ALTER SCIENCE ET PSEUDO-SCIENTISME: POSTURES, DOGMES, IDÉOLOGIES

Cet essai s’avère être une grille d’analyse pertinente permettant de décrypter les dérives liées à l’alterscience impactant la pandémie Covid-19.

Voici deux ans, j’avais fait une recension du livre d’Alexandre Moatti, « Alter Science et pseudo-scientisme » au sous-titre éloquent de postures, dogmes et idéologies. Publié en 2013, il est toujours criant d’actualité. Sensibilisée en tant que psychologue clinicienne aux dérives de la psychothérapies, ce livre m’avait profondément marquée; il me fournit toujours une grille d’analyse pour débusquer ces « alterscientifiques » décrits par Alexandre Moatti. Ils sont légion dans la sphère Psy et médicale, et sont des pourvoyeurs de fakenews et de désinformation scientifique.

La pandémie du SARS-Cov-2 nous fournit son lot d’alterscientifiques. Médiatisés à outrance, ils brouillent les messages sanitaires nécessaires pour aplatir la courbe des contaminations mortelles ou laissant ceux qui sont atteints avec des séquelles! Ne comptez pas sur moi pour donner des noms; tout ce que j’espère, c’est que les quelques lignes de cette recension vous donneront envie d’en savoir plus sur cet essai magistral qui dénonce ces mouvements en marge de la pensée pragmatique qui devrait prévaloir actuellement pour la pandémie SARS-Cov-2!

Quel est le cursus de l’auteur Alexandre Moatti? Brièvement présenté, il est ingénieur de l’école polytechnique, du corps des mines et docteur en histoire des sciences. Décrit comme un passionné de textes, il est président de la Société des amis de la bibliothèque de l’Ecole polytechnique. Il n’est pas issu du monde médicale mais son analyse tombe en plein dans le mille actuellement! La pluridisciplinarité est un enrichissement qui favorise « l’intelligence collective ».

«On connaissait les magiciens de la guérison, les conteurs de cosmogonies exotiques et tous ceux qui ont recours à la pensée magique pour expliquer le monde ou les tourmentes des corps. Voici maintenant les « alterscientifiques »

L’alterscience (et ses dérivés sémantiques) est un néologisme inventé par Alexandre Moatti. L’alterscience est une déformation de la science à des fins idéologiques. Une déformation de l’esprit scientifique. Sous ce vocable l’auteur, regroupe des hommes de sciences, souvent reconnus, qui à un âge avancé développent une théorie alternative. L’alterscience est une déformation de la science à des fins idéologiques.

Si le mot d’alterscience est inédit l’attitude de ces scientifiques qui ont quitté le giron de la méthodologie scientifique n’est pas nouvelle. Quelques exemples historiques liés au domaine médical.

David Larousserie dans la recension de cet essai évoque le cas du Dr Jean-Paul Marat (1743-1793). Oui, il s’agit bien du député montagnard à la Convention lors de la révolution! J.P Marat était médecin et fort intéressé par l’optique. Il s’en est pris à la théorie de Newton sur la réfraction de la lumière. Marat a qualifié l’Académie des sciences et son président Lavoisier de « charlatans modernes ».

Autre anecdote, toujours rapportée par David Larousserie et empruntée au livre d’Alexandre Moatti. L’un des frères Lumière fut un alterscientifique patenté en contestant le caractère contagieux de la tuberculose! Un lien avec l’actualité?

Un article du site Science et Pseudo Science résume ainsi la pensée d’Alexandre Moatti: il « constate un certain rejet de la science contemporaine et de ses productions : rejet, non seulement de l’utilisation technique qui peut être faite de telle ou telle découverte, mais aussi rejet de la démarche et de l’expertise scientifique voire de l’activité de recherche elle-même.»L’alter science se distingue du pseudo-scientisme comme par exemple l’astrologie. Avec l’alter science, on est dans le domaine des croyances dont la diffusion est facilitée par une certaine notoriété déjà existante de celui qui la diffuse. Toujours à appliquer à l’actualité pandémique!

