LES PERSONNALITÉS MULTIPLES, ENTRE THRILLER ET MALADIE MENTALE.

Entre les années 60 et 80, les Etats-Unis assistent à une recrudescence des identités multiples. C’est la maladie mentale la plus controversée de l’histoire du DSM.

72fa6a1f25bca915dd0e53d94c3ad2de
©Vladimir Dunjic

 

Entre 1977 et 1979, une vague de meurtres sordides terrorise les habitants de la ville de Los Angeles! Des jeunes femmes, kidnappées dans la ville, sont retrouvées mortes après avoir été étranglées dans les collines voisines. Le corps des victimes était déposé sur le même versant de la colline dans une position dégradante. Au départ, la police pensait que c’était l’oeuvre d’un seul homme, et le surnomme « l’étrangleur des collines ». Malgré des investigations poussées, la police ne trouve aucun indice qui puisse la mettre sur la  piste du sérial Killer.

Enfin, en 1979, la police arrête les auteurs présumés de ces meurtres, Kenneth Bianchi, un agent de sécurité, ainsi que son cousin, Angelo Buono. La police avait trouvé au domicile de Kenneth Bianchi des bijoux appartenant aux victimes. Les deux serial-killers ont eu une enfance chaotique, et c’est la personnalité de Kenneth Bianchi qui requiert une attention particulière. Sa mère, une prostituée, l’abandonna à la naissance. Il fut adopté à l’âge de trois mois par le couple Bianchi. Sa mère adoptive Francès Scoliono eut du fil à retordre avec cet enfant. Kenneth Bianchi souffrit dès son plus jeune âge de troubles profonds de la personnalité. Sa mère adoptive le décrit comme mythomane et manipulateur depuis la naissance. Il était aussi épileptique depuis ses cinq ans et il s’ajouta  un problème de comportement passif-agressif. Un enfant difficile.

Lorsqu’il sera arrêté, Kenneth Bianchi arguera qu’il souffre du trouble de la personnalité multiple (TPM), une maladie répertoriée à l’époque dans l’axe II du DSM-III, la bible américaine de maladies mentales. Le TPM se caractérise par la présence de deux ou plusieurs personnalités distinctes, les alters, qui prennent le contrôle de la personnalité principale, l’hôte. Le « dédoublement de personnalité » ou la « multiplicité psychologique ». La personnalité principale ignorant l’existence de ses alters, et l’incapacité de se souvenir des faits et gestes des autres personnalités. À chaque changement de personnalité, l’hôte souffre de troubles de la mémoire et d’amnésie.

Kenneth Bianchi pense ainsi plaider l’irresponsabilité pénale puisqu’il souffre de TPM.  Sous hypnose, la technique officielle des expertises psychiatriques dans les années 80, il va affirmer que c’est son double maléfique Steve  qui a tué les jeunes femmes car « elles l’avaient bien cherché».

L’avocat de la partie civile pense que Kenneth Bianchi est un simulateur qui cherche par tous les moyens  à échapper à la chaise électrique, et il demandera une contre-expertise au Docteur Orne, spécialiste des personnalités multiples. Orne va démontrer que le serial-killer simule, et a falsifié son état hypnotique. Peu de temps après, Kenneth Bianchi avouera son mensonge. Après un feuilleton judiciaire inénarrable, les deux cousins vont être condamnés à la prison à perpétuité.

Entre les années 60 et 80, les Etats-Unis assistent à une recrudescence des identités multiples. C’est la maladie mentale la plus controversée de l’histoire du DSM. En 1994, le TPM est transformé en Trouble Dissociatif de l’Identité (TDI) la suite de faux souvenirs d’abus sexuels lors de (toujours aussi faux) rites sataniques.

Anciennement Trouble des personnalités multiples et aujourd’hui Trouble Dissociatif de l’Identité, c’est l’un des troubles les plus sévères des troubles dissociatifs (DSM-5). Il se caractérise par de profonds troubles de la mémoire, de l’identité, de la conscience et/ou perception de l’environnement. Et de la (supposée) présence de plusieurs personnalités prenant le contrôle de l’hôte. Ce qui s’en rapproche le plus est le phénomène de possession.

Comment on est en arrivé outre-Atlantique à diagnostiquer une maladie mentale qui ressemble à de la science fantasy ou à un thriller? La première conception des identités multiples vient de la célèbre fiction de Robert Louis Stevenson, Dr Jeykill et Mr Hyde. Jusque là rien à dire car on demande à une fiction de la créativité.

Côté psychologie, il faut revenir aux fondamentaux. À la fin du XIX° siècle, le neurologue Pierre Janet introduisit la théorie de la dissociation mentale. Janet l’envisage comme un déficit d’intégration du Moi (mémoire, perception). Il va examiner le pouvoir dissolvant de l’émotion, et son effet sur les souvenirs qui vont entrer dans les phénomènes de désagrégation psychologique (succinctement résumé car plus complexe). Freud ne partagera pas la conception de Janet, et envisagera la dissociation avec ses manifestations comme un mécanisme de défense pour se protéger des traumas réels ou fantasmés (succinctement résumé, là aussi).

Freud et ses successeurs vont se montrer sceptiques sur l’existence des identités multiples, car ils mettent en avant, dans la plupart des cas observés, l’impact de la suggestion induite par le thérapeute. Son influence.

La notion de personnalités multiples fascine les auteurs et chercheurs durant la fin du XIX ème siècle et une partie du XX ème siècle. Très peu de cas seront répertoriés jusqu’à celui de Miss Beauchamp rapporté par le psychologue Morton Prince en 1905, et dans les années 50, celui de Chris Sizemore qui inspira le film « Les Trois visages d’Eve » d’après le best-seller écrit par ses trois psychiatres.

Ce n’est qu’à partir des années 70, que le nombre de MPD va exploser outre-Atlantique. En 1986, le cas de MPD dépassera les 6000, et va coïncider avec la sortie du best-seller Sybil. Ce livre raconte l’histoire authentique d’une jeune femme possédant 16 identités. Mécanisme de défense mise en place à la suite des violences sexuelles subies durant son enfance. Par la suite, il sera systématiquement attribué l’origine du TPM à un abus sexuel subi durant l’enfance. Les alters se conduisent à l’opposé de la personnalité et ils émergent curieusement toujours sous hypnose ou sous sérum de vérité (Amytal). C’est à dire lorsque la personne est plongée en état modifié de conscience.

L’origine du trouble des personnalités multiples va être au fil du temps imputé à un trauma subi dans l’enfance, et corrélé à l’abus sexuel (inceste, pédophilie). Le TPM sera intégré au modèle post-traumatique de l’abus sexuel chez l’enfant, générant des mauvaises pratiques thérapeutiques et des procès infondés pour abus sexuels entraînant en cascade des erreurs judiciaires.

Les spécialistes de ce trouble de la personnalité avaient leur recette pour la prise en charge de ce trouble. Il fallait déjà pour en guérir appeler un par un les alters, ces autres personnalités pour les réunifier en une seule personnalité. La méthode utilisée pour contacter les identités était l’hypnose (rien à voir avec l’hypnose médicale répertoriée dans Medline). Quelques thérapeutes comme Allison en 1974, avancèrent l’idée que leurs patients avaient un « aidant alter » capable de connaître les autres identités, et de pouvoir favoriser leur intégration en une seule personnalité.

Le fonctionnement de la mémoire est l’un des indices précieux pour diagnostiquer le TPM (ou DID). Les patients souffrent d’amnésie, qui va de quelques heures à plusieurs jours, où ils sont incapables de se souvenir de ce qu’ils ont pu faire, et de la prise de contrôle de leurs alters. Alors, que les alters connaissent parfaitement les faits et gestes et la personnalité de leur hôte.
Loin des clichés des fictions, ce trouble est toujours pris au sérieux. La controverse autour du DID résiderait non pas sur son existence mais sur son étiologie. Il y a une forte composante culturelle, et l’influence des médias impacte la nature des identités multiples.

Et dans la littérature médicale, il a été rapporté des alters ébouriffants dignes de la Science Fantasy. Il peuvent être d’un sexe différent de l’hôte, Monsieur Spoke de Star Treck, une tortue Ninja, des tigres, des gorilles, des licornes, la fiancée de Satan et même Madonna. Encore plus surprenant, c’est que ces identités multiples peuvent souffrir d’allergies, de troubles du rythme cardiaque, avoir besoin de lunettes alors que l’hôte n’en porte pas.

Selon Scott O.Lilienfeld et Cie dans Science and Pseudo-Science, In Clinical Psychology, estiment que 1 à 2 % des Américains souffrent de DID, en majorité des femmes. Il est principalement diagnostiqué aux Etats-Unis et au Canada, et inexistant en Europe. Cette dominante culturelle si spécifique aux personnalités multiples, et qui est une grande inconnue en France peut être assimilée à la schizophrénie, elle aussi répertoriée dans le DSM. Or, la schizophrénie ne se traduit pas par « une dissociation de l’esprit du malade en plusieurs identité distinctes mais par une personnalité qui a du mal à fixer les contours de sa propre identité.» Or, dans la très grande majorité des cas de TDI, les voix viennent de l’intérieur de l’individu, tandis que, chez les schizophrènes, les voix qu’ils entendent viennent de l’extérieur.

Alors le DSM-5 si controversé parle-il encore des identités multiples ?
Le DID y figure toujours, et se caractérise toujours par deux ou plus alters, par une amnésie, et avec des symptômes invalidants, et que cela ne soit pas du à la prise de substances stupéfiantes, etc…Le DID peut recouper celui des troubles dissociatifs (DD).

