WILD WILD COUNTRY

Ce sont six épisodes d’une heure où l’on ne s’ennuie pas un seul instant.

Si vous êtes intéréssé par la mécanique des sectes, ne manquez pas Wild Wild Country, un documentaire fabuleux proposé par Netflix. Il figure dans la bibliographie et la filmographie du dernier rapport de la MIVILUDES. Conçu comme un thriller haletant, c’est une plongée dans l’univers sectaire du gourou Bhagwan Shree Rajneesh connu en Occident sous le nom d’Osho (nom qu’il prit dans la décennie 1970/1980).

Ce documentaire réalisé par Chapman et Maclain Way est un travail colossal d’archives, montage de séquences et d’interviews des protagonistes de l’époque aussi bien dans le camp des adeptes d’Osho et de ceux qui l’ont combattu. Et c’est là où c’est magistral car cela permet au spectateur de prendre la mesure du phénomène sectaire à l’instar de jurés lors d’un procès. Ce sont six épisodes d’une heure où l’on ne s’ennuie pas un seul instant.

Tout commence en 1981, dans le comté de Wasco (Oregon) près du village d’Antelope peuplé de quarante six âmes. Ses habitants sont des conservateurs (Républicains) à la retraite, d’anciens ouvriers venus s’offrir un ranch pour y couler des jours heureux. L’un d’eux, John Silvertooth décrit Wasco comme « Une bourgade tranquille au milieu de nulle part. Isolée du monde.» Le petit coin de paradis des retraités va être chamboulé du jour au lendemain par l’arrivée des adeptes de la secte de Bhagwan Shree Rajnesh chargés de préparer le terrain pour l’installation du gourou en Amérique, réputée pour sa liberté religieuse érigée en droit fondamental. Plus de cinq ans de luttes intestines entre les habitants et la secte. Et pas des moindres: des violations en série des lois sur la fiscalité, sur l’immigration, la constitution d’une milice privée armée jusqu’aux dents, des tentatives de meurtre sur les membres influents de la secte et une attaque bioterroriste.

Mais qui est Bagwhan Shree Rajnesh? Quelques précisions sur lui et aussi quelques recherches personnelles que j’ai faites en dehors du synopsis du documentaire.

Rajneesh est né en Inde en 1931, et il est un « Godman ». Ce terme est important pour comprendre l’engouement autour de Rajneesh. « Godman désigne en Inde un demi-dieu possédant des pouvoirs paranormaux divers comme par exemple celui de guérison, de télépathie et le don d’influencer le futur. Ces demi-dieux qui sortent du lot de la condition humaine ordinaire ont souvent l’aval de larges pans de la société, et notamment de politiques qui souscrivent à leurs oeuvres de bienfaisance (construction d’hôpitaux ou d’écoles) auprès d’une population démunie et croyante en la roue de l’existence karmique (ou de la roue du Dharma). Face à ces croyances populaires, la FIRA (Federation of Indian Rationalist Associations ou Fédération des associations rationalistes indiennes a pour vocation de montrer en Inde les secrets de fabrication de ces charlatans, illusionnistes à la Houdini. L’un de ces Godman est Satya Baba évoqué dans ma recension du film Holy Smoke.

Notre demi-dieu Rajhness/Osho est bardé de diplômes. Il a obtenu en 1952, l’équivalent de l’agrégation de philosophie, et devient en 1957, professeur des universités. Il critiquait l’orthodoxie des religions et se considérait comme un athée irreligieux et à l’opposé des préceptes de vie fondés sur l’ascétisme et la frugalité. Ce que démontrera plus tard son train de vie fondé sur les donations de ses fidèles occidentaux.

Les disciples initiés de Bagwhan Shree Rajnesh vêtus d’orange s’appellent les néo-sannyasans. Ils étaient vêtus de vêtements orange. L’origine vient sans doute du mot sanscrit « sannyasā » généralement traduit par « renonciation ». C’est le renoncement au monde intronisé par le maître spirituel. Il s’agit du quatrième stade de la vie brahmanique où les désirs et les attachements sont brûlés dans le feu de la connaissance symbolisé par le port d’une robe orange.

Concernant nos néo-sannyasans, c’est le contrepied! Pas de renoncement à une libido active qui prône l’amour libre, celle de la période hippie du « Peace and Love », pas de mortification matérielle quand on sait que Baghawann shree Rajneesh avait une collection importante de rolls-royce. Les adeptes d’Osho étaient aussi appelés les Orange People (ça sonne comme un groupe de Pop Music) et plus tard, les robes furent rouges, roses et marrons.

Osho est le créateur de la méditation dynamique particulièrement adaptée aux Occidentaux. Dans le film, on voit les adeptes se livrer à cette pratique de dynamique de groupe avec des manifestations corporelles où le cri est présent, et quelques explications à son sujet s’imposent car la méthode d’Osho diffère des autres formes de méditation. Elle a inspiré nombre de thérapies du Mouvement du potentiel humain où de nombreux thérapeutes du new Age sont venus dans ses ashrams faire leurs classes .

La méditation dure une heure, et cinq phases d’exercices successifs sont proposées. Contrairement aux autres formes de méditation qui requièrent de faire le vide dans ses pensées et prônent le calme, la méditation dynamique semble en être le contrepied. Elle implique d’être à l’écoute de soi, sur le « qui vive ». « La méditation dynamique est une méditation chaotique, une folie méthodique.» Tout ce qui est réprimé en vous doit sortir.»

-La première phase est la respiration chaotique et rapide par le nez.