Avec d’autres d’exemples, Alexandre Moatti appuie sa démonstration. Les raisons des  dérives de ces scientifiques sont multiples. Certains scientifiques de renommée ont adhéré à une idéologie: à l’instar des deux prix Nobel de physique, Philipp Lenard (Nobel 1905) et Johannes Stark (Nobel 1919) qui théorisèrent une « Physique allemande » en s’engageant aux côtés d’Hitler.

La version contemporaine, moins connue est le mouvement « solidarité et progrès » de Lyndon Larouche (né en 1922) dont le représentant en France est Jacques Cheminade, candidat aux élections présidentielles en 1995 (et à d’autres). S’engageant en faveur l’énergie nucléaire – le titre de leur revue Fusion en dit long- et vantant les mérites de la conquête spatiale, développant une autre histoire des sciences, contestant la physique quantique probabiliste – à cause de la limite qu’elle oppose à la connaissance humaine. Et à partir de là, des thèses sur l’existence des extra-terrestres!

Certains scientifiques ont eu une révélation! Comme l’ingénieur Hörbiger, qui un soir d’automne 1894, en observant la Lune a eu l’idée qu’elle était fait d’un bloc de glace, de quoi développer une cosmogonie de glace. À travers une dizaine d’exemples – depuis l’affaire des avions renifleurs jusqu’aux tenants du géocentrisme, Alexandre Moatti démontre dans cet essai très complet comment l’alterscience nous informe – en creux ou en négatif- sur le fonctionnement de la science elle-même.

Et qui ne se souvient pas de la fameuse imposture scientifique de la « mémoire de l’eau » du Dr Jacques Benvenista? C’était en 1988, et c’est sous ce titre « Une découverte française pourrait bouleverser les fondements de la physique: la mémoire de l’eau.» Le journal le Monde titra cette supposée nouvelle révolution copernicienne. De la physique quantique? Que nenni! Le Dr Jacques Benveniste, médecin et biologiste directeur de l’unité 200 de l’Inserm avait découvert que l’eau avait une « mémoire », et offrait ainsi une légitimité rationnelle au fonctionnement sous-jacent de l’homéopathie, supposant démentir les arguments de ses détracteurs sur son efficacité et son effet placebo.

La fameuse revue Nature se prêta au jeu de cette théorie en proposant une expérimentation sur la mémoire de l’eau et sa conclusion fût la suivante: Elle « accusa le coup et publia un rectificatif concluant: « L’hypothèse selon laquelle l’eau garderait la mémoire d’une substance qu’on y a diluée est aussi inutile que fantaisiste. ». Mais trop tard, le mal était fait, Nature (et le Monde du même coup) s’était ridiculisé en publiant un article avant d’en avoir vérifié le contenu (ce ne sera pas la seule fois) cédant aux sirènes du scoop, tout le tapage médiatique de l’extraordinaire « nouvelle » fit certainement beaucoup plus de bruit que celle de son démenti.» (L’intérêt de cet ouvrage est indéniable et il développe l’esprit sceptique et cerne avec des exemples pertinents les parti-pris anti-scientifiques).

Cet essai développe l’esprit critique, et s’avère être une grille d’analyse pertinente permettant de décrypter les dérives liées à l’alterscience impactant la pandémie Covid-19 .

COVID-19: POURQUOI NE PAS INNOVER EN TESTANT AVEC DES CHIENS?

« Les chiens sont formés en quelques jours et les frais d’entretien se limitent au coût de la nourriture.» (Dominique Grandjean, professeur à l’EnvA)

Si l’illustration d’un chien « Golden Retriever »portant des lunettes est fantaisiste, le sujet de ce post est sérieux! Comme l’a dit Charlie Chaplin, l’humour renforce notre instinct de survie et sauvegarde notre santé d’esprit. Et l’on peut dire qu’en ce temps de pandémie, ses propos étaient prémonitoires. La pandémie actuelle va encore perturber pendant de nombreux mois notre vie avec les mesures sanitaires mises en place! Chaque jour en lisant les derniers chiffres sur l’évolution de la pandémie, la perspective d’un renforcement des mesures sanitaires se profile dans les régions où il y a un fort taux de contamination et une taux d’occupation des lits en flux tendu. Allons nous de nouveau vers un re-confinement (localisé ou généralisé) préconisé par des médecins, comme dans certains pays (Espagne, Israël, Royaume Uni, l’Italie) ? Nous verrons bien…

Depuis la possibilité pour tout et chacun d’obtenir un test PCR sans ordonnance, les laboratoires d’analyses médicales sont engorgés, faisant exploser les délais des résultats pouvant porter préjudice aux vrais malades!