Dans le registre état modifié de conscience, pas tout à fait, DID ni/ou DD mais avec un changement de personnalité, Le DSM-5 inclut les expériences de possession avec le trouble de Possession Pathologique (Pathological Possession).

C’est à se demander si le DSM-V ne rend pas fou, et il serait peut-être temps de faire un petit tour du monde normal du pathologique.

Sources:

https://fr.wikipedia.org/wiki/Kenneth_Bianchi

http://questionspsy.leforum.eu/t2676-La-Dissociation.htm

http://www.dissociation.com/index/definition/

 

 

CE SI MYSTÉRIEUX PLACÉBO!

La plupart des connaissances sur le placebo ont été acquises par l’étude de la douleur.

PS002_effet-placebo-esprit-guerit-1b

Une récente étude américaine, publiée dans la revue Pain, bouscule les connaissances sur l’effet placebo. Cette publication concerne des malades souffrant de lombalgie qui ont reçu un placebo. Le placebo est un médicament sans principes actifs, un leurre prescrit par votre médecin. Et vous n’y voyez que du feu car il ne vous dit pas que c’est un faux traitement! Le placebo n’a donc aucun effet pharmacologique sur la  maladie qu’il est censé traiter. Selon les études cliniques, un placebo produirait des effets positifs entre 15 et 30 pour cent. S’il peut (éventuellement) soigner, il y a un revers de la médaille. Un placebo peut aussi engendrer des effets indésirables, et  augmenter les symptômes d’une maladie. C’est l’effet nocebo.

Le premier médecin qui a constaté l’effet placebo est Paracelse (1493 -1541). Il avait remarqué que l’acte thérapeutique, en lui-même, améliorait (légèrement) la santé des patients. Ce n’est qu’après la deuxième guerre mondiale que les placebos ont été étudiés, et ce après l’immense scandale de la Thalidomide. Comme tous les médicaments à l’époque, la Thalidomide n’avait pas été testée chez la femme enceinte. Largement prescrite aux femmes enceintes pour soulager leurs nausées matinales, elle provoqua de graves malformations chez le nourrisson. Depuis 1962, les essais cliniques de médicaments ont l’obligation d’inclure un groupe de patients recevant un faux traitement avec un placebo. Aujourd’hui, chaque médicament doit faire la preuve de son efficacité  qui doit être supérieure au placebo. L’influence du placebo est fascinante car elle relève d’une Terra Incognita se situant entre la psychologie et la pharmacologie. Après la découverte des endorphines appelées opioïdes que le corps produit lors d’un effort, les chercheurs vont orienter leurs études sur la relation entre les opioïdes et les placebos.

En quoi l’étude américaine, publiée dans la revue Pain, sur l’administration d’un placebo chez les malades souffrant du dos est innovante ?

Il est couramment admis que  l’effet placebo s’appuie sur la crédulité des patients qui pensent recevoir un médicament actif pour leur maladie. L’innovation de l’étude de la revue Pain est que les patients savaient qu’ils prenaient un placebo, et ô miracle, ça a marché!
L’étude serait la première du genre chez les personnes souffrant de lombalgie. Cette étude a porté sur 97 personnes. Avant de suivre le traitement placebo, une infirmière avait expliqué au patient pendant quinze bonnes minutes qu’il allait prendre un placebo, en plus de son traitement habituel.
Pour les besoins de l’étude, les patients ont été scindés en deux groupes; l’un reçoit le traitement standard uniquement (groupe témoin) et l’autre le placebo.
Les résultats sont surprenants: 30 % de réduction de la douleur pour le groupe ayant reçu le placebo vs 9 et 16 % pour le groupe témoin.

Incontestablement, il a été constaté une réduction de la douleur plus forte que les patients qui n’avait pas reçu le placebo.

Ces résultats montrent que l’effet placebo est susceptible de marcher même quand le patient sait qu’il avale un leurre. Il est donc inutile de  mentir à un patient pour lui faire prendre un placebo. Claudia Carvalho qui a participé à l’étude émet son avis: « Ce n’est pas un traitement, ce n’est pas une panacée, mais les patients se sentent mieux à coup sûr. Le placebo (pris délibérément) garde une signification clinique car il soulage les patients. Il  symbolise la médecine.»

Sur cette étude américaine et l’effet placebo en général, la psychologie médicale est à même de suggérer des pistes de réflexion avec quelques paramètres sélectionnés (il y en a d’autres) comme le mode de représentation psychologie de la douleur (différent de la sensation et du seuil de la douleur même s’ils interagissent). Ou les réactions et les adaptations du malade à la maladie et aux thérapeutiques. Ou encore L’attitude du patient déterminante pour l’évolution de la maladie, et l’incontournable relation médecin malade.

Le placebo a un impact sur les réactions physiologiques du malade. La maladie influence la psychologie individuelle. Les représentations culturelles de la maladie et la forme galénique du médicament sont aussi à prendre en compte. Le but est de faire évoluer la relation médecin/malade (de type paternaliste) vers l’autonomie du patient qui permettra une meilleure observance du traitement. L’efficacité du placebo dépend de la personnalité du sujet, de la façon dont on a lui présenté le protocole et de la relation médecin/malade. Dans l’étude publiée dans Pain, une infirmière a consacré un bon quart d’heure au patient  pour lui expliquer qu’il prenait un placebo!

Une mise en garde s’impose. L’étude de Pain est une approche scientifique où la douleur est étudiée sous l’angle de la médecine et de l’apport des neurosciences dans la connaissance du circuit neuronal, et ainsi permettre à un patient de mieux suivre son traitement. C’est tout l’enjeu de la médecine comportementale, une discipline à part entière qui s’appuie sur une démarche scientifique, d’analyse et de comportement de santé.

Le mal de dos est le fond de commerce privilégié de nombreux charlatans qui prétendent vous soulager. À la condition expresse que vous acceptiez leur grille de lecture qui dévoie l’approche psychosomatique de la médecine. Ainsi, selon ces charlatans au culot monstre « ès spécialiste en thérapies alternatives », le mal de dos est lié à des émotions négatives. Ainsi les lombes représentent la liberté, la sécurité et la survie. Et un point au milieu du dos est le signe d’une trahison et qu’on est poignardé dans le dos. Les douleurs dans la région des trapèzes est ce que l’on accepte d’assumer dans nos relations pour avoir la paix.  Et ainsi de suite suivant chaque zone du dos concernée. Inquiétez vous si l’on vous parle de séances de Reiki ou de libération psycho-émotionnelle pour vous soulager. Jamais votre médecin généraliste ne vous parlera ainsi. Ou si l’on vous harponne dans un salon de bien-être et de médecine douce pour parler de votre mal de dos, fuyez!

Après cet aparté sur le charlatanisme revenons à l’action du placebo sur la douleur. Il y a de nombreuses raisons pour que les patients disent avoir moins mal! Notamment le désir d’être cohérent lorsque son soignant l’interroge. Certains auteurs comme Clark (1969), Feather &al (1972), Allan et Siegel (2002) observent que l’effet placebo est créé par des biais cognitif.  Suivant la théorie de la détection du signal. L’attente d’un traitement crée en lui-même une incertitude quant à l’information sensorielle de la douleur et la réponse au placebo. C’est un cas d’erreur perceptive. Le style cognitif général est positivement associé à la réponse antalgique  du placebo. Afin de voir si l’effet placebo  est réel, et de définir les résultats physiologiques qui sont à même significatifs, certains auteurs ont combiné les études comportementales, la neuro-imagerie et des études psycho-physiologiques.

Les mécanismes psychologiques de l’effet placebo sont à corréler avec les immanquables suggestions verbales, le conditionnement et des mécanismes culturels sur la maladie et la douleur. Les signaux verbaux peuvent de créer de fortes attentes qui influenceraient la réponse du cerveau, conduisant à la libération d’opioïdes endogènes et de dopamine.

 

La plupart des connaissances sur le placebo ont été acquises par l’étude de la douleur. Le patient peut éprouver un effet antalgique simplement en anticipant le soulagement. L’interprétation des suggestions verbales dans la communication entre le thérapeute et le patient a également été montré pour soulager l’inquiétude qui catalyse souvent la souffrance. En clair, l’effet placebo conditionne l’individu pour ce que ça marche! Déjà, par la couleur d’une pilule qui  ressemble au vrai  médicament. L’effet analgésique du placebo doit être modulée par la réduction des émotions négatives. La douleur augmente les émotions, la nervosité et l’anxiété. Or, l’impact des émotions négatives va induire des réponses analgésiques plus fortes ou nulles confirmant que le stress réduit l’effet du placebo.  Selon la terminologie de la psychologie médicale, c’est lié au « degré de prédisposition à l’optimisme ».

En 2004, Tor D.Wager et ses collègues de l’Université du Michigan à Ann Arbor ont cherché à comprendre l’effet placebo du côté de la transmission de la douleur jusqu’au cerveau. Le chemin de la douleur est identique pour tous. La sensation de la « douleur » est transmise au cerveau via tous les nerfs présents dans l’ensemble du corps.  Tor. D.Wager et ses collègues se sont centrés sur le rôle du thalamus, site de traitement de la douleur et de la souffrance. « Les données du thalamus sont alors décryptées par le cerveau, et converties en une image sensible: c’est le moment où nous ressentons les choses» (Dr J-M Lemarchant). Les personnes qui ont vu leur niveau  de douleur diminuer rapidement avec le placebo présentaient une baisse importante d’activité au niveau de certaines zones du cerveau et notamment du thalamus.