-La deuxième phase est la libération de la folie engrangée lors de la première phase. Je la compare au quart d’heure de folie du chat où le félin partage un moment de joie intense avec ses maîtres en miaulant, sautant de meuble en meuble, jetant ses jouets à grelot avec force vigueur dans toutes les pièces de la maison. C’est pour moi le résumé de la méditation dynamique et sans spécisme! Avec mauvais esprit, j’en conviens!

Bref, pour revenir à des propos moins excentriques, lors de la deuxième phase de la méditation dynamique, tout est permis: De l’expression corporelle intense au cri libérant les émotions les plus enfouies et libérant le conditionnement sociétal: Si vous voulez sauter, sautez.Si vous voulez danser, dansez. « Si vous voulez hurler, hurlez. (ce n’est ni plus ni moins le cri primal)! Bagwhann a été fasciné par les nouvelles thérapies (tout un poème de dérives de la psychothérapie) testées à l’Institut Big Esalen, et il les a introduites dans sa méditation dynamique avec des psychologues.

-La troisième phase de la méditation dynamique tourne autour du son « HOU » (ou « HOO »). Un mantra. Après 30 minutes de cet exercice vocal accompagné de libération physique, à l’injonction « Stop », l’adepte doit rester pétrifié tel une statue de pierre durant 15 minutes dans la position dans laquelle il observe son propre corps.

La récompense suprême pour la pratique de cette méditation dynamique est d’acquérir, la lumière, la joie et la présence divine. C’est tentant, avouez le, pour qui aime le New Age! Hors champ du documentaire, j’ai trouvé sur le site Pubmed un article du Jclin Diagn Res, publié en 2016, sur l’effet de la méditation dynamique d’Osho sur le niveau de cortisol sérique.

Succinctement résumé, si le taux de cortisol sérique est élevé, c’est votre santé mentale qui est affectée. La baisse du taux de cortisol agit sur le stress. Il est ainsi écrit en conclusion de cet article « que la méditation dynamique Osho produit des effets anti-stress. Le mécanisme d’action pourrait principalement être attribué à la libération d’émotions refoulées et d’inhibitions et de traumatismes psychologiques. Ainsi, la méditation dynamique pourrait être recommandée pour l’amélioration du stress et des troubles physiques et mentaux liés au stress. ». Le but d’une telle étude était (ou est) d’introduire la méditation dynamique dans les hôpitaux.

Mais peut-on séparer une technique de méditation de l’idéologie sectaire d’Osho même s’il est mort? Son enseignement demeure et reste encore une entreprise lucrative. Cette étude est un cheval de Troie, un classique des dérives sectaires de la psychothérapie.

J’ai voulu en savoir plus sur le journal JCDR, et comme on peut le lire noir sur blanc, c’est une revue indienne émanant d’une fondation spécialisée dans la médecine aryuvédique. De plus, cette revue indienne ne participe plus à PMC, c.a.d à l’archive qui donne accès gratuitement au texte intégral d’articles de revues biomédicales et des sciences de la vie, lancée en février 2000 par la National Library of Medicine des National Institutes of Health (NLM/NIH) aux États-Unis. De la pseudo-science qui avance masquée même s’il est fait mention du taux de cortisol.

Après ces digressions, revenons au documentaire Wild Wild Country. L’arrivée de l’avant-garde néo-sannyasan comprenant sa disciple secrétaire et porte-parole d’Osho Ma Anand Sheel perturbe la vie de cette bourgade. C’est Ma Anand Sheel et son mari qui achètent le Big Muddy Ranch près d’Antilope, et très vite, le ranch se transforme en une ville moderne grâce aux adeptes issus de tous les corps de métier du BTP et de la société civile qui vont mettre la main à la pâte et au porte-feuille. De l’ingénieur à l’architecte en passant par l’agriculteur et autres métiers. La ville sera rebaptisée Rajneeshpuram et comprendra des hôtels,un aéroport, des boutiques et 8000 mètres carrés de halls de réunion sous la gérance de Ma Anand Sheel. « Les images d’archives » montrant la construction de cette ville en un temps record sont impressionnantes, et on peut mesurer le succès de cette secte à ce monde grouillant dans la ville. La Babylone du New Age.

La tension continue de monter entre la secte et les habitants. Certains habitants son harcelés par les néo-sannyasans qui épient leurs moindre faits et gestes et les photographient dès qu’ils sortent de chez eux. le ton monte et les habitants songent à déloger les adeptes par les armes. Pour riposter, A.Sheel le bras droit d’Osho va créer sa milice avec des adeptes formés au tir et armés de Uzi.

Les adeptes de la secte réussissent à s’introduire petit à petit dans le conseil municipal pour imposer leurs règles, mais ils voulaient plus de pouvoir. Ils souhaitaient neutraliser la population votante de la ville pour gagner les élections de 1984 dans le comté de Wasco. Ma Ananda Sheel avec une poignée de disciples met au point une attaque bioterroriste. C’est une intoxication alimentaire en contaminant délibérément une douzaine des bars à salades des restaurants locaux du comté avec la bactérie responsable de la salmonelle. 750 personnes furent empoisonnées, 45 personnes furent hospitalisées et il n’y a pas eu de décès. Cette contamination et décrite comme la première attaque bioterroriste aux États-Unis et la plus importante de l’histoire américaine. Ma Ananda Sheel sera arrêtée en 1985 en Allemagne puis extradée aux États-Unis en 1986. Elle sera condamnée à 24 ans de prison, à une forte amende et à des dommages et intérêts pour le comté de Wasco. Elle sera relâchée au bout de deux ans pour bonne conduite.