Alors, pour aider les soignants et pallier à l’engorgement des tets, reparlons une fois de plus du rôle des chiens détecteurs du virus auxquels j’ai consacré récemment deux posts: Les chiens, auxiliaires dans le dépistage du Covid-19 et Covid-19: sa signature olfactive avec les chiens renifleurs.

La recherche sur les chiens dressés à détecter l’odeur de la Covid-19 est une innovation mise en oeuvre dans certains pays à grande échelle. Un article publié dans le BMJ publié le 25 septembre évoque cette stratégie!

Depuis le 22 septembre, des chiens dressés à détecter l’odeur du virus ont été affectés à l’aéroport d’Helsinki-Vanta. Wisenose, le site de référence des chiens détecteurs de maladies rapporte qu’ils sont dix chiens dressés spécialement pour la Covid-19. Un chien ainsi dressé est capable de détecter entre 10 à 100 molécules alors que pour un kit de détection, il en faut 18 millions. Sacrés nez ces chiens!

Les tests préliminaires menés par les chercheurs de la faculté vétérinaire de l’université d’Helsinki montrent que les chiens peuvent être efficaces à 100 pour cent! Et ils peuvent sélectionner les personnes atteintes du virus avant l’apparition des symptômes.

Ulla Lettijef, directrice de l’aéroport définit la Finlande comme pionnière: « à notre connaissance, aucun autre aéroport n’a essayé de faire appel à la détection canine à une si grande échelle. Cela pourrait être une avancée majeure pour enrayer l’épidémie de Covid-19.»

Amis des animaux, vous allez être déçus car pas question de caresser ces chiens et de leur faire des calins! Les personnes qui sont testés avec les canidéss doivent essuyer leur peau avec une lingette qu’ils devront placer dans un récipient. Ceux qui seront positifs seront orientés vers le service de santé.

Deenan Pillay, professeur de virologie à l’University College London se montre sceptique sur l’apport des chiens: ils « ne sont pas une solution miracle, et ils ne remplaceront pas une approche de santé publique efficace.» On peut-être avoir les deux, non? L’un n’exclut pas l’autre.

Et où en est-on dans notre pays avec l’utilisation des chiens détecteurs de Covid-19? La France fût pionnière sur le sujet dès le mois de mars avec le projet Noasaïs initié par le professeur Dominique Granjean, enseignant-chercheur à l’école nationale vétérinaire d’Alfort. La revue Challenges a consacré le 10 septembre dernier un chouette article sur ce projet! Bien qu’il soit jugé prometteur par les experts, il fait un malheur à l’étranger mais en France, il a du mal à décrocher des subventions publiques pour se développer comme en Finlande. L’expertise développée par l’EnvA se développe dans le monde entier sauf chez nous.

Ainsi que le souligne le professeur Dominique Grandjean « Cette méthode est complémentaire de celle du dépistage par PCR qui, aujourd’hui, est encore la seule sur laquelle s’appuient les autorités. Résultat, les laboratoires d’analyse sont sous l’eau alors que l’on pourrait les soulager avec notre protocole si facile à mettre en oeuvre» et « Les chiens sont formés en quelques jours et les frais d’entretien’ se limitent au coût de la nourriture. » La facture pour l’Assurance maladie des tests PCR, quant à elle, dépasse les 250 millions d’euros par mois.»

Dommage, vraiment dommage….un immense gâchis et c’est désespérant!

Pour en savoir plus:

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https://www.geo.fr/histoire/des-chiens-renifleurs-decouvrent-des-sepultures-vieilles-de-3000-ans-en-croatie-198336

COVID-19: SA SIGNATURE OLFACTIVE AVEC LES CHIENS RENIFLEURS.

« Les chiens ne servent pas à remplacer les tests PCR. C’est plutôt un outil et un moyen supplémentaire de dépistage »(Aymeric Bernard , vétérinaire)






En avril dernier, j’avais évoqué dans un post, le dressage par la Medical Detection Dog (MDD, UK) de chiens capables de détecter les personnes asymptomatiques au SARS-Cov2. Des expérimentations ont été lancées à l’École Nationale vétérinaire d’Alfort et en Corse. Sur l’île de beauté, le programme baptisé Nosais est soutenu par la préfecture de Corse du Sud, l’ARS de Corse et les hôpitaux ajacciens de la Miséricorde et Eugénie. Et le programme Covidog à Strasbourg.