Par contre, cette diminution de la douleur n’est pas observée dans d’autres zones cérébrales impliquées dans la sensation de douleur. Le travail de Tor.D.Wager a suggéré que l’effet placebo commence dans les parties les plus évolutives du cerveau pour aller vers les zones qui libèrent les opioïdes.  Selon Tor D.Wager, l’effet placebo serait du au fait que le cerveau adapte son interprétation de la douleur selon l’état émotionnel et psychique de la personne. Les processus biochimiques sous-jacent entraînés par les placebo ne sont pas les mêmes chez tout le monde.Certaines zones du cerveau (à part le cortex pariétal) sont suractivées pour tenter de contrer la douleur notamment sont stimulées les voie des opioïdes endogènes, des endocannabinoides, sérotoninergique et dopaminergique.

Un point remarquable à signaler est que l’on peut pharmacologiquement contrôler l’effet bénéfique du placebo en l’abaissant = en donnant au patient Le Narcan, une substance, qui est un antagoniste pur et sans danger qui annule l’effet des opioïdes et fait immédiatement resurgir chez le patient sa douleur initiale.

On pensait que pour obtenir l’effet placebo, il fallait trouver des patients crédules mais les études de Petrovic et de Tor D.Wager ont lié l’effet placebo à des processus neurobiologiques réels. Aujourd’hui, les placebos sont largement reconnus, et pas seulement comme un mirage psychologique. On pensait également  que pour obtenir un effet placebo satisfaisant, il fallait que les médecins mentent au patient, augmentant ainsi le risque d’altérer l’alliance thérapeutique et la relation médecin/malade.

L’étude publiée dans Pain a un précédent qui concerne un autre type de douleur. En 2010, Ted Kaptchuk, chercheur médical à Harvard, a montré que certains patients atteints du syndrome du côlon irrité, qui avaient  pris en toute connaissance de cause un placebo, voyaient leur état s’améliorer, suggérant déjà que mentir au patient était inutile. Le mal de dos et le colon irritable sont les champs étude de la médecine comportementale, et les deux études sur le placebo pris sciemment par les patients correspondent parfaitement au champ d’action de cette discipline.

Toutes ces observations sur le placebo sont bénéfiques pour les médecins. Cela démontre toute l’importance d’élaborer un rituel de soin qui améliore l’effet placebo et le soulagement du patient. Et de prendre en compte que notre cerveau est capable de repérer un bon nombre de signaux potentiels. Comme la façon dont le médecin est habillé, sa gestuelle, ses mimiques, et bien évidemment les mots qu’il choisit pour recommander le traitement. Et encore la forme galénique du placebo, et même l’environnement dans lequel le protocole de prescription est présenté.

L’intérêt de cette étude est de montrer que le  placebo n’est plus un simple mirage psychologique. Pour que ça soit efficace, il est inutile de mentir au patient en lui  disant que c’est un vrai médicament qu’il va prendre. Le placebo peut être inclus comme une prescription à part entière dans le rituel de soins. Cela renforce l’alliance thérapeutique et la relation médecin/malade. Comme le souligne le Dr Jean-Marie Lemarchant, « Dans certaines affections, c’est la façon de donner qui vaut plus que ce que l’on donne. »

En complément de ce post, propos recueillis auprès du Dr Jean-Marie Lemarchant, Médecin chef honoraire des Hôpitaux Publics qualifiés en gastro-entérologue et endocrinologie: « Alors que l’expérimentateur, lui, est au courant, on parle d’un simple aveugle. Lorsque l’expérimentateur ignore également à quel groupe il est assigné le sujet, on parle d’étude en double aveugle. Enfin lorsque le patient et l’expérimentateur connaissent tous deux l’appartenance au groupe recevant le placébo, on parle d’étude ouverte. »
Sources:

L’ACCÈS AUX SOINS EN PRISON.

Un détenu sur sept souffre d’une maladie mentale. Pour tous les observateurs, la détention est la forme ultime de l’exclusion sociale et le miroir de notre société.

Van Gogh, The Prison Courtyard

Une prison est un lieu de détention qui prive l’individu de sa liberté pour un certain laps de temps. Une peine d’emprisonnement est la conséquence directe d’une décision de justice. Aux yeux de l’opinion publique, elle est perçue comme la plus sévère par à rapport aux autres types de peine comme le port du bracelet électronique ou les travaux d’intérêt général. Paul Dhaeyer, juge au Tribunal de première instance de Charleroi, rappelle les origines de la peine de prison ainsi: « Mais cette reine des peines » est relativement récente. En réalité, elle a vu le jour avec la révolution française. La peine de prison fut introduite à l’époque comme peine de référence pour remplacer les supplices qui avaient cours sous l’ancien régime et dont la cruauté était souvent sans rapport avec le crime réprimé. Le législateur de l’époque a sciemment voulu que ces peines soient plus « douces » que le crime ou le délit commis par le condamné. Dans l’esprit qui régnait à ce moment, la peine privative de liberté devait servir avant tout à l’amendement du condamné. La « douceur » de la peine devait en outre donné une leçon d’humanité et de civilisation à celui qui avait plus ou moins enfreint les règles de la société civilisée.»

Pour le sociologue américain Erving Goffman, la prison est une institution totale, concept qu’il a développé après avoir observé l’hôpital psychiatrique. L’institution totale est un lieu de chamboulement où l’individu se voit déposséder de sa liberté, de ses allées et venues; son périmètre de vie se rétrécit, et la notion de temps est soumise aux contraintes de l’institution buraucratique. Goffman s’est placé du point de vue de ceux qui sont soumis aux contraintes de l’institution totale, et il les a appelés les « reclus ». Les détenus sont des reclus au sens stricto sensu, tel que défini par Goffman. Stendhal a résumé le statut du détenu par à rapport à l’homme libre: «le pire des malheurs en prison, c’est de ne pouvoir fermer sa porte». Dans l’exercice de leur profession, les soignants subissent de plein fouet les contraintes bureaucratiques de l’institution totale.

L’institution totale crée un espace temps où se confondent lieu de travail, lieu de vie et lieu de loisir. Une vie sociale existe entre les reclus, mais l’une des caractéristiques de l’institution totale est de chambouler la psyché des détenus.

L’accès aux soins pour les détenus est une épopée, et il n’est absolument pas comparable à celui du système de santé dehors. C’est un système invisible, et où la référence à la prison est soulignée comme une marque au fer rouge. Ainsi, peut-on voir au CHRU de Lille, un pôle intitulé « Psychiatrie, médecine légale et médecine en milieu pénitentiaire ». Car l’exercice médical en milieu carcéral est différent de l’exercice en milieu libéral ou hospitalier. Dans leur livre Psychiatrie en milieu carcéral, les psychiatres Pierre Thomas et Catherine Adins-Avinée font remarquer qu’il y a en prison plus de comorbidité, plus de précarité, plus d’actes médico-légaux dont la pénalisation peut parfois paraître démesurée par rapport à l’acte et le contexte dans lequel il a été commis. La prison, devient un lieu de vie pour des patients psychiatriques marginalisés. Un article du Quotidien du Médecin, publié le 23 mars, fait cet amer constat factuel : « les actions de réduction des risques et des dommages (RdRD), en particulier liés à l’usage de substances psychoactives, peinent à franchir les portes des prisons. En janvier 2016 pourtant, la loi de modernisation de notre système de santé reconnaît que la politique de réduction des risques s’applique également aux personnes détenues « selon des modalités adaptées au milieu carcéral ».

L’état de santé des patients incarcérés est bien plus altéré que des personnes dehors du même âge et de même condition. Un détenu sur sept souffre d’une maladie mentale. Pour tous les observateurs, la détention est la forme ultime de l’exclusion sociale et le miroir de notre société. La prison reste toujours « une institution totale » comme l’a décrite Goffman. Les conditions de détention sont tributaires des politiques carcérales, et il est difficile de faire évoluer le regard de la société sur les conditions de détention, ainsi que sur le détenu après « la levée des écrous ». Les médias en parlent lorsqu’il y a des flambées de violence de la part des détenus envers le personnel pénitentiaire, et après,  silence radio. Faut-il pour cela se laver les mains des prisons en considérant que le détenu l’a bien cherché, et qu’il n’avait pas à transgresser les lois de la société civilisée? Morale et société, tout un programme! L’accès aux soins est un droit pour tous, et c’est à se demander si les politiques carcérales prennent en compte les difficultés d’accès aux soins en prison.

Les conditions d’accès aux soins seraient-elles facilitées si la France s’inspirait des prisons ouvertes comme au Danemark où la surpopulation carcérale est inexistante? Ou si on généralisait d’autres type de peines comme le bracelet électronique ou les travaux d’intérêt général? En fonction de la nature des délits, cela s’entend! C’est un débat de société.

La difficulté d’acccès aux soins des détenus ne date pas d’hier. Sur l’exercice de la médecine carcérale, voici le témoignage du Dr Philippe Deharvengt, ex médecin des prisons. Ce témoignage date de 1995, et il est (hélas) toujours d’actualité sur de nombreux points malgré la énième politique carcérale. Il a joué en vain le rôle de lanceur d’alerte. Le changement dans la continuité.

Trélissac , Août 1995
Docteur Philippe DEHARVENGT
Médecin Chef de la Maison d’Arrêt de Périgueux
Médecin au Centre de Détention de Neuvic
C.S.M.F. 24Dr Philippe Deharvengt

L’exercice médical en milieu carcéral est-il différent de l’exercice libéral ou hospitalier ?