Et Osho dans le reportage? Évidemment, on le voit arriver accueilli dans l’ashram tel une rock star par ses adeptes dans l’une de ses 93 Rolls-royce. Les archives font état du silence public d’Osho qui cessa le 30 octobre 1984. Ses nombreuses démêlées avec la justice américaine mèneront à son arrestation à bord d’un jet privé loué avec une poignée d’adeptes en route vers les Bermudes. Il sera condamné à dix ans de prison avec sursis et à une forte amende et assigné à quitter les États-Unis sans y revenir au moins avant cinq ans. Par la suite, ses tribulations continuèrent de pays en pays jusqu’à sa mort le 19 janvier 1990 à Puna (Inde).

Le groupe va disparaitre après l’attaque bioterroriste de The Dalles. et les habitants ont repris le cours de leur vie. Aujourd’hui Antelope est devenu l’un des plus grands camps de jeunes Chrétiens du monde.

Dans Wild Wild Country, les interviews des protagonistes éclipsent Osho qui en devient presque un personnage secondaire. Outre le personnage de Ma Ananda Sheer, l’un des avocats d’Osho, Philippe Toelker à travers ses interviews montre les zones d’ombre que l’on peut trouver chez certains adeptes partagés après la disparition de l’ashram américain entre nostalgie et regrets de ne pas avoir pu continuer l’oeuvre d’Osho.

Le portrait de Ma ananda Sheel est celui qui a le plus retenu mon attention. Si on ne peut s’empêcher de trouver Philippe Toelker sympathique par son pragmatisme et sa vision des faits exposée factuellement, Ma Ananda Sheel est un personnage trouble. Et ce qui est fascinant, c’est sa faculté à rebondir après le démantèlement de la ville de Rajneehpuram, elle s’est installée dans la Suisse profonde et a repris son nom de femmes mariée, Sheela Bernstein.

Elle a ouvert un centre pour handicapés constitué de deux maisons; l’un est Matrusasdem et l’autre Bapusaden. C’est le foyer de la dernière chance et des exclus du système de prise en charge classique.«Nous sommes connus pour traiter des patients difficiles qui n’ont pas trouvé de place dans d’autres instituts à cause de leur handicap. Nous avons des gens qui ont visité 15 autres foyers et aucun n’a fonctionné pour eux», dit Sheela. Le fonctionnement de son centre est atypique et s’est inspirée quelque part des ashrams d’Osho. L’état suisse couvre une partie ou totalement les frais d’hébergemenbt des pensionnaires.

Ce qui est intriguant c’est qu’elle garde dans sa chambre une photo d’Osho à qui elle sert du champagne. Surprenant quand on sait qu’Osho a rejeté sur elle l’entière responsabilité de l’attaque de The Dalles et qu’il l’a déchue de ses reponsabilités dans son ashram américain. Elle continue à parler de lui en termes élogieux: « C’est une couronne que je porte encore aujourd’hui et je n’ai jamais eu honte. Ce fut un honneur de vivre près d’hommes comme Bhagwan. Il a eu une influence majeure sur mon expérience de vie, qui en retour influence mon travail», dit-elle.

Et c’est bien toute la problématique de l’endoctrinement sectaire. C’est un processus en trois étapes: d’abord la séduction (l’attrait de la nouveauté, Peace and Love, exotisme car l’herbe est plus verte ailleurs pour la spiritualité), puis vient la destruction de l’ancienne personnalité avec l’enseignement du gourou et la rupture avec l’ancien mode de vie, et la dernière étape est celle de la reconstruction de la personnalité suivant les normes du groupe sectaire. Et justement, les interviews des figures majeures du mouvement d’Osho montrent cette problématique de l’endoctrinement sectaire. Et il y a un impossible retour en arrière sur la personnalité d’antan quand on sort de la secte. La prévention reste le meilleur outil de lutte contre les dérives sectaires.

GAGATORIUM, QUATRE ANS DANS UN MOUROIR DORÉ, UN LIVRE EN PLEIN DANS LE MILLE!

Déjà, le néologisme de gagatorium fait mouche en illustrant à lui l’infantilisation des personnes âgées et préfigure la maltraitance sous toutes ses formes.

Couverture du livre de Christie de Ravenne, auteur du livre « Gagatorium, quatre ans dans un mouroir doré ».

En novembre dernier, j’ai écrit un billet sur les conséquences délétères des restrictions sanitaires dans les résidences pour séniors en France et en Europe. Une tragédie pour les résidents et leurs proches qui n’ont pu être présents auprès d’eux! En France, avec la flambée des contaminations due au variant omicron, un certain nombre d’Ehpad ont refermé leurs portes pour confiner de nouveau les résidents pourtant dûment vaccinés avec les trois doses. Les visites sont de nouveau restreintes aux familles et de nombreuses activités sociales suspendues même en dehors des Ehpad. Tous les Ehpad ne sont pas concernés par ces mesures liberticides certes et les contradicteurs rétorquent que statisquement, il s’agit d’une minorité d’Ehpad! L’humain et la compassion ne se quantifient pas! X C’est encore trop et le bien-être des résidents? Leur moral?

Des gériatres sont vent debout contre ces mesures de confinement. La Société française de gériatrie et de gérontologie veut éviter « d’entraver les libertés des résidents »Dans un communiqué, elle demande de revoir les protocoles sanitaires dans les Ehpad car « nous ne sommes plus face au même virus » avec la circulation du variant Omicron. « Nous ne pouvons donc plus apporter les mêmes réponses médicales sur le terrain que celles que nous apportions face au variant Delta », assure la Société de gériatrie. 