Dans la ville alsacienne, le projet des chiens renifleurs a intéressé Philippe Cochet, enseignant-chercheur au CHU de Strasbourg. Il est parti de l’idée que si il y a « une deuxième vague survient, il sera difficile de reconfiner tout le monde comme on l’a fait. Voilà pourquoi il nous faut disposer d’un moyen non invasif et immédiat pour détecter les porteurs du virus ». La start-up strabourgeoise Biodesiv a mis au point des tubes permettant de collecter les échantillons infectés et non infectés.

Le principe repose sur le suivant: il faut isoler l’odeur de la maladie et non celle du virus. À l’aide de cultures de cellules infectées, le volatilome associé à l’infection sera récupéré, c.a.d ensemble des molécules volatiles que ces cellules libèrent dans l’air. « Le virus reprogramme la cellule pour qu’elle travaille pour lui. C’est une modification du tout au tout du métabolisme cellulaire. Donc, les cellules infectées ne libèrent pas les mêmes molécules que les cellules saines », explique Christophe Ritzenthaler. C’est cette signature olfactive de la maladie que les chiens apprennent à reconnaître.

Selon Christophe Ritzenthaler, directeur de recherche au CNRS et virologue à l’Institut de biologie moléculaire des plantes du CNRS, la maladie a un « parfum » aussi bien chez les patients contaminés que les asymptomatiques, difficiles à repérer s’ils ne se font pas tester.

Quel est le protocole du dressage? C’est l’équivalent d’une étude randomisée mais adaptée à l’animal sans l’exposer lui et son dresseur au virus. On dispose devant le chien quatre supports métalliques contenant chacun un échantillon de sueur humaine collectée sous les aisselles. Trois filtres proviennent de personnes non contaminées et le quatrième est celui du malade atteint par la Covid-19. Quand le chien s’assoit devant le filtre sentant l’odeur du virus, il est récompensé avec son jouet préféré. L’exercice est répété une vingtaine de fois.

©Crédit AFP, Pascal Pochard

Une ECR (étude clinique randomisée) allemande publiée dans le journal BMC pilotée par l’Université de médecine vétérinaire de Hanovre et le professeur Holger Volk révèle bien que les chiens de détection entrainés sont capables de distinguer les échantillons infectés à la Covid-19 des non infectés.

Le 23 juillet dernier, en Corse deux malinois ont participé à une campagne de dépistage. Comment cela se passe-t-il? Comme l’explique Bruno Maestracci, directeur du Si-2, « Nous appliquons des compresses sous le bras de volontaires. Sous l’autre bras, nous mettons des tubes qui seront eux transmis à l’université de Corse, à Corte, avec laquelle nous avons un partenariat afin de réaliser des analyses scientifiques. »

Le flair hors norme de ces chiens est encourageant! Il y a entre 94 et 98% de sensibilité, et il est même arrivé que des chiens aient détecté des cas positifs là où les tests PCR étaient négatifs. Mais le vétérinaire Aymeric Bénard reste prudent: « Les chiens ne servent pas à remplacer les tests PCR. » « C’est plutôt un outil et un moyen supplémentaire de dépistage ». Et le coût du test reste limité! N’importe quel chien dressé déjà à renifler des maladies virales peut-être entrainé à reconnaitre celle de la Covid-19.

Restons prudents face aux nez canins comme le préconise l’Académie nationale de médecine et l’Académie vétérinaire de France. Certains critères fiables doivent être réunis et c’est tout un véritable programme dans le respect du bien-être animal:

-de compléter l’évaluation scientifique et le développement de ce nouveau test afin de le mettre en œuvre dans les meilleurs délais :

– d’en préciser les performances analytiques (sensibilité, spécificité) ;

– d’identifier dans le volatilome la ou les molécules spécifiques de la Covid-19 ;

– de promouvoir la constitution d’équipes dédiées (personnel, chiens) ;

– de sécuriser la présentation des échantillons à analyser, tant pour les chiens que pour le personnel ;

– et de définir les règles de bon usage de ce type de test.