Sans aucun doute la réponse est  » OUI « . Et cela pour de multiples raisons!
« Non qu’il existat plusieurs façons d’exercer ; encore moins que la population pénale fut médicalement une  » sous-population « , indigne de la qualité des soins due à la population libre . Mais la Médecine Pénitentiaire est confrontée à de lourdes contraintes, et la population pénale comporte sa spécificité propre dans les domaines épidémiologique, psychiatrique, culturel, social, médico-légal , etc.

La première particularité, et non la moindre, de la Médecine en milieu carcéral, est l’absence de libre choix du Médecin par le Patient. L’incarcération entraîne la perte d’un grand nombre de libertés, tout en garantissant certains droits, dont le droit à la santé. Mais les détenus n’ont pas le choix du Médecin; celui-ci apparaît ainsi comme « commis d’office »; ce qui n’enlève rien à sa responsabilité professionnelle, bien au contraire!

Mais cela change bien des choses dans la relation Médecin-Malade. N’ayant pas choisi son Médecin, le détenu a naturellement tendance à considérer celui qui lui est imposé comme un représentant de l’Administration Pénitentiaire, celle-ci étant elle-même au service de l’Appareil Judiciaire (mais, n’en va-t-il pas de même pour les grandes administrations: Mines , S.N.C.F, Poste, Armée etc..dans lesquelles les Médecins sont à la fois juges et parties, toutes fonctions confondues: aptitude au travail, responsabilité de l’employeur, éducation pour la santé, campagnes de prévention, soins aux assujettis et à leurs ayant-droits?

Il s’en suit une inévitable réaction de défiance, souvent majorée par des revendications sinistrosiques et des tentatives de manipulations opportunistes.
Autre spécificité , la pathologie carcérale. C’est un lieu commun de dire que la population pénale est un concentré de l’exclusion , de la marginalité, du mal des banlieues.
Lieu commun d’évoquer la drogue . . . Elle est omniprésente. Dehors, bien sûr; mais aussi intra muros . . . Elle s’infiltre . . . Comment? Comme toutes les poudres! . . . Elle alimente toutes les pressions, tous les rackets, toutes les violences. Chaque consultation peut masquer une demande toxicomaniaque, une déviation thérapeutique, soit pour l’usage de l’intéressé lui-même, soit, et c’est fréquent, pour un co-détenu exerçant un racket.

Chacune de nos prescriptions doit être pensée dans ce sens.

D’autre part, la vie carcérale est par elle-même fortement pathogène, agissant comme un miroir grossissant, quand ce n’est comme un révélateur, de la pathologie en milieu libre.
Il y a d’abord le traumatisme de l’incarcération, qui fait suite à l’épreuve de la garde-à-vue. La plupart des tentatives de suicide ont lieu dans les dix premiers jours de la détention.
Il y a surtout les relations entre détenus: la violence omniprésente, le racket déjà mentionné, et aussi la ségrégation. Les authentiques truands -les caïds- mènent la vie dure aux « pointeurs », c’est ainsi qu’en jargon carcéral on désigne les violeurs et pédophiles de tous poils!

C’est, dans bien des cas, l’analphabétisation, l’absence d’accès antérieur aux soins médicaux, psychiatriques, dentaires, l’absence de notions d’hygiène élémentaire. C’est  évidemment, la séro-prévalance du V.I.H, des Hépatites, des M.S.T mais c’est aussi la pathologie psychiatrique, les tentatives de suicide, les auto-mutilations, également le retour en force de la tuberculose ( qu’elle soit ou non une infection opportuniste du V.I.H. Et  d’une façon générale, toutes les pathologies liées à l’exclusion, difficultés auxquelles, il faut bien souvent ajouter l’obstacle de la langue. 1/4 voire 1/3 des détenus ne comprennent pas ou comprennent mal le Français .

Il faudrait également parler du Secret Médical, qui, malheureusement, dans ce milieu clos qu’est la Prison, prend trop souvent des allures de secret de Polichinelle.
Docteur Philippe DEHARVENGT

Le Dr Philippe DEHARVENGT, aujourd’hui à la retraite continue à dénoncer les conditions d’accès aux soins des détenus. Pour lui, « la prévention en milieu carcéral relève de l’utopie… Cela tient à la particularité de la population pénale, mais aussi au manque de moyens humains et matériels…»

 

En guise de conclusion, si ce témoignage vous a intéressé, vous pouvez consulter la suite des propos du Dr Philippe Deharvengt.

Cliquez alors sur le lien suivant: http://prison.eu.org/spip.php?article6080

 

Source : Les souverains

https://www.lequotidiendumedecin.fr/actualites/evenement/2018/03/22/surpopulation-carcerale-manque-de-moyens_856327

http://prison.eu.org/spip.php?article710
http://prison.eu.org/spip.php?article6080
http://journals.openedition.org/sociologie/3200

https://www.unitheque.com/Livre/elsevier_-_masson/Psychiatrie_en_milieu_carceral-50320.html

http://www.em-consulte.com/en/article/976838
http://www.em-consulte.com/en/article/976838
https://fr.wikipedia.org/wiki/Idéal-type

DE LA SOUMISSION CHIMIQUE!

Le pharmacologue Gilbert Pépin a mis en exergue la double soumission – chimique et sectaire – des victimes de l’ayahuasca.

 

Femme medecine Caroline Meniere
©Caroline Meniere
Dans son roman Le Meilleur des Mondes, Aldous Huxley évoque la sujétion psychologique des populations avec le Soma,  une drogue qui rend heureux. Grâce aux progrès des neurosciences et de la psychopharmacologie, la soumission chimique est aujourd’hui devenue réalité. Les  substances qui permettent d’assujettir autrui ne manquent pas. 
 La soumission chimique est l’administration à des fins criminelles ou délictuelles d’une substance psychoactive à l’insu de la victime.  L’emprise chimique abolit les réflexes de protection et les réactions de défense,  et il devient facile de profiter sans scrupules de la diminution des performances intellectuelles ou physiques de quelqu’un, de l’amener à agir contre ses intérêts, de le contrôler. L’assujettir, le mettre sous emprise mentale et physique.
Les substances utilisées, dans ce cadre là, mettent en jeu des mécanismes cérébraux inhibiteurs responsables des troubles de la vigilance et de la mémoire. Dans le cerveau,  le degré de vigilance est commandé par le cortex frontal, partie antérieure de l’encéphale, connectée au thalamus, qui reçoit notamment les informations visuelles et auditives de l’extérieur. Pour diminuer la vigilance, il y a des actions complexes du thalamus qui agissent sur le cortex frontal, soit en l’excitant, soit en l’inhibant.

Certaines molécules sont connues pour induire la soumission chimique. À l’instar du gamma-OH ou GHB, la drogue des violeurs, un hypnotique puissant uniquement prescrit sur ordonnance médicale. Le GHB agit sur le siège de la volonté en diminuant l’activité de la partie frontale du cerveau. L’action de ce type de molécules sur le cortex a une autre conséquence chez les victimes: une victime violée sous l’emprise d’une substance chimique sera amnésique de son viol. Durant le temps d’action de la drogue, les souvenirs ne sont pas stockés; ce qui rend difficile l’identification des délinquants sexuels.

Il est possible d’abaisser les seuils de résistance, d’obtenir  artificiellement la confiance d’autrui pour le manipuler avec certaines molécules comme la vasopressine et l’ocytocine, connues comme les hormones de l’amour et de l’attachement. Des neuropeptides diffusées sous forme de spray. L’ocytocine agit sur la perception de la peur, ce qui est démontré par les travaux de Peter Kirsch de l’Université de Giessen (Allemagne). Avec l’ocytocine, un délinquant sexuel obtient la confiance d’une proie sexuelle.

La soumission chimique est un procédé psychosectaire en pleine expansion. Beaucoup de personnes « en recherche » sont séduites actuellement par la pratique du chamanisme, et vont tomber dans le piège de la soumission chimique en ingérant des psychostimulants naturels présentés comme des recettes ancestrales. Sous couvert de développement personnel ou de psychothérapie, des charlatans proposent des ersatz de pratiques chamaniques conjuguées à des drogues puissantes. L’idée de ces chamans de pacotille est de provoquer des États Modifiés de Conscience (EMC) que l’on présente aux victimes comme des « visions chamaniques » propices à une évolution spirituelle.

Ces faux chamans s’inspirent d’authentiques traditions chamaniques qui utilisent des drogues dans leurs rituels. Particulièrement, celle de l’Amazonie et son hallucinogène puissant, l’ayahuasca, une décoction à base de plantes locale comme le banisteriopsis et dont l’effet psychotrope est obtenu avec la psychotria viridis (DMT). Les Indiens d’Amazonie la surnomme en claquant des dents, la « Liane de la Mort» ou  le vin des Morts. Ses effets sont proches de ceux du L.S.D, le psychoactif de référence. De nombreuses victimes sont tombées sous l’emprise chimique et sectaire de l’ayahuasca, malgré l’interdiction justifiée en France, depuis 2005, de la décoction. En Europe, la drogue amazonienne est diffusée par des micro-groupes, fonctionnant en  « système clos », et  elle a acquis le statut d’un outil chimique de manipulation redoutable définis sur le mode de groupes totalitaires, d’officines sectaires. 

Le pharmacologue Gilbert Pépin a mis en exergue la double soumission -chimique et sectaire-des victimes de l’ayahuasca. Consommée ainsi, on a observé des décompensations psychiatriques, des suicides quelques mois après l’avoir prise, des comas et des morts par overdose.