Adeline Comas-Herrera, économiste de la politique du vieillissement, a constaté que de nombreux pays européens avaient été trop loin dans les restrictions sanitaires envers les résidents de maisons de retraite. Elle appelle de ses voeux « que lorsqu’une personne se rend dans une résidence, elle continue d’avoir le droit à une vie de famille et de décider de son quotidien.» C’est manifestement raté quand les témoignages des familles s’accumulent. Sans se faire d’illusions, on se dit que si actuellement si ce n’est pas « joyeux », avec le temps, les conditions de vie des séniors dans les résidences (ou dans d’autres structures plus accueillantes) s’amélioreront après une remise à plat de ce modèle institutionnel en faisant pression sur les instances gouvernementales. L’approche envers la prise en charge des grands séniors dans les Ehpad est obsolète, c’est ce qu’a montré la pandémie.

Si la pandémie l’a mise au grand jour, la maltraitance physique et psychologique des personnes âgées dans le milieu institutionnel ne date pas d’hier. L’actualité l’illustre encore avec la sortie du livre Les Fossoyeurs, Révélations sur le système qui maltraite nos aînés (publié chez Fayard) du journaliste et réalisateur Victor Castanet. Il y dénonce les conditions épouvantables dans lesquelles vivent les séniors dépendants des maisons de retraite du système Orpea! Il ne prétend pas que dans tous les Ehpad privés, les résidents sont maltraités mais il veut montrer que pour certains décideurs la vieillesse est devenue, selon lui, un filon lucratif au détriment du bien-être des résidents. Quelques extraits de ce brûlot qui fait le buzz sont partagés sur twitter. Je n’ai pas lu ce livre mais les extraits publiés dans le presse sont éloquents. Ce que vivent les résidents est innommable.

Et pourtant d’autres livres sur la maltraitance du grand âge ont déjà lancé l’alerte. Il y a celui de François Nénin et de Sophie Lapart, sorti en 2011, L’Or Gris. « Un gisement d’or gris qui marge à 25%« peut-on lire sur la quatrième de couverture. « Ce secteur du grand âge est un archaïsme en France. On traite nos aînés de façon totalement archaïque et selon des standards très éloignés de ce que l’on pourrait attendre parce que vous n’avez pas le choix.»

Des solutions existent. C’est ce à quoi s’emploie Le gériatre Thierry Le Brun qui a rédigé le guide Améliorer la qualité et le bien-être en Ehpad. Approche humaniste et holistique dans les Ehpad. Évidemment, moins médiatisé que le livre de Victor Castanet, mais il y a une mine de propositions à mettre entre les mains des acteurs de la santé. Pour l’auteur, il est important de valoriser l’accompagnement aux résidents. Dans une interview qui figure sur le site de la maison d’édition Le Coudrier, il cite le cas d’une résidente qui regarde la télévision tard dans la nuit. Pour Thierry Le Brun, tout doit être mis en oeuvre jusque dans les moindres détails dans l’Ehpad pour que cette résidente puisse la regarder à sa guise.

Je n’ai pas attendu l’actualité pour me sensibiliser à la maltraitance institutionnelle des séniors dépendants. L’un des livres sur la maltraitance des séniors qui m’a marqué est celui de Christine de Ravenne, publié en 2013, Gagatorium, quatre ans dans un mouroir doré. Déjà, le néologisme de gagatorium fait mouche en illustrant à lui l’infantilisation des personnes âgées et préfigure la maltraitance sous toutes ses formes. J’avais déjà fait une recension de ce livre sur mon blog et je la partage de nouveau car s’il est sorti en 2013, il reste malheureusement d’actualité.

Avec verve, cette ancienne journaliste et conseillère en formation auprès d’entreprises, surnomme l’EPHAD où elle a séjourné « gagatorium ». Cette pétulante sénior de quatre vingt ans, à l’époque, avait décidé de prendre la plume pour dénoncer les conditions de vie dans certains EPHAD.

Quelques extraits forts de ses propos donnent le ton de la vie dans cette maison de retraite bretonne: « J’ai 80 ans et je ne supporte pas d’être enfermée, même dans un mouroir doré sur tranche. Si je sors vivante de mon gagatorium, me suis-je promis, je témoignerai pour tous les vieux qui n’ont pas la parole. Après quatre ans de cauchemar, j’ai enfin pu m’évader de la résidence privée et très bling-bling de Ker-Eden. Mais j’y ai laissé ma santé et mon modeste patrimoine. Aujourd’hui, j’accuse ! J’accuse la mafia de “l’or gris” de commettre bien des abus, en toute impunité, et d’exercer une maltraitance physique, morale et financière sur les vieux. J’accuse les pouvoirs publics, responsables du vide juridique abyssal qui permet tous ces abus. J’accuse les familles, trop souvent indifférentes, qui ferment les yeux. Malmenés, plumés, bâillonnés, ce sont vos parents qui vivent dans des gagatoriums. Demain, si vous n’y prenez garde, ce sera vous. »( sur Babelio)»

J’ai trouvé cette recension de lailasambiru sur le site Babelio: Ce livre pose toute la question des conditions réelles de vie en maison de repos, plus précisément ici en « résidences de luxe », et essaie de nous décrypter quelques-unes des arnaques qui y règnent en maitres. Le texte est vindicatif, agressif, mais oh combien réaliste et nous montre que le souhait d’une vie paisible avant la mort, en profitant de ses efforts durant la vie active, n’est pas toujours d’actualité dans ce type d’endroit. J’ai particulièrement apprécié le style vivant, sans retenue de l’auteur, qui nous décrit très bien sa lutte mentale et physique pour ne pas devenir un objet, à la merci du mépris, du manque de considération et d’humanité des responsables de ces établissements. Une excellente réflexion et une lecture à recommander.