Jusqu’à ce jour, près de 15000 personnes ont pu être testées en France et à l’étranger avec les chiens renifleurs. Alors, une initiative sympathique qui fait de ces chiens détecteurs de Covid-19 des auxiliaires médicaux précieux.

Vidéo sur les chiens détecteurs en Corse:

ÉLOGE DE LA LENTEUR, DE LA SIESTE ET DE LA PROCRASTINATION

Quand les choses se passent trop vite, personne ne peut être sûr de rien, de rien du tout, même pas de soi-même (Milan Kundera)

Le temps des vacances et le weekend sont l’occasion rêvée de ralentir l’activité effrénée si caractéristique du monde moderne! De se reposer. C’est aussi l’occasion de faire l’éloge de la lenteur et de laisser s’écouler le sablier trois supposés défauts bien complémentaires: la lenteur, faire la sieste du temps et la procrastination! Et sils devenaient des besoins essentiels, allez un peu exagéré, mais au moins des besoins de réalisation personnelle, selon la pyramide de Maslow!

D’abord laisser s’écouler le sablier du temps avec la lenteur! Selon les propos de Gilles Clément, paysagiste, enseignant et auteur, il faut « réfléchir à ce que cette lenteur ou ce désir de lenteur signifie aujourd’hui. Car nous avons plus de temps devant nous, nous ne cessons de gagner du temps, et pourtant nous souffrons de cette « famine temporelle »… Étrange époque où le temps se rétrécit subjectivement alors qu’il ne cesse de s’emplir objectivement. Est-ce réellement de repos dont nous avons besoin, ou du besoin de ressentir la distinction entre l’activité et le repos, donc entre la rapidité et la lenteur ? Mais c’est peut-être une question de rythme…»

L’écrivain Milan Kundera a développé dans son livre La Lenteur la fascination de l’homme moderne pour la vitesse en délaissant la lenteur. Jean de La Fontaine l’évoque dans sa fable « Le lièvre et la tortue ». La lenteur est aujourd’hui un défaut qu’il faut combattre. Être actif et meubler son temps coûte que coûte sont les signes d’une personnalité dynamique, parait-il. Je n’en suis pas convaincue car ma nature est contemplative! Mon regard se perd au loin à la vue d’un beau paysage.

Dans cet éloge de la lenteur, comment ne pas parler de la « Slow Attitude » qui nous suggère de ralentir notre mode de vie et de prendre son temps pour apprécier les choses simples de la vie comme par exemple prendre son temps pour contempler un paysage. La vitesse est addictive; elle donne l’illusion d’être dans le tourbillon de la vie, et peut-être participe-t-elle au déni de la mort? Aller vite, est-ce défier la mort, un signe de vivre pleinement sa vie? La stimulation incessante est-elle si bénéfique pour notre psyché? La lenteur n’oblige-t-elle pas à une distanciation intérieure qui permet d’être à l’écoute de soi, de ses désirs et de ses émotions. Bref, de son tempo intérieur. Le journaliste canadien Carl Honoré s’est rendu célèbre par son best-seller « Éloge de la lenteur » où il enquête sur le mouvement slow. Je n’ai pas lu le livre (par manque de temps) mais son synopsis est séduisant. Pour me faire pardonner, je mets à la fin de ce post l’une de ses interviews très tendance psychologie positiviste et humaniste dans l’esprit d’Abraham Maslow et de sa pyramide.

La lenteur est bénéfique pour le cerveau et la créativité. La lenteur durant le temps des vacances est l’occasion rêvée pour se déconnecter de l’utilisation de l’ordinateur, de la tablette et du smartphone qui sollicitent la fonction multitâche de notre cerveau. En 2014, le Journal de la Science cite une étude selon laquelle le cerveau des personnes qui s’adonnent régulièrement au multitâche dans la journée présentent un déficit marqué de matière grise dans le cortex angulaire antérieur, impliqué dans la régulation de nos émotions.

Après, cet éloge de la lenteur, dans le même état d’esprit, pourquoi ne pas profiter des vacances pour faire la sieste? Faire une courte pause de sommeil dans la journée est l’occasion de remettre les pendules à l’heure avec le « manque de sommeil chronique » (souvent nommé improprement  « dette de sommeil) qui serait encore l’un des maux du monde moderne.    