Dans le même registre, les observateurs constatent également la montée en puissance préoccupante de l’iboga, un bois sacré hallucinogène originaire du  Gabon, de la tradition des Bwitis. Il  est aussi appelé le L.S.D africain, ce qui évoque, sans détour, sa parenté pharmacologique avec la molécule chimique du même nom. Dans une édition de 2007, le journal le Parisien rapporte la mort d’un jeune toxicomane alsacien de 26 ans, qui au cours d’un stage de chamanisme africain en Ardèche, avait consommé de l’iboga.

Au regard des progrès fulgurants de la soumission chimique, la plus grande vigilance est de rigueur » constate le Dr Patrick Barriot, enseignant à la faculté de médecine de Montpellier.

Sources
:
Communication, société de médecine légale et de criminologie de France, séance
du 11 septembre 2000: “Un  Nouvel hallucinogène en Europe: l’ayahuasca ou vin de l’esprit”, G.Pépin, M.Chèze, F.Billaut, Y.Gaillard.
In annales de Toxicologie Analytique, vol XVI, n°1, 2004, “Ayahuasca: liane de l’âme, chamans et soumissions chimiques “Ayahuasca: liane de l’âme, chamans et soumission chimique”, G.Pepin, M.Chèze, F.Billaut, Y.Gaillard.

SE SOUVENIR DE SA NAISSANCE AVEC LE CRI PRIMAL, VRAIMENT?

En 2015, l’APA confirme que le cri primal crée des faux souvenirs de naissance.

ac32c0afe5e5e6d1075cb1573b1a7ae0
©Christian Schloe

À partir des années 60, les thérapies New-Age prolifèrent. Parmi elles, le Cri Primal mise au point par Arthur Janov.

Le Cri Primal est une thérapie de psychologie humaniste. Abraham Maslow est le fondateur de l’approche dite humaniste. C’est un modèle de psychothérapie qui cherche à relancer chez la personne, en thérapie, sa tendance auto-innée à se réguler,  à développer son potentiel. La psychologie humaniste est un bon concept, malheureusement, c’est dans ce courant  que se trouvent massivement les pratiques douteuses de psychothérapie et leurs théories pseudo-scientifiques.

C’est à l’occasion de la sortie du livre le Cri Primal en 1970, que le grand public va découvrir son auteur Arthur Janov. Rapidement, ce livre devient un best-seller à l’échelle mondiale. La même année, Arthur Janov et sa femme Vivian Francès vont fonder avec une vingtaine de personnes l’Institut Primal à Los Angeles. La notoriété de Janov s’envole auprès des médias mainstream au point de faire la Une de Vogue, et séduire des célébrités comme John Lennon et Yoko Ono.

La théorie du cri primal repose sur l’idée que toutes les maladies mentales comme la dépression, les psychoses et les maladies psychosomatiques proviennent des « souvenirs refoulés » lors « du premier trauma qui se produit à la naissance ».
Janov a repris à son compte (en partie) la théorie de Otto Rank, un dissident de Freud. Otto Rank parla le premier du trauma de la naissance comme vécu primordial et réservoir du mal-être futur. Le traumatisme de la naissance n’est pas forcément celui qui se passe au moment de l’accouchement, et il faut l’interpréter dans le sens d’une perte, d’une séparation dans la vie perceptive et psychique du nourrisson avec sa mère. Pour Otto Rank, les relations avec la mère sont ambivalentes alors que Freud restera centré sur l’Oedipe.
Les thérapies verbales ne trouvent pas grâce auprès de Janov. Selon lui, elles ne solliciteraient que le cortex cérébral et les aires du cerveau en relation avec le mental. L’origine de la souffrance ne peut pas être soignée si le système nerveux central n’est pas sollicité.

Fort de la théorie de Otto Rank qui divise encore les psychanalystes, Janov va entraîner ses émules thérapeutes à faire retrouver aux patients les souvenirs de leur naissance. Et là, ça se corse!

Dans l’approche théorique de Janov, les deux premières années de la vie sont cruciales pour le développement de la psyché de l’enfant. Inconscient de ce premier trauma que constitue la naissance, il prend forcément un mauvais départ dans la vie. Qu’à cela ne tienne, le Cri Primal peut remédier à ce handicap si le patient récupère -en pleine conscience- le souvenir de sa naissance.
Accéder à ces premiers traumas n’est pas une mince affaire, et ça ne ne se fait pas en une seule séance de Cri Primal! Il faut pour cela que le patient s’engage à participer aux nombreux séminaires du Dr Janov! Tout est prévu!

Au fil des séminaires, les souffrances primaires ainsi débusquées, la méthode de Janov devient « une fontaine de Jouvence » qui permet de résister à toutes les maladies. Janov ira même jusquà affirmer qu’un patient n’a plus besoin de suivre une autre thérapie, avec  le cri primal, il accède à la pleine maîtrise de sa vie. Ce n’est pas un miracle, c’est de la pseudo-science qui défie les lois de la mémoire, et qui ne repose pas sur les règles de l’Evidence Based Médecine!

Outre le livre culte de Janov, il y en a eu pléthore sur cette fameuse révolution primaire. Une fois la mode passée, la plupart d’entre eux ne furent plus réédités. En 1972, Simon et Shuster, deux émules de Janov, ne tarissent pas d’éloges sur les indications du cri primal: alcoolisme, addiction aux drogues, dépression et troubles bipolaires.

En 1991, la deuxième vague du « nouveau cri primal » est présentée comme une amélioration de la méthode, et son champ d’indications s’élargit. Hypertension, cancer, troubles de la libido, phobies, migraines etc. La panacée universelle.

Janov était convaincu que sa méthode était la seule efficace. Mais attention, Janov sélectionnait ses praticiens, et seuls ceux formés dans son institut avaient l’autorisation de pratiquer. Plus tard, il développa l’idée que le cri primal pouvait être une thérapie familiale salvatrice contre l’injustice, la guerre et la maladie mentale.

Pour Janov, « la souffrance primitive » est provoquée par les souvenirs refoulés qu’il résume avec cette magnifique formule: « La maladie mentale est un cri silencieux».

Quand les patients retrouvent la mémoire perdue des traumas des deux premières années de la vie, en sus de celles de sa naissance, cela se manifeste corporellement: on se roule par terre, on hurle de colère, signes révélateurs de leur naissance.
Régression salavatrice (selon lui) au stade du nourrisson ou des deux premières années de la vie.  Ce process est la période primale. Pour que cette régression se fasse dans les meilleures conditions, la salle est aménagée avec des couvertures et des oreillers pour ne pas se blesser et pouvoir crier tout son soul.

La colère est pour Janov un élément essentiel à revivre dans les processus primals. La lecture de cet extrait du cri Primal laisse songeur: « Je crois que le coléreux est le sujet qui n’est pas aimé – celui qui n’a pu être ce qu’il était réellement. En général, il est en colère contre ses parents parce qu’ils ne l’ont pas laissé être lui-même, et en colère contre lui-même parce qu’Il continue à renier son moi. Mais c’est le besoin qui est fondamental, la colère est l’effet secondaire. Elle survient quand le besoin n’est pas satisfait. Lorsque nous considérons le processus primal, nous constatons qu’il se déroule avec une rigueur presque mathématique. Les premiers primals ont souvent pour sujet la colère. Dans la seconde série, il s’agit de la souffrance et dans le troisième, du besoin d’amour. Le besoin et la non-satisfaction de ce besoin cause en général la plus violente douleur. Le processus primal se déroule comme la vie, mais en sens inverse.»

Janov fut l’un des premiers à induire le « syndrome des faux souvenirs »(False Memory Syndrome), le cri primal étant l’une des « premières thérapies de la régression ». Ou encore appelée en anglais MRT (memory recovered therapy).
Ces techniques de la mémoire récupérée cherchaient à faire retrouver des souvenirs enfouis dans l’inconscient à la suite d’un trauma durant l’enfance. Ainsi, des faux souvenirs d’inceste (ou de pédophilie) ont été créés de toutes pièces avec des conséquences tragiques. Certaines personnes se sont retrouvées derrière les barreaux, de longues années pour délinquance sexuelle.

Concernant le syndrome des faux souvenirs d’abus sexuels, Janov n’est pas concerné par sa propagation. Les souvenirs des processus primals sont déjà une épopée à eux seuls, sans qu’on y rajoute les abus sexuels. Mais ses méthodes étaient douteuses pour les faire surgir surtout lorsqu’on sait que la période de l’amnésie infantile est absolue jusqu’à l’âge de deux ans, et qu’ensuite, il y a une amnésie relative jusque vers cinq-six ans où les souvenirs sont épars et incomplets. Se souvenir de sa naissance avec le cri primal, c’est un exploit qui défie les connaissances scientifiques sur le fonctionnement de la mémoire!

Les sessions de Cri Primal se déroulaient dans un hôtel coupé de toute communication (Radio, TV, lecture). Avant de commencer les séminaires, Janov mettait ses patients en privation de sommeil. L’isolement et le manque de sommeil sont des techniques importantes qui, souvent amènent les patients vers le cri primal. La privation de sommeil abaisse les défenses. Il y a eu de sacrées dérives avec Joseph Hart et Richard Corriae, deux émules de Janov. Ils avaient fait dévêtir leurs patients, et les avaient ensuite battu. Le centre ferma, en 1980, à la suite de plaintes et de poursuites judiciaires.

 La méthode de Janov ne fait pas l’unanimité parmi les psychothérapeutes. En 2015, l’APA dans le Journal « Psychology of Consciousness », confirme que le cri primal (avec d’autre thérapies) crée des faux souvenirs de naissance. C’est évident quand ils sont supposés concerner la période de l’amnésie infantile.