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L’IMPACT DE LA PANDÉMIE SUR LE CERVEAU DES ENFANTS.

En portant un masque, les enfants « compensent les déficits d’information plus facilement que nous ne le pensons » explique Leher Singh, psychologue à l’Université nationale de Singapour.

Photo de Sharon McCutcheon sur Pexels.comUn ar

Un récent article dans la revue Nature, écrit par la rédactrice scientifique Melinda Wenner Moyer, évoque l’impact psychologique de la pandémie chez les enfants. Les lecteurs sont libres de ne pas être d’accord sur son contenu mais cet éclairage est intéressant. Voici les points forts de cet article avec quelques libertés d’écriture personnelles.

La pédiatre Dani Dumitrieu (que vous pouvez suivre sur Twitter) et son équipe du New-York Presbyterian Morgan Stanley Children’s Hopital (NYC) appréhendaient les effets délétères du Covid-19 chez les nouveaux-nés de son hôpital comme cela avait pu se produire avec le virus du Zika. Comme les autres médecins, elle recherchait les éventuelles malformations dues au virus. Avant la pandémie, le Dr D.Dumitrieu analysait la communication et les capacités motrices des bébés jusqu’à l’âge de 6 mois. Avec l’aide de sa collègue Morgan Firestein, elle a comparé ces données pour les bébés nés avant et après la pandémie pour savoir s’il existait des différences de développement neurologique entre les deux groupes.

M.Firestein a vite constaté que l’effet de la pandémie était important. Les bébés nés après la pandémie avaient des scores inférieurs aux test de motricité globale et de communication à ceux nés avant. Les parents avaient évalué leur enfant à l’aide d’un questionnaire pré-établi. Il se passait manifestement un effet délétère indépendant du fait que les parents aient été infectés ou non par le virus.

Les deux chercheuses étaient aux quatre cent coups car il s’agissait de millions de bébés qui pouvaient être éventuellement concernés. Si les bébés infectés par le virus se portent généralement bien, des recherches suggéraient que le stress lié à la pandémie pendant la pandémie pouvait impacter le développement du cerveau foetal chez certains enfants. De plus les adultes épuisés et stressés en charge des enfants pouvaient moins interagir avec ces nourrissons affectant ainsi leurs capacités physiques et cognitives décisives dès le plus jeune âge.

Les contraintes sanitaires ont isolé de nombreux jeunes parents, limitant les interactions sociales avec leurs bébés, et du fait qu’ils jouaient moins avec eux. De même, les soignants stressés et surchargés de travail n’ont pas pu consacrer le temps qu’ils auraient voulu à chaque nourrisson et tout-petit, pourtant indispensable à son équilibre psychologique.

Certaines équipes commencent à publier leurs conclusions, souvent sans réponses ferme. Certains bébés nés ces deux dernières années pourraient avoir des retards de développement tandis que d’autres, non. Tout dépend des occasions plus ou moins grandes d’interactions sociales, et les disparités sociales et économiques ont joué un rôle. Les premières données suggèrent déjà que que l’utilisation du masque n’a pas affecté le développement émotionnel de l’enfant. Par contre, on sait que le stress pré-natal peut contribuer à modifier la connectivité cérébrale. Mais il n’y a aucune certitude car il reste de nombreuses études à évaluer par les pairs, et la pandémie est loin d’être terminée malgré la vaccination des adultes et des enfants disparate suivant les pays.

Selon certains chercheurs, ce retard de développement constaté serait transitoire. Comme le déclare Moriah Thomason, psychologue pour enfants et adolescents à la Grossman School of Medicine de l’Université de New York, « je ne m’attends pas à ce que nous découvrions qu’il y ait une génération d’enfants affectée par cette pandémie.»

Le laboratoire d’imagerie avancée pour bébés de l’Université de Brown à Providence (Rhone Island) s’est penché sur les facteurs environnementaux pouvant façonner le développement du cerveau chez les nourrissons. Durant la pandémie, San Deoni, biophysicien et ses collègues ont eu la chance de continuer à suivre les compétences motrices, visuelles et linguistiques de bébés dans le cadre de leur recherche prévue sur sept ans sur le développement de la petite enfance et ses effets sur la santé ultérieure. Elle et ses collègues constatent qu’il fallait plus de temps aux enfants pour passer ces évaluations. Ils étaient manifestement plus lents.

San Deoni a demandé à ses chercheurs de comparer les moyennes annuelles des scores de développement neurologique des bébés à l’aide d’une batterie de tests similaire au QI. Les enfants nés lors de la la pandémie ont obtenu deux écarts-types inférieurs par à rapport à ceux nés avant. Dans des familles à faible revenu, plus chez les garçons que les filles, et touchait principalement la motricité.

Face à ces résultats, des chercheurs affirmèrent que ces scores n’étaient pas nécessairement prédictifs au long cours. Marion van den Hevel, neuropsychologue de l’Université de Tilbourg (Pays Bas) déclara que le « QI d’un bébé ne prédisait pas grand chose». Elle s’appuie sur une étude concernant les filles élevées dans un orphelinat roumain, et qui ensuite adoptées avant l’âge de deux ans et demie étaient moins susceptibles à l’âge de quatre ans et demie de présenter des troubles psychiatrique que celles restées dans l’orphelinat. Suggérant ainsi que lors de la levée des restrictions sanitaires, il en sera de même pour les enfants nés lors de la pandémie.

