuelles ou physiques de quelqu’un, de l’amener à agir contre ses intérêts, de le contrôler. L’assujettir, le mettre sous emprise mentale et physique.
Les substances utilisées, dans ce cadre là, mettent en jeu des mécanismes cérébraux inhibiteurs responsables des troubles de la vigilance et de la mémoire. Dans le cerveau,  le degré de vigilance est commandé par le cortex frontal, partie antérieure de l’encéphale, connectée au thalamus, qui reçoit notamment les informations visuelles et auditives de l’extérieur. Pour diminuer la vigilance, il y a des actions complexes du thalamus qui agissent sur le cortex frontal, soit en l’excitant, soit en l’inhibant.

Certaines molécules sont connues pour induire la soumission chimique. À l’instar du gamma-OH ou GHB, la drogue des violeurs, un hypnotique puissant uniquement prescrit sur ordonnance médicale. Le GHB agit sur le siège de la volonté en diminuant l’activité de la partie frontale du cerveau. L’action de ce type de molécules sur le cortex a une autre conséquence chez les victimes: une victime violée sous l’emprise d’une substance chimique sera amnésique de son viol. Durant le temps d’action de la drogue, les souvenirs ne sont pas stockés; ce qui rend difficile l’identification des délinquants sexuels.

Il est possible d’abaisser les seuils de résistance, d’obtenir  artificiellement la confiance d’autrui pour le manipuler avec certaines molécules comme la vasopressine et l’ocytocine, connues comme les hormones de l’amour et de l’attachement. Des neuropeptides diffusées sous forme de spray. L’ocytocine agit sur la perception de la peur, ce qui est démontré par les travaux de Peter Kirsch de l’Université de Giessen (Allemagne). Avec l’ocytocine, un délinquant sexuel obtient la confiance d’une proie sexuelle.

La soumission chimique est un procédé psychosectaire en pleine expansion. Beaucoup de personnes « en recherche » sont séduites actuellement par la pratique du chamanisme, et vont tomber dans le piège de la soumission chimique en ingérant des psychostimulants naturels présentés comme des recettes ancestrales. Sous couvert de développement personnel ou de psychothérapie, des charlatans proposent des ersatz de pratiques chamaniques conjuguées à des drogues puissantes. L’idée de ces chamans de pacotille est de provoquer des États Modifiés de Conscience (EMC) que l’on présente aux victimes comme des « visions chamaniques » propices à une évolution spirituelle.

Ces faux chamans s’inspirent d’authentiques traditions chamaniques qui utilisent des drogues dans leurs rituels. Particulièrement, celle de l’Amazonie et son hallucinogène puissant, l’ayahuasca, une décoction à base de plantes locale comme le banisteriopsis et dont l’effet psychotrope est obtenu avec la psychotria viridis (DMT). Les Indiens d’Amazonie la surnomme en claquant des dents, la « Liane de la Mort» ou  le vin des Morts. Ses effets sont proches de ceux du L.S.D, le psychoactif de référence. De nombreuses victimes sont tombées sous l’emprise chimique et sectaire de l’ayahuasca, malgré l’interdiction justifiée en France, depuis 2005, de la décoction. En Europe, la drogue amazonienne est diffusée par des micro-groupes, fonctionnant en  « système clos », et  elle a acquis le statut d’un outil chimique de manipulation redoutable définis sur le mode de groupes totalitaires, d’officines sectaires. 

Le pharmacologue Gilbert Pépin a mis en exergue la double soumission -chimique et sectaire-des victimes de l’ayahuasca. Consommée ainsi, on a observé des décompensations psychiatriques, des suicides quelques mois après l’avoir prise, des comas et des morts par overdose.

Dans le même registre, les observateurs constatent également la montée en puissance préoccupante de l’iboga, un bois sacré hallucinogène originaire du  Gabon, de la tradition des Bwitis. Il  est aussi appelé le L.S.D africain, ce qui évoque, sans détour, sa parenté pharmacologique avec la molécule chimique du même nom. Dans une édition de 2007, le journal le Parisien rapporte la mort d’un jeune toxicomane alsacien de 26 ans, qui au cours d’un stage de chamanisme africain en Ardèche, avait consommé de l’iboga.

Au regard des progrès fulgurants de la soumission chimique, la plus grande vigilance est de rigueur » constate le Dr Patrick Barriot, enseignant à la faculté de médecine de Montpellier.

Sources
:
Communication, société de médecine légale et de criminologie de France, séance
du 11 septembre 2000: “Un  Nouvel hallucinogène en Europe: l’ayahuasca ou vin de l’esprit”, G.Pépin, M.Chèze, F.Billaut, Y.Gaillard.
In annales de Toxicologie Analytique, vol XVI, n°1, 2004, “Ayahuasca: liane de l’âme, chamans et soumissions chimiques “Ayahuasca: liane de l’âme, chamans et soumission chimique”, G.Pepin, M.Chèze, F.Billaut, Y.Gaillard.