La psychanalyste Alice Miller s’est tout d’abord montrée élogieuse envers le Cri Primal, et par la suite, elle s’est rétractée. Selon elle, le Cri Primal pouvait être dangereux s’il n’était pas encadré par des professionnels. Notamment, elle critiqua les croyances sur la force cathartique lors des périodes primales. Si amélioration, il y avait, elle n’était que provisoire. Alice Miller critiqua aussi l’intensité des stages et le «risque de développer une addiction à la douleur».

Le site Pubmed (en langue anglaise) publie quelques articles critiques sur la méthode de Janov. Même s’ils datent des années 80.

En 1989, sur le plan médical, PritkinJ, Balin R et Young H évoquent le risque du syndrome de Mallory-Weiss (déchirure superficielle de la muqueuse à la jonction de l’oesophage et de l’estomac). À force de crier à pleins poumons, comment s’en étonner.

Des comportementalistes évoquent la mauvaise orientation conceptuelle de cette méthode, en considérant que le cri Primal est une approche exotique et à l’éclectisme théorique informe. Voire dangereuse susceptible d’aggraver l’état du malade.

Malgré les nombreuses mises en garde, on ne peut que constater que les racines historiques du cri Primal sont toujours actuelles. Cette méthode séduit encore beaucoup de personnes attirées par le développement personnel et les thérapies alternatives.

De nombreux thérapeutes proposent encore des stages de Cri Primal en France et en Europe, et certains soignants sont toujours élogieux envers cette méthode New Age.

Le livre « Le Cri Primal est toujours un best-seller, et son contenu théorique peu scientifique malgré les affirmations de son auteur, pour qui n’a pas l’esprit critique peut toujours séduire. Surtout si certains passages du livre rejoignent des réflexions personnelles sur la souffrance de la vie et le trauma  de la naissance. La naissance et la mort sont les deux extrêmes de la vie, et il faut bien accepter adulte que « l’enfance est un voyage oublié » (Jean Mallard).
Et si vous voulez vraiment crier, hurler à pleins poumons, vous pouvez toujours le faire derrière votre ordinateur…

 

Sources

Les sources de ce post viennent d’un article de Martin Gardner,  « Primal Scream: A Persistent New Age Therapy », publié dans la revue Sceptique Skeptical Inquirer, il y a plus de 15 ans. 

AUTOUR DU FILM HOLY SMOKE: UNE HISTOIRE D’EMPRISE MENTALE

De nombreuses personnes furent brisées par les techniques de déprogrammation. Une approche pseudo-scientifique à la violence égale aux techniques d’endoctrinement des groupes totalitaires.

Sorti en 1999, Holy Smoke est l’un des films les plus troublants de Jane Campion. Il évoque la difficulté de déconditionner une personne sous l’emprise d’une religion marginale (ou secte). Évaluer le degré d’emprise ou l’adhésion nocive à des croyances spirituelles (ou autres), avec perte du libre arbitre, notion très subjective admettons-le, est difficile à évaluer. Comment définir les critères d’un groupe totalitaire comme une secte?

Holy Smoke met en présence deux protagonistes: Ruth (incarnée par Kate Winslet),  une Américaine convertie à un syncrétisme religieux new age et hindouiste, et un déprogrammeur, P.J Waters (joué par Harvey Keitel). Au cours d’un voyage en Inde, Ruth, tombe sous l’emprise d’un gourou prénommé Baba. Inquiète par son changement d’attitude et ses nouvelles croyances opposées à l’éducation religieuse qui lui avait été inculquée, sa famille demande à un déprogrammeur P.J Waters, de faire revenir la jeune femme à la raison, de la déconditionner.

On assiste dans ce film à des scènes de deprogramming où P.J Waters séquestre Ruth, emploie des méthodes coercitives ( physiques et morales ) pour l’inciter à quitter la secte de Baba et soigner sa psyché endoctrinée. Tombant amoureux de la jeune femme, il échoue dans sa mission,  et ses certitudes seront bouleversées. Ruth restera en Inde chez Baba.

Le film est étrange et déstabilisant en dehors de l’histoire d’amour entre un homme et une femme, et des scènes torrides qui y sont liées. On peut se demander si Ruth est vraiment aliénée à ce groupe religieux marginal, si elle joue de ses charmes pour éviter la coercition mentale et physique employée par Waters pour faire retomber la pression. Holy Smoke est d’abord une fiction mais Jane Campion s’est inspirée de faits réels fort courants dans les années 1990.

L’identité du gourou Baba est à peine déguisée. Il a réellement existé et est mort en 2011. C’était un gourou de Puttaparthi (nord de l’Inde), faiseur de miracles. Il comptait cent millions d’adeptes dont beaucoup d’Occidentaux en quête de recherche spirituelle. Les enseignements de Baba étaient un syncrétisme d’Hindouisme et de Christianisme. Du New Age pur jus. Baba s’était autoproclamé à 14 ans la réincarnation de Saï Baba de Shirdi, un saint de l’Hindouisme mort en 1918. Notre bon Baba de Puttaparthi avait soi-disant la capacité de matérialiser des objets symboliques, de l’or, des bijoux et de la cendre sacrée devant ses adeptes.
Ses devises étaient des plus louables: « aimer tout le monde, servir tour le monde, aider toujours, ne jamais blesser.». C’est ça la force de l’appel des sirènes des religions marginales: le développement de la spiritualité supposée irréalisable dans les religions traditionnelles. La séduction à partir de bons sentiments et la promesse d’une vie dans l’Au Delà paradisiaque, ou bien encore celle d’une meilleure réincarnation.

En 1999, coup de théâtre! L’Unesco annonce qu’elle retire tout partenariat avec l’association de Satya Saï Baba, en raison d’actes de pédophilie perpétrés par le gourou. Ces actes n’ont jamais été prouvés par voie de justice mais on trouve sur le net de nombreux témoignages d’Occidentaux, relayés notamment par le GEMPPI.

Baba a été accusé de charlatanisme. Il réalisait des tours de magie en les faisant passer pour des miracles. Réalisant la supercherie, certains adeptes se sont détournés de lui. De reconnaitre que pour les gens de son village, il s’est montré un bon samaritain. Il a créé un véritable trust, et la fortune de « Babaji » (saint homme) a été estimée à 170 millions de dollars.

Cette fortune provenait essentiellement des dons des adeptes occidentaux en quête de spiritualité. Avec cette fortune, il a fait construire une ville moderne et un hôpital où il est mort. Ses centres d’enseignement pour Occidentaux étaient décrits comme des villages comparables à ceux du Club Med. Distributions gratuites et à foison de glaces, et buffet luxuriant à l’Occidentale.

La face obscure de Baba à l’instar des deux visages de Janus montre qu’il était un gourou, terminologie culturelle en Inde, mais en Occident, elle renvoie à une personnalité totalitaire (et charismatique) comme on peut l’observer dans les groupes sectaires. Il a été rapporté que certains de ses adeptes avaient subi un conditionnement mental à partir d’E.M.C (état modifié de conscience). C’est une pratique de manipulation bien connue, et dans les grands rassemblements, les individus sont particulièrement suggestibles. Les états d’auto-hypnose durables peuvent favoriser des hallucinations individuelles et collectives.

L’autre versant du film est celui d’une spécialité qui est celle du « déprogrammeur de sectes ». Cette pratique controversée est apparue aux États-Unis à la fin des années 70, en plein boum du New Age, foisonnant de nouveaux mouvements religieux (NMR). La déprogrammation fait usage de la force en enlevant et en séquestrant l’adepte pour le forcer à abjurer ses nouvelles croyances jugées erronées ou dangereuses. La coercition physique, ni plus ni moins.

Comment a-t-on pu concevoir une telle une méthode, ayant pignon sur rue, à base de coercition mentale et physique pour sortir les gens des groupes sectaires?

Les parents qui se tournaient vers les déprogrammeurs ont été séduits par ces méthodes d’exfiltration et de déconditionnement suivies de re-conditionnement. Comme si le cerveau d’une personne était programmable à l’instar d’un ordinateur. La technique était présentée sous le masque d’une méthode scientifique agréée officiellement.

Le deprogramming s’est développé sans contrôle jusqu’en 1980. Pour Anton Shupe et Susan E.Darnel, la théorie du deprogramming est pseudo-scientifique. À leur début, ces spécialistes des sectes, intervenaient en évoquant leurs actions comme de la déprogrammation. L’idée reposait sur le postulat de l’endoctrinement, du lavage de cerveau subis par les adeptes. Cela supposait que « les jeunes convertis étaient incapables de gérer leur propre vie et de prendre des décisions » (Shupe et Bromley 1980). Les premiers exfiltreurs de sectes pensaient que l’opinion publique plébiscitait leurs méthodes. Ils cherchaient à restaurer la personnalité antérieure de l’adepte, et leurs méthodes reposaient sur la coercition mentale et physique. Elles étaient justifiées comme «un mal nécessaire ou une réponse appropriée à une crise sociale et mentale» (Delgado, 1977, 1984). Finalement, pour les chercheurs en sciences sociales, la déprogrammation fût perçue comme de la répression spirituelle.

La plupart des chercheurs en sciences sociales se sont opposés au développement du rôle interprétatif et pseudo-scientifique de la déprogrammation en santé mentale. Depuis 1990, il n’y a quasiment plus d’enlèvements par les déprogrammeurs. Ils ont été remplacés par des consultations et des programmes de départ volontaire des adeptes de ces sectes: l’exit counseling, plus efficace et moins controversé que la déprogrammation.