Dan Deoni continue sur sa lancée en affirmant que plus la pandémie se poursuit, plus les déficits cognitifs s’accumulent. Les recherches de D.Deoni ont eu une forte couverture médiatique suscitant des critiques de la part de ses confrères. D.Deoni pense que ces déficits cognitifs proviennent d’un manque d’interactions humaines. Les échanges verbaux entre les parents et leur enfant et vice-versa au cours des deux dernières années ont été moindre par rapport aux années précédentes. Les enfants pratiquent moins la motricité globale car ils ne jouent pas régulièrement avec d’autres enfants et ne fréquentent plus les jardins d’enfant.

Dans cette veine, des chercheurs anglais ont constaté que les compétences des enfants étaient plus fortes s’ils avaient fréquenté régulièrement une garderie ou une école maternelle. Les enfants à risque sont ceux de familles défavorisées et issus de minorités ethniques. Un nombre croissant de chercheurs ont suggéré que chez les enfants scolarisés, l’enseignement en distanciel pouvait creuser un écart entre des enfants nés dans foyer aisés et les autres nés dans des foyers défavorisés. Au Pays-Bas, il semblerait que les enfants obtiennent de moins bons résultats aux évaluations nationales en 2020 par rapport aux trois années pécédentes, et que les déficits d’apprentissage étaient de l’ordre de 60% pour les enfants de milieux moins favorisés.

En Éthiopie, au Kenya, au Liberia, en Tanzanie et en Ouganda, les enfants auraient perdu une année de scolarisation. Aux USA, après le premier confinement, les enfants de minorités ethniques auraient trois à cinq mois retard d’apprentissage par rapport aux autres.

Où en est-on avec le port du masque chez l’enfant qui fait débat en France dans les médias mainstream et sur les plateaux TV? Ce qui est écrit dans l’article de Nature est sujet à réflexion!

Le masque qui occulte une partie du visage pour exprimer les émotions et la parole, est-il susceptible d’affecter l’apprentissage émotionnel et linguistique des enfants?

Ô surprise, les enfants en contact avec d’autres enfants ont pu interagir avec un masque!

Edward Tronick, célèbre pour son expérience en 1975 du paradigme du visage impassible (Still face experiment) s’y est collé et a voulu savoir si les résultats de son expérimentation s’appliquaient au port du masque. Avec sa collègue, Nancy Snidman, il a demandé à des parents de filmer avec un smartphone leurs interactions avec leurs enfants avant, pendant et après avoir mis un masque. Les enfants remarquaient bien que leurs parents portaient un masque, et même s’ils changaient d’expression faciale, ils continuaient néanmoins à interagir avec leurs parents comme si de rien n’était. Selon E.Tronick, le masque ne bloquerait qu’un seul vecteur de communication.

Il semblerait que les masques n’interfèrent pas avec la perception linguistique et émotionnelle des enfants. Ils sont capables de comprendre les mots prononcés à travers les masques. Les enfants « compensent les déficits d’information plus facilement que nous ne le pensons » explique Leher Singh, psychologue à l’Université nationale de Singapour. Confirmé en cela par des chercheurs américains, qui reconnaissant que le masque complique la communication avec les adultes, les enfants assimilent les inférences adéquates. Également, même son de cloche pour Ashley Ruba que vous pouvez également suivre sur Twitter « Il y a beaucoup d’autres indices que les enfants peuvent utiliser pour analyser ce que ressentent les autres, comme les expressions vocales, les expressions corporelles, le contexte »

D’autres chercheurs ont voulu savoir si la pandémie pouvait affecter le développement des enfants avant la naissance. Plus de 8000 femmes enceintes ont été interrogées par l’équipe de Catherine Lebel , psychologue à l’université de Calgary (Canada). Près de la moitié présentaient des symptômes d’anxiété tandis qu’un tiers présentait un tableau de dépression. Ce pourcentage était plus élevé qu’avant la pandémie.

L’équipe canadienne a constaté à l’exament IRM que les bébés de 3 mois nés au cours de la pandémie de mères souffrant d’anxiété et de dépression, montraient des différences de connexion structurelle entre leur amygdale (zone impliquée dans le traitement émotionnel) et leur cortex préfrontal (zone impliquée pour les compétences de fonctionnement exécutif). Ors, lors d’une précédente étude, C.Lebel avait fait le lien entre la dépression pré-natale et son impact sur la connectivité cérébrale chez les enfants.

D’autres recherches ont fait le lien entre le stress pandémique prénatal et le développement de l’enfant. Ainsi Livio Provenzi, psychologue à la fondation IRCSS Mondino à Pavie (Italie) a observé que les bébés nés de mères stressées au cours de la pandémie régulaient plus difficilement leurs émotions, il était plus difficile à capter leur attention et plus difficiles à calmer que les bébés nés de mères plus sereines.

Thomason est plus réservée sur ces observations. Selon elle, cela ne signifie pas que les enfants présentant des problèmes de développement vont perdurer toute leur vie « Les enfants sont tellement adaptatifs et résilients. Et nous nous attendons à ce que les choses s’améliorent et qu’ils soient en mesure de résister à une grande partie de ce qui s’est passé », dit-elle. Si l’on en croit les recherches sur les catastrophes historiques, bien que le stress dans l’utérus soit nocif, il n’est pas forcément durable. L’exemple des enfants nés à la suite des inondations de Queensland en Australie de parents stressés est à citer. Certes, il y avait des déficits en résolution de problèmes et en compétences sociales quand ils avaient 6 mois, mais à deux ans et demi, les résultats n’étaient plus corrélés au stress car les parents avaient pris le dessus en étant réceptifs aux besoins de leur tout-petit.

Quelles conclusions en tirer concernant l’impact psychologique de la pandémie chez les enfants? Si leur cerveau est affecté?