Bien dormir est fondamental.  Durant notre sommeil, notre cerveau se nettoie de ses déchets et toxines grâce au système glymphatique, selon une étude américaine publiée en 2013. Le sommeil servirait, selon l’hypothèse des chercheurs de l’Université de Rochester (New-York), à nettoyer notre cerveau encrassé lors de l’état d’éveil. Durant le sommeil, déchets et toxines accumulés pendant la phase d’éveil seraient emportés dans un flux du liquide orchestré par des cellules spécialisées, dites « cellules gliales ». Cette forme d’auto nettoyage serait indispensable pour la survie de neurones.Le manque de sommeil est responsable de fatigue chronique, de manque de concentration, de somnolence diurne et a de nombreux effets sur la santé, notamment cardiovasculaire, le diabète, etc. Comme le souligne le Docteur Najib Ayas, spécialiste des troubles du sommeil au Women’s Hospital de Boston « les gens devraient considérer qu’un sommeil adapté à leurs besoins n’est pas un luxe mais fait partie de l’hygiène de vie ».La somnolence diurne à l’origine d’un accident sur trois sur les autoroutes, et 5 heures de sommeil ou moins multiplie par trois le risque d’accidents! Alors sur la route des vacances, pourquoi ne pas marquer une pause en faisant la sieste?

Et en dehors des vacances, pourquoi ne pas faire de la sieste une habitude de vie quotidienne? Nous consacrons, en moyenne, un tiers de notre existence à dormir. L’impact des troubles du sommeil sur la santé mentale est  régulièrement étudié chez l’adulte, l’enfant ou l’adolescent n’est plus à démontrer.    

Bien dormir est bénéfique pour notre cerveau. Un bon sommeil influence la créativité; l’idéal serait de dormir huit heures par nuit afin que notre cerveau ait le temps de restructurer les souvenirs avant de les stocker. Les déficits cognitifs et mémoriels engendrés par la privation de sommeil sont étudiés, sous toutes les coutures, par les chercheurs en neurosciences. Une bonne nuit de sommeil permet de mieux assimiler ce que l’on a appris dans la journée. Chez les enfants, le sommeil paradoxal est excessivement important pour faciliter le processus de mémorisation et d’apprentissage.

En 2019, le bulletin épidémiologique hebdomadaire (BHE) de l’Agence Sanitaire publique France rapporte que le temps moyen de sommeil des Français est inférieur à 7 heures. En moyenne, les Français de 18 à 75 ans dorment 6 heures 45 minutes par nuit. Le manque de sommeil est important chez les jeunes. Le déficit moyen atteint 54 minutes pour les filles âgées de 15 à 19 ans, et 41 minutes pour les garçons du même âge. Alors que leur durée de sommeil devrait se situer entre huit et  neuf heures par nuit, avec un coucher qui n’excède pas 22:00. On connaît aujourd’hui le rôle délétère des écrans qui  réduisent la durée de sommeil de 30 à 45  minutes. La lumière vive des tablettes ont un impact sur la sécrétion de mélatonine (l’hormone du sommeil).

Les horaires de travail décalés et le tabagisme réduisent la qualité du sommeil. Les femmes dorment moins bien que les hommes. Alors la sieste pourrait remédier à ces nuits trop courtes? Des hommes politiques tels que Winston Churchill ou Napoléon s’y adonnaient. Einstein et Édison aussi.   De nombreux chercheurs soutiennent que la sieste est issue d’un rythme biologique inné chez les mammifères, dont nous! Entre 14 et 15 H, notre vigilance diminue. 10 minutes de sieste suffiraient à nous remettre en forme. La sieste n’est pas réservée qu’aux tout-petits. En l’absence de troubles du sommeil sévère, une courte sieste de moins d’une demi-heure en début d’après-midi augmente la vigilance et maintient les performances cognitives. Si chez nous, cette proposition est associée à la fainéantise ou aux vacances, ce n’est pas le cas dans d’autres pays. Les Asiatiques sont les plus décomplexés vis à vis du sommeil, et pour eux dormir est une activité naturelle au même titre que se nourrir. En Chine, sous l’impulsion de Mao, l’article 49 de la constitution stipule que « tout travailleur a droit à la sieste », et au Japon, la plupart des grandes entreprises mettent à la disposition de leurs employés des « salons de sieste ».    