Les réussites des Exit Counseling (conseillers de sortie) reposent sur les processus de changement d’attitude connu en psychologie sociale, la théorie de l’engagement et la modification comportementale. Mais « ces conseillers en sortie » continuent de décrire leurs succès en termes de contrôle mental et de personnalité réorganisée. Si leurs méthodes sont critiquées par les sociologues de la religion, elles auraient plus la faveur des professionnels de la santé mentale. Sans qu’on en sache plus. Probablement par des béhavioristes et comportementalistes.

Un grand nombre des techniques pour faire sortir quelqu’un d’une secte proviennent d’un certain Joe Szimhart. Il a été impliqué dans 300 cas dont 10% d’exfiltrations forcées. En 1991, il a arrêté ces deprogrammings forcés en raison d’accusations criminelles portées contre lui lors de l’échec d’une déprogrammation dans l’Idaho.  Une profession lucrative lorsqu’on sait que les honoraires de Szimhart en 1991 se situaient entre 300 et 400 dollars par jour. Un quart seulement de ses consultations par téléphone étaient gratuites.

 Le sociologue Kent a interrogé des centaines d’adeptes, d’ex adeptes, des membres de leur famille qui  avaient été concernés par la déprogrammation. À cette époque, les déprogrammations forcées étaient fréquentes. Les parents qui faisaient appel aux déprogrammeurs croyaient sincèrement que leurs enfants étaient victimes d’un lavage de cerveau du à certaines techniques totalitaires attribuées aux religions marginales.

Il faut remettre la notion de lavage de cerveau dans le contexte des années 70. Cette notion a marqué l’esprit de l’opinion publique par des faits divers médiatisés comme l’affaire Charles Manson et l’assassinat de Sharon Tate, la compagne de Polansky et celle de Patricia Hearst, fille d’un magnat de la presse, kidnappée qui va tomber amoureuse de son ravisseur. Et en 1978, il y a eu l’assassinat suicide de Jim Jones et de ses disciples à Jonestown (Guyana, colonie britannique). Jim Jones était le pasteur d’un groupe religieux d’inspiration protestante qui avait fondé le « Temple du  peuple », une colonie agraire. Il mena des centaines d’adeptes dont 300 enfants dans un suicide collectif au cyanure. La thèse de l’assassinat est mêlée à celle du suicide collectif dans cette tragédie.

Toutes ces affaires médiatisées ont contribué à ancrer dans l’esprit du public la notion de groupe religieux dangereux et liberticide, et permis aux déprogrammeurs de première génération de proposer leurs services pour aider les parents, victimes indirectes de ces religions marginales. Le remède fût parfois pire que le mal. De nombreuses personnes furent brisées par les techniques de déprogrammation. Une approche pseudo-scientifique à la violence égale aux techniques d’endoctrinement des groupes totalitaires. Les personnes étaient privées de sommeil et surveillées en permanence par les déprogrammeurs. Le harcèlement était incessant à la manière des interrogatoires policiers. Les victimes étaient poussées à bout dans leurs retranchements psychologiques, et à un certain moment craquaient en faisant repentance.

L’un des indices de succès du déprogramming, interprété comme un signe de la libération de la personne (comme s’il s’agissait d’un exorcisme) était le « soulagement émotionnel » de la victime. Elle a enfin retrouvé la raison!

Quelques témoignages, relatés de-ci de-là, montrent la brutalité des méthodes censées rééduquer la personne qui était supposée avoir subi un « lavage de cerveau ». Entre autres, celui de David Moore, adepte de Hare Krishna à Los Angelès, qui fut enlevé et séquestré dans une chambre de motel à Chula Vista (Californie). Il fût malmené par un déprogrammeur commandité par ses propres parents, qui selon lui, l’a battu et harcelé mentalement, torturé avec de la glace sur le corps jour et nuit afin de lui faire renier ses croyances religieuses.

Une adepte de Moon, Sherri, 26 ans fût séquestrée chez elle pendant 75 jours avant de pouvoir s’échapper. Les fenêtres avaient été scellées et les serrures changées et fût soumise à l’Inquisition par les déprogrammeurs. Sans résultat.

Brian Sabourin, un adepte de Moon, vécut la même épreuve qui se solda par une dépression.

Dans les années 80, Le psychiatre Robert Jay Lifton recommande de bannir la terminologie de lavage de cerveau. Ce terme a engendré beaucoup de confusion. Robert Jay Lifton, dans son ouvrage « Psychologie du totalitarisme » a dégagé huit critères permettant d’évaluer le totalitarisme idéologique et sa mise en oeuvre dans des groupes, institutions, etc.

Robert Jay Lifton s’est illustré dans l’étude des méfaits de la guerre sur la psyché humaine. En 1961, il s’est penché que la manipulation mentale pratiquées par les sectes ou la Chine maoïste. Il a créé le terme de « Though-Terminating cliché ». Il s’agit de phrases, d’aphorismes ou de notions aptes à empêcher une réflexion d’aboutir. C’est un procédé rhétorique de manipulation utilisé régulièrement pour souder une société, une communauté religieuse. C’est un raisonnement fallacieux.

Le psychologue Edgard.H.Schein a posé le problème de l’endoctrinement généralement accepté dans notre culture et celui des prisonniers de guerre américains en Corée poussés par leurs geôliers à devenir communistes. Il s’est interrogé pour savoir si la méthode tient au contenu de l’endoctrinement ou bien à la persuasion coercitive. « Dans sa structure fondamentale, la persuasion coercitive chinoise n’est pas tellement différente de la persuasion coercitive dans les institutions de notre société dont le but est de modifier les croyances et les valeurs fondamentales.»  Pour Shein, les techniques de « lavage de cerveau » dans les camps de prisonniers ont généralement été inefficaces. Elles n’obtiennent que la modification du comportement sur le court terme. Son point de vue a été critiqué par ceux qui allèguent une modification profonde de la psyché dans le cas des techniques prosélytes utilisées dans les religions marginales ou groupes totalitaires. Edgar Shein reconnaît la difficulté de discerner la coercition acceptée et la coercition subie. L’information reste encore le meilleur moyen de prévention sur les techniques de prosélytisme des groupes totalitaires.

Après, le degré d’emprise mentale avec celle de la perte du libre arbitre reste à définir, et  c’est subjectif. Si l’on aide un adepte à sortir d’une secte, comment l’aider à se reconstruire en sachant qu’il est impossible de retrouver sa personnalité antérieure?  L’ex-adepte doit pouvoir s’insérer dans la société et vivre comme tout le monde.

Le métier de déprogrammeur a changé depuis ses débuts. En 1988, un ancien adepte de Moon,  Steven Hassan a créé le concept d’exit-counseling, exfiltreur de secte. Il avait lui-même subi un deprogramming qui l’avait laissé sur le carreau. Il a quitté la secte mais l’esprit en miettes: « Je comprends que mes parents m’aient fait subir ce qu’on appelle « un deprogramming »mais je n’en suis pas sorti indemne d’une certaine façon, ils ont utilisé les mêmes armes que la secte. » Pendant des années, il mettra au point une méthode basée non sur la contrainte mais sur le dialogue avec la famille et l’adepte. Un exit counseling réussi « est le fruit d’un long travail en amont et d’une collaboration étroite avec les proches de la victime. » Steven Hassan est à la tête d’une véritable entreprise, le Freedom Of Mind Resource Center (Massassuchets). Il a exfiltré des centaines de personnes.

Et l’exit counseling en Europe?

Il existe en Italie et a été introduit en France depuis quelque années par un avocat. Il a été utilisé, notamment, avec une partie des « reclus de Monflanquin ». L’affaire se termina par la condamnation à dix ans de prison du gourou Thierry Tilly. L’exit counseling est très peu connu en France. Il est coûteux (parfois plus de 20 000 euros), et il serait mis en oeuvre des techniques de psychologie comportementale.

L’équipe, selon le Nouvel Obs, se compose de cinq personnes: un détective, deux psychologues, un psychanalyste et un avocat. Sous la supervision d’un avocat chargé du respect du cadre légal. « L’intervention se monte comme une interpellation dans le milieu judiciaire », raconte un gendarme en contact avec le groupe. Cette technique étant confidentielle en France, il est de bon aloi d’être dans la suspension du jugement tout en s’interrogeant de savoir s’il n’y a pas d’autres méthodes prônées par les professionnels de la santé mentale pour aider les victimes à sortir du piège de l’emprise mentale. Voilà l’état des lieux de l’exit counseling d’aujourd’hui, et on ne dispose pas suffisamment de données pour évaluer l’efficacité et le bien fondé de cette méthode sur le plan de la psyché. « Le totalitarisme veut atteindre la racine même de la pensée et de la sensibilité, tuer la source de l’indépendance intellectuelle et morale en chaque individu…il veut se substituer à nous en chacun de nous, régner en maître à l’intérieur des consciences.» (Jean-François Revel).

Holy Smoke de Jane Campion reste un film sur les incertitudes de la spiritualité, le choix des croyances religieuses et le libre arbitre, et sur la manipulation mentale. Nous sommes tous manipulés et tous manipulateurs.

Sources:
http://tempsreel.nouvelobs.com/societe/20140716.OBS3843/l-exit-counseling-ou-comment-exfiltrer-les-adeptes-des-sectes.html

« DERNIER JOUR SUR TERRE »: PSYCHOLOGIE D’UN TUEUR DE MASSE.

« Dernier Jour sur terre »n’est pas un polar inspiré de faits réels, c’est un essai clinique magistral qui a sa place dans une bibliographie de sciences humaines.

41WmkAIurHL._SX332_BO1,204,203,200_

Le 14 février dernier fut une journée sanglante en Floride! Une fusillade dans un lycée a fait 19 morts. C’est l’une des pires tueries dans un lycée américain, et ce depuis celle du village de Sandy Hook dans le Connecticut où 20 enfants de primaire et six adultes avaient péri en 2012. Nicolas Cruz, l’auteur du massacre de Floride, âgé de 19 ans, avait été renvoyé du lycée Marjory Stoneman pour comportement erratique; il a choisi le jour de la Saint Valentin pour perpétrer ce massacre. Il se produirait, aux Etats-Unis, en moyenne, plus d’une fusillade par jour. Et il existe une liste, celle de la fusillade de masse (shootingtracker) qui recense les fusillades de masse. Cette appellation s’applique aux carnages durant lesquelles au moins quatre personnes ont été touchées lors d’attaques perpétrées en public, et dont les victimes n’ont pas de lien direct avec les auteurs. Depuis janvier 2013, l’état fédéral américain définit la tuerie de masse lorsqu’il y a au moins trois victimes (tueur non inclus).

Les fusillades en milieu scolaire et universitaire sont recensées dans les tueries de masse. Au cours de ces vingt dernières années, ces tueries sont devenues un phénomène à part entière. Il restera cantonné aux États Unis jusque dans les années 1990, et  à partir des années 2000,  cette notion fut élargie sur le plan international après plusieurs cas de fusillade en milieu scolaire au Canada et en Europe. Face à cette situation, un domaine d’études international a vu le jour. Il est à la croisée des disciplines de la psychologie, de la sociologie et des études de communication.

Les États Unis détiennent le triste record des fusillades en milieu scolaire. La première du genre eût lieu en août 1966. Le premier jour du mois, Charles Whitman abat à la carabine 16 personnes et en blesse trente et une autres du haut de l’une des tours de l’Université du Texas (Austin).

Le mode opératoire du jeune décidé à passer à l’attaque est rôdé. Il prémédite son acte et se rend dans un établissement scolaire -école primaire, collège, lycée-université- pour tirer sur le plus grand nombre de personnes (élèves ou personnel de l’établissement). La singularité de ce phénomène réside dans les fait que les tueurs n’ont pas de cibles clairement établies.

Le livre de David Vann, « Dernier Jour sur terre » autopsie une fusillade scolaire particulière. Celle de 2008 dans l’Illinois. Le 14 février, encore un jour de la Saint Valentin comme celle de Floride, Steven Philips Karzmierczak, étudiant en sociologie, ouvre le feu dans une salle de cours de l’université de Deklab (Illinois). Il tue six étudiants et en blesse quinze autres avant de se suicider en retournant l’arme contre lui.

« Dernier jour sur terre » est une enquête exhaustive sur la psychologie d’un tueur de masse en milieu universitaire, celui de l’université de l’Illinois. Dernier jour sur Terre est également le titre d’une chanson de Marilyn Manson, celle qu’écoute Steve Kazmierczak avant de tirer à bout portant sur ses camarades. « Dernier Jour sur terre » n’est pas un polar inspiré de faits réels, c’est un essai clinique magistral qui a sa place dans une bibliographie de sciences humaines. L’auteur plonge dans la psyché d’un tueur de masse en se comparant à lui par introspection et à partir de son passé d’adolescent.

Car ils ont, tous les deux, d’étranges similitudes. David Vann était à peine âgé de treize ans lorsqu’il hérite des armes de son père qui a mis fin à ses jours d’un coup de revolver. Le livre commence par ce souvenir glaçant: « Après le suicide de mon père, j’ai hérité de toutes ses armes à feu. J’avais treize ans. Tard le soir, je tendis le bras derrière les manteaux de ma mère dans le placard de l’entrée pour tâter le canon de la carabine paternelle, un Magnum 300. Elle était lourde et froide, elle sentait la graisse à fusil. »

Adolescent, David Vann observe par la lorgnette de sa carabine ses voisins tard dans la nuit; l’envie de tirer sur eux ou les élèves de sa classe lui trotte parfois dans la tête.  Il échafaude des scénarios et imagine sensations qu’il éprouverait en tirant sur des cibles humaines. C’est son père qui l’a initié au maniement des armes. Il lui a appris à observer les braconniers à travers la lunette de sa carabine. Avec le consentement de sa mère, David commande par correspondance les cartouches. Cette culture des armes est inconcevable dans notre pays, et est sujette à débat outre Atlantique, mais pour la comprendre, il faut se référer au deuxième amendement de la constitution qui garantit pour tout citoyen le droit de porter des armes. Chaque état a une législation particulière.

David Vann va enquêter sur la personnalité de Steve Karzmierczak pour le magazine Esquire;  ce qui lui facilite l’accès aux archives de l’affaire. C’est un pavé de mille cinq cent pages dont la consultation avait été refusée à tous les médias prestigieux en passant du New York Times, au Chicago Tribune, au Washington Post, à CNN. Pour David c’était l’opportunité rêvée pour réfléchir à son parcours d’adolescent fasciné par les armes à l’instar de Steve  Karzmierczak.
« J’y ai découvert l’histoire d’un garçon qui avait failli éviter de se changer en tueur de masse, un garçon qui essayait de devenir quelqu’un à l’issue d’une enfance malheureuse, d’un passé émaillé de maladies mentales, un garçon cherchant à atteindre le Rêve américain, qui ne se résume pas à l’argent, mais qui consiste à se reconstruire.»

Le projet initial de David Vann était d’écrire un livre sur la personnalité de Steve, comme   une victime qui se suicide et non comme un tueur de masse. Il consulte les articles de presse  avant de rencontrer les professeurs et l’entourage de Steve K. Tout au long du livre, David Vann a le courage de mettre en parallèle sa vie avec celle de Steve K. Tout comme lui, il a accès à la drogue facilement.  Mais les ressemblances entre eux deux vont vite s’arrêter. Steve K s’entiche du mouvement gothique, écoute Marilyn Manson, le chanteur gothique, souffrir de dépression et côtoyer des gens atteints de troubles mentaux. L’un des moments les plus marquants de la vie de Steve est son séjour au foyer Mary Hill, un foyer situé dans un quartier difficile afro-américain où règne la violence. Sur son évaluation psychiatrique, il est noté que Steve K fait preuve d’un comportement étrange, son cheminement de pensée est normal, et ses émotions qualifiées de neutres.

On ne peut-être  qu’impressionné par la lecture du traitement suivi par Steve K consigné dans le livre. Lisez plutôt: Prozac (20mg le matin), un antidépresseur. Zprexa (10mg, au coucher), neuroleptique atypique. Depakote, 500 mg le matin puis 100mh d’un régulateur de l’humeur. Ses traitements précédents incluaient du Paxil (antidépresseur), du Cogentin, (anticholinergique), Risperdal (neuroleptique atypique), du lithium et du Cylert pour les troubles de l’attention (ADHA). Une camisole chimique.

Avant de passer à l’acte meurtrier, Steve K avait arrêté son traitement! S’il avait suivi cette prescription, aurait-il ouvert le feu dans cette salle de cours? Qui sait?

Après son enquête, David Vann conclut n’avoir aucun point commun avec Steve K. Il ne partage pas son racisme. Steve K était membre du KKK. Ni son libertarisme, son goût pour les films d’horreur, sa fascination pour les tueurs en série, le service militaire, sa sexualité ambivalente, les rencontres obsessionnelles sur le Net, les prostituées, les médicaments, le passé psychiatrique de ses amis dealers, les tatouages, la mère déséquilibrée.

Le seul point commun qu’ont les deux jeunes gens est la fascination pour les armes. Selon David Vann, ce n’est pas parce qu’on possède une arme que la destinée fait de vous un meurtrier. Au fil de son enquête, David Vann est convaincu que le destin de Steve était déjà tracé avant qu’il ne quitte le lycée, et que l’escalade de  violence qui l’a mené à ce massacre était inéluctable.

Après le carnage de Deklab, l’Illinois a tenté légiférer pour limiter l’achat des armes. Un pistolet par mois, soit tout de même la bagatelle de douze armes par an! Peine perdue, le lobby des armes y a mis son veto.

Steve K a abattu cinq étudiants, et il y a les rescapés. Brian, témoigne de l’horreur vécue par les victimes: « J’ai essayé de jeter un coup d’œil derrière l’estrade pour l’apercevoir, mais, à l’instant où je l’ai vu, il s’est tourné et m’a repéré. Il a fait volte-face et il a tiré, et il a appuyé à de multiples reprises sur la détente de son Glock. Il m’a mitraillé. J’ai été touché à la tête. C’était comme de recevoir un coup de barre. Je suis tombé face contre terre, et tout ce qui m’est venu à l’esprit, c’est : je viens d’être abattu, je suis mort. J’ai heurté le sol, les yeux fermés, un sifflement dans mes oreilles et j’ai cru que c’était le bruit de la mort, quand on pénètre dans l’obscurité.»

« Dernier Jour sur terre » est l’un des livres les plus exhaustifs sur la psychologie du tueur de masse. Sa lecture est éprouvante car il ne s’agit pas d’une fiction mais d’une réalité sanglante.

 

Sources:
http://www.gunviolencearchive.org/methodology
http://www.shootingtracker.com
http://www.huffingtonpost.fr/2016/12/03/cette-video-de-prevention-contre-les-tueries-de-masse-dans-les-e/
http://www.telerama.fr/monde/fusillades-aux-etats-unis-les-chiffres-qui-tuent,132224.php
https://sejed.revues.org/8265?lang=en

http://newsoftomorrow.org/histoire/modernite/chronologie-des-fusillades-et-agressions-dans-des-etablissements-scolaires-et-ailleurs