Selon M.Thomason, « Les scientifiques s’empressent d’aller chercher une différence néfaste. C’est ce qui va attirer l’attention des médias; c’est ce qui va être publié dans une revue à fort impact », dit-elle.

« Le cerveau des enfants de six mois est très plastique, et nous pouvons agir dessus, et ainsi changer leur devenir.» dit Dumitriu, psychologue canadienne.

Et terminons sur ces popos prometteurs de Dan Deoni rappelant l’importance des 1000 premiers jours que j’ai déjà évoqué sur ce blog: « Les enfants sont certainement très résilients »…Mais en même temps, nous reconnaissons également l’importance des 1 000 premiers jours de la vie d’un enfant comme étant les premiers fondements cruciaux. Les premiers bébés pandémiques, nés en mars 2020, ont à ce stade plus de 650 jours.»…Les enfants « sont modelés par leur environnement …Plus nous pouvons les stimuler, jouer avec eux, leur faire la lecture et montrer qu’on les aime, c’est ce qu’il faudra.»

Vidéo sur l’expérience « du visage impassible » d’Edward Tronick citée dans ce billet

LE TOUCHER THÉRAPEUTIQUE, UNE MÉTHODE QUI A REMPORTÉ UN NOBEL IGN!

Le Toucher Thérapeutique est une version de l’antique imposition des mains, un geste rituel et sacramentel signifiant un transfert d’énergie ou de puissance, sans connotation religieuse. La médiumnité.

Dans leur livre Crazy Therapies, la psychologue Margaret Singer et la sociologue Janja Lich ont dénoncé en leur temps et sans concession les thérapies du New Age fondées sur la pseudo-science et la pensée irrationnelle bien loin de critères méthodologiques et scientifiques requis sur lesquelles reposent la psychiatrie et la psychologie.

La liste de ces thérapies alternatives est longue, et est un puits sans fond. En lisant un article publié sur l’excellent site The Skeptic, j’en ai trouvé une forte éloquente! Il s’agit du Toucher Thérapeutique, méthode créée en 1972 en pleine période du New Age. « Une nouvelle arnaque venue des États-Unis ». Il touche le domaine infirmier et s’inclut dans les pratiques alternatives.

Le Toucher thérapeutique (TT) est approuvé par de nombreuses associations d’infirmières au Canada, et cette technique est « appliquée dans de nombreux hôpitaux, enseignée, selon le site de Passeport Santé, dans plus de 100 universités et collèges, dans 75 pays à travers le monde. Diable! Quel succès! C’est le monde infirmier concerné en premier lieu, il y a une explication fort simple à sa diffusion dans ce milieu paramédical. Elle est probablement le résultat de l’entregent d’une infirmière qui a mis au point le Toucher Thérapeutique…et qui a établi un partenariat avec…une guérisseuse adepte des sciences occultes devant l’éternité.

Il s’agit respectivement de Dolorès Krieger, professeure de sciences infirmières à l’université de New York et de Dora Van Gelder Kunz occultiste, guérisseuse intuitive et présidente de la Société de Théosophie de 1975 à 1989. Dora dialoguait couramment avec les fées dans Central Park, et forte de son expérience, elle en fit un livre « Le vrai monde des fées » publié en 1977. En plein boum du New Age !

Dora Kunz va devenir le guide spirituel de l’infirmière Dolorès Krieger. Cette dernière devait également être théosophe si l’on en croit le financement qu’elle reçut de la société de thésophie plus tard pour développer la méthode du Toucher Thérapeutique. Les deux femmes ont collaboré avec des allergologues, des immunologies et semblerait-il avec des neuropsychiatres. Il faut noter la participation active de Bernard Grad, un biologiste canadien qui a expérimenté le domaine de la guérison paranormale, et qui s’est intéressé un temps à la théorie pseudo-scientifique de l’énergie de l’orgone postulée par le disciple dissident freudien Wilhem Reich. Bernard Grad avait l’habitude depuis la mort de sa fille de s’entourer de guérisseurs. Devenu professeur agrégé à l’Université du Québec, il a acquis sa notoriété pour ses recherches sur le cancer.

Le TT fondé par Dolorès Krieger et Dora Van Gelder Kunz a remporté un prix! Celui du prix Ig-Nobel! L’ignobel (jeu de mots en prix Nobel et adjectif en anglais ignobel) honore des scientifiques, des institutions, des personnalités publiques ou même d’illustres inconnus pour des recherches qui ne peuvent pas ou ne devraient pas être reproduites!

Dans cette méthode aux incontestables relents ésotériques, l’un des fondements théoriques repose sur l’existence d’un champ énergétique comme le Chi des Orientaux, le prana sanskrit en relation avec le souffle et les chakras, des roues énergétiques. Le TT est une méthode qui débloquerait les énergies du champ énergétique. Souligné par le site The Skeptic, ces références orientalistes seraient moins évoquées actuellement pour ne pas provoquer l’ire du milieu académique des soignants. À moins qu’il ne s’agissse d’un effet « cheval de Troie, fort courant dans les pratiques de thérapie du New Age.

Comment se présente la technique du TT? Contrairement à ce que l’on pourrait penser, il n’y a pas de contact direct avec le client: -L’intervenant se centre intérieurement, et après cette phase de recueillement, il évalue l’état du champ énergétique de son client grâce à l’énergie de ses mains, et aux fins d’élimination des scories, il effectue un balayage du champ énergétique. Pour rééquilbrer le champ énergétique, l’intervenant va projeter des pensées, des sons et des couleurs apaisantes.

Ne tergiversons pas, le TT est une version moderne de l’antique imposition des mains, un geste rituel et sacramentel signifiant un transfert d’énergie ou de puissance, sans connotation religieuse. La médiumnité.

Pire encore, le TT a une similitude trompeuse ou encore ce qu’on appelle un faux ami avec d’autres méthodes de massage pratiquées par des kinésithérapeutes par exemple, qui sans être prouvées suivant les règles de l’Evidence Based Medecine sont « acceptables », ô combien même si on est un sceptique acharné envers les thérapies alternatives et complémentaires.

Il y a notamment celle du toucher-massage, développée dans les années 80. Le toucher-massage (TM) est une marque déposée et développée en 1986 par Joël Savatofski, masseur-kinésithérapeute et psychologue de formation. Il a fondé l’École Européenne de Toucher-Massage, un institut d’enseignement et de recherche pédagogique sur l’art de masser. Il forme les soignants aux attitudes bienveillantes et aux gestes favorisant le bien-être par le massage pour accompagner les patients dans les meilleures conditions. Le TM est un soin d’accompagnement, non médicamenteux, centré sur la personnes plutôt que sur sa maladie. Elle s’apparente au courant humaniste et proche du potentiel humain qui a toute sa place dans l’arsenal des psychothérapies quand ce n’est pas dévoyé (ce qui est une autre histoire).

Ainsi, à l’initiative d’Armelle Simon, infirmière sophrologue au service d’hématologie du CHU de Nantes, le Toucher-Massage est introduit comme soin de support pour les personnes atteintes de cancer. Le TM s’avère bénéfique chez les personnes atteintes de leucémie et confinées parfois six semaines dans une chambre stérile avec des contacts physiques réduits pour éviter les infections. En 2015, Armelle Simo, a évalué sur 62 volontaires la baisse de l’anxiété après une séance de TM sur l’échelle de Spielberger. L’anxiété baissait de 11,5 sur la dite échelle qui va de 20 à 80 contre 0,9 points pour un groupe. Une pratique acceptable, donc! Et évoquons en un mot les unités de soins palliatifs où ce type de massage a toute sa place car la fin de vie est un moment particulier.

Incontestablement, le vocable toucher-massage englobe en général toutes les formes de massothérapie, signifiant étymologiquement le massage qui soigne et pratiqué par des kinés. Après, si le mot de massothérapie gêne, retenez celui de massage qui est générique. D’où la nécessité de démarquer la massothérapie de la technique new age du Toucher thérapeutique et de ses dérivés. Les bienfaits de la massothérapie sont innombrables. Notamment sur l’anxiété, pour soulager des douleurs lombaires et musculaires et améliorer la qualité de vie des cancéreux.

Dès les années 1980, les travaux sur les prématurés de la psychologue Tiffany Field de l’université de Miami ont montré les bénéfices du massage. Les bébés massés après leur naissance pendant 5 à 15 jours prenaient plus de poids que les autres et étaient hospitalisés en moyenne 3 à 6 fois de moins. Ce mode opératoire élaboré par Tiffany Field serait appliqué dans 38% des services de néonatalité américains. En 2009, l’équipe du neurologue Andrea Guzetta de l’université de Pise a montré que les effets des massages sont tout aussi efficaces quand ils sont pratiqués par la mère que par les soignants. Le psychanalyste John Bowlby, connu pour sa théorie de l’attachement du nourrisson avait mis en évidence les besoins fondamentaux des nouveaux-nés au niveau des contacts physiques, nécessaires pour développer une relation d’attachement bénéfique à un développement social et émotionnel optimum.

Sur Pubmed, on trouve des articles consacrés aux thérapies complémentaires et tactiles en pratique infirmière, et ô surprise, elles portent le label « holistique ». Par là, incluant l’individu dans sa globalité incluant dimension de la psyché autre que le corps et la maladie, et ce terme est propre à la pensée new age. Il existe d’ailleurs un journal officiel de l’American Holistic Nurses Association et l’on trouve dans cette association des propositions de formations en aromathérapie, le TT/guérisseur (le Nobel Ign), la médiation, la visualisation, le yoga et le Taï Chi. Le ton est donné!

Si manifestement, il existe des études sur le TT et ses effets sur l’anxiété, il est constaté qu’aucun essai contrôle randomisé ou quasi-randomisé n’a été identifié. Donc circulez, il n’y a rien à voir! Tous ces articles répertoriés dans Pubmed montrent que malgré l’absence de colonne vertébrale scientifique, ces thérapies complémentaires et alternatives sont de plus en plus pratiquées introduites dans le milieu hospitalier, et font partie de l’arsenal infirmier. Sont-elle les bienvenues ou décriées? Sont-elles l’occasion de nouer une alliance thérapeutique avec les patients, d’entrer dans cette dimension subjective de la relation soignant/soigné? Question d’éthique! Faut-il être tolérant envers ce type de pratique comme le TT même si ça fait du bien au patient? Insister sur leur inocuité?

Alors, revenons à l’article de Mahlon Wagner du site Skeptic, et même si ça ne concerne pas la France, ce qui est écrit est factuel. Il cite un certain Dr Imre Kerner qui veut réguler la formation en TT en exigeant des praticiens de TT une formation initiale en soins infirmiers ou en médecine. C’est une pratique souvent utilisée dans des formations non académiques de demander à des praticiens ou des psychothérapeutes de rentrer dans un cadre formel avec des diplômes officiels. Un cheval de Troie idéal. I.Kerner a des liens avec une église spiritualiste fondée par une guérisseuse et voyante autoproclamée et aussi avec un chaman. Sans compter ses diatribes antiscience et il accepte bien que le TT repose sur la médecine énergétique. Tout un programme pseudo-scientifique.

Le Toucher Thérapeutique mérite bien son prix Nobel IGN.