Les variations sont nombreuses autour de la sieste, mais le mode opératoire reste inchangé: on s’allonge, on ferme les yeux, on se détend et on laisse l’attention flotter. On est là pour se détendre et oser ce droit salvateur à la paresse. La sieste est normalement constituée de sommeil lent léger, sans la phase paradoxale nocturne, qui permet la neurogenèse, mais à titre préventif et curatif la sieste est indiquée. Et elle est tout à fait en phase avec l’éloge de la lenteur.

Si on n’a pas le temps de piquer son petit roupillon chez soi, il y a des propositions de sieste fort sympathiques, parfois insolites, et qui n’ont rien de crapuleuses. Le monde de l’entreprise est directement concerné par cet éloge de la sieste, aux fins de réduire les risques psychosociaux. Si un salarié fait une sieste, il sera reposé, détendu et travaillera mieux. Sans affirmer que la sieste est le remède miracle pour éviter les risques psychosociaux. Orange (anciennement France Télécom), tristement célèbre pour ses risques psychosociaux élevés parmi ses salariés, expérimente  à Lyon  des calm-chairs dans des calm-spaces. Un espace est aménagé avec des lumières et des musiques relaxantes où sont mis à la disposition des salariés des fauteuils-caissons. Des séquences sonores et lumineuses scientifiquement approuvées qui stimulent la mélatonine ont été spécialement développées pour des siestes de 10, 15 et 20 minutes. Depuis 2017,  le sud-ouest Parisien de Renault,  a créé un espace de sieste permet mis à la disposition des 1.200 employés de la structure pour se ressourcer efficacement. En un an, la fréquentation est passée de 40 personnes par jour en moyenne à 60 et ce sans que l’entreprise ait besoin de communiquer dessus.

Et la procrastination? Selon un récent article du journal Le Figaro, elle ferait un bien fou à notre cerveau! Nous serions ainsi près de 50% à procrastiner une heure par jour au travail, et 22% plus de deux heures, selon un sondage OpinionWay pour JeChange en mars 2018. À la faveur du développement des nouvelles technologies et des distractions numériques, ce comportement aurait même augmenté de 300 à 400% en l’espace de quarante ans, assure Diane Ballonad Rolland, auteur de J’arrête de procrastiner, 21 jours pour arrêter de tout remettre au lendemain (Eyrolles, 2016).

Laisser passer du temps aide parfois à mûrir une décision, à rendre au final un travail plus nourri et plus riche. Michèle Declerck, psychologue et auteur de «Mémoires d’un procrastineur» .

Sans culpabiliser, procrastinons sans vergogne! Et si finalement, le temps des vacances était l’occasion de découvrir les vertus de la lenteur, de la sieste et de la procrastination, et après de ne pas les perdre de vue à la rentrée? Les adapter à votre emploi du temps car elles favorisent la créativité et l’épanouissement de soi.

En guise de conclusion, une citation de Milan Kundera extraite de son livre La Lenteur:

Quand les choses se passent trop vite, personne ne peut être sûr de rien, de rien du tout, même pas de soi-même.

Vidéo/Interview de Carl Honoré, auteur du best-seller Éloge de la lenteur.

Sources:

http://www.franceinfo.fr/sciences-sante/info-sante/une-decouverte-sur-le-role-du-sommeil-1187999-2013-10-24http://actu-science.nouvelobs.com/scientifiques-cerveau-sommeil.htmlhttp://www.sommeilsante.asso.fr/informez/inform_somnolence_adolescents.htmlhttp://sante.lefigaro.fr/actualite/2013/10/18/21413-ladolescent-sommeil-liaisons-difficileshttp://www.pourlascience.fr/ewb_pages/a/article-la-sieste-est-elle-necessaire-22817.phphttp://www.monde-diplomatique.fr/2014/02/PIEILLER/50106http://stopinsomnie.blogspot.fr/2012/12/trouble-du-sommeil-chez-les-enfants.htmlhttp://www.inpes.sante.fr/30000/actus2013/041-sommeil-ados